Conclusion
p. 405-424
Texte intégral
1Deux constats apparemment contradictoires étaient à l’origine de cet ouvrage. Premier d’entre eux : l’historiographie permet de repérer, avant la Grande Guerre, un certain nombre de mairies qui contribuent si activement au développement des pratiques physiques qu’on est tenté d’assimiler leur action à une première municipalisation des enjeux sportifs. Second constat : la borne usuelle donnée comme point de départ des politiques municipales des sports est située au cœur des années 1920.
2On se proposait de mettre à l’épreuve ce hiatus à partir de deux grandes interrogations : faut-il revisiter la chronologie de l’affirmation de l’engagement sportif des mairies en remontant jusqu’à la Belle Époque, voire avant ? Dans la positive, cet engagement, par sa nature, par sa portée, mérite-t-il d’être qualifié de politique publique des sports ou d’être vu, seulement, comme une municipalisation naissante du dossier sportif ?
3Sur la foi de la quinzaine de cas explorés, on peut répondre à la première question sans trop d’hésitation. Au tournant des xixe et xxe siècles, les actions municipales sont significatives, parfois très significatives. Le panel des pratiques physiques – des exercices conscriptifs aux sports athlétiques en passant par la gymnastique – devient un « dossier » dont les mairies sont invitées à se saisir par les citoyens et/ou dont elles s’emparent de leur propre chef. En 1921, le député radical-socialiste Gaston Vidal, sous-secrétaire d’État à l’enseignement technique (ayant donc voix au chapitre du sport et de l’éducation physique) déclarait que le sport était devenu « une affaire d’État1 ». Au regard de ces premiers constats, il est permis de dire que, dès la Belle Époque, il est une « affaire municipale ».
4Seconde question : ces actions, cette mobilisation révèlent-elles ou relèvent-elles d’une politique publique du sport ? Ici, la réponse appelle plus de nuance et de longueur de propos. Les mairies ne sont pas toutes également mobilisées. À l’hôtel de ville de Vichy, on agit résolument pour développer une large offre sportive dont on escompte qu’elle attire plus de touristes, de curistes et qu’elle serve les intérêts de l’économie locale. À la mairie de Toulouse, les élus sont certes actifs, et même entreprenants, mais ils semblent agir sans feuille de route. À Carpentras, les conseillers municipaux et les maires, plus réticents encore à l’idée de consacrer au sport de l’argent public, procèdent souvent sous la pression des électeurs, d’abord celle des notables piqués de sport hippique au xixe siècle et, plus tard, celle des membres des clubs de vélocipédie, incarnant plutôt le salariat urbain.
5Engagement incontestable, placé sous le signe de la prospective et de la durée d’un côté et, de l’autre, mobilisations plus ou moins embryonnaires et/ou relevant du coup par coup, au besoin du clientélisme. Les disparités sont notables. Reste que, dès les années 1900, les élus n’éludent plus la question du sport et de ses enjeux. Dans des contextes variés, en réponse aux injonctions de l’État, aux requêtes de leurs concitoyens, en réponse aussi à leur propre souci d’invention, de promotion ou d’amélioration du loisir, de l’hygiène, de l’éducation des corps, etc., ils mettent le sport à leur agenda. Les exemples foisonnent. Ils luttent contre la noyade en créant des bains, des piscines, lesquels, à terme, bénéficieront à la natation. Ils subventionnent et encouragent le renforcement des corps par la gymnastique ou les sports dits modernes – assumant là une mission déléguée par Paris mais à laquelle, républicanisme aidant, ils adhèrent. Ils patronnent et, de temps à autre, organisent eux-mêmes des rendez-vous spectaculaires, hippique et vélocipédique d’abord, puis automobile et aéronautique, enrichissant ainsi le calendrier des festivités locales et cherchant à faire briller leurs villes. Et encore, ils dotent les clubs et les sociétés.
6Ces observations, emblématiques, invitent à dire que, dès avant la Grande Guerre, surtout à partir de 1905-1910, les mairies jouent un rôle non négligeable et inventent un nouveau champ de compétence municipal. Les initiatives associatives, fédérales, médiatiques et commerciales donnent toujours le « la » de la promotion et du développement du phénomène sportif en France. Néanmoins, au regard des dynamismes vichyssois, angevin, au regard également de la détermination des élus stéphanois, strasbourgeois, parisiens, toulousains ou béglais dans la conduite de certains dossiers, il faut souligner le rôle de stimulation et de soutien des mairies et, par ce biais, la franche municipalisation d’une partie de leurs actions. Notre hypothèse centrale se trouve ainsi vérifiée.
7À ce stade de notre réflexion, on ne s’aventurera pas, cependant, à parler de politiques publiques. Pourquoi ? D’une part, parce que l’expression n’a alors cours ni dans les débats municipaux ni dans le glossaire politique. Comme nous le soulignions en introduction, elle y entre avec les années 1920 avant de s’y fixer autour de la séquence du Front Populaire. D’autre part parce que, du moins dans les villes étudiées, aucun service spécialisé n’est créé. Excepté le cas de Paris à la fin de la période considérée ici, les dotations proviennent de budgets gérés par les commissions des « fêtes », de « l’éducation », de « l’hygiène », des « travaux publics », etc. En somme, s’il entre parmi les affaires de la cité, devenant ainsi politique au sens étymologique, le sport ne justifie pas la création, dans la plupart des cas, d’un secteur politico-administratif spécialisé (commissions, lignes budgétaires, services administratifs). Il n’est donc pas assimilable à un rouage de politique publique.
8Faut-il, en conséquence, rejeter la notion – et l’éventuelle tentation chez les élus – d’une politique des sports ? Nous ne le croyons pas et préférons l’éprouver plus avant, de même que celle de municipalisation. Comment ? D’abord en catégorisant les mairies en fonction de leur degré d’engagement. La légitimité à user de telle ou telle expression pour qualifier l’action des mairies renvoie en effet à notre capacité à évaluer leur degré d’investissement. Sous cette perspective, singularité de chaque cas mise à part, trois groupes peuvent être distingués.
9Le premier de ces groupes est caractérisé par une relative inertie. Celle-ci ne remet cependant pas en cause la prise en compte des pratiques physiques. C’est le plus petit en nombre avec la Corse, Saint-Brévin-les-Pins et les bourgs drômois et ardéchois. Remarque liminaire : la prise en compte du sport par les mairies est donc nettement majoritaire. À Ajaccio et à Bastia, les élus dotent les œuvres d’éducation physique à visée patriotique, républicaine et conscriptive, et sont moins enclins à soutenir et encourager les sportifs. Ils redoutent qu’ils perturbent l’ordre social. Cette défiance, révélée par ailleurs dans leur approche du supporterisme2, traduit leur appréhension des regroupements, des foules et, au fond, l’agoraphobie des élites3. Le retard, voire le grand retard de l’île de Beauté tient donc à cette crainte. À Saint-Brévin, les enjeux de notabilité, de pouvoir et la lente métamorphose socio-économique et administrative freinent les initiatives. Le virage vers une prise en compte notable de l’enjeu sportif n’intervient qu’après-guerre. Ce tempo contraste avec le scénario observé aux Sables-d’Olonne : le tournant de la balnéarisation y est pris dès le xixe siècle et aboutit, à la Belle Époque, à la sportivisation de la ville, ses dirigeants souhaitant accroître son attractivité, satisfaire les entrepreneurs (locaux ou extérieurs) et les villégiateurs. Enfin, les villages drômois et ardéchois – singuliers car ils s’inscrivent dans un paysage rural et ont de petites empreintes démographiques – donnent à voir une mobilisation précoce mais surtout sous le prétexte préparatoire (gymnastique, tir, bataillons scolaires). Les sports athlétiques finissent tout de même par en tirer bénéfice, les années 1900 sonnant en effet le réveil de la question sportive. Sa véritable prise en charge n’intervient néanmoins que dans les années 1920.
