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    Plan

    Plan détaillé Texte intégral La Manche comme passerelle entre deux peuples cousins : la théologie ethnique (1600-1770) Les éléphants savent-ils nager ? Les fossiles et l’isthme franco-anglais La Manche préhistorique ou le passé dure longtemps (xviiie siècle) La Manche dans la rhétorique politique Sous la Révolution française Notes de bas de page

    Une mer pour deux royaumes

    Ce livre est recensé par

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    Table des matières

    Chapitre I. L’impossibilité d’une île

    p. 33-65

    Texte intégral La Manche comme passerelle entre deux peuples cousins : la théologie ethnique (1600-1770) Les éléphants savent-ils nager ? Les fossiles et l’isthme franco-anglais La Manche préhistorique ou le passé dure longtemps (xviiie siècle) La discordance des tempsLa Dissertation sur l’ancienne jonction de l’Angleterre à la France de Nicolas Desmarest (1753)Les îles Anglo-Normandes : une séparation d’époque historique ? La Manche dans la rhétorique politique Sous la Révolution françaiseLe traité de commerce Eden-Rayneval Notes de bas de page

    Texte intégral

    « Il y a des frontières ou limites de différente sorte [sic], les mers sont les plus fixes. »
    Mercure géographique ou le Guide du curieux des cartes géographiques.
    Par le R.P.A. Lubin Augustin, prédicateur, et géographe ordinaire du Roy,
    Paris, Ch. Remy, 1678, p. 51.

    1Quoi de plus atemporel que la mer ? Espace naturel, mouvant et immuable, elle semble avoir été là de toute éternité. De ce point de vue, il y a une parfaite concordance entre les limites politique et topographique. Limite naturelle, la Manche l’est à double titre : elle entoure de toutes parts l’Angleterre, et sépare l’île du continent. Dans la deuxième moitié du xviiie siècle, l’idée que les obstacles physiques, mers, montagnes ou rivières, constituent des limites naturelles entre les États et les peuples est un lieu commun chez nombre de philosophes ou géographes. C’est le cas de Hume, de Rousseau 1 ou encore de Jean-Nicolas Buache de La Neuville (1741-1825), neveu de Philippe Buache :

    « La Nature avait fait elle-même le partage du globe dès son origine ; elle avait divisé sa surface en une infinité de parties et les avait séparées les unes des autres par des barrières que la durée des temps et toutes les interventions humaines ne pourront jamais détruire2. »

    2Mais cet essentialisme géographique, qui fait des divisions entre les États un phénomène naturel, une donnée brute qui ne mérite pas d’être discutée, ne s’est imposé que lentement. Il existe d’autres façons de lire les divisions géographiques à l’époque moderne. La Bible reste encore, au moins jusqu’au milieu du xviiie siècle, le substrat incontestable de tout le savoir humain pour la majorité des savants. La conformité à l’orthodoxie implique d’abord d’interpréter le relief terrestre en fonction de la Genèse : la proximité des côtes anglaises et françaises est le fruit de la providence divine, qui a voulu ainsi favoriser la dispersion des nations et le rapprochement des peuples. Bien plus, on trouve dès l’Antiquité une liste innombrable d’auteurs qui affirment que l’Angleterre fut un jour rattachée au continent par un pont de craie, depuis Tacite jusqu’à Jean Bodin en passant par Strabon.

    3Dans la controverse sur la formation de la Terre, qui commence au milieu du xviie siècle, c’est moins l’historicité du Déluge qui fait débat que ses effets3. Concernant la Manche, la question de savoir quand, comment et pourquoi s’opéra la séparation de l’Angleterre du continent divise l’opinion savante. Les partisans d’une lecture littérale de la Genèse voient dans la rupture du Pas de Calais une conséquence du Déluge, d’autres insistent davantage sur les changements postdiluviens, l’érosion, les tremblements de terre, d’autres enfin postulent que le Déluge n’est que la dernière d’une série de catastrophes qui ont modifié la surface de la Terre. Dans tous les cas, on suppose que des hommes ont pu être témoins de la séparation et que la Manche est plus jeune que l’humanité. Selon cette vision, les ancêtres des Anglais et des Français sont voisins parce que cousins.

    4Mais les divagations de la Manche suivent les fluctuations du temps. Au xviie et surtout au xviiie siècle, la nature elle-même acquiert une temporalité. La quête des origines, celles de l’humanité, mais aussi de la Terre, obsède l’homme des Lumières. La Manche n’échappe pas à cette « conquête du monde historique4 », que l’on peut résumer par une question : depuis quand la Manche existe-t-elle ? Ce problème peut être formulé d’une autre manière : depuis quand l’Angleterre est-elle une île ? Le naturaliste, le géologue, l’antiquaire et l’historien n’y répondent pas de la même façon, car leurs temps de référence ne sont pas les mêmes. La rupture épistémologique majeure de la seconde moitié du xviiie siècle est l’idée de changements géologiques, qui s’affranchissent de la chronologie biblique. La Terre – et donc la formation de la Manche – apparaît dès lors comme bien plus âgée que les premiers hommes et les premières nations : finalement, en repoussant à une époque préhistorique l’existence de l’isthme, la géologie confirme a contrario que les hommes ont toujours connu cette mer, cette séparation naturelle. Une interprétation politique de la géographie est alors possible.

    La Manche comme passerelle entre deux peuples cousins : la théologie ethnique (1600-1770)

    5Au xvie et xviie siècle, en France comme en Angleterre, des érudits européens réfléchissent sur les origines du peuplement de la terre par les différentes nations après le Déluge. Leurs arguments sont toujours puisés à la même source, la Bible5. Plusieurs passages de la Genèse évoquent en effet la dispersion des nations après le Déluge et la Tour de Babel. D’après le texte sacré, toute la terre fut repeuplée par la descendance des trois fils de Noé, Sem, Cham et Japhet : « Tels furent les clans des fils de Noé selon leurs familles groupées en nations. C’est à partir d’eux que se fi t la répartition des nations sur la terre après le Déluge » (Genèse, 10 : 32). C’est dans ce contexte intellectuel qu’il faut replacer l’interprétation de la proximité des côtes anglaises de la France. Des théories diverses sont en effet forgées afin de valider un postulat de départ, l’unicité de l’espèce humaine. Dans ce cadre, la proximité des côtes ne saurait être un hasard : elle s’explique uniquement par la Providence, qui a voulu ainsi favoriser la circulation des hommes.

    6L’histoire sainte a en effet subi le choc des grandes découvertes, qui mettent en question l’universalité du Déluge. Comment concilier l’orthodoxie mosaïque, selon laquelle toute l’humanité est issue de la descendance de Noé, et la présence d’Indiens en Amérique ? La discussion sur le peuplement de l’Angleterre n’est qu’une autre façon de formuler le même problème, d’autant que les deux débats sont souvent liés dans l’argumentation. À partir du xviie siècle, la question des origines des Indiens est largement discutée en Angleterre, puis, à partir de la seconde moitié du siècle, en France6. La plupart des auteurs adoptent l’idée d’une migration de tribus, tartares ou scythes, venant du Nord-Est asiatique. Dans le contexte des querelles théologiques engendrées par le Pré-adamitae d’Isaac de Lapeyrère (1655), l’ancien Chief Justice Matthew Hale (1609-1676) écrit par exemple un Primitive Origination of Mankind (1677), dans le but de prouver que la présence des Indiens en Amérique n’est pas en contradiction avec le récit mosaïque. Pour cela, l’auteur montre que les Américains sont issus de multiples vagues migratoires7. Par un retournement copernicien, la démarche suivie pour expliquer le peuplement du Nouveau Monde est étendue aux îles Britanniques : « Il est sûr que nous avons des raisons de penser que nous, habitants de cette île, ne sommes pas des aborigènes, mais que nous sommes venus soit par des migrations, soit par des colonies ou des plantations d’autres parties du monde8. »

    7D’autres auteurs remisent définitivement dans les oubliettes de l’histoire des mythes, comme le finalisme aristotélicien, exprimé par Diodore Sicile, d’une génération spontanée des habitants des îles Britanniques. André Du Chesne (1584-1640), plagiant William Camden (1551-1623), doute ainsi « qu’au premier âge du monde les hommes fussent sortis de terre, ainsi que des potirons ou champignons qui naissent de l’humidité par les bois ou forêts9 ». La thèse d’un peuplement exogène de la Grande-Bretagne par des vagues migratoires successives s’impose donc, mais l’identité des premiers arrivants n’est pas tranchée. En particulier, une tradition met l’accent sur la filiation entre les ancêtres des Français et des Anglais. À partir de la seconde moitié du xvie siècle, les humanistes patriotes, en France comme en Angleterre, cherchent à enter les origines nationales dans des sources dignes de foi et érigent les Anciens au rang d’autorités souveraines en matière historique. La Guerre des Gaules de César et La Vie d’Agricola de Tacite sont les deux ouvrages toujours cités sur la provenance ethnique des Bretons. César est le premier à décrire la Bretagne, au premier siècle avant Jésus-Christ et à proposer une généalogie du peuplement de l’île : « L’intérieur de la Bretagne est habité par des peuples que la tradition représente comme indigènes. La partie maritime est occupée par des peuplades que l’appât du butin et la guerre ont fait sortir de la Belgique10. » Tacite, en 97 après Jésus-Christ, est moins catégorique sur l’origine géographique des Bretons et s’appuie sur la théorie des climats :

    « Quant aux premiers occupants de l’île, on ne peut savoir avec certitude, comme toujours dans le cas de peuples barbares, s’il s’agit d’autochtones ou s’ils sont venus d’ailleurs. […] Ceux qui vivent le plus près de la Gaule ressemblent à ses habitants : soit l’origine ethnique reste marquante, soit le climat a conditionné le type humain dans ces régions qui se font face11. »

    8Ces deux textes imposent pour longtemps l’idée que Bretons et Gaulois font partie du même groupe ethnique. Les antiquaires des xviie et xviiie siècles s’inscrivent dans cette tradition intellectuelle, sans pour autant rompre avec l’histoire sacrée. Colin Kidd a forgé l’expression de « théologie ethnique » pour caractériser « l’exégèse scripturaire des divisions raciales, nationales et linguistiques12 ». Les savants intéressés par l’origine des nations européennes construisent ainsi des arbres généalogiques d’une complexité inouïe, pour rattacher leur nation au prestigieux tronc originel et enraciner l’histoire nationale dans le terreau biblique. Même s’il a tendance à décliner à partir de 1750, ce courant de pensée, qui affirme l’origine unique de l’humanité depuis le Déluge universel, reste longtemps vivace13. Dès le début du xviie siècle, en France comme en Angleterre, des auteurs mettent en avant l’origine commune des Celtes, des Goths et des Gaulois, issus du même rameau noachique, car descendants d’un des trois fils de Noé, Japhet, par son fils aîné Gomer14. L’imprécision des catégories ethniques, jusqu’au dernier quart du xviiie siècle, permet de tels regroupements15. Pour démontrer l’origine commune, les Anciens restent des modèles pour les Modernes, et William Camden retient les mêmes éléments que César et Tacite pour pratiquer une sorte d’ethnologie comparée des Gaulois et des Bretons :

    « Je ne désespère pas de prouver, que nos Bretons sont en vérité les descendants des Gaulois, en prenant des arguments tirés du nom, de la situation, de la religion, des coutumes, et des langages des deux nations : car dans tout cela, les plus anciens Gaulois et les Bretons semblent avoir été en accord, comme s’ils n’avaient été qu’un seul peuple16. »

    9La Manche, dans ces descriptions, n’est pas un obstacle aux mobilités, bien au contraire. La question du passage « matériel » des migrants dans les îles n’est qu’une conséquence de la « situation » de l’Angleterre, comme l’écrit encore Camden, c’est-à-dire de sa proximité du continent. La lecture de l’espace, sa description et sa nomination, a donc pour but de faire le lien entre le continent et les îles, en revenant toujours à une ancienne continuité ethnique. Le finalisme permet d’expliquer pourquoi les Gaulois ont migré vers l’Angleterre :

    « Il se peut que ces anciens fils de Gomer aient d’emblée traversé la Manche vers notre île, si proche d’eux qu’ils pouvaient aisément la discerner du continent. Car la raison nous dit, que chaque pays doit logiquement avoir reçu ses premiers habitants, davantage du voisinage, que des endroits reculés. Qui ne penserait pas, que les premiers habitants de Chypre venaient de l’Asie toute proche ; que la Crète et la Sicile, de leur voisine la Grèce […] ; de même, qui ne penserait pas que notre Bretagne fut peuplée par les Gaulois, qui étaient nos voisins les plus proches17 ? »

    10Nombre d’auteurs expriment la même idée à l’époque : la situation respective des terres et des mers est le fruit de la divine Providence, qui a voulu favoriser le commerce entre les peuples18. Le finalisme consiste d’abord à dire le lien entre les éléments du cosmos. Qu’elle soit purement et simplement ignorée, comme chez les Anciens, ou que l’on insiste sur son étroitesse, la Manche est bien une passerelle naturelle qui favorise la circulation des hommes. On retrouve la même pensée de la continuité dans certaines étymologies du terme de Britannia, par-delà les querelles qui divisent les antiquaires. Une première étymologie lie ce nom à Brutus, roi de Troie et neveu de Priam, qui a vaincu les anciens habitants des îles Britanniques, les Géants, avant de s’y établir et de leur donner son nom19. À partir de la seconde moitié du xvie siècle, la légende des origines troyennes est démantelée20. Beaucoup de savants français défendent quant à eux une généalogie gauloise du mot, à l’exemple d’André Duchesne qui, après avoir désavoué toutes les étymologies rivales, conclut que « ce serait une chose absurde d’emprunter l’origine de ce mot d’autre part que de la Gaule, d’où nous avons montré que l’île de Bretagne a reçu ses premiers habitants21 ». Cette interprétation est encore défendue au milieu du xviiie siècle dans l’Histoire des Gaules de Jacques Martin. Empruntant à l’Histoire naturelle de Pline l’Ancien son explication de l’étymologie de Britannia, ce bénédictin prétend qu’elle provient d’un « peuple des Gaules appelé Britanni, qui y a sans doute passé le premier, et en a pris possession. Ce peuple occupait un terrain au voisinage de la mer, qui servait de passage des côtes des Gaules dans celles d’Angleterre, et comprenait Etaples, Montreuil et Hesdin22 ».

    11Que l’on ait pour but de montrer l’universalité du Déluge ou seulement la parenté des Gaulois et des Bretons, l’unicité du genre humain reste un horizon mental. Dès lors, la Manche ne saurait être qu’un lien naturel. Parallèlement à la thèse d’une origine gauloise des Anglais et des Français, se développe en Angleterre, sous la dynastie des Hanovre, un « chauvinisme insulaire23 ». Une généalogie germanique des Anglais, qui trouve dans le Germania de Tacite son texte fondateur, s’exprime alors dans une propagande francophobe. Ainsi chez cet auteur anonyme, qui écrit en 1718 que les Romains et les Français, « tous anciens et invétérés ennemis de l’Angleterre et de la Germanie », ont été vaincus par « nos parents germains, saxons, ou angles ». Les Français sont donc « par nature destinés à être le repoussoir de l’éclatante beauté saxonne24 ». La montée du radicalisme politique en Angleterre dans les années 1770, qui prend la forme d’un renouveau de la théorie du « joug normand » (Norman Yoke), est aussi une façon pour les polémistes d’exprimer leur haine de la France en termes de différences ethniques25. L’Écossais John Pinkerton (1758-1826), auteur d’une Dissertation on the Origin of the Scythians or Goths (1787), est le premier à tracer une ligne infranchissable entre Bretons et Gaulois, en attaquant violemment ceux qui veulent « faire de la Gaule le pays d’origine des nations modernes de l’Europe et ainsi soutenir le rêve français de monarchie universelle26 ». Loin d’insister sur la commune parenté des deux peuples, ces auteurs font de l’insularité britannique la meilleure preuve de l’incommensurable distance qui les sépare.

    12D’autres savants préfèrent expliquer la genèse du mot par les formes du relief. D’après John Twyne (1501 ?-1581), les îles britanniques ont d’abord été un promontoire joint au continent : avec la rupture de l’isthme, elles deviennent une île, nommée « Britannia », du breton brit, ou morceau séparé27. Ce type d’explication se concilie sans peine avec le récit biblique : dans l’Histoire de la Bretagne du Déluge à la Conquête Normande de Richard White (1597), les géants échappent à la montée des eaux en se réfugiant sur « Anglia, à l’époque extrémité du continent et l’angle le plus éloigné du monde28 ». Au début du xviie siècle, la thèse d’un pont marin ayant relié l’Angleterre au continent connaît une nouvelle vigueur, étayée par la querelle des fossiles qui modifie profondément les conceptions du monde.

