Se surveiller en AOF
Réseaux d’information hamallistes contre renseignement colonial français (1910-1943)
p. 199-207
Texte intégral
1« Hammallah qui reproche à l’administration de se renseigner oublie que lui aussi a une police sécrète et des plus actives1. » Cet extrait du compte rendu de l’entrevue que Bouscayrol, l’administrateur-adjoint du cercle de Nioro dans le Soudan français (actuel Mali), eut avec le Shérif Hamallah en 1937, renseigne sur le niveau de méfiance de l’administration coloniale envers le Cheick Hamallah, leader de la confrérie hamalliste et figure majeure de l’islam en Afrique de l’Ouest au début du xxe siècle. Le terme de « police sécrète » sans doute exagérer à propos du hamallisme et de son organisation, traduit soit un aveu d’impuissance de la puissance impériale française, soit il indique le degré de perception d’une menace présumée, face à la capacité de résilience d’un ordre religieux musulman qu’elle considère comme lui étant hostile.
2La présente étude cherche principalement à saisir comment se déplace sur le terrain du renseignement, le conflit entre l’administration coloniale et Cheick Hamallah, qui dès son apparition sur la scène religieuse à Nioro du Sahel dans les années 1910, suscite la méfiance du pouvoir colonial en raison de sa contestation de l’occupation militaire coloniale.
3La lutte entre le Cheick soudanais, ses partisans et l’administration coloniale place la question du renseignement au cœur des stratégies développée de part et d’autre.
4Si le versant impérial du renseignement est plus ou moins connu grâce aux sources d’archives coloniales, il reste à documenter celui mis en œuvre par les colonisés, afin de nuancer l’idée trop largement répandue d’un processus impérial manichéen, dominé totalement par la puissance dominante. Les sources d’archives de l’Afrique occidentale française (AOF), notamment celles au Sénégal, de Côte d’Ivoire et du Mali, et les sources orales recueillies dans ces trois pays, permettent de mettre en œuvre une véritable histoire par le bas, laquelle insiste sur les répertoires sociaux et culturels mobilisés par les hamallistes, pour faire échec au renseignement étatique colonial.
Se renseigner pour contourner l’appareil répressif impérial
5Le 21 décembre 1925, le commissaire de police, chef du service de Sûreté du Soudan français adresse une correspondance à son supérieur hiérarchique :
« J’ai l’honneur de vous faire connaître que cette nuit entre 2 heures et 4 heures une quinzaine d’indigènes se sont réunis chez M. Kalifa Dramé à Niaréla, qui est l’homme de confiance de Chérif Hamallah à Bamako. Les agents de renseignements en surveillance, n’ont pu entrer car chaque arrivant était reconnu à son entrée, et la porte a été fermée après l’entrée du dernier. Du dehors, les agents ont reconnu que l’on faisait la Salam ; après la prière ils ont compris qu’une réunion avait lieu, mais ils n’ont pu entendre ce qui se disait. En raison de l’obscurité, ils n’ont pu reconnaître les arrivants, mais ils affirment que Chérif Hamallah n’y assistait pas2. »
6L’échec de cette tentative d’infiltration d’une réunion des fidèles de Cheick Hamallah à Bamako, est le signe de l’existence d’un agenda colonial, visant à surveiller Cheikh Hamallah et sa confrérie religieuse, la Tijaniyya Hamawiyya, en délicatesse avec l’administration coloniale au Soudan français, entre les années 1920-1940. Il témoigne plus encore de la capacité des sujets indigènes, à faire échec aux ruses de l’appareil de renseignement et de surveillance colonial, en promouvant des alternatives au carcan colonial.
7Chérif Hamallah connaît une existence rythmée par de nombreuses mesures administratives de déportation. Il a épuisé la palette des méthodes de l’appareil répressif colonial. Le triptyque « surveillance – renseignement – répression » devient alors la trame canonique de la politique musulmane de l’administration en AOF.
8Dès 1906, le gouverneur général Roume plaide pour la création d’un véritable « répertoire du prosélytisme musulman en AOF », avec l’établissement pour chaque marabout d’une fiche individuelle, mentionnant toutes informations utiles sur son lieu de naissance, son âge, ses antécédents, ses faits et gestes, etc.3.
