Introduction de la seconde partie
p. 189-195
Texte intégral
1Nous avons indiqué dans l’introduction générale que les révisions historiographiques engagées dans différents domaines s’articulaient. L’analyse sociale de la Révolution française s’en trouve bouleversée, ainsi que son interprétation générale : abandonner la vision de groupes sociaux a priori déterminés amène à ne plus voir dans la Révolution française un processus nécessaire, nourri par leur action ; « au contraire considérer la configuration des groupes et des classes dans la société [comme] le résultat de processus multiples où interviennent des composantes diverses, socio-économiques mais aussi culturelles et politiques1 » invite à examiner les expériences multiples et diverses qui nourrissent une telle dynamique. La diffusion de cette nouvelle vision a pour conséquence, d’une part, la difficulté à avancer une interprétation d’ensemble de la Révolution2 et, d’autre part, un faible intérêt pour le peuple en général et les ouvriers en particulier3.
2Néanmoins, nos connaissances sur les ouvriers durant la Révolution française sont importantes. Certaines n’apparaissent cependant qu’à travers les études locales ; du fait de leur développement économique, certaines villes sont mieux connues, ainsi Rouen ou Lyon. L’intérêt pour l’histoire ouvrière semble avoir été plus prononcé au début du xxe siècle4. Peut-être la cristallisation de l’historiographie classique de la Révolution dans les années 1950-1960 a-t-elle quelque peu marginalisé l’étude des ouvriers en raison de sa focalisation sur la sans-culotterie, définie par A. Soboul comme une coalition hétérogène dominée par les maîtres artisans et boutiquiers, dont l’idéologie imprègne les compagnons. Dans le contexte économique et social de la France de la fin du xviiie siècle, le développement d’une autonomie ouvrière est impossible ; les ouvriers ne développent aucune conscience de classe, mais agissent essentiellement comme consommateurs et restent, à ce titre, insérés dans l’ensemble du peuple. L’unité de la sansculotterie se fonde donc sur la domination de la petite production dans l’économie du xviiie siècle, se nourrit de la revendication populaire du pain et de la mobilisation pour la défense nationale et révolutionnaire, et se forge à mesure que se développe le mouvement populaire pour se manifester à travers une culture politique commune. Par ailleurs, les historiens classiques ont rejeté l’interprétation de D. Guérin qui valorisait les ouvriers en voyant dans la liquidation des Enragés, puis des Exagérés les épisodes d’une lutte des classes entre bourgeois et bras-nus5. Pourtant, ces historiens n’ignorent pas les ouvriers : ils relèvent les revendications salariales, par exemple lors de l’émeute Réveillon ; ils soulignent l’importance de l’agitation ouvrière du printemps 1791 et sa rencontre avec le mouvement démocratique ; ou encore ils indiquent que l’application draconienne du Maximum des salaires affecte durement les ouvriers et les détourne de Robespierre en thermidor.
3Par la suite, plusieurs historiens ont étudié le monde du travail au tournant des xviiie et xixe siècles : ils ont notamment montré l’importance des conflits à la fin de l’Ancien Régime6. S. Kaplan reproche précisément à A. Soboul de les avoir sous-estimés. Il écrit en outre que l’analyse de celui-ci pèche « par son caractère à la fois téléologique et tautologique : il considérait les gens de métiers comme de futurs sans-culottes répétant leur rôle […] il inférait du mouvement sans-culotte pleinement épanoui les éléments lui permettant de construire rétrospectivement la morphologie et les relations du monde du travail au xviiie siècle7 ». Pour sa part, S. Kaplan estime que les conflits entre les maîtres et les ouvriers ont atteint une telle acuité en 1791 que leur union l’année suivante dans le mouvement populaire est très improbable. Il avance donc une nouvelle interprétation de la sans-culotterie :
« Le mouvement sans-culotte fit office d’instrument de contrôle social postcoporatif. L’ordre du jour des sans-culottes contribua à prévenir, déplacer et discréditer tout conflit sur le marché du travail. Il détourna l’attention des modes d’affrontement vers les carrefours de communion […]. Il aiguilla la pratique de la liberté dans des directions saines. Les chefs fabriquèrent une fiction non pas d’intimité, mais d’égalité, fondée sur les méthodes réglementaires familières de l’Ancien Régime, rebaptisées en termes révolutionnaires. Les valeurs fondamentales des sans-culottes – patrie, famille, travail – interdisaient le genre d’anarchie qui avait fait de la première moitié de 1791 une période si pénible. Bien sûr, il existe d’autres façons plus traditionnelles de rendre intelligible la genèse de la sans-culotterie. Ensemble, elles mobilisent une puissance explicative considérable. Le tableau que j’ai esquissé ici, sûrement trop schématique, ne prétend pas tout expliquer à lui seul. Je l’ai proposé afin de reproblématiser un processus dont l’incertitude me frappe8. »
4Malgré ces ultimes nuances, il s’agit bien d’un complet renversement dans l’analyse de la sans-culotterie.