    Les éléphants savent-ils nager ? Les fossiles et l’isthme franco-anglais

    13L’étude comparée des théories scientifiques françaises et anglaises se heurte à la segmentation nationale des historiographies. L’ouvrage classique de Roy Porter, The Making of British Geology, n’a pas d’équivalent français, et ne fait pas le lien entre les géologies britannique et continentale29. C’est d’autant plus regrettable que, s’il existe indéniablement des styles géologiques nationaux, les échanges sont continuels. Seconde difficulté, les chronologies anglaise et française sont décalées, puisque le débat se déroule d’abord en Angleterre, à la fin du xviie siècle, avant de s’effacer jusqu’aux années 1780. En France, le moment clef est le milieu du xviiie siècle, où se noue, autour de Buffon, la querelle sur les origines du globe. Michel Foucault a mis en garde contre la tentation téléologique, qui ferait de l’histoire des sciences celle du progrès continu vers la connaissance30. Réfléchir en termes de configurations épistémologiques implique de ne pas s’attacher qu’aux théories victorieuses et d’accepter l’idée que le savoir n’est pas forcément cumulatif. Sur le long terme, la question est donc de comprendre pourquoi et à quels moments l’ancienne jonction de l’Angleterre au continent est évoquée.

    14Au xviie siècle, les mêmes hommes écrivent sur les antiquités, les fossiles et l’étymologie31. Richard Verstegan (1565-1620) est l’un de ceux qui illustre le mieux cette absence de cloisonnement disciplinaire. De son nom originel Richard Rowland, ce catholique anglais d’origine hollandaise, exilé en Hollande puis en France, est le premier à écrire, en 1605, une généalogie « gothique » systématique de l’Angleterre32. Valorisant l’héritage saxon au détriment du passé breton, cet auteur puise à toutes les sources, à la fois dans le panthéon littéraire antique et chez ses contemporains européens. Son cas n’est pas unique et sa méthodologie est représentative de tout un courant d’antiquarians, comme William Camden ou John Speed, qui lient étroitement arguments d’ordre religieux et arguments géographico-historiques.

    15Verstegan fait de Brutus un ancien roi gaulois, qui a conquis les Îles et leur a donné son nom. Citant des Anciens comme le grammairien Servius Maurus Honoratus (ive apr. J.-C.) ou des Modernes comme Guillaume du Bartas (1544-1590), Verstegan remarque comme eux que l’Angleterre fut reliée au continent. À leur différence, cependant, l’auteur de la Restitution étaye cette hypothèse par moult arguments géomorphologiques. Il note d’abord la proximité géographique des côtes de France et d’Angleterre, Douvres et Calais n’étant séparés que par quelques miles marins. En outre, les blanches falaises sont parfaitement alignées les unes en face des autres et sont presque de même longueur. La nature même des roches, craie ou silex, est semblable de part et d’autre et la continuité des couches semble indiquer la rupture d’un continuum. Verstegan en conclut que ce sont là de

    « […] sérieux arguments pour prouver qu’il y avait une jonction entre ces deux pays dans un lointain passé ; par laquelle les hommes passaient sur la terre ferme de l’un à l’autre, comme sur un pont ou un isthme terrien, constitué à la fois de craie et de silex, […] d’une largeur d’environ six miles anglais, par quoi notre pays n’était alors pas une île mais une péninsule, étant ainsi fixée au principal continent du monde33 ».

    16Verstegan tente aussi de reconstituer le moment de la cassure. L’œuvre de Dieu étant forcément supposée parfaite, la séparation date d’après la Création. Surtout, ce n’est pas le Déluge qui a créé les îles Britanniques, affirmation très originale pour l’époque. Les arguments éthologiques resserrent le compas chronologique : jusqu’à leur destruction générale ordonnée par le roi Edgar au xe siècle, on trouve encore des loups en Angleterre. Abritée par Noé dans son arche, cette espèce a survécu au Déluge. Ensuite, sauf à supposer que des hommes furent assez fous pour les transporter sur une île, il faut en déduire que « ces bêtes malfaisantes traversèrent d’elles-mêmes34 », à pied sec, puisque l’Angleterre n’était pas encore une île. En revanche, l’érudit anglo-hollandais ne s’avance pas à expliquer comment s’est opérée cette rupture :

    « Mais de savoir si la brèche dans notre isthme, fut causée par quelque tremblement de terre géant, par lequel la mer se fraya un passage, l’élargissant ensuite petit à petit, ou s’il fut coupé par l’homme par souci de commodité, ou si les habitants d’un côté ou de l’autre à l’occasion d’une guerre l’ont coupé, afin d’être isolés et libérés de leurs ennemis, doit rester complètement incertain35. »

    17Chez Verstegan, la nature est humanisée, c’est-à-dire qu’elle n’est pas pensable sans la présence des hommes. Il y a certainement eu des témoins de cet événement dans les régions concernées, mais la transmission de telles connaissances s’est perdue dans les temps anciens et la tradition orale n’en a pas gardé souvenir. C’est donc parce que les sources classiques ne sont pas satisfaisantes que cet antiquaire se tourne vers des témoignages matériels, en particulier les fossiles, qu’il est sans doute le premier à reproduire dans un ouvrage imprimé36. Dans la seconde moitié du xviie siècle, la question des « fossiles », terme qui désigne tout matériau trouvé dans le sol37, fait l’objet d’intenses spéculations chez les savants européens. La découverte de fossiles en forme de coquillages, d’os ou de dents pétrifiées, que l’on trouve un peu partout en Europe, donne lieu à plusieurs types d’interprétations. Il faut d’abord savoir si les fossiles sont les restes d’organismes vivants, et desquels, ou bien si ce sont des minéraux ayant la forme d’animaux. Si ce sont des organismes, il faut expliquer leur présence sous une grande quantité de terre, parfois même profondément incrustés dans la roche. C’est le rôle du Déluge qui clive les arguments38.

    18Un premier courant, à la suite de Kircher et Steno, remet en question l’idée, jusque-là incontestée, que les fossiles sont des pierres à génération spontanée39. En Angleterre, Robert Hooke (1635-1703), membre très actif de la Royal Society of London, plaide dans les années 1660 pour l’origine organique de ces coquilles, restes de formes de vie éteintes, contre la fixité des espèces affirmée dans la Genèse40. Il met aussi en doute que le Déluge soit la cause de leur transport un peu partout en Europe, car il est difficile dans ce cas d’expliquer leur présence au sommet des montagnes. Les formes de la Terre se sont grandement modifiées depuis la Création, tandis que la place respective des terres et des mers s’est inversée. Comme les montagnes, les îles Britanniques elles-mêmes sont sans doute nées de tremblements de terre et d’éruptions sous-marines : « Parmi ces transformations, de nombreuses ont affecté ces îles de Grande-Bretagne ; et il n’est pas invraisemblable, que beaucoup des parties intérieures de cette île, si ce n’est toutes, aient été alors entièrement recouvertes par la mer, des poissons y nageant par-dessus41. »

    19Dans les années 1680, Robert Hooke utilise ses travaux sur les fossiles pour reculer l’âge de la Terre au-delà de la chronologie biblique, expliquant ainsi l’accumulation d’une telle épaisseur de strates géologiques42. À l’appui de son argumentation, Hooke mentionne un article de William Somner (1598-1669), probablement publié au début des années 166043. Cet antiquarian « gothiciste » est notamment l’auteur d’un dictionnaire et d’une grammaire saxonne (1659) et des Antiquities of Canterbury (1640)44. Le point de départ de Somner est la découverte par son frère John de dents fossilisées, en septembre 1668. Ce dernier, creusant un puits dans son jardin, situé dans le village de Chartham, près de Canterbury, déterre quatre dents, « presque aussi grosses que le poing d’un homme45 », à une profondeur de 17 pieds sous terre. Cette trouvaille n’est pas surprenante en soi : au xvie siècle déjà, José de Acosta (v. 1539-1600), remarque Somner, mentionnait des dents de grande taille, qui selon toute vraisemblance étaient celles de géants. Cependant, les dents de Chatham sont accompagnées d’ossements qui ne sauraient être humains. Somner fait l’hypothèse que ces restes sont ceux d’un animal marin, un « hippopotame, ou Equus Fluvialis » dont il faut alors expliquer la présence à une telle distance des côtes. Comment savoir « si la mer s’est réellement insinuée jusqu’ici, et quand46 » ? En bon antiquaire, l’auteur prospecte d’abord les sources antiques, mais le témoignage de César indique que la topographie du Kent ne s’est pas modifiée depuis les Romains. Pourtant, l’étymologie de la rivière Stoure, qui coule dans la région, est une corruption du latin aestuarium, ce qui semble bien montrer que l’endroit est un ancien estuaire. Puisqu’il n’y a « pas de preuves écrites crédibles qui puissent nous aider », c’est que le changement est très ancien :

    « Le monde est âgé, vieux de plusieurs milliers d’années, et nombreuses et variées sont les altérations, les changements et les mutations, que le temps a faites dans les diverses parties […] du monde, dont aucune trace écrite ou tradition orale n’ont pu subsister jusqu’à aujourd’hui […]. On peut concevoir que cet estuaire soit […] tellement ancien, que le temps a épuisé jusqu’à son souvenir47. »

    20Et pour expliquer la formation puis la disparition de cet estuaire, il faut trouver un obstacle naturel sur lequel ont buté les eaux marines : « Un isthme, ou un neck de terre, entre la Gaule et la Bretagne, faisant de la seconde le même continent que la première48. » À l’appui de cette thèse, Somner cite des auteurs que l’on a déjà rencontrés, Camden, Verstegan et Twyne. Progressivement rongé puis rompu par l’érosion marine, l’isthme a laissé des traces : les dents, recouvertes par l’accumulation d’alluvions. Mais cette théorie repose sur l’idée que les fossiles sont d’origine organique, ce qui ne va pas de soi. En outre, une telle explication fait l’économie du Déluge.

    21C’est sur ces deux questions, la nature des fossiles et leur transport, que s’engage la controverse avec des auteurs qui privilégient une fidélité stricte au texte biblique. L’un des bastions institutionnels de l’orthodoxie est l’Oxford Philosophical Society. Parmi les opposants de la première heure à Robert Hooke, l’antiquaire, historien et naturaliste Robert Plot (1640-1696), conservateur de l’Ashmolean Museum d’Oxford, qui écrit une Natural History of Oxfordshire en 167749. Plot veut bien concéder l’origine organique des fossiles pour les os de grande dimension trouvés en Cornouailles, mais parvient à réconcilier cette thèse avec la Bible. Contre les auteurs qui les attribuent à des éléphants, « amenés ici durant le gouvernement des Romains en Bretagne50 », Plot objecte qu’aucun des auteurs classiques ne mentionne l’utilisation de ces animaux pour les expéditions militaires sur les îles Britanniques. De plus, la taille et la forme des éléphants diffèrent grandement des dents fossilisées. Ces fossiles sont donc d’origine humaine : ce sont des dents et des os de géants, en parfait accord avec les Goliath et les fils des Titans attestés par la Bible51. Le débat n’est pas tranché et l’on continue, jusqu’à la fin du xviiie siècle, à discuter pour savoir si les dents sont celles d’éléphants, de chevaux, d’hippopotames ou de géants. Selon l’interprétation choisie évidemment, la thèse du pont terrestre est plus ou moins indispensable à la démonstration.

    22John Wallis (1616-1703), dont les positions reflètent celles des scientifiques de l’Oxford Philosophical Society, reprend les réflexions géologiques de Somner, les développant par des considérations sur la puissance érosive des courants marins. En revanche, sur le plan chronologique, il est bien plus timoré. La rupture date probablement de « plusieurs centaines d’années52 » avant César et non plus de milliers d’années comme l’affirmait Somner. Outre le critère topographique, « l’unité de langage entre l’ancienne Gaule et l’ancienne Bretagne » laisse à penser qu’il y eut « une communication aisée entre l’une et l’autre53 ». Les témoignages écrits retrouvent une légitimité et Wallis propose de lire l’histoire de l’Atlantide au sens littéral. L’ancienne tradition qui parlait de la submersion d’une île s’est déformée en se transmettant de génération en génération, depuis un prêtre égyptien jusqu’à Solon, de ce dernier au grand-père de Critias, et de ce dernier à Platon. Une mémoire défaillante a fi ni par brouiller le fait originel, sans totalement l’effacer : « Bien avant l’époque de Platon, il y eut une dissolution ou rupture d’une île ou d’un isthme, quelque part dans l’océan Atlantique, dont il restait encore quelques symptômes à l’époque de Platon54. » L’Atlantide, c’est en fait l’Angleterre !

    23On le voit, le chemin est encore long avant d’accepter que l’histoire de la Terre est plus ancienne que celle des hommes. L’impératif de respect de la chronologie biblique joue son rôle dans cette timidité. Dans un post-scriptum, Wallis écrit ainsi : « Et nombre de ces altérations […] de la surface de la Terre […], nous n’en avons aucune histoire. Car le monde était déjà très ancien, avant l’écriture d’une quelconque histoire (à l’exception de la Bible)55. »

    24L’explication diluvienne est sérieusement remise en cause à partir du début du xviiie siècle, ce qui permet à la thèse du pont terrestre de s’imposer définitivement. À la Royal Society, où les pachydermes ont de nombreux partisans, Henry Baker (1698-1774) lit ainsi en 1745 un mémoire sur une dent et des os fossiles trouvés dans le Norfolk, sur la côte nord-est de l’Angleterre :

    « Les restes d’animaux, de climats et de régions très différents, et d’une espèce qui, dans l’état actuel du monde, n’auraient jamais pu y venir, impliquent soit qu’ils y ont été à l’origine placés par la Providence, ou bien que cette île ait été jusque-là contiguë au continent56. »

    25Mais même dans cette dernière hypothèse, il faut comprendre pourquoi des éléphants auraient quitté des latitudes chaudes pour venir en Angleterre : Baker suppose un changement climatique de grande ampleur, provoqué par une infime modification de l’axe de rotation de la Terre. Le climat tropical régnant alors en Angleterre explique donc que des éléphants aient pu y survivre. C’est seulement à la fin du xviiie siècle que le progrès de l’anatomie comparée, en particulier l’œuvre de Georges Cuvier (1769-1832), permet de rompre avec l’idée d’une grande migration des éléphants vers l’Europe du Nord, l’Amérique ou l’Europe centrale. Cuvier prend le problème dans l’autre sens : la « position » même des îles Britanniques semble indiquer qu’elles « n’ont pas dû recevoir beaucoup d’éléphans vivans [sic]57 ». Pourtant, on y trouve un grand nombre de fossiles. Le fondateur de la paléontologie vertébrée montre alors que les fossiles trouvés ne sont pas des os d’éléphants mais appartiennent à « une espèce éteinte », qui ressemble à l’éléphant :

    « Les ossemens d’éléphans fossiles sont en trop grand nombre, et il y en a dans trop de contrées désertes et même inhabitables, pour que l’on puisse soupçonner qu’ils y aient été conduits par les hommes. […] Mais ce ne sont pas les eaux qui les ont transportés où ils sont. […] Les os d’éléphans étaient donc déjà dans les lieux où on les trouve, lorsque le liquide est venu les recouvrir. […] Tout rend donc extrêmement probable que des éléphans qui ont fourni les os fossiles habitaient et vivaient dans les pays où l’on trouve aujourd’hui leurs ossemens58. »

    26Sauf à supposer que les mammouths savaient nager, il faut bien en conclure que les îles Britanniques furent un jour jointes au continent européen. L’exemple des éléphants n’est qu’un cas parmi d’autres du succès de la thèse de l’isthme, qui s’impose à partir du milieu du xviiie siècle comme alternative naturaliste à l’interprétation providentialiste de l’histoire de la Terre. Dans les grands débats géologiques entre neptunisme et plutonisme, entre uniformitarisme, actualisme et catastrophisme, la formation du Pas de Calais reste toujours un sujet de discorde. Les faciès des falaises de craie du cap Blanc Nez et des North Downs divisent les scientifiques. Pour James Hutton (1726-1797) à la fin du xviiie siècle59, la similitude des couches géologiques de part et d’autre prouve qu’il y a eu des affaissements. La Métherie (1743-1817), neptuniste, attribue quant à lui le rôle fondamental à l’érosion marine et nie donc la continuité des couches :

    « Les côtes de Douvres & de Calais sont bien calcaires l’une & l’autre, mais on ne peut pas dire que les couches y soient homogènes à des hauteurs correspondantes : car à Douvres, la côte est bordée de collines assez élevées, tandis qu’à Calais, la côte est plate, & peu élevée ; & indépendamment de cette différence dans l’élévation, je n’ai pas vu que les substances, dont elles sont composées, fussent précisément de la même nature60. »

    27Ces théories ne restent pas confinées aux milieux scientifiques. À partir de la deuxième moitié du xviiie siècle, l’idée d’une ancienne jonction de l’Angleterre à la France se vulgarise, au moins dans l’opinion éclairée. La description des falaises devient un passage obligé des récits de voyage anglais en France et réciproquement61. Les dictionnaires géographiques grand public font également état de ces débats dans les premières décennies du xixe siècle. F. Robert, géographe ordinaire du roi, hésite ainsi, pour expliquer la formation du détroit du Pas de Calais, entre l’érosion marine ou, plus sûrement, « quelque grande catastrophe de la nature62 ». Deux siècles plus tard, les débats sur la formation géomorphologique de cette région s’organisent selon les mêmes clivages. Les géologues expliquent de deux façons la séparation structurale de l’Angleterre du continent. La première interprétation est celle d’un « pont de craie », attaqué par l’érosion, peut-être par le débordement d’un lac glaciaire. La seconde hypothèse donne un rôle prééminent à la tectonique, au jeu et rejeu des lignes de failles qui hachent la Manche orientale63. La datation de la rupture a en revanche fortement évolué. Un bouleversement épistémologique se produit au milieu du xviiie siècle, l’idée de changements qui se seraient opérés dans des temps préhistoriques.

