Hermias d’Atarnée : faire et défaire un héros
p. 57-80
Texte intégral
1Qui était Hermias d’Atarnée1 ? Voilà une question que se posaient déjà les contemporains de l’homme et ses commentateurs anciens. De même, les savants des trois derniers siècles ont exposé le problème. L’éventail de réponses qu’ont fourni Anciens et Modernes ne pourrait être plus large : il ne fait aucun doute qu’Hermias était et restera un « héros » pour certains, un « antihéros » pour d’autres – du roi philosophe qui a connu une mort héroïque au tyran méprisable qui a péri comme il le méritait2. En ce qui concerne la reconstitution historique de sa vie et de son règne, les études les plus approfondies sur le sujet en ont conclu qu’il s’agissait d’une « énigme historique3 ». Dès lors, l’intention du présent propos n’est pas de persévérer dans ce que Kai Trampedach a résumé comme un effort de combler les lacunes de la connaissance par des modèles d’explication psychologistes4. On ne souhaite pas non plus affronter la question de la postérité de l’image d’Hermias. Mais alors, quelles informations tirer du cas d’Hermias ? L’exemple qu’il fournit, me semble-t-il, illustre de manière très instructive les succès et échecs des processus de l’héroïsation, pour deux raisons au moins : premièrement, dans le contexte du développement des cultes héroïques dans l’antiquité grecque, sa vie au ive siècle av. notre ère s’inscrit dans une période de creuset marquée par des changements importants que nous ne sommes pas en mesure de comprendre pleinement. Deuxièmement, le cas d’Hermias met en valeur l’interaction complexe des nombreux paramètres qui sous-tendent le faire et le défaire du héros, à n’importe quelle période de l’histoire.
2Comment présenter Hermias sans parler ni du héros ni du méchant ? Une courte biographie, assortie de mises en garde, pourrait se présenter comme suit5 : Hermias régna sur Atarnée, une cité grecque du nord-ouest de l’Asie Mineure, située sur le continent en face de l’île de Lesbos, sur une période qui s’étend d’environ 350 jusqu’à sa mort en 341 av. J.-C. La révolte dite des satrapes avait alors permis aux dynastes locaux d’acquérir une relative indépendance dans la région située vers les confins occidentaux de l’Empire perse. Plusieurs sources ont décrit Hermias comme un eunuque, un ancien esclave que son maître Eubule, un banquier de Bithynie, avait envoyé étudier à Athènes avant qu’il ne lui succède après sa mort. Durant son règne, le philosophe Aristote l’accompagna pendant plusieurs années, épousa sa fille adoptive ou sa nièce et fonda, avec d’autres philosophes, une école de philosophie dans la ville voisine d’Assos, qu’Hermias finança. Certaines sources affirment qu’Hermias, sous l’influence des philosophes, fit durant son règne preuve de clémence – d’autres, en revanche, parlent d’une autocratie tyrannique marquée par les meurtres et la cruauté. Après quelques années, Aristote quitta Atarnée pour Lesbos, puis se rendit ensuite en Macédoine pour devenir le précepteur d’Alexandre le Grand. Nos sources rapportent qu’Hermias approcha le père d’Alexandre, Philippe de Macédoine, ou fut approché par ce dernier, peut-être par l’intermédiaire d’Aristote. Probablement vers 342/341, Hermias fut arrêté par Mentor de Rhodes, un général grec proche du roi perse. Les mentions anecdotiques de sa mort sont aussi sensationnelles qu’elles divergent l’une de l’autre : est-il mort en captivité ? A-t-il été torturé et crucifié à Suse ? Ou a-t-il fallu que des conseillers jaloux persuadent le Grand Roi de le punir, alors que le chef des Perses était fasciné par son intégrité et impressionné par sa ténacité à ne pas divulguer d’informations ?
3L’intérêt des savants pour Hermias est foncièrement lié à son amitié avec Aristote. C’est effectivement Aristote qui alimenta les traditions traitant de l’héroïsation d’Hermias. À la mort de ce dernier, le philosophe composa ce poème lyrique :
Ἀρετὰ πολύμοχθε γένει βροτείωι,
θήραμα κάλλιστον βίωι,
σᾶς πέρι, παρθένε, μορφᾶς
καὶ θανεῖν ζηλωτὸς ἐν Ἑλλάδι πότμος
καὶ πόνους τλῆναι μαλεροὺς ἀκάμαντας· 5
τοῖον ἐπὶ φρένα βάλλεις
καρπὸν ἰσοθάνατον χρυσοῦ τε κρείσσω
καὶ γονέων μαλακαυγήτοιό θ᾽ ὕπνου.
σεῦ δ᾽ νεκεν <καὶ> ὁ δῖος
Ἡρακλῆς Λήδας τε κοῦροι 10
πόλλ᾽ ἀνέτλασαν ἐν ἔργοις
σὰν ἀγρεύοντες δύναμιν·
σοῖς τε πόθοις Ἀχιλεὺς Αἴ-
ας τ᾽Ἀίδαο δόμους ἦλθον·
σᾶς δ᾽νεκεν φιλίου μορφᾶς Ἀταρνέος 15
ἔντροφος ἀελίου χήρωσεν αὐγάς.
τοιγὰρ ἀοίδιμος ἔργοις,
ἀθάνατόν τέ μιν αὐξήσουσι Μοῦσαι,
Μναμοσύνας θύγατρες, Δι-
ὸς ξενίου σέβας αὔξου- 20
σαι φιλίας τε γέρας βεβαίου.
Aristote, fr. 675 Rose/ 5A Gigon
« Vertu, pénible à la race mortelle,
la plus belle proie pour une vie,
c’est dans l’Hellade un sort enviable que de mourir,
pour ta beauté, jeune fille,
et de supporter sans répit des peines terribles :
tant tu jettes dans le cœur
un fruit digne des immortels, qui l’emporte sur l’or,
les parents et le sommeil où les yeux s’alanguissent.
Et c’est pour toi qu’Héraclès, le fils de Zeus, et les fils de Léda,
endurèrent bien des épreuves dans leurs travaux,
proclamant ta puissance.
Par amour de toi Achille et Ajax gagnèrent les demeures d’Hadès.
Et c’est pour ta chère beauté
Que l’enfant d’Atarnée priva de sa présence la lumière du soleil.
Or donc, fameux pour ses actions et immortel, l’exalteront les Muses,
Les filles de Mémoire, exaltant la majesté de Zeus hospitalier
Et le privilège d’une amitié solide6. »
4Le texte est cité par Athénée, dans l’œuvre de Diogène Laërce, et dans le commentaire sur Démosthène de Didyme7. Les commentateurs anciens et modernes se sont principalement intéressés à la question du genre textuel dont relève le poème, en plaidant avec véhémence pour ou contre sa classification comme un péan, c’est-à-dire un hymne en l’honneur d’un dieu, à l’origine Apollon. Tout récemment, Andrew Ford a publié une monographie, intitulée Aristotle as Poet. The Song for Hermias and its Contexts. Ce livre rassemble un éventail des témoignages relatifs au poème, que son auteur analyse parfaitement8. Outre la question complexe de son genre littéraire, les sources nous informent que le poème et le fait qu’il était chanté quotidiennement pendant les repas communs de l’école péripatéticienne d’Athènes ont été les motifs pour engager des poursuites contre Aristote près de 20 ans plus tard, lors de son procès pour asebeia (« impiété »). Selon Athénée, un fonctionnaire religieux des Mystères de Déméter à Éleusis, nommé Eurymédon, et le politicien athénien Démophile, accusèrent tous deux le philosophe d’impiété, infirmant qu’Hermias était alors bien honoré comme un dieu. Aristote aurait ensuite fui Athènes « de peur que les Athéniens ne pèchent à deux reprises contre la philosophie9 », vraisemblablement en référence au procès d’impiété de Socrate. D’ailleurs, peu de temps après la mort d’Aristote, l’année suivante, une fausse Apologie circulait déjà10.
5Le poème qui nous retient s’ouvre sur une invocation à Vertu (Ἀρετὰ). Passer sa vie – et sa mort – à vouloir l’acquérir est difficile, mais sa recherche s’accompagne d’une récompense gratifiante : ses fruits sont en effet « comme immortels ». Le poète énumère ensuite les héros mythiques qui sont morts de la sorte, en quête de la vertu – Héraclès, les Dioscures, Achille et Ajax. Dans cette liste trouve également sa place « l’enfant d’Atarnée » (Ἀταρνέος ἔντροφος), qui « a privé de sa présence la lumière du soleil » (ἀελίου χήρωσεν αὐγάς), lui aussi pour la vertu. Les dernières lignes décrivent Hermias comme un homme digne d’accéder à l’immortalité par l’action des Muses, les filles de Mémoire, qui « l’exalteront » ; en même temps, les Muses chantent les louanges de Zeus Xenios, qui trouve son dévot avant tout en la personne d’Hermias, l’hôte et l’ami du poète.
6Une adresse à un dieu ? Des honneurs pour Hermias en tant qu’immortel ? Déjà au iiie siècle av. J.-C., on cite Hermippe, le biographe d’Aristote, comme un défenseur du philosophe : ni la forme ni le fond du poème ne supposent qu’Hermias y ait été considéré comme un dieu, et la plupart des savants modernes suivent cette interprétation. Le chant ne s’adresse d’ailleurs pas à Hermias, mais à la vertu ; Hermias n’est pas immortel, sa mort est explicitement mentionnée, toute caractérisation « immortelle » de sa personne est réalisée par les Muses, c’est-à-dire une immortalité qui relève du registre de la tradition que le chant et sa performance conservent, et ne décrit pas une « situation réelle11 ». Mais le constat inverse est aussi possible, et on peut également s’entendre avec C. M. Bowra, qui en est venu à la conclusion que le poème « was at least sufficiently like a Paean to be taken for one with good reason12 ». Bien que l’auteur poursuive en disant de l’œuvre qu’elle n’était « pas un poème au sens strict », « ni un hymne », ou un σκόλιον, θρῆνος, voire un ἐπικήδειον, il est convaincu qu’« Aristotle played his part in the process by which the old Paean, which was the hymn to Apollo, was gradually adapted to new uses until eventually it became a hymn of praise to such men as the Hellenistic king Seleucus and the Roman general Titus Flamininus13 ».