9Ce sont les fameuses fiches de renseignement des personnages religieux, destinées à faire le tri, entre les clercs musulmans favorables à la présence française en Afrique et ceux jugés réfractaires à l’ordre colonial. Ce système de fichage, de surveillance et de contrôle mis en place en AOF emprunte beaucoup à l’exemple des Bureaux arabes en Algérie4. Ils opèrent ainsi une recension des différentes confréries pour discerner les plus puissantes, au niveau de la région, et connaître les noms des principaux responsables5.
10Le capitaine André dont les différents rapports font état de la politique de répression à l’égard du Chérif Hamallah (Savadogo 2012) suggéra ainsi dès 1923, en plus des agents d’écoute à l’image de Dupuy Yacouba, directeur de la Medersa de Tombouctou, la désignation pour le compte du bureau politique du gouverneur du Soudan, d’un agent mobile destiné à circuler dans tous les cercles pour recueillir tous bruits et rumeurs de nature à intéresser le Service des renseignements6.
11Encore en 1925, cependant, l’administrateur Descemet conclut son long rapport sur le Cheick soudanais en indiquant qu’il est très difficile de se renseigner sur Hamallah et ses moyens d’action7 malgré la large gamme d’informateurs dont elle dispose, recrutés pour la plupart dans les milieux « indigènes ». Le profil de ces informateurs pour le compte de l’administration française est varié. Marabouts des confréries rivales, fractions maures opposées à Chérif Hamallah (cas du marabout Idei boussat de Boumdeit Cheikh Mohamed Abdallahi de la confrérie qadriya donc favorable aux Tinouajiou et contre les hamallistes) qui le rendit responsable des désordres dans les confins Assaba-Soudan), agents de l’administration (Mamadou Diawara, gérant des établissements Ch. Peyrissac et Cie à Kidira (Sénégal), élève de Seydou Nourou Tall, lui-même, éminence grise de la Tijaniyya à 12 grains, voyageurs en provenance des escales du fleuve Sénégal, etc.
12Si certains de ces informateurs infiltrent les milieux des marchands ambulants hamallistes, d’autres se convertissent au hamallisme, rien que pour savoir ce qui se passait à l’intérieur d’une zaouïa8. La grosse difficulté cependant fut pour l’administration de pouvoir distinguer nettement l’information objective de la manipulation et de la calomnie pour nuire à un adversaire religieux. En juillet 1937, le commandant de cercle de Nioro se plaignait de la difficulté à obtenir des informations et significativement, lorsque celles-ci parviennent, elles proviennent toutes des adversaires des onze grains9 dont le Shaikh Turad, chef de la tribu des Talib Mukhtar, affilié à la Qadiriyya, et principal informateur de l’administration dans le Hodh10.
13Cette carence du dispositif de renseignement institutionnel dans les années 1920-1930, contraste fortement avec l’efficace des contre-réseaux de renseignement hamallistes moins dédiés à une stratégie de révolte contre l’occupant étranger, qu’à une anticipation de ses intentions pour soustraire Cheick Hamallah de la répression de l’administration française au Soudan. Si ce dernier comprenait bien les enjeux du renseignement dans le conflit qui l’opposa aux Français, les sources orales et les archives coloniales n’autorisent pas à en faire le concepteur d’un système de renseignements, pour les besoins de sa cause. Hamallah protesta d’ailleurs de sa bonne foi, lors d’une entrevue avec le commandant du cercle de Nioro en 1937, en indiquant qu’il interdisait à ses gens de donner des renseignements, car il ne voulait pas qu’ils fassent de la politique, et qu’il s’occupait uniquement de religion11. Mais au vrai, l’intensité de la répression contre Hamallah et ses adeptes, ne laissait d’autres choix à ces derniers que de se renseigner pour déjouer les manœuvres de l’administration, devenant ainsi des acteurs décisifs des processus qui organisent les rapports de pouvoirs et de contre-pouvoirs en situation coloniale.
14Le procès de massification de la confrérie sur une base multiethnique et diversifiée à l’opposé du modèle largement répandu en Afrique de l’Ouest12 et géographiquement étendu de celle-ci13 produisit des ramifications dans la société autochtone de Nioro et ses alentours, qui vont se révéler décisives dans ce sens. Ironie du sort c’est au sein de l’administration coloniale que le Chérif Hamallah arrive à bénéficier de complicités, qui vont lui permettre de faire contrepoids à l’appareil policier impérial, par le biais de ses nombreux adeptes au sein de l’administration de Nioro du Sahel où tous les fonctionnaires indigènes, sauf un de la TSF sont hamallistes, selon des renseignements recueillis par le chef de la sûreté du Soudan français14. Dès lors, l’administration coloniale fut prise d’une certaine fébrilité en considérant tout agent « indigène » comme un informateur du Chérif Hamallah.
