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    Plan détaillé Texte intégral La guerre des services « arabisants » en Algérie coloniale : le miroir des sources De la sanction à la « collaboration » : la lente évolution de la perception du confrérisme (1871-années 1930) Le personnel confrérique, rouage essentiel du système de renseignement Les limites d’un système de renseignement s’appuyant sur l’appareil confrérique Notes de bas de page Auteur

    Histoire du renseignement en situation coloniale

    Ce livre est recensé par

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    Table des matières

    Renseignement et confréries religieuses en situation coloniale

    La Rahmania en petite Kabylie (1871-1957)

    Lamine Issad

    p. 187-197

    Texte intégral La guerre des services « arabisants » en Algérie coloniale : le miroir des sources De la sanction à la « collaboration » : la lente évolution de la perception du confrérisme (1871-années 1930) Le personnel confrérique, rouage essentiel du système de renseignement Les limites d’un système de renseignement s’appuyant sur l’appareil confrérique Notes de bas de page Auteur

    Texte intégral

    1Les confréries religieuses sont des organisations hiérarchisées, dont les fonctions et les pouvoirs vont bien au-delà du simple domaine religieux. Elles constituent avant et pendant la colonisation la principale force capable de fédérer et de mobiliser les populations. Un renouveau confrérique s’est opéré aux xixe et xxe siècles, en résistance à la pénétration et à la domination coloniale. L’État colonial a naturellement tenté de contrôler cette dynamique sociale et religieuse au service de son entreprise. L’exemple de la Rahmania en Petite Kabylie tend à montrer que l’optique de surveillance dépasse le cadre strictement étatique. L’approche exclusivement institutionnelle du renseignement pour un État colonial a conduit à une surévaluation du véritable rôle de ce dernier dans le renseignement. La relecture des sources permet de dépasser cette vision qui a longtemps dominé l’historiographie coloniale. L’administration française a, au contraire, utilisé des structures bien ancrées dans le paysage sociopolitique algérien, en premier lieu, l’islam confrérique, d’abord perçu comme un ennemi qu’il faut contenir, puis par le « jeu des évènements » comme un allié qui favorise le contrôle colonial, et dont il faut s’assurer de la collaboration des dignitaires.

    2Le confrérisme a connu des bouleversements importants à la fin du xixe siècle, en particulier la Rahmania. Elle a été au cœur de la grande insurrection de 1871. La tariqa1 Rahmania par l’intermédiaire de son chef, le cheikh el Haddad, allié au Bachagha Mokrani, est à l’origine de l’insurrection kabyle. Malgré sa propagation, elle s’avère être un échec, et la période qui suit va profondément modifier cette entité religieuse. Comment après l’échec de l’insurrection de 1871 en Kabylie, l’administration française a-t-elle approché, contrôlé puis intégré progressivement les responsables confrériques dans les dispositifs de renseignement ? Nous étudierons pour se faire la place des chefs confrériques dans les dispositifs de renseignement et l’évolution de leurs rôles de 1871 à 1962.

    3De 1871 jusqu’à l’entre-deux guerres, s’opère le passage d’une politique de sanction à l’égard des zaouïas2, à l’esquisse d’une politique d’alliance progressive, mais restreinte, avec les chefs confrériques face à la montée du nationalisme. Puis, le moment de l’accomplissement et de la confirmation effective de cette alliance lors des évènements de mai 1945, où le personnel confrérique joue un rôle essentiel dans le système de renseignement, et forme une barrière face à l’islamisme politique. Enfin apparaissent les limites d’un système de renseignement et de surveillance qui s’appuie sur une institution antérieure à l’administration coloniale, et qui est anéantie par la guerre d’Algérie et les pressions du FLN sur les chefs confrériques.

    La guerre des services « arabisants » en Algérie coloniale : le miroir des sources

    4Un regard sur les sources est nécessaire pour comprendre que la question du contrôle et de la surveillance du personnel religieux fait l’objet d’une compétition entre deux bureaux de renseignement, l’un civil, l’autre militaire. Deux principaux fonds d’archives éclairent le sujet. Le premier ensemble, conservé aux Archives nationales d’outre-mer (ANOM), est composé par les dossiers du Service des liaisons nord-africaines (SLNA), aussi bien à l’échelle du gouvernement général à Alger3 qu’à l’échelle des préfectures, notamment de Constantine4. Le SLNA est un bureau spécialisé des Affaires indigènes5. Ce service, créé en 1935, a connu plusieurs appellations successives sans que ces missions ne soient profondément modifiées, jusqu’en 1962. Elles consistent essentiellement à surveiller l’« état d’esprit » de la population musulmane et déceler les indices du mécontentement, « relever les lacunes éventuelles » de l’action française en milieu autochtone, etc.