10Toulouse, Bègles, Saint-Étienne, Carpentras et Colombes constituent un deuxième groupe situé au milieu du gué. Leurs élus et leurs édiles sont beaucoup plus engagés dans le soutien au sport. Toutefois, ils ne donnent pas à voir un plan d’action clair, déterminé et porté vers l’avenir. Les relations entre les hommes politiques et le monde sportif s’y dessinent avec plus de force que dans le groupe précédent. Les hommes aux affaires ont tôt conscience des enjeux relatifs aux pratiques physiques. Cette prise de conscience détermine l’élaboration de projets et, à partir de la fin du xixe siècle, l’institution du soutien au mouvement gymnique, puis aux milieux sportifs. Au plus simple, ce soutien consiste en des subventions – croissantes – aux sociétés, aux clubs, parfois aux fédérations. L’aide concerne aussi les infrastructures avec la création de gymnases, de pas de tir, de bains et de piscines, de vélodromes, d’aérodromes. Enfin, ces mairies s’associent à l’organisation de fêtes sportives et/ou de compétitions. D’une ville à l’autre, les situations sont contrastées. La mobilisation toulousaine est plus franche que celle de Carpentras – peut-être à cause de la rupture d’échelle d’une ville à l’autre, du dynamisme du tissu sportif local et de l’ancienneté de son enracinement, enfin des budgets dont les élus disposent. En outre, comme à Saint-Étienne, les projets ne manquent pas, mais ils sont fragiles ou, du moins, longs à prendre forme. Leur mise en œuvre peut être ralentie par les refontes et les atermoiements des conseils municipaux en cas d’alternance politique ou dans la perspective d’échéances électorales. Nombre de dossiers, à l’image des projets des parcs sportifs, comme à Saint-Étienne, tiennent du serpent de mer. Hormis ces limites, qui ne sont pas systématiques, la sensibilité des élus à la question du sport s’accroît avec le temps. Elle détermine, peu à peu, l’élargissement de leur champ d’intervention et de compétence. En définitive, ce groupe est à l’origine de nombreuses réalisations et, des années 1880 aux années 1910, il affiche des ambitions grandissantes. Il montre ainsi que les politiques d’après-guerre ne naissent pas ex nihilo, au prétexte d’un soudain réveil des élus et des édiles, saisis par une révélation en forme d’opportunisme à l’approche des élections municipales de 19254. Ici, les élus sont déjà acculturés, même à Carpentras où ils ne sont pas des plus conquérants. Pour aller plus loin, ce deuxième groupe permet donc de dire que les années 1900 (en particulier) sont un temps de réalisations, de systématisation des aides, de logique de patronage et, ce faisant, un temps d’incubation des politiques des années 1920-1930. Dans cette période s’esquisse et se matérialise la municipalisation d’une partie de la vie sportive, par le biais des aides financières, par celui du patronage compétitif, par l’encadrement, voire la mise en régie municipale de certains dispositifs – ce dont témoigne la politique gymnique toulousaine, presque exclusivement publique pendant près de vingt ans, et la création des bains municipaux stéphanois.
11Le troisième groupe réunit Paris, Angers, Vichy, le Creusot, Strasbourg et les Sables-d’Olonne. Ici, élus et maires sont plus engagés. Les projets proprement municipaux, comme ceux portés par des acteurs privés qui bénéficient de leur concours et du blanc-seing de la puissance publique, s’y traduisent en réalisations plus ou moins spectaculaires. Une des plus emblématiques est la création du vélodrome de la Cipale, à Paris (1895). Outre qu’elle révèle l’imposition des cahiers des charges parfois très pointilleux, cette piste répond à des objectifs bien définis et au souci de satisfaire des pans de population identifiés selon leur nature et leurs besoins. Quant au soutien financier aux acteurs du tissu sportif local, il y est à la fois prononcé, croissant et pérenne. Par ailleurs, l’attention de ce groupe pour le dossier des pratiques physiques plonge ses racines dans le troisième tiers du xixe siècle bien plus significativement que dans le groupe précédent. À Paris, au soir des années 1860, la dévolution d’un espace aux cricketeurs par les pouvoirs publics du Second Empire en témoigne. À Angers, les racines de la sportivisation Belle Époque plongent dans le terreau hippique des années 1860 avec la construction de l’hippodrome d’Éventard. On pourrait donner d’autres illustrations ; toutes souligneraient un take off de l’enjeu sportif remontant au xixe siècle. Certes, au départ, il relève d’une gestion au cas par cas, estampillée par un sceau élitiste (cricket, aviron, hippisme), conscriptif, éducatif (gymnastique, préparation militaire, éducation physique) ; toutefois, avec les années 1890-1910, les mairies sont de plus en plus à la manœuvre et définissent toujours mieux leur périmètre et leurs modalités d’intervention. Elles déploient alors un éventail de dispositions (budgétaires) et d’actions (infrastructures, spectacles) relevant d’une municipalisation liée, tant au souci de satisfaire de larges couches de population que de soutenir le développement d’un ensemble d’activités élargi et aux vertus diverses (loisir, éducation, hygiène, compétition…). À Angers et à Vichy, cet état de fait est frappant. Il incite à parler de premières politiques du sport. On se gardera néanmoins d’appliquer cette représentation à tout le groupe et à l’échelle nationale. Les études réunies ici sont en effet trop peu nombreuses pour transformer ces particularismes en généralité. On n’en revient pas moins à nos premiers éléments de conclusion : ce groupe, le plus important – ce qui n’est pas un détail –, incarne l’idée d’une mobilisation préludant de loin au point d’accélération des années 1920. L’incubation commencée dans le dernier tiers du xixe siècle aboutit ici à la prise en charge, résolue, du dossier sportif et, dans certains cas, à son affichage dans les programmes électoraux et municipaux dès les années 1900. Partant de l’exemple de ce troisième groupe, les années 1920 devraient donc être moins présentées comme le temps de l’invention des politiques du sport que comme le temps de leur révélation, de leur formalisation (administrative bientôt, avec les Services ou Offices municipaux des sports), comme le temps aussi d’une instrumentalisation partisane qui, d’après nos investigations, a peu cours entre 1890 et 1914.
12Le bilan sur les deuxième et troisième groupes permet donc de défendre l’hypothèse d’une naissance des politiques sportives s’échelonnant de la fin du xixe siècle aux années 1930. Il permet aussi de noter la municipalisation d’une partie des dossiers sportifs dans nombre de villes, dès les années 1900-1910.
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13Pour mieux éprouver cette municipalisation, on peut l’appréhender sous l’angle de la démographie et de la géographie. Est-elle plus notable à Paris ou dans des capitales régionales, comme Toulouse, et bien moins dans des villes moins peuplées et étendues ?
