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    Plan détaillé Texte intégral Primat gymnique et politique de prestige sportif (1886-1905) Une sportivisation en demi-teinte (1906-1914) Conclusion Notes de bas de page Auteur

    Les édiles au stade

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    Table des matières

    La mairie de Toulouse et les activités physiques (1886-1914)

    Une politique à géométrie variable

    Philippe Tétart

    p. 127-163

    Texte intégral Primat gymnique et politique de prestige sportif (1886-1905) Sur les Bataillons scolaires La reine gymnastique et La Municipale À cheval ou dans l’eau : l’éducation physique Le tir, un incontournable Aide-toi, le ciel t’aidera : le cas de l’aviron Vélocipédie : de l’ignorance au parrainage La Coupe des Pyrénées : un enjeu bien plus politique que sportif Une sportivisation en demi-teinte (1906-1914) Gymnastique : fin de règne pour La Municipale Tir : l’ouverture aux sociétés non municipales Un enjeu éducatif moins prégnant Une mairie plus sportive Vélo : un très léger saupoudrage Rugby : aucune initiative, quelques aides Deux poids, deux mesures ? Prime au spectacle Conclusion Notes de bas de page Auteur

    Texte intégral

    1Du soutien quasi exclusif à la gymnastique à une aide différenciée aux sociétés gymniques et sportives toulousaines, la destination des subventions votées par le conseil municipal de Toulouse évolue de façon notable entre les années 1890 et la veille de la Grande Guerre. La multiplication des subventions, surtout à partir de 1909, illustre la prise en considération croissante de l’enjeu des pratiques physiques et du spectacle sportif par les maires et leurs conseillers municipaux.

    2Pour autant, la mairie de Toulouse développe-t-elle, avant 1914, une politique sportive ? Rien n’est moins sûr. En effet, en disant d’emblée que l’engagement municipal est supérieur en 1914 à ce qu’il était en 1900, a fortiori en 1890, nous ne résolvons pas le problème de l’intention qui le gouverne. Est-il le fruit d’un programme sinon revendiqué du moins repérable ? La mairie répond-elle au cas par cas aux sollicitations des sociétés, des clubs requérant son aide ? Est-elle au contraire une force de proposition ? Et encore : tel ou tel document, discours, telle ou telle délibération nous disent-ils ou nous suggèrent-ils que la mairie veut sensibiliser les Toulousains au sport ? Crée-t-elle des équipements ? Organise-t-elle, avant 1914, une commission dédiée à l’éducation physique, à la gymnastique, aux sports ?

    3Pour tenter de répondre à ces interrogations, nous avons compulsé, systématiquement, les délibérations du conseil municipal et le Bulletin municipal de la ville de Toulouse. Ils permettent de formuler quelques réponses, mais il est parfois difficile de saisir le sens et la portée des choix municipaux, ceci pour deux raisons.

    4D’une part, on est orphelin d’une histoire des pratiques physiques à Toulouse à la Belle Époque. Le corpus sur la gymnastique et les sports dans la ville rose est très réduit1. Afin de compenser ce manque, il a fallu exploiter la presse, des titres locaux – comme Le Journal de Toulouse, L’Express du Midi et Le Midi socialiste – aux quotidiens et aux journaux sportifs de diffusion nationale. Il n’en reste pas moins difficile de mettre en tension action municipale et réalité du tissu sportif toulousain.

    5D’autre part, une partie de l’aide municipale nous échappe. Au titre du domaine réservé, le maire attribue en effet des enveloppes aux sociétés, aux clubs, sans en référer au conseil municipal. Dans certain cas, l’opacité finit par céder lorsque le conseil fait référence à cet usage discrétionnaire. Néanmoins, nous ne savons pas tout des aides dispensées par le maire.

    6Malgré ces limites, l’étude de ce corpus met à jour une histoire dans laquelle la mairie s’engage toujours plus avant dans la vie gymnique et sportive, au rythme d’une périodisation à deux temps à la fin de laquelle, à défaut de développer une politique sportive, stricto sensu, la mairie semble avoir une stratégie définie de soutien aux pratiques physiques.

    7Dans un premier temps, des années 1880 au milieu des années 1900, elle réserve l’essentiel de son soutien à la gymnastique et à l’éducation physique. Notre point de départ, en 1886, renvoie à ce primat, avec l’aide reçue par la société La Toulousaine. Le sport, pour sa part, bénéficie d’une attention naissante au début du xxe siècle, sous le signe du vélo, puis de l’automobile et du tourisme. Mais cela ne remet pas cause la priorité du renforcement ou de la régénération de la race et de la préparation des élèves, futurs citoyens-soldats. Le règne de la gymnastique se poursuit donc jusqu’en 1906.

    8Le milieu des années 1900 introduit à une seconde période. Les délibérations relatives aux pratiques physiques et aux sports, et par suite les subventions, s’y multiplient. Elles sont trois fois plus nombreuses en 1912-1913 qu’en 1906 et dix fois plus qu’en 1905. Cette rupture d’échelle est le signe d’une mobilisation qui entre plus étroitement en résonance avec la dynamique du phénomène sportif. La mairie prend donc un virage sportif. Il prend corps dans le patronage de plusieurs compétitions, à commencer par la course cycliste Toulouse-Luchon. Au demeurant, la municipalité est loin d’agir sur tous les fronts sportifs et la gymnastique bénéficie toujours des aides les plus significatives.

    Primat gymnique et politique de prestige sportif (1886-1905)

    9Jusqu’au seuil des années 1890, les rares discussions du conseil municipal relatives aux pratiques physiques tournent toujours autour des quatre mêmes thèmes : gymnastique, tir, préparation militaire et éducation physique. Ces thèmes renvoient alors à la préoccupation des élites politiques, mélange d’esprit patriote, revanchard et eugénique : mobiliser le corps national et régénérer la race. Sous ce jour, les questions dont la mairie se saisit ou est saisie ne déparent pas de celles qui mobilisent les autres municipalités en France. Ce monolithisme thématique prend fin en 1892. Les élus répondent alors favorablement à une demande de subvention de l’Aviron toulousain. Mais ce n’est pas un tournant sportif, pour trois raisons : d’abord, c’est une demande isolée et rejetée ; d’autre part, l’univers sportif toulousain se dessine à peine et, pour ce que nous en devinons, les sportsmen ne sollicitent guère la mairie ; enfin, les problématiques sportives n’accaparent pas l’attention de la municipalité, ce dont témoigne le silence entourant la construction d’un vélodrome privé en 1894.

    10Prise dans les raies du double enjeu du relèvement de la patrie et de l’œuvre éducative tercio-républicaine, l’action municipale est donc avant tout gymnique et éducative jusqu’en 1906.

    Sur les Bataillons scolaires

    11Dans les années 1880, la question de la mobilisation corporelle de la jeunesse, de son encadrement et de son entraînement néomilitaire se pose d’abord au travers des Bataillons scolaires. La loi du 6 juillet 1882 en institue le principe. Elle prévoit leur fonctionnement dans les établissements d’instruction primaire et secondaire. À Toulouse, elle est aussitôt présentée aux élus, assortie de l’arrêté sur les exercices de tirs dans les établissements scolaires et de la circulaire d’application du ministère de la Guerre2. En août, en application des missions incombant désormais à la ville, le conseil municipal prend une décision visant à assurer une stricte équité entre les écoles toulousaines : chaque Bataillon recevra des tambours et un drapeau frappé aux armes de la ville. L’assemblée se heurte cependant à une difficulté : la caisse municipale des écoles doit payer les uniformes des Bataillons, or celle de Toulouse n’existe pas encore3. On décide de l’organiser mais, en novembre, la situation n’a pas évolué et le conseil n’est plus saisi de cette question. Du reste, on y discute peu des Bataillons. Aucun débat n’a ainsi trait à la philosophie sous-tendant la façon dont ils sont supposés mobiliser la jeunesse par les exercices gymniques et militaires. La presse locale suggère pourtant qu’une partie de l’opinion est critique. Ainsi, au printemps 1883, un chroniqueur du Journal de Toulouse s’émeut : devra-t-on toujours « supporter » le spectacle « grotesque » des bataillons lors de toutes les « solennités4 » ?

    12En l’absence d’une connaissance précise de l’histoire des Bataillons toulousains, gardons-nous de conclure hâtivement. Reste que le conseil municipal n’est pas en phase avec certains principes édictés par l’État. Ainsi, en 1884, il regimbe devant une requête de l’inspecteur d’Académie. Ce dernier exige que la ville assume le salaire d’instructeurs ayant pour seule tâche d’encadrer ces Bataillons, or la mairie rétribue des moniteurs qui encadrent aussi les leçons de gymnastique. Devant l’injonction, le conseil municipal plie. Il n’en regrette pas moins la rigidité de la tutelle et les « sacrifices » consentis pour les écoles5. Six ans plus tard, comme en écho, Jean Jaurès, alors élu au conseil, obtient par arrêté la dissolution des Bataillons au prétexte du refus de la caporalisation de l’éducation physique de la jeunesse. Les élus toulousains ont-ils toujours estimé que le primat, en matière de mobilisation corporelle des enfants, devait aller à une gymnastique point trop martiale ? On ne saurait en jurer. C’est néanmoins l’impression laissée par cette décision.

    La reine gymnastique et La Municipale

    13Les élus sont bien plus préoccupés de formation gymnique que de préparation militaire. Entre 1886 et 1896, la gymnastique occupe 40 % des délibérations relatives aux pratiques physiques. De 1886 à 1906, la proportion tombe à 25 %, ce qui reste notable.

    14Ce tropisme gymnique ne naît pas ex nihilo. Dans les années 1870, comme ailleurs en France, l’enjeu de la formation gymnique – et en filigrane militaire – des jeunes Toulousains se pose. En 1881, Eugène Paz note d’ailleurs qu’un de ses protégés, formé à La Gauloise de Paris, est désormais professeur de gymnastique de première classe à Toulouse6. Mais, pour ce qu’on en sait, l’histoire gymnique locale prend vraiment ses marques en 1886, avec l’entrée en scène de la société La Toulousaine. Deux ans après sa fondation, elle est en effet « approuvée » par le conseil municipal, qui décide de la soutenir et de l’héberger. Une société seulement « autorisée7 » ne bénéficie pas de telles facilités.

    15La Toulousaine se consacre au secours mutuel, comme maintes autres sociétés, républicaines et solidaristes, vouées à l’aide aux malades, aux indigents, aux pauvres ou à l’entraide au sein d’une corporation. Elle donne aussi une formation gymnique à ses pupilles. Cette activité, assimilée à une œuvre d’utilité publique, est déterminante dans le soutien municipal. Elle prélude à la manière dont la mairie abordera toujours l’enjeu gymnique : en le rapportant à une mission d’utilité scolaire, publique et patriotique.

    16La Toulousaine est donc la première actrice paramunicipale de la vie gymnique, assez active pour réunir des assistances notables, comme ce jour de l’été 1888 où, d’après la presse, plus de 2 000 personnes assistent à l’un de ses concours8.

    17En 1891, l’histoire prend un nouveau tour. La Société municipale de gymnastique de Toulouse, fondée un an plus tôt, se substitue à La Toulousaine. Certains conseillers ont beau regretter le congé donné à La Toulousaine – dont « l’œuvre patriotique et morale » a bénéficié aux Toulousains et à l’aura de la ville, comme avec l’entrée de jeunes gymnastes dans la prestigieuse École de Joinville9 – la mission locale d’éducation gymnique échoit désormais à la seule Municipale. La Toulousaine continue à bénéficier de l’aide publique, mais seulement pour ses actions de secours, auprès des groupes scolaires surtout.

    18Placée sous l’égide de la commission de l’Enseignement, La Municipale a vu le jour à l’instigation de Jean Jaurès, conseiller en charge de l’Instruction publique. Il obtient qu’elle remplace les Bataillons scolaires, dissous au titre de l’arrêté dont il a été l’inspirateur10. La Municipale a pour but initial d’encadrer et entraîner les jeunes hommes de 15 à 18 ans. Face à cette mission, la majorité des conseillers, pourtant acquis au très dynamique Jean Jaurès, du moins sur les questions universitaire et scolaire11, se montrent circonspects. Moins d’un an après le lancement de la société, ils s’accordent avec leur collègue sur la nécessité de promouvoir la gymnastique, scolaire surtout. Certains n’en jugent pas moins que la Municipale remplit mal sa tâche. Jean Jaurès jure le contraire. Il observe que le directeur et ses quatre moniteurs contribuent à l’œuvre attendue. Pour preuve, en moins d’un an, ils ont déjà réuni 400 gymnastes12. Qui prêche le vrai ? Qui prêche le faux ? On ne peut pas trancher. Notons toutefois qu’en 1893, lors de la réorganisation de La Municipale, l’objectif assigné en termes d’adhérents sera de 300 membres. Ajustement à un bilan moins brillant que celui revendiqué par Jean Jaurès ? Possible… Qu’importe au reste, l’essentiel tient dans ce constat : à partir de 1891, à l’instigation du jeune socialiste, la mairie place la vie gymnique sous stricte régie municipale. C’est ainsi au nom de la ville qu’au printemps 1892, après avoir défilé depuis le Capitole, « musique en tête », les « compagnies » de La Municipale s’installent sur la Prairie des filtres13 pour le grand concours « d’éducation physique14 » de l’année.

    19En 1893, La Municipale connaît sa première réorganisation. Elle est dictée dans le moindre détail par la mairie. Il en ressort un programme très directif et bien plus précis que celui de 189115. Cette réorganisation est sans doute déterminée, pour partie, par une échéance : Toulouse s’apprête en effet à accueillir la xixe fête fédérale et le congrès annuel de l’Union des sociétés de gymnastique de France (USGF). Il s’agit donc de donner la meilleure figure possible à la société servant d’emblème à la mobilisation toulousaine autour de la gymnastique.

