Corps héroïques, héroïsation et mémoire des corps en Grèce ancienne
p. 27-40
Texte intégral
1En juin 2022, la presse francophone africaine relate la restitution par la Belgique du corps du héros de l’indépendance du Congo, Patrice Lumumba. Le cercueil rendu à la famille est d’abord exposé à Bruxelles, traverse ensuite solennellement Kinshasa, avant d’être inhumé dans un mausolée dédié. Les médias parlent de « corps » ou de « dépouille », c’est en fait une dent qui est remise1, seule partie conservée d’un corps dissout dans l’acide. La fabrique du héros national avait commencé bien avant, mais cette infime parcelle de corps vient conforter son inscription dans la mémoire du pays.
2Dans l’Antiquité, les cités grecques sont peuplées de héros – et d’héroïnes dans une moindre mesure –, dans leurs panthéons, leurs modèles éducatifs et leur histoire collective. On distingue plusieurs catégories poreuses : les héros épiques qui sont généralement des guerriers sans que toujours des exploits leur soient accolés et les héros qui reçoivent un culte, mais les premiers en reçoivent parfois aussi. Le vocabulaire pluriel dit la complexité de la définition : hèrôs, hèmitheos, isotheos ou encore antitheos. Parmi leurs points communs, le corps est une entité physique et un potentiel, en perpétuelle oscillation entre deux mondes, celui des hommes et celui des dieux. Le corps est un agent classificatoire qui distingue les individus selon leur sexe, leur statut ou encore leur origine ethnique. Cette catégorisation passe par la biologie et les apparences qui intègrent bon nombre d’artifices. L’allure générale d’un individu, sa prestance, sa manière d’être, de se tenir, de se mouvoir disent tout de lui ou presque.
3La bibliographie sur les héros est importante2 : ils ont été surtout abordés pour leurs liens avec la naissance des cités, les modalités rituelles associées, l’articulation entre le lieu de culte (hèrôon) et le territoire civique. La lecture de leur corps est marginale dans les approches. Pourtant l’histoire du héros construit les étapes de l’héroïsation : vivant, il est le medium par lequel l’exploit advient et l’héroïsation est possible ; il connaît la mort, ce qui le différencie d’une divinité ; il ouvre à l’immortalité par le biais d’une tombe avec des ossements et/ou des cendres ainsi que des rituels associés ; revendiqué par une communauté, il participe à la mémoire par ses qualités qui sont louées.
4Le corpus est limité aux héros dont le corps vivant et mort participe à toutes ces étapes3, c’est-à-dire les héros épiques et les héros cultuels de l’époque archaïque et classique. À partir de l’époque hellénistique4, quand s’accélèrent les héroïsations, les critères évoluent : le corps prend une part moindre, généralement par le seul biais d’une tombe. Les héros sont alors surtout des bienfaiteurs dont les actes ne s’expliquent plus par des qualités physiques.
5Pour expliquer l’organisation du kosmos et ses hiérarchies, les Grecs classent les corps selon une échelle de perfection qui va du sur-corps divin au corps animal en passant par celui des mortels. Cette gradation renverse notre lecture traditionnelle de l’anthropomorphisme des divinités grecques : le corps divin est en fait l’étalon de tous les autres corps. Quelle place accorder alors au héros dans cette classification ? Comment articuler corps et héroïsation ? Quel rôle pour le corps dans la mémoire de ce processus ?
Un corps physique medium de l’héroïsation
6Le corps participe à l’héroïsation, il en est le support. S’il permet les exploits qui, le plus souvent, font accéder au statut de héros5, il a des caractéristiques intrinsèques, quel que soit le type de héros : la force associée généralement à une haute stature et la beauté6. Cette dernière se construit fréquemment par la comparaison, d’une part avec les divinités qui l’incarnent naturellement, d’autre part avec les grands animaux (lions, taureaux, chevaux). Ce qui constitue le beau n’est jamais totalement décrit, mais on trouve le plus souvent la stature, la peau et le teint, la chevelure abondante, la souplesse des membres et la brillance7. Du portrait d’Agamemnon au livre II de l’Iliade se dégage une impression de force :
« Pour les yeux et le front, il est pareil à Zeus Tonnant, pour la ceinture à Arès, pour la poitrine à Poséidon. Tel le taureau qui prime au milieu du troupeau entre toutes les autres bêtes et se détache, nettement des vaches autour de lui groupées, tel Zeus a fait l’Atride en ce jour-là, se détachant et primant sur des milliers de héros8. »
7De cette beauté étudiée par J.-P. Vernant9, peu de détails sont donnés : panta kala « tout est beau », même un cadavre, « tout ce qu’il laisse voir, même mort est beau10 ». Cependant, le corps héroïque n’est ni parfait ni à l’abri, il connaît la souffrance et la mort. Achille, refusant la rançon proposée par Lycaon fils du roi Priam pour l’épargner, reconnaît leur destin commun :
« Moi-même, tu le vois, je suis beau, je suis grand (egô kalos te megas te), je sors d’un noble père, une déesse fut ma mère : et néanmoins la mort est sur ma tête et l’impérieux destin. Un matin viendra – un soir, un midi – où quelqu’un au combat m’arrachera, à moi aussi, la vie, en me touchant ou de sa pique ou d’un trait jailli de son arc11. »
8L’adjectif theoeidès, « semblable aux dieux », très souvent accolé au nom du héros, exprime cette apparence, une ressemblance qui n’est qu’extérieure, il lui manque les qualités internes propres à l’immortalité. En effet, dans ses veines coule du sang alors que dans celles des divinités, l’ichôr n’ouvre la voie à aucune corruption.
