Annexe VI. Adresse des habitants de Sainte-Croix à l’Assemblée nationale (fin août 1791)
p. 271-274
Texte intégral
Source : AN., D XIX 89, dossier 719, pièce 15.
1Le décret du 5 juillet 1791 concernant les paroisses de la ville de Provins, qui détruit celui du 12 juillet 1790 commun à toutes les villes et bourgs du Royaume, donne lieu à une effervescence dont les suites sont dangereuses, et qui auroit déjà armé citoyens contre citoyens, paroisse contre paroisse, si les paroissiens de Ste Croix, nétoient pas aussi reservés, tranquils, et prudens, que ceux de St Ayoul sont audacieux, insolents, entreprenants.
2Ce decret du 5 juillet surpris à l’assemblée nationale sur de faux exposés n’étoit point encore publié et étoit à peine rendu que les paroissiens de St Ayoul enorgueillis par leur succès ont commencé à insulter ceux de Ste Croix par des plaisanteries qui auroient eû des suites, si les habitants de Ste Croix n’avoient pas eu la prudence de les mépriser.
3Le lundi 22 août le decret du 5 juillet à été affiché, ce même jour les habitans de St Ayoul ne se proposaoient rien moins, que de faire une descente dans l’église de Ste Croix, de s’emparer des ornemens, d’en faire fermer les portes, déjà ils descendoient les cloches, ils debâtissoient l’église pour de son emplacement en faire un marché, tel étoit le projet des habitans de St Ayoul.
4Dans ces circonstances, les paroissiens de Ste Croix ont crû pouvoir, même devoir s’assembler pour savoir quel parti prendre, cette assemblée à eû lieu le mardi 23 après midi.
5M. Provigny maire et paroissien de Ste Croix, allant à cette assemblée à été gratuitement et grièvement insulté dans la grande Rue, ainsi que plusieurs autres personnes par un nommé Madesclair, etranger, mais paroissien et suisse de St Ayoul, très mauvais sujet, certainement, si M. le maire s’étoit plaint, ce suisse auroit été puni, mais M. le Maire, généreux à méprisé l’insulte, l’impunité en hadit, on en va voir la preuve.
6Ce même jour l’épouse du Sr Coquet paroissien de Ste Croix est accouchée, il étoit indécis si le batême se feroit à Ste Croix ou à St Ayoul, la curiosité a conduit quelques femmes qui désiroient que le batême se fit à Ste Croix, devant la maison du Sr Coquet, mais elles n’insultoient qui que ce soit en façon quelconques.
7A la chute du jour sont venus devant la même maison nombre de paroissiens de St Ayoul, dans l’intention de chercher querelle et d’exciter une rixe, cette intention a été manifestée par l’un d’entreux, Saviniat, homme grand, fier et robuste. Insolent, on peut même dire tapageur par inclination à insulté et même menacé et provoqué à faire le coup de poing, les sieurs couturier, perruquier, Platard avoué, et Bourgeois cordier, qui étoient tranquils, et a l’écart, en hommes prudents et sages. [Le lendemain] Messieurs les officiers municipaux dont la sagesse conduit la marche, ont jugé qu’il étoit prudent que quelques uns d’eux accompagnassent le baptême, pour maintenir le bon ordre. M. Provigny, maire, MM Grattery, Nodot, Billy, officiers municipaux décorés de l’écharpe, accompagnés du secrétaire greffier et ayant avec eux quatre gardes de ville se sont donc transportés à la maison du Sr Coquet où étoient déjà le bedeau et le suisse de St AyouL
8[…] Le batême étant en marche a quelque distance de la maison du St Coquet, il se trouva quelques femmes qui, indignées e voir celui qui les avoit injuriées la veille en fonction sur leur paroisse, en murmurerent, M. Naudot paroissien de St Ayoul officier municipal, et ancien marguillier de St Ayoul, contraignit enfin le Suisse de se retirer, et le fit entrer chez le Sr Lacour le jeune pour n’en sortir qu’après le baptême fini.
9La marche continua tranquillement France la rue de l’Etape au vin qui conduit à l’église de St Ayoul. La, nombre de paroissiens de St Ayoul qui remplissoient la rue insulterent M. Provigny, maire, et le menaçoient, les uns l’appelloient gros Boëuf et… Et d’autres disoient qu’il falloit lui ôter la perruque pisser, et chier dedans, d’autres enfin qu’il falloit le pendre, cependant on arrive à l’église heureusement sans accident.
10Lorsque le suisse à été forcé de quitter ses fonctions et de se retirer chez le St Lacour jusqu’au retour du baptême, étoit present un nommé Pochard maréchal dit Cadet de la paroisse de St Ayoul, ce particulier courut les rues de la paroisse de St Ayoul, ameuta les paroissiens qui, pendant que ce faisoient les cérémonies du batême se rendirent au nombre d’environ trente, armés de gros et courts bâtons, à la maison, du St La Cour, ou étoit le Suisse ; ils firent plusieurs tentatives pour enfoncer les portes, mais voyant qu’elles étoient infructueuses par le moyen d’un échelle, ils escaladerent le mur de la cour de la maison du St La Cour, monterent dans la chambre de la Dlle Taveau locataire du Sr La Cour, mirent tout en confusion chez elle, ce qui l’effroya beaucoup, et enfin sortirent le suisse de la mason du St La Cour comme en triomphe, le Suisse l’albarde à la main, ayant remis son epée nuë à un autre, de France que le Suisse fut condit triomphant l’église de St Ayoul par ce qu’il appelloit ses liberateurs, et ces gens contraignirent MM les officiers municipaux de voir et recevoir à leur tête ce suisse rebel et insolent, qui etoit escorté des séditieux armés de bâtons, qui l’avoient fait sortir de la maison du St La Cour, pour le faire respecter ; de sorte que le Suisse audacieux la tete levée et bravant et MM les officiers municipaux et le peuple qui n’avoit pas lieu de le voir d’un bon œil marcher à la tête du cortège, au retour de la cérémonie du batême, toujours appuyé des séditieux armés de bâtons, depuis l’église de St Ayoul jusqu’à la maison du St Coquet.
11Ces faits sont très exacts et faciles à prouver. Ils peuvent avoir des suites très fâcheuses ; pourquoi les soussignés se croyent obligés de les dénoncer à qui il appartiendra.
12Et pour prevenir toute discussion ulterieure ils se croyent bien fondés à demander la suspension de l’exécution du décret du 5 juillet en ce qu’il touche les paroisses de la ville de Provins, jusque à la prochaine législature, à la qu’elle il a été reservé de statuer définitivement. »
⁂
13[Suivent 42 signatures, dont le maire]
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