7Ces constats sont intrigants, et doivent être explorés par-delà la question du genre textuel. En ce qui concerne les succès et échecs de l’héroïsation d’Hermias, les trois facteurs suivants peuvent être identifiés. Ceux-ci sont importants à la fois sur le plan personnel (privé ?) et collectif (public) : (1) le culte des héros grecs entre immortalité « littéraire » et « littérale » ; (2) l’idéologie de la royauté ; (3) les identités culturelles dans l’Anatolie achéménide.
Le culte des héros grecs, entre immortalité littéraire et littérale
8Dans la Grèce antique en particulier, les héros et les processus d’héroïsation ont été étudiés sous l’angle du rapport qui unit héroïsme et religion, et les nombreuses enquêtes qu’ont menées les savants n’ont à ce jour pas encore réussi à éclairer complètement ce phénomène marqué par la diversité de ses cultes. On évoque souvent une double nature pour les héros de la Grèce ancienne : d’une part, des figures grandioses d’un passé lointain ou mythique, que nous connaissons surtout par l’épopée homérique ; d’autre part, des figures religieuses, des mortels qui, après leur mort, disposent encore d’une puissance d’action sur le monde des vivants et qui, pour cette raison, peuvent être invoqués et recevoir les honneurs du culte14. Il peut s’agir d’héros célèbres de la mythologie, mais aussi de personnages peu connus par ailleurs. Les héros étaient souvent liés à un lieu spécifique, et parmi les catégories de héros, les « fondateurs de cités » et ceux qui étaient vénérés par certains groupes de population représentent une part importante de ces cultes. L’hétérogénéité qui caractérise le culte des héros, honorés entre le viiie siècle av. notre ère et la fin de l’Antiquité, nous incite non seulement à tenter d’établir une typologie des honneurs qu’ils reçoivent, mais également à rechercher les origines et les raisons du développement de leur culte.
9Les premiers développements des cultes héroïques font l’objet de nombreux débats, et il existe des désaccords en particulier sur la relation qu’entretiennent les cultes aux héros et les cultes des ancêtres, ainsi que sur les rapports possibles entre le mythe et le culte, et même spécifiquement entre les traditions épiques et cultuelles15 (fig. 1 et cahier couleur, pl. II, ill. 2).
Fig. 1. – Le Menelaion, colline de Thérapné près de Sparte, viiie siècle av. J.-C.

Wikimedia Commons.
Ill. 2. – Hélène récupérée par Ménélas ; hydrie attique à figures rouges (vers 480 av. J.-C.).

Staatliche Antikensammlungen, Munich. Wikimedia Commons.
10Des siècles plus tard, on voit le culte héroïque également établi en l’honneur de personnes vivantes ; à cet égard, les conquêtes d’Alexandre le Grand et l’évolution subséquente du culte des souverains hellénistiques constituent des moments décisifs, et c’est sur cette période que se concentre souvent l’enquête sur le développement du culte des héros au regard de l’émergence contemporaine des honneurs cultuels pour les souverains. S’il est vrai qu’à la période hellénistique le concept de héros devient plus populaire et s’élargit, c’est bien la période classique qui ouvre la voie à ces changements cruciaux qu’elle introduit.
11En 2010, Christopher Jones publia un livre intitulé New Heroes in Antiquity. From Achilles to Antinoos, dans lequel l’auteur examine scrupuleusement les nombreux siècles d’évolution sociale et religieuse au cours desquels de « nouveaux héros » apparaissent. Dans une perspective généralisante, Jones observe la rencontre de deux courants d’héroïsation, la commémoration des héros dans la tradition poétique et le culte des « petites » divinités ou des figures héroïques honorées dans des localités particulières – ce qui, selon lui, a poussé à présenter les héros comme des personnes qui ont donné leur vie au service de leur communauté16. Dans l’argumentaire touchant au premier courant, c’est-à-dire les héros poétiques, la lyrique de Pindare, qui s’inscrit à la frontière entre les âges archaïque et classique, illustre une évolution dans la nature de l’héroïsation, en ce sens que l’« excellence or virtue (ἀρετή) becomes a passport to heroic status’ and ‘immortality […] inseparable from fame (kleos) and moral and martial excellence17 ».
12La question de savoir si cette immortalité des héros doit être prise de manière littérale ou littéraire est très controversée parmi les spécialistes. En réponse à Bruno Currie, qui affirme que les odes de Pindare offrent au vainqueur une immortalité « littérale » par le biais de l’héroïsation ainsi qu’une immortalité littéraire18, Hanna Eisenfeld soutient maintenant que ce point de vue réduit les complexités de l’immortalité telle qu’elle se construit dans le monde du ve siècle de Pindare et dans ses chants19. Elle insiste sur le fait que les odes de Pindare sont des interventions théologiques qui prennent place dans la réalité des expériences religieuses de son temps et que, au sein de ces interventions, des personnages qui assument un statut intermédiaire participent au projet littéraire du poète. H. Eisenfeld décrit le paysage religieux contemporain comme un paysage dans lequel une distinction nette entre la nature des dieux et celle des humains était un principe de longue date, mais qui était de plus en plus fluctuante et sujette à réinterprétation. Elle fait là référence à la popularité grandissante des cultes à mystères et du culte des héros. Son étude révèle que « Pindar’s epinician modelling of hero cult takes the promises of cultic immortality utterly seriously while simultaneously reorienting heroization to the part of the spectrum that encompasses mortal experience20 ». On pourrait aussi dire qu’une « modélisation du culte héroïque » similaire a lieu dans le poème d’Aristote, qui est, tout comme l’une des odes de Pindare, une intervention au sein de paysages culturels, religieux et politiques contemporains complexes, dans lesquels le poème s’insère.
13Aristote n’est pas le seul intellectuel à avoir été accusé d’asebeia au cours des dernières décennies du ive siècle. O’ Sullivan affirme que les procès contre Démade, accusé d’avoir encouragé la déification d’Alexandre le Grand en 324/323, et Aristote, étaient motivés par des considérations politiques, tout comme ceux menés contre Théophraste et Démétrios de Phalère. La savante y voit un schéma cohérent, une politique bien structurée, à destination d’opposants politiques21. Les détracteurs étaient des Athéniens farouchement pro-démocratiques, qui utilisaient l’impiété comme un motif utile pour contenir des hommes qui n’avaient pris aucune part active dans la vie politique, en particulier les philosophes, des personnes dont les Athéniens se sont toujours méfiés22. Elle reconnaît toutefois que le fait d’accuser les philosophes d’introduire de nouveaux dieux dans la sphère publique et privée portait atteinte à la pierre angulaire de la religion athénienne23.
14Il apparaît clairement que le choix de motivations pour lesquelles l’héroïsation d’Hermias a été contestée est vaste : un climat anti-intellectuel à Athènes24, une opposition politique, ou la crainte qu’Aristote et d’autres n’aient franchi la fragile frontière qui séparait les honneurs rendus à un homme de ceux dévolus à un héros ou à un dieu. Il ne fait aucun doute que les individus et les communautés d’Athènes se sont positionnés différemment, et que leurs raisons se sont recoupées. Est-ce parce qu’Hermias n’était pas le bon choix de héros ou parce qu’Aristote n’était le mieux placé pour promouvoir son culte ?
15En proposant d’examiner les réminiscences épigraphiques dans le poème d’Aristote, P. LeVen constate non seulement que le mot ἀρετή est le substantif le plus utilisé dans le corpus des inscriptions métriques du ive siècle, mais il remarque également que la façon dont le chant célèbre la mémoire personnelle du défunt s’inspire fortement du langage familier des épitaphes25. Toute une série d’inscriptions et de reliefs témoignent de la manière de plus en plus publique dont le deuil privé se déroulait, y compris par le biais de concours commémoratifs, de fondations présentées comme des donations pour la ville, etc. Ce n’est pas un hasard si un thème visuel honorant à l’origine des héros, les « reliefs de banquets héroïques », connaît un transfert de l’iconographie héroïque vers l’iconographie funéraire alors mobilisée pour représenter les défunts sur les pierres tombales à partir du ive siècle26 (cahier couleur, pl. III, ill. 3 ; fig. 2).
Ill. 3. – Relief héroïque dit « de Chrysapha », vers 540 av. J.-C. ; Altes Museum, Berlin.

Photo Beate Dignas.
Fig. 2. – Banquet pour un héros. Relief en marbre (entre le ve et le iiie siècle av. J.-C.), Athènes.

MA 747 (Louvre, Paris).
16Outre le fait qu’il le situe fermement dans la lignée contemporaine des pratiques honorifiques funéraires, LeVen nous encourage à comprendre l’hymne d’Aristote comme un ensemble mobilisant « a thick network of multimedia practices that comprise […] a verbal component, sung and spoken (in addition to the traditional epikedeion and threnos, a prose encomium composed by Callisthenes), a visual one (the erection of a tomb and a statue), and a written one […] all meant to guarantee the kleos of Hermias27 ». L’auteur fait référence au contexte premier de la performance du poème d’Aristote, très probablement dans le cadre d’une célébration funéraire privée pour Hermias, après qu’Aristote, ses compagnons de philosophie et d’autres amis apprirent la nouvelle de sa mort. Nos sources citent non seulement le poème lyrique, mais aussi une courte épigramme élégiaque qu’Aristote aurait composée pour être inscrite sur une statue ou sur le tombeau d’Hermias érigé à Delphes28 :
Τόνδε ποτ᾽ οὐχ ὁσίως παραβὰς μακάρων θέμιν ἁγνὴν
ἔκτεινεν Περσῶν τοξοφόρων βασιλεύς,
οὐ φανερῶς λόγχῃ φονίοις ἐν ἀγῶσι κρατήσας,
ἀλλ᾽ἀνδρὸς πίστει χρησάμενος δολίου.