14Sur ce point, la réponse est claire : la taille des communes ne semble pas peser de façon substantielle sur la prise en compte du sport. Les initiatives, les réalisations au Creusot, 30 584 habitants en 1901, ne déméritent pas face à celles d’Angers (82 398 habitants). Les élus parisiens, en charge d’une population proche de 2,9 millions, ne paraissent pas beaucoup plus audacieux que ceux administrant des agglomérations de 150 000 âmes comme Toulouse et Strasbourg. Le volontarisme de certains maires ardéchois et drômois, responsables de quelques centaines d’habitants, n’a rien à envier à celui, plus fluctuant, des édiles carpentrassiens veillant sur 10 500 habitants ou des maires d’Ajaccio et Bastia, qui gouvernent respectivement 21 000 et 25 000 habitants. Philippe Marchand l’a montré de longue date à propos du Nord5 et on en retrouve le signe ici : même les petites villes consentent des dépenses importantes pour créer et soutenir les bataillons scolaires et la gymnastique – et par la suite le sport. Leurs efforts, parfois en forme de sacrifice, sont proportionnellement supérieurs à ceux de Toulouse ou d’Angers. La taille des cités ne déterminerait donc pas un nivellement du niveau d’engagement des politiques. Bien sûr, la puissance budgétaire des grandes villes et les legs cumulés des projets réalisés par les équipes municipales successives (fondation de gymnases, de bains, de vélodromes…) aboutissent à des différences et à une hiérarchie dans laquelle celles-ci sont plus avancées, équipées, agissantes que les petites cités. Ces précautions posées, l’hypothèse d’une municipalisation transgresse l’échelle démographique et spatiale.
15Et la situation géographique ? Sous cet angle, nos études, peu nombreuses, interdisent d’être affirmatif. Il faudrait des focus sur la Côte d’Azur, le Languedoc, la Bretagne, etc. On peut néanmoins suggérer qu’aucune différence ne semble assez forte pour remettre en cause l’hypothèse de la transversalité de la municipalisation d’une partie de la vie sportive.
16Cette hypothèse doit aussi être questionnée à la lumière du politique. Les élus agissent-ils en fonction de schémas idéologiques, partisans ? En tant qu’enjeu public, le sport est-il une source de conflits ou, au contraire, l’objet de consensus ?
17Au prétexte d’oppositions de principe, il arrive que telle ou telle faction montre une attitude tranchée. À Angers, le groupe socialiste témoigne de ce type de crispation : il rejette toute aide à des milieux sportifs perçus comme « bourgeois ». À Saint-Étienne, Bègles, dans une moindre mesure à Toulouse, socialistes et radicaux-socialistes qui se succèdent à l’hôtel de ville font de l’amélioration des conditions de vie des classes populaires le cœur de leur action. Ils incarnent une gauche et un centre-gauche très actifs dans l’incubation de politiques sportives liées à cette priorité – ce que l’on savait déjà – et leurs opposants sont, à la vérité, plus silencieux que critiques. Le dossier sportif pourrait donc apparaître comme l’affaire d’un seul camp (plutôt les gauches) et, parfois, comme un prétexte justifiant le traditionnel jeu des rivalités politiques. Au demeurant, au gré des circonstances, à cause des rivalités intrapartisanes, en fonction aussi des accointances des élus avec tel ou tel club, société, des tensions, des désaccords peuvent surgir au sein même des familles politiques. Par ailleurs, le souci du sport retient peu ou prou l’attention de tous les élus. Souvenons-nous, entre autres, des cas parisiens, béglais, toulousain et creusotin : des élus de tous bords contribuent au même élan. Ils sont, ensemble, acteurs et, parfois, parangons de la mission sportive municipale. À l’occasion, des alliances transidéologiques se nouent au sein des conseils municipaux pour défendre tel ou tel projet ou, à l’inverse, pour le critiquer, le rejeter. Quant à l’alternance politique, il arrive qu’elle pèse sur l’engagement municipal mais, au plus général, elle n’est pas un frein. En témoigne l’exemple stéphanois : d’une majorité à l’autre, les projets peuvent être abandonnés mais, le plus souvent, ils sont hérités, revisités, amendés, maintenus et, dans bon nombre de cas, réalisés. Sous le ciel angevin ou toulousain, ils ne sont pas plus enterrés au gré des changements de majorité. Au total, la question sportive tend à échapper aux clivages partisans. Cette transversalité permet de parler de l’émergence d’une compétence partagée, souvent transpartisane, d’un nouveau pan de culture politique renvoyant à l’idée de bien commun. In fine, on pourrait voir là, en germes, ni nommée ni définie, la philosophie du « sport pour tous » qui animera le Front Populaire et, plus tard, les Quatrième et Cinquième Républiques. Au tournant des xixe et xxe siècles, l’enjeu public du sport entrerait donc parmi les missions régaliennes et républicaines des mairies auxquelles la plupart des courants politiques sont attachés, afin de satisfaire à l’organisation et à la gestion d’une société de modernité, de progrès, de solidarité aussi6. Cette perspective renvoie trait pour trait au républicanisme de la plupart des institutions sportives, au-delà de leurs concurrences et de leurs obédiences, y compris chez la fédération des patronages catholiques : toute conservatrice et confessionnelle qu’elle soit, elle s’arrange en particulier de la loi de séparation de l’Église et de l’État et se place, résolument, sous la bannière républicaine et nationale.
18À ce stade de l’analyse, il est donc permis de dire que, peu soumis aux diktats partisans, le dossier des sports, suite à celui de la gymnastique, devient un faire-valoir municipal dont toutes les familles politiques semblent vouloir s’emparer et tirer profit. On retrouve cette convergence à l’échelle préfectorale, départementale – ce qui justifierait d’ailleurs une autre investigation pour affiner notre connaissance des rôles respectifs des rouages de la puissance publique et délégataire.
19L’enjeu de l’image des villes et des départements illustre particulièrement bien cette convergence et, donc, une des facettes de la municipalisation à l’œuvre. À partir des années 1870, les fêtes de gymnastique annuelles et locales bénéficient de forts soutiens. Pour les élus, ces rendez-vous, organisés pour de larges assistances (les sociétés gymniques défilent traditionnellement au cœur des villes, accompagnés par des orphéons), sont des tribunes leur donnant l’occasion de capitaliser la sympathie et/ou le respect des citoyens, de leur adresser des messages aussi. Ils profitent de leur association à un temps fort de la vie collective pour apparaître parmi les artisans de la vitalité de leurs villes et, au-delà, pour signifier leur contribution à celle de toute la région, voire de la nation. Quand vient le soir des années 1890, les grands raouts sportifs entrent à leur tour dans l’arsenal de la représentation politique municipale. Parfois, les rivalités entre candidats à la mairie, comme à Bègles, renforcent cette fonction tribunicienne des fêtes pour tout ou partie sportives. Soutenir, patronner, subventionner, organiser, présider ces moments-clés de la vie sportive et collective revient donc pour les maires à exposer et démontrer leur action en faveur des concitoyens, leur dynamisme et la modernité de leur action. Témoin du souci de notoriété allant avec ce nouvel art de la communication politique, les maires, comme à Angers ou Toulouse à plusieurs reprises, convoitent la venue de figures de premier plan (ministre, recteur…) lors des grands événements. C’est de la même manière qu’il faut apprécier le souci d’attirer la presse, si possible, la grande presse parisienne, au minimum les titres locaux et amis – comme dans le cas angevin avec Le Petit Courrier tout entier tourné vers la promotion de l’action du maire Jacques-Ambroise Monprofit. Enfin, n’oublions pas de souligner que ces événements sont l’occasion de distribuer publiquement honneurs et promotions aux élites politiques et administratives locales. Bref, la tribune gymnique, puis sportive devient un nouvel outil, pratique et symbolique, de l’ingénierie politique municipale et, par voie de conséquence, de l’ingénierie électorale7.