    20Le premier des objectifs assignés à La Municipale est de réunir 300 sociétaires et une cinquantaine de musiciens et tambours encadrés par un « directeur-moniteur », trois moniteurs de gymnastique (se partageant les quatre cantons de Toulouse), un instructeur militaire et deux professeurs de musique (clairon, tambour). Pour recruter les troupes, les moniteurs doivent opérer une sélection parmi tous « les élèves des écoles communales » de 6 à 13 ans. Selon leur « application et leurs aptitudes », 200 d’entre eux seront désignés pour recevoir une heure de leçon hebdomadaire au « gymnase cantonal ». Après une seconde sélection, 100 d’entre eux formeront la Section Pupilles. Ils bénéficieront d’une heure supplémentaire d’entraînement au « gymnase central ». La section adultes doit réunir 100 membres de 13 à 16 ans, éduqués à la gymnastique et recevant « les premières notions d’instruction militaire », deux heures par semaine. Enfin, les 100 garçons de 17 à 20 ans composant la « section militaire » suivront, pour leur part, une instruction gymnique et militaire. D’autres jeunes gens, s’ils prennent « à leur charge les frais d’habillement », pourront prétendre appartenir à cette troisième section. La mairie décide donc de pourvoir à l’ensemble des frais d’équipement de ses gymnastes. Le texte soumis au vote des conseillers prévoit enfin de dégager 2 500 francs pour la construction d’un « gymnase central ».

    21Lorsque ce programme est discuté, aucun élu ne rechigne, sinon pour la forme et au prétexte d’un possible dépassement budgétaire. La réorganisation est actée, mais sans vrais moyens pour permettre à la société de s’installer dans ses murs et d’y prospérer. En 1894, la société est encore hébergée dans la caserne de la Mission où on installe force équipements : porte-manteaux et barres parallèles, barres fixes et tremplins, sans oublier 266 hectolitres de sciure de bois pour adoucir les chutes16. Le « gymnase central » reste une chimère jusqu’en 1896.

    22La difficulté à loger la société ne freine pas le désir municipal de lui voir jouer un rôle grandissant et d’utilité publique en matière de préparation physique de la jeunesse. Preuve en est une seconde refonte, en 1895, qui étend les prérogatives de la société. Elle devient La Municipale de gymnastique et de tir. Désormais, elle réunit sous une même enseigne et une devise toute fraîche – « La force au service du droit » – les trois instruments de la culture pré-conscriptive : gymnastique, tir et instruction militaire. Elle propose aussi d’éduquer les écoliers et les jeunes Toulousains à l’escrime, à la canne, à la boxe française, au chausson et à la marche17. Nonobstant, cette ouverture ne remet pas en cause son identité première et la primauté de la triade préparatoire gymnastique, tir et instruction militaire. Pourquoi ? D’abord parce qu’il n’y a que deux directions, l’une gymnique, l’autre militaire. Ensuite parce que l’une des deux missions édictées dans les statuts de la société consiste à « préparer les jeunes gens au service militaire », à les « habituer à la discipline » tout en « fortifiant leur sentiment patriotique ». Enfin, parce que ces nouvelles pratiques appartiennent déjà à l’arsenal des pratiques physiques préparatoires, à l’image de leur intégration dans la formation joinvillaise.

    23Ceci étant, en 1895, ces nouvelles pratiques, outre qu’elles mettent fin au règne exclusif de la triade susdite, sont déjà peu ou prou assimilées à des sports, a minima à des pratiques anciennes en voie de sportivisation. Elles n’ont donc pas pour seule vertu de préparer, entraîner, endurcir, le corps des futurs soldats-citoyens. D’ailleurs, la première mission figurant dans les statuts consiste à « développer les forces physiques et morales par des exercices nombreux et variés ». Terminologie choisie. La reine gymnastique n’y apparaît pas. De là à postuler que la mairie veut dépasser le modèle d’une Municipale enfermée dans une mission strictement gymnique et préparatoire, il n’y a qu’un pas. Mais ce pas ne sera jamais franchi : jusqu’en 1914, La Municipale se consacre principalement au tir et à la gymnastique.

    24Par ailleurs, si La Municipale garde le même cœur de mission – mettre en œuvre une politique de détection communale afin de réunir une élite gymnique –, elle doit aussi organiser des « fêtes » pour compléter son budget. Elle ne doit donc plus se satisfaire des seules aides publiques (ville, département) et des dons de particuliers. Cette dimension est absente des précédents statuts. Elle souligne le désir de forcer la société à s’exposer, à faire propagande auprès des Toulousains, à les mobiliser et, in fine, à valoriser l’engagement municipal et l’image de la ville.

    25Ce souci d’image se traduit aussi dans une autre disposition visant à renforcer la légitimité de la société, à en faire la société référente de Toulouse et de la Haute-Garonne : inviter des personnalités publiques, choisies pour leurs fonctions et/ou leurs hautes charges, à siéger comme membres honoraires. Sont alors intégrés aux instances dirigeantes : le général du 17e corps d’armée, le président de la cour d’appel et le procureur général de Toulouse, le préfet de Haute-Garonne, le recteur et l’inspecteur de l’académie de Toulouse, le maire, enfin, l’adjoint au maire chargé de l’Instruction publique et l’inspecteur des écoles primaires de la ville. Quant à l’administration de la société, elle échoit à l’équipe municipale et aux deux directeurs de la société. Aucune ouverture aux représentants de la vie civile : La Municipale reste une affaire strictement publique.

    26Aménagées sans grand bouleversement au fil des ans, cette mise en régie municipale préside à la destinée de la société jusqu’en 1914. La Municipale reste la seule société de gymnastique subventionnée jusqu’en 1909. On lui garantit le monopole sur la vie gymnique locale. Elle est ainsi la seule à mettre en œuvre le grand chantier républicain, voulu par Jules Ferry, de systématisation des leçons de gymnastique dans les écoles.

    27La mobilisation gymnique de la municipalité est donc intimement liée à l’enjeu éducatif. Cette dimension ressort avant même la création de La Municipale avec les recrutements des moniteurs de gymnastique. En 1887, le conseil municipal statue ainsi sur le recrutement de l’un d’entre eux. Quatre écoles communales sans « professeur spécial pour la gymnastique », souligne alors le rapporteur de la commission de l’Enseignement, cela fait « une situation regrettable18 ». Il faut vite pallier ce manque, juge-t-il. Deux conseillers protestent mollement, déplorant que ce recrutement intervienne au fil de l’eau plutôt que par le biais du concours. Posture de principe. La caisse des écoles libère 800 francs pour appointer le professeur nommé auprès des écoles des Abeilles, Saint-Rémezy, de la Patte-d’Oie et du Pont-des-Demoiselles. De telles situations se répètent au fil des ans, avec la même issue, révélant la force de cette règle, fille de la loi Georges (1880) : quel qu’en soit le prix, la gymnastique doit être enseignée dans toutes les écoles de garçons.

    28La mairie s’emploie aussi sur le plan infrastructurel. Pour ce qu’on a pu reconstituer, la plus ancienne salle, attenante à l’école d’équitation, date de l’ouverture du lycée, en 1806. Elle est fréquentée par ses pensionnaires à partir de la seconde moitié des années 1810. La ville compte aussi des salles privées, dont le gymnase Léotard, inauguré en 1851, et le gymnase Bancarel, ouvert en 1858. En 1887, la mairie décide d’enrichir la ville d’un « gymnase central » attenant à un groupe scolaire19. Renvoyé à la commission Enseignement, ce dossier n’aboutit pas, sans quoi la mairie n’aurait pas eu à le réactiver en 1895. En revanche, d’autres travaux, plus courants permettent la réfection ou la création de petits gymnases scolaires. C’est le cas en 1891 pour l’école Saint-Agne20. C’est le cas en 1894 au Faubourg Bonnefoy, dans un groupe de deux écoles, celle des garçons comprenant un gymnase21. On pourrait donner d’autres exemples. Ceci étant, au début des années 1890, si l’on en croit Jean Jaurès, la construction d’un gymnase municipal relève pour sa part d’une « impossible dépense22 ». On l’a noté, en 1894, La Municipale n’a pas toujours pas ses propres locaux alors que de nouvelles salles privées ont ouvert, comme le gymnase Vallée et la salle Linot23.

    29En 1895, la donne change grâce à un projet qui ne reste pas mort-né. En octobre, les commissions de l’Enseignement et des Grands travaux réfléchissent à la construction d’un gymnase municipal. Leur rapport est adopté en décembre24. Un budget de 17 000 francs est dégagé. En mars 1896, un appel d’offres est lancé à destination d’un « entrepreneur général patenté25 ». Le chantier, confié à l’entreprise Boutet, épaulée par la Société des ouvriers maçons du canton sud, est engagé rapidement. Pour preuve, en septembre, le creusage des fondations entraîne des éboulements valant à un malheureux passant d’être momentanément enseveli26.

    30En 1896, avec une société municipale et un gymnase, Toulouse peut donner pleinement corps à sa politique éducative et gymnique. Peut-être est-ce la raison pour laquelle, à la toute fin du siècle, la question gymnique reflue sensiblement dans les débats, comme si l’essentiel avait été posé, le reste ne tenant plus que de la gestion ordinaire. Jusqu’au milieu des années 1900, le conseil municipal se contente de statuer sur les dotations annuelles, l’entretien du gymnase, parfois des bâtiments scolaires, sur le traitement des moniteurs et les campagnes d’achats d’uniformes. Les seules décisions notables hors de ces champs interviennent en 1902. D’une part, pour satisfaire aux récentes instructions du ministère de la Guerre, la mairie renforce la mission préparatoire de La Municipale. Le soutien aux exercices de tir s’en trouve revigoré. D’autre part, une aide hors budget est accordée pour participer à la xive fête fédérale de l’Union des sociétés de gymnastique de France, au Mans. Les conseillers reçoivent d’ailleurs dans la cour du Capitole les membres de La Municipale, rentrés de la Sarthe avec plusieurs distinctions27. Ce type de soutien et de geste symbolique, également accordés au tir, accrédite l’hypothèse de conseillers attentifs au rayonnement de leur société, aux résultats des initiatives municipales et, de nouveau, à la représentation de Toulouse.

    À cheval ou dans l’eau : l’éducation physique

    31Comme on vient de le voir, la communauté de destin entre la conquête républicaine de l’école et celle de l’éducation des corps sous ses diverses dimensions (sanitaire, physique, militaire, morale) rend difficile la distinction entre politique gymnique et politique de l’éducation physique. De cette confusion ou de cet accord des genres on voit une autre preuve dans le fait que, au cours des années 1890-1900, le vice-président de La Municipale est aussi membre du Bureau des écoles de Toulouse. Voyons cependant deux initiatives montrant comment la mairie de Toulouse, dès les années 1880, est attentive à l’éducation physique au-delà du seul enjeu gymnique.

    32La première concerne l’apprentissage de l’équitation. Dès les années 1810, les élèves du lycée de Toulouse (ouvert en 1806) suivent des cours d’équitation. Au fil du temps, cet usage perdure et se municipalise. En 1881, le versement du salaire du professeur de l’école de dressage revient en effet à la mairie. Dans les années 1890, plusieurs délibérations attestent encore de la prise en charge de l’enseignement de l’équitation. Par ailleurs, à partir de 1886, la mairie prend à son compte les cours des élèves boursiers. Cette mesure demeure en 1902. Au nom d’une œuvre scolaire égalitaire, la mairie se charge ainsi de l’éducation équestre de tous les lycéens.

    33Le second exemple concerne la création d’une école de natation. La question de sa création se pose bien avant les années 1880. Les premiers acteurs appelant à l’ouverture d’un tel lieu se manifestent en 1818. Pour lutter contre « l’ardeur brûlante d’une saison devenue presque insupportable28 », ils jugent qu’un établissement – plus assimilable à des bains qu’à une école – serait précieux, salvateur. Selon le Journal politique et littéraire de Toulouse, la mairie leur oppose une fin de non-recevoir. Le sujet revient sur le devant de la scène à intervalles réguliers, en 1839 notamment, lorsque Samson, propriétaire d’un bain, sollicite la mairie en prétextant « l’urgente nécessité » d’ouvrir une école de natation29. On ignore comment cette initiative est reçue. En 1845, un projet d’école est débattu en conseil municipal. Un des rédacteurs du Journal de Toulouse regrette alors que les élus n’aient pas tranché favorablement, insensibles, estime-t-il, à la portée d’un enjeu mesurable à la somme des « malheurs30 » passés et à venir. Par une étrange pudeur, il ne nomme pas ces malheurs, mais ils renvoient clairement au problème, endémique pour de longues décennies encore, de la noyade.

    34Au tournant des années 1860, la mairie n’a toujours pas instruit ce dossier. Les Toulousains profitent, certes, de plusieurs établissements de bains dispensant des leçons de natation, mais ils le doivent notamment à un entrepreneur issu du monde la construction marine, Raynaud Ainé. On sait qu’en deux temps, en 1861, puis en 1864, il donne à l’une de ses écoles une envergure remarquable. En 1861, après des travaux d’agrandissement et de modernisation, le bac de l’école du Quai Tounis passe de 30 à 72 mètres. Pour satisfaire les « dames », un bassin leur est assigné. Raynaud ouvre aussi un restaurant31. Trois ans plus tard, en mai 1864, l’école est inaugurée dans une nouvelle conformation avec, entre autres, 250 cabines, un « compartiment spécial » pour les ecclésiastiques, un autre pour les dames, un service de bateaux d’agrément pour naviguer sur la Garonne32. Des leçons de natation y sont dispensées au prix de 2 francs les six « cachets » (tickets). Un autre établissement semble bientôt jouer un rôle important : l’école de natation Cazanous. Dans les années 1870, lycéens et militaires y apprennent à nager. Mais c’est Raynaud qui réveille la question d’une école municipale.

    35En 1888, il propose à la mairie de louer son établissement pour y éduquer les élèves. Le conseil municipal confie la réflexion sur une « école de natation pour les écoles communales33 » à la commission de l’Enseignement. Quelques mois plus tard, son rapporteur en présente le projet à ses collègues. L’école du Quai Tounis ouvrirait son bassin aux scolaires « pendant certaines heures de la journée », moyennant 2 500 francs de loyer annuel. Cette information lapidaire suscite l’étonnement du conseiller Héral. Il se demande si la commission chargée du dossier « existe bien34 ». Le nouveau maire, Camille Ournac, élu sur une liste républicaine radicale et socialiste, admet qu’il peine à constituer une commission expressément chargée de ce projet. Héral, républicain modéré, accepte de la diriger.

