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    Plan détaillé Texte intégral La question autochtone dans l’Afrique du Sud contemporaine Une structuration territoriale itinérante au cœur de la griquaness Montrer et partager son territoire comme mode de réappropriation autochtone : tourisme et valorisation culturelle en territoire griqua Conclusion Notes de bas de page Auteur

    Autochtonies

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    Table des matières

    Les Griqua de Kranshoek (Plettenberg Bay, Eastern Cape, Afrique du Sud)

    De la structuration coloniale itinérante d’une autochtonie sud-africaine à une reterritorialisation post-apartheid in situ

    Sylvain Guyot

    p. 207-227

    Texte intégral La question autochtone dans l’Afrique du Sud contemporaine Une loi de reconnaissance des autochtones sud-africains en demi-teinte Quelle reconnaissance spécifique des droits fonciers autochtones en Afrique du Sud ? Une structuration territoriale itinérante au cœur de la griquanessxviiie siècle : de l’exode du Cap Occidental à la création du Griqualand occidental xixe siècle : d’un Griqualand à l’autre xxe siècle : nouveau départ et retour vers le Cap Occidental ? Montrer et partager son territoire comme mode de réappropriation autochtone : tourisme et valorisation culturelle en territoire griqua Le cas de Kranshoek Le cas de Ratelgat Conclusion Notes de bas de page Auteur

    Texte intégral

    1La population totale de l’Afrique du Sud est de 50 millions d’habitants. Les autochtones en représenteraient moins de 1 % d’après le Groupe international de travail pour les peuples autochtones (GITPA). Il ne s’agit en effet que d’une estimation, dans la mesure où le recensement sud-africain n’enregistre pas les autochtones de manière spécifique : ils sont souvent inclus dans la catégorie coloured qui représente environ 9 % de la population totale.

    Encadré 1 : les dénominations raciales en Afrique du Sud

    La dénomination de groupes « raciaux » en Afrique du Sud, et plus particulièrement dans l’Afrique du Sud post-apartheid, est un problème ardu doublé d’un sujet politiquement sensible. La classification raciale en vigueur sous l’apartheid comprenait :

    − Les « Blancs », Sud-africains ayant des origines européennes, parmi lesquels on distinguait : a) les Afrikaners, descendants des colons hollandais installés dans le pays depuis le xviie siècle et parlant l’Afrikaans – le terme Afrikaner signifie « Africain » en hollandais, il a par conséquent une connotation politique, soulignant l’identité africaine de ce groupe de population ; b) les Sud-africains anglophones ; c) d’autres immigrants – souvent arrivés plus tardivement – d’origine européenne, tels que les Grecs, les Portugais, etc.

    − Les « Indiens », Sud-africains d’origine indienne dont les ancêtres sont souvent venus comme travailleurs sous contrat ou comme passagers libres, notamment à la fin du xixe siècle et au début du xxe siècle.

    − Les « Africains » – dénommés auparavant « Natifs » ou « Bantous » –, Sud-africains d’origine africaine.

    − Les « Métis » ou « Colorés » – Coloured –, groupe hétérogène incluant les personnes ayant des origines mélangées et celles qui ne rentrent pas dans les catégories mentionnées ci-dessus.

    Cette classification a joué un rôle important dans la construction identitaire. Tout en condamnant le système qui l’a conçue, les chercheurs l’emploient toujours abondamment. Dans cet essai, même si nous sommes conscients des implications politiques de chaque terme, nous suivrons les conventions usuelles et emploierons les catégories ci-dessus telles qu’elles sont comprises dans le contexte sud-africain.

    Source : Giraut et al. (2005).

    2Les peuples autochtones d’Afrique du Sud se nomment « Khoesan », comprenant deux premières nations : les San, chasseurs-cueilleurs, appelés péjorativement « Bushmen » par les premiers explorateurs ; les Khoekhoe, éleveurs nomades appelés péjorativement « Hottentots » par les élites européennes de l’époque (Fauvelle-Aymar, 2002). Il est par ailleurs précisé sur le site du GITPA :

    « Les principaux groupes San incluent les Khomani San, qui résident principalement dans la région du Kalahari, et les Khwe et les Xun qui résident principalement dans le Platfontein, Kimberley. Les Khoekhoe comprennent les Nama, qui résident principalement dans la province du Cap Nord ; les Koranna qui vivent principalement dans la région du Kimberley et la province du Free State ; les Griqua dans les provinces du Cap Occidental, du Cap Oriental, du Cap Nord, du Free State et du KwaZulu-Natal et les Cap Khoekhoe dans le Cap Occidental et le Cap oriental, avec des poches de croissance dans les provinces du Gauteng et du Free State. »

    3Avec environ 300 000 individus, les Griqua constituent le groupe le plus nombreux parmi les Khoekhoe (Morris, 1997) et l’un des principaux groupes autochtones en Afrique du Sud1, ce qui s’explique certainement en raison de l’itinérance géographique et de l’ouverture aux autres dont ils ont été les acteurs. Leur identité autochtone, appelée griquaness (Besten, 2006 ; Cavanagh, 2011 ; Schweitzer, 2015 ; Waldman, 2007) s’est constituée au gré d’une longue période de mobilité géographique et de métissage, de la fin du xviiie siècle à la première moitié du xxe siècle (Bekker & Leildé, 2003). Cette migration pluriséculaire s’est accompagnée de phases soutenues, bien que temporaires, de collaboration avec les autorités coloniales, alternant avec des épisodes d’éviction, ainsi que d’une assimilation très forte de Sud-africains d’origines diverses – Blancs et non-Blancs. Cette ouverture socio-culturelle est constitutive d’une griquaness qui privilégie une autochtonie dynamique et plurielle.

