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    Plan détaillé Texte intégral Résurrection Surprise d’octobre ? Une victoire à la Pyrrhus ? Le changement dans la continuité ? La viêtnamisation du conflit Les impasses de l’année 1969 Un nouvel enlisement La reprise des négociations Bibliographie Notes de bas de page Auteur

    Les Républicains

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    Table des matières

    Richard Nixon et la guerre du Viêt-Nam (1969-1974)1

    Antoine Coppolani

    p. 177-192

    Texte intégral Résurrection Surprise d’octobre ? Une victoire à la Pyrrhus ? Le changement dans la continuité ? La viêtnamisation du conflit Les impasses de l’année 1969 Un nouvel enlisement La reprise des négociations Bibliographie Notes de bas de page Auteur

    Texte intégral

    1Richard Nixon a parfois été qualifié de « dernière victime de la guerre du Viêt-Nam2 ». Victime politique, certes, et victime de blessures infligées à lui-même, de surcroît, mais à ces observations près, l’expression n’est pas dénuée de fondement. La conduite de la guerre du Viêt-Nam et l’obsession des « fuites » qu’elle pouvait occasionner dans la presse sont aux origines mêmes du Watergate3. Il y a là un paradoxe, car la guerre du Viêt-Nam, en définitive cause de la perte de Nixon, participa auparavant de sa « résurrection » dans les années 1960. Au moment où les gouvernements démocrates s’étaient embourbés dans une guerre sans fin en Asie du Sud-Est, Nixon sut sortir triomphalement de sa traversée du désert en se posant comme recours, véritable homme providentiel républicain promettant à la nation en proie au doute une « paix dans l’honneur ». Et cette « paix dans l’honneur », dans une certaine mesure, fut atteinte à l’aube du second mandat de Nixon, lorsque, en janvier 1973, furent signés les Accords de paix de Paris. Las, à peine l’encre en était-elle sèche que ces accords furent copieusement violés, avant qu’en avril 1975 ne chutent non seulement Saïgon, prise par les Nord-Viêtnamiens le 30 avril, mais également Phnom Penh, où pénétrèrent les Khmers rouges, quelques jours auparavant, le 17. Comment donc Nixon, l’anticommuniste farouche et la quintessence du faucon républicain a-t-il recherché la paix au Viêt-Nam ? Avec quelles répercussions en Asie du Sud-Est mais aussi sur la scène intérieure ? En définitive, et parmi la myriade de polémiques et querelles historiographiques qui grèvent l’action de Nixon et d’Henry Kissinger au Viêt-Nam, dans quelles conditions et à quel prix le président républicain parvint-il à mettre un terme à la guerre américaine au Viêt-Nam ?

    Résurrection

    2Dans les années 1960, redevenu simple citoyen après ses deux mandats de vice-président d’Eisenhower, Nixon utilisa pleinement sa totale liberté de mouvement, multipliant les voyages, parfois sous des prétextes professionnels, toujours dans le but de parfaire sa connaissance encyclopédique des relations internationales. Il n’avait aucune difficulté à attirer les journalistes ; il était une personnalité mondialement reconnue, dont les analyses en politique étrangère étaient écoutées et qui, au fil des années 1960, s’installa dans le rôle de leader de l’opposition aux États-Unis. Bien qu’il déclarât, d’emblée, qu’il n’était pas candidat aux élections présidentielles de 1964, il mit à profit son apparition devant les médias pour attaquer la « désastreuse » gestion par Kennedy des relations Est-Ouest et son évident manque de soutien pour Ngo Dinh Diem, le dirigeant sud-viêtnamien que les États-Unis laissèrent renverser et assassiner en novembre 1963.

    3C’est en faucon que Nixon se positionna dès le début du conflit. Au mois d’août 1964, dans un article publié dans le Reader’s Digest, il appelait à des frappes sur les voies de communication et de ravitaillement entre le Nord et le Sud. En ce même mois d’août, le 7, après des incidents dans le golfe du Tonkin, le président Lyndon B. Johnson obtint du Congrès le vote d’une résolution l’autorisant à avoir recours à la force armée pour protéger « l’indépendance et l’intégrité territoriale de la nation laotienne et de la nation sud-viêtnamienne » élevées au statut d’intérêt vital des États-Unis4. Nixon soutint l’adoption de la résolution du golfe du Tonkin. Dès lors, il s’engagea dans une surenchère systématique face à Johnson. Au fur et à mesure que le président s’avança dans la spirale de l’escalade, et au fur et à mesure que la situation des Américains en Indochine se détériora, Nixon réclama une action militaire sans cesse plus énergique5. Il est vrai, à sa décharge, que Johnson procéda à une montée en puissance graduelle et non exempte de revirements de l’action militaire au Sud-Viêt-Nam. Il s’interrogea sans cesse sur la nécessité de pauses dans les bombardements, caressa l’espoir illusoire de progrès négociés et fut soumis à des avis et opinions contraires au sein de son gouvernement6.

    4Durant la campagne, Johnson avait déclaré qu’il n’envisageait pas d’envoyer de jeunes Américains à des milliers de kilomètres pour se battre à la place de jeunes Asiatiques. Or, le 18 février 1965, il ordonna le déclenchement de l’opération Rolling Thunder de bombardements sur le nord-Viêt-Nam, opération qui allait se poursuivre, par intermittence, durant près de trois années. Contrairement à ce qui avait été envisagé, Rolling Thunder ne fut plus un instrument pour faire plier Hanoï, mais un moyen de protéger les troupes déployées au sol7.

    5Il y avait là une faille majeure dans la stratégie d’escalade graduelle de Johnson, dans laquelle Nixon s’engouffra. Sans craindre de tomber, à son tour, dans le « déficit de crédibilité », lui qui, quelques semaines auparavant estimait que le déploiement des troupes américaines au sol ne serait pas nécessaire, fustigea les moyens insuffisants désormais utilisés par Johnson. Dès le printemps, il réclamait une intensification des bombardements sur le Nord et l’accentuation de la pression exercée par les troupes au sol.

    6Le bras de fer entre Johnson et Nixon au sujet du Viêt-Nam culmina dans les semaines qui précédèrent les élections de mi-mandat, en novembre 1966. À l’approche de cette échéance, Johnson décida d’entreprendre une tournée des pays qui soutenaient les États-Unis en Asie, ponctuée par un sommet à Manille et une visite aux troupes américaines à Cam Rahn Bay8. À l’issue du sommet, qui s’acheva le 25 octobre, Johnson fit savoir que les États-Unis et leurs alliés étaient disposés à un retrait des troupes américaines du sud-Viêt-Nam, à la condition que les troupes communistes dépêchées par le Nord se retirent au préalable et que la violence disparaisse. Le « communiqué de Manille », également appelé « formule de Manille », proposait un retrait des troupes américaines dans les six mois suivant celui des communistes venus du Nord, « peut-être même avant », ajoutait Johnson9. Nixon, qui déjà avait critiqué l’idée même de la tournée de Johnson en Asie à la veille des élections, en demandant s’il s’agissait « d’une quête de la paix ou d’une quête des suffrages », critiqua immédiatement la formule de Manille10.

    7Le 28 janvier 1967, le ministre des Affaires étrangères nord-viêtnamien, Nguyen Dui Trinh, annonça officiellement que son pays n’était disposé à des pourparlers qu’avec le préalable d’un arrêt inconditionnel des bombardements sur le Nord. Ho Chi Minh refusa par ailleurs catégoriquement de faire cesser les infiltrations communistes en provenance du Nord vers le Sud. Or, par la formule de Manille, Johnson avait engagé les États-Unis à demeurer au Sud jusqu’à la fin des hostilités, achevant ainsi de faire de la guerre du Viêt-Nam « sa » guerre et ajournant sine die la possibilité d’un retrait des troupes américaines11. Ce fut l’un des nombreux angles d’attaque que Nixon utilisa dans une critique cinglante de « la formule de Manille » qu’il rédigea au lendemain du sommet.

