Chapitre XV. Le copier-coller des légendes
p. 245-255
Texte intégral
Emprunt des histoires de Kūkai
1Le temple Zentsūji de la ville du même nom (département de Kagawa) a été construit sur le lieu de naissance de Kūkai, le fondateur de l’école Shingon. Dans sa cour, on peut voir un pavillon dit de « la naissance » (Tanjō.in) car il abrite le puits dont l’eau a servi à donner le premier bain de Kūkai. Dans ses environs immédiats, on peut voir un autre puits qui doit son nom d’« Honorable canne » (Ontsue no ido) au fait que Kūkai a fiché sa canne en terre et fait surgir une source à cet endroit. Ces histoires nous rappellent que l’eau fut, entre autres motifs, associée à des personnages historiques en racontant comment elle avait servi à donner leur premier bain ou comment elle avait été utilisée par ces derniers d’une manière appropriée à leur condition. Ainsi, comme Kūkai était un moine réputé pour l’efficacité de ses rituels d’invocation de la pluie, de nombreuses histoires racontent qu’il a fait jaillir des sources dans des régions arides.
2À quelques kilomètres de Zentsūji, dans la ville voisine de Marugame, on peut visiter un sanctuaire consacré à Michizane qui s’appelle Sanbuichi Tenmangū et dont l’histoire serait la suivante1 :
« On raconte qu’à l’époque où il était gouverneur de Sanuki, Messire Sugawara fit une tournée d’inspection de la province, passa au village de Harada et but de l’eau du puits qui se trouve aujourd’hui derrière le sanctuaire. L’eau était de très mauvaise qualité mais, après que Messire Sugawara en eut bu, elle devint très pure. Les villageois s’en réjouirent et utilisèrent dorénavant cette eau pour leur consommation personnelle. Ils louèrent les vertus de Messire, édifièrent un sanctuaire en son honneur et y célébrèrent son culte. Ce puits existe toujours. Il est désormais connu sous le nom de “Source aimée de Messire Michizane”. »
3Sur la rive opposée de la mer intérieure de Seto, dans la ville d’Onomichi (département de Hiroshima), se dresse un sanctuaire qui s’appelle Tarumi Tenman Jinja (sanctuaire Tenman de Tarumi)2 et dont les monographies locales présentent ainsi les prétendues circonstances de sa fondation :
« À l’époque où il était gouverneur provincial de Sanuki, Messire Sugawara no Michizane décida d’aller visiter le sanctuaire Ōyamazumi Jinja de l’île d’Ōmi [l’actuel Tarumi Tenman Jinja]. Or, il fut pris dans une tempête et se vit contraint d’aller s’abriter dans ce qui correspond aujourd’hui à la crique de Tarumi de l’île d’Ikuchi. Il essaya de descendre à terre mais les vagues étaient si hautes qu’il ne put débarquer. Ce fut alors qu’il aperçut des villageois qui tiraient un bœuf. Il les appela à l’aide. Le bœuf entra dans les flots déchaînés, le secourut et le porta sur son dos jusqu’au sommet du mont Kamenoko. Messire Sugawara se fit guider jusqu’au sanctuaire Ōyamazumi Jinja, il s’y recueillit et y passa la nuit. Au lieu-dit Ishitani, on peut voir trois pierres : la pierre sur laquelle il s’est assis, la pierre portant la marque du sabot de son bœuf et la pierre portant l’empreinte du pied de son suivant. On raconte que, si on déplace ces pierres, on se met à cracher du sang. On raconte aussi que Messire Sugawara enfonça sa canne dans le sol et fit jaillir une source. Le puits de cette eau pure existe encore. »
4Le récit des événements ayant conduit à transformer l’Ōyamazumi Jinja en un édifice voué au culte de Michizane met en scène un bœuf et invoque, ce faisant, un motif très présent dans les histoires de Michizane. Il utilise également un autre motif, celui de la découverte d’une source au moyen d’une canne. La chose a de quoi surprendre car il s’agit d’un motif que l’on ne retrouve d’ordinaire jamais dans les histoires de Michizane mais qui est, par contre, très présent dans celles de Kūkai et des moines de son école du Shingon. Il s’agit là de la grande particularité des deux récits de fondation que nous venons de découvrir : ils associent Michizane à l’eau en faisant usage d’un motif qui n’est habituellement pas employé dans ses histoires.