« Celui-ci, il advint que, de façon sacrilège, transgressant la sainte loi des bienheureux, le roi des Perses porteurs d’arcs l’a tué ; non que, ouvertement, à la pointe de sa lance, en un combat mortel, il s’en soit rendu maître, mais en tirant parti de sa confiance en un homme fourbe. »
17Il est vraisemblable que les mots expriment dans ce contexte une « héroïsation », même si ce n’est pas dans le sens d’honneurs héroïques du culte, mais en prenant pour cadre le paysage religieux de Delphes, en mettant en évidence une mort héroïque qui, même si elle n’a pas eu lieu sur le champ de bataille, est due à l’archétype de l’ennemi barbare des Grecs, le « roi des Perses porteurs d’arcs ». Comme LeVen le présente, contrairement à la célébration d’une mémoire personnelle, l’épigramme construit la mémoire collective autour de la figure d’Hermias29. La « réponse » composée par l’homme politique et poète grec Théocrite30, que Ford décrit avec justesse comme une sorte de graffito gribouillé sur l’original31, montre bien comment les adversaires d’Aristote et d’Hermias ont perçu le procédé et combien c’était pour eux une source d’inquiétude :
Ἑρμίου εὐνούχου τε καὶ Εὐβούλου τόδε δούλου
σῆμα κενὸν κενόφρων τεῦξεν Ἀριστοτέλης,
ὃς διὰ τὴν ἀκράτῆ γαστρὸς φύσιν εἵλετο ναίειν
ἀντ’ Ἀκαδημείας βορβόρου ἐν προχοαῖς.
« D’Hermias, qui fut eunuque et en même temps esclave d’Eubule, le mémorial vide fut élevé par Aristote à la tête vide ; Qui, à cause d’un ventre relâché de nature, choisit de s’installer, plutôt qu’à l’Académie, aux abords des déversements de boues32. »
18Dans ces lignes, conservées avec des variantes dans les œuvres de Didyme et de Diogène Laërce, ainsi que chez Eusèbe33, Hermias est présenté comme un antihéros culturel, le mécène d’Aristote, d’origine pauvre, qui attirait le philosophe par sa richesse et ses largesses, le faisant ainsi quitter Athènes pour Atarnée.
19Mais les « vecteurs de diffusion » des funérailles d’Hermias vont bien au-delà de la chanson, de la statue, de l’épitaphe et du graffito. On sait également que Hermias a été aussi loué dans un encomium en prose rédigé par Callisthène, le neveu d’Aristote, dans lequel il cite les prétendues dernières paroles d’Hermias, à savoir que « un message devrait être envoyé à ses amis et compagnons pour leur dire qu’il n’avait rien fait d’indigne ou de honteux par rapport à la philosophie34 ». Étant donné qu’il existe une grande incertitude quant au lieu et à la manière dont Hermias est réellement mort, et qu’on imagine difficilement comment ses dernières paroles auraient été rapportées à ses proches, nous pouvons en effet nous demander s’il ne s’agirait pas dans ce contexte de la « rhetorical fantasy of a great man’s dying words ». Toutefois, les spécialistes estiment généralement que l’éloge de Callisthène à son égard faisait partie de ce contexte originel de représentation incluant l’hymne d’Aristote, et qu’il avait déjà pour but de promouvoir le profil d’Hermias en accord avec les maximes de la philosophie, dans la vie comme dans la mort35.
20Pourquoi un tel souvenir d’Hermias a-t-il pu choquer et faire l’objet d’attaques dans l’Athènes de 323 av. J.-C., donc 18 ans après sa mort ? Il est révélateur que les accusations portées contre Aristote ne concernaient pas seulement la forme et le contenu de sa composition, mais aussi le fait qu’elle était chantée quotidiennement aux réunions des convives (συσσιτία) de l’école péripatéticienne36. En tant que performance ritualisée, exécutée peut-être conjointement avec l’offrande d’une libation, qui la rapproche dès lors très fortement des hymnes pour les dieux, la performance chantée du poème sur base régulière aurait constitué un puissant vecteur de transmission de la mémoire ainsi qu’un outil d’apprentissage. Nous savons que les péans étaient interprétés lors de symposia, et que les frontières entre hymnes littéraires et cultuels étaient loin d’être figées. La célèbre inscription d’Isyllos d’Épidaure, datant également du dernier quart du ive siècle av. J.-C., est peut-être le témoignage le plus révélateur, bien que particulier, du contexte dans lequel un nouvel hymne était produit37. Le péan à Apollon et à Asclépios que le document enregistre ne constitue qu’une petite partie du texte, mais il éclaire les raisons qui ont poussé Isyllos lui-même, ou un versificateur qu’il avait engagé, à composer l’hymne. Isyllos, dont la pensée était sur le plan politique très proche des tendances oligarchiques, s’était en effet engagé à inscrire un nouveau règlement cultuel si la motion qu’il avait proposée était approuvée comme loi par le peuple ; son péan, pour lequel il avait au préalable consulté l’oracle de Delphes, inaugurait une nouvelle cérémonie qui était déjà en soi une déclaration politique, un rituel destiné à une élite précise.
21Contrairement à l’initiative d’Isyllos, une initiative privée qui s’est transformée en législation publique, la composition et la représentation d’un chant pour Hermias n’ont pas reçu d’approbation officielle et n’ont pas été intégrées comme acte rituel aux pratiques cultuelles de l’État athénien. Et malgré cela, ou peut-être à cause de cela, les sources rapportent que c’est le prêtre le plus important du culte des Mystères de Déméter à Éleusis, qui serait à l’origine de l’accusation d’impiété. En effet, les traditions syriaques et arabes autour de la vie d’Aristote soulignent l’implication de ce détracteur, qui aurait gardé une vieille rancune à l’égard d’Aristote38. L’hostilité vis-à-vis du philosophe, venant d’un prêtre d’Éleusis en particulier, semble en filigrane dénoter un lien intéressant avec une accusation antérieure faite à l’encontre d’Aristote, à savoir qu’il aurait sacrifié à sa femme Pythias, la nièce ou la fille adoptive d’Hermias, « comme les Athéniens sacrifient à la Déméter éleusinienne », soit après sa mort, soit lorsqu’elle était encore en vie39.
22Aristote offrait-il à Hermias et à sa famille un culte héroïque et donc une immortalité qui se réalise aussi de manière « littérale », et non pas seulement « littéraire » ? Ou bien, une fois encore, l’accusation est-elle synonyme de déformation et d’exagération ? Il est possible qu’Aristote se soit limité à ériger un tombeau familial et à accomplir les rites conformément aux us et coutumes de l’époque. Depuis Solon, la législation athénienne encadre la mise en scène des funérailles par la réglementation de leur aspect compétitif ; les coutumes funéraires et la pratique du deuil ont évolué au fil du temps, sous l’emprise des changements politiques ainsi que sous l’influence de la poésie. À nouveau, il semble que l’interprétation relève d’une question de perception : la frontière entre le privé et le public, le particulier et le collectif, est ténue.
23La référence en particulier dans cette tradition à la Déméter d’Éleusis soulève également la possibilité qu’Aristote, ou encore sa défunte épouse, ait accordé une dévotion particulière aux cultes mystériques rendus à Déméter et à Perséphone. L’hypothèse n’est pas surprenante, étant donné la popularité de ce culte à Athènes, mais également en Troade et dans les régions de l’Ouest de l’Asie Mineure en général, où de nombreux sanctuaires pour la Déméter d’Éleusis sont attestés40. L’accent mis par Aristote sur l’« immortalité » d’Hermias pourrait ainsi apparaître sous un jour différent. Nous avons beaucoup appris sur les représentations de l’au-delà associées aux cultes à mystères de Dionysos et du couple Déméter/Perséphone par le biais de l’étude des lamelles orphico-bacchiques, de petites feuilles d’or inscrites de manière uniforme qui servaient d’amulettes funéraires dans de nombreuses régions du monde grec, de la Sicile et l’Italie du Sud jusqu’à la Thessalie et la Macédoine, en passant par la mer Noire41. En substance, ces instruments étaient dotés d’une fonction mnémotechnique qui leur permettait de guider l’âme de l’initié pour lui garantir l’accès à une place privilégiée dans l’au-delà. Le texte que ces petits objets enregistrent relate les voyages de l’âme qui cherche à boire l’eau infernale de Mnèmosynè, une figure qui joue d’ailleurs un rôle important dans le poème d’Aristote pour Hermias, puisque ce sont ses filles, les Muses, qui sont chargées de « l’élever à l’immortalité » (v. 19-21). L’eschatologie qui se dessine ainsi renvoie également aux idées pythagoriciennes et platoniciennes concernant le destin de l’âme, dans la lignée de la doctrine de la transmigration de l’esprit, qu’a transmise le mythe d’Er raconté dans le dixième livre de la République de Platon (10, 614-621). Les savants n’ont pas encore su déterminer la relation qu’entretenaient ces idées sur le plan de la religion et de la philosophie, mais l’immortalité « littérale » et l’immortalité « littéraire » se confondent et s’entrecroisent de manière frappante lorsque l’on examine les interactions entre les approches poétiques, religieuses et philosophiques de la figure de Mémoire dans ce contexte42. C’est Mnèmosynè qui facilite la transformation de l’initié en héros dans les lamelles d’or43, et c’est Anamnèsis qui dans la philosophie platonicienne permet la connaissance humaine et le chemin d’accès vers la vertu dans la quête que mène l’homme. Dans le Ménon de Platon, Socrate affirme d’ailleurs avoir entendu « quelques prêtres et prêtresses ainsi que quelques poètes divinement inspirés parler de l’immortalité de l’âme44 ». Il cite Pindare (fr. 133) :
« Car ceux qui ont à Perséphone, pour leurs anciennes fautes, payé la rançon, de ceux-là vers le soleil d’en haut, à la neuvième, elle renvoie de nouveau les âmes, et, de ces âmes, les rois illustres, les hommes puissants par la force ou grands par la science s’élèvent, qui à jamais comme des héros sacrés sont honorés parmi les mortels45. »
24Affirmer que la construction de l’immortalité d’Hermias par Aristote reflète les idées d’un philosophe platonicien, celles d’un initié aux Mystères de Déméter ou de Dionysos, ou un défenseur de sa propre philosophie, comme le soutient par exemple Gabor Bolonyai46, dans lequel ce poème s’ancrerait profondément, relève de la conjecture. De même, s’il est difficile d’assigner à Aristote une vision spécifique de l’immortalité, un motif ou un but qu’il lui attribuerait, il est tout aussi difficile d’imaginer la manière dont les vers ont été reçus. La performance régulière de cette composition chantée au sein de l’école péripatéticienne a pu inquiéter les spectateurs athéniens, mais pas nécessairement ; elle a pu être perçue comme un blasphème, mais pas forcément. De même, pour les détracteurs d’Aristote, présidés par un responsable religieux et un politicien fervent défenseur de la démocratie, un intellectuel partisan des Macédoniens qui acclamait un tyran pro-macédonien avait tout lieu de constituer une source d’inquiétude et, potentiellement, de menaces. Si l’authenticité de la quatrième Philippique de Démosthène est avérée et que la référence qui y serait faite à Hermias comme l’allié essentiel de Philippe de Macédoine avant sa mort est fondée47, la portée politique du procès pourrait avoir été d’une importance primordiale. Cependant, de récentes interprétations se sont montrées plus sceptiques quant à l’image hautement politisée d’Aristote comme l’indésirable résident étranger d’Athènes, le point d’ancrage de Philippe et d’Hermias dans la cité, comme la recherche antérieure l’avait dépeint48. Quoi qu’il en soit, nous ne devrions pas considérer l’accusation d’impiété comme un simple grief ou un prétexte « fourre-tout ». Les derniers mots d’Aristote et la référence au procès de Socrate sont probablement fictifs, mais si les Athéniens regrettaient l’issue du procès de Socrate, ils ne remettaient pas en cause l’accusation d’impiété en tant que telle. De nouveaux dieux, et de nouveaux héros, ont dû être établis par les institutions politiques athéniennes, sous les conseils, comme nos exemples nous le montrent, de l’oracle de Delphes ou d’experts religieux, comme le délateur d’Aristote, Eurymédon – dans le cas de Socrate, le fait qu’il se soit comparé à Achille et à d’autres héros dans son Apologie n’a sans doute pas aidé à rallier à sa cause les jurés athéniens49.
