« Nos huguenots ont icy cabale puissante » : les huguenots, l’Angleterre et les Provinces-Unies (1621-1622)
“Our Huguenots have a powerful cabale here”. Huguenots, England and the Dutch Republic (1621-1622)
p. 209-225
Résumés
Le mois de mai 1621 voit les conflits armés reprendre entre le roi de France et certains de ses sujets protestants. Ces derniers considèrent que la menace qui plane sur eux s’inscrit dans un vaste complot international visant à éradiquer le protestantisme du continent. Après avoir cherché en vain à désamorcer cette crise par la voie de la négociation, les huguenots rassemblés à La Rochelle envoient des députés en Angleterre et aux Provinces-Unies afin de demander aux autorités armes et soldats qui pourraient les aider à combattre les forces royales. Si leurs députés sont reçus en audience par Jacques Ier, le prince d’Orange, Maurice de Nassau, refuse de les rencontrer officiellement et de donner ainsi une certaine légitimité à leurs actions. Ce refus n’empêche pas le déploiement d’une diplomatie informelle que les ambassadeurs de Louis XIII, malgré leurs efforts, n’arrivent pas à court-circuiter.
Armed conflicts resumed between the King of France and some of his Protestant subjects in May 1621. For the Huguenots, the royal offensive was part of a vast international plot aimed at eradicating Protestantism from the continent. After trying in vain to defuse this crisis by negotiation, the Huguenots gathered in La Rochelle to send deputies to England and the United Provinces to ask the authorities for arms and soldiers that would help fight the royal forces. If James I received their deputies in an official audience, the Prince of Orange, Maurice of Nassau, refused to meet them and thus give a certain legitimacy to their actions. This refusal did not prevent the deployment of an informal diplomacy that the ambassadors of Louis XIII, despite their efforts, were unable to prevent.
Texte intégral
1En décembre 1620, Louis XIII désigne le maréchal de Cadenet, frère du duc de Luynes, afin de le représenter à Londres comme ambassadeur extraordinaire. Cette mission attire l’attention des observateurs pour plusieurs raisons. Tout d’abord, aucun événement particulier, une naissance royale ou un décès par exemple, ne demandant l’envoi outre-Manche d’une délégation protocolaire, l’affaire justifiant ce déplacement ne pouvait être qu’importante sur le plan politique, sinon elle aurait été confiée au comte de Tillières, ambassadeur ordinaire du roi en Angleterre. Le choix de l’émissaire retenu à cette occasion, le frère du favori royal, n’échappe également à personne et souligne l’importance de cette délégation pour le gouvernement français – des rumeurs voulant que le duc de Luynes lui-même serait député à Londres avaient circulé à la fin de l’année 16201. Le faste qui entoure Cadenet, une brillante suite au sein de laquelle se trouvent deux princes et douze chevaliers de l’ordre du Saint-Esprit, signale enfin le caractère particulier attaché à cette ambassade. Si certains croient que le voyage du maréchal a pour but de proposer une union matrimoniale à l’Angleterre dans le but de l’éloigner de l’Espagne qui la courtise alors2, son mandat est en réalité lié aux événements survenus en France au cours des derniers mois.
2En juillet 1620, la reine-mère, Marie de Médicis, s’était révoltée une seconde fois contre son fils, emportant dans son sillage un nombre important de grands nobles. Ce mouvement se préparait depuis un certain temps et les brouilleries de la cour de France étaient suivies avec attention à Londres3. Selon ses instructions, Cadenet doit, avant toutes choses, faire part à Jacques Ier de la victoire des armées royales contre ceux qui s’étaient révoltés contre leur monarque légitime en se couvrant « malicieusement » du nom et de la personne de la reine-mère4. Bien qu’importante, cette nouvelle est déjà ancienne puisque la réconciliation entre le roi et sa mère date du mois d’août. Toutefois, elle prépare la voie au message principal confié à Cadenet qui doit informer Jacques Ier que, à l’image de la position adoptée par plusieurs monarques de l’époque, dont le roi d’Angleterre lui-même, Louis XIII ne tolère aucune révolte de ses sujets contre son autorité. Conformément à ce principe, il n’a pas hésité à mobiliser ses forces contre sa propre mère lorsqu’elle a osé le défier. Les protestants qui, au mépris de l’édit de Nantes, et bien que le roi ait interdit une telle réunion, sont rassemblés à La Rochelle depuis le 25 décembre, devraient en prendre bonne note. Jacques Ier ayant déjà manifesté à quelques reprises de l’intérêt pour le sort qui leur était réservé5, Cadenet, s’adressant au monarque britannique, doit insister sur la volonté de son maître de rappeler à l’ordre ses sujets qui manquent à leurs devoirs, quelle que soit leur foi. En conséquence, si jamais les membres de l’Assemblée de La Rochelle lui envoyaient des délégués afin d’obtenir son appui, le roi d’Angleterre devrait les éconduire séance tenante.
3L’envoi de Cadenet à Londres constitue donc un geste de diplomatie préventive. Les autorités françaises sont convaincues de l’arrivée prochaine de députés huguenots en Angleterre et aux Provinces-Unies. Désignées officiellement par l’Assemblée, ces personnes jouiraient d’une légitimité faisant défaut aux représentants officieux qui défendaient les intérêts des réformés français à l’extérieur du royaume. En arrivant à Londres, Cadenet constate : « nos huguenots ont icy cabale puissante », alors que, le 14 octobre 1620, Tillières signalait au secrétaire d’État Pierre Brûlart de Puysieulx qu’il voyait tous les jours de « meschants conseils se tenir entre les puritains, les ambassadeurs huguenots et celuy de Venise » – précisons que le qualificatif d’« ambassadeurs » utilisé par Tillières ne traduit pas une reconnaissance de la légitimité des « représentants » huguenots présents à Londres6. S’ils disposent d’un certain cercle d’influence, ces diplomates informels, probablement des marchands impliqués dans le commerce anglo-français au sein duquel les protestants sont très actifs7, ne peuvent que difficilement se faire entendre des plus hauts cercles du pouvoir anglais et influencer leurs décisions. Les acteurs de la scène européenne cherchent constamment à se positionner les uns par rapport aux autres, se livrent à une concurrence pour mettre en œuvre leurs instructions, mais aussi pour affirmer leurs rôle et rang au sein du groupe, et ceux de leurs mandants dans le concert des États8. L’envoi de délégués « officiels » à l’étranger témoignerait de la volonté des huguenots de s’affirmer à l’échelle continentale et de s’immiscer au sein de la hiérarchie internationale. Si elle ne dispose pas de leviers capables de transformer l’Assemblée de La Rochelle d’acteur secondaire en puissance sur la scène interétatique9, la diplomatie huguenote possède néanmoins une capacité d’intervention non négligeable, tant sur les plans symbolique que pratique.
4L’arrivée de députés dûment mandatés forcerait les gouvernements étrangers à prendre officiellement position dans un conflit franco-français. En acceptant de les recevoir publiquement, les gouvernements de Londres et de La Haye enclencheraient avec eux une dynamique d’interaction pouvant affaiblir leur homologue français ; la réception de représentants officiels témoignerait de la reconnaissance des huguenots comme des interlocuteurs valables sur la scène internationale, un message qui serait lancé tant à la France qu’aux autres États européens, mais aussi aux protestants anglais et hollandais10. Toutefois, se déployant dans un cadre bilatéral et ne profitant donc pas de canaux multiples et d’alliés lui donnant plus de poids11, la diplomatie huguenote se trouve à la merci des intérêts particuliers de ceux dont elle recherche l’appui. Comme nous le verrons dans ce texte, l’espoir d’un secours au nom de la lutte commune en faveur de la survie du protestantisme se heurte à la réalité géopolitique du temps, symbole de l’autonomisation du politique qui se manifeste sur le continent depuis la deuxième moitié du xvie siècle12. Les membres de l’Assemblée de La Rochelle en sont bien conscients et attendent le moment opportun pour envoyer des représentants officiels à l’étranger.