    4Le régime d’apartheid (1948-1994) n’a jamais reconnu la spécificité autochtone des Griqua, et les a définis et englobés dans la catégorie raciale des Coloured (encadré 1). Aujourd’hui, c’est au sein des principaux « territoires-étapes » de cette migration que se cristallisent les demandes de rétrocession et de reconnaissance foncière et culturelle des Griqua (Erasmus, 2010 ; Schweitzer, 2015). La double dimension historique et géographique des territorialités griqua tend donc à prendre le dessus sur des argumentaires ethniques toujours teintés d’ambiguïté dans l’Afrique du Sud de l’après post-apartheid2 (Besten, 2006 ; Schweitzer, 2015). Cette nouvelle ère n’empêche néanmoins pas les Griqua de continuer à faire grandir leur sentiment autochtone par intégration de nouveaux espaces dans leurs territorialités et par intégration d’individus venus des autres groupes de population sud-africains (Johnson, 2000 ; Van Der Stoep et al., 2008).

    5Notre étude se base sur un terrain de recherche réalisé en mars-avril 2014 à Kranshoek – quartier de Plettenberg Bay, province du Cap de l’Ouest –, siège de la conférence nationale des Griqua d’Afrique du Sud (Guyot & Guinard, 2015), ainsi que sur un corpus de lectures, dont l’ouvrage de 2015 de l’anthropologue autrichien Erwin Schweitzer – The Making of Griqua, Inc –, qui fait écho à un des derniers ouvrages du couple Comaroff (2009) – Ethnicity Inc – sur la marchandisation de la culture autochtone. Peu de chercheurs s’intéressent véritablement aux territorialités contemporaines des Griqua d’Afrique du Sud (Balson, 2007 ; Besten, 2006 ; Erasmus, 2010 ; Schweitzer, 2015 ; Waldman, 2007 et 2011), alors que leur dynamique historique semble mieux documentée (Cavanagh, 2011 ; Dedering, 2010 ; Edgar & Saunders, 1982 ; Klopper, 2008 ; Legassick, 2010). Dans ce pays, d’autres groupes khoesan sont souvent étudiés : ceux du Cap (Landy et al., 2017), et surtout les Khomani San, en lien avec la rétrocession de terres du parc national du Kalahari, localisé dans le nord-ouest du pays (Robins, 2001 ; Thondhlana et al., 2011 ; Walker et al., 2010)3.

    6Après une présentation succincte de la question autochtone dans l’Afrique du Sud contemporaine, cette contribution a pour objet de revenir sur la constitution spatio-temporelle de l’autochtonie griqua et sur la manière dont elle est convoquée aujourd’hui au service d’un processus de territorialisation multiforme, composé de stratégies foncière, culturelle et touristique.

    La question autochtone dans l’Afrique du Sud contemporaine

    7En Afrique du Sud, les communautés Khoesan recouvrent tout un ensemble de modes de vie, de pratiques socio-économiques et culturelles. Ces communautés étaient considérées comme des Coloured, soit des non-Blancs, par les autorités coloniales et d’apartheid, et ont donc subi les mêmes abjections territoriales, économiques, sociales et culturelles. Les changements sociopolitiques de l’après post-apartheid ouvrent un espace permettant une déconstruction des catégories sociales et raciales définies par le régime d’apartheid et pérennisées par les politiques de discrimination positive sous l’ère post-apartheid. Beaucoup d’autochtones exercent à présent leur droit à l’auto-identification et s’identifient eux-mêmes aux San et aux Khoekhoe ou Khoesan. C’est dans ce contexte qu’une loi sud-africaine reconnaît enfin officiellement l’existence de communautés autochtones sud-africaines au travers d’un texte voté en 2017 sur le leadership traditionnel et khoesan en cours de discussion par les parlements provinciaux4. De plus, l’Afrique du Sud a voté en faveur de la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones mais n’a pas encore ratifié la Convention 169 de l’OIT.

    Une loi de reconnaissance des autochtones sud-africains en demi-teinte

    8La Loi sur le leadership traditionnel et khoesan pourrait potentiellement fournir une reconnaissance et ouvrir des opportunités pour l’accès à la justice en faveur de l’histoire des communautés San et Khoi. En outre, comme le signale la page du GITPA dédiée à l’Afrique du Sud :

    « Le projet de Loi autorise l’inclusion des Khoi et des San dans les processus administratifs gouvernementaux au sein des divers ministères et habilite ces ministères à proposer des dispositions spécifiques relatives aux priorités sociales, économiques et culturelles des communautés San et Khoi. »

    9Le caractère ambigu de cette nouvelle loi repose sur le fait de traiter en même temps les revendications autochtones et la question des autorités traditionnelles en Afrique du Sud qui concerne exclusivement les groupes « ethniques » africains (Zoulou, Xhosa, Sotho, etc.). Ce dernier sujet est totalement miné par l’instrumentalisation des autorités tribales par les régimes coloniaux, d’apartheid et post-apartheid. Cette loi traite de deux questions distinctes et leur amalgame pourrait pénaliser la légitimation des revendications portées par les Khoesan5. En réalité, cette loi illustre très bien la rivalité entre deux formes d’autochtonies sud-africaines, toutes deux héritées de la terminologie coloniale des « native » : une démographiquement minoritaire et basée sur le référentiel temporel – l’antériorité Khoesan –, l’autre démographiquement majoritaire et basée sur le référentiel spatial – le droit à la terre des Africains en Afrique du Sud dans une perspective continentale de « renaissance africaine ».

    Quelle reconnaissance spécifique des droits fonciers autochtones en Afrique du Sud ?

