Le Parti républicain et les lobbies du monde des affaires de Dwight D. Eisenhower à George W. Bush : une alliance à double tranchant
p. 53-68
Texte intégral
1Depuis sa création en 1854, le Parti républicain a toujours été proche du monde des affaires. Ce lien avait déjà provoqué une scission pendant la convention républicaine de 1884 entre les partisans de James G. Baine, soupçonnés de corruption, et les réformateurs, connus sous le nom de Mugwumps1. Une partie de ces derniers finit par rejoindre le Parti démocrate2. La célèbre formule du président républicain Calvin Coolidge, prononcée le 17 janvier 1925, lors d’un discours devant la Society of American Newspaper Editors, « The chief business of American people is business » et l’attitude passive de son successeur du même parti, Herbert Hoover, face à la Grande Crise de 1929, montrent l’inébranlable foi de ce parti dans la loi du marché et du « laissez-faire » en matière économique. La « profession de foi » de Coolidge montre également les raisons profondes du soutien indéfectible des milieux des affaires au Grand Old Party (GOP).
2Cependant, de la présidence de Dwight D. Eisenhower jusqu’à la fin des années 1970, le Parti républicain, dominé par une aile modérée et centriste, a tiré la leçon de ses échecs antérieurs et opté pour une stratégie d’accommodement. Pendant toute cette période, le courant conservateur et ultra-libéral n’a pourtant jamais abdiqué sur le terrain idéologique et a continué avec perspicacité à défendre son programme. L’épisode maccarthyste des années 1950 ne constitue que l’une des manifestations de ce courant. La nomination de Barry Goldwater à l’élection présidentielle lors de la convention républicaine de 1964 constitue, malgré la défaite cuisante de ce dernier, un tournant majeur dans la vie du parti. Elle va non seulement galvaniser le courant conservateur, mais également poser les jalons de la stratégie de conquête républicaine pour les années à venir. Cependant, il a fallu attendre la fin des années 1970 et l’effritement du consensus « libéral3 » (Liberal Consensus), sous l’effet d’une crise économique et politique grave, pour que les conservateurs, conduits par Ronald Reagan, annoncent l’avènement de la révolution conservatrice4.
3Dans cet article, nous tenterons de démontrer que cette « révolution », si « révolution » il y a, n’aurait pas pu se produire et s’amplifier sans la mobilisation des milieux économiques pour la mise en place d’une stratégie globale et de grande envergure pour imposer leur vision. Pour le monde des affaires, il s’agit de créer une sorte d’« hégémonie culturelle » gramscienne afin de permettre à leurs alliés républicains de faire de l’idéologie néolibérale5 la vision dominante. Nous démontrerons également que la mobilisation de la droite chrétienne pour la défense des « valeurs morales traditionnelles » est elle-même instrumentalisée par des richissimes hommes d’affaires au service de la légitimation de leur programme. Dans cette configuration, le Parti républicain et la droite chrétienne ne sont au final que les deux faces de la même médaille, autrement dit, les instruments des milieux d’affaires pour imposer une vision néolibérale.
Les milieux d’affaires et l’offensive néolibérale
4Il est important de rappeler que dans les années 1950 et 60, les grandes entreprises consacraient peu de moyens au lobbying. Deux études majeures publiées en 1963 décrivent cette activité comme étant sporadique et réactive6. D’autres études dénoncent les connivences entre les grandes entreprises, les agences de régulations et les commissions du Congrès pour mettre en œuvre une politique publique favorable aux intérêts du monde des affaires au détriment de l’intérêt public7. Cet accès si privilégié aux décideurs politiques et gouvernementaux ne justifiait guère une mobilisation de la part des milieux d’affaires. Dans une période marquée par une forte croissance économique et surtout par l’absence d’une véritable concurrence étrangère, les quelques revendications formulées par les groupes d’intérêt public à la fin des années 1960 (protection du consommateur et de l’environnement) n’étaient pas de nature à inquiéter les milieux économiques. Cependant, au début des années 1970, les critiques à l’encontre des grandes entreprises, véhiculées par ces groupes, ont commencé à gagner du terrain dans l’opinion. Le scandale du Watergate, mettant en lumière les pratiques frauduleuses des grandes entreprises en matière de financement électoral et la crise énergétique du début des années 1970 ont considérablement terni l’image des milieux d’affaires. Ces derniers ont pris conscience qu’une stratégie de grande envergure était nécessaire pour mettre fin à cette crise de confiance.
5C’est un avocat de Virginie, Louis Powell, qui fut l’un des premiers à attirer l’attention des milieux d’affaires sur l’importance des idées dans le combat politique. Deux mois avant sa nomination à la Cour suprême par le président Nixon, Powell soumit une note confidentielle à la Chambre du Commerce des États-Unis, intitulée « Attack on American Free Enterprise System8 ». Il fit un diagnostic alarmant sur la situation et parla d’une « menace contre la survie du système capitaliste américain9 ». Les groupes d’intérêt public furent la cible principale de ses attaques. L’adoption par le Congrès d’une série de lois contraignantes pour des secteurs entiers de l’économie ne faisait que conforter le diagnostic pessimiste dressé par Powell. David Vogel souligne à ce propos que « la bataille autour de l’interventionnisme du gouvernement par le biais des réglementations a donné lieu à une lutte de classe, et ce, pour la première fois dans l’histoire des États-Unis. Celle-ci oppose, d’un côté, les intérêts des milieux économiques, de l’autre, le mouvement d’intérêt public et ouvrier10 ».