Quand agir ?
5Après une très brève période d’accalmie, les questions religieuses reviennent à l’avant-plan des préoccupations françaises en avril 1617. La chute de la reine-mère et de son favori, Concino Concini, provoque un changement dans la politique royale, le nouveau gouvernement cherchant à se démarquer de celui qui l’a précédé, notamment dans sa relation avec les protestants du royaume. Les regards du roi et du duc de Luynes se tournent rapidement vers le Béarn où, depuis 1562, les biens ecclésiastiques sont confisqués par les protestants et où les catholiques ne peuvent exercer librement leur foi. Louis XIII décide d’y pourvoir en ordonnant le rétablissement du catholicisme à l’échelle de la principauté, conformément à l’édit de Nantes. Cette décision ravive toutefois les tensions, les autorités locales refusant de s’y conformer13. Le roi ne peut répondre immédiatement à cette rebuffade, car il doit gérer la fin des révoltes nobiliaires qui marquent les dernières années du pouvoir de sa mère. Il permet même aux réformés de se réunir à Loudun en novembre 161914. Cependant, des différends ne tardent pas à se manifester entre les participants à cette réunion et le pouvoir royal, qui leur reproche des « innovations » dans leur façon de fonctionner. Louis XIII s’étonne également que l’Assemblée ait cru bon d’envoyer deux députés vers le Béarn « pour empescher que rien ne se passe contre le service du Roy et repos public », alors qu’il n’appartient qu’au souverain d’envoyer des commissaires dans les provinces15. Finalement, la volonté des députés de ne pas se séparer avant d’avoir vu la réponse du roi à leurs cahiers, position présentée assez rudement par le ministre Bouteroue à son monarque lors d’une audience tenue en décembre 1619, témoigne de leur refus de reconnaître au souverain le droit de mettre un terme à leur réunion selon son bon vouloir16. Toutes ces initiatives incitent Louis XIII à ordonner en février 1620 aux députés de se disperser, sous peine d’être déclarés criminels de lèse-majesté17.
6Les travaux de l’Assemblée de Loudun témoignent du manque de confiance entre le gouvernement royal et les députés réformés. Alors que le premier fait, le 17 mars, par le biais de Lesdiguières et de Châtillon, un certain nombre de promesses susceptibles de calmer leurs appréhensions, les deuxièmes décident que, « en cas de manquement a l’entiere execution dans le temps de six mois desdites choses promises », ils se réuniraient à nouveau dans un lieu désigné par la province de La Rochelle « affin de continuer […] leurs tres humbles supplications et remonstrances envers sa Maiesté pour l’accomplissement des choses promises et autres necessaires a leur conservation18 ». Or, alors qu’il avait été entendu « que les députés de Béarn seront ouys dans le temps de sept mois sur ce qu’ilz vouldront remonstrer à sa Maté19 », le roi décide, après être venu à bout de sa mère pour la deuxième fois en août 1620, de poursuivre sur sa lancée jusqu’au Béarn afin d’y rétablir le catholicisme. Cette décision, qui fait fi des promesses passées, heurte de nombreux protestants, qui convoquent une Assemblée à La Rochelle pour le mois de décembre suivant, sans avoir obtenu au préalable la permission de le faire. Selon eux, leurs travaux se trouvent dans la continuité de ceux entrepris à Loudun et ils n’ont donc pas à obtenir l’assentiment du roi à cette occasion20. Louis XIII envisage les choses différemment. Non seulement n’a-t-il pas permis aux huguenots de se rassembler à La Rochelle, mais il leur a expressément interdit de le faire le 22 octobre 162021. Sachant que les troubles de religion qui ont agité la France durant la seconde moitié du xvie siècle ont très vite débordé du cadre national, le roi et son gouvernement s’attendent dès lors à ce que les huguenots envoient rapidement une demande d’aide aux princes protestants étrangers, d’où la mission confiée à Cadenet22. Toutefois, un mois après le retour de ce dernier en France, les ambassadeurs français en poste à Londres et à La Haye signalent à Puysieulx qu’aucun représentant de l’Assemblée de La Rochelle n’a encore demandé à rencontrer les autorités anglaises ou néerlandaises23. Ceci n’est guère surprenant, les huguenots n’ayant pas l’intention, à cette étape, d’internationaliser leur démarche.
7Trois jours seulement après le début de leurs travaux, les députés réunis à La Rochelle témoignent en effet de leur désir de négocier avec le roi en désignant certains des leurs afin de préparer des remontrances devant être présentées au souverain24. Leur décision s’explique facilement, même s’ils sont conscients de la possibilité d’une confrontation armée avec les forces royales – le 4 janvier, constatant la vulnérabilité de Saumur, Sancerre et Jargeau, trois places stratégiques situées sur la Loire, ils demandent à leurs gouverneurs de renforcer leurs défenses25. Tout d’abord, l’aisance avec laquelle Louis XIII s’est imposé face à sa mère et aux autorités du Béarn a de quoi les faire réfléchir, d’autant que les grands nobles protestants montrent peu d’enthousiasme envers l’Assemblée. À quoi servirait-il de recourir à une aide internationale si les députés se révélaient incapables de mobiliser les forces présentes à l’intérieur du royaume ? De plus, les chances de recevoir un appui concret de l’étranger semblent bien minces. Les événements survenus en Bohême en 1618 ont montré les limites de la solidarité religieuse internationale. Au lendemain de la défenestration de Prague par laquelle ils signifient leur refus d’avoir un monarque catholique, les Bohémiens ne parviennent pas à mobiliser le soutien de leurs coreligionnaires malgré les appels qu’ils lancent à l’échelle du continent. Ainsi, la situation devant laquelle se trouvent les huguenots est résumée dans une lettre adressée le 8 septembre 1620 par le comte de Tillières à Puysieulx après qu’il a appris la décision de Louis XIII de poursuivre son équipée jusqu’au Béarn. À son avis, ses sujets réformés n’ont d’autres choix que de se plier à la volonté royale, Louis XIII se trouvant « les armes a la main victorieux d’un puissant party », tandis que les huguenots sont « sans argent, sans esperance d’en recevoir des pais estrangers, ny secours d’hommes, ce Roy [Jacques Ier] n’estant pas pour faire ny l’un ny l’autre de son naturel quand il ne seroit point diverty d’ailleurs, les princes et estatz d’Allemagne estans brouillez et avec beaucoup de peine a se deffendre et les cantons huguenots de Suisse desuniz pour ces affaires survenues depuis peu a la Valteline26 ». Tillières ne parle pas des Provinces-Unies, mais les autorités de cet État voient avec appréhension poindre à l’horizon la fin de la trêve de Douze Ans signée en 1609 avec l’Espagne. Face à une probable reprise des hostilités, elles cherchent à renouveler leur alliance avec la France, ce qui leur interdit de donner un soutien officiel quelconque aux huguenots27. Et la situation internationale ne s’améliore pas pour les huguenots au cours des premiers mois de l’année 1621. En avril, Philippe Duplessis-Mornay écrit ainsi à un de ses correspondants que, selon lui, les protestants étrangers, sont « assés occupés en eux mesmes » pour ne pas pouvoir venir en aide à leurs coreligionnaires français et, de plus, ils ne dissimuleraient point leur répugnance à appuyer l’« obstination » des députés de La Rochelle qu’ils estiment ruineuse pour l’ensemble de la Chrétienté28.