9Le héros est traversé par les émotions, il n’échappe à aucune. À la guerre, il connaît la peur comme n’importe qui, mais celle-ci lui sert de faire-valoir. Dans l’Iliade et dans une moindre mesure dans l’Odyssée, la liste des inscriptions somatiques de la peur est longue12 : le héros tremble et frissonne, des larmes coulent, ses poils se hérissent, ses dents claquent, son teint s’altère, son cœur se serre, la voix ne sort plus (aphasie), il se tapit tel un animal. Rien ne lui est épargné. D’autres sources, à partir du ve siècle avant J.-C., dévoilent même la liquéfaction qui saisit les entrailles. Mais le héros sait maîtriser ce corps qui se dérobe. Homère le chante très bien : « Celui qui est vraiment un héros, celui-là doit rester, et de toutes ses forces, qu’il blesse ou soit blessé13. » Hector fuyant devant Achille, accepte enfin le combat dont il pressent l’issue, il expose alors ce qui fait de lui un héros :
« Tu voulais que, pris de peur, j’oubliasse ma fougue (menos) et ma valeur (alkè). Non, tu ne planteras pas ta pique au dos d’un fuyard : je marche droit sur toi ; pousse-la-moi donc en pleine poitrine, si le Ciel te le permet. Et, pour l’instant, évite, toi, ma javeline de bronze14. »
10Sans la force (alkè, menos, bia ou encore kratos15), la beauté n’est rien, la qualité est physique et morale, offrant de surpasser l’adversité et ses propres doutes. Ainsi, Achille possède « en son âme (phresin) une force exceptionnelle (aspetos alkè) » et « dans son cœur (stèthesin) un courage intrépide (thumos […] atromos)16 ». Souvent couplée à la vélocité, la force est naturelle, associée à la constitution physique (grand, musclé, aux membres déliés), elle peut être confortée ou insufflée par la divinité17. Grâce à elle, le héros accomplit les actes pour lesquels il est héroïsé. Héraklès et Thésée18, dont toutes les sources s’accordent sur une puissance hors du commun dès l’enfance, libèrent les Grecs de toutes sortes de monstres et de brigands. Alors qu’il vient d’assassiner ses enfants dans une crise de folie et qu’il reprend conscience, Héraklès, dans la tragédie éponyme d’Euripide, se rappelle ce qu’il a été : « Du jour où la jeunesse eut garni mon corps de muscles vigoureux, est-il besoin de dire les travaux (mochthous) que j’ai accomplis19 […] », rien ne l’a arrêté. « Innombrables aussi sont les épreuves dont j’ai goûté ; je n’en ai refusé aucune, mes yeux n’ont pas distillé de larmes20 […]. » Son corps est un potentiel entretenu et utilisé. Certains expliquent cette musculature par son ascendance divine, il est le fils de Zeus, et par la longueur de l’union sexuelle dont il est le produit21. La puissance des héros cependant agit rarement seule. Plutarque associe à la force physique de Thésée la vaillance et le courage22. Le Spartiate Brasidas, héroïsé à Amphipolis en 422, a mené de nombreux combats victorieux dont la libération des Amphipolitains du joug athénien ; chez Thucydide, Diodore et Plutarque, ses qualités morales sont pourtant premières23. Quant à Alexandre le Grand, dans la deuxième moitié du ive siècle, on ne compte plus les batailles auxquelles il prend part avec ses troupes, récoltant des blessures dont plusieurs manquent de peu de lui être fatales.
11La mort en pleine gloire n’est pourtant pas nécessaire à l’héroïsation. Pour ne reprendre que les exemples précédents, leur fin n’a rien de mémorable : Héraklès succombe après d’atroces souffrances, le corps brûlé par la tunique empoisonnée offerte par son épouse Déjanire24 ; l’exilé Thésée tombe dans la mer à Skyros, poussé ou par accident ; Alexandre est vaincu par la maladie dans son palais à Babylone. La mort est la dernière part d’humanité du héros25. L’inhumation (et parfois la crémation) et les rituels renouvelés de fête en fête l’inscrivent désormais dans l’immortalité et les mémoires.
Un corps nécessaire à l’héroïsation
12De nombreux travaux ont montré les liens à l’époque archaïque, comme à Lefkandi en Eubée, entre une tombe devenue un hèroôn – un lieu de culte26 –, le territoire civique et la construction de la communauté. Le corps mort, par des cendres et/ou des ossements, accompagné d’objets, enracine la mémoire des héros et celle des cités. Le posséder ancre la communauté dans un passé glorieux, tisse des liens généalogiques avec des puissances divines et apporte une protection considérée comme efficace. Dans les textes, deux termes essentiellement apparaissent : ostea/osta « les ossements » et soma27, traduit habituellement par « le corps », désignant chez Homère et dans nos textes « le cadavre ». Parfois est cité un cercueil ou une urne (larnax, thèkè, sorôs). Si l’on met à part l’omoplate de Pélops28, seuls des corps intègres sont mentionnés, même s’ils ont été détruits par la crémation. La croyance en la vie dans l’au-delà explique l’absence de morcellement. Fragmenter un corps participe en effet à des pratiques outrageantes, tandis qu’un corps holoklèros29, « sain, intègre, complet », est à l’image du divin. En l’absence de parcellisation comme dans d’autres cultures, des objets sont utilisés dans les sanctuaires pour témoigner des héros, des « objets de mémoire » selon l’expression d’A. Zografou30.