    10La question des revendications foncières contemporaines des Griqua constitue le cœur de l’ouvrage récent d’Erwin Schweitzer (2015). En lien avec les politiques successives de rétrocession foncière menées depuis la fin de l’apartheid, Schweitzer passe en revue les actions menées par les communautés Griqua à Bethany, dans la province du Free State, sur le territoire de l’ancien Griqualand oriental, et à Plettenberg Bay et Ratelgat – ces deux derniers cas seront développés par la suite. Les réclamations foncières griqua jouent à la fois sur le tableau des restitutions foncières proposées à l’ensemble des Sud-africains non-blancs dépossédés après 1913 mais s’insèrent aussi dans l’argumentaire autochtone de l’antériorité temporelle précoloniale et pré-migrations bantoues et de la nécessité de bénéficier d’un traitement distinct, et donc plus favorable, que les Sud-africains non-blancs. C’est l’objectif très partiel de la loi sur le Leadership Traditionnel et Khoesan votée par le parlement sud-africain et évoquée plus tôt.

    11Un amendement a été promulgué à la loi existante sur la Restitution des droits fonciers de 19966. Il étend la période de réclamations foncières de 2014 à 20197, ouvrant ainsi de nouvelles possibilités pour les habitants concernés par des destitutions foncières entre 1913 et 1994. Certaines revendications des communautés San et Khoi – et d’autres – qui ont été mises de côté lors de la première période de restitution, à la fin des années 1990, vont pouvoir enfin être entendues. Néanmoins, il n’est toujours pas question de permettre des restitutions foncières correspondant aux dépossessions antérieures à 1913. Cette dernière date est importante car elle correspond à la promulgation par l’Union sud-africaine, postcolonie blanche – bien que dominion britannique – créée en 1910, d’une loi de ségrégation raciale (Native Land Act) visant à affecter aux Blancs 87 % des terres du pays. Néanmoins, la plupart des évictions forcées ont eu lieu avant, en pleine ère coloniale. Ouvrir des demandes de restitutions sur une période anté-1913 à l’ensemble des populations spoliées pourrait impliquer un bouleversement total de la propriété foncière sans doute préjudiciable à la stabilité politique, économique et sociale de l’Afrique du Sud, même si ce n’est pas l’avis des formations politiques d’extrême gauche qui militent pour un renversement total des structures foncières sud-africaines. Les Griqua se limitent donc pour le moment à réinvestir l’archipel de lieux qui définissent leur structuration territoriale et leur identité en tant qu’autochtones.

    Une structuration territoriale itinérante au cœur de la griquaness

    12La structuration territoriale itinérante sur le temps long des Griqua est propre à la période coloniale. Depuis la période d’apartheid, les établissements griqua sont peu ou prou stabilisés avec deux localisations principales : dans la région de Kokstad (province du KwaZulu-Natal) et de Plettenberg Bay/Knysna, avec comme centre le quartier de Kranshoek (province du Cap de l’Ouest). La griquaness est reliée à cette géographie contemporaine en archipel car elle apparaît consubstantielle du déplacement historique de leurs spatialités. L’empowerment progressif de ce peuple, qui s’autochtonise par la migration, ce qui peut sembler paradoxal, se fait dans l’acte de quitter un territoire devenu peu propice à leur autonomisation pour en trouver un autre plus adapté, tout en y semant/laissant des traces historiques, culturelles et familiales encore actives ou revendiquées aujourd’hui. Les grandes étapes de ce processus permettent de comprendre comment l’itinérance territoriale s’est imposée comme élément fondamental de la griquaness.

    xviiie siècle : de l’exode du Cap Occidental à la création du Griqualand occidental

    13Les Griqua ne sont pas une entité autochtone constituée en soi. C’est un groupe qui est issu de populations khoekhoe des environs du Cap, rescapées des premières guerres coloniales contre les Hollandais, et en particulier contre Jan Van Riebeeck – seconde moitié du xviiie siècle. À ce stade, il s’agit d’un groupe déjà largement métissé, appelé « Bastaards » (Schweitzer, 2015), et qui ne possède pas de territoire. En effet, la spoliation territoriale des khoekhoe des environs du Cap par les colons est totale, malgré la riposte du chef khoekhoe Autshumato, appelé « l’interprète » pour sa maîtrise des langues coloniales. Difficile de savoir si, à l’époque, une connaissance et des liens avec les San vivant plus au nord était ou non établie. En 1713, l’ethnocide des Khoekhoe est accéléré par une épidémie de variole. De ce fait, la plupart des Khoekhoe du sud-ouest de la province du Cap ne survivront pas (Schweitzer, 2015).

    14Dès leur formation en tant que groupe humain spécifique, les Griqua mobilisent plusieurs spécificités récurrentes. Dès le début du xviiie siècle, ils disposent d’un leadership éduqué, cultivé et possédant un statut social élevé. Leurs leaders connaissent et veulent utiliser le cadre colonial comme un capital social et économique. C’est le cas avec Adam Kok Ier, né en 1710, premier leader des Griqua qui possède un statut d’homme libre, des droits de pâturage et un cheptel nombreux (Schweitzer, 2015), ce qui lui confère un capital économique et symbolique très important. Cette interaction avec le pouvoir colonial et les missions religieuses se fait aussi pour négocier de manière très précoce de nouveaux droits spécifiques. Plus tard, nous allons retrouver des formes d’interaction avec les pouvoirs en place, comme avec le régime d’apartheid, à leur corps défendant, et bien sûr aujourd’hui avec l’État post-apartheid. Le nom « griqua » a d’ailleurs été suggéré par un missionnaire écossais en 1813, puis adopté comme abréviation d’un nom d’un groupe khoekhoe précolonial appelé « Chariguriqua » (Schweitzer, 2015). Or, l’influence de l’acculturation religieuse chrétienne ne va jamais se démentir par la suite. La Griqua Independant Church of South Africa, créée en 1920, joue toujours un rôle important dans la promotion de la griquaness chez certains Griqua.