8Conscients qu’ils ne disposent pas d’un rapport de force leur permettant d’obtenir des concessions de la part du roi, les députés de La Rochelle jouent donc la carte des bons et loyaux sujets alors que Louis XIII les dépeint comme des factieux. Ils prêtent d’ailleurs serment le 28 décembre 1620, soit au tout début de leurs travaux, « de demeurer inseparablement uniz et conjoinctz soubz la tres humble subiection du Roy que nous reconnoissons nous avoir esté donné de Dieu pour nostre souverain seigneur29 ». Toutefois, bien qu’ils n’appellent pas aux armes, les députés adoptent un langage et une attitude qui les approchent de la révolte, lorsqu’ils affirment que leurs actions visent « les ennemis de l’Estat30 ». Il est en effet habituel de voir les révoltés protester de leur obéissance au souverain tout en dénonçant l’action de certains individus qui pousseraient le monarque à adopter des politiques contraires à l’intérêt de son État31. La défense de celui-ci, qui passerait par la défense des édits promulgués par les rois, demanderait dès lors à l’Assemblée de continuer à siéger et à négocier avec les représentants du gouvernement.
9Le peu d’empressement des grands nobles à soutenir leurs coreligionnaires assemblés à La Rochelle et le contexte international favorable expliquent peut-être l’intransigeance manifestée par Louis XIII à l’égard de l’Assemblée. Dès le mois de janvier 1621, il fait part de sa volonté de punir ceux qui, « sous un voile de religion », veulent entreprendre des « choses illicites et contraires à mes édits », tout en protégeant « ceux qui demeureront en leur devoir32. » L’opiniâtreté des huguenots qui refusent d’écouter les appels de ceux qui voudraient les voir se disperser inciterait donc le roi à se préparer à la confrontation33. Le 5 avril, « voyant que l’Assemblée de La Rochelle ne me rend point l’obeïssance qu’elle doit, & que j’aye attenduë jusques à ceste heure, que du costé de Bearn il se fait publiquement des entreprises, & des assemblées de gens de guerre contre mon auctorité & mes commandemens exprés », Louis XIII quitte Paris en direction de Tours d’où il entend aviser sur ce qu’il aura à faire « pour maintenir mon auctorité & mes Edits34 ». La tension monte lentement mais sûrement au sein du royaume, alors que des incidents éclatent ici et là, comme à Tours où des catholiques s’en prennent au cimetière et au temple protestants les 18 et 19 avril 162135. Résolu à maintenir son autorité et ses édits, le roi publie le 24 avril une Déclaration en faveur de ses sujets de la religion prétendue réformée, qui sont et demeureront en leur devoir et obéissance, sous-entendant par-là que ceux qui ne la respecteraient pas sentiraient les effets de sa colère. Décidé à écarter les protestants modérés de son chemin et à privilégier la force pour se faire obéir, cette dernière déclaration ne l’empêche pas de priver le 17 mai Philippe Duplessis-Mornay du gouvernement de Saumur, bien que ce dernier ait toujours prôné l’obéissance des réformés à leur souverain36.
10La menace qui pèse sur eux incite les députés de La Rochelle à changer de tactique. L’arrivée prochaine des forces royales les conduit à tenter d’établir un rapport de force en tentant, d’abord, de s’organiser sur le plan militaire. Le 12 avril 1621, ils chargent certains d’entre eux de travailler « a l’ordre general ». Le 10 mai, ils adoptent à l’unanimité l’« ordre et le reglement general contenant le departement de provinces, la nomination des chefs et generaux avec la discipline militaire et d’estat pour les finances37 ». Finalement, douze jours plus tard, ils décident d’envoyer des députés à Londres et à La Haye38. Dans une déclaration, ils appellent, tout en réaffirmant leur fidélité au souverain,
« tous les Rois, Princes et Estats interessez en l’innocence de bons et fideles subjects opprimes, mais principalement obligez devant Dieu à la deffense de sa cause et de sa verité. Et les requerons d’appuyer de leur secours et de leur assistance la foible deffense que nous opposons par necessité à tant de forces puissantes de nos ennemis qui ayant choisi ce temps expres, apres qu’ils ont allumé le feu dans la pluspart des Estats, d’où ils estiment que nous eussions peu attendre secours, pensent nous opprimer maintenant avec plus de facilité39 ».
11Les députés de l’Assemblée jugent donc qu’ils font face à une offensive internationale puisque leurs ennemis auraient déjà, selon eux, « allumé le feu » dans d’autres États du continent afin de les empêcher de leur envoyer du secours. Ils accréditent ainsi des bruits qui circulaient en Europe depuis le début de la révolte de Bohême au sujet d’une vaste offensive commandée de Rome visant à recatholiciser l’ensemble du continent. Ils regrettent le refus du roi de voir dans le conflit une affaire de religion, se posent en victimes plutôt qu’en coupables et demandent à leurs alliés potentiels armes et soldats : « si votre entremise est suivie de dix vaisseaux et six mil Angloys vous aurez l’honneur d’avoir sauvé cet Estat d’un grand naufrage et particulierement les Eglises de ce Royaume », écrit le duc de Rohan au roi d’Angleterre40. Leur position n’émeut pas Louis XIII qui, cinq jours plus tard, les déclare criminels de lèse-majesté, en les blâmant notamment d’avoir « envoyer aux Provinces & Royaumes estrangers41 ». Le conflit franco-français court maintenant le risque de devenir international, en fonction de l’accueil que recevront les députés huguenots à Londres et à La Haye.
Accueillir ou ne pas accueillir
12Les autorités françaises réagissent immédiatement à la décision prise par l’Assemblée de La Rochelle d’envoyer des représentants à l’étranger. Deux émissaires quittent sans tarder la France pour inviter les gouvernements ciblés à ne pas recevoir la délégation rochelaise. Leur départ est si rapide qu’ils parviennent à destination avant les députés huguenots. Le soir même de son arrivée à La Haye, Monsieur de Chaudebonne est présenté au prince d’Orange par Du Maurier, l’ambassadeur français. Le lendemain, il rencontre des représentants des États Généraux. Sa mission semble être un succès complet : « Nous n’avons point rencontré de difficulté a les obliger qu’ils ne donneront audiance ny secours a ceux qui pourroient estre envoyés de La Rochelle, mais bien sur le point de les arrester », écrit Du Maurier42. Lorsque, environ deux semaines plus tard, messieurs La Chappellière et La Milletière arrivent au nom des députés huguenots, le prince d’Orange refuse effectivement de les recevoir en audience et leur fait savoir qu’aucun secours ne leur sera accordé43.
13Un accueil plus ambigu attend Monsieur de Bréard, envoyé par Louis XIII à la cour du roi d’Angleterre afin de lui demander de ne pas recevoir les délégués de l’Assemblée de La Rochelle44. Après avoir donné quelques signes selon lesquels il leur refuserait une audience et un soutien quelconque, Jacques Ier change complètement d’attitude, à la grande surprise de l’ambassadeur français :
« L’extravagante irresolution generale a ce pays et tres particuliere au Roy, soit par son naturel ou par artifice, me donne beaucoup de peine car comme je croy avoir le mieux disposé son esprit par offices vers luy ou autres qui sont pres de sa personne à ne rien contribuer en faveur des huguenots de France, mais mesmes à les blasmer et les traitter de rebelles, je suis estonné d’entendre par ceux qui veillent tres soingneusement a ses parolles et a ses actions qu’il a changé de rubrique, qu’il convie tout son pais a les aider et jure qu’il hazarderoit plustost tous ses trois royaulmes que de laisser perdre La Rochelle. Ce ne sont que des parolles dont je m’estonnerois peu mais j’entends qu’il cherche de l’argent pour cet effect, que mesme il est asseuré d’une bonne somme et qu’il se portera plustost a ayder les affaires de France que celles de son gendre45. »
14De fait, le roi reçoit les envoyés de l’Assemblée de La Rochelle, Messieurs Basnage et De Courcelles, le 5 juillet, trois jours après leur arrivée à Londres. Il se défend auprès de Tillières à qui il explique « qu’il ne scavoit pas comme il leur eust peu refuser de les ouir estans de sa religion mais que ce n’estoit en intention de faire aucun desplaisir ny a la France ny a sa majesté46 ».
