• Contenu principal
  • Menu
OpenEdition Books
  • Accueil
  • Catalogue de 16479 livres
  • Éditeurs
  • Auteurs
  • Facebook
  • X
  • Partager
    • Facebook

    • X

    • Accueil
    • Catalogue de 16479 livres
    • Éditeurs
    • Auteurs
  • Ressources numériques en sciences humaines et sociales

    • OpenEdition
  • Nos plateformes

    • OpenEdition Books
    • OpenEdition Journals
    • Hypothèses
    • Calenda
  • Bibliothèques

    • OpenEdition Freemium
  • Suivez-nous

  • Lettre d’information
OpenEdition Search

Redirection vers OpenEdition Search.

À quel endroit ?
  • Presses universitaires de Rennes
  • ›
  • Histoire
  • ›
  • Succès et échec de l’héroïsation
  • ›
  • Troisième partie. Cultures et temps héro...
  • ›
  • De Jean Moulin à Joséphine Baker
  • Presses universitaires de Rennes
  • Presses universitaires de Rennes
    Presses universitaires de Rennes
    Informations sur la couverture
    Table des matières
    Liens vers le livre
    Informations sur la couverture
    Table des matières
    Formats de lecture

    Plan

    Plan détaillé Texte intégral La tradition républicaine Le Panthéon sous la Ve République Conclusion Épilogue Notes de bas de page Auteur

    Succès et échec de l’héroïsation

    Ce livre est recensé par

    Précédent Suivant
    Table des matières

    De Jean Moulin à Joséphine Baker

    Les panthéonisé(e)s de la Ve République

    Avner Ben-Amos

    Traduit par Fabienne Bergmann

    p. 243-260

    Note de l’auteur

    Traduit de l’hébreu par Fabienne Bergmann.
    Texte intégral La tradition républicaine Le Panthéon sous la Ve République La présidence de Charles de Gaulle La présidence de François Mitterrand La présidence de Jacques Chirac La présidence de Nicolas Sarkozy La présidence de François Hollande La présidence de Emmanuel Macron Conclusion Épilogue Notes de bas de page Auteur

    Texte intégral

    1Il existe une grande différence entre la première et la dernière personnalité (au jour de la rédaction de cet article) entrée au Panthéon sous la Ve République. Jean Moulin, qui y fut transféré en 1964, était fonctionnaire, préfet de deux départements dans les années trente du xxe siècle, résistant, fondateur du Conseil national de la Résistance. Il fut arrêté par la Gestapo en 1943 et mourut après avoir été cruellement torturé. D’un autre côté, Joséphine Baker, transférée en 2021, était une danseuse et chanteuse américaine noire, émigrée en France au milieu des années vingt, qui jouit d’une très grande popularité et œuvra en faveur de la Résistance durant la Seconde Guerre mondiale. Tous deux eurent droit au plus grand honneur qu’un citoyen français puisse recevoir après sa mort : être enterrés dans le temple républicain s’élevant sur la montagne Sainte Geneviève, sur la rive gauche de Paris.

    2La liste des personnages qui ont joui de cet honneur entre 1964 et 2021 est des plus variées, mais ceux qui en font partie partagent toutefois des points communs. Cette liste peut donc être édifiante quant aux caractéristiques fondamentales du héros officiel de la Ve République.

    3Si nous nous concentrons sur les personnalités transférées au Panthéon sous la Ve République, c’est parce que sous ce régime il y eut un changement dans la façon dont celles-ci furent choisies. Tandis que sous la IIIe et la IVe République, le processus de prise de décision était complexe et y participaient un ministre, le Premier ministre, le président de la République, le Parlement et le Sénat, sous le régime présidentiel de la Ve République, ce processus s’est beaucoup simplifié. La décision de transfert de cendres au Panthéon se place alors sous la seule autorité du président de la République, lequel n’a pas besoin de faire voter de loi ou de passer de décret particulier, ni d’obtenir l’accord d’un quelconque corps officiel. La décision elle-même n’est cependant que la partie émergée de l’iceberg d’un processus long et complexe comprenant, dans de nombreux cas, l’engagement de la société civile – organisations, groupes de pression, intellectuels et politiciens qui tentent de promouvoir le transfert au Panthéon d’une certaine personnalité ou d’un groupe de personnes. En même temps, dans la majorité des cas, la campagne publique pour le transfert n’est pas couronnée de succès et la décision finale appartient en fin de compte au Président. C’est pourquoi j’ai choisi de me concentrer sur la Ve République, en tant qu’époque relativement homogène où il est possible de déchiffrer les considérations des Présidents et de déceler les caractéristiques de la personne du héros officiel du régime. En conséquence, ma méthode d’analyse se base sur une analyse sérielle de plusieurs portées à court terme et d’une portée à long terme : j’analyserai d’abord à part la courte série de décisions de chaque Président concernant le transfert au Panthéon, lesquelles résultaient en général de sa conception idéologique et de circonstances historiques ponctuelles, mais obéissaient aussi à des règles de la tradition républicaine française ; dans un deuxième temps, j’analyserai la longue série de décisions de l’ensemble des Présidents, afin d’examiner s’il y a une continuité ou au contraire un changement concernant les caractéristiques du héros au fil des ans de la Ve République, et s’il est possible de déterminer une conception générale de l’héroïsme. De plus, l’analyse de ceux qui furent proposés comme candidats au Panthéon mais dont la candidature n’aboutit pas peut également nous éclairer – sur le mode négatif – quant aux caractéristiques du héros officiel de la Ve République. Mais vu le grand nombre de noms proposés et les limites de cet article, je me concentrerai seulement sur un nombre limité de cas. Par ailleurs, la cérémonie du transfert au Panthéon, avec tout ce qu’elle comporte, est également révélatrice du personnage du héros. Cette cérémonie permet aux organisateurs – qui agissent selon les instructions du Président – d’accuser certains traits du personnage du héros et d’en atténuer d’autres. Cependant, là aussi, je ne pourrai pas proposer une analyse de toutes les cérémonies et je me contenterai de quelques exemples.

    La tradition républicaine

    4Pour comprendre la tradition républicaine liée au Panthéon, il faut revenir au xviiie siècle et aux circonstances de son édification, en tant qu’église Sainte-Geneviève, par Louis XIV en 1746. L’architecte Jacques Germain Soufflot planifia une somptueuse basilique de style néo-classique avec une immense crypte où devaient être enterrés curés et moines, mais alors que l’édifice était presque achevé, éclata la Révolution. Les révolutionnaires de l’époque de la monarchie constitutionnelle le confisquèrent à l’Église en 1791 et le transformèrent en « Temple de la Patrie », gravant sur son fronton, la célèbre épitaphe : « Aux grands hommes, la Patrie reconnaissante ». Le concept de « grand homme » recouvre en fait deux sortes de héros différents, que l’on retrouvera aussi aux époques plus tardives de la IIe et de la IVe République, l’une soulignant des caractéristiques universelles intemporelles, et l’autre soulignant des aspects particuliers représentant les valeurs de la nation française à un moment donné. La première catégorie, l’universelle, naquit à l’ère des Lumières, et se veut l’antithèse du héros de l’Ancien Régime : non plus un personnage aristocratique, catholique, lié à des valeurs d’héroïsme militaire ou de chevalerie, mais un intellectuel laïc – philosophe, scientifique ou écrivain – ayant atteint son statut par une longue action en faveur de l’amélioration de la situation de l’humanité. La deuxième catégorie, celle du particularisme, se forma un peu plus tard, et représente aussi un personnage laïc et non aristocrate, mais c’est un personnage de politicien ou de militaire ayant œuvré en premier lieu pour la patrie. Ces deux catégories ne sont pas exclusives, mais elles représentent chacune différents degrés de l’universalisme et du particularisme. Le héros universel est aussi patriote, puisqu’en tant que français il prouve la supériorité spirituelle de la France. En revanche, le héros patriote a également une dimension universelle puisque par son action il servit la France, et donc, indirectement, le monde entier aussi1. Déjà au cours de la Révolution, on peut distinguer deux sortes de héros transférés au Panthéon : les héros de la première catégorie furent Voltaire et Jean-Jacques Rousseau, transférés respectivement en 1791 et en 1794, et ceux de la deuxième catégorie furent le militaire Augustin-Marie Dampierre et le politicien Lepeltier de Saint Fargeau, tous deux transférés en 1793. Sous la IIIe République également, furent transférés au Panthéon des héros des deux catégories : d’une part, le poète Victor Hugo et le chimiste Marcellin Berthelot, respectivement transférés en 1885 et en 1907, et d’autre part, les militaires La Tour d’Auvergne, Lazare Carnot et François Marceau, transférés au Panthéon en 1889 dans le cadre des festivités du centenaire de la Révolution.

