Héroïsation et divinisation dans le monde romain (iie siècle av. – ive siècle apr. J.-C.)
p. 187-198
Texte intégral
1La Rome antique passe à tort ou à raison pour un modèle du pouvoir absolu. En fait, si nous y regardons de près, il n’était pas évident pour les membres de l’élite de posséder un pouvoir et une dignité permanents1. La royauté étant totalement bannie, le pouvoir dans l’État appartenant à deux consuls élus chaque année, fonction qu’il était rare de pouvoir réitérer, surtout dans des années rapprochées. La liste des anciens consuls, préteurs et autres magistrats qui entraient d’office au sénat, étaient régulièrement révisée par deux censeurs élus. Les membres de l’élite se distinguaient, certes, des simples citoyens par leur costume civique, par leur toge ornée de bandes larges (laticlave) ou étroites (angusticlave) de couleur pourpre selon qu’ils appartenaient à l’ordre sénatorial ou équestre2, bref à l’aristocratie, mais cela voulait dire qu’ils appartenaient respectivement à deux groupes, l’un de six cents, l’autre d’environ cinq mille individus. Bref, en dehors de l’année pendant laquelle il exerçait le pouvoir, aucun insigne ne distinguait forcément le grand homme. Même les triomphateurs qui montaient avec leurs légions sur le Capitole, déguisés en statues vivantes de Jupiter, ne bénéficiaient après leur triomphe d’aucun signe particulier de leur rang. Quand Marius parut le lendemain de son triomphe, en 100 av. J.-C., au sénat en tenue triomphale, il suscita des critiques. Ce n’était en fait que lors de ses funérailles que le triomphateur pouvait être revêtu de son costume triomphal. Toutes ces restrictions expliquent que l’élite romaine était jusqu’à la fin de la République, au début de notre ère, en quête d’insignes clairs de son éminence.
2C’est à ce moment que cette recherche trouvait, du moins pour les très grands hommes, une solution. Dans la partie orientale de l’empire, en pays grec, les gouverneurs romains rencontrèrent une manière particulière de signifier la supériorité. Les cités-États grecques accordaient en effet de leur vivant aux puissants : rois, gouverneurs, empereurs, et jusqu’aux bienfaiteurs de la communauté, des honneurs équivalents à ceux des dieux, mais sans en faire des dieux. Après leur décès, ces personnalités recevaient éventuellement une tombe et un culte funéraire annuel aux frais de la communauté, ce qui correspondait à ce qu’on appelait une héroïsation, mais c’était tout. À Rome et dans la moitié occidentale de l’empire, la coutume était différente, et les modernes n’ont pas toujours bien compris les innovations créées sur ce plan après la divinisation de César. C’est à la création de ces tentatives successives pour attribuer aux empereurs et à leurs parents un statut « surhumain » que nous devons nous intéresser. Elles décrivent en fait les différentes manières romaines d’héroïser les grands hommes.
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3Au cours des deux derniers siècles précédant le début de notre ère, les grands hommes avaient à plusieurs reprises, et dans des contextes divers, tenté de trouver une voie vers la représentation et la confirmation de leur statut supérieur. Un texte célèbre, qui figurait au VIe livre du De Republica de Cicéron3, raconte un songe que Scipion Émilien, le petit-fils de l’Africain et destructeur de la ville de Carthage, aurait eu dans sa jeunesse. Son ancêtre, rejoint par son père, lui aurait décrit le destin des grands hommes, qui consisterait à ce que leur animus, leur principe vital, libéré du corps à leur décès, séjourne au ciel, dans la voie lactée. Ce texte a eu un grand succès, Macrobe et d’autres auteurs en ont écrit des commentaires4, et bien entendu à l’époque chrétienne, on le citait volontiers, car il paraissait préfigurer la doctrine chrétienne.
4Si ce thème a circulé dans les écoles philosophiques aux iie et ier siècles av. J.-C., il n’a pas exercé d’influence directe dans la société romaine. Même si le principe d’une survie céleste se trouvait à l’arrière-plan, ce sont d’autres voies que les contemporains de Cicéron ont suivies, en mettant toutefois un certain temps avant de construire un rituel qui survécut jusqu’à l’époque chrétienne. Le dictateur Sylla par exemple se distingua par des funérailles splendides, alors que Pompée signalait par un temple qu’il fit construire en haut de la cauea de son théâtre, près de l’actuel Campo dei fiori, la proximité qu’il entretenait avec Vénus Victrix. Mais il ne put préparer la mise en scène de son destin d’immortel en raison de sa défaite et de son assassinat. Ce fut avec César qu’une première rupture eut lieu.
5Nous savons que César insistait pendant les dernières années de sa vie sur sa proximité avec les dieux, notamment avec Vénus Genetrix, l’ancêtre de sa gens, à laquelle il dédia en 46 av. J.-C. un temple dans son forum. Les auteurs antiques rapportent des comportements déplacés qu’il aurait eus de son vivant, qui tendaient à accepter des honneurs analogues à ceux qui étaient réservés aux dieux. Plus qu’un acte d’impiété tyrannique, il convient toutefois de les comprendre comme une tentative d’importation à Rome des traditions hellénistiques.