    8L’argumentaire de Nixon fit mouche. Lors d’une conférence de presse à la Maison-Blanche, Johnson, interrogé sur ses critiques, l’attaqua avec virulence. Ces propos furent du pain bénit pour Nixon. Plus que jamais, ils le placèrent au centre de l’attention des médias. Plus que jamais, il apparaissait comme le chef de file des Républicains et le chef de l’opposition.

    Surprise d’octobre ?

    9Le 31 octobre 1968, quelques jours à peine avant le scrutin, Johnson organisa une conférence téléphonique pour parler en même temps aux trois candidats12. L’instant était décisif : le président informait les candidats à sa succession que, deux heures plus tard, il allait annoncer à la nation qu’un accord était intervenu. Il ordonnait donc un arrêt des bombardements et des négociations de paix débuteraient au lendemain de l’élection présidentielle13.

    10Dans ses Mémoires, Nixon ne fait pas mystère des sentiments qui l’envahirent lorsqu’il entendit la déclaration de Johnson :

    « Tandis que Johnson avançait dans son propos, je pensai que quelles qu’en soient les conséquences pour le Nord-Viêt-Nam, il venait, en tout cas, de larguer une bombe de belle taille sur le cœur de ma campagne. […] L’entretien terminé, je sentis la colère et la frustration monter en moi. Johnson venait de prendre la décision qui, selon moi, pouvait changer le résultat de l’élection. Avais-je accompli tout ce travail, parcouru tout ce chemin pour être arrêté si près du but par les pouvoirs d’un président qui avait choisi de ne pas se représenter14 ? »

    11Stratagème pour faire échouer Nixon ou réelle avancée vers la paix, probablement les deux, le dispositif mis en place par Johnson avait de toute façon un point faible : le président du Sud-Viêt-Nam, Nguyen Van Thieu, n’avait pas donné son accord pour participer à la conférence de la paix. Ses intérêts étaient, naturellement, opposés à ceux des Nord-Viêtnamiens : il avait plutôt intérêt à voir le faucon anticommuniste Nixon devenir président que de voir Hubert Humphrey, qui avait annoncé qu’il réduirait la pression militaire sur Nord, accéder à la magistrature suprême15.

    12Nixon sut exploiter la défection de Thieu. Dès son annonce, le samedi 2, il déclara brièvement être déçu de constater que les perspectives de paix étaient moins prometteuses que ne l’avait laissé espérer Johnson. Apparaissant le dimanche devant les caméras de l’émission politique « Meet the Press », il assuma la posture de l’homme d’État : il avait laissé à ses lieutenants le soin d’attaquer directement le président. Il confirma simplement avoir compris que les Sud-Viêtnamiens participeraient à la conférence de la paix, ce qui lui semblait être la moindre des choses, en échange de l’arrêt des bombardements. Il les appela à y participer et proposa de se rendre à Saigon pour les convaincre. Le lundi 4 novembre, veille du scrutin, les sondages donnaient Nixon gagnant de très peu16.

    13Nixon n’avait pas attendu que Johnson l’informe des avancées dans ses tractations avec les Nord-Viêtnamiens pour se préoccuper de la question viêtnamienne. Il était parfaitement conscient, bien avant les appels du président et indépendamment d’eux, de l’évolution du dossier viêtnamien. Chercha-t-il à entraver les efforts du gouvernement Johnson pour préserver ses chances d’être élu en novembre ? Pour cela, il eût fallu qu’il entrât en contact avec le gouvernement du Sud, pour le conforter dans l’idée que, Nixon élu, le Sud-Viêt-Nam pourrait obtenir des conditions de paix bien plus favorables que si Humphrey sortait vainqueur du scrutin. Un nom n’apparaît pas dans les Mémoires de Nixon, il s’agit de celui d’Anna Chennault. Née Cheng Xiangmei, elle était la veuve du général Claire Lee Chennault. Depuis la fin des années 1950, Anna Chennault était une figure importante des milieux républicains et une figure centrale du « lobby chinois ». C’était une proche de Bui Diem, comme elle ancien journaliste et qui occupait en 1968 le poste d’ambassadeur du Sud-Viêt-Nam à Washington, tout en faisant partie de l’équipe des négociateurs du Sud à Paris. Elle craignait plus que tout que les États-Unis « n’abandonnent » le Sud-Viêt-Nam comme ils avaient « perdu » la Chine au détriment des nationalistes17.

    14Chennault s’était impliquée dans la campagne présidentielle de Nixon, œuvrant à réunir des fonds en sa faveur. Elle avait également personnellement rencontré le candidat, au moins à deux reprises, si l’on en juge par ses Mémoires et celles de Bui Diem. Une première prise de contact avait eu lieu le 6 février. Un second entretien avait été organisé le 12 juillet, cette fois-ci en présence de Bui Diem et de John Mitchell18. C’est à l’occasion de ce second entretien que Nixon aurait fait de Chennault son émissaire personnel auprès des Sud-Viêtnamiens : toute information devait transiter par elle et lui parvenir via Mitchell. Lui-même, en raison de la protection des Services secrets dont il bénéficiait, ne pourrait plus avoir de contact direct avec les représentants du Sud. Bref, Nixon venait d’ouvrir avec Anna Chennault l’un de ces « canaux secrets » de communication avec une puissance étrangère (backchannel) pour lesquels il avait une prédilection. Le « canal secret » avec Saigon fut manifestement utilisé à maintes reprises au cours du mois d’octobre.

    15Johnson ordonna alors au FBI de placer Chennault sous surveillance et table d’écoute19. Les résultats montrèrent que, indubitablement, elle était en contact très étroit et régulier avec l’ambassade du Sud-Viêt-Nam. Ils établirent également que les Républicains étaient aussi en contact avec elle. Les écoutes téléphoniques montrèrent que, si Chennault ne parlait pas directement à Nixon, elle était en très étroit contact avec Spiro Agnew et Mitchell20. Chennault confirma ensuite dans ses Mémoires que Mitchell lui avait suggéré de tenter d’influencer le gouvernement sud-viêtnamien21.

    16Bien qu’il fût rendu furieux par les menées des Républicains, le président ne pouvait pas faire grand-chose pour les contrer, ou même les exploiter politiquement. Il aurait, pour cela, été contraint de révéler ses sources. C’eût été dévoiler que les États-Unis déchiffraient les câbles diplomatiques de leur allié sud-viêtnamien, mais également que le président avait ordonné la mise sur écoute de membres de la campagne de Nixon. Le 4 novembre, les plus proches conseillers de Johnson lui firent part de leurs conclusions : le président ne pouvait prendre le risque de révéler ses sources ; il était, en outre, trop tard pour pouvoir désormais espérer changer le cours de l’élection dans un sens favorable à son parti ; enfin, révéler au grand jour les actions des Républicains créerait une crise politique préjudiciable aux États-Unis, affaiblirait le futur président et rendrait exécrables ses futures relations avec Johnson dans l’hypothèse où Nixon serait élu22.

    Une victoire à la Pyrrhus ?