    La Manche préhistorique ou le passé dure longtemps (xviiie siècle)

    La discordance des temps

    28La planète Terre est née il y a environ 4,5 milliards d’années ; le premier Homo erectus est arrivé en Europe septentrionale, venu d’Afrique, il y a 700 000 ans ; l’homme « moderne », Homo sapiens sapiens, est âgé de 100 000 ans ; le Pas de Calais est le résultat d’une remontée du niveau de la mer qui a mis en communication la Manche et la mer du Nord. Celle-ci fait suite à la fonte des glaciers scandinave et canadien, parfois appelée « transgression flandrienne », qui s’est déroulée pendant l’interglaciaire de l’Holocène, entre 9 000 et 8 500 ans avant l’année 1950, l’année zéro des géologues. Il est aujourd’hui banal de placer sur la même frise chronologique des événements géologiques et paléontologiques. Jusqu’au milieu du xviiie siècle, tant que la Bible est considérée comme la seule source de savoir, la question n’a pourtant pas de sens. D’après la Genèse, Dieu crée l’univers et l’humanité la même semaine. Le deuxième jour, il crée la terre et la mer, tandis que le premier homme est créé le sixième. Une lecture à la lettre du récit mosaïque exclut donc en toute logique l’idée d’évolution et surtout une discordance entre le temps de la Terre et celui des hommes.

    29Malgré l’absence de témoignages ou de souvenirs de la rupture, malgré le Pré-Adamitae de Lapeyrère ou encore les débats sur les chronologies païennes, notamment chinoise, qui mettent en question la chronologie biblique, la plupart des savants anglais restent encore, jusqu’à la fi n du xviie siècle, dans une parfaite orthodoxie avec celle-ci. L’archevêque anglican James Ussher (1581-1656) fixe la date de la Création, à partir de la Vulgate, en l’an 4004 avant Jésus-Christ. Au xviie siècle, la plupart des auteurs se soumettent à cette chronologie pour décrire les phénomènes d’érosion64. Matthew Hale veut démontrer la fausseté de la thèse de l’éternité du monde : il s’appuie pour cela sur le récit mosaïque, mais aussi sur l’Atlantide mentionnée par Pline, Platon et Strabon, ainsi que sur les écrits d’Acosta et Verstegan. Tout en admettant la possibilité de ponts terrestres qui auraient permis le passage d’animaux et d’hommes d’un continent à l’autre, puis ayant disparu, il situe ces changements « dans une période de 4 000 ans65 ». Pour contourner la difficulté du manque de preuves écrites, il suggère en outre que les changements se sont produits dans des régions inconnues. En Angleterre, ces questions vont sombrer dans l’oubli pendant près d’un siècle, jusqu’à la Theory of the Earth de James Hutton en 1795. En France en revanche, les décennies centrales du siècle renouvellent profondément l’intérêt pour les théories de la terre.

    30L’un des ouvrages qui lance la polémique est Telliamed ou entretiens d’un philosophe indien, sur la diminution de la mer, la formation de la terre, l’origine de l’homme (1748). Son auteur, Benoît de Maillet (1656-1738), décale loin vers l’amont l’origine de l’univers, au-delà de la Genèse : « Contentons-nous ici de ne point fixer de commencement à ce qui peut-être n’en a jamais eu. Ne mesurons point la durée passée de ce monde sur celle de nos années66. » Cet ouvrage cartésien et subversif, qui accepte une chronologie longue du globe – environ un million d’années – et nie le rôle du Déluge dans le dépôt des fossiles, déclenche l’ire des dévots. La controverse rebondit avec l’Histoire et théorie de la terre de Buffon (1707-1788), premier volume de son Histoire naturelle générale et particulière (1749). Chez Buffon, la nature est ordonnée, organisée, et sa description des formes terrestres insiste sur les régularités et les continuités. Les fonds marins par exemple sont symétriques aux sommets des montagnes : « Nous voyons que toutes les isles ne sont que les sommets de vastes montagnes, dont le pied et les racines sont couverts de l’élément liquide ; nous y trouvons d’autres sommets de montagnes qui sont presqu’à fleur d’eau67. » Refusant les catastrophes comme les tremblements de terre, mais aussi les explications miraculeuses, Buffon suggère une méthode rationnelle et scientifique : « Pour trouver donc ce qui s’est passé autrefois sur cette terre, voyons ce qui se passe aujourd’hui sur le fond de la mer, et de là nous tirerons des inductions raisonnables sur la forme extérieure et la composition intérieure des terres que nous habitons68. »

    31Les montagnes, marines comme terrestres, sont le fruit de la sédimentation et de l’érosion, phénomènes rendus nécessaires par « l’ordre général de la nature69 ». Le Déluge universel ne permet pas d’expliquer l’histoire physique de la Terre et Buffon réserve ses critiques les plus dures pour les théories qui ont mélangé théologie et science. Sur le plan méthodologique cependant, Buffon combine l’utilisation des sources classiques et la lecture des archives de la terre. Ainsi, pour montrer que la Méditerranée « n’existait point autrefois », le « témoignage des anciens » est confirmé par « l’histoire naturelle », en particulier la continuité et la nature des couches sédimentaires de part et d’autre du détroit de Gibraltar. Buffon reste en apparence très prudent par rapport à la chronologie biblique, afin d’être « à l’abri de la censure théologique70 ». Mais la conclusion du « Second discours » mine de l’intérieur ces observations prudentes :

    « Nous voulons rapporter à l’instant de notre existence les siècles passés et les âges à venir, sans considérer que cet instant, la vie humaine, étendue même autant qu’elle peut l’être par l’histoire, n’est qu’un point dans la durée, un seul fait dans l’histoire des faits de Dieu71. »

    32Ce faisant, comme le remarque Jacques Roger, Buffon « laisse entendre que l’histoire de la Terre a été infiniment plus longue que l’histoire de l’humanité72 ». Les écrits de Maillet et de Buffon font face à une levée de boucliers, à la Sorbonne73, mais aussi chez les philosophes. Voltaire par exemple, déiste et apôtre des causes finales newtoniennes, s’arc-boute sur une conception non-organique de l’origine des fossiles pour montrer que la terre n’a pas fondamentalement changé de forme depuis la Création. Dans sa Dissertation sur les changements arrivés dans notre globe, et sur les pétrifications qu’on prétend en être encore les témoignages, publiée en français la même année que la Théorie de la Terre, Voltaire prend pour cible Benoît de Maillet et Buffon. Le philosophe de Fernet reprend plusieurs des démonstrations de ce dernier pour montrer qu’elles reposent sur des hypothèses hasardeuses. Dans ces querelles, la référence à la Méditerranée et à la Manche font figure de lieux communs :

    « Les montagnes vers Calais et vers Douvres sont des rochers de craie ; donc autrefois ces montagnes n’étaient point séparées par les eaux. Cela peut être, mais cela n’est pas prouvé. Le terrain vers Gibraltar et vers Tanger est à peu près de la même nature : donc l’Afrique et l’Europe se touchaient, et il n’y avait point de mer Méditerranée. Les Pyrénées, les Alpes, l’Apennin, ont paru à plusieurs philosophes des débris d’un monde qui a changé plusieurs fois de forme74. »

    33Ces discussions rencontrent un écho public considérable, bien au-delà des seuls cercles savants. L’Histoire et théorie de la terre est un des grands succès de librairie du xviiie siècle75. L’histoire naturelle est à la mode au milieu du siècle des Lumières et se développe dans toute la société cultivée, par le biais des cabinets de collectionneurs76. Dans ce contexte intellectuel, qui met au premier plan les interrogations sur l’origine du monde, l’Académie d’Amiens organise un concours, en 1751, dont le sujet est la question suivante : « L’Angleterre a-t-elle fait partie du continent des Gaules ? » Malheureusement, la seule liasse subsistant des archives de l’Académie ne concerne que la période postérieure à 176077. En revanche, le mémoire gagnant est connu : il est l’œuvre de Nicolas Desmarest (1725-1815), l’un des fondateurs de la géologie française.

    La Dissertation sur l’ancienne jonction de l’Angleterre à la France de Nicolas Desmarest (1753)

    34La Dissertation sur l’ancienne jonction de l’Angleterre à la France, publiée en 1753, est d’un intérêt central dans notre perspective car, pendant toute la période, c’est la seule monographie sur la Manche78. Cette œuvre de jeunesse a peu intéressé les historiens de la géologie, car elle manque d’originalité et en retrait par rapport aux courants de pensée les plus novateurs de l’époque : c’est justement en tant qu’ouvrage « moyen » que cette synthèse timide mérite notre attention79. Autre intérêt de la Dissertation de Desmarest, celle-ci a un certain retentissement public80 : plusieurs journaux en rendent compte, ce qui permet d’éclairer les principales lignes de clivage sur l’histoire géologique de la Manche, à partir d’une étude de cas.

    35La démarche suivie par Desmarest pour démontrer l’existence d’un ancien isthme entre l’Angleterre et le continent se situe au confluent des deux traditions évoquées précédemment. Il se place d’abord, de façon convenue, sur le terrain de l’histoire, montrant que Gaulois et Bretons ne formaient jadis qu’un seul peuple, avant de faire état des « preuves » physiques. La seconde partie explique ensuite comment cette langue de terre a disparu. Sa conception très orthodoxe de la temporalité, en retrait par rapport à Buffon ou Maillet, permet de cimenter le tout. Desmarest articule, sans sentiment de contradiction, les deux démarches :

    « L’histoire rapporte les faits, en fixe l’époque, en développe les circonstances : la physique sait les apprécier, en examiner scrupuleusement le détail, et même la possibilité. Ces motifs m’engagent à avoir recours aux Lumières que ces deux sources de connaissances peuvent me fournir dans la discussion que j’entreprends sur la réalité de l’ancienne jonction de la Grande-Bretagne au Continent81. »

    36Kenneth L. Taylor a montré à quel point cette méthodologie s’apparente à celle des savants humanistes : Desmarest pratique « l’exégèse et s’appuie sur la recitatio et l’examen d’opinions concernant un sujet donné et puisées dans des sources littéraires82 ». Dans les années où il écrit sa Dissertation, Desmarest fréquente surtout des archéologues et des historiens, comme Pierre-Nicolas Bonamy (1694-1770), membre de l’Académie des inscriptions et belles-lettres83. Son parcours illustre bien la continuité intellectuelle et sociologique entre histoire naturelle et histoire civile. La démonstration historique repose sur la référence systématique aux auteurs qui ont abordé, de près ou de loin, la question de l’ancienne jonction : la preuve est toujours fondue dans l’auctoritas. Toute la méthode de Desmarest est résumée dans la phrase suivante : « Considérons que l’histoire garde souvent un silence éloquent ; qu’elle a des obscurités lumineuses qu’il est aisé de percer pour démêler [sic] les faits ; et que ces obscurités suppléent dans certaines circonstances, aux témoignages les plus précis84. »

    37Postulant l’existence passée de l’isthme, Desmarest interprète en ce sens toutes ses sources. D’un côté, Ovide, Pline, Hérodote ou Dion-Cassius confirment l’absence de témoignage sur l’existence passée d’un isthme. De l’autre, Camden, Duchesne ou le Dictionnaire étymologique de Pierre Borel confirment la similitude des traits culturels des Gaulois et des Bretons85. Comment les Gaulois se sont-ils rendus en Angleterre ? Le seul moyen permettant d’expliquer les contacts entre les deux rives est de supposer l’existence d’un isthme86. Le « témoignage unanime [d’] auteurs dignes de foi », César, Tacite, Strabon et Pomponius Mela, concorde pour dire que « les anciens Bretons […] n’avaient aucune liaison avec leurs voisins87 ». C’est donc que l’isthme s’est rompu après l’arrivée des Gaulois sur les îles Britanniques. Le déterminisme géographique est partout présent : autant l’isthme stimule les velléités migratoires des Gaulois-Bretons, autant sa rupture « aura rendu les Bretons comme habitans d’un nouveau monde, & leur aura coupé toute communication avec les autres peuples leurs voisins88 ». Sur le continent, le phénomène est identique et « les Gaulois, oubliant insensiblement la Grande-Bretagne, qui, ainsi que ses habitans, avait fait divorce avec la terre ferme, n’entretinrent plus aucune espèce de commerce avec cette nouvelle Isle89 ». Ainsi, on peut tout à la fois penser la parenté commune des Anglais et des Français et leur ignorance réciproque.

    38Élève enthousiaste de la « physique nouvelle », Desmarest voit dans la nature une organisation sous-jacente, qu’il appartient au savant de déchiffrer. Comme Buffon, Desmarest plaide pour l’actualisme, affirmant que les causes des changements passés continuent à agir dans le présent, ce qui justifie la méthode inductive. La rupture de l’isthme est due aux cycles érosion-sédimentation, favorisés par la force des courants marins. Desmarest retrace cette évolution en s’appuyant sur les sondages du fond de la mer tirés du Neptune français, atlas de cartes marines de la Norvège à Gibraltar, commandité par Colbert et publié en 169390. Desmarest puise aussi son inspiration dans les cartes topographiques de la Manche établies par Philippe Buache (1700-1773), en particulier dans la Carte physique et profil du canal de la Manche et d’une partie de la mer du Nord, où se voit l’état actuel des profondeurs de la mer, avec les terrains de France et d’Angleterre. Une petite polémique naît d’ailleurs avec ce dernier, premier géographe du roi, pour savoir qui le premier a formulé l’idée d’une ancienne jonction de l’Angleterre au continent. En présentant à l’Académie des sciences, en 1752, sa célèbre carte bathymétrique de la Manche, Buache prétend l’avoir dessinée dès 173791, mais cette précision sert sans doute à établir l’antériorité de ses découvertes sur celles de Desmarest92. Cette carte est en effet le fleuron du fameux « système » de Buache, dont l’idée centrale est l’existence de montagnes sous-marines, qui constituent en quelque sorte la charpente du globe terrestre93. Dans sa communication de 1752, il affirme ainsi que « si la mer baissait seulement de 25 brasses, elle laisseroit à découvert une crête de montagne qui joint Calais à Douvre et qui ne cesse d’être un isthme que parce qu’elle est toujours submergée94 ».

