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  • « Au nom de tout le peuple »
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    Plan détaillé Texte intégral La représentation du peuple Serment, représentation et origine du lien politique Bibliographie Notes de bas de page Auteur

    La représentation avant le gouvernement représentatif

    Ce livre est recensé par

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    Table des matières

    « Au nom de tout le peuple »

    La représentation politique en Suède à la fin du Moyen Âge

    Corinne Péneau

    p. 213-243

    Texte intégral La représentation du peuple Serment, représentation et origine du lien politique Bibliographie Notes de bas de page Auteur

    Texte intégral

    1L’élection du roi en Suède n’est pas un véritable scrutin permettant de départager plusieurs candidats, mais un rite d’institution au sens où Pierre Bourdieu, s’appuyant sur les travaux de John Austin au sujet des performatifs1, le définit : l’élection permet de transformer par la parole un homme en roi lors d’une cérémonie qui doit se tenir à Mora Sten, près d’Uppsala, après la convocation de douze hommes de chacune des principales provinces du royaume. L’élection est décrite dans les lois dès le xiiie siècle, mais son déroulement n’est fixé qu’en 1335. Il n’y a pas de réflexion théorique médiévale sur l’élection suédoise et sur la notion de représentation, substantif dont il n’existe pas d’équivalent satisfaisant en suédois au Moyen Âge. Les définitions proposées par les juristes et les politistes incitent à opérer des distinctions entre les différents usages de la représentation, même pour des époques censées se situer bien avant le gouvernement représentatif, car elles n’en ignoraient pas moins le mécanisme représentatif, dont la théorie apparaît particulièrement développée pour le droit canon2. Si le but n’est pas de saisir les pratiques représentatives comme un germe des pratiques contemporaines, des concepts comme représentation-mandat, représentation-incarnation ou représentation descriptive, malgré leur anachronisme, permettent de nuancer, grâce à leur valeur heuristique, les usages de la représentation symbolique avec laquelle, à l’époque médiévale, la représentation politique reste, dans la plupart des cas, inextricablement liée.

    2 Représentation est, en effet, un terme difficile à saisir, moins, sans doute, en raison de la multiplicité de ses sens possibles3, qu’à cause de l’apparente opposition qui existe entre ces sens. Représenter, c’est montrer : de l’image, mentale ou figurée, à la cérémonie où des individus sont « en représentation4 ». Mais la représentation suppose aussi le plus souvent une absence, celle de l’objet donné à voir à travers son simulacre, celle de la personne ou des groupes qui ont envoyé leur porte-parole ou n’existent qu’à travers des acteurs. Elle peut être la négation même de la capacité de ces groupes à porter une parole lorsqu’un autre s’arroge le droit de parler à leur place. La représentation renvoie à la force d’une action qui peut, dans un même mouvement, dévoiler et dissimuler, à la magie de la parole qui tout à la fois exhibe et dérobe5. Même un roi « en représentation » n’est qu’un homme cherchant à faire croire, selon l’expression d’un miroir suédois du xive siècle, qu’il est « plus qu’un homme, ayant reçu de Dieu plus de pouvoir qu’aucun autre homme6 ». La représentation est cet art de montrer l’invisible : elle relève de la fiction, dont l’efficacité tient à l’acceptation, au contrat, tacite ou institutionnalisé, qu’elle suppose.

    3L’exemple 32 du Conde Lucanor de Don Juan Manuel, qui inspira plus tard le conte célèbre Les habits neufs de l’empereur d’Andersen et dont il existe plusieurs versions médiévales7, est à la fois l’illustration de cette ambiguïté et la preuve que les élites médiévales n’étaient pas dupes de ces conventions. Le roi parade dans ses habits inexistants faits d’un tissu que seuls pourraient voir ceux qui sont de naissance légitime. Il est admiré par tous. Seul un palefrenier noir, indifférent à la place qu’il occupe dans une société qui n’est pas la sienne, finit par révéler une vérité que, pourtant, tout le monde avait sous les yeux : il dévoile par là même occasion les fondements conventionnels du pouvoir et des liens sociaux. Mais la convention sociale est capable, pendant un temps, d’habiller le roi plus efficacement que le tissu imaginaire dont était fait son habit. Comme le souligne Olivier Biaggini, l’exemple interroge les fondements du pouvoir en jouant sur les ressemblances entre la cérémonie royale et la Fête-Dieu :

    « Offert au regard de tous, le corps du roi revêtu de l’habit invisible parodie l’hostie consacrée, véritable corps du Christ, dérobé au regard sous l’aspect du pain. Le principal ressort formel de cette parodie est évidemment un procédé d’inversion : alors que dans le saint sacrement, le corps du Christ est invisible (car seuls sont visibles les accidents du pain), le corps du roi n’est que trop visible puisque l’habit absent, mais conventionnellement présent, l’exhibe dans sa nudité8. »

    4Les fictions du pouvoir sont loin d’être de simples voiles, car elles ont des effets bien réels et se révèlent être des outils d’une efficacité remarquable tant que le contrat ou la croyance subsiste. La représentation n’est pas un reflet ou un effet du pouvoir, mais un de ses rouages. Au Moyen Âge, l’Incarnation n’est pas une simple métaphore pour penser le pouvoir : elle est conçue comme l’assise de tout pouvoir, voulu par Dieu, malgré l’ambiguïté de la royauté terrestre du Christ9 et malgré les doutes exprimés sur ses manipulations, voire sur son bien-fondé10. La transsubstantiation permet, à partir du xiie siècle, de penser l’efficacité du signe11, d’en trouver des applications pratiques, comme les sceaux12, qui peuvent devenir à leur tour des métaphores du pouvoir représentatif13. Ce fut aussi au xiie siècle que les canonistes reprirent la théorie romaine du mandat et développèrent une théorie de la représentation qui appuya le pouvoir du pape, en le décrivant comme vicaire du Christ et en renforçant ses moyens d’action14.

    5L’Incarnation servit pendant longtemps de paradigme pour penser toute représentation, en particulier les images, qui loin d’être purement descriptives, ont une forte dimension performative15. La dévolution du pouvoir peut également être pensée à partir de l’Incarnation. Ainsi, dans ses révélations, Brigitte de Suède (1303-1373) présente l’élection du roi suédois comme le fruit d’une double incarnation, celle de la parole de Dieu et celle de la parole des Suédois16. Le roi de Suède est à la fois celui que la Vierge appelle son « nouveau fils », fruit de la volonté divine, et celui qui accède au pouvoir par la parole des Suédois, qui fait de lui un représentant de son peuple, ce que Brigitte exprime par le fait que « le peuple de cette terre était comme dans son sein17 ». En 1448, après la mort du roi Christophe de Bavière, une série de révélations inspirées de l’exemple brigittin reprirent cette image sous forme de visions : la déposition du roi Erik de Poméranie est comparée à la crucifixion du Christ, mais ce dernier, sous les traits du Ressuscité, appelle à la réélection du roi Erik18. La métaphore filée Incarnation/élection, Passion/déposition, Résurrection/réélection permet aux hommes du Moyen Âge, sinon de théoriser, du moins d’appréhender et de justifier le processus électif.

    6La représentation est un concept qui ne cesse d’être pensé, sans toujours être nommé, au cours du Moyen Âge. Comme l’a rappelé Adalbert Podlech, les sens proprement politiques du terme representare ne cessent de se développer depuis la représentation-mandat, avec le choix d’un procurateur par les petits groupes constitués (universitates) et les communautés en formation, jusqu’à la représentation-identité, fondée sur un consensus, qui implique qu’une assemblée puisse être considérée comme l’équivalent du peuple tout entier19. Il faut y ajouter la représentation-incarnation, qui fait d’un groupe réduit ou du roi lui-même le représentant d’un peuple, par une absorption de ses pouvoirs, souvent justifiée par des mythes fondateurs et des fictions légitimantes. Le souverain représente un peuple, au sens d’une communauté politique, là où n’existent que les habitants d’un lieu, sans, le plus souvent, qu’il y ait de délégation formelle, si ce n’est, comme l’imagine sainte Brigitte, en un temps mythique, où le roi reçut la couronne du peuple20. Le roi, sur le modèle de l’Incarnation, fait le peuple, rend visible une entité qui ne peut être vue21.

    7Il existe au Moyen Âge nombre de petits groupes bien organisés, comme les ordres monastiques, qui sont capables de mettre en place des élections, voire, comme l’a montré Jacques Dalarun22, de porter une véritable réflexion sur le meilleur mode de représentation et de direction de la communauté. Au tournant du xive et du xve siècle, le Grand Schisme fut l’occasion d’une mise en pratique des théories sur la représentation, non seulement dans l’Église, mais aussi dans les monarchies occidentales. Le conciliarisme eut des effets, limités dans le temps, mais puissants, sur nombre de monarchies occidentales, y compris en Suède23. Toutefois, la représentation politique médiévale fut essentiellement une incarnation symbolique, plus qu’une délégation organisée du pouvoir. Comme le souligne Jürgen Habermas, la représentation structure l’espace public au Moyen Âge, et « la participation du peuple au domaine public, ritualisée et cérémonielle, n’autorisait qu’un simple assentiment incapable de formuler sa propre interprétation originale de l’événement24 ». Les litanies remplaceraient, dans ce contexte, toute possibilité de critique et donc tout dialogue politique. Quelques cas permettent toutefois de voir que, même fortement ritualisée, la participation du peuple pouvait être significative, en particulier lorsque la norme décrit les assises du pouvoir ou lorsque des révoltes remettent en cause le pouvoir du représentant. Les élections royales suédoises permettent ainsi d’étudier une pratique représentative impliquant légalement l’ensemble des habitants du royaume.

    8Dans les lois suédoises, l’élection du roi est un rituel composé de trois étapes obligatoires, l’élection proprement dite, dont les éléments-clefs sont le vote des délégations, la nomination et le serment du roi, puis le tour du royaume nommé eriksgata (ce qui signifie « le chemin du détenteur du pouvoir ») et le sacre, composé d’une onction et d’un couronnement. Fixée dans la première moitié du xive siècle, l’élection du roi fait l’objet d’une évolution rapide, que l’on peut suivre sur un peu plus d’un siècle, et qui apparaît comme le fruit d’un équilibre trouvé entre un roi, qui serait le représentant du peuple et un roi, lieutenant de Dieu. Les sources montrent que ces deux pôles de la représentation furent l’objet de débats dont on trouve la trace dans les lois successives. Ainsi, la Loi d’Uppland de 1296 reconnaît au roi la capacité à agir en pleine possession de ses pouvoirs uniquement après son sacre, donnant à cette cérémonie un poids déter minant dans la définition du pouvoir, tandis que, dans la Loi nationale, rédigée au milieu du xive siècle, il acquiert ce pouvoir d’agir pleinement comme roi lors de la première phase de l’élection, dès qu’il a prêté serment. Il apparaît nettement que ces deux conceptions, indissociables puisque, lors de l’élection, le roi prête serment devant Dieu et que l’onction reste obligatoire, peuvent toutefois être subtilement nuancées selon que l’accent est placé sur le serment, qui lie étroitement le roi à son peuple et limite en théorie ses actions, ou sur le couronnement, qui fait du roi un être sacré. La célèbre image du roi qui ouvre le Code du roi dans le manuscrit de la Loi nationale le rappelle : le roi est un élu, au sens où il a reçu le pouvoir sous la forme d’une parole (il tient un phylactère à la main), il a accompli son eriksgata « dans le sens du soleil » (un soleil est dessiné derrière lui) et il a été sacré (il porte une couronne). L’expression « data est ei potestas » (« Le pouvoir lui a été donné »), est volontairement ambiguë : l’irruption du latin dans un texte rédigé en langue vernaculaire peut aussi bien signifier l’origine divine du pouvoir royal que la solennité de l’acte de nomination accompli par les Suédois.

    9La loi raconte une double fondation, celle d’un idéal politique, porté par ses rédacteurs, et celle de tout règne particulier, mis en place grâce à l’application de la norme. Elle décrit une série de rites de parole qui construisent le politique, en particulier en servant de référence aux Suédois lors des moments de crise. Nous proposons d’examiner la manière dont se construit la représentation politique lors de la première phase du choix d’un nouveau roi, à savoir l’élection proprement dite. L’originalité de la vie politique suédoise à la fin du Moyen Âge invite à mettre en lumière les modulations de la représentation du peuple lors des différentes phases du processus électif. Dans un second temps, c’est le statut même de la loi dans le processus représentatif que nous observerons afin de comprendre comment les lois, et tout particulièrement le serment que le roi doit prononcer le jour de son élection, ont pu servir d’assise au processus représentatif.

    La représentation du peuple

    10La première description de l’élection d’un roi apparaît dans la première moitié du xiiie siècle dans la Loi du Västergötland. Un article rappelle que « les Svear font le roi et le défont » : l’assemblée du Västergötland ne choisit pas le roi, car cette prérogative est laissée à l’assemblée des Svear, habitants du centre de la Suède. L’article décrit, après cette affirmation générale, l’élection par l’assemblée des hommes libres du Västergötland, région située au sud-ouest du royaume :

    « Lorsqu’il arrive devant l’assemblée, il doit jurer fidélité à tous les Götar en promettant qu’il n’enfreindra pas la loi propre à notre province. Alors, le lagman doit, en premier, le nommer roi puis inviter les autres à le faire. Le roi fera alors grâce à trois hommes qui n’ont pas commis de crime grave25. »

    11Plusieurs étapes permettent la reconnaissance du nouveau roi. La première est le serment. Puis, celui qui préside l’assemblée et « dit » la loi, le lagman, nomme le roi, ce qui constitue un acte de nature juridique qui, pour être valable, requiert l’accord de l’assemblée, d’où la troisième étape qui est une reconnaissance du roi par cette assemblée (« les autres »), probablement par une acclamation. Une dernière étape est l’inauguration de ce pouvoir par un acte de grâce royale. En théorie, le roi devait répéter cette cérémonie devant chaque assemblée provinciale : le processus de l’élection à l’échelle du royaume est donc composé d’une succession de cérémonies électives dans les principales provinces. Cette fragmentation du rituel électif ne nécessite aucune représentation, puisque, du moins en théorie, tous les hommes libres, habilités à assister à l’assemblée, devaient être présents. C’est la juxtaposition de ces provinces, chacune dotée de sa loi, qui compose le royaume et le voyage du roi – le terme d’eriksgata n’apparaît que dans les lois plus tardives26 – qui lui permet de se doter, par le contact direct avec les habitants présents aux assemblées, d’une complète légitimité.