13Les déplacements d’ossements (ostea/osta), d’une tombe (taphos, plus rarement sèma) ou d’un monument (mnèma) sont fréquemment mentionnés, en particulier par Pausanias, qu’il s’agisse de héros fondateurs de cités ou de peuples ou encore de combattants victorieux de la guerre de Troie ou de conflits historiques : par exemple, les ossements d’Hector déplacés de Troie à Thèbes31, d’Arkas de Mainalos à Mantinée32, de Tisamène d’Héliké à Sparte33. Dans certains cas, la tradition précise – sans doute parce que chacun sait que le héros n’est pas mort là où se trouve sa tombe – que celle-ci n’est pas un cénotaphe, mais bien un taphos. Concernant Aristomène34, Pausanias rapporte la précision donnée sur place : le monument n’est pas vide (ou kenon). Ce héros des guerres entre Sparte et la Messénie (« le meilleur des Grecs de son temps35 »), mort de maladie à Rhodes au vie siècle, est ramené à Messène après 370 quand la Messénie s’émancipe de la domination spartiate, grâce aux victoires thébaines. La politique des ossements intervient dans un contexte de crise politique ou de guerre36, plus qu’à des fins premières cultuelles. Deux éléments apparaissent ici : le détail de l’enagismos – le sacrifice sanglant d’un animal vigoureux –, et sa protection efficace dans les guerres contemporaines à son retour en Messénie. À la « vigueur » de l’animal immolé répond la force du héros rapatrié.
14Le cas le plus célèbre, daté des années 470 avant J.-C., est celui de Thésée37. Les auteurs anciens s’accordent sur une fin en exil loin d’Athènes, en « terre étrangère38 » à Skyros, dans les Sporades. Il serait ensuite apparu aux côtés d’autres héros et divinités à la bataille de Marathon pour lutter contre les Perses, ce qui aurait poussé les Athéniens à renforcer son culte39. Plutarque résume les différents éléments de sa mort40 (par accident ou assassinat), mais aucune source ne mentionne de funérailles, comme si le corps s’était évanoui des mémoires ; il donne deux versions complémentaires du rapatriement des ossements (Vie de Thésée et Vie de Cimon). On retrouve dans les récits, à partir du ive siècle, des constantes des autres déplacements : la consultation d’Apollon (ici en 476/475), l’oracle ordonnant de retrouver la dépouille, des indications géographiques peu précises, un aspect merveilleux ou miraculeux. Tout dans cette découverte quasiment archéologique témoigne du statut héroïque : les objets (épée, lance), le bronze des armes (aichmè chalkè41), et la taille surdimensionnée des restes (thèkè tou megalou sômatos). Rien n’est dit des manipulations techniques, on sait seulement que le retour se fait à bord de la trière de Cimon, avec honneur, et que les ossements trouvent leur place au cœur de la cité (« près d’un gymnase »), accueillis avec joie par le peuple. Le culte de Thésée existait déjà à Athènes, mais il est renforcé, associé à la démocratie et au développement de la thalassocratie athénienne, la cité réinvestissant les voyages et les victoires de son glorieux ancêtre.
15Un siècle auparavant, vers 550 avant J.-C., Sparte connaît une politique des ossements assez similaire, dans un contexte de conflit régional avec Tégée42, autour de la dépouille d’Oreste, disparu lui aussi des mémoires. Hérodote (1, 67-68) offre le récit le plus circonstancié sur le corps du héros et la crise à Sparte : là encore la Pythie est consultée à plusieurs reprises, la sépulture étant difficile à trouver. Cette dernière est au départ anonyme, même si la grande taille du cercueil (thèkè, soros, taphos) et du corps (nekron), sept coudées (presque 3 mètres), sont des indices sérieux d’identification. L’anonymat est rendu par nekron, « cadavre », terme absent des autres récits. Finalement, le corps est reconnu, transporté, ré-inhumé et apporte sa protection à la cité spartiate. Certains historiens parlent alors de corps-talisman43. La généalogie (Oreste fils d’Agamemnon) l’inscrit dans l’histoire de la cité, son retour fait de lui un talisman efficace puisque Sparte l’emporte sur Tégée.
16L’héroïsation d’Alexandre le Grand est plus complexe, elle ne relève pas de la politique des ossements, mais en a des aspects. Détourner et posséder sa dépouille offre légitimité, protection et honneur à Ptolémée44. Alexandre s’est lui-même donné comme objectif l’imitation des héros iliadiques45, confortant ainsi sa royauté. Au-delà de tout ce qui l’inscrit dans la tradition épique (parfaite connaissance d’Homère, récupération des armes d’Achille en début d’expédition, funérailles d’Héphestion, vaillance, comparaisons animalières dans sa manière de combattre, ascendance divine, etc.), son corps a tout de celui d’un héros. Saisi de douleurs alors qu’il est blessé par une flèche en Inde, le roi exprime sa part d’humanité : « Mes amis, ce liquide, c’est du sang et non pas l’ichôr qui coule dans les veines des dieux bienheureux46. » Pour se reconnaître comme un mortel (ce qui pourrait passer pour un signe de proximité avec ses troupes lors de tensions sur les suites à donner à l’expédition), il utilise un vers d’Homère (Iliade, 5, 340), ce qui le projette plutôt vers les héros, et de fait, vers l’immortalité. Plutarque47, dans sa Vie d’Alexandre, n’offre pas de portrait complet, il procède par petites touches dans lesquelles transparaissent la beauté divine et celle des héros de l’Iliade : fraîcheur du teint alliant blancheur et pourpre, odeur délicieuse (euôdia) de sa peau allant jusqu’à imprégner ses vêtements, chairs au tempérament chaud et igné. Après son décès à Babylone, durant sept jours, il ne se dégrade pas et paraît « sain et entier48 ». Chacun peut l’admirer et les embaumeurs hésitent à toucher un corps apparemment vivant.
