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    Plan détaillé Texte intégral Voyage et écriture La longue route de 1776 Un jeune savant dans son siècle Les promesses d’une vie En baie du bon succès Notes de bas de page Auteur

    Fragments d'une littérature littorale atlantique

    Ce livre est recensé par

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    Table des matières

    Perceptions atlantiques aux côtés de James Cook (1766-1779)

    Martine Acerra

    p. 131-147

    Texte intégral Voyage et écriture Itinéraires Auteurs Un journal, des journaux La longue route de 1776 Un officier fin narrateur Vivre la mer Vivre le bord Un jeune savant dans son siècle Les promesses d’une vie Des mots et merveilles En baie du bon succès Notes de bas de page Auteur

    Texte intégral

    1Courant les mers pour leurs affaires, la guerre ou les découvertes lointaines, les hommes embarqués, qu’ils soient marins, pilotes, matelots, négociants, passagers savants ou non, vivent les éblouissements du voyage et affrontent les fortunes de mer. Nombre d’entre eux, y compris parmi les plus modestes analphabètes, éprouvent le besoin de livrer le récit des événements qu’ils ont vécus et, au retour, en dictent les désastres subis. Les plus éduqués décrivent et publient eux-mêmes leurs aventures en y ajoutant souvent la beauté des mondes parcourus dans une relation au style simple et vivant.

    2Avant les grands voyages européens en Atlantique, de longs récits ont existé, offrant aux potentiels lecteurs d’admirables perceptions des espaces découverts. Tel est le cas, au début du xive siècle, d’Ibn Battûta et son célèbre Voyages et périples, demeurant au bénéfice du monde arabe jusqu’au xixe siècle1. Mais très rapidement, la relation des découvertes et des drames subis en Atlantique apparaît régulièrement sous la plume d’Européens. Ainsi, le récit de Francesco Manuel de Melo intitulé Le grand naufrage de l’Armada des Indes sur la côte d’Arcachon et de Saint-Jean-de-Luz, connaît sa première publication en portugais et en français en 1660, soit plus de trente ans après le désastre2. Mais, dès le drame absolu de 1627, les survivants livrent leurs témoignages à l’amirauté de Guyenne. Le Mercure de France et deux éditeurs parisiens s’en emparent et diffusent l’horrible aventure à la connaissance du public français. Francesco de Melo, quant à lui, survivant de 19 ans en 1627, attend plus de trente ans pour raconter ses souvenirs, rédigés au Brésil et publiés à Lisbonne. Le souffle de son écriture et la puissance de son style relancent la tragédie et bouleversent à nouveau le public des lecteurs.

    3L’abondance des récits de voyage publiés en France depuis le xvie siècle cache le fait que certains demeurent à l’état de manuscrit et ne connaissent aucune diffusion avant celle établie par les chercheurs d’aujourd’hui. Tel est le cas du périple du commandant Beauchesne en Terre de Feu à la fin du règne de Louis XIV, conservé sous le titre de Relation journalière du voyage fait en 1698, 1699, 1700 et 1701 par Mr de Beauchesne. L’expédition est enfin portée à la connaissance des littéraires et des historiens par sa publication en 20033. Foisonnant de descriptions et de réflexions, telles que celles sur les baies et mouillages, la rencontre avec les Patagons, la vie à bord ou encore la population de Rio de Janeiro, le texte aurait pu retenir notre attention pour aborder la littérature littorale atlantique. Pour autant, nous l’avons délaissé, ainsi que le beau texte du voyage autour du monde de Bougainville, publié en 17714. Non pas qu’il manque d’intérêt, tant s’en faut. Le discours préliminaire rédigé par Bougainville énumère les treize tours du monde effectués depuis celui de Magellan (1519-1522). Il insiste sur l’importance du premier voyage français qu’il va commander en période de paix. Il signale par ailleurs, sa médiocre écriture :

    « Quoiqu’initié aux Sciences dès ma plus tendre jeunesse, où les leçons que daigna me donner M. D’Alembert me mirent dans le cas de présenter à l’indulgence du public un ouvrage sur la Géométrie, je suis maintenant bien loin du sanctuaire des Sciences et des Lettres ; mes idées et mon style n’ont que trop pris l’empreinte de la vie errante et sauvage que je mène depuis douze ans. Ce n’est ni dans les forêts du Canada, ni dans le sein des mers, que l’on se forme à l’art d’écrire5. »

    4Ce beau texte au charme indéniable ayant retenu l’attention et les commentaires de nombreux chercheurs, il nous a semblé difficile d’y ajouter notre partition d’analyse. Tout aussi attractifs, les trois journaux de voyages de James Cook auraient pu être retenus. Mais la bibliographie abondante depuis le xixe siècle, en Angleterre comme en France, concernant l’admirable navigateur et ses pérégrinations, rend également délicat un ajout original de notre part6. En conséquence, nous n’avons pas opté pour le célèbre navigateur mais pour trois de ses accompagnateurs ayant publié leur propre récit.

    5Sydney Parkinson, jeune dessinateur naturaliste, participe au premier tour du monde de James Cook (1768-1771). John Rickman, officier de marine, et Heinrich Zimmermann, matelot, vivent le troisième et dernier (1777-1780). Ces auteurs embarquent donc avec des fonctions différentes liées à leur formation touchant à l’art du dessin, du commandement ou de la manœuvre à bord. Pour autant, chacun choisit d’écrire, de rapporter son expérience, sa perception, ses impressions lors d’un long périple où le temps en mer dépasse celui à terre. L’analyse des textes consacrés à l’Atlantique lors des traversées et des escales permet d’approcher l’organisation du récit de chacun des auteurs ainsi que ses expressions, ses ressentis, ses silences ou la manifestation de ses émotions.