    36Le résultat des travaux d’Héral est présenté en août 188935. En préambule, il constate : « À Toulouse chaque année il se noie fréquemment du monde, et où plus fréquemment encore nous avons la satisfaction de voir des hommes et parfois des enfants courageux opérer des sauvetages, il serait superflu d’insister sur l’utilité de la natation. » C’est la raison pour laquelle, poursuit-il, même si la natation, qui doit être enseignée « comme le maniement des armes, la gymnastique et le tir », relève en principe des prérogatives de l’Instruction militaire, il faut créer une école municipale de natation. Toutefois, à la location de l’établissement du quai de Tounis il préfère la création d’une école proprement municipale. S’appuyant sur l’étude de l’ingénieur de la ville, il explique qu’on peut réaménager le bassin de Port-Garaud en un « bassin de natation » de 50 mètres à profondeur variable (de 80 centimètres à 1,70 m), bordé par « un baraquement en planches » de même longueur pour « abriter les baigneurs pendant leur toilette […] et servir de vestiaire » pour accueillir aussi les gardiens et les maîtres-nageurs. Malgré de lourds travaux de remblayage pour assainir les lieux, créer un réservoir d’eau et adapter la voirie, le coût d’un tel chantier serait de 5 500 francs. Considérant, en comparaison, les 2 500 francs de location proposés par Raynaud, les membres de la commission préféreraient donc une solution proprement municipale. C’est elle que les conseillers municipaux adoptent.

    37Camille Ournac s’engage aussitôt à lancer les travaux afin que les Toulousains et les écoliers puissent profiter du nouvel établissement dans les meilleurs délais. Deux voix s’élèvent cependant. D’abord celle du conseiller Lavigne : il juge, d’une part, que l’espace de Port-Garaud, trop « restreint », ne pourra pas satisfaire « tous les citoyens » et, d’autre part, que la construction d’un plancher mobile serait opportune – pour des raisons de sécurité sans doute36. Quant au conseiller Comère, il pense que le bassin sera trop éloigné de la plupart des écoles, à la différence de l’école Raynaud. Camille Ournac met un terme à la discussion. Il répond qu’on ne déplacera pas la Garonne en « plein centre de la ville », qu’un tel équipement sera une « œuvre excellente », pour deux bonnes raisons : assainissement aidant, il réglera le problème des exhalaisons du bassin de Port-Garaud, qui incommodent les riverains ; par ailleurs, l’édification des murs d’enceinte renverra à l’histoire la fragile clôture qui n’a jamais empêché les intrépides d’aller se noyer.

    38Dans cette affaire l’utilitarisme joue un rôle important. La question de l’éducation à la nage, centrale, se marie en effet à deux autres enjeux.

    39Le premier consiste à lutter contre la noyade. La mairie s’est mobilisée sur cette question en 1882, en promulguant un premier arrêté limitant la baignade dans la Garonne. À partir de 1897, elle mène une permanente campagne de mise en garde, édicte des interdits de baignade. Elle finira aussi par soutenir la société locale des Sauveteurs de Sud-Ouest (1907).

    40Second enjeu : dans une cité où les grands chantiers, nombreux, accaparent les élus, la question des bénéfices urbanistiques liés à la construction de l’école de natation est déterminante.

    41La création de l’école de natation est donc seulement pour partie le fruit de la politique d’éducation physique. Notons par ailleurs qu’elle n’a rien de sportif. La natation sportive prend ses marques en France une dizaine d’années plus tard et la mairie ne soutient les nageurs toulousains qu’à partir de 1906.

    42En somme, la mise en régie municipale de l’école de natation rappelle la stratégie mise en œuvre pour la gymnastique. Sous ce jour, la mairie se montre à nouveau très dirigiste.

    Le tir, un incontournable

    43Le tir est lui aussi l’objet de l’attention municipale. La première décision relative au tir remonte à mai 1881. Un dénommé Eugène Pavillon demande alors l’autorisation d’installer un stand de « tir national » à l’arme de guerre. La mairie signe avec lui un « traité » en mars 188237. Reste à désigner un emplacement. La question est réglée par le conseiller Combes, en charge du dossier. Un terrain de 6 000 m2, situé rue Godelin, est mis à la disposition du requérant, qui signe un bail de 34 ans avec la mairie. Dans son rapport, Combe dévoile la justification à partir de laquelle le conseil a tranché en faveur de cette « école de tir38 ». Justification préparatoire d’abord, renvoyant au thème de la lutte contre l’impréparation des soldats qui fait florès depuis la défaite de Sedan : un tel établissement permettra d’exercer toute la population au maniement des armes, comme ailleurs en Europe, et l’infanterie en tirerait profit dans le cas « d’une guerre future ». Justification « économique et démocratique » ensuite : apprendre aux jeunes gens à tirer permettra « d’avancer l’époque de leur libération », donc d’éviter « la perte de travail » et « la diminution de l’habileté professionnelle » liées au passage sous les drapeaux ; par ailleurs, chaque citoyen sera en mesure de « protéger la République ».

    44Pour le reste, l’accord de la mairie, qui offre une garantie annuelle de 7 500 francs en cas d’insuffisance budgétaire, est soumis à de strictes conditions, notamment celle touchant aux scolaires. : le traité stipule que « deux cibles seront mises chaque jeudi à la disposition exclusive des élèves des écoles laïques de la ville de Toulouse » et que leur instruction reviendra aux instructeurs de l’école. L’enjeu éducatif est ici encore prégnant.

    45En 1887, l’école, désormais dirigée par un certain Mr. Gros, fait reparler d’elle. Le conseiller Jeanbernat regrette l’imprévoyance de son gérant. En effet, les revenus d’exploitation ne couvrent plus les frais généraux d’entretien, or, en vertu du traité de 1883, le déficit incombe à la mairie. Jeanbernat s’interroge. Pourquoi n’est-on pas passé à une gestion proprement municipale quand le seul profit tiré par la mairie sont les exercices qu’y suivent les écoliers ? Et puis : pourquoi diable ouvre-t-on les portes d’une école survivant grâce à des crédits publics et laïques aux élèves des congrégations39 ? Ces questions n’ouvrent sur aucun débat. Reste cette école, portée à bout de bras par la mairie. Restent aussi les interrogations du conseiller Jeanbernat, qui incarnent à nouveau la tentation de municipaliser les activités physiques. Une tentation qui explique peut-être que, au tournant des années 1890, l’école de tir à l’arme de guerre Gros disparaisse au profit du Stand municipal du Bazacle. La mairie entretient ce stand, en établit les tarifs pour les sociétaires et les non sociétaires, s’appliquant entre autres, au début du xxe siècle, à les rendre plus accessibles aux non sociétaires, donc à en démocratiser l’accès40. À nouveau la mairie semble vouloir prendre les commandes d’une activité d’utilité publique.

    46Jusqu’en 1905, l’autre versant de l’action municipale consiste à soutenir les sociétés ou, devrait-on dire, une société. De fait, seule la Société mixte de Tir, sous régie militaire, bénéficie d’une aide, en 1889 – tardive contribution à l’organisation d’un concours datant de sa fondation, en 1886. Le maire reçoit alors les remerciements chaleureux du lieutenant-colonel Caillemer, commandant du 33e régiment d’infanterie et président de la société41. Par la suite, les délibérations municipales nous suggèrent que cette aide est unique. La Société mixte de tir continue pourtant à avoir une actualité régulière, comme lors du lancement, en 1891, d’un championnat annuel des écoles supérieures, mais ce sont La Municipale et le stand du Bazacle qui récoltent toute l’aide publique. On se souvient en effet qu’en 1895 La Municipale a étendu son champ d’activité au tir. Dès lors, elle est au cœur de l’actualité du tir. Ainsi en août 1896, lors de l’inauguration du Ball-Trap du stand municipal du Bazacle, auquel sont invités les « chasseurs », chaque jour, de 16 à 18 heures42. Ainsi en 1897 lorsque, répondant au « désir exprimé par nombre » de ses tireurs, un nouveau stand, dévolu au pistolet, au revolver et à la carabine Flobert, est construit43. C’est toujours le cas lorsqu’elle est dotée pour participer aux championnats de France de l’Union nationale des sociétés de tir de France, à Bordeaux44. En 1898, c’est encore elle qui gouverne aux concours de tirs émaillant l’été toulousain45. Bref, le tir est lui aussi profondément frappé du sceau d’une Municipale régulièrement soutenue et « encouragée » pour participer à des concours nationaux, comme à Paris en 1900, à Mâcon en 1903 ou à Lyon en 1904, au prétexte de son « but instructif et patriotique46 ».

    Aide-toi, le ciel t’aidera : le cas de l’aviron

    47Jusqu’ici, notre seule incursion vers les « sports » a concerné, sous un motif scolaire et préparatoire, l’ouverture de La Municipale à la boxe française, à l’escrime et au bâton. Est-ce la seule voie par laquelle la mairie se soucie de sport ? Non. Ceci étant, elle s’en empare timidement. Sur ce dossier, elle se montre infiniment plus prudente qu’en matière de gymnastique, de tir ou d’éducation physique, et pas du tout dirigiste.

    48Le premier jalon des décisions favorables au sport remonte à 1892. Il concerne l’aviron. Toulouse joue alors un rôle notable dans la mue compétitive du rowing. À l’heure où les régates et les championnats se multiplient, attirant plus de spectateurs et commençant à rompre, sur le plan spectaculaire du moins, avec l’élitisme matriciel de l’aviron, la ville compte deux clubs : l’Émulation nautique, fondée en 1861, et le Cercle de l’aviron toulousain, créé en 188947. Si on s’en tient au témoignage d’un auteur local, ce sont les deux seuls clubs toulousains en 189848. Nous n’en avons pas trouvé d’autres par la suite. Avec les cercles de Libourne, Bordeaux, Bergerac, Cognac et Castillon, ils constituent l’Union du Sud-Ouest de la Fédération française des sociétés d’aviron. Toulouse est donc un poumon régional pour l’aviron et la ville joue un rôle d’ambassadrice en accueillant des concours en vue, comme le championnat du Sud-Ouest de 1890. Des deux clubs, le plus jeune est le plus réputé. Il le doit à sa présence et à ses bons résultats lors des Régates internationales de Paris49, qui réunissent les meilleurs rameurs européens, des courses d’Arcachon et à sa mention régulière dans la presse locale et les périodiques sportifs comme La Revue des Sports.

    49C’est précisément de l’Aviron toulousain dont il est question au conseil municipal en août 1892. Le cercle demande 300 francs pour organiser sa participation aux régates internationales de Gênes. La requête est renvoyée à la commission des Finances. Détail fortuit ? Nullement : la plupart des affaires touchant aux pratiques physiques sont traitées par les commissions scolaires. La mairie établit là une distinction entre ce qui relève du champ de l’éducation physique, des pratiques gymniques, préparatoires et ce qui touche au sport. Cette distinction est d’autant plus notable que l’Aviron n’obtient pas satisfaction à cause de « la situation budgétaire » et en dépit du « vif désir » de la mairie « de venir en aide aux diverses sociétés de Toulouse qui désirent se produire, soit en France, soit à l’étranger50 ».

    50Cette décision a une forte portée symbolique. Si la mairie autorise les avironneurs à organiser des compétitions d’envergure sur la Garonne, elle n’honore pas la demande d’aide d’une société ayant pignon sur rue (avec un siège place du Capitole) et dont les résultats sont de niveau national. Autrement dit, la première requête d’une société sportive est repoussée. Jamais cela n’a été le cas dans les domaines étudiés jusqu’à présent – pour une bonne raison dira-t-on : ils relèvent ou finissent par relever d’une action proprement municipale.

    51Est-ce à dire que la ville regimbe en toutes choses ? Non. Pour preuve elle finit par héberger les deux clubs. En 1902, L’Émulation nautique demande ainsi à la mairie de baisser le loyer des terrains qu’elle occupe au ramier du Moulin-du-Château. Quels prétextes invoque-t-elle ? Pour le premier : elle n’occupe plus qu’une partie des terrains. Pour le second : ayant contribué aux fêtes du 14 Juillet en organisant des régates, elle espère une contrepartie. Le maire prend alors la parole devant les conseillers : « il convient de faire droit à cette demande51 ». Le conseil le suit.

    52À dix ans d’écart, avec des contextes et avec des équipes municipales différentes, on ne peut pas comparer ces deux situations pour en tirer des conclusions sur l’évolution de la politique de la ville en matière d’aviron. Reste ce constat : de 1892 à 1905, le conseil municipal ne statue qu’à quelques rares reprises sur l’aviron. Par ailleurs, même en tenant compte des autorisations de navigation délivrées pour les régates, même si l’Aviron toulousain contribue à l’animation des fêtes nationales à partir de 189352, les élus sont peu préoccupés par ce dossier, sinon pour toucher ou aménager les loyers des bases nautiques. Du reste, ils sont aussi très peu sollicités, comme si les rameurs savaient ne pas devoir trop attendre d’eux.

    Vélocipédie : de l’ignorance au parrainage

    53Cette hypothèse ressort aussi dans le cas de la vélocipédie, du moins jusqu’en 1900. En soi, cela n’est pas une surprise. Alex Poyer a montré que l’essor de la vélocipédie dépend d’abord de la société civile53. Symboliquement, rares sont les sièges de sociétés abrités par des mairies54. Pour autant, on s’étonne qu’aucun débat sur le cyclisme n’ait lieu avant 1898, année où le conseil municipal statue sur une première requête, émanant de la Société amicale d’amateurs cyclistes toulousains, celle-ci obtenant une aide de 100 francs pour l’organisation des Courses internationales de Toulouse. Étonnement lié au fait que, des années après l’implantation de la première société cycliste locale (1873), le maillage cycliste départemental et de Toulouse est bien engagé – 9 sociétés en 1891, 15 en 189555. Étonnement lié au fait que les courses cyclistes sont déjà installées dans le calendrier local – à l’instar du raid Toulouse-Bordeaux-Toulouse couru en 1892 (à l’imitation du retentissant Paris-Brest-Paris de 1891), des courses du 14 Juillet ou de maintes épreuves sur piste. Et par voie de conséquence : étonnement lié au fait que le conseil municipal n’évoque jamais les deux vélodromes toulousains. Le premier, petite piste située au Pré-Catelan, figure dans la nomenclature des pistes établie par Maurice Martin en 189556, mais on ignore la date de sa construction. Le second est le vélodrome du Bazacle, sur les rives de la Garonne. Inauguré en 1893, c’est une enceinte de prestige. Sa piste cimentée fait 402 mètres quand la plupart des vélodromes en font 300 ou 333. Il comprend en outre une piste intérieure pour les pedestrians et les athlètes. Équipement polyvalent, il devient vite un pôle omnisports. Hormis les épreuves dominicales de vélo, on y organise par exemple les concours régionaux d’athlétisme en 189657. On ne saurait donc croire que le projet d’un tel vélodrome, puis sa réalisation, se font sans accord municipal. Celui-ci dépend-il du domaine réservé du maire, le docteur Aristide Labéda ? Si tel est le cas, il ne juge nécessaire de présenter ce vélodrome au conseil municipal avant sa construction. Initiative privée, action publique : la frontière entre les deux semble, dans le cas vélocipédique, assez imperméable, du moins jusqu’en 1900.