15La décision d’accueillir ou non les députés de La Rochelle n’est pas prise à la légère. Les autorités anglaises et néerlandaises savent que les réformés français jouissent d’un fort capital de sympathie au sein de leur population : la descente du roi vers le Béarn a engendré toutes sortes de rumeurs à Londres, écrivait Tillières en novembre 1620, précisant que « quelques puritains en discourrent fort hault disant que l’on de devroit pas endurer l’oppression des leurs ». Vers la mi-janvier 1621, Du Maurier signalait quant à lui que, dans les Provinces-Unies, « on publie avec affectation mille pernicieux bruits du peril auquel sont reduits en France ceux de la religion47 ». Les déboires des forces protestantes en Allemagne, après les espoirs suscités par l’élection de l’électeur palatin au trône de Bohême, font croire à une offensive généralisée afin d’éradiquer le protestantisme du sol européen. Dans ce contexte, le moindre événement survenu en France est amplement commenté à La Haye comme à Londres. Par exemple, en juin, le désarmement des protestants de Bretagne et de Normandie fait craindre le pire48. La sensibilité religieuse qui se manifeste à Londres et à La Haye ne garantit cependant pas l’appui des gouvernements anglais et néerlandais à la cause huguenote.
16Les autorités des Provinces-Unies n’approuvent pas la décision des réformés français de se réunir à La Rochelle. Selon Du Maurier, le prince d’Orange et son frère disent « regretter ce mal et en desirer la fin, apprehendans que une fois ce feu de guerre civile se r’allume en France nommement le faict de la religion y estant meslé, il y aura danger que de longtemps il ne se puisse esteindre et que les enemys du Roy et du royaume seuls en tirent l’avantage comme il y a grande apparence49 ». Alors que la trêve de Douze Ans négociée avec l’Espagne en 1609 tire à sa fin, les dirigeants des Provinces-Unies souhaitent renouer leur alliance avec la France. Toutefois, les relations entre les deux États se sont refroidies à la suite du dénouement tragique du conflit ayant opposé Johan van Oldenbarnevelt au prince d’Orange. Le premier préconisait une politique pacifiste vis-à-vis de Madrid et Bruxelles et favorisait une coopération étroite avec Paris, tandis que le second se montrait plus favorable à un rapprochement avec l’Angleterre et les protestants français et était prêt à en découdre avec les Espagnols50. Toutefois, malgré leur dénonciation de l’arrestation d’Oldenbarnevelt le 29 août 1618 et de son exécution le 13 mai suivant51, les autorités françaises n’ont pas intérêt à briser les ponts avec les Hollandais, alors qu’elles travaillent en faveur de la reprise de la guerre entre la Hollande et l’Espagne. Celle-ci empêcherait en effet le gouvernement de La Haye de venir en aide aux huguenots tout en détournant les forces espagnoles d’Italie du Nord alors qu’un conflit s’y dessine entre Louis XIII et Philippe III au sujet du contrôle de la Valteline, un des passages alpins permettant le transport des marchandises et des troupes entre le bassin méditerranéen et le nord de l’Europe52. Les victoires des forces impériales en Allemagne font en outre craindre aux uns et aux autres une domination des Habsbourg sur l’ensemble du continent, ce qu’une rupture formelle entre la France et les Provinces-Unies pourrait aider à réaliser : les Espagnols « voudront proffiter si avant de leur succez en Allemagne, que s’il n’y est pourveu ils pretendront imposer loy a tout le reste de l’Europe », écrivait ainsi le 17 janvier 1621 Du Maurier à Puysieulx53.
17Maurice de Nassau se rend bien compte qu’il serait incapable de faire face seul aux forces espagnoles. Une première approche afin de sonder les intentions de la France en cas de rupture de la trêve avec l’Espagne avait échoué au printemps 162054. Cela n’empêche pas les autorités de La Haye d’envoyer en février 1621 de nouveaux ambassadeurs extraordinaires vers Paris dans le but de renouveler l’alliance, mais leurs espoirs sont à nouveau déçus. Comme l’écrit un représentant néerlandais à Duplessis-Mornay le 16 février, « il semble que généralement toutes les actions presentes de nostre République se rencontrent de peu de goust en Court55 ». Toutefois, les Hollandais ont peu d’alternatives. Leurs relations sont tendues avec l’Angleterre en raison de leur rivalité commerciale en Europe et en Asie et des reproches formulés par Jacques Ier au sujet de leurs activités de pêche au large des côtes britanniques qu’il juge excessives56. De plus, le monarque anglais s’efforce alors de conclure une alliance matrimoniale avec l’Espagne afin de permettre à son gendre, l’électeur palatin, de récupérer ses titres et territoires perdus à la suite de son acceptation de la couronne de Bohême en 1619. Enfin, les autorités de La Haye n’ignorent pas que, alors que la fin de la trêve de Douze ans approche à grand pas, les Français sont également courtisés par les autorités bruxelloises qui voudraient voir Louis XIII se joindre à elles afin de venir à bout de la révolte hollandaise57. Dans ces circonstances, il aurait été quasi suicidaire pour les Provinces-Unies de recevoir officiellement les envoyés de l’Assemblée de La Rochelle.
18Jacques Ier, pour sa part, n’a rien à attendre de la France, un royaume pour lequel, selon le comte de Tillières qui ne l’aime guère, il n’afficherait que du mépris58. Il n’a pas besoin d’elle pour relever le principal défi qui se pose à lui sur la scène internationale, soit la restitution à son gendre de ses titres et territoires du Palatinat, une situation qui résulte selon lui d’un conflit politique et non religieux. Selon le roi d’Angleterre, les Bohémiens avaient outrepassé leur droit en dépouillant Ferdinand de Habsbourg de leur trône et Frédéric V n’aurait pas dû accepter la couronne qu’ils lui avaient offerte. Jacques Ier ne manifeste jamais l’intention d’appuyer son gendre dans ses démarches en Bohême, malgré les appels en ce sens lancés par sa fille Elizabeth59. Mais soucieux de protéger l’héritage de ses petits-enfants dans le Palatinat, il privilégie la médiation afin de régler le conflit et poursuit pour ce faire une alliance matrimoniale avec l’Espagne. Le roi anglais espère, en guise de dot, voir les forces espagnoles quitter les territoires de son gendre.
19Si Jacques Ier refuse de voir dans les événements qui se déroulent en Allemagne un conflit religieux, il n’envisage pas d’un même œil ce qui se passe en France. Selon lui, les troubles y ont été initiés par le roi lui-même, malgré les avis et conseils de modération qu’il lui avait prodigués précédemment60. Jacques Ier, tout au long de son règne, fuit les conflits et cherche à régler par la médiation les différends qui se présente devant lui. La culture de sa cour est dominée par le thème de la paix61. Cette approche l’amène à accueillir les représentants de l’Assemblée de La Rochelle, tout en espérant leur réconciliation avec le souverain. Afin d’y œuvrer, le roi d’Angleterre envoie le comte de Carlisle en France afin de représenter à Louis XIII « ce qui est de nostre affection et bons avis sur les troubles presens de son estat », répondant ainsi en partie aux demandes que lui ont présentées les députés huguenots62.