5Étudiant les rapports entre les élites politiques, les militants révolutionnaires et les masses populaires, H. Burstin complète ce renversement sur le plan politique :
« On peut considérer le sans-culotte comme un moule inventé par les élites révolutionnaires pour contenir le mouvement populaire parisien. Pour que ce moule soit efficace, il doit être crédible et acceptable aux yeux, soit des élites qui fixent les bornes de la participation populaire, soit des couches qui doivent s’y identifier. À cette fin, sa figure doit rester aussi vague que possible. Il y a effectivement une sociologie du sans-culotte, mais intentionnellement imprécise : plus vague est la connotation, plus élastique s’avère son application, et plus efficace son emploi métaphorique […] Le problème est donc celui de permettre aux individus de se situer, de se représenter et de s’interpréter à l’intérieur d’un nouveau système de valeurs mis en place par la Révolution. Pour rattacher les individus à ce système, tout un arsenal idéal typique entre en jeu : une série de notions douées de force de cohésion comme ‘‘peuple’’, ‘‘citoyen’’, ‘‘sans-culotte’’, auxquelles on a recours afin de stimuler un sentiment d’adhésion et d’appartenance9. »
6À ce point, la réflexion s’articule à l’analyse de la portée de la loi Le Chapelier. Ph. Minard estime en effet que celle-ci « opère une modification déterminante du rapport entre le politique et le social » qui a pour conséquence l’occultation des rapports sociaux réels au profit d’une « citoyenneté abstraite10 ». Il suggère même que c’est « cet escamotage du social qui a ouvert la voie à la construction socio-politique factice de ‘‘peuple’’ et de ‘‘populaire’’ unifiée autour des thèmes du patriotisme et de la lutte pour les subsistances ». De même, pour H. Burstin, la loi Le Chapelier s’inscrit dans un ensemble de mesures destinées à arrêter l’essor du mouvement populaire :
« La participation populaire à la vie publique […] est conçue [en 1791] comme un élément auxiliaire et tout à fait exceptionnel lié à des conditions particulières d’urgence tant au niveau politique qu’au niveau syndical. Même quand la participation populaire aura brisé ces bornes, en l’an II, la référence à la connotation professionnelle et aux problèmes concrets relevant de l’exercice des différents métiers et du monde du travail n’apparaîtra que rarement, comme s’il s’agissait d’un tabou. On peut donc conclure qu’à son insu, la loi Le Chapelier – intériorisée par le corps social – aura contribué à former cette notion de peuple vague et indéterminée qui va s’inscrire avec un rôle de premier plan dans la rhétorique révolutionnaire11. »
7Enfin, à travers le cas de Lyon, A. Cottereau critique de manière virulente tant ce qu’il appelle la « mythologie soboulienne » de la sans-culotterie qui accrédite l’idée d’un soutien ouvrier aux révolutionnaires radicaux que l’historiographie « ouvriériste » qui occulte l’exécution des principaux chefs des canuts lors de la répression terroriste12. Toutes ces critiques rejoignent le refus de considérer la Révolution en général comme un processus uniforme et linéaire.