    54En 1900 en effet, la course Toulouse-Luchon change la donne. Relancée après une première et jusque-là unique édition en 1891, elle se court le 30 septembre 1900. Elle mobilise l’attention de la presse sportive et parisienne. Ce n’est pas peu dire vue la densité du calendrier cycliste hexagonal. Le Petit Parisien parle d’un « gros succès58 ». Elle est remportée par une figure cycliste, Hyppolite Aucouturier, alias « Le Terrible ». Son second est le futur vainqueur du premier Tour de France, Maurice Garin, « Le Petit Ramoneur ». Face à ce succès, la mairie s’empare soudainement de la question cycliste. Pourquoi ? Parce qu’elle en est tout simplement partie-prenante. En effet, le maire radical-socialiste Honoré Serres, en poste depuis 1896, est le président d’honneur du comité directeur de Toulouse-Luchon59. Nulle surprise donc à ce que la course, organisée par le chef-consul haut-garonnais de l’Union vélocipédique de France (UVF), apparaisse dans les débats municipaux. Cette situation nous dit cependant que les tractations entre les organisateurs et la mairie, avant l’épreuve, passent par le bureau du maire et non par le conseil municipal.

    55Un mois après l’épreuve, le conseiller Sarraute, membre de la commission « des Grands Travaux et des Finances réunies », relaie et soutient à la fois une demande portée par l’UVF de Haute-Garonne et les sociétés cyclistes de la ville. Leur requête porte sur une subvention visant à « mener à bonne fin l’organisation d’une course annuelle sur route de Toulouse à Luchon et retour ». Il s’agit ni plus ni moins de pérenniser l’épreuve de 1900, à l’imitation des classiques qui se multiplient depuis 1894-1895. Face à l’expérience de septembre qui « a pleinement réussi » et « vu l’intérêt général qui résulte pour la cité de cette grande manifestement sportive », Sarraute juge qu’il faut accorder cette aide, substantielle (1 500 francs), en rognant sur « le budget des fêtes publiques60 ». L’UVF obtient gain de cause d’une mairie moins préoccupée ici de soutenir la diffusion du cyclisme que, d’une part, contribuer au rayonnement de la ville, d’autre part, offrir aux citoyens une nouvelle fête sportive et, enfin, prolonger une alliance déjà établie.

    56Dès lors, la viabilité économique de la course se joue pour partie au conseil municipal. En août 1901, six semaines avant le départ de la troisième édition, une nouvelle aide de 1 500 francs est votée61. La course, désormais placée sous la double égide de l’UVF et de la Fédération des sociétés cyclistes toulousaines (FSCT) est de nouveau couverte par la presse locale et nationale, auréolée aussi par l’attribution d’une récompense offerte par le Président Sadi Carnot (un traditionnel vase de Sèvres). Autant de bonnes raisons, à l’évidence, pour ne pas rompre le pacte. À l’été 1902, la FSCT renouvelle sa demande. Considérant « le grand succès et les bons résultats obtenus les deux dernières années par la course Toulouse-Luchon qui est, à l’heure actuelle, classée au nombre des grandes classiques cyclistes de France », le rapporteur Sarraute n’ergote pas sur le principe d’une subvention de 1 500 francs, aussitôt validée.

    57Nouveauté cependant, cette dernière a deux contreparties : d’une part, toutes les sociétés cyclistes toulousaines doivent pourvoir engager des concurrents, d’autre part, l’arrivée doit être jugée au vélodrome62. En 1903, même demande, même réponse et mêmes exigences ou presque, l’arrivée devant se disputer au lieu choisi par l’administration63. En clair, la ville s’improvise pleinement coorganisatrice d’une épreuve d’audience nationale. C’est un tournant en matière de politique sportive, mais il ne va pas de pair avec une mobilisation favorable aux sociétés cyclistes. Celles-ci, du reste, ne semblent pas solliciter la mairie, la première demande émanant de La Pédale des minimes en 1906 seulement.

    58L’édition 1903 de Toulouse-Luchon, avec ses 43 engagés, amateurs et professionnels, est, dit-on, « un gros succès dans la région64 ». Si on en croit une dépêche reprise par Le Radical, un « enthousiasme indescriptible » anime les « milliers de curieux65 » installés sur le Cours Bilon. Ils y assistent à l’arrivée de ceux qui ont eu raison des 272 km du parcours et, surtout, au sprint qui permet à Hyppolite Aucouturier de glaner une seconde victoire. Même La Vie au grand air, qui règne sur l’information sportive hebdomadaire, consacre une brève à l’épreuve, satisfaisant là le probable désir de publicité des organisateurs et de la mairie. Belle édition donc, mais chant du cygne. La course finira par renaître en 1911. La mairie, aussitôt, renouera avec son parrainage.

    La Coupe des Pyrénées : un enjeu bien plus politique que sportif

    59Jusqu’au seuil du xxe siècle, le désir municipal de soutenir le spectacle proprement sportif ne s’était exprimé qu’à une seule reprise, en 1895, au travers de l’aide apportée à la société hippique locale pour aménager des baraquements auprès de l’hippodrome fondé neuf ans plus tôt. Le mariage d’intérêt avec les organisateurs de Toulouse-Luchon constitue donc une évolution remarquable. On en retrouve le signe dans le soutien apporté à la Coupe automobile des Pyrénées en 1905. À nouveau, la mobilisation municipale, commandée par le souci de faire rayonner Toulouse, apparaît moins sportive que stratégique et politique.

    60En 1905, à l’instar de l’engagement de la plupart des titres de la presse quotidienne nationale et régionale dans la création ou le patronage d’épreuves sportives, La Dépêche du Midi conçoit la Coupe des Pyrénées. Placée sous le double signe du sport et du tourisme, elle doit promouvoir la région grâce à une épreuve d’une semaine ayant Toulouse pour point de départ et d’arrivée, et passant par Narbonne, Carcassonne, Perpignan, Luchon et Bayonne.

    61La course doit se dérouler fin août. Trois semaines plus tôt, le conseiller Amédée, de la commission des Fêtes et des Finances, présente ce dossier à ses pairs. Il soumet à leur approbation l’idée de prélever 20 000 francs sur le budget des Fêtes pour accueillir la fin de l’épreuve et organiser des festivités pour « la population tout entière ». Quels arguments avance-t-il ? D’abord la présence, enorgueillissante pour la ville, d’une demi-douzaine de membres du gouvernement, qui viendront témoigner de « l’intérêt de la République pour le développement de l’industrie essentiellement nationale de la construction des automobiles66 » et profiteront « de la circonstance » pour régler avec la municipalité « d’importantes affaires communales ». Il souligne ensuite que la Coupe « est faite pour donner plus d’intensité et de vie » à la région pyrénéenne « si belle, si pittoresque, et à Toulouse, sa capitale ». Il expose enfin le programme. Le 27 août : corrida aux arènes, banquets des organisateurs, arrivée de la course, concert au Capitole et « fête populaire » à la prairie des Filtres avec trois bals différents. Le 28 : accueil des membres du gouvernement à la gare, visite de la Poudrerie avec le ministre de la Guerre, visite des voitures et remise au vainqueur d’une Coupe offerte par la ville, inauguration du réservoir de La Colonne par le ministre des Travaux publics, détour par le musée, enfin, soirée comprenant une « Fête vénitienne » et des illuminations sur la Garonne. Amédée précise par ailleurs que le maire aura tout pouvoir pour diligenter les travaux de voirie nécessaires à l’organisation de l’événement.

    62Ces principes et ce programme sont validés au terme d’un débat de pure convenance. Tout semble, encore une fois, avoir été réglé en aval du conseil municipal. L’opposition socialiste s’émeut-elle de l’absence d’une distribution de pain aux pauvres, usuellement associée aux festivités toulousaines ? On assigne 2 000 francs à cette action. Certains conseillers regrettent l’oubli d’une visite auprès de l’hospice, de l’arsenal militaire. Le maire répond que les ministres ne peuvent pas se démultiplier, qu’il ne maîtrise pas leur agenda. Quant au reste, ajoute-t-il, il a dû refuser de nombreuses propositions des Toulousains, comme celle de la Société des sauveteurs du Sud-Ouest, désireuse de faire des « expériences de sauvetage devant les ministres ».

    63Discute-t-on, par ailleurs, de sport ? Point du tout… Au prétexte de la Coupe des Pyrénées et pour 22 000 francs (0,3 % du budget 1905), la ville met surtout en œuvre une opération de communication et de diplomatie politique. Elle la renouvellera en 1907. Il s’agit de marquer les esprits, de promouvoir la ville devant la presse réunie. De fait, la Coupe attire nombre de journalistes et les agences de photojournalistes. La presse nationale la couvre dans des formes profitables. Les six pages de reportage de Frantz Reichel dans Les Sports modernes sont ainsi agrémentées de nombreux clichés valorisant la course et la décoration de Toulouse67. Dans La Vie au grand air, Paul Hamelle insiste sur la présence de la délégation ministérielle, montre aux lecteurs des rues noires de monde et termine en vantant le « triomphe » de l’épreuve sportive et touristique la plus « rude », « pittoresque » et « concluante68 ». S’il fallait un dernier exemple pour souligner la portée nationale de l’épreuve, voyons le cas du Temps. Pourtant avare en information sportive, sa rédaction délègue à Toulouse un « envoyé spécial » qui narre par le menu les 500 couverts du dîner de gala du 27 et les voitures « dévorant l’espace69 ».

    64En s’associant à la Coupe des Pyrénées, la mairie fait du sport un moyen plutôt qu’un objectif. Elle ne l’inscrit pas moins dans son arsenal politique, ce à quoi préludait son association avec l’UVF et la course Toulouse-Luchon. Au demeurant, elle n’agit pas ainsi avec tous les événements susceptibles de faire rayonner la ville. On en veut pour preuve le silence entourant la course à la marche Toulouse-Paris de 1904, qui réunit quelques téméraires dont l’audace ne permet pas de capitaliser, en termes de notoriété, autant que quelques rutilants bolides et une brochette de ministres en représentation.

    Une sportivisation en demi-teinte (1906-1914)

    65Entre 1906 et la veille de la Grande Guerre, la question des pratiques physiques est l’objet d’une attention municipale croissante. Après s’en être saisis en moyenne trois fois par an depuis les années 1880, les conseillers sont invités à en traiter une dizaine de fois en 1906, une vingtaine en 1910, etc. (graphique 1). Parmi les dossiers examinés par les élus, ceux touchant au sport finissent par faire jeu égal avec la gymnastique, le tir et l’éducation physique (graphique 2).

    66Lorsqu’on étudie les décisions prises par les élus – en particulier le montant des subventions –, les sports restent moins bien lotis que la gymnastique. Si le principe de l’aide aux clubs se développe, surtout au titre de la mobilisation physique de la jeunesse, il n’est pas généralisé. Comme au début du xxe siècle, la mairie privilégie les dossiers susceptibles d’entretenir le renom de Toulouse plutôt que ceux satisfaisant la démocratisation des pratiques sportives ou les goûts sportifs les plus populaires.

    Graphique 1. – Délibérations du conseil municipal relatives aux pratiques physiques et sportives.

    Graphique 2. – Répartition thématique, en %, des délibérations du conseil municipal.

    Gymnastique : fin de règne pour La Municipale

    67En matière gymnique, dans un premier temps, les orientations perpétuent celles de la fin du xixe siècle. La Municipale reste le seul outil de l’action de la mairie, la seule société à percevoir un budget, la seule responsable des raouts gymniques – du 14 Juillet notamment. Pour le reste, les conseillers municipaux soutiennent les dossiers visant à améliorer les conditions de pratique de la gymnastique scolaire, à l’exemple des travaux de dallage du gymnase de l’école du Sud en 1906.

    68Avant 1909, les conseillers dérogent à cette ligne de conduite – prérogative de La Municipale et des gymnases scolaires – à une seule reprise. En 1907, d’anciens sociétaires de La Toulousaine obtiennent une subvention pour fonder leur société, les Anciens de La Toulousaine. La Toulousaine ayant eu un rôle clé au tournant des années 1880-1890 et ayant souvent bénéficié des faveurs municipales dans ses œuvres charitables et éducatives, cette décision ne marque pas un changement significatif dans la politique de la ville.

    69Le changement intervient en 1909. Les conseillers décident alors pour la première fois de doter une autre société de gymnastique, de tir (et de musique) que La Municipale : les Enfants de Saint-Cyprien. Cette disposition sonne le glas du monopole de La Municipale. En 1910, les Enfants de Saint-Cyprien sont à nouveau épaulés et La Toulousaine touche des subsides au titre de la gymnastique, ce qui n’était pas arrivé depuis plus de quinze ans. En 1912, Les Coquelicots et La Vaillante toulousaine sont à leur tour soutenus pour avoir contribué au rayonnement de la ville dans différents concours. La Vaillante perçoit ainsi sa première allocation pour avoir participé aux concours de Villeneuve-sur-Lot, Saint-Lys et pour avoir organisé le xiie congrès national de gymnastique70. En 1913 enfin, L’Étoile du Nord voit sa demande d’assistance pour rejoindre le concours de gymnastique et de tir de Perpignan satisfaite. Elle complète le cercle des sociétés subventionnées.

    70La question de l’aide au déplacement est donc au cœur du changement. Certes, au regard des nombreux concours languedociens ou pyrénéens auxquels elles participent, les sociétés gymniques déposent peu de demandes. Mais lorsqu’elles le font, elles obtiennent gain de cause. Plus : lorsqu’elle les a aidés une fois, la mairie leur reste fidèle. Ainsi, en 1911, la Saint-Cyprien est aidée pour rejoindre le concours de Villeneuve-sur-Lot ; en 1912, une enveloppe permet aux Coquelicots de se rendre au congrès gymnique d’Albi ; en 1914, La Vaillante rallie le concours de Carcassonne grâce à l’argent public, etc. Plus : à partir de 1912, considérant les besoins des sociétés, le conseil municipal permet au maire de puiser, à sa discrétion, dans une enveloppe de 700 francs pour soulager les sociétés « dignes » de sa « libéralité71 ».