6César assassiné en mars 44, les événements se précipitèrent. Son fils, le jeune Octavien, poussa Antoine et Lépide, avec qui il avait été élu triumvir pour la restauration de l’État, à faire diviniser César, dont les funérailles s’étaient transformées en un soulèvement de la plèbe romaine, qui incinéra son corps sur le Forum, là où Antoine venait de prononcer son célèbre éloge funèbre. Sous la poussée d’Octavien, aidé par l’apparition d’une comète qui paraissait attester la montée au ciel de l’animus de César, les triumvirs réussirent à faire diviniser le dictateur et à créer par une loi un culte public en son honneur. Les deux compagnons d’Octavien dans le triumvirat n’étaient toutefois que faiblement convaincus par cette innovation, et il faudra attendre la victoire d’Octavien, en 29 av. J.-C., pour que le temple du Divin Jules fût dédié.
7Mais en fait, Auguste ne retint pas cette divinisation et ce culte comme des modèles. On constate en effet que pendant l’Empire, le culte du Divin Jules se réduisait à la célébration de son anniversaire, déplacé du 13 au 12 juillet en raison des Jeux d’Apollon, et celle de l’anniversaire de la dédicace de son temple, le 18 août. Le Divin Jules n’est jamais associé, comme plus tard les empereurs divinisés, à d’autres divinités dans les sacrifices et notamment les vœux publics scandant la vie de l’État. La raison doit en être cherchée dans le soulèvement de 44 av. J.-C. et ses conséquences, qui pouvaient faire apparaître les premières fonctions publiques d’Octavien comme marquées d’illégalité. Le mouvement était toutefois créé. Auguste et ses conseillers eurent tout le temps pour préparer la divinisation future du Prince.
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8Il y eut plusieurs initiatives. La première concernait le Prince vivant. Il parut très rapidement à Auguste que le système hellénistique ne pouvait susciter que des scandales à Rome. Sans empêcher les Grecs de continuer leur système traditionnel d’hommage, il défendit aux citoyens romains d’y participer, et surtout de pratiquer ce genre de rites à Rome, au niveau de l’État romain5. Mais on n’abandonna pas pour autant cette piste. En 30 av. J.-C., le sénat ou le peuple romain décidèrent que désormais on sacrifierait par l’encens et le vin au Génie d’Octavien lors de tous les banquets publics ou privés, et que lors des vœux publics pour le salut du peuple et du sénat, les prêtres prononceraient également un vœu pour son salut6. Cette mesure n’était en elle-même pas scandaleuse. Associer aux vœux publics un vœu pour le salut d’Octavien représentait un grand honneur pour lui, mais nullement un sacrilège. Et lors de tous les banquets formels privés, les convives offraient, entre le premier service et le symposium qui suivait, un sacrifice par l’encens et le vin au Génie du maître de maison7. Lors des banquets collectifs, on devait offrir le même type de sacrifice au Genius des associations ou des institutions concernées. L’extension au Génie d’Octavien n’était donc pas une innovation extraordinaire. Ce qui l’était en revanche, c’était le fait que cet honneur lui fût fait également lors de banquets collectifs. Cet honneur ne dut pas faire plaisir à ses ennemis, mais ce n’était pas non plus un sacrilège. Par ailleurs, le sacrifice à son Génie était également célébré dans des lieux publics, telles les basiliques, où l’on installa peu à peu des statues d’Auguste8, et dans les Augustea, qui furent progressivement construits dans des espaces publics pour les membres de la famille impériale. Les sacrifices qui y étaient célébrés concernaient toutefois jusqu’à sa mort son Génie, pas sa personne.
9Une deuxième disposition concernait l’action du Prince. Il existait à Rome une série de divinités dites abstraites qui caractérisaient des aspects de l’action divine. Ainsi, à côté de Jupiter capitolin, on trouve Fides (Bonne Foi), Felicitas (Bonheur d’action), Vénus (Puissance contraignante des décisions de Jupiter), à côté de Mars Honos et Virtus (Honorabilité et Courage militaires), et au-delà on trouve d’autres divinités exprimant éventuellement les qualités de l’action d’institutions, celles de groupes comme de particuliers. Ces figures divines n’avaient donc rien d’anormal. Elles font partie de la théologie de l’action9, dont parlait J. Bayet, et l’on pouvait les utiliser pour un humain sans choquer les Romains. Dès 29 av. J.-C., Octavien dédicaça dans la curie du sénat un autel à la déesse Victoire10, qui se référait à celle qu’il avait remportée à Actium et plus généralement dans la Guerre civile. Les sénateurs qui entraient dans la curie offraient une libation par l’encens et le vin à la déesse. Un peu plus tard, en 19 av. J.-C., pour honorer le retour d’Auguste à Rome où il régnait une agitation politique inquiétante, on construisit à l’endroit où il était entré sur le territoire romain, près du temple de Mars et des autels de Honos et de Virtus, sur la Via Appia, un temple à Fortuna redux, la Fortune du retour, de son retour opportun11. On ne fit pas directement allusion à lui, mais le jour du sacrifice anniversaire fut appelé Augustalia12.
10Quelques années plus tard, on alla plus loin. En 13 av. J.-C., Auguste revint à Rome après avoir dirigé les opérations de pacification et de soumission en Gaule narbonnaise et en Espagne, et on commémora ce retour par la construction d’un autel sur la via Flaminia pour la déesse Pax Augusta, la fameuse Ara Pacis. Cette fois-ci, le nom de la déesse faisait clairement allusion au surnom de celui qui était responsable de la paix. Et désormais, le mouvement était lancé. En 2 av. J.-C., quand Auguste adopta Tibère et ce dernier Germanicus, on consacra un autel, sur la via Flaminia, un peu au-delà de l’Autel de la Paix, à Providentia Augusta, qui célébrait la prévoyance d’Auguste qui assurait doublement sa succession13. La création de ce type de culte, et son rappel sur des revers monétaires devint classique sous l’Empire. Vers 6 apr. J.-C., on créa même, comme pour ces dieux, la figure divine du Numen Augustum /-i, « la Puissance divine Auguste ou d’Auguste14 ».