    17Les preuves réunies, ajoutaient les trois hommes, n’étaient pas accablantes : non seulement elles ne permettaient pas d’incriminer Nixon personnellement, mais il pourrait à bon droit affirmer qu’il n’avait nul besoin d’influencer les Sud-Viêtnamiens. Compte tenu de ses positions, ceux-ci savaient fort bien qu’il serait moins enclin que Johnson ou Humphrey à réduire la pression militaire sur Hanoï. S’agissant de Humphrey, mis au courant par le président, il décida également de ne pas faire éclater un scandale aux conséquences imprévisibles. L’évolution de la situation au Viêt-Nam n’eut donc pas pour conséquence un retournement de dernière minute des intentions de vote. Le 5 novembre, Nixon ne devança Humphrey que de 510 000 voix, remportant 43,4 % des suffrages contre 42,7 % à son adversaire démocrate (soit 301 grands électeurs contre 191), 13,5 % des voix, soit près de dix millions, allant à Wallace (45 grands électeurs)23.

    18Lorsque Nixon entra en fonction, mettre un terme à la guerre du Viêt-Nam était naturellement son objectif prioritaire24. Il avait fait campagne sur le thème de « la paix dans l’honneur », laissant entendre qu’il disposait d’un plan secret pour mettre un terme à la guerre, plan qu’il ne pouvait dévoiler sauf à le rendre caduc. Lors de la convention républicaine de Miami, s’exprimant devant des délégués des états du Sud et croyant s’exprimer à l’abri des micros, il avait dit qu’il conclurait la guerre comme Eisenhower l’avait fait en Corée. « Ike » avait fait savoir aux Chinois et aux Nord-Coréens qu’il ne tolérerait pas une guerre d’usure, « et en quelques mois ils négocièrent25 ». En octobre 1968, le candidat républicain avait déclaré au journaliste Harrison Salisbury, du New York Times, que le Viêt-Nam ne pourrait entraver la conduite de la politique étrangère américaine. Il avait alors promis de mettre un terme à la guerre en six mois26.

    19Promesses électorales et objectifs bien optimistes, au regard d’une situation catastrophique. En janvier 1969, 540 000 militaires américains se trouvaient au Viêt-Nam ; plus de 30 000 d’entre eux y avaient déjà laissé la vie, dont 14 500 pour la seule année 1968. Le coût de la guerre atteignait 30 milliards de dollars pour la seule année fiscale 1969. Les perspectives d’avenir étaient fort sombres.

    20Il apparut très tôt que Nixon était pris entre le marteau et l’enclume. D’un côté, Nixon et son équipe de transition refusèrent l’option d’une escalade militaire immédiate, qu’il s’agisse d’une reprise massive des bombardements, d’une menace d’invasion du Nord-Viêt-Nam ou, surtout, des deux frappes décisives qui auraient pu amener une victoire militaire. La destruction des digues du Nord-Viêt-Nam qui, selon Nixon, aurait entraîné des inondations « causant la mort de centaines de milliers de personnes », ou le recours aux armes nucléaires tactiques. Ces deux éventualités eussent « causé un tel tollé sur la scène intérieure et à l’étranger, écrit-il, qu’elles auraient donné à mon mandat le pire des débuts possibles27 ». L’option d’un retrait immédiat du Viêt-Nam aurait permis d’apaiser le mécontentement des opposants à la guerre, laissé espérer le retour des prisonniers de guerre et fait retomber la responsabilité de la débâcle sur les gouvernements démocrates. En effet, en 1969, la guerre du Viêt-Nam ne pouvait certainement pas être qualifiée de « guerre de M. Nixon ». Elle était encore, plutôt, « la guerre de M. Johnson », voire celle « de M. Kennedy », présidents qui avaient mis le doigt dans cet engrenage infernal. Pourtant, l’option d’un retrait unilatéral immédiat du Sud-Viêt-Nam fut également rejetée par Nixon. Elle aurait abouti à l’abandon des dix-sept millions de Sud-Viêtnamiens et ruiné la crédibilité des États-Unis vis-à-vis de leurs autres alliés dans le monde28.

    21L’état d’instabilité et de fragilité de la société américaine joua un rôle crucial dans les choix arrêtés en 1969. Le 5 janvier, Pat Moynihan, un des premiers démocrates néoconservateurs, transmit un mémorandum à Nixon dans lequel il lui prédisait une réélection difficile si la guerre du Viêt-Nam ne cessait pas rapidement. La guerre pouvait le détruire, comme elle avait détruit Johnson. Surtout, soulignait Moynihan, la gauche « libérale », que Nixon méprisait tant, avait une puissance considérable, beaucoup plus que Johnson lui-même ne l’avait compris29. Outre l’opposition qu’il rencontrait au Congrès, dominé par les Démocrates, Nixon devait faire face à l’opinion publique et surtout à une jeunesse hostiles à la guerre30.

    Le changement dans la continuité ?

    22Très tôt, en fait dès la période de transition, Nixon s’engagea sur une voie qui n’était pas sans ressembler à celle du gouvernement précédent : il n’y aurait pas de troupes supplémentaires envoyées au Viêt-Nam ; l’arrêt des bombardements du Nord-Viêt-Nam décrété par LBJ serait respecté et les négociations de Paris poursuivies. Est-ce à dire que Nixon n’avait pas de politique originale à mettre en place au Viêt-Nam, et encore moins de « plan secret » à appliquer ? Non, pas vraiment. Nixon avait une stratégie, qui se mit progressivement en place tout au long de l’année 1969.

    23D’abord, il y avait l’élément de coercition, illustré par les bombardements du Cambodge, entamés dès le 18 mars 1969 sous le nom de code « MENU » et qui se poursuivirent jusqu’au mois d’avril 1970. Totalisant 3 875 missions aériennes et 108 823 tonnes de bombes larguées, l’opération « MENU » avait pour but de détruire les centres de commandement communistes implantés au Cambodge (appelés le COSVN, Central Office for South Vietnam). Nixon comptait ensuite sur des entretiens secrets avec Hanoï, qui débutèrent à Paris le 4 août 1969, grâce à l’entremise de l’ancien délégué général français à Hanoï, Jean Sainteny, dont la femme était une ancienne étudiante de Kissinger. En troisième lieu, surestimant sans doute l’influence de l’URSS sur le Nord-Viêt-Nam, Nixon comptait faire pression sur Moscou en liant toute autre avancée dans les relations bilatérales entre les deux superpuissances à une influence bénéfique de l’Union soviétique dans la résolution du conflit Viêtnamien. Enfin, le 14 mai 1969, Nixon avait, dans une allocution télévisée, proposé un programme de paix en huit points, qui avait altéré les propositions américaines. Il avait en particulier renoncé à la « formule de Manille » qui exigeait un retrait des Nord-Viêtnamiens du Sud-Viêt-Nam six mois avant que les Américains fassent de même et proposé à la place l’idée d’un retrait réciproque et simultané. Par ailleurs, les États-Unis acceptaient le principe de la participation du Front de libération nationale (FLN viêtnamien) à la vie politique du Sud-Viêt-Nam et s’engageaient à respecter le résultat d’élections organisées sous supervision internationale.

    La viêtnamisation du conflit

    24Au mois de mars 1969, Nixon avait renoncé à son objectif de mettre un terme à la guerre en six mois, mais demeurait optimiste. Il affirmait à un membre du Cabinet que le conflit serait terminé en une année31. Il dut vite déchanter et constater que les Nord-Viêtnamiens n’entendaient nullement céder. Ils s’obstinaient à poser comme conditions préalables à la paix un retrait unilatéral des Américains et la déposition du président sud-viêtnamien, Nguyen Van Thieu. C’est au cours de ce même mois de mars que fut formalisé un élément supplémentaire de la stratégie de Nixon : il faudrait « désaméricaniser » ou plutôt « viêt-namiser » le conflit. L’idée fut adoptée lors de la réunion du Conseil national de sécurité du 28 mars32.