    71Autre signe du changement : certaines sociétés sont désormais hébergées par la ville. En décembre 1912, pour un loyer annuel modique (100 francs), La Vaillante accède à l’ancien petit séminaire de la Croix-Daurade, désaffecté depuis qu’il a cessé de faire fonction de salle des fêtes72. En 1914, elle occupe le « gymnase moderne », dont nous ignorons tout. Début 1913, Les Coquelicots signent à leur tour un bail avec la municipalité. Depuis le printemps 1912, ses dirigeants ont multiplié les demandes de location de l’ancienne caserne Dupuy. À force d’insistance et pour un loyer lui aussi modique (150 francs l’année), ils s’installent dans les salles – l’une pour le gymnase, l’autre pour le vestiaire – que la toute récente École de métallurgie de Toulouse n’utilise pas73.

    72Ainsi en 1914, la Municipale joue toujours le rôle central dans le paysage gymnique. Elle occupe le gymnase municipal. Elle reçoit le plus gros des dotations. Pour autant la donne n’a pas foncièrement changé puisque, si on se reporte au recensement des sociétés gymniques de L’Annuaire général de la Haute-Garonne, la mairie les a désormais toutes aidés74.

    73Pourquoi cette évolution ? Les demandes étant systématiquement satisfaites, sans débat, on peut difficilement la percer à jour. Quoi qu’il en soit, en quelques années, la banalisation et l’extension du soutien municipal aux gymnastes est devenue une norme. L’action de la ville en 1913-1914 est très différente de celle prévalant encore en 1908. Au nom de la contribution des sociétés à l’œuvre gymnique nationale, toulousaine et à la réputation de la cité, le principe de l’aide exclusive à La Municipale a vécu. S’y substitue une politique ouverte. Elle s’incarne en 1911 dans les « Grandes Fêtes Gymniques » du 14 Juillet : elles sont organisées par « toutes les sociétés75 » toulousaines, et non plus par la seule Municipale.

    Tir : l’ouverture aux sociétés non municipales

    74Le tir bénéficie d’une attention moins soutenue que la gymnastique. Néanmoins, trois points soulignant, eux aussi, l’évolution des choix municipaux appellent un arrêt sur image.

    75Premier point : l’attribution des aides. De 1895 à 1909, La Municipale en a été la seule bénéficiaire. Le premier écart à cette exclusivité vient en juin 1910. Une demande des Francs-Tireurs de la Croix-Daurade, déposée huit mois plus tôt, est satisfaite : 150 francs, imputés aux « dépenses imprévues76 », lui reviennent pour organiser un concours. Puis, en 1911, le conseil municipal participe aux frais de voyage de la Société de préparation militaire et de tir de Haute-Garonne, qui se rend au concours national donné au Stadium de Roubaix, dans le cadre des concours de l’Exposition internationale. Ces deux sociétés ne sont pas aidées chaque année mais, en accordant par ailleurs des subsides à La Municipale, aux Toulousains et aux Enfants de Saint-Cyprien (ils pratiquent aussi le tir), le conseil municipal finit par avoir soutenu toutes les sociétés de tir avant 1914. Comme avec la gymnastique, la mairie ne se contente plus de soutenir ses propres initiatives.

    76Deuxième point : le lien noué entre la mairie et la Fédération républicaine de préparation militaire et de tir de Haute-Garonne et de l’Ariège. Fondée en 1909, cette dernière dépose sa première demande en 1911. La ville lui attribue une enveloppe de 100 francs. En 1912, alors qu’elle prépare une fête (à Castillon) réunissant « les membres de trente sociétés venant des deux départements77 » qui va lui permette de s’imposer dans le paysage méridional, elle requiert une « aide aussi large que possible78 ». La mairie lui octroie à nouveau 100 francs. Fin 1912, elle est encore aidée, dans les mêmes proportions, afin de rejoindre le congrès international de Rome. Deux aides dans l’année : le fait est assez rare pour être souligné, d’autant que la fédération, requérant de nouveaux « encouragements79 », est aussi épaulée en 1913. Le montant de ces aides ne dépare pas de celles perçues par les autres sociétés. Cependant, elles sont renouvelées plusieurs années, établissant ainsi un continuum déjà noté pour la gymnastique. Là encore, le soutien municipal se fait plus net et durable.

    77Troisième point : le souci municipal d’offrir aux Toulousains des équipements pour le tir. Ici, l’essentiel des décisions touche à l’entretien du stand du Bazacle. Son succès ne semble pas fléchir. Ses tarifs sont régulièrement ajustés en fonction des coûts de fonctionnement et de la demande, donc, in fine, de la démocratisation de son accès. L’importance de cette question infrastructurelle est confirmée en 1912 lorsque la mairie achète un terrain à Saint-Agne pour y construire un nouveau stand. En 1913, le projet prend forme. Un fait divers en atteste : le vol d’outils sur le chantier, au chemin de La Charbonnière80. Malheureusement, on perd ensuite la trace de ce nouvel équipement, tant dans les délibérations municipales que dans la presse locale. Projet inabouti ? On ne saurait le dire. Quoi qu’il en soit, en matière de tir, la politique infrastructurelle continue de mobiliser la mairie.

    78Certes, au regard de l’activité du tir à Toulouse et dans la région – dont témoignent les brèves publiées par la presse locale et les périodiques spécialisés – la mairie paraît bien moins active. Par exemple, si elle soutient la société Les Toulousains, elle ne participe apparemment pas à l’entretien de son champ de tir de Pech-David. De même, elle n’a manifestement pas de rapport avec l’antenne toulousaine de l’Union des sociétés de tir de France. Sous ce jour, le tir est moins bien loti que la gymnastique.

    Un enjeu éducatif moins prégnant

    79Et l’éducation physique ? Son enjeu est-il toujours aussi prégnant ? Moins, semble-t-il. Il ne reparaît en effet de façon significative qu’à deux reprises.

    80La première date de 1907. Les conseillers traitent alors d’une subvention pour la construction d’une piscine attenante au lycée81. Ils saisissent la commission des Grands Travaux. Mais, aussi vite qu’il y est apparu, le dossier disparaît de l’agenda municipal. Pourtant, une piscine fréquentée par les lycéens est ouverte en 1910 dans les Jardins de la station de pisciculture82. Est-elle l’aboutissement du projet de 1907 ? On l’ignore. Il faudrait plonger plus avant dans les archives pour répondre à une question qui continuera néanmoins de hanter les débats. Ainsi un éditorial de L’Express du Midi publié en 1934 pose encore le problème de l’absence d’une « piscine scolaire » à Toulouse83.

    81En 1910, l’éducation physique est une seconde fois à l’ordre du jour. À l’occasion des vœux, le conseiller Baylac regrette qu’elle ne soit pas encore systématisée dans les écoles primaires alors qu’elle est « un facteur important de régénération d’une race84 ». Jugeant qu’il faut trouver un « remède » à cette situation, jugeant aussi que l’État délaisse les mairies face à cet enjeu, il propose d’adopter ce vœu « qu’un Institut national d’éducation physique analogue à ceux existant à Stockholm, Bruxelles, Rome, Turin et Naples soit créé par l’État ». Raymond Leygue, le maire, suggère d’adopter cette motion par « acclamation ». L’un des conseillers ajoute que, pour rendre cette décision moins « platonique », il serait bon que la ville de Toulouse se porte candidate pour accueillir un tel institut.

    82En dehors du recrutement de deux professeurs d’éducation physique en 1912, on voit ici comme l’enjeu éducatif, s’il perdure, a perdu en prégnance par rapport aux années 1880-1890. Si la mairie innove, ce n’est pas dans ce domaine, mais plutôt dans l’ouverture aux sociétés de tir et de gymnastique non municipales et dans une attention croissante et réfléchie pour les sports.

    Une mairie plus sportive

    83Ouverture aux sports donc. Prenons toutefois et d’emblée le soin de souligner qu’au regard de la densité de l’actualité sportive toulousaine, l’action de la mairie reste timide jusqu’en 1914. Le nombre de votes du conseil municipal relatifs au soutien des clubs – 2 en 1906 et 8 en 1912, au plus haut – apparaît bien maigre au regard de l’effervescence sportive locale et régionale. De cette effervescence témoigne le nombre des clubs toulousains. En 1910, on en compte 4285. La mairie est donc très loin de tous les aider. De cette effervescence témoignent aussi la montée en puissance des rubriques spécialisées de L’Express du Midi, du Midi socialiste86, mais aussi la première génération des journaux spécialisés locaux : Toulouse sportif (1906-1907), Les Sports du Midi (1907-1909), Midi-Football (1908) et Le Journal des sports (1908-1921).

    84Ceci étant dit, comme le montrait le graphique 2, autour des années 1910, le conseil municipal traite autant de questions gymniques, ou relatives au tir, que de sport stricto sensu. On peut donc parler d’un tournant en forme de rattrapage. Mais, deuxième limite : les débats municipaux sont loin de renvoyer à l’éventail des sports toulousains. Ainsi, pas un mot de boxe. Elle est pourtant très vivante, autour du Boxeland toulousain en particulier et de la salle des Nouveautés où sont donnés les combats. En 1910, le poids plume Georges Pessietto et le poids moyen Jean Audoy sont les chefs de file du Boxeland. Le premier est champion de France amateur en 1911. Le second, mène une solide carrière entre 1909 et 1914. C’est aussi au Boxeland que M’Baye Fal, alias Battling Siki, futur champion du monde des poids-moyens en 1922, prépare ses premières victoires, en 1913 et 1914. Pourquoi n’est-il jamais question de boxe au conseil ? Par désintérêt ? Parce que les combattants sont, pour bon nombre, professionnels ou amateurs marron ? Parce que la boxe, spectacle payant assorti de pronostics, relève d’une logique spéculative antagoniste de la mission de service public de la mairie ? Parce que les boxeurs ne demandent pas d’aide ? Nous ne savons pas répondre. Bref, la mairie n’est pas sur tous les fronts. Elle n’entreprend pas moins de soutenir certains clubs tout en continuant à s’associer à des événements sportifs. Ce faisant, elle prolonge et accentue la mue sportive engagée au début du xxe siècle.

    Vélo : un très léger saupoudrage

    85Avant 1906, la politique vélocipédique tenait pour l’essentiel dans le soutien à la course Toulouse-Luchon. Par la suite, une nouvelle facette apparaît : l’aide aux clubs cyclistes. Mais elle se révèle extrêmement parcimonieuse.

    86En 1905, souhaitant organiser une course Toulouse-Cahors sans pouvoir en supporter toute la charge, la Pédale des minimes, fondée l’année précédente, sollicite le maire, Honoré Serres, sans passer par la voie officielle. Ses dirigeants obtiennent, de « façon ferme », une promesse de soutien, mais Honoré Serres meurt sans l’avoir honoré87. Un généreux Toulousain permet malgré tout la tenue de l’épreuve en prenant tous les frais à sa charge. En 1906, le secrétaire de mairie, Vigneau, demande à ses collègues de tenir l’engagement de feu le maire. L’opposition se rebiffe un peu. Un élu avoue ne pas se sentir tenu par la parole d’un mort. Finalement, 200 francs échoient dans l’escarcelle de la Pédale des minimes88 – mais elle ne sollicitera plus la mairie.

    87Le Vélo-Sport toulousain est moins en veine. Au printemps 1906, ce club en pleine mue omnisports demande l’attribution d’une concession au Parc toulousain89. Ce parc de 50 hectares, mis en chantier 1904 et inauguré en 1907, comprend des aménagements (théâtre de la Nature, bal, restaurant, kiosque à musique…) gérés en concessions. Soumise à la commission des Grands Travaux, la demande du Vélo-Sport tombe dans les limbes municipaux…

    88Se dessine ainsi une politique à géométrie variable. Secourir une société est une chose. En faire un partenaire en est une autre.

    89Pour le reste, jusqu’en 1914, la ville soutient un seul club : le Guidon de Saint-Cyprien. Aidé une première fois en 1910, il l’est de nouveau, à quatre reprises, en 1912-1913. Après avoir perçu 150 et 200 francs en janvier et avril 191290, en novembre, le club souhaite être soutenu pour financer sa « Fête de charité de l’arbre de Noël », lors de laquelle des « objets utiles » sont distribués aux « enfants nécessiteux91 ». Une subvention est votée a posteriori, en mai 1913, peu avant qu’une autre enveloppe permette aux délégués du Guidon de siéger au congrès UVF de Paris.

    90Jamais un club n’a été si bien pourvu. Est-ce un cas isolé ? On ne saurait en jurer. En effet, à l’image d’Honoré Serres avec la Pédale des minimes, les maires prodiguent des aides dites réservées. Mais, pour ce que nous maîtrisons, les requêtes des clubs sont rares et le soutien au cyclisme très limité, plus encore lorsqu’on le confronte au tissu cycliste local. Vers 1910, la Haute-Garonne est en effet très dynamique. Elle compte 7 sociétés pour 100 000 habitants – taux supérieur à la moyenne nationale de 4,6 – et on recense 30 clubs dans le département, huit d’entre eux étant toulousains92. Face à ces chiffres, deux conclusions s’imposent. D’une part, la municipalité est loin d’être en phase avec le dynamisme cycliste. D’autre part, les groupements cyclistes, en déposant peu de demandes de subvention, semblent préserver leur autonomie vis-à-vis de la mairie. En définitive, la mairie saupoudre ses aides. Si elle est attentive au cyclisme, c’est d’abord pour ses vertus spectaculaires ; nous le verrons plus loin avec la renaissance de la course Toulouse-Luchon.

    Rugby : aucune initiative, quelques aides

    91En va-t-il du rugby comme du cyclisme ? Pour le mesurer, il faut revenir sur l’histoire de sa fixation et de sa diffusion dans la ville.

    92Le rugby prend ses marques à Toulouse dans la deuxième moitié des années 1890, lorsque sa grande « migration93 » vers le Sud met fin au primat parisien originel. Les premiers rugbymen toulousains, des étudiants, jouent dans la cour du lycée Pierre-de-Fermat et sur la Prairie des Filtres. Ils appartiennent au Stade toulousain (premier du nom, 1895-1896), au Stade athlétique toulousain (SAT, 1896), au Stade olympien des étudiants toulousains (SOET, 1896) et à l’Union sportive de l’école vétérinaire (USEV, 1899). En 1903 vient un premier fait d’armes toulousain : le SOET s’incline en finale du championnat de France face au Stade français. Plus de 5 000 spectateurs assistent à cette défaite. Quoique déçus, les commentateurs rêvent d’une autre finale, en 1904, victorieuse bien sûr, et qui serait célébrée par les « cris et des hourras de la foule94 ». Cette issue fantasmée n’aura pas lieu.