11Mais, dira-t-on, où est l’héroïsation et la divinisation ? Le jeu avec l’indicible s’arrêtait-il toujours à ce point ? Oui, du vivant d’Auguste comme de ses successeurs. Seuls ceux qui sont entrés dans l’histoire comme des tyrans : Caligula, Néron ou Domitien, par exemple, ont été accusés de s’être fait vénérer comme un dieu de leur vivant, même si les sources directes n’en donnent pas des témoignages clairs. Les autres empereurs ont respecté le système mis au point par Auguste. Mais le système ne s’arrêtait guère aux dispositions qui viennent d’être décrites. Une étape supplémentaire avait été préparée, la divinisation proprement dite.
12Deux événements démontrent que cet acte serait réservé au seul Auguste, c’est-à-dire au détenteur légal du pouvoir dans l’État. Car quand en 4 et 2 av. J.-C., deux héritiers présumés décédèrent avant leur père, on célébra pour eux des funérailles d’État, on les enterra dans le Mausolée des Iulii au Champ de Mars, et leurs Mânes reçurent chaque année un culte funéraire célébré par tout le peuple romain15. Le fait qu’on offre des sacrifices funéraires à leurs Mânes, comme on le voit dans ces décrets de la colonie de Pise, signifie qu’ils n’avaient pas été divinisés, mais que, comme tout mortel, ils avaient été enterrés et appartenaient désormais au monde souterrain des Dieux Mânes, comme le précisent d’ailleurs les dédicaces des autels qui leur furent dédiés à Trèves ou à Reims16. Les funérailles et le sacrifice annuel offert par les magistrats et les citoyens romains prouvent toutefois qu’ils avaient été héroïsés selon le mode grec. Leur mémoire continuait d’être célébrée par l’État, mais eux-mêmes étaient des défunts. Cette cérémonie fut répétée lors des funérailles de Germanicus en 20 ap. J.-C. malgré le désespoir presque insurrectionnel du peuple de Rome.
13En 14 apr. J.-C., quand Auguste décéda, un autre rituel fut mis en œuvre. L’Empereur reçut des funérailles publiques splendides. Lors de son incinération, un ancien préteur, donc un haut magistrat, attesta par serment qu’il avait vu l’effigies, l’image, la figure, d’Auguste s’échapper de son bûcher et s’envoler vers le ciel17. Ce témoignage fut certainement évoqué le lendemain au sénat, qui décida d’après Tacite de lui faire construire un temple et de créer un sacerdoce pour célébrer son culte.
14Il suffit de relire les lignes que Cicéron avait consacrées dans les Lois et le traité Sur la nature des dieux aux divinités à honorer par les citoyens pour comprendre la construction mythico-rituelle réalisée par l’entourage augustéen. Dans les Lois il écrit : « Que l’on rende un culte aux êtres divins, et à ceux que l’on a toujours tenus comme dieux du ciel ; et à ceux que leurs bienfaits ont placé dans le ciel, Hercule, Liber, Esculape, Castor, Pollux, Quirinus, à ces <mérites> grâce auxquels est accordé aux hommes le pouvoir de s’élever au ciel : l’Intelligence, la Piété, la Bonne Foi, et que de ces mérites il y ait des sanctuaires18 […]. » Dans le commentaire de cette législation qu’il imagine, Cicéron précise19 : « Quand la loi ordonne d’adorer des êtres divinisés (diui) issus de la race humaine, tels Hercule et les autres, elle enseigne que, certes, les principes vitaux (animus) de tous les hommes sont immortels, mais que ceux des personnages vaillants et bons sont de nature divine. » On a l’impression d’avoir le programme augustéen sous les yeux. Cicéron mentionne d’abord qu’au ciel on trouve comme diui, « divinités », à côté des dieux immortels de toujours, quelques rares humains qui ont été élevés au ciel : Hercule et quelques autres.
15Or ceci ne peut manquer de rappeler la cérémonie des funérailles d’Auguste : son image qui s’échappe du bûcher au moment où on l’allume fait directement allusion à la tradition mythique concernant Hercule qui, étendu sur le bûcher, désirait se suicider pour échapper à la douleur que lui causait la tunique empoisonnée que lui avait offerte Déjanire, mais fut sauvé par un aigle envoyé par Jupiter pour le porter au ciel. La correspondance avec cette tradition est évidente puisque, d’après l’historien du iiie siècle, Cassius Dion20, l’on incluait à l’époque dans le bûcher monumental des empereurs décédés une cage avec un aigle, que l’on libérait au moment de la mise à feu. Nous ignorons si ce rite fut célébré de cette manière dès l’époque d’Auguste, mais il le fut en tout cas par la suite, et certains bas-reliefs funéraires représentent des empereurs et même leur épouse emportés des flammes par une figure ailée et des aigles vers le ciel21. Certes, l’empereur était en fait mort avant que son animus ou son effigie ne fussent emportés au ciel, ce qui rendrait impossible son appartenance au monde divin d’en haut qui excluait strictement tout contact avec la mort. Mais apparemment cette contradiction ne choquait personne. Un autre élément qui pouvait intervenir dans cette construction rituelle était le fait que Auguste était le fils d’un Diuus22, comme sa filiation le répétait depuis 43 av. J.-C. : C. Caesar, Diui filius, ce qui le rattachait à des divinités comme Hercule ou Esculape, même s’il n’était pas comme eux dei filius (« fils du dieu […] »).
