• Contenu principal
  • Menu
OpenEdition Books
  • Accueil
  • Catalogue de 16479 livres
  • Éditeurs
  • Auteurs
  • Facebook
  • X
  • Partager
    • Facebook

    • X

    • Accueil
    • Catalogue de 16479 livres
    • Éditeurs
    • Auteurs
  • Ressources numériques en sciences humaines et sociales

    • OpenEdition
  • Nos plateformes

    • OpenEdition Books
    • OpenEdition Journals
    • Hypothèses
    • Calenda
  • Bibliothèques

    • OpenEdition Freemium
  • Suivez-nous

  • Lettre d’information
OpenEdition Search

Redirection vers OpenEdition Search.

À quel endroit ?
  • Presses universitaires de Rennes
  • ›
  • Essais
  • ›
  • La représentation dans la recherche en l...
  • ›
  • Peut-on avoir la mouche à l’oreille ? ¿P...
  • Presses universitaires de Rennes
  • Presses universitaires de Rennes
    Presses universitaires de Rennes
    Informations sur la couverture
    Table des matières
    Liens vers le livre
    Informations sur la couverture
    Table des matières
    Formats de lecture

    Plan

    Plan détaillé Texte intégral Introduction Aux origines d’une approche « non représentationnaliste » : quelques discussions de la notion de « représentation » Proposition d’approche « par le signifiant » : l’exemple de avoir la puce à l’oreille/ tener la mosca detrás de la oreja et de leurs réseaux en français et en espagnol 3. Deux structures à comparant animalier : aburrirse como una ostra/ s’ennuyer comme un rat mort, du parangon au réseau submorphémique Quelques autres unités phraséologiques à composante animalière… Conclusion Bibliographie Notes de bas de page Auteur

    La représentation dans la recherche en langues et cultures étrangères

    Ce livre est recensé par

    Précédent Suivant
    Table des matières

    Peut-on avoir la mouche à l’oreille ? ¿Puede uno andar con la pulga detrás de la oreja?

    Essai d’approche comparée et non représentationnaliste de quelques unités phraséologiques à composante animalière en français et en espagnol

    Marine Poirier

    p. 415-459

    Résumé

    Dans l’optique de contribuer à la définition et à la problématisation collective de la notion de « représentation », l’article interroge les apports d’une approche dite « non représentationnaliste » du signe en linguistique à l’étude de quelques unités phraséologiques à composante animalière (puce, mouche, rat, huître, etc.) de l’espagnol et du français. On commence par poser les principes du « non-représentationnalisme » en sciences cognitives en général puis en linguistique en particulier, et on avance ensuite la proposition d’analyse. Notre hypothèse est que, au-delà d’une motivation représentationnelle souvent prêtée à ces expressions animalières, ces dernières se comprennent et s’expliquent peut-être aussi par la structure même des signifiants (animaliers) qu’elles font intervenir et par les réseaux analogiques qui se tissent autour de ces signifiants.

    Texte intégral Introduction Aux origines d’une approche « non représentationnaliste » : quelques discussions de la notion de « représentation » Quelle(s) définition(s) du terme « représentation » ? Le non-représentationnalisme en sciences cognitives : de la représentation à l’énaction Représentation et signe linguistique : du signe comme aliquid quod stat pro aliquo au signifiant comme opération guidant la construction du sens L’étude de la structure des signifiants dans une linguistique du signifiant énactivisante Proposition d’approche « par le signifiant » : l’exemple de avoir la puce à l’oreille/ tener la mosca detrás de la oreja et de leurs réseaux en français et en espagnol Démarche adoptée Les réseaux signifiants de puce en français Les réseaux signifiants de mosca en espagnol 3. Deux structures à comparant animalier : aburrirse como una ostra/ s’ennuyer comme un rat mort, du parangon au réseau submorphémique Les « structures à parangon » : que serait une approche représentationnelle ? Approche non représentationnelle « par le signifiant » Arrêt sur la notion de « définition anagrammatique » Quelques autres unités phraséologiques à composante animalière… En français : du zèbre au lapin … et quelques autres en espagnol : poulpe, loir et perdrix Conclusion Bibliographie Notes de bas de page Auteur

    Texte intégral

    Introduction

    1Dans le cadre du présent ouvrage collectif sur la notion de « représentation », le titre de notre contribution, en faisant apparaître l’idée d’une approche « non représentationnaliste », a sans doute au premier abord quelque chose de surprenant. Le « non-représentationnalisme » correspond à une certaine tendance dans la recherche en sciences cognitives, qui repose sur un usage particulier du terme « représentation » – qu’il importera avant tout de définir et de positionner éventuellement par rapport à d’autres –, et qui ouvre un certain nombre de pistes de recherche récentes et fructueuses1 dans l’étude du fait langagier en général (place, rôle et statut du langage dans l’ensemble du fonctionnement cognitif de l’être vivant) et des phénomènes linguistiques en particulier (structuration des signes linguistiques en paradigmes et en réseaux, genèse et renouvellement de ces signes, fonctionnement et mode de construction du sens). En proposant une recherche s’appuyant sur cette tendance, on souhaite à la fois apporter de l’eau au moulin collectif des définitions et problématisations possibles de la notion de « représentation », et en offrir une approche sinon alternative, du moins complémentaire.

    2« Peut-on avoir la mouche à l’oreille ?/¿Puede uno andar con la pulga detrás de la oreja? » Voilà qui croise deux unités phraséologiques à composante animalière du français et de l’espagnol, la première se construisant habituellement avec « puce », la deuxième avec « mosca » (« mouche »)2. Dans l’affaire, ni puce ni mouche d’un point de vue référentiel3 : il est question, dans les deux cas, de « soupçonner » quelque chose, d’avoir été discrètement alerté de la survenance possible d’un événement ou d’une situation. C’est ce qui a motivé les études linguistiques sur le figement à parler, dans ce cas, de « décrochage référentiel » – ou « aréférenciation » (Gréciano, 1983) – de tout ou partie de la séquence figée, qui semblerait à première vue délaisser un référent potentiellement attendu (la puce, la mouche) ; d’où s’ensuit une forme de « non-compositionnalité du sens4 », puisqu’« aucune connaissance si approfondie soit-elle de la valeur sémantique des mots chien, entre, loup, ne permet d’en déduire la signification de l’expression entre chien et loup, à savoir “au crépuscule” » (Anscombre, 2011 : 20).

    3C’est précisément ce qui fait l’engouement pour ce genre d’unités phraséologiques (UP) : nombreux sont les sites internet ou les livres de vulgarisation dédiés aux expressions idiomatiques qui proposent d’en retrouver l’étymologie possible et de tenter d’expliquer le choix de telle ou telle composante animalière – notamment lorsque celle-ci paraît assez surprenante ou mystérieuse (la puce à l’oreille, poser un lapin en français, marear la perdiz ou caer la del pulpo5 en espagnol), et ne se laisse pas facilement réduire à une caractéristique particulière de l’animal ou à certaines valeurs axiologiques qui y sont liées6. Y pullulent les hypothèses cherchant à tisser des liens entre la forme de l’expression et l’effet qu’elle produit ; bref, à rechercher la motivation originelle de l’expression et à ne pas laisser à l’arbitraire le choix de la composante animalière. La réflexion s’oriente alors généralement vers une motivation représentationnelle de l’unité phraséologique, au sens où elle prend pour point de départ une « couche figurative7 » réelle ou imaginée que l’expression viendrait « encoder » ; le « décrochage référentiel », et ainsi le transfert métaphorique depuis la couche figurative encodée par le « sens littéral » de l’expression (une puce dans l’oreille) vers la situation décrite (une personne remplie de soupçons), s’expliquerait ainsi par une analogie perçue entre des propriétés inhérentes aux deux – et éventuellement par une rupture historique qui aurait fait disparaître la possibilité même que l’expression garde son « sens littéral » référentiel. En figure :

    Figure 1. – Une approche représentationnaliste des UP à composante animalière.

    4C’est ainsi, par exemple, que C. Duneton décrit avoir la puce à l’oreille :

    « Cette façon de parler est très ancienne. Elle semble avoir eu à l’origine le sens très fort, non seulement de violente inquiétude, mais de véritable tourment physique et moral – par analogie sans doute avec l’affolement et la douleur d’une personne dans le cas réel où une puce se serait logée dans son conduit auditif et l’aurait piquée en cet endroit sensible pendant son sommeil » (Duneton, 1985 [1978] : 59).

    5L’auteur relie cette histoire à une « façon de parler […] très ancienne » datant du temps où il était habituel de faire la chasse aux puces dans son lit le soir avant de se coucher afin de ne pas être troublé dans son sommeil – et donc éveillé par les démangeaisons comme on peut l’être par les soupçons. C’est également ainsi qu’est parfois décrite l’expression espagnole souvent donnée comme équivalente, tener la mosca detrás de la oreja, avec plusieurs anecdotes possibles :

    « La présence de cet insecte, comme celle de tous les autres de son espèce, est presque toujours gênante. Ainsi n’est-il pas surprenant qu’elle provoque un trouble, une inquiétude et une tension. Et ce, si elle tourne autour de l’oreille, pour deux raisons : on se met en état de vigilance – comme les chevaux –, prêts à les chasser, comme si on soupçonnait que leur bourdonnement impertinent puisse dégénérer à tout moment […]. Toutefois, nombreux sont ceux qui soutiennent que l’expression fait référence à la mèche que les soldats allumaient sur leur arquebuse ou leur mousquet en temps de guerre, et qu’entre deux tirs, ils laissent allumée derrière leur oreille, laquelle fait office de support à outils de travail dans de nombreuses professions8 » (Gil, 2016 : 35).

    6L’hypothèse avancée dans le présent article consiste à proposer une approche complémentaire. Cette approche ne s’appuiera pas sur la recherche d’une « couche figurative », première étymologiquement (au sens où elle viendrait historiquement de la description littérale d’une situation effective, réelle ou imaginée) ou cognitivement (au sens où l’effet produit par l’UP dériverait d’une représentation imagée premièrement conçue par l’interprétant à réception de l’expression). Elle se fondera sur les principes d’une approche « non représentationnaliste » de la cognition en linguistique et, plutôt que sur l’élément référentiel auquel est supposé renvoyer le signe animalier (puce, mosca et bien d’autres), s’appuiera davantage sur la forme et la structure mêmes de son signifiant.

    7Une première section permettra de poser et de situer l’acception du terme « représentation » que discute l’alternative dite « non représentationnaliste » en sciences cognitives, d’exposer ce qu’est cette alternative et comment s’y appuient certaines recherches actuelles en linguistique. Les principes de cette approche alternative à la « représentation » ayant été posés, les sections suivantes procéderont à l’analyse de plusieurs unités phraséologiques à composante animalière : la deuxième section donnera le ton en analysant les deux unités proposées dans le titre de l’article ; la troisième s’intéressera aux expressions dites « à parangon », et notamment à s’ennuyer comme un rat mort/aburrirse como una ostra9 ; la quatrième proposera l’analyse de quelques expressions complémentaires sur le même modèle.

    Aux origines d’une approche « non représentationnaliste » : quelques discussions de la notion de « représentation »

    Quelle(s) définition(s) du terme « représentation » ?

    8« Un observateur parle de représentation, dans son domaine de description, lorsqu’il établit une relation entre deux phénomènes distincts et qu’il maintient l’un d’eux comme marque ou objet de l’autre » (Maturana, 1987 : 1460). C’est ainsi que l’un des fondateurs de ce qui plus tard deviendra le paradigme énactif10 en sciences cognitives définissait, dans l’Encyclopédie de la Pléiade, la notion de « représentation » : comme « tenant-lieu » d’un référent prédonné11. Repartant d’une telle définition, Francisco Varela (neurobiologiste chilien, 1946-2001, élève et collaborateur de Maturana) distingue, dans son ouvrage intitulé Invitation aux sciences cognitives, deux dimensions que peut prendre le terme ainsi défini.

    9L’une, a priori non controversée, fait référence aux « représentations » comme étant ce qui est élaboré par l’œuvre d’art ou ce qui réfère à des interprétations socialement construites. Ainsi distingue-t-on un objet de sa « représentation » picturale (comme y invite le célèbre énoncé magrittien, Ceci n’est pas une pipe) ; ainsi une carte « représente » -t-elle effectivement un territoire géographique sans que les questionnements énactivistes remettent en question cette idée ; ainsi étudie-t-on la « représentation » que tel discours littéraire ou politique construit d’une époque, d’un événement ou d’un personnage.

    10L’autre, épistémologiquement problématique pour F. Varela, renvoie à une certaine manière de concevoir le fonctionnement même de la cognition humaine : l’auteur questionne alors une conception dite « représentationnaliste » en sciences cognitives. L’un des présupposés sous-jacent à plusieurs courants12 est que « le monde [serait] prédéfini, c’est-à-dire que ses propriétés [seraient] établies préalablement à toute activité » de perception, de connaissance, de mémorisation de ce monde (1996 : 101). Dans une approche représentationnaliste, la couleur que l’on attribue à un objet, par exemple, serait une propriété inhérente à l’objet lui-même, indépendamment de l’expérience de perception qu’un être vivant peut en avoir :

    « [Selon les théories représentationnelles,] percevoir du rouge équivaudrait à se représenter tel objet – par exemple, cette rose – comme étant rouge […]. Une bonne manière de résumer cette conception est de dire que les propriétés phénoménales (e. g., les couleurs dont on fait l’expérience subjective lorsque nous les voyons nous-mêmes) ne sont pas des propriétés de l’expérience, mais de ce qui est représenté dans l’expérience. Ce n’est pas mon expérience de voir du rouge qui possède une qualité particulière qui l’individue (l’identifie et la distingue des autres) ; ce qui l’individue, c’est ce qu’elle représente : un objet – un livre, un pan de mur, etc. – comme ayant telle nuance de rouge » (Dewalque et Gauvry, 2016 : 13-26).

    11C’est cette deuxième acception du terme que questionnent F. Varela en particulier et les approches dites non représentationnalistes de la cognition en général ; ces approches redonnent à l’expérience vécue une place centrale et observent la façon dont certaines propriétés (que l’on croit inhérentes aux objets) émergent d’une relation constituive entre objet et sujet13.