    Voyage et écriture

    Itinéraires

    6Comme d’autres avant et après eux, les trois tours du monde de James Cook ont pour principal objectif la découverte et l’exploration du Pacifique. En conséquence, la traversée de l’Atlantique appartient surtout au parcours obligé pour atteindre le grand océan. Au cours du premier voyage de James Cook (1768-1771), l’Endeavour est l’unique navire de l’expédition et mène l’équipage du port de Plymouth au franchissement du cap Horn. La longue traversée nécessite des escales que le journal de Parkinson évoque, de Madère aux Canaries, de Rio de Janeiro au détroit de Le Maire7. Ainsi, l’itinéraire suit la ligne classique menant de l’Europe de l’ouest au sud du continent américain. Il n’en est pas de même pour le troisième voyage (1777-1780). Les deux navires de l’expédition parcourent l’Atlantique par un autre itinéraire, sans aucune escale, du port de Plymouth à celui du Cap au sud de l’Afrique. Les équipages connaissent ainsi une navigation ininterrompue de trois mois et demi sans toucher terre, longue traversée que les deux auteurs retenus, Rickman et Zimmermann, ne manquent pas de souligner.

    Auteurs

    7À l’origine des textes publiés, les trois auteurs retiennent l’attention par leur différence professionnelle et sociale. Âgé de 23 ans au départ de son premier voyage en mer, Sydney Parkinson fait partie des huit civils recrutés et rémunérés par Joseph Banks, lui-même savant naturaliste8. Le jeune dessinateur, retenu pour ses talents en botanique et zoologie, produit au cours du voyage une masse imposante d’esquisses et de dessins qui lui laisse cependant quelques loisirs d’écriture. Il ne peut achever ni son travail ni ses notes de papier car il meurt sur le trajet du retour de l’expédition après la fatale escale de Batavia.

    8D’âge plus avancé avec 41 ans au départ du troisième tour du monde de James Cook, John Rickman est le seul des trois auteurs retenus à être un homme de mer et un officier de marine. Il a commencé sa carrière dans la Royal Navy en 1755 et a participé à la guerre de Sept Ans (1756-1763). Fait lieutenant de vaisseau en 1760, il devient membre de l’état-major du Discovery, navire accompagnant la Résolution commandée par James Cook. Quant à Heinrich Zimmermann, personnage peu saisissable, il connaît une origine et une carrière fort différentes. Terrien et Allemand, âgé de 35 ans au départ, il précise au début de son journal avoir exercé plusieurs métiers en Allemagne, puis à Genève, Lyon, Paris, Londres, avant d’embarquer comme mousse dans l’équipage du Discovery où exerce Rickman9.

    Un journal, des journaux

    9Les pages consacrées à l’Atlantique et aux impressions qu’il fait naître varient sensiblement d’un auteur à l’autre. Parkinson livre le récit le plus long avec vingt et une pages, Rickman, dix et Zimmermann trois seulement. Ces petits récits précédant les imposants chapitres sur le Pacifique appartiennent à des journaux de voyage présentant l’originalité d’être illégaux au moment de leur publication. En effet, selon le règlement de l’Amirauté britannique qui encadre les expéditions lointaines, tous les écrits et documents du bord doivent lui être intégralement remis au retour. Ensuite, le premier journal publié, qualifié d’officiel, est celui du commandant du navire. Puis, d’autres journaux peuvent suivre après y avoir été autorisés par l’Amirauté. Or, les trois journaux que nous avons retenus paraissent tous avant ceux de James Cook. Celui, posthume, de Parkinson est en vente dès 1773, quelques mois avant le journal officiel10. Bien informé des interdictions, John Rickman publie le sien anonymement en 1781, soit trois ans avant le journal officiel11. Heinrich Zimmermann fait de même pour le sien en allemand dès 1781, paraissant en français l’année suivante.

    10Par ailleurs, du point de vue de la forme et de l’appellation, le journal de voyage diffère du journal de bord. Ce dernier est technique, au texte rare et lapidaire, fait le plus souvent de colonnes contenant les renseignements précis et journaliers sur la navigation, le climat, les stricts événements du bord12. Assez peu littéraire en somme, il peut cependant servir de base et de source à la rédaction du journal de voyage officiel, le commandant bénéficiant de sa cabine à bord pour en jeter les premières bases. Quant aux autres auteurs non officiels, ils ont dû composer avec leurs obligations au cours de l’expédition pour trouver le temps et le lieu de tenir leurs notes de voyages. Comme tous les membres d’équipage, officiers, manœuvres ou savants embarqués, ils doivent effectuer les tâches qui leur incombent, au rythme des quarts et des aléas climatiques. Matelot, Zimmermann utilise certainement ses temps de repos pour jeter discrètement ses notes sur le petit carnet en allemand qu’il évoque dans sa publication. Rickman, comme officier de l’état-major dispose d’une petite cabine à l’arrière du navire où il peut écrire quand il n’est pas de service. Parkinson, qui ne chôme pas à tenir son rôle auprès de Joseph Banks, consacre ses rares loisirs à dessiner pour lui-même des personnages et des paysages. Il rédige aussi ses notes dans la petite cabine de l’Endeavour qu’il occupe avec les instruments, les herbiers et autres produits de conservation nécessaires à la collecte de l’exploration13. Jeune naturaliste sans expérience de la mer mais riche d’un regard avide et généreux sur les aventures qu’il a vécues, Sydney Parkinson servira de point d’orgue aux trois récits retenus, inversant en quelque sorte l’ordre chronologique de ces relations sur l’Atlantique.

    La longue route de 1776

    11Focalisé sur l’espace du Pacifique et la personnalité de James Cook, dont les circonstances de la mort tragique à Hawaï motivent la publication de son témoignage, Heinrich Zimmermann consacre à peine deux pleines pages à la traversée atlantique se déroulant entre le 1er août et le 10 novembre 1777. Il ne délivre aucun détail, hormis le décès d’un matelot. Au Cap, les quelques lignes sur le ravitaillement du bord semblent vouloir éduquer le lecteur peu connaisseur de l’alimentation quotidienne. L’embarquement des animaux vivants – chèvres, brebis, étalons, juments, taureaux, génisses, paons – illustre les besoins nécessaires aux soixante-douze hommes du bord pour continuer le périple. Plymouth, cap de Bonne-Espérance, îles Canaries, royauté du Maroc et « sud-est sans faire halte sur aucune île » résument le trajet et trois mois de navigation. Ce court récit, pour décevant qu’il soit, ouvre l’intérêt pour celui de John Rickman, de taille modeste mais autrement plus riche d’expressions.