16Tel qu’Auguste et Tibère avaient mis en place le rituel de la divinisation, il fonctionnera jusqu’à l’époque chrétienne, quand il connaîtra une mutation, même si les empereurs chrétiens continuaient de recevoir le titre de Diuus après leur mort, et étaient sans doute canonisés. Sous le Haut-Empire, ce système connut à l’occasion une évolution temporaire quand certains empereurs firent diviniser leur épouse, leur père, leur fille, voire leur belle-mère23. Mais ces divinisations ne furent en fait pas acceptées au-delà du règne pendant lequel elles avaient été divinisées. Car même si les divinisations de ces personnes étaient des actes d’État – les contributions envoyées pour la cérémonie par le collège sacerdotal officiel des arvales le prouvent24 – l’État ne tint pas compte de ces divinisations, même pour les empereurs qui n’avaient pas été damnés de mémoire. On doit toutefois se demander ce que le temple et le culte de Matidie sur le champ de Mars devint après la mort d’Hadrien. Car vers 180 ou en 240 apr. J.-C. les Diui officiels n’étaient que 17 puis 2125. Une seule femme a été divinisée, Livie, mais elle correspondait aux règles du système. Car en 14, Auguste l’adopta, et elle s’appelait depuis lors Iulia Augusta, possédait une partie du pouvoir impérial, et était donc elle aussi Diui filia, fille d’un divinisé. De fait, malgré l’opposition personnelle de Tibère au rite de la divinisation et à sa mère Livie, elle fut divinisée à sa mort en 29 apr. J.-C. Caligula ne respecta pas cette décision, mais Claude la fit appliquer, et le culte de Iulia Augusta fut célébré jusqu’au iiie siècle par l’État romain. On pouvait un moment croire que le rite ne survivrait pas quand Claude fut divinisé. Néron conseillé par Sénèque se moqua alors de cette décision. Sénèque composa même une satire, appelée par la tradition Apocoloquintose, Métamorphose en citrouille, du Divin Claude, qui dut faire rire la cour impériale qui n’avait guère apprécié Claude. Il s’agit du récit d’une assemblée des dieux où l’empereur défunt demande d’entrer – significativement au moment où son bûcher brûle – et où les immortels ainsi que le divin Auguste donnent leur opinion à ce sujet. À la fin, ils cèdent Claude comme esclave à Caligula qui séjournait aux Enfers parmi les Mânes26. Malgré tout, le culte du Divin Claude fut célébré sous Néron, même s’il faudra attendre Vespasien avant que son temple ne fût construit.
17Ces moqueries n’étaient pas exceptionnelles. Un satiriste du iie siècle apr. J.-C., Lucien de Samosate, a écrit une petite pièce dans laquelle les dieux protestent auprès de Zeus contre les nouveaux dieux qui envahissent l’Olympe. Il n’évoque pas les Diui romains, car nous sommes en contexte grec, mais coupe la parole à celui des dieux qui présente cette demande en lui interdisant d’évoquer le nom de ses fils Héraclès et Asclépios, ce que l’intéressé fait tout en remarquant en passant qu’Héraclès avait sur son corps les traces du bûcher27. La piété n’interdisait donc pas l’humour.
18Toutes ces règles valaient pour l’État romain, mais pas forcément pour les mille et une cités de l’Empire, ni peut-être que des institutions romaines comme le camp militaire de Doura Europos, qui étaient libres de vénérer et de diviniser qui ils voulaient. Mais en gros, dans l’Ouest de l’empire les Diui étaient les mêmes qu’à Rome.
19La divinisation était-elle l’ultime étape possible pour un grand homme ou une grande femme ? Oui, car les données dont nous disposons interdisaient aux empereurs divinisés d’accéder au rang de dieu, deus. Significativement ils sont désormais qualifiés de Diui, et leur nom est toujours précédé de ce terme, et donc le sens du terme a été restreint depuis la fin de la République. Ils se situent de ce fait dans la même catégorie de divinités que par exemple les Nymphes. Or celles-ci, comme les empereurs, n’étaient pas des immortelles de toujours, elles étaient attachées à un arbre ou à un cours d’eau depuis la naissance de ceux-ci et mouraient après leur mort ou leur tarissement. Entre ces deux termes elles étaient pleinement immortelles, comme l’étaient aussi des petites divinités fonctionnelles, tels les Diui Famuli, qui effectuaient des tâches de serviteurs pour les dieux pendant un sacrifice, et disparaissent ensuite28. Les Diui aussi étaient immortels après leur consecratio, littéralement après l’attribution du caractère sacré. Mais leur rang n’était pas celui de vrais dieux. Les documents sur des sacrifices à des séries de dieux, déesses et Diui le démontrent.