    39Au contraire, Desmarest accuse Buache d’avoir usurpé sa découverte95. En effet, comme le note Desmarest, cette hypothèse d’un ancien isthme, appuyée sur une multitude de sondages du fond de la mer, avait déjà été formulée au début du xviiie siècle par un Anglais, William Musgrave (1655 ?-1721)96. Desmarest revendique en outre une filiation newtonienne et son insistance sur l’idée que « tout se tient dans le méchanisme de l’univers » le conduit à une cosmogonie religieuse97. Bien qu’il refuse le miracle et le merveilleux, il se réfère ainsi au « Déluge universel98 », et propose une datation orthodoxe de la rupture de l’isthme, refusant de séparer l’histoire de la Terre de celle des hommes : « En donnant onze cens vingt-cinq ans pour l’enlevement de l’Isthme, nous donnons le temps aux peuplades de se répandre dans les Gaules, et d’aller s’établir en Angleterre ; & nous reculons assez l’événement pour qu’il ait été inconnu absolument des Phéniciens et de Pythéas99. »

    40Si les journaux anglais ne mentionnent pas le livre de Desmarest, sans doute parce qu’il ne fait que répéter des débats connus Outre-Manche100, la Dissertation fait l’objet de plusieurs comptes rendus dans la presse périodique française. Le traitement variable de l’ouvrage en France permet de recomposer des lignes de fracture intellectuelles101. Le Journal des Sçavants est le plus enthousiaste et se contente de résumer la partie historique, relevant tout de même que « cette induction, quoique spécieuse, ne nous présente néanmoins qu’une hypothèse ingénieuse qu’on pourroit détruire par d’autres suppositions102 ». Tout en acceptant l’explication générale fournie par Desmarest, l’auteur met le doigt sur la contradiction entre la lenteur supposée des phénomènes d’érosion et la chronologie courte suggérée par la Dissertation : « Si on suppose toujours le progrès toujours le même, il aurait fallu environ 45 000 ans à la mer pour détruire un Isthme qui aurait eu seulement deux petites lieues de largeur103. » Dans un compte rendu succinct, le Journal de Trévoux, dirigé par le Père Berthier, de la Compagnie de Jésus, n’est pas vraiment convaincu par l’idée d’une ancienne jonction : « Il y a dans tout ceci, des conjectures bien soutenues : c’est tout ce qu’on peut désirer sur un pareil sujet104. » Le plus sévère est le journal d’Elie Fréron, l’ennemi des philosophes. Ainsi, L’Année littéraire se livre à une démolition en règle de l’ouvrage, et remet en question l’hypothèse même de l’isthme, mais aussi l’intérêt de telles recherches sur l’origine des formes de la Terre :

    « Vous n’attendez pas de moi que je le suive dans une discussion aussi peu intéressante. À quoi servirait en effet de rechercher les causes de cette ruption prétendue, tandis qu’il n’est pas encore prouvé que l’Isthme ait jamais existé ? […] La question d’ailleurs est de pure curiosité, et ne présente aucun avantage pour la société105. »

    41En 1818, dans son éloge funèbre de Nicolas Desmarest, George Cuvier vante « un écrit où l’on traitait scientifiquement une branche de recherches dont jusqu’alors l’imagination semblait s’être emparée106 ». En réalité, au milieu du xviiie siècle, l’auteur de la Dissertation est trop audacieux pour les dévots, mais reste en retrait par rapport à Buffon. En effet, il est tout à fait possible, dans ces années 1750, de défendre à la fois la Genèse et la « physique nouvelle107 ». L’idée d’une Terre sans hommes rencontre encore moult réticences dans l’apologétique chrétienne de cette période. Dans le dernier quart du siècle pourtant, avec la parution des Additions à la Théorie de la Terre (1772) et surtout avec les Époques de la nature (1778), Buffon étire la durée des temps géologiques, séparant l’histoire des hommes et celle de la Terre. 75 000 ans avant notre ère, le globe commence à se refroidir mais la température reste trop élevée pour permettre l’apparition de la vie. Les premiers animaux, les coquillages et les poissons les plus primaires n’apparaissent que 35 000 ans plus tard. Éléphants, rhinocéros et rennes peuplent les régions du nord de l’Amérique, de l’Europe et de l’Asie, 15 000 ans avant le moment où écrit Buffon108. La présence de fossiles dans ces régions montre que les trois continents étaient encore unis à ce moment-là. Leur séparation se produit dans la sixième époque :

    « C’est à la date d’environ dix mille ans, à compter de ce jour, en arrière, que je placerois la séparation de l’Europe et de l’Amérique ; et c’est à peu près dans ce même temps que l’Angleterre a été séparée de la France, l’Irlande de l’Angleterre, la Sicile de l’Italie, la Sardaigne de la Corse, et toutes deux du continent de l’Afrique109. »

    42Les premiers hommes n’apparaissent qu’après cette séparation, lors de la septième et dernière époque. En suivant la logique de l’argumentation de Buffon, l’Angleterre a été une île avant d’être peuplée. Que l’on opte pour une fidélité totale au texte biblique, ou que l’on choisisse le temps long, le résultat final est le même : en repoussant à une période préhistorique l’existence de l’isthme, Buffon confirme a contrario que les hommes ont toujours connu cette mer. Il y a loin des analyses scientifiques de Buffon à la propagande politique utilisée en temps de guerre. Et pourtant, un présupposé commun : de toute éternité humaine, la mer a séparé la France et l’Angleterre. Mais en agrandissant l’échelle, il est des parties de la Manche qui, dans les croyances du xviiie siècle, ne sont formées qu’après la rupture du Pas de Calais. L’histoire complexe des îles Anglo-Normandes, passées tant de fois d’une souveraineté à l’autre, est confirmée par les théories géologiques, qui en font des morceaux de terre tardivement arrachés au continent.

    Les îles Anglo-Normandes : une séparation d’époque historique ?

    43L’Archipel de la Manche, bref essai paru en 1883 en introduction aux Travailleurs de la mer de Victor Hugo, débute par une interprétation géologique de la formation de la Manche, évoquant la violence de l’érosion marine, qui a fini par isoler les îles Anglo-Normandes :

    « Cette formation du golfe de la Manche aux dépens du sol français est antérieure aux temps historiques. La dernière voie de fait décisive de l’océan sur notre côte a pourtant date certaine. En 709, soixante ans avant l’avènement de Charlemagne, un coup de mer a détaché Jersey de la France110. »

    44Cette interprétation n’est pas qu’un effet de style hugolien. Dans les années 1880, cette vision est monnaie courante chez les érudits français et anglais. Le géographe Camille Vallaux s’est attaché, au début du xxe siècle, à déconstruire ces mythes, contes et légendes populaires. Cette géographie magique, héritée de croyances religieuses anciennes, s’est perpétuée sur la longue durée en se nourrissant des théories scientifiques successives. Les géologues actuels considèrent que les dernières phases de formation du golfe normano-breton remontent à la transgression flandrienne111. Cependant, un remodelage constant est encore à l’œuvre sur ces côtes, en raison de la vigueur des marées et des courants. À la fi n du xviie siècle, dans son importante monographie locale sur Jersey, Philip Falle estime que la rupture s’est produite au Moyen Âge :

    « Il est très probable qu’une grande partie de ces rochers fut pendant quelques temps de la terre ferme, que la violence de la mer a séparé de la côte […]. Dans la paroisse de Saint-Ouen, la mer a pendant ces 350 dernières années englouti une très riche vallée, où jusqu’à ce jour, à marée basse, les traces de bâtiments apparaissent parmi les rochers, et de grandes souches de chênes sont visibles dans le sable après la tempête. Les archives de l’Échiquier font mention de gens habitant cette étendue. Et le petit îlot sur lequel se dresse Elizabeth Castle était joint à la terre il y a environ 1 100 ans112. »

    45Arbres enfouis dans les sables ou ruines de bâtiments incrustés dans la roche, les indices n’ont pas changé deux siècles plus tard. Dans les années 1860, des membres de la Société des antiquaires de Normandie, Léopold Quénault et Théodore Le Cerf, s’intéressent aux îles Anglo-Normandes. Un de leurs modèles est un livre de John Ahier, auteur jersiais, qui lui-même puise son inspiration chez les Musgrave, Camden et autres Desmarest pour affirmer « qu’à une époque que l’on fait remonter à 1 200 ans avant J.-C., l’Angleterre, jointe à l’Irlande, était une presqu’île113 ». D’après ces érudits, à l’époque romaine, une vaste forêt couvrait un espace allant de la péninsule actuelle jusqu’à l’Ouest de Chausey et Jersey. La forêt de Scissy et ses racines de bouleau, de chêne et de châtaignier immergés, est l’un de ces lieux mythiques où prospère l’imagination romantique114. Au milieu des frondaisons sous-marines, on devine des monastères fondés au ve siècle et engloutis par la mer. Quand s’est donc produite la rupture ? Léopold Quénault penche pour une marée d’amplitude formidable, en mars 709, « qui aurait insularisé Chausey, Jersey, Tombelaine et le Mont-Saint-Michel115 ».

    46La principale source utilisée par ces auteurs est une carte de Deschamps-Vadeville, ingénieur géographe, dont l’origine obscure est le point de départ du mythe (voir cahier central). La carte lui aurait été transmise par un religieux du Mont-Saint-Michel en 1714 et daterait du xiiie siècle. Mais ce document médiéval est lui-même « la reproduction de cartes plus anciennes, […] l’expression de la tradition conservée par les moines de l’abbaye du Mont-Saint-Michel, sur des cataclysmes qui ont eu lieu autour de leur monastère et depuis sa fondation116 ». Le lieu-dit « La Planche », sur la route entre Portbail et Jersey, mérite quelques explications. En effet, les quelques chenaux de marée qui ondoient entre les îles et la France, ne sont pas un obstacle à la circulation des hommes qui, dans ces récits légendaires, les enjambent à l’aide de simples planches de bois. La carte concorde avec « la tradition populaire [qui] rapporte qu’on a lu des chartes constatant qu’avant 709 Jersey n’était séparé de la terre ferme que par un ruisseau. On cite même le nom des familles qui devaient fournir la planche ou la barque pour passer du continent dans l’île117 ». Cette géographie imaginaire permet d’inscrire dans le sol les institutions ecclésiastiques. C’est ce chemin qu’empruntait l’évêque de Coutances pour visiter ses ouailles de Jersey, jusqu’en 709. Lecanu, curé de Bolleville, l’évoque en 1839 : « C’est une tradition constante que Jersey n’était éloigné du continent que de la longueur d’une planche118. » Bien que les îles aient été réunies à la couronne anglaise dès 1204, celles-ci dépendent encore de la juridiction de Coutances jusqu’en 1568, avant d’être rattachées à Winchester119. D’après John Ahier, qui écrit au milieu du xixe siècle, l’ » authenticité historique » de cette tradition ne fait pas de doute :

    « Je pense donc que ce passage devait se trouver au lieu-dit le Saut-du-Bœuf, aujourd’hui les Beuftins, rocher qui découvre à marée basse […]. De cette manière la rivière seule séparait Jersey de la terre ferme, et il est possible qu’une bonne planche fût suffisante pour y passer, au moins dans les temps reculés120. »

    47Le tracé des voies romaines, que reconstitue aussi John Ahier sur une carte, confirme que Jersey et le plateau des Minquiers n’étaient séparés du continent que par des plaines basses marécageuses et des forêts, la même peuplade gauloise, les Unelles, habitant les environs de Coutances et Jersey. En 1882 encore, la carte de Deschamps-Vadeville permet à Alexandre Chèvremont de proposer une datation historique de la séparation :

    « Nous sommes portés à voir dans le prétendu droit de planche une forme excessive de l’ancienne tradition d’union, ou du moins de la transition qui marqua pendant de longs siècles le passage de l’état de presqu’île à l’état d’île. Si la situation avait été permanente et normale, nul doute qu’un pont fixe, du genre de ceux qui donnait son nom à une ville voisine (Petreus Pons, Port-Bail), aurait été construit à l’époque romaine. On comprend mieux la planche sous les pas de l’archidiacre, s’il ne s’agissait que de franchir […] un ravinement fait dans un isthme par le progrès de la mer121. »

    48Selon son régime d’historicité, la Manche est donc décrite comme une barrière ou un lien naturel entre les peuples, qu’ils soient ceux de la Bible, des légendes païennes ou de la mémoire des ancêtres. En étirant les temps géologiques comme Buffon, on autonomise l’histoire de la mer et celle du peuplement de l’Angleterre. Inversement, en expliquant la séparation des îles Anglo-Normandes du continent par un raz-de-marée médiéval, on rend mieux compréhensible la parenté des insulaires et des Normands. En anglais, la première mention du syntagme « anglo-normand » semble être les Anglo-norman Antiquities d’Andrew Ducarel, publiées en 1767122. Le terme n’apparaît en français qu’en 1776, à propos de l’histoire du droit insulaire123. C’est au xixe siècle, au moment où l’on réfléchit sur les mélanges des races ayant abouti au creuset français ou anglais, que l’expression se diffuse.

    49Dans ces traditions intellectuelles, le temps de référence est un lointain passé, avant même la formation des nations anglaises et françaises, et ce passé influence la lecture du présent. Ainsi, les savants et théologiens, persuadés, jusqu’à la fin du xviiie siècle, de l’unicité fondamentale de l’espèce humaine, en trouvent des preuves dans la géographie actuelle. Dans les discours politiques de court terme, la démarche suivie est inverse : les locuteurs parlent au présent, la Manche servant d’argument pour prouver l’amitié ou l’hostilité naturelle entre les Français et les Anglais du xviiie siècle.

    La Manche dans la rhétorique politique

    50Les théories de formation de la Terre qui sont formulées entre le xvie siècle et la fin de notre période semblent n’entretenir qu’un lien distant avec le contexte politique. En revanche, le providentialisme géographique fait très tôt partie du langage politique. Ainsi chez le Marquis d’Halifax, en 1694, lorsque la guerre de la Ligue d’Augsbourg bat son plein avec la France de Louis XIV, dont la marine est encore suffisamment puissante pour inquiéter l’Angleterre :

    « Nous sommes une île, nous y sommes enfermés par Dieu tout-puissant, non pas comme punition mais comme grâce, et l’une des plus grandes qui puisse être faite au genre humain. Heureux enfermement, qui nous a rendus libres, riches, et paisibles ; une portion équitable de ce monde, et qui vaut vraiment la peine d’être préservée ; une forme qui a toujours été enviée, et qui n’a jamais pu été imitée par nos voisins124. »

    51Qu’il soit fondé sur la religion, la science ou l’histoire, ce type de discours permet d’exprimer quantité de fantasmes mythiques sur la relation entre la France et l’Angleterre. Ces lectures du monde culminent à la fin du siècle suivant, avec la théorie des frontières naturelles sous la Révolution française.

    Sous la Révolution française

    52Pour étudier la genèse puis l’expansion de cette thématique appliquée à la mer, il faut prendre en compte les contextes précis, l’identité des locuteurs et le type de documents dans lesquels ces discours sont formulés. En effet, les représentations géographiques sont socialement et politiquement situées. La propagande franco-anglaise pendant la Révolution est un sujet bien balisé par l’historiographie. Les orateurs révolutionnaires et contre-révolutionnaires recourent fréquemment à la théorie des climats. Mais quelle est la place occupée par la Manche dans cette rhétorique ? En France, nombre de députés de la Convention tiennent des propos hostiles à l’Angleterre à partir de la déclaration de guerre du 1er février 1793. La virulence des discours culmine au printemps 1794. Bertrand Barère (1755-1821), dans son célèbre rapport du 7 prairial an II (26 mai 1794) « sur les crimes du gouvernement anglais », empile ainsi tous les éléments d’une propagande classique, articulant les références à l’histoire et au déterminisme géographique. La diatribe contre le perfide Anglais, « descendant des Carthaginois et des Phéniciens » et la « nation bretonne, agioteuse et marchande », a son pendant géographique dans l’évocation du Pas de Calais : « Citoyens, il faut que la haine nationale se prononce ; il faut que, pour les communications commerciales et politiques, il y ait un océan immense entre Douvres et Calais ; il faut que les jeunes républicains sucent la haine du nom anglais avec le lait des nourrices125. » Les principaux éléments du discours de Barère sont repris dans de nombreuses adresses envoyées par les sociétés populaires à la Convention, à partir de messidor an ii (juillet 1794)126. Ainsi de cette adresse de la société populaire de Semur, du 25 messidor an ii : « La nature avait relégué l’infâme Anglais dans une isle, comme pour le séparer du reste du monde dont il est l’opprobre et l’ennemi127. » Ce langage, à l’été 1794, articule ce que Sophie Wahnich appelle la « sacralisation du territoire » national et la « territorialisation de l’ennemi128 ». Le peuple anglais est tout à la fois renfermé dans son île, ce qui montre son inhumanité, et voisin des côtes françaises, ce qui en fait l’ennemi naturel des Français. La majorité des conventionnels n’ont pas pour but de faire de l’Angleterre une République-sœur, mais le discours de Danton suscite l’effroi Outre-Manche.