6C’est en partant de ce constat que les dirigeants des 180 plus grandes entreprises américaines décidèrent alors de créer une nouvelle organisation, la Business Roundtable11. L’objectif de ce nouveau lobby, selon Vogel, était « d’imposer un minimum de solidarité de classe au sein de la haute bourgeoisie américaine12 ».
7William Simon, ancien ministre des Finances dans le gouvernement Ford, et Irving Kristol, intellectuel influent et considéré comme le parrain du néo-conservatisme, ont joué un rôle central pour convaincre les milieux d’affaires d’adopter une stratégie offensive et combattre l’ennemi en utilisant ses propres armes, c’est-à-dire, mener une guerre des idées. Simon estime que les grandes entreprises devraient consacrer des dizaines de millions de dollars pour subventionner les universitaires, les chercheurs, les écrivains et les journalistes qui défendent le modèle américain. Ces subventions ne devraient être accordées qu’aux seules universités qui recrutent des enseignants défendant des thèses néolibérales13. Kristol écrit : « On ne peut combattre une idée que par une autre idée. La guerre des idées et des idéologies sera gagnée ou perdue avec la “Nouvelle classe” et non contre elle. Les milieux d’affaires ont des intérêts dans cette guerre, mais dans l’ensemble, ils donnent l’impression d’être allégrement inconscients de l’importance de l’enjeu14. »
8Cette mise en garde appuyée par d’autres intellectuels néo-conservateurs a conduit les milieux économiques à se donner les moyens nécessaires pour contrecarrer les idées véhiculées par les groupes d’intérêt public et par l’intelligentsia « libérale ». Désormais, il n’est plus question d’accorder des subventions aux centres de recherche qui se montrent favorables à l’interventionnisme gouvernemental en matière économique et sociale. Des dizaines de groupes de réflexion conservateurs sont mis en place ou renforcés. L’American Enterprise Institute (AEI), créé en 1943 par des hommes d’affaires pour combattre la politique du New Deal, voit son budget annuel passer de 900 000 dollars en 1970 à 4,1 millions de dollars en 1975 et à 9,7 millions en 198015. Lorsque Reagan arrive au pouvoir en 1980, il n’hésite pas à faire appel à plus de trente membres de l’AEI pour occuper des postes importants au sein de son gouvernement. Un nouveau groupe de réflexion est alors mis sur pied en 1973 et baptisé la Heritage Foundation16. Revendiquant un conservatisme sans complexe, l’objectif affiché de cette organisation est de contrecarrer les idées « gauchistes » jugées prédominantes dans la capitale fédérale américaine. Avec un budget annuel de 25 millions de dollars, cette organisation a rapidement occupé la première place en matière de financement et d’influence17. La Charles Koch Foundation, créée en 1974 par le milliardaire et magnat du pétrole Charles Koch et baptisée le Cato Institute en 1976, défend une politique libertarienne18 prônant le quasi-démantèlement de l’État.
9L’AEI, la Heritage Foundation, le Cato Institute et bien d’autres centres de ce type, ainsi que des économistes de renom financés par des institutions privées, sont devenus l’arme intellectuelle des lobbies des milieux économiques et des pourvoyeurs d’idées, notamment au Parti républicain. Selon une étude menée par James McCann, les deux tiers des groupes de réflexion ont été mis en place après 1970, et plus de la moitié depuis 198019. À partir des années 1970, une littérature abondante a commencé à voir le jour mettant en avant l’idée selon laquelle l’interventionnisme gouvernemental, la hausse des impôts et l’État-providence étaient les principaux responsables du déclin de l’économie américaine. Avec l’économie de l’offre (supply-side economics)20, élaborée notamment par les économistes de l’école de Chicago comme alternative au keynésianisme, l’idéologie néolibérale acquiert une crédibilité « scientifique » indiscutable aux yeux d’un nombre croissant de commentateurs. Une véritable industrie de production, de distribution et de propagation des idées est née. Elle adopte les techniques de communication, de commercialisation et de publicité les plus sophistiquées pour atteindre le plus grand nombre et pour adapter les messages à toutes les catégories sociales.
10Grâce à cette campagne, les milieux économiques ont réussi à transformer la frustration des Américains à l’égard de la montée de l’inflation, du chômage et de la précarité en un mouvement de masse hostile à l’interventionnisme de l’État dans les sphères économiques et sociales. Lors des élections présidentielles de 1980, les milieux d’affaires ont trouvé en Reagan le candidat idéal pour faire accepter leurs idées à l’opinion publique américaine. Qualifié de « Grand communicateur », ce dernier « incarnait le parfait agent de commerce des idées conservatrices21 ». Le programme de son gouvernement correspond pratiquement mot pour mot à un document publié par la Heritage Foundation qui s’intitule Mandate for Leadership22. Ce programme clés en main transforme le GOP, non pas en allié du monde des affaires, mais en un instrument pour l’élaboration et la mise en œuvre d’une politique publique conforme à ses intérêts. En novembre 2001, la même organisation publie une étude, intitulée The First Year, qui révèle que Reagan avait déjà réalisé soixante pour cent des propositions recommandées par son premier rapport23.