    12Celui qui joue un rôle principal, puisqu’il lui appartient de nommer (döma) le roi, le lagman, est élu par l’assemblée. C’est, ensuite, au roi, nommé par le lagman, d’organiser l’élection de l’évêque. La même loi décrit, en effet, après l’élection du roi, le choix de l’évêque de Skara. Pour l’évêque, dans un contexte antérieur à l’interdiction de cette pratique en 1250 par le pape Innocent IV, qui fut informé par son légat Guillaume de Sabine, il est précisé : « Si un évêque doit être désigné, le roi doit demander aux habitants de toute la province qui ils veulent avoir27. »

    13Après cet article, se trouve celui consacré au lagman, qui aide à comprendre l’étendue de son pouvoir dans le schéma tricéphale que semble induire la Loi du Västergötland. L’article, dont le but semble être de délimiter les compétences judiciaires du roi et du lagman, commence ainsi : « Le lagman doit être fils de bonde et tous les bönder doivent l’élire par la grâce de Dieu28. » Le bonde désigne dans les lois le propriétaire de sa terre. Dans la Nouvelle Loi du Västergötland, le bonde est défini comme celui qui hérite sa terre et, dans la Loi d’Uppland, il désigne le contraire d’un homme pauvre29. Il s’agit donc de distinguer une élite parmi les habitants. Les bönder devaient former la grande majorité des assemblées régionales, théoriquement ouvertes à tous les hommes libres, mais fréquentées régulièrement par ceux qui avaient les moyens de laisser un temps leur terre et de se déplacer. Il est impossible de savoir si le terme bönder désigne ici métaphoriquement toute l’assemblée ou s’il souligne le fait que seuls les bönder étaient appelés à l’élire. Le terme semble toutefois insister sur le caractère représentatif du lagman, élu par ses pairs, les bönder, ce qui est symboliquement souligné par la mise en valeur de la filiation.

    14La formule de dévotion « par la grâce de Dieu » a commencé à être utilisée en Suède par le roi Knut Eriksson (1167-1196)30. Elle ne fait pas partie de la titulature des lagmän dans les documents de la pratique. Son utilisation vient souligner l’absence d’intervenant dans l’institution du lagman, qui apparaît comme une émanation directe de l’assemblée populaire, dont la volonté est interprétée comme une manifestation divine. Tout se passe comme si Dieu lui-même instaurait le lagman, puisqu’il n’existe pas, outre l’assemblée qui l’a élu, d’instance supérieure au niveau de la province. Le lagman nomme le roi, qui lui-même désigne l’évêque et lui remet la crosse et l’anneau. Le roi vient du Svealand et son introduction dans le Västergötland nécessite des « otages », comprenons aussi des témoins, capables de certifier que la procédure concernant son élection a été respectée dans les assemblées déjà visitées. Face au roi, le lagman est également le représentant le plus fiable du pouvoir local, comme le rappelle une anecdote au sujet du roi Ragnvald, rédigée vers 1250 et conservée dans le seul manuscrit connu de l’Ancienne Loi du Västergötland :

    « Il chevaucha jusqu’à Karleby sans otage et, en raison du manque de respect qu’il manifesta envers tous les Västgötar, il reçut une mort honteuse. Gouvernèrent alors un bon lagman du Västergötland ainsi que les grands de la province et ils furent tous fidèles à leur province31. »

    15Cet épisode, sans doute mythique, censé se dérouler dans les années 112032, met en valeur le rôle des otages : s’ils sont absents, celui qui se présente en roi devant l’assemblée ne peut prouver son statut. Il est tué en raison de ce manquement à la loi, qui jette le doute sur sa légitimité. En l’absence de roi, c’est le lagman qui assure le gouvernement au niveau local, avec l’aide des autres élites de la province. Cette vacance du pouvoir n’est confirmée par aucune source, mais l’épisode fonctionne comme un exemplum, une fiction juridique qui éclaire le sens de la loi. Le roi y apparaît comme une figure de passage, au propre, puisque la première norme mise par écrit met en scène un roi itinérant, comme au figuré, dans la mesure où l’élection suppose une discontinuité du pouvoir royal, entre la mort d’un roi et l’élection de son successeur. La continuité et la transmission du pouvoir sont donc assurées par celui qui émane directement de l’assemblée, le lagman.

    16La Loi d’Uppland, rédigée par le lagman Birger Persson, le père de sainte Brigitte, qui fut aidé par une commission de douze hommes, fut officiellement promulguée par le roi Birger en janvier 1296. Elle propose une autre vision de l’élection royale :

    « Si le pays a besoin d’élire un roi, trois provinces doivent désigner le roi en premier. Il s’agit du Tiundaland, de l’Attundaland et du Fjädrundaland. Le lagman des Upplandais doit, près d’Uppsala, le premier, le nommer roi, puis, l’un après l’autre, chacun des lagmän des habitants du Södermanland, de l’Östergötland, des Tio Härad33, du Västergötland, de Närke et du Västmanland. Ils doivent lui attribuer la Couronne et la royauté pour qu’il gouverne le pays, règne sur le royaume, maintienne la loi et conserve la paix. Il est alors désigné pour l’Uppsala öd34. »

    17Le texte décrit l’élection du point de vue des habitants du Svealand, dont les trois principales provinces venaient d’être réunies pour former l’Uppland. L’ordre dans lequel doivent s’exprimer les lagmän est le même que celui de l’eriksgata, qui est décrit dans l’article suivant. Si les premiers commentateurs n’y ont vu qu’une annonce de l’eriksgata, en arguant du fait que le texte séparait nettement deux moments, d’un côté (fyrst) la nomination du roi par le lagman près d’Uppsala et d’un autre côté (þær næst) la nomination par les autres lagmän35, d’autres, à la suite d’Emil Hildebrand36, ont voulu déceler dans cette double liste une preuve de la présence de tous les lagmän aux côtés du lagman d’Uppland le jour de l’élection. Dans le premier cas, la loi est interprétée en fonction de l’Ancienne Loi du Västergötland ; dans l’autre, elle l’est en rapport avec la Charte sur l’élection de 1335, qui fut reprise, avec peu de changements, dans la Loi nationale au milieu du xive siècle.

    18L’élection supposerait donc une réunion des lagmän qui agiraient chacun en tant que représentant des habitants de leur province pour nommer (döma) le roi, réunion physique, en un même lieu, ou symbolique pour souligner la cohérence d’un rituel qui concerne l’ensemble des habitants du royaume. Le fait qu’il ne soit pas fait mention de délégations des habitants inviterait à trancher plutôt pour la seconde solution, d’autant que le roi doit, par la suite, se présenter devant les assemblées pour un échange de serments :

    « Le roi doit alors parcourir l’eriksgata. On doit le suivre, lui donner des otages, lui prêter serment et il doit leur donner la loi et jurer la paix. […] Le roi est arrivé comme le dit la loi à accéder au pays et au royaume en compagnie des Svear du Nord et des habitants du Södermanland, du Götaland et de Gotland, et de tous ceux du Småland. Il a alors réalisé un véritable eriksgata37. »

    19La Loi d’Uppland sépare nettement l’élection, c’est-à-dire le moment où les lagmän nomment le roi, et l’échange de serments entre le roi et les assemblées. Loin de décrire une pratique, elle marque un jalon dans l’évolution d’une pensée politique qui, en passant sous silence le serment du roi comme condition de son acclamation et en mettant au contraire en avant le serment des habitants, donne l’image d’un pouvoir royal fort, ce que confirme, dans la même loi, l’accent mis sur le sacre. La mention de la Couronne, dans un doublet synonymique avec « royaume », montre que la loi est le fruit des évolutions politiques récentes38. Son ambiguïté, sur la présence ou non des lagmän dans un même lieu, et l’absence de serment du roi dans le premier article est à mettre aussi en relation avec des événements récents, l’élection de rois-enfants, Birger en 1284, et son fils Magnus en 1304. Ces enfants, trop jeunes pour prêter serment ou parcourir l’eriksgata, avaient été élus du vivant de leur père pour assurer la transmission du pouvoir au sein de la famille des Folkungar. L’élection, mise en avant par le roi Magnus Ladulås, qui avait déposé son frère en 1275, permettait de renforcer la dynastie.

    20L’ambiguïté de la Loi d’Uppland rendait possible les aménagements nécessaires en cas d’élection d’un jeune enfant. On sait ainsi que, pour l’élection de Magnus Birgersson, une assemblée avait été convoquée à Fagradal, à la frontière danoise, grâce à une lettre rédigée en 1305 par le frère du roi, Erik Magnusson. Erik s’était révolté contre son frère et il était absent lors de l’élection, mais il la reconnut quelque temps plus tard. Il rappelait que Birger avait rassemblé en un même endroit des représentants du royaume puisqu’il précisait que :

    « Birger, par la grâce de Dieu, illustre roi des Svear et des Götar, notre frère très aimé, les prélats, les barons et les autres nobles ainsi que toute la communauté du royaume de Suède élurent, unanimement, roi de Suède, sire Magnus, fils aîné du dit seigneur roi, et lui donnèrent le nom de roi39. »

    21Ces lignes montrent que l’élection reposait sur la représentation, selon des modalités inconnues, de toutes les composantes sociales du royaume selon une division en états. Si les « nobles » et les « prélats » pouvaient être tous présents, ces termes renvoyant aux élites du royaume qui fréquentaient la cour, la communauté est plus difficile à cerner : quelques bönder, venant sans doute des principales provinces du royaume et choisis par les assemblées, pouvaient jouer ce rôle et former une assemblée identifiable au royaume et capable d’exprimer formellement l’unanimité requise pour donner au futur roi sa légitimité. Toutefois, aucun autre document ne permet d’éclairer le déroulement de cette élection particulière.

    22Après la révolte contre Birger, contraint à l’exil pour avoir emprisonné et fait mourir ses frères Erik et Valdemar, Magnus, le fils du duc Erik, fut élu roi de Suède le 8 juillet 1319. Le très jeune enfant était déjà roi de Norvège, ayant hérité le trône de son grand-père maternel, Håkon V, quelques mois plus tôt. L’Erikskrönika, chronique rimée, rédigée pendant la minorité du roi Magnus Eriksson, avant même la rédaction de la Charte sur l’élection de 1335, décrit la cérémonie et se présente comme un véritable plaidoyer en faveur de l’élection royale. L’auteur, qui n’a pu être identifié, porte une grande attention aux évolutions qui conduisent à la fixation de l’élection en Suède40 :

    « Je l’ai entendu dire toute ma vie :
    si le roi est élu à la Pierre de Mora,
    avec l’accord et l’approbation de toutes les provinces,
    il sera en son temps un bon roi.
    Il aura de bonnes relations avec le peuple.
    il sera clément et garant de bonnes récoltes ;
    il donnera aux paysans une paix favorable41. »

    23Le terme folk (peuple) ne prend qu’à cette occasion un sens politique spécifique, désignant tous les habitants du royaume. Dans la chronique, folk peut désigner simplement un groupe de gens qu’il n’est pas nécessaire d’identifier42, des personnes réunies en un lieu43 ou la troupe armée d’un chevalier44. Les bénéfices de l’élection en termes de prospérité et de paix, ne font pas seulement référence à une royauté mythifiée, pourvoyeuse de bonnes récoltes, mais à une mise en perspective historique que l’auteur a assumé lui-même à travers la description de l’élection du grand-père de Magnus Eriksson, le roi Magnus Ladulås, et de son règne, modèle de bon gouvernement. Le roi élu est censé devenir un véritable rex iustum, garant de la paix et de la justice dans son royaume. Sa clémence et sa capacité à garantir de bonnes récoltes sont les signes de sa capacité à bien régner. Or, ce n’est pas sa légitimité dynastique qui implique ces qualités, contrairement, par exemple, au modèle des royautés d’Europe centrale étudiées par Gàbor Klaniczay, où le saint fondateur de la dynastie est censé faire circuler ces qualités chez ses descendants45. En Suède, ces qualités ne furent pas directement reportées sur saint Éric, bien que fondateur de la dynastie au pouvoir46, mais sur l’élection du roi. En effet, la loi suédoise ne fonde pas la légitimité sur l’hérédité, mais sur l’élection, ce qui peut expliquer le rôle assez discret que joua saint Éric en Suède, du moins jusqu’au xve siècle, lorsqu’il remplaça le roi absent.

    24L’auteur insiste sur la valeur de l’échange dans l’élection : il souligne que « quatre bönder durent se préparer dans chaque härad à partir » pour s’assembler au thing de Mora47. Ce sont ces délégations de bönder assemblés qu’il identifie, par une métonymie qui assume leur valeur représentative, aux « provinces ».

    25L’Erikskrönika n’a rien d’un témoignage transparent : toute la chronique, dont on a pu attribuer la commande à Birger Persson48, lagman d’Uppland, fait des « Upplandais », les chevaliers favorables à la défense de la loi et du principe électif, les véritables héros de l’histoire suédoise. Avant la rédaction de la Charte sur l’élection lors de l’eriskgata de Magnus Eriksson en 1335, elle marque sans doute un jalon dans la réflexion des élites au sujet de la loi, mais ne contient pas une description fiable de l’élection de 1319. La date retenue pour l’élection – la Saint-Jean – est fausse, mais hautement symbolique. De même, l’exécution du fils du roi, le rex iunior Magnus Birgersson, est décrite avant l’élection de son cousin, alors qu’elle se déroula l’année suivante. Le texte suggère une convocation en bonne et due forme qui circule dans tout le royaume et une préparation en amont par le choix, qui ne correspond à aucun texte normatif connu, de quatre bönder par härad, c’est-à-dire par centaine, une subdivision de la province. Ces bönder sont clairement identifiés à « toutes les provinces » dont ils représentent les habitants. En sont-ils seulement l’émanation ou portent-ils une consigne particulière de vote ? La chronique, qui souligne l’unanimité qui s’exprime en faveur de Magnus Eriksson, ne permet pas de le savoir. L’auteur ne propose aucune réflexion sur la représentation politique, mais il souligne que l’élection du roi par les bönder venus des différentes provinces du royaume équivaut à une élection par tout le royaume et en fait implicitement le seul fondement d’un pouvoir légitime, seule garantie de relations sereines entre le roi et son peuple.

    26La convocation des habitants, qui avait permis aux rois de renforcer le principe généalogique par l’élection d’un rex iunior, changeait donc de sens en 1319 et permettait aux élites aristocratiques et aux évêques qui avaient participé à la révolte contre le roi Birger de s’emparer de l’élection pour en faire un outil de contrôle du pouvoir royal. Le seul document rédigé le jour de l’élection de Magnus Eriksson, le 8 juillet 1319, est une charte, appelée dans l’historiographie suédoise « Charte des libertés ». Ce court texte, rédigé en latin, dévoile l’enjeu d’une représentation des habitants, à savoir la reconnaissance de l’impôt. Comme l’a souligné Herman Schück, le document n’émane pas encore d’un Conseil institutionnalisé, mais d’une assemblée principalement formée des évêques et des lagmän, dont les noms sont placés selon l’ordre de l’eriksgata tel qu’il est décrit dans la Loi d’Uppland. Le texte explique que s’il devenait nécessaire pour la défense et l’intérêt commun de tout le royaume (communi vtilitate tocius regni) d’exiger une aide financière, tous les souscripteurs devaient être informés. Ils devaient eux-mêmes en informer la communauté de chacune des régions du royaume (communitatibus singularum parcium regni). La décision se devait alors d’être prise par un accord entre les évêques, les lagmän et la communauté de tout le royaume (de communi consilio et consensu nostro et communitatis tocius regni). Si l’accord est donné, l’impôt ainsi consenti ne pourrait être levé que par une personne choisie par les évêques, les lagmän et par deux paysans, originaires de la communauté de chaque diocèse (duos rusticos de communitate cuiuslibet episcopatus), envoyés dans ce but par les paysans eux-mêmes49.