8Si citer ces réflexions n’implique pas d’y souscrire, il est indispensable de les prendre en compte pour guider une recherche sur la participation ouvrière à la Révolution française. Il nous semble donc pertinent de suivre l’expérience révolutionnaire des ouvriers. Celle-ci s’inscrit dans la dynamique révolutionnaire et, donc, elle bénéficie de son approfondissement démocratique tout autant qu’elle y contribue : d’une part, les ouvriers participent au mouvement populaire, en particulier à Paris13 ; d’autre part, la politique sociale des autorités s’accentue14. Toutefois, la participation ouvrière à la Révolution ne se développe pas de manière linéaire. Bien au contraire, les ouvriers se heurtent à d’importantes contradictions, comme en témoigne d’abord le sort réservé à leurs organisations. Le problème de leur reconnaissance se pose de manière d’autant plus forte que ces organisations, après s’être développées tout au long du xviiie siècle, se renforcent encore au début de la Révolution15, et de manière d’autant plus délicate qu’est en jeu l’extension au domaine social des droits révolutionnaires et que le malentendu de 177616 se répète avec une plus grande acuité du fait de son insertion dans un contexte révolutionnaire. Précisément, le souvenir du « carnaval de Turgot » est si vif que les corporations survivent à la Nuit du 4 août17, alors même que les ouvriers interprètent l’abolition des privilèges et la Déclaration des droits de l’Homme non seulement comme la liquidation des privilèges corporatifs qui leur ouvrirait la possibilité de s’installer, mais encore comme la suppression de la police du travail et, en conséquence, comme la reconnaissance de leurs propres organisations18. Aux yeux des ouvriers, celles-ci sont d’autant plus légitimes qu’outre la défense de la condition ouvrière, elles visent la défense de la qualification : ainsi, la société des imprimeurs entreprend la restauration de l’art typographique, entré en décadence à cause des spéculations de maîtres cupides19. D’autre part, à partir de 1792, l’effort de guerre mobilise les ouvriers patriotes, tout en les plaçant dans une position particulièrement délicate lorsqu’ils avancent des revendications. Tel est notamment le cas des ouvriers travaillant pour la défense nationale20 : il en est ainsi à Paris pour les ouvriers mobilisés pour l’érection de fortifications en août-septembre 1792 et pour ceux des manufactures d’armes21 ; les métallurgistes du Berry, du Nivernais ou du Dauphiné sont touchés par cette même contradiction22.
9Ces contradictions qui caractérisent la participation ouvrière à la Révolution tiennent bien sûr aux revendications sociales propres des ouvriers et aux tensions qu’elles suscitent. De plus, largement insérés dans le peuple comme on l’a vu, les ouvriers défendent également des revendications plus largement populaires, frumentaires en particulier. Cependant, il faut se garder de réduire la participation populaire en général et ouvrière en particulier à l’émission de telles revendications, ce qui aboutirait à considérer le mouvement social comme un segment étranger à la Révolution23. En effet, ces contradictions sont aiguisées par l’implication des ouvriers dans la Révolution dans la mesure où celle-ci s’accompagne de l’intégration de valeurs révolutionnaires : ainsi, en 1791, « le langage de la liberté constituait pour les travailleurs une incitation à s’organiser et, si nécessaire, à contester collectivement leurs employeurs pour négocier de meilleures conditions de travail, selon une pratique qui n’était pas nouvelle, mais qui jouissait désormais – du moins en théorie – d’une nouvelle légitimité » ; de même, à leurs yeux, « le message d’égalité de la déclaration des droits de l’homme était surtout destiné au cadre concret du monde du travail24 ». Par ailleurs, l’instauration du suffrage censitaire et les tentatives pour écarter les citoyens passifs de la garde nationale créent aussi, au début de la Révolution, des tensions.