25Considérons à présent le second facteur à prendre en compte pour déterminer les éléments de succès ou d’échecs dans le procédé d’héroïsation d’Hermias.
L’idéologie de la royauté
26Comme à son habitude, P. Green utilise un langage clair lorsqu’il envisage les raisons pour lesquelles, dès le début, Hermias a fait l’objet de féroces critiques – il écrit : « This is not surprising. He was a tyrannos » ; « to Athens he presented the doubly distasteful character of a pro-Macedonian and an enemy of democracy, which largely nullified any prestige he might have acquired through his resistance to Persia ». L’auteur est convaincu qu’aux yeux des Athéniens, en dehors de l’environnement agréable et généralement aristocratique de l’Académie, la notion même de philosophe-roi était empreinte d’une désagréable aura d’autoritarisme50. Est-ce aussi simple que cela ? Les fameuses lois athéniennes contre la tyrannie, remontant à la période pré-solonienne, nous orientent assurément dans la direction de Green51.
27Pourtant, dans une convaincante monographie intitulée Heroic Rulers of Archaic and Classical Greece, Lynette Mitchell a montré que l’exercice du pouvoir par un seul homme, ou par une famille dominée par un seul homme, est attesté de manière continue à Athènes comme une forme légitime de régime politique jusqu’à la période hellénistique : « Athenian democracy was still Homeric enough that it yearned for the best man52. » Elle reconnaît la persistance d’une idée stéréotypée du tyran illégitime, qui agirait en dépit de la loi, une construction culturelle qui puise par contraste dans les conceptions de la tyrannis et la basileia de l’époque classique – mais elle souligne que cela impliquait seulement que les dirigeants de la vie réelle devaient gouverner raisonnablement, en prenant en compte l’existence de ce stéréotype, et trouver le juste équilibre – ou même exploiter cet équilibre – entre leur autoreprésentation comme un basileus ou comme un tyrannos53 ; il existait de fait un discours alternatif louant les effets positifs de ce gouvernement, que relayaient les poètes auteurs d’épinicies, entre autres.
28Ces observations sont largement confirmées par Ralf von den Hoff, qui examine comment les monarques se sont inscrits dans les conceptions des poleis grecques et des entités politiques voisines, et quelles représentations élogieuses leur ont été attribuées en images. C’est la représentation du basileus intégré sur le plan social dans l’aristocratie traditionnelle qui se maintient, avec quelques légères variations, de la période archaïque à l’époque classique54. Or, à ce stade, la comparaison qui existait avec le monarque qui règne du haut de son trône sur le royaume des Barbares, en menant une vie luxuriante, n’est plus aussi antithétique. Désormais les rois grecs se distinguent aussi par une tenue luxueuse, qui perd alors sa connotation barbare et devient un symbole d’honneur et de supériorité. Von den Hoff tire la conclusion que la représentation d’un roi digne, âgé et excellent par l’abondance qu’il manifeste, devient un thème commun dans les représentations monarchiques provenant de la Grèce et l’Italie du Sud du ive siècle av. notre ère55. En outre, au ive siècle, les rois historiques non grecs bénéficiaient d’une plus grande visibilité du fait des statues honorifiques et funéraires qui leur étaient dédiées ainsi que par les reliefs dédicatoires où ils sont représentés. Les exemples célèbres vont du couple dynastique de Carie Idrieus et Ada, les successeurs de Mausole et d’Artémisia, qui sont représentés en train d’adorer Zeus à Tégée, aux rois du Bosphore honorés par les Athéniens sous la forme de héros grecs traditionnels de l’épopée homérique56.
29Il est clair que dans la Grèce du ive siècle, la réaction à l’exercice du pouvoir par un seul homme n’était pas aussi prévisible qu’on aurait pu le penser. Un exemple remarquable est celui du tyran du ive siècle, Euphron de Sicyone, qui a été tué par ses opposants alors qu’il tentait de consolider son pouvoir en recourant aux intrigues. Son sort nous est rapporté par Xénophon, dont le jugement à l’égard d’Euphron est sévère – et pourtant, rapporte l’auteur, « ses concitoyens, le jugeant grand homme, ramenèrent son corps : ils l’enterrèrent sur l’Agora, et lui rendent de pieux honneurs en tant que fondateur de la cité. Voilà comment, à ce qu’il paraît, la plupart des gens déterminent que ses bienfaiteurs sont des grands hommes57 ».
30Le cas d’Euphron exprime également l’importance que revêt le culte des fondateurs de cité, souvent des rois légendaires, dans la typologie des cultes héroïques. À l’époque classique, les fondateurs plus anciens pouvaient être remplacés par de « nouveaux fondateurs » pour qui l’on établissait un culte. Un exemple célèbre est celui du général spartiate Brasidas, dont Thucydide décrit (étonnamment) en détail l’héroïsation par les Amphipolitains en 422, après avoir gagné la colonie athénienne pour les Spartiates et être mort au combat. Il a ainsi « remplacé » le fondateur athénien Hagnon58.
31Les vers 15-16 du poème d’Aristote accordent à Hermias un rôle similaire en tant que héros-fondateur de la ville d’Atarnée :
σᾶς δ᾽νεκεν φιλίου μορφᾶς Ἀταρνέος 15
ἔντροφος ἀελίου χήρωσεν αὐγάς.
« Et c’est pour ta chère beauté
Que l’enfant d’Atarnée priva de sa présence la lumière du soleil. »
32Les savants ont tendance à s’appuyer sur le constat qu’Aristote ne se réfère à Hermias qu’indirectement, comme à l’enfant d’Atarnée (Ford qualifie cette évocation de « moment épiphanique », au cours duquel Hermias arrive de manière « soudaine et invisible59 »), ou encore en le nommant d’ἔντροφος, dont la portée sémantique soulignerait la légitimité de l’origine locale d’Hermias et de sa domination. On pourrait dire que le personnage d’Hermias est fait pour s’inscrire naturellement dans la lignée des héros célèbres de la tradition épique et cultuelle, comme le nouvel Atarneus, le fondateur originel de la cité. Ce constat est confirmé par une inscription qui préserve la fin d’un texte d’alliance défensive entre la polis d’Érythrées, située à environ 60 kilomètres au sud d’Atarnée, et Hermias60. Une copie du traité devait être dressée dans les sanctuaires respectifs d’Athéna et « par Hermias dans le sanctuaire d’Atarneus61 ». Selon le grammairien du ive siècle Himérios (Or., 6, 6), Atarneus était un roi légendaire de la Mysie et le fondateur de la ville d’Atarnée. L’inscription ne laisse aucun doute sur le fait qu’Atarneus reçut les honneurs du culte : en fait, il semblerait même que son sanctuaire était le plus important de la ville, doté d’une visibilité toute particulière.
33Outre le traité avec Érythrées, nos informations sur la nature du règne d’Hermias en Asie Mineure proviennent en grande partie de la tradition biographique autour d’Aristote, dans laquelle l’impact du philosophe sur Hermias pourrait avoir été fort exagéré, décrivant en conséquence le gouvernement d’Hermias comme une oligarchie gouvernée par la sagesse, une tentative de créer un régime où la pratique philosophique serait reine, en rapport avec ce que Platon n’avait pas réussi à faire à Syracuse62. Une telle narration est renforcée par l’une des lettres attribuées à Platon, la Sixième Lettre, qui est adressée à Hermias et à deux de ses élèves, les frères Erastos et Koriskos de Scepsis, dans laquelle l’auteur recommande aux trois personnages, en tant qu’habitants de cités voisines de l’Asie Mineure du nord-ouest, d’établir et de conserver des relations cordiales entre eux. Les deux philosophes devraient considérer l’homme politique pragmatique qu’était Hermias comme leur protecteur et à leur tour faire office de conseillers à son égard, en lui donnant des conseils théoriques63. L’authenticité de la lettre est contestée, mais son auteur est bien informé et démontre les liens étroits entre le milieu intellectuel et politique d’Athènes et celui des villes grecques du Nord-Ouest de l’Asie Mineure.