5Yanagita évoque le phénomène dans ses écrits. Il le qualifie de « contamination » et explique qu’un motif invoqué dans les histoires d’un temple fut parfois « emprunté » par les prêtres d’un autre temple et, moyennant quelques petits arrangements, attribué à leur divinité. L’histoire des sanctuaires Sanbuichi Tenmangū et Tarumi Tenman Jinja est très probablement le produit d’une telle contamination. La chose est d’autant plus probable que le premier se trouve près d’une source que Kūkai a fait jaillir de terre en plantant sa canne et le second est entouré de temples de l’école Shingon.
D’autres exemples de contamination
6D’autres histoires de Michizane sont, elles aussi, le résultat probable d’une contamination. Nous en trouvons un premier exemple dans la commune de Yoshino du département de Nara. Il y a là un temple qui porte le nom de Sugyōji ou « Temple de la naissance de Sugawara » car il a, paraît-il, été édifié sur le lieu de naissance de Michizane3. Étant donné la nature de cette revendication et sa proximité avec le sanctuaire Sugō Jinja de la ville de Sakai qui, comme nous l’avons vu, réclame depuis plus longtemps que lui la même origine, il se pourrait très bien que le récit de fondation du temple Sugyōji soit le résultat d’un « copier-coller » de celui du Sugō Jinja…
7Nous trouvons une nouvelle illustration du phénomène dans le département d’Ōsaka. Dans la ville de Hirakata, on raconte que Kariya (la fille légendaire de Michizane) a fait l’ascension d’une colline4 et, dans la ville voisine de Neyagawa, on raconte que Michizane a fait l’ascension d’une colline5. Les auteurs de la monographie Hirakata shi (Histoire de la ville de Hirakata, 1951)6 estiment que la « version Neyagawa » de l’histoire a été inspirée par celle de Hirakata et que les faiseurs de légende locaux ont créé leur récit en remplaçant Kariya de l’histoire originale par Michizane.
8Nous trouvons un autre exemple de « contamination » dans la commune de Kasuya (département de Fukuoka). On y raconte que le sanctuaire Beni-hime Inari Jinja a été construit à l’endroit où Beni (nom que la tradition attribue à la plus jeune fille de Michizane, celle qui l’avait suivi en exil), a été attaquée et tuée par des hommes à la solde de Fujiwara no Tokihira7 :
« Quand Messire Sugawara décéda le vingt-cinquième jour du deuxième mois de la troisième année de l’ère Engi (903), la pauvre Beni se retrouva toute seule au Gouvernement général de Dazaifu. Elle procéda aux funérailles de son père et quitta secrètement Dazaifu afin d’aller rejoindre son frère aîné Takami qui avait été condamné à l’exil dans le canton de Kōchi de l’île de Shikoku et lui remettre une lettre écrite à son intention par leur défunt père. Alarmés par sa disparition soudaine, les Fujiwara partirent à sa poursuite. Beni alla se cacher dans un village situé au pied du Mont Wakasugi, se rendit au sanctuaire Taiso Jinja Kami Miya et supplia les dieux de la protéger. Hélas, les Fujiwara n’avaient pas abandonné la poursuite. Les tueurs à leur solde retrouvèrent Beni et la poignardèrent. Profondément émus par ce terrible incident qui s’était produit il y a près de mille ans de cela, les habitants de la région ont édifié un sanctuaire au sommet du mont Yamazaki et y ont révéré Beni sous le nom d’Inari. »
9Dans une série d’articles qu’il a consacrée au sujet, l’historien local Takahashi Ryōta8 explique que les vieilles monographies de la région ne mentionnent pas la plus jeune fille de Michizane mais relatent, par contre, l’histoire de trois autres Beni. La première histoire fait d’elle la demi-sœur de l’empereur Antoku et raconte comment, après la bataille de Dan no.ura (1185), elle a été capturée et mariée de force à un membre de la famille Asō. La deuxième histoire fait de Beni l’épouse principale d’un seigneur local qui souffre de la jalousie des autres épouses et se suicide. La troisième histoire fait de Beni la fille d’un seigneur local dont les parents sont assassinés. Cette Beni prend la fuite mais, chemin faisant, elle est attaquée et tuée par des bandits. Des passants découvrent son cadavre rougi du sang de ses blessures, l’enterrent, érigent une chapelle en son honneur et l’y vénèrent sous le nom de Beni-Hime (Dame Rouge)9. Takahashi Ryōta fait remarquer que, si, dans la troisième histoire, on remplace la fille du seigneur local par celle de Michizane et les bandits par des tueurs à la solde de Tokihira, on obtient exactement la même histoire que celle du récit de fondation du Beni-hime Inari Jinja. De ceci, il en déduit que « la troisième version » de l’histoire de Beni a servi de source d’inspiration au rédacteur du récit de fondation de ce sanctuaire.