20Fait essentiel donc : le temps du sport est un temps de mise en scène et de capitalisation politiques. Il permet aux élus de jouer avec les notions de modernité et de progrès. On en voit le signe avec l’organisation des Grands Prix de l’Automobile Club de France, comme au Mans dans les années 1900. On en voit le signe dans l’accueil de courses aéronautiques à étapes – le Tour de France à Toulouse – et l’organisation de meetings aériens, alors extrêmement prisés, comme à Angers. On en retrouve la marque avec les marathons et les courses automobiles du Ventoux pour Carpentras, avec les courses vélocipédiques aux Pyrénées pour Toulouse, etc. Tous ces rendez-vous permettent d’inscrire une cité – un département – dans la modernité8. Une modernité ne relevant pas que du symbole : à Saint-Étienne, les industries mécaniques sont actrices, avec la mairie, de cette valorisation de la modernité. Les sports mécaniques sont alors un symbole de progrès scientifique, industriel et, à certains égards, social. Ils font valoir l’aptitude des villes, de leurs maires et du tissu industriel local allié, à s’inscrire dans la vitrine de la modernité.
21La fonction spectaculaire du sport s’impose donc comme le grand levier sur lequel les mairies agissent. Elle motive des investissements financiers réguliers. Elle justifie la naissance de dispositifs réglementaires : conditions de mise à disposition et d’aménagement de l’espace public, prêt de matériel, prêt de personnel. Le sport-spectacle, dont l’histoire sociale reste à écrire, devient ainsi, en dehors de la dimension tribunitienne, un enjeu technique, administratif, juridique. Il est aussi un enjeu économique évident tant les discussions entre conseillers municipaux mettent en avant la perspective d’un profit pour les industries et les commerces locaux. Cet intérêt économique est puissamment à l’œuvre à Vichy, à Angers, à Saint-Brévin, à Carpentras, à Toulouse, à Colombes… Dans un autre ordre d’idée, au Creusot et à Montceau-les-Mines, les patrons des grandes industries et élus à la fois déploient une action profitant à la communauté et à leurs entreprises ; et à Strasbourg, le désir de stimuler l’économie locale des loisirs et des sports de neige justifie pour partie l’attention et les décisions des élus.
22Cette quête d’événementialité, de modernité et de bénéfice économique est triplement convergente : d’une part, on en trouve la trace dans quasiment tous les cas étudiés (et dans maints autres disséminés dans l’historiographie) ; d’autre part, elle ne concerne pas uniquement, pour ne recourir qu’à des catégories larges, les mairies conservatrices ou progressistes ; enfin, elle est si prononcée, systématique – voire systémique –, qu’elle renvoie à l’idée de choix concertés, aux vertus et aux objectifs conscientisés – ce qui n’est pas loin d’une politique.
23Est-ce à dire que l’enjeu spectaculaire du sport n’est jamais parasité par des considérations partisanes, idéologiques ? Non. Cela transparaît dans certains débats parisiens et béglais. Dans ce dernier cas, le différend entre patronages catholiques et laïques rejaillit au conseil municipal. Cet enjeu illustre l’antagonisme entre le sport confessionnel (la fédération gymnastique et sportives des patronages de France, 1898) et les fédérations laïques et républicaines et, parfois, travaillistes comme la Fédération sportive et athlétique socialiste (1908). Les tensions sont souvent proches des échéances électorales. On ne saurait donc parler, en forçant le trait, d’unanimisme. L’angélisme politique n’a pas plus cours ici qu’ailleurs. Pour autant, la convergence d’intérêts des élus est prégnante. Hormis la conviction, souvent partagée, de devoir soutenir le tissu sportif local, ils prennent clairement, on y revient, la mesure des avantages liés à leur association au spectacle sportif et à la tribune qu’il représente.
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24Quelles autres convergences doivent être soulignées ? Tout d’abord la définition précise des publics concernés par la municipalisation. Les édiles et leurs conseillers agissent en effet en direction de groupes sociaux identifiés, parfois en réponse à leurs sollicitations. Leur connaissance de la morphologie sociale de la ville, de ses quartiers, leur permet d’orienter leurs actions vers tout ou partie des habitants. Ils traitent donc de dossiers d’ensemble et de dossiers dédiés, selon qu’ils concernent toute la ville et/ou, selon les cas, les déshérités, la jeunesse, les écoliers, les amateurs de vélocipédie ou de sport hippique, etc. ; selon qu’ils concernent tel ou tel quartier, dont l’identité sociale est connue (bourgeoisie, milieu ouvrier…). Sous cette perspective, à nouveau, les actions municipales ne tiennent pas de l’improvisation.
25Le financement des pratiques physiques et du spectacle sportif est un autre élément permettant de parler de convergence et de municipalisation. Mesurées ou conséquentes, pérennes ou discontinues, les subventions allouées aux sociétés et aux clubs promouvant la gymnastique, la vélocipédie, la préparation physique militaire, l’aviron ou la natation, etc., constituent un élément central de l’action municipale. Partout, elles tendent à augmenter au fil des ans. Le plus souvent, cette augmentation est moins justifiée par la promotion des pratiques elles-mêmes – donc, in fine, déterminée par le souci d’épauler, d’encourager les pratiquants, d’accroître leur nombre – que par le souci de soutenir et/ou organiser sur la scène publique des rendez-vous symbolisant la force et la vitalité nationales (fêtes fédérales de gymnastique), des épreuves sportives en forme de fêtes plus ou moins populaires (aviron, vélocipédie, automobile, etc.), enfin des shows sportifs emblématiques du progrès et de la modernité (aéronautique). Au risque de la redondance, il faut dire ici que les mairies font d’une pierre trois coups : elles structurent un programme d’animation plébiscité par la population ; elles contribuent à l’essor du mouvement sportif en lui offrant un espace d’expression, de propagande favorisant le recrutement de nouveaux adhérents ; enfin, elles se mettent en scène dans la vitrine médiatique régionale, nationale, à la recherche d’une respectabilité et d’une réputation accrues.
26L’aide aux clubs, aux sociétés, n’est donc pas une priorité budgétaire. Elle est souvent subordonnée à la mise en œuvre de projet d’événements sportifs ou par la participation à des événements. La rupture d’échelle entre, d’une part, les sommes allouées au spectacle ou aux déplacements des clubs, des sociétés et, d’autre part, celles dévolues uniquement au soutien aux pratiques et aux pratiquants révèle une logique déjà soulignée : les collectivités privilégient d’abord les prestations dont elles tirent un profit. Cette optique explique le rôle volontiers prescripteur des municipalités, comme dans le cas de la gymnastique. De fait, on n’aide jamais autant ses dirigeants que lorsqu’ils font rayonner le nom de la ville et de ses ressortissants en allant concourir hors les murs. De là à dire que l’athlète – quelle que soit sa discipline – est d’abord perçu comme un ambassadeur de l’identité municipale, locale, régionale, il n’y a qu’un pas. Cette remarque explique que les pratiques conscriptives, la gymnastique en premier lieu, se taillent la part du lion à partir des années 1870. On attend d’elles qu’elles incarnent la capacité de la ville à répondre au projet de redressement corporel de la nation, lequel met en scène la méritocratie et l’excellence corporelle républicaine. Ce sont donc elles qui, les premières, justifient une dynamique budgétaire profitant, au bout du compte, au sport – ce que montre les cas ardéchois et drômois notamment. Un tournant semble ensuite intervenir au milieu des années 1900. Des études complémentaires seraient nécessaires pour en avoir la certitude mais, en substance, les sports semblent supplanter les vieilles pratiques conscriptives et républicaines dans l’ordre des priorités budgétaires. À la fin de la Belle Époque, les mairies envoient un message bien plus sportif que proprement gymnique.