Les ouvriers nantais dans la Révolution française
10Suivre le développement de la participation des ouvriers nantais à la Révolution française implique de prendre en compte ses différentes dimensions. Nous avons donc dégagé trois axes d’étude : l’intervention pour des motifs sociaux, l’engagement dans les grands conflits et le façonnement d’une culture politique. Cependant, une stricte séparation serait artificielle. Au contraire, l’analyse de la politisation se développe tout au long des chapitres suivants. De plus, la complexité qui caractérise la participation ouvrière à la Révolution tient notamment à l’articulation de ses différentes dimensions. Sans jamais perdre de vue cette articulation, nous avons choisi de présenter dans une première sous-partie l’intervention des ouvriers pour des motifs sociaux, plus précisément de suivre son développement au sein de la dynamique révolutionnaire. En effet, cette intervention nous semble essentielle pour saisir l’ensemble de leur participation à la Révolution : si leur expérience révolutionnaire s’inscrit dans la dynamique des années 1790, elle mobilise aussi leur identité socio-culturelle. Nous pensons en effet que les ouvriers nantais n’abordent pas la Révolution française comme « un matériau humain brut ». Au contraire, ils y investissent leurs problèmes et leurs aspirations. Or, une partie de ceux-là tient précisément au développement de l’industrialisation depuis le milieu du xviiie siècle. De même, leur participation à la Révolution est peut-être, en partie, façonnée par leurs pratiques et leurs valeurs. Dans une seconde sous-partie, à partir des éléments que nous aurons dégagés et des questions qui auront émergé, nous nous intéresserons plus particulièrement à l’engagement des ouvriers dans les grands conflits qui traversent la Révolution et au façonnement chez eux d’une culture politique – entendue dans un sens très large, de nouveau en inscrivant ces différentes dimensions dans la dynamique révolutionnaire.
Les sources
11Il ne s’agit pas ici de dresser un tableau général des sources disponibles, ni de présenter dans le détail chaque fonds exploité, mais de pointer des problèmes et de préciser des choix. Tout d’abord, il n’existe pas d’histoire générale scientifique récente de Nantes en révolution25. Peut-être est-ce – en partie tout au moins – à cause d’une série de problèmes posés par les sources. Ainsi, celles de l’histoire de la Terreur sont-elles rares ou biaisées26. Les sources biaisées sont celles issues du procès de Carrier. La rareté des sources tient à la prudence même des acteurs de la Terreur27. Outre « les beaux registres de Nantes, admirablement conservés28 », nous avons beaucoup utilisé les archives judiciaires qui présentent un double intérêt : d’une part, la condition sociale exacte des gens de métier – maître ou ouvrier – est parfois indiquée, souvent décelable ; d’autre part, les ouvriers y apparaissent comme des acteurs, si bien que nous apercevons leurs pratiques et leurs valeurs. La prudence s’impose cependant dans la mesure où ces sources valorisent la déviance, occultant donc l’adhésion à la politique dominante. Les archives judiciaires de la Révolution constituent à Nantes même une masse très importante. Nous avons écarté l’échelon supérieur de la pyramide judiciaire, en particulier la justice révolutionnaire, car son action se concentre sur la répression des activités contre-révolutionnaires et de l’insurrection29. À l’échelon inférieur, nous n’avons pas utilisé les archives des justices de paix : au-delà de réels problèmes de conservation et de dépouillement, il nous est apparu que, pour les affaires qui nous intéressaient, le juge de paix, après avoir entamé la procédure, les transmettaient au tribunal de district de Nantes, auquel succède le tribunal correctionnel de Nantes30. Leur dépouillement exhaustif livre de nombreuses affaires, qui apportent de très riches éclairages pour étudier la participation des ouvriers nantais à la Révolution française. La justice correctionnelle s’interrompt toutefois de décembre 1793 à messidor an II31. L’activité de la justice révolutionnaire est exclusive au cours de cette période : est-ce parce qu’elle accapare l’ensemble du personnel judiciaire, qui délaisse alors la justice correctionnelle, ou bien est-ce parce que l’ensemble des affaires judiciaires est traité de manière révolutionnaire ? En partie compensée par les registres de délibérations de la municipalité, par les archives de police révolutionnaire de Nantes32 et par les listes de prisonniers établies durant l’été 179433, cette interruption invite aussi à se tourner vers d’autres domaines pour saisir la participation ouvrière à la Révolution, par exemple l’attribution de prénoms révolutionnaires.
Notes de bas de page
1 J.-P. Jessenne, « L’histoire sociale… », art. cité, p. 37.
2 Jessenne, Jean-Pierre (dir.), Vers un ordre bourgeois ? Révolution française et changement social, actes du symposium international de Villeneuve-d’Ascq, 12-14 janvier 2006, Rennes, PUR, 2007.