    12C’est aussi à cette deuxième dimension que peut prendre le terme « représentation » que l’on s’intéresse ici, pour les incidences que sa remise en question peut avoir sur la nature et le fonctionnement du signe linguistique en général, et des unités phraséologiques observées en particulier dans leur mode de construction du sens. On verra ainsi que si le discours permet en effet de construire des représentations (au sens non controversé du terme), ce qui pourra être interrogé est la manière dont telle suite de sons peut « prendre sens », « faire discours », « être autre chose que du bruit14 » : sans doute pas, selon cette perspective, en « encodant » des représentations sous-jacentes d’un monde prédéfini.

    13Avant de mettre en dialogue la critique proposée d’une approche « représentationnaliste » de la cognition humaine avec l’étude de la construction du sens linguistique, voyons en quoi consiste l’alternative proposée par l’énaction.

    Le non-représentationnalisme en sciences cognitives : de la représentation à l’énaction

    14À la notion de « représentation » par l’appareil cognitif humain d’un environnement qui lui préexisterait, F. Varela propose de substituer celle d’énaction du monde par l’expérience qu’en fait l’organisme vivant. L’idée est que, pour un être vivant, l’environnement dans lequel il se meut se présente non pas comme un ensemble d’informations ayant une signification intrinsèque, mais plutôt comme un ensemble de perturbations dont le corps et le système perceptif se saisit, parmi lesquels il opère inconsciemment une sélection, et qu’il organise en fonction de ses propres capacités sensori-motrices et de ses besoins vitaux. C’est cette sélection et cette organisation qui lui permettent de former une synthèse perceptive propre à l’espèce concernée, et d’énacter (de faire émerger) un monde. Les exemples paradigmatiques sont ceux de la perception de la couleur (Thompson, Palacios et Varela, 1992) et du monde créé (énacté) par la tique (Uexküll, 1965 [1934]). Comme l’explique F. Varela :

    « Au cours de leur évolution respective, les poissons téléostéens, les oiseaux, les mammifères et les insectes ont engendré divers espaces de couleurs qui ont non seulement des significations comportementales distinctes, mais aussi des dimensionnalités différentes, de sorte que ce n’est pas une affaire de résolution plus ou moins bonne des couleurs. La couleur n’est manifestement pas une propriété à “récupérer” à partir des “informations” environnementales par un processus particulier. La couleur est une dimension qui n’apparaît que dans le dialogue phylogénétique entre un environnement et l’histoire d’un soi actif autonome définissant en partie ce qui compte comme environnement » (Varela, 2017 [1991] : 139).

    15Or, parmi l’ensemble de perturbations dont est faite la réalité physique – inconnaissable en soi, faite d’ondes –, la couleur permet précisément de créer des distinctions entre objets différemment « chromatisés », profilant ainsi des lignes et frontières et faisant émerger des formes15. De sorte que chaque espèce fait ainsi émerger un monde distinct, telle la tique décrite par J. von Uexküll (1965 [1934]), dont le monde énacté se réduit à la perception « chromatisée » d’une phéromone sur un fond opaque ; cette détection permet à l’animal de s’accrocher à la source de cette phéromone et d’en sucer le sang pour sa propre survie et reproduction.

    16On comprend ainsi en quoi la notion de « représentation » est questionnée, pour être remplacée par celle d’« énaction ». Les auteurs ne positionnent pas un agent vivant et un monde qui se préexisteraient l’un à l’autre, le premier arrivant dans le second et s’en forgeant des représentations. Ce n’est pas uniquement une « représentation16 » du monde qui est construite par un agent vivant – lequel resterait alors externe à un environnement qu’il découvrirait activement – ; c’est bien le monde lui-même qui est construit par le corps de l’agent, qui en retour se construit lui-même en tant que sujet cognitif (sujet de connaissance).

    17Complémentairement à la définition précédemment donnée de la notion de « représentation » – et aux deux dimensions qu’il est possible d’y voir selon F. Varela –, c’est alors un autre usage du terme qu’il est possible de dessiner ici. Si la définition qui constitue le point de départ de H. Maturana et F. Varela semble reposer sur une métaphore « diplomatique17 » – où sont bien séparées deux entités qui préexistent à leur mise en relation : l’une représentée et l’autre représentante –, une métaphore théâtrale peut également porter un autre usage du terme. Cette coconstitution est alors comparable à ce qui se joue lors d’une pièce de théâtre – ou « représentation » théâtrale –, au cours de laquelle les personnages sur lesquels repose la pièce se coconstruisent entièrement les uns les autres par leurs dialogues et leurs interactions sous les yeux des spectateurs observateurs, donnant existence en retour, par la même dynamique relationnelle, à la trame de la pièce elle-même. Dans un tel ensemble ainsi décrit, rien n’apparaît « préexister » au reste : chaque élément naît dans sa relation aux autres, co-naît avec les autres. On comprend là les termes énacter et énaction, empruntés à l’anglais (to enact), lui-même ayant emprunté sa structure au français « en acte ».

    Représentation et signe linguistique : du signe comme aliquid quod stat pro aliquo au signifiant comme opération guidant la construction du sens

    18Du point de vue de la linguistique, c’est le fonctionnement du signe de langue qui peut être interrogé – ou, en tout cas, qui demande à être positionné relativement à ces différents usages et dimensions du terme « représentation ».

    19En effet, une conception ancienne et relativement traditionnelle18 du signe linguistique le présente comme un aliquid quod stat pro aliquo, littéralement, « quelque chose tenant lieu d’autre chose » ; c’est précisément cette conception qui est régulièrement convoquée en lien avec la notion de « représentation », alors prise dans son sens « diplomatique ». On la retrouve par exemple sous la plume d’É. Benveniste : « le rôle du signe est de représenter, de prendre la place d’autre chose en l’évoquant à titre de substitut » (1974 : 51), ou encore, sous celle de R. Jakobson :

    « Le mot, et de même le morphème, tel que la racine ou l’affixe, prend la place d’un certain contenu conceptuel ; il est pour ainsi dire son représentant […]. La formule des scolastiques, aliquid quod stat pro aliquo, reste en vigueur pour tout signe et pour tout élément intégrant du signe » (1976 : 74).

    20Le signe viendrait ainsi représenter (prendre la place de) « autre chose » (dans la première citation) ou d’un certain « contenu conceptuel » (dans la deuxième). Là encore, la notion de représentation en tant que rapport entre un « représentant » (le signe) et un « représenté » (le contenu conceptuel) suppose que l’un et l’autre préexistent intrinsèquement et indépendamment.

    21Pour H. Maturana et F. Varela, décrire « les mots » comme des « représentants » d’autre chose « est en contradiction avec ce que nous savons du système nerveux, puisque le système nerveux n’opère pas en utilisant une représentation d’un monde indépendant » (Maturana et Varela, 2004 : 202-203). Pour eux, un mot tel que table n’est pas tant un représentant d’un référent extérieur préconstruit qu’une bribe de comportement vocal que s’échangent des agents parlants de manière à se coordonner les uns les autres, à la fois ensemble et en relation avec leur environnement ; c’est grâce à cette coordination entre agents que tel élément de l’environnement va émerger, aux yeux de tous, en tant que « table ».

    22La forme qu’adopte cette « bribe de comportement vocal » n’étant toutefois pas interrogée par H. Maturana et F. Varela19, c’est le possible fonctionnement de cette coordination entre agents parlants, la façon même dont émerge le sens, qui reste dans l’ombre. Peut alors s’avérer fructueux un rapprochement avec d’autres voix qui, parallèlement, ont pu également questionner cette conception du signe en tant que rapport entre « représentant » et « représenté ». C’est notamment le cas de M. Launay – l’un des fondateurs de ce qui sera ensuite appelé la « linguistique du signifiant » – qui, dans un article de 1977, se pose la question du mode d’émergence de ce « contenu conceptuel » qui serait préalable à son expression et que le signe n’aurait qu’à extérioriser :

    « j’aurais “des choses à dire”, et je demanderais à la langue le moyen de traduire, d’exprimer, de symboliser ces choses. Ces “choses à dire” (et finalement dites) sont des pensées qu’il m’a bien fallu produire, des représentés (des choses représentées) qu’il m’a bien fallu aussi me représenter avant de les dire » (Launay, 1977 : 432, je souligne).

    23Face à cette difficulté, la proposition de M. Launay consiste alors à revoir la définition du signe comme association arbitraire d’une forme et d’un contenu, et à présenter le signifiant comme une opération qui permet de conduire la formation du contenu conceptuel en question :

    « Lorsque, en discours, j’emploie une certaine forme linguistique, je dis par ce moyen à mon interlocuteur non pas tant “ce que” je pense (le contenu, le pensé) que “comment” je pense, c’est-à-dire ce que je fais ; je lui fais savoir que j’effectue telle opération […]. Sous le signifiant de langue maison doit s’inscrire dans la mémoire non point la représentation de cette “chose” que je pense lorsque je dis maison, non point l’idée de maison, mais plutôt la représentation d’une certaine opération mentale à faire : celle précisément qui, si je l’effectue, me permettra de produire ladite idée » (ibid. : 436-440).

    24L’auteur distingue ainsi la représentation en tant qu’opération et le résultat qu’est le contenu représenté (une représentation résultative). Le signifiant serait précisément cette action de représentation (presque théâtrale) qui permet de conduire la formation de l’idée. Une telle proposition peut être entendue et appliquée de plusieurs manières à l’étude des faits linguistiques ; elle rappelle par exemple certaines positions prises par G. Guillaume, déjà « non représentationnaliste » avant la lettre, notamment au sujet du temps linguistique : au début de Temps et verbe (1929), l’auteur refuse en effet l’idée que des structures mentales (telles que celles qui président à la distinction passé/ présent/ avenir) puissent être prélinguistiques (innées ou acquises hors langage), et que les formes signifiantes viennent uniquement les « encoder » et les représenter20.

    25Mais surtout, cette proposition préfigure une linguistique du signifiant dans laquelle le signifiant est compris comme un geste, un acte constitutif dont il importe d’observer la motricité même ; une linguistique du signifiant qui croise le paradigme de l’énaction.

    L’étude de la structure des signifiants dans une linguistique du signifiant énactivisante21

    26Dans une linguistique inspirée par l’énaction (Bottineau, 2010 et suiv.), la proposition avancée est que le signifiant, en tant qu’action et que geste, en tant que « bribe de comportement vocal », permet non pas l’encodage de représentations préconstruites hors langage, mais la conduite de la formation de l’idée ; il est alors possible d’observer, dans la structure même du geste signifiant, la façon dont se construit le sens.

    27Du côté du substantif – puisque c’est essentiellement lui qui nous intéresse dans le cas des unités phraséologiques « à composante animalière » –, son rôle n’est pas tant désignatif ou dénominatif que constitutif ; il n’est pas tant un aliquid quod stat pro aliquo qu’un élément à valeur constituante. Plusieurs modèles travaillant sur diverses langues ont décelé dans le lexique l’existence de « matrices consonantiques » – qui ont pu recevoir plusieurs dénominations selon les chercheurs qui en ont repéré des occurrences : phonesthèmes, idéophones, et plus généralement submorphèmes dans la mesure où il s’agit d’éléments de niveau inférieur au morphème. Ces matrices submorphémiques semblent créer un alignement entre les opérateurs lexicaux qui les comportent, et qui tous ont en commun une certaine relation sensori-motrice liant leur référent et le corps humain : « La forme signifiante varie aléatoirement à travers les langues, mais chaque unité lexicale peut héberger des marqueurs de relations sensorimotrice liant le corps humain à la perception ou à la manipulation du référent du signifié » (Bottineau, 2018 : 257).

    28D. Bottineau (ibid. : 258) reprend également l’exemple de l’arbre cher à Saussure, terme qui apparaît marqué selon les langues par des matrices consonantiques différentes : dans les langues romanes, arbor, arbre, árbol sont marqués par une matrice (r)-b-r « généralement présente dans le champ lexical de la rupture (rompre, rupture, briser, broyer ; break, brechen) » ; l’arbre est pensé relativement à cette notion (comme dans la fable « Le chêne et le roseau de La Fontaine) » ; en anglais tree et en russe derevo, les termes sont marqués par la matrice t/d-r « liée à l’expression des parcours “droits” et “directs” (mots contenant cette même matrice) et font figurer l’arbre comme forme constructible en réalisant un parcours occulomoteur rectiligne dans le champ visuel ». Du côté de wood ou gwez (anglais et breton), la matrice est (s)w est « liée à l’expression de l’oscillation, pendulation, balancement […] et donnent accès à l’idée d’arbre en tant qu’objet exposé aux oscillations motivées par le vent » (swing /balancer, swap /geste d’échanger, sweep /balayer, swim /nager, swoon/se pâmer)22. Dès lors :

    « Comme on le voit, il est possible de relire l’exemple saussurien de l’arbre pour parvenir à une conclusion très différente de l’arbitraire du signe à condition d’envisager l’idée qu’un “concept” n’est pas une abstraction prédonnée mais une forme esquissable par diverses coordinations de gestes dont certains sont inscriptibles dans le lexique par des signifiants de niveau submorphémique, qui se trouvent être eux-mêmes des gestes articulatoires » (ibid.).

    29Il est alors aisé de lier ces matrices consonantiques à l’hypothèse de H. Maturana et F. Varela concernant le lexique. Pour ces auteurs, la construction d’une notion lexicale – telle que table – passe par la coordination des comportements que les agents vivants peuvent avoir avec le référent qu’il s’agit de faire advenir. Si on considère que les signifiants lexicaux sont potentiellement marqués par des matrices elles-mêmes liées à la relation sensori-motrice qu’entretient l’être vivant avec le référent concerné, on peut poser que c’est précisément la constitution submorphémique du signifiant qui y incruste des actions motrices efficaces pour construire l’objet concerné (le parcours occulomoteur vertical pour la construction de l’arbre, par exemple). L’exemple de l’arbre le montre bien : la forme du signifiant n’est pas déterminée par la nature du référent ; au contraire, diverses relations sensori-motrices possibles permettent de construire un même référent selon les langues.

    30On pressent de quelle manière cette approche, qui ne fait pas de la désignation le principe même du signifiant, change les choses et permettra de relire autrement les cas des unités phraséologiques observées : l’évidence d’une « première couche figurative », descriptive, encodant une situation qui constituerait le « sens littéral » premier de l’expression et d’où dériveraient cognitivement des usages « figurés », semble moins nette. En revanche, une piste se dessine : celle de la forme et de la structure même du signifiant, des réseaux qui sont susceptibles de se tisser autour d’éléments submorphémiques communs à d’autres signifiants de la même langue, de la manière dont il contribue à construire une expérience.