27Le principe de la mobilisation républicaine en faveur de toutes pratiques physiques est donc transcendant. Il faut donc en terminer avec la distinction, en forme d’arlésienne, entre sports modernes et gymnastique. Certes, la gymnastique est l’incarnation première, voire suprême, des valeurs républicaines9. On attend d’elle, à partir des années 1870-1880, qu’elle forge le corps et l’esprit des futurs soldats et, éventuellement, défenseurs de la nation. Pour autant, le sport finit lui aussi par être mis à contribution. Au fil du temps, il s’affirme, sous l’influence des équipes municipales, comme un lieu d’expression du mérite républicain et, ce faisant, d’acculturation aux valeurs républicaines. Cette situation rend compte de l’ambition d’une République visant une « réforme de civilisation10 ». Dans le champ des pratiques physiques, la République devient un principe qui structure « l’organisation sociale et le ciment des valeurs nationales11 ». Du coup, le spectacle sportif s’affirme, à l’égal les démonstrations gymniques, comme un espace et un temps où, au-delà de la mairie, du maire, c’est la République qui est mise en scène et célébrée. Par le nombre de spectateurs rassemblés, par la présence des élus, parfois de représentants du gouvernement, le sport offre un support privilégié au déploiement des symboles et des rites républicains. Il devient un lieu phare d’expression et de visibilité pour les plénipotentiaires de l’État-Nation que sont les maires. En suivant les analyses d’Alain Corbin, Noëlle Gérôme et Danielle Tartakowski, ce sont bien des fêtes sportives républicaines qui se jouent là, pas de simples spectacles12. Elles s’inscrivent dans la filiation des fêtes pédagogiques révolutionnaires tout en empruntant des traits à deux autres modèles de fêtes : royale et césarienne. La fête sportive est donc tout à la fois moyen de communication, de mise en scène de la force et de l’emprise de l’État, de la municipalité, mais aussi un vecteur d’adhésion à l’ordre social incarné par la communauté nationale et républicaine rassemblée et soudée.
28On retrouve par ce biais l’analyse des justifications transversales guidant l’action municipale en faveur d’un sport offert, selon les cas, à tout ou partie de la population. Pourquoi ? Parce que, au-delà des points soulignés plus haut (identifier et satisfaire des groupes sociaux, soutenir les pratiquants afin de créer les conditions propices à l’amélioration de la réputation locale, promouvoir la ville et son dynamisme mis en scène par le spectacle), la question sportive se situe à la croisée d’une pléiade d’enjeux dont certains se rapportent à l’œuvre d’intérêt général tercio-républicaine.
29Sur ce point, deux grandes tendances et deux périodisations en partie tuilées doivent être mises en lumière. Première période : du xixe siècle au milieu des années 1900, la primauté des enjeux relatifs à l’hygiène, à l’éducation, à la préparation militaire et à l’encadrement de la jeunesse est patente. Traits d’époque, ils sont au cœur des préoccupations des édiles, des élus – et de l’État. Les élus locaux répondent donc ainsi à leur mission délégataire. Cette situation profite à la prise en compte de la gymnastique, de l’éducation physique. Quant à la seconde période, ouverte à la charnière des deux siècles, avec la centralité de la fonction spectaculaire, elle voit le sport s’imposer comme une justification grandissante, voire centrale, de l’action autour des pratiques physiques.
30En fonction des identités et des économies locales, en fonction de la couleur politique des équipes municipales, d’autres justifications majeures sont repérables – mais pas toujours transversales cette fois – dans la mobilisation de la puissance publique. À Vichy, le prétexte économique et touristique est fondateur, comme à Saint-Brévin. Au Creusot, les enjeux entremêlés de l’ordre social et du développement industriel le sont tout autant. À Carpentras, le jeu des accointances entre élites (satisfaire les riches passionnés de sport hippique), puis le souci du clientélisme électoral (vélocipédie populaire) sont des moteurs évidents, bien plus que l’hygiénisme ou la question de l’aménagement urbain. On pourrait décliner, pour aboutir à un tableau pointilliste relevant une assez grande variété de conformations. Au demeurant, selon de subtils dosages et exception faite de la Corse et des villages ardéchois et drômois, on retrouve une part de tous ces enjeux dans la plupart des cas étudiés.
31Ceci amène à redire que jamais le soutien apporté au mouvement sportif ne vise, en premier lieu, à satisfaire les dirigeants sportifs dans leur mission la plus élémentaire : faire propagande pour accroître le nombre des pratiquants. Bien sûr, les mairies favorisent in fine la multiplication des pratiquants, mais soutenir le sport ne semble jamais être une fin en soi pour les communes, sauf s’il sert l’intérêt public et, tout porte à le croire, le bilan municipal.
32Le cas du spectacle sportif, comme ingénierie politique, patriotique, commerciale, en témoigne. Celui de l’enjeu hygiénique tout autant. Il est en effet souvent la justification première des chantiers « sportifs » – en particulier ceux touchant aux bains et aux piscines, comme à Saint-Étienne ou à Paris. Là, on touche à une histoire qui est plus celle de la santé publique que celle du sport, ou du moins est-ce une histoire en forme de vases communicants. Dans un système municipal qui, au xixe siècle et dans les premières décennies de la Troisième République, lutte pied à pied contre les épidémies, l’insalubrité, les mairies appréhendent ce dossier par le biais de l’urbanisme notamment, qui entre alors « de plain-pied dans le système d’action municipal13 », mais aussi par le biais de la mobilisation hygiénique et sportive. Au final, appréhender l’histoire du sport à l’échelon municipal revient, selon le mot d’Antoine Prost, à embrasser « l’histoire de l’action sociale14 » où se croisent, comme ici, hygiénisme, urbanisme et mobilisation corporelle des citoyens.
33Cela veut-il dire, en forçant le trait, que la pratique sportive, que les pratiquants sont négligés par les élus ? Répondre par l’affirmative serait manquer de nuance. D’une part parce que l’on n’a pas connaissance des débats qui animent les élus et les partis hors les séances des conseils municipaux. D’autre part parce que, malgré tout, les dispositions prises bénéficient aux pratiquants. Au demeurant, et pour ne prendre qu’un exemple, c’est bien moins le sport qu’on soutient que ses vertus éducatives15, ce qui, indubitablement, pose plus la question du sport éducatif que celle du sport de compétition. On a ici la réponse à une question posée plus haut : les élus semblent finalement peu sensibles à l’idée de pratique et de compétition en soi ; bien plus leur importent l’art et la manière de s’en servir. Les communes, si tant est qu’elles mènent une politique, mènent donc moins une politique pour le sport que par le sport, ce que l’on peut tenir comme un des principaux enseignements de cet ouvrage.