Sacrifices expiatoires de 183 apr. J.-C.
près du sanctuaire dans le bois sacré | ||
sacrifices à | ||
Dea Dia(propriétaire du bois sacré) | Autel | 2 vaches |
vénérable Janus | autel temporaire | 2 moutons |
Jupiter | » | 2 moutons |
Mars | » | 2 béliers |
Junon de Dea Dia | » | 2 brebis |
Dieu ou déesse | » | 2 brebis |
Vierges divines | » | 2 brebis |
Divins Serviteurs (Diui Famuli) | » | 2 moutons |
Lares | » | 2 moutons |
Mère des Lares | » | 2 brebis |
Dieu-ou-déesse qui protège ce bois sacré et ce lieu | » | 2 brebis |
Fons | » | 2 moutons |
Flora | » | 2 brebis |
Vesta | » | 2 brebis |
Vénérable Vesta | » | 2 brebis |
Devant-brûler-débiter-faire-descendre | » | 2 brebis |
devant le Caesareum | ||
Génie de Sévère Alexandre | » | 1 taureau |
XVI Diui | » | 1 mouton chacun |
20Lors d’un grand sacrifice expiatoire dans un bois sacré, dont plusieurs rapports épigraphiques sont conservés, nous constatons que les prêtres commencent par sacrifier aux dieux et déesses, même les plus modestes, avant de sacrifier, dans un autre lieu, le Caesareum, la chapelle des Césars, aux Diui. Donc les Diui ne se trouvent pas dans le bois sacré de la déesse concernée, mais à l’extérieur de celui-ci, et ils reçoivent leurs sacrifices en fin de liste. Les dieux et déesses reçoivent deux victimes, les Diui une seule. Mieux même, dans la chapelle en question se trouvait aussi, suivant la tradition, la statue de l’empereur régnant, qui était le chef de famille de la Maison impériale, comprenant les vivants et les divinisés. Et la série des sacrifices aux Diui commence par un sacrifice au Génie de l’empereur régnant, le sacrifice d’une victime de grande taille, quand les Diui ne recevaient que des bêtes de petite taille. Le propriétaire de la chapelle était donc le chef de la Domus diuina comme on disait, et comme son Génie, qu’on honorait de son vivant, était une véritable divinité, un deus, pendant toute la vie de l’humain qu’il protégeait, il est honoré même avant le divin Auguste et les autres Diui. On notera aussi que dans un vœu pour la réussite d’une campagne militaire de Trajan en 101 apr. J.-C.29, qui s’adresse à douze divinités, Hercule, qui était toujours associé aux campagnes militaires, se trouve en queue de liste, pour les mêmes raisons : il est un ancien humain devenu dieu. Et même s’il bénéficie de ce titre, il est le dernier des autres immortels. Les Diui sont peu vénérés – par exemple il n’y a en fait aucun vœu privé qui s’adresse à eux, car ils n’avaient pas de véritable fonction sur terre.
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21L’ensemble de ces faits laisse percevoir que dans le monde romain les grands hommes n’ont été que progressivement élevés au-dessus de leurs contemporains. Aux temps de l’impérialisme violent du peuple romain, les grands politiques romains se contentaient d’évoquer entre eux leur destinée finale, une place quelque part auprès des célestes, ou exploraient des voies pour se présenter quotidiennement comme d’anciens triomphateurs, mais sans trop insister, car les rivalités étaient fortes et nul d’entre eux ne pouvait imposer son pouvoir aux autres. Quand la guerre civile eut enfin fait son œuvre, un maître unique existait, et il réussit à devenir le fils d’un divinisé, même si, une fois la paix revenue, il ne mit plus tellement son père en évidence. Mais il inventa une série de rites et de figures divines qui contribuaient à élever au-dessus des grandes familles et des concitoyens un certain nombre des siens, puis lui attribuaient aussi des honneurs nouveaux, qui assimilaient son pouvoir d’action à celui des dieux ou de la collectivité. D’ailleurs une des divinités d’action créée à l’époque30, le Numen Augusti/um, littéralement la Puissance d’action Auguste ou d’Auguste, le rapproche des dieux, car la figure du numen des dieux, elle-même divinisée, était connue de tous, même s’il n’y en avait pas de représentation figurée. Auguste attribua aussi une place spéciale aux membres de sa famille qui étaient morts avant l’âge en les faisant littéralement héroïser selon la tradition grecque, en leur attribuant des funérailles, un tombeau et un culte funéraire annuel publics. Enfin, à la mort d’Auguste, la divinisation fut mise en place, et malgré les moqueries et certainement l’hostilité de certains sénateurs, elle s’imposa pour trois siècles. On notera toutefois la prudence d’Auguste. Malgré sa toute-puissance, il n’accepta de franchir ce pas qu’à sa mort, et dans les limites revenant à son rang d’ancien mortel, fils de Diuus, et avec une référence au mortel divinisé le plus connu, Hercule. Tout ce système développé par Auguste peut nous paraître abscons, mais il traduit à lui seul le savoir-faire politique diabolique du premier maître permanent de Rome.
Notes de bas de page
1On aura intérêt à relire l’excellent chapitre de P. Veyne dans son Empire gréco-romain, Paris, Seuil, 2005, p. 15-78 (« Qu’était-ce qu’un empereur romain »).
2Voir Daremberg Charles et Saglio Edmond, Dictionnaire des antiquités grecques et romaines, Paris, Hachette, 1877-1919, s. v. clauus latus, angustus.
3Cic., Rep., 6, 9-26. Voir aussi sur ce sujet les contributions de Morgane Chaignon et d’Anne Gangloff dans ce volume.