    25La mobilisation des jeunes Américains dans les forces armées diminua considérablement durant le premier mandat de Nixon, contribuant ainsi à calmer les inquiétudes et les manifestations suscitées par la perspective de mourir au Viêt-Nam. En juillet 1970, il n’y avait plus que 404 000 Américains au Viêt-Nam et 45 600 deux ans plus tard. Le 27 janvier 1973, après la signature des Accords de paix de Paris, Laird mit un terme à la conscription obligatoire, avec cinq mois d’avance sur le calendrier fixé. La volonté de Nixon d’apaiser les inquiétudes de la jeunesse était d’autant plus grande que l’adoption du 26e amendement, en 1971, avait abaissé la majorité politique à dix-huit ans33.

    Les impasses de l’année 1969

    26En 1969, c’est aux Américains qu’il revint de poser un ultimatum. La situation, en effet, ne cessait de se détériorer. Moins de trois semaines après l’investiture du président, Hanoï avait repris une offensive, dite du Mini-Têt, qui allait causer la mort de plus de 4 000 soldats américains en quatre mois34. Surtout, sur la scène intérieure, le relatif état de grâce dont avait pu profiter Nixon prenait fin.

    27Le 29 avril 1969, une délégation d’étudiants opposés à la guerre rencontra Kissinger et John Ehrlichman, le principal conseiller de Nixon pour la politique intérieure, à la Maison-Blanche. Elle conclut de cette entrevue que l’équipe de Nixon allait être pire que celle de Johnson et qu’il convenait d’agir selon des modalités différentes. Plutôt que d’organiser des manifestations dans une ou deux grandes villes (New York ou Washington et San Francisco) durant un week-end, ils appelleraient à des manifestations décentralisées, dans toutes les villes américaines, le mercredi 15 octobre 1969. Un mois plus tard, si la guerre faisait toujours rage, il y aurait deux journées d’action, puis trois le mois suivant, etc.35. Tandis qu’en juin était créé le Vietnam Moratorium Committee, le 6 juillet d’autres militants, issus du Socialist Workers Party et d’autres mouvements datant des années Johnson (Mobe) créèrent le New Mobilization Committee to End the War in Vietnam. Ils choisirent comme journée d’action, pour une manifestation de masse à Washington, la date du 15 novembre 1969.

    28Tandis que le mouvement pacifiste établissait son calendrier d’action, les entretiens avec Xuan Thuy, chef de la délégation nord-viêtnamienne à la conférence de Paris et Mai Van Bo, délégué général du Nord-Viêt-Nam en France, furent stériles et pénibles

    29Tout en poursuivant la politique de viêtnamisation préconisée par Laird, Nixon souhaitait simultanément jouer sur la « stratégie du bombardier fou » pour amener les Nord-Viêtnamiens à résipiscence. Il avait, selon Harry R. Haldeman, exposé cette stratégie dès 1968, lors d’une promenade sur une plage :

    « J’appelle cela la théorie du fou, Bob. Je veux que les Nord-Viêtnamiens croient que j’ai atteint le point où je pourrais faire n’importe quoi pour mettre fin à la guerre. Nous leur ferons passer le mot, “Pour l’amour de Dieu, vous savez que Nixon est obsédé par le communisme. Nous ne pouvons pas le contrôler lorsqu’il est en colère, et cet homme a la main sur le détonateur nucléaire”. Et Ho Chi Minh en personne sera à Paris dans les deux jours, implorant la paix36. »

    30Il y avait loin de la théorie à la pratique. Tandis que la pression montait sur la scène intérieure, Nixon dut faire face simultanément aux objurgations de Laird, qui le poussait à écouter davantage l’opinion publique et à poursuivre la viêtnamisation et aux exhortations de Kissinger, qui lui recommandait fortement de privilégier la « stratégie du bombardier fou » en mettant sur pied des mesures militaires capables d’étayer l’ultimatum lancé par Washington à Hanoï pour le 1er novembre.

    31Kissinger entendait bien se servir de l’outil militaire pour faciliter ses négociations avec le Nord-Viêt-Nam. À cette fin, il constitua un groupe de réflexion, dit « Groupe de septembre », rassemblant ses principaux conseillers. Il leur assigna la tâche d’étudier l’hypothèse d’une action militaire susceptible d’avoir un « impact maximal sur l’ennemi », de façon à aboutir à une « conclusion rapide » de la guerre. C’est devant ce groupe que Kissinger aurait tenu les propos suivants : « Je refuse de croire qu’un petit pays de quatrième ordre comme le Viêt-Nam n’a pas un point de rupture. […] Ce sera la mission de ce groupe que d’étudier l’option d’une frappe sauvage et décisive contre le Nord-Viêt-Nam. Vous débuterez vos travaux sans idées préconçues37. »

    32Le groupe ne travaillait pas en terre inconnue. Depuis le printemps, semble-t-il, les services du chef d’état-major interarmes, le général Wheeler, travaillaient sur un plan de ce type, appelé « Duck Hook ». Pourtant, Nixon renonça définitivement, probablement à la fin du mois d’octobre 1969, à mettre ce plan en application. Toutefois, comme l’explique Nixon dans ses Mémoires, c’est le fait de manquer d’un soutien suffisant aux États-Unis durant le temps de l’opération qui motiva le plus sa décision38. Dans son journal, Haldeman note que la principale préoccupation de Kissinger était de savoir si Nixon parviendrait à garantir l’unité de la nation américaine pendant les six mois que durerait la guerre. Le secrétaire général de la Maison-Blanche souligne également que le problème posé par son plan d’action était de ne pas prendre en compte ces retombées intérieures39.

    Un nouvel enlisement

    33Ce ne fut donc que deux années plus tard, lorsque la situation militaire ne lui donna plus le choix, que Le Duc Tho, chef des négociateurs viêtnamiens, modifia ses positions sur la paix. Ayant refusé de frapper le Nord-Viêt-Nam en 1969, les Américains furent contraints, tandis que se poursuivait la viêtnamisation, d’étendre le conflit au Cambodge en 1970, puis au Laos en 1971. À nouveau, le conflit s’enlisa, avec son cortège de massacres et dévastations.

    34L’annonce surprise de la visite de Nixon en Chine, au mois de juillet 1971, modifia profondément la situation. Le réchauffement des relations entre la Chine et les États-Unis ne pouvait qu’inquiéter les Nord-Viêtnamiens. Dès novembre 1971, les relations entre Hanoï et Pékin se tendirent, Mao Zedong conseillant à Pham Van Dong d’accepter une solution négociée du conflit qui laisserait Van Thieu en fonction. Le Nord-Viêt-Nam exigeait la déposition de Thieu avant tout accord de paix. Durant ce même déplacement du premier ministre nord-viêtnamien à Pékin, Dong essuya un refus lorsqu’il demanda, le 22 novembre 1971, au président Mao d’annuler la venue de Nixon en Chine. La Chine demeurait cependant un allié du Nord-Viêt-Nam et les Américains essuyèrent de leur côté quelques rebuffades. Ainsi, Pékin refusa d’organiser une rencontre entre Nixon et Le Duc Tho lors de la visite du premier en Chine, comme elle refusa d’user de son influence pour assouplir les positions de Hanoï dans les négociations40.

    35Dans ce contexte stratégique nouveau, les Nord-Viêtnamiens décidèrent de lancer une offensive « finale », au printemps 1972. La contre-offensive américaine, bientôt appelée opération Linebacker, reprendrait, avec le minage de Haiphong et le bombardement du Nord-Viêt-Nam, des éléments de Duck Hook et de Pruning Knife, plans qui n’avaient pas été mis à exécution en 1969.