34Cette logique semble aussi être à l’œuvre dans les processus de concurrence et de mimétisme entre les villes. Là encore le sport est prétexte et outil. La rivalité entre cités en termes d’image, d’attractivité, a pu favoriser leur mobilisation. Ce mécanisme est visible dans le cas balnéaire. Il est aussi à l’œuvre entre Angers et Le Mans : à Angers, en 1905-1910, on s’impatiente d’avoir, comme au Mans, une aura liée aux sports mécaniques et aéronautiques. Il apparaît encore, franchement, entre Lyon et Saint-Étienne, autour notamment des parcs des sports. Cette dimension compte, semble-t-il, parmi les plus forts stimuli déterminant l’intervention publique. Une étude mériterait certes d’être développée, mais il paraît possible d’avancer cette assertion : cette concurrence mâtinée de mimétisme renforcerait et légitimerait à la fois le degré de l’engagement municipal, au nom de la promotion d’une forme de localisme – comme on parle du régionalisme ou de défense des « petites patries », dont on sait leur vigueur à l’époque – et, ce faisant, contribuerait à faire du sport un problème « relevant de la sphère de compétences des autorités publiques16 ». Ici donc, la problématique identitaire et la concurrence entre villes jouent à plein régime, ce qui constitue un autre élément conclusif important.
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35Quels problèmes, à l’inverse, peuvent freiner le déploiement de l’action municipale en matière de sports ?
36Premier facteur : la frilosité des municipalités face aux activités et aux structures nouvelles. Il y a en effet, de toute évidence, une prime à l’ancienneté. Les villes soutiennent et subventionnent les sociétés ayant fait leurs preuves depuis longtemps. À la Belle Époque, les clubs sportif souffrent encore de leur jeunesse, confrontés, parfois, à l’autorité de sociétés (gymnastique, préparation militaire, aviron, hippisme) établies depuis les années 1860-1880 et étant devenues des sortes d’institutions – qui plus est labellisées, pour certaines, par le projet républicain de redressement national. À Toulouse ou à Carpentras, la gymnastique monopolise ainsi l’espace et l’action publiques au détriment du sport – du moins jusqu’au milieu des années 1900.
37Cette frilosité est aussi déterminée par les forts investissements économiques qu’engagent les villes au début de la Troisième République pour se moderniser. Ils grèvent leur budget. Constructions d’établissements scolaires, d’hôpitaux, travaux de voirie et d’assainissement, transports en communs : toutes les dépenses induites incitent les municipalités à l’économie et à établir une hiérarchie de l’urgence ; en somme, le superflu se soumet au nécessaire. Le lancement de projets d’envergure se brise donc parfois sur l’écueil budgétaire, même si les mairies consentent des efforts importants. On le voit particulièrement bien sur le plan des subventions dévolues, chaque année, à un maillage associatif qui ne cesse de s’étendre, partout. Les mairies s’efforcent, de plus en plus, de contenter tout le monde, on l’a dit. Les subventions augmentent mais, d’une part, cette augmentation n’est pas flagrante, d’autre part, elle peut plafonner et souvent être partagée à cause du nombre croissant de clubs. Au final, entre soutien réel (mais limité) et dispersion de l’aide, l’appel d’air est moins important qu’il n’y paraît ; d’autant plus qu’il ne répond pas, du coup, à des sollicitations allant en nombre grandissant. C’est là, assurément, une des limites de la contribution municipale au déploiement du mouvement sportif et à la diffusion des pratiques et, comme on l’indiquait précédemment, c’est par le biais de la prime au spectacle que le soutien est le plus remarquable.
38Des réticences peuvent aussi apparaître au plan juridique, administratif. Pour les conseils municipaux, la création et la gestion d’équipements sportifs est un saut dans l’inconnu en matière de réglementation et d’équilibre des comptes. La recherche de garanties, la volonté d’éviter tout risque de contentieux au désavantage de la ville, le souci de rentabiliser au mieux l’investissement, a minima d’équilibrer les budgets des établissements créés, expliquent quelquefois l’abandon pur et simple d’un projet, quelquefois son gel et l’ouverture de procédures interminables finissant par décourager les élus et/ou les partenaires privés sollicités à l’origine desdits projets. Aussi la prise de risque est-elle souvent laissée au privé. Bref, les mairies donnent un cadre réglementaire, assorti de quelques soutiens/compensations matérielles, d’aides financières. Sous ce jour, leur engagement est moins net, fort. Le petit nombre des équipements municipaux emblématiques avant 1914 est la conséquence de cette prudence. Ici, on trouve des éléments venant non pas contester, mais nuancer l’idée de municipalisation. Disons que, dans certaines circonstances, elle est encore balbutiante, hésitante, placée sous un régime d’inquiétude ou de précaution.
39On admettra malgré tout, au regard de l’ensemble des facteurs et observations qui conditionnent et incarnent l’investissement municipal, que ces quelques freins ne remettent pas en cause l’idée d’une municipalisation bien plus précoce que ce que suggérait l’historiographie jusqu’à présent.
40À ce stade de l’analyse, on a uniquement envisagé les ressorts de l’action publique, et une question reste en suspens : quels facteurs peuvent être tenus pour responsables de l’apparition de ces premières interventions ? En effet, elles ne naissent pas portées par le seul enthousiasme d’un maire convaincu de devoir soutenir le sport, les sportifs, ou d’élus ayant des accointances avec telle ou telle pratique physique ou club. Et pas plus on ne peut penser qu’elles sont uniquement dictées par l’injonction centrale de soutenir la gymnastique préparatoire ou éducative, de lutter contre les méfaits d’une hygiène défaillante, etc. – ce qui poserait un cadre, une mission, ensuite associés à l’ensemble des sports.
41Pour ce qu’on a pu en voir, ces interventions surviennent après les phases successives d’enracinement de la gymnastique, de l’éducation physique, puis du sport. Les mairies suivent ces phases plus qu’elles ne les précèdent – sauf dans le cas de l’éducation physique où la loi et leur mission de service public les obligent. La mobilisation des citoyens vient donc en premier. On en trouve l’illustration à Vichy, Toulouse ou Angers : les amateurs d’aviron y fondent des sociétés dans le dernier tiers du xixe, et organisent, parfois, des rendez-vous marquants ; puis, forts de s’être imposés dans l’espace public, ils sollicitent les mairies. Dans le cas de la gymnastique, si on revient vers l’exemple toulousain, la mairie suit les initiatives, leur répond et finit par décider de créer une société vouée à devenir la plus importante et plaçant la vie gymnique sous régie publique. L’existence d’une vie sportive locale, parfois vigoureuse, constitue donc un préalable. Les mairies agissent après que la société civile et, dans certains cas, les acteurs du secteur marchand, se sont mobilisés et les ont interpellés. Arrivés à ce point, soulignons d’ailleurs qu’une partie des acteurs du déploiement du sport dans les années 1880-1914 ne semblent pas solliciter les mairies – ou alors cela nous échappe en soi ou à cause de la spécificité des cas étudiés : il en va ainsi du tennis et de la boxe par exemple (sauf dans le cas parisien, mais au titre de la prévention contre les accidents).