Emprunt de l’histoire de Wake no Kiyomaro
10Un dernier exemple de « contamination » nous vient de l’île de Kyūshū. On y trouve plusieurs histoires qui racontent comment, tandis qu’il voyageait en direction de sa terre d’exil, Michizane fut poursuivi par des tueurs lancés à ses trousses par son rival Fujiwara no Tokihira. Aucun document avéré ne faisant allusion à de tels événements, nous devons supposer que nous sommes en présence d’histoires fictives. Nous pouvons alors nous interroger sur les sources d’inspiration de ces histoires et avancer l’hypothèse qu’elles ont été inspirées par la condition de Michizane qui, en raison de son statut de condamné, n’était plus protégé par la loi et, de même que cela s’était produit pour d’autres aristocrates envoyés en exil, pouvait être attaqué voire tué sans que sa mort ne fût considérée comme un meurtre. Certes, mais un certain nombre de détails suggère que ces histoires font bien plus que de s’inspirer de cette situation. Le premier de ces détails réside dans le fait qu’à la différence des autres histoires qui mettent en scène Michizane et se retrouvent dans toute son aire de légende, celles à propos des assassins lancés à ses trousses sont uniquement présentes dans l’île de Kyūshū. Le second détail vient du fait que ces histoires convergent vers un lieu, le village de Fujikawa de la province d’Ōsumi (la ville actuelle de Satsumasendai du département de Kagoshima) où, nous dit-on, Michizane serait venu se réfugier et aurait passé le restant de ses jours.
11Les rédacteurs de monographies s’entendent pour considérer ces histoires comme de simples légendes et certains tels ceux du Kagoshima annai (Guide de Kagoshima, 1909)10 n’hésitent pas à écrire : « nous ne pouvons croire à ces histoires qui prétendent qu’il [Michizane] vécut et mourut en ce lieu ». Ces critiques ne sont pas nouvelles. Les auteurs de la plus vieille monographie de la région, le Sangoku meisho zu.e (1843)11, estimaient déjà que les histoires à propos de l’installation de Michizane à Fujikawa étaient des légendes :
« Les habitants [de Fujikawa] racontent comment, lorsqu’il fut exilé à Dazaifu, dans la province de Chikuzen, durant l’ère Engi, le ministre Sugawara craignit pour sa vie et partit se cacher dans la province de Satsuma. Il considéra les montagnes et les rivières comme une forteresse naturelle, vécut tranquillement et mourut, dit-on, en ce lieu. Par la suite, les villageois construisirent un sanctuaire [l’actuel Sugawara Jinja] au sommet d’une montagne, l’appelèrent Kitano et le vouèrent à son culte […]. Dans l’angle nord de la cour de ce sanctuaire, on peut voir un gros pin entouré d’un muret. Certains affirment que ce pin marque l’endroit où le ministre Sugawara a été enterré […] Les légendes à propos de l’installation et la mort de Messire Sugawara à Fujikawa relatent comment il échappa à Fujiwara no Tokihira qui voulait le tuer, simula sa mort à Dazaifu, vint se cacher dans ce village et y mourut. Nous ne savons pas s’il vint vraiment se cacher ici mais nous pensons que cette histoire n’est qu’une légende du même type que celle que l’on raconte à propos de Minamoto no Yoshitsune allant se cacher en Ezo [Hokkaidō] […]. Nous pensons que ces légendes sont le résultat d’une fusion entre l’histoire avérée et la tradition orale. »