11Suivant la même stratégie, la Heritage Foundation propose au successeur républicain de Reagan, George H. W. Bush, un ordre du jour conservateur de 2000 pages. En 1995, c’est un plan budgétaire pour construire l’Amérique et faire reculer l’État qui est proposé à un Congrès dominé par une majorité républicaine. Ce triomphe idéologique des thèses des milieux d’affaires conduit un éditorialiste du Wall Street Journal à écrire : « Après avoir pris possession d’un parti politique [en l’occurrence le Parti républicain], les milieux d’affaires ont désormais un contrat avec option d’achat pour le deuxième [le Parti démocrate]24. »
12Dans un contexte de polarisation croissante de la politique américaine, les milieux d’affaires ont privilégié le parti politique le plus à même de défendre leur vision du monde. Cette évolution coïncide avec la volonté de l’aile conservatrice du GOP de refonder son parti sur des bases nouvelles, de le débarrasser des Rockefeller Republicans25, de le soumettre à une discipline sans faille et de l’ancrer dans une idéologie conservatrice sans compromission ni concession.
Le Parti républicain : du pragmatisme à la polarisation idéologique
13Depuis la présidence de Coolidge, le Parti républicain a toujours milité pour moins d’État, moins d’impôts et pour un budget équilibré. Toutefois, ce parti, composé d’un courant centriste modéré, d’un autre conservateur et d’une frange libertarienne, est loin d’être homogène. Ses élus au Congrès ont souvent eu une approche pragmatique et bipartisane. Tenu pour responsable de la Grande Crise de 1929, presque laminé au niveau électoral de 1930 à 1936, et opérant dans un contexte dominé par le « Liberal Consensus », le Parti n’avait d’autres choix pour survivre que de faire taire son aile conservatrice et suivre une stratégie de compromis et de modération.
14La présidence d’Eisenhower (1953-1961) avait incarné cette approche modérée, conformiste et consensuelle, qui avait dominé la vie politique et la culture américaines dans les années 1950. Eisenhower avait souvent décrit son approche comme relevant d’un « progressisme modéré » ou « conservatisme dynamique26 », mais ce fut la notion Modern Republicanism, élaborée par Arthur Larson, ministre adjoint au Travail d’Eisenhower, qui connut plus d’écho et de succès. Dans son ouvrage, A Republican Looks at His Party, publié en 1956, ce dernier considère que le Modern Republicanism se situait à mi-chemin entre les idées de 1896, à l’époque du conservatisme de la vieille garde, et celles de 1936, du radicalisme du New Deal27.
15Le courant conservateur, même minoritaire au sein du Parti républicain, est resté en embuscade. Il n’avait jamais renoncé à l’idée d’un retour à une « pureté » idéologique pré-New Deal aussi bien en politique intérieure qu’étrangère. Eisenhower était cependant convaincu que le programme de ce courant était impraticable et irresponsable. Sous sa présidence, au grand désespoir des conservateurs, la politique du New Deal a non seulement été institutionnalisée, mais renforcée dans de nombreux domaines. William F. Buckley Jr., rédacteur en chef de la National Review, rapporte que William Rusher, alors rédacteur de cette même revue, lui a affirmé que « le courant conservateur américain moderne s’est reconstitué en grande partie pendant la présidence d’Eisenhower et en opposition à celle-ci28 ». Malgré sa marginalisation, l’aile conservatrice du Parti républicain était donc restée combative, déterminée à défendre avec ténacité une vision pourtant considérée comme anachronique et allant à contre-sens du consensus largement partagé. Le maccarthysme ne constitue qu’une des manifestations de cette ténacité. Toutefois, c’est Goldwater, qui va amorcer la refondation de son parti et ouvrir la voie au triomphe des Républicains conservateurs en 1968, et surtout en 1980 et au-delà.
16Cependant, avant l’élection de Reagan, le Parti républicain n’avait pas totalement renoncé à son approche modérée et centriste. De nombreuses mesures interventionnistes avaient été adoptées sous Nixon : des lois majeures pour la protection de l’environnement, comme la Clean Air Act (1970) et surtout la création de deux agences de régulation, l’Environmental Protection Agency (EPA) en 1970 et l’Occupational Health and Safety Administration (OSHA) en 1971.
17C’est au milieu des années 1970, période pendant laquelle la situation économique a commencé à se dégrader, la concurrence des pays européens et du Japon à s’affirmer et les réglementations à affecter des secteurs entiers de l’économie, que les milieux d’affaires ont senti la nécessité de se mobiliser. Cette prise de conscience a coïncidé avec la volonté farouche de l’aile conservatrice du Parti républicain de s’imposer. Cet objectif était difficile à atteindre sans des investissements colossaux de la part des bailleurs de fonds. Il ne s’agit plus de simples contributions électorales ponctuelles pour gagner des élections, mais de la mise en place d’une stratégie globale pour assurer un succès durable et provoquer une transformation majeure et irréversible dans le paysage politique américain. La mutation du GOP d’un républicanisme centriste modéré à un républicanisme conservateur et « ultra-libéral » ne peut se réaliser sans cette alliance. Outre les voix et le financement, la guerre des idées et les programmes clés en main, les milieux d’affaires ont fourni aux Républicains leur savoir-faire organisationnel, un personnel discipliné et rompu au travail collectif, la maîtrise des techniques de communication, des nouvelles technologies, de la publicité, du marketing et des études démographiques29.