    Un officier fin narrateur

    12La publication illégale, et en conséquence anonyme, du récit de Rickman pousse l’auteur à lisser son propos afin d’en ôter toute connotation militaire. Ainsi, il évite de livrer des indications techniques de navigation – longitude, latitude, vitesse, orientation – ou de donner des repères géographiques précis. De même, il cite peu les personnes du voyage par leur nom, à l’exception de Clarke commandant du navire, de James Cook chef de l’expédition et de Harrisson, marin noyé accidentellement14. Cette prudence n’affecte cependant en rien la richesse des thèmes abordés par Rickman. « Tout est spectacle » s’exclame-t-il pour relater la longue traversée, décrire le climat, donner à comprendre au lecteur l’ambiance du bord. Thèmes que l’auteur accompagne de digressions explicatives lorsqu’il juge nécessaire de documenter et élargir son propos. Il use d’un vocabulaire riche sans être complexe, quelquefois émaillé de termes techniques. Ses phrases sont courtes, s’enchaînent avec fluidité, tout en jouant d’expressions insufflant l’ambiance maritime. « Nous eûmes un vent frais jusqu’au 7. Nous étions à la vue du cap Finistère. Alors les brouillards se noircirent, la mer devint grosse, et tout annonçait une tempête15. »

    Vivre la mer

    13Sans toucher terre, le Discovery s’en approche, donnant à l’auteur l’occasion d’expliquer la dangerosité de quelques escales à certaines périodes de l’année16. Mais la longue traversée est surtout l’occasion de garder en fil conducteur les conditions climatiques essuyées par l’équipage et le navire. Rickman sait admirablement décrire l’ensemble des éléments constitutifs des tempêtes, des orages, des ouragans.

    « Le premier septembre, nous fûmes assaillis d’une tempête affreuse ; nous nous attendions à couler bas. Le tonnerre et les éclairs auraient suffi pour nous alarmer ; mais il tomba des nappes de pluie qui manquèrent de submerger le vaisseau. Nous étions environnés des plus épaisses ténèbres, jamais peut-être on n’a vu de spectacle aussi effrayant17. »

    14Outre ces descriptions récurrentes jouant de la variation des éléments et semblant vouloir impressionner le lecteur, l’auteur en évoque les conséquences à bord, illustrant ainsi les solutions trouvées pour compenser les violences climatiques. À chaque occasion, Rickman insiste sur les capacités du navire, les décisions des officiers, l’efficacité de l’équipage. Ainsi, la foudre est combattue en installant en haut du grand mât une barre et une chaîne électriques, occasion de faire l’éloge du capitaine fin connaisseur des nouveautés techniques. Les voiles déchirées, les vergues brisées sont réparées par les charpentiers du bord. L’eau accumulée à fond de cale par les ouragans est pompée avec énergie et la coque remise en état. Ou encore, dans d’autres circonstances, lorsque l’eau potable manque à bord, Rickman explique l’utilisation précieuse de la machine à distiller l’eau de mer ou la récupération des eaux de pluie lors des orages jugés « utiles » pour l’alimentation en eau douce de l’équipage.

    15Des petites anecdotes viennent compléter les circonstances de la longue et parfois dangereuse traversée atlantique. L’immense espace n’est pas vide et les rencontres avec d’autres navires peuvent faire craindre le pire, conditions que convoque Rickman pour illustrer cette dangerosité atlantique croissante en 177618. Excellent vecteur, l’approche d’un navire est inquiétante : « [le navire] portant sur nous à toutes voiles : croyant que c’était un Corsaire américain, chacun eut ordre d’aller à son poste ». S’agissant en réalité d’un navire marchand portugais, le danger s’apaise. Mais les circonstances servent à Rickman pour souligner la réactivité du bord à se protéger contre un éventuel ennemi comme à respecter les usages de la mer consistant à porter secours et aides à ceux qui en ont besoin. Petit récit haletant, court, saisissant et éducatif pour le lecteur.

    Vivre le bord

    16Pour ce dernier, s’il est habitué aux longs récits en mer, point n’est de surprise à évoquer les conditions d’existence des hommes entassés durablement dans un espace contraint, sujet fréquemment abordé par nombres auteurs. Mais la façon dont Rickman relate l’évolution psychologique des voyageurs inexpérimentés côtoyant les solides membres d’équipage souligne dans ce cas-ci la particularité des relations entre les uns et les autres.

    17Au début et à la fin de la traversée atlantique, il s’amuse à relater de petits épisodes révélateurs. Le 1er août 1776, le Discovery met à la voile et quitte l’Angleterre. L’auteur distingue alors l’attitude de « ceux qui n’ont pas encore fait de voyage dans la mer du Sud », qui sont impatients du départ. Face à eux, les équipages « qui avaient éprouvé les fatigues d’une navigation aux environs du cercle polaire austral », attendent avec indifférence le signal d’appareillage. Puis, les jours passant, Rickman ajoute une sorte de taquinerie des expérimentés envers les nouveaux venus. Ils prédisent qu’« arrivés aux îles de glace, ils seraient condamnés à des travaux rigoureux, auraient des vivres de mauvaise qualité et pas de distraction et… ils soupireraient après le bœuf et la bière d’Angleterre ». À la fin de la traversée, après plus de trois mois sans escale, le 1er novembre 1776, Rickman indique que les expérimentés avaient raison et qu’ils tentent de soutenir moralement les nouveaux à bord ayant perdu la gaîté dont ils témoignaient au début du voyage : « la bonne humeur de leurs camarades dissipa leur tristesse ; on leur persuada que l’ennui de cette première navigation finirait bientôt, et que les plaisirs du Cap les dédommageraient de tant de fatigues ».