    15Pourtant, ces interactions ne sont jamais synonymes de soumission, et dès que les pouvoirs colonial ou d’apartheid se sont mis en travers de leurs intérêts, ou ont essayé de les déloger, les Griqua ont toujours cherché à s’émanciper et à garder leur autonomie. Nous arrivons là à un aspect fondamental de la structuration ethno-spatiale griqua : l’itinérance et la migration. Pour conserver leur cohésion, renforcer leur autonomie et revendiquer leurs spécificités, les Griqua ont dû changer plusieurs fois de territoire (cahier couleur, carte II), sans forcément d’ailleurs que tous les membres du groupe suivent le mouvement, qui était avant tout celui du leadership principal, en phase avec le lignage historique et familial.

    16En 1771, Adam Kok Ier part avec ses hommes vers le petit Namaqualand, plus au nord, car sa ferme de Piketberg est récupérée par des Blancs. Il meurt en 1795, l’année de l’arrivée des colons britanniques au Cap. Les hommes d’Adam Kok Ier montent alors plus au nord vers le fleuve Orange et forment des commandos. Les Bastaards baptisés peuvent alors récupérer des terres en lien avec les lois coloniales. Le descendant d’Adam Kok Ier, Adam Kok II, s’installe ensuite en 1809 avec ses hommes à Klaarwater qui va être renommée en Griquatown et l’ensemble de ce territoire va s’appeler Griqualand West – occidental.

    xixe siècle : d’un Griqualand à l’autre

    17En 1825, une scission des habitants de Griqua Town a lieu, entre un groupe de Griqua qui choisit de collaborer étroitement avec le pouvoir colonial, et l’autre groupe « canal historique » qui va partir pour Philippolis (Free State). Il s’agit d’un événement politique important et très représentatif des ambivalences griqua à l’endroit des pouvoirs coloniaux. Ainsi, lors du règne d’Adam Kok III, à partir de 1837, dans le Free State, les relations des Griqua sont bonnes avec les Trek Boers qui autorisent le fermage de leurs terres (Schweitzer, 2015)8. Mais dès 1854, avec la création de l’État libre – par et pour les Trek Boers –, s’en suit un départ massif des Griqua vers Kokstad, ville fondée en 1863. Adam Kok III va alors créer l’East Griqualand – Griqualand oriental. L’étape de Kokstad représente sans doute l’apogée historique, bien qu’éphémère, du peuple griqua, où urbanité et griquaness se rejoignent pour constituer une société d’ouverture et d’assimilation d’autres segments de la population sud-africaine, Blanche et native. Dès 1874, le Griqualand oriental est annexé par les colons britanniques qui voient d’un mauvais œil se développer cette microsociété multiraciale et commerçante. Adam Kok III décède accidentellement en 1875. Débute alors une longue phase de déclin et de nouvelle itinérance pour les Griqua.

    18Une nouvelle famille prend le leadership de certains Griqua : les « Le Fleur », en particulier Andrew Andries Stockenstrom Le Fleur (AAS Le Fleur) qui migre avec sa famille dans le Griqualand oriental dans les années 1880. Il s’implique dans les ruines du pouvoir griqua, se marie avec une descendante d’Adam Kok III et finit par s’imposer comme le nouveau leader, à force de négociations foncières avec le pouvoir colonial. Néanmoins, à la suite d’une révolte contre ce même pouvoir, AAS Le Fleur est mis en prison en 1897 (Robben Island) et il est libéré en 1903. Nous retrouvons sans cesse cette relation ambivalente des Griqua avec les autorités coloniales. Souhaitant doter le peuple griqua d’une autorité politique permanente et stable pouvant faire fi de la variabilité de la localisation des établissements humains, AAS Le Fleur crée en 1904 la Griqua National Conference (GNC). AAS Le Fleur, qui ne représente pas la majorité des Griqua dans leur grande diversité, incarne le contrôle de la GNC et ajoute à la griquaness une dimension prophétique – fin de la colonisation, changement climatique, etc. – qui influence toujours certaines stratégies contemporaines de reterritorialisation.

    xxe siècle : nouveau départ et retour vers le Cap Occidental ?

    19S’en suit une nouvelle phase d’itinérance vers de nouveaux territoires, avec le choix d’AAS Le Fleur d’une stratégie de non-confrontation avec l’Union Sud-africaine – créée en 1910 à la suite de l’accord trouvé entre Anglophones et Boers – dans le contexte de la ségrégation foncière du Native Land Act de 1913 (Edgar & Saunders, 1982). Plusieurs villages sont fondés dans la province actuelle du Cap de l’Ouest, à Vredendal – Ratelgat Farm, lieu de retraite spirituelle pour Le Fleur – et Kranshoek, quartier de la ville de Plettenberg Bay qui va devenir la « capitale politique et culturelle » d’une partie de la nation Griqua. Le territoire griqua de la première moitié du xxe siècle est morcelé et inégalement contrôlé par différents leaders griqua, entre des espaces très liés à l’histoire de l’itinérance griqua et ceux contrôlés par le GNC (Besten, 2006 ; Waldman, 2007).

    Photo 1. – Siège du GNC à Kranshoek.

    Source : auteur, 2014.

    20AAS Le Fleur soutient les politiques ségrégationnistes au nom de la griquaness (Schweitzer, 2015). Son souhait serait de pouvoir ainsi contrôler l’ensemble des Coloured, en phase avec la tradition griqua « d’assimilation interne ». Il est très favorable au fait de réserver et d’assigner des territoires spécifiques aux Griqua. AAS Le Fleur est probablement le premier leader « ethnique » des Griqua, en cela qu’il prône l’ethnicisation de son peuple au diapason des politiques de division raciale menées par l’Afrique du Sud. Les revendications à proprement parler « autochtones » viendront beaucoup plus tard avec la fin du régime d’apartheid. La posture politique ethnique des Griqua va se confirmer pendant l’apartheid avec le descendant d’AAS Le Fleur, Abraham Le Fleur. À nouveau, son positionnement politique est ambivalent à l’endroit des autorités sud-africaines. Ainsi, lors des premières lois d’apartheid, il milite pour la création d’une une « sous-catégorie » Griqua au sein du groupe racial des Coloured, alors même que les autorités ont du mal à classer un peuple aussi ouvert et métissé – à certains endroits, sur la base de la couleur de peau, des Griqua seront même classés comme Africains (Waldman, 2007). De plus, lors de l’application des lois du Grand Apartheid, associées à la création des Bantoustans9, Le Fleur va militer pour la création d’un Griqua Homeland (Waldman, 2007). Toutefois, cette demande ne sera pas suivie des faits car les limites territoriales d’un tel espace semblent « introuvables », compte tenu de sa nature archipélagique, et que le leadership de Le Fleur est bien loin de rassembler tous les Griqua (Schweitzer, 2015 ; Waldman, 2007), avec plusieurs chefs éparpillés sur une grande partie de l’Afrique du Sud.