    5Les nombreuses transformations subies par l’édifice du Panthéon depuis son ouverture lors de la Révolution ont marqué son identité politique. Entre l’époque de la Révolution et 1885, il servit alternativement d’église et de temple républicain et fut respectivement identifié avec les forces de la réaction et celles du changement. Après 1885, quand il devint définitivement le lieu de sépulture des grands hommes, il s’identifia avec la gauche républicaine plus qu’avec la droite. Cette identification avec la gauche s’amorça dès le transfert des cendres de Victor Hugo au Panthéon, ce qui demandait une désacralisation de l’église2. Cette identification se poursuivit avec le transfert d’Émile Zola au Panthéon en 1908, en tant que signe de la victoire des dreyfusards, le transfert de Jean Jaurès en 1924, en tant que cérémonie de victoire du cartel des gauches et également avec le transfert au Panthéon des scientifiques Jean Perrin et Paul Langevin en 1948, le premier était socialiste et le second communiste. Mais au-delà des dissensions politiques, il y avait un consensus général au sein de la République quant à la signification du transfert d’un « grand homme » au Panthéon. Comme nombre de cérémonies de commémoration, c’était un événement qui s’adressait simultanément au passé, au présent et à l’avenir. Au passé : commémoration du grand homme comme hommage à ce qu’il avait fait ; au présent : acte pouvant unir tous les membres de la nation ; à l’avenir : événement édifiant grâce auquel le héros devait servir de modèle pour les générations futures. Mais l’identité spécifique du grand homme digne d’entrer au Panthéon est à chaque fois convenue ad hoc, selon les besoins de l’heure des organismes décideurs.

    Le Panthéon sous la Ve République

    La présidence de Charles de Gaulle

    6Six ans s’écoulèrent entre le moment où Charles de Gaulle devint président de la République en 1958 jusqu’à ce qu’il décide de célébrer une cérémonie au Panthéon : le transfert des cendres de Jean Moulin à l’occasion du vingtième anniversaire de la Libération. Ce temps relativement long s’explique du fait de l’identification du Panthéon avec la gauche. De Gaulle se sentait plus à l’aise avec un monument de la droite militariste comme l’Arc de Triomphe, d’obédience bonapartiste où se trouvait aussi la tombe du Soldat Inconnu, ou un édifice catholique comme Notre-Dame, deux sites entre lesquels il avait défilé lors de la parade de la victoire le 26 août 1944. Dans ses Mémoires de guerre, où il décrit Paris libéré, il évoque aussi les Invalides, monument militaire par excellence, mais pas le Panthéon3. Il se peut également que de Gaulle n’eût pris l’initiative d’aucun transfert au Panthéon durant son septennat si l’un des députés socialistes au Parlement, Raoul Bayou, n’avait fait la proposition avant lui pour marquer le vingtième anniversaire de la Libération. C’était marquer un coup dans la bataille pour la mémoire de la Résistance qui se jouait entre la gauche et la droite après la Seconde Guerre mondiale, Jean Moulin étant considéré comme proche de la gauche4. Toutefois, après que de Gaulle a envoyé Jean Moulin en France occupée pour unir la Résistance, il pouvait aussi en faire son héros. En foi de quoi il s’appropria l’initiative et émit un décret touchant au transfert de Jean Moulin au Panthéon, ce qui évita tout débat au Parlement et au Sénat, et créa un précédent pour les futurs présidents de la République5.

    7La cérémonie de son passage au Panthéon, le 19 décembre 1964, fit de Jean Moulin un héros gaulliste : ce fut une cérémonie de caractère militaire qui incluait un défilé d’unités militaires, des symboles d’honneur militaire, on joua le « chant des partisans », alors que Jean Moulin était un civil, un haut fonctionnaire. De surcroît, du point de vue de la chorégraphie de la cérémonie, non seulement le cercueil de Jean Moulin était au centre de l’attention, mais l’était également de Gaulle lui-même. Comme le nota le gouverneur militaire de Paris, placer de Gaulle près du catafalque fit en sorte que « le défilé des troupes saluait dans un même mouvement la dépouille mortelle de Jean Moulin et le président de la République6 ». Le discours d’André Malraux, ministre de la Culture, considéré comme un summum de la rhétorique française du xxe siècle, contribua aussi à la glorification du Président. Décrivant l’histoire de Jean Moulin pendant la Seconde Guerre mondiale et son apport crucial à l’unification de la Résistance, Malraux créa une quadruple comparaison entre Jean Moulin et de Gaulle, la Résistance et la France. Jean Moulin était donc un grand homme patriote version gaulliste, qui créa autour de lui un consensus général parce que la gauche pouvait, elle aussi, le considérer comme son représentant. Mais le personnage avait aussi une dimension universelle. Comme le dit Malraux, en tant que résistant il prit part à la lutte démocratique contre les régimes totalitaires qui menaçaient d’écraser l’Europe.

    8Le transfert de Jean Moulin au Panthéon fut une innovation et un précédent non seulement pour ce qui est du processus de prise de décision concernant l’identité du héros de la cérémonie, mais aussi par le caractère de la cérémonie elle-même. Alors qu’aux panthéonisations de la IIIe et de la IVe République participaient activement à l’événement les différents organes politiques du régime, à la cérémonie pour Jean Moulin, de même qu’aux autres cérémonies de la Ve République, ne figuraient au centre de l’événement que deux héros : celui dont les restes étaient transférés au Panthéon et le président de la République, lequel devenait une sorte de prêtre-intermédiaire entre le héros mort et la nation. Que le Président fasse le discours principal de la cérémonie ou qu’il laisse un de ses ministres prendre la parole, il est toujours au centre de la mise en scène, ce qui donne sa signification à l’événement. Par ailleurs, alors que les cérémonies précédentes avaient un caractère de deuil, rappelant par leur ambiance un enterrement, les cérémonies qui suivirent furent des événements civiques, adaptés chaque fois à la personnalité du grand homme. Mais l’innovation la plus marquante fut la diffusion en direct de la cérémonie à la télévision. De la sorte, celle-ci n’était plus mise en scène pour un public, relativement restreint, dans la rue, lequel devait devenir une sorte de « décor », mais pour un public potentiel dans les foyers, estimé à des millions de personnes. La transmission en direct de la cérémonie créa un événement médiatique autour duquel tous les téléspectateurs pouvaient s’unir simultanément, créant une communauté imaginée qui est la caractéristique d’une nation7. En conséquence de quoi, la cérémonie devait suivre un plan bien ajusté afin de ne pas laisser de « temps mort » pour les téléspectateurs et saisir continuellement leur attention.

    9Il s’agissait en fait d’un rite de passage qui devait transformer un citoyen français exceptionnel mais de statut ordinaire en « grand homme », personnage modèle digne de franchir les portes du Panthéon. En vertu de quoi, comme pour tout rite de passage, celle-ci se divisait en trois parties : rupture avec la situation antérieure, statut liminal et connexion au nouveau statut8. La première partie – l’exhumation du corps du cimetière – et la troisième partie – le transfert du cercueil dans la crypte au Panthéon – se déroulaient généralement en présence d’une assistance limitée et n’étaient pas publiques. La deuxième partie, la liminale, en revanche, où se passe la transformation du statut de héros, était la partie principale de l’événement et se trouvait au centre de l’attention. Cette partie était en général elle-même constituée par trois étapes distinctes, chacune donnant au grand homme de manière différente sa nouvelle signification. Le port du cercueil au haut de la rue Soufflot en direction du Panthéon, sur un parcours où est jouée de la musique et sont présentés différents symboles visuels ; le discours du Président ou de l’un des ministres, récité en général devant la façade du Panthéon ; l’introduction du cercueil dans l’enceinte du Panthéon, accompagné du Président, de la famille et parfois de quelques personnalités publiques. Souvent, le cercueil reste dans l’entrée pendant une journée pour que le public puisse s’incliner devant lui, sorte de cérémonie de reconnaissance et de séparation du grand homme9.

    10De Gaulle ne se rendit pas une nouvelle fois au Panthéon après la cérémonie pour Jean Moulin, de même que les deux présidents de droite qui lui succédèrent – le gaulliste Georges Pompidou et le libéral Valéry Giscard d’Estaing. Leur perception moderniste-technocrate soulignait l’avenir et ne considérait pas le passé comme une ressource éducative de l’identité nationale. Giscard d’Estaing annula même le jour de commémoration du 8 mai qui marquait la victoire des Alliés à la Seconde Guerre mondiale, ce qui engendra une vague de protestations, surtout de la part des organisations d’anciens combattants. Cependant, un mois avant la fin de son mandat, en avril 1981, il ordonna de transférer le corps de René Cassin au Panthéon, sans doute pour parer cette annulation du jour de commémoration et améliorer sa cote de popularité en vue des élections. Cette mesure ne l’aida pas. Giscard perdit les élections au profit de François Mitterrand et ne put célébrer la cérémonie pour Cassin.