    Proposition d’approche « par le signifiant » : l’exemple de avoir la puce à l’oreille/ tener la mosca detrás de la oreja et de leurs réseaux en français et en espagnol

    Démarche adoptée

    31L’hypothèse ici proposée est qu’il est possible de comprendre la constitution du sens de certaines unités phraséologiques animalières en observant non pas uniquement les analogies entre un présumé « sens littéral » (la « couche figurative » mentionnée en introduction) et le type de situations dans lesquelles l’expression est effectivement utilisée, mais surtout la structure même du signifiant de ces unités phraséologiques – en particulier de ce qui en constitue le cœur et est souvent l’objet de la surprise, de l’étonnement, de la curiosité des locuteurs : la composante animalière. On propose d’observer les réseaux signifiants qui se tissent autour du signifiant de cette composante animalière choisie, et en quoi ce dernier ne permet pas seulement de « référer à » un animal particulier, mais aussi et surtout – dans le cadre précis des expressions figées en question où la référence n’est pas ce qui importe –, d’« évoquer » tout une série de signifiants de la même langue.

    32La démarche mise en place a consisté à vérifier les gloses de l’unité phraséologique figée proposée par les discours métalinguistiques régulièrement portés sur l’expression en question – les dictionnaires en ligne (dictionnaire de la Real Academia ou DRAE pour l’espagnol, TLFi pour le français, éventuellement le « wiktionnaire »), ouvrages de vulgarisation sur les expressions idiomatiques (Duneton, 1985 [1978] ; Maillet, 2017 pour le français ; García Remiro, 2004 ; Gil, 2016 ; Iribarren, 2015 pour l’espagnol) et sites internet dédiés à cette même fin (expressio.fr, etimologias.dechile). Cette démarche a permis de récupérer des réseaux signifiants effectivement convoqués par les locuteurs amenés à commenter les expressions en question. Tous les exemples ici donnés d’utilisation des UP sont issus de bases de données en ligne (Frantext pour les exemples en français, Crea et Corpes xxi pour l’espagnol). L’objectif n’est pas ici de viser l’exhaustivité en essayant de traiter autant d’expressions à composante animalière que possible, mais plutôt de donner à voir une démarche et un mode d’analyse non représentationnelle.

    33Commençons par l’expression prise ici dans le titre de l’article : avoir la puce à l’oreille23, que les dictionnaires bilingues donnent souvent comme équivalent de l’expression espagnole tener/estar con la mosca detrás de la oreja (litt. « avoir la mouche derrière l’oreille », parfois réduite à estar mosca). Les deux expressions ont effectivement une structure similaire, plaçant l’agent dont est décrit l’état émotionnel en position de sujet d’un verbe qui pose l’existence d’une relation avec un complément d’objet animalier (la puce, la mosca) dont la localisation supposée est la même dans les deux langues (à l’oreille, detrás de la oreja) ; en outre, les effets discursifs produits par les deux combinatoires semblent effectivement ressemblants en français et en espagnol. Si l’on compare le passage suivant en français :

    (Le personnage dont il est question est Mme Eugène, épouse du protagoniste, qui découvre que leur servante Angélique fréquente quelqu’ un).
    « Elle n’y aurait peut-être pas pensé toute seule, parce que ce n’était pas son tour d’esprit de s’occuper des gens, et encore moins de sa bonne, ce qu’elle pensait, ce qu’elle sentait. […] mais ces lettres qui étaient arrivées, l’une après l’autre, depuis dix, douze jours, lui avaient mis la puce à l’oreille. Une fois qu’on y avait pensé, c’était évident. Elle courait le guilledou, l’Angélique » (Frantext – Louis Aragon, Les beaux quartiers, Paris, Denoël, 1936).

    (Maggy est l’ancienne maîtresse de Vatelin).
    « MAGGY, allant un peu à lui — Alors tu vas l’être bien gentil pour ton petit Maggy ?
    VATELIN — Mais insensée, rien ne peut donc t’arrêter ! Comment, tu sais que ton mari a la puce à l’oreille » (Frantext – Georges Feydeau, Le Dindon, 1896).

    34Et le suivant, en espagnol :

    (Conversation entre deux personnages, Fermín et Daniel, qui préparent tous les deux un plan d’action qu’ils tentent de cacher au père de Daniel.) « A su padre ni una palabra de todo esto, o va a acabar por criar una piedra en el riñón.
    — ¿Y qué quiere que le diga? Ya hace tiempo que anda con la mosca detrás de la oreja.
    — Dígale que va a por pipas o a por polvos para hacer un flan » (Crea – Carlos Ruiz Zafón, La sombra del viento, Barcelone, Planeta, 2003).

    « Pas un mot de tout cela à votre père, sinon, il va finir par se faire des trous dans l’estomac.
    — Et que voulez-vous que je lui dise ? Cela fait un moment qu’il a la puce à l’oreille (litt. “qu’il a la mouche derrière l’oreille ”).
    — Dites-lui que vous allez chercher des pipas ou de la farine pour faire un flan. »

    35Les personnages semblent en effet se trouver dans une situation comparable dans les deux passages cités – de sorte qu’il est tout à fait possible de traduire le passage en gras dans le texte espagnol par avoir la puce à l’oreille – : une action répétée par l’un de ses proches (l’échange de lettres dans un cas, les allées et venues de Daniel avec Fermín dans l’autre) éveille les soupçons du personnage concerné par l’expression quant à une situation qui aurait dû lui être occultée (la relation amoureuse de la servante dans le texte français, les manigances des deux amis dans le texte espagnol).

    36On a vu en introduction quelques-unes des anecdotes parfois proposées pour expliquer la forme de ces expressions et la présence de la « puce » d’un côté, de la « mouche » (mosca) de l’autre. Toutefois, dès lors que l’on prend en compte la structure du signifiant « animalier » et les réseaux submorphémiques que l’animal en question permet de mettre en place autour de l’expression, se profile une approche complémentaire.

    Les réseaux signifiants de puce en français

    37Dans le cas du français, on décèle dans puce la présence de deux consonnes [p] et [s] qui l’autorise à s’intégrer analogiquement à un ensemble de signifiants sémantiquement apparentés entre eux et qui se construisent sur une matrice submorphémique S-P. Ce réseau a été identifié par F. Nemo (2005 : 220), qui propose l’idée que les signifiants soupçon, suspecter, susceptible, espérer, suspens, possible, déception, passible, aspirer puissent fonctionner en réseau les uns avec les autres autour de cette base consonantique sp qui les fédère sémiologiquement. Si, en dehors de l’unité phraséologique observée, la puce n’a a priori pas de raison d’être analogiquement liée à ce petit réseau de signifiants, elle le devient en revanche dans le cadre d’une expression idiomatique permettant d’évoquer une personne dont les « soupçons » ont été éveillés par un événement quelconque. De sorte que l’expression imagée par la puce se retrouve prise dans un tel réseau qui, tout à coup, rend assez claire la présence de ce signe animalier plutôt qu’un autre : parce que la forme même de son signifiant évoque analogiquement tout un petit réseau du français, qui semble contribuer par sa structure et sa submorphémie à construire le sens souhaité de l’expression.

    Figure 2. – Réseau français S-P autour de avoir la puce à l’oreille.

    38À titre révélateur, on remarque que les dictionnaires semblent avoir l’habitude de gloser cette expression par l’un des signifiants cités plus haut : le TLFi la commente par l’idée d’« éveiller les soupçons24 », le wiktionnaire en ligne25 par le verbe « suspecter », et C. Duneton déjà cité par celle de « soupçonner anguille sous roche ». Ces échos au réseau dans les commentaires métalinguistiques de l’expression sont peut-être révélateurs de la présence – probablement non consciente et non thématisée – du réseau à l’esprit du lexicographe au moment où il rédige la définition de l’expression avoir la puce à l’oreille.

    39Et en espagnol ? Pourquoi mosca ?

    Les réseaux signifiants de mosca en espagnol

    40Un coup d’œil au dictionnaire en ligne de la Real Academia (DRAE) s’avère à nouveau particulièrement révélateur et renseigne d’emblée sur la présence d’un réseau analogique fondé sur la submorphémie. À l’entrée mosca, l’expression apparaît en effet en toute fin de page et est définie comme suit : « estar escamado, sobre aviso o receloso de algo » (litt. « être couvert d’écailles, sur le qui-vive et soupçonnant quelque chose »)26. Le tout premier terme utilisé, escamado, pourrait paraître curieux : pour gloser la mosca detrás de la oreja, il fait apparaître une nouvelle métaphore animalière évoquant une image tout à fait différente – celle du poisson ou du reptile couvert d’écailles. Là encore, on trouve divers discours qui proposent de justifier la présence des écailles au sujet des soupçons et de la méfiance, qui n’ont plus rien à voir avec la mouche :

    « Puisque l’expression estar escamado fait référence aux soupçons ou à la méfiance que l’on peut avoir après avoir subi un dommage, il est probable que le tour linguistique se réfère ainsi au fantasme de celui qui, après une expérience traumatique, rêve d’être “à couvert”, protégeant sa blessure et exprimant en même temps le désir d’être insensible et dur27 » (Chiozza, 2008 : 182).

    41Si les étymologies représentationnelles présumées des expressions mosca detrás de la oreja et estar escamado semblent bien éloignées l’une de l’autre, l’effet produit par les deux expressions est bien proche… tout comme le signifiant choisi : quoi de plus proche, submorphémiquement, de la mosca (M-S-K), que escamado (S-K-M) ? Ce dernier terme, lui-même, au-delà des écailles et tant par son signifiant que par sa glose possible, en rappelle d’autres tels que escarmentado – verbe qui signifie « apprendre la leçon de l’expérience » – ou escaldado – « échaudé », comme dans chat échaudé craint l’eau froide/gato escaldado del agua fría huye – autant de termes qui renvoient les uns aux autres dans le DRAE. La mouche mosca, de son côté, se décline dans diverses expressions proches de la mosca detrás de la oreja telles que estar mosca – déjà mentionné plus haut – ou mosquearse/estar mosqueado – plus généralement « être fâché/vexé », mais que l’on trouve également dans le sens d’être « méfiant » envers quelqu’un, comme l’indique la glose du DRAE (« causar desconfianza o enojo a alguien », « sentir recelo o enojarse » : « être méfiant ou se fâcher »). Elle apparaît également dans la locution fort utilisée por si las moscas – « au cas où », « parce qu’on ne sait jamais » –, comme dans le passage suivant :

    « Desde endonces Alfonso XIII consideraba a los catalanes gente hostil, de conducta arrebatada e imprevisible. Ahora en el palacio de Pedralbes había colocado a la cabecera del lecho regio sus escopetas de caza. Por si las moscas, le dijo a su esposa » (crea, Eduardo Mendoza, La ciudad de los prodigios, Barcelone, Seix Barral, 1986).

    « Depuis lors, Alphonse XIII voyait les Catalans comme des gens hostiles, à l’attitude impulsive et imprévisible. À présent, au palais de Pedralbes, il avait placé ses fusils de chasse au chevet du lit royal. Au cas où, avait-il dit à son épouse. »

    42L’attitude liée à la méfiance et aux soupçons y est à nouveau incontestable. Si, là encore, abondent les anecdotes qui proposent de justifier la présence de l’animal dans cette locution en référence aux « mouches » – qui risquaient soit de propager des maladies, soit de venir tourner autour des mets prêts à être dégustés28 –, la submorphémie et le réseau analogique sont à nouveau au rendezvous : la structure de la locution rappelle celle de por si acaso, acaso présentant une submorphémie proche de celle de mosca (le rapprochement se jouant tant au niveau consonantique, K-S, que vocalique).

    43C’est ainsi que se tisse un réseau analogique où se croisent et s’entrecroisent tous ces éléments, qui apparaissent ainsi liés les uns aux autres (directement ou indirectement) :

    Figure 3. – Réseau espagnol autour de tener la mosca detrás de la oreja.

    44Une telle approche des unités phraséologiques à lexie « animalière » ne rend pas caduques les propositions qui consistent à tenter de retrouver une anecdote concrète faisant intervenir l’animal « en chair et en os » (pour les animaux qui en ont). Quand bien même il serait possible de démontrer que certaines sont de pures inventions, ces anecdotes, en tant que méta-discours profane, ambiant, plaisant – comme en témoigne le nombre de publications qui les recueillent – et devenu parfois conventionnel, contribuent régulièrement à renforcer aux yeux des locuteurs l’expression utilisée et l’effet qu’elle permet de produire.

    45De notre point de vue, le recours à la submorphémie et aux réseaux signifiants, qui ouvre des perspectives d’étude nouvelles « par le signifiant », est complémentaire de ces propositions plus habituelles.

    3. Deux structures à comparant animalier : aburrirse como una ostra/ s’ennuyer comme un rat mort, du parangon au réseau submorphémique

    Les « structures à parangon » : que serait une approche représentationnelle ?

    46Deux autres expressions régulièrement données comme équivalentes sont aburrirse como una ostra en espagnol (litt. « s’ennuyer comme une huître ») et s’ennuyer comme un rat mort en français. Dans ce cas, l’unité phraséologique se présente comme une structure comparative « à parangon », où la référence à l’animal semble avoir une fonction intensificatrice – exactement comme la référence à la neige ou au cachet d’aspirine peut permettre de qualifier et d’intensifier le blanc dans « blanc comme neige »/« blanc comme un cachet d’aspirine ». L’unité phraséologique commence par le verbe (aburrirse/s’ennuyer), puis l’intervention de comme annonce la survenance de la composante animalière permettant l’intensification du procès-verbal, la ostra en espagnol :

    « Si quieres que te diga la verdad – decía él –, yo ya ni sé por qué sigo viniendo a estas cosas. Me aburro como una ostra y en muy pocas ocasiones conozco a alguien interesante » (Corpes xxi – Lucía Etxebarria, De todo lo visible y lo invisible. Una novela sobre el amor y otras mentiras, Madrid, Espasa Calpe, 2001).