    27Après la longue guerre civile qui avait déchiré le royaume, le texte témoigne de l’urgence de refonder la communauté, c’est-à-dire l’unité du pays. Le rôle des assemblées se trouve donc revivifié par un dialogue engagé avec les représentants temporaires du pouvoir royal. Le rôle des lagmän, qui assurent le lien entre les assemblées locales et le pouvoir royal, s’en trouve considérablement renforcé.

    28Le manuscrit A de la Loi du Södermanland, qui fut rédigée vers 1325, reprend, apparemment sans grand changement, les dispositions de la Loi d’Uppland concernant l’élection :

    « Si le pays a besoin d’un roi, les trois provinces, avec le conseil de toute la Suède, doivent, à Mora, désigner le roi en premier. Ces provinces sont le Tiundaland, le l’Attundaland et le Fjädrundaland. En premier, le lagman des Upplandais doit, près d’Uppsala, le nommer roi, puis, le lagman des habitants du Södermanland et aussi le lagman de ceux de l’Östergötland ; puis, l’un après l’autre, chaque lagman des habitants des Tio Härad, du Västergötland, du Värmland, de Närke, du Västmanland. Ils doivent tous lui attribuer la Couronne et la royauté pour qu’il gouverne le pays, règne sur le royaume, maintienne la loi et conserve la paix. Il est alors désigné pour l’Uppsala Öd50. »

    29Les éléments nouveaux, soulignés en italiques, sont peu nombreux. Le lagman d’une nouvelle province, le Värmland, a obtenu le droit de participer à l’élection. Jusque-là, le Värmland n’était pas considéré comme une lagsaga, c’est-à-dire un territoire juridiquement autonome. Notons cependant que l’intervention de ce nouveau venu ne change pas le tracé de l’eriksgata, qui reste le même que dans la Loi d’Uppland et dans les lois suivantes. Il semblerait donc que les rédacteurs de la Loi du Södermanland aient choisi de fixer la nomination par les lagmän en un seul et même lieu. Ce lieu, Mora, est nommé pour la première fois dans les lois et renvoie directement à l’élection de Magnus Eriksson. Mais le changement le plus important est l’ajout de l’expression meþ alt swearikis raþ (avec le conseil de toute la Suède). Il est peu probable que le substantif raþ fasse référence au Conseil royal. Il faut sans doute le comprendre dans son sens courant de conseil, voire d’accord51, ce qui signifierait que les habitants de tout le royaume – et plus seulement les Upplandais – auraient eu un rôle actif à jouer dès l’élection du roi en Uppland52. Une autre interprétation, proposée par Herman Schück, en fait la traduction suédoise de l’expression latine in consilio generali Suecie, qui désigne, dans un vidimus de 1324, une rencontre entre grands aristocrates suédois qui eut lieu à Stockholm en 132053. La loi viendrait ainsi entériner le mode d’accession au pouvoir de Magnus Eriksson, à la suite d’un choix exprimé par les Grands qui soutenaient les ducs Erik et Valdemar. Quelle que soit sa signification réelle, l’expression meþ alt swearikis raþ, qui disparaît des lois suivantes, insiste sur le caractère représentatif de ceux qui agissent lors de l’élection royale.

    30En 1335, les éléments significatifs de l’élection proprement dite, puis de l’eriksgata et du sacre, sont décrits dans une loi émanant du pouvoir royal et prenant la forme d’une charte suscrite par les évêques et les élites du royaume. Cette norme marque une étape fondamentale dans la rédaction, une dizaine d’années plus tard, d’un recueil de lois valables pour l’ensemble du royaume. Cette Loi nationale ne fut promulguée, dans une version révisée, qu’en 1442, par le roi Christophe de Bavière : on y retrouve la Charte sur l’élection de 1335, à peine retouchée, qui resta donc en vigueur jusqu’à la fin du Moyen Âge. Selon la Loi nationale, les lagmän « doivent, chacun dans leur province, avec l’accord de tous ceux qui habitent dans la province, prendre douze hommes prudents et sages et venir avec eux, au jour et à l’heure dits, au thing de Mora pour élire le roi54 ».

    31« Prendre (taka) » est le même mot qui désigne le choix du roi dans la loi : le lagman désigne donc les douze hommes et ce choix est entériné par l’assemblée. Ce choix de douze hommes n’est pas étonnant : du point de vue de la loi suédoise, les affaires judiciaires les plus délicates exigent souvent la prise en compte du témoignage de douze hommes55. Apparaît une nouveauté dans la Loi d’Uppland, l’institution d’une commission d’enquête, ou nämnd, chargée de faire la vérité. La procédure inquisitoire se développe dans le droit suédois et on voit que ces commissions, parfois chargées de jouer simplement le rôle d’un jury lorsqu’elles sont intégrées à un tribunal, sont prévues dans toutes sortes de cas. Généralement, elles sont composées de douze membres. Comme un nämnd, la commission de douze hommes chargés d’élire le roi est une émanation de l’assemblée provinciale, selon le principe de la sanior pars, puisque les plus sages devaient être choisis.

    32Selon la loi, le Conseil du roi est lui-même composé de douze hommes, même si ce nombre varie considérablement dans les faits. La rédaction de la Loi d’Uppland a été entreprise par douze hommes (mais quinze noms suivaient cette affirmation). La valeur symbolique de ce nombre ne saurait être négligée dans un contexte chrétien et il serait vain de s’interroger sur son origine. Déjà, lorsqu’au milieu du xiie siècle, le cardinal Nicolas Brekespeare créa la province de Nidaros, il réunit une grande assemblée où étaient présents douze délégués de chacun des diocèses norvégiens. En 1163, une nouvelle assemblée fut convoquée selon les mêmes principes par l’archevêque de Nidaros pour le couronnement du roi mineur Magnus Erlingsson et elle entérina une nouvelle loi, établissant l’hérédité de la succession royale et, en cas d’absence de roi, une élection par une assemblée formée des élites du royaume et de douze représentants des diocèses, choisis par les évêques56. Comme en Suède, le roi de Norvège devait être reconnu par les things des différentes provinces, même si la cérémonie d’intronisation du roi à Nidaros, la konungstekja, jouait un rôle majeur. On ne peut que souligner la ressemblance entre les modes de représentation, mais aussi la différence profonde entre les deux types de désignation du roi : bien que, dans les faits, l’élection suédoise soit aussi une acclamation, qui n’implique jamais un choix entre plusieurs candidats, le refus clairement exprimé de la succession héréditaire, malgré une préférence donnée au choix d’un fils de roi, met délibérément l’accent sur le pouvoir des Suédois, censés reprendre collectivement le pouvoir après la disparition d’un roi :

    « Il revient au lagman de l’Uppland et à ceux qui, avec lui, ont été commissionnés pour nommer le roi de donner leur voix en premier ; puis, l’un après l’autre, à chacun des lagmän des habitants du Södermanland, de l’Östergötland, des Tio Härad, du Västergötland, de Närke et du Västmanland. […] § 1. L’homme né dans le pays, de préférence un fils de roi s’il s’en trouve, qui est pris pour roi avec toutes les voix de ces lagmän, ou la majorité, et les voix de ceux qui ont été commissionnés avec les lagmän, lesdits lagmän doivent le nommer roi57. »

    33Si le lagman d’Uppland jouit toujours de la prééminence, liée au rôle ancien des Svear dans l’élection du roi, les Upplandais n’en sont pas moins représentés selon les mêmes modalités que les habitants des autres provinces. Malgré la présence des élites laïques et des prélats du royaume lors de la cérémonie58, les principaux acteurs se réduisent, selon la loi, à un groupe de quatre-vingt-onze personnes chargées d’élire le roi. Les délégations des provinces ne sont jamais considérées comme une seule assemblée : chaque délégation vote de manière séparée et, dans chaque délégation, le lagman a la prééminence. Le texte n’impose pas l’unanimité : la majorité suffit, selon un principe déjà connu dans les lois provinciales. Le texte ne décrit pas comment le vote proprement dit se déroulait. Le terme röst signifie la voix dans son sens concret et il est possible que la délégation n’ait à exercer son vote que par une simple acclamation.

    34Le caractère représentatif des votants n’est pas explicité en dehors du terme, assez technique, de nämnd. Il ne fait toutefois aucun doute que les votants agissent en tant que représentants du royaume, comme le montre une lettre du roi Håkan Magnusson, qui invita, le 15 février 1362, le lagman d’Österland (Finlande) à prendre part à son élection et qui autorisa, pour la suite, les lagmän de cette province à participer aux élections à condition qu’ils arrivent à temps :

    « Nous incluons Nils Turesson, qui est lagman d’Österland, dans le choix et l’élection que les lagmän ont obtenu il y a longtemps, comme les lagmän d’Uppland, du Södermanland, d’Östergötland, du Tio Härad, du Västergötland, de Närke et du Västmanland, pour élire le roi et le nommer à la tête du royaume. […] De tous les diocèses de Suède, douze hommes doivent, avec leur lagman, venir à la Pierre de Mora et, là, élire le roi au nom de tout le peuple59. »

    35En théorie, cent quatre personnes, lagmän compris, devaient ainsi, à partir de 1362, s’assembler à Mora pour y représenter le royaume. Cette assemblée n’a toutefois pas vocation à perdurer : son rôle se limite à élire le roi et elle disparaît dans la suite de la description de l’élection du roi. L’Erikskrönika souligne le rôle de témoin des participants, qui doivent transmettre la nouvelle de l’élection60 :

    « Il fut élu à la pierre de Mora,
    puis les paysans rentrèrent chez eux
    et rapportèrent les événements chacun dans sa härad61. »

    36L’élection du roi suédois implique donc sur une stricte représentation, au sens d’une délégation envoyée par chaque assemblée provinciale. Cette représentation repose sur un mandat précis et limité consistant à élire le roi, c’est-à-dire à accepter le candidat proposé. Comme l’élection s’effectue par des prises de parole dont l’ordre préfigure la succession des provinces traversées par le roi lors de son eriksgata, la représentation repose aussi sur une forte dimension symbolique : lorsque tous se sont exprimés, c’est bien le royaume, dans toutes ses composantes, la succession des voix reproduisant la juxtaposition géographique, qui a choisi son roi. Mais tout se passe comme si la représentation du royaume par une assemblée réunie à Mora cessait une fois l’élection accomplie. Le roi devient le seul représentant de son royaume.

    Serment, représentation et origine du lien politique

    37Dès l’Ancienne Loi du Västergötland, le serment joue un rôle clef dans l’élection du roi, qui ne peut user de son pouvoir qu’après s’être engagé à agir conformément à la loi. Les lois d’Uppland et du Södermanland décrivent l’eriksgata. La Charte sur l’élection de 1335 donne, pour la première fois, la teneur d’un serment en six articles (devenus sept dans la Loi nationale). La nouveauté ne réside pas seulement dans le texte du serment, fruit des transformations récentes du pouvoir en Suède, mais dans le rôle qui lui est assigné lors du rituel électif : « Le même jour, au même endroit, le roi doit prêter son serment de fidélité à tous les habitants du royaume62. » Le serment s’inscrit dans la continuité du rituel électif mais, contrairement à ce qu’indiquait l’Ancienne Loi du Västergötland, il a lieu après que le roi est nommé par les lagmän. Il s’adresse à Dieu, mais il engage le roi envers tous les habitants. Faut-il considérer que les délégués des provinces sont les récepteurs du serment ? Le texte de la loi précise que le roi doit :

    « promettre à Dieu et à son peuple de tenir son serment envers tout son peuple, envers le jeune comme le vieux, envers celui qui n’est pas né comme celui qui est né, envers ses ennemis comme ses amis, envers les absents comme envers ceux qui, présents, ont entendu le serment du roi, et de ne le rompre en rien, mais plutôt de le renforcer par tous les moyens et surtout par son amour royal63 ».

    38Si on définit la représentation comme un outil capable d’abolir les limites spatiales (présence/absence) et temporelles (présent/futur), les délégations des provinces ont un caractère nettement représentatif. Toutefois, cette représentation, instituée par un mandat spécifique dans le cas de l’élection, n’est plus définie comme une institution lors du serment, dans la mesure où les présents ne forment pas une assemblée appelée à perdurer. Le fait que le serment doive être forcément prononcé le même jour et au même endroit que l’élection montre que les délégations et la foule présentes représentaient tous les habitants en proposant une image symbolique du royaume, comme support nécessaire du serment prononcé par le roi.

    39Une affaire permet d’en apprendre un peu plus sur la manière dont on envisage le rôle des personnes présentes : il s’agit de la querelle née de l’élection de l’archevêque d’Uppsala en février 1432. Erik de Poméranie, roi de l’Union des trois royaumes scandinaves, reprocha au chapitre de la cathédrale d’avoir élu un archevêque qui n’était pas le candidat qu’il avait choisi. Au nom de la liberté de l’église d’Uppsala, les chanoines refusèrent d’accepter l’archevêque imposé par le roi. Après qu’Erik de Poméranie eut, fort maladroitement, mit en avant ses droits héréditaires pour justifier le patronage qu’il entendait exercer sur l’église d’Uppsala, ils rappelèrent au roi qu’il avait été élu. Ils firent appel à des témoins pour justifier leur droit à une libre élection en rappelant, de plus, que le roi avait prêté serment, lors de son élection, de respecter le droit de l’Église. Interrogé 18 octobre 1432, l’archidiacre Peter Hemmingsson témoigna, suivi par d’autres membres du chapitre d’Uppsala :

    « Interrogé, l’archidiacre Peter dit que l’année du Seigneur 1396, le jour de la sainte Marie-Madeleine, à proximité de la pierre appelée en langue vulgaire Morasten, là où depuis une époque ancienne, on a coutume d’élire les rois, le roi prêta serment sur le livre des Évangiles tenu dans les mains de l’archevêque Henri, en présence de six suffragants, de presque toute la noblesse du royaume et de la plus grande partie de la Cour, le roi prêta serment et le dit archidiacre croit que ce fut sous la forme sous laquelle il est écrit dans le livre des lois de la patrie, et il dit qu’il était présent. Enfin, le doyen Nicolas et plusieurs autres, qui ne furent pas présents, dirent qu’ils l’avaient souvent entendu dire par un grand nombre de personnes et ils dirent que cela était connu dans tout le royaume64. »

    40L’archidiacre, suffisamment âgé pour avoir été présent lors de l’élection d’Erik à Mora, en 1396, témoigne qu’il a vu et entendu le roi prêter serment. Les autres témoins, qui soulignent paradoxalement qu’ils étaient absents, n’en ont pas moins leur mot à dire pour superposer deux évidences : Erik de Poméranie a été élu et il a prêté un serment dont tous les habitants du royaume, comme le stipule la loi, sont les destinataires. L’archidiacre ne mentionne pas la présence des délégations accompagnant les lagmän, se contentant de souligner celle des évêques et des élites laïques, qui n’ont pas besoin d’être représentés, puisqu’ils peuvent théoriquement être tous présents en personne.