18L’arrivée de Reagan à la présidence constitue un tournant majeur. La priorité de ce dernier était de tenir ses promesses vis-à-vis de ses soutiens : imposer un moratoire aux réglementations et soumettre celles qui sont promulguées à une évaluation coût/bénéfice, réduire les impôts des particuliers et des entreprises, réduire les programmes sociaux, affaiblir les organisations syndicales et augmenter le budget de la Défense. L’opposition démocrate au Congrès avait certes réussi à réduire l’ampleur des coupes budgétaires pour les programmes sociaux, mais les objectifs chers aux milieux économiques et aux classes sociales supérieures ont largement été atteints, au prix d’un triplement du déficit budgétaire qui ne figure plus dans la liste des priorités des Républicains30. Quant au second pilier de la coalition conservatrice, la droite chrétienne, à part des discours légitimant son programme (entre autres, l’interdiction de l’IVG, le retour aux valeurs morales traditionnelles), elle n’a obtenu que des mesures administratives à portée limitée. Cependant, le véritable succès de Reagan est ailleurs. Il a réussi à imposer la vulgate conservatrice dans le débat politique. Des termes comme « redistribution », « réglementation », « augmentation des impôts » ou « lutte contre la pauvreté » ont pour ainsi dire disparu du discours politique chez les Républicains, mais aussi et surtout chez leurs adversaires démocrates. Désormais, ce sont les conservateurs républicains qui définissent les termes du débat politique et fixent les problèmes susceptibles d’être inscrits au programme et les solutions à y apporter. Le terme « liberal » a acquis une connotation si négative aux yeux d’un nombre croissant d’Américains que William Clinton, dans sa course à la Maison-Blanche en 1992, était amené à se définir comme « A Third Way Democrat » pour échapper à cette étiquette jugée encombrante. L’autre succès reaganien est d’avoir séduit la classe ouvrière blanche et fait des états du Sud un véritable bastion républicain (Southern Strategy), stratégie entreprise avec un certain succès sous Nixon, mais dont le promoteur n’était autre que son mentor Goldwater31. Reagan a cependant su se montrer à certains égards moins dogmatique et plus pragmatique. Comme le notent Tom Hamburger et Peter Wallsten : « Reagan was a true conservative in his heart, in his words, and–when practicable–in his deeds32. » Dans un récent ouvrage biographique, Henry W. Brands souligne que Reagan constitue à certains égards un paradoxe. Selon lui, ce dernier est un « idéologue » qui est ouvert aux « compromis », même sur des questions comme les impôts et les dépenses budgétaires33. Son successeur était un conservateur « contrarié », surtout sur les questions sociétales, mais il a pris ces questions à son propre compte aussi bien par tactique électorale que par opportunisme politique. Après une forte popularité suite au succès rapide de l’armée américaine dans la première guerre du golfe en 1991, Bush fut rattrapé par les questions économiques. La sévère récession à la fin de son mandat lui fut fatale. En outre, sa décision d’augmenter les impôts pour résorber le déficit budgétaire, alors que sa fameuse promesse de campagne de 1988 était « Read my lips : no new taxes34 », fut considérée par les puristes de l’électorat conservateur comme une trahison impardonnable. Ces deux facteurs l’ont empêché de se faire élire pour un second mandat en 1992.
19Avec l’élection de Clinton, les Démocrates ont gagné la bataille électorale, mais perdu la guerre idéologique. Paradoxalement, c’est sous les deux mandats de ce dernier que les Républicains et leurs bailleurs de fonds ont enregistré les plus grands succès législatifs. Après l’échec cuisant de la réforme de l’assurance-santé, notamment en raison de l’opposition d’une alliance entre les lobbies du monde des affaires et les Républicains au Congrès35, suivi du raz-de-marée républicain aux élections de mi-mandat de 199436, Clinton opte pour la stratégie de « triangulation », reprenant à son compte une bonne partie du programme néolibéral. La « révolution républicaine » marque alors une nouvelle étape dans la réalisation de ses objectifs. Newt Gingrich, président de la Chambre des représentants de janvier 1995 à janvier 1999, impose à son parti plus de discipline et d’intransigeance dans la défense de son nouveau programme néo-Reaganien, élaboré par la Heritage Foundation et baptisé « Contract With America ». Les Républicains enregistrent alors deux succès historiques : la promulgation de la Personal Responsibility and Work Opportunity Act en 1996 qui met fin à l’héritage démocrate du New Deal et de la Great Society en matière de politique sociale et l’abrogation, en 1999, du Banking Act de 1933, loi plus connue sous le nom de Glass-Steagall Act. Cette dernière entraîne la déréglementation du système bancaire américain. Cette décision a été tenue pour responsable du déclenchement de la crise des subprimes de 2007, provoquant la Grande récession, la crise la plus grave depuis celle de 1929.
20Forts de leur triomphe électoral de 1994 et de leurs succès législatifs, les leaders républicains, notamment le représentant texan Tom DeLay et le très influent lobbyiste Grover Norquist, fondateur de l’Americans for Tax Reform, ont essayé de franchir une nouvelle étape dans l’hégémonie conservatrice : la mise en place d’un plan ambitieux de reprise en main de l’ensemble des officines de lobbying dans la capitale américaine, baptisé K Street Project37. Enivrés par le pouvoir, ces derniers demandent, d’un ton quasi-menaçant, aux responsables des associations professionnelles et des organismes de lobbying qui défendent les intérêts du monde des affaires de choisir leur camp, autrement dit, de ne plus contribuer aux financements des candidats démocrates, de purger leurs organisations de lobbyistes proches de ce Parti et de n’employer que ceux qui sont connus pour leur loyauté indéfectible aux Républicains38. Cette stratégie, qui allait être renforcée avec l’arrivée de George W. Bush au pouvoir, avait pour objectif de transformer le GOP en un parti dominant et de provoquer un réalignement idéologique durable, comparable à celui réalisé par Roosevelt en 1932. Il s’agit de remplacer la défunte New Deal Coalition par une Conservative Coalition.