20Parallèlement à cela, il n’hésite pas à prendre des mesures montrant l’intérêt qu’il porte à la cause des réformés français, mais sans leur procurer l’aide militaire qu’ils désirent. L’avancée des armées royales provoque, par exemple, l’exil de nombreux protestants qui se réfugient en Angleterre et dans les Provinces-Unies. Lorsqu’il débarque à Douvres, Bréard croise ainsi plus de deux cents hommes et femmes en provenance de Dieppe et de Tours qui cherchent refuge outre-Manche en se plaignant des persécutions qu’ils subissent dans leur ville et pays63. Si, au mois de juin, il n’est pas prévu de leur venir en assistance, la position du gouvernement anglais change au fil des mois. Il est décidé en septembre de lever de l’argent dans les églises du royaume afin d’alléger leurs souffrances, mais sans qu’il ne soit question de les armer64.
Des rebelles en sol étranger
21L’attitude des autorités anglaises et néerlandaises face à l’arrivée d’émissaires huguenots apparaît donc bien différente, du moins à première vue. Les premières leur offrent une audience avec Jacques Ier, les secondes leur bloquent tout accès au Prince d’Orange et aux États Généraux. Ces positions officielles ne disent toutefois pas tout, la diplomatie ne se résumant pas aux rencontres formelles entre les représentants étrangers et ceux du pouvoir. Si le Prince d’Orange s’engage devant Du Maurier à ne pas recevoir officiellement les députés rochelais, il admet du même souffle qu’il pourrait les croiser par hasard, hors du cadre officiel donc, et qu’il pourrait leur parler à cette occasion pour, promet-il, les exhorter « de s’humilier a sa Majesté pour appayser son indignation, et meriter qu’elle leur redonne sa Paix en les reprenant en sa precedante protection65 ». De plus, le Prince prévient que ces individus pourraient bien obtenir de l’aide de particuliers qui, clandestinement, trouveraient leur intérêt à leur vendre des marchandises et des biens nécessaires à leurs entreprises, notamment de la poudre. Du Maurier répond à cela qu’ils n’oseraient le faire si les défenses exprimées par les autorités étaient rigoureusement appliquées, ce que le Prince d’Orange juge irréaliste :
« Il m’a répondu qu’il y a tant de havres en leur Pays, et que son commerce est si grand et si libre en toutes les parts du monde que tel marchand feindra d’aller en Angleterre, Danemarck, Suede, Venise, et autres lieux lequel estant en mer tournera ses voyles en telle part qu’il desirera pour son utilité particuliere66. »
22L’ambassadeur français ne juge pourtant pas le problème exposé par son interlocuteur insurmontable : il s’agit tout simplement d’emprisonner ou d’expulser immédiatement du pays les réfugiés huguenots en général, et les représentants de l’Assemblée de La Rochelle en particulier, après leur avoir signifié qu’ils n’ont rien à y espérer67. Les autorités néerlandaises ne l’entendent toutefois pas ainsi et leur permettent de demeurer sur place et de vaquer à leurs occupations. Il faut dire que certaines initiatives françaises ou certains événements qui surviennent dans le royaume ne font rien pour calmer la sympathie qu’éprouvent de nombreux Néerlandais envers leurs coreligionnaires français. Le sac du temple de Charenton et le meurtre de certains de ses fidèles, survenus en septembre 1621, sont par exemple durement ressentis dans les Provinces-Unies. Avant que Du Maurier ne reçoive le récit de ce qui est survenu et qu’il puisse témoigner du fait que les autorités ont fait tout ce qui était en leur pouvoir afin de limiter la violence, « il en avoit couru par avance de tres funestes bruits desquelles toutes ces Provinces estoient playnes, les choses estant exageree comme sy les rues de la ville eussent regorgé de sang68 ». Le même phénomène se produit en juin 1622 après que le prince de Condé s’en est pris à des navires hollandais se trouvant dans le port de Bordeaux. Le 9 mai précédent, ayant exigé que certains lui soient livrés afin qu’il puisse faire la guerre aux Rochelais, et n’ayant pas reçu immédiatement satisfaction, Condé avait ouvert le feu, tuant plusieurs hommes, et arrêté les capitaines qui étaient descendus à terre pour négocier. Le tumulte qui s’en suivit menaça, selon l’ambassadeur anglais, tous les étrangers fréquentant la région, y compris les sujets de Jacques Ier, qui seraient passés bien près d’être égorgés par la population en colère69. Bien que le Louis XIII désavoue immédiatement ce geste, son impact se fait sentir dans les Provinces-Unies : « je voy ceux dont les cœurs sont tournes du costé de La Rochelle n’en estre pas marris, esperans que le fruit de ce malentendu tournera a leur benefice », écrit ainsi Du Maurier70.
23L’action des députés huguenots à l’étranger ne se cantonne donc pas aux sphères officielles. Ils profitent pleinement de la sympathie que leur manifeste une bonne partie de la population et qui est également présente dans certains cercles du pouvoir, en raison de leur religion commune et des relations commerciales entretenues particulièrement avec La Rochelle, pour poser des gestes visant à favoriser leur parti. Du Maurier se plaint notamment que, soutenus par des ennemis de la France, ils aillent de porte en porte afin d’émouvoir les représentants des provinces et les inciter à donner quelque assistance à leurs coreligionnaires français. Il accuse particulièrement François van Aerssens, un des acteurs principaux des événements ayant mené à la condamnation d’Oldenbarneveld, de se prêter à ce jeu. Du Maurier revient sur son compte le 4 octobre, en affirmant que, sous son impulsion, certains font courir le bruit que Louis XIII, une fois qu’il serait venu à bout des huguenots, chasserait l’ensemble des protestants de son royaume71. Les députés rochelais profitent ainsi de relais locaux afin de propager leur rhétorique à l’encontre du gouvernement français. Ils seraient même en mesure de le faire auprès des autorités de l’État avec lesquelles ils auraient eu des rencontres informelles dont la teneur ne parvient pas jusqu’aux oreilles de l’ambassadeur. Ce dernier, mis au courant de ces discussions, ne réussit pas à prendre connaissance de leur contenu. Le Prince d’Orange, qui ne les nie pas, prétend toutefois qu’il en profite pour tenter de leur faire entendre raison72. Du Maurier soupçonne une certaine complicité entre les autorités des Provinces-Unies et les délégués de l’Assemblé de La Rochelle dans la propagation de libelles et de faux bruits tendant à nuire aux intérêts de Louis XIII sans que cela ne soit sanctionné, ainsi que dans l’achat d’armes, de munitions et de navires destinés aux révoltés73. Toutefois, ses plaintes répétées contre ces agissements ne sont pas prises en considération, ses interlocuteurs lui répondant que les députés de La Rochelle n’ont pas été reçus officiellement et que, lors de rencontres fortuites, il leur est toujours fortement recommandé de reconnaître l’obéissance légitime qu’ils doivent à leur souverain74. S’ils ont prolongé leur séjour dans les Provinces-Unies et cherché à favoriser leur cause, ce serait à l’insu des autorités qui « n’en n’ont sceu prendre cognoissance ny les distinguer d’entre plusieurs estrangers qui frequentent leur pays en toute liberté et en grande multitude ». Nul n’a été témoin d’actions contraires aux intérêts du roi, « ce que leur seigneurie ne voudroient souffrir ny d’eux ny d’autres ». Mais Du Maurier n’est pas dupe : le 9 octobre, il informe Puysieulx que ceux de La Rochelle auraient acheté des navires à Amsterdam, « mais sous noms supposés, tellement qu’il est malaisé voire impossible de l’empescher, d’autant moins que ceux aux quels il appartiendroit de le faire ferment les yeux pour ne veoir telles choses75 ». Selon ce qu’écrit Christoforo Suran, l’ambassadeur vénitien en poste à La Haye, son homologue français déplore donc constamment l’aide fournie secrètement aux huguenots par les autorités des Provinces-Unies76.