    La présidence de François Mitterrand

    11La victoire aux élections du socialiste Mitterrand était aussi celle d’une autre conception de culture politique voyant dans le passé national et dans les symboles liés à celui-ci une source de légitimité et une ressource potentiellement exploitable pour promouvoir un ordre du jour politique. Il ressemblait en cela à Charles de Gaulle, mais il choisit de mettre en valeur une autre palette de valeurs et de symboles s’identifiant avec la gauche, et parmi ceux-ci, le Panthéon, qu’il remit sous le feu de la rampe. Dès la cérémonie de son investiture, le 21 mai 1981, il ajouta le Panthéon aux stations habituelles de l’événement – l’Élysée, l’Arc de Triomphe et l’Hôtel de Ville. Ce fut la dernière station et la plus importante de la cérémonie, et ce faisant il exprimait une continuité avec la politique symbolique de de Gaulle, pour apaiser ceux qui craignaient cette victoire socialiste, mais aussi créait un changement pour signaler un nouveau commencement. Sa visite, qui fut retransmise en direct à la télévision, commença au bas de la rue Soufflot, d’où Mitterrand monta en direction du Panthéon, entouré d’un public bien disposé, signalant ainsi la légitimité populaire de son pouvoir. Il entra ensuite seul dans le monument, descendit dans la crypte et y déposa des roses – symboles du parti socialiste – sur les tombes de trois héros : Jean Moulin, Victor Schoelcher et Jean Jaurès. Il créait ainsi une association équilibrée entre trois sortes de héros qui l’inspiraient : le patriote français que de Gaulle transféra au Panthéon et à travers lequel Mitterrand soulignait son lien avec la Résistance ; le libérateur des esclaves du xixe siècle qui représentait pour Mitterrand l’homme du tiers-monde, universaliste ; et le politicien socialiste et réformiste ayant aussi une dimension patriote10.

    12Pendant les quatorze ans de sa présidence, Mitterrand initia quatre cérémonies au cours desquelles sept personnalités eurent droit aux honneurs du transfert au Panthéon. Tous les héros incarnaient, comme avant, une combinaison d’universalisme et de particularisme, mais ce choix des personnalités donnait aussi une dimension de nouveauté qui élargit la portée du modèle d’héroïsme républicain. Le premier héros était René Cassin, transféré le 5 octobre 1987 au centenaire de sa naissance, plus de six ans après que Giscard ait signé l’ordre présidentiel de son transfert. Il semble que la date du transfert était essentiellement liée aux élections qui devaient se tenir en mai 1988 et où Mitterrand était en lice face à Jacques Chirac, son Premier ministre dans le cadre de la cohabitation depuis 1986. Le transfert au Panthéon étant du début à la fin un acte présidentiel, Mitterrand pouvait en faire usage pour se poser en dirigeant national, qui exprime les valeurs éternelles de la République, contrairement à Chirac, l’homme politique. Par ailleurs, la figure de Cassin incarnait une association particulière de patriotisme et d’universalisme qui s’accordait particulièrement à la vision républicaine de Mitterrand. Il était patriote parce qu’il avait combattu et avait été blessé lors de la Première Guerre mondiale, avait été résistant et avait combattu le nazisme lors de la Seconde Guerre mondiale aux côtés du général de Gaulle à Londres. Mais son côté universel était encore plus saillant, et c’est lui qui le fit entrer au Panthéon : Cassin était un des premiers rédacteurs de la Déclaration universelle des droits de l’homme, adoptée par l’ONU en 1948, le président de la Cour européenne des droits de l’homme et Prix Nobel de la paix en 1968. Le deuxième héros était le diplomate Jean Monnet, considéré comme le « père de l’Europe » à cause du rôle déterminant qu’il joua après la Seconde Guerre mondiale pour la création de l’Union européenne. Mitterrand fit transporter son corps au Panthéon le 9 novembre 1988, pour le centenaire de sa naissance et dans le cadre de la campagne de promotion de l’Union européenne. C’était la première fois qu’un grand homme était transféré au Panthéon uniquement pour sa contribution universaliste, en fonction de quoi la cérémonie revêtit un caractère européen et y participèrent nombre de chefs d’États de l’Union européenne. C’est sans doute pourquoi l’événement fut perçu avec tiédeur par le public français, mais il se peut aussi que cela fût le cas du fait de la personnalité bureaucratique et terne de Monnet11.

    13L’année suivante, dans le cadre des festivités du bicentenaire de la Révolution, qui eurent lieu sous le signe de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, il fit passer, le 12 décembre 1989, trois autres personnalités révolutionnaires au Panthéon, continuant ainsi la tradition commencée cent ans plus tôt. Mais, alors que pour le centenaire de la Révolution trois militaires et un membre du Parlement, Alphonse Baudin, avaient été transférés au Panthéon, cette fois Mitterrand décida d’y faire entrer trois intellectuels révolutionnaires, tous impliqués dans la vie politique : Gaspard Monge, mathématicien, éducateur et ministre de la Marine ; l’abbé Grégoire, prêtre et membre de l’Assemblée constituante et de la Convention, qui soutint le droit des Noirs et des Juifs ; le marquis Nicolas Condorcet, philosophe et mathématicien, membre de la Convention qui soutint le droit des femmes et mourut en prison. Aucun d’eux n’était impliqué dans la Terreur révolutionnaire – Condorcet en fut même la victime – et Mitterrand pouvait de la sorte échapper à l’accusation de s’identifier avec ce chapitre de l’histoire de la Révolution. Mais, contrairement aux transferts précédents au Panthéon, ce choix de Mitterrand ne fut pas accepté sans discussion, le souvenir de la Révolution étant encore un sujet de controverse. Les communistes s’y opposèrent parce que n’en faisait partie aucun de leurs héros jacobins, et par ailleurs le choix de l’abbé Grégoire éveilla l’opposition d’organismes régionaux à cause de sa lutte contre le patois, et l’opposition de l’Église catholique pour son soutien à la constitution civile du clergé. La cérémonie, qui eut lieu au début du second septennat de Mitterrand et clôtura le cycle des festivités du bicentenaire, était différente des deux précédentes et s’apparentait à la cérémonie de Jean Moulin du fait que Mitterrand, comme de Gaulle avant lui, n’y prononça pas de discours mais s’assit à part, au cœur de l’espace rituel. De plus, après le discours de Jack Lang, Mitterrand fut le seul à entrer au Panthéon pour se recueillir devant les trois cercueils, comme il l’avait fait en 198112.

    14La quatrième cérémonie se déroula le 20 avril 1995, un mois avant la fin du deuxième septennat de Mitterrand, et elle fut planifiée comme une sorte de cérémonie d’adieu à celui qui avait commencé sa présidence par une visite au Panthéon. La principale innovation était le choix des héros : Marie et Pierre Curie, couple de scientifiques de la radioactivité, tous deux lauréats du prix Nobel de physique en 1903, Marie recevant seule en 1911 le prix Nobel de chimie. C’était la première fois qu’une femme devait à ses propres mérites l’honneur d’être inhumée au Panthéon, la seule femme qui y était enterrée jusque-là, Sophie Berthelot, l’étant du fait de son mari. Inversion des rôles, cette fois c’était Marie Curie qui fut choisie pour être enterrée au Panthéon alors que son mari jouait dans cette cérémonie un rôle secondaire. Cette mesure contredisait l’épitaphe du Panthéon qui ne faisait référence qu’aux hommes, et c’était un hommage symbolique de Mitterrand au statut des femmes, même si lui-même n’avait pas réellement promu leur statut de manière significative13.

    15Marie Curie avait une autre caractéristique importante : elle était d’origine polonaise et avait choisi d’adopter la France comme patrie. Elle pouvait ainsi symboliser l’intégration réussie d’étrangers en France, contrairement à ce qu’affirmait l’extrême droite qui à cette époque entamait une ascension politique. C’est pourquoi, outre les discours de Mitterrand et du physicien Pierre-Gilles de Gennes, il y eut aussi celui de Lech Walesa, le président polonais. C’était la première fois qu’un dirigeant étranger prenait la parole à une cérémonie au Panthéon, ce qui était une mesure supplémentaire en vue de la dénationalisation de l’édifice. Le choix du couple Curie qui avait fait progresser la science et la médecine soulignait la tendance de Mitterrand à préférer la dimension universelle à la particulariste chez les héros qu’il choisit de transférer au Panthéon. Le Président qui le remplaça fit à nouveau basculer le pendule.

    La présidence de Jacques Chirac

    16Après que Mitterrand eût montré comment la cérémonie au Panthéon pouvait augmenter le statut du président de la République, le président gaulliste qui lui succéda, Jacques Chirac, décida de poursuivre cette tradition et de montrer que le Panthéon appartenait aussi à la droite. Chirac fit passer deux grandes personnalités au Panthéon : André Malraux, le 23 novembre 1996, à l’occasion du vingtième anniversaire de sa mort, et Alexandre Dumas, le 30 novembre 2002, à l’occasion du bicentenaire de sa naissance. Mais, comme pour Cassin et Monnet, les dates n’étaient qu’un prétexte par lesquelles on pouvait justifier le transfert au Panthéon14. Si on se penche sur le calendrier des élections présidentielles, on voit que ces deux événements de transfert au Panthéon eurent lieu deux mois après la victoire de Chirac à deux élections (mai 1995 et mai 2002), et on est en droit de penser que ces cérémonies avaient pour objectif de l’aider à se positionner dans la conscience collective en tant que Président, après avoir été deux fois Premier ministre.