21L’élection de Bush en 2000 a resserré les liens entre les Républicains, les milieux d’affaires et la droite chrétienne. Les stratèges du Parti républicain comme Karl Rove et Norquist se sont employés à inciter les milieux d’affaires à nouer une alliance solide, bien que discrète, avec la droite chrétienne39. Cette dernière constitue un réservoir de voix non négligeable et solide pour le Parti républicain et pour la cause conservatrice. Quelques heures seulement après l’investiture de Bush à la tête de l’exécutif, la Maison-Blanche a envoyé un signal fort au monde des affaires qui avait largement contribué à son succès électoral. Elle publie un mémorandum imposant un gel immédiat, pour une période de deux mois, de toutes les réglementations non mises en œuvre, édictées par toutes les agences de l’exécutif durant les derniers jours du gouvernement Clinton. En outre, Bush a signé un décret présidentiel (Executive Order), adopté sous la présidence de son père et abrogé sous celle de Clinton, ordonnant à nouveau aux organisations syndicales d’informer les ouvriers de leur droit de demander le remboursement des cotisations prélevées automatiquement sur leurs salaires40. Pour consolider le soutien de la droite chrétienne, autre pilier de la stratégie républicaine, Bush a mis en place, par décret, les Faith-Based and Community Initiatives dès le 29 janvier 2001. Ce programme permet aux organisations confessionnelles d’obtenir des subventions publiques afin de gérer des programmes sociaux destinés aux plus démunis. Bush, qui avait obtenu 87 % des voix de l’électorat évangélique conservateur, était conscient de l’importance de la droite chrétienne dans la stratégie de conquête électorale et idéologique pour lui-même et pour son Parti.
La droite chrétienne et la légitimation populaire du programme néolibéral
22L’émergence de la droite chrétienne à la fin des années 1970 est arrivée à point nommé pour apporter au Parti républicain un soutien de masse qui lui faisait cruellement défaut depuis des décennies. C’est la Moral Majority, créée par le fondamentaliste protestant Jerry Falwell en 1979, qui amorce la visibilité de ce mouvement. Cette dernière a en effet apporté un soutien précieux à Reagan lors de l’élection présidentielle de 1980. Cependant, les déclarations trop controversées et les positions très sectaires et réactionnaires de Falwell ont fini par nuire à la Moral Majority et ont conduit à sa dissolution à la fin des années 198041. La coalition chrétienne (Christian Coalition), fondée par le télévangéliste Pat Robertson en 1989, a alors pris la relève et réussi à éviter les erreurs de jeunesse de la droite chrétienne. Elle est parvenue à incarner la maturité, le professionnalisme et l’institutionnalisation de ce mouvement42. Dès le départ, les dirigeants de la Coalition chrétienne ont fait le choix stratégique de militer au sein du Parti républicain, quitte à faire des concessions et à accepter des compromis, notamment reléguer ses revendications en matière sociétale au second plan au profit des questions économiques. Aux élections de mi-mandat de 1994, la Coalition a joué un rôle clé dans la victoire républicaine : parmi les 45 nouveaux élus à la Chambre et les 9 au Sénat, près de la moitié étaient des candidats proches de cette organisation43.
23L’alliance nouée par la Coalition chrétienne avec les groupes des milieux d’affaires et des groupes anti-impôts a en effet largement facilité la promulgation du programme républicain. Pour Ralph Reed, directeur exécutif de cette organisation, contribuer à une victoire législative importante, même si elle ne porte pas sur les revendications traditionnelles de la droite chrétienne, relève d’un choix stratégique44. Malgré la baisse de son influence à partir de la fin des années 1990, la Coalition a continué à jouer un rôle non négligeable sur le terrain électoral45. En effet, suite au triomphe de Bush aux élections présidentielles de 2000 et de 2004, la Coalition chrétienne et la National Rifle Association se sont attribué le mérite d’avoir apporté les voix nécessaires au succès du candidat républicain dans des états-clés, comme la Floride, le Tennessee, la Virginie Occidentale et l’Ohio46.
24Depuis son ascension, la droite chrétienne a constamment mis en avant la « politique des valeurs » pour mobiliser ses adeptes. Toutefois, dans le même temps, elle a toujours soutenu les politiques néolibérales, aussi bien dans le domaine de la baisse des impôts, de la réduction des dépenses publiques ou de la lutte contre le syndicalisme. Ses chefs de file arguent que le capitalisme trouve sa légitimité dans la Bible47. Si la Coalition chrétienne n’a pas dérogé à cette règle, elle s’est distinguée par rapport aux autres organisations par son engagement très prononcé pour les questions à caractère économique et par son soutien constant et inconditionnel aux mesures prises par les Républicains en faveur des milieux d’affaires48.