    21Les Griqua sont principalement représentés aujourd’hui par la GNC basée à Kranshoek. Néanmoins, une scission est toujours active entre ce groupe, politiquement ancré à droite, et un autre ancré à gauche et basé à Knysna. Au-delà de leurs divergences, les Griqua sont très actifs depuis la fin de l’apartheid pour être à la pointe des revendications autochtones en Afrique du Sud. Le président du National Khoe & San Council (NKC) est d’ailleurs de la famille Le Fleur – Cecil Le Fleur. Dans leur quête et revendication des origines précoloniales, les Griqua se font ainsi les porteparole de tous les Khoekhoe mais aussi des Sans avec l’expression d’une Khoesaness, stratégie pour prendre le contrôle sur les groupes san du Ritchersveld et du Kalahari dont la visibilité et la reconnaissance autochtones sont beaucoup plus importantes aux échelles nationale et internationale. D’aucuns peuvent aussi y voir une sorte de revanche sur l’histoire quand revient comme poncif dans les représentations populaires sud-africaines que la naissance des Bastaards, dont sont issus les Griqua, est datée… de neuf mois après l’arrivée de J. van Riebeeck sur le sol sud-africain (Schweitzer, 2015).

    22Comment les Griqua peuvent-ils s’unifier en tant que peuple autochtone compte tenu de cet espace-temps politique complexe et diversifié ? Nous faisons l’hypothèse que c’est justement le lien au territoire, par le biais de l’inscription historique, culturelle et touristique qui va permettre cette unification. Nous allons donc nous focaliser maintenant sur la branche griqua sous contrôle des Le Fleur, établis dans la province du Cap de l’Ouest et dont les quartiers généraux – siège de la GNC (photo 1) – sont basés à Kranshoek.

    Montrer et partager son territoire comme mode de réappropriation autochtone : tourisme et valorisation culturelle en territoire griqua

    23On constate qu’à l’échelle locale, la griquaness tend à s’incarner à travers des actions de revendications foncières et d’ancrage territorial et culturel toujours pensées en interaction avec les espaces et les populations environnantes. Fidèles à leurs principes d’ouverture, les Griqua revendiquent leurs territorialités sans aucune tentation d’enclavement ou de repli sur eux-mêmes. L’ouverture aux visiteurs, et plus généralement l’amorce d’une mise en tourisme, permet aux Griqua de faire parler d’eux, de montrer, de communiquer et de partager leurs lieux de vie et d’expression culturelle, entre espaces mémoriels et espaces de création culturelle contemporaine. Deux exemples pris à Kranshoek et Ratelgat nous permettent d’expliciter ces processus et de les interroger de manière critique.

    Le cas de Kranshoek

    24Kranshoek est passé du statut de « simple » township coloured de la ville de Plettenberg Bay pendant l’apartheid au statut d’une des « capitales » politiques de l’archipel du Griqualand sud-africain. Quartier pauvre, délaissé par les autorités d’apartheid, il est aujourd’hui au cœur de stratégies de reterritorialisation et d’ancrage culturel menées par les leaders du GNC. Pendant plus de cinquante années, Kranshoek était une entité urbaine totalement invisible et n’existait qu’aux yeux de ses habitants. La stratégie actuelle est de rendre visible ce quartier périphérique pauvre de la belle cité balnéaire de Plettenberg Bay, en y mettant en scène la culture griqua et en le connectant aux itinéraires touristiques proposés par la ville (figure 1)10.

    Figure 1. – « Des nomades aux propriétaires terriens […] », extrait de la brochure de valorisation culturelle et touristique des Griqua de Kranshoek.

    Source : Office du tourisme de Plettenberg Bay [https://www.plett-tourism.co.za/wpcontent/uploads/2015/10/GRIQUA-BROCHURE-FINAL.pdf] (consulté le 15/12/20).

    25L’idée des autorités griqua du GNC est de faire de Kranshoek un espace visible et visitable en raison de son patrimoine historique et culturel, en lien en particulier avec le Griqua National Heritage Monument. Cette stratégie est associée localement à une mise en tourisme, en proposant des hébergements pour les touristes à Jackalskraal Farm11. Cet ensemble de terrains et d’habitations ont été donnés aux Griqua grâce à un processus de rétrocession motivé par la spoliation de ce bien effectuée après le décès d’AAS Le Fleur. Comme l’indique le GITPA :

    « La Commission foncière est actuellement en train d’acheter la terre où est situé Robberg afin de la restituer à la communauté Griqua à Kranshoek : “Aux Griqua, la pierre tombale qui marque la sépulture de leur grand leader et prophète, Andrew Abraham Stoskenstrom Le Fleur 1er est plus qu’une simple tombe ou un monument à sa mémoire. C’est un symbole vivant de leur passé et de leurs aspirations comme nation qui se réfère à leur ‘geestelike sielsgevoelte’ (consécration religieuse)”. Il y a une énorme espérance que le gouvernement remplira sa promesse. »

    26Jackalskraal est actuellement géré par le Kranshoek Griqua Community Trust, constitué pour l’occasion. Ce processus de mise en visibilité de ce quartier a aussi permis l’ouverture de boutiques traditionnelles ou de lieux dédiés à la pratique du chant, central dans la culture griqua comme le montre Chester Meyer (2015). Le slogan de la brochure touristique « Des nomades… aux propriétaires terriens » en dit long sur le processus de reterritorialisation à l’œuvre pour les Griqua. Pour Erwin Schweitzer (2015), ces initiatives relèvent pleinement du « Making of Griqua, Inc. ». Ce constat pose en effet la question de la portée avant tout économique et commerciale de la griquaness rendue ainsi accessible aux visiteurs extérieurs.