    17L’initiative du transfert de Malraux au Panthéon venait de sa famille, et Chirac l’adopta sur la recommandation de Pierre Mesmer, le président de l’institut Charles de Gaulle15. Malraux était un homme aux nombreuses facettes : écrivain, critique d’art, combattant antifasciste, résistant, ministre de la Culture sous de Gaulle. La cérémonie, toutefois, y compris le discours de Chirac, mit surtout en saillie le Malraux patriote, l’homme de la Résistance et le ministre gaulliste – en évoquant aussi le rôle important qu’il avait joué lors de la cérémonie pour Jean Moulin. La rue Soufflot, du bas de laquelle le cercueil de Malraux fut porté vers le Panthéon, était éclairée comme une piste d’atterrissage clandestine sous Vichy, et le chant des Partisans, l’hymne de la Résistance, fut joué au moment de l’entrée du cercueil dans le monument, comme lors de la cérémonie de transfert de Jean Moulin16. Avec le transfert au Panthéon d’Alexandre Dumas, Chirac célébrait non seulement l’écrivain qui avait fait de l’histoire de France une lecture populaire, mais aussi le héros d’origine hybride, dont la grand-mère paternelle était une servante noire, faisant de ce fait passer un message antiraciste après sa victoire au deuxième tour des élections sur Jean-Marie Le Pen. La figure de Dumas combinait la dimension patriotique, de celui qui raconte l’histoire de France comme une suite d’aventures héroïques, et la dimension universelle postcoloniale. À la cérémonie de son transfert au Panthéon participa une troupe d’acteurs vêtus de costumes historiques qui joua dans la rue Soufflot des passages de ses œuvres, faisant ainsi de l’événement plus un spectacle théâtral qu’un deuxième enterrement.

    18La dernière cérémonie que Chirac orchestra au Panthéon se déroula le 18 janvier 2007, la dernière année de sa Présidence, et fut – comme dans le cas de Mitterrand – une sorte de cérémonie d’adieu à la Présidence. Il y marqua l’action des 2 725 Justes français des nations qui avaient aidé des juifs pendant la Seconde Guerre mondiale et dévoila une plaque en leur mémoire dans la crypte du Panthéon. Comme le fit remarquer Sarah Gensburger, contrairement à la commémoration de ces Justes des nations par Yad Vashem en Israël, où l’on met en exergue leur action en tant qu’individus ayant agi dans un large contexte antisémite, Chirac mettait en avant le fait qu’ils étaient un groupe de héros français, les plaçant ainsi en tant que collectivité dans un cadre patriotique17. C’était aussi un événement qui devait servir comme complément à la cérémonie du Vélodrome d’hiver du 16 juillet 1995, où Chirac avait pour la première fois reconnu officiellement la responsabilité de la France, sous le régime de Vichy, dans le transport des juifs vers les camps de la mort – tache sombre de l’histoire de France. Avec les Justes français, il voulait équilibrer l’image négative et présenter la noble facette de la France.

    19Le refus de Chirac de transférer Alfred Dreyfus au Panthéon est par ailleurs édifiant quant aux caractéristiques du héros de la Ve République. La campagne publique pour le transfert de Dreyfus en 2006, à l’occasion du centenaire de sa réhabilitation, fut lancée par l’historien et biographe de Dreyfus, Vincent Duclert, et y participèrent de nombreux intellectuels, politiciens et journalistes. Mais Chirac repoussa en fin de compte la demande de Duclert, avançant qu’il s’agissait d’une victime – innocente, certes, mais une victime tout de même – qui n’avait pas pris son destin en mains, et que ceux qui s’étaient conduits avec héroïsme en l’occurrence et avaient agi en sa faveur, Émile Zola et Jean Jaurès, se trouvaient déjà au Panthéon. Chirac tint à la place, le 12 juillet 2006, une cérémonie nationale pour le centenaire de la réhabilitation de Dreyfus à l’École militaire de Paris, où il le loua en tant qu’officier modèle et patriote qui aima passionnément la France18.

    La présidence de Nicolas Sarkozy

    20Le Président suivant, Nicolas Sarkozy, ne transféra personne au Panthéon mais, contrairement à Georges Pompidou et Valéry Giscard d’Estaing, comme lui hommes de droite, il essaya cependant. Il prévit de transférer au Panthéon Albert Camus, écrivain et philosophe, en 2010 à l’occasion du cinquantenaire de sa mort et souleva en cela une polémique publique, la gauche l’accusant de tenter de s’approprier Camus. Toutefois, après le refus du fils de Camus d’approuver ce transfert, pour la même raison, Sarkozy dut annuler le projet19. Il voulut ensuite transférer au Panthéon le corps d’Aimé Césaire, écrivain noir, militant anticolonial et député de la Martinique au Parlement, mort en 2008. Leurs relations avaient d’abord été tendues à cause des positions de Sarkozy qui soutint la loi du 23 février 2005 sur l’aspect positif du colonialisme. Mais à la fin, ils se réconcilièrent et l’initiative de Sarkozy ne fut pas comprise comme une récupération mais comme un hommage à un héros de dimension universelle. Mais du fait d’une disposition laissée par Césaire dans son testament – le laisser reposer en Martinique – Sarkozy dut se contenter d’une cérémonie d’inauguration d’une plaque commémorative en son honneur dans la crypte du Panthéon, le 6 avril 2011, au troisième anniversaire de sa mort20.

    La présidence de François Hollande

    21Le socialiste François Hollande, qui vainquit Sarkozy aux élections présidentielles de 2012, élargit le processus de prise de décision quant à l’identité des personnes devant être transférées au Panthéon, bien qu’en fin de compte le résultat ne fut pas d’une grande nouveauté par rapport aux décisions de ses prédécesseurs. Près d’un an après son élection, il demanda à Philippe Belaval, président du Centre des monuments nationaux, de lui préparer un rapport où il devait présenter des propositions sur la façon de donner au Panthéon une place plus centrale afin de promouvoir les « principes de la République ». Belaval lui remit le rapport en octobre 2013 contenant plusieurs recommandations. L’une des plus importantes était de transférer plus de femmes au Panthéon afin de promouvoir l’égalité de genre21. Dans sa recommandation il s’appuyait, entre autres, sur le résultat d’un sondage ouvert sur internet, qu’il avait initié au mois de septembre 2013, dans lequel des femmes étaient arrivées aux trois premières places : Olympe de Gouges, féministe de l’époque de la Révolution, Germaine Tillion, résistante, et Louise Michel, l’une des dirigeantes de la Commune parisienne22. À la même époque, des organisations féministes firent pression sur le Président pour transférer des femmes au Panthéon au moyen d’articles dans les journaux, de pétitions et de manifestations, et il est probable qu’elles aient poussé leurs militantes à participer au sondage23.

    22En fin de compte, et à la suite des consultations supplémentaires avec des historiens et des politiciens, Hollande décida de transférer au Panthéon quatre résistants le 17 mai 2015, jour anniversaire de la création du Conseil national de la Résistance. C’était un choix qui se voulait équilibré : deux femmes et deux hommes, deux personnalités de droite et deux de gauche, et quatre patriotes qui incarnaient aussi des valeurs universelles : Geneviève De Gaulle Anthonioz, nièce de Charles de Gaulle, militante pour les droits de l’homme et dans le combat contre le paupérisme ; Germaine Tillion, ethnologue et militante pour les droits des prisonniers (toutes deux proches des milieux gaullistes) ; Jean Zay, membre du parti radical et ministre de l’Éducation et des Arts dans le gouvernement du Front populaire, et Pierre Brossolette, journaliste socialiste. En dépit du choix qui était censé susciter un consensus, il y eut aussi des opposants : l’extrême droite s’opposa à Zay, considéré comme anti patriote à cause d’un poème pacifiste qu’il écrivit à l’âge de 20 ans, tandis que plusieurs historiens prétendirent que Brossolette, qui contesta le leadership de la Résistance à Jean Moulin, ne méritait pas d’être enterré au Panthéon. De plus, comme dans le cas du transfert au Panthéon dans le cadre du bicentenaire de la Révolution, les communistes protestèrent sur le fait qu’aucun résistant communiste n’entrait au Panthéon24. Mais ces oppositions restèrent en marge de l’événement et la cérémonie se passa sans encombre. Le président Hollande alliait donc, par cette action, la tradition socialiste de Mitterrand et la tradition gaulliste. Il fit du Panthéon un centre d’intérêt public, y fit entrer deux femmes, mais choisit des héros patriotes, des résistants, comme l’avaient fait de Gaulle et Chirac.

    La présidence de Emmanuel Macron

    23Celui qui, en fait, mit en œuvre plusieurs suggestions de Belaval fut le président Emmanuel Macron, qui participa à plusieurs cérémonies au Panthéon, comme celle marquant les 170 ans de l’annulation de l’esclavage, le 27 avril 2018, l’inauguration de l’exposition Georges Clémenceau, le premier novembre 2018, la cérémonie pour les 150 ans de la IIIe République, le 4 septembre 2020, et la célébration de l’entrée de la France à la fonction de présidente tournante de l’Union européenne, le 7 janvier 2022. Macron fit aussi passer, dès son premier mandat de président, trois héros au Panthéon. La première, le 30 juin 2018, était Simone Veil, qui y fut transférée exactement un an après sa mort, temps relativement court par rapport au laps de temps qui en général s’écoulait depuis la mort jusqu’à l’inhumation au Panthéon. Simone Veil était juive, rescapée d’Auschwitz, ministre de deux gouvernements de droite qui promut les droits des femmes et fut présidente du Parlement européen.