    « Si tu veux tout savoir – disait-il –, je ne sais même pas pourquoi je continue à venir à ces trucs-là. Je m’ennuie comme un rat mort et je rencontre rarement des gens intéressants. »

    47Et le rat mort en français :

    « Dimanche 18 avril 1943. J’ai passé une partie de la journée et déjeuné avec les Brunetier. Je me suis barbée comme un rat mort » (Frantext – Micheline Bood, Les années doubles : journal d’une lycéenne sous l’occupation, 1974).

    48À la lecture des différentes gloses que l’on peut trouver de ces expressions dans les sites ou les ouvrages de vulgarisation consacrés aux expressions idiomatiques, il semble que l’argument qui justifie la présence de l’animal choisi soit régulièrement le même dans les deux langues : la référence à l’isolement, au délaissement et à l’inactivité, l’ensemble étant parfois lié à un espace particulier ou à une pièce de la maison – le grenier pour le rat mort selon la citation suivante, et le rocher pour l’huître ostra ou, éventuellement, le garage (selon quelques occurrences de como una ostra en un garaje sur les moteurs de recherche)29. Ainsi :

    « Comme la pauvre croûte desséchée, le rat mort oublié dans le grenier est le symbole de l’abandon, du délaissement. Et quand tout le monde nous a oubliés, que le téléphone ne sonne plus, que personne ne nous invite plus à participer à quoi que ce soit, “qu’estce qu’on s’emmerde !”30 »

    49Et :

    « Il ne semble pas qu’il faille aller chercher d’explications compliquées à cette expression. L’huître est la métaphore parfaite de l’isolement et de la vie inactive. C’est un mollusque qui vit immobile, collé à son rocher, pas même en colonies serrées comme le font les moules, et complètement refermé sur lui-même. Aucun mollusque marin n’est plus difficile à ouvrir qu’une huître. Par conséquent, c’est l’exemple parfait de la vie anodine et de l’isolement. C’est pourquoi, au sens métaphorique, une huître est un individu réservé et misanthrope31. »

    Figure 4. – Une approche représentationnaliste de « aburrirse como una ostra32 ».

    50L’approche se fonde alors sur une motivation représentationnelle ; elle est « représentationnaliste » au sens où elle postule la dérivation du sens de l’expression (s’ennuyer comme un rat mort/aburrirse como una ostra) d’une couche figurative, et de la perception d’une similitude entre des propriétés inhérentes à cette « couche figurative » et à la situation d’une personne mourant d’ennui – comme le locuteur de l’exemple en espagnol plus haut, qui subit une succession de réunions mondaines (figure 4).

    Approche non représentationnelle « par le signifiant »

    51À première vue, et avec une approche représentationnelle, on pourrait bien imaginer l’un à la place de l’autre – huître en français et rata muerta en espagnol. Pourtant, le choix du parangon ostra donne lieu à certaines gloses qui apparaissent pratiquement comme une variation entière sur le signifiant lui-même ; ainsi, la dernière acception de ostra dans le DRAE, très succincte et parlante submorphémiquement, est précisément « persona retraída, misántropo » (« personne réservée, misanthrope ») – adjectifs déjà présents à la fin de la citation plus haut. La glose dictionnairique pourrait pratiquement être qualifiée de définition anagrammatique – comme dans le cas de por si las moscas : por si acaso, la mosca detrás de la oreja : estar escamado, avoir la puce à l’oreille : soupçonner –, où le lexicographe semble inconsciemment avoir été porté par le réseau analogique qu’évoque le signifiant animalier dans l’expression qu’il cherche à définir, et avoir récupéré précisément des signifiants de ce réseau ; il se retrouve alors avec une définition où les éléments submorphémiques du signifiant à définir réapparaissent dans un nouvel ordre. Outre cette première glose, l’expression avec ostra semble également rappeler un autre réseau, celui d’ostracismo33 (« ostracisme »), et plus généralement extraño, extranjero (« étrange, étranger ») ou encore extraterrestre : cette impression d’étrangeté que ressent celui qui n’est pas à sa place, ou que l’on ressent en l’observant. Il n’est d’ailleurs pas exclu que ce soit cette étrangeté que font ressortir les locuteurs lorsqu’ils complètent l’expression espagnole par en un garaje (place éventuelle de la bourriche lors des fêtes de fin d’année certes, mais place bien peu naturelle pour une huître).

    52Et en français ? Il se trouve que l’expression figure bien dans le dictionnaire de l’Académie, dès sa plus ancienne édition selon J. Maillet (2017 : § 197), et commentée comme suit : « s’ennuyer “désespérément” » ; J. Maillet lui-même, pour sa part, la rapproche de « se morfondre », tandis que dans la citation plus haut, on trouve cette remarque humoristique en fin de passage : « qu’estce qu’on s’emmerde ! ». Dans tous ces signifiants, ne retrouve-t-on pas la paire consonantique qui marque le groupe rat mort ?

    Figure 5. – Le rat mort français vs l’huître espagnole de l’ennui.

    53On le voit, la composante animalière semble convoquer un réseau analogique propre à chaque langue ; ce réseau peut alors apporter des éléments d’explication au choix du rat mort plutôt que de l’huître, et vice-versa. On rejoint là des remarques auxquelles, sur un sujet proche, parvient Y. Macchi (2000 : 188), qui observe que l’emprunt de certains signifiants plutôt que d’autres pour désigner métaphoriquement la tête en argot est catalysé par l’existence de « formants analogiques » qui diffèrent en espagnol en français : par exemple, [b-] ou [bo-] en français (bobine, binette, bille, boule…) et [k-] ou [kok-] en espagnol (coco, calabaza, cocote, cogote…), parmi d’autres, qui jouent au-delà de l’apparence physique des référents.

    Arrêt sur la notion de « définition anagrammatique »

    54Les gloses et définitions dictionnairiques consultées au sujet des unités phraséologiques étudiées semblent avoir quelque chose d’« anagrammatique », au sens où elles paraissent jouer sur la structure phonique (et submorphémique) du signifiant animalier permettant de construire les expressions définies. Voilà qui rappelle en effet les fameuses anagrammes saussuriennes, figures que F. de Saussure avait repérées dans la poésie latine et par lesquelles un assemblage de sons présents dans les vers du poème permettait selon lui de recomposer le nom de son destinataire. Ainsi, écrit-il, « dans un passage [de l’une des compositions poétiques observées], le nom de Falerni se trouve entouré de mots qui reproduisent les syllabes de ce nom : /facundi calices hausere – alterni/ » (lettre de F. de Saussure au poète G. Pascoli, apud Starobinski, 1971 : 150). De même, comme l’explique F. Bravo (2011 : 19) :

    « Le procédé n’est pas très différent de celui qu’adopte, plus ludiquement Michel Leiris dans son Glossaire lorsqu’à mi-chemin entre le mot dévalisé et le dépeçage syllabogrammatique, il disperse dans sa définition lexicograhique les lambeaux sonores du signifiant mis en vedette :
    sacrilège – un SAC de CRIs L’assiÈGE
    marécage – MARiage de sEC et d’eau ; pacAGE d’insectes
    jouissance – Jusqu’OÙ (en JOUant) se hISSent mes SENS ? »

    55Un « mot-thème », un signifiant choisi comme base d’une composition poétique ou d’une définition ludique, devient le « thème phonique » dont le poète ou l’auteur s’imprègne pour réaliser sa composition, et qui « le guide dans le choix des structures lexicales tout au long du poème » (Bravo, 2018 : 126). Dans les définitions observées, le signifiant animalier qui se trouve au cœur de l’unité phraséologique commentée pourraitil agir comme un mot-thème, dont la structure submorphémique présiderait au choix des signifiants utilisés pour gloser le sens de l’expression ? On dirait bien. Dans les expressions étudiées (avoir la puce à l’oreille/tener la mosca detrás de la oreja, s’ennuyer comme un rat mort/aburrirse como una ostra), des éléments submorphémiques paraissent lier analogiquement le signifiant animalier choisi (puce, mosca) à d’autres signifiants de la même langue, qu’il évoque in absentia. L’ensemble du réseau apparaît alors comme une sorte de « poème virtuel » (Bottineau et Poirier, 2022) où les submorphèmes communs sont autant d’allitérations potentielles, que les définitions et gloses rendent alors présentes – in praesentia. La glose dictionnairique qui met mosca detrás de la oreja en regard avec estar escamado, avec escaldado ou escarmentado, en allant « piocher » dans ce réseau poétique virtuel autour de SKM (mosca), fait apparaître une définition « allitérée » qui a quelque chose du glossaire de M. Leiris :

    « Tener la mosca en, o detrás de, la oreja. 1. locs. verbs. Estar eSCaMado, sobre aviso o receloso de algo. »

    « Ostra. 3. f. coloq. PerSona reTRaída, miSánTRopo » (DRAE).

    56Coïncidence ? C’est ce qui a pu être répondu à F. de Saussure face à sa recherche sur les anagrammes, et la question l’a longtemps taraudé34.

    57Observons quelques exemples d’allitérations submorphémiques à mettre en lien avec ces « définitions anagrammatiques » ; on sait à quel point, en matière d’expressions idiomatiques imagées (et notamment à parangon), la phraséologie est friande de structures allitérées. Il suffit de penser aux quelques cas suivants, dont on propose entre parenthèses une traduction littérale :

    • más chulo que un ocho (« plus chouette qu’un huit ») ;

    • más listo que Lepe (« plus intelligent que Lepe ») ;

    • ser como Vicente, que va a donde va la gente (« être comme Vincent, qui va là où vont les gens ») ;

    • saber más que Salomón (« être plus savant que Salomon ») ;

    • saber más que Séneca (« être plus savant que Sénèque ») ;

    • tirios y troyanos (« Tyriens et Troyens »).

    58On pourrait également penser à de nombreux proverbes – cada oveja con su pareja (« chaque mouton avec sa brebis »), qui vole un œuf vole un bœuf –, ou à bien d’autres expressions en dehors de celles « à parangon » déjà citées – nuestro gozo en un pozo (« notre souhait [est tombé] dans un puits »), fueron felices y comieron perdices (« ils furent heureux et mangèrent des perdrix », expression par laquelle se terminent les contes en espagnol), et les expressions à composante onomastique telles que qué risa Marisa (« comme on rigole, Marisa ») cool Raoul, à l’aise Blaise. Et là encore, on pourrait comparer des expressions proches en français et en espagnol, et remarquer les légères différences sans doute dues à la conservation d’une allitération :

    Figure 6. – Comparaison d’unités phraséologiques proches en espagnol et en français avec différence d’allitération.

    FrançaisEspagnol
    La nuit, tous les chats sont gris
    Jeter l’éponge
    (Faire) tourner la tête
    Promettre monts et merveilles
    De noche, todos los gatos son pardos (litt. « la nuit, tous les chats sont de couleur brune »)
    Tirar la toalla (litt. « jeter la serviette »)
    Sorber el seso (litt. « absorber la cervelle »)
    Prometer el oro y el moro (litt. « promettre l’or et le maure »)

    59On voit que la frontière entre les cas où l’allitération submorphémique est probablement recherchée (más chulo que un ocho, ser como Vicente que va a donde va la gente) et ceux dans lesquels on peut supposer un rapprochement n’accédant pas à la conscience entre deux signifiants par le biais d’éléments submorphémiques (c’est peut-être le cas de saber más que Salomón/Séneca ?) est mince et difficile à placer (et sans doute vaine à rechercher). Dans la liste, certains cas semblent entièrement construits sur l’allitération (más chulo que un ocho) ; d’autres présentent une motivation historique (tirios y troyanos), mais la promotion de deux peuples choisis au rang de « parangon des irréconciliables » doit sans doute beaucoup au caractère allitéré en [t] de la paire qu’ils forment, tout comme le choix de Salomon et de Sénèque comme parangon des savants doit sans doute au moins autant au personnage lui-même qu’à l’allitération avec saber que permet de créer la première lettre de leur nom.

    60Difficile, donc, de trancher entre ce qui aurait été fait « avec intention » et ce qui se serait produit « par hasard ». La dimension intrinsèquement réticulaire du lexique offre une troisième voie ; à partir du moment où on considère, avec une linguistique du signifiant énactive, que le lexique se construit lui-même en réseau sur la base d’éléments submorphémiques (voir plus haut), alors, la submorphémie, l’analogie, la dimension réticulaire du lexique sont inhérentes au fonctionnement même du langage : c’est ce qui fait son caractère structuré et systémique35. Dès lors, qu’un signifiant puisse – par sa forme même – en évoquer d’autres à la structure proche, qu’il puisse les « attirer » à l’esprit des locuteurs (en général) ou des lexicographes (en particulier), devient peu surprenant. De fait, le procédé, pour F. Bravo, doit bien plutôt être pensé comme « structurellement inhérent à la pensée » ; pour cette raison, « il échappe aussi, d’une certaine manière, au contrôle de la volonté » (Bravo, 2018 : 129).

    61Et ce jeu d’analogie « structurellement inhérent à la pensée » peut jouer aussi bien dans la rédaction d’une définition – activité ponctuelle, immédiate, du lexicographe – que dans la création même d’une expression idiomatique – activité qui suppose le temps long de sa diffusion sociale, qui est le fait de toute une communauté de locuteurs. À la formation de l’expression, le choix de la composante animalière mosca ou ostra plutôt qu’une autre n’a certainement pas eu pour finalité de rappeler les autres signifiants du réseau ; mais on peut faire l’hypothèse que le fait même que puisse se créer ce réseau ait pu jouer un rôle ou, en tout cas, participer au succès de l’expression, à son figement et à son acceptation sociale.

    Quelques autres unités phraséologiques à composante animalière…

    En français : du zèbre au lapin

    62En français, avec ce type d’approche, il devient possible de comprendre le drôle de zèbre que l’on rencontre comme n’étant effectivement rien d’autre qu’un individu bizarre (B-Z-R), voire « zarbi » (où le verlan rend l’analogie encore plus visible36) ; peut-être même un zigoto ou un zozo (Z initial), en plus d’un olibrius (BR).

    63Il devient possible, également, de comprendre le lapin de l’unité phraséologique poser un lapin – particulièrement curieux, y compris pour C. Duneton qui semble éprouver quelque difficulté à en justifier la présence (1985 [1978] : 225-226)37 – comme étant lié analogiquement à des signifiants qui permettent de gloser l’expression, tels que planter, laisser en plan, plaquer :

    Figure 7. – Réseau français L-P autour de poser un lapin.