34En tant que philosophe et théoricien du fait politique, Aristote traite de questions liées à la royauté dans le troisième livre de sa Politique. Il y présente une classification en cinq types, allant de la royauté de type spartiate, qui n’admet le pouvoir souverain qu’en situation de guerre, à la pambasileia, caractérisée par la pleine souveraineté d’un roi qui est à la fois le garant de l’ordre universel et l’incarnation de la vertu64. Dans l’Éthique à Nicomaque, Aristote soutient que même dans les modèles convenables de royauté, l’amitié unissant souverain et sujet se limite à une manifestation de l’évergétisme, qualité caractéristique du profil monarchique, et que la véritable amitié – possible dans une communauté de citoyens qui gouvernent tout en étant gouvernés – fait nécessairement défaut65. Les conceptions d’Aristote à propos de la royauté sont certes complexes et difficiles, mais il apparaît clairement qu’il approuve, et en même temps critique, l’idée de la monarchie vertueuse promue par Isocrate et Xénophon dans leurs ouvrages respectifs sur Cyrus et Évagoras. En ce qui concerne les influences de ses idées sur Hermias, ceux qui défendent la position que les dernières années du règne d’Hermias ont été particulièrement marquées par la clémence sont enclins à voir dans ce contexte une mise en pratique de la théorie. L’inscription d’Érythrées est convoquée comme preuve qu’on ne se situe pas simplement dans la tradition biographique qu’on doit aux philosophes péripatéticiens. L’alliance concerne « Hermias et ses compagnons » (Ἑρμίας καὶ τοὶ ἑταῖροι) avec les Érythréens66. Mais qui étaient ces hetairoi ? Des conseillers militaires ou financiers, peut-être sur le modèle de la cour macédonienne ? Ou même les platoniciens basés à Assos ? Un passage de l’Index Academicorum de Philodème relate en effet comment Hermias permit aux philosophes d’établir une branche de l’Académie à Assos. Les propos de l’auteur convergent avec l’information que livre le papyrus de Didyme, mais les spécialistes mettent en cause le fait que le texte attribue à ces hommes un rôle politique67. L’expression employée par le scripteur de l’inscription d’Érythrées indiquerait-elle un gouvernement ayant connu des modifications sur le plan constitutionnel, qui l’aurait éloigné du système autocratique ? On peut donner raison à K. Trampedach pour dire que, quelle qu’ait été l’identité de ces compagnons, cette situation est peu probable68.
Identités culturelles dans l’Anatolie achéménide
35Jusqu’à présent, ce sont les perceptions athéniennes qui ont constitué le cœur de cible de notre exploration de comment faire et défaire le statut héroïque d’Hermias. Alors que les individus, par les différents vecteurs de communication qu’ils mettent en œuvre, louent ou dénigrent Hermias, construisant pour ce faire leurs arguments en se fondant sur un processus d’identification culturelle marquée par l’altérité, force est de constater que leur démarche n’a pas été couronnée de succès. Comme on a tenté de le montrer, le statut d’Hermias comme héros ou comme un méchant ne peut s’apprécier à l’aune d’une simple dichotomie entre Grecs et Barbares, entre pouvoir constitutionnel ou puissance autocratique, entre alliance ou inimitié politique. Ceux qui veulent qu’Hermias soit grec le présentent comme très grec, et ceux qui ne le veulent pas le décrivent comme un barbare ; de même, ceux qui veulent qu’il soit un héros louent sa royauté, et ceux qui ne le veulent pas parlent de tyrannie. En conséquence, sa royauté pourrait être décrite de manière positive et négative ; il est à la fois allié et victime des oppositions politiques fluctuantes des Athéniens dans leurs relations politiques internes et externes. Son appartenance au cercle des philosophes grecs et l’amitié qu’il partage avec certains d’entre eux, en particulier Aristote, est source d’éloges comme de mépris. Mais ni la religion des Athéniens ni la conception démocratique n’interdisent l’octroi de ces honneurs pour Hermias.
36Une autre clé pour comprendre l’ambiguïté du statut héroïque d’Hermias réside dans son rôle de dynaste de l’Anatolie occidentale, d’où il est originaire, et on serait dans cette perspective tenté de faire l’hypothèse que les actions d’Aristote reflètent, de manière consciente ou non, l’expérience du philosophe à Atarnée, à Assos, et au-delà, ainsi que les propres attentes d’Hermias.
37Comprendre les paysages culturels qui fleurissent dans la région et expliquer les processus d’acculturation, d’intégration et d’autoidentification est une tâche difficile, s’il en est. Les nouvelles découvertes nous invitent à affiner et à réévaluer constamment nos conceptions en la matière. La région a été largement sous contrôle de dynastes grecques, autochtones et perses, intégrés au pouvoir achéménide et à son organisation en satrapie. Du côté grec, des personnalités éminentes qui avaient été exilées ou avaient fui les poleis de la Grèce continentale furent accueillies comme conseillers royaux à la cour des rois de Perse avant et après les guerres médiques du début du ve siècle. Parmi ceux-ci, le roi Démarate de Sparte, l’Athénien Thémistocle ou encore Gongylos d’Érétrie sont autant d’exemples célèbres. Leur service leur a valu d’être récompensés par des « terres et des cités ». On sait par contre peu de l’histoire spécifique d’Atarnée, si ce n’est qu’elle a été concédée, non pas à un individu, mais à la population de Chios comme extension de leur territoire insulaire, aussi en raison de leur collaboration avec le roi perse69. Après la guerre du Péloponnèse, le pouvoir spartiate y installa une garnison et, peu après, la ville tomba aux mains du maître d’Hermias, Eubule, qui étendit son influence au sein de ce réseau de dynastes70, les descendants des mêmes familles qui avaient reçu des territoires cent ans plus tôt71. Souvent se formaient des alliances entre eux, qui se concrétisaient par l’établissement de liens de parenté. C’est ainsi qu’Aristote se maria dans la famille du tyran d’Atarnée, et que sa fille, également appelée Pythias, épousa ensuite un descendant du Spartiate Démarate. Leurs deux enfants étudièrent plus tard la philosophie avec Théophraste, qui avait accompagné Aristote en Asie Mineure et en Macédoine, puis lui succéda à sa mort à la direction de son école philosophique à Athènes72.
38Dans cet environnement où de nombreux réseaux familiaux s’étaient tissés, les échanges culturels allaient bien au-delà du patronage royal d’intellectuels grecs. Les contacts avec la Perse étaient compliqués, oscillant entre dynamiques de collaboration et de résistance vis-à-vis du royaume. Dans ce contexte, les identités culturelles et politiques étaient étroitement liées. C’est d’ailleurs dans ce sens que vont les excellents questionnements de John Ma, et sa pertinente réinterprétation de la scène de combat figurant sur un sarcophage du ive siècle provenant d’Altıkulaç près de Çan (cahier couleur, pl. IV, ill. 4). Entre le propriétaire du sarcophage représenté comme victorieux « membre de l’élite achéménide » ou « dynaste anatolien » (est-ce la même chose ?), l’écuyer du cavalier dépeint comme un « mercenaire grec » ou un « auxiliaire de Mysie », en passant par l’adversaire figuré comme un « Grec » ou un « guerrier rebelle de Mysie », l’identification des protagonistes est délicate, sinon impossible73.
Ill. 4. – Scène de bataille figurant sur l’un des petits bords du Sarcophage d’Altıkulaç, ou Sarcophage de Çan (400-375 av. J.-C.) ; musée de Troie.

Photo Wikimedia Commons.
39Bien qu’elles suscitent parfois plus de questions qu’elles n’apportent de réponses, les excavations récentes commencent pour leur part à apporter un nouvel éclairage sur les habitations et les sépultures des dynastes des ve et ive siècles dans la région, qu’on peut mettre en relation avec des monuments funéraires spectaculaires74.
40L’évolution du culte héroïque et de la perception de la royauté, telle qu’on l’a esquissée, s’applique-t-elle également à cette région ? Tout se passe comme si l’essor de l’activité cultuelle associée aux héros de l’épopée homérique en Grèce, à la fin de l’époque classique et à l’époque hellénistique, ne s’était pas produit dans l’Anatolie achéménide. En revanche, on y vénère davantage des héros locaux liés aux traditions régionales, ce qui pourrait refléter une continuité de la domination des élites depuis la période pré-achéménide ou dénoter, comme l’a affirmé Elspeth Dusinberre, une réaction à la domination perse, dans le sens où des attaches culturelles avec des figures suprahumaines relevant d’un passé lointain étaient revendiquées pour les liens qu’elles partageaient avec les populations locales plutôt qu’avec les Perses75. Dans son étude de la représentation visuelle de la monarchie, von den Hoff souligne également des différences frappantes entre la Grèce et l’Asie Mineure : en Asie Mineure, l’aristocratie traditionnelle, intégrée socialement, n’apparaît pas dans l’imagerie archaïque. Les souverains se présentent assis sur un trône, avec de longs cheveux et d’amples robes élégantes et luxueuses, mobilisant une iconographie qui, en Grèce, évoquait la manière de figurer Zeus76. Ces différences restent visibles à la période classique, lorsque les propriétaires de tombes, y compris les satrapes perses, continuent de se faire représenter dans le sillage des codes de représentation iconographiques de l’élite, avec une influence achéménide – sur un trône et même dans des scènes d’audience77. L’interprétation de cette riche et fascinante documentation est loin d’être aisée et, dans cette contribution, on se limitera à souligner que ces caractéristiques distinctives et ces traditions servirent de fond qui alimenta le considérable royaume qu’Hermias construisait. L’alliance avec Érythrées montre que la sphère d’influence d’Hermias ne s’arrêtait d’ailleurs pas seulement aux frontières de la partie septentrionale du territoire gouverné par la dynastie carienne des Hécatomnides, mais qu’elle avait également pénétré la région.