4Macrobe, Commentaire au songe de Scipion, livre I, texte établi et traduit par M. Armisen-Marchetti ; Paris, Les Belles Lettres, 2001 ; Favonius Eulogius, Exposé sur le songe de Scipion, trad. B. Bakhouche, Paris, Les Belles Lettres, 2022.
5Voir notamment Suet, Aug., 52 : Templa, quamuis sciret etiam proconsulis decerni solere, in nulla tamen prouincia nisi communi suo Romaeque nomine recepit. Nam in urbe quidem pertinacissime abstinuit hoc honore, « On élevait couramment des temples, il le savait bien, même à des proconsuls, et cependant il n’en accepta dans aucune province sans faire associer le nom de Rome au sien ; mais à Rome, il refusa obstinément cet honneur. » Plus généralement on consultera Price Simon, Rituals and Power. The Roman Imperial Cult in Asia Minor, Cambridge, Cambridge University Press, 1984.
6D. C., 51, 19, 7 : τούς τε ἱερέας καὶ τὰς ὶερείας ἐν ταῖς ὑπέρ τε τοῦ δήμου καὶ τῆς βουλῆς εὐχαῖς καὶ ὑπὲρ ἐκείνου ὁμοίως εὔχεσθαι, καὶ ἐν τοῖς συσσιτίοις οὐχ ὅτι τοῖς κοινοῖς, ἀλλὰ καὶ τοῖς ἰδίοις πάντας αὐτῷ σπένδειν ἐκέλευσαν, « Ils ordonnèrent […] que les prêtres et leurs prêtresses dans leurs vœux pour le peuple et le sénat feraient aussi un vœu pour lui de la même façon, à tous de lui offrir une libation lors des banquets, non seulement publics, mais aussi privés. » – Il convient de souligner que εὐχή, εὔχεσθαι (euchè, euchesthai) signifient « vœu, faire un vœu », et non pas « prier ».
7Pour le Génie, voir Wissowa Georg, Religion und Kultus der Römer, Munich, C. H. Beck, 19122, p. 176-177 ; Schilling Robert, « Genius et ange », in id., Rites, cultes et dieux de Rome, Paris, Klincksieck, 1979, p. 415-443 ; Dumézil Georges, « Encore Genius », in Hubert Zehnacker et Gustave Hentz (éd.), Hommages à Robert Schilling, Paris, Les Belles Lettres, 1983, p. 85-92.
8Scheid John, « Les Augustea et le culte des empereurs. Réflexions sur les rites célébrés dans ces lieux de culte », in Pierre Gros, Emilio Marin et Michel Zink (éd.), Auguste, son époque et l’Augusteum de Narona, Paris, Académie des inscriptions et belles-lettres, 2015, p. 17-30.
9Bayet Jean, Histoire politique et psychologique de la religion romaine, Paris, 1969, p. 111 : « Le goût des Latins pour l’analyse des fonctions ou des instants successifs d’une action, en multipliant les numina, entoure les personnalités divines majeures d’une foule d’“agents” secondaires, qui n’ont d’existence que technique et momentanée ou partielle. »
10D. C., 51, 22, 1 ; Suet., Aug., 100, 2 ; InscrIt, XIII, 2, p. 503-504 (28 août).
11Fastes d’Amiterne, 28 août, InscrIt, XIII, 2, p. 195 : Aug(ustalia) […] Ludi in circ(o) / Feriae ex s(enatus) c(onsulto) / q(uod) e(o) d(ie) Imp(erator) / Caes(ar) Aug(ustus) ex transmarin(is) provinc(iis) / Vrbem intravit araq(ue) Fort(unae) Reduci constit(uta), « Aug(ustalia) […] Jeux au cirque. Fête en vertu d’un sénatus-consulte parce qu’en ce jour-là Empereur César Auguste est rentré des provinces transmaritimes dans la Ville, et qu’un autel a été dressé pour Fortune du Retour. »
12Res Gestae Diui Augusti, 11 : Aram [Fortunae R]ed[ucis a]nte aedes Honoris et Virtutis ad portam Cap[enam pro] red[itu me]o senatus consacrauit, in qua ponti[fices et] uir[gines Ve]stal[es anni]uersarium sacrificium facere [iussit eo] di[e, quo co]nsul[ibus Q(uinto) Luc]retio et [M(arco) Vi]nic[i]o in urbem ex [Syria redieram, et diem Augustali]a ex [c]o[gnomine] nos[t]ro appellauit, « Le sénat consacra pour mon retour un autel de Fortuna redux devant les temples de Honos et de Virtus près de la porte Capène. Il prescrivit aux pontifes et aux vierges Vestales de célébrer sur cet autel un sacrifice anniversaire, le jour auquel je revins de Syrie dans la Ville, sous les consuls Quintus Lucretius et Marcus Vinicius (19 av. J.-C.). Et il appela ce jour Augustalia d’après mon surnom. »
13La date de l’anniversaire de cet autel, telle qu’elle est donnée par les commentaires des arvales de l’année 38, correspond à celle de l’adoption de Tibère et de Germanicus. D’ailleurs le Sénatus-consulte sur C. Piso (EDCS-ID: EDCS-46400006) prouve qu’en 20 ap. J.-C., l’autel existait déjà, puisque les sodales Augustales font modifier le texte de l’inscription de la statue qu’ils avaient érigée pour Germanicus près de cet autel.