    41Les présents ne recueillent pas le serment au nom des autres habitants, dans le sens où ils n’en sont pas les destinataires exclusifs, mais ils en sont les témoins. C’est l’acte de prêter serment ou de faire une promesse qui contient en lui-même, par l’évocation des destinataires, sa valeur générale. Dans la première partie de la cérémonie, l’enjeu du caractère représentatif des délégations des différentes provinces est de donner son assise à l’autorité royale en faisant du roi le représentant de tous les habitants du royaume. Dans la seconde, il s’agit de retourner en faveur des Suédois le caractère représentatif des présents : le serment entendu par ceux qui ont assisté à l’élection vaut pour tous les habitants du royaume. La variété sociale des présents, élites comme délégations de paysans, fait glisser la représentation du mandat, qui a pris fin avec l’élection, vers la représentation-identité.

    42Le dossier préparé par les chanoines en 1432 ne semble pas avoir été utilisé et la suite de la démonstration, qui devait logiquement déboucher sur une accusation de parjure, ne fut explicitement formulée que plus tard, lors de la révolte qui éclata en 1434 contre le roi Erik de Poméranie. La révolte, partie des paysans et des mineurs de Dalécarlie, avait des raisons fiscales et économiques, mais tout un faisceau de revendications, y compris venues des élites laïques et cléricales, s’agrégea et conduisit au rejet du roi. Le 16 août, dans une lettre émanant du Conseil suédois, le roi, reconnu parjure, se voyait privé de l’obéissance des Suédois :

    « C’est en accord avec tout le peuple de Suède, avec lequel nous sommes unis et avec lequel nous souffrons de vos injustices, que nous vous refusons le service, le conseil et la fidélité que nous vous avons promis, jurés et dits. Aussi ne devez-vous pas, à l’avenir, espérer ou attendre un service, un conseil ou une aide d’aucune sorte puisque vous n’avez pas vous-même tenu les serments et la foi que vous avez jurés et promis en bonne et due forme sur les reliques, sur la vraie foi chrétienne et avec la main levée65. »

    43Cette destitution, seulement temporaire en 1434, mais définitive à partir de 1439, est liée à une interprétation contractuelle de la Loi nationale, qui liait le pouvoir du roi au respect de son serment, sans toutefois prévoir explicitement les conséquences d’un parjure. Sainte Brigitte, dans une révélation datée vers 1360, avait été la première à énoncer la nécessaire reprise en main du pouvoir par les Suédois au cas où le roi Magnus Eriksson ne respecterait pas son serment66. Les élites suédoises étaient appelées à se choisir un chef pour « mener les combats du royaume », mais le roi était laissé à la merci de Dieu. La logique brigittine, qui fait du roi une double incarnation, et donc d’une double représentation, celle des Suédois et celle de Dieu, se noue autour du serment. En respectant son serment, pris devant Dieu, le roi incarne la justice divine, essentiellement performative.

    44Le serment du roi, tel qu’il apparaît dans la Charte sur l’élection de 1335, puis dans la Loi nationale, a donc deux fonctions. La première est de proposer une représentation, au sens de portrait idéal, du roi juste. Le roi doit jurer d’aimer Dieu et l’Église et de respecter son droit, de respecter la justice et le droit du royaume, de n’emprisonner personne ou de ne prendre les biens de personne sans jugement préalable, d’être fidèle envers son peuple, de gouverner avec des Suédois et non des étrangers, de ne pas aliéner les biens de la Couronne, de maintenir les frontières et les revenus du royaume, de ne pas lever d’impôts sans le consentement de la communauté du royaume, sauf cas prévus par la loi, de maintenir les privilèges des clercs et des chevaliers et de ne pas introduire de lois étrangères. Le dernier article rappelle également que le roi doit respecter l’edsöre, c’est-à-dire la Paix du roi, qui assure la protection particulière des assemblées, des églises, de la propriété privée et des femmes. La seconde fonction du serment, qui tient à sa valeur performative, est de transformer l’homme qui vient d’être élu roi en détenteur effectif du pouvoir. Dès la Charte sur l’élection de 1335, il est, en effet, précisé :

    « Lorsque quelqu’un est, de cette façon, élu et nommé roi et qu’il a prêté serment comme il est dit précédemment, il est alors légalement roi en Suède et peut donner des fiefs, gouverner son royaume et faire tout ce qui a été dit précédemment67. »

    45Le serment rend effectif la représentation des habitants du royaume par le roi en faisant de lui le gardien de la loi. Il est l’outil par lequel la loi est mise en abyme en assimilant la dévolution du pouvoir à l’énonciation de ses limites. Prêter serment consiste donc pour le roi, que l’élection a autorisé à représenter le royaume, à incarner cet idéal, à garantir la correspondance entre les mots et les choses68, entre la norme et les actes qu’il accomplira : il devient roi au moment où il dit qu’il correspond à cette description, au moment, donc, où il exalte la représentation, au sens où il devient réellement le roi dont la loi dresse le portrait.

    46Le don du pouvoir par les représentants des Suédois n’est pas un blanc-seing, puisque le serment définit le pouvoir royal et autorise son déploiement. Le roi incarne désormais le royaume, mais les habitants n’ont pas abandonné toute influence, malgré l’absence d’assemblée continuant à représenter le peuple à ses côtés. En effet, dans la Charte des libertés, des consultations étaient envisagées pour des cas extraordinaires :

    « Mais s’il devient nécessaire pour la défense et intérêt commun de tout le royaume, au cas où un malheur inattendu surviendrait – que Dieu nous en protège ! –, de demander et exiger une aide de tout le royaume, alors celle-ci doit être d’abord notifiée et annoncée à nous tous et à chacun d’entre nous. Puis, par nous, elle sera notifiée et annoncée aux communautés de toutes les régions du royaume. Et cela fait, après délibération et examen attentif, qu’il soit fait, selon la décision et l’accord commun pris par nous et la communauté de tout le royaume, ce qui semble utile. »

    47Le texte du serment indique l’obligation pour le roi de demander, dans des cas précisément établis (invasion, soulèvement, couronnement du roi, eriksgata, mariage du fils ou de la fille du roi, reconstruction de forteresse), l’autorisation de lever de nouveaux impôts ou de mobiliser des troupes à l’extérieur du royaume, à des délégations venues de chaque province. L’article 5 du serment de la Charte sur l’élection de 1335 précise un accord entre « le roi, l’évêque, le lagman ainsi que les meilleurs et les plus sages de chaque province », tandis que, plus précis sur la composition de la délégation, l’article 6 du serment de la Loi nationale indique que « l’évêque et le lagman de chaque province ainsi que six nobles (siæx af hofmannum) et six hommes du commun (siæx af almoghanum) doivent évaluer l’aide qu’ils devront et pourront accorder au roi69 ». Comme dans les autres royaumes occidentaux, la question du consentement à l’impôt extraordinaire permet le maintien d’un dialogue entre le roi et les habitants du royaume. En Suède, ces habitants sont représentés par les propriétaires terriens, privilégiés ou non, capables, du moins en théorie, d’intervenir si le roi devait s’aventurer aux marges de son serment.

    48La loi ne dit rien, en revanche, sur un roi qui briserait son serment. Pourtant, avant même la rédaction du serment royal, un roi s’était parjuré. En mars 1308, le roi Birger Magnusson, qui avait été fait prisonnier par ses deux frères, avait été libéré après s’être engagé par serment, super corpus Christi, de maintenir la paix, d’aider ses frères à défendre le royaume et il jurait, au cas où il viendrait à hériter les terres de ses frères, d’y respecter la loi suédoise70. Ce serment permettait à Birger, sinon d’être investi, du moins de recouvrer son pouvoir sur une partie du royaume71. En prêtant serment sur une hostie consacrée, Birger se plaçait sous la juridiction de l’Église en cas de rupture : le document stipule, en effet, que s’il ne respectait pas ses engagements, il devrait se soumettre à la juridiction des évêques de Suède afin qu’ils puissent prononcer à son encontre une sentence d’excommunication. Ses fidèles seraient ainsi déliés de leur devoir d’obéissance et Birger perdrait son pouvoir et ses terres au profit de ses frères72. Une lettre du roi adressée à la Curie indique qu’il fut accusé, l’année suivante, par les évêques de Skara et de Linköping, d’avoir rompu son serment73. Bien que l’affaire n’ait pas de suite connue, en dehors des remous de la guerre civile qui finirent par le contraindre à l’exil, l’épisode est rapporté, de façon insistante et répétitive, dans l’Erikskrönika :

    « han took thz vilkor the haffdo honom lakt
    tha matten heller haffua takt
    Ok haffua sith land en stund vmboret
    än han haffde sik swa meen sworet
    han swor sik alzstingis meen
    Ok giorde sin skapara mykit i geen
    A gudz likama ok a hans blodh
    thy wär at han sik ey forstodh
    Ath gud läte wara thz ey ohämpt
    han matte thz heller hawa onämpt
    än swerya thz han ville ey halla
    thy wart hans plagha margh falla
    han gaff vth breff ok loffuade tro
    ok kom sik siälffwan i mykla oro
    Ok giorde som en owiis man
    han wilkorade thz wnder ban
    Ok bröt thz taghar äpter i stadh

    « Le roi accepta ce qu’ils lui proposèrent
    alors qu’il aurait mieux fait de se taire
    et de renoncer un moment à son domaine
    au lieu de faire un faux serment.
    Il fit un serment tout à fait préjudiciable pour lui
    et fit encore souffrir son Créateur
    (en jurant) sur le Corps du Christ et sur son Sang.
    Dommage qu’il ne comprît pas
    que Dieu ne laisserait pas impuni son parjure !
    Il aurait mieux fait de ne rien dire
    que de jurer ce qu’il ne voulait pas tenir
    car ses tourments furent nombreux.
    Il fit écrire une charte et jura sa foi
    et s’imposa à lui-même un grand tourment
    en agissant comme un homme insensé.
    Il prêta serment tout en risquant le bannissement
    et se parjura aussitôt après74. »

    49L’irruption du corps et du sang du Christ comme supports du serment royal ne relèvent pas du hasard : la rupture du serment est une blessure infligée au Christ et provoque une punition divine. Si le père de Brigitte était bien le commanditaire de l’Erikskrönika, ce passage pourrait bien être à l’origine de la pensée brigittine du pouvoir faisant de l’élection une incarnation et permettrait d’expliquer la vigueur avec laquelle Brigitte dénonçait le parjure du roi Magnus. Il faut toutefois attendre 1434 pour trouver, comme nous l’avons vu, dans les sources officielles, une interprétation contractuelle du serment de l’élection, interprétation qui devient courante au xve siècle : la rupture du serment royal brise la représentation et délie les Suédois de leur serment de fidélité.

    50Ce serment est prêté par les lagmän75 et les douze hommes de chaque province qui les accompagnent, en réponse au serment royal. La Loi nationale précise que ceux qui prêtent serment au roi doivent être les mêmes que ceux qui l’ont élu : le caractère représentatif de ceux qui prononcent le serment se trouve ainsi implicitement souligné. Toutefois, certains manuscrits de la loi précisent aussi que le roi peut exiger que le serment de la communauté soit à nouveau prononcé quand il le souhaite (þa kununger will thessa edha ganga latha76) et ce, bien que la loi stipule que le serment et la promesse faite de le tenir « lient à la fois le jeune comme le vieux, celui qui n’est pas né et celui qui est né, l’ennemi comme l’ami, l’absent comme ceux qui étaient là et qui ont juré les serments et promis fidélité77 ». Les formules utilisées sont les mêmes que pour le serment du roi, ce qui renforce le parallélisme entre les deux actes et le caractère représentatif des différentes délégations des provinces. La possible réitération ne doit pas exclusivement être vue comme une faiblesse de la représentativité de l’assemblée de Mora : elle est plus probablement un outil offert au roi pour diffuser et faire connaître la teneur du serment.

    51Le serment au roi ne se compose que de quatre articles relativement courts. Le premier article précise que « tout le peuple qui vit en Suède (alder almoghe i suerike boande)78 » doit le reconnaître pour roi, renforcer son pouvoir et ses droits. Les deux articles suivants, qui concernent également tout le peuple, sont rédigés à la première personne du pluriel, c’est-à-dire au style direct. Le deuxième concerne le devoir d’obéissance des Suédois, devoir limité par le fait que les ordres royaux, pour être obéis, devront respecter Dieu et les hommes et ne pas aller à l’encontre du droit. Le troisième article, souligne que les Suédois doivent fidèlement servir le roi, en particulier lors des expéditions militaires, et défendre avec lui le royaume. Ces deux articles rédigés au style direct concernent les privilégiés. Enfin, le quatrième article, rédigé à la troisième personne, concerne les impôts ordinaires que ceux qui ne jouissent pas d’exemption doivent payer au roi sans manifester de résistance79.

    52L’élection du roi est suivie par l’eriksgata, qui doit permettre au roi de se présenter devant les principaux things de son royaume : il doit « promettre et affirmer qu’il respectera tous les serments qu’il a prêtés à Uppsala lorsqu’il venait juste d’être pris pour roi80 ». En 1335, lors de la rédaction de la Charte de l’élection, il s’agissait probablement de permettre à Magnus Eriksson de prêter serment, puisqu’il n’avait pas pu le faire, en raison de son jeune âge, lors de son élection. Moins qu’un déficit du caractère représentatif des délégations envoyées à Mora par ces mêmes assemblées, il faut également voir dans la répétition de la promesse conservée dans la Loi nationale une occasion de solenniser le serment au-delà du caractère juridique faible de la cérémonie81. Comme la possible réitération à la demande du roi du serment de fidélité, la répétition du serment du roi permettait de le faire connaître auprès d’un grand nombre de Suédois : la suppression officielle, en 1335, de l’esclavage, qui avait déjà pratiquement disparu, venait à point pour identifier tous les Suédois à des hommes libres, autorisés en théorie à se réunir au thing, à entendre comme à prononcer les serments prêtés lors de l’élection.

    53Un autre serment renforce, selon la Loi nationale, celui du roi : l’article IX du Code du roi sur l’institution des conseillers, qui suit immédiatement celui sur le sacre et le couronnement, porte presque entièrement sur le serment qu’ils doivent prêter, probablement dès leur nomination. Le Conseil du roi comprend l’archevêque et les évêques du royaume ainsi que des conseillers laïcs, choisis par le roi, en particulier plusieurs lagmän. Leur serment comporte trois articles. Les hommes choisis par le roi, qu’ils soient clercs ou laïcs82, doivent jurer de le conseiller en fonction de ce qui peut être utile au royaume et non de leurs propres intérêts. Ils doivent également s’engager à ne pas révéler ce que le roi décide de garder secret. Le deuxième article est lié aux serments prêtés lors de l’élection :

    « Le deuxième est qu’ils doivent le soutenir, de tout leur pouvoir, dans le maintien du droit du royaume, afin qu’il puisse tenir les serments qu’il a jurés au royaume et, de même, que la communauté lui a jurés. Ils doivent également promettre de tenir ce serment83. »

    54Le serment royal et celui de la communauté se trouvent ainsi mis en abyme dans le serment des conseillers. Le Conseil du roi peut, en effet, se transformer en Conseil du royaume en cas de minorité ou de vacance du pouvoir. En cas de défaillance royale, le Conseil prend en charge le serment royal : il peut dénoncer, comme il le fit pour la première fois, en 1434, les manquements du roi et, temporairement, assumer seul le pouvoir. C’est l’interprétation du serment qui se trouva ainsi modifiée : les articles ne permettaient plus seulement au roi de ressembler à sa représentation idéale, ils devenaient autant de mandats que le roi, ou le Conseil, devait strictement exécuter. Situé à la charnière entre deux serments, celui du roi et celui de la communauté du royaume, le serment est donc l’instrument qui donne au Conseil du roi un caractère représentatif, mais selon une forme seulement potentielle : les conseillers, co-responsables du serment royal, ont la capacité d’agir directement au nom de la communauté politique dont ils sont issus, en incarnant le royaume, mais seulement si le roi ne respecte pas son serment ou se trouve en l’incapacité de le faire.