41Des facteurs particuliers – politiques, culturels, historiques – sont à l’œuvre dans le contexte de cette dynastie, mais la découverte récente et spectaculaire d’un large site cultuel dont on suppose que le destinataire était le père de Mausole, Hécatomnos, illustre l’importance du culte des ancêtres, ainsi que ses étroits rapprochements – et recoupements – avec le culte des héros et la déification du roi défunt78. Une base de statue mise au jour à Iasos en 2005, qui enregistre une épigramme en l’honneur des dynastes cariens, est également très pertinente pour le présent propos. L’interprétation du premier distique du poème que fait M. Nafissi, à qui l’on doit également une édition du texte, entre bien en résonance avec les vers composés par Aristote pour Hermias79. Ce bref tour d’horizon a pour but de souligner que l’autoreprésentation, les coutumes familiales et les identités religieuses dans le cas d’Hermias ne correspondent pas à ce que nous savons du culte des héros grecs et de la royauté tels qu’ils s’établissent dans les lieux de la Grèce continentale. Dans cette perspective, l’origine servile d’Hermias et sa condition d’eunuque relèvent peut-être d’une invention de ceux qui voulaient le calomnier, mais il faut se rappeler que les traditions proches-orientales concernant les souverains d’origine modeste qui s’affranchissent de leur condition originelle pour devenir des rois-héros (notamment Cyrus lui-même) étaient assez répandues et constituaient une source d’attrait, même pour les Grecs.
Conclusions
42Quelques réflexions générales, en guise de conclusion : il ne fait aucun doute que l’héroïsation relève d’une construction culturelle, un phénomène caractérisé par l’autoidentification et l’altérité80. Les acteurs, les initiateurs, les médiateurs, les destinataires et les promoteurs qui participent à ce phénomène se recoupent de multiples façons. Le contexte de la Grèce ancienne, et en particulier de l’Anatolie de l’époque achéménide, par ses interactions avec le pouvoir perse et les liens étroits qu’entretenaient les cultures indigènes et grecques de la région avec les cités de la Grèce continentale et le royaume de Macédoine alors en plein essor, démontre l’impossibilité d’une « reconstruction culturelle ». Des processus d’acculturation, de mondialisation, de différenciation – teintés parfois d’incompréhension – étaient constamment à l’œuvre. Un bon nombre de paramètres que nous avons établis pour la nature de la royauté hellénistique et du culte du souverain peuvent déjà se retrouver, me semble-t-il, dans l’Asie Mineure occidentale du ive siècle. Un dynaste régional, tel qu’Hermias, qu’il soit grec ou non, s’engageait dans des relations étroites avec les populations locales, les intellectuels grecs, les mercenaires et les hommes politiques, ainsi qu’avec d’autres dynastes, qu’ils soient aussi grecs ou non, avec les satrapes et les rois, perses et macédoniens.
43En outre, l’exemple d’Hermias montre à quel point l’héroïsation touche au cœur même des identités et de la relation que les initiateurs du culte entretenaient avec leurs héros. Les succès et échecs de l’héroïsation d’Hermias dépendent foncièrement du binôme que ce dernier forme avec Aristote : la possibilité pour l’un de devenir un héros est étroitement liée à l’image et aux identités de l’autre. La royauté attirait les intellectuels, et dans le cas d’Aristote, Hermias devint un bienfaiteur, un ami et un proche parent – trois bonnes raisons de commémorer Hermias après sa mort tragique. On honorait les héros pour célébrer l’identité locale. Le lieu de résidence d’Hermias, Atarnée, où il aurait été vénéré comme second fondateur, dans une tombe monumentale, ne constituait pas une option pour les rites funéraires et les célébrations. Aristote a donc choisi Delphes, un centre religieux de portée panhellénique, voire internationale, pour entamer la commémoration de sa mémoire héroïque ; au sein de ce procédé, la frontière entre l’immortalité sur le plan littéraire et littéral s’estompe. Au moment où le philosophe transféra ces honneurs à Athènes, le chant ritualisé célébrant la vertu et l’immortalité d’Hermias dans l’école péripatéticienne devint un autre puissant vecteur de communication et de diffusion.
44La Grèce du ive siècle se trouve à un tournant décisif dans le développement du culte héroïque, où l’attention toute particulière portée en contextuel cultuel envers le défunt bénéficiait déjà d’une longue histoire, et où l’exécution de la poésie d’éloge célébrant des mortels avait dépassé le seul cadre funéraire, pour s’étendre avec une efficacité particulière dans le contexte des honneurs rendus aux rois, aux athlètes victorieux et aux guerriers extraordinaires. Souvent intégrée à une performance en contexte religieux, l’exécution de ces poèmes, ponctuée d’actes rituels, inscrivait non seulement la poésie dans une démarche cultuelle, mais permettait également au poète de transmettre ses conceptions sur la mortalité, sur les différences entre homme, héros et dieu – une classification qu’il était presque nécessaire d’établir, puisque l’aretè exceptionnelle des personnes louées suscitait naturellement la comparaison. On entrait alors en territoire « dangereux » pour l’Athènes démocratique, mais dans une certaine mesure, la frontière ténue entre l’immortalité « littéraire » et l’immortalité « littérale » était protégée par des catégories de genre textuel bien définies, par le contrôle que l’État athénien exerçait par rapport aux actes rituels qui encadraient la nature héroïque ou divine des puissances honorées et, en dernier recours, par l’accusation d’asebeia qui pouvait être portée lorsque les institutions constataient une transgression.
45C’est ce qui se passa en 323 av. notre ère, lorsque des motivations politiques et les convictions personnelles de ceux qui craignaient ce que le binôme Aristote et Hermias représentaient incitèrent à recourir à l’accusation d’impiété. Mais cela ne signifie pas que la sphère d’influence des héros ne se limitait qu’à une tactique politique : c’est précisément parce qu’il s’agissait d’un élément d’importance dans les conceptions religieuses des Grecs que l’héroïsation d’Hermias a alors été remise en question. Aristote s’est enfui et nous ne savons pas si le procès s’est finalement tenu. La mémoire d’Hermias a survécu, tant comme héros que comme antihéros.
Notes de bas de page
1Je tiens à remercier Anne Gangloff et Évelyne Cohen pour l’invitation à participer au colloque et leur accueil lors de mon séjour à Rennes. Mes sincères remerciements vont également à Julien Dechevez pour la traduction de ma contribution en français.
2Voir, par exemple, Wilamovitz-Moellendorff Ulrich von, Aristoteles und Athen, vol. 2, Berlin, Weidmann, 1893, p. 403-412 ; Wormell Donald E. W., « The Literary Tradition concerning Hermias of Atarneus », YCS, no 5, 1935, p. 57-92 ; Düring Ingemar, Aristotle in the Ancient Biographical Tradition, Göteborg, University of Göteborg, 1957 ; Santoni Anna, « L’inno di Aristotele per Ermia di Atarneo », in Graziano Arrighetti et Franco Monantari (éd.), La componente autobiographica nella poesia Greca e Latina, Pise, Giardini, 1993, p. 179-195 ; Trampedach Kai, Platon, die Akademie und die zeitgenössische Politik, Stuttgart, Steiner, 1994 ; Bollansée Joannes, « Aristotle and the Death of Hermias of Atarneus: two Extracts from Hermippos’ Monograph On Aristotle’ », Simblos, no 3, 2004, p. 67-98 ; Ford Andrew, Aristotle as Poet. The Song for Hermias and its Contexts, Oxford, Oxford University Press, 2011 ; récemment, Gallo Luigi, « Tra Macedoni e Persiani: Hermio di Atarneo », Erga – Logoi, no 10, 2022/1, p. 171-182.
3Trampedach Kai, Platon, op. cit., p. 67 (« Wir stehen vielmehr, was Person und Herrschaft des Hermias angeht, vor einem historischen Rätsel »).
4Trampedach Kai, loc. cit.
5Pour les sources les plus récentes, voir infra ; Düring Ingemar, Aristotle, op. cit., et Trampedach Kai, Platon, op. cit., qui rassemblent et analysent soigneusement les témoignages.
6Texte tiré de Campbell David, The New School of Poetry and Anonymous Songs and Hymns (The Loeb Greek Lyric, vol. 5), Cambridge (MA), Harvard University Press, 1993, p. 214-217. Traduction M. Narcy, in Goulet-Cazé Marie-Odile, Diogène Laërce. Vies et doctrines des philosophes illustres, Paris, Librairie générale française, 1999, p. 561-562.
7Ath., 15, 696a-697b ; D. L., Vie d’Aristote, 5, 27 ; Did., D., 10, 32, col. 6, 50-59.
8Ford Andrew, Aristotle as Poet, op. cit.
9Voir Ael., VH, 3, 36 ; pour plusieurs discussions, voir Düring Ingemar, Aristotle, op. cit., p. 341-342 (T44a-e).
10À propos de l’émergence et de la transmission de cette Apologie, on verra Ford Andrew, Aristotle as Poet, op. cit., p. 60-67 ; Düring Ingemar, Aristotle, op. cit., p. 343-4 (T 45a-d).
11Ath., 15, 696e.
12Bowra Cecil M., « Aristotle’s Hymn to Virtue », CQ, no 37, 1938, p. 185.
13Ibid., p. 187.
14La bibliographie est pléthorique. Voir principalement Pirenne-Delforge Vinciane et Suárez de la Torre Emilio (éd.), Héros et héroïnes dans les mythes et les cultes grecs, Liège, Centre international d’étude de la religion grecque antique, 2000 ; Ekroth Gunnel, « Heroes and Hero-Cults », in Daniel Ogden (éd.), A Companion to Greek Religion, Oxford, Blackwell, 2007, p. 100-114 ; Parker Robert, On Greek Religion, Ithaca/Londres, Cornell University Press, 2011 ; Graf Fritz, s. v. « Hero-cult » in DNP.