    36La contre-offensive américaine qui se profilait à l’horizon serait une façon de ne pas répéter les erreurs du passé. Il est vrai que les temps avaient changé. En décidant de frapper fort, Nixon bénéficiait d’une double-fenêtre d’opportunité, que sa politique avait contribué à créer. D’une part, la diplomatie triangulaire et la détente laissaient espérer l’absence de toute intervention soviétique ou chinoise, pas même l’annulation du sommet de Moscou prévu au mois de mai 1972. D’autre part, la viêtnamisation avait eu pour effet de réduire considérablement le mouvement pacifiste sur le sol américain. Pas un seul homme ne fut mobilisé dans la seconde moitié de l’année 1972. Contrairement à 1969, l’année 1972, en dépit de l’escalade, ne fut pas marquée par des manifestations de masse. Les risques diplomatiques et politiques avaient donc été savamment calculés. La réunion du Conseil national de sécurité du 8 mai permit à Nixon d’exposer les raisons de sa décision, déjà prise. Il souligna que la solution diplomatique était dans l’impasse : les Nord-Viêtnamiens insistaient pour que le président Thieu soit déposé, pour que tous les prisonniers vietcongs détenus au Sud soient libérés et ainsi de suite, rendant une prise de pouvoir par les communistes inévitable41. Il réaffirma sa foi en la théorie des dominos et souligna que, si un retrait militaire serait pour lui la solution de facilité, la présidence y perdrait toute crédibilité. Il en irait de même, si le Sud s’effondrait dans l’année, de la politique étrangère des États-Unis. Il résuma la situation et justifia sa décision d’une phrase : « Si les États-Unis sont suffisamment forts et ont le courage d’avoir recours à la force, alors le monde demeurera seulement à moitié communiste au lieu de passer entièrement sous la coupe des communistes42. »

    La reprise des négociations

    37Quel fut l’impact des décisions du 8 mai sur le cours des opérations militaires et sur celui des négociations américano-viêtnamiennes ? S’agissant des victimes, l’opération Linebacker causa approximativement 120 000 morts chez les Nord-Viêtnamiens jusqu’au mois d’août, si l’on inclut les opérations menées au Sud-Viêt-Nam, qui contraignirent Giap à y engager la plupart de ses forces. Militairement, Linebacker eut pour effet de briser l’offensive de printemps, qui était pratiquement terminée au mois de juin. À cette date, la présence des Nord-Viêtnamiens s’était considérablement accrue au Sud-Viêt-Nam43. Toutefois, ni Hue, ni An Loc n’étaient tombées et une contreoffensive était en cours sur Qang Tri, reprise aux Nord-Viêtnamiens début septembre 1972. Le 16 mai 1972, Nixon avait ordonné une intensification des bombardements, ce qui amena un membre du gouvernement du Nord-Viêt-Nam à déclarer : « Nixon est parvenu à faire en dix jours ce que Johnson avait mis deux ans à accomplir44. »

    38Tous ces éléments laissent peu de doutes sur l’efficience de la riposte américaine. Dès le 1er juin 1972, les autorités militaires nord-viêtnamiennes avaient ordonné de concentrer les efforts, non plus sur l’offensive au Sud, mais sur la défense du territoire du Nord. Cependant, les Américains n’avaient toujours pas trouvé le fameux « point de rupture » du Nord-Viêt-Nam. L’impasse militaire avait créé des conditions propices aux négociations. À partir de la mi-1972, Washington et Hanoï considérèrent que la diplomatie était la solution pour sortir du conflit dans les meilleures conditions. Ce furent, comme à l’accoutumée, les Américains qui sollicitèrent la reprise des pourparlers avec Le Duc Tho. C’est dans ce contexte militaire que, le 8 octobre 1972, un premier accord fut conclu. Pour la première fois, Le Duc Tho dévoila un projet complet d’accord de paix. Un tel document n’avait jamais auparavant été présenté, par l’une ou l’autre des parties. Intitulé « Agreement on Ending the War and Restoring Peace in Vietnam », le document comportait d’importantes concessions45.

    39En tout état de cause, les nouvelles négociations aboutirent à une impasse au mois de décembre, conduisant un Kissinger exaspéré à traiter les Viêtnamiens, devant Nixon, de « tas de merdes répugnantes. En comparaison, ils font apparaître les Russes sous un meilleur jour, comme les Russes font apparaître les Chinois sous un meilleur jour lorsqu’il s’agit de négocier de façon responsable et honnête46 ». Parmi les problèmes soulevés par les revendications du Sud, se posait la question de la zone démilitarisée et de la ligne de démarcation. Le Sud avait exigé le retrait des troupes du Nord de son territoire et souhaitait que la ligne soit inviolable. Les contrepropositions du Nord furent rejetées par le Sud.

    40Le 13 décembre 1972, tirant les conclusions du nouveau blocage, Kissinger, présenta deux choix stratégiques à Nixon. Loin de sacrifier le Sud-Viêt-Nam en préconisant la signature d’une paix que, quelques semaines plus tôt, il avait pourtant décrite comme « à portée de main », il proposait tout d’abord de frapper le Nord-Viêt-Nam par des bombardements incluant le recours à des B-52, poursuivre le minage de ports, pour ne citer que quelques exemples. Il fallait faire payer à Hanoï le prix de son intransigeance durant les jours précédents et l’amener à résipiscence. Pendant ce temps, il faudrait continuer de tenter de faire comprendre à Thieu qu’il ne pouvait pas, de son côté, bloquer indéfiniment la conclusion d’un accord de paix. La seconde option était de temporiser en programmant un nouveau rendez-vous avec Le Duc Tho, en janvier 1973. En cas de nouvel échec, tout en frappant Hanoï, Washington renverrait dos à dos les deux parties, en désignant principalement le régime communiste du Nord comme responsable. Les États-Unis proposeraient alors un accord bilatéral : la libération des prisonniers communistes détenus au Sud-Viêt-Nam contre celle des prisonniers de guerre américains. Quant à Saigon, soit elle se joindrait à un accord, soit, en cas d’échec, elle s’exposerait à un accord bilatéral conclu uniquement entre les États-Unis et le Nord-Viêt-Nam47.

    41Nixon choisit la première option. Le 14 décembre 1972, considérant que le prix politique à payer serait le même pour des frappes de grande ou de faible intensité, il ordonna la reprise des bombardements au nord du 20e parallèle et, surtout, le recours aux B-52 sur Hanoï et Haiphong. Le Duan, secrétaire général du Parti communiste viêtnamien, reconnut par la suite que l’opération baptisée Linebacker II était parvenue à détruire les fondements économiques de son pays. Depuis 1965, la population du Nord s’était accrue de quatre millions d’habitants, sans que son Produit National Brut augmente, restant au niveau du début de la décennie 1960. Le 26 décembre 1972, tout en condamnant ces « bombardements d’extermination », les Nord-Viêtnamiens contactèrent les Américains pour une reprise des négociations. Les pourparlers furent organisés le 8 janvier et débouchèrent, sur la signature des Accords de Paris, le 27 janvier 1973.

    ***

    42En faisant usage de l’outil militaire pour faire avancer la diplomatie, Nixon avait fini par tomber, d’une certaine façon, dans le piège qu’il avait toujours voulu éviter. Comme Johnson, il fut entraîné, en fin de compte, dans une escalade progressive au Viêt-Nam. L’opération Linebacker I avait été déclenchée en 1972, non pas comme une initiative, mais comme une réaction à l’offensive nord-viêtnamienne de printemps. Avant cette date, les Américains avaient choisi de ne pas procéder à des frappes préventives, notamment pour ne pas s’aliéner l’opinion publique. Il est vrai que, grâce à la diplomatie triangulaire et la viêtnamisation, qui avait affaibli le mouvement contre la guerre, Nixon et Kissinger étaient parvenus à créer des conditions qui leur permettaient de faire usage de toute la puissance de feu aérienne conventionnelle dont ils disposaient. Linebacker II, ce « blitz de décembre », comme la presse le qualifia, était le point culminant d’une escalade graduelle. De ce point de vue, il n’est guère possible de dire que Nixon et Kissinger frappèrent d’abord et négocièrent ensuite. C’est bien plutôt le contraire qui se produisit.