17Dans les étapes de transfert d’ossements devenues un topos littéraire, les détails pratiques n’apparaissent pas. Dans un seul cas, celui d’Hésiode, Plutarque mentionne la tentative des Locriens de cacher les restes du poète, mais sans succès49. Ils sont bien transférés à Orchomène. L’important dans le récit n’est pas le corps concret mais la protection apportée et la mémoire (ré)activée. Avec la mort, ce corps et ses qualités intrinsèques disparaissent pour ressurgir dans l’histoire des cités sous forme d’ossements, marques tangibles d’une histoire qui s’est effectivement déroulée. La mémoire de ce corps, chantée, récitée, est essentielle, la parole entretient ce qui n’est plus.
Le corps-étalon comme « lieu de mémoire »
18Les valeurs héroïques louées s’inscrivent à plusieurs titres dans un contexte agonistique. De leur vivant, les héros épiques s’opposent dans des exercices athlétiques et s’affrontent dans une ultime épreuve, la guerre. Leurs corps sont tout d’abord mesurés aux divinités dont ils ne sont que de fragiles copies, aux animaux puissants ensuite, mais surtout entre eux. Déjà dans l’Iliade, la comparaison est permanente (Thersite et les autres héros, Ulysse et Agamemnon opposés en hauteur et en largeur50, Diomède et Tydée, le vieux Nestor et les jeunes guerriers, le kakos et le kalos ou le « peureux et le brave », etc.). Ainsi, Priam interroge Hélène du haut des remparts de Troie en montrant Agamemnon :
« Quel Achéen est-ce donc que ce héros si noble et si grand ? Il en est de plus grands, sans doute, qui le dépassent de la tête. D’aussi beau, en revanche, jamais de mes yeux n’en ont vu, ni d’aussi imposant. Il a tout l’air d’un roi51. »
19Ajax le rapide, le fils d’Oïlé, est ainsi affronté à son illustre homonyme :
« Il n’a pas la taille du fils de Télamon ; il est moins grand que lui, beaucoup moins grand même. Mais, en dépit de sa petite taille et de sa cuirasse de lin, pour lancer la javeline, il n’a pas de rival parmi les Panhellènes ou les Achéens52. »
20Lorsque la vie fuit les corps, quand il ne reste que des traces, le seul élément de confrontation devient la taille. Ainsi, décrivant la tombe d’Ajax ouverte par les assauts marins, Pausanias relate la découverte fortuite d’un Mysien qui lui aurait décrit un corps aisément reconnaissable :
« Pour me faire une idée de la grandeur du corps, il me donna les repères que voici : l’os du genou (ta epi tois gonasin osta), que les médecins appellent rotule (mulè), était chez lui à peu près de la taille du disque que l’on donne aux athlètes du penthlate dans la catégorie enfants53. »
21La rotule est nommée et détaillée comme par un spécialiste du corps, ce qui la rend réelle. Le choix n’est pas un hasard : en Grèce les genoux sont des lieux parlants et ambivalents. Éléments structurants de la charpente du corps (demas), ils oscillent entre la force et la faiblesse. Ils sont les supports de la verticalité, de la locomotion, donc de la vélocité, ils sont touchés pour supplier quelqu’un, mais ils se dérobent aussi sous le coup d’une émotion forte (peur ou joie), enfin la mort s’énonce par leur déliaison54. Cette rotule est comparée à un disque, sans dimension précise55, puisque chacun connait cet objet banal de la compétition athlétique. Plutarque confronte ensuite, dans une digression, d’autres dépouilles mais fait aussi part de ses doutes56. L’incrédulité apparaît à plusieurs reprises dans les sources, lors de découvertes fortuites comme ici en Mysie ou pour des recherches actives.
22Les sentiments évoqués dans les textes à la vue de ces ossements sont la joie, rapprochée du thambos, l’émotion qui saisit devant le divin (les Athéniens face à Thésée), parfois la stupeur (lorsque Sertorius, après des recherches de quasi-archéologie funéraire, découvre le corps d’Antée aux confins du monde connu). Strabon relaie la découverte peu crédible du corps du géant (soixante coudées) et cite sa source, Tanusius un historien romain qui « ne se retient pas de dire des énormités sur la Maurousie57 ».
23Pline l’Ancien au ier siècle après J.-C. et Aulu-Gelle58, au iie siècle après J.-C., font part de leurs doutes mais transmettent cependant l’idée qu’au cours des âges, les corps humains auraient rapetissé et que leur grande taille corroborerait leur ancienneté. Selon Pline, par exemple :
« Le genre humain devient partout de plus en plus petit, c’est une observation à peu près constante : rarement les enfants sont plus grands que leurs pères, la fécondité de la semence se consumant par la combustion, phase vers laquelle le temps précipite maintenant le monde. En Crète, dans un tremblement de terre, une montagne s’étant ouverte, on trouva un corps debout, haut de quarante-six coudées, attribué par les uns à Orion, par les autres à Otos. Les histoires rapportent que le corps d’Oreste, déterré par l’ordre de l’oracle, avait sept coudées59. »
24Les potentiels candidats pour ce corps faramineux de quarante-six coudées (seize mètres), sont deux héros dont le gigantisme est anciennement attesté. Orion, fils de Poséidon, passe dans l’Antiquité pour le plus grand de tous (et parmi les plus beaux60) : quand il marchait sa tête touchait les nuages. Quant à Otos, dès l’Odyssée, sa haute taille est mentionnée : « Otos rival des dieux et l’illustre Éphialte, les plus grands êtres qu’ait nourris la terre aux blés et de loin les plus beaux après le glorieux Orion61. »
25Les remises en cause sont cependant rares et les histoires d’ossements reconnus, manipulés, rapatriés ou simplement honorés sont plus nombreuses. En l’absence d’un corps, la trace d’un passage peut suffire à l’exaltation. Ainsi à Chemnis, en Égypte, dans un sanctuaire de Persée, on pouvait voir dans les temps anciens sa sandale (sandalion) de deux coudées de long (90 centimètres). Hérodote, qualifié de « grand inventeur de mensonges » par Aulu-Gelle62, donne un détail pour renforcer la véracité63 : cette sandale est « usagée », sous-entendue, elle a été portée par le héros qui séjournait par période dans le sanctuaire lui aussi surdimensionné, adapté à celui qu’il accueille. On retrouve le rôle de talisman : la chaussure apporte la prospérité. Le pied est, comme le genou (la rotule d’Ajax), ambivalent64. Il permet de marcher, il donne aux héros leur vélocité (Achille « aux pieds légers ») et il n’est donc pas étonnant que les Chemnites aient institué ici, pour Persée, des concours athlétiques. A contrario, le pied est le lieu de la boiterie (celle de Thersite), de l’affaiblissement (celui de Philoctète abandonné à Lemnos), du monosandalisme (de Jason par exemple) ou encore de la mort (Achille blessé au talon).