15Bremmer Jan, « The Rise of the Hero Cult and the New Simonides », ZPE, no 158, 2006, p. 15-26, soutient qu’un culte héroïque comprenant des sacrifices n’est pas attesté avant la fin du vie siècle ; voir, en revanche, Himmelmann Nikolaus, Der Ausruhende Herakles, Paderborn, Ferdinand Schöningh, 2009. Pour un excellent résumé de l’état de la question, voir Parker Robert, On Greek Religion, op. cit., appendix 5. Cf. Hoff Ralf von den, « König, Tyrann, Bürger, Heros, Gott: Bilder von Monarchen in der visuellen Kultur des antiken Griechenland », in Stefan Rebenich (éd.), Monarchische Herrschaft im Altertum, Berlin, de Gruyter, 2017, p. 263-303.
16Jones Christopher P., New Heroes in Antiquity. From Achilles to Antinoos, Cambridge/Londres, De Gruyter, 2010.
17Ibid., p. 9.
18Currie Bruno, Pindar and the Cult of Heroes, Oxford, Oxford University Press, 2005.
19Eisenfeld Hanne, Pindar and Greek Religion. Theologies of Mortality in the Victory Odes, Cambridge, Cambridge University Press, 2022, p. 5. Voir la contribution d’Anne Gangloff dans ce volume au sujet de cette ambiguïté/ambivalence que l’on retrouve dans l’héroïsation de Tullia, la fille de Cicéron.
20Ibid., p. 18.
21O’Sullivan Lara-Louise, « Athenian Impiety Trials in the Late Fourth Century B. C. », CQ, no 47, 1997, p. 136-152.
22Ibid., p. 147.
23Loc. cit.
24Voir Korhonen Tua, « Self-concept and Public Image of Philosophers and Philosophical Schools at the Beginning of the Hellenistic Period », in Jaakko Frösén (éd.), Early Hellenistic Athens. Symptoms of a Change, Helsinki, Swedish Institute, 1997, p. 33-102.
25LeVen Pauline, « Aristotle’s Hymn to Virtue and Funerary Inscriptions », in Peter Liddel et Polly Low (éd.), Inscriptions and their Uses in Greek and Latin Literature, Oxford, Oxford University Press, 2013.
26Parker Robert, On Greek Religion, op. cit., p. 115 n. 29, avec les références.
27LeVen Pauline, « Aristotle’s Hymn », art. cité, p. 275.
28D. L., 5, 1, 3-6, trad. M. Narcy, in Goulet-Cazé Marie-Odile, Diogène Laërce, op. cit.
29LeVen Pauline, « Aristotle’s Hymn », art. cité, p. 284.
30D. L., 5, 11 (en référence au traité Sur Théocrite d’un certain Ambryon) ; Did., 6, 43 (attribuant la même œuvre à « Bryon ») ; Eus., 15, 2, 11 (citant l’historien péripatéticien de la philosophie Aristoclès de Messène).
31Ford Andrew, Aristotle as Poet, op. cit., p. 36.
32Trad. M. Narcy. Pour le texte grec et une traduction anglaise, voir Ford Andrew, Aristotle as Poet, op. cit., p. 35.
33Voir la discussion chez Wormell Donald, « The Literary Tradition », art. cité, p. 74-75 ; Düring Ingemar, Aristotle, op. cit., p. 35, p. 275 (T15h), p. 381 ; Harding Phillip, Didymos: On Demosthenes. Clarendon Ancient History Series, translation, text, and commentary, Oxford, Oxford University Press, 2006, p. 157-158 ; Ford Andrew, Aristotle as Poet, op. cit., p. 35-41.
34Did., col. 6, 15-17 : ἐπ]έσκη[ψε δ’α]ὐτῷ πρὸς τοὺς φί[λους καὶ τοὺ]ς ἑταίρους [ἐπι]στέλλειν ὡς οὐδὲν ἀ[νάξιον εἴη] φιλοσοφία[ς οὐδ’ ἄ]σχημον διαπεπραγμένος, voir Düring Ingemar, Aristotle, op. cit., p. 274 (T15e) = Did., 5, 64-6, 17 ; Did., col. 4, 59 – col. 6, 62, examine à son tour les opinions divergentes exprimées au sujet d’Hermias par Théopompe, un autre écrivain, ainsi que par Callisthène, Aristote et Théocrite. Cf. Harding Phillip, Didymos, op. cit., pour le texte, une traduction anglaise et un commentaire. Voir également Bollansée Joannes, « Aristotle and the Death of Hermias of Atarneus », art. cité.
35Pour les propos d’Hermippe au sujet de la mort d’Hermias, lire Bollansée Joannes, « Aristotle and the Death of Hermias of Atarneus », art. cité. Bollansée souligne combien l’œuvre d’Hermippe reconstruit la figure d’Hermias, sans toutefois en conclure que son propos doit refléter une perspective pro-aristotélicienne.
36Ath., 15, 696b. Selon Bolonyai Gábor, « Das Gedicht des Aristoteles auf Areta an Hermias von Atameus », Acta Ant. Hung., no 44, 2004, p. 5-20, c’est l’immortalisation politique et ontologique d’Hermias qui transparaît de la sorte.
37IG IV1 128, avec Fantuzzi Marco, « Sung Poetry: The Case of Inscribed Paeans », in James J. Clauss et Martine Cuypers (éd.), A Companion to Hellenistic Poetry, Oxford, Blackwell, 2010, p. 183-188 ; Furley William D. et Bremer Jan M., Greek Hymns: Selected Cult Songs from the Archaic to the Hellenistic Period, Tubingue, Mohr Siebeck, 2001, no 6, 4.
38Cf. Düring Ingemar, Aristotle, op. cit., part II. Non sans certaines divergences, les sources relatent qu’Eurymédon le dénonça sur base de ses croyances philosophiques, et pour ne pas avoir prié et respecté les divinités qui étaient honorées à cette période (Al-Mubashir, trad. I. Düring, Aristotle, op. cit., p. 199 ; Ibn Abi Usaibia, trad. I. Düring, Aristotle, op. cit., p. 214).
39Eus., 15, 2, 8 (Düring Ingemar, Aristotle, op. cit., p. 58i), en se référant à Lycon le Pythagoricien ; D. L., 5, 4, qui évoque l’auteur d’un traité intitulé Aristippe ou Sur la luxure des Anciens. Cf. Wormell Donald E. W., « The Literary Tradition », art. cité, p. 87 ; Düring Ingemar, Aristotle, op. cit., p. 64b, avec le commentaire (391) ; cf. aussi Bollansée Joannes, 2001, « Aristotle and the Death of Hermias of Atarneus », art. cité, p. 81-82 ; D.L., 5, 11-16, rapporte également que le testament d’Aristote prévoyait l’érection de statues-portraits de membres de sa famille, vivants et défunts, dans les sanctuaires.
40Voir Karataş Aynur-Michele-Sara, The Sanctuaries of Demeter in Western Asia Minor and on the Islands of the Coast, thèse de doctorat, université de Bristol, 2015.
41Voir Bernabé Alberto et Jiménez San Cristóbal Ana Isabel, Instructions for the Netherworld: The Orphic Gold Tablets, Leyde/Boston, Brill, 2008 ; Edmonds Radcliffe G. (éd.), III. The “Orphic” Gold Tablets and Greek Religion: Further Along the Path, Cambridge, Cambridge University Press, 2011.
42Voir Dignas Beate, « Rituals, Faith, Practices, and the Everyday », in ead. (éd.), A Cultural History of Memory in Antiquity, Londres, Bloomsbury, 2020, p. 131 ; Castagnoli Luca, « Ideas: Philosophy, Religion, and History », in Beate Dignas (éd.), A Cultural History of Memory in Antiquity, op. cit., p. 89-90.
43Bernabé Alberto et Jiménez San Cristóbal Ana Isabel, op. cit., L 3 et L 11, avec le commentaire.
44Plat., Men., 81a-c ; pour l’interprétation du passage, lire Castagnoli Luca, « Ideas: Philosophy, Religion, and History », art. cité, p. 85-89.
45Plat., Men., 81b, trad. A. Croiset, CUF.
46Bolonyai Gábor, « Das Gedicht des Aristoteles », art. cité, qui en conclut que les passages de l’Éthique à Nicomaque reflètent l’idée que la vertu humaine procède du divin. Cf. aussi Persic Alessio, « Le virtù di Ermia e l’inno amicale di Aristotele. Semi del Logos difficili da riconoscere? », in Giovanni Del Missier et Marino Qualizza (éd.), Legge e libertà. Scritti in onore di Ermanno Lizzi, Udine, de Gruyter, 2009, p. 85-126, qui met l’emphase sur la conception d’Aristote autour de l’amitié.
47Dem., 4e Phil., 10, 32.
48Voir Gallo Luigi, « Tra Macedoni e Persiani », art. cité. Contra Chroust Anton-Hermann, « Aristotle and the Foreign Policy of Macedonia », The Review of Politics, no 34, 1972/3, p. 367-394.
49Plat., Ap., 28.
50Green Peter, « Politics, Philosophy and Propaganda: Hermias of Atarneus and his Friendship with Aristotle », in Waldemar Heckel et Lawrence Tritle (éd.), Crossroads of History. The Age of Alexander, Claremont, Regina Books, 2003, p. 29.
51Voir [Arist.], Ath., 8, 4 ; And., 1, 96-98 ; Osborne Robin et Rhodes Peter J. (éd.), Greek Historical Inscriptions, 478-404 B.C., Oxford, Oxford University Press, 2017, no 79 (337 BC). La loi à l’encontre de la tyrannie et son iconographie programmatique montre le Dèmos personnifié sur un trône, couronné par la figure de Dèmokratia.
52Mitchell Lynette, The Heroic Rulers of Archaic and Classical Greece, Londres/New York, Bloomsbury, 2013, p. 162.
53Ibid., p. 5.
54Hoff Ralf von den, « Das Heroische in der neueren kulturhistorischen Forschung », art. cité.