25Dans son célèbre ouvrage The New World Order49, Robertson se montre le chantre de l’orthodoxie « néolibérale » qui a enfanté d’un système qu’il n’hésite pas à dénoncer. D’un côté, il affirme : « Je crois en un capitalisme fondé sur la libre entreprise. Je crois en la sagesse du marché50. » De l’autre, il s’en prend au Big Business, Big government, Big media, Big Education, institutions qui sont à ses yeux discréditées pour avoir perdu tout lien avec l’Amérique profonde. Robertson s’en prend tout particulièrement aux mondialistes (notamment les féministes, les homosexuels, les humanistes laïques, les internationalistes et même le Big Business) qui sont, selon lui, les véritables agents de ce complot qui cherche à briser l’initiative privée, le capitalisme et la propriété privée. Cette posture démagogique cache en réalité une connivence, ou du moins une alliance objective, entre la droite chrétienne et les gros intérêts économiques. En effet, c’est grâce en partie à la générosité de donateurs très fortunés, qui préfèrent garder l’anonymat, que la Coalition et bien d’autres organisations de la droite chrétienne parviennent à financer leurs activités politiques51. Dès lors, le moralisme traditionaliste devient paradoxalement indissociable du libéralisme économique. Autrement dit, la guerre culturelle menée par la droite religieuse sous la houlette de la Coalition chrétienne est indissociable de la guerre des idées néolibérales défendues par les lobbies des milieux économiques. Ces deux projets ciblent pourtant deux populations qui n’ont rien en commun. Cette alliance qui se fonde sur une certaine logique au sommet, mais qui semble a priori improbable à la base, trouve sa source dans la mobilisation des populations modestes par un discours « populiste » des pasteurs conservateurs. Ce discours a permis à des télévangélistes comme Robertson de redéfinir les termes du débat en substituant le clivage culturel au clivage social.
26Grâce à des organisations comme la Coalition chrétienne, des millions de recrues dans l’électorat populaire sont allées grossir les rangs d’un Parti républicain contrôlé par les gros intérêts et les néo-libéraux. Comme le note Thomas Frank dans son étude sur la ville du Kansas, « cette guerre culturelle fut finalement mise au service de fins économiques52 ». Cet exemple est loin d’être limité au Kansas : il a permis aux forces conservatrices de mobiliser une sorte de « prolétariat républicain » à travers tout le pays53 pour soutenir le démantèlement de l’État-providence et la réduction de l’impôt sur le revenu pour les plus fortunés. Grâce à un discours anti-intellectualiste fédérant toutes les factions du mouvement conservateur, l’« élite » est désormais associée non pas à la classe des nantis, mais aux « libéraux ». Ce n’est pas un hasard si la contre-offensive néolibérale menée par les milieux d’affaires contre cette « Nouvelle classe » coïncide avec celle de la droite chrétienne contre l’Establishment.
27Nonobstant l’opposition d’un certain nombre de néolibéraux au programme culturel de la droite chrétienne, ces derniers sont conscients qu’en l’absence de mobilisation de ce mouvement de masse aux côtés du Parti républicain, leurs revendications auraient plus de difficultés à se concrétiser. Il serait cependant exagéré de soutenir que les dirigeants de la droite chrétienne se mobilisent en faveur du programme néo-libéral sans avoir des intérêts propres à défendre. Bien au contraire, leurs intérêts s’inscrivent parfaitement dans cette logique, même s’ils se trouvent souvent en arrière-plan de leurs revendications. Il ne faut pas oublier que Robertson est lui-même un homme d’affaires prospère à la tête d’un empire médiatique. Il en est de même pour les pasteurs qui dirigent les nombreuses megachurches à travers tout le pays54.
28Après le déclin de la Coalition chrétienne en 2005, des organisations concurrentes se sont empressées de prendre la relève. Leur émergence est facilitée par un contexte où les mouvements se chevauchent (anti-avortement, anti-taxes, anti-mariage homosexuel) et où les mêmes personnes se trouvent à militer pour des causes plus ou moins compatibles et où les organisations s’adressent à un même public.
29Dans cette relation triangulaire formée par l’élite économique, l’élite politique et l’élite religieuse, chaque partenaire trouve son compte à moindre frais au détriment de la masse des citoyens. Un examen attentif des législations adoptées ou rejetées par le Congrès depuis 1980 montre en effet que le programme culturel est resté en grande partie lettre morte au profit de mesures très favorables aux milieux économiques. Les seules fois où le poids de la droite chrétienne ait pesé lourd, c’était lorsqu’elle s’est trouvée en train de défendre les réformes chères aux milieux économiques. Le programme traditionnel de la droite chrétienne n’a enregistré qu’un succès très limité car, en dehors des actes symboliques et d’un discours favorable, les Républicains ont montré peu d’empressement à l’adopter, d’où la conclusion selon laquelle la droite chrétienne a été instrumentalisée par les milieux d’affaires et leurs alliés républicains au Congrès et à la Maison-Blanche pour leurs propres intérêts. Dès lors, les seuls perdants sont les millions d’électeurs qui, grâce à la droite chrétienne, se sont mobilisés pour la politique des valeurs au détriment de leurs propres intérêts.