15Les commis Bouyé et Ely Diallo, l’instituteur Mamadou Diarra, le rédacteur d’arabe Seydou Séméga, l’interprète Paul Haidara en raison de ses liens de parenté supposés avec Abadi Haidara un proche d’Hamallah, furent ainsi suspectés de renseigner le Chérif. Une « purge » fut alors organisée au sein de l’administration pour en extirper les fonctionnaires « indigènes » suspectés de collusion avec le Chérif Hamallah. Dans le cercle de Nara, Mahamadou Doukouré, président du tribunal de 1er degré de Mourdiah fut relevé de ses fonctions pour s’être compromis avec Chérif Hamallah de Nioro, selon le gouverneur de la colonie15. Dans le cercle de Bamako, il fut proposé de remplacer Gaoussou Kouroumaka, assesseur titulaire au tribunal de 1er degré de Bamako pour inféodation au marabout soudanais16. Quant à Cheikh Aladji Tambadou, il choisit de démissionner de ses fonctions d’assesseur du Tribunal de subdivision du N’guénar (Sénégal) après un voyage fait à Nioro du Sahel auprès de Chérif Hamallah17. Les années d’exil du Chérif en Côte d’Ivoire (1930-1935) décuplèrent la mobilité de ses adeptes et la capacité de déploiement des réseaux hamallistes, corsant davantage les difficultés du renseignement institutionnel.
Répression et dispersion hamalliste en AOF ou le renseignement en migration (1930-1940)
16La grande dispersion hamalliste consécutive aux évènements sanglants du 15 février 1930 à Kaédi, dans le sud mauritanien18 a dessiné de nouvelles territorialités du renseignement dans le cadre de la confrontation entre l’administration coloniale et le Chérif Hamallah. L’extension géographique de la confrérie déborde désormais le cadre de Nioro du Sahel, son bastion traditionnel, à l’opposé du projet répressif colonial. Cette expansion hamalliste en AOF, a en effet pour conséquence une démultiplication des réseaux hamallistes, du fait des circulations des adeptes d’Hamallah entre les colonies du Soudan français, du Sénégal, de la Mauritanie, du Niger et de la Côte d’Ivoire lieu de détention de Cheick Hamallah de 1930 à 1935. C’est au sein de ces réseaux éclatés entre les différents territoires cités plus haut, que circulent les informations et les consignes, entre les fidèles hamallistes qu’ils soient en détention ou en liberté. Cette perception extraterritoriale et transfrontalière des mouvements d’idées et des personnes au sein de l’islam souligne Anna Pondopoulo, est certainement révélatrice d’une certaine réalité que l’administration coloniale interprète à sa façon19 : celle d’un irrédentisme religieux qui, par un effet domino, risquait de fédérer toutes les oppositions musulmanes à la présence française en Afrique occidentale. Pallier une telle perspective revint pour l’administration coloniale à continuer de se renseigner sur le mouvement hamalliste, en s’intéressant particulièrement aux correspondances en langue arabe que s’échangent Cheick Hamallah et ses disciples. Diatribes enflammées contre l’ordre colonial pour certaines, renseignements sur la vie de la confrérie et de son principal leader, état d’esprit des adeptes, situation des familles des déportés, organisation de quête en soutien à ces dernières, proclamations de fidélité à Cheick Hamallah, poèmes à sa gloire, etc., pour les autres, ces correspondances sont étroitement surveillées par l’administration coloniale, toujours suspicieuse à l’égard de la confrérie. Elle s’efforce de les traduire en langue française pour mieux s’en imprégner et jauger l’état d’esprit d’Hamallah vis-à-vis de la France.