26Hérodote témoigne aussi d’une trace de pied, celle qu’Héraklès aurait laissée en Scythie :
« Ce pays n’offre pas de curiosités, à cela près que ses fleuves sont de beaucoup plus grands et plus nombreux. Je dirai ce qui, en dehors des fleuves et de la vaste étendue des plaines, y mérite l’admiration : on y montre sur un rocher une empreinte du pied d’Héraclès ; elle ressemble à l’empreinte d’un pied humain, mais sa longueur est de deux coudées ; elle se voit près du fleuve Tyras65. »
27Hérodote cite à nouveau deux coudées, une sorte de « pointure héroïque », celle de Persée et d’Héraklès. Le pied renvoie sans doute au héros voyageur dont les exploits s’inscrivent dans toute la Méditerranée, ici aux marges de la Grèce. L’historien est un habitué des comparaisons. Il cite le cas d’Artachaiès (qui avait fait construire le canal du Mont Athos), considéré comme le plus grand Perse de son époque, celui qui avait la voix la plus puissante. Mais l’honneur – pourrait-on dire – est sauf puisqu’il ne mesure qu’environ cinq coudées royales, une cinquantaine de centimètres de moins que les héros. Sa haute taille suffit à son héroïsation : « Sur l’ordre d’un oracle, les Acanthiens offrent à cet Artachaiès des sacrifices comme à un héros, en l’appelant par son nom66. » Nous retrouvons deux éléments importants de l’héroïsation, un corps exceptionnel, et des paroles énoncées qui l’inscrivent dans la mémoire de la cité.
28Certains historiens contemporains ont tenté d’expliciter ces ossements gigantesques. La concentration de fossiles du Pleistocène dans le pourtour égéen fournit généralement l’explication rationnelle. Orion ou Otos, cités par Pline, auraient été découverts en Crète, région célèbre aujourd’hui pour de telles trouvailles, Pélops quant à lui est inhumé près d’Olympie dans une zone riche en fossiles (son omoplate serait alors une scapula de mammouth67). Peu importe sans doute la réalité des découvertes : ces jeux littéraires et corporels ont surtout pour vocation d’inscrire le héros dans du quantifiable, dans cette fameuse échelle de perfection des corps. Il s’agit aussi de créer un effet de réel dans un récit et d’ancrer ce corps dans l’histoire des cités et dans leurs propres compétitions.
⁂
29La mémoire se construit dans les sources par les exploits, la généalogie, les rituels surtout. On pourrait alors se demander si le corps du héros (épique ou cultuel) ne serait pas un « lieu de mémoire » au sens proposé par Pierre Nora68. Dans les trois volumes des Lieux de mémoire, les funérailles et les déplacements des cendres sont bien présents. L’historien énonce plusieurs critères dans son introduction : « Ils [les lieux de mémoire] sont lieux, en effet dans les trois sens du mot, matériel, symbolique et fonctionnel, mais simultanément, à des degrés seulement divers. » Ces trois aspects doivent être confortés par une « volonté de mémoire » pour dépasser le simple souvenir. « Matériel » d’abord, le corps l’est dans sa biologie et sa physiologie, dans la vie qui s’est écoulée et la manipulation de ses restes, dans ses qualités palpables et identifiables, un corps de chair et de sang, ou plutôt d’os et de muscles. Il renvoie aussi à ce que chacun « a » et ce que chacun « est ». « Symbolique » ensuite. Le corps du héros vaut pour ce qu’il représente, pour les hiérarchies socioreligieuses dans lesquelles il s’inscrit et qu’il élabore aussi. Considéré en ses parties, membres, organes ou liquides biologiques (os, pieds, genoux, cœur, sang, mains, etc.), il construit des référents culturels dans lesquels les Grecs reconnaissent des valeurs qui soudent la communauté (force, compétition, pouvoir, etc.). « Fonctionnel » enfin. Le corps héroïque est un puissant modèle éducatif, il édifie et pousse à l’excellence. Le posséder dans sa mort est un enjeu pour les communautés civiques, enjeu le plus souvent politique, mais aussi cultuel et mémoriel. Il apporte une généalogie, permet d’écraser un ennemi, construit une topographie et une emprise sur un territoire. La « volonté » de mémoire est contenue dans les déplacements d’ossements, dans les cultes renouvelés de fête en fête, d’année en année, de génération en génération, dans les créations littéraires, théâtrales et poétiques. Pour P. Nora, « la mémoire ne s’accommode que des détails qui la confortent69 », on pourrait comprendre alors cet appétit des auteurs antiques à exposer sans cesse des objets ou des parties du corps, des tailles, des hauteurs et des largeurs.