12L’Histoire avérée affirme que Minamoto no Yoshitsune périt dans une embuscade à Koromogawa (l’actuel département d’Iwate) mais la légende prétend qu’il prit la fuite à Hokkaidō, traversa les mers et poursuivit sa carrière sous le nom de Genghis Khan12. Les histoires à propos de sa survie et de celle de Michizane sont l’expression d’un sentiment partagé par les gens de tous les pays et de toutes les époques, un sentiment qui consiste à croire que les êtres d’exception ne peuvent mourir pas dans un lit d’hôpital, un accident de la route ou une embuscade à Koromogawa ou à Roncevaux. Lorsqu’un de ces êtres d’exception est victime d’une telle injustice du destin, des récits apparaissent très vite et se chargent de rendre leur fin plus héroïque, plus adaptée à leur condition, en parlant de traitrise ou de complot ou encore en évoquant l’hypothèse d’une fuite et d’une survie.
13Les légendes à propos de la survie de Michizane se rattachent à cette tradition et leur création fut sans doute motivée par le désir de lui donner une mort plus « glorieuse » que celle, misérable, qu’il avait connue à Dazaifu. Certes, mais ce processus de réécriture de l’Histoire n’explique pas tout. Il ne permet pas de comprendre pourquoi les légendes à propos de sa survie se retrouvent uniquement dans l’île de Kyūshū ni pourquoi elles mettent en scène des tueurs envoyés à ses trousses par son rival.
14Avant d’aller plus loin, récapitulons d’abord ce que, mises bout à bout, nous disent ces légendes : Michizane est poursuivi par des assassins à la solde de Tokihira et leur échappe en se cachant dans une montagne (récit de fondation du sanctuaire Sugawara Jinja de Kitakyūshū, Yahata13) ou une maison (sanctuaire Hokuzan Jinja de Fukuoka14), en débarquant dans un port autre que celui de Fukuoka (sanctuaire Watatsumi Jinja Tenmangū de Fukuoka15) ou encore en bénéficiant de l’aide d’une habitante de la région (sanctuaires Enoki Jinja de Dazaifu16 et Terashi Sugawara Tsuna Tenjinsha d’Aira17). Après bien des péripéties, il arrive au village de Fujikawa du canton de Taki de la province de Satsuma, s’y installe et y finit tranquillement sa vie.
15Le canton de Taki en jouxte un autre qui porte le nom de Kuwabara et se trouve dans la province voisine d’Ōsumi. Comme partout ailleurs au Japon, ce canton possède son lot de légendes. La plupart d’entre elles ont pour protagoniste Wake no Kiyomaro (733-799), un aristocrate qui vécut quelques décennies avant Michizane et fut, lui aussi, condamné à l’exil à l’instigation d’un individu évoluant dans l’entourage immédiat de l’empereur.
16La vie de ce Kiyomaro est retracée dans la chronique officielle Shoku Nihon gi (796)18. On y apprend comment, en 769, un messager se présenta à la Cour alors située à Heijōkyō (Nara) et annonça que le kami du sanctuaire Usa Jingū de la province de Buzen (l’actuel département d’Oita) avait exprimé le désir de voir le moine Dōkyō succéder à l’impératrice Shōtoku. Kiyomaro fut choisi pour aller à l’Usa Jingū et obtenir confirmation de l’oracle. Là, il reçut un oracle de Hachiman qui lui rappela que seul un membre de la famille impériale pouvait devenir souverain. Kiyomaro retourna vite à la capitale et, quand il y rapporta les paroles du kami, il s’attira les foudres de Dōkyō qui, usant de son ascendant sur l’impératrice, le fit condamner à l’exil dans la province d’Ōsumi.