    5Ce fonds est constitué de rapports et de correspondances entre les autorités (gouverneur général, directeur du SLNA à Alger, préfet de Constantine) et le SLNA, d’une part, et, d’autre part, entre le SLNA et les administrateurs des communes mixtes chargés d’enquêter et d’envoyer les résultats de leurs recherches au préfet. Ce fonds très riche permet d’appréhender la surveillance de la population musulmane par l’administration et les pratiques mises en œuvre pour y parvenir. Les sources du gouvernement général d’Algérie, plus précisément la sous-série intéressant les Affaires religieuses6, montre que l’administration française a rapidement cherché à exercer un contrôle sur les personnages religieux et leurs activités. C’est d’ailleurs dix ans après la création du SLNA, et à la suite des événements de Sétif et de sa région en mai 1945, que ce contrôle sur les personnages religieux est accru. Un « Bulletin mensuel des questions islamiques » est créé pour informer les autorités de l’attitude des représentants des différents mouvements religieux.

    6Le 2e bureau de l’état-major de la division territoriale constitue le deuxième service de renseignement qui suit de près les affaires religieuses en Algérie. Ses archives, conservées au Service historique de la défense (SHD), comprennent une section « Affaires militaires musulmanes ». Elle se compose notamment des correspondances entre le chef du 2e bureau et le gouverneur général. Le chef du 2e bureau rédige un rapport mensuel sur le moral des populations. La finalité des enquêtes a pour objectif de dire quelle personnalité religieuse est un allié ou un danger pour la présence française en Algérie. Des officiers sont affectés dans des unités de commandement et investis en permanence à l’égard des troupes musulmanes des missions suivantes : surveillance, assistance, informations, traductions, observations de l’évolution des événements islamiques.

    7Les sources émanant de ces deux bureaux sont complémentaires, mais cachent une véritable compétition entre le SLNA et le 2e bureau. Chacun se considère comme le véritable spécialiste de la question religieuse en Algérie et le plus apte à prendre en charge le contrôle du personnel religieux. Durant toute la période, ces deux bureaux se sont livrés une compétition en multipliant les études et les enquêtes sur la Rahmania. L’abondance de documents émanant de ces services de renseignement permet d’évaluer la place et le rôle qu’occupent progressivement les chefs confrériques dans le dispositif de renseignement.

    De la sanction à la « collaboration » : la lente évolution de la perception du confrérisme (1871-années 1930)

    8L’administration française a mené dès la fin du xixe siècle une politique stratégique à l’égard du confrérisme oscillant entre sanction et collaboration. L’insurrection de 1871 a été suivie de sanctions importantes à l’égard des zaouïas Rahmania impliquées dans les troubles. Une véritable « littérature de surveillance » apparaît dès la fin du xixe siècle et s’impose jusqu’à la veille de la Première Guerre mondiale. Les administrateurs coloniaux tentent de reprendre la main après l’insurrection et reconnaissent qu’elle déborde le strict plan religieux.

    9Ils ont compris l’importance et la prééminence de ces entités dans le paysage algérien et commencent par intégrer progressivement le personnel confrérique au dispositif de surveillance dans les communes et les localités, mais cette politique s’exerce à deux vitesses. Les zaouïas Rahmania qui ont participé au soulèvement sont relativement exclues de ce processus. Les Belhaddad, à la tête de l’insurrection de 1871, se reconvertissent dans les fonctions administratives. Ils sollicitent les autorités, mais n’obtiennent que deux postes dans l’administration. Ces zaouïas subissent également de lourdes sanctions financières et une épuration des éléments considérés comme « dangereux » est effectuée en leur sein. Le chef de guerre de la famille Belhaddad, Aziz, est ainsi déporté en Nouvelle-Calédonie, tout comme bon nombre de dirigeants de la famille du bachagha Mokrani.