    64Ce qui ne signifie pas que la matrice submorphémique L-P/P-L ait quelque lien de nécessité avec un tel réseau. On la retrouve également dans des idiotismes que l’on pourrait considérer comme évoquant des situations pratiquement opposées à celles de l’absence que suppose « poser un lapin », tels que être blindé au sens de rempli, plein, pléthorique38 ; ou encore, dans un tout autre réseau, lié à la blancheur, avec blême, pâle, platine, blafard, opalin, limpide, voire livide si on considère [v] comme un corrélat fricatif de [b].

    65« Tout autre réseau » ? Peut-être… on remarquera toutefois que, curieusement, certaines descriptions linguistiques lient le blanc à la notion d’absence. C’est le cas de G. Col (2017 : 30-36), pour qui l’absence semble précisément être ce qui caractérise les différents domaines d’emplois de cet adjectif dans l’imaginaire francophone39 : absence de caractère graphique pour le « blanc » entre deux mots (même lorsque le papier n’est pas blanc), absence de bruit ou de parole lors d’une conversation, absence de difficulté à interpréter un mensonge dans une histoire cousue de fil blanc, absence de contraintes dans donner carte blanche, absence de rimes dans un poème en vers blanc, absence de résultat dans faire chou blanc, absence de crime dans montrer patte blanche. Or, n’est-ce pas également l’absence qui caractérise le petit réseau tracé plus haut autour de « poser un lapin » ? Où l’on voit que, par le jeu des unités phraséologiques figées où il n’est pas tant question de désignation d’un référent (la couleur ou l’animal) que d’un certain effet à produire, la submorphémie semble jouer des tours et tisser des liens imprévus au départ (qui étonnent même les auteurs de ce type de recherches).

    … et quelques autres en espagnol : poulpe, loir et perdrix

    66En espagnol, la même base consonantique submorphémique L-P permet de comprendre un autre type d’unité phraséologique, caer la del pulpo – litt. « recevoir la (punition) du poulpe » –, « se faire rosser », comme un poulpe que l’on bat pour en rendre la chair plus molle :

    « El tío se va al suelo y empieza a sangrar como un gorrino. Los otros se quedan parados y yo aprovecho para echar a correr, pero me pillan enseguida y me empieza a caer la del pulpo. Me tumban y me caen hostias como si granizase » (Corpes xxi – Sergio del Molino, La mirada de los peces, Barcelone, [megustaleer.com], 2017).

    « Le mec tombe par terre et se met à saigner comme un porc. Les autres restent plantés là et moi, j’en profite pour partir en courant, mais ils m’attrapent tout de suite et je commence à me faire rosser. Ils me mettent par terre et je reçois des coups comme s’il en pleuvait. »

    67Pulpo y est alors à lier aux verbes qui permettent de gloser l’expression, tels que apalizar (dar una paliza) (« tabasser », « flanquer une raclée »), golpear (« frapper ») ou ablandar (« ramollir ») – voire, éventuellement, à culpa (culpable) [« faute », « coupable »] :

    Figure 8. – Réseau espagnol L-P autour de caer la del pulpo en espagnol.

    68Par ailleurs, si l’animal utilisé comme parangon du dormeur est le même qu’en français (dormir como un lirón/dormir comme un loir), celui-ci prend un relief particulier en espagnol, que soulignent à nouveau les lexicographes : un individu qui dort como un lirón, c’est un individu dormilón (« gros dormeur »), nous dit le site etimologias. dechile40.

    69Autre unité phraséologique typiquement espagnole et très courante : marear la perdiz, que l’on trouve dans le passage suivant :

    « Así que Publio entró en mi salón y llamó por teléfono a Iberdrola. Después de marear la perdiz durante un buen rato, la telefonista acabó confesando que había saltado un repetidor en el edificio, y que la avería afectaba a todos los pisos del lado izquierdo » (Corpes xxi – Marta Rivera de la Cruz, En tiempo de prodigios, Barcelone, Planeta, 2006).

    « Publio entra donc dans mon salon et téléphona au fournisseur d’électricité. Après avoir noyé le poisson un bon moment, la standardiste finit par avouer qu’un répéteur avait sauté dans l’immeuble, et que la panne affectait tous les appartements du côté gauche. »

    70L’expression pourrait être glosée en français par l’idée de « faire durer », voire éventuellement « noyer le poisson »… le tout, dans l’idée de « hacer perder intencionadamente el tiempo en rodeos » (DRAE), soit « faire perdre intentionnellement son temps à l’interlocuteur avec des détours ». Perdiz/ perder (voire rodeos), quoi de plus parlant ?

    Conclusion

    71Avoir une approche représentationnaliste (au sens défini plus haut) de ces unités polylexicales figées, ce serait fonder leur motivation sur une couche figurative : une expression telle que poser un lapin ou marear la perdiz s’expliquerait par la perception de propriétés communes entre une couche figurative permettant une interprétation littérale de l’expression (situation A) et le type de situations effectivement décrites par l’expression figée (situation B). Ces propriétés communes seraient alors à l’origine d’un transfert du signifiant phrastique par une analogie purement référentielle, purement représentationnelle (figure 1 en introduction). C’est ce type d’approche que l’on reconnaît dans les propositions et anecdotes souvent aussi plaisantes que fascinantes dont regorge la toile, et qui toutes tentent de percer le mystère : pourquoi passe-t-on par la puce à l’oreille en français pour évoquer une personne soupçonneuse et méfiante ? Pourquoi passe-t-on par la mosca detrás de la oreja en espagnol ?

    72Adopter une approche non représentationnaliste, à sensibilité énactive et constructiviste, c’est dans un premier temps poser la question dans l’autre sens : comment et pourquoi telle unité phraséologique (la puce à l’oreille), avec telle composante animalière (puce), peut-elle produire tel effet (évocation de la méfiance et des soupçons) dans telle langue chez le récepteur ? Formuler ainsi la question, c’est envisager la profération même de l’expression comme étant ce qui mène à l’émergence du sens ; c’est déjà ouvrir la porte à un intérêt pour le signifiant, pour ce qu’il évoque, pour les analogies qu’il permet de mettre en place.

    73Des propositions peuvent alors être formulées, qui consistent à observer les liens d’analogie et d’évocation réciproque qui se tissent entre le signifiant animalier au cœur de l’UP et divers autres de la même langue : la « puce » qui est à l’oreille du francophone soupçonneux n’évoque-t-elle pas analogiquement et par sa forme même les signifiants suspecter ou soupçonner ? Le locuteur espagnol qui déclare marear la perdiz ne semble-t-il pas essayer de perdre son interlocuteur ? Tous ces rapprochements ici évoqués ont été découverts dans les métadiscours glosant les expressions en question (dictionnaires, sites internet et ouvrages de vulgarisation), qui apparaissent comme autant de « lieux d’affleurement » de cette dynamique analogique, où les réseaux signifiants semblent bien se tisser spontanément sous la plume des locuteurs que sont les lexicographes et les auteurs des sites et ouvrages consultés. Une telle approche apporte des éléments d’explication au fait que telle UP (avec puce) fasse effectivement surgir tel effet de sens (autour du soupçon), et permet aussi de comprendre les différences qui peuvent exister entre les langues en comparant les réseaux signifiants, lesquels sont propres à chaque langue.

    74Une approche ainsi non représentationnaliste fait alors l’économie cognitive, à l’interprétation, de la médiation d’une « couche figurative » première et du passage par un « sens littéral » qui permettrait d’accéder dans un deuxième temps au sens voulu ; « couches figuratives » qui, d’ailleurs, semblent parfois éloignées de (et difficile à lier à) l’effet actuellement produit par l’expression figée. Rien n’empêche cependant que, dans certains cas, ce sens figuratif et dit « littéral » ait pu exister étymologiquement et se soit perdu au fil du temps ; la présence de réseaux analogiques et submorphémiques permet dans ce cas de comprendre le maintien et le succès actuel de l’expression malgré ce décrochage. De fait, si une approche « par le signifiant » et par la motivation analogique renseigne sur la façon dont fonctionne l’expression à l’interprétation, elle n’annule pas la possibilité que cette même expression imagée ait pu, et puisse éventuellement encore une fois forgée – secondairement, même si là n’est pas son objectif dans l’interlocution – « faire surgir » la représentation de l’animal effectif. C’est, de fait, ce que font les métadiscours qui proposent d’expliquer ces expressions par leur sens figuratif, et qui, avec mille anecdotes plaisantes, suscitent un tel engouement parmi les locuteurs qu’ils ne peuvent que renforcer le succès de telles expressions. Motivation submorphémique et motivation référentielle sont bien ici complémentaires plutôt que concurrentes.

    Bibliographie

    Anscombre Jean-Claude, 2011, « Figement, idiomaticité et matrices lexicales », in J.-C. Anscombre et S. Mejri (dir.), Le figement linguistique : la parole entravée, Paris, Honoré Champion, p. 17-40.

    Aristote, 1969, Réfutations sophistiques (trad. par J. Tricot), Paris, Vrin.

    Atilf, 1998-2020, Base textuelle Frantext, ATILF-CNRS et université de Lorraine [https://www.frantext.fr/>] (consulté le 1er septembre 2021).

    Benveniste Émile, 1974, Problèmes de linguistique générale, t. II, Paris, Gallimard.

    Bitbol Michel, 2010, De l’intérieur du monde. Pour une philosophie et une science des relations, Paris, Flammarion.

    Bottineau Didier, 2010, « Language and Enaction », in J. Stewart, O. Gapenne et E. Di Paolo (dir.), Enaction : toward a new Paradigm for cognitive Science, Chicago, MIT Press, p. 267-306.

    Bottineau Didier, 2017a, « Du languaging au sens linguistique », Intellectica, 68, p. 19-67.

    Bottineau Didier, 2017b, « Que nous arrive-t-il quand nous parlons ? Parole, enaction, malentendu », in A. Bourgain et G. Fabre (dir.), Le malentendu : une question de linguistique et de psychanalyse, Limoges, Lambert-Lucas, p. 11-30.

    Bottineau Didier, 2018, « Incarnation langagière et grammaire des langues naturelles : vers la fin d’un clivage », in J. Dokic et D. Perrin (dir.), La cognition incarnée. Recherches sur la philosophie et le langage, Paris, Vrin, p. 251-294.

    Bottineau Didier, 2021, « Textes programmateurs et scénarisations interactionnelles : Les instructions autour de la natation en piscine et en extérieur du point de vue de l’énaction, perspective contrastive », Langages, 221, p. 63-74.

    Bottineau Didier et Poirier Marine, 2022, « Les submorphémies : constructions et discussions. Éléments de constitution poétique des submorphémies linguistiques », in F. Bravo (dir.), Poétique du signifiant. Approches submorphémiques de l’espagnol, Rennes, Presses universitaires de Rennes.

    Bravo Federico, 2011, Anagrammes. Sur une hypothèse de Ferdinand de Saussure, Limoges, Lambert-Lucas.

    Bravo Federico, 2018, « Défense et illustration de la notion de sociation psychologique : pour une linguistique du signifiant textuel », Chréode, 2, p. 125-146.

    Col Gilles, 2017, Construction du sens : un modèle instructionnel pour la sémantique, Bern, Peter Lang.

    Dewalque Arnaud et Gauvry Charlotte, 2016, « Introduction. Les théories représentationnelles », in A. Dewalque et C. Gauvry (dir.), Conscience et représentation. Introduction aux théories représentationnelles de l’esprit, Paris, Vrin, p. 7-57.

    Duneton Claude, 1985 (1978), La puce à l’oreille. Les expressions populaires et leurs origines, Paris, Stock.

    Chiozza Luis, 2008, Obras completas. Tomo X (1981-1990) : afectos y afecciones, Buenos Aires, Zorzal.

    Corpes xxi = Real Academia Española, s. d., Corpus del Español del Siglo xxi, [http://www.rae.es] (consulté le 1er septembre 2021).

    Crea = Real Academia Española, s. d., Corpus de Referencia del Español Actual, [http://www.rae.es] (consulté le 1er septembre 2021).

    García Remiro José Luis, 2004, ¿Qué queremos decir cuando decimos…? Frases y dichos del lenguaje diario, Barcelone, Alianza.

    Gil Juan (dir.), 2016, La ocasión la pintan calva. 300 historias de dichos y expresiones, Barcelone, Espasa.

    Gréciano Gertrud, 1983, Signification et dénotation en allemand. La sémantique des expressions idiomatiques, Metz, université de Metz.

    Grégoire Michaël, 2012, Le lexique par le signifiant. Méthode en application à l’espagnol, Sarrebruck, Presses académiques francophones.

    Grégoire Michaël, à paraître, « Signifiant et frontières sociolinguistiques : les cas du verlan et du vesre », prépublication en ligne, [https://hal.archives-ouvertes.fr/hal-00926756/] (consulté le 1er septembre 2021).

    Guillaume Gustave, 1929, Temps et verbe. Théorie des aspects, des modes et des temps, Paris, Honoré Champion.

    Havelange Véronique, Lenay Charles et Stewart John, 2002, « Les représentations : mémoire externe et objets techniques », Intellectica, 35, p. 115-129, [https://www.persee.fr/doc/intel_0769-4113_2002_num_35_2_1659] (consulté le 1er septembre 2021).

    Iribarren José María, 2015, El porqué de los dichos. Sentido, origen y anécdota de dichos, modismos y frases proverbiales, Barcelone, Ariel.

    Jakobson Roman, 1976, Six leçons sur le son et le sens, Paris, Éditions de Minuit.

    Jimenez Maria et Piel Amélie, 2010, « “Como me viese de buen ingenio, holgábase y decía…” : como me viese, como me vio, como me veía… ? », in G. Le Tallec-Lloret (dir.), Vues et contrevues. Actes du xiie colloque international de linguistique ibéro-romane, université de Haute-Bretagne – Rennes, 2, 24-26 septembre 2008, Limoges, Lambert-Lucas, p. 179-192.

    Launay Michel, 1977, « Langue, discours et penser : une lecture de la grammaire systématique », Mélanges de la Casa de Velázquez, 13, p. 425-446.

    Launay Michel, 1986, « Réflexions sur quelques mécanismes de transgression de l’ordre linguistique », in A. Redondo (dir.), Les discours des groupes dominés. Actes du colloque organisé à la Sorbonne par le Groupe de recherche sur les idéologies, mentalités et systèmes de représentations dans les pays de langue espagnole et portugaise, Paris, Presses Sorbonne Nouvelle, p. 119-128.