30Toutefois, le rêve d’un réalignement idéologique tant espéré par les ténors du Parti républicain va commencer à s’effriter suite à l’ouragan Katrina de 2005, qui avait ravagé la Nouvelle-Orléans, et à la gestion catastrophique de cette crise par le gouvernement Bush. Ce rêve sera brisé par les révélations faites sur les manipulations des hauts responsables républicains afin de justifier la guerre contre l’Irak ainsi que la gestion désastreuse de l’après-guerre dans ce pays et surtout par la crise des subprimes de 2007 et la Grande récession qu’elle a provoquée. En 2008, les Démocrates s’emparent de la Maison-Blanche et gagnent la majorité dans les deux chambres du Congrès55. Cependant, l’émergence du mouvement Tea Party au début de 2009 va revigorer la base conservatrice et surtout libertarienne du Parti républicain et pousser ce parti encore plus vers la droite, preuve supplémentaire, s’il en est besoin, que la droite chrétienne est au service d’un programme ultra-libéral. Une étude conduite par Theda Skocpol et Vanessa Williamson montre que la plupart des adeptes de ce mouvement apportent un soutien massif au Tea Party56. De plus, des milliardaires comme les frères Charles et David Koch se sont emparés de ce mouvement pour pousser le GOP vers un programme libertarien plus radical et plus intransigeant et tenter de le purger de ce qui reste de son aile modérée. Cette radicalisation extrême pourrait empêcher le GOP d’accéder à la présidence, même si ce parti est assuré de maintenir la forteresse sudiste et de nombreux autres bastions électoraux « sécurisés » grâce à un découpage électoral sur mesure, sauf si des facteurs démographiques changent la donne de manière sensible.
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31Dans cette relation triangulaire formée par l’élite économique, l’élite politique et l’élite religieuse, même si chaque partenaire trouve son compte, les principaux bénéficiaires sont au final les ultra-riches, les célèbres un pour cent de la population américaine57. Ces derniers ont profité de la crise qui avait sévèrement touché l’économie américaine dans les années 1970 pour mobiliser des ressources colossales au service d’une nouvelle « hégémonie culturelle » favorable à leurs intérêts. Ce « grand réveil politique » du monde des affaires a profité au courant conservateur du GOP, lui permettant de consolider son orientation idéologique au service d’un programme néolibéral de plus en plus radical. Le « grand réveil » de la droite chrétienne au nom de la restauration des valeurs morales traditionnelles est venu à point nommé apporter le soutien de masse nécessaire à la légitimation de ce programme.
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Notes de bas de page
1Il s’agit de militants républicains qui décidèrent de soutenir le Démocrate Grover Cleveland à l’élection présidentielle de 1884 pour protester contre la corruption du candidat républicain. Ce terme vient de la langue des Indiens Algonquins et signifie « personne importante ».
2Lewis L. Gould, Grand Old Party : A History of the Republicans, New York, Random House, 2003.
3Dans le sens américain, « centre gauche » ou « progressiste ». Les Républicains et plus généralement les commentateurs conservateurs donnent à cette expression une acception plus radicale et une connotation négative, « gauchiste », « socialiste », voire « communiste ». Ces mots sont souvent interchangeables. Entre guillemets, cette expression est employée dans le sens américain.
4Il s’agissait d’un conservatisme dans le domaine sociétal (restauration des valeurs morales traditionnelles) et économique (moins d’État, moins d’impôts). Le mouvement conservateur est formé par une alliance opportuniste entre un courant réactionnaire et un courant « ultra-libéral ». Chaque courant est autonome et tente d’instrumentaliser l’autre, mais des dissensions sérieuses existent sur des questions comme l’immigration, le libre-échange et bien d’autres.
5Ici dans le sens de moins d’État, moins de réglementation économique, moins d’impôts et privatisation.
6Lester W. Milbrath, The Washington Lobbyists, Chicago, Rand McNally, 1963 ; Raymond A. Bauer, Ithiel de Sola Pool et Lewis A. Dexter, American Business and Public Policy, New York, Atherton Press, 1963.
7Voir Theodore Lowi, The End of Liberalism : The Second Republic of the U.S., New York, W. W. Norton & Co., 1979.
8[http://www.mediatransparency.org/story.php?stroyID=22], site consulté le 7 juin 2015.
9[http://reclaimdemocracy.org/powell_memo_lewis/], site consulté le 10 juin 2015.
10David Vogel, Kindered Strangers, The Uneasy Relationship Between Politics and Business in America, Princeton, Princeton University Press, 1996, p. 283.
11[http://businessroundtable.org/about], site consulté le 10 juin 2015.
12L’expression « haute bourgeoisie » est en français dans le texte original, ibid., p. 281.
13William Simon, A Time for Truth, New York, Reader’s Digest Press, 1978, p. 232.
14Two Cheers for Capitalism, New York, Basic Books, 1978, p. 145.
15John Judis, The Paradox of American Democracy, New York, Pantheon, 2001, p. 124.
16[http://www.heritage.org/about], site consulté le 10 juin 2010.
17Jean Stefancic et Richard Delgado, No Mercy : How Conservative Think Tanks and Foundations Changed America’s Social Agenda, Philadelphia, Temple University Press, 1996, p. 53.
18Les libertariens (Libertarians) sont des libéraux (sens européen) radicaux qui prônent la primauté de l’individu et de la propriété privée. Ils sont ultra-libéraux en matière économique mais « progressistes » en matière de liberté individuelle et sur les questions sociétales.
19James McCann, « Think Tanks and the Transformation of Foreign Policy », Foreign Policy Research Institute, Philadelphia, University of Pennsylvania, 2002.
20Lors de la campagne des primaires du Parti républicain de 1980, opposant Reagan à Bush père, ce dernier avait ironisé sur cette théorie défendue par son adversaire, la qualifiant de « Voodoo Economic Policy », Paul Krugman, New York Times, 5 octobre 2014, « Economics, the Next Generation », [http://www.nytimes.com/2014/10/06/opinion/paul-krugman-voodooeconomics-the-next-generation.html?_r=0], site consulté le 10 juin 2015.
21David Ricci, The Transformation of American Politics, New Haven, Yale University Press, 1993, p. 169.