    43Lors du déclenchement des « bombardements de Noël », Linebacker II, Nixon et Kissinger savaient qu’ils devaient absolument parvenir à un accord avant le début de la nouvelle législature, les élections de novembre 1972 ayant renforcé sensiblement les rangs des opposants à la guerre au Congrès. Lorsque les Accords de Paix de Paris furent signés, le mouvement pacifiste avait presque disparu. Les manifestations de masse du printemps 1971 contre l’intervention au Laos furent les dernières de ce type. Cependant, désormais, la politique étrangère de Nixon devait faire face à deux autres problèmes : l’opposition de plus en plus irréductible du Congrès, d’une part, et l’affaire du Watergate, de l’autre. Le retour du dernier prisonnier de guerre américain, le 27 mars 1973, ôta au Congrès l’un des très rares motifs qu’il avait pour ne pas interrompre la guerre.

    44En ce même mois de mars 1973, les États-Unis devaient reprendre les bombardements sur la piste Ho Chi Minh au Laos et au Cambodge, en raison des premières violations des Accords de Paix. Le 29 juin 1973, la loi de finances adoptée par le Congrès interdisait l’utilisation de fonds pour « soutenir directement ou indirectement des activités de combat dans ou sur le Cambodge, le Laos, le Nord-Viêt-Nam et le Sud-Viêt-Nam ou au large du Cambodge, du Laos, du Nord-Viêt-Nam et du Sud-Viêt-Nam48 ». Elle ôtait ainsi toute crédibilité aux menaces de Nixon de recourir à la force pour faire appliquer les Accords de Paix de Paris. Enfin, le 7 novembre 1973, le Congrès passa outre au veto de Nixon sur le War Powers Act. Définitivement adoptée, la loi mettait un terme à la « présidence impériale », en encadrant strictement les pouvoirs du président en matière de recours à la force militaire49. À partir de cette date, sous Nixon, Ford et Carter, c’est bien plutôt de présidence en péril dont il faudrait parler, désormais…

    Bibliographie

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    Notes de bas de page

    1Antoine Coppolani a publié en octobre 2013 une biographie de Nixon, Paris, Fayard, 1184 pages.

    2Lloyd Gardner, «The Last Casualty? Richard Nixon and the End of the Vietnam War, 1969-1975», in Marylin Young, Robert Buzzanco (ed.), A Companion to the Vietnam War, Oxford, Wiley-Blackwell, 2006, p. 229-259.

    3Ken Hughes, Chasing Shadows. The Nixon Tapes, The Chennault Affair, and the Origins of Watergate, Charlottesville and London, University of Virginia Press, 2014.

    4Telegram from the Embassy in Vietnam to the Department of State, Saigon, August 2, 1964, 9 p. m., Department of State, Vietnam Working Group Files: Lot 72 D 219, DeSoto patrols, August; Memorandum from the Director of the Policy Planning Council (Rostow) to the Secretary of State, Washington, August 5, 1964, Department of State, S/P Files: Lot 70 D 199, Vietnam. Secret.

    5William Bundy, A Tangled Web. The Making of Foreign Policy in the Nixon Presidency, New York, Hill & Wang, 1998, p. 15.

    6Memorandum from the President’s Special Assistant for National Security Affairs (Bundy) to President Johnson, Washington, July 27, 1967, 4:30 p. m., Johnson Library, National Security File, Memos to the President, McGeorge Bundy, Vol. XII. Top Secret, Subject: Progress on Vietnamese Diplomatic Front; Summary Notes of the 553rd Meeting of the National Security Council, Washington, July 27, 1965, 5:40 p. m. 6:20 p. m., Johnson Library, National Security File, NSC Meetings File, Vol. 3 Top Secret; Sensitive; For the President Only.

    7Pour une discussion des effets de Rolling Thunder, voir Mark Clodfelter, The Limits of Air Power. The American Bombing of North Vietnam, Lincoln, University of Nebraska Press, 1989-2006, p. 41-72.

    8« Manila Summit Conference Documents », October 25th, 1966, Public Papers of the President of the United States, 1966. Summary Notes of the 565th Meeting of the National Security Council, Johnson Library, National Security File, NSC Meetings File, Manila Conference, October 15, 1966; Notes of Meeting, Manila, October 23, 1966, 9:15-10:15 p. m. The meeting was held in the Manila Hotel. Rusk, Lodge, Komer, and Westmoreland attended along with the President. Meeting of the President with Thieu and Ky (Republic of Vietnam), MEMBERS OF PARTY: Chief of State Nguyen Van Thieu; Prime Minister Nguyen Cao Ky; Dep. Prime Minister Co; Foreign Minister Tran Van Do; Secy of State for Foreign Affairs, Bui Diem; Amb. Lam--GVN Amb. to the Philippines, Johnson Library, National Security File, Rostow Files, Asian Trip Memcons. Secret.

    9« Remarks Recorded for Broadcast to the American People Following the Manila Conference, October 27th, 1966, Public Papers of the President of the United States, 1966.

    10Richard Nixon RN, The Memoirs of Richard Nixon, New York, Touchstone, 1990, p. 273.

    11Lloyd C. Gardner, Pay Any Price. Lyndon Johnson and the Wars for Vietnam, Chicago, Ivan R. Dee, 1995, p. 317-318.

    12A la fin du mois de mars 1968, usé par la guerre, LBJ avait annoncé qu’il ne se représenterait pas, laissant Hubert Humphrey, son vice-président, être candidat contre Richard Nixon et George Wallace.

    13« Transcript of Telephone Conversation Among President Johnson, Hubert Humphrey, Richard Nixon and George Wallace », October 31, 1968, 6:05 p.m., Foreign Relations of the United States, 1964-1968, Volume VII, Vietnam September 1968-January 1969, 166.

    14Nixon, op. cit., p. 323.

    15Central Intelligence Agency, Memorandum for The Honorable Walt W. Rostow, Special Assistant of the President, The Honorable Dean Rusk, Secretary of State, subject : President Thieu’s Views Regarding the Issues Involved in Agreeing to a Bombing Halt, 23 October 1968, Lyndon B. Johnson Library, Papers of Lyndon B. Johnson, Reference File. South Vietnam and U.S. Policies, DNSA.

    16Bundy, op. cit., p. 34.

    17Ibid., p. 36.

    18Anna Chennault, The Education of Anna, New York, Times Book, 1980, p. 173-176; Bui Diem, David Chanoff, In the Jaws of History, Boston, Houghton Mifflin, 1987, p. 237.

    19« Memorandum From Bromley K. Smith to Walt W. Rostow », October, 30, 1968, Lyndon B. Johnson Library ; Cover Memorandum from Walt Rostow to Lyndon B. Johnson, October 30, 1968, Papers of Lyndon B. Johnson, Reference File, South Vietnam and U.S. Policies, DNSA, U.S. Policy in the Vietnam War, 1954-1968.

    20Bundy, op. cit., p. 42.

    21Chennault, op. cit., p. 190-191.

    22Secret Cable from Walt W. Rostow to Lyndon B. Johnson, November 4, 1968, Received: Washington CommCen 5:14 PM EST, Monday 04 NOV 1968, Received: LBJ Ranch CommCen 5:10 PM CST, Monday 04 NOV 1968, Lyndon B. Johnson Library, Papers of Lyndon B. Johnson, National Security File, Country File, Vietnam, Box 137, Memos to the President Re Bombing Halt, 11/1-5/68, DNSA, U.S. Policy in the Vietnam War, 1954-1968.

    23[http://www.presidency.ucsb.edu/showelection.php?year=1968], site consulté le 29 juin 2015.