    18Rickman appuie sa reconstitution de l’ambiance du bord à l’aide d’un vocabulaire réparti entre les protagonistes. Impatience, gaîté, impétuosité puis tristesse d’un côté ; indifférence, bonne humeur, persuasion, de l’autre. Outre la description d’une probable réalité dans les différences de comportement à bord, le but de l’auteur semble vouloir souligner la cohésion du groupe, la solidarité, le soutien exprimé au sein de l’équipage. Vrai ou faux, arrangé ou excessif, il ne lui en reste pas moins le souci d’offrir aux lecteurs un portrait élogieux d’un équipage soudé et collectif. Thème récurrent dans les récits de voyage, il n’en illustre pas moins, chez John Rickman, un art indéniable de la narration jouant autant du beau vocabulaire que de la pédagogie.

    Un jeune savant dans son siècle

    19Aussi scientifique que stratégique, le premier tour du monde de James Cook, quittant la baie de la Tamise en août 1768, embarque à bord du navire l’Endeavour un groupe de onze savants et artistes où figure le jeune Sydney Parkinson âgé de 23 ans19. Tous ne dépendent pas du recrutement de Joseph Banks, 25 ans, aristocrate, botaniste et financeur pour partie de l’expédition20. Mais le naturaliste Daniel Carl Solander, savant botaniste suédois partisan de la nomenclature de Linné, collègue de Banks à la Royal Society de Londres, donne le niveau intellectuel de ces hommes sollicités pour parcourir le monde, découvrir la faune, la flore, l’habitat, les hommes et dresser le bilan de leurs recherches. Aux côtés des savants, trois artistes recrutés, dont Parkinson, ont le lourd labeur de dessiner les animaux et les plantes qui ne survivent que rarement à une si longue expédition.

    Portrait de Sydney Parkinson, frontispice du Voyage of the South Sea, Londres, éditeur Stanfield Parkinson, 1773

    Les promesses d’une vie

    20D’origine écossaise, Sydney Parkinson étudie le dessin et ses talents, rapidement reconnus, le font installer à Londres afin d’y poursuivre son éducation. Il est embauché au jardin botanique de Kew où Joseph Banks le repère pour ses compétences, le recrute et l’embarque à ses côtés. Bénéficiant d’une des cabines du bord où vont s’entasser progressivement les herbiers et les plus de mille dessins qu’il va produire à la demande de son employeur savant, Parkinson exécute aussi pour lui-même et à ses heures perdues d’autres esquisses et dessins de personnages ou paysages qui le séduisent21.

    21Nul doute que ces représentations privées annonçaient une diffusion de la part de Parkinson après son retour en Angleterre, probablement sous forme de tableaux. Mais la fin de l’expédition en décide autrement. Malade de la dysenterie contractée à Batavia, il meurt en mer sur le chemin du retour. Ses travaux professionnels reviennent à Joseph Banks qui souhaite aussi conserver ses papiers personnels, au grand scandale de Stanfield Parkinson, frère de Sydney, qui s’estime propriétaire légitime des papiers familiaux. La situation s’envenime, la tension monte, mais Stanfield parvient à récupérer les papiers de voyage et à en publier la première version en 1773, quelques mois avant l’édition officielle de James Cook22.

    22L’étude du récit publié s’appuie donc sur un texte dont nous ne connaissons pas exactement l’écriture, la construction, le choix du contenu. La part de chacun des deux frères est impossible à déceler réellement. Gageons cependant que Stanfield a souhaité rendre hommage à son frère en conservant au mieux ses propos, qu’il fait d’ailleurs accompagner de ses dessins privés illustrant les chapitres du voyage dont celui, par exemple, sur la Terre de Feu23.

    Des mots et merveilles

    23Parmi les nombreux aspects évoqués dans les pages de Sydney Parkinson, nous souhaitons d’abord retenir sa propension de non-marin à jouer au marin. En phrases courtes, simples, précises, il décrit la longue traversée et ses différentes étapes à l’aide de notions nautiques dont nous pouvons supposer qu’il les a empruntées aux officiers chargés de la navigation. Ainsi, il donne à son récit des allures de journal de bord – à l’inverse de Rickman officier de marine évoqué ci-dessus – avec un contenu traditionnel nourri de dates, longitudes, latitudes, distances parcourues, forces du vent, directions empruntées. Mais avec élégance et fluidité, il ponctue ce « journal » d’indications sur les lieux d’escale ou de terres et d’îles entrevues. Les repères géographiques viennent ainsi guider le lecteur dans le foisonnement du parcours où vingt-cinq noms sont cités entre Plymouth et la Terre de Feu.

    24Il semble que le fil conducteur ainsi établi permette à l’auteur d’ouvrir sur d’autres thèmes, cette fois proches de sa compétence professionnelle et de ses goûts personnels. Dessinateur naturaliste, il évoque les découvertes effectuées au cours de la navigation, avec des oiseaux encore inconnus mais qu’il compare à « notre bergeronnette d’eau ou hochequeue » ; avec de nombreux poissons dont la découverte « fournit extrêmement matière à conjecture pour nos naturalistes », souligne-t-il.

    Grondin volant, Brésil, 1768, Natural History Museum

    25Un petit passage élogieux fait sentir combien le jeune Parkinson s’épanouit de bonheur à la beauté du monde et sait transmettre ses émotions au lecteur. Le 13 novembre 1768, l’Endeavour obtient l’autorisation de jeter l’ancre en baie de Rio de Janeiro mais sans que ses hommes puissent mettre pied à terre24. Nuitamment, quelques hommes, dont Banks, Solander et Parkinson « fort chagrins » de l’interdiction, font une descente à terre en toute discrétion. Ils se laissent glisser à minuit hors du navire, grimpent à bord d’une barque et gagnent en silence le rivage. L’émotion de cette virée nocturne interdite est telle pour Sydney qu’il abandonne exceptionnellement son usage constant de la 3e personne du pluriel pour la 1re du singulier :

    « Quand le jour paraissait, mes yeux étaient enchantés des points charmants qui s’offraient de tous côtés. Je découvris, dans une haie, une grande quantité de plantes très curieuses et en fleurs qui toutes m’étaient entièrement inconnues. J’en pris de tant d’espèces que j’en étais très chargé. »

    Vigne à fleurs d’orchidée, Rio de Janeiro, 1768, Natural History Museum, planche B5

    26En fait, Parkinson marque souvent son éblouissement face aux paysages ou aux phénomènes naturels, sans pour autant les expliquer. L’île de Madère, sa première escale atlantique après le départ, est décrite comme un « pays couvert de montagnes, entièrement cultivées. Il est abondant en vins, fruits, citrons et oranges et ressemble à un immense et beau jardin ». Une éclipse de lune, des « rayons de feu », des explosions sont signalés sans chercher pour autant à effrayer ou inquiéter le lecteur.