    53Edmund Burke (1729-1797) évoque à l’envi cette menace incarnée par la théorie des frontières naturelles, qui fait voir « la terre en géographes et non en souverains129 » :

    « [La France] a fondé les limites de son empire, non pas sur les principes du traité, de la convention, de l’usage, de l’habitude, de la distinction de tribus, de nations ou de langages, mais sur les aptitudes physiques. S’étant auto-désignée comme arbitre du territoire physique, elle a interprété les limites de la Nature selon sa convenance130. »

    54La Manche n’est plus alors une barrière protectrice, mais devient une marche vers la conquête de l’Angleterre131. Pour mettre en avant le danger de contagion des idées françaises pour la sécurité des institutions britanniques, Burke décrit la proximité des côtes des deux pays. Ainsi, dans sa « Lettre à un noble lord », de janvier 1796, il se défend d’être alarmiste : « Je ne lui dis rien cependant qui ne se soit passé de point en point à vingt-quatre mille de nos côtes132. » C’est ce voisinage qui justifie le droit de l’Angleterre à intervenir dans la politique française, conformément aux principes énoncés dans la déclaration de Whitehall du 29 octobre 1793. Chez Burke donc, c’est parce que la lutte est idéologique entre l’Angleterre et la France révolutionnaire qu’il ne peut y avoir de barrière naturelle :

    « La guerre que nous faisons est d’une nature particulière. […] C’est avec une doctrine armée que nous luttons. Cette doctrine par sa nature, a, dans tous les pays, une faction qui lui est dévouée par opinion, par intérêt, par enthousiasme : c’est un géant qui franchit d’un pas notre canal ; il a un pied sur notre rive, l’autre sur une rive étrangère133. »

    55Ce refus de justifier les découpages politiques par la nature est compatible avec une conception de l’ordre international où les États sont interdépendants134. De fantasmée, la menace d’invasion devient bien réelle sous le Directoire et surtout sous le Consulat135. Chez certains auteurs, l’étroitesse du Pas de Calais devient alors la meilleure preuve physique du danger venu du continent. Dans une lettre du 4 novembre 1801, William Cobbett (1762-1835), alors directeur du journal The Porcupine and the Anti-Gallican Monitor, dénonce les préliminaires de la paix de Londres en utilisant le même procédé rhétorique :

    « Nous n’avions qu’un voisin dangereux : cette paix l’a rendu mille fois plus dangereux que jamais en ajoutant trois cent milles à la longueur de ses côtes. […] Mais la paix fournit à notre voisin des ports en abondance en face de l’embouchure de la Tamise. Du haut de ses mâts, de ses vaisseaux ancrés dans ces ports, il peut voir le rivage où il désire débarquer ; et ce rivage n’est pas à plus de cent vingt, pas plus de soixante, et, à certains endroits, plus de quarante milles de Londres136. »

    56L’expansion territoriale de la France sur le continent multiplie les bases arrières pour préparer un débarquement français. Après la reprise de la guerre, en mai 1803, la peur d’une invasion française, alors que les troupes napoléoniennes sont massées à Boulogne, provoque une explosion de la propagande, iconographique, musicale ou écrite. Les caricatures sont l’un des outils de cette guerre des idées137. La Bodleian Library d’Oxford contient un fond très riche sur cette période. Un simple comptage des caricatures dans un catalogue récent 138 confirme que la Manche est toujours montrée dans sa double signification de barrière séparant les deux peuples et de bras de mer si facile à franchir pour les armées françaises. Sur 35 caricatures datées de 1803, 19 représentent la mer et les deux côtes françaises et anglaises, le dessin type montrant deux personnages se faisant face et s’échangeant des invectives (voir cahier central). Lorsque des éléments de localisation topographique apparaissent, ce sont toujours Calais et Douvres, alors que les armées d’invasion sont massées près de Boulogne. Pendant la Révolution, la Manche se réduit donc à cet étroit bras de mer, la synecdoque occupant tout l’espace discursif139.

    57Reste cependant à voir si ces représentations de l’espace ne sont pas le fruit du contexte de rivalité politique et militaire exacerbé : qu’en est-il lorsque les relations diplomatiques sont pacifiées ?

    Le traité de commerce Eden-Rayneval

    58Quelques années à peine avant la Révolution, une alliance économique et politique entre la France et l’Angleterre est à l’ordre du jour. La négociation du traité de commerce de 1786, qui se propose de rompre avec un siècle de prohibitions douanières entre les deux pays, est un bon observatoire pour étudier l’utilisation du discours porté sur le pays voisin par différents groupes ou individus. Le traité Eden-Rayneval, du nom de ses négociateurs, est signé le 26 septembre 1786 et entre en vigueur le 10 mai 1787. Il met fin, provisoirement, à 80 années de guerre économique, de protectionnisme et de contrôle des échanges et doit supprimer la contrebande et installer une paix durable entre les deux ennemis d’hier. Dans le grand débat public qui s’engage au parlement britannique sur la ratification du traité, en février et mars 1787, 31 orateurs s’expriment à la Chambre des communes et 19 aux Lords. Sur ces 50 interventions, 20 évoquent le thème de l’inimitié ancestrale entre la France et la Grande-Bretagne, tant dans le camp des opposants au traité que dans celui de ses zélateurs140. Quelle place occupe le discours sur la frontière naturelle dans ces arguments ?

    59L’utilisation d’une « rhétorique de la scientificité » est un moyen classique pour produire ce que Pierre Bourdieu appelle un « effet de vérité », qui permet de masquer les fantasmes mythiques sous-jacents141. Dans les discussions sur le traité, les orateurs des deux bords se réfèrent à des lois générales et universelles. Le recours à l’histoire et à la caractérologie nationale participe d’une logique identique. La situation géographique des deux pays sert aussi d’argument scientifique. Chez les adversaires du traité, la géographie est mobilisée à l’appui d’un discours de la tradition et de la stabilité, où la pensée de l’histoire est résolument statique, tandis que la proximité des deux pays est présentée comme un obstacle indépassable aux accords économiques. Le cliché comparant l’Angleterre et la France à Rome et Carthage permet ainsi d’inscrire dans une durée quasi-mythique la lutte pour la puissance, en énonçant une loi géographique remontant à l’Antiquité : « Des nations puissantes et très proches doivent invariablement être rivales, et elles l’ont été depuis l’époque de Rome et de Carthage142. » Pour d’autres orateurs, qui choisissent le terrain de l’économie, le voisinage empêche un enrichissement réciproque : « Le véritable but d’une nation devrait être de s’approvisionner. Deux nations limitrophes peuvent à peine se ravitailler mutuellement avec avantage143. » Cette vision mercantiliste, où le commerce est la continuation de la guerre par d’autres moyens, fait des rapports entre les États une compétition permanente pour l’appropriation des richesses du monde, qui sont limitées. Le commerce est un échange à somme nulle, où, comme le dit l’évêque de Landaff aux Lords, « la richesse de la France est la pauvreté de l’Angleterre144. »

    60Charles James Fox (1749-1806), chef de file des opposants aux Communes, adopte quant à lui une lecture strictement politique du traité, qu’il compare à une alliance contre-nature entre l’Espagne et le Portugal145. Pour un dernier type d’adversaires du texte enfin, l’essentialisme géographique redouble la caractérologie nationale. À l’exemple des hommes, les nations sont dotées de sentiments, parmi lesquels l’attachement au territoire et les conflits de voisinage :

    « Les Français et les Anglais […] sont des ennemis naturels ; non parce qu’il y aurait une quelconque antipathie naturelle entre eux. Au contraire, aucun peuple n’est meilleur dans la vie privée. […] Les nations frontalières ne peuvent jamais être absolument d’accord ; pour cette simple raison, parce qu’elles sont voisines. Toute l’histoire et l’expérience nous assurent de ce fait146. »

    61Dans ces discours de propagande, l’espace réel disparaît totalement :comme il s’agit de souligner que les deux États sont bordiers, la Manche est gommée. Les partisans du traité choisissent en général d’insister sur les avantages économiques dont bénéficiera l’Angleterre, grâce à la complémentarité d’une économie manufacturière et d’une économie agricole. Au lieu de Rome et Carthage, ou de l’Espagne et du Portugal, on choisit alors de se référer à d’autres modèles d’États voisins et cependant amis :

    « Mais pourquoi la Grande-Bretagne devrait-elle estimer que la France, plus que la Hollande ou l’Allemagne, l’Espagne ou l’Italie, est son ennemie naturelle ? […] Deux nations voisines peuvent aussi bien être des amies naturelles, que des ennemies naturelles. Un exemple de cela, nous le voyons entre la France et l’Espagne, entre la France et l’Allemagne, […], et donc, pourquoi pas entre la France et la Grande-Bretagne147 ? »

    62Inversement, la France est-elle davantage l’ennemie naturelle de l’Angleterre que l’Autriche, la Hollande ou le Portugal, supposés alliés naturels qui ne l’ont pas soutenue lors de la guerre d’Indépendance américaine148 ?

    63Loin de favoriser le conflit, le voisinage semble donc appeler les échanges. Ainsi, pour Robert Thornton, la proximité des côtes françaises et anglaises, « situées de façon si commode » en vis-à-vis, permettra d’entretenir un trafic commercial tout le long de l’année149. Très rares sont donc les intervenants à discuter de l’espace concret. On pourrait faire exactement les mêmes observations pour les débats français150. Qu’il s’agisse de regretter ou de louer la proximité géographique des deux États, tout se passe comme si la mer n’existait pas. Ni lien naturel ni limite naturelle, la Manche est la grande absente des discussions sur le traité de commerce. Dans le discours politique, la référence à la mer comme frontière franco-anglaise semble limitée au contexte de guerre.

    * * *

    64Au lieu de postuler que les divisions physiques entre les États sont inscrites depuis toujours dans les formes de la Terre, nous avons mis ces divisions mêmes au centre du questionnaire. Loin de constituer toujours un ensemble cohérent et a-historique, la façon dont on pense la Manche est étroitement liée aux conceptions du temps. La thèse du pont terrestre est inséparable des croyances religieuses du xviie siècle : l’unicité fondamentale de l’espèce humaine, la dispersion à partir d’un tronc commun, le finalisme des formes de la terre favorisent la communication entre les hommes. Cette vision du passé de la terre est remise en cause à partir du moment où l’on rejette dans les limbes de l’histoire l’existence de cet isthme. Alors une disjonction de l’histoire des hommes et de celle des formes terrestres devient possible, qui va de pair avec l’abandon de la Bible comme guide explicatif de la géomorphologie. Vers 1750, la voie est ouverte pour d’autres explications de la séparation. En 1802, John Carr (1732-1832), qui visite la France à l’époque de la paix d’Amiens, montre que la plus grande distance qui sépare l’Angleterre de la France n’est pas physique, mais le fruit de l’histoire :

    « Le fait semble étonnant à première vue. Deux des plus grandes nations sous le Ciel, dont les rivages se touchent presque, et qui, si les légendes anciennes disent vrai, furent un jour attachées, qualifient leurs enfants respectifs d’étrangers.
    La jalousie, la compétition, et la guerre qui en est résulté, ont, pendant une éternité, produit une distance et une séparation artificielle, bien plus large que la nature n’en avait l’intention, lorsque qu’elle a formé cette division ; ainsi, tandis qu’isolé, l’insulaire peut, depuis ses propres côtes et les “pieds secs”, regarder la barrière naturelle de son voisin continental, il ne connaît pas plus son caractère et ses habitudes réelles que ces êtres qui sont bien plus éloignés de lui sur le grand cercle151. »

    65Dans la traduction française de cet ouvrage, publiée en 1898, l’année de l’ » incident de Fachoda », Albert Babeau a coupé le second paragraphe152 : « vérité » scientifique et propagande politique ne vont pas toujours main dans la main. Tandis que, s’appuyant sur l’Écriture sainte, les classiques ou les fossiles, les antiquaires et les savants partagent presque tous l’idée que la France et l’Angleterre furent liées dans un passé plus ou moins reculé, la propagande politique n’en tient pas compte, comme le montre l’utilisation de la métaphore de la Manche-séparation, qui reste étonnamment stable sur la longue durée. À la fin du xviiie siècle, le discours politique naturalise donc une division quand la science montre au contraire que cette division n’est pas « naturelle ». Pourtant, l’utilisation du langage de la frontière naturelle n’a rien de systématique et si la Révolution française développe ce thème à l’envi, on n’observe rien de tel pendant la négociation du traité de commerce de 1786. La mer n’a pas toujours séparé les peuples, qui ont la même origine ; elle ne sépare pas les deux terres, puisqu’il y a une continuité géologique.

    66A-t-elle toujours séparé les deux États ? Étudier les modes de découpage de la Manche en synchronie, telle qu’elle est représentée sur les cartes, permet d’approcher de plus près le lien entre la chronologie politique et les visions de l’espace maritime.

    Notes de bas de page

    1 Hume D., « Of National Characters » (1748), et Rousseau J.-J., Extrait du projet de paix perpétuelle de l’Abbé de Saint-Pierre (1756), cités dans Sahlins P., « Natural Frontiers Revisited : France’s Boundaries since the Seventeenth Century », AHR, vol. XCV, n° 5, décembre 1990, p. 1436.

    2 Buache de la Neuville J.-N., Essai d’une nouvelle division politique, ou moyen d’établir d’une manière fixe et invariable les bornes des possessions entre les différents royaumes, s. d., cité dans Nordman D., Frontières de France…, op. cit., p. 111-112.

    3 Rappaport R., « Geology and orthodoxy : the case of Noah’s flood in 18th century thought », BJHS, n° 11, 1978, p. 8.

    4 D’après l’expression de Cassirer E., La philosophie des Lumières, Paris, Fayard, 1990 (1re éd. : 1966).

    5 Kidd C., British Identities before Nationalism. Ethnicity and Nationhood in the Atlantic World, 1600-1800, Cambridge, Cambridge UP, 1999, p. 9-10. Voir notre compte rendu de cet ouvrage dans RHMC, vol. L, n° 3, juillet-septembre 2003, p. 188-194.

    6 Voir Huddleston L. E., Origins of the American Indians : European concepts, 1492-1729, Austin, University of Texas Press, 1967, p. 110-143.

    7 Rossi P., The Dark Abyss of Time. The History of the Earth and the History of Nations from Hooke to Vico, Chicago, The University of Chicago Press, 1987 (éd. italienne : 1979), p. 29-33.

    8 Hale M., The Primitive Origination of Mankind, Considered and Examined according to the Light of Nature, Londres, William Godbid, 1677, p. 194-195.

    9 Du Chesne A., Histoire générale d’Angleterre, d’Escosse et d’Irlande…, Paris, Jean Petit-Pas, 1614, p. 33-34. Le passage copié est dans Camden W., Britannia, édition de 1607, traduite du latin par Philemon Holland en 1610. Sur cet ouvrage fondateur de la géographie britannique, voir Piggott S., « William Camden and the Britannia », Richardson R. C. (éd.), The Changing Face of English Local History, Aldershot, Ashgate, 2000, p. 12-29 (rééd. d’un article de 1957) ; Levy F. J., « The Making of Camden’s Britannia », BHR, n° 26, 1964, p. 70-97.

    10 Guerre des Gaules, V, 12.

    11 Vie d’Agricola, XI, 1.

    12 Kidd C., British…, op. cit., p. 11.

    13 Ibid., p. 51-52.

    14 Au xviiie siècle, la thèse que les Bretons sont eux-mêmes des Gaulois est classique. En France, on trouve par exemple cette idée chez Mezeray, Histoire de France avant Clovis, 1700, p. 7 ou encore Le Brigant, Dissertation… sur une nation de Celtes nommés Brigantes, 1762, p. 89-90. Une interprétation identique existe en Grande-Bretagne dès le début du xviie siècle : voir Kliger S., The Goths in England. A Study in Seventeenth and Eighteenth Century Thought, Cambridge, Harvard UP, 1952, p. 292.

    15 Kidd C., op. cit., p. 242.

    16 Britannia, 1772, vol. I, p. 7.

    17 Ibid., p. 8.

    18 Viner J., The Role of Providence in the Social Order : An Essay in Intellectual History, Princeton, 1972, p. 32-40, 44-47 ; Duflo C., La finalité dans la nature de Descartes à Kant, Paris, PUF, 1996.