30L’héroïsation est un processus complexe qui utilise les corps, elle les fait perdurer dans les mémoires et les rend saisissables. Par elle, c’est la continuité de l’ordre cosmique qui est garantie. Une fois le corps du héros disparu, il reste de lui un sèma ou un mnèma, une « tombe » ou un « monument » que le processus d’héroïsation rend central. La mémoire perpétue ce corps, expression du destin héroïque auquel il est difficile d’échapper.
Notes de bas de page
1La « dent de Patrice Lumumba » bénéficie même d’une entrée sur Wikipedia.
2Voir par exemple, Ekroth Gunnel, « Heroes and Hero-Cults », in Daniel Ogden (dir.), A Companion to Greek Religion, Oxford, Blackwell, 2007, p. 100-114 ; Kimmel-Clauzet Florence, « Introduction », Mythos, Rivista di Storia delle Religioni, no 14, 2020, en ligne, pour la bibliographie antérieure.
3Sauf mention contraire, les traductions sont celles de la Collection des universités de France, Les Belles Lettres. Ne sont pas traités ici les athlètes héroïsés, leur corps est cependant central dans le processus d’héroïsation, voir Roubineau Jean-Manuel, À poings fermés, Paris, Presses universitaires de France, 2022, p. 126-128 (avec la bibliographie antérieure).
4Mestre Francesca, « Les héros et la mort dans l’Héroikos de Philostrate », Itaca, Quaderns Catalans de Cultura Classica, nos 31-32, 2015-2016, p. 143-149. Aux iie-iiie siècles, dans Sur les héros, Philostrate, présentant avant tout des héros épiques, donne au corps une place de premier plan, usant de descriptions précises et de comparaisons.
5Mehl Véronique, « Corps iliadiques, corps héroïques », in Véronique Dasen et Jérôme Wilgaux (dir.), Langages et métaphores du corps dans le monde antique, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2008, p. 29-42, et « Héros », in Lydie Bodiou et Véronique Mehl (dir.), Dictionnaire du corps dans l’Antiquité, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2019, p. 303-307. Paradoxalement, Homère dresse seulement le portrait de Thersite, un anti-héros (Iliade, 2, 188-271). Voir Delahaie Adrien, « Thersite », in Lydie Bodiou et Véronique Mehl (dir.), Dictionnaire du corps dans l’Antiquité, op. cit., p. 613-616.
6Aristote (Rh., 1, 5, 11, 1631b1) associe à la beauté (kallos) d’autres qualités, en particulier pour les jeunes gens, la force (et la vitesse) qui permet la course.
7Dans l’Iliade, l’aspect irradiant est conforté par l’éclat des armes (par exemple Achille « brillant dans son armure », 20, 46).
8Hom., Il., 2, 480-484.
9Vernant Jean-Pierre, « La belle mort et le cadavre outragé », in Gherardo Gnoli et Jean-Pierre Vernant (éd.), La mort, les morts dans les sociétés anciennes, Paris, Éditions de la Maison des sciences de l’homme, 1990, p. 45-76.
10Hom., Il., 22, 71-73.
11Hom., Il., 21, 105-109.
12Hom., Il., 13, 279-295 comparant le brave et le lâche. Voir Patera Maria, Perentidis Stavros et Wallensten Jenny (dir.), La peur chez les Grecs. Usages et représentations de l’Antiquité à l’ère chrétienne, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2023, et plus précisément pour le héros homérique, Mehl Véronique, « Approche sensible et inscriptions somatiques de la peur dans le monde grec antique », p. 89-100.
13Hom., Il., 11, 409-410.
14Hom., Il., 23, 282-284.
15E. Benveniste (Pouvoir, droit, religion. Le vocabulaire des institutions indo-européennes II, Paris, Les Éditions de Minuit, 1969, p. 77-83) renvoie plus à une forme de puissance supérieure, guerrière ou politique, qu’à une simple puissance physique. Nagy Gregory, Le meilleur des Achéens. La fabrique du héros dans la poésie archaïque, Paris, Seuil, 1994, p. 158-159.
16Hom., Il., 16, 156-166.
17Mehl Véronique, « Corps iliadiques, corps héroïques », art. cité, p. 32-33.
18Les sources comparent en permanence leur force et leurs exploits. Thésée est nommé communément le « second Héraklès ».
19E., HF, 1267-1270 avec l’évocation dans les vers suivants des travaux.
20E., HF, 1352-1355. Pour la fragilité/force du héros, Hoffmann Geneviève, Héraclès. L’utopie d’une virilité maîtrisée, Paris, Macenta, 2022.
21D. S., Bibliothèque historique, 4, 9, 2-3.
22Plu., Thes., 6, 2.
23Voir par exemple D. S., Bibliothèque historique, 12, 68, 3 (prise de la ville) et 12, 74, 3-4 (éloge de la cité par sa mère). Plu., Lyc., 25, 8-9 et Apophtègmes laconiens, 219d et 240c (comparaison par sa mère à d’autres vaillants Spartiates). Thucydide (6, 81, 3) loue Brasidas qui a toutes les qualités (kata panta agathos) : présenté en libérateur d’Amphipolis, il refuse la tyrannie (4, 102 ; 4, 105 ; 4, 121), il est modéré (4, 108) et vaillant (5, 11).