    Macchi Yves, 2000, « L’acte de nomination : du percept au signifiant », in J.-C. Chevalier et M.-F. Delport (dir.), La fabrique des mots. La néologie ibérique, Paris, Presses universitaires de Paris Sorbonne, p. 179-191.

    Maillet Jean, 2017, 500 expressions populaires décortiquées, Paris, L’Opportun.

    Maturana Humberto, 1978, « Représentation et fonctions de communication », in J. Piaget, P. Mounoud et J.-P. Bronquard (dir.), Psychologie, Paris, Encyclopédie de la Pléïade, p. 1442-1475.

    Mejri Salah, 2002, « Séquences figées et blocages syntaxiques », in G. Kleiber et N. Le Querler (dir.), Traits d’union, Caen, Presses universitaires de Caen, p. 151-164.

    Monneret Philippe, 2018, « Le problème de la représentation et sa solution dans la linguistique de Gustave Guillaume, lecteur de Saussure », Histoire Épistémologie Langage, 40, p. 49-66.

    Morawski Joseph, 1937, « Les formules allitérées de la langue espagnole », Revista de Filología Española, 24, p. 121-161.

    Nemo François, 2005, « Éléments pour une typologie linguistique des rapports forme/sens », Cahiers de linguistique analogique, 2, p. 205-226, [https://sites.google.com/site/cahierslinguistiqueanalogique/unsignifie-un-signifiant-debat] (consulté le 1er septembre 2021).

    Nemo François, 2015, « Du signifiant morphémique aux complexes d’adressage : questions de méthodes et d’administration de la preuve », communication présentée au colloque SAISIE-2, Submorphémie lexicale et grammaticale : méthodes d’observation, de description et de classement, protocoles d’expérimentation et de validation, org. É. Blestel, D. Bottineau et G. Le Tallec-Lloret, 26-27 mars 2015, université Sorbonne Nouvelle.

    Poirier Marine, 2021, La coalescence en espagnol. Vers une linguistique du signifiant énactivisante, Limoges, Lambert-Lucas.

    Real Academia Española, 2014, Diccionario de la lengua española (DRAE), [https://dle.rae.es] (consulté le 1er septembre 2021).

    Starobinski Jean, 1971, Les mots sous les mots. Les anagrammes de Ferdinand de Saussure, Paris, Gallimard.

    Thompson Evan, Palacios Adrián et Varela Francisco J., 1992, « Ways of Coloring : Comparative Color Vision as a Case Study for Sognitive Science », Behavioral and brain sciences, 15 (1), p. 1-26.

    Toutain Anne-Gaëlle, 2016, « Qu’est-ce qu’être a-saussurien ? », communication au colloque Le cours de linguistique générale, 1916-2016. Le devenir, Paris, 15-17 juin 2016, [https://www.clg2016.org/documents/CLG2016-Toutain-SE2.pdf] (consulté le 1er septembre 2021).

    Uexküll Jacob von, 1965 (1934), Mondes animaux et mondes humains, Paris, Denoël.

    Varela Francisco, 1996 (1989), Invitation aux sciences cognitives, Paris, Éditions du Seuil.

    Varela Francisco, 1999, « Quatre phares pour l’avenir des sciences cognitives », Revue théorie littérature enseignement, 17, p. 7-21.

    Varela Francisco, 2017 (1991), « L’organisme : un maillage de multiples soi dénués de soi », in Le cercle créateur. Écrits (1976-2001), Paris, Éditions du Seuil, p. 111-150.

    Visetti Yves-Marie et Cadiot Pierre, 2006, Motifs et proverbes. Essai de sémantique proverbiale, Paris, Presses universitaires de France.

    Notes de bas de page

    1C’est précisément dans cette voie que se sont engagées plusieurs recherches menées en linguistique depuis quelques années au sein de l’ERIMIT, avec les journées d’étude organisées par C. Fortineau-Brémond ainsi que les activités du « laboratoire junior » ERILIIS, s’inscrivant ainsi dans un ensemble d’événements visant à faire dialoguer la linguistique avec le paradigme de l’énaction en sciences cognitives – partisan d’une approche « non représentationnaliste » – ; voir, par exemple, les colloques Langage et énaction tenus à Clermont-Ferrand en 2016 pour le premier (Langenact I : langage et énaction, org. M. Grégoire, A. Barnabé, D. Bottineau et N. Maïonchi-Pino) et à Odense au Danemark pour le deuxième (Langenact II : le sens sans représentation : l’inscription du langage dans les coordinations sensorimotrices, org. D. Bottineau, S. Cowley, M. Grégoire, A. Kravchenko et S. Vork Steffensen). On revient sur l’énaction dès la première partie de ce travail.

    2Tener la mosca detrás de la oreja, litt. « avoir la mouche derrière l’oreille ».

    3Du moins en synchronie – on y revient dans les lignes qui suivent immédiatement.

    4Il y aurait ici une discussion à avoir sur une forme de « compositionnalité gestaltiste » (au sens de G. Col, 2017), avec l’idée qu’une compositionnalité traditionnelle n’existe de toute façon jamais et que le sens des unités se (re)profile toujours au fil du déroulé de l’énoncé ; on laisse de côté cette discussion pour le moment. La « non-compositionnalité » est, selon S. Mejri (2002 : 152), l’un des critères permettant d’identifier les séquences polylexicales figées, le deuxième étant le blocage de certaines manipulations syntaxiques : difficulté à transformer la phrase ( ?la puce que tu as à l’oreille), ou à commuter l’un de ses éléments avec un autre ( ?tengo el díptero detrás de la oreja, litt. « j’ai le diptère derrière l’oreille »), sauf cas de transgression humoristique (enculer les mouches > sodomiser les diptères).

    5Marear la perdiz, litt. « donner le mal de mer à la perdrix » (dans l’idée de « noyer le poisson ») ; caerle a uno la del pulpo, litt. « recevoir la (punition) du poulpe » (dans l’idée de « se faire rosser » ou frapper jusqu’à avoir la chair très tendre).

    6Il arrive bien sûr, en effet, que le recours à une comparaison animalière s’explique par certaines caractéristiques de l’animal (choix d’un animal qui hiberne pour caractériser un gros dormeur : dormir comme un loir ou une marmotte) ou certaines valeurs axiologiques qui y sont liées (opposition entre l’innocence et la prédation pour faire entrer le loup dans la bergerie).

    7L’expression est empruntée à Y.-M. Visetti et P. Cadiot (2006 : 134), qui questionnent également ce type d’approche – en ne passant pas, pour leur part, par la structure du signifiant et la submorphémie.

    8« Es que la presencia de este insecto, como la de otros de su clase, resulta casi siempre molesta. No extraña, por tanto, que genere desazón, inquietud y tensión. Y, si nos ronda la oreja, con doble motivo : permanecemos entonces alerta – como las caballerías –, prevenidos para ahuyentarla, como si sospecháramos que su impertinente zumbido puede tornar en cualquier momento […]. No son pocos, sin embargo, quienes sostienen que la expresión alude a la mecha con la que los soldados prendían arcabuces y mosquetes en tiempos de guerra, y que, entre disparo y disparo, dejaban preparada detrás de la oreja, ese socorrido soporte de útiles de trabajo en más de una profesión. » Toutes les traductions sont de Marine Poirier.

    9Litt. « s’ennuyer comme une huître ».

    10Le terme a été proposé assez tardivement par F. Varela (1996 [1989]) pour recouvrir un ensemble cohérent d’idées développées premièrement par H. Maturana – puis conjointement par H. Maturana et F. Varela ainsi que leurs collaborateurs –, dont l’une des premières préoccupations en tant que biologiste était de caractériser le vivant par opposition à la matière inerte. Il proposait dans cette optique l’idée que le vivant se définit comme ce qui s’auto-produit, créant et ré-générant continuellement ses propres composantes (notion d’autopoïèse). La notion d’énaction est ensuite proposée pour caractériser le mode de couplage de l’être vivant avec son environnement, se substituant précisément à celle de « représentation ».

    11On entend par « prédonné » ce qui a une existence indépendante de sa perception par un être vivant (laquelle, pour l’énaction, est au contraire constituante).

    12Et qui, selon F. Varela, transparaît notamment dans le vocabulaire utilisé, lorsque les sciences cognitives étudient le « recouvrement » par l’être vivant de la forme, de la couleur, de la lumière, comme si ces dernières avaient une existence indépendante de sa propre perception. Voir F. Varela (1996 [1989] : 103-104).

    13On détaille ensuite ; voir aussi M. Bitbol (par exemple 2010), pour qui l’expérience est précisément le « point aveugle des sciences » alors même que (ou peut-être précisément parce que) tout objet se donne avant tout comme objet d’expérience.

    14On reprend là les mots de M. Launay (1986 : 119), qui, écrivant pour un ouvrage collectif, situait ainsi sa perspective de linguiste dans l’ensemble des contributions : « Ce qui pour moi fait problème est ce qui constitue pour vous, en quelque sorte, une évidence, un point de départ, une donnée immédiate en somme sur laquelle vous n’êtes pas tenus de vous interroger : ce que vous identifiez comme étant un discours se présente en effet à moi, d’abord, comme un enchaînement d’unités phoniques ou graphiques ; et mon métier est de m’interroger sur les mécanismes bien étranges qui permettent à ce qui n’est fondamentalement que du bruit ou du gribouillage de devenir du signifiant, c’est-à-dire de “prendre sens”, et ainsi précisément de “faire discours”. »

    15C’est ce qu’explique D. Bottineau (2017b : 18-19).

    16Entendre ici : le résultat de l’activité de représentation.

    17On emprunte les adjectifs utilisés, « diplomatique » vs « théâtrale », à V. Havelange, C. Lenay et J. Stewart (2002 : 116). Voir également D. Botttineau : « [Pour] l’approche énactive […] les formes langagières ne sont pas la formalisation de représentations conceptuelles abstraites qui représentent le monde “diplomatiquement”. L’expérience consciente est définie comme une représentation théâtrale qui s’ignore et supplée à l’invisibilité du monde en soi ; l’expérience humaine est assistée par le langage en tant que discipline éthologique qui amplifie à l’infini la créativité sémantique et la libère des limitations de la perception ordinaire » (2021).

    18On trouve, au début des Réfutations sophistiques d’Aristote, la phrase suivante : « Il n’est pas possible d’apporter dans la discussion les choses elles-mêmes, mais au lieu des choses nous devons nous servir de leurs noms comme de leurs symboles » (Réfutations sophistiques, 165a : 6-8) ; l’idée est reprise et commentée par Guillaume d’Ockham (Expositio in librum Perihermeneias Aristotelis) et, pour A.-G. Toutain, c’est aussi cette définition du signe que « les structuralistes reprennent tous [Martinet, Jakobson, Benveniste, Hjelmslev] à leur compte » (Toutain, 2016).

    19La forme du signifiant est au contraire vue comme non pertinente par H. Maturana et F. Varela : « Il existe un nombre illimité de manières par lesquelles les interactions récurrentes visant à coordonner des comportements peuvent être établies entre des organismes (table, mesa, Tafel). Ce qui est pertinent est la coordination d’actions qu’elles provoquent et non la forme qu’elles adoptentEn effet, les domaines linguistiques émergent comme une dérive culturelle dans un système social, sans plan préétabli » (Maturana et Varela, 1994 : 203, je souligne).

    20« La grammaire traditionnelle […] considère invariablement [le temps] comme une ligne infinie, recomposée de deux segments dans le prolongement l’un de l’autre, le passé et le futur, que distingue la coupure, insérée entre eux, du présent […]. Cette figuration, dont on peut dire qu’elle porte au maximum le panoramisme du temps, est la plus achevée, la plus “réalisée” qu’on puisse concevoir […]. Mais pour le linguiste, et les fins qu’il poursuit, cette image optima du temps est un instrument insuffisant. Son défaut vient précisément de sa “perfection”. Ce qu’elle offre au regard, c’est du temps déjà construit en pensée, si l’on peut s’exprimer ainsi, alors que l’analyse demanderait qu’on vît du temps en train de se construire dans la pensée » (Guillaume, 1929 : 7-8, je souligne). La réponse apportée par G. Guillaume passe par un temps opératif psychique qui voit se construire successivement les différents temps et modes verbaux les uns par rapport aux autres (et diffère ainsi de la proposition « incarnée » d’une linguistique du signifiant énactivisante).

    21Il s’agit bien là d’un croisement, dans la mesure où les considérations générales des fondateurs de l’énaction sur le langage humain ne permettaient pas d’entrer dans l’analyse des signifiants et de leurs régularités. Une linguistique par le signifiant permet de combler ce creux laissé par l’énaction, en proposant un moyen d’étudier la façon dont fonctionnent les signifiants dans leurs régularités et la structuration en paradigmes et en réseaux qui se forme ainsi. En retour, l’énaction apporte à la linguistique du signifiant certains outils conceptuels – tels que l’incarnation, l’autopoïèse, la relation système-structure : voir Poirier (2021) sur ce croisement.

    22Voir D. Bottineau à partir de 2000 pour d’autres exemples très nombreux.

    23On trouve à la fois avoir la puce à l’oreille et mettre la puce à l’oreille : C. Duneton ouvre son article par la première mais cite les deux ; Le Robert, de son côté, ne cite que la seconde. Au vu du nombre de résultats trouvés sur la base de données Frantext et sur le moteur de recherche Google pour chacune des deux expressions, mettre la puce à l’oreille semble effectivement majoritaire dans l’usage. En espagnol, on trouve le même type de variation : tener/estar con/andar con la mosca detrás de la oreja d’un côté, et poner la mosca detrás de la oreja de l’autre (moins courant). Afin de faciliter la mise en parallèle des deux UP construites autour de puce/mosca et oreille/oreja, les gloses proposées pour ces expressions dans le présent article se construiront autour de avoir (la puce à l’oreille) et tener (la mosca detrás de la oreja).

    24[http://stella.atilf.fr/Dendien/scripts/tlfiv5/advanced.exe?8;s=147065767] (consulté le 10 mai 2019).

    25[https://fr.wiktionary.org/wiki/mettre_la_puce_%C3%A0_l%E2%80%99oreille] (consulté le 10 mai 2019).

    26Escamar peut aussi signifier au contraire écailler un poisson.