    19 Ferguson A. B., Utter Antiquity. Perceptions of Prehistory in Renaissance England, Durham et Londres, Duke UP, 1993, p. 84-113.

    20 Kendrick T. D., British Antiquity, Londres, Methuen, 1950.

    21 Duchesne A., Histoire générale d’Angleterre, d’Escosse et d’Irlande…, Paris, Jean Petit-Pas, 1614, p. 61.

    22 Martin D.-J., Histoire des Gaules, et des conquêtes des Gaulois […] continué par Dom Jean-François De Brezillac, t. I, Paris, Imprimerie Le Breton, 1752, p. 158-160.

    23 Kidd C., op. cit., p. 213. Sur cette question, voir ibid., p. 233-245. Le premier souverain de la lignée est George Ier (de 1714 à 1727), et le dernier est Victoria (de 1837 à1901).

    24 An., The Illustrious Modern, 1718, cité dans Weinbrot H. D., « Politics, Taste, and National Identity : some uses of Tacitism in Eighteenth-Century Britain », Luce T. J. et Woodman A. J. (éd.), Tacitus and the Tacitean Tradition, Princeton, Princeton UP, 1993, p. 177.

    25 Newman G., op. cit., p. 190-191.

    26 Cité dans ibid., p. 115.

    27 Twyne J., De Rebus Albionicis Britannicis atque Anglicis, 1590 (avant le milieu du xvie s.). Sur cet auteur, voir Kendrick T. D., op. cit., p. 105-107.

    28 Cité dans Kendrick T. D., ibid., p. 74. On retrouve la même idée dans la poésie de John Milton : The History of Britain…, Londres, J. M. for James Allestry, 1670, p. 11.

    29 Porter R., The Making of Geology : Earth Science in Britain 1660-1815, Londres, Cambridge UP, 1977. Pour une synthèse des travaux de langue anglaise, voir Corbin A., Le territoire du vide. L’Occident et le désir du rivage 1750-1840, Paris, Flammarion, 1988, p. 116-140.

    30 Foucault M., L’archéologie du savoir, Paris, Gallimard, 1969.

    31 Schneer C., « The Rise of Historical Geology in the Seventeenth Century », Isis, vol. XLV, n° 3, Septembre 1954, p. 256-268.

    32 Voir Parry G., The Trophies of Time. English Antiquarians of the Seventeenth Century, Oxford, Oxford UP, 1995, p. 49-69 ; Kidd C., op. cit., p. 61-63, 86-87, 218-219.

    33 [Verstegan R.], A Restitution of decayed intelligence : In antiquities. Concerning the most noble and renowmed [sic] English nation. By the studie and travaile of R. V., Antwerp, Robert Bruney, 1605, p. 97-98. Cet ouvrage est réédité cinq fois au xviie siècle.

    34 Ibid., p. 111.

    35 Ibid., p. 111.

    36 D’après Parry G., op. cit.

    37 C’est la définition donnée par Pluche A. (abbé), Le Spectacle de la Nature…, t. III, Paris, 1735, p. 303.

    38 Rappaport R., When Geologists Were Historians, 1665-1750, Ithaca/Londres, Cornell UP, 1997, p. 112-119 ; Rossi P., op. cit., p. 3-6 ; Stokes E., « The Six Days and the Deluge : Some Ideas on Earth History in the Royal Society of London, 1660-1775 », ESJ, n° 3, 1969, p. 16-21.

    39 Steno N., Musculi Descriptio Geometrica, 1667 ; Id., Prodromus of a dissertation concerning a solid body enclosed by a process of nature within a solid, 1671 (éd. latine : 1669).

    40 Rossi P., op. cit., p. 13-17 ; Ito Y., « Hooke’s Cyclic Theory of the Earth in the Context of Seventeenth Century England », BJHS, n° 21, 1988, p. 295-314 ; Oldroyd D. D., « Geological Controversy in the Seventeenth Century : “ Hooke vs Wallis” and its aftermath », Hunter M. et Schaffer S. (éd.), Robert Hooke. New Studies, Woodbridge, The Boydell Press, 1989, p. 207-233.

    41 Ibid., p. 291.

    42 Ito Y., op. cit., p. 303.

    43 Chartham News : Or a Brief Relation of some Strange Bones there lately digged up…, Londres, T. Garthwait, 1669, réédité dans PT, 22, 1700-1701, p. 882-893. La découverte de Somner a un écho immédiat, puisque dès 1668, John Hooke le cite dans l’une de ses conférences : Posthumous Works…, op. cit., p. 313.

    44 Parry G., « An incipient medievalist in the seventeenth century : William Somner of Canterbury », dans Workman L. J. et al. (éd.), Medievalism and the academy, Cambridge, D. S. Brewer, 1999, p. 58-65.

    45 Chartham News…, op. cit., p. 883.

    46 Ibid., p. 885.

    47 Ibid., p. 890.

    48 Ibid.

    49 Plot R., The Natural History of Oxford-shire, Oxford, Leon Lichfield, 2e éd., 1705 (1re éd. : 1677), p. 103-114.

    50 Ibid., p. 134.

    51 Ibid., p. 132-140. Sur ce passage, voir Rappaport R., When Geologists…, op. cit., p. 113-114. Sur le mythe des géants, voir Schnapper A., « Persistance des géants », AESC, vol. XLI, n° 1, janvier-février 1986, p. 177-200.

    52 « A Letter of Dr John Wallis, […] Relating to that Isthmus, or Neck of Land, which is supposed to have joined England and France in former Times, where now is the Passage between Dover and Calais », PT, vol. XXII, 1700-1701, p. 973.

    53 Ibid., p. 968.

    54 Ibid., p. 975.

    55 Ibid., p. 979.

    56 « A Letter from M. Henry Baker, F. R. S. to the President, concerning an Extraordinary Large Fossil Tooth of an Elephant », PT, vol. XLIII, 1744-1745, p. 332.

    57 Cuvier G., Recherches sur les ossemens fossiles où l’on rétablit les caractères de plusieurs animaux que les révolutions du globe paraissent avoir détruits, t. II, Paris, Deterville, 1812, p. 40.

    58 Ibid., p. 137-139. Pour expliquer la disparition des mammouths, Cuvier recourt finalement à une explication catastrophiste des changements qu’a connus la surface de la Terre, en particulier des variations violentes du niveau de la mer.

    59 Hutton J., Theory of the Earth with proofs and illustrations, Edimbourg, Cadell & Junior, 1795, vol. II (rééd. Verlag von J. Cramer, 1972), p. 285.

    60 De La Metherie J.-C., Théorie de la Terre, Paris, Maradan, 1795, t. III, p. 389.

    61 Corbin A., op. cit., p. 130 sq.

    62 Tandis que la première édition de son Dictionnaire hésite encore, la seconde explication l’emporte clairement dans la troisième édition de 1825 : Robert F., Dictionnaire géographique…, t. I, Paris, Eymery, 1818, p. 70. Robert F., Dictionnaire géographique…, t. II, 3e éd., Paris, Bouquin de Lasouche, 1825, p. 377.

    63 Sommé J., « L’origine du Pas de Calais : le jeu des hypothèses », Curveiller S., Clauzel D. et Leduc C., « Le Détroit : zone de rencontres ou zone de conflits », Bull. historique et artistique du Calaisis, n° 173, 2001, p. 7-24.

    64 Roger J., Buffon. Un philosophe au Jardin du Roi, Paris, Fayard, 1989, p. 140 ; Davies G. L., « The Concept of Denudation in Seventeenth-Century England », JHI, vol. XXVII, n° 2, avril-juin 1966, p. 278-284 ; Toulmin S. et Goodfield J., The Discovery of Time, New York, Harper Row, 1965.

    65 Hale M., op. cit., p. 193.

    66 Cité dans Ehrard J., L’idée de nature en France à l’aube des Lumières, Paris, Albin Michel, 1970, p. 119.

    67 Buffon G.-L., Histoire et théorie de la terre, Paris, Imprimerie royale, 1749, p. 71.

    68 Ibid., p. 81.

    69 Ibid., p. 95.

    70 Roger J., op. cit., p. 148.

    71 Cité dans ibid., p. 150.

    72 Ibid.

    73 Broc N., La géographie des philosophes. Géographes et voyageurs français au xviiie siècle, Paris, Ophrys, 1975, p. 196.

    74 Voltaire, Dissertation…, 1746 (le texte n’est publié en français que trois ans plus tard), dans Œuvres complètes de Voltaire, t. XXIV, Paris, Hachette, 1892, p. 131.

    75 Sur 500 catalogues de bibliothèques, Daniel Mornet a ainsi recensé 202 fois les Œuvres de Buffon : Les sciences de la nature en France au xviiie siècle, Paris, Slatkine, 2001 (rééd. de 1911), n. 1, p. 9.

    76 Laissus Y., « Les cabinets d’histoire naturelle », Taton R. (éd.), Enseignement et diffusion des sciences en France au xviiie siècle, Paris, Hermann, 1964, p. 664.

    77 ADS, D138.

    78 Desmarest N., Dissertation sur l’ancienne jonction de l’Angleterre à la France, qui a emporté le prix, au jugement de l’Académie des sciences, belles-lettres et arts d’Amiens, en l’année 1751, Amiens, Chez la Veuve Godart, 1753.

    79 Les historiens se sont plutôt intéressés à la deuxième partie de la carrière de Desmarest, une fois devenu savant respecté et influent. Cette lecture whig de l’histoire des sciences est par exemple visible chez Geikie Sir A., The Founders of Geology, Londres/New York, Macmillan, 2e éd, 1905, p. 140-175. L’article le plus récent sur Desmarest ne s’intéresse pas à cette œuvre de jeunesse : Laboulais-Lesage I., « Voir, combiner et décrire : la géographie physique selon Nicolas Desmarest », RHMC, vol. LI, n° 2, 2004, p. 38-57. Voir cependant Taylor K. L., « La genèse d’un naturaliste : Desmarest, la lecture et la nature », Gohau G. (dir.), De la géologie à son histoire, Paris, CTHS, 1997, p. 61-74. Desmarest fut également inspecteur des manufactures de 1762 à 1782 : Minard P., La Fortune du colbertisme : État et industrie dans la France des Lumières, Paris, Fayard, 1998, p. 222-223.

    80 Le livre est réédité au xixe siècle, à l’occasion des débats sur le tunnel sous la Manche : An., L’ancienne jonction de l’Angleterre à la France ou le détroit de Calais. Sa formation par la rupture de l’isthme. Sa topographie et sa constitution géologique. Ouvrage qui a remporté le prix au concours de l’Académie d’Amiens en l’année 1751. Par Nicolas Desmarets [sic]…, Paris, Isidore Liseux, 1875.

    81 Desmarest N., Dissertation…, op. cit., p. 2.

    82 Taylor K. L., op. cit., p. 67.

    83 Desmarest N., op. cit., p. 67-68.

    84 Ibid., p. 35-36.

    85 Ibid., p. 18.

    86 Ibid., p. 20-23.

    87 Ibid., p. 29.

    88 Ibid., p. 31.

    89 Ibid., p. 32-33.

    90 Bourgouin J., « Hydrographie et cartographie françaises de 1800 à nos jours », BCFC, septembre 1987, n° 113, p. 31.

    91 Buache P., « Essai de géographie physique où l’on propose des vues générales sur l’espèce de charpente du globe… », MARS, 1752, Paris, 1754. Voir Kish G., « Early Thematic Mapping : The Work of Philippe Buache », IM, n° 28, 1976, p. 129-136.

    92 Lagarde L., « Philippe Buache (1700-1773), cartographe ou géographe ? », Lecoq D. et Chambard A., Terre à découvrir, terres à parcourir, Paris, L’Harmattan, 1998, p. 148-149.

    93 Laboulais-Lesage I., « Le système de Buache, une “nouvelle façon de considérer notre globe” et de combler les blancs de la carte », Id. (dir.), Combler les blancs de la carte. Modalités et enjeux de la construction des savoirs géographiques, Strasbourg, PU de Strasbourg, 2004, p. 93-116 ; De Dainville F., « De la profondeur à l’altitude. Des origines marines de l’expression cartographique du relief terrestre par cotes et courbes de niveau », La cartographie, reflet de l’histoire, Genève/ Paris, Slatkine, 1986, p. 441-458.

    94 MARS, 1752, p. 119, cité dans Laboulais-Lesage I., ibid., p. 104.

    95 Desmarest N., op. cit., « Avertissement de l’auteur », n. p.

    96 « Guilhelmi Musgrave Regiae Societatis Socii, de Britannia quondam poene Insula, Dissertatio » [Discours sur la Grande-Bretagne, qui était autrefois une presque-île (1717)], PT, vol. XXX (1717-1719), p. 593. Pour une traduction française du texte original latin, voir ma thèse de doctorat, vol. II, p. 514-527.

    97 Desmarest N., op. cit., p. 69. Sur ce point, voir Ehrard J., op. cit., p. 40-51.

    98 Desmarest N., ibid., p. 105.

    99 Ibid., p. 154.

    100 The Critical Review (1755-), la London Chronicle (1757-) et The Annual Register (1758-) paraissent trop tardivement pour en rendre compte. Le livre n’est pas cité dans Forster A., Index to book reviews in England, 1749-1774, Carbondale, Southern Illinois UP, 1990.

    101 En dehors des périodiques cités dans le texte, nous avons aussi consulté le Journal Encyclopédique, qui ne commence à paraître qu’en 1756, et dont le volume I ne mentionne pas l’ouvrage de Desmarest. La Correspondance littéraire de Grimm et les Lettres Helviennes de Barruel n’en font pas non plus état.

    102 Journal des Sçavants, septembre 1753, p. 590

    103 Ibid., p. 592.

    104 Journal de Trévoux ou Mémoires pour servir à l’histoire des sciences et des arts, t. LIII, 1753, Genève, Slatkine Reprints, 1969, p. 621.

    105 L’année littéraire ou suite des lettres sur quelques écrits de ce temps par Fréron, 1754, vol. VI, p. 349.

    106 Cuvier G., « Éloge historique de Nicolas Desmarets [sic], lu le 16 mars 1818 », Recueil des éloges historiques lus dans les séances publiques de l’Institut royal de France, Strasbourg, Paris, F.-G. Levrault, 1819, vol. II, p. 343.

    107 Ehrard J., op. cit., p. 115.

    108 Buffon G.-L., Des époques de la nature (Histoire naturelle générale et particulière, 5), Paris, Imprimerie royale, 1778, p. 169-180.

    109 Ibid., p. 206. Voir Rossi P., op. cit., p. 107-112.

    110 Hugo V., L’Archipel de la Manche, Paris, Calman Lévy, 1883, p. 6.

    111 Voir Elhai H., La Normandie occidentale entre la Seine et le golfe normand-breton. Étude morphologique, Bordeaux, Imprimerie Bière, 1963. Référence donnée par Jean-Louis Tissier, que je remercie.

    112 Falle P., An Account of the Isle of Jersey…, 1694, p. 79.

    113 Ahier J., Tableaux historiques de la civilisation à Jersey : résumé philosophique des mœurs, lois et coutumes de l’île, depuis les temps les plus reculés jusqu’à la moitié du dix-neuvième siècle, Paris, C. Le Lièvre, 1852, p. 92. Voir tout le passage intitulé « Notice historique et hydraugraphique [sic] sur la mer de la Manche » (p. 92-104).

    114 Quénault L., Topographie ancienne des côtes du Cotentin…, Paris, Imprimerie impériale, 1865, p. 6-9 ; Le Cerf, L’Archipel des îles Normandes, Paris, Henri Plon, 1863, p. 12-13.

    115 Quénault L., ibid., p. 3.

    116 Ibid., p. 11.

    117 Ibid.

    118 Lecanu M., Histoire des évêques de Coutances, depuis la fondation de l’évêché jusqu’à nos jours, Coutances, Imprimerie de J.-V. Voisin, 1839, p. 21. Camille Vallaux mentionne des anecdotes similaires pour les autres îles, qui mettent toujours en scène des ecclésiastiques, comme « la planche mise à mer basse », qui permet au recteur de Saint-Sampson, à l’est de Guernesey, d’aller faire la messe sur l’île d’Herm : Vallaux C., L’archipel de la Manche, Paris, Hachette, 1913, p. 15.