24Pour les souffrances, S., Tr., 767-795 (peau collée aux flancs, douleur déchirante dans la poitrine, bonds, cris, yeux révulsés, larmes…), 1047-1050, 1070-1072.
25Pour un questionnement à partir des vases sur le corps, sa part humaine et sa disparition, Laurens Annie-France et Lissarrague François, « Le bûcher d’Héraclès : l’empreinte du dieu », in Annie-France Laurens (éd.), Entre hommes et dieux : le convive, le héros, le prophète, Besançon/Paris, UFR des sciences du langage, de l’homme et de la société/Les Belles Lettres, 1989, p. 81-97 et Lissarrague François, « Corps et armes : figures grecques du guerrier », in Véronique Dasen et Jérôme Wilgaux (dir.), Langages et métaphores dans le monde antique, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2008, p. 15-27.
26Le corps reste en marge du culte. Un cas de manipulation pendant un rite est connu : celui d’Europe, une héroïne, dont les ossements seraient portés en procession à Gortyne lors des Hellôtia, fête malheureusement mal documentée (Athénée, Banquet des sophistes, 15, 678a).
27Von Koller Hermann, « Soma bei Homer », Glotta, no 37, 1958, p. 276-281 ; Vernant Jean-Pierre, « Mortels et immortels : le corps divin », L’individu, la mort, l’amour. Soi-même et l’autre en Grèce ancienne, Paris, Gallimard, 1989, p. 7-39 ; Ceyte J., « La corporéité en Grèce archaïque. Un réseau socio-cosmique », Hypothèses, 2003/1 (6), p. 49-58.
28Zografou Athanassia, « Images et “reliques” en Grèce ancienne. L’omoplate de Pélops », in Philippe Borgeaud et Youri Volokhone (éd.), Les objets de la mémoire. Pour une approche comparatiste des reliques et de leur culte, Berne, Peter Lang, 2005, p. 123-145.
29Wilgaux Jérôme, « Hugiês kai holoklaros. Le corps du prêtre en Grèce ancienne », in Pierre Brulé (éd.), La norme en matière religieuse en Grèce ancienne, Liège, Centre international d’étude de la religion grecque antique, 2009, p. 231-242. Pour le morcellement, voir Gherchanoc Florence et Wyler Stéphanie (dir.), Corps en morceaux. Démembrer et recomposer les corps dans l’Antiquité classique, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2020. Le cas du « monument du doigt » en Arcadie (Pausanias, 8, 34, 1-3) appartient à une autre tradition, celle de la vengeance des Maniai qui obligent Oreste à se manger la main en châtiment du matricide.
30Zografou Athanassia, « Relique », in Lydie Bodiou et Véronique Mehl (dir.), Dictionnaire du corps dans l’Antiquité, op. cit., p. 542-543.
31Paus., 9, 18, 5.
32Paus., 8, 9, 3-4. Le transfert a lieu en 422, renforçant la politique d’expansion de Mantinée, voir Jost Madeleine, Sanctuaires et cultes d’Arcadie, Paris, Études péloponnésiennes IX, 1985, p. 549.
33Paus., 7, 1, 8.
34Paus., 4, 14, 7 ; 4, 32, 3 et 4, 27, 6-7 (appel des Messéniens aux héros à venir « collectivement habiter avec eux »).
35Paus., 4, 24, 3.
36On peut faire le parallèle avec la politique du cadavre mise en avant par R.-M. Bérard, en particulier pour les morts au combat, « La politique du cadavre. Traitements funéraires et usages civiques des morts à la guerre en Grèce archaïque et classique », Annales HSS, no 75, 2020/1, p. 1-38.
37Parmi les nombreuses publications, Blomaert Alain, « Les manières grecques de déplacer les héros : modalités religieuses et motivations politiques », in Vinciane Pirenne-Delforge et Emilio Suarez de la Torre (éd.), Héros et héroïnes dans les mythes et les cultes grecs, Liège, Centre international d’étude de la religion grecque antique, 2000, p. 351-364, et Zaccarini Matteo, « The Return of Theseus to Athens: a Case Study in Layered Tradition and Reception », Histos, no 9, 2015, p. 174-198 (pour les sources et la bibliographie antérieure). Voir Plu., Cim., 8 et Thes., 35-36 ; D. S., Bibliothèque historique, 4, 62, 4. Toutes les traditions ne mentionnent pas les ossements (par exemple, Th., Histoire de la guerre du Péloponnèse, 1, 98 ; Nep., Cim., 2, 5 et D. S., Bibliothèque historique, 11, 60, 2). Pour un cas de transfert d’héroïne, voir celui d’Alcmène (Antoninus Liberalis, Les Métamorphoses, 33), où apparaît une ruse autour du larnax (cercueil).
38D. S., Bibliothèque historique, 4, 62, 4.
39La participation de Thésée apparaît sur les peintures de la stoa poikilé, Paus., 1, 15, 3.
40Plut., Thes., 35, 6 et Cim., 8, 3.
41Paus., 3, 3, 8 pour les armes en bronze, avec le commentaire de Bouvier David, « Reliques héroïques en Grèce archaïque », in Philippe Borgeaud et Youri Volokhone (éd.), Les objets de la mémoire. Pour une approche comparatiste des reliques et de leur culte, Berne, Peter Lang, 2005, p. 73-93.