    27« Dado que la expresión « estar escamado » alude al recelo o desconfianza que se tiene como producto de un daño que se ha experimentado, es probable que el giro lingüístico se refiera, entonces, a la fantasía de estar, como consecuencia de una experiencia traumática, “a cubierto”, protegiendo la herida y expresando, al mismo tiempo, el deseo de ser insensible y duro. »

    28[http://etimologias.dechile.net/Expresiones/?Por-si-las-moscas] (consulté le 2 juin 2020).

    29Dans ce deuxième cas, l’incongruité joue également un rôle dans l’expression, comme cela pourrait être le cas dans des UP du type « comme un chien dans un jeu de quilles » ou « como gallina en corral ajeno » » (litt. « comme une poule dans une basse-cour étrangère »).

    30[https://www.expressio.fr/expressions/s-ennuyer-comme-un-rat-mort] (consulté le 2 juin 2020).

    31« No parece que haya que buscar complicadas explicaciones para esta expresión. La ostra es la metáfora perfecta del aislamiento y la vida inactiva. Es molusco que vive inmóvil, pegado a las rocas, ni siquiera en colonias apretadas como el mejillón y absolutamente encerrada en sí misma. Ningún molusco marino es más difícil de abrir que una ostra. Y por tanto es el ejemplo perfecto de la vida anodina y el aislamiento. Es por eso que ostra en sentido metafórico significa individuo retraído y misántropo », [http://etimologias.dechile.net/Expresiones/] (consulté le 2 juin 2020).

    32Le schéma est inspiré de celui que proposent M. Jiménez et A. Piel (2010 : 181) comme signifié schématique de como – bien que la perspective soit différente ici dans la mesure où il ne s’agit pas de modéliser le fonctionnement séman ticosyntaxique d’un signifiant particulier.

    33Le terme est utilisé notamment ici : [http://origenlenguaje.blogspot.com/2014/08/origen-de-la-expresion-aburrirse-como.html] (consulté le 2 juin 2020).

    34Dans une lettre adressée au poète italien Pascoli – chez qui il a repéré le phénomène –, F. de Saussure soulève la question comme une alternative entre intentionnalité et hasard : « Est-ce par hasard ou avec intention que dans un passage comme Catullocalvos p. 16, le nom de Falerni se trouve entouré de mots qui reproduisent les syllabes de ce nom ? […] Comme le calcul des probabilités à cet égard exigerait le talent d’un mathématicien exercé, j’ai trouvé plus court, et plus sûr, de m’adresser à la personne par excellence qui pourra me renseigner sur la valeur à attacher à ces rencontres de sons » (lettre de F. de Saussure au poète G. Pascoli, apud Starobinski, 1971 : 150). Comme l’ont commenté J. Starobinski (1971) puis F. Bravo (2011), la difficulté tient sans doute précisément à l’irréductibilité de cette alternative entre hasard et intention (voir plus loin pour une troisième voie).

    35On ne détaille pas ici la distinction à faire entre « système » et « structure » (voir dans Poirier, 2021), mais la structure est « statique » tandis que le système est dynamique et « génétique », toujours en mouvement et en re-création. C’est précisément la dimension « systémique » (et non seulement « structurale ») qui permet à des analogies imprévues au départ de s’établir entre des éléments du lexique a priori très éloignés l’un de l’autre (étymologiquement et sémantiquement). C’est le cas, par exemple, de puce qui se rapproche tout à coup de suspecter dans l’expression avoir la puce à l’oreille.

    36La proximité entre zèbre et zarbi révélée par le verlan avait été soulignée par F. Nemo (2015). Sur le verlan et la submorphémie, voir aussi M. Grégoire (à paraître).

    37« Certes le lapin est un animal instable, qui bondit dès qu’on veut l’approcher, mais cela n’explique guère la création de cette tournure qui date environ de la fin du siècle dernier, et dont le mystère demeure incomplètement sondé. » C. Duneton propose ensuite un rapprochement avec l’expression ancienne (xviie) « être de garenne » (histoire fausse, soit par vantardise soit comme déconvenue) et avec l’expression « laisser poser quelqu’un ».

    38M. Grégoire (2012 : 117) parlerait ici d’énantiosémie, avec l’idée qu’une même forme signifiante peut lier deux référents strictement opposés (ici, présence/absence, plein/vide). On peut également considérer que l’un implique nécessairement l’autre, en creux.

    39Alors même que, d’un point de vue physique et comme le rappelle l’auteur, le « blanc » ne peut pas être considéré en soi comme une « absence de couleur ». Il s’agit plutôt là de ce que la phraséologie fait dire au blanc.

    40[http://etimologias.dechile.net/Expresiones/?Dormir-como-un-liro.n] (consulté le 2 juin 2020).

    Auteur

    • Marine Poirier

      Agrégée d’espagnol, docteure en linguistique hispanique (université Rennes 2, 2019), et maîtresse de conférences en linguistique, grammaire et traduction à l’université de Lille-SHS. Ses travaux portent sur le signifiant et les phénomènes de resegmentation dans les langues romanes (voir : La coalescence en espagnol. Vers une linguistique du signifiant énactivisante, Lambert-Lucas, 2021).

    Précédent Suivant
    Table des matières

    Creative Commons - Attribution - Pas d'Utilisation Commerciale - Pas de Modification 4.0 International - CC BY-NC-ND 4.0

    Le texte seul est utilisable sous licence Creative Commons - Attribution - Pas d'Utilisation Commerciale - Pas de Modification 4.0 International - CC BY-NC-ND 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont « Tous droits réservés », sauf mention contraire.

    Voir plus de livres
    L’écriture nécrologique

    L’écriture nécrologique

    De la grandeur littéraire

    Jean-Baptiste Legavre (dir.)

    2024

    La fragilité humaine

    La fragilité humaine

    Jérôme Porée (dir.)

    2024

    Portrait d’Umberto Eco en jeune homme

    Portrait d’Umberto Eco en jeune homme

    1932-1962

    André Peyronie

    2024

    L’Escale des géants

    L’Escale des géants

    Marseille et les écrivains, 1830-1900

    Rémi Duchêne

    2022

    Devenir sujet de recherche

    Devenir sujet de recherche

    L’expérience des malades du cancer en essai clinique

    Benjamin Derbez

    2021

    Fictographies de la Bretagne

    Fictographies de la Bretagne

    Qu’est-ce qu’un Pays ?

    Jean-Pierre Montier (dir.)

    2023

    Comment rester soi-même dans les affres et délices du vivre-ensemble ?

    Comment rester soi-même dans les affres et délices du vivre-ensemble ?

    Manuel psychosocial d’autodéfense intellectuelle

    François Le Poultier

    2023

    Le phoque de Flaubert

    Le phoque de Flaubert

    Georges Guitton

    2021

    Comment voguer avec discernement sur des mers encombrées d’imposteurs ?

    Comment voguer avec discernement sur des mers encombrées d’imposteurs ?

    Manuel psychosocial d’autodéfense intellectuelle - Tome 2

    François Le Poultier

    2022

    Nuit Debout

    Nuit Debout

    Des citoyens en quête de réinvention démocratique

    Christine Guionnet et Michel Wieviorka (dir.)

    2021

    Si belle en son miroir ?

    Si belle en son miroir ?

    Singularités et marginalisations de l’anthropologie

    Laurent Vidal

    2021

    L’attention médicamentée

    L’attention médicamentée

    La Ritaline à l’école

    Luciana Vieira Caliman, Yves Citton et Maria Renata Prado Martin (dir.)

    2023

    Voir plus de livres
    1 / 12
    L’écriture nécrologique

    L’écriture nécrologique

    De la grandeur littéraire

    Jean-Baptiste Legavre (dir.)

    2024

    La fragilité humaine

    La fragilité humaine

    Jérôme Porée (dir.)

    2024

    Portrait d’Umberto Eco en jeune homme

    Portrait d’Umberto Eco en jeune homme

    1932-1962

    André Peyronie

    2024

    L’Escale des géants

    L’Escale des géants

    Marseille et les écrivains, 1830-1900

    Rémi Duchêne

    2022

    Devenir sujet de recherche

    Devenir sujet de recherche

    L’expérience des malades du cancer en essai clinique

    Benjamin Derbez

    2021

    Fictographies de la Bretagne

    Fictographies de la Bretagne

    Qu’est-ce qu’un Pays ?

    Jean-Pierre Montier (dir.)

    2023

    Comment rester soi-même dans les affres et délices du vivre-ensemble ?

    Comment rester soi-même dans les affres et délices du vivre-ensemble ?

    Manuel psychosocial d’autodéfense intellectuelle

    François Le Poultier

    2023

    Le phoque de Flaubert

    Le phoque de Flaubert

    Georges Guitton

    2021

    Comment voguer avec discernement sur des mers encombrées d’imposteurs ?

    Comment voguer avec discernement sur des mers encombrées d’imposteurs ?

    Manuel psychosocial d’autodéfense intellectuelle - Tome 2

    François Le Poultier

    2022

    Nuit Debout

    Nuit Debout

    Des citoyens en quête de réinvention démocratique

    Christine Guionnet et Michel Wieviorka (dir.)

    2021

    Si belle en son miroir ?

    Si belle en son miroir ?

    Singularités et marginalisations de l’anthropologie

    Laurent Vidal

    2021

    L’attention médicamentée

    L’attention médicamentée

    La Ritaline à l’école

    Luciana Vieira Caliman, Yves Citton et Maria Renata Prado Martin (dir.)

    2023

    Accès ouvert

    Accès ouvert freemium

    ePub

    PDF

    PDF du chapitre

    Suggérer l’acquisition à votre bibliothèque

    Acheter

    Édition imprimée

    Presses universitaires de Rennes
    • amazon.fr
    • decitre.fr
    • mollat.com
    • leslibraires.fr
    • placedeslibraires.fr
    ePub / PDF

    1C’est précisément dans cette voie que se sont engagées plusieurs recherches menées en linguistique depuis quelques années au sein de l’ERIMIT, avec les journées d’étude organisées par C. Fortineau-Brémond ainsi que les activités du « laboratoire junior » ERILIIS, s’inscrivant ainsi dans un ensemble d’événements visant à faire dialoguer la linguistique avec le paradigme de l’énaction en sciences cognitives – partisan d’une approche « non représentationnaliste » – ; voir, par exemple, les colloques Langage et énaction tenus à Clermont-Ferrand en 2016 pour le premier (Langenact I : langage et énaction, org. M. Grégoire, A. Barnabé, D. Bottineau et N. Maïonchi-Pino) et à Odense au Danemark pour le deuxième (Langenact II : le sens sans représentation : l’inscription du langage dans les coordinations sensorimotrices, org. D. Bottineau, S. Cowley, M. Grégoire, A. Kravchenko et S. Vork Steffensen). On revient sur l’énaction dès la première partie de ce travail.

    2Tener la mosca detrás de la oreja, litt. « avoir la mouche derrière l’oreille ».

    3Du moins en synchronie – on y revient dans les lignes qui suivent immédiatement.

    4Il y aurait ici une discussion à avoir sur une forme de « compositionnalité gestaltiste » (au sens de G. Col, 2017), avec l’idée qu’une compositionnalité traditionnelle n’existe de toute façon jamais et que le sens des unités se (re)profile toujours au fil du déroulé de l’énoncé ; on laisse de côté cette discussion pour le moment. La « non-compositionnalité » est, selon S. Mejri (2002 : 152), l’un des critères permettant d’identifier les séquences polylexicales figées, le deuxième étant le blocage de certaines manipulations syntaxiques : difficulté à transformer la phrase ( ?la puce que tu as à l’oreille), ou à commuter l’un de ses éléments avec un autre ( ?tengo el díptero detrás de la oreja, litt. « j’ai le diptère derrière l’oreille »), sauf cas de transgression humoristique (enculer les mouches > sodomiser les diptères).

    5Marear la perdiz, litt. « donner le mal de mer à la perdrix » (dans l’idée de « noyer le poisson ») ; caerle a uno la del pulpo, litt. « recevoir la (punition) du poulpe » (dans l’idée de « se faire rosser » ou frapper jusqu’à avoir la chair très tendre).

    6Il arrive bien sûr, en effet, que le recours à une comparaison animalière s’explique par certaines caractéristiques de l’animal (choix d’un animal qui hiberne pour caractériser un gros dormeur : dormir comme un loir ou une marmotte) ou certaines valeurs axiologiques qui y sont liées (opposition entre l’innocence et la prédation pour faire entrer le loup dans la bergerie).

    7L’expression est empruntée à Y.-M. Visetti et P. Cadiot (2006 : 134), qui questionnent également ce type d’approche – en ne passant pas, pour leur part, par la structure du signifiant et la submorphémie.

    8« Es que la presencia de este insecto, como la de otros de su clase, resulta casi siempre molesta. No extraña, por tanto, que genere desazón, inquietud y tensión. Y, si nos ronda la oreja, con doble motivo : permanecemos entonces alerta – como las caballerías –, prevenidos para ahuyentarla, como si sospecháramos que su impertinente zumbido puede tornar en cualquier momento […]. No son pocos, sin embargo, quienes sostienen que la expresión alude a la mecha con la que los soldados prendían arcabuces y mosquetes en tiempos de guerra, y que, entre disparo y disparo, dejaban preparada detrás de la oreja, ese socorrido soporte de útiles de trabajo en más de una profesión. » Toutes les traductions sont de Marine Poirier.

    9Litt. « s’ennuyer comme une huître ».

    10Le terme a été proposé assez tardivement par F. Varela (1996 [1989]) pour recouvrir un ensemble cohérent d’idées développées premièrement par H. Maturana – puis conjointement par H. Maturana et F. Varela ainsi que leurs collaborateurs –, dont l’une des premières préoccupations en tant que biologiste était de caractériser le vivant par opposition à la matière inerte. Il proposait dans cette optique l’idée que le vivant se définit comme ce qui s’auto-produit, créant et ré-générant continuellement ses propres composantes (notion d’autopoïèse). La notion d’énaction est ensuite proposée pour caractériser le mode de couplage de l’être vivant avec son environnement, se substituant précisément à celle de « représentation ».

    11On entend par « prédonné » ce qui a une existence indépendante de sa perception par un être vivant (laquelle, pour l’énaction, est au contraire constituante).