    ***

    55Les Suédois, à l’époque médiévale, n’avaient pas de mot pour désigner le processus permettant à des hommes issus des assemblées provinciales, puis au roi de représenter le royaume. Élire, parler ou exercer un pouvoir au nom des autres sont les actions qui supposent toutes la représentation. Le seul usage qui leur soit commun est le serment, origine du lien politique entre représentants et représentés ; la représentation, fondée sur une série d’actes de langage, trouve en effet son fondement sur une parole qui vient garantir formellement l’adéquation entre la représentation et ce qui est représenté. Toute distance pouvant être constatée entre le roi et sa représentation idéale peut se transformer en conflit politique : accuser le roi de ne pas respecter son serment revient, à la fin du Moyen Âge, à affirmer qu’il ne peut plus représenter le royaume. Le roi suédois était donc, à la fin du Moyen Âge, une figure politique à la croisée de plusieurs types de représentation. Si, comme les autres rois, il représentait son royaume (représentation-incarnation), il le faisait en vertu d’un processus fondé sur l’élection qui consistait en la mise en œuvre d’une représentation effective des Suédois, du moins des propriétaires terriens, lors de la cérémonie de Mora Sten (représentation-mandat), mais aussi sur un serment, appuyé sur une norme précise (représentation symbolique), dont les articles ont pu être interprétés, entre la fin du xive et le xve siècle, comme un contrat et une suite d’injonctions strictes (représentation-mandat). Toutes les élections mettent également en scène l’union du royaume et la présence de toutes les composantes de la société (représentation-identité) autour du nouveau roi. Au xve siècle, les fréquentes dépositions de rois, accusés de ne pas respecter leur serment, produisirent un éclatement du pouvoir royal et une transformation de la représentation. Le roi, absent, fut souvent remplacé par une double figure, l’image d’un roi – celle de saint Éric, défini comme rex perpetuus dès 1439, qui, sur le sceau du royaume, incarnait le roi idéal84 – et un ou parfois plusieurs représentants du royaume (riksföreståndare), qui exercèrent le pouvoir, avec le Conseil du royaume, au nom des Suédois85. La recherche d’une large assise pour le pouvoir des représentants du royaume conduisit à l’émergence d’un type nouveau de représentation à travers l’instauration progressive, après la révolte de 1434, d’un parlement à quatre états, qui ne devint toutefois une véritable institution que sous le règne de Gustave Vasa86.

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    Sintomer Yves, « Les sens de la représentation politique : usages et mésusages d’une notion », Raisons politiques, no 50, 2013, p. 13-34.

    Notes de bas de page

    1Austin John Langshaw, Quand dire, c’est faire, Paris, Seuil, 1970 (pour la traduction) ; Bourdieu Pierre, « Les rites comme actes d’institution », Actes de la recherche en sciences sociales, no 43, 1982, p. 58-63.

    2Sintomer Yves, « Les sens de la représentation politique : usages et mésusages d’une notion », Raisons politiques, no 50, 2013, p. 13-34 ; Manin Bernard, Principes du gouvernement représentatif, Paris, Seuil, 2012 ; Legendre Pierre, « Du droit privé au droit public. Nouvelles observations sur le mandat chez les canonistes classiques », Écrits juridiques du Moyen Âge occidental, Londres, Variorum reprints, 1988, p. 7-35, en particulier p. 31-34 ; Mayali Laurent, « Fiction et pouvoir de représentation en droit canonique médiéval », in Bernard Durand et Laurent Mayali (dir.), Excerptiones iuris. Studies in honor of André Gouron, Berkeley, University of California Press, 2000, p. 421-436.

    3Pitkin Hanna F., The Concept of Representation, Berkeley, University of California Press, 1967.

    4Balandier Georges, Le pouvoir sur scènes, Paris, Balland, 1992.

    5Chartier Roger, « Le monde comme représentation », Annales ESC, 1989, no 6, p. 1505-1520 et Ginzburg Carlo, « Représentation : le mot, l’idée, la chose », Annales ESC, 1991, no 6, p. 1219-1234.

    6Moberg Lennart (éd.), Um styrilsi konunga ok höfthinga, Stockholm, Samlingar utgivna av Svenska Fornskriftsällskapet 69 : 1, 1964, p. 14 : « at han är ey åttenast man / utan är ok mera än man och minna än Gudh i thesse werld ». Ce miroir, Du gouvernement des rois et des princes, est une adaptation suédoise du De regno de Thomas d’Aquin et du De regimine principum de Gilles de Rome.

    7Moeglin Jean-Marie, « Till l’Espiègle chez le landgrave de Hesse. Représentation généalogique et fondement symbolique du pouvoir à la fin du Moyen Âge », Le Moyen Âge, 1996, p. 289-310.

    8Biaggini Olivier, « L’évidence et le secret : sur l’exemple 32 du Conde Lucanor », Bernard Darbord et Agnès Delage (dir.), Cultures du dévoilement et de l’occultation en Europe, du Moyen Âge à l’époque moderne, Paris, Armand Colin, 2013, p. 97-122, citation p. 113-114.

    9Jacques Dalarun nomme « le paradoxe chrétien de l’Occident médiéval » cet ordre social fondé sur l’Évangile et le « renversement » social qu’il préconise : cette « morale du retournement » implique un art « de gouverner les hommes, qui les enrobe plus qu’il ne les domine » tente d’être appliqué dans les communautés religieuses, qui servent de « laboratoire à l’élaboration de la “gouvernementalité” moderne » : voir Gouverner, c’est servir. Essai de démocratie médiévale, Paris, Alma, 2012, p. 15-16.

    10Péneau Corinne, « L’ange et le roi nain. Réflexions sur la royauté suédoise à la fin du Moyen Âge », in Béatrice Delaurenti, Blaise Dufal et Piroska Nagy (dir.), L’Historien et les fantômes. Lecture (autour) de l’œuvre d’Alain Boureau, Paris, Les Belles Lettres, 2017, p. 117-126.

    11Rosier-Catach Irène, La parole efficace. Signe, rituel, sacré, Paris, Seuil, 2004.

    12Bedos-Rezac Brigitte Miriam, par exemple « Signes d’identité et principes d’altérité au xiie siècle. L’individu, c’est l’autre », in Brigitte Miriam Bedos-Rezac et Dominique Iognat-Prat (dir.), L’individu au Moyen Âge, Paris, Aubier, 2005, p. 43-57.

    13Péneau Corinne, « Magnifier l’absence. L’invention du représentant du royaume en Suède à la fin du Moyen Âge », in Gilles Lecuppre et Emmanuelle Tixier du Mesnil (dir.), Désordres créateurs. L’invention politique à la faveur des troubles, Paris, Kimé, 2014, p. 119-151.

    14Mayali Laurent, « Procureurs et représentation en droit canonique médiéval », Mélanges de l’École française de Rome. Moyen Âge, tome 114, no 1, 2002, p. 41-57.

    15Boulnois Olivier, Au-delà de l’image. Une archéologie du visuel au Moyen Âge. ve-xvie siècle, Paris, Le Seuil, 2008. Comme le soulignait Louis Marin, le portrait du roi, c’est le roi lui-même : « C’est un portrait de roi et cela seul le fait roi et, par ailleurs, c’est aussi un homme. À quoi il convient d’ajouter que l’“effet de portrait”, l’effet de représentation, fait le roi, en ce sens que tout le monde croit que le roi et l’homme ne font qu’un, ou que le portrait du roi est seulement l’image du roi. Personne ne sait qu’à l’inverse le roi est seulement son image et que, derrière ou au-delà du portrait, il n’y a pas le roi, mais un homme. Personne ne sait ce secret et le roi moins que tous les autres, peut-être. » Marin Louis, Le portrait du roi, Paris, Minuit, 1981, p. 267.

    16Péneau Corinne, « Révélations et élections. Le corps du roi et la parole dans les Révélations de sainte Brigitte », Médiévales, 50, printemps 2006, p. 77-102.

    17R IV. 1 (§ 8) : communitas terre quasi in sinu suo erat. Les références aux Révélations sont faites ici, comme par la suite, en fonction de l’édition critique : Sancta Birgitta, Revelaciones, I-VIII, éd. H. Aili, B. Bergh et al., Samlingar utgivna av Svenska Fornskriftsällskapet, ser. 2, Latinska skrifter VII. 1-8, Stockholm, 1978-2002.

    18Péneau Corinne, « Visions et élections. La propagande élective en Suède au milieu du xve siècle », Revue d’histoire nordique, 2007, p. 38-67.

    19Podlech Adalbert, « La représentation : une histoire du concept », Trivium, no 16, 2014.

    20R IV. 3 (R VIII. 41) (§ 8) : « Populus itaque considerans se non posse stare sine rege elegerunt sibi regem, tradentes coronam regi electo custodiendam et reconsignandam regi futuro / Ainsi, comme le peuple considérait qu’il ne pouvait subsister sans roi, ils élurent eux-mêmes un roi, confiant au roi élu la garde et la transmission de la couronne au roi à venir. »

    21La figure de la couronne permet, par exemple, à Brigitte d’assimiler l’Incarnation et le don du pouvoir : « Hec igitur deitas merito corone assimilatur, quia corona sine principio et sine fine est. Sicutautem in regno corona seruatur regi futuro, nunc deitas mea seruabatur humanitati mee, qua ipsa coronaretur / Ainsi cette déité peut avec raison être assimilée à une couronne, car une couronne n’a pas de début et pas de fin. De même, comme, dans un royaume, la couronne est gardée pour le roi à venir, Ma déité était gardée pour Mon humanité, par laquelle elle était elle-même couronnée. » R VIII.1 (§ 25).

    22Dalarun Jacques, Gouverner, c’est servir. Essai de démocratie médiévale, Paris, Alma éditeur, 2012.

    23Losman Beata, Norden och reformkonsilierna 1408-1449, Göteborg, Akademiförlag, 1970.

    24Cité par Boucheron Patrick et Offenstadt Nicolas, « Introduction générale : une histoire de l’échange politique au Moyen Âge », in id. (dir.), L’espace public au Moyen Âge. Débats autour de Jürgen Habermas, Paris, PUF, 2011, p. 1-21, ici p. 6.

    25Schlyter Carl Johan (éd.), Corpus iuris sueo-gotorum antiqui. Samling af Sveriges gamla lagar, vol. I : Westgötha lagar, Stockholm, 1827, p. 36-37 : « Sveær egho konong at taka ok sva vrækæ […] þa han til þings kombær þa skal han sic allum götom trolekæn sværiæ at han skal eigh ræt lægh a landi varu brytæ. þa skal lagmaþær. han fyrst til konungs dömæ ok siþen aþrir þer. ær han biþar. konongær skal þa þrim mannum friþ giuæ þem ær eig hava niþingswærk giort. »

    26Le mot apparaît pour la première fois à la fin du xiiie siècle dans la Loi de l’Östergötland : Schlyter Carl Johan (éd.), Corpus iuris sueo-gotorum antiqui. Samling af Sveriges gamla lagar, vol. II : Codex iuris Ostrogothici, Östgöta-lagar, Stockholm, 1830, p. 53.

    27Schlyter Carl Johan (éd.), Westgötha lagar, op. cit., p. 37 : « En biscup skal taka, þa skal konongär allandä at spyria, huarn þer uiliä hava. »

    28Ibid. « Bondæ sun skal lagmaþer væræ. þy skulu allir bonder ualdæ mæþ gusz miskun. »

    29Granlund John et Andersson Ingvar (dir.), Kulturhistoriskt lexikon för nordisk medeltid, Malmö, 1956-1978, t. II, col. 97-99.

    30Cederström Rudolf, De svenska riksregalierna och kungliga värdighetstecken, Stockholm, 1942, p. 9.

    31Lindqvist Ivar (éd.), « De tre krönikorna om lagmän, kungar och biskopar. VgL IV. 14, 15 och 16 », Västgötalagen litterära bilagor – Medeltida svensk småberättelsekonst på poesi och prosa, Lund, Gleerup, 1941, p. 42 : « Reð a Karllæpitt at vgisllædhu ; oc fore þa sæwirðningh, han giorðhe allum wæstgøtom, þa fek han skiæmðær døðhe. Styrðhi þa goðhær laghmaðþær Wæstrægøtllanði oc lanz høffdhengiær ; oc waru þa allir tryggir landi sinu. »

    32L’épisode semble avoir trouvé un écho chez Saxo Grammaticus. Sans nommer le roi Ragnvald, il rapporte un épisode similaire et l’interprète comme un exemple de la jalousie des Götar vis-à-vis des Svear Voir Schück Henrik, « Medeltidens svenska konungaval », Historisk Tidskrift, 1913, p. 263-264 et Beckman Natanael, Äldre Västergötalagen, Skara, 1974, p. 52.

    33Cette province correspond à l’actuel Småland en dehors de sa frange nord qui, au Moyen Âge, était rattachée à l’Östergötland.

    34Schlyter Carl Johan (éd.), Corpus iuris sueo-gotorum antiqui. Samling af Sveriges gamla lagar, vol. III : Codex iuris Uplandici, Uplandslagen, Stockholm, 1834, p. 87-88 : « Nu þorwæ land kunung wæliæ. þa skulu þry folkland fyrstu kunung takæ. þæ ær tyundæ land ok attundæ land ok fiæþrundræ land. upplandæ laghman a han wiþ upsalir fyrst til kununx dömæ þær næst hwar laghmaþær æptir aþrum Suþærmannæ. östgiötæ. tyu hæræpæ. Wæstgiötæ. Nærikiæ. ok wæstmannæ. þer aghu han til krunu. ok kununx dömis skiliæ. landum raþæ ok riki styræ. lag at styrkiæ. ok friþ haldæ. þa ær han dömbdær til upsælæ öþæ » L’expression « Uppsala öd » désigne les biens inaliénables les plus anciens de la Couronne.

    35Bomgren Gunnar, « Om konungavalet enligt medeltidslagarna », Statsvetenskap Tidskrift, 1926, p. 368-369 et Holmbäck Åke et Wessén Elias, Svenska Landskapslagar, t. I, Stockholm, 1933, p. 52, note 3.

    36Hildebrand Emil, Svenska statsförfattningens historiska utveckling från äldsta tid till våra dagar, Stockholm, Norstedt, 1896, p. 67.