3 Pour le peuple en général, voir Lemarchand, Guy, « L’histoire sociale de la Révolution depuis 1989 », dans Lapied, Martine, Peyrard, Christine (éd.), La révolution française au carrefour des recherches, Actes du colloque d’Aix-en-Provence, 11-13 octobre 2001, Aix-en-Provence, Publications de l’Université de Provence, 2003, p. 74. Pour les ouvriers en particulier, Ph. Minard écrit, dans son compte-rendu du livre de S. Kaplan, La fin des corporations, que cet ouvrage « souligne combien nous manquons d’études précises sur la façon dont le monde artisanal et ouvrier a vécu la Révolution » (Annales Histoire Sciences sociales, 2006-4, p. 951). Néanmoins un regain d’intérêt pour les ouvriers semble se dessiner : ainsi, dans un récent ouvrage, Jeff Horn propose-t-il une approche stimulante de leur participation à la Révolution (The Path not Taken. French Industrialization in the Age of Revolution, 1750-1830, Cambridge, MITP, 2006) ; de plus, plusieurs participants au colloque vers un ordre bourgeois ? « remarquent qu’il n’est pas concevable de penser le couple bourgeoisie/ Révolution en dehors des relations entre celle-là et les autres classes sociales, en particulier la classe ouvrière, elle aussi oubliée dans les inflexions historiographiques récentes » (p. 76).
4 En témoigne de manière éclatante l’Histoire socialiste de la Révolution française.
5 Guérin, Daniel, La lutte des classes sous la Première République, 1793-1797, Paris, Gallimard, 1968 (1946).
6 Voir l’introduction générale, p. 17.
7 S. Kaplan, La fin des corporations, op. cit., p. 579. Voir aussi Ph. Minard, typographes…, op. cit., p. 185, et Burstin, Haim, L’invention du sans-culotte. Regards sur le Paris révolutionnaire, Paris, O. Jacob, 2005, p. 49.
8 S. Kaplan, La fin des corporations, op. cit., p. 581.
9 H. Burstin, L’invention…, op. cit., p. 91.
10 Minard, Philippe, « Le métier sans institution : les lois d’Allarde-Le Chapelier de 1791 et leur impact au début du xixe siècle », dans Kaplan, Steven, Minard, Philippe (éd.), La France, malade du corporatisme ?…., op. cit., p. 86.
11 Burstin, Haim, « La loi Le Chapelier et la conjoncture révolutionnaire », dans plessis, Alain (éd), naissance des libertés économiques. Liberté du travail et liberté d’entreprendre : le décret d’Allarde et la loi Le Chapelier, leurs conséquences, 1791-fin xixe siècle, Actes du colloque de l’IEP de Paris, 28-29 novembre 1991, Paris, Institut d’Histoire de l’Industrie, 1993, p. 74.
12 A. Cottereau, « La désincorporation…. », art. cité, p. 125. A. Cottereau estime aussi que les historiographies jacobine et « ouvriériste » ont sous-estimé la signification profonde de la création du tribunal de prud’hommes en 1806 ; pour lui, cette juridiction répond à la recomposition institutionnelle du monde du travail ouverte par la loi d’Allarde, se nourrit des riches expériences réalisées durant la Révolution par les divers acteurs du monde du travail et, véritables « justices de paix du travail », permettent enfin l’intégration des principes révolutionnaires au domaine social. Précisons qu’à Nantes, un tribunal de prud’hommes ne sera institué qu’en 1840.
13 Godineau, Dominique, Citoyennes tricoteuses. Les femmes du peuple à Paris pendant la révolution française, Aix-en-Provence, Alinéa, 1988 ; Burstin, Haim, Une révolution à l’œuvre. Le faubourg Saint-Marcel (1789-1794), Seyssel, Champ Vallon, 2005.
14 Gross, Jean-Pierre, Égalitarisme jacobin et droits de l’homme, 1793-1794. La Grande famille et la terreur, Paris, Arcantères, 2000 (1997).
15 Tel est notamment le cas à Paris (S. Kaplan, La fin des corporations, op. cit., p. 451 et 467), mais aussi à Lyon où les canuts remportent des succès (A. Cottereau, « La désincorporation... », art. cité) et où se réunit une assemblée générale des compagnons du Devoir le 25 octobre 1789 (M. Garden, Lyon..., op. cit., p. 569).