17Faute de trouver en Côte d’Ivoire un traducteur capable d’éclairer l’administration sur le contenu de missives interceptées en 1930, des mesures radicales furent prises. Elles consistèrent à supprimer toutes correspondances échangées par Kaba Sylla et Amady Gata, exilés hamallistes avec tous autres musulmans de la Côte d’Ivoire et particulièrement avec Cherif Hamallah d’Adzopé, marabout influent et dangereux selon la rhétorique coloniale. Ordre fut ensuite donné à l’administrateur d’Abengourou d’adresser toutes les correspondances de ses internés à sa hiérarchie aux fins de contrôle par les services du Gouvernement Général qui apprécieront si elles peuvent être remises sans inconvénients à leurs destinataires20. Au Soudan français, ce sont 14 livres et 138 lettres, poèmes et écrits divers qui ont été saisis en 1937 sur Baye Doukouré, hamalliste notoire par le commandant de cercle de Nema21.
18Pour assurer la continuité de leurs correspondances, les auteurs contournèrent les services postaux coloniaux. Des lettres clandestines circulèrent désormais en AOF entre les fidèles hamallistes et des précautions sont prises pour leur assurer ce caractère secret. Dans les lettres saisies sur Baye Doukouré par exemple, celle portant le numéro 35 était une demande faite par Bakary Doukouré à ce dernier, d’envoyer des poèmes sur le Hamallisme et des ouvrages d’arabe, tout en indiquant des précautions à prendre pour ne pas faire cet envoi par la poste mais de le confier à une personne sûre22. Ce mode opératoire fut utilisé par le hamalliste Abdoulaye Mossi qui, de passage à Nioro en 1943, y apporta des lettres de l’un de ses coreligionnaires de Bamako dans lesquelles il est question d’argent envoyé à un hamalliste connu de Nioro Mamadou Cissé et de cadeaux à remettre à Zeinabou Mint Souedat, épouse du Chérif Hamallah demeurant à Nioro et à Assa Diarra, servante du shérif23.
19Les sources orales recueillies à Adzopé par Alioune Traoré, spécialiste reconnu du Hamallisme, indiquent que du Soudan et de la Mauritanie, les lettres et les colis destinés au Chérif étaient expédiés à Abidjan à l’adresse de Sidati Ould Baba Ainina, un ressortissant mauritanien. De la capitale ivoirienne, le courrier était acheminé à Adzopé par un certain Bailo Moussa qui le confiait à Dramane, l’infirmier chargé de suivre l’état de santé de Cheikh Hamahoullah. Vers la fin de son séjour, le marabout fut autorisé à envoyer l’un de ses compagnons pour faire des courses en ville. C’était en l’occurrence Bilali qui se chargeait de ces emplettes. Sidati Ould Baba Ainina venait souvent le rencontrer au marché d’Adzopé pour lui remettre la correspondance clandestine du Cheikh24.
20Une autre stratégie de renseignement toujours dans le sens de prendre à revers le dispositif institutionnel de surveillance fut le rôle joué par certains disciples, sorte de missi dominici, effectuant des va-et-vient entre les différents foyers du mouvement implantés en AOF Ceux-ci devinrent ainsi des agents actifs de la consolidation des réseaux hamallistes, mais aussi des canaux de renseignement entre les adeptes et leur leader dans le contexte de la grande dispersion des années 1930. Le nommé Oumar Sylla, plus connu sous le pseudonyme de « Oumar courrier25 » joua un rôle semblable auprès du Chérif Hamallah durant ses années de détention à Adzopé. Il assura la connexion entre Cheick Hamallah, sa famille et certains de ses adeptes en détention à l’image du célèbre Yacouba Sylla26. Si la fin de l’exil ivoirien s’inscrit dans la nouvelle disposition d’esprit des autorités coloniales décidées d’abandonner la politique d’affrontement qui était la leur depuis le milieu des années 1920 au profit de l’apaisement27, il reste que celles-ci ne relâchent pas pour autant la surveillance autour de Cheikh Hamallah revenu de ces années d’exil ivoirien avec un surcroît de prestige. Inquiète, l’administration de Nioro décide de renforcer la surveillance autour de celui qui passe aux yeux de nombreuses populations « indigènes », comme un martyr de la colonisation.