    24Le deuxième était Maurice Genevoix, officier lors de la Première Guerre mondiale au cours de laquelle il fut blessé, et connu comme écrivain de plusieurs romans importants racontant la Grande Guerre du point de vue du simple soldat. La cérémonie, sous le signe de la Première Guerre mondiale, eut lieu le 11 novembre 2020, au centenaire du transfert des cendres du Soldat inconnu à l’Arc de triomphe, et elle clôtura une série de festivités marquant le centenaire de la Première Guerre mondiale25.

    25La troisième était Joséphine Baker, transférée le 30 novembre 2021 lors d’une cérémonie qui mettait en relief sa carrière de chanteuse et de danseuse noire. Elle aurait pu être considérée comme hors norme parmi les héros du Panthéon, mais en fait, elle s’intégrait au mieux comme représentante d’un équilibre entre le côté patriotique et le côté universel, du fait qu’elle préféra la nationalité française à l’américaine, et œuvra pour la Résistance, mais aussi pour les droits de l’homme noir. Tous trois reçurent un soutien général du public et Baker fut aussi soutenue par l’extrême droite. Éric Zemmour, par exemple, la considérait comme un exemple de la réussite du modèle d’assimilation à la France26.

    26Deux noms, proposés comme candidats au Panthéon et refusés par Macron, représentent sans doute un témoignage supplémentaire des limites de l’héroïsme officiel sous la Ve République. L’un est Molière : de nombreux gens de théâtre, intellectuels et politiciens, y compris Valérie Pécresse, ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche à l’époque de la présidence de Sarkozy, participèrent à une campagne publique pour son transfert au Panthéon en 2022 pour marquer les quatre cents ans de sa naissance. Mais, comme l’expliquèrent les conseillers du Président aux affaires de mémoire et de patrimoine, l’idée fut rejetée pour le motif que seuls, ceux qui défendirent le régime républicain, créé à la suite de la Révolution, étaient dignes d’entrer au temple laïc des grands hommes, et non des hommes de l’Ancien Régime27. Le deuxième nom est Gisèle Halimi, avocate d’origine juive tunisienne qui défendit des militants pour l’indépendance de l’Algérie, y compris des activistes du FLN, et les droits des femmes – en particulier le droit à l’avortement –, et fut aussi députée socialiste au Parlement. Après sa mort, en 2020, plusieurs organisations féministes lancèrent une campagne publique pour son transfert au Panthéon, mesure qui fut soutenue par la municipalité de Paris et des intellectuels et politiciens de gauche. Mais Macron n’obtempéra pas et au lieu de cela, il préféra lui faire une cérémonie d’hommage national au Palais de Justice à Paris le 8 mars 2023. Contrairement au cas de Molière, le Président n’expliqua pas sa position, mais on peut supposer qu’il décida de ne pas lui accorder l’honneur suprême du fait de son implication dans la guerre d’Algérie et la crainte d’une réaction négative des organisations de « Pieds noirs » et de harkis28. La prudence de Macron dans le choix des grands hommes le place dans la continuité de ses prédécesseurs, tels que Chirac et Hollande, qui eux aussi, tendaient à créer un consensus autour de leurs décisions. Les noms qu’il refusa s’identifiaient trop avec la droite (Molière) ou la gauche (Halimi), tandis que les trois personnes qu’il choisit de transférer au Panthéon créaient ensemble une composante républicaine équilibrée de patriotisme et d’universalisme.

    Conclusion

    27Si on analyse séparément chacun des dix-sept transferts au Panthéon des présidents de la Ve République, il semble qu’il s’agisse d’une décision prise par eux à la suite de circonstances spécifiques et variables : le centenaire d’un événement important ou l’anniversaire de naissance ou de mort d’une figure de dimension nationale ; le désir de promouvoir une politique particulière ; le besoin de se positionner comme Président avant ou après une campagne électorale, ou une réaction à des pressions de groupes influents. Mais sous toutes ces décisions ponctuelles il y avait une logique cohérente. Si on pose un regard d’ensemble sur les grands hommes et les grandes femmes transférés au Panthéon, il s’avère qu’ils présentent ensemble un modèle de héros républicain assez semblable aux grands hommes des Républiques précédentes : militaire, politicien, écrivain, artiste ou scientifique, ayant œuvré tant pour leur patrie que pour l’humanité tout entière.

    28Les guerres dans lesquelles combattirent ces héros étaient variées : si en 1889, on transféra au Panthéon des héros de guerre de la Révolution, sous la Ve République, on honora des héros de la Première et de la Seconde Guerre mondiale. Les valeurs qui leur valurent cet honneur républicain suprême étaient toutefois les mêmes : courage face à l’ennemi et dévouement à la patrie. Ceci était également vrai pour des réalisations scientifiques, qui bénéficièrent d’une « actualisation » – comme par exemple la découverte du radium par Marie Curie – mais le choix impliquait de la fierté du fait que les chercheurs étaient français et on soulignait aussi leur contribution pour le monde entier. Le héros officiel de la Ve République combinait donc par sa personnalité des valeurs particularistes et universelles, et bien qu’il fût parfois victime de régimes hostiles, il savait toujours combattre pour ses valeurs. En général ce n’était pas un héros unidimensionnel, mais il possédait plusieurs caractéristiques dont la réunion le rendait digne de ce grand honneur. Ainsi, par exemple, même le héros patriote par excellence, Maurice Genevoix, qui avait combattu et avait été blessé lors de la Première Guerre mondiale, était aussi un écrivain important qui donna une expression à l’expérience de la guerre. C’est pourquoi les personnages qui furent transférés au Panthéon servirent de modèles édifiants, qui étaient destinés à servir d’exemple pour les citoyens. Mais en fin de compte, le transfert au Panthéon était plus qu’un événement éducatif. Comme le déclara le Président Hollande au début de son discours à la cérémonie d’entrée au Panthéon des quatre personnes de la Résistance : « Aujourd’hui, la France a rendez-vous avec le meilleur d’elle-même29. » La cérémonie au Panthéon présentait donc un tableau idéal de la nation française, tant pour les Français eux-mêmes que pour le monde entier. En fait, en honorant le personnage du héros, la société française désirait en premier lieu s’honorer elle-même, tout en sachant que le tableau esquissé par la cérémonie n’était que partiel.

    Épilogue

    29Après avoir fini la rédaction de cet article, j’apprends que le président Macron a annoncé le 18 juin 2023 son intention de transférer au Panthéon un autre héros de la Résistance : Missak Manouchian30. Ce choix représente une continuité avec la politique commémorative d’Emmanuel Macron car Manouchian, tout comme Joséphine Baker, intègre dans sa biographie et sa personnalité universalisme et patriotisme. Turc d’origine arménienne, dont les parents furent tués en 1915 lors du génocide arménien, il arriva en France en 1925, travailla comme ouvrier à l’usine Citroën et devint militant du parti communiste. Lui aussi essaya de s’intégrer à la culture française, il étudia à la Sorbonne comme auditeur libre et traduisit des poèmes de poètes français en arménien. Lors de la Seconde Guerre mondiale il rejoignit la Résistance, devint commandant d’un groupe d’étrangers, les FTP-MOI, dans la région parisienne, fut pris par la police française et exécuté par les Allemands avec 22 de ses compagnons au fort du Mont Valérien le 21 février 1944. Comme Baker, il incarne l’image d’un émigrant ayant quitté un lieu où il appartenait à une minorité opprimée, et qui choisit de venir en France, où il s’intégra et combattit le régime de Vichy et les nazis. La figure de Manouchian permet à Macron de faire ressortir la grandeur de la France en tant qu’asile pour les opprimés, et la contribution des immigrants étrangers à la France – message anti-raciste important à une époque où la question de l’immigration est devenue particulièrement chargée dans l’arène politique. Mais Manouchian était aussi communiste, et Macron peut ainsi « compenser » l’absence de représentant du parti communiste parmi les résistants ayant déjà eu l’honneur d’entrer au Panthéon. En même temps, c’est aussi un hommage gaulliste. L’Élysée a annoncé le transfert de Manouchian au Panthéon pendant la cérémonie annuelle de commémoration de l’appel de de Gaulle du 18 juin 1940, à laquelle Macron participa sur le site de commémoration de la Résistance au mont Valérien, identifié à Charles de Gaulle. Ainsi, Macron tentait de joindre en une même cérémonie deux traditions « résistantialistes » opposées, la gaulliste et la communiste.