    12Et qui, selon F. Varela, transparaît notamment dans le vocabulaire utilisé, lorsque les sciences cognitives étudient le « recouvrement » par l’être vivant de la forme, de la couleur, de la lumière, comme si ces dernières avaient une existence indépendante de sa propre perception. Voir F. Varela (1996 [1989] : 103-104).

    13On détaille ensuite ; voir aussi M. Bitbol (par exemple 2010), pour qui l’expérience est précisément le « point aveugle des sciences » alors même que (ou peut-être précisément parce que) tout objet se donne avant tout comme objet d’expérience.

    14On reprend là les mots de M. Launay (1986 : 119), qui, écrivant pour un ouvrage collectif, situait ainsi sa perspective de linguiste dans l’ensemble des contributions : « Ce qui pour moi fait problème est ce qui constitue pour vous, en quelque sorte, une évidence, un point de départ, une donnée immédiate en somme sur laquelle vous n’êtes pas tenus de vous interroger : ce que vous identifiez comme étant un discours se présente en effet à moi, d’abord, comme un enchaînement d’unités phoniques ou graphiques ; et mon métier est de m’interroger sur les mécanismes bien étranges qui permettent à ce qui n’est fondamentalement que du bruit ou du gribouillage de devenir du signifiant, c’est-à-dire de “prendre sens”, et ainsi précisément de “faire discours”. »

    15C’est ce qu’explique D. Bottineau (2017b : 18-19).

    16Entendre ici : le résultat de l’activité de représentation.

    17On emprunte les adjectifs utilisés, « diplomatique » vs « théâtrale », à V. Havelange, C. Lenay et J. Stewart (2002 : 116). Voir également D. Botttineau : « [Pour] l’approche énactive […] les formes langagières ne sont pas la formalisation de représentations conceptuelles abstraites qui représentent le monde “diplomatiquement”. L’expérience consciente est définie comme une représentation théâtrale qui s’ignore et supplée à l’invisibilité du monde en soi ; l’expérience humaine est assistée par le langage en tant que discipline éthologique qui amplifie à l’infini la créativité sémantique et la libère des limitations de la perception ordinaire » (2021).

    18On trouve, au début des Réfutations sophistiques d’Aristote, la phrase suivante : « Il n’est pas possible d’apporter dans la discussion les choses elles-mêmes, mais au lieu des choses nous devons nous servir de leurs noms comme de leurs symboles » (Réfutations sophistiques, 165a : 6-8) ; l’idée est reprise et commentée par Guillaume d’Ockham (Expositio in librum Perihermeneias Aristotelis) et, pour A.-G. Toutain, c’est aussi cette définition du signe que « les structuralistes reprennent tous [Martinet, Jakobson, Benveniste, Hjelmslev] à leur compte » (Toutain, 2016).

    19La forme du signifiant est au contraire vue comme non pertinente par H. Maturana et F. Varela : « Il existe un nombre illimité de manières par lesquelles les interactions récurrentes visant à coordonner des comportements peuvent être établies entre des organismes (table, mesa, Tafel). Ce qui est pertinent est la coordination d’actions qu’elles provoquent et non la forme qu’elles adoptentEn effet, les domaines linguistiques émergent comme une dérive culturelle dans un système social, sans plan préétabli » (Maturana et Varela, 1994 : 203, je souligne).

    20« La grammaire traditionnelle […] considère invariablement [le temps] comme une ligne infinie, recomposée de deux segments dans le prolongement l’un de l’autre, le passé et le futur, que distingue la coupure, insérée entre eux, du présent […]. Cette figuration, dont on peut dire qu’elle porte au maximum le panoramisme du temps, est la plus achevée, la plus “réalisée” qu’on puisse concevoir […]. Mais pour le linguiste, et les fins qu’il poursuit, cette image optima du temps est un instrument insuffisant. Son défaut vient précisément de sa “perfection”. Ce qu’elle offre au regard, c’est du temps déjà construit en pensée, si l’on peut s’exprimer ainsi, alors que l’analyse demanderait qu’on vît du temps en train de se construire dans la pensée » (Guillaume, 1929 : 7-8, je souligne). La réponse apportée par G. Guillaume passe par un temps opératif psychique qui voit se construire successivement les différents temps et modes verbaux les uns par rapport aux autres (et diffère ainsi de la proposition « incarnée » d’une linguistique du signifiant énactivisante).

    21Il s’agit bien là d’un croisement, dans la mesure où les considérations générales des fondateurs de l’énaction sur le langage humain ne permettaient pas d’entrer dans l’analyse des signifiants et de leurs régularités. Une linguistique par le signifiant permet de combler ce creux laissé par l’énaction, en proposant un moyen d’étudier la façon dont fonctionnent les signifiants dans leurs régularités et la structuration en paradigmes et en réseaux qui se forme ainsi. En retour, l’énaction apporte à la linguistique du signifiant certains outils conceptuels – tels que l’incarnation, l’autopoïèse, la relation système-structure : voir Poirier (2021) sur ce croisement.

    22Voir D. Bottineau à partir de 2000 pour d’autres exemples très nombreux.

    23On trouve à la fois avoir la puce à l’oreille et mettre la puce à l’oreille : C. Duneton ouvre son article par la première mais cite les deux ; Le Robert, de son côté, ne cite que la seconde. Au vu du nombre de résultats trouvés sur la base de données Frantext et sur le moteur de recherche Google pour chacune des deux expressions, mettre la puce à l’oreille semble effectivement majoritaire dans l’usage. En espagnol, on trouve le même type de variation : tener/estar con/andar con la mosca detrás de la oreja d’un côté, et poner la mosca detrás de la oreja de l’autre (moins courant). Afin de faciliter la mise en parallèle des deux UP construites autour de puce/mosca et oreille/oreja, les gloses proposées pour ces expressions dans le présent article se construiront autour de avoir (la puce à l’oreille) et tener (la mosca detrás de la oreja).

    24[http://stella.atilf.fr/Dendien/scripts/tlfiv5/advanced.exe?8;s=147065767] (consulté le 10 mai 2019).

    25[https://fr.wiktionary.org/wiki/mettre_la_puce_%C3%A0_l%E2%80%99oreille] (consulté le 10 mai 2019).

    26Escamar peut aussi signifier au contraire écailler un poisson.

    27« Dado que la expresión « estar escamado » alude al recelo o desconfianza que se tiene como producto de un daño que se ha experimentado, es probable que el giro lingüístico se refiera, entonces, a la fantasía de estar, como consecuencia de una experiencia traumática, “a cubierto”, protegiendo la herida y expresando, al mismo tiempo, el deseo de ser insensible y duro. »

    28[http://etimologias.dechile.net/Expresiones/?Por-si-las-moscas] (consulté le 2 juin 2020).

    29Dans ce deuxième cas, l’incongruité joue également un rôle dans l’expression, comme cela pourrait être le cas dans des UP du type « comme un chien dans un jeu de quilles » ou « como gallina en corral ajeno » » (litt. « comme une poule dans une basse-cour étrangère »).

    30[https://www.expressio.fr/expressions/s-ennuyer-comme-un-rat-mort] (consulté le 2 juin 2020).

    31« No parece que haya que buscar complicadas explicaciones para esta expresión. La ostra es la metáfora perfecta del aislamiento y la vida inactiva. Es molusco que vive inmóvil, pegado a las rocas, ni siquiera en colonias apretadas como el mejillón y absolutamente encerrada en sí misma. Ningún molusco marino es más difícil de abrir que una ostra. Y por tanto es el ejemplo perfecto de la vida anodina y el aislamiento. Es por eso que ostra en sentido metafórico significa individuo retraído y misántropo », [http://etimologias.dechile.net/Expresiones/] (consulté le 2 juin 2020).

    32Le schéma est inspiré de celui que proposent M. Jiménez et A. Piel (2010 : 181) comme signifié schématique de como – bien que la perspective soit différente ici dans la mesure où il ne s’agit pas de modéliser le fonctionnement séman ticosyntaxique d’un signifiant particulier.

    33Le terme est utilisé notamment ici : [http://origenlenguaje.blogspot.com/2014/08/origen-de-la-expresion-aburrirse-como.html] (consulté le 2 juin 2020).

    34Dans une lettre adressée au poète italien Pascoli – chez qui il a repéré le phénomène –, F. de Saussure soulève la question comme une alternative entre intentionnalité et hasard : « Est-ce par hasard ou avec intention que dans un passage comme Catullocalvos p. 16, le nom de Falerni se trouve entouré de mots qui reproduisent les syllabes de ce nom ? […] Comme le calcul des probabilités à cet égard exigerait le talent d’un mathématicien exercé, j’ai trouvé plus court, et plus sûr, de m’adresser à la personne par excellence qui pourra me renseigner sur la valeur à attacher à ces rencontres de sons » (lettre de F. de Saussure au poète G. Pascoli, apud Starobinski, 1971 : 150). Comme l’ont commenté J. Starobinski (1971) puis F. Bravo (2011), la difficulté tient sans doute précisément à l’irréductibilité de cette alternative entre hasard et intention (voir plus loin pour une troisième voie).

    35On ne détaille pas ici la distinction à faire entre « système » et « structure » (voir dans Poirier, 2021), mais la structure est « statique » tandis que le système est dynamique et « génétique », toujours en mouvement et en re-création. C’est précisément la dimension « systémique » (et non seulement « structurale ») qui permet à des analogies imprévues au départ de s’établir entre des éléments du lexique a priori très éloignés l’un de l’autre (étymologiquement et sémantiquement). C’est le cas, par exemple, de puce qui se rapproche tout à coup de suspecter dans l’expression avoir la puce à l’oreille.

    36La proximité entre zèbre et zarbi révélée par le verlan avait été soulignée par F. Nemo (2015). Sur le verlan et la submorphémie, voir aussi M. Grégoire (à paraître).

    37« Certes le lapin est un animal instable, qui bondit dès qu’on veut l’approcher, mais cela n’explique guère la création de cette tournure qui date environ de la fin du siècle dernier, et dont le mystère demeure incomplètement sondé. » C. Duneton propose ensuite un rapprochement avec l’expression ancienne (xviie) « être de garenne » (histoire fausse, soit par vantardise soit comme déconvenue) et avec l’expression « laisser poser quelqu’un ».

    38M. Grégoire (2012 : 117) parlerait ici d’énantiosémie, avec l’idée qu’une même forme signifiante peut lier deux référents strictement opposés (ici, présence/absence, plein/vide). On peut également considérer que l’un implique nécessairement l’autre, en creux.

    39Alors même que, d’un point de vue physique et comme le rappelle l’auteur, le « blanc » ne peut pas être considéré en soi comme une « absence de couleur ». Il s’agit plutôt là de ce que la phraséologie fait dire au blanc.

    40[http://etimologias.dechile.net/Expresiones/?Dormir-como-un-liro.n] (consulté le 2 juin 2020).

    La représentation dans la recherche en langues et cultures étrangères

    X Facebook Email

    La représentation dans la recherche en langues et cultures étrangères

    Ce livre est diffusé en accès ouvert freemium. L’accès à la lecture en ligne est disponible. L’accès aux versions PDF et ePub est réservé aux bibliothèques l’ayant acquis. Vous pouvez vous connecter à votre bibliothèque à l’adresse suivante : https://freemium.openedition.org/oebooks

    Suggérer l’acquisition à votre bibliothèque Acheter ce livre aux formats PDF et ePub

    Si vous avez des questions, vous pouvez nous écrire à access[at]openedition.org

    La représentation dans la recherche en langues et cultures étrangères

    Vérifiez si votre bibliothèque a déjà acquis ce livre : authentifiez-vous à OpenEdition Freemium for Books.

    Vous pouvez suggérer à votre bibliothèque d’acquérir un ou plusieurs livres publiés sur OpenEdition Books. N’hésitez pas à lui indiquer nos coordonnées : access[at]openedition.org

    Vous pouvez également nous indiquer, à l’aide du formulaire suivant, les coordonnées de votre bibliothèque afin que nous la contactions pour lui suggérer l’achat de ce livre. Les champs suivis de (*) sont obligatoires.

    Veuillez, s’il vous plaît, remplir tous les champs.

    La syntaxe de l’email est incorrecte.

    Référence numérique du chapitre

    Format

    Poirier, M. (2022). Peut-on avoir la mouche à l’oreille ? ¿Puede uno andar con la pulga detrás de la oreja?. In C. Fortineau-Brémond (éd.), La représentation dans la recherche en langues et cultures étrangères. Rennes: Presses universitaires de Rennes. https://doi.org/10.4000/13meb
    Poirier, Marine. « Peut-on avoir la mouche à l’oreille ? ¿Puede uno andar con la pulga detrás de la oreja? ». In La représentation dans la recherche en langues et cultures étrangères, édité par Chrystelle Fortineau-Brémond. Rennes: Presses universitaires de Rennes, 2022. doi:10.4000/13meb.
    Poirier, Marine. « Peut-on avoir la mouche à l’oreille ? ¿Puede uno andar con la pulga detrás de la oreja? ». La représentation dans la recherche en langues et cultures étrangères, édité par Chrystelle Fortineau-Brémond, Presses universitaires de Rennes, 2022, https://doi.org/10.4000/13meb.

    Référence numérique du livre

    Format

    Fortineau-Brémond, C. (éd.). (2022). La représentation dans la recherche en langues et cultures étrangères. Rennes: Presses universitaires de Rennes. https://doi.org/10.4000/13mep
    Fortineau-Brémond, Chrystelle, éd. La représentation dans la recherche en langues et cultures étrangères. Rennes: Presses universitaires de Rennes, 2022. doi:10.4000/13mep.
    Fortineau-Brémond, Chrystelle, éditeur. La représentation dans la recherche en langues et cultures étrangères. Presses universitaires de Rennes, 2022, https://doi.org/10.4000/13mep.
    Compatible avec Zotero Zotero

    1 / 3

    Presses universitaires de Rennes

    Presses universitaires de Rennes

    • Mentions légales
    • Plan du site
    • Se connecter

    Suivez-nous

    • Flux RSS

    URL : http://www.pur-editions.fr

    Email : pur@univ-rennes2.fr

    OpenEdition
    • Candidater à OpenEdition Books
    • Connaître le programme OpenEdition Freemium
    • Commander des livres
    • S’abonner à la lettre d’OpenEdition
    • CGU d’OpenEdition Books
    • Accessibilité : partiellement conforme
    • Données personnelles
    • Gestion des cookies
    • Système de signalement