21L’administration française reconnaît toutefois comme en 1925, qu’elle est fort mal renseignée sur ce qui se passe à l’intérieur de la confrérie28. C’est l’échec du renseignement institutionnel. Rougier gouverneur du Soudan français, en 1937, puis Pierre Boisson, Gouverneur général à Dakar, en 1941, en reprenant la vieille antienne de l’épuration des segments de l’administration pouvant comporter des noyautages hamallistes29, reconnaissaient implicitement en effet l’incapacité de la police coloniale à prendre à revers le Chérif Hamallah. L’échec de la ruse impériale fut ainsi compensé dans les années 1940-1950, par une répression sans précédent de Cheick Hamallah et ses partisans. Cette violence inouïe, traduit en creux la faiblesse de l’État colonial en AOF, qui fut malgré tout incapable d’apprivoiser le mouvement en l’absence de son fondateur, déporté en juin 1940 en Algérie.
*
22Les difficultés de l’appareil policier impérial à se renseigner sur une dynamique religieuse « indigène » pour mieux la contrôler et la réprimer au besoin, montrent tout le bénéfice heuristique d’une posture théorique, visant à reprendre à nouveaux frais, la question des oppositions autochtones à l’occupation française de l’Afrique au xxe siècle. Celle-ci vise in fine à convoquer les agendas des dominés, dans le cadre de l’intelligence, voire de la réinterprétation des rapports de domination en situation coloniale. La capacité d’anticipation des hamallistes sur les projets répressifs de l’administration coloniale à leur égard, grâce à l’efficacité de leurs réseaux de renseignement, remet en question le raisonnement historique classique d’un procès de domination impériale, qui aboutit à ce que Romain Bertrand appelle, le récit des « regards » portés sur la grandeur de l’Europe par des peuples réduits au rôle de spectateurs d’une destinée sur laquelle ils n’ont aucune prise (Bertrand 2011 : 12). Mais la contestation du monopole de l’État colonial sur l’information, qui s’incarne dans l’efficacité de ces réseaux hamallistes à contrarier le dispositif de renseignement institutionnel, pose la question des répertoires sociaux et culturels mobilisés à cet effet, par ces derniers.
23Regardons sous ce rapport, un des modes de fonctionnement des sociétés africaines prises dans la longue durée historique. Dans celles-ci, les réseaux de parenté et d’alliance, l’appartenance à des imaginaires symboliques communs constituent des identités remarquables, qui ont permis au Chérif Hamallah qui, dans le cadre de son conflit avec l’administration coloniale, bénéficia de solidarités multiples multiethniques à la base. En reprenant dans les années 1940-1950, la politique du « tout répressif » qui fut la sienne (1920-1935) à l’égard du Cheick Hamallah et de sa confrérie, l’impérialisme français marquait ainsi son incapacité à freiner l’expansion hamalliste, qui plus tard dans le cadre des luttes africaines pour la décolonisation, mobilisera ses réseaux au profit du RDA avec les succès que l’on connaît.
Notes de bas de page
1Archives non classées du cercle de Nioro du Sahel (Mali). Dossier Cheick Hamallah, 1937, p. 2.
2Archives nationales du Mali (ANM). Koulouba. 4E4. Rapports politiques. Correspondance du 21 décembre 1925.
3« Surveillance de l’Islam. Création d’un répertoire du prosélytisme musulman en AOF ». Le gouverneur général de l’AOF à messieurs les lieutenant-gouverneurs de la Côte d’Ivoire, du Sénégal, du Haut-Sénégal-Niger, de la Guinée française, du Dahomey et à monsieur le commissaire du gouvernement général en Mauritanie. Dakar, le 26 décembre 1911. Archives du cercle de Nioro non classées.
4Frémeaux, Jacques, Les Bureaux arabes dans l’Algérie de la conquête, Paris, Denoël, 1993, p. 157.
5Ibid., p. 129
6Archives nationales du Sénégal 19G23 (108). Rapport du capitaine P. J. André, chargé du Service des renseignements et des affaires musulmanes, sur l’état d’esprit des populations indigènes au Soudan français. (Exécution de l’ordre no 847 de Monsieur le Gouverneur Général). Koulikoro, 10 août 1923. Suggestions pour l’Organisation du service des renseignements au SOUDAN. p. 51.
7Traoré, 1983 ; 240.
8Entretien d’El Hadj Sacko avec Ahmadou Hampaté Bah. Tradition orale dictée par A. H. Bâ à H. Heckmann (sténographiée, puis dactylographiée), le 15 juin 1969 (à Villa d’Avray). La zaouïa est le lieu de prière des adeptes de la Tijaniyya.