    30La cérémonie de transfert de Missak Manouchian et de son épouse Mélinée Manouchian (elle aussi résistante, mais qui n’a pas été prise par les nazis) au Panthéon est prévue pour le 21 février 2024, jour anniversaire de son exécution. Ce sera donc un évènement qui permettra à Macron d’inaugurer le cycle des cérémonies de commémoration du quatre-vingtième anniversaire de la Libération, lequel comprend l’anniversaire du Débarquement en Normandie et de la libération de Paris. Les réactions des partis politiques à cette décision, tout comme celles pour le transfert de Baker au Panthéon, furent positives, mise à part celle d’Éric Zemmour, qui affirma que c’était « une manipulation » qui a laissé penser que « seuls les étrangers se sont battus pour la France, ce qui est faux31 ».

    31Malgré la politique symbolique de Macron, où l’accent est mis sur l’apport positif des immigrants à la France, cette question délicate est loin d’être résolue. Dix jours après l’annonce du transfert de Manouchian au Panthéon, le 27 juin, à la suite de la mort d’un jeune d’origine algérienne, Nahel Merzouk, tué par un policier, éclatèrent dans toute la France des émeutes qui durèrent une dizaine de jours, et dont la gravité rappelait celles d’octobre-novembre 2005.

    Notes de bas de page

    1Sur la figure du grand homme et l’histoire du Panthéon, voir Bonnet Jean-Claude, Naissance du Panthéon. Essai sur le culte des grands hommes, Paris, Fayard, 1998 ; Ozouf Mona, « Le Panthéon : L’École normale des morts », in Pierre Nora (dir.), Les lieux de mémoire, t. I : La République, Paris, Gallimard, 1984, p. 139-66 ; Ben-Amos Avner, Le vif saisit le mort. Funérailles, politiques et mémoire en France (1789-1996), trad. Rachel Bouyssou, Paris, Éditions de l’EHESS, 2013 ; Bergdoll Barry (dir.), Le Panthéon. Symbole des révolutions, Paris, Picard, 1989. Pour la liste des panthéonisés entre 1791 et 1996, voir Les grands hommes du Panthéon, Paris, Éditions du Patrimoine, 1999, avec une introduction de Jean-François Chanet.

    2Sur le transfert de Victor Hugo au Panthéon, voir Ben-Amos Avner, « Les funérailles de Victor Hugo : apothéose de l’événement spectacle », in Pierre Nora (dir.), Les lieux de mémoire, t. I : La République, Paris, Gallimard, 1984, p. 472-522.

    3De Gaulle décrit les Invalides comme un « dôme étincelant encore de la splendeur du Roi Soleil, tombeau de Turenne, de Napoléon, de Foch » (Gaulle Charles de, Mémoires de guerre. L’Unité, 1942-1944, Paris, Plon Pocket, 2006, p. 366).

    4Sur la querelle entre la droite et la gauche à propos de la mémoire de la Résistance, voir Nora Pierre, « Gaullistes and Communistes », in Pierre Nora (dir.), Les lieux de mémoire, t. III-1 : Les France, Conflits et partages, Paris, Gallimard, 1992, p. 346-393.

    5Sur les manœuvres politiques autour du transfert de Jean Moulin au Panthéon et la cérémonie elle-même, voir Rousso Henry, Le syndrome de Vichy. 1944-1987, Paris, Seuil, 1987, p. 96-109.

    6Citée ibid., p. 100.

    7Sur les événements médiatiques, voir Dayan Daniel et Katz Elihu, La télévision cérémonielle. Anthropologie et histoire en directe, Paris, Presses universitaires de France, 1996. Sur la notion de nation en tant que communauté imaginée créée par des événements ressentis simultanément, voir Anderson Benedict, L’imaginaire national. Réflexions sur l’origine et l’essor du nationalisme, trad. Pierre-Emmanuel Dauzat, Paris, La Découverte, 1996.

    8Sur la structure des rites de passage et l’importance du stade liminal, voir Turner Victor, Le phénomène rituel. Structure et contre-structure, trad. G. Guillet, Paris, Presses universitaires de France, 1990.

    9Sur le rituel de la panthéonisation, voir aussi Garcia Patrick, « Transferts au Panthéon : actualité d’un rituel daté », Esprit, no 5, 2015, p. 17-27.

    10Sur la visite de Mitterrand au Panthéon de 1981 et la diffusion de l’événement à la télévision, voir Bousquet Gilles, « François Mitterrand au Panthéon : la mort, la nation et la gauche », French Politics and Society, vol. 10, no 1, 1992, p. 59-68 ; Bosseno Christian-Marc, « L’œil était dans la tombe : François Mitterrand au Panthéon (21 mai 1981) », Vertigo, nos 6/7, 1991, p. 172-186.

    11Voir l’interview avec le sociologue Edgar Morin, Libération, 9 novembre 1988.

    12Sur les célébrations du bicentenaire de la Révolution et le transfert de 1989, voir Kaplan Steven, Adieu 89, trad. A. Charpentier et R. Lambrechts, Paris, Fayard, 1993 ; Ory Pascal, Une nation pour mémoire : 1889, 1939, 1989. Trois jubilés révolutionnaires, Paris, Presses de la Fondation nationale des sciences politiques, 1992.

    13Voir Jensen Jane et Sineau Mariette, Mitterrand et les Françaises. Un rendez-vous manqué, Paris, Presses de la Fondation nationale des sciences politiques, 1995.

    14Voir Nora Pierre, « L’ère de la commémoration », in Pierre Nora (dir.), Les lieux de mémoire, t. III-3 : Les France – De l’archive à l’emblème, Paris, Gallimard, 1992, p. 977-1012.

    15Sur la décision de transférer Malraux au Panthéon et l’organisation de la cérémonie, voir Garcia Patrick, « Jacques Chirac au Panthéon : le transfert des cendres d’André Malraux (23 novembre 1996) », Sociétés et Représentations, no 12, 2001/2, p. 205-222.

    16Pour les descriptions des cérémonies de transfert au Panthéon, j’ai consulté les quotidiens suivants : Le Monde, Libération, Le Figaro, La Croix.

    17Gensburger Sarah, Les Justes de France, politiques publiques de la mémoire, Paris, Presses de la Fondation nationale des sciences politiques, 2010.

    18Duclert Vincent, Alfred Dreyfus : l’honneur d’un patriote, Paris, Fayard, 2006 ; id., Alfred Dreyfus : voyage au cœur de la République, Paris, Galaade, 2007 ; id., « Dreyfus au Panthéon ? », Le Monde, 16 juin 2006 ; Renterghem Marion van, « Dreyfus célèbre, sans Panthéon », Le Monde, 6 juillet 2006 ; « L’hommage de Jacques Chirac au Capitaine Dreyfus », Le Monde, 12 juillet 2006.

    19Leparmentier Arnaud, « Le fils d’Albert Camus refuse le transfert de son père au Panthéon », Le Monde, 21 novembre 2019.

    20« Césaire, entrée symbolique au Panthéon », Le Figaro, 6 avril 2011 ; Gotheret Jérôme, « Au Panthéon, l’hommage solennel à Aimé Césaire », Le Monde, 7 avril 2011.

    21Belaval Philippe, Pour faire entrer le peuple au Panthéon. Rapport à Monsieur le Président de la République, Paris, Centre de monuments nationaux, 2015.

    22Noyon Rémy, « Panthéon : les résultats de la consultation », L’Obs, 10 octobre 2013.

    23« Manifestations féministes pour davantage de femmes au Panthéon », L’Express, 26 août 2013.

    24Voir « Même la Panthéonisation de quatre résistants crée la polémique », L’Express, 25 mai 2015 ; « Quatre résistants au Panthéon : réaction du PC », Ouest France, 27 mai 2015 ; Wieder Thomas, « Crispations autour de l’entrée de Jean Zay au Panthéon », Le Monde, 19 mars 2014 ; Péan Pierre, « Faire entrer Brossolette au Panthéon, un affront à la mémoire de Jean Moulin », Le Monde, 31 mars 2013 ; Alemagna Lilian, « Aux grands patriotes, Hollande reconnaissant », Libération, 27 mai 2015.

    25Sur la panthéonisation of Genevoix, voir Ben-Amos Avner, « Maurice Genevoix et Ceux de 14 entrent au Panthéon, 11 novembre 2020. La commémoration de la commémoration ? », Revue d’histoire culturelle, xviiie-xxie siècles, no 2, 2021.

    26« Eric Zemmour : Joséphine Baker est l’exemple de la réussite du modèle d’assimilation », Le Figaro, 30 novembre 2021.

    27Simon Nathalie, « La campagne pour inhumer Molière au Panthéon est lancée », Le Figaro, 12 janvier 2021 ; Chaffanjon Charlotte et Boiteau Victor, « Molière au Panthéon : l’Élysée oppose une fin de non-recevoir », Libération, 12 janvier 2022.

    28Le collectif Agros, « Pour la panthéonisation de Gisèle Halimi », Libération, 27 septembre 2020 ; Le Guen Erwana, « Paris veut célébrer Gisèle Halimi, soldate de la cause féministe et de l’indépendance de l’Algérie », Le Figaro, 23 octobre 2020 ; Ballet Virginie, « Panthéonisation de Gisèle Halimi : Aux grandes dames la patrie indifférente ? », Libération, 13 mai 2021 ; Cojean Annick, « Hommage national à Gisèle Halimi, Nous lui sommes toutes redevables », Le Monde, 9 mars 2023.