55Ibid., p. 279 : « Der würdige, alte und durch Luxus ausgezeichnete König wird also das im Griechenland und Unteritalien des 4. Jahrhunderts v. Chr. geläufige visual Alleinherrscherkonzept. »
56Voir ibid., p. 282 sq. Keesling Catherine, Early Greek Portraiture. Monuments and Histories, Cambridge, Cambridge University Press, 2017, p. 62-66, met également l’accent sur l’arete des rois, qui explique la forte proportion de ces derniers dans les premiers portraits grecs. Keesling aborde les portraits d’Alexandre Ier à Delphes, celui du dynaste lycien Arbinas à Xanthe (l’oracle de Delphes avait ordonné à Arbinas de dédier une icône le représentant à Léto, en tant que mnèma de son propre aretè ; voir Osborne Robin et Rhodes Peter J. [éd.], Greek Historical Inscriptions, 478-404 B. C., Oxford, Oxford University Press, 2017, no 13), ainsi que des portraits des rois spartiates. Comme exemple, on verra aussi l’argumentaire complexe de Braund David, « The Relief and Text of IG II³ I 298: Leukon and his Sons in Athens and Mytilene », ABSA, no 114, 2019, p. 241-261, qui tente de réinterpréter le relief, et suggère que ce ne sont pas les trois fils mais le roi du Bosphore décédé avec deux de ses fils qui sont représentés. Braund souligne à juste titre les limites floues entre le langage et l’iconographie funéraires et honorifiques.
57X., HG, 7, 3, 12, trad. J. Hatzfeld, CUF. Pour une analyse du propos de Xénophon sur la tyrannie d’Euphron, voir Lewis Sian, « Καὶ σαφῶς τύραννος ἦν: Xenophon’s account of Euphron of Sicyon », JHS, no 124, 2004, p. 65-74, qui considère à juste titre les complexités de l’auto-promotion dans la politique du ive siècle, ainsi que la construction de la tyrannie telle qu’elle est intégrée et développée dans le récit des historiens tels qu’Hérodote et Xénophon.
58Th., 5, 11 ; Paus., 3, 14, indique qu’un cénotaphe a été érigé à Sparte près des tombes de Pausanias et de Léonidas, où des jeux annuels et des discours étaient célébrés.
59Ford Andrew, Aristotle as Poet, op. cit., p. 145.
60Osborne Robin et Rhodes Peter J. (éd.), Greek Historical Inscriptions, 478-404 B.C., Oxford, Oxford University Press, 2017, no 68 (= Engelmann Helmut et Merkelbach Reinhold, Die Inschriften von Erythrai und Klazomenai, Bonn, R. Habelt, 1972-1973, no 9).
61L. 30-34.
62Cf. Trampedach Kai, Platon, op. cit., p. 66.
63Plat., 6e Ep., 322.
64Arist., Pol., 3, 13-18. À propos de cette typologie, ainsi que de la nature théorétique et métaphysique de cette catégorie très extrême qu’était la pambasileia dans la pensée d’Aristote, dont aucun roi historique ou contemporain n’aurait pu se montrer à la hauteur, voir Atack Carol, The Discourse of Kingship in Classical Greece, Londres, Routledge, 2020, p. 179-184.
65Arist., EN, 8, 7, 1158b29-1159a12.
66Engelmann Helmut et Merkelbach Reinhold, Die Inschriften von Erythrai und Klazomenai, op. cit., no 9 = Osborne Robin et Rhodes Peter J. (éd.), Greek Historical Inscriptions, op. cit., no 68, l. 1-2.
67Phld., col. 5, 1 sq. Cf. Düring Ingemar, Aristotle, op. cit., p. 277-278 ; Did., 5, 51. Voir Düring Ingemar, Aristotle, op. cit., p. 273-276, et Harding Phillip, Didymos, op. cit., p. 139-144 ; Trampedach Kai, Platon, op. cit., p. 75, avec les références des diverses interprétations des premiers savants. Harding Phillip, Didymos, op. cit., p. 124, suggère que le règne d’Hermias prenait comme modèle la cour macédonienne ; Osborne Robin et Rhodes Peter J. (éd.), Greek Historical Inscriptions, op. cit., p. 345, assimilent également ces « compagnons » à « ceux de Philippe et Alexandre, un conseil informel de favoris du roi ».
68Trampedach Kai, Platon, op. cit., p. 66 ff. L’auteur qualifie l’idée que le règne d’Hermias aurait connu une harmonie entre la philosophie et l’exercice du pouvoir de « Wunschtraum beseelter Platonforscher ».
69Hdt., 1, 160, 9-18 ; 6, 28-29 ; 6, 42, 2-4 ; Plu., De la malignité d’Hérodote, 859B ; Charon, FGrHist 262 F9 ; Paus., 4, 35, 10.
70Arist., Pol., 1267a 31-37. Dans le contexte de son propos sur la richesse désirable d’une communauté, Aristote se réfère à une occasion où Atarnée a été assiégée par le satrape perse Autophradatès, et Eubule lui fit habilement remarquer qu’il ne retirerait pas grand-chose de ce siège ; Str., 13, 1, 57.
71Cf. X., An., VII, 8, 8 ; HG, 3, 1, 6. Voir Dignas Beate, « Rituals and the Construction of Identity in Attalid Pergamon », in Beate Dignas et R. R. R. Smith (éd.), Historical and Religious Memory in the Ancient World, Oxford, Oxford University Press, 2012, p. 119-143 ; Matthaei Albrecht, « Atarneo. Una città all’ombra di Pergamo? », in Ivana Savalli-Lestrade (éd.), L’Éolide dans l’ombre de Pergame, Lyon, de Boccard, 2016, p. 90-92 ; Grüner Andreas, « Teuthrania. Eine kleinasiatische Polis der klassischen Zeit und ihre Bedeutung für die Herrschaftsideologie des attalidischen Pergamon », in Ivana Savalli-Lestrade (éd.), L’Éolide dans l’ombre de Pergame, op. cit., p. 75-78.
72Sext., M., I, 258.
73Ma John, « Mysians on the Çan Sarcophagus? Ethnicity and Domination in Achaimenid Military Art », Historia, no 57, 2008/3, p. 243-254. Pour une excellente analyse de ces interactions complexes, voir Debord Pierre, L’Asie Mineure au ive siècle (412-323 a.C.). Pouvoir et jeux politiques, Paris, de Boccard, 2005.
74Cf. Pirson Felix, « Die Siedlungsgeschichte Pergamons – Überblick und kritische Revision. Mit einem Appendix von Anneke Keweloh-Kaletta », IM, no 67, 2017, p. 43-130.
75Dusinberre Elspeth R. M., Empire, Authority, and Autonomy in Achaemenid Anatolia, Cambridge, Cambridge University Press, 2013, p. 223.
76Hoff Ralf von den, « König, Tyrann, Bürger, Heros, Gott », art. cité, p. 269.
77Ibid., p. 274.
78Cf. Diler Adnan, « The Hecatomneion in Mylasa. Preliminary Studies of the Cult », in Poul Pedersen et al. (éd.), Karia and the Dodecanese. Cultural Interrelations in the Southeastern Agaean. Late Classical and Hellenistic, Oxford/Philadelphie, Oxbow Books, 2021, p. 87-106.
79Cf. Nafissi Massimo, « Königliche Ansprüche der Hekatomniden: Das neue Monument aus Iasos », in Engelbert Winter et Klaus Zimmermann (éd.), Zwischen Satrapen und Dynasten: Kleinasien im 4. Jhdt. v. Chr., Bonn, R. Habelt, 2015, p. 21-48 ; Nafissi Massimo, « Le iscrizioni del monumento per gli Ekatomnidi: edizione e commento storico », SCO, no 61, 2015 [Epigrafi di Iasos. Nuovi supplementi II], p. 63-99. Les habitants d’Iasos soulignent que, pour la première fois, ils élevaient les rois, bénéficiant d’une position particulière parmi les mortels, à une plus grande célébrité encore, en mettant en place leurs représentations « pour la bonne fortune » (ἐπ’εὐτυχίας). La royauté transcende le mortel et l’immortel, l’épigramme et la statue « font croître la renommée en immortalité » (l’épigramme s’ouvre sur le même verbe αὔξω, qui est répété deux fois dans le poème d’Aristote [l. 18 et 20 sq.] et, dans chaque cas, les Muses en sont le sujet).
80Cf. le compte-rendu de la DFG-Sonderforschungsbereich « Helden – Heroisierungen – Heroismen » dans Hist-Soz-Cult (28 juillet 2015).
Auteur
-
Beate Dignas
Université d’Oxford ; Somerville College.
Beate Dignas est Associate Professor à l’université d’Oxford et Barbara Craig Fellow and Tutor d’histoire ancienne au Somerville College. Ses recherches portent sur la religion grecque et l’histoire de l’Asie Mineure. Elle est l’auteure de Economy of the Sacred in Hellenistic and Roman Asia Minor (OUP, 2002) et coauteure de Rome and Persia in Late Antiquity (CUP, 2007). Avec R. R. R. Smith, elle a édité Historical and Religious Memory in the Ancient World (OUP, 2012). Plus récemment, elle a édité A Cultural History of Memory in the Ancient World (Bloomsbury 2021).
Le texte seul est utilisable sous licence Creative Commons - Attribution - Pas d'Utilisation Commerciale - Pas de Modification 4.0 International - CC BY-NC-ND 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont « Tous droits réservés », sauf mention contraire.
Un constructeur de la France du xxe siècle
La Société Auxiliaire d'Entreprises (SAE) et la naissance de la grande entreprise française de bâtiment (1924-1974)
Pierre Jambard
2008
Ouvriers bretons
Conflits d'usines, conflits identitaires en Bretagne dans les années 1968
Vincent Porhel
2008
L'intrusion balnéaire
Les populations littorales bretonnes et vendéennes face au tourisme (1800-1945)
Johan Vincent
2008
L'individu dans la famille à Rome au ive siècle
D'après l'œuvre d'Ambroise de Milan
Dominique Lhuillier-Martinetti
2008
L'éveil politique de la Savoie
Conflits ordinaires et rivalités nouvelles (1848-1853)
Sylvain Milbach
2008
L'évangélisation des Indiens du Mexique
Impact et réalité de la conquête spirituelle (xvie siècle)
Éric Roulet
2008
Les miroirs du silence
L'éducation des jeunes sourds dans l'Ouest, 1800-1934
Patrick Bourgalais
2008