17La chronique officielle Nihon kōki (La suite aux annales du Japon, 840) ajoute une péripétie à cette histoire et raconte comment des tueurs à la solde de Dōkyō poursuivirent Kiyomaro et lui tendirent une embuscade19. Or, juste au moment où ils allaient passer à l’action, des gardes impériaux apparurent et escortèrent Kiyomaro jusqu’à sa terre d’exil. La chronique Mizu kagami (Le miroir d’eau, xiie siècle)20 rapporte les faits de la même manière, à ceci près que son auteur remplace les gardes par les messagers du kami Hachiman et raconte comment « trois mille voire trente mille sangliers apparurent de nulle part, se placèrent des deux côtés du chemin et escortèrent Messire Kiyomaro jusqu’à sa terre d’exil ». Ces deux chroniques rapportent que Kiyomaro fut exilé dans la province d’Ōsumi mais elles n’indiquent pas le lieu avec précision. Les traditions locales, elles, affirment qu’il fut assigné à résidence au village de Makizono du canton de Kuwabara, dans ce qui correspond aujourd’hui au quartier de Makizono de la ville de Kirishima du département de Kagoshima, et que le sanctuaire Wake Jinja se dresse sur le site de sa maison.
18Une destitution injuste, un rival politique et une condamnation à l’exil dans l’île de Kyūshū. Voilà autant de points communs qui conduisirent, semble-t-il, les faiseurs de légendes à effectuer le rapprochement entre Kiyomaro et Michizane et à s’inspirer des histoires du premier pour en créer de nouvelles au second. Le plus vieil indice de ce rapprochement se trouve dans un récit de fondation du sanctuaire Suikyō Tenmangū de Fukuoka qui a été rédigé en 1674. On y relate comment l’empereur Uda envoya des gardes à Hakata afin qu’ils accueillent Michizane à sa descente de bateau et l’escortent jusqu’au gouvernement général de Dazaifu21. L’auteur s’est, de toute évidence, inspiré du passage du Nihon kōki qui rapporte comment des gardes de l’empereur vinrent escorter Kiyomaro jusqu’à sa terre d’exil.
19Qui pouvaient bien être les faiseurs de légendes à l’origine de ce rapprochement entre Kiyomaro et Michizane ? L’auteur de la monographie Sangoku meisho zu.e (1843)22 nous fournit un indice. En effet, après avoir retracé les prétendues circonstances de la fondation du sanctuaire Sugawara Jinja, il présente le village de Fujikawa, explique que l’on y trouve des domaines ruraux appartenant au sanctuaire Dazaifu Tenmangū et, citant les traditions locales, que « des ancêtres des suivants de Sugawara no Michizane s’y sont installés ».
20Des ancêtres des suivants de Michizane qui habitent sur des terres appartenant à un sanctuaire voué à son culte ? Il s’agit là d’une revendication que nous avons déjà rencontrée dans les récits de fondation des édifices construits dans les domaines ruraux du sanctuaire Kitano Tenmangū et qui nous avait mené à formuler une hypothèse : les dépendants de basse catégorie chargés d’administrer ces domaines mirent à profit le fait qu’ils étaient des serviteurs de la forme divinisée de Michizane pour affirmer que leurs ancêtres avaient, eux, servi le personnage historique. À en juger par la présentation du Sangoku meisho zu.e, les dépendants de basse catégorie qui administraient le domaine de Fujikawa pour le compte du sanctuaire Dazaifu Tenmangū firent de même : ils réclamèrent, eux aussi, pour leurs ancêtres l’honneur d’avoir servi Michizane. Toutefois, à la différence des dépendants de basse catégorie employés dans d’autres domaines, ils ne firent pas que de se déclarer descendants des suivants de Michizane : ils s’inspirèrent aussi des histoires que l’on racontait dans le canton voisin de Kuwabara à propos de Kiyomaro et affirmèrent que Michizane avait simulé sa mort pour échapper à des tueurs lancés à ses trousses et venir habiter parmi eux.