    29« 27 mai 2015 : discours de François Hollande au Panthéon », Le Figaro, 28 mai 2015.

    30« Missak Manouchian, héros de la Résistance d’origine arménienne, va faire son entrée au Panthéon », Le Monde, 18 juin 2023.

    31Gatinois Claire, « La panthéonisation de Missak Manouchian célèbre l’esprit universaliste de la Résistance », Le Monde, 19 juin 2023.

    Auteurs

    • Avner Ben-Amos

      Université de Tel-Aviv.

      Avner Ben-Amos est professeur émérite d’histoire de l’éducation à l’université de Tel-Aviv. Ses recherches portent sur la formation de la mémoire collective et l’histoire de l’éducation civique en France et en Israël.

    • Fabienne Bergmann (trad.)
    Précédent Suivant
    Table des matières

    Creative Commons - Attribution - Pas d'Utilisation Commerciale - Pas de Modification 4.0 International - CC BY-NC-ND 4.0

    Le texte seul est utilisable sous licence Creative Commons - Attribution - Pas d'Utilisation Commerciale - Pas de Modification 4.0 International - CC BY-NC-ND 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont « Tous droits réservés », sauf mention contraire.

    Voir plus de livres
    Paysans des Alpes

    Paysans des Alpes

    Les communautés montagnardes au Moyen Âge

    Nicolas Carrier et Fabrice Mouthon

    2010

    Pérégrin d’Opole

    Pérégrin d’Opole

    Un prédicateur dominicain à l'apogée de la chrétienté médiévale

    Hervé Martin

    2008

    Prêtres de Bretagne au xixe siècle

    Prêtres de Bretagne au xixe siècle

    Samuel Gicquel

    2008

    Un constructeur de la France du xxe siècle

    Un constructeur de la France du xxe siècle

    La Société Auxiliaire d'Entreprises (SAE) et la naissance de la grande entreprise française de bâtiment (1924-1974)

    Pierre Jambard

    2008

    Ouvriers bretons

    Ouvriers bretons

    Conflits d'usines, conflits identitaires en Bretagne dans les années 1968

    Vincent Porhel

    2008

    L'intrusion balnéaire

    L'intrusion balnéaire

    Les populations littorales bretonnes et vendéennes face au tourisme (1800-1945)

    Johan Vincent

    2008

    L'individu dans la famille à Rome au ive siècle

    L'individu dans la famille à Rome au ive siècle

    D'après l'œuvre d'Ambroise de Milan

    Dominique Lhuillier-Martinetti

    2008

    L'éveil politique de la Savoie

    L'éveil politique de la Savoie

    Conflits ordinaires et rivalités nouvelles (1848-1853)

    Sylvain Milbach

    2008

    L'évangélisation des Indiens du Mexique

    L'évangélisation des Indiens du Mexique

    Impact et réalité de la conquête spirituelle (xvie siècle)

    Éric Roulet

    2008

    L'étranger en Bretagne au Moyen Âge

    L'étranger en Bretagne au Moyen Âge

    Présence, attitudes, perceptions

    Laurence Moal

    2008

    Les saints bretons entre légendes et histoire

    Les saints bretons entre légendes et histoire

    Le glaive à deux tranchants

    Bernard Merdrignac

    2008

    Les miroirs du silence

    Les miroirs du silence

    L'éducation des jeunes sourds dans l'Ouest, 1800-1934

    Patrick Bourgalais

    2008

    Voir plus de livres
    1 / 12
    Paysans des Alpes

    Paysans des Alpes

    Les communautés montagnardes au Moyen Âge

    Nicolas Carrier et Fabrice Mouthon

    2010

    Pérégrin d’Opole

    Pérégrin d’Opole

    Un prédicateur dominicain à l'apogée de la chrétienté médiévale

    Hervé Martin

    2008

    Prêtres de Bretagne au xixe siècle

    Prêtres de Bretagne au xixe siècle

    Samuel Gicquel

    2008

    Un constructeur de la France du xxe siècle

    Un constructeur de la France du xxe siècle

    La Société Auxiliaire d'Entreprises (SAE) et la naissance de la grande entreprise française de bâtiment (1924-1974)

    Pierre Jambard

    2008

    Ouvriers bretons

    Ouvriers bretons

    Conflits d'usines, conflits identitaires en Bretagne dans les années 1968

    Vincent Porhel

    2008

    L'intrusion balnéaire

    L'intrusion balnéaire

    Les populations littorales bretonnes et vendéennes face au tourisme (1800-1945)

    Johan Vincent

    2008

    L'individu dans la famille à Rome au ive siècle

    L'individu dans la famille à Rome au ive siècle

    D'après l'œuvre d'Ambroise de Milan

    Dominique Lhuillier-Martinetti

    2008

    L'éveil politique de la Savoie

    L'éveil politique de la Savoie

    Conflits ordinaires et rivalités nouvelles (1848-1853)

    Sylvain Milbach

    2008

    L'évangélisation des Indiens du Mexique

    L'évangélisation des Indiens du Mexique

    Impact et réalité de la conquête spirituelle (xvie siècle)

    Éric Roulet

    2008

    L'étranger en Bretagne au Moyen Âge

    L'étranger en Bretagne au Moyen Âge

    Présence, attitudes, perceptions

    Laurence Moal

    2008

    Les saints bretons entre légendes et histoire

    Les saints bretons entre légendes et histoire

    Le glaive à deux tranchants

    Bernard Merdrignac

    2008

    Les miroirs du silence

    Les miroirs du silence

    L'éducation des jeunes sourds dans l'Ouest, 1800-1934

    Patrick Bourgalais

    2008

    Accès ouvert

    Accès ouvert freemium

    ePub

    PDF

    PDF du chapitre

    Suggérer l’acquisition à votre bibliothèque

    Acheter

    Édition imprimée

    Presses universitaires de Rennes
    • amazon.fr
    • decitre.fr
    • mollat.com
    • leslibraires.fr
    ePub / PDF

    1Sur la figure du grand homme et l’histoire du Panthéon, voir Bonnet Jean-Claude, Naissance du Panthéon. Essai sur le culte des grands hommes, Paris, Fayard, 1998 ; Ozouf Mona, « Le Panthéon : L’École normale des morts », in Pierre Nora (dir.), Les lieux de mémoire, t. I : La République, Paris, Gallimard, 1984, p. 139-66 ; Ben-Amos Avner, Le vif saisit le mort. Funérailles, politiques et mémoire en France (1789-1996), trad. Rachel Bouyssou, Paris, Éditions de l’EHESS, 2013 ; Bergdoll Barry (dir.), Le Panthéon. Symbole des révolutions, Paris, Picard, 1989. Pour la liste des panthéonisés entre 1791 et 1996, voir Les grands hommes du Panthéon, Paris, Éditions du Patrimoine, 1999, avec une introduction de Jean-François Chanet.

    2Sur le transfert de Victor Hugo au Panthéon, voir Ben-Amos Avner, « Les funérailles de Victor Hugo : apothéose de l’événement spectacle », in Pierre Nora (dir.), Les lieux de mémoire, t. I : La République, Paris, Gallimard, 1984, p. 472-522.

    3De Gaulle décrit les Invalides comme un « dôme étincelant encore de la splendeur du Roi Soleil, tombeau de Turenne, de Napoléon, de Foch » (Gaulle Charles de, Mémoires de guerre. L’Unité, 1942-1944, Paris, Plon Pocket, 2006, p. 366).

    4Sur la querelle entre la droite et la gauche à propos de la mémoire de la Résistance, voir Nora Pierre, « Gaullistes and Communistes », in Pierre Nora (dir.), Les lieux de mémoire, t. III-1 : Les France, Conflits et partages, Paris, Gallimard, 1992, p. 346-393.

    5Sur les manœuvres politiques autour du transfert de Jean Moulin au Panthéon et la cérémonie elle-même, voir Rousso Henry, Le syndrome de Vichy. 1944-1987, Paris, Seuil, 1987, p. 96-109.

    6Citée ibid., p. 100.

    7Sur les événements médiatiques, voir Dayan Daniel et Katz Elihu, La télévision cérémonielle. Anthropologie et histoire en directe, Paris, Presses universitaires de France, 1996. Sur la notion de nation en tant que communauté imaginée créée par des événements ressentis simultanément, voir Anderson Benedict, L’imaginaire national. Réflexions sur l’origine et l’essor du nationalisme, trad. Pierre-Emmanuel Dauzat, Paris, La Découverte, 1996.

    8Sur la structure des rites de passage et l’importance du stade liminal, voir Turner Victor, Le phénomène rituel. Structure et contre-structure, trad. G. Guillet, Paris, Presses universitaires de France, 1990.

    9Sur le rituel de la panthéonisation, voir aussi Garcia Patrick, « Transferts au Panthéon : actualité d’un rituel daté », Esprit, no 5, 2015, p. 17-27.