42D. S., Bibliothèque historique, 9, 36, 2-3. Pausanias (3, 3, 7) note la proximité des deux oracles appelant au retour des cendres d’Oreste (tou Orestou ta osta) et de Thésée (es Athènas ek Skyrou Thèsea). Voir Moreau Alain, « Le retour des cendres : Oreste et Thésée, deux cadavres (ou deux mythes ?) au service de la propagande politique », in François Jouan et André Motte (éd.), Mythe et politique, Paris, Les Belles Lettres, 1990, p. 209-218. Paus., 3, 11, 10 : « Les Lacédémoniens avaient aussi un sanctuaire (hieron) des Moires, dans lequel se trouve la tombe (taphos) d’Oreste, fils d’Agamemnon. Les ossements d’Oreste (tou Orestou ta osta) ayant été ramenés de Tégée pour l’enterrer ici selon la prescription de l’oracle. »
43Faraone Christopher A., Talismans and Trojan Horses. Guardian Statues in Ancient Greek Myth and Ritual, New York/Oxford, Oxford University Press, 1992. Voir par exemple, Eurysthée annonçant aux Athéniens sa protection lorsqu’il sera inhumé chez eux (E., Heracl., 1030-1033) ou Œdipe s’adressant à Thésée : « Je viens te faire don de mon malheureux corps. À le voir, il n’a certes rien de précieux. Mais le profit qu’il représente vaut plus que le plus beau des corps » (S., OC, 576-578).
44D. S., Bibliothèque historique, 18, 26 (transport du corps) et 28, 3 (inhumation et rites associés) ; Ps.-Callisthène, Le roman d’Alexandre, 3, 34, 4 (transport).
45Aubriot Danièle, « Quelques observations sur la religion d’Alexandre (par rapport à la religion classique) à partir de Plutarque (La Vie d’Alexandre) et d’Arrien (L’Anabase d’Alexandre) », Mètis, n.s. no 1, 2003, p. 225-249.
46Plu., Alex., 28, 3.
47Plu., Propos de table, 1, 6, 1, 623e (teint et odeur). Pour la belle peau (khroa kalon), Mehl Véronique, « Approche sensible », art. cité, p. 91-92.
48Curt., Histoires, 10, 10, 9-13 (les grandes chaleurs et leur absence d’effet sur le cadavre « sain et entier, sans tache »).
49Plu., Banquet des Sept Sages, 162e. Beaulieu Marie-Claire, « L’héroïsation du poète Hésiode en Grèce ancienne », Kernos, no 17, 2004, p. 103-117. Plutarque (De l’intelligence des animaux, 984d) mentionne le cadavre sauvé par les dauphins, ils « se le passèrent les uns les autres avec empressement ».
50Hom., Il., 3, 192-198.
51Hom., Il., 3, 167-170.
52Hom., Il., 2, 528-530.
53Paus., 1, 35, 4-7.
54Voir par exemple, Hom., Il., 9, 609-610 ; 22, 387-388. Les genoux sont un des sièges de la force (par exemple, Il., 4, 314-315) et de la capacité à se mouvoir (11, 544-547). Lorsque Pénélope reconnaît Ulysse, ses genoux se dérobent comme son cœur (Od., 22, 205), il en va de même pour Laërte (Od., 24, 345-346). Pedrina Marta, La supplication sur les vases grecs. Mythes et images, Pise/Rome, Fabrizio Serra Editore, 2017, p. 219-252 pour le fait de les toucher.
55Philostrate (Sur les héros, 8, 1) mentionne onze coudées pour le corps d’Ajax (cinq mètres).
56Paus., 1, 35, 6-7 pour Astérios et Géryon.
57Str., Géographie, 18, 3, 8 et Plu., Sert., 9, 4-6.
58Gell., Nuits attiques, 3, 10, 10-11 : « Maintenant, l’univers vieillissant, il y ait une décroissance des hommes et des choses. »
59Plin., Nat., 7, 74. L’idée est reprise plus tard par Solin (De mirabilibus mundi, 1, 90), avec les mêmes exemples ou presque (Oreste y apparaît toujours comme le plus grand avec ses sept coudées).
60Renaud Jean-Michel, Le mythe d’Orion. Sa signification, sa place parmi les autres mythes grecs et son apport à la connaissance de la mentalité antique, Liège, CIPL, 2004, p. 133-136 pour son corps (grande taille, haute stature et beauté) et ses exploits.
61Hom., Od., 9, 308-315.
62Gell., Nuits attiques, 3, 10, 10.
63Hdt., Histoires, 2, 91.
64Mehl Véronique, « Pied », in Lydie Bodiou et Véronique Mehl (dir.), Dictionnaire du corps dans l’Antiquité, op. cit., p. 496-497. Plusieurs héros sont blessés au pied : Diomède, Achille, Philoctète, etc.
65Hdt., Histoires, 4, 82.
66Hdt., Histoires, 7, 117. Pour d’autres périodes, Pausanias (3, 22, 9) mentionne aussi de grands ossements humains.
67Draycott Jane, Prostheses in Antiquity, Londres, Routledge, 2019, p. 1 (avec bibliographie antérieure).
68Nora Pierre, « Entre mémoire et histoire. La problématique des lieux », in Pierre Nora (éd.), Les lieux de mémoire, vol. 1 : La République, Paris, Gallimard, 1984, p. xvii-xlii.
69Nora Pierre, « Entre mémoire et histoire », art. cité, p. xix.
Auteur
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Véronique Mehl
Université Bretagne Sud.
Véronique Mehl est maîtresse de conférences en histoire grecque à l’université Bretagne Sud, membre de TEMOS (Temps, Mondes, Sociétés), UMR 9016. Ses travaux, s’inscrivant dans l’histoire sensible, portent sur le corps, la société et les rituels dans le monde grec ancien. Elle a notamment codirigé aux Presses universitaires de Rennes, avec Lydie Bodiou, le Dictionnaire du corps dans l’Antiquité en 2019 et, avec Morgan Guyvarc’h, Utérus. De l’organe aux discours en 2022.
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