    24Notes of the President’s Meeting With the President-Elect Richard Nixon, Washington, November 11, 1968, Present at the Meeting Were: The President, President-Elect Richard Nixon, Secretary Dean Rusk, Secretary Clark Clifford, General Earle Wheeler, Director Richard Helms, W. Rostow, Foreign Relations of the United States, 1964-1968, Vietnam, September 1968-January 1969, Vol. VII, 2003, 211.

    25Larry Berman, No Peace, No Honor. Nixon, Kissinger and the Betrayal of Vietnam, New York, Simon & Schuster, 2001, p. 45.

    26Ibid.

    27Nixon, op. cit., p. 347.

    28Ibid., p. 348. Voir aussi Memorandum of Conversation Between Secretary of State Rogers and the Former Head of Delegation to the Paris Peace Talks on Vietnam (Harriman), Washington, January 21, 1969; Memorandum From the President’s Assistant for National Security Affairs to President Nixon, Washington, January 24, 1969, subject: NSC Meeting of January 25 on Vietnam et Minutes of National Security Council Meeting, Washington, January 25, 1969, Foreign Relations of the United States, 1964-1968, Vietnam, September 1968-January 1969, Vol. VII, 2006, 3, 8 et 10.

    29Entretien de Melvin Small avec Daniel P. Moynihan, 1985, cité dans Melvin Small, Johnson, Nixon and the Doves, Newark, Rutgers University Press, 1988, p. 173.

    30Ibid.

    31Nixon, op. cit., p. 392.

    32Minutes of National Security Council Meeting, Washington, March 28, 1969, Foreign Relations of the United States, 1969-1976, Vol. VI, Vietnam, January 1969-July 1970, 2006, 49.

    33Ibid., p. 164.

    34Henry Kissinger, Diplomatie, Paris, Fayard, 1994-1996, p. 614.

    35Ibid.

    36Harry Robins Haldeman, The Ends of Power, New York, Times Books, 1978, p. 82-83.

    37Memorandum for the President from Henry A. Kissinger, subject: Contingency Military Operations Against North Vietnam, October 2, 1969, NPMP, NSC Files, Subject Files, box 89, folder 2 Top Secret/Sensitive Vietnam Contingency Planning, HAK, p. 2.

    38Nixon, op. cit., p. 398.

    39Harry Robins Haldeman, The Haldeman Diaries. Inside the Nixon White House, New York, Berkley Books, 1994-1995, p. 114.

    40Qiang Zhai, China and the Vietnam Wars, 1950-1975, Chapel Hill, University of North Carolina Press, 2000, p. 198.

    41Memorandum for the President’s Files, Subject: National Security Council Meeting, Monday, May 8, 1972, 9 :00 a. m. 12:20 p.m., Participants: President Nixon, Vice President Agnew, Secretary of State Rogers, Secretary of Defense Laird, Secretary of Treasury Connally, Director of Central Intelligence Helms, Director of Office of Emergency Preparedness, Lincoln, Assistant to the President for National Security Affairs, Kissinger, President’s Press Secretary Ziegler, Mr. John Negroponte, NSC Staff (Notetaker), NPMP, NSC Files, box 998, Haig Memcons, Jan.-Dec. 1972, [2 of 3], p. 2.

    42Ibid., p. 14.

    43Memorandum, June 21, 1972, subject : How will the present offensive end? How will the war end? (from Bunker, Elsworth), NPMP, NSC Files, NSC Series, Alexander M. Haig Special File, box 1016, Haig Trip to Vietnam June 29-July 4, 1972 [2 of 3], p. 2.

    44Citation dans Pierre Asselin, A Bitter Peace. Washington, Hanoi and the Making of the Paris Peace Agreement, Chapel Hill, The University of North Carolina Press, 2002, p. 52.

    45Clodfelter, op. cit., p. 163.

    46Nixon, op. cit., p. 733.

    47Top Secret Cable, To: Henry A. Kissinger From: General Haig, December 10, 1972/Message from Mr. Kissinger, December 13, 1972, NPMP, NSC Files, Henry A. Kissinger Series, HAK Trip Files, box 27, HAK Paris Trip, 3-13 Dec. 1972 To HAK 100-192, [2 of 2], p. 6 et 8.

    48Henry Kissinger, Ending the Vietnam War. A History of America’s Involvement in and Extrication from the Vietnam War, New York, Simon & Schuster, 2003, p. 472.

    49Memorandum for the President from Henry A. Kissinger, subject : War Powers Legislation, non daté, NPMP, White House Special Files, Staff Member & Office Files, John W. Dean III, box 73, folder War Powers of the President, [1 of 2].

    Auteur

    • Antoine Coppolani

      Professeur d’histoire contemporaine à l’université Paul-Valéry, Montpellier 3

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    Emmanuel Vernadakis, Jean-Michel Yvard et Gelareh Yvard-Djahansouz (dir.)

    2017

    La figure de Charlot et ses avatars

    La figure de Charlot et ses avatars

    Morgane Jourdren et Pierre-Marie Loizeau (dir.)

    2015

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    1Antoine Coppolani a publié en octobre 2013 une biographie de Nixon, Paris, Fayard, 1184 pages.

    2Lloyd Gardner, «The Last Casualty? Richard Nixon and the End of the Vietnam War, 1969-1975», in Marylin Young, Robert Buzzanco (ed.), A Companion to the Vietnam War, Oxford, Wiley-Blackwell, 2006, p. 229-259.

    3Ken Hughes, Chasing Shadows. The Nixon Tapes, The Chennault Affair, and the Origins of Watergate, Charlottesville and London, University of Virginia Press, 2014.

    4Telegram from the Embassy in Vietnam to the Department of State, Saigon, August 2, 1964, 9 p. m., Department of State, Vietnam Working Group Files: Lot 72 D 219, DeSoto patrols, August; Memorandum from the Director of the Policy Planning Council (Rostow) to the Secretary of State, Washington, August 5, 1964, Department of State, S/P Files: Lot 70 D 199, Vietnam. Secret.

    5William Bundy, A Tangled Web. The Making of Foreign Policy in the Nixon Presidency, New York, Hill & Wang, 1998, p. 15.

    6Memorandum from the President’s Special Assistant for National Security Affairs (Bundy) to President Johnson, Washington, July 27, 1967, 4:30 p. m., Johnson Library, National Security File, Memos to the President, McGeorge Bundy, Vol. XII. Top Secret, Subject: Progress on Vietnamese Diplomatic Front; Summary Notes of the 553rd Meeting of the National Security Council, Washington, July 27, 1965, 5:40 p. m. 6:20 p. m., Johnson Library, National Security File, NSC Meetings File, Vol. 3 Top Secret; Sensitive; For the President Only.

    7Pour une discussion des effets de Rolling Thunder, voir Mark Clodfelter, The Limits of Air Power. The American Bombing of North Vietnam, Lincoln, University of Nebraska Press, 1989-2006, p. 41-72.

    8« Manila Summit Conference Documents », October 25th, 1966, Public Papers of the President of the United States, 1966. Summary Notes of the 565th Meeting of the National Security Council, Johnson Library, National Security File, NSC Meetings File, Manila Conference, October 15, 1966; Notes of Meeting, Manila, October 23, 1966, 9:15-10:15 p. m. The meeting was held in the Manila Hotel. Rusk, Lodge, Komer, and Westmoreland attended along with the President. Meeting of the President with Thieu and Ky (Republic of Vietnam), MEMBERS OF PARTY: Chief of State Nguyen Van Thieu; Prime Minister Nguyen Cao Ky; Dep. Prime Minister Co; Foreign Minister Tran Van Do; Secy of State for Foreign Affairs, Bui Diem; Amb. Lam--GVN Amb. to the Philippines, Johnson Library, National Security File, Rostow Files, Asian Trip Memcons. Secret.