16 Du fait que les corporations mettent en œuvre la police du travail, leur abolition a pu être interprétée par les ouvriers comme la disparition de celle-ci. Dès lors, la conviction d’une reconnaissance – du moins d’une tolérance – de leurs organisations a pu s’inscrire dans cette « carnavalisation des rapports sociaux » (La fin des corporations, op. cit., p. 78).
17 Sur l’ambiguïté du sort réservé aux corporations en août 1789 et leur pérennité, voir S. Kaplan, id., p. 425 sq.
18 S. Kaplan écrit que « pour les ouvriers, aucun des droits révolutionnaires n’était aussi important que la liberté de s’assembler » (id., p. 424).
19 Ph. Minard, Typographes…, op. cit.
20 Richard, Camille, Le Comité de Salut Public et les fabrications de guerre sous la terreur, Paris, Rieder, 1921 ; Hampson, Norman, « Les ouvriers des arsenaux de la marine au cours de la Révolution française », Revue d’Histoire Economique et Sociale, 1961, p. 287-329 et p. 442-473.
21 Burstin, Haim, « Problèmes du travail à Paris sous la Révolution », Revue d’Histoire Moderne et Contemporaine, 1997-4, p. 650-682 (1994).
22 Pigenet, Michel, « Loin de la politique. Aperçu sur les tensions et conflits sociaux dans les usines et les villages berrichons pendant la Révolution », dans Le Bozec, Christine, Wauters, Eric (éd.), En hommage à Claude Mazauric. Pour la révolution française, Rouen, PUR-IRED-CRHCT, 1998, p. 353-357 ; Thullier, Guy, Les ouvriers des forges nivernaises au xixe siècle. vie quotidienne et pratiques sociales, Paris, comité d’histoire de la Sécurité sociale, 2002 ; D. Woronoff, L’industrie sidérurgique…, op. cit.
23 D. Godineau écrit précisément que « les luttes des ouvrières ne sont pas des conflits du travail qui formeraient un corps étranger se greffant sur une révolution de petits artisans indépendants » (Citoyennes tricoteuses…, op. cit., p. 95).
24 H. Burstin, Une révolution…, op. cit., p. 306 et 485.
25 Nous y reviendrons plus précisément pour l’histoire de la Terreur (voir chap. vii, p. 236).
26 Voir la grande prudence manifestée par J.-C. Martin à propos de la question des noyades (La vendée et la France, Paris, Seuil, 1987, p. 220). Pour une mise au point récente, voir Gomez-Le Chevanton, Corinne, Carrier et la révolution française en 30 questions, La Crèche, Geste Éd., 2004.
27 J.-C. Martin indique que les terroristes nantais « ne reçoivent [de Carrier] que des ordres verbaux, dont aucune trace n’a été retrouvée » (La Loire-Atlantique dans la tourmente révolutionnaire. 1789-1799, Nantes, Reflets du passé, 1989, p. 86). A. Lallié écrit que les archives des sociétés politiques nantaises ont été détruites « par tous ceux qui avaient intérêt à effacer les traces de leurs actes et de leurs discours » (Les sociétés populaires à Nantes pendant la Révolution, Nantes, Durance, 1914, p. 11).
28 Michelet, Jules, Histoire de la révolution française, Paris, Laffont, 1979, p. 493. AMN, 1-D-1 à 23, registres de délibérations de la municipalité de Nantes, 1789-an VIII, ainsi que les deux derniers tenus sous l’Ancien Régime (BB 111-112, 1788-1790).
29 Précisons néanmoins que nous n’avons pas négligé ces sources : nous avons en particulier utilisé les listes de prisonniers établies durant l’été 1794 (voir plus bas).
30 Le tribunal correctionnel (ADLA, L 2073-2091) succède au tribunal de district (L 1436-1451).
31 La liasse L 2075 conserve les procédures correctionnelles menées de novembre 1792 à novembre 1793 et la liasse L 2076 celles menées de thermidor an II à nivôse an III.
32 AMN, I 2-C 1-D 5, « mesures diverses prises contre les particuliers (1793-an III) ». En revanche, les registres du comité révolutionnaire ne se composent que de mentions très brèves (ADLA, L 1322 et L 1323, an II).
33 ADLA, L 263, recensement par section des détenus nantais, messidor an II ; L 275-276, recensement des détenus dans les prisons de Nantes, fructidor an II-vendémiaire an III.
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