    Le cas de Ratelgat

    27Le second exemple concerne la double réappropriation territoriale et culturelle, pilotée par le GNC de Kranshoek sur le site de la rétrocession foncière de Ratelgat, lieu de retraite spirituelle d’AAS Le Fleur (Schweitzer, 2015). Comme l’indique le site officiel du gouvernement du Cap-Occidental :

    « La ferme Ratelgat, sur laquelle est enterré le prophète griqua Andrew Abraham Stockenström Le Fleur I, a été déclarée site du patrimoine provincial. Le ministre des Affaires culturelles et des Sports du Cap-Occidental, Ivan Meyer, s’est joint aux célébrations annuelles de la Journée Ratelgat du Conseil national griqua, à l’extérieur de Vanrhynsdorp, le samedi 12 mai 201212 » (notre trad.).

    28Cette source nous apprend aussi qu’un festival de culture griqua a été créé sur le site de Ratelgat Farm en lien avec le Ratelgat Day :

    « Le Ratelgat Day est organisé chaque année au mois de mai par le Conseil national Griqua afin de vénérer la longue vie de l’ancien chef suprême AAS Le Fleur II et de se souvenir des sacrifices qu’il a faits pour son peuple. Des Griqua de tout le pays se sont réunis à ce festival pour lui rendre hommage et célébrer leurs traditions. Une variété de danses khoesan a fait de cette occasion un moment chaleureux. Ce festival peut être transformé en une attraction touristique génératrice de revenus offrant un aperçu de la culture griqua et khoesan13 » (notre trad.).

    29Cette initiative se double, comme à Kranshoek, d’une dimension environnementale avec le projet de valorisation autochtone de l’espace naturel voisin de Ratelgat de Knersvlakte Conservation Area14 – en partenariat avec plusieurs ONG environnementales, dont le WWF Afrique du Sud –, et d’un projet de développement touristique s’appuyant sur des logements traditionnels et une expérience culturelle griqua liée au chant et à la danse (figure 2), comme l’indique l’un des principaux organismes de promotion d’hébergements touristiques sud-africain :

    « Griekwa Ratelgat, venez faire partie du patrimoine national Griqua et profitez de magnifiques couchers de soleil, de promenades intéressantes, de nature variée, tout en séjournant dans de beaux chalets ou des refuges traditionnels Nama, avec des paysages à couper le souffle. Une expérience incroyable et très amusante pour la famille ainsi que pour les scolaires. Les groupes seront divertis par des danseurs originaux dans l’amphithéâtre ou pourront être pris en charge au Lapa [espace de vie intérieur griqua]15 » (notre trad.).

    30Les formes de reterritorialisation contemporaine griqua se font donc à travers la réappropriation de ces terres de l’itinérance, et à travers le fait de pouvoir recouvrir aujourd’hui l’intégralité du cheminement passé16. Se pose aussi la question de la mise en scène locale de la culture griqua qui passe surtout par des formes perpétuées d’ouverture à l’autre, que ce soit par intégration dans la « communauté » ou par ouverture de leur espace, ouverture par exemple aux logiques de protection de la nature ou de mise en tourisme, en lien avec les autorités gouvernementales de l’après post-apartheid. Ces dynamiques s’inscrivent dans un processus plus large d’ouverture et de valorisation touristique des territoires autochtones au niveau mondial comme l’ont montré des recherches menées par l’auteur dans plusieurs territoires autochtones au Chili et en Argentine (Guyot, 2010), ou des études portant sur les Kanak de Nouvelle-Calédonie (Inghels, 2010) et sur les Khoisan du Cap en Afrique du Sud (Landy et al., 2017).

    Figure 2. – Ratelgat Inc. Développement touristique, valorisation culturelle et protection de la nature en territoire griqua.

    Source : [http://www.discoversouthafrica.co.za/accommodation/griekwa-ratelgat/] (consulté le 15/12/20).

    31Toutes ces recherches évoquent le paradoxe des liens entre tourisme et populations autochtones. D’un côté la mise en tourisme, contrôlée par les acteurs autochtones, est un outil de légitimation et de médiatisation d’une culture et d’un territoire souvent marginalisés, et se met au service de dynamiques d’empowerment. De l’autre côté, se pose la question de la marchandisation (Schweitzer, 2015) et de la folklorisation à outrance qui tend à enfermer les communautés autochtones dans des espaces clos et des systèmes de préjugés souvent hérités de la colonisation. Comme dans le cas des Griqua, des Khoisan du Cap, des Atacameños du désert d’Atacama ou encore des Huilliche de Puyehue (Chili), c’est le niveau d’interaction politique, faite de contraintes et de compromis, entre les autorités autochtones et les acteurs extérieurs – tour-opérateurs, gestionnaires d’espaces protégés, politiques touristiques, etc. – qui est souvent responsable de ces effets pervers.