    93En 1907, le SOET, le SAT et l’USEV fusionnent dans le Stade toulousain. Parallèlement, un groupe de notables fondent l’association des « Amis du stade toulousain ». Ils achètent un terrain aux Ponts-Jumeaux pour y établir un stade. Un club plus fort et ambitieux, un stade : c’est un cap. En 1909, le Stade toulousain se hisse en finale du championnat de France. Il est battu par le Stade bordelais – la ville étant alors littéralement happée par l’événement95. En revanche, en 1912, lors d’une seconde finale, il a raison du Racing Club de France.

    94Le Stade toulousain n’est pas le seul à animer la vie rugbystique. En 1908, un autre club d’importance est fondé : le Toulouse employés Club. Il comprend déjà une section de natation (ce pour quoi il est aujourd’hui le plus connu, avec les Dauphins du TOEC), mais son activité principale est le rugby. D’autres clubs se consacrent pour tout ou partie au rugby : le Sporting Club toulousain, le Gallia Club toulousain, le Stadoceste toulousain, l’Amicale sportive Saint-Pierre, l’Avenir sportif Marengo, le Vélo-Sport toulousain, le Toulouse olympique, les Gavroches96. Avec une telle densité, l’actualité du ballon ovale, entre derbys locaux, championnats régionaux et nationaux, s’étoffe énormément. Bref, en une quinzaine d’années, la ville rose est devenue un des citadelles du rugby et de sa méridionalisation. La mairie accompagne-t-elle cette effervescence rugbystique ?

    95Pour répondre à cette question, reportons-nous d’abord à l’index, très précis, des délibérations du conseil municipal. Il indique que la ville n’est pas sollicitée avant 1908. Il révèle par ailleurs qu’elle ne l’est pas par tous les clubs. Le premier à se déclarer est le Sporting Club toulousain. Fin 1908, trois mois après sa fondation, il requiert une subvention. Elle est renvoyée à la commission des Finances, a priori sans être satisfaite. Cette situation se répète en 1909. Le Sporting disparaît alors du radar municipal. En octobre 1911, le TOEC dépose à son tour une demande justifiée par « l’insuffisance » de ses « ressources ». Le rapporteur de la commission des Finances est prêt à la satisfaire. Il faut « reconnaître », déclare-t-il, « l’intérêt » de cette « société sportive au point de vue du développement physique et de la résistance de notre jeunesse97 ». Une aide de 100 francs est votée. Dans la même séance, le conseil étudie une demande du Toulouse Olympique visant à contribuer aux « dépenses d’acquisition et d’aménagement d’un nouveau terrain ». Le club obtient 100 francs – le rapporteur regrettant que « les circonstances », c’est-à-dire l’état des finances municipales, empêchent de mieux soutenir un projet « présentant un si grand intérêt pour la jeunesse ». En 1912, le conseil instruit cinq demandes émanant entre autres de l’Avenir sportif Marengo, du Toulouse olympique et du Stadoceste toulousain. La justification des aides prodiguées s’appuie à nouveau sur contribution des clubs à la fortification et à l’entraînement de la jeunesse. Il en va de même en 1913, lorsque la mairie soutient le Gallia et l’Avenir sportif Marengo.

    96Au total, la mairie traite donc d’une dizaine de demandes en sept ans. Cela est très peu. Notons aussi que le Stade toulousain, club phare de la ville, ne requiert pas son aide. Par ailleurs, en dehors des votes de subventions, le rugby ne justifie aucune discussion – par exemple autour de l’aménagement d’un stade municipal dédié. Si la mairie aide ponctuellement la moitié des clubs, son compagnonnage avec le rugby reste donc, comme pour le cyclisme, très timide.

    Deux poids, deux mesures ?

    97Partant des cas du cyclisme et du rugby, on ne saurait parler de volontarisme municipal en matière sportive. La mairie n’est certes pas rétive lorsqu’il s’agit d’assister les clubs, mais rien ne permet d’accréditer l’idée qu’elle en fait un objectif. Ses aides n’en révèlent pas moins une intention récurrente : encourager l’entraînement et la fortification de la jeunesse, c’est-à-dire le même mot d’ordre que pour la gymnastique depuis les années 1890. Mais, même cette concordance ne débouche pas sur une mobilisation marquante. Le cas des Gavroches toulousains en donne une bonne illustration.

    98Fondé en 1910, ce club a son siège place du Capitole. Il gouverne un projet omnisports puisqu’il propose les pratiques suivantes : rugby, football, cross-country, natation, tir, marche, cyclisme, athlétisme. Certains de ses membres dirigeants appartiennent au personnel municipal. Le club remet par ailleurs ses récompenses annuelles en grande pompe et en présence d’officiels98. Il jouit donc, à l’évidence, d’entregent et d’une certaine aura. Celle-ci s’incarne entre autres dans la sympathie du Midi socialiste, son rubricard de sport vantant « le meilleur esprit de camaraderie99 » des Gavroches.

    99En 1912, l’augmentation des recensions de presse suggère que le club atteint sa maturité. Il se déplace souvent dans la région pour se mesurer à d’autres clubs. Il prend des initiatives, comme l’organisation, en septembre, d’une traversée de la ville à la nage, aussitôt saluée par la presse. La mairie reçoit sa première demande à cette occasion. Le club reçoit 100 francs – ils serviront à distribuer des prix – pour son œuvre en faveur du « développement physique des jeunes gens100 ». En 1913, les Gavroches ne touchent rien. Début 1914, soldant une demande en souffrance depuis l’automne précédent, le conseil lui attribue 30 francs pour services rendus : rayonnement du club dans la région et traversée de la ville à la nage101. Cette seconde aide illustre les limites de la prodigalité municipale. Les Gavroches ont beau être des propagandistes de la cause omnisports, de l’encadrement de la jeunesse, ils ne sont guère encouragés.

    100S’agissant de soutien au « développement physique de la jeunesse », les élus font clairement prévaloir la gymnastique. Il en ressort une criante inégalité de traitement. En 1913, quand les Gavroches touchent une aide quasi symbolique de 30 francs, les gymnastes des Coquelicots en perçoivent 550, ceux de Saint-Cyprien 350, ceux de l’Étoile du Nord 100. Plus largement, en 1913, les sociétés gymniques et de tir touchent plus de 1 500 francs quand les clubs de sport en reçoivent un peu plus de 200 – nombre de leurs requêtes étant renvoyées vers la commission des Finances sans qu’on en entende plus parler, à l’image, en 1911, d’une demande d’aide du Comité pyrénéen de l’USFSA pour organiser une « fête sportive ». Quoique moins frappante en 1911 et 1912, cette rupture d’échelle est emblématique d’une politique dans laquelle le sport – du moins l’accompagnement des clubs – apparaît comme un dossier secondaire. En outre, les libéralités municipales vont plus communément aux pratiques élitistes et/ou contribuant au rayonnement de la ville et de la région. Deux exemples à ce sujet.

    101Pour le premier, en 1909, 600 francs échoient à la section locale du CAF afin d’organiser, à Toulouse, le congrès annuel national de l’institution. Comment cette aide substantielle est-elle justifiée ? Au nom de « l’œuvre des sociétés pyrénéistes » et de « l’utilité publique » du CAF (déclarée en 1882), au nom aussi de la présence de délégations d’importantes sociétés de touristes comme celle de la « si puissante Barcelone102 ». Entre fibre pyrénéiste et souci de valorisation régionale par le tourisme (sportif notamment), ce soutien incarne une politique plus élitiste que populaire, peu soucieuse en somme de contribuer à la démocratisation des sports. Pour preuve : ces 600 francs dépassent le total des subsides touchés par les clubs.

    102Le second exemple concerne le sport hippique. En 1910, la Fédération des syndicats hippiques et des sociétés et de course du Sud-Ouest perçoit 500 francs pour organiser un concours-foire visant à réunir des amateurs de turf et des éleveurs afin que ces derniers puissent « mieux vendre leurs chevaux103 ». Ici se dégage à nouveau l’idée que l’utilitarisme et l’élitisme prévalent dans la promotion du sport.

    Prime au spectacle

    103La dimension la plus notable de la politique sportive de la ville renvoie finalement, comme au début du siècle, au spectacle sportif et aux dividendes que semble, de toute évidence, en tirer la mairie.

    104Après avoir été actrice de Toulouse-Luchon, puis de la Coupe des Pyrénées au début du siècle, la mairie continue de soutenir certains rendez-vous. Elle se montre donc moins sensible à l’idée de favoriser la diffusion des pratiques qu’à celle de bénéficier du rayonnement et du succès du sport spectacle, en termes de réputation, d’attractivité, et – n’en écartons pas l’hypothèse – en termes électoraux. Cette dimension ressort dans trois cas : la traversée de la ville à la nage, la course de vélo Toulouse-Luchon, enfin les meetings aériens.

    105En 1906, le conseil municipal doit trancher sur cette question : faut-il soutenir la Société d’émulation nautique et le Standard Club toulousain dans l’organisation de la première traversée de Toulouse à la nage ? Le socialiste Jean Rieux, qui vient d’accéder à la mairie, répond sans ambages : « Il nous paraît nécessaire de favoriser de telles initiatives et d’encourager ce sport utile104. » Le conseiller Dastan lui rétorque, en premier lieu, que cette demande n’aurait pas dû faire l’objet d’une décision « réservée » et, en second lieu, qu’une autre société de natation a déposé une demande du même ordre qui aurait dû être également étudiée. Jean Rieux répond sèchement qu’il est « trop tard ». Les deux sociétés touchent donc 150 francs puisés dans la réserve créée par la commission des Fêtes grâce aux économies réalisées sur le budget du 14 Juillet précédent.

    106Outre qu’il nous indique une fois encore que le maire peut s’engager personnellement auprès d’une société sportive – ce qui laisse dans l’ombre une partie de la politique sportive de Toulouse –, cet épisode nous révèle une mairie à l’écoute de son temps. Les courses en eau libre sont en effet à la mode, à l’image du succès populaire de la traversée de Paris dès sa création, en 1905, et de celui de nombreuses autres épreuves, sur des cours d’eau (Caen, Lyon, Agen…) et dans des baies (Le Havre-Trouville), des ports (Sète, Marseille…). Comme le montre la lecture de L’Express du Midi et du Midi socialiste, la mairie satisfait ainsi l’intérêt des Toulousains pour la natation – même si leur goût va d’abord aux jeux de ballon et au cyclisme. Du reste, la mairie n’aide les sociétés de natation qu’au titre de cette traversée. De la même façon, si, d’après la presse (les délibérations n’en traitant pas), elle appuie l’épreuve jusqu’en 1909, intégrant même son comité d’organisation105, jamais elle ne semble s’interroger sur le soutien à la natation sportive ni, d’ailleurs, être saisie de cette question par les clubs. Cette situation nous dit de nouveau que les acteurs du sport toulousain semblent bien connaître la limite des générosités municipales.

    107Quoi qu’il en soit, la ville contribue à une course dont l’écho est national. En 1906, Bougoin, récent vainqueur de la traversée de Paris, la gagne, ce qui incite la presse parisienne à la relater106. En 1909, l’engagement de 63 nageurs venus, pour certains, de Montpellier, Pau, Biarritz, Cordes, Agen, Marseille ou Montauban, accrédite l’idée d’un rendez-vous dont l’audience dépasse de loin une ville colonisée par la « foule se pressant le long des quais de la vieille Garonne107 ». Pour autant, on a vu qu’en 1912, lorsque l’épreuve est relancée par les Gavroches, la mairie s’investit très peu. S’associer à une épreuve est une chose. En garantir la pérennité par une implication forte en est une autre. Jamais la mairie ne semble tentée, comme elle le fait avec la gymnastique, de municipaliser son action en organisant elle-même des événements.

    108Ce souci de bénéficier d’un retour sur investissement en matière spectaculaire sans s’engager trop avant ressort aussi avec la course cycliste Toulouse-Luchon-Toulouse. Cas d’école en soi. Cas d’école aussi parce qu’il donne lieu aux deux seules passes d’armes entre conseillers reproduites dans les délibérations et touchant à la question de la forme et du degré d’engagement municipal auprès des organisateurs de spectacle sportif.

    109En 1908, Toulouse voit paraître un nouveau périodique, Le Journal des sports. Deux ans plus tard, suivant une stratégie dont l’ensemble de la presse sportive et une partie de la presse généraliste usent, sa direction décide de créer l’événement et de capitaliser sur son audience. Elle choisit de relancer la course Toulouse-Luchon-Toulouse et de la singulariser en la réservant aux coursiers n’appartenant pas aux équipes de marque.

    110En 1910 et 1911, ce « derby des indépendants108 » fait peu parler de lui, sinon au titre des faits divers qui l’émaillent, notamment un accrochage entre un automobiliste et un coureur109. Le Journal des sports est alors aidé par les fonds réservés du maire. Fin 1911, l’hebdomadaire sollicite la ville dans la perspective de l’édition 1912. Cette fois, la question aboutit devant le conseil municipal. Considérant « l’intérêt de cette manifestation sportive » pour la « région110 », les élus votent une aide de 200 francs. Pour éviter la confusion public/privé, elle échoit au Guidon de Saint-Cyprien, chargé de coorganiser la course. Souvenons-nous qu’en 1900, le conseil municipal avait alloué 1 500 francs à Toulouse-Luchon et retour. Cette contribution est donc très modeste. Sans doute cette modestie amène-t-elle le directeur du Journal des sports à revenir à la charge, en août 1912, un mois avant la course, pour demander une seconde subvention, « destinée à être distribuée en prix111 ». Le rapporteur de la Commission des finances, Bessat, juge la chose acceptable. Des élus renâclent. Le conseiller Brustis estime que si la mairie peut « subventionner des sociétés » elle n’a pas à assister un journal, qui plus est s’il organise une course dont « il n’a pas les moyens ». Le conseiller Lefèvre abonde dans le même sens, ajoutant que la systématisation de l’aide au Journal des sports serait un fâcheux précédent qui impose de refuser cette demande. Le rapporteur Bessat explique que la dotation ira à un « comité d’organisation », non au journal. Il n’y a donc pas d’ambiguïté, juge-t-il. Jean Rieux propose alors d’adopter les conclusions du rapporteur et de doter la course de 200 francs supplémentaires. Il n’en note pas moins qu’il faudra « mettre un frein à ces demandes de subvention qui sont vraiment en trop grand nombre et écrasent de leur poids trop lourd le budget de la ville ». Déclaration sibylline vu ce que nous savons de la politique des sports de Toulouse. Elle suggère une énième fois que le maire, à titre discrétionnaire et selon un principe « d’aide annuelle », soutient probablement bien plus de manifestations que nous sommes en mesure de le savoir.