Notes de bas de page
1Kagawa ken jinshokukai, Kagawa ken jinja shi, t. 2, op. cit., p. 213.
2Toyota gun kyōikukai, Toyota gun shi, op. cit., p. 726.
3Ueda Ryūji, Sugyōji, op. cit., introduction.
4Akisato Ritō, Kawachi meisho zu.e, op. cit., p. 384 et 385.
5Neyagawa shiyakusho, Neyagawa shi shi, op. cit., p. 97.
6Hirakata shiyakusho, Hirakata shi shi (Histoire de la ville de Hirakata), Hirakata, Hirakata shiyakusho, 1951, p. 308.
7Takahashi Ryōta, Beni hime Inari sha engi (Récit de fondation du sanctuaire Beni hime Inari sha), Kazuya gun, Beni hime Inari Jinja, 1999.
8Takahashi Ryōta, Kankō no iji (Les enfants orphelins de Messire Sugawara), in Furusato no shisen to rekishi (L’histoire et la nature de notre pays), Fukuoka, Rekishi to shisen wo mamoru kai, no 279, mars 2000, p. 1-4.
9Ryū Kanchiki et Sumita Yoshihisa, Fukuoka no densetsu (Légendes de Fukuoka), Tōkyō, Kadokawa shoten, 1979, p. 21 et 22.
10Hisatsu tetsudō kaitsūshiki kyōsankai, Kagoshima annai (Guide de Kagoshima), Kagoshima, Hisatsu tetsudō kaitsūshiki kyōsankai, 1909, p. 204 et 205.
11Godai Naozae, Sangoku meisho zu.e, op. cit., p. 17-22.
12Les rumeurs à propos de la survie de Yoshitsune apparaissent pour la première fois dans le Honchōtsugan (Miroir de notre cour, 1670) de Hayashi Razan et son fils Gahō. Son assimilation à Genghis Khan est plus tardive. Elle est mentionnée dans des ouvrages de l’époque Meiji et, plus que le reflet de croyances populaires, elle semble surtout destinée à justifier « le droit historique » du Japon à régner sur l’Asie.
13Le texte de la stèle commémorative du sanctuaire Sugawara Jinja est présenté dans Takamura Ayumu, Tenjin san arigatō, op. cit., p. 47-49.
14Ibid., p. 50 et 51.
15Dainihon jinja kai fukuoka ken shibu, Fukuoka ken jinja shi, t. 1, op. cit., p. 87 et 88.
16Yamanaka Kōsaku (dir.), Tenjin densetsu no subete to sono shinkō (Tout sur les légendes et le culte du Dieu Céleste), Dazaifu, Dazaifu Tenmangū, 2005, p. 138 et 139.
17Aira chō kyōdo shi kaitei hensan iinkai, Aira chō kyōdo shi (Monographie locale du quartier d’Aira), Aira chō, Aira chō kyōdo shi kaitei hensan iinkai, 1995, p. 848.
18Sugano no Mamichi et al., Shoku Nihon gi, t. 3, op. cit., p. 17.
19Fujiwara no Otsugu et al., Nihon kōki (La suite aux annales du Japon), t. 1, Tōkyō, Kōdansha gakujutsu bunkō, 2007, p. 194-199. Chronique officielle rédigée en 840.
20Nakayama Tadaoya ( ?), Mizu kagami (Le miroir d’eau), Tōkyō, Kasama shoin, 2011, p. 274-280. Histoire du Japon compilée au xiie siècle.
21Anonyme, Chikuyō Hakata sode no minato kagami Tenjin go engi, in Shintō taikei hensankai, Shintō taikei – jinja hen, t. 48, op. cit., p. 63-78.
22Godai Naozae, Sangoku meisho zu.e, op. cit., p. 17-22.
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