    9« Remarks Recorded for Broadcast to the American People Following the Manila Conference, October 27th, 1966, Public Papers of the President of the United States, 1966.

    10Richard Nixon RN, The Memoirs of Richard Nixon, New York, Touchstone, 1990, p. 273.

    11Lloyd C. Gardner, Pay Any Price. Lyndon Johnson and the Wars for Vietnam, Chicago, Ivan R. Dee, 1995, p. 317-318.

    12A la fin du mois de mars 1968, usé par la guerre, LBJ avait annoncé qu’il ne se représenterait pas, laissant Hubert Humphrey, son vice-président, être candidat contre Richard Nixon et George Wallace.

    13« Transcript of Telephone Conversation Among President Johnson, Hubert Humphrey, Richard Nixon and George Wallace », October 31, 1968, 6:05 p.m., Foreign Relations of the United States, 1964-1968, Volume VII, Vietnam September 1968-January 1969, 166.

    14Nixon, op. cit., p. 323.

    15Central Intelligence Agency, Memorandum for The Honorable Walt W. Rostow, Special Assistant of the President, The Honorable Dean Rusk, Secretary of State, subject : President Thieu’s Views Regarding the Issues Involved in Agreeing to a Bombing Halt, 23 October 1968, Lyndon B. Johnson Library, Papers of Lyndon B. Johnson, Reference File. South Vietnam and U.S. Policies, DNSA.

    16Bundy, op. cit., p. 34.

    17Ibid., p. 36.

    18Anna Chennault, The Education of Anna, New York, Times Book, 1980, p. 173-176; Bui Diem, David Chanoff, In the Jaws of History, Boston, Houghton Mifflin, 1987, p. 237.

    19« Memorandum From Bromley K. Smith to Walt W. Rostow », October, 30, 1968, Lyndon B. Johnson Library ; Cover Memorandum from Walt Rostow to Lyndon B. Johnson, October 30, 1968, Papers of Lyndon B. Johnson, Reference File, South Vietnam and U.S. Policies, DNSA, U.S. Policy in the Vietnam War, 1954-1968.

    20Bundy, op. cit., p. 42.

    21Chennault, op. cit., p. 190-191.

    22Secret Cable from Walt W. Rostow to Lyndon B. Johnson, November 4, 1968, Received: Washington CommCen 5:14 PM EST, Monday 04 NOV 1968, Received: LBJ Ranch CommCen 5:10 PM CST, Monday 04 NOV 1968, Lyndon B. Johnson Library, Papers of Lyndon B. Johnson, National Security File, Country File, Vietnam, Box 137, Memos to the President Re Bombing Halt, 11/1-5/68, DNSA, U.S. Policy in the Vietnam War, 1954-1968.

    23[http://www.presidency.ucsb.edu/showelection.php?year=1968], site consulté le 29 juin 2015.

    24Notes of the President’s Meeting With the President-Elect Richard Nixon, Washington, November 11, 1968, Present at the Meeting Were: The President, President-Elect Richard Nixon, Secretary Dean Rusk, Secretary Clark Clifford, General Earle Wheeler, Director Richard Helms, W. Rostow, Foreign Relations of the United States, 1964-1968, Vietnam, September 1968-January 1969, Vol. VII, 2003, 211.

    25Larry Berman, No Peace, No Honor. Nixon, Kissinger and the Betrayal of Vietnam, New York, Simon & Schuster, 2001, p. 45.

    26Ibid.

    27Nixon, op. cit., p. 347.

    28Ibid., p. 348. Voir aussi Memorandum of Conversation Between Secretary of State Rogers and the Former Head of Delegation to the Paris Peace Talks on Vietnam (Harriman), Washington, January 21, 1969; Memorandum From the President’s Assistant for National Security Affairs to President Nixon, Washington, January 24, 1969, subject: NSC Meeting of January 25 on Vietnam et Minutes of National Security Council Meeting, Washington, January 25, 1969, Foreign Relations of the United States, 1964-1968, Vietnam, September 1968-January 1969, Vol. VII, 2006, 3, 8 et 10.

    29Entretien de Melvin Small avec Daniel P. Moynihan, 1985, cité dans Melvin Small, Johnson, Nixon and the Doves, Newark, Rutgers University Press, 1988, p. 173.

    30Ibid.

    31Nixon, op. cit., p. 392.

    32Minutes of National Security Council Meeting, Washington, March 28, 1969, Foreign Relations of the United States, 1969-1976, Vol. VI, Vietnam, January 1969-July 1970, 2006, 49.

    33Ibid., p. 164.

    34Henry Kissinger, Diplomatie, Paris, Fayard, 1994-1996, p. 614.

    35Ibid.

    36Harry Robins Haldeman, The Ends of Power, New York, Times Books, 1978, p. 82-83.

    37Memorandum for the President from Henry A. Kissinger, subject: Contingency Military Operations Against North Vietnam, October 2, 1969, NPMP, NSC Files, Subject Files, box 89, folder 2 Top Secret/Sensitive Vietnam Contingency Planning, HAK, p. 2.

    38Nixon, op. cit., p. 398.

    39Harry Robins Haldeman, The Haldeman Diaries. Inside the Nixon White House, New York, Berkley Books, 1994-1995, p. 114.

    40Qiang Zhai, China and the Vietnam Wars, 1950-1975, Chapel Hill, University of North Carolina Press, 2000, p. 198.

    41Memorandum for the President’s Files, Subject: National Security Council Meeting, Monday, May 8, 1972, 9 :00 a. m. 12:20 p.m., Participants: President Nixon, Vice President Agnew, Secretary of State Rogers, Secretary of Defense Laird, Secretary of Treasury Connally, Director of Central Intelligence Helms, Director of Office of Emergency Preparedness, Lincoln, Assistant to the President for National Security Affairs, Kissinger, President’s Press Secretary Ziegler, Mr. John Negroponte, NSC Staff (Notetaker), NPMP, NSC Files, box 998, Haig Memcons, Jan.-Dec. 1972, [2 of 3], p. 2.

    42Ibid., p. 14.

    43Memorandum, June 21, 1972, subject : How will the present offensive end? How will the war end? (from Bunker, Elsworth), NPMP, NSC Files, NSC Series, Alexander M. Haig Special File, box 1016, Haig Trip to Vietnam June 29-July 4, 1972 [2 of 3], p. 2.

    44Citation dans Pierre Asselin, A Bitter Peace. Washington, Hanoi and the Making of the Paris Peace Agreement, Chapel Hill, The University of North Carolina Press, 2002, p. 52.

    45Clodfelter, op. cit., p. 163.

    46Nixon, op. cit., p. 733.

    47Top Secret Cable, To: Henry A. Kissinger From: General Haig, December 10, 1972/Message from Mr. Kissinger, December 13, 1972, NPMP, NSC Files, Henry A. Kissinger Series, HAK Trip Files, box 27, HAK Paris Trip, 3-13 Dec. 1972 To HAK 100-192, [2 of 2], p. 6 et 8.

    48Henry Kissinger, Ending the Vietnam War. A History of America’s Involvement in and Extrication from the Vietnam War, New York, Simon & Schuster, 2003, p. 472.

    49Memorandum for the President from Henry A. Kissinger, subject : War Powers Legislation, non daté, NPMP, White House Special Files, Staff Member & Office Files, John W. Dean III, box 73, folder War Powers of the President, [1 of 2].

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    Coppolani, Antoine. « Richard Nixon et la guerre du Viêt-Nam (1969-1974) ». In Les Républicains, édité par Frédéric Robert. Rennes: Presses universitaires de Rennes, 2015. doi:10.4000/14n2f.
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