Conclusion
24Le mois de mai 1621 voit la confrontation larvée opposant les huguenots au gouvernement de Louis XIII éclater au grand jour. Il n’est plus question uniquement de refuser d’obéir à un ordre donné, mais de se doter d’une organisation militaire et de nouer des alliances à l’étranger. L’accueil que reçoivent leurs députés à Londres et à La Haye et les efforts des autorités françaises afin de contrecarrer leurs actions témoignent du rôle important que jouent les acteurs non-étatiques sur la scène internationale, bien que les écrits juridiques et les traités dits « de l’ambassadeur » aient tendance à les en exclure. Toutefois, le poids de l’Assemblée de La Rochelle dans un continent aux prises avec de nombreux conflits est bien léger, d’autant qu’elle adopte une approche bilatérale qui place ses représentants en position de faiblesse par rapport aux États dont elle sollicite l’appui. Les représentants huguenots envoyés vers Londres et La Haye semblent travailler isolément les uns des autres et sont ainsi incapables de rallier à leur cause un soutien international digne de ce nom. Le conflit qui éclate en France se superpose à des tensions politico-religieuses préexistantes qui, sans être de leur fait, ont un impact sur la réception que les députés huguenots reçoivent dans les capitales étrangères. Ainsi, contrairement à l’Angleterre, les Provinces-Unies ne peuvent se permettre de les recevoir officiellement. L’action de ces agents montre cependant que la « diplomatie » peut s’exercer de bien des façons, mais toujours avec la complicité des autorités en place.
Notes de bas de page
1Gerolamo Priuli et Anzolo Contarini au doge et au sénat, Paris, 15 décembre 1620, Calendar of State Papers and Manuscripts relating to English Affairs existing in the archives and collections of Venice [dorénavant CSPV], Londres, Longman, Green, Longman, Roberts and Green, 38 vols, 1864-1947, t. XVI, p. 498.
2Girolamo Lando au doge et au sénat, Londres, 11 décembre 1620 et 1er janvier 1621, CSPV, t. XVI, p. 498 et 510 ; Péricard à Puysieulx, Bruxelles, 8 janvier 1621, Bibliothèque nationale de France [désormais BnF], Manuscrit français [désormais Ms. Fr.] 16133, fo 161.
3Tillières à Puysieulx, 26 et 30 avril, 6 juillet, 13 et 25 août 1620, BnF, Ms. Fr. 15988, fo 448, 454, 486, 491, 499.
4Instructions à Cadenet se rendant en Angleterre, décembre 1620, BnF, Ms. Fr. 4112, fo 214.
5Piero Contarini au doge et au sénat, Londres, 18 septembre 1618, CSPV, t. XV, p. 306 ; Tillières à Puysieulx, 16 mars 1620, BnF, Ms. Fr. 15988, fo 424.
6Tillières à Puysieulx, 6 janvier 1621, BnF, Ms. Fr. 15989, fo 15 ; Tillières à Puysieulx, 14 octobre 1620, BnF, Ms. Fr. 15988, fo 524.
7Bosher John, « Huguenot Merchants and the Protestant International in the Seventeenth Century », The William and Mary Quarterly, no 52, 1995/1, p. 77-102.
8Hobson John M. et Sharman J. C., « The Enduring Place of Hierarchy in World Politics : Tracing the Social Logics of Hierarchy and Political Change », European Journal of International Relations, no 11, 2005/1, p. 63-98 ; Pouliot Vincent, L’Ordre hiérarchique international. Les Luttes de rang dans la diplomatie multilatérale, Paris, Presses de Science-Po, 2017.
9« [J]’appelle puissance sur la scène internationale la capacité d’une unité politique d’imposer sa volonté aux autres unités. En bref, la puissance n’est pas un absolu, mais une relation humaine », Aron Raymond, Paix et Guerre entre les nations, Paris, Calmann-Lévy, 1962, p. 58.
10Roosens William, « Early Modern Diplomatic Ceremonial : A Systems Approach », Journal of Modern History, no 52, 1980/3, p. 452-476 ; Contini Alessandra, « Aspects of Medicean Diplomacy in the Sixteenth Century », in Daniela Frigo (dir.), Politics and Diplomacy in Early Modern Italy. The Structure of Diplomatic Practice, 1450-1800, Cambridge, Cambridge University Press, 2000, p. 49-94 ; Osborne Toby, « The Surrogate War between the Savoys and the Medici : Sovereignty and Precedence in Early Modern Italy », The International History Review, no 29, 2007/1, p. 1-21.
11Muldoon James P., Fagot Aviel Joann, Reitano Richard et Sullivan Earl (dir.), The New Dynamics of Multilateralism : Diplomacy, International Organizations, and Global Governance, Boulder, Westview Press, 2011 ; Pouliot Vincent, International Pecking Orders : the Politics and Practice of Multilateral Diplomacy, Cambridge, Cambridge University Press, 2016 ; Petiteville Franck, « Multilateral Diplomacy », in Thierry Balzacq, Frédéric Charillon et Frédéric Ramel (dir.), Global Diplomacy. An Introduction to Theory and Practice, Londres, Palgrave MacMillan, 2020, p. 35-47.
12C’est-à-dire « l’émergence d’un espace (partiellement autonome) dans lequel les enjeux politiques sont pensés comme devant être distingués, isolés, préservés des problèmes confessionnels » : Christin Olivier, La Paix de religion. L’Autonomisation de la raison politique au xvie siècle, Paris, Seuil, 1997, p. 205.
13« Arrest sur le restablissement entier de la Religion Catholique en Bearn, & sur la restitution des biens aux Ecclesiastiques, 25 juin 1617 », Mercure françois 1617, vol. V, p. 70 ; Desplat Christian, « Louis XIII and the Union of Béarn to France », in Greengrass Mark (dir.), Conquest and Coalescence. The Shaping of the State in Early Modern Europe, Londres, Arnold, 1991, p. 68-83 ; Greengrass Mark, « The Calvinist Experiment in Béarn », in Andrew Pettegree, Allastair Duke et Gillian Lewis (dir.), Calvinism in Europe 1540-1620, Cambridge, Cambridge University Press, 1994, p. 107-126.
14Sur l’Assemblée de Loudun, voir Anquez Léon, Histoire des assemblées politiques des réformés de France (1573-1622), Paris, Auguste Durand, 1859, p. 316-326.
15« Actes de l’assemblee generalle des Églises Reformees de France et souverainete de Bearn assemblez par permission du Roy en la ville de Lodun le 25e du mois de septembre, et suivants de l’annee mil six cens dix neuf, 15 octobre 1619 ; Proces verbal dressé par monsieur de Ponchartrin de tout ce qui s’estoit passé pendant la tenue de l’Assemblée de ceux de la Religion pretendue reformee à Loudun… », BnF, Nouvelles acquisitions françaises [désormais NAF] 7195, fo 16 vo et 390.
16Ibid., fo 395.
17Déclaration… par laquelle ceux de la Religion prétendue réformée, assemblez à Loudun, sont déclarez criminels de lèze Majesté, à faute de se séparer dans le temps porté par icelle, Paris, F. Morel et P. Mettayer, 1620.
18« Actes de l’assemblee generalle des Églises Reformees de France… », 3 avril 1620, BnF, NAF 7195, fo 76 vo.
19Ibid., 23 mars 1620, fo 71 vo.
20Duplessis Mornay aux députés de la province d’Anjou, 20 décembre 1620, in Duplessis-Mornay Philippe, Suite des Lettres et mémoires de messire Philippes de Mornay, seigneur Du Plessis Marly… contenans divers discours, instructions, lettres et despesches par lui dressées ou escrites aux roys, roines… depuis l’an 1618 jusques à l’an 1623, ensemble quelques lettres des dessusdits au dit sieur du Plessis, Amsterdam, Louis Elzevier, 1651, p. 487. Voir les Remonstrances au Roy par les Deputez des Eglises reformees de France & Souveraineté de Bearn, assemblez à La Rochelle, 2 janvier 1621, dans Mercure françois 1621, t. VI, p. 2.