    27Le vocabulaire des sentiments et des sensations ressentis émaille le récit, du plaisir au déplaisir, du chagrin à la curiosité, du charme et de l’enchantement au malheur, au danger, à l’accident et au désespoir. Le rédacteur porte une attention constante à ouvrir l’éventail des petits et grands événements observés, mettant en scène les acteurs du voyage dans le décor renouvelé des escales. La dernière de la traversée atlantique offre sous sa plume un condensé de descriptions et de remarques caractéristique de son style.

    En baie du bon succès

    28Cinq jours d’escale sont nécessaires dans cette baie bordant le détroit de Le Maire afin d’aménager l’Endeavour pour le passage du cap Horn. L’occasion est saisie par les enthousiastes savants pour quitter le bord et parcourir les espaces inconnus de la Terre de Feu, herboriser et rencontrer les Indiens, ainsi que les nomme Sydney Parkinson, comme nombre d’autres explorateurs25. Le jeune dessinateur énumère les plantes et les animaux, décrit les paysages, les huttes d’habitation – « à peine un faible asile à des créatures humaines » – et les hommes, dont les peintures corporelles, les vêtements, les parures « ingénieuses » retiennent particulièrement son attention méticuleuse.

    Famille de Terre-Neuve, planche I de l’édition du Voyage of the South Sea, Londres, Stanfield Parkinson, 1773

    « Ces Indiens ont l’air sauvage et grossier ; ils ont le visage plat, les yeux petits et noirs, le front bas, le nez à peu près comme celui des nègres, avec de larges narines, des joues élevées, de grandes bouches et de petites dents ; leurs cheveux sont épais et noirs ; ils les laissent tomber sur le front et les oreilles, que la plupart d’entr’eux enduisent d’une graisse brune et rouge ; mais, semblables aux habitants originaires de l’Amérique, ils n’ont point de barbe… les personnes des deux sexes avaient le visage et différentes parties du corps peints de blanc, de rouge et de brun ; et différentes lignes, formées de petits points, étaient empreintes aussi sur leur figure26… »

    29Il relate également une malheureuse descente à terre à laquelle il n’a pas participé mais dont il décrit le dramatique déroulement à partir des témoignages reçus. Trois savants débarquent pour explorer un territoire inconnu et ses montagnes enneigés. La petite équipe est constituée de Joseph Bank et de son collègue Solander, tous deux naturalistes, de Buchan, peintre de paysage, et de trois domestiques de Banks dont deux Noirs. Tous parcourent l’espace avec un manque certain de prudence. Le froid sévit, la nuit s’écoule sans qu’ils puissent rejoindre le navire. Deux domestiques en meurent. Le paysagiste Buchan tombe malade et en mourra plus tard à Tahiti. Les survivants parviennent à rejoindre le bord et Sydney Parkinson écrit : « toute la compagnie, vers les 11 h, regagna le vaisseau et nous fûmes charmés, car nous commencions à en désespérer ».

    30La richesse du vocabulaire décrivant le décor, l’ambiance, les sensations humaines liées à cet épisode évoqué en quatre longues pages s’avère foisonnante et dramaturgique.

    « Un accident malheureux » 24 h en terre inconnue

    DécorPersonnages
    Des montagnes couvertes de neige

    L’air si extraordinairement froid


    Un climat étranger et barbare

    Le temps ne suit point les désirs de l’homme

    Le froid était si vif

    Un désert sauvage dans lequel aucun chemin n’était tracé

    La nuit étant très obscure
    [Ils] perdent le chemin du retour
    [Ils] s’égarèrent, ne sachant où aller
    Craignent de s’exposer la nuit
    [La nuit] mit fin à leurs espérances et leur causa les plus vives alarmes
    Tous épuisés, hors d’haleine, engourdis par le froid
    Les dangers dont tous sont menacés
    Crainte de s’endormir et de passer des bras du sommeil dans ceux de la mort
    Effrayé du danger imminent
    [Deux hommes] trop fortement plongés dans le sommeil de la mort
    Il se mit à fuir et crier de toutes ses forces
    Reprenant alors un nouveau courage
    Exposer vainement sa propre vie
    Les malheureux étaient morts de froid

    31Ces évènements tragiques, suivis du départ pour le passage du cap Horn, résonnent d’une digression inattendue lorsque l’Endeavour longe la terre des États et la décrit27.

    « [Elle] offre le plus affreux aspect : ce n’est que rochers, qu’épouvantables précipices, couverts de neige, et entièrement inhabités ; c’est un de ces sites que la nature seule a formés, et qu’on ne peut envisager sans frémir. – Que les ouvrages de la divinité sont étonnamment diversifiés dans les limites étroites du globe que nous habitons ! »

    32Il semble que le jeune dessinateur veuille ainsi résumer ses réflexions issues du tragique épisode précédent, insérant alors une digression sur l’origine du globe, de l’univers, des œuvres du Créateur dont la « puissance et l’intelligence » guident la main. La fonction de Sydney, proche de celle des scientifiques qu’il accompagne, le porte à livrer au lecteur un constat personnel :

    « Et plus nous recherchons, plus nous trouvons à admirer la puissance, la sagesse, la bonté de l’ordonnateur souverain de l’univers, dont les attributs se développent amplement dans ses œuvres. »

    33Issue ou non de lectures, née de la plume de Sydney ou de son frère Stanfield, la remarque s’achève par l’ouverture philosophique : « Les objets regardés ne font-ils pas voir la main de Dieu dans leur origine ? »

    ***

    34Le voyageur au long cours d’aujourd’hui, pour conserver ses souvenirs ou pour les diffuser, use de toutes les techniques actuelles. Il accumule en masse les images, les sons, les écrits. Puis il opère les sélections qui lui paraissent pertinentes pour transmettre sa vision du monde à un public désormais saturé de publications, films, ou vidéos de tous ordres. Au temps de la marine à voile, le rythme du voyage et les moyens de publication diffèrent sensiblement.