    10Sur la visite de Mitterrand au Panthéon de 1981 et la diffusion de l’événement à la télévision, voir Bousquet Gilles, « François Mitterrand au Panthéon : la mort, la nation et la gauche », French Politics and Society, vol. 10, no 1, 1992, p. 59-68 ; Bosseno Christian-Marc, « L’œil était dans la tombe : François Mitterrand au Panthéon (21 mai 1981) », Vertigo, nos 6/7, 1991, p. 172-186.

    11Voir l’interview avec le sociologue Edgar Morin, Libération, 9 novembre 1988.

    12Sur les célébrations du bicentenaire de la Révolution et le transfert de 1989, voir Kaplan Steven, Adieu 89, trad. A. Charpentier et R. Lambrechts, Paris, Fayard, 1993 ; Ory Pascal, Une nation pour mémoire : 1889, 1939, 1989. Trois jubilés révolutionnaires, Paris, Presses de la Fondation nationale des sciences politiques, 1992.

    13Voir Jensen Jane et Sineau Mariette, Mitterrand et les Françaises. Un rendez-vous manqué, Paris, Presses de la Fondation nationale des sciences politiques, 1995.

    14Voir Nora Pierre, « L’ère de la commémoration », in Pierre Nora (dir.), Les lieux de mémoire, t. III-3 : Les France – De l’archive à l’emblème, Paris, Gallimard, 1992, p. 977-1012.

    15Sur la décision de transférer Malraux au Panthéon et l’organisation de la cérémonie, voir Garcia Patrick, « Jacques Chirac au Panthéon : le transfert des cendres d’André Malraux (23 novembre 1996) », Sociétés et Représentations, no 12, 2001/2, p. 205-222.

    16Pour les descriptions des cérémonies de transfert au Panthéon, j’ai consulté les quotidiens suivants : Le Monde, Libération, Le Figaro, La Croix.

    17Gensburger Sarah, Les Justes de France, politiques publiques de la mémoire, Paris, Presses de la Fondation nationale des sciences politiques, 2010.

    18Duclert Vincent, Alfred Dreyfus : l’honneur d’un patriote, Paris, Fayard, 2006 ; id., Alfred Dreyfus : voyage au cœur de la République, Paris, Galaade, 2007 ; id., « Dreyfus au Panthéon ? », Le Monde, 16 juin 2006 ; Renterghem Marion van, « Dreyfus célèbre, sans Panthéon », Le Monde, 6 juillet 2006 ; « L’hommage de Jacques Chirac au Capitaine Dreyfus », Le Monde, 12 juillet 2006.

    19Leparmentier Arnaud, « Le fils d’Albert Camus refuse le transfert de son père au Panthéon », Le Monde, 21 novembre 2019.

    20« Césaire, entrée symbolique au Panthéon », Le Figaro, 6 avril 2011 ; Gotheret Jérôme, « Au Panthéon, l’hommage solennel à Aimé Césaire », Le Monde, 7 avril 2011.

    21Belaval Philippe, Pour faire entrer le peuple au Panthéon. Rapport à Monsieur le Président de la République, Paris, Centre de monuments nationaux, 2015.

    22Noyon Rémy, « Panthéon : les résultats de la consultation », L’Obs, 10 octobre 2013.

    23« Manifestations féministes pour davantage de femmes au Panthéon », L’Express, 26 août 2013.

    24Voir « Même la Panthéonisation de quatre résistants crée la polémique », L’Express, 25 mai 2015 ; « Quatre résistants au Panthéon : réaction du PC », Ouest France, 27 mai 2015 ; Wieder Thomas, « Crispations autour de l’entrée de Jean Zay au Panthéon », Le Monde, 19 mars 2014 ; Péan Pierre, « Faire entrer Brossolette au Panthéon, un affront à la mémoire de Jean Moulin », Le Monde, 31 mars 2013 ; Alemagna Lilian, « Aux grands patriotes, Hollande reconnaissant », Libération, 27 mai 2015.

    25Sur la panthéonisation of Genevoix, voir Ben-Amos Avner, « Maurice Genevoix et Ceux de 14 entrent au Panthéon, 11 novembre 2020. La commémoration de la commémoration ? », Revue d’histoire culturelle, xviiie-xxie siècles, no 2, 2021.

    26« Eric Zemmour : Joséphine Baker est l’exemple de la réussite du modèle d’assimilation », Le Figaro, 30 novembre 2021.

    27Simon Nathalie, « La campagne pour inhumer Molière au Panthéon est lancée », Le Figaro, 12 janvier 2021 ; Chaffanjon Charlotte et Boiteau Victor, « Molière au Panthéon : l’Élysée oppose une fin de non-recevoir », Libération, 12 janvier 2022.

    28Le collectif Agros, « Pour la panthéonisation de Gisèle Halimi », Libération, 27 septembre 2020 ; Le Guen Erwana, « Paris veut célébrer Gisèle Halimi, soldate de la cause féministe et de l’indépendance de l’Algérie », Le Figaro, 23 octobre 2020 ; Ballet Virginie, « Panthéonisation de Gisèle Halimi : Aux grandes dames la patrie indifférente ? », Libération, 13 mai 2021 ; Cojean Annick, « Hommage national à Gisèle Halimi, Nous lui sommes toutes redevables », Le Monde, 9 mars 2023.

    29« 27 mai 2015 : discours de François Hollande au Panthéon », Le Figaro, 28 mai 2015.

    30« Missak Manouchian, héros de la Résistance d’origine arménienne, va faire son entrée au Panthéon », Le Monde, 18 juin 2023.

    31Gatinois Claire, « La panthéonisation de Missak Manouchian célèbre l’esprit universaliste de la Résistance », Le Monde, 19 juin 2023.

    Succès et échec de l’héroïsation

    X Facebook Email

    Succès et échec de l’héroïsation

    Ce livre est diffusé en accès ouvert freemium. L’accès à la lecture en ligne est disponible. L’accès aux versions PDF et ePub est réservé aux bibliothèques l’ayant acquis. Vous pouvez vous connecter à votre bibliothèque à l’adresse suivante : https://freemium.openedition.org/oebooks

    Suggérer l’acquisition à votre bibliothèque Acheter ce livre aux formats PDF et ePub

    Si vous avez des questions, vous pouvez nous écrire à access[at]openedition.org

    Succès et échec de l’héroïsation

    Vérifiez si votre bibliothèque a déjà acquis ce livre : authentifiez-vous à OpenEdition Freemium for Books.

    Vous pouvez suggérer à votre bibliothèque d’acquérir un ou plusieurs livres publiés sur OpenEdition Books. N’hésitez pas à lui indiquer nos coordonnées : access[at]openedition.org

    Vous pouvez également nous indiquer, à l’aide du formulaire suivant, les coordonnées de votre bibliothèque afin que nous la contactions pour lui suggérer l’achat de ce livre. Les champs suivis de (*) sont obligatoires.

    Veuillez, s’il vous plaît, remplir tous les champs.

    La syntaxe de l’email est incorrecte.

    Référence numérique du chapitre

    Format

    Ben-Amos, A. (2025). De Jean Moulin à Joséphine Baker. In Évelyne Cohen & A. Gangloff (éds.), & F. Bergmann (trad.), Succès et échec de l’héroïsation. Rennes: Presses universitaires de Rennes. https://doi.org/10.4000/13dny
    Ben-Amos, Avner. « De Jean Moulin à Joséphine Baker ». In Succès et échec de l’héroïsation, édité par Évelyne Cohen et Anne Gangloff, traduit par Fabienne Bergmann. Rennes: Presses universitaires de Rennes, 2025. doi:10.4000/13dny.
    Ben-Amos, Avner. « De Jean Moulin à Joséphine Baker ». Succès et échec de l’héroïsation, édité par Évelyne Cohen et Anne Gangloff, traduit par Fabienne Bergmann, Presses universitaires de Rennes, 2025, https://doi.org/10.4000/13dny.

    Référence numérique du livre

    Format

    Cohen, Évelyne, & Gangloff, A. (éds.). (2025). Succès et échec de l’héroïsation. Rennes: Presses universitaires de Rennes. https://doi.org/10.4000/13dq1
    Cohen, Évelyne, et Anne Gangloff, éd. Succès et échec de l’héroïsation. Rennes: Presses universitaires de Rennes, 2025. doi:10.4000/13dq1.
    Cohen, Évelyne, et Anne Gangloff, éditeurs. Succès et échec de l’héroïsation. Presses universitaires de Rennes, 2025, https://doi.org/10.4000/13dq1.
    Compatible avec Zotero Zotero

    1 / 3

    Presses universitaires de Rennes

    Presses universitaires de Rennes

    • Mentions légales
    • Plan du site
    • Se connecter

    Suivez-nous

    • Flux RSS

    URL : http://www.pur-editions.fr

    Email : pur@univ-rennes2.fr

    OpenEdition
    • Candidater à OpenEdition Books
    • Connaître le programme OpenEdition Freemium
    • Commander des livres
    • S’abonner à la lettre d’OpenEdition
    • CGU d’OpenEdition Books
    • Accessibilité : partiellement conforme
    • Données personnelles
    • Gestion des cookies
    • Système de signalement