42Autre point clé : le rôle des élites. Le sport fait son chemin au sein des conseils municipaux par l’entremise de personnes-ressources, de gatekeepers appartenant au monde des notables. Nulle surprise quand on sait la sociologie des premiers pratiquants du sport et celle des clubs de sports, à commencer par ceux de cyclisme, dont Alex Poyer a parfaitement montré qu’ils étaient, initialement, majoritairement peuplés et dirigés par les notables17. Le sport s’implante en France par les élites sociales : aristocratie, bourgeoisie18. Elles profitent de leurs responsabilités, qu’elles soient professionnelles ou politiques, parfois les deux comme dans le cas de Montceau-les-Mines, du Creusot, de Carpentras, pour soutenir telle ou telle pratique, laquelle participe à définir et à symboliser leur pouvoir, leur identité socioculturelle et celle de leur ville. C’est parce que les sociétés sportives ont des sympathisants, voire des représentants – officiels ou officieux – au sein des conseils municipaux (et généraux), comme on a pu le voir à Paris, que le soutien de l’administration pointe, puis s’affirme. Sur ce point, il faut évoquer la fonction « des membres honoraires ». Dans la quête de respectabilité et de reconnaissance publique, il y a, en effet, un enjeu capital pour les sociétés sportives à obtenir le parrainage de quelques notables. À côté des adhérents plus ou moins anonymes, les « honoraires » jouent à l’évidence un rôle clé : ils offrent leur caution, savent faire tourner les rouages politiques et administratifs au bénéfice des sociétés et des clubs.
43Rien de révolutionnaire, bien sûr, dans ces remarques. Elles invitent néanmoins à ne pas mésestimer le poids des réseaux, particulièrement bien illustré dans le cas du Paris Cricket Club et de son implantation au Bois de Boulogne, mais aussi dans celui de Bègles. Les notables et les élus béglais jouent en effet un rôle central dans l’émergence des sociétés et des clubs sportifs, en entretenant des relations complexes faites ici de concurrence, là de convergence. Sur ce point, on touche à une question que l’historiographie ne maîtrise pas dans tous les domaines sportifs : les liens officieux des élus avec les sociétés puis les clubs de gymnastique et de sport. Chantier captivant sur l’idée de réseaux d’intérêts mutuels, qui justifierait des approches monographiques, dont Paris pourrait être une très belle terre d’expérimentation.
44On se doit donc de souligner l’importance de deux grands préalables à l’émergence des actions favorables aux sports : d’une part, l’existence d’un tissu de sociétés et d’associations conquérantes, d’autre part, la mobilisation d’une partie des élites (politiques, économiques).
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45Avant de conclure sur la légitimité ou non qu’il y aurait à parler de politique des sports ou, seulement, de municipalisation, voyons les limites de cet ouvrage.
46On retiendra d’abord qu’une part importante de l’action publique en faveur du sport est insaisissable. L’usage discrétionnaire que font certains maires des fonds publics, les délibérations qui ne rendent pas compte du travail des commissions, sont autant de facteurs altérant notre perception de l’engagement municipal. Nous sommes loin, par ailleurs, de savoir, par manque d’archives, toutes les sollicitations des acteurs sportifs. Ensuite, le tableau dessiné ici de l’action publique est incomplet. Il engage à poursuivre ce travail afin de confronter les conclusions et tendances identifiées à une plus large échelle. Par exemple, l’arc méditerranéen reste une zone vierge de tous travaux sur ce thème précis. Pourtant, la richesse de la vie sportive qui s’y déploie19, la rude concurrence que s’y livrent les grandes villes et les stations balnéaires laissent penser que ce serait un instructif terrain d’exploration. Il est d’ailleurs probable que les stations balnéaires, thermales et climatiques sont à l’avant-garde des politiques d’envergure or, pour ici, si elles sont représentées, elles ne le sont pas assez pour qu’on puisse prétendre à des résultats définitifs. Le Nord de la France fait aussi défaut dans notre tableau, comme la Bretagne. En comblant ces manques – et d’autres –, sans doute serait-il possible de dresser une typologie (ou des typologies) sur la manière dont apparaît puis se déploie l’action municipale en faveur du sport au plan national.
47Une certitude néanmoins s’impose à notre esprit : depuis une vingtaine d’années, le dynamisme de l’historiographie du sport a, par petites touches, transformé notre perception des conditions d’enracinement du sport dans l’Hexagone et, désormais, l’histoire ne privilégie plus une logique où les institutions sportives auraient été l’alpha et l’oméga de la progressive diffusion des passions sportives parmi la population. La vertu de ce livre, s’il n’en avait qu’une, serait peut-être de renforcer l’idée d’un phénomène puisant sa force dans le nombre et la variété de ses acteurs : institutions sportives, presse, promoteurs du spectacle, industriels, pratiquants et spectateurs et, enfin, acteurs publics – dont les mairies.
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48Quant à trancher, enfin, sur la légitimité à parler de politique publique des sports avant 1914, trois niveaux de réflexion semblent nécessaires.
49Au plus général, le dossier sportif, quoique clairement inscrit parmi les préoccupations municipales détermine des actions et des projections assez significatives mais, dans la majorité de cas étudiés, il n’entraîne pas la création de services spécialisés ni une franche instrumentalisation partisane. On préférera donc parler d’une municipalisation avérée et croissante de l’enjeu sportif en soulignant avec insistance que, dans la mesure où elle engage la gestion des cités, alors elle a bien, déjà, quelque chose de profondément politique. Il serait donc opportun de parler à la fois de municipalisation et de politisation.
50Second niveau de réflexion : certaines villes, comme Vichy et Angers, ont des stratégies, une détermination et des champs d’action qui incarnent déjà l’idée d’une politique réfléchie. On en revient à ce que nous suggérions dès l’introduction de ce livre : l’histoire de la révélation et de la mise en mouvement des politiques des sports à l’échelon municipal est donc une histoire à géométrie et à temporalités variables allant des années 1860 aux années 1960-1970, avec un point de polarité et/ou d’incubation capital dans les années 1890-1900. Jusqu’à présent, l’importance de cette période et le rôle des mairies n’avaient été ni soulignés ni observés. C’est chose faite. Vu sous cet angle, le cadre méthodologique construit par Yves Mény et Jean-Claude Thoenig20 a montré son utilité et ses limites. Utilité puisqu’il a permis l’identification, dès cette période, de plusieurs dimensions transversales et fondatrices de l’action communale en faveur du sport qui ne se démentent pas jusqu’à nos jours. Limites car, comme toute tentative de catégorisation, ce cadre ne permet pas d’apprécier certaines nuances et, notamment, de mettre en majesté plusieurs traits spécifiques de l’action municipale : en particulier le fait que les élus agissent, résolument, plus « par » le sport que « pour » le sport et ses adeptes.
51Enfin, troisième niveau de réflexion : l’histoire des politiques sportives ou, du moins, de la prise en compte politique du sport, reste à l’état de chantier. Pour espérer aboutir à une connaissance aboutie de ce qui se joue autour de la Belle Époque, puis dans l’entre-deux-guerres, nous manquons d’une histoire des actions menées par l’État, d’une histoire des actions diligentées ou soutenues par les départements et les préfectures et, enfin, ce qui n’est le moindre des points, d’une histoire de la perception et de la prise en compte de l’enjeu croissante des sports dans les différentes familles politiques qui siègent, sous la Troisième République, de l’Assemblée Nationale aux conseils municipaux.