22[http://www.heritage.org/research/commentary/2004/06/reagan-and-heritage-a-uniquepartnership], site consulté le 10 juin 2015.
23Stefancic et Delgado, op. cit., p. 53.
24Cité par Robert Perrucci et Earl Wysong, The New Class Society, New York, Rowman & Littlefield Publishers, 2nd edition, 2003, p. 133.
25Nelson Aldrich Rockefeller était l’un des Républicains les plus progressistes, honni par l’aile conservatrice du Parti.
26Geoffrey Kabaservice, Rule and Ruin : The Downfall of Moderation and the Destruction of the Republican Party, from Eisenhower to the Tea Party, New York, Oxford University Press, 2012.
27A Republican Looks at His Party, New York, Harper & Brothers, 1956.
28William A. Rusher to William F. Buckley Jr., 9 mars 1972, William F. Buckley Papers, New Haven, Yale University Press, I-166 : 1093 ; Geoffrey Kabaservice, op. cit., p. 14-15.
29One Party Country, New Jersey, John Wiley & Sons, 2006, p. 5.
30[http://thinkprogress.org/politics/2011/02/05/142288/reagan-centennial/], site consulté le 10 juin 2015.
31Kabaservice, op. cit.
32Ibid., p. 15.
33Henry W. Brands, Reagan, The Life, New York, Doubleday, 2015.
34[http://content.time.com/time/specials/packages/article/0,28804,1859513_1859526_1859516,00.html], site consulté le 10 juin 2015.
35Voir Salah Oueslati, « Groupe d’intérêt et politique sociale : le cas du système de santé aux États-Unis », in Taoufik Djebali et Benoît Raoulx (dir.), Marginalité et politiques sociales, Paris, L’Harmattan, 2010, p. 47-73.
36Les Républicains ont gagné la majorité dans les deux chambres du Congrès pour la première fois depuis 1954.
37Nicolas Confessore, « Welcome to the Machine », Washington Monthly, juillet-août 2003, [http://www.washingtonmonthly.com/features/2003/0307.confessore.html], site consulté le 7 juin 2015 ; voir également Matthew Continetti, The K Street Gang, New York, Doubleday, 2006.
38Il faut rappeler que pour garantir un pouvoir d’influence au Congrès quel que soit le parti majoritaire, les milieux économiques ont toujours recruté sur une base partisane, même s’ils ont souvent favorisé les Républicains.
39Tom Hamburger et Peter Wallsten, op. cit., p. 16-17. Il faut rappeler que les milieux d’affaires, dans leur grande majorité, rechignent à afficher leur alliance stratégique avec la droite chrétienne et ne partagent pas ses positions réactionnaires sur les questions sociétales.
40David E. Sanger, « Transition in Washington : GOP Begins a Party 8 Years in the Making », The New York Times, 18 janvier 2001.
41Salah Oueslati, « La Coalition chrétienne : Acteur social et/ou lobby idéologique », in Mokhtar Ben Barka et Frank Vindervogel (dir.), Religion, action caritative et cohésion sociale aux États-Unis, Valenciennes, Presses universitaires de Valenciennes, 2009.
42Ibid.
43Ibid.
44Ralph Reed, Active Faith, How Christians Are Changing the Soul of American Politics, New York, The Free Press, 1996, p. 198.
45Oueslati, op. cit.
46Matthew J. Burbank, Ronald J. Hrebenar et Robert C. Benedict, Parties, Interest Groups, and Political Campaigns, Boulder, Paradigm Publishers, 2008, p. 185.
47Banu Helvacioglu, « The God-Market Alliance in Defense of Family and Community : The Case of the New Right in the United States », Studies in Political Economy, vol. 35, été 1991, p. 124.
48Jeffrey M. Berry, The New Liberalism : The Rising Power of Citizen Groups, Washington, D. C., Brookings Institution Press, 1999, p. 58.
49Pat Robertson, The New World Order, La Porte, Ind., Thomas Nelson, 1992.
50Ibid., p. 126.
51Glenn R. Simpson, « Christian Coalition’s Low-Profile Event Seeks Big Donations From Conservatives », Wall Street Journal, 16 septembre 1996, p. A20.
52Thomas Frank, Pourquoi les pauvres votent à droite, comment les conservateurs ont gagné le cœur des États-Unis, traduit de l’anglais par Frédéric Cotton, Paris, Agone, 2007, p. 30. Titre original, What’s the Matter With Kansas ? How Conservatives Won the Heart of America.
53Tom Mertes, « A Republican Proletariat », The New Left Review, vol. 30, novembre-décembre 2004, p. 37-47.
54Oueslati, op. cit.
55A la Chambre des représentants, les Démocrates ont obtenu 257 sièges (un gain de 21 sièges) contre 178 pour les Républicains ; au Sénat, respectivement 51 contre 41, soit un gain de 7 sièges au profit des Démocrates.
56The Tea Party and the Remaking of Republican Conservatism, New York, Oxford University Press, 2013 ; Pierre Guerlain, « Le Tea Party : un mouvement protestataire financé par des milliardaires », [http://agone.org/revueagone/agone47/enligne/6/index.html#debut-chapitre], site consulté le 7 juin 2015.
57Joseph Stiglitz, « A Tax System Stacked Against the 99 Percent », The New York Times, 14 avril 2013, [http://opinionator.blogs.nytimes.com/2013/04/14/a-tax-system-stacked-against-the-99-percent/], site consulté le 10 juin 2015.
Auteur
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Salah Oueslati
Maître de conférences à l’université de Poitiers
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