    37Schlyter Carl Johan (éd.), Codex iuris Uplandici, Uplandslagen, op. cit., p. 88-89 : « Nu a han erix gatu riþæ. þe aghu hanum fyghiæ. ok agu þe hanum gislæ sættiæ. ok eþæ swæriæ. ok han a þem lagh at giwæ. ok friþ at swæriæ […] þa ær þæn kunungær til land ok rikis laghlikæ komin mæþ upsweum ok suþærmannum. giötum ok gutum. ok allum smalændingium. þa hawær han riþit rætta erix gatu. »

    38Moberg Lennart, Konungastyrelsen. En filologisk undersökning, Samlingar utgivna av Svenska Fornskriftsällskapet, ser. H 255, vol. 69 : 2, Uppsala, 1984, p. 96-97. Kulturhistoriskt lexikon för nordisk medeltid, op. cit., t. IX, col. 406.

    39Diplomatarium suecanum no 1480. Cité par Einar Carlsson, « Konungavalet år 1319 och dess författningshistoriska förutsättningar », Historisk Tidskrift, 1937, p. 247 : « Byrgerus Dei gratia Sveorum Gothorumque Rex illustris, Frater noster carissimus, nec non et Prælati ac Barones ceterique nobiles et Regni Sveciæ communitas universa Domicellum Magnum dicti Domini Regis Filium primogenitum in Regem Sveciæ concorditer elegerunt, nomenque ei Regium tribuerunt. »

    40Andersson Ingvar, Erikskrönikans författare, Svenska akademiens minnesteckningar, Stockholm, Norstedt, 1958.

    41Pipping Rolf (éd.), Erikskrönikan enligt Cod. Holm. D2 jämte avvikande läsarter ur andra handskrifter, Samlingar utgivna av Svenska fornskriftsällskapet, ser. I, vol. 68, Uppsala, 1963, vers 4456-4462 : « Jak hauer thz hört sakt allan myn aller / warder konunger a morasten walder / med alla landa vilia ok lagha / han skal varda goder i sina dagha / Ok faar med folke godha häll / ok warder miller ok är säll / Ok giffuer bondom godhan frid. »

    42Erikskrönikan, op. cit., vers 82 et 1874.

    43Ibid., vers 1969, 2056, 3130 et 3266.

    44Ibid., vers 3297 et 4361.

    45Klaniczay Gábor, Holy Rulers and Blessed Princesses. Dynastie Cults in Medieval Central Europe, Cambridge, Cambridge University Press, 2002.

    46Oertel Christian, The Cult of Saint Erik in Medieval Sweden. Veneration of a Royal Saint, Twelfth-Sixteenth Centuries, Turnhout, Brepols, 2016.

    47Erikskrönikan, op. cit., vers 4445-4446.

    48Jonsson Bengt Robert, Erikskrönikans diktare – ett försök till identifiering, Samlingar utgivna av Svenska fornskriftsällskapet, ser. 1, vol. 94, Uppsala, Svenska fornskriftsällskapet, 2010.

    49Diplomatarium suecanum, vol. III, no 2199, p. 411-412.

    50Schlyter Carl Johan (éd.), Corpus iuris sueo-gotorum antiqui. Samling af Sveriges gamla lagar, vol. IV : Codex iuris Sudermannici, Södermannalagen, Lund, 1838, p. 47 : « Lanð þorwa kunung wiþer. Þry folklanð meþ alt swearikis raþ sculu a morum fyrstum kunung taka. þet æru tiunda attunda ok fieþrunda. uplanda laghman scal han wiþ upsala fyrst til kununx dömæ. þær næst suþermanna laghman ok swa östgötæ laghman. siþan hwar laghman eptir annæn. tihærræþa westgötæ wærma Nærkiu ok westmanna þe aghu allir han til cronu ok til konunx döme skiliæ landum raþa riki styræ lagh styrkiæ ok friþ halda þa ær han dömder til upsala öþæ. »

    51Carl Johan Schlyter traduisit raþ par consilium, consensus ou même senatusDans son dictionnaire, il soulignait que l’usage de ce terme indiquait un changement dans le déroulement de l’élection : Schlyter Carl Johan, Glossarium ad Corpus iuris Sueo-Gotorum antiqui, Corpus iuris sueo-gotorum antiqui. Samling af Sweriges gamla lagar, vol. 13, Stockholm, 1877, p. 506.

    52Sur ce point, les interprétations peuvent varier : voir Bomgren Gunnar, « Om konungavalet enligt medeltidslagarna », Statsvetenskaplig Tidskrift, 1926, p. 367-368.

    53Schück Herman, Rikets råd och män : herredag och råd i Sverige 1280-1480, Stockholm, Kungliga Vitterhets Historie och Antikvitets Akademien, 2005, p. 58-59.

    54« Fornæmde laghmæn, huar af laghsagu sinne, skal, meþ samþykkio aldra þera i laghsaghu boande æru, tolf mæn taka vitra ok snialla, meþ þem a næmdu daghi ok timelika til moroþingx koma kunung æt vælia. »

    55Voir par exemple Upplandslagen, Konungx balker, III, ainsi que de nombreux cas où le serment ou l’avis de douze hommes sont exigés dans le Manghelgdsbalken (Code de la sécurité des biens et des personnes), en particulier l’article XV sur l’atteinte au roi ou au royaume. Dans la Loi nationale, il est dit que le roi doit choisir douze hommes pour faire partie de son conseil et l’élection du roi met en scène, à plusieurs reprises, des commissions qui comportent également douze hommes.

    56Bagge Sverre, From Viking Stronghold to Christian Kingdom. State Formation in Norway, c. 900-1350, Copenhague, Museum Tusculanum Press, 2010, p. 165 sq.

    57Schlyter Carl Johen (éd.), Corpus iuris sueo-gotorum antiqui. Samling af Sveriges gamla lagar, vol. X : Konung Magnus Erikssons Landslag, Lund, 1862, p. 7-8 : « Försto röst agher laghmannin af vplandum haua, ok þe meþ honom næmde æru, han til kunungx döma ; þær næst huar laghmaþer æfte aþrum, suþermanna, östgöta, tij heræd, vesgöta, nærikis ok vestmanna […] § 1. Huilikin en af inrikis föddum, ok hælzt af kunungæ sunum æn þe til æru, af allum þessum laghmanna röstum, ællæ ok flæstum laghmannum til næmdum, varþer til kunungx takin, skulu fornæmde laghmæn han til kunungx döma. »

    58Voir, en particulier, la description de l’élection d’Albert de Mecklembourg : Hanserecesse, vol. I, vers 1256-1430, Leipzig, 1870-1897, p. 323.

    59Diplomatarium suecanum, vol. VIII, no 6584, p. 161 : « Tokom wi herra niclis thureson som lagman i østerlande ær. j thæt kor oc wal. som lagmen j swerike. aff alder hafft hawa. swa som thessa/Lagmennen aff vplande. aff sudermannalande. østergøtlande. tiihærædh. westergøtlande. nærike. oc aff westmannalande. at the scula konung wælia. oc til rike döma. […] aff allum biscops døme j swerike. agha tolff men medh therra lagmanne. til mora stens at koma. oc thær konung/ at wælia vpa aldz almoghens wægna. »

    60Erikskrönikan, op. cit., vers 4511-4512.

    61Ibid., vers 4512-4514 : « Han war walder widh morasten / sidhan wändo bönderne ather i geen / Ok sagde huar for sino herade. »

    62Karlsson Karl Hendrik (éd.), Södermannalagen efter Cod. Havn. Ny Kgl. Saml. 4 : o. N : o 2237, Stockholm, 1904, p. 27 : « a sama dagh ok stað agher konunger allum innan richis boandum trygdar eðe sina ganga ».

    63Södermannalagen efter cod. Havn. Ny Kgl. Saml. 4, op. cit., p. 29-30 : « ok með uphaldne hand sinne guði ok almogha sinum a trygga tro loua. eð sin at halda uið allan almogha sin. uiðir ungan sum gamblan. uið oføddan sum føddan. uið okæran sum kæran. uið frauærande sum uið the nær uaro. ok konughs eð hørdo. ok i ængu bryta. utan hælder øchia með allu goðo. ok særlica með konunglicum kærlæk sinum ».

    64Lindblom Algot (éd.), Akter rörande ärkebiskopsvalet i Uppsala samt striden därom mellan konung och svenska kyrkan, Uppsala, Norstedt, 1903, p. 43 : « Petrus archidyaconus interrogatus dixit, quod anno dominij Mo CCCo XC sexto, in die sancte Marie Magdalene, iuxta lapidem, dictum wlgariter Morasteen, vbi reges ab antiquo eligi consueuerunt, super librum ewangeliorum in manibus dominj Henrici archiepiscopj, astantibus sex suffraganeis et pene tota baronia regnj et maxima parte comitatus, dominus rex iuramentum prestitit, et credit idem archidyaconus, quod sub ea forma, que scribitur in libro legum patrie, et dixit se fuisse presentem Tandem Nicholaus decanus et ceterj, qui presentes non fuerant, dixerunt hoc frequenter a multis audiuisse et dixerunt esse notorium toti regno. »

    65Rydberg Olof Simon (éd.), Sverges traktater med främmande magter : jemte andra dit hörande handlingar, vol. 3, 1409-1520, Stockholm, Norstedt, 1895, p. 123 (no 467) : « Thy ærom wi nw alle medh allom Sweriges almogha swa ower eno samthykkiandes oc storlica medh idhrom oræt ther til nødde, at wi idher vpsighiom tiænist, radh oc troscap, som wi idher lofuat, sworit oc sakt hafuom, swa at i ey thorfuin hær æpter hopas æller tro til nokra wara tiænist, radh æller manscap i nokre matto, æpter thet at i oss ey haldit hafuin the eedha oc tro, som i widher hælghadoma oc rætta cristna tro medh vprækte hand fulkomplica sworit oc lofuat hafuin. »

    66Pour une mise au point sur ces questions, voir Ferm Olle, « La legittimazione della rivolta di Brigida contro il re Magnus Eriksson », in Olle Ferm et al. (dir.), Santa Brigida, Napoli, L’Italia. Atti del Convegno di studi italo-svedese, Santa Maria Capua Vetere, 10-11 maggio 2006, Naples, Arte Tipografica editrice, 2009, p. 11-22 ; Péneau Corinne, « Le roi lié. Le serment royal en Suède d’après les lois du xive siècle », in M.-F. Auzepy et G. Saint-Guillain (dir.), Oralité et lien social au Moyen Âge (Occident, Byzance, Islam) : parole donnée, foi jurée, serment, Collège de France/CNRS, Centre de recherche d’histoire et civilisation de Byzance, Monographie 29, Paris, 2009, p. 187-208.

    67Karlsson Karl Hendrik (éd.), Södermannalagen, op. cit., p. 30 : « Thægar nokor ær sua aff laghmannum ok lanzmannum ualder ok til konunghs dømder. ok eða sina gangit. sum fyr ær saght. tha ær han laghliker konunger iuir sueriki. tha ma han læn giua riki sino styra ok allu thy fyr ær saght. »

    68Agamben Giorgio, Le sacrement du langage. Archéologie du serment, Paris, Vrin, 2009, p. 107-108 : « le serment exprime l’exigence, décisive à tout point de vue pour l’animal parlant, de mettre en jeu sa nature dans le langage et de nouer ensemble en un lien éthique et politique les mots, les choses et les actions ».

    69Schlyter Carl Johan (éd.), Konung Magnus Erikssons Landslag, op. cit., p. 11.

    70Les références au serment (« in vi sacramenti » ou « sub eodem nostro sacramento ») sont nombreuses dans la charte de confirmation, rédigée lors d’une assemblée de prélats à Örebro. Rydberg Olof Simon (éd.), Sverges traktater med främmande magter : jemte andra dit hörande handlingar, vol. 1, 822-1335, Stockholm, Norstedt, 1877, p. 332-335.

    71Rosén Jerker, Striden mellan Birger Magnusson och hans bröder. Studier i nordisk politisk historia 1302-1319, Lund, 1939, p. 142-159.

    72Rydberg Olof Simon (éd.), Sverges traktater med främmande magter, op. cit., vol. 1, p. 335.

    73Ibid., p. 351-353.

    74Erikskrönikan, op. cit., vers 2842-2858.

    75Dans la Charte sur l’élection de 1335, seul le lagman d’Uppland est mentionné. Ce lagman a un statut un peu supérieur aux autres dans la mesure où il est le véritable maître de cérémonie pour l’élection, étant le premier à nommer le roi. Soit il apparaît comme le représentant des autres lagmän, et la Loi nationale ne fait que rendre explicite une présence implicite à l’origine, soit le serment de la communauté, qui n’est pas nécessaire à l’élection proprement dite, puisque le roi a déjà été déclaré en pleine possession de son pouvoir, est considéré comme un moment de l’eriksgata, dont la première étape est Uppsala, mais qui se poursuit par la suite dans les principales provinces suédoises.

    76Schlyter Carl Johan (éd.), Corpus iuris sueo-gotorum antiqui. Samling af Sveriges gamla lagar, vol. X : Konung Magnus Erikssons Landslag, op. cit., p. 14, note 6.

    77Ibid., p. 16 : « binz baþe vnger ok gamall, ofödder ok födder, okær som kær, franuarande som þe þær varo ok eþa suoro ok tro louaþo ».

    78Ibid., p. 14. Le substantif almoghe est, en effet, ambigu et peut désigner aussi bien l’ensemble des Suédois, comme dans l’article 1, que la population qui n’a pas de privilèges particuliers et reste soumise à l’impôt ordinaire, comme ans l’article 4.

    79Schlyter Carl Johan (éd.), Konung Magnus Erikssons Landslag, op. cit., p. 14-15.

    80Ibid., p. 17 : « loua ok iætta æt han skal þem alla eþa sina halda sum han suor i vpsalum, þa han först til kunungx tokx ».

    81Kantorowicz Ernst Hartwig, Les Deux Corps du Roi, Paris, Gallimard, 1989 (pour la traduction), p. 238-239.

    82Dans la Loi nationale de 1442, est souligné le fait que tous les membres du Conseil, évêques, clercs, chevaliers et écuyers, doivent prêter serment : « the fornempde biscopa, clerka, riddara oc swena ægha konunge edh sin sweria ». Voir Schlyter Carl Johan (éd.), Codex iuris Communis Sueciæ Christophorianus, Konung a Christoffers Landslag, Lund, 1869, p. 25.

    83Schlyter Carl Johan (éd.), op. cit., 1862, p. 19-20 : « Annat æt þe skulu han styrkia til rikesins ræt meþ alle sinne makt, æt han maghe halda þe eþa han hauer rikeno svorit ok almoghin honum ok þet sama skulu þe iætta sik sialua æt halda. »

    84Oertel Christian, The Cult of Saint Erik in Medieval Sweden, op. cit., p. 197-198.

    85Péneau Corinne, « Magnifier l’absence. L’invention du représentant du royaume en Suède à la fin du Moyen Âge », in Gilles Lecuppre et Emmanuelle Tixier du Mesnil (dir.), Désordres créateurs. L’invention politique à la faveur des troubles, Paris, Kimé, 2014, p. 119-151.