9Autre terme pour désigner les Hamallistes par opposition à leurs adversaires omariens appelés quant à eux les douze grains.
10Archives nationales du Mali (ANM), 4e 26. Bulletin de renseignements du cercle de Nioro, juillet 1937.
11Cercle de Nioro. 23 août 1937. Le commandant du cercle de Nioro à Monsieur le gouverneur du Soudan. Koulouba. Référence : lettre no 534 A. P. du 21 juillet 1937 au sujet Chérif Hamallah. Archives du cercle de Nioro non classées.
12Piga Adriana, Les voies du soufisme au sud du Sahara, Paris, Khartala, 2006, p. 212-213.
13Traoré Alioune, Cheikh Hamahoullah homme de foi et résistant, Paris, Maisonneuve & Larose, 1983, p. 219 ; Piga Adriana, Les voies du soufisme au sud du Sahara, Paris, Khartala, 2006, p. 212-213 ; Launay Robert et Soares Benjamin, « La formation d’une sphère islamique en Afrique occidentale française (1895-1958) », in Gilles Holder (dir.), L’islam nouvel espace public en Afrique, Paris, Khartala, 2009, p. 82-83.
14Archives cercle de Nioro, non classées. Renseignements. Document recueilli à la Sûreté de Bamako par l’administrateur du cercle de Nioro (fiche de renseignements indigène).
15ANM. Koulouba 4E4. Correspondance no A-478 du 25 novembre 1925 du gouverneur de la colonie au commandant du cercle de Nara.
16ANM. Koulouba 4E4. Correspondance no A-479 du 25 novembre 1925 du gouverneur de la colonie au commandant du cercle de Bamako.
17Archives nationales du Mali. Koulouba 4E4 Copie de la fiche de renseignements concernant le nommé Cheikh Aladji Tambadou, fiche ouverte le 1er septembre 1925.
18Des troubles entre Hamallistes, partisans de Yacouba Sylla, disciple de Cheick Hamallah et leurs adversaires omariens ce jour du 15 février 1960, occasionnèrent la mort d’une cinquantaine de partisans, tués à bout portant par des garde-cercles coloniaux ou ayant succombé plus tard à leurs blessures à l’hôpital.
19Goerg Odile et Pondopoulo Anna (dir.), Islam et sociétés en Afrique subsaharienne à l’épreuve de l’histoire. Un parcours en compagnie de Jean-Louis Triaud, Paris, Khartala, 2012, p. 10.
20Archives nationales de Côte d’Ivoire (ANCI) X-13-253-9245. Déportés politiques du Soudan et de la Mauritanie en Côte d’Ivoire. 1930-1934. Télégramme-lettre no 394 du Lieutenant-gouverneur de la Côte d’Ivoire à l’administrateur d’Abengourou. Bingerville, le 17 novembre 1934.
21ANM 4E24. Télégramme-lettre. Cercle de Nema à subdivision de Mourdiah, no 80 C/C du 18 août 1937.
22ANM 4E24. Télégramme-lettre. Cercle de Nema à subdivision de Mourdiah, no 80 C/C du 18 août 1937.
23ANM (FR) 1E2. Rapport sur la situation politique d’ensemble du Soudan pendant la période mars-avril 1943.
24Traoré Alioune, Cheikh Hamahoullah homme de foi et résistant, Paris, Maisonneuve & Larose, 1983 p. 151-152.
25Porteur de courrier et de messages pour le Chérif Hamallah pendant sa détention à Adzopé (1930-1935).
26Entretien avec Malamine Cissé à Gagnoa, le 15 juillet 2014.
27Joly Vincent, « La réconciliation de Nioro (septembre 1937) : un tournant dans la politique musulmane au Soudan français », in David Robinson et Jean-Louis Triaud (dir.), Le temps des marabouts, Paris, Karthala, 1997, p. 361.
28ANOM, Aff. Pol. 2258-3. Paris, 14 décembre 1935. Note des Affaires musulmanes.
29Archives du cercle de Nioro, non classés. Dakar le 30 avril 1941. Télégramme-lettre. Pierre Boisson, Haut-commissaire à gouverneur du Soudan.
Auteur
-
Cissé Chikouna
Maître de conférences, département d’histoire, université Félix Houphouët-Boigny d’Abidjan, Côte d’Ivoire.
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