21Mercure françois 1620, t. VI, p. 455 ; Proces Verbal : Contre l’Assemblée tenuë à La Rochelle au Moys de Nouembre l’An 1620. par ceux de la Religion Pretenduë Reformée. Sans le consentement & Permission du Roy, Avec Les Articles Et Ordonnances Des Roys portant deffence de la teneur desdictes Assemblées, sans l’espresse permission de leurs Majestez, Paris, Isaac Mesnier, 1620.
22Du Maurier à Puysieulx, La Haye, 15 décembre 1620, BnF, Ms. Fr. 15958, fo 451.
23Tillières à Puisieux, Londres, 21 février 1621, BnF, Ms. Fr. 15989, fo 31 ; Du Maurier à Puysieux, La Haye, 23 février 1621, BnF, Ms. fr, 15959, fo 38.
24« Actes de l’Assemblée Generale des Eglises Reformees de France et Souverainetes de Bearn, tenue en la ville de La Rochelle le 25e iour du Mois de Decembre 1620, 27 décembre 1620 et 2 janvier 1621 », BnF, Ms. Fr. 15826, fo 3 vo, 8 vo ; Anquez L., Histoire des assemblées politiques, op. cit., p. 331-358.
25« Actes de l’Assemblée Generale des Eglises Reformees de France… », BnF, Ms. Fr. 15826, fo 9.
26Tillières à Puisieux, Londres, 8 septembre 1620, BnF, Ms. Fr. 15988, fo 506. En janvier 1621, Genève redoute également une invasion savoyarde : procès-verbaux des séances du Petit Conseil, Archives d’État de Genève [dorénavant AEG], REC 120 1621, fo 5 vo, 8 vo, 10, 10 vo, etc.
27Du Maurier à Puysieux, La Haye, 2 janvier 1621, BnF, Ms. Fr. 15959, fo 1 ; le chevalier Pau à Duplessis-Mornay, 27 mars 1621, Duplessis-Mornay P. de, Suite des Lettres et mémoires, op. cit., p. 603.
28Duplessis-Mornay à M. le Commandeur de la Porte, 22 avril 1621, ibid., p. 638 ; Il écrit le même jour des propos semblables aux membres de l’Assemblée de La Rochelle : « Mémoire baillé à M. de Villarnoul par M. du Plessis pour advis à Messieurs de l’Assemblée sur l’estat present des affaires, du 22 avril 1621 », Ibid., p. 634.
29« Actes de l’Assemblée Generale des Eglises Reformees de France… », BnF, Ms. Fr. 15826, fo 4 vo.
30Ibid., fo 12. Selon Duplessis-Mornay, des « personnes puissantes, pour divers interests » pousseraient le roi à utiliser la force contre l’Assemblée : « Mémoire envoyé par M. du Plessis à M. le Duc de Lesdiguieres », 13 janvier 1621, Duplessis-Mornay P. de, Suite des Lettres et mémoires, op. cit., p. 537.
31Jouanna Arlette, Le Devoir de révolte. La Noblesse française et la gestation de l’État moderne 1559-1661, Paris, Fayard, 1989.
32Louis XIII à Lesdiguières, 19 janvier 1621, BnF, Ms. Fr. 3722, fo 125, cité par Pannier Jacques, L’Église réformée de Paris sous Louis XIII (1610-1621), Paris, Honoré Champion, 1922, p. 571.
33Duplessis-Mornay P. de, Suite des Lettres et mémoires …, op. cit., p. 502, 503, 537, 578 ; « Lettre des députés généraux à messieurs de l’assemblée générale », Paris, 12 mars 1621, Mémoires authentiques de Jacques-Nompar de Caumont, duc de La Force, Paris, Charpentier, 1843, t. II, p. 501. Sur la punition de l’opiniâtreté des révoltés, voir : De Waele Michel, « Conflict Resolution under the First Bourbon », in Alison Forrestal et Eric Nelson (dir.), Politics and Religion in Early Bourbon France, Houndmills, Palgrave Macmillan, 2009, p. 132-153.
34Louis XIII à Duplessis-Mornay, 3 avril 1621, Duplessis-Mornay P. de, Suite des Lettres et mémoires …, op. cit., p. 607.
35Duplessis-Mornay à Louis XIII, 20 avril 1621, ibid., p. 627. À Londres, l’annonce de ces événements fait dire que « c’est la St Barthelemy que l’on veult recommencer », écrit l’ambassadeur français, le comte de Tillières, le 21 mai (BnF, Ms. Fr. 15989, fo 60).
36« Mémoire de ce qui s’est passé au changement fait par le Roy à Saumur, le 17 may 1621 », in Duplessis-Mornay P. de, Suite des Lettres et mémoires …, op. cit., p. 651. Le jour même, le représentant de la République de Genève en France, Jacob Anjorrant, transmet cette nouvelle qui touche une personne unanimement respectée dans une lettre au conseil de ville, AEG, REC 120, fo 141. À La Haye, « [i]l y a huict jours que tout est rempli icy du destablissement de Monsieur du Plessis nonobstant l’obeissance qu’il a renduë a sa Majesté », signale l’ambassadeur français le 6 juin (BnF, Ms. Fr. 15959, fo 97).
37« Actes de l’Assemblée Generale des Eglises Reformees de France… », BnF, Ms. Fr. 15826, fo 77, 101.
38Ibid., fo 110 vo.
39Declaration des Eglises reformees de France et souveraineté de Bearn, de l’iniuste persecution qui leur est faicte par les ennemis de l’Estat et de leur Religion, et de leur legitime et necessaire deffense, La Rochelle, Guillaume Delachaux et Marin Canauel, 1621, p. 54. Ce manifeste arrive à Genève vers le début de mois de juillet suivant. Les autorités acceptent qu’il soit imprimé aux fins de distribution en Allemagne, mais elles interdisent sa circulation dans la ville : procès-verbaux des séances du Petit Conseil, AEG, REC 120, fo 176.
40Rohan à Jacques Ier, 22 mai 1621, National Archives [dorénavant NA], State Papers [dorénavant SP] 79/69, fo 102.
41« Declaration par laquelle les villes de La Rochelle, Saint Iean d’Angely, & tous ceux qui adhereront a l’Assemble de La Rochelle, sont desclarez criminels de leze Majesté », Mercure françois 1621, vol. VII, p. 355.
42Du Maurier à Puysieulx, 4 juillet 1621, BnF, Ms. Fr. 15959, fo 117.
43Du Maurier à Puysieulx, 15 juillet 1621, BnF, Ms. Fr. 15959, fo 126.
44Tillières à Puysieulx, 9 juin 1621, BnF, Ms. Fr. 15989, fo 76 ; Girolamo Lando au doge et au sénat, 25 juin 1621, CSPV, t. XVII, p. 70.
45Tillières à Puysieulx, 24 juin 1621, BnF, Ms. Fr. 15989, fo 83. Girolamo Lando signale ces paroles du roi dans une lettre du 11 juin, CSPV, t. XVII, p. 62. Le gendre de Jacques Ier, l’électeur palatin Frédéric V, avait accepté en 1619 la couronne que lui offraient les Bohémiens. Placé au ban de l’Empire, il demande en vain à son beau-père de soutenir ses efforts afin de préserver cette couronne.
46Tillières à Puysieulx, 12 juillet 1621, BnF, Ms. Fr. 15989, fo 105.
47Tillières à Puysieulx, 14 novembre 1620, BnF, Ms. Fr. 15988, fo 533 ; Du Maurier à Puysieulx, 17 janvier 1621, BnF, Ms. Fr. 15959, fo 10.
48Tillières à Puysieulx, 9 juin 1621, BnF, Ms. Fr. 15989, fo 76 ; Du Maurier à Puysieulx, 30 juin 1621, BnF, Ms. Fr. 15959, fo 108.