    86Schück Herman, « Sweden’s Early Parlamentary Institutions from the Thirteenth Century to 1611 », in Michael F. Metcalf (dir.), The Riksdag : A History of the Swedish Parliament, New York, St. Martin’s Press, 1987, p. 5-60.

    Auteur

    • Corinne Péneau

      Ancienne élève de l’École normale supérieure de Fontenay/Saint-Cloud, agrégée d’histoire, est maîtresse de conférences en d’histoire médiévale à l’université de Paris-Est Créteil. Ses travaux portent sur la Suède médiévale, l’élection des rois et la question de la représentation au Moyen Âge. Elle est membre du Centre de recherche en histoire européenne comparée (CRHEC (EA 4392), UPEC, 94010 Créteil, France).

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    1Austin John Langshaw, Quand dire, c’est faire, Paris, Seuil, 1970 (pour la traduction) ; Bourdieu Pierre, « Les rites comme actes d’institution », Actes de la recherche en sciences sociales, no 43, 1982, p. 58-63.

    2Sintomer Yves, « Les sens de la représentation politique : usages et mésusages d’une notion », Raisons politiques, no 50, 2013, p. 13-34 ; Manin Bernard, Principes du gouvernement représentatif, Paris, Seuil, 2012 ; Legendre Pierre, « Du droit privé au droit public. Nouvelles observations sur le mandat chez les canonistes classiques », Écrits juridiques du Moyen Âge occidental, Londres, Variorum reprints, 1988, p. 7-35, en particulier p. 31-34 ; Mayali Laurent, « Fiction et pouvoir de représentation en droit canonique médiéval », in Bernard Durand et Laurent Mayali (dir.), Excerptiones iuris. Studies in honor of André Gouron, Berkeley, University of California Press, 2000, p. 421-436.

    3Pitkin Hanna F., The Concept of Representation, Berkeley, University of California Press, 1967.

    4Balandier Georges, Le pouvoir sur scènes, Paris, Balland, 1992.

    5Chartier Roger, « Le monde comme représentation », Annales ESC, 1989, no 6, p. 1505-1520 et Ginzburg Carlo, « Représentation : le mot, l’idée, la chose », Annales ESC, 1991, no 6, p. 1219-1234.

    6Moberg Lennart (éd.), Um styrilsi konunga ok höfthinga, Stockholm, Samlingar utgivna av Svenska Fornskriftsällskapet 69 : 1, 1964, p. 14 : « at han är ey åttenast man / utan är ok mera än man och minna än Gudh i thesse werld ». Ce miroir, Du gouvernement des rois et des princes, est une adaptation suédoise du De regno de Thomas d’Aquin et du De regimine principum de Gilles de Rome.

    7Moeglin Jean-Marie, « Till l’Espiègle chez le landgrave de Hesse. Représentation généalogique et fondement symbolique du pouvoir à la fin du Moyen Âge », Le Moyen Âge, 1996, p. 289-310.

    8Biaggini Olivier, « L’évidence et le secret : sur l’exemple 32 du Conde Lucanor », Bernard Darbord et Agnès Delage (dir.), Cultures du dévoilement et de l’occultation en Europe, du Moyen Âge à l’époque moderne, Paris, Armand Colin, 2013, p. 97-122, citation p. 113-114.

    9Jacques Dalarun nomme « le paradoxe chrétien de l’Occident médiéval » cet ordre social fondé sur l’Évangile et le « renversement » social qu’il préconise : cette « morale du retournement » implique un art « de gouverner les hommes, qui les enrobe plus qu’il ne les domine » tente d’être appliqué dans les communautés religieuses, qui servent de « laboratoire à l’élaboration de la “gouvernementalité” moderne » : voir Gouverner, c’est servir. Essai de démocratie médiévale, Paris, Alma, 2012, p. 15-16.

    10Péneau Corinne, « L’ange et le roi nain. Réflexions sur la royauté suédoise à la fin du Moyen Âge », in Béatrice Delaurenti, Blaise Dufal et Piroska Nagy (dir.), L’Historien et les fantômes. Lecture (autour) de l’œuvre d’Alain Boureau, Paris, Les Belles Lettres, 2017, p. 117-126.

    11Rosier-Catach Irène, La parole efficace. Signe, rituel, sacré, Paris, Seuil, 2004.

    12Bedos-Rezac Brigitte Miriam, par exemple « Signes d’identité et principes d’altérité au xiie siècle. L’individu, c’est l’autre », in Brigitte Miriam Bedos-Rezac et Dominique Iognat-Prat (dir.), L’individu au Moyen Âge, Paris, Aubier, 2005, p. 43-57.

    13Péneau Corinne, « Magnifier l’absence. L’invention du représentant du royaume en Suède à la fin du Moyen Âge », in Gilles Lecuppre et Emmanuelle Tixier du Mesnil (dir.), Désordres créateurs. L’invention politique à la faveur des troubles, Paris, Kimé, 2014, p. 119-151.

    14Mayali Laurent, « Procureurs et représentation en droit canonique médiéval », Mélanges de l’École française de Rome. Moyen Âge, tome 114, no 1, 2002, p. 41-57.

    15Boulnois Olivier, Au-delà de l’image. Une archéologie du visuel au Moyen Âge. ve-xvie siècle, Paris, Le Seuil, 2008. Comme le soulignait Louis Marin, le portrait du roi, c’est le roi lui-même : « C’est un portrait de roi et cela seul le fait roi et, par ailleurs, c’est aussi un homme. À quoi il convient d’ajouter que l’“effet de portrait”, l’effet de représentation, fait le roi, en ce sens que tout le monde croit que le roi et l’homme ne font qu’un, ou que le portrait du roi est seulement l’image du roi. Personne ne sait qu’à l’inverse le roi est seulement son image et que, derrière ou au-delà du portrait, il n’y a pas le roi, mais un homme. Personne ne sait ce secret et le roi moins que tous les autres, peut-être. » Marin Louis, Le portrait du roi, Paris, Minuit, 1981, p. 267.

    16Péneau Corinne, « Révélations et élections. Le corps du roi et la parole dans les Révélations de sainte Brigitte », Médiévales, 50, printemps 2006, p. 77-102.

    17R IV. 1 (§ 8) : communitas terre quasi in sinu suo erat. Les références aux Révélations sont faites ici, comme par la suite, en fonction de l’édition critique : Sancta Birgitta, Revelaciones, I-VIII, éd. H. Aili, B. Bergh et al., Samlingar utgivna av Svenska Fornskriftsällskapet, ser. 2, Latinska skrifter VII. 1-8, Stockholm, 1978-2002.

    18Péneau Corinne, « Visions et élections. La propagande élective en Suède au milieu du xve siècle », Revue d’histoire nordique, 2007, p. 38-67.

    19Podlech Adalbert, « La représentation : une histoire du concept », Trivium, no 16, 2014.

    20R IV. 3 (R VIII. 41) (§ 8) : « Populus itaque considerans se non posse stare sine rege elegerunt sibi regem, tradentes coronam regi electo custodiendam et reconsignandam regi futuro / Ainsi, comme le peuple considérait qu’il ne pouvait subsister sans roi, ils élurent eux-mêmes un roi, confiant au roi élu la garde et la transmission de la couronne au roi à venir. »

    21La figure de la couronne permet, par exemple, à Brigitte d’assimiler l’Incarnation et le don du pouvoir : « Hec igitur deitas merito corone assimilatur, quia corona sine principio et sine fine est. Sicutautem in regno corona seruatur regi futuro, nunc deitas mea seruabatur humanitati mee, qua ipsa coronaretur / Ainsi cette déité peut avec raison être assimilée à une couronne, car une couronne n’a pas de début et pas de fin. De même, comme, dans un royaume, la couronne est gardée pour le roi à venir, Ma déité était gardée pour Mon humanité, par laquelle elle était elle-même couronnée. » R VIII.1 (§ 25).

    22Dalarun Jacques, Gouverner, c’est servir. Essai de démocratie médiévale, Paris, Alma éditeur, 2012.

    23Losman Beata, Norden och reformkonsilierna 1408-1449, Göteborg, Akademiförlag, 1970.

    24Cité par Boucheron Patrick et Offenstadt Nicolas, « Introduction générale : une histoire de l’échange politique au Moyen Âge », in id. (dir.), L’espace public au Moyen Âge. Débats autour de Jürgen Habermas, Paris, PUF, 2011, p. 1-21, ici p. 6.

    25Schlyter Carl Johan (éd.), Corpus iuris sueo-gotorum antiqui. Samling af Sveriges gamla lagar, vol. I : Westgötha lagar, Stockholm, 1827, p. 36-37 : « Sveær egho konong at taka ok sva vrækæ […] þa han til þings kombær þa skal han sic allum götom trolekæn sværiæ at han skal eigh ræt lægh a landi varu brytæ. þa skal lagmaþær. han fyrst til konungs dömæ ok siþen aþrir þer. ær han biþar. konongær skal þa þrim mannum friþ giuæ þem ær eig hava niþingswærk giort. »

    26Le mot apparaît pour la première fois à la fin du xiiie siècle dans la Loi de l’Östergötland : Schlyter Carl Johan (éd.), Corpus iuris sueo-gotorum antiqui. Samling af Sveriges gamla lagar, vol. II : Codex iuris Ostrogothici, Östgöta-lagar, Stockholm, 1830, p. 53.

    27Schlyter Carl Johan (éd.), Westgötha lagar, op. cit., p. 37 : « En biscup skal taka, þa skal konongär allandä at spyria, huarn þer uiliä hava. »

    28Ibid. « Bondæ sun skal lagmaþer væræ. þy skulu allir bonder ualdæ mæþ gusz miskun. »

    29Granlund John et Andersson Ingvar (dir.), Kulturhistoriskt lexikon för nordisk medeltid, Malmö, 1956-1978, t. II, col. 97-99.

    30Cederström Rudolf, De svenska riksregalierna och kungliga värdighetstecken, Stockholm, 1942, p. 9.

    31Lindqvist Ivar (éd.), « De tre krönikorna om lagmän, kungar och biskopar. VgL IV. 14, 15 och 16 », Västgötalagen litterära bilagor – Medeltida svensk småberättelsekonst på poesi och prosa, Lund, Gleerup, 1941, p. 42 : « Reð a Karllæpitt at vgisllædhu ; oc fore þa sæwirðningh, han giorðhe allum wæstgøtom, þa fek han skiæmðær døðhe. Styrðhi þa goðhær laghmaðþær Wæstrægøtllanði oc lanz høffdhengiær ; oc waru þa allir tryggir landi sinu. »

    32L’épisode semble avoir trouvé un écho chez Saxo Grammaticus. Sans nommer le roi Ragnvald, il rapporte un épisode similaire et l’interprète comme un exemple de la jalousie des Götar vis-à-vis des Svear Voir Schück Henrik, « Medeltidens svenska konungaval », Historisk Tidskrift, 1913, p. 263-264 et Beckman Natanael, Äldre Västergötalagen, Skara, 1974, p. 52.

    33Cette province correspond à l’actuel Småland en dehors de sa frange nord qui, au Moyen Âge, était rattachée à l’Östergötland.

    34Schlyter Carl Johan (éd.), Corpus iuris sueo-gotorum antiqui. Samling af Sveriges gamla lagar, vol. III : Codex iuris Uplandici, Uplandslagen, Stockholm, 1834, p. 87-88 : « Nu þorwæ land kunung wæliæ. þa skulu þry folkland fyrstu kunung takæ. þæ ær tyundæ land ok attundæ land ok fiæþrundræ land. upplandæ laghman a han wiþ upsalir fyrst til kununx dömæ þær næst hwar laghmaþær æptir aþrum Suþærmannæ. östgiötæ. tyu hæræpæ. Wæstgiötæ. Nærikiæ. ok wæstmannæ. þer aghu han til krunu. ok kununx dömis skiliæ. landum raþæ ok riki styræ. lag at styrkiæ. ok friþ haldæ. þa ær han dömbdær til upsælæ öþæ » L’expression « Uppsala öd » désigne les biens inaliénables les plus anciens de la Couronne.

    35Bomgren Gunnar, « Om konungavalet enligt medeltidslagarna », Statsvetenskap Tidskrift, 1926, p. 368-369 et Holmbäck Åke et Wessén Elias, Svenska Landskapslagar, t. I, Stockholm, 1933, p. 52, note 3.

    36Hildebrand Emil, Svenska statsförfattningens historiska utveckling från äldsta tid till våra dagar, Stockholm, Norstedt, 1896, p. 67.

    37Schlyter Carl Johan (éd.), Codex iuris Uplandici, Uplandslagen, op. cit., p. 88-89 : « Nu a han erix gatu riþæ. þe aghu hanum fyghiæ. ok agu þe hanum gislæ sættiæ. ok eþæ swæriæ. ok han a þem lagh at giwæ. ok friþ at swæriæ […] þa ær þæn kunungær til land ok rikis laghlikæ komin mæþ upsweum ok suþærmannum. giötum ok gutum. ok allum smalændingium. þa hawær han riþit rætta erix gatu. »

    38Moberg Lennart, Konungastyrelsen. En filologisk undersökning, Samlingar utgivna av Svenska Fornskriftsällskapet, ser. H 255, vol. 69 : 2, Uppsala, 1984, p. 96-97. Kulturhistoriskt lexikon för nordisk medeltid, op. cit., t. IX, col. 406.

    39Diplomatarium suecanum no 1480. Cité par Einar Carlsson, « Konungavalet år 1319 och dess författningshistoriska förutsättningar », Historisk Tidskrift, 1937, p. 247 : « Byrgerus Dei gratia Sveorum Gothorumque Rex illustris, Frater noster carissimus, nec non et Prælati ac Barones ceterique nobiles et Regni Sveciæ communitas universa Domicellum Magnum dicti Domini Regis Filium primogenitum in Regem Sveciæ concorditer elegerunt, nomenque ei Regium tribuerunt. »

    40Andersson Ingvar, Erikskrönikans författare, Svenska akademiens minnesteckningar, Stockholm, Norstedt, 1958.

    41Pipping Rolf (éd.), Erikskrönikan enligt Cod. Holm. D2 jämte avvikande läsarter ur andra handskrifter, Samlingar utgivna av Svenska fornskriftsällskapet, ser. I, vol. 68, Uppsala, 1963, vers 4456-4462 : « Jak hauer thz hört sakt allan myn aller / warder konunger a morasten walder / med alla landa vilia ok lagha / han skal varda goder i sina dagha / Ok faar med folke godha häll / ok warder miller ok är säll / Ok giffuer bondom godhan frid. »

    42Erikskrönikan, op. cit., vers 82 et 1874.

    43Ibid., vers 1969, 2056, 3130 et 3266.

    44Ibid., vers 3297 et 4361.

    45Klaniczay Gábor, Holy Rulers and Blessed Princesses. Dynastie Cults in Medieval Central Europe, Cambridge, Cambridge University Press, 2002.

    46Oertel Christian, The Cult of Saint Erik in Medieval Sweden. Veneration of a Royal Saint, Twelfth-Sixteenth Centuries, Turnhout, Brepols, 2016.