    35Les si longs périples de plus de deux ans laissent des loisirs aux potentiels narrateurs pour accumuler, en de petites notes quotidiennes jetées sur le papier ou un carnet secret, la mémoire qu’ils veulent fixer. Pour autant la mise en forme, l’écriture, la publication ne sont pas aisées. À l’exception des voyages que nous avons évoqués. Leur illégalité et la rapidité de leur édition révèlent leur avidité à publier un récit attendu par des lecteurs amateurs des voyages, dont l’annonce des retours excite leur convoitise. Les auteurs, tels que Heinrich Zimmermann, glissent rapidement hors de l’Atlantique puisque, de toute évidence, le récit vise le Pacifique et la mort de James Cook28. Ce basculement événementiel montre la recherche de sensationnel et de succès voulus par le matelot allemand. En revanche, malgré le même évident souci de reconnaissance et de réussite de leur publication, Parkinson et Rickman optent, à dix ans d’intervalle, pour un choix d’écriture que semble guider leur souci de véracité des faits et d’exactitude des découvertes. Le jeune Sydney n’a pas encore usé sa fraîcheur et sa simplicité d’expression lors des premiers mois de sa navigation. Malgré les moments difficiles, tout semble lumineux, joyeux, léger pour évoquer les sujets de sa compétence tels que les plantes et les animaux découverts par les savants et lui-même. Chez le marin John Rickman, les thèmes favoris diffèrent mais le goût de la beauté est également présent quoique nuancé par les violentes anecdotes climatiques. L’harmonie du bord, réelle ou surévaluée, présente aussi sous sa plume une constante sociale soulignée avec une relative justesse. Ces petits détails, qui n’ont l’air de rien, offrent aux récits une saveur mêlée de charme, que le vocabulaire de l’un et l’autre développe, avec simplicité, par une lecture attractive et soutenue.

    Notes de bas de page

    1Ibn Battûta, « Voyages et périples, présent à ceux qui aiment à réfléchir sur les curiosités des villes et les merveilles des voyages », in Collectif, Voyageurs arabes, Paris, Gallimard, 1995, p. 370-1050.

    2Melo Francisco Manuel de, Le grand naufrage de l’armada des Indes sur les côtes d’Arcachon et de Saint-Jean-de-Luz (1627), traduction de Gorge Boisvert, préface de Xavier de Castro, Paris, Chandeigne, 2020.

    3Duplessis, Périple de Beauchesne à la Terre de Feu (1698-1701), texte établi et annoté par Julie Boch, présenté par Marie Foucard, Paris, Transboréal, 2003. Le manuscrit est conservé au SHD Vincennes, cote SH 223.

    4Voyage autour du monde par la frégate du roi la Boudeuse et la flûte l’Etoile, en 1766, 1767, 1768 et 1769, Paris, chez Sayant et Nyon, 1771, avec approbation du roi.

    5Ibid., discours préliminaire, p. 16.

    6Spate Oskar Hermann Kristian, Paradise Found and Lost in the Pacifique since Magellan, vol. III, Canberra, Australian University Press, 1988, p. 127. Y sont évoqués plus de 5 000 ouvrages consacrés à James Cook publiés en Angleterre.

    7Parkinson Sydney, A Journal of a Voyage to the South Seas in His Majesty’s Ship, the Endeavour, Londres, Stanfield Parkinson, 1773 ; Parkinson Sydney, Voyage autour du monde sur le vaisseau de Sa Majesté britannique l’Endeavour, Paris, Imprimerie de Guillaume, An cinquième, 1797.

    8Joseph Banks, âgé de 25 ans, héritier d’une fortune familiale, engage huit personnes et finance en partie le premier tour du monde de James Cook. Il recrute deux naturalistes, Solander et Spöring, deux dessinateurs, Parkinson et Buchan, deux de ses métayers et deux domestiques noirs. Seuls survivent du voyage lui-même, ses deux métayers et le naturaliste Solander.

    9Zimmermann Henri, témoin oculaire, Dernier voyage du capitaine Cook autour du monde où se trouvent les circonstances de sa mort, et traduit avec un abrégé de la vie de ce navigateur célèbre, et des notes, Berne, chez la nouvelle Société typographique, 1782, p. 1-2. L’édition en allemand est parue en 1781, l’anglaise en 1926.

    10Voir plus loin, le chapitre « Un jeune savant dans son siècle ».

    11Rickman John, Journal of Captain Cook’s Last Voyage to the Pacific Ocean, on Discovery, performed in the Years 1776, 1777, 1778, 1779, Dublin, Price and Co, 1781 ; Troisième voyage de Cook ou Journal d’une expédition faite dans la mer Pacifique du Sud et du Nord, en 1776, 1777, 1778, 1779 et 1780, traduit de l’anglais, Paris, chez Pissot et Laporte, 1782.

    12Cook James, Endeavour Journal, Londres, British Library, Add. Ms 27955, 753 p. Bel exemple de l’accumulation officielle des faits pratiques, techniques, évènementiels dans la relation des jours et nuits du long voyage.

    13Plan en coupe de la répartition des cabines de l’Endeavour, chantier naval de Deptford, juillet 1768, Londres, National Maritime Museum, ZAZ6593. La place de la bibliothèque scientifique et des instruments astronomiques y est également indiquée dans une autre cabine arrière.

    14Le noyé est capitaine des soldats de marine ; le commandant est présenté sous son seul nom ; le savant est désigné comme « notre astronome », sans autre indication.

    15Rickman John, op. cit., p. 65. Il s’agit du 7 août.

    16Il s’agit de La Praia, île Santiago, archipel du Cap Vert, ibid., p. 66-67.

    17Ibid., p. 67.