52Nous retiendrons pour finir la profondeur que les contributions de cet ouvrage offrent à l’histoire des politiques sportives contemporaines. Elle nous incite, pour poursuivre cette archéologie de l’action des collectivités, à avancer l’idée que la Belle Époque du sport municipal prépare non seulement au tournant des années 1920 à l’échelle des villes mais, également, à celui des années 1930 et 1940 sur le plan étatique. Comment en effet ne pas voir dans la mise en administration du sport opérée par l’État sous le Front Populaire, puis sous Vichy, un prolongement, voire un héritage de cette logique municipale. Ce moment du sport municipal annonce le principe de la délégation d’une mission de service public, l’agrément ministériel conditionnant le subventionnement. La singularité européenne de la France en matière de politique sportive (caractérisée par l’interventionnisme de l’État) qui s’est jusqu’à présent toujours vérifiée21, se construit ainsi et d’abord à l’échelon local. Elle apparaît ainsi comme le fruit d’une dynamique allant de la périphérie vers le centre, du bas vers le haut, non le contraire – ce qui peut tenir de l’idée reçue.
53Rejoignant les hypothèses avancées par Pierre Arnaud dans son plaidoyer de 1992 pour une histoire du sport municipal22, cette dernière remarque résonne comme une invitation à explorer plus à fond cette dynamique à l’œuvre, en portant la focale sur le travail parlementaire de l’entre-deux-guerres et, dans ce cadre, sur le rôle des députés-maires. Pensons à Edouard Herriot et à Adrien Marquet, deux figures au destin national, tout à la fois avocats de la cause sportive et pionniers des politiques municipales du sport. On ne doute pas que, vingt ans après les prolégomènes d’un sport municipal, ils jouent un rôle clé, en tant qu’élus locaux, dans la naissance, cette fois, des politiques sportives au sens strict, à l’échelle tant locale que nationale.
Notes de bas de page
1Cité par Alfred Wahl, « Sport et politique, toute une histoire ! », Outre-Terre, 8, 2004, p. 13-20.
2Didier Rey, « Un football corse sans clubs de supporters… ou presque », in Philippe Tétart (dir.), Côté Tribunes. Les supporters en France de la Belle Époque aux années 1930, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2019, p. 169-186.
3Cf. Suzanna Barrows, Miroirs déformants : réflexions sur la foule en France à la fin du xixe siècle, Paris, Aubier, 1990.
4Une étude de la place de l’enjeu « sport/pratiques physiques » dans les professions de foi, des années 1890 aux années 1930, nous manque. Notre travail – étudier l’action municipale et non les luttes partisanes et électorales – n’appelait pas nécessairement ce type d’investigation.
5Philippe Marchand, « Les petits soldats de demain », Revue du Nord. Histoire & Archéologie. Nord de la France. Belgique. Pays-Bas. t. LXVII/266, 1985.
6Nous pensons ici aux lignes de Serge Berstein, « Le retour de la culture républicaine », Vingtième Siècle – Revue d’histoire, 44, 1994, p. 113-120 et à Serge Berstein et Odile Rudelle (dir.), Modèle républicain, Paris, Presses universitaires de France, 1992.
7Voir Olivier Ihl, Le Mérite et la République. Essai sur la société des émules, Paris, Gallimard, 2007 ; Bruno Dumons et Gilles Pollet, La Fabrique de l’Honneur : Les médailles et les décorations en France (xixe-xxe siècles), Paris, Presses universitaires de Rennes, 2004.
8Il faut ici suivre les analyses de Georges Vigarello sur les effets du Tour de France : « Le Tour de France », in Pierre Nora (dir.), Les Lieux de mémoire, Paris, Gallimard, 1997, p. 3801-3833.
9Pierre Chambat, « Les muscles de Marianne – Gymnastique et bataillons scolaires » in Alain Erhenberg (dir.), « Aimez-vous les stades. Les racines historiques des politiques sportives », Recherches, 43, 1980, p. 139-184.
10Arnaud-Dominique Houte, Le Triomphe de la République 1871-1914, Paris, Le Seuil, 2014, p. 83.
11Ibid.
12Alain Corbin, Noëlle Gérôme et Danielle Tartakowski (dir.), Les Usages politiques des fêtes aux 19e et 20e siècles, Paris, Publications de la Sorbonne, 1994.
13Cf. Jean-Claude Guyot, « La santé dans l’histoire de la politique municipale », Les Cahiers du DSU, automne-hiver 2005, p. 6, et plus largement : Jean-Claude Guyot et Bruno Hérault, La Santé publique, un enjeu de politique municipale, Maison des sciences de l’homme d’Aquitaine. 2001, mais aussi Yannick Marec (dir.), Villes en crise ? Les politiques municipales face aux pathologies urbaines (fin xviiie-fin xxe siècle), Paris, Créaphis, 2005.
14Antoine Prost, « Histoire du travail social et histoire de la société civile », Vie Sociale, 2013/1, p. 95.
15Carpentier Florence (dir.), Le sport est-il éducatif ? Les valeurs : leur constitution, leur transmission. Approches historiques, sociologiques, philosophiques, Rouen, Presses universitaires de Rouen, 2004.
16Pierre Muller, Les Politiques publiques, Paris, Presses universitaires de France, 1990, p. 35.
17Alex Poyer, Les Premiers temps des véloces clubs, Paris, L’Harmattan, 2003.
18Voir Alex Poyer, « La France s’éveille au sport (début du xixe siècle – années 1880) », in Philippe Tétart (dir.), Histoire du sport en France. Du Second Empire au régime de Vichy, Paris, Vuibert, 2007, p. 5-23.
19Cf. Jean-Claude Gaugain, Jeux, Gymnastique et sports dans le Var. 1860-1940, Paris, L’Harmattan, 2000.
20Yves Meny et Jean-Claude Thoenig, Politiques publiques, Paris, Presses universitaires de France, 1989.
21Voir Marianne Lassus, Jean-Luc Martin et Sylvain Villaret, « Les politiques publiques du sport (1945-2005) », in Philippe Tétart (dir.), Histoire du sport en France. De la libération à nos jours, Paris, Vuibert, 2007, p. 119-161.
22Pierre Arnaud, « Pour une histoire des politiques sportives municipales », SPIRALES, 5, Le sport et la ville, 1992.
Auteurs
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Philippe Tétart
Maître de conférences à Le Mans Université, membre de TEMOS (UMR CNRS 9016) et expert auprès du musée national du Sport. Il a publié Les Pionniers du sport (La Martinière/BnF, 2016) et dirigé, notamment, Côté tribunes. Les supporters en France de la Belle Époque aux années 1930 (Presses universitaires de Rennes, 2019), La Presse régionale et le sport. Naissance de l’information sportive, années 1870-1914 (Presses universitaires de Rennes, 2015).
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Sylvain Villaret
Maître de conférences à Le Mans université, est rattaché au laboratoire TEMOS (UMR CNRS 9016). Il a publié Naturisme et éducation corporelle : des projets réformistes aux prises en compte politiques et éducatives (L’Harmattan, 2006), Histoire du naturisme en France depuis le siècle des Lumières (Vuibert, 2005), et codirigé, avec Philippe Tétart, Les Voix du sport. La presse sportive régionale à la Belle époque (Atlantica et musée national du Sport, 2010).
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