    119 Pigeon É.-A., Vies des saints du diocèse de Coutances et d’Avranches…, Avranches, A. Perrin, 2 vol., 1891 et 1898.

    120 Ahier J., Tableaux historiques…, op. cit., p. 103-104. Ici encore, L. Quénault et T. Le Cerf ne font que reprendre Ahier. Ce dernier s’appuie notamment sur Hermant Mr., Histoire du diocèse de Bayeux, Caen, Chez Pierre F. Doublet, 1705.

    121 Chévremont A., Les mouvements du sol sur les côtes occidentales de la France et particulièrement dans le golfe normanno-breton, Paris, Ernest Leroux, 1882, p. 411-412.

    122 C’est seulement dans les années 1830 que la formule « Channel Islands » apparaît, avec Inglis H. D., The Channel Islands ; Jersey, Guernsey, Alderney, etc., Londres, 1834, 2 vol.

    123 Hoüard D., Traité sur les coutumes Anglo-Normandes qui ont été publiées en Angleterre depuis le xie jusqu’au xive siècle, Rouen, Le Boucher le jeune, 1776.

    124 Halifax (marquis de), A Rough Draft of a New Model at Sea, 1694, cité dans Behrman C. F., Victorian Myths of the Sea, Athens, Ohio UP, 1977, p. 38.

    125 Rapport de Barère « sur les perfidies et tous les genres de corruptions et de crimes employés par le gouvernement anglais », AP, vol. XLIII, 7 prairial an ii (26 mai 1794). En 1798, Barère fi le la même métaphore : La liberté des mers, ou le gouvernement anglais dévoilé, s. l. n. d., an VI, vol. I, spécialement p. XLV- XLVIJ.

    126 Wahnich S., L’impossible citoyen. L’étranger dans le discours de la Révolution française, Paris, Albin Michel, 1997, p. 318-324.

    127 AP, vol. XCIII, p. 113, cité dans ibid., p. 323.

    128 Wahnich S., ibid., p. 324, p. 327.

    129 « Deuxième lettre sur une paix régicide » (1796), Burke E., Réflexions sur la révolution de France. Suivi d’un choix de textes de Burke sur la Révolution, Paris, Hachette, 1989, p. 568.

    130 « Fourth Letter on a Regicide Peace » (1795), Langford P. et al. (éd.), The Writings and Speeches of Edmund Burke, Oxford, Clarendon Press, 1981-1991, vol. IX, p. 92.

    131 « First Letter on a Regicide Peace » (1796), Langford P., ibid., p. 239.

    132 « A Letter to a noble lord on the attacks made upon M. Burke and his pension… » (1796), Burke E., Réflexions…, op. cit., p. 499.

    133 « First Letter on a Regicide Peace » (1796), Langford P., op. cit., p. 199. La traduction française est tirée de l’édition Hachette, p. 524.

    134 Welsh J. M., Edmund Burke and International Relations. The Commonwealth of Europe and the Crusade against the French Revolution, Oxford, St. Martin’s Press, 1995, p. 108-114 ; Bélissa M., Repenser l’ordre européen, 1795-1802 : de la société des rois aux droits des nations, Paris, Kimé, 2006.

    135 Voir Desbrière É., Projets et tentatives de débarquement aux îles britanniques. I : 1793-1805, Paris, 1900.

    136 Cité dans Dechamps J., Les îles britanniques et la Révolution française (1789-1803), Paris, La Renaissance du livre, 1949, p. 143.

    137 Dupuy P., « La caricature anglaise face à la France en révolution (1789-1802) », Dix-huitième siècle, n° 32, 2000, p. 307-320 ; MacLeod E., A War of Ideas : British attitudes to the Wars against Revolutionary France 1792-1804, Aldershot, Ashgate, 1998.

    138 Franklin A. et Philp M. (éd.), Napoleon and the Invasion of Britain, Oxford, Bodleian Library, 2003.

    139 On trouve aussi de nombreux exemples de cette focalisation sur les deux villes du détroit dans les affiches et les pamphlets : voir par exemple Plain answers to plain questions in a dialogue between John Bull and Bonaparte, met half seas over between Dover and Calais, Londres, John Hatchard, [1803] ; A Second dialogue between Buonaparte and John Bull, John Hatchard, [1803] (reproduit dans ibid., p. 34 et p. 108).

    140 D’après nos comptages dans HPH, 1816, vol. XXVI (15 mai 1786-8 février 1788). Pour une étude de la consultation des intérêts manufacturiers et des pratiques de lobbying en France et en Angleterre, voir Morieux R., Jessenne J.-P. et Dupuy P. (éd.), Le négoce de la paix. Les nations et les traités franco-britanniques (1713-1802), Paris, Presses de la Société des études robespierristes, à paraître, 2008.

    141 Bourdieu P., « Le Nord et le Midi : contribution à une analyse de l’effet Montesquieu », ARSS, vol. 35, novembre 1980, p. 21-25.

    142 Discours du duc de Sandwich aux Lords, 5 mars 1787, HPH, vol. XXVI, col. 571.

    143 Discours de Henry Flood, 15 février 1787, ibid., col. 434.

    144 Discours du 1er mars 1787, ibid., col. 543.

    145 « La proximité de situation, au lieu d’être le moyen de lier, est ce qui devrait susciter notre peur et notre jalousie » : discours du 12 février 1787, ibid., col. 407-408.

    146 Discours de Francis, 12 février 1787, ibid., col. 420-421.

    147 A commercio-political essay, on the nature of the balance of foreign trade, as it respects a commercial intercourse between Great-Britain and France, and between Great-Britain and other nations, Londres, J. Stockdale, [1787], p. 38-39.

    148 [Knox W. (1732-1810)], Helps to a right decision upon the merits of the late treaty of commerce with France. Addressed to the members of both Houses of Parliament, Londres, J. Debrett, 1787, p. 32.

    149 Discours du 21 février 1787, HPH, vol. XXVI, col. 481.

    150 L’expression la plus claire de ce type de langage se trouve dans les Observations de la Chambre de commerce de Normandie : « La négociation la plus importante et la plus difficile, est, sans doute, celle d’un traité de commerce avec une nation voisine ou éloignée. La difficulté redouble lorsque cette nation, par sa position, son caractère distinctif, et son système

    151 Carr Sir J., The Stranger in France ; or, a Tour from Devonshire to Paris, Londres, J. Johnson, 2e éd, 1807, p. 360.

    152 Babeau A., Les Anglais en France après la paix d’Amiens. Impressions de voyage de Sir John Carr, Paris, Plon, 1898, p. 271.

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    2008

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    1 Hume D., « Of National Characters » (1748), et Rousseau J.-J., Extrait du projet de paix perpétuelle de l’Abbé de Saint-Pierre (1756), cités dans Sahlins P., « Natural Frontiers Revisited : France’s Boundaries since the Seventeenth Century », AHR, vol. XCV, n° 5, décembre 1990, p. 1436.

    2 Buache de la Neuville J.-N., Essai d’une nouvelle division politique, ou moyen d’établir d’une manière fixe et invariable les bornes des possessions entre les différents royaumes, s. d., cité dans Nordman D., Frontières de France…, op. cit., p. 111-112.

    3 Rappaport R., « Geology and orthodoxy : the case of Noah’s flood in 18th century thought », BJHS, n° 11, 1978, p. 8.

    4 D’après l’expression de Cassirer E., La philosophie des Lumières, Paris, Fayard, 1990 (1re éd. : 1966).

    5 Kidd C., British Identities before Nationalism. Ethnicity and Nationhood in the Atlantic World, 1600-1800, Cambridge, Cambridge UP, 1999, p. 9-10. Voir notre compte rendu de cet ouvrage dans RHMC, vol. L, n° 3, juillet-septembre 2003, p. 188-194.

    6 Voir Huddleston L. E., Origins of the American Indians : European concepts, 1492-1729, Austin, University of Texas Press, 1967, p. 110-143.

    7 Rossi P., The Dark Abyss of Time. The History of the Earth and the History of Nations from Hooke to Vico, Chicago, The University of Chicago Press, 1987 (éd. italienne : 1979), p. 29-33.

    8 Hale M., The Primitive Origination of Mankind, Considered and Examined according to the Light of Nature, Londres, William Godbid, 1677, p. 194-195.

    9 Du Chesne A., Histoire générale d’Angleterre, d’Escosse et d’Irlande…, Paris, Jean Petit-Pas, 1614, p. 33-34. Le passage copié est dans Camden W., Britannia, édition de 1607, traduite du latin par Philemon Holland en 1610. Sur cet ouvrage fondateur de la géographie britannique, voir Piggott S., « William Camden and the Britannia », Richardson R. C. (éd.), The Changing Face of English Local History, Aldershot, Ashgate, 2000, p. 12-29 (rééd. d’un article de 1957) ; Levy F. J., « The Making of Camden’s Britannia », BHR, n° 26, 1964, p. 70-97.

    10 Guerre des Gaules, V, 12.

    11 Vie d’Agricola, XI, 1.

    12 Kidd C., British…, op. cit., p. 11.

    13 Ibid., p. 51-52.

    14 Au xviiie siècle, la thèse que les Bretons sont eux-mêmes des Gaulois est classique. En France, on trouve par exemple cette idée chez Mezeray, Histoire de France avant Clovis, 1700, p. 7 ou encore Le Brigant, Dissertation… sur une nation de Celtes nommés Brigantes, 1762, p. 89-90. Une interprétation identique existe en Grande-Bretagne dès le début du xviie siècle : voir Kliger S., The Goths in England. A Study in Seventeenth and Eighteenth Century Thought, Cambridge, Harvard UP, 1952, p. 292.

    15 Kidd C., op. cit., p. 242.

    16 Britannia, 1772, vol. I, p. 7.

    17 Ibid., p. 8.

    18 Viner J., The Role of Providence in the Social Order : An Essay in Intellectual History, Princeton, 1972, p. 32-40, 44-47 ; Duflo C., La finalité dans la nature de Descartes à Kant, Paris, PUF, 1996.

    19 Ferguson A. B., Utter Antiquity. Perceptions of Prehistory in Renaissance England, Durham et Londres, Duke UP, 1993, p. 84-113.

    20 Kendrick T. D., British Antiquity, Londres, Methuen, 1950.

    21 Duchesne A., Histoire générale d’Angleterre, d’Escosse et d’Irlande…, Paris, Jean Petit-Pas, 1614, p. 61.

    22 Martin D.-J., Histoire des Gaules, et des conquêtes des Gaulois […] continué par Dom Jean-François De Brezillac, t. I, Paris, Imprimerie Le Breton, 1752, p. 158-160.

    23 Kidd C., op. cit., p. 213. Sur cette question, voir ibid., p. 233-245. Le premier souverain de la lignée est George Ier (de 1714 à 1727), et le dernier est Victoria (de 1837 à1901).

    24 An., The Illustrious Modern, 1718, cité dans Weinbrot H. D., « Politics, Taste, and National Identity : some uses of Tacitism in Eighteenth-Century Britain », Luce T. J. et Woodman A. J. (éd.), Tacitus and the Tacitean Tradition, Princeton, Princeton UP, 1993, p. 177.

    25 Newman G., op. cit., p. 190-191.

    26 Cité dans ibid., p. 115.

    27 Twyne J., De Rebus Albionicis Britannicis atque Anglicis, 1590 (avant le milieu du xvie s.). Sur cet auteur, voir Kendrick T. D., op. cit., p. 105-107.

    28 Cité dans Kendrick T. D., ibid., p. 74. On retrouve la même idée dans la poésie de John Milton : The History of Britain…, Londres, J. M. for James Allestry, 1670, p. 11.

    29 Porter R., The Making of Geology : Earth Science in Britain 1660-1815, Londres, Cambridge UP, 1977. Pour une synthèse des travaux de langue anglaise, voir Corbin A., Le territoire du vide. L’Occident et le désir du rivage 1750-1840, Paris, Flammarion, 1988, p. 116-140.

    30 Foucault M., L’archéologie du savoir, Paris, Gallimard, 1969.

    31 Schneer C., « The Rise of Historical Geology in the Seventeenth Century », Isis, vol. XLV, n° 3, Septembre 1954, p. 256-268.

    32 Voir Parry G., The Trophies of Time. English Antiquarians of the Seventeenth Century, Oxford, Oxford UP, 1995, p. 49-69 ; Kidd C., op. cit., p. 61-63, 86-87, 218-219.

    33 [Verstegan R.], A Restitution of decayed intelligence : In antiquities. Concerning the most noble and renowmed [sic] English nation. By the studie and travaile of R. V., Antwerp, Robert Bruney, 1605, p. 97-98. Cet ouvrage est réédité cinq fois au xviie siècle.

    34 Ibid., p. 111.

    35 Ibid., p. 111.

    36 D’après Parry G., op. cit.

    37 C’est la définition donnée par Pluche A. (abbé), Le Spectacle de la Nature…, t. III, Paris, 1735, p. 303.

    38 Rappaport R., When Geologists Were Historians, 1665-1750, Ithaca/Londres, Cornell UP, 1997, p. 112-119 ; Rossi P., op. cit., p. 3-6 ; Stokes E., « The Six Days and the Deluge : Some Ideas on Earth History in the Royal Society of London, 1660-1775 », ESJ, n° 3, 1969, p. 16-21.

    39 Steno N., Musculi Descriptio Geometrica, 1667 ; Id., Prodromus of a dissertation concerning a solid body enclosed by a process of nature within a solid, 1671 (éd. latine : 1669).

    40 Rossi P., op. cit., p. 13-17 ; Ito Y., « Hooke’s Cyclic Theory of the Earth in the Context of Seventeenth Century England », BJHS, n° 21, 1988, p. 295-314 ; Oldroyd D. D., « Geological Controversy in the Seventeenth Century : “ Hooke vs Wallis” and its aftermath », Hunter M. et Schaffer S. (éd.), Robert Hooke. New Studies, Woodbridge, The Boydell Press, 1989, p. 207-233.

    41 Ibid., p. 291.

    42 Ito Y., op. cit., p. 303.

    43 Chartham News : Or a Brief Relation of some Strange Bones there lately digged up…, Londres, T. Garthwait, 1669, réédité dans PT, 22, 1700-1701, p. 882-893. La découverte de Somner a un écho immédiat, puisque dès 1668, John Hooke le cite dans l’une de ses conférences : Posthumous Works…, op. cit., p. 313.

    44 Parry G., « An incipient medievalist in the seventeenth century : William Somner of Canterbury », dans Workman L. J. et al. (éd.), Medievalism and the academy, Cambridge, D. S. Brewer, 1999, p. 58-65.

    45 Chartham News…, op. cit., p. 883.

    46 Ibid., p. 885.

    47 Ibid., p. 890.

    48 Ibid.

    49 Plot R., The Natural History of Oxford-shire, Oxford, Leon Lichfield, 2e éd., 1705 (1re éd. : 1677), p. 103-114.

    50 Ibid., p. 134.

    51 Ibid., p. 132-140. Sur ce passage, voir Rappaport R., When Geologists…, op. cit., p. 113-114. Sur le mythe des géants, voir Schnapper A., « Persistance des géants », AESC, vol. XLI, n° 1, janvier-février 1986, p. 177-200.

    52 « A Letter of Dr John Wallis, […] Relating to that Isthmus, or Neck of Land, which is supposed to have joined England and France in former Times, where now is the Passage between Dover and Calais », PT, vol. XXII, 1700-1701, p. 973.

    53 Ibid., p. 968.

    54 Ibid., p. 975.

    55 Ibid., p. 979.

    56 « A Letter from M. Henry Baker, F. R. S. to the President, concerning an Extraordinary Large Fossil Tooth of an Elephant », PT, vol. XLIII, 1744-1745, p. 332.

    57 Cuvier G., Recherches sur les ossemens fossiles où l’on rétablit les caractères de plusieurs animaux que les révolutions du globe paraissent avoir détruits, t. II, Paris, Deterville, 1812, p. 40.

    58 Ibid., p. 137-139. Pour expliquer la disparition des mammouths, Cuvier recourt finalement à une explication catastrophiste des changements qu’a connus la surface de la Terre, en particulier des variations violentes du niveau de la mer.

    59 Hutton J., Theory of the Earth with proofs and illustrations, Edimbourg, Cadell & Junior, 1795, vol. II (rééd. Verlag von J. Cramer, 1972), p. 285.