    18Les relations dégradées entre les Anglais et les habitants de leurs Treize Colonies d’Amérique provoquent la déclaration d’Indépendance des futurs États-Unis d’Amérique le 4 juillet 1776. En termes diplomatiques, la révolte américaine peut être datée d’avril 1775 avec la première résistance remportée à Lexington. Il en résulte une vigilance accrue de chacun des protagonistes en mer susceptibles d’être attaqués.

    19Le premier voyage autour du monde vise deux opérations principales : l’observation du passage de Vénus devant le disque solaire ; la recherche d’une mythique « Terre australe » au sud du Pacifique.

    20Voir plus haut.

    21Joppien Rüdiger, « Les artistes des expéditions » in James Cook et la découverte du Pacifique, Berne, musée historique de Berne, Imprimerie nationale éditions, 2010, p. 112. Le travail pour Joseph Banks représente 955 dessins botaniques, 377 zoologiques. Les œuvres personnelles de Sydney Parkinson constituent 140 dessins parvenus dans les fonds d’aujourd’hui.

    22Voir plus haut, pour la version anglaise en 1773, la française en 1797. Une seconde édition, remaniée par Joseph Banks et son entourage, est publiée en 1784.

    23Outre le dessin de la famille de Fuégiens, citons, par exemple, celui du village de huttes de la baie du Bon Succès, escale en Terre de Feu. L’utilisation des dessins privés de Sydney Parkinson est clairement signalée sur la page de titre de la publication originale de 1773. Notons par ailleurs que la querelle Banks/Parkinson finit par rendre hommage aux admirables dessins personnels de Sydney puisque les plus célèbres d’entre eux sont repris par Banks qui les fait redessiner élégamment par cinq artistes (dont Cipriani et Bartolozzi) pour les faire figurer dans le récit officiel de James Cook. Citons pour exemple le parallèle entre les dessins des Maoris publiés chez Parkinson et chez Cook.

    24Parkinson Sydney, op. cit., p. 5. Escale du 13 novembre au 7 décembre 1768, nécessaire pour entretenir le navire, refaire son ravitaillement et préparer le passage du cap Horn.

    25Sydney Parkinson n’est pas le seul à relater cette escale. James Cook, entre autres, tient des descriptions de même ordre mais au style et aux centres d’intérêt différents. La traduction française du premier voyage de Cook est très médiocre et tronquée. L’escale de cinq jours est réduite à la description des Indiens rencontrés le 16 janvier 1769. Cook James, Relations de voyages autour du monde, Paris, La Découverte, 1998, p. 30-32.

    26Parkinson Sydney, op. cit., p. 14-15, planche I : « A man, woman and child, natives of Terra del Fuego in the drefs of that country. »

    27Ibid., p. 19. Île au large de la Terre de Feu et créant le passage de Le Maire.

    28Voir l’introduction d’Isabelle Merle et son interprétation de la mort de James Cook, accompagnant la réédition du récit de Zimmermann Henri, Toulouse, Anacharsis Éditions, 2019.

    Auteur

    • Martine Acerra

      Professeur émérite en histoire moderne de l’université de Nantes, membre du Centre de recherche en histoire internationale atlantique (CRHIA) et membre et éditrice-annotatrice de l’association ENCCRE, Édition numérique collaborative et critique de l’encyclopédie (1757-1772) pour des articles et planches Marine.

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    Martine Acerra

    Jean Pierre Étienne, entre compétences et opportunités. Regards sur soi d’un mousse, devenu officier de marine (1782-1798)

    Martine Acerra

    Préface

    Martine Acerra

    Conclusion générale

    Martine Acerra et Patrice Guillotreau

    Fortune de mer au xviiie siècle ou comment s’enrichir quand on est un modeste pilote du roi à Rochefort

    Martine Acerra

    Sur mers, îles et terres… sauf au Brésil

    Martine Acerra

    Protéger et projeter les forces navales. Quelles infrastructures pour quelle politique ?

    Essai de comparaison. Angleterre, France, Espagne (xviie - xviiie siècles)

    Martine Acerra

    Architecture urbaine et arsenal De Brouage à Rochefort

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    1Ibn Battûta, « Voyages et périples, présent à ceux qui aiment à réfléchir sur les curiosités des villes et les merveilles des voyages », in Collectif, Voyageurs arabes, Paris, Gallimard, 1995, p. 370-1050.

    2Melo Francisco Manuel de, Le grand naufrage de l’armada des Indes sur les côtes d’Arcachon et de Saint-Jean-de-Luz (1627), traduction de Gorge Boisvert, préface de Xavier de Castro, Paris, Chandeigne, 2020.

    3Duplessis, Périple de Beauchesne à la Terre de Feu (1698-1701), texte établi et annoté par Julie Boch, présenté par Marie Foucard, Paris, Transboréal, 2003. Le manuscrit est conservé au SHD Vincennes, cote SH 223.

    4Voyage autour du monde par la frégate du roi la Boudeuse et la flûte l’Etoile, en 1766, 1767, 1768 et 1769, Paris, chez Sayant et Nyon, 1771, avec approbation du roi.

    5Ibid., discours préliminaire, p. 16.

    6Spate Oskar Hermann Kristian, Paradise Found and Lost in the Pacifique since Magellan, vol. III, Canberra, Australian University Press, 1988, p. 127. Y sont évoqués plus de 5 000 ouvrages consacrés à James Cook publiés en Angleterre.

    7Parkinson Sydney, A Journal of a Voyage to the South Seas in His Majesty’s Ship, the Endeavour, Londres, Stanfield Parkinson, 1773 ; Parkinson Sydney, Voyage autour du monde sur le vaisseau de Sa Majesté britannique l’Endeavour, Paris, Imprimerie de Guillaume, An cinquième, 1797.

    8Joseph Banks, âgé de 25 ans, héritier d’une fortune familiale, engage huit personnes et finance en partie le premier tour du monde de James Cook. Il recrute deux naturalistes, Solander et Spöring, deux dessinateurs, Parkinson et Buchan, deux de ses métayers et deux domestiques noirs. Seuls survivent du voyage lui-même, ses deux métayers et le naturaliste Solander.