    47Erikskrönikan, op. cit., vers 4445-4446.

    48Jonsson Bengt Robert, Erikskrönikans diktare – ett försök till identifiering, Samlingar utgivna av Svenska fornskriftsällskapet, ser. 1, vol. 94, Uppsala, Svenska fornskriftsällskapet, 2010.

    49Diplomatarium suecanum, vol. III, no 2199, p. 411-412.

    50Schlyter Carl Johan (éd.), Corpus iuris sueo-gotorum antiqui. Samling af Sveriges gamla lagar, vol. IV : Codex iuris Sudermannici, Södermannalagen, Lund, 1838, p. 47 : « Lanð þorwa kunung wiþer. Þry folklanð meþ alt swearikis raþ sculu a morum fyrstum kunung taka. þet æru tiunda attunda ok fieþrunda. uplanda laghman scal han wiþ upsala fyrst til kununx dömæ. þær næst suþermanna laghman ok swa östgötæ laghman. siþan hwar laghman eptir annæn. tihærræþa westgötæ wærma Nærkiu ok westmanna þe aghu allir han til cronu ok til konunx döme skiliæ landum raþa riki styræ lagh styrkiæ ok friþ halda þa ær han dömder til upsala öþæ. »

    51Carl Johan Schlyter traduisit raþ par consilium, consensus ou même senatusDans son dictionnaire, il soulignait que l’usage de ce terme indiquait un changement dans le déroulement de l’élection : Schlyter Carl Johan, Glossarium ad Corpus iuris Sueo-Gotorum antiqui, Corpus iuris sueo-gotorum antiqui. Samling af Sweriges gamla lagar, vol. 13, Stockholm, 1877, p. 506.

    52Sur ce point, les interprétations peuvent varier : voir Bomgren Gunnar, « Om konungavalet enligt medeltidslagarna », Statsvetenskaplig Tidskrift, 1926, p. 367-368.

    53Schück Herman, Rikets råd och män : herredag och råd i Sverige 1280-1480, Stockholm, Kungliga Vitterhets Historie och Antikvitets Akademien, 2005, p. 58-59.

    54« Fornæmde laghmæn, huar af laghsagu sinne, skal, meþ samþykkio aldra þera i laghsaghu boande æru, tolf mæn taka vitra ok snialla, meþ þem a næmdu daghi ok timelika til moroþingx koma kunung æt vælia. »

    55Voir par exemple Upplandslagen, Konungx balker, III, ainsi que de nombreux cas où le serment ou l’avis de douze hommes sont exigés dans le Manghelgdsbalken (Code de la sécurité des biens et des personnes), en particulier l’article XV sur l’atteinte au roi ou au royaume. Dans la Loi nationale, il est dit que le roi doit choisir douze hommes pour faire partie de son conseil et l’élection du roi met en scène, à plusieurs reprises, des commissions qui comportent également douze hommes.

    56Bagge Sverre, From Viking Stronghold to Christian Kingdom. State Formation in Norway, c. 900-1350, Copenhague, Museum Tusculanum Press, 2010, p. 165 sq.

    57Schlyter Carl Johen (éd.), Corpus iuris sueo-gotorum antiqui. Samling af Sveriges gamla lagar, vol. X : Konung Magnus Erikssons Landslag, Lund, 1862, p. 7-8 : « Försto röst agher laghmannin af vplandum haua, ok þe meþ honom næmde æru, han til kunungx döma ; þær næst huar laghmaþer æfte aþrum, suþermanna, östgöta, tij heræd, vesgöta, nærikis ok vestmanna […] § 1. Huilikin en af inrikis föddum, ok hælzt af kunungæ sunum æn þe til æru, af allum þessum laghmanna röstum, ællæ ok flæstum laghmannum til næmdum, varþer til kunungx takin, skulu fornæmde laghmæn han til kunungx döma. »

    58Voir, en particulier, la description de l’élection d’Albert de Mecklembourg : Hanserecesse, vol. I, vers 1256-1430, Leipzig, 1870-1897, p. 323.

    59Diplomatarium suecanum, vol. VIII, no 6584, p. 161 : « Tokom wi herra niclis thureson som lagman i østerlande ær. j thæt kor oc wal. som lagmen j swerike. aff alder hafft hawa. swa som thessa/Lagmennen aff vplande. aff sudermannalande. østergøtlande. tiihærædh. westergøtlande. nærike. oc aff westmannalande. at the scula konung wælia. oc til rike döma. […] aff allum biscops døme j swerike. agha tolff men medh therra lagmanne. til mora stens at koma. oc thær konung/ at wælia vpa aldz almoghens wægna. »

    60Erikskrönikan, op. cit., vers 4511-4512.

    61Ibid., vers 4512-4514 : « Han war walder widh morasten / sidhan wändo bönderne ather i geen / Ok sagde huar for sino herade. »

    62Karlsson Karl Hendrik (éd.), Södermannalagen efter Cod. Havn. Ny Kgl. Saml. 4 : o. N : o 2237, Stockholm, 1904, p. 27 : « a sama dagh ok stað agher konunger allum innan richis boandum trygdar eðe sina ganga ».

    63Södermannalagen efter cod. Havn. Ny Kgl. Saml. 4, op. cit., p. 29-30 : « ok með uphaldne hand sinne guði ok almogha sinum a trygga tro loua. eð sin at halda uið allan almogha sin. uiðir ungan sum gamblan. uið oføddan sum føddan. uið okæran sum kæran. uið frauærande sum uið the nær uaro. ok konughs eð hørdo. ok i ængu bryta. utan hælder øchia með allu goðo. ok særlica með konunglicum kærlæk sinum ».

    64Lindblom Algot (éd.), Akter rörande ärkebiskopsvalet i Uppsala samt striden därom mellan konung och svenska kyrkan, Uppsala, Norstedt, 1903, p. 43 : « Petrus archidyaconus interrogatus dixit, quod anno dominij Mo CCCo XC sexto, in die sancte Marie Magdalene, iuxta lapidem, dictum wlgariter Morasteen, vbi reges ab antiquo eligi consueuerunt, super librum ewangeliorum in manibus dominj Henrici archiepiscopj, astantibus sex suffraganeis et pene tota baronia regnj et maxima parte comitatus, dominus rex iuramentum prestitit, et credit idem archidyaconus, quod sub ea forma, que scribitur in libro legum patrie, et dixit se fuisse presentem Tandem Nicholaus decanus et ceterj, qui presentes non fuerant, dixerunt hoc frequenter a multis audiuisse et dixerunt esse notorium toti regno. »

    65Rydberg Olof Simon (éd.), Sverges traktater med främmande magter : jemte andra dit hörande handlingar, vol. 3, 1409-1520, Stockholm, Norstedt, 1895, p. 123 (no 467) : « Thy ærom wi nw alle medh allom Sweriges almogha swa ower eno samthykkiandes oc storlica medh idhrom oræt ther til nødde, at wi idher vpsighiom tiænist, radh oc troscap, som wi idher lofuat, sworit oc sakt hafuom, swa at i ey thorfuin hær æpter hopas æller tro til nokra wara tiænist, radh æller manscap i nokre matto, æpter thet at i oss ey haldit hafuin the eedha oc tro, som i widher hælghadoma oc rætta cristna tro medh vprækte hand fulkomplica sworit oc lofuat hafuin. »

    66Pour une mise au point sur ces questions, voir Ferm Olle, « La legittimazione della rivolta di Brigida contro il re Magnus Eriksson », in Olle Ferm et al. (dir.), Santa Brigida, Napoli, L’Italia. Atti del Convegno di studi italo-svedese, Santa Maria Capua Vetere, 10-11 maggio 2006, Naples, Arte Tipografica editrice, 2009, p. 11-22 ; Péneau Corinne, « Le roi lié. Le serment royal en Suède d’après les lois du xive siècle », in M.-F. Auzepy et G. Saint-Guillain (dir.), Oralité et lien social au Moyen Âge (Occident, Byzance, Islam) : parole donnée, foi jurée, serment, Collège de France/CNRS, Centre de recherche d’histoire et civilisation de Byzance, Monographie 29, Paris, 2009, p. 187-208.

    67Karlsson Karl Hendrik (éd.), Södermannalagen, op. cit., p. 30 : « Thægar nokor ær sua aff laghmannum ok lanzmannum ualder ok til konunghs dømder. ok eða sina gangit. sum fyr ær saght. tha ær han laghliker konunger iuir sueriki. tha ma han læn giua riki sino styra ok allu thy fyr ær saght. »

    68Agamben Giorgio, Le sacrement du langage. Archéologie du serment, Paris, Vrin, 2009, p. 107-108 : « le serment exprime l’exigence, décisive à tout point de vue pour l’animal parlant, de mettre en jeu sa nature dans le langage et de nouer ensemble en un lien éthique et politique les mots, les choses et les actions ».

    69Schlyter Carl Johan (éd.), Konung Magnus Erikssons Landslag, op. cit., p. 11.

    70Les références au serment (« in vi sacramenti » ou « sub eodem nostro sacramento ») sont nombreuses dans la charte de confirmation, rédigée lors d’une assemblée de prélats à Örebro. Rydberg Olof Simon (éd.), Sverges traktater med främmande magter : jemte andra dit hörande handlingar, vol. 1, 822-1335, Stockholm, Norstedt, 1877, p. 332-335.

    71Rosén Jerker, Striden mellan Birger Magnusson och hans bröder. Studier i nordisk politisk historia 1302-1319, Lund, 1939, p. 142-159.

    72Rydberg Olof Simon (éd.), Sverges traktater med främmande magter, op. cit., vol. 1, p. 335.

    73Ibid., p. 351-353.

    74Erikskrönikan, op. cit., vers 2842-2858.

    75Dans la Charte sur l’élection de 1335, seul le lagman d’Uppland est mentionné. Ce lagman a un statut un peu supérieur aux autres dans la mesure où il est le véritable maître de cérémonie pour l’élection, étant le premier à nommer le roi. Soit il apparaît comme le représentant des autres lagmän, et la Loi nationale ne fait que rendre explicite une présence implicite à l’origine, soit le serment de la communauté, qui n’est pas nécessaire à l’élection proprement dite, puisque le roi a déjà été déclaré en pleine possession de son pouvoir, est considéré comme un moment de l’eriksgata, dont la première étape est Uppsala, mais qui se poursuit par la suite dans les principales provinces suédoises.

    76Schlyter Carl Johan (éd.), Corpus iuris sueo-gotorum antiqui. Samling af Sveriges gamla lagar, vol. X : Konung Magnus Erikssons Landslag, op. cit., p. 14, note 6.

    77Ibid., p. 16 : « binz baþe vnger ok gamall, ofödder ok födder, okær som kær, franuarande som þe þær varo ok eþa suoro ok tro louaþo ».

    78Ibid., p. 14. Le substantif almoghe est, en effet, ambigu et peut désigner aussi bien l’ensemble des Suédois, comme dans l’article 1, que la population qui n’a pas de privilèges particuliers et reste soumise à l’impôt ordinaire, comme ans l’article 4.

    79Schlyter Carl Johan (éd.), Konung Magnus Erikssons Landslag, op. cit., p. 14-15.

    80Ibid., p. 17 : « loua ok iætta æt han skal þem alla eþa sina halda sum han suor i vpsalum, þa han först til kunungx tokx ».

    81Kantorowicz Ernst Hartwig, Les Deux Corps du Roi, Paris, Gallimard, 1989 (pour la traduction), p. 238-239.

    82Dans la Loi nationale de 1442, est souligné le fait que tous les membres du Conseil, évêques, clercs, chevaliers et écuyers, doivent prêter serment : « the fornempde biscopa, clerka, riddara oc swena ægha konunge edh sin sweria ». Voir Schlyter Carl Johan (éd.), Codex iuris Communis Sueciæ Christophorianus, Konung a Christoffers Landslag, Lund, 1869, p. 25.

    83Schlyter Carl Johan (éd.), op. cit., 1862, p. 19-20 : « Annat æt þe skulu han styrkia til rikesins ræt meþ alle sinne makt, æt han maghe halda þe eþa han hauer rikeno svorit ok almoghin honum ok þet sama skulu þe iætta sik sialua æt halda. »

    84Oertel Christian, The Cult of Saint Erik in Medieval Sweden, op. cit., p. 197-198.

    85Péneau Corinne, « Magnifier l’absence. L’invention du représentant du royaume en Suède à la fin du Moyen Âge », in Gilles Lecuppre et Emmanuelle Tixier du Mesnil (dir.), Désordres créateurs. L’invention politique à la faveur des troubles, Paris, Kimé, 2014, p. 119-151.

    86Schück Herman, « Sweden’s Early Parlamentary Institutions from the Thirteenth Century to 1611 », in Michael F. Metcalf (dir.), The Riksdag : A History of the Swedish Parliament, New York, St. Martin’s Press, 1987, p. 5-60.

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    Ce livre est cité par

    • Kewes, Paulina. Gunn, Steven. Pietrzyk‐Reeves, Dorota. Seaward, Paul. Sowerby, Tracey. van der Meulen, Jim. (2023) Early modern parliamentary studies: Overview and new perspectives. History Compass, 21. DOI: 10.1111/hic3.12757
    • Besson, Samantha. (2026) Democratic Representation in International Organizations. DOI: 10.1017/9781009710558.002
    • Besson, Samantha. Luis Martí, José. (2026) Democratic Representation in International Organizations. DOI: 10.1017/9781009710558.013
    • Entrer en paix : la sortie des guerres de Religion en Bretagne (1598-années 1610). DOI: 10.70675/ec21b9bez8f56z43c0z8347z5f4d3c5d6f4b
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    • Contrôle, surveillance et promotion des eaux-de-vie Quel rôle pour l’État ? Angoumois, Aunis, Saintonge et sud Poitou (1709-1870). DOI: 10.70675/43361899zdd5ez403dza0bezb4edcd14d0dc
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    • Inventer la république. L'héritage de Montesquieu dans la controverse constitutionnelle entre Antifédéralistes et Fédéralistes (1787-1789). DOI: 10.70675/95b50e87z98aez457dz8e1cz6fb31496e853

    Ce chapitre est cité par

    • Péneau, Corinne. (2021) Les sources médiévales en ancien suédois : état de la recherche. Revue germanique internationale, 34. DOI: 10.4000/rgi.2795

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    Péneau, Corinne. « “Au nom de tout le peuple” ». La représentation avant le gouvernement représentatif, édité par Samuel Hayat et al., Presses universitaires de Rennes, 2020, https://doi.org/10.4000/13ysr.

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    Hayat, S., Péneau, C., & Sintomer, Y. (éds.). (2020). La représentation avant le gouvernement représentatif. Rennes: Presses universitaires de Rennes. https://doi.org/10.4000/13zc2
    Hayat, Samuel, Corinne Péneau, et Yves Sintomer, éd. La représentation avant le gouvernement représentatif. Rennes: Presses universitaires de Rennes, 2020. doi:10.4000/13zc2.
    Hayat, Samuel, et al., éditeurs. La représentation avant le gouvernement représentatif. Presses universitaires de Rennes, 2020, https://doi.org/10.4000/13zc2.
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