14En 6 ap. J.-C., Tibère avait consacré un autel au Numen Augusti, cf. InscrIt, XIII, 2, p. 401, d’après une restitution mommsénienne des Fasti Praenestini (17 janvier) ; en 9 av. J.-C., la plèbe de la colonie de Narbonne offre un autel au Numen Augustum/-i, cf. ILN, IX, 24. Voir également Bayet Jean, Histoire, op. cit., p. 184 ; AE, 1948, 8 = IRT, 324a (Lepcis Magna, 1er juillet 11 ap. J.-C./30 juin 12 ap. J.-C.), et Fishwick Duncan, « Le numen impérial en Afrique romaine », in Histoire et archéologie de l’Afrique du Nord. Spectacles, vie portuaire, religions : actes du Ve Colloque international réuni dans le cadre du 115e Congrès national des sociétés savantes, Avignon, 9-13 avril 1990, Paris, Éditions du CTHS, 1992, p. 83-94.
15ILS, 139 (2/3 ap. J.-C. : [A.]d. XIII k. Octobr(es) Pisis in foro in Augusteo scrib(endo) adfuer[e] | Q. Petillius Q. f., P. Rasinius L. f. Rassus, M. Puppius M. [f.], | Q. Sertorius Q. f. Pica, Cn. Octauius Cn. f. Rufus, A. Albiu[s] | A. f. Gutta. | Quod C. Canius C. f. Saturninus Iluir u(erba) f(ecit) de augendis honoribus | L. Caesaris, Augusti Caesaris patris patriae pontificis maximi | tribuniciae potestatis XXV fili, auguris, consulis designati, princip[is] | iuuentutis, patroni coloniae nostrae, q(uid) d(e) e(a) r(e) f(ieri) p(laceret), (e) e(a) r(e) i(ta) c(ensuerunt) : | […] utique | apud eam aram quodannis a. d. X[III k. Sept. p]ublice Mánibus eius per magistratús eosue, qui ibi iuri dicendo pr[ae]runt, togis pullis amictos, | quibus eorum ius fasque erit eo die [eiu]s uestis habendae, inferiae mittantur, bósque et ouis átri infulís caerulis infulati diís Manibus eiu[s] | mactentur […], « Le 19 septembre étaient présent à Pise, au Forum, dans l’Augusteum, (les personnes suivantes) pour prendre ce décret (noms) : En relation avec la proposition orale de Gaius Canius Saturninus, fils de Gaius, sur l’accentuation des honneurs de Lucius César (etc.), ils prirent la décision suivante : […] que chaque année, près de cet autel, le 20 août, au nom du peuple les magistrats qui sont préposés à la juridiction et portent des toges de couleur sombre, qui pourront, selon le droit humain et sacré, porter en ce jour ce vêtement, jetteraient à ses Mânes des offrandes funéraires, et qu’un bœuf et un mouton noirs qui sont ornés de bandelettes bleues, seraient offertes à ses Dieux Mânes […]. » Mêmes prescriptions en 3/4 ap. J.-C. pour Gaius César (ILS, 140).
16Voir pour Reims : CIL, XIII, 3254 ; Van Andringa William, La religion en Gaule romaine. Piété et politique (ier-iiie siècle ap. J.-C.), Paris, Errance, 2002, p. 45 et 50 ; Moine Nicolas et Morin Thierry, « Recueil des inscriptions lapidaires de Reims », Bulletin de la société archéologique champenoise, t. CIX, 2016 / 2. Pour Trèves CIL, XIII, 3671 ; BRGK, 1959, p. 123, no 1 ; Van Andringa William, La religion, op. cit., p. 50.
17Suet., Aug., 100, 7 : Nec defuit uir praetorius, qui se effigiem cremati euntem in caelum uidisse iuraret. Reliquias legerunt primores equestris ordinis, « Il se trouva même un ancien préteur pour jurer qu’il avait vu l’image de l’incinéré monter au ciel » ; Tac., Ann., 1, 10 : ceterum sepultura more perfecta templum et caelestes religiones decernuntur, « D’ailleurs, les rites traditionnels des funérailles terminés, on décerne (à Auguste) un temple et les rites dus aux célestes. » Cf. Hurlet Frédéric, « La mort d’Auguste et la consecratio des empereurs », in L’empereur romain, un mortel parmi les dieux, Nîmes, musée de la Romanité, 2021, p. 60-67.
18Cic., Leg., 2, 10 : Diuos et eos qui caelestes semper habiti sunt colunto et ollos quos endo caelo merita locauerint, Herculem, Liberum, Aesculapium, Castorem, Pollucem, Quirinum, ast olla propter quae datur homini ascensus in caelum, Mentem, Virtutem, Pietatem, Fidem, earumque laudum delubra sunto […].
19Cic., Leg., 2, 17 : Quod autem ex hominum genere consecratos, sicut Herculem et ceteros, coli lex iubet, indicat omnium quidem animos inmortalis esse, sed fortium bonorumque diuinos.
20D.C., 56, 42, 3 : Kαὶ ἡ μὲν ἀνηλἰσκετο, ἀετὸς δε τις ἐξ αὐτῆς ἀφεθεὶς ἀνίπτατο ὡς καὶ δὴ τὴν ψυχὴν αὐτοῦ ἐς τὸν οὐρανὸν ἀναφέρων, « (Le bûcher) se consuma, et un aigle relâché de celui-ci s’envola vers en haut comme s’il emportait son âme au ciel. »
21Andreae Bernard, L’art de l’ancienne Rome, Paris, Mazenod, 1973, p. 428, fig. 484 et fig. 487.