    111Un mois après cette courte passe d’armes, la course « Toulouse-Luchon et retour » a lieu. Sur un circuit de près de 290 kilomètres, une trentaine de routiers se défient. L’allée centrale du cours Dillon est si « envahie112 » qu’ils peinent pour franchir la ligne d’arrivée. Mais l’épreuve ne retrouve pas son lustre médiatique du début de siècle. Quant à la mairie, elle s’apprête à rompre avec Le Journal des sports. En mai 1913 en effet, les conseillers Brustis et Lefèvre demandent des comptes au maire. Des coureurs se sont plaints auprès d’eux de n’avoir pas touché les prix issus de la dotation municipale. Serait-ce vrai ? Personne, pas même le maire, ne sait répondre ; et cet état d’incertitude renforce l’argumentaire des opposants : soutenir une entreprise privée constitue une erreur politique, plus encore lorsqu’elle n’est a priori pas digne de confiance. Fermeture du ban : en 1913 et 1914, le conseil municipal ne traite plus de la moindre aide à des courses cyclistes. Quant à Toulouse-Luchon, elle a lieu une dernière fois en 1913, sous l’égide de deux équipementiers de premier plan, Dunlop et les cycles La Française113.

    112Lorsqu’il s’agit de faire rayonner Toulouse par le cyclisme, la mairie n’a donc pas changé d’optique depuis le début du siècle. Mais, Toulouse-Luchon étant désormais organisée par un partenaire privé et non par une fédération comme en 1900-1902 (l’UVF en était l’instigatrice), les débats achoppent tant sur le montant de l’aide – elle s’effondre : 400 francs en 1912 contre 1 500 en 1901 – que sur la question de la confusion entre politique publique et industrie médiatique du spectacle sportif. Enfin, l’affaire Toulouse-Luchon suggère une ville plus engagée en matière de sports – au titre du domaine réservé du maire – que le laissent penser les seuls débats du conseil. Une partie immergée de l’action municipale favorable aux sports nous échappe donc, sans qu’on puisse l’estimer. Il n’en reste pas moins que la mairie se mobilise toujours plus volontiers autour des spectacles sportifs qu’autour des besoins quotidiens des sociétés. Cette dimension ressort également dans le soutien apporté aux meetings aéronautiques.

    113Avant de s’y inscrire dans le tissu industriel, l’aéronautique s’impose à Toulouse comme un spectacle prisé. Toulouse ne dépare pas ici du reste de l’Hexagone. Au début des années 1910, les concours aéronautiques, avec leur cortège d’innovations, de records, de prouesses – de prises de risque aussi –, sont très courus et médiatisés car ils capitalisent sur une forte charge symbolique : ils sont l’incarnation ultime de la modernité et du progrès. La ville de Toulouse n’échappe pas à cette mode. Elle se révèle très sensible à l’idée d’être identifiée par sa fibre aéronautique et d’offrir aux Toulousains le nec plus ultra d’un spectacle aussi technique que sportif.

    114Cette attention s’exprime en particulier en 1910, lors d’un des premiers temps forts des rendez-vous aéronautiques locaux : une semaine de festivités – justifiées par le passage du Tour de France de l’aviation – organisé par l’Association professionnelle et mutuelle de la presse toulousaine. Cette dernière est alors présidée par Vincent Auriol. En octobre 1909, il requiert l’aide de la puissance publique sur la base de l’argumentaire suivant. « L’aviation émeut le monde entier » et le succès des grandes semaines aéronautiques de Reims et Brescia, marquées par la présence d’une « foule » captivée par « les progrès merveilleux » des aviateurs et de l’aviation, sont le signe de cette émotion. Nul doute, poursuit-il, qu’un rendez toulousain attirerait lui aussi une foule avide de voir les « admirables héros de l’air ». Un tel rendez-vous aurait en outre d’heureuses conséquences commerciales et serait un signe fort de « décentralisation ». Rappelant les subventions libérées par plusieurs villes pour de tels événements (25 000 francs à Boulogne-sur-Mer, 100 000 à Marseille et à Bordeaux), il en appelle à la « municipalité pour assurer le triomphe de la première Semaine du Midi ».

    115Ces arguments entendus, les conseillers municipaux votent aussitôt et à l’unanimité 10 000 francs pour le Prix de la ville de Toulouse et 15 000 au titre de soutien à l’organisation114. Rappelons que la traversée de Toulouse à la nage bénéficiera, l’année suivante, d’une subvention de 200 francs… Les moyens à mettre en œuvre ne sont certes pas les mêmes, mais l’effort ici consenti – le plus important de toute la période étudiée, juste devant l’aide de 15 000 francs à Toulouse-Luchon en 1901 et les 22 000 alloués à la Coupe des Pyrénées en 1905 – est frappant. Il dit combien, dans la hiérarchie des préoccupations sportives de la ville, l’enjeu spectaculaire domine l’enjeu de la diffusion des pratiques ordinaires et, donc, du soutien aux clubs.

    Conclusion

    116Nous nous demandions si, des années 1890 à la veille de la Grande Guerre, l’engagement de la mairie auprès des gymnastes, puis des sportifs, permet de parler d’une politique clairement repérable de soutien aux pratiques physiques.

    117En matière gymnique et de tir, une telle politique existe en effet. Quelle que soit l’équipe à la tête de la ville, la mairie a un projet explicite : entraîner les jeunes Toulousains, dans une perspective en premier lieu éducative, en second lieu préparatoire. Ce projet prend corps en 1886 lorsque la mairie soutient la société La Toulousaine. Il se mue en véritable politique publique avec le soutien apporté à La Municipale, dont l’appellation incarne l’implication de la ville. Jusqu’au milieu des années 1900, seule cette société bénéficie des largesses publiques. Quinze années durant, Toulouse développe donc une politique gymnique strictement municipale. La donne change au milieu des années 1900, avec l’aide reçue par des sociétés et clubs gymniques civils. La visée n’en reste pas moins la même : éduquer et mobiliser la jeunesse toulousaine au nom d’un patriotisme tercio-républicain bien connu ; faire aussi de la gymnastique et du tir une sorte de diplomatie de plein air favorable au rayonnement de Toulouse. Si on suit Jean-Paul Callède, les élus donnent ainsi corps aux cinq caractéristiques fondant une politique publique des sports115 : un cadre d’action dépassant des mesures isolées, l’affichage de buts et d’objectifs, des mesures concrètes, une identification des publics à atteindre, enfin un dispositif l’aide ou de ressources réglementaires.

    118En matière sportive, la réponse est plus partagée. Par préséance chronologique comme par la hauteur des subventions accordées, le premier vecteur d’engagement de la mairie, jamais démenti, est le spectacle sportif. Cette orientation prend corps dans l’association, fin 1900, avec l’UVF pour la course Toulouse-Luchon et retour. Elle est redoublée par la Coupe des Pyrénées en 1905, confirmée ensuite avec l’important effort budgétaire consenti pour la Grande Semaine aéronautique du Midi. Sous ce jour, la ville suit le mouvement cycliste, automobile, puis aéronautique, plutôt qu’elle le précède ou le stimule. Elle semble avant tout attachée à un enjeu d’image : rayonner, là encore, cette fois par le sport, tout en offrant aux Toulousains des festivités. Pour le reste, rien ne suggère que les conseillers municipaux ambitionnent de contribuer à la démocratisation de l’accès à la pratique sportive pour leurs concitoyens. Les aides apportées aux clubs ont le même motif que la gymnastique : mobiliser la jeunesse avant tout. Mais elles sont faibles et irrégulières. En somme, si les « secours » sportifs se multiplient de façon notable entre 1906 et 1913, ils ne remettent pas en cause une hiérarchie très nette : l’assistance municipale va d’abord à la gymnastique, puis au spectacle sportif, enfin et seulement enfin aux clubs de sport.

    119Au final, s’il faut mettre à jour des conduites politiques avérées, deux seulement traversent le temps en se jouant des alternances politiques : politique gymnique d’une part, politique du spectacle sportif de l’autre. Le deux ne sont pas comparables. Dans le premier cas, la mairie est à la manœuvre. Dans le second, elle est suiviste, opportuniste. Elle veut capitaliser sur les grands rendez-vous sportifs, mais elle n’en est pas à l’origine. De la même façon, jamais elle ne semble solliciter les sociétés ou les clubs sportifs pour s’enquérir de leurs besoins et/ou de leurs projets. Si on suit strictement ce que disent les archives, ce sont toujours les clubs – la base – qui sollicitent les élus, non l’inverse. Si la mairie injecte de l’argent dans le tissu sportif local, on ne peut pas conclure, loin s’en faut, qu’elle veut le stimuler et l’épauler avec force, par exemple en construisant des infrastructures. La création privée du vélodrome en 1894, l’ajournement de la demande de concession du Vélo-Sport au Parc toulousain en 1906 et la naissance du stade du Stade toulousain en 1908 illustrent ce relatif immobilisme.

    120La question de la gymnastique, puis des sports occupe donc, sans conteste, une place grandissante dans les débats municipaux. Pour autant, cette évolution n’aboutit pas à la création d’une commission spécialisée, et pas plus elle ne met à jour le souci de soutenir tous les sports. Le football, l’escrime et la boxe, pourtant pratiqués à Toulouse, sont ainsi singulièrement absents. S’il faut, en dernier ressort, qualifier la manière dont la ville gère l’émergence puis le déploiement des pratiques physiques modernes – de la gymnastique eugénique, éducative et patriotique des années 1870-1900 à l’éventail des sports Belle Époque – on est tenté de parler d’une politique gymnique et de tir résolue, mais seulement d’un principe d’accompagnement en matière sportive.

    Notes de bas de page

    1Voir Akono Kabeyene, Le Sport à Toulouse : activités, pratiques, équipements. Étude de géographie urbaine, thèse, université de Toulouse, 1990 (le chapitre i a un caractère historique) ; Annabelle Bouquet, Naissance de la presse sportive et représentation du sport du Midi toulousain, maîtrise, université Toulouse Le Mirail, 2000.

    2Bulletin municipal de la ville de Toulouse (BMVT), juillet 1882, p. 988-1000.

    3BMVT, novembre 1882, p. 1426.

    4Le Journal de Toulouse, 20 mai 1883.

    5BMVT, février 1884, p. 296

    6Eugène Paz, Documents pour servir à l’histoire de la gymnastique, Paris, 1881, p. 80.

    7BMVT, mai 1886, p. 816-817.

    8La Gymnastique, 5 août 1888.

    9La Dépêche de Toulouse, 24 novembre 1892.

    10Cf. Madeleine Rébérioux, « Jean Jaurès et Toulouse », Annales du Midi, 63, 1963, p. 305. On peut voir aussi Jean-Michel Ducomte, Quand Jaurès administrait Toulouse, Toulouse, Éd. Privat, 2009.

    11Ibid., p. 306.

    12BMVT, décembre 1891, p. 1722 sq.

    13La prairie des filtres est un vaste espace serti dans la ville servant de terre d’accueil aux fêtes populaires, aux jeux et sports, et encore aux commémorations ou aux fêtes du 14 Juillet à partir de 1880.

    14La Dépêche de Toulouse, 4 avril 1892.

    15BMVT, février 1893, p. 270 sq.

    16BMVT, janvier 1894, p. 75-76.

    17BMVT, décembre 1895, p. 1567-1573.

    18BMVT, juin 1887, p. 656-657.

    19Ibid., p. 644.

    20BMVT, décembre 1891, p. 1596.

    21BMVT, janvier 1894, p. 70.

    22BMVT, décembre 1891, p. 1723

    23Voir Indicateur-Guide de Toulouse, Toulouse, H. Labouche, 1895, p. 38.

    24BMVT, décembre 1895, p. 1534.

    25L’Express du Midi, 27 mars 1896.

    26L’Express du Midi, 23 septembre 1896.

    27BMVT, 15 juillet 1902, p. 74.

    28Journal politique et littéraire de Toulouse et de la Haute-Garonne, 11 août 1818.

    29Journal politique et littéraire de Toulouse et de la Haute-Garonne, 6 août 1839.

    30Le Journal de Toulouse, politique et littéraire, 9 juin 1846.

    31Le Journal de Toulouse, politique et littéraire, 12 mai 1861.

    32Le Journal de Toulouse, politique et littéraire, 23 juin 1864.

    33DCM, 2 juillet 1888. Session extraordinaire, p. 48.

    34DCM, 6 décembre 1888. Session de droit, p. 252.

    35DCM, 6 août 1889. Session extraordinaire, p. 61.

    36D’un usage fréquent pour éviter les noyades et pour l’apprentissage de la nage.

    37BMVT, mars 1882, p. 288.

    38Ibid., p. 397.

    39BMVT, juillet 1887, p. 760 sq.

    40BMVT, 15 juin 1901, p. 65 ; 30 novembre 1902, p. 123.

    41BMVT, juillet 1889, p. 1306.

    42L’Express du Midi, 1er août 1896.

    43L’Express du Midi, 20 mars 1897.

    44L’Express du Midi, 3 septembre 1897.

    45Voir par exemple L’Express du Midi, 28 juillet 1898.

    46BMVT, 30 juin 1900, p. 93.

    47Cf. Alexandre Leyn et al, Rowing-natation, Paris, P. Laffite, 1913, p. 55 ; Albert Glandaz, Annuaire français de l’aviron, Paris, Union des fédérations des sociétés française d’aviron, 1899, p. 95.

    48Cf. le récit de voyage en Chine du lieutenant de vaisseau Fitte qui, évoquant l’art de naviguer, de canoter, souligne que les Toulousains peuvent l’apprendre auprès de l’Émulation et de l’Aviron. Bulletin annuel de la société de géographie de Toulouse, Société de géographie, 1898, p. 36.

    49Voir par exemple les résultats publiés par Le Radical, 30 juin 1891.

    50BMVT, 9 août 1892, p. 925 ; 27 août 1892, p. 976.

    51BMVT, 15 décembre 1903, p. 11.

    52BMVT, juillet 1893, p. 833.

    53Voir Alex Poyer, Les Premiers temps des véloce-clubs. Apparition et diffusion du cyclisme associatif français entre 1867 et 1914, Paris, L’Harmattan, 2003 et Cyclistes en société. Naissance et développement du cyclisme associatif en France, Lyon, thèse, université Lyon 1, 2000.

    54Alex Poyer, Cyclistes en société…, op. cit., p. 143.

    55Alex Poyer, Les Premiers temps…, op. cit., p. 315.