    Conclusion

    32Peu discutée en Afrique du Sud, la question autochtone constitue pourtant un thème de recherche très porteur pouvant permettre, en lien avec des études historiques et archéologiques, de parfaire les connaissances sur les dimensions précoloniales de l’ensemble de la région (Fauvelle-Aymar, 2017). L’autochtonie pose par ailleurs beaucoup de questions intéressantes en lien avec le territoire. La dimension nomade et itinérante des premiers Khoekhoe se retrouve chez les Griqua malgré une stabilité territoriale post-apartheid assumée. Ce territoire autochtone est un territoire en archipel, dont certaines parties pourront être réclamées. La dimension ethnobiologique est complètement délaissée pour laisser place à une reconnaissance et à une acceptation d’un socle culturel commun assez vivant, reposant sur des associations actives, et ne faisant qu’exceptionnellement l’objet de folklorisation – à Ratelgat. Ceci est assez paradoxal et plutôt rassurant compte tenu du contexte toujours très racialisé de l’Afrique du Sud. L’autochtonie est clairement mobilisée comme une ressource, en particulier touristique, permettant aux Griqua de se retrouver protégés des débats racio-politiques actuels en Afrique du Sud, même si la dernière loi de 2017 tend à brouiller à nouveau les cartes. Se positionner dans le temps et dans l’espace avant les migrations bantoues et la colonisation blanche donne définitivement une certaine légitimité territoriale.

    Notes de bas de page

    1Voir à ce sujet le site [http://www.griquas.com/index.htm] (consulté le 15/12/20) ainsi que le Country Report of the Research Project by the International Labour Organization and the African Commission on Human and Peoples’Rights on the Constitutional and Legislative Protection of the Rights of Indigenous Peoples : South Africa de 2009, disponible sur [http://parcsa.co.za/docs/indigenous_people.pdf] (consulté le 15/12/20).

    2Lors d’une conférence donnée dans le cadre de l’édition 2017 du Festival international de géographie à Saint-Dié-des-Vosges, Philippe Gervais-Lambony mentionna que le « post » post-apartheid avait débuté avec la coupe du monde de football en 2010. Cette nouvelle période, encore très incertaine dans ses transformations socio-spatiales, s’ancre sous les présidences de Jacob Zuma puis de Cyril Ramaphosa. L’après post-apartheid marque ainsi le début d’une ère qui se distancie de plus en plus systématiquement des héritages de l’apartheid pour suivre une stratégie socio-politique assez opaque bien que toutefois adossée à une dynamique économique hyperlibérale et très individualiste.

    3Voir également, sur le site du GITPA [http://gitpa.org/PeupleFrame.htm] (consulté le 15/12/20), la page consacrée à l’Afrique du Sud, notamment les textes annuels portant sur les événements marquants, rédigés par Lesle Jansen.

    4Des craintes portent sur la multiplication de leaders autochtones considérés comme « usurpateurs » qui pourraient utiliser certaines failles historiques pour s’imposer localement. Voir à ce sujet la note suivante publiée sur le site d’informations IOL [https://www.iol.co.za/capeargus/news/illegitimate-Khoesan-leaders-are-tryingto-exploit-new-bill-14488376] (consulté le 15/12/20).

    5Ce texte ne suscite pas l’adhésion de tous les leaders autochtones sud-africains, voir [https://www.iol.co.za/news/politics/chief-khoisan-sa-rejects-traditional-andkhoisan-leadership-bill-18785276] (consulté le 15/12/20).

    6Voir la note suivante publiée sur le site News24 [https://www.news24.com/SouthAfrica/News/land-claims-parliament-begins-process-to-reopen-windowto-lodge-claims-20171005] (consulté le 15/12/20).

    7Voir à ce sujet l’article publié sur le site du Land and Accountability Research Center (LARC) de l’université de Cape Town [http://www.customcontested.co.za/laws-and-policies/restitution-land-rights-amendment-bill/] (consulté le 15/12/20).

    8Colons boers ayant effectué le « grand Trek » au xixe siècle pour fuir le joug colonial britannique dans la région du Cap.

    9États fantoches « indépendants » ou « autonomes » créés par le régime d’apartheid pour contrôler ethniquement et politiquement les anciennes native reserves héritées de la colonisation britannique et correspondant essentiellement à des espaces ruraux très densément peuplés et pauvres en ressources de tous types.

    10Voir le site [http://edentoaddo.co.za/landart/] (consulté le 15/12/20).

    11Voir la page dédiée à la communauté griqua de Kranshoek sur le site de l’Office du tourisme de Plettenberg Bay [http://www.plett-tourism.co.za/kranshoekgriqua-community-trust-officially-opens-two-self-catering-chalets-jackalskraal/] (consulté le 15/12/20).

    12Citation extraite du site du Western Cape Government [https://www.westerncape.gov.za/news/ratelgat-declared-provincial-heritage-site-during-annual-griquapilgrimage] (consulté le 15/12/20).

    13Idem.

    14Voir à ce sujet la page de l’ONG Critical Ecosystem Parternship Fund [https://www.cepf.net/grants/grantee-projects/consolidation-knersvlakte-conservationarea], ainsi que le document Ratelgat Farm and the consolidation of the Knersvlakte Conservation Area [https://www.sanbi.org/sites/default/files/documents/documents/case-study-4-ratelgat-farm-consolidation-knersvlakte-conservation-area.pdf] (consultés le 15/12/20).

    15Citation extraite du site Discover South Africa [http://www.discoversouthafrica.co.za/accommodation/griekwa-ratelgat/] (consulté le 15/12/20).

    16On retrouve ce processus dans la région de Kokstad avec pour certains Griqua de l’est l’envie de recouvrir un Griqualand unifié.

    Auteur

    • Sylvain Guyot

      Professeur de géographie et membre de l’UMR Passages à l’université Bordeaux-Montaigne, est membre junior de l’Institut universitaire de France (promotion 2017). Ses recherches portent sur les processus de pouvoir et de domination en jeu dans les espaces périphériques et, en particulier, dans les aires protégées. Sur ses terrains sud-africains et sud-américains, il s’intéresse à la place des autochtones dans les processus de création de fronts écologiques. La mise en art in situ et les artistes animent ses recherches actuelles, avec une ouverture récente sur l’Europe et l’Amérique du Nord.