22Gaius Caesar, Diui filius, « Gaius César, fils du Divin (Jules) ».
23Sous Caligula : Diva Drusilla (sœur) ; sous Néron : Diva Poppae Augusta (épouse) ; Diva Claudia (fille) ; Vespasien : Diva Domitilla († av. 69, Diva apr. 90 ?) ; Titus : Diva Domitilla Augusta (sœur) ; Diva Iulia (fille) ; Trajan : Divus Traianus Pater (père) ; Diva Marciana (sœur) ; Diva Plotina (épouse) ; Hadrien : Diva Sabina Augusta (épouse) ; Diva Matidia (nièce de Trajan, belle-mère) ; Antonin : Diva Faustina (épouse) ; Lucius Verus : Diva Faustina Pia (épouse), etc.
24Scheid John, Commentarii fratrum arvalium qui supersunt : les copies épigraphiques des protocoles annuels de la Confrérie arvale (21 av.-304 ap. J.-C.), Rome, École française de Rome, 1998, no 69 (119-120 apr. J.-C.) : (ante diem decimum) k(alendas) Ianuar(ias) / in consecra[tionem M] atidiae Aug(ustae), socrus Imp(eratoris) Caesaris Traiani Hadriani Aug(usti), unguenti p(ondo) (duo) nomine / collegi fratr[um aruali]um per C.Vitorium Hosidium Getam mag(istrum) missum ; (vacat) turis p(ondo) (quinquaginta) item nómine calátor[um], « Vitorius Hosidius Geta, le dixième jour avant les calendes de janvier [= 23.12.119], deux livres de parfum furent envoyées au nom du collège des frères arvales par le président Gaius Vitorius Hosidius Geta pour la consécration de Matidie Auguste, belle-mère de l’Empereur César Traianus Hadrien Auguste ; de même cinquante livres d’encens le furent au nom des calateurs. »
25Par ex. Scheid John, Commentarii fratrum arvalium, op. cit., no 264 (183 apr. J.-C.), col. II, l. 14 : « Diui au nombre de 16 » ; 293 (218 apr. J.-C.), a (recto), l. 4 : « Diui au nombre de 20 » ; 320 (237 apr. J.-C.), col. II, l. 9 : « Diui au nombre de 20 ».
26Sen., Apocol., 11, 1-6 ; 14, 1-15, 2.
27Luc., Deor. Conc., 6 : ΖΕΥΣ : Μηδέν, ὦ Μῶμε, έἴπῃς μήτε περὶ Ἀσκληπιοῦ μήτε περὶ Ἡρακλέους: ὁρῶ γὰρ οἷ φέρῃ τῷ λόγῳ. Οὗτοι γάρ, ὁ μὲν αὐτῶν ἰᾶται καὶ ἀνίστησιν ἐκ τῶν νόσων καὶ ἔστιν « πολλῶν ἀντάξιος ἄλλων », ὁ δὲ Ἡρακλῆς υἱὸς ὢν ἐμὸς οὐκ ὀλίγων πόνων ἐπρίατο τὴν ἀθανασίαν: ὥστε μὴ κατηγόρει αὐτῶν. ΜΩΜΟΣ: Σιωπήσομαι, ὧ Ζεῦ, διὰ σέ, πολλὰ εἰπεῖν ἔχων. Καίτοι εἰ μηδὲν ἄλλο, ἔτι τὰ σημεῖα ἔχουσι τοῦ πυρός, « JUPITER : Ne dis rien, Momus, d’Asclépios et d’Héraclès. Je prévois où va t’emporter ton discours. De ceux-ci, du moins, l’un guérit, sauve des maladies, et À lui seul il en vaut mille autres réunis ; l’autre, c’est-à-dire Hercule, mon fils, s’est acquis l’immortalité par de nombreux travaux. Ne les accuse donc pas. MOMUS : Eh bien ! je me tairai par égard pour toi, Jupiter, quoique j’aie beaucoup à dire. Je ferai seulement observer qu’ils ont sur le corps les marques du bûcher. »
28Scheid John, Commentarii fratrum arualium, op. cit., no 94, p. 264, col. I, l. 20-col. II, l. 6.
29Scheid John, Commentarii fratrum arualium, op. cit., 25 mars 101, vœux de départ en guerre, pour la victoire et le retour de Trajan : Jupiter Très bon Très Grand, Junon reine, Minerve, Jupiter victor, Salus publica du peuple romain des Quirites, Vénérable Mars, Mars victor, Victoria, Fortuna redux, Vénérable Vesta, Neptune, Hercule victor.
30Bayet Jean, Histoire, op. cit., p. 109-110 ; Fishwick Duncan, « Genius and Numen », HThR, no 62, 1969, p. 356-367 ; Letta Cesare, Tra umano e divino nel segno dell’ambiguità: forme e limiti del culto degli imperatori nel mondo romano, Sarzana/Lugano, Agora, 2020, p. 72-77.
Auteur
-
John Scheid
Collège de France.
John Scheid a été directeur d’études à l’École pratique des hautes études (1983-2001) avant d’être élu professeur au Collège de France (chaire « Religion, institutions et société de la Rome antique », 2001-2016). Ses recherches portent sur les religions de Rome et sur les institutions. Il est membre de l’Académie des inscriptions et belles-lettres.
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