49Du Maurier à Puysieulx, 23 mai 1621, BnF, Ms. Fr. 15959, fo 94.
50Israel Jonathan, The Dutch Republic. Its Rise, Greatness, and Fall 1477-1806, Oxford, Clarendon Press, 1995, p. 421-477 ; van Deursen Arie Theodorus, Maurits van Nassau : 1567-1625 : de winnaar die faalde, Amsterdam, Bert Bakker, 2000, p. 238-246.
51Du Maurier à Puysieulx, 31 août 1618, BnF, Ms. Fr. 15957, fo 434, et 14 mai 1619, BnF, Ms. Fr. 15958, fo 141.
52Dekoster Kevin, « Entre huguenots et Valteline : la France, les Archiducs et la fin de la Trêve de Douze Ans », European Review of History : Revue européenne d’histoire, no 25, 2018/6, p. 937-956.
53Du Maurier à Puysieulx, 17 janvier 1621, BnF, Ms. Fr. 15959, fo 10.
54Péricard à Puysieulx, 7 mai 1620, BnF, Ms. Fr. 17891, fo 233 ; Tytgat Janna, « Ferdinand de Boisschot, een ambassadeur van de Aartshertogen te Parisj, 1617-1620 », mémoire de maîtrise, Université de Gand, 2009, p. 79.
55Un représentant néerlandais à Duplessis-Mornay, 16 février 1621, Duplessis-Mornay P. de, Suite des lettres et mémoires …, op. cit., p. 572. Ce correspondant est probablement le baron de Langerack, ambassadeur permanent des Provinces-Unies auprès de Louis XIII.
56Israel Jonathan I., Dutch Primacy in World Trade 1585-1740, Oxford, Clarendon Press, 2002 [1989], p. 80.
57Péricard à Puysieulx, 6 avril 1621, BnF, Ms. Fr. 16133, fo 250 ; Le Secrétaire d’État Della Faille à l’ambassadeur des Pays-Bas espagnols à Paris, 6 avril 1621, Österreichisches Staatsarchiv, Haus-Hof-und Staatsarchiv, Pc Belgien 29, non folioté ; Duerloo Luc, Dynasty and Piety. Archduke Albert (1598-1621) and Habsburg Political Culture in an Age of Religious Wars, Farnham, Ashgate, 2012, p. 365-366.
58Tillières à Puysieulx, 24 juin 1621, BnF, Ms. Fr. 15989, fo 83.
59Akkerman Nadine (éd.), The Correspondance of Elizabeth Stuart, Queen of Bohemia : 1603-1631, Oxford, Oxford University Press, 2015, t. I, p. 204, 205 ; Pursell Brennan C., The Winter King : Frederick V of the Palatinate and the Coming of the Thirty Years’War, Aldershot, Ashgate, 2003.
60« Minutes d’une conversation (du secrétaire Calvert ?) avec Sa Majesté », 26 août 1619, éd. Octavius Ogle et William H. Bliss, Calendar of the Clarendon State Papers Preserved in the Bodleian Library, Oxford, Clarendon Press, 1872, t. I, p. 18 ; Girolamo Lando au doge et au sénat, 10 septembre 1620, CSPV, t. XVI, p. 392.
61Smuts Malcolm, Court Culture and the Origins of a Royalist Tradition in Early Stuart England, Philadelphie, University of Pennsylvania Press, 1987, p. 24-25.
62Jacques Ier à Puysieulx, 18 juillet 1621, BnF, Ms. Fr. 15989, fo 110. Schreiber Roy E., « The First Carlisle Sir James Hay, First Earl of Carlisle as Courtier, Diplomat and Entrepreneur, 1580-1636 », Transactions of the American Philosophical Society, no 74, 1984/7, p. 39-45.
63Bréard à Puysieulx, 9 juin 1621, BnF, Ms. Fr. 15989, fo 74. Voir aussi la lettre de John Reading à Lord Zouch, 14 juin 1621, NA, SP 15/121/70 ; CSPV, vol. XVII, p. 62 ; « Plusieurs de la Religion pretendue reformee se retirent volontairement en Angleterre & a Sedan », Mercure françois 1621, t. VII, p. 386 ; Du Maurier à Puysieulx, 20 juin 1621, BnF, Ms. Fr. 15959, fo 103.
64Lord Chamberlain à Carleton, 19 juin 1621, NA, SP 15/121/88 ; Locke à Carleton, 25 septembre 1621, NA, SP 15/122/129 ; Calvert à Hay, 2 octobre 1621, British Library, Egerton 2594, fo 117.
65Du Maurier à Puysieulx, 20 juin 1621, BnF, Ms. Fr. 15959, fo 103.
66Du Maurier à Puysieulx, 15 juillet 1621, BnF, Ms. Fr. 15959, fo 126. Le Prince avait déjà tenu des propos similaires au début du mois de juin : Du Maurier à Puysieulx, 6 juin 1621, BnF, Ms. Fr. 15959, fo 97.
67Du Maurier à Puysieulx, 20 juin et 20 juillet 1621, BnF, Ms. Fr. 15959, fo 103 et 131.
68Les événements de Charenton font suite à la mort devant les murs de Montauban du duc de Mayenne, le fils de l’ancien chef de la Ligue. En apprenant la nouvelle, une foule s’attaque au temple de Charenton et aux fidèles qui le fréquentent, tuant plusieurs d’entre eux : Du Maurier à Puysieulx, 14 octobre 1621, BnF, Ms. Fr. 15959, fo 214 ; « De l’esmotion advenüe à Paris contre ceux de la Rel. prêt. ref. qui revenoient de Charenton, et de l’incendie de leur Temple », Mercure françois 1621, t. VII, p. 851-857.
69Doncaster à Calvert, 29 mai 1622, NA, SP 78/70, fo 115. Quelques jours plus tard, les Anglais dénoncent l’arraisonnement de certains de leurs bateaux dans l’estuaire de la Gironde : Tillières à Puysieulx, 10 juin 1622, BnF, Ms. Fr. 15989, fo 277 ; Zuane Pesaro au doge et au sénat, Paris, 7 juin 1622, CSPV, t. XVII, p. 338.
70Du Maurier à Puysieulx et Du Maurier au roi, 10 juin 1622, BnF, Ms. Fr. 15959, fo 277 et 279.
71Du Maurier à Puysieulx, 4 octobre 1621, BnF, Ms. Fr. 15959, fo 212.
72Du Maurier à Puysieulx, 24 août 1621, BnF, Ms. Fr. 15959, fo 143.
73Du Maurier aux États Généraux, 11 septembre 1621, BnF, Ms. Fr. 15959, fo 157.
74« Réponse des États Généraux à la harangue prononcée par monsieur Du Maurier », 12 septembre 1621, BnF, Ms. Fr. 15959, fo 165.
75Du Maurier à Puysieulx, 9 octobre 1621, BnF, Ms. Fr. 15959, fo 231.
76Du Maurier à Puysieulx, février 1622, BnF, Ms. Fr. 15959, fo 247 ; Christoforo Suran au doge et au sénat, 21 février 1622, CSPV, t. XVII, p. 244.
Auteur
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Michel De Waele
Professeur titulaire au Département des sciences historiques de l’université Laval, à Québec. Il s’intéresse particulièrement aux conflits civils qui secouent la France des guerres de Religion à la Fronde et à leurs ramifications internationales, en les regardant notamment sous l’angle de la culture politique. Auteur de plusieurs livres et articles sur ce sujet, dont Réconcilier les Français : la fin des troubles de religion (1589-1598) et Lendemains de guerre civile. Réconciliations et restaurations en France sous Henri IV parus chez Hermann en 2015, son prochain livre, L’affirmation du fait colonial dans les relations internationales : la guerre franco-anglaise de 1627-1629, sera publié par les Presses universitaires de Rennes en 2022.
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