    60 De La Metherie J.-C., Théorie de la Terre, Paris, Maradan, 1795, t. III, p. 389.

    61 Corbin A., op. cit., p. 130 sq.

    62 Tandis que la première édition de son Dictionnaire hésite encore, la seconde explication l’emporte clairement dans la troisième édition de 1825 : Robert F., Dictionnaire géographique…, t. I, Paris, Eymery, 1818, p. 70. Robert F., Dictionnaire géographique…, t. II, 3e éd., Paris, Bouquin de Lasouche, 1825, p. 377.

    63 Sommé J., « L’origine du Pas de Calais : le jeu des hypothèses », Curveiller S., Clauzel D. et Leduc C., « Le Détroit : zone de rencontres ou zone de conflits », Bull. historique et artistique du Calaisis, n° 173, 2001, p. 7-24.

    64 Roger J., Buffon. Un philosophe au Jardin du Roi, Paris, Fayard, 1989, p. 140 ; Davies G. L., « The Concept of Denudation in Seventeenth-Century England », JHI, vol. XXVII, n° 2, avril-juin 1966, p. 278-284 ; Toulmin S. et Goodfield J., The Discovery of Time, New York, Harper Row, 1965.

    65 Hale M., op. cit., p. 193.

    66 Cité dans Ehrard J., L’idée de nature en France à l’aube des Lumières, Paris, Albin Michel, 1970, p. 119.

    67 Buffon G.-L., Histoire et théorie de la terre, Paris, Imprimerie royale, 1749, p. 71.

    68 Ibid., p. 81.

    69 Ibid., p. 95.

    70 Roger J., op. cit., p. 148.

    71 Cité dans ibid., p. 150.

    72 Ibid.

    73 Broc N., La géographie des philosophes. Géographes et voyageurs français au xviiie siècle, Paris, Ophrys, 1975, p. 196.

    74 Voltaire, Dissertation…, 1746 (le texte n’est publié en français que trois ans plus tard), dans Œuvres complètes de Voltaire, t. XXIV, Paris, Hachette, 1892, p. 131.

    75 Sur 500 catalogues de bibliothèques, Daniel Mornet a ainsi recensé 202 fois les Œuvres de Buffon : Les sciences de la nature en France au xviiie siècle, Paris, Slatkine, 2001 (rééd. de 1911), n. 1, p. 9.

    76 Laissus Y., « Les cabinets d’histoire naturelle », Taton R. (éd.), Enseignement et diffusion des sciences en France au xviiie siècle, Paris, Hermann, 1964, p. 664.

    77 ADS, D138.

    78 Desmarest N., Dissertation sur l’ancienne jonction de l’Angleterre à la France, qui a emporté le prix, au jugement de l’Académie des sciences, belles-lettres et arts d’Amiens, en l’année 1751, Amiens, Chez la Veuve Godart, 1753.

    79 Les historiens se sont plutôt intéressés à la deuxième partie de la carrière de Desmarest, une fois devenu savant respecté et influent. Cette lecture whig de l’histoire des sciences est par exemple visible chez Geikie Sir A., The Founders of Geology, Londres/New York, Macmillan, 2e éd, 1905, p. 140-175. L’article le plus récent sur Desmarest ne s’intéresse pas à cette œuvre de jeunesse : Laboulais-Lesage I., « Voir, combiner et décrire : la géographie physique selon Nicolas Desmarest », RHMC, vol. LI, n° 2, 2004, p. 38-57. Voir cependant Taylor K. L., « La genèse d’un naturaliste : Desmarest, la lecture et la nature », Gohau G. (dir.), De la géologie à son histoire, Paris, CTHS, 1997, p. 61-74. Desmarest fut également inspecteur des manufactures de 1762 à 1782 : Minard P., La Fortune du colbertisme : État et industrie dans la France des Lumières, Paris, Fayard, 1998, p. 222-223.

    80 Le livre est réédité au xixe siècle, à l’occasion des débats sur le tunnel sous la Manche : An., L’ancienne jonction de l’Angleterre à la France ou le détroit de Calais. Sa formation par la rupture de l’isthme. Sa topographie et sa constitution géologique. Ouvrage qui a remporté le prix au concours de l’Académie d’Amiens en l’année 1751. Par Nicolas Desmarets [sic]…, Paris, Isidore Liseux, 1875.

    81 Desmarest N., Dissertation…, op. cit., p. 2.

    82 Taylor K. L., op. cit., p. 67.

    83 Desmarest N., op. cit., p. 67-68.

    84 Ibid., p. 35-36.

    85 Ibid., p. 18.

    86 Ibid., p. 20-23.

    87 Ibid., p. 29.

    88 Ibid., p. 31.

    89 Ibid., p. 32-33.

    90 Bourgouin J., « Hydrographie et cartographie françaises de 1800 à nos jours », BCFC, septembre 1987, n° 113, p. 31.

    91 Buache P., « Essai de géographie physique où l’on propose des vues générales sur l’espèce de charpente du globe… », MARS, 1752, Paris, 1754. Voir Kish G., « Early Thematic Mapping : The Work of Philippe Buache », IM, n° 28, 1976, p. 129-136.

    92 Lagarde L., « Philippe Buache (1700-1773), cartographe ou géographe ? », Lecoq D. et Chambard A., Terre à découvrir, terres à parcourir, Paris, L’Harmattan, 1998, p. 148-149.

    93 Laboulais-Lesage I., « Le système de Buache, une “nouvelle façon de considérer notre globe” et de combler les blancs de la carte », Id. (dir.), Combler les blancs de la carte. Modalités et enjeux de la construction des savoirs géographiques, Strasbourg, PU de Strasbourg, 2004, p. 93-116 ; De Dainville F., « De la profondeur à l’altitude. Des origines marines de l’expression cartographique du relief terrestre par cotes et courbes de niveau », La cartographie, reflet de l’histoire, Genève/ Paris, Slatkine, 1986, p. 441-458.

    94 MARS, 1752, p. 119, cité dans Laboulais-Lesage I., ibid., p. 104.

    95 Desmarest N., op. cit., « Avertissement de l’auteur », n. p.

    96 « Guilhelmi Musgrave Regiae Societatis Socii, de Britannia quondam poene Insula, Dissertatio » [Discours sur la Grande-Bretagne, qui était autrefois une presque-île (1717)], PT, vol. XXX (1717-1719), p. 593. Pour une traduction française du texte original latin, voir ma thèse de doctorat, vol. II, p. 514-527.

    97 Desmarest N., op. cit., p. 69. Sur ce point, voir Ehrard J., op. cit., p. 40-51.

    98 Desmarest N., ibid., p. 105.

    99 Ibid., p. 154.

    100 The Critical Review (1755-), la London Chronicle (1757-) et The Annual Register (1758-) paraissent trop tardivement pour en rendre compte. Le livre n’est pas cité dans Forster A., Index to book reviews in England, 1749-1774, Carbondale, Southern Illinois UP, 1990.

    101 En dehors des périodiques cités dans le texte, nous avons aussi consulté le Journal Encyclopédique, qui ne commence à paraître qu’en 1756, et dont le volume I ne mentionne pas l’ouvrage de Desmarest. La Correspondance littéraire de Grimm et les Lettres Helviennes de Barruel n’en font pas non plus état.

    102 Journal des Sçavants, septembre 1753, p. 590

    103 Ibid., p. 592.

    104 Journal de Trévoux ou Mémoires pour servir à l’histoire des sciences et des arts, t. LIII, 1753, Genève, Slatkine Reprints, 1969, p. 621.

    105 L’année littéraire ou suite des lettres sur quelques écrits de ce temps par Fréron, 1754, vol. VI, p. 349.

    106 Cuvier G., « Éloge historique de Nicolas Desmarets [sic], lu le 16 mars 1818 », Recueil des éloges historiques lus dans les séances publiques de l’Institut royal de France, Strasbourg, Paris, F.-G. Levrault, 1819, vol. II, p. 343.

    107 Ehrard J., op. cit., p. 115.

    108 Buffon G.-L., Des époques de la nature (Histoire naturelle générale et particulière, 5), Paris, Imprimerie royale, 1778, p. 169-180.

    109 Ibid., p. 206. Voir Rossi P., op. cit., p. 107-112.

    110 Hugo V., L’Archipel de la Manche, Paris, Calman Lévy, 1883, p. 6.

    111 Voir Elhai H., La Normandie occidentale entre la Seine et le golfe normand-breton. Étude morphologique, Bordeaux, Imprimerie Bière, 1963. Référence donnée par Jean-Louis Tissier, que je remercie.

    112 Falle P., An Account of the Isle of Jersey…, 1694, p. 79.

    113 Ahier J., Tableaux historiques de la civilisation à Jersey : résumé philosophique des mœurs, lois et coutumes de l’île, depuis les temps les plus reculés jusqu’à la moitié du dix-neuvième siècle, Paris, C. Le Lièvre, 1852, p. 92. Voir tout le passage intitulé « Notice historique et hydraugraphique [sic] sur la mer de la Manche » (p. 92-104).

    114 Quénault L., Topographie ancienne des côtes du Cotentin…, Paris, Imprimerie impériale, 1865, p. 6-9 ; Le Cerf, L’Archipel des îles Normandes, Paris, Henri Plon, 1863, p. 12-13.

    115 Quénault L., ibid., p. 3.

    116 Ibid., p. 11.

    117 Ibid.

    118 Lecanu M., Histoire des évêques de Coutances, depuis la fondation de l’évêché jusqu’à nos jours, Coutances, Imprimerie de J.-V. Voisin, 1839, p. 21. Camille Vallaux mentionne des anecdotes similaires pour les autres îles, qui mettent toujours en scène des ecclésiastiques, comme « la planche mise à mer basse », qui permet au recteur de Saint-Sampson, à l’est de Guernesey, d’aller faire la messe sur l’île d’Herm : Vallaux C., L’archipel de la Manche, Paris, Hachette, 1913, p. 15.

    119 Pigeon É.-A., Vies des saints du diocèse de Coutances et d’Avranches…, Avranches, A. Perrin, 2 vol., 1891 et 1898.

    120 Ahier J., Tableaux historiques…, op. cit., p. 103-104. Ici encore, L. Quénault et T. Le Cerf ne font que reprendre Ahier. Ce dernier s’appuie notamment sur Hermant Mr., Histoire du diocèse de Bayeux, Caen, Chez Pierre F. Doublet, 1705.

    121 Chévremont A., Les mouvements du sol sur les côtes occidentales de la France et particulièrement dans le golfe normanno-breton, Paris, Ernest Leroux, 1882, p. 411-412.

    122 C’est seulement dans les années 1830 que la formule « Channel Islands » apparaît, avec Inglis H. D., The Channel Islands ; Jersey, Guernsey, Alderney, etc., Londres, 1834, 2 vol.

    123 Hoüard D., Traité sur les coutumes Anglo-Normandes qui ont été publiées en Angleterre depuis le xie jusqu’au xive siècle, Rouen, Le Boucher le jeune, 1776.

    124 Halifax (marquis de), A Rough Draft of a New Model at Sea, 1694, cité dans Behrman C. F., Victorian Myths of the Sea, Athens, Ohio UP, 1977, p. 38.

    125 Rapport de Barère « sur les perfidies et tous les genres de corruptions et de crimes employés par le gouvernement anglais », AP, vol. XLIII, 7 prairial an ii (26 mai 1794). En 1798, Barère fi le la même métaphore : La liberté des mers, ou le gouvernement anglais dévoilé, s. l. n. d., an VI, vol. I, spécialement p. XLV- XLVIJ.

    126 Wahnich S., L’impossible citoyen. L’étranger dans le discours de la Révolution française, Paris, Albin Michel, 1997, p. 318-324.

    127 AP, vol. XCIII, p. 113, cité dans ibid., p. 323.

    128 Wahnich S., ibid., p. 324, p. 327.

    129 « Deuxième lettre sur une paix régicide » (1796), Burke E., Réflexions sur la révolution de France. Suivi d’un choix de textes de Burke sur la Révolution, Paris, Hachette, 1989, p. 568.

    130 « Fourth Letter on a Regicide Peace » (1795), Langford P. et al. (éd.), The Writings and Speeches of Edmund Burke, Oxford, Clarendon Press, 1981-1991, vol. IX, p. 92.

    131 « First Letter on a Regicide Peace » (1796), Langford P., ibid., p. 239.

    132 « A Letter to a noble lord on the attacks made upon M. Burke and his pension… » (1796), Burke E., Réflexions…, op. cit., p. 499.

    133 « First Letter on a Regicide Peace » (1796), Langford P., op. cit., p. 199. La traduction française est tirée de l’édition Hachette, p. 524.

    134 Welsh J. M., Edmund Burke and International Relations. The Commonwealth of Europe and the Crusade against the French Revolution, Oxford, St. Martin’s Press, 1995, p. 108-114 ; Bélissa M., Repenser l’ordre européen, 1795-1802 : de la société des rois aux droits des nations, Paris, Kimé, 2006.

    135 Voir Desbrière É., Projets et tentatives de débarquement aux îles britanniques. I : 1793-1805, Paris, 1900.

    136 Cité dans Dechamps J., Les îles britanniques et la Révolution française (1789-1803), Paris, La Renaissance du livre, 1949, p. 143.

    137 Dupuy P., « La caricature anglaise face à la France en révolution (1789-1802) », Dix-huitième siècle, n° 32, 2000, p. 307-320 ; MacLeod E., A War of Ideas : British attitudes to the Wars against Revolutionary France 1792-1804, Aldershot, Ashgate, 1998.

    138 Franklin A. et Philp M. (éd.), Napoleon and the Invasion of Britain, Oxford, Bodleian Library, 2003.

    139 On trouve aussi de nombreux exemples de cette focalisation sur les deux villes du détroit dans les affiches et les pamphlets : voir par exemple Plain answers to plain questions in a dialogue between John Bull and Bonaparte, met half seas over between Dover and Calais, Londres, John Hatchard, [1803] ; A Second dialogue between Buonaparte and John Bull, John Hatchard, [1803] (reproduit dans ibid., p. 34 et p. 108).

    140 D’après nos comptages dans HPH, 1816, vol. XXVI (15 mai 1786-8 février 1788). Pour une étude de la consultation des intérêts manufacturiers et des pratiques de lobbying en France et en Angleterre, voir Morieux R., Jessenne J.-P. et Dupuy P. (éd.), Le négoce de la paix. Les nations et les traités franco-britanniques (1713-1802), Paris, Presses de la Société des études robespierristes, à paraître, 2008.

    141 Bourdieu P., « Le Nord et le Midi : contribution à une analyse de l’effet Montesquieu », ARSS, vol. 35, novembre 1980, p. 21-25.

    142 Discours du duc de Sandwich aux Lords, 5 mars 1787, HPH, vol. XXVI, col. 571.

    143 Discours de Henry Flood, 15 février 1787, ibid., col. 434.

    144 Discours du 1er mars 1787, ibid., col. 543.

    145 « La proximité de situation, au lieu d’être le moyen de lier, est ce qui devrait susciter notre peur et notre jalousie » : discours du 12 février 1787, ibid., col. 407-408.

    146 Discours de Francis, 12 février 1787, ibid., col. 420-421.

    147 A commercio-political essay, on the nature of the balance of foreign trade, as it respects a commercial intercourse between Great-Britain and France, and between Great-Britain and other nations, Londres, J. Stockdale, [1787], p. 38-39.

    148 [Knox W. (1732-1810)], Helps to a right decision upon the merits of the late treaty of commerce with France. Addressed to the members of both Houses of Parliament, Londres, J. Debrett, 1787, p. 32.

    149 Discours du 21 février 1787, HPH, vol. XXVI, col. 481.

    150 L’expression la plus claire de ce type de langage se trouve dans les Observations de la Chambre de commerce de Normandie : « La négociation la plus importante et la plus difficile, est, sans doute, celle d’un traité de commerce avec une nation voisine ou éloignée. La difficulté redouble lorsque cette nation, par sa position, son caractère distinctif, et son système

    151 Carr Sir J., The Stranger in France ; or, a Tour from Devonshire to Paris, Londres, J. Johnson, 2e éd, 1807, p. 360.

    152 Babeau A., Les Anglais en France après la paix d’Amiens. Impressions de voyage de Sir John Carr, Paris, Plon, 1898, p. 271.

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    Morieux, Renaud. « Chapitre I. L’impossibilité d’une île ». In Une mer pour deux royaumes. Rennes: Presses universitaires de Rennes, 2008. doi:10.4000/books.pur.27513.
    Morieux, Renaud. « Chapitre I. L’impossibilité d’une île ». Une mer pour deux royaumes, Presses universitaires de Rennes, 2008, https://doi.org/10.4000/books.pur.27513.

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