    56Alex Poyer, Cyclistes en société…, op. cit., p. 309.

    57Véloce-Sports, 8 octobre 1896.

    58Le Petit Parisien, 4 octobre 1900.

    59Le Figaro, 30 septembre 1900.

    60BMVT, novembre 1900, p. 144.

    61BMVT, 30 août 1901, p. 99.

    62BMVT, 15 juillet 1902, p. 77.

    63BMVT, 15 août 1903, p. 76.

    64Le Matin, 31 août 1903.

    65Le Radical, 1er septembre 1903.

    66BMVT, 31 août 1905, p. 76.

    67Les Sports modernes, septembre 1905.

    68La Vie au grand air, 8 septembre 1905.

    69Le Temps, 29 août 1905.

    70BMVT, 31 mars 1912, p. 141.

    71BMVT, 15 août 1912, p. 337.

    72BMVT, 31 décembre 1912, p. 524.

    73BMVT, 15 avril 1913, p. 424.

    74Selon Akono Kabeyene, op. cit., p. 32. L’annuaire ne mentionne cependant pas Les Coquelicots.

    75L’Express du Midi, 15 juillet 1911.

    76BMVT, 15 juin 1910, p. 204.

    77Alan R. H. Baker, « Des aspects géographiques des sociétés de préparation militaire en France, 1870-1914 », Revue historique des Armées, 274, 2014, p. 5.

    78BMVT, 15 mai 1912, p. 219.

    79BMVT, 31 octobre 1913, p. 328.

    80L’Express du Midi, 15 octobre 1913.

    81BMVT, 31 janvier 1907, p. 43.

    82Cf. Association française pour l’avancement des sciences, Documents sur Toulouse et sa région, Toulouse, Privat, 1910, vol. 1, p. 127.

    83L’Express du Midi, 6 août 1934.

    84BMVT, 31 janvier 1910, p. 32.

    85Cf. Akono Kabeneye, op. cit., p. 34, d’après l’annuaire 1910 de la Haute-Garonne.

    86Voir Paul Dietschy et Philippe Tétart, « Rugby, toros et régionalisme : la trilogie sportive du Midi Socialiste (1908-1913) », in Philippe Tétart (dir.), La Presse régionale et le sport. Naissance de l’information sportive régionale (années 1870-1914), Presses universitaires de Rennes, 2015.

    87BMVT, 15 septembre 1906, p. 233.

    88BMVT, 30 septembre 1906, p. 249.

    89BMVT, 15 avril 1906, p. 78.

    90BMVT, 15 mars 1912, p. 110 ; 15 juin 1912, p. 270.

    91BMVT, 15 décembre 1912, p. 474 ; 15 mai 1913, p. 142.

    92Alex Poyer, Les Premiers temps.., op. cit., p. 315-316 et Akono Kabeyene, op. cit., p. 34.

    93Christian Pociello, Le Rugby ou la guerre des styles, Paris, A. M. Métaillé, 1983, p. 42.

    94L’Express du Midi, 29 avril 1903.

    95Cf. Jean-Pierre Augustin et Jean-Pierre Bodis, « Le rugby français. Ses champs d’action et son autonomie », in Thierry Terret (dir.), Histoire des Sports, Paris, L’Harmattan, 1996, p. 91.

    96Une partie de cet historique est inspirée par les souvenirs d’un joueur du Stade toulousain et ex-international, Marcel-Frédéric Lubin, parus dans La Garonne, 31 janvier 1938.

    97BMVT, 15 novembre 1911, p. 362.

    98L’Express du Midi, 25 septembre 1912.

    99Le Midi socialiste, 20 septembre 1912.

    100BMVT, 15 mai 1912, p. 219.

    101BMVT, 15 février 1914, p. 60.

    102BMVT, 28 février 1909, p. 74-75.

    103BMVT, 15 juillet 1910, p. 253.

    104DCM, 10 août 1906, 1D102, p. 628-629.

    105Le Midi socialiste, 28 août 1909.

    106La Vie au grand air, 15 septembre 1906.

    107Le Midi socialiste, 30 août 1909.

    108Le Journal, 27 septembre 1910.

    109Gil Blas, 4 septembre 1911.

    110BMVT, 15 novembre 1911, p. 362.

    111BMVT, 15 novembre 1912, p. 454.

    112L’Aéro, 17 août 1912.

    113L’Aéro, 21 septembre 1913.

    114BMVT, 31 octobre 1909, p. 295.

    115Jean-Paul Callède, Les Politiques sportives en France. Éléments de sociologie historique, Paris, Economica, 2000.

    Auteur

    • Philippe Tétart

      Maître de conférences à Le Mans Université, membre de TEMOS (UMR CNRS 9016) et expert auprès du musée national du Sport. Il a publié Les Pionniers du sport (La Martinière/BnF, 2016) et dirigé, notamment, Côté tribunes. Les supporters en France de la Belle Époque aux années 1930 (Presses universitaires de Rennes, 2019), La Presse régionale et le sport. Naissance de l’information sportive, années 1870-1914 (Presses universitaires de Rennes, 2015).

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    1Voir Akono Kabeyene, Le Sport à Toulouse : activités, pratiques, équipements. Étude de géographie urbaine, thèse, université de Toulouse, 1990 (le chapitre i a un caractère historique) ; Annabelle Bouquet, Naissance de la presse sportive et représentation du sport du Midi toulousain, maîtrise, université Toulouse Le Mirail, 2000.

    2Bulletin municipal de la ville de Toulouse (BMVT), juillet 1882, p. 988-1000.

    3BMVT, novembre 1882, p. 1426.

    4Le Journal de Toulouse, 20 mai 1883.

    5BMVT, février 1884, p. 296

    6Eugène Paz, Documents pour servir à l’histoire de la gymnastique, Paris, 1881, p. 80.

    7BMVT, mai 1886, p. 816-817.

    8La Gymnastique, 5 août 1888.

    9La Dépêche de Toulouse, 24 novembre 1892.

    10Cf. Madeleine Rébérioux, « Jean Jaurès et Toulouse », Annales du Midi, 63, 1963, p. 305. On peut voir aussi Jean-Michel Ducomte, Quand Jaurès administrait Toulouse, Toulouse, Éd. Privat, 2009.

    11Ibid., p. 306.

    12BMVT, décembre 1891, p. 1722 sq.

    13La prairie des filtres est un vaste espace serti dans la ville servant de terre d’accueil aux fêtes populaires, aux jeux et sports, et encore aux commémorations ou aux fêtes du 14 Juillet à partir de 1880.

    14La Dépêche de Toulouse, 4 avril 1892.

    15BMVT, février 1893, p. 270 sq.

    16BMVT, janvier 1894, p. 75-76.

    17BMVT, décembre 1895, p. 1567-1573.

    18BMVT, juin 1887, p. 656-657.

    19Ibid., p. 644.

    20BMVT, décembre 1891, p. 1596.

    21BMVT, janvier 1894, p. 70.

    22BMVT, décembre 1891, p. 1723

    23Voir Indicateur-Guide de Toulouse, Toulouse, H. Labouche, 1895, p. 38.

    24BMVT, décembre 1895, p. 1534.

    25L’Express du Midi, 27 mars 1896.

    26L’Express du Midi, 23 septembre 1896.

    27BMVT, 15 juillet 1902, p. 74.

    28Journal politique et littéraire de Toulouse et de la Haute-Garonne, 11 août 1818.

    29Journal politique et littéraire de Toulouse et de la Haute-Garonne, 6 août 1839.

    30Le Journal de Toulouse, politique et littéraire, 9 juin 1846.

    31Le Journal de Toulouse, politique et littéraire, 12 mai 1861.

    32Le Journal de Toulouse, politique et littéraire, 23 juin 1864.

    33DCM, 2 juillet 1888. Session extraordinaire, p. 48.

    34DCM, 6 décembre 1888. Session de droit, p. 252.

    35DCM, 6 août 1889. Session extraordinaire, p. 61.

    36D’un usage fréquent pour éviter les noyades et pour l’apprentissage de la nage.

    37BMVT, mars 1882, p. 288.

    38Ibid., p. 397.

    39BMVT, juillet 1887, p. 760 sq.

    40BMVT, 15 juin 1901, p. 65 ; 30 novembre 1902, p. 123.

    41BMVT, juillet 1889, p. 1306.

    42L’Express du Midi, 1er août 1896.

    43L’Express du Midi, 20 mars 1897.

    44L’Express du Midi, 3 septembre 1897.

    45Voir par exemple L’Express du Midi, 28 juillet 1898.

    46BMVT, 30 juin 1900, p. 93.

    47Cf. Alexandre Leyn et al, Rowing-natation, Paris, P. Laffite, 1913, p. 55 ; Albert Glandaz, Annuaire français de l’aviron, Paris, Union des fédérations des sociétés française d’aviron, 1899, p. 95.

    48Cf. le récit de voyage en Chine du lieutenant de vaisseau Fitte qui, évoquant l’art de naviguer, de canoter, souligne que les Toulousains peuvent l’apprendre auprès de l’Émulation et de l’Aviron. Bulletin annuel de la société de géographie de Toulouse, Société de géographie, 1898, p. 36.

    49Voir par exemple les résultats publiés par Le Radical, 30 juin 1891.

    50BMVT, 9 août 1892, p. 925 ; 27 août 1892, p. 976.

    51BMVT, 15 décembre 1903, p. 11.

    52BMVT, juillet 1893, p. 833.

    53Voir Alex Poyer, Les Premiers temps des véloce-clubs. Apparition et diffusion du cyclisme associatif français entre 1867 et 1914, Paris, L’Harmattan, 2003 et Cyclistes en société. Naissance et développement du cyclisme associatif en France, Lyon, thèse, université Lyon 1, 2000.

    54Alex Poyer, Cyclistes en société…, op. cit., p. 143.

    55Alex Poyer, Les Premiers temps…, op. cit., p. 315.

    56Alex Poyer, Cyclistes en société…, op. cit., p. 309.

    57Véloce-Sports, 8 octobre 1896.

    58Le Petit Parisien, 4 octobre 1900.

    59Le Figaro, 30 septembre 1900.

    60BMVT, novembre 1900, p. 144.

    61BMVT, 30 août 1901, p. 99.

    62BMVT, 15 juillet 1902, p. 77.

    63BMVT, 15 août 1903, p. 76.

    64Le Matin, 31 août 1903.

    65Le Radical, 1er septembre 1903.

    66BMVT, 31 août 1905, p. 76.

    67Les Sports modernes, septembre 1905.

    68La Vie au grand air, 8 septembre 1905.

    69Le Temps, 29 août 1905.

    70BMVT, 31 mars 1912, p. 141.

    71BMVT, 15 août 1912, p. 337.

    72BMVT, 31 décembre 1912, p. 524.

    73BMVT, 15 avril 1913, p. 424.

    74Selon Akono Kabeyene, op. cit., p. 32. L’annuaire ne mentionne cependant pas Les Coquelicots.

    75L’Express du Midi, 15 juillet 1911.

    76BMVT, 15 juin 1910, p. 204.

    77Alan R. H. Baker, « Des aspects géographiques des sociétés de préparation militaire en France, 1870-1914 », Revue historique des Armées, 274, 2014, p. 5.

    78BMVT, 15 mai 1912, p. 219.

    79BMVT, 31 octobre 1913, p. 328.

    80L’Express du Midi, 15 octobre 1913.

    81BMVT, 31 janvier 1907, p. 43.

    82Cf. Association française pour l’avancement des sciences, Documents sur Toulouse et sa région, Toulouse, Privat, 1910, vol. 1, p. 127.

    83L’Express du Midi, 6 août 1934.

    84BMVT, 31 janvier 1910, p. 32.

    85Cf. Akono Kabeneye, op. cit., p. 34, d’après l’annuaire 1910 de la Haute-Garonne.

    86Voir Paul Dietschy et Philippe Tétart, « Rugby, toros et régionalisme : la trilogie sportive du Midi Socialiste (1908-1913) », in Philippe Tétart (dir.), La Presse régionale et le sport. Naissance de l’information sportive régionale (années 1870-1914), Presses universitaires de Rennes, 2015.

    87BMVT, 15 septembre 1906, p. 233.

    88BMVT, 30 septembre 1906, p. 249.

    89BMVT, 15 avril 1906, p. 78.

    90BMVT, 15 mars 1912, p. 110 ; 15 juin 1912, p. 270.

    91BMVT, 15 décembre 1912, p. 474 ; 15 mai 1913, p. 142.

    92Alex Poyer, Les Premiers temps.., op. cit., p. 315-316 et Akono Kabeyene, op. cit., p. 34.

    93Christian Pociello, Le Rugby ou la guerre des styles, Paris, A. M. Métaillé, 1983, p. 42.

    94L’Express du Midi, 29 avril 1903.

    95Cf. Jean-Pierre Augustin et Jean-Pierre Bodis, « Le rugby français. Ses champs d’action et son autonomie », in Thierry Terret (dir.), Histoire des Sports, Paris, L’Harmattan, 1996, p. 91.

    96Une partie de cet historique est inspirée par les souvenirs d’un joueur du Stade toulousain et ex-international, Marcel-Frédéric Lubin, parus dans La Garonne, 31 janvier 1938.

    97BMVT, 15 novembre 1911, p. 362.

    98L’Express du Midi, 25 septembre 1912.

    99Le Midi socialiste, 20 septembre 1912.

    100BMVT, 15 mai 1912, p. 219.

    101BMVT, 15 février 1914, p. 60.

    102BMVT, 28 février 1909, p. 74-75.

    103BMVT, 15 juillet 1910, p. 253.

    104DCM, 10 août 1906, 1D102, p. 628-629.

    105Le Midi socialiste, 28 août 1909.

    106La Vie au grand air, 15 septembre 1906.

    107Le Midi socialiste, 30 août 1909.

    108Le Journal, 27 septembre 1910.

    109Gil Blas, 4 septembre 1911.

    110BMVT, 15 novembre 1911, p. 362.

    111BMVT, 15 novembre 1912, p. 454.

    112L’Aéro, 17 août 1912.

    113L’Aéro, 21 septembre 1913.

    114BMVT, 31 octobre 1909, p. 295.

    115Jean-Paul Callède, Les Politiques sportives en France. Éléments de sociologie historique, Paris, Economica, 2000.

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    Tétart, Philippe. « La mairie de Toulouse et les activités physiques (1886-1914) ». In Les édiles au stade, édité par Sylvain Villaret et Philippe Tétart. Rennes: Presses universitaires de Rennes, 2020. doi:10.4000/13z62.
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