    9Zimmermann Henri, témoin oculaire, Dernier voyage du capitaine Cook autour du monde où se trouvent les circonstances de sa mort, et traduit avec un abrégé de la vie de ce navigateur célèbre, et des notes, Berne, chez la nouvelle Société typographique, 1782, p. 1-2. L’édition en allemand est parue en 1781, l’anglaise en 1926.

    10Voir plus loin, le chapitre « Un jeune savant dans son siècle ».

    11Rickman John, Journal of Captain Cook’s Last Voyage to the Pacific Ocean, on Discovery, performed in the Years 1776, 1777, 1778, 1779, Dublin, Price and Co, 1781 ; Troisième voyage de Cook ou Journal d’une expédition faite dans la mer Pacifique du Sud et du Nord, en 1776, 1777, 1778, 1779 et 1780, traduit de l’anglais, Paris, chez Pissot et Laporte, 1782.

    12Cook James, Endeavour Journal, Londres, British Library, Add. Ms 27955, 753 p. Bel exemple de l’accumulation officielle des faits pratiques, techniques, évènementiels dans la relation des jours et nuits du long voyage.

    13Plan en coupe de la répartition des cabines de l’Endeavour, chantier naval de Deptford, juillet 1768, Londres, National Maritime Museum, ZAZ6593. La place de la bibliothèque scientifique et des instruments astronomiques y est également indiquée dans une autre cabine arrière.

    14Le noyé est capitaine des soldats de marine ; le commandant est présenté sous son seul nom ; le savant est désigné comme « notre astronome », sans autre indication.

    15Rickman John, op. cit., p. 65. Il s’agit du 7 août.

    16Il s’agit de La Praia, île Santiago, archipel du Cap Vert, ibid., p. 66-67.

    17Ibid., p. 67.

    18Les relations dégradées entre les Anglais et les habitants de leurs Treize Colonies d’Amérique provoquent la déclaration d’Indépendance des futurs États-Unis d’Amérique le 4 juillet 1776. En termes diplomatiques, la révolte américaine peut être datée d’avril 1775 avec la première résistance remportée à Lexington. Il en résulte une vigilance accrue de chacun des protagonistes en mer susceptibles d’être attaqués.

    19Le premier voyage autour du monde vise deux opérations principales : l’observation du passage de Vénus devant le disque solaire ; la recherche d’une mythique « Terre australe » au sud du Pacifique.

    20Voir plus haut.

    21Joppien Rüdiger, « Les artistes des expéditions » in James Cook et la découverte du Pacifique, Berne, musée historique de Berne, Imprimerie nationale éditions, 2010, p. 112. Le travail pour Joseph Banks représente 955 dessins botaniques, 377 zoologiques. Les œuvres personnelles de Sydney Parkinson constituent 140 dessins parvenus dans les fonds d’aujourd’hui.

    22Voir plus haut, pour la version anglaise en 1773, la française en 1797. Une seconde édition, remaniée par Joseph Banks et son entourage, est publiée en 1784.

    23Outre le dessin de la famille de Fuégiens, citons, par exemple, celui du village de huttes de la baie du Bon Succès, escale en Terre de Feu. L’utilisation des dessins privés de Sydney Parkinson est clairement signalée sur la page de titre de la publication originale de 1773. Notons par ailleurs que la querelle Banks/Parkinson finit par rendre hommage aux admirables dessins personnels de Sydney puisque les plus célèbres d’entre eux sont repris par Banks qui les fait redessiner élégamment par cinq artistes (dont Cipriani et Bartolozzi) pour les faire figurer dans le récit officiel de James Cook. Citons pour exemple le parallèle entre les dessins des Maoris publiés chez Parkinson et chez Cook.

    24Parkinson Sydney, op. cit., p. 5. Escale du 13 novembre au 7 décembre 1768, nécessaire pour entretenir le navire, refaire son ravitaillement et préparer le passage du cap Horn.

    25Sydney Parkinson n’est pas le seul à relater cette escale. James Cook, entre autres, tient des descriptions de même ordre mais au style et aux centres d’intérêt différents. La traduction française du premier voyage de Cook est très médiocre et tronquée. L’escale de cinq jours est réduite à la description des Indiens rencontrés le 16 janvier 1769. Cook James, Relations de voyages autour du monde, Paris, La Découverte, 1998, p. 30-32.

    26Parkinson Sydney, op. cit., p. 14-15, planche I : « A man, woman and child, natives of Terra del Fuego in the drefs of that country. »

    27Ibid., p. 19. Île au large de la Terre de Feu et créant le passage de Le Maire.

    28Voir l’introduction d’Isabelle Merle et son interprétation de la mort de James Cook, accompagnant la réédition du récit de Zimmermann Henri, Toulouse, Anacharsis Éditions, 2019.

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    Acerra, M. (2024). Perceptions atlantiques aux côtés de James Cook (1766-1779). In C. Brion (éd.), Fragments d’une littérature littorale atlantique. Rennes: Presses universitaires de Rennes. https://doi.org/10.4000/13scz
    Acerra, Martine. « Perceptions atlantiques aux côtés de James Cook (1766-1779) ». In Fragments d’une littérature littorale atlantique, édité par Charles Brion. Rennes: Presses universitaires de Rennes, 2024. doi:10.4000/13scz.
    Acerra, Martine. « Perceptions atlantiques aux côtés de James Cook (1766-1779) ». Fragments d’une littérature littorale atlantique, édité par Charles Brion, Presses universitaires de Rennes, 2024, https://doi.org/10.4000/13scz.

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    Brion, C. (éd.). (2024). Fragments d’une littérature littorale atlantique. Rennes: Presses universitaires de Rennes. https://doi.org/10.4000/13sjn
    Brion, Charles, éd. Fragments d’une littérature littorale atlantique. Rennes: Presses universitaires de Rennes, 2024. doi:10.4000/13sjn.
    Brion, Charles, éditeur. Fragments d’une littérature littorale atlantique. Presses universitaires de Rennes, 2024, https://doi.org/10.4000/13sjn.
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