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    1Voir à ce sujet le site [http://www.griquas.com/index.htm] (consulté le 15/12/20) ainsi que le Country Report of the Research Project by the International Labour Organization and the African Commission on Human and Peoples’Rights on the Constitutional and Legislative Protection of the Rights of Indigenous Peoples : South Africa de 2009, disponible sur [http://parcsa.co.za/docs/indigenous_people.pdf] (consulté le 15/12/20).

    2Lors d’une conférence donnée dans le cadre de l’édition 2017 du Festival international de géographie à Saint-Dié-des-Vosges, Philippe Gervais-Lambony mentionna que le « post » post-apartheid avait débuté avec la coupe du monde de football en 2010. Cette nouvelle période, encore très incertaine dans ses transformations socio-spatiales, s’ancre sous les présidences de Jacob Zuma puis de Cyril Ramaphosa. L’après post-apartheid marque ainsi le début d’une ère qui se distancie de plus en plus systématiquement des héritages de l’apartheid pour suivre une stratégie socio-politique assez opaque bien que toutefois adossée à une dynamique économique hyperlibérale et très individualiste.

    3Voir également, sur le site du GITPA [http://gitpa.org/PeupleFrame.htm] (consulté le 15/12/20), la page consacrée à l’Afrique du Sud, notamment les textes annuels portant sur les événements marquants, rédigés par Lesle Jansen.

    4Des craintes portent sur la multiplication de leaders autochtones considérés comme « usurpateurs » qui pourraient utiliser certaines failles historiques pour s’imposer localement. Voir à ce sujet la note suivante publiée sur le site d’informations IOL [https://www.iol.co.za/capeargus/news/illegitimate-Khoesan-leaders-are-tryingto-exploit-new-bill-14488376] (consulté le 15/12/20).

    5Ce texte ne suscite pas l’adhésion de tous les leaders autochtones sud-africains, voir [https://www.iol.co.za/news/politics/chief-khoisan-sa-rejects-traditional-andkhoisan-leadership-bill-18785276] (consulté le 15/12/20).

    6Voir la note suivante publiée sur le site News24 [https://www.news24.com/SouthAfrica/News/land-claims-parliament-begins-process-to-reopen-windowto-lodge-claims-20171005] (consulté le 15/12/20).

    7Voir à ce sujet l’article publié sur le site du Land and Accountability Research Center (LARC) de l’université de Cape Town [http://www.customcontested.co.za/laws-and-policies/restitution-land-rights-amendment-bill/] (consulté le 15/12/20).

    8Colons boers ayant effectué le « grand Trek » au xixe siècle pour fuir le joug colonial britannique dans la région du Cap.

    9États fantoches « indépendants » ou « autonomes » créés par le régime d’apartheid pour contrôler ethniquement et politiquement les anciennes native reserves héritées de la colonisation britannique et correspondant essentiellement à des espaces ruraux très densément peuplés et pauvres en ressources de tous types.

    10Voir le site [http://edentoaddo.co.za/landart/] (consulté le 15/12/20).

    11Voir la page dédiée à la communauté griqua de Kranshoek sur le site de l’Office du tourisme de Plettenberg Bay [http://www.plett-tourism.co.za/kranshoekgriqua-community-trust-officially-opens-two-self-catering-chalets-jackalskraal/] (consulté le 15/12/20).

    12Citation extraite du site du Western Cape Government [https://www.westerncape.gov.za/news/ratelgat-declared-provincial-heritage-site-during-annual-griquapilgrimage] (consulté le 15/12/20).

    13Idem.

    14Voir à ce sujet la page de l’ONG Critical Ecosystem Parternship Fund [https://www.cepf.net/grants/grantee-projects/consolidation-knersvlakte-conservationarea], ainsi que le document Ratelgat Farm and the consolidation of the Knersvlakte Conservation Area [https://www.sanbi.org/sites/default/files/documents/documents/case-study-4-ratelgat-farm-consolidation-knersvlakte-conservation-area.pdf] (consultés le 15/12/20).

    15Citation extraite du site Discover South Africa [http://www.discoversouthafrica.co.za/accommodation/griekwa-ratelgat/] (consulté le 15/12/20).

    16On retrouve ce processus dans la région de Kokstad avec pour certains Griqua de l’est l’envie de recouvrir un Griqualand unifié.

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    Guyot, S. (2021). Les Griqua de Kranshoek (Plettenberg Bay, Eastern Cape, Afrique du Sud). In Éric Glon & B. Sepúlveda (éds.), Autochtonies. Rennes: Presses universitaires de Rennes. https://doi.org/10.4000/13krq
    Guyot, Sylvain. « Les Griqua de Kranshoek (Plettenberg Bay, Eastern Cape, Afrique du Sud) ». In Autochtonies, édité par Éric Glon et Bastien Sepúlveda. Rennes: Presses universitaires de Rennes, 2021. doi:10.4000/13krq.
    Guyot, Sylvain. « Les Griqua de Kranshoek (Plettenberg Bay, Eastern Cape, Afrique du Sud) ». Autochtonies, édité par Éric Glon et Bastien Sepúlveda, Presses universitaires de Rennes, 2021, https://doi.org/10.4000/13krq.

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    Glon, Éric, & Sepúlveda, B. (éds.). (2021). Autochtonies. Rennes: Presses universitaires de Rennes. https://doi.org/10.4000/13ks6
    Glon, Éric, et Bastien Sepúlveda, éd. Autochtonies. Rennes: Presses universitaires de Rennes, 2021. doi:10.4000/13ks6.
    Glon, Éric, et Bastien Sepúlveda, éditeurs. Autochtonies. Presses universitaires de Rennes, 2021, https://doi.org/10.4000/13ks6.
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