    10En éliminant les dirigeants de ces établissements, l’administration laisse une jeunesse inapte à exercer des fonctions importantes au sein de ses zaouïas qui doivent de plus faire face à des problèmes financiers importants et à la baisse de leurs effectifs. Bon nombre de fidèles ont déserté au profit de zaouïas concurrentes où la situation est plus stable. Les zaouïas de ces familles sont fermées et les biens mis sous séquestre. La zaouïa des Belhaddad ne fonctionne de nouveau qu’à partir de 19107.

    11En revanche, l’administration coloniale va conduire une politique bienveillante à l’égard des zaouïas qui n’ont pas participé au soulèvement. Les sanctions financières ne s’arrêtent pas à une mise sous séquestre des biens des zaouïas incriminées dans la rébellion de 1871. Elles s’accompagnent d’une politique de favorisation des zaouïas qui n’ont pas participé au soulèvement, notamment dans l’attribution des postes administratifs dans les communes. En 1871, le Bachagha Benaly Chérif8 s’est opposé à la révolte du cheikh Belhaddad et du bachagha Mokrani, et a fourni un goum9 à l’armée française pour maintenir le calme dans la région. Les 25 et 31 mars 1871, l’administration française signe un arrêté de séquestre sur tous les biens d’El Hadj El Mokrani, et sur les biens de ceux qui ont pris les armes à ses côtés. Aussi, dans le sillage de la restructuration foncière opérée à cette période, plusieurs propriétés foncières, notamment celles des Mokrani et des Belhaddad, sont passées au profit des Benaly Chérif.

    12Contrairement aux zaouïas Rahmania incriminées dans l’insurrection de 1871, les Benaly Chérif n’ont eu aucun mal à intégrer les postes administratifs dans les localités. C’est le début du « clientélisme confrérique », où l’administration française cherche clairement à s’allier aux notables confrériques qui n’ont pas émis de signe de rébellion lors des soulèvements de la fin du xixe siècle. L’administration cherche également à contrôler les établissements considérés comme dangereux, par l’intermédiaire des zaouïas « pro-administration », qui deviennent de véritables agents du pouvoir colonial dans les localités.

    13La zaouïa Benaly Chérif apparaît très clairement pendant notre période être un agent de surveillance des zaouïas Rahmania, dans l’arrondissement de Bougie. Certaines zaouïas Rahmania vont profiter de leur passivité dans la rébellion, pour intégrer le cercle fermé de la clientèle confrérique pro-administration dès la fin du xixe siècle. La zaouïa Belhamlaoui10, n’ayant pas pris part au mouvement insurrectionnel de 1871, n’est pas inquiétée par les mesures répressives. L’administration française a logiquement cherché à s’allier à cette famille de riches notables du Constantinois.

    14Mais cette alliance a un prix, et les compensations vis-à-vis de ces zaouïas et des familles qui les dirigent sont énormes. Plusieurs membres de la famille Benaly Chérif sont désignés à des postes administratifs importants dans les localités dès la fin du xixe siècle : bachagha, caïd ou encore conseiller général. Cette délégation de pouvoir sert également les intérêts de l’administration française qui en intégrant le personnel confrérique au dispositif de renseignement dans les communes, se dote d’agents de contrôle déjà bien ancrés dans les localités algériennes et le tissu social local.

    15L’administration en fait une véritable élite sociale et politique qui doit renforcer le système de surveillance et de renseignement dans les provinces algériennes. Un événement va contribuer à élargir ce processus d’intégration à l’intégralité des zaouïas et ainsi faire évoluer considérablement le rôle du personnel confrérique dans le dispositif de renseignement colonial.

    16Durant l’entre-deux-guerres, s’esquisse d’une alliance entre les chefs confrériques et l’administration française. L’apparition le 5 mai 1931 de l’Association des ulama musulmans algériens (AUMA) a profondément accéléré le processus d’intégration du personnel confrérique au système de renseignement et d’administration dans les communes. L’AUMA est fondée le 5 mai 1931 à Alger par Abdelhamid Benbadis11. Cette association s’est donné pour objectif de faire revivre en Algérie la culture arabe et musulmane, conformément au mouvement de la salafiyya. L’AUMA s’attaque au cœur du confrérisme, le culte des saints et mène à partir de l’entre-deux-guerres une véritable croisade contre les zaouïas. Le caractère très nationaliste de cette association a rapidement inquiété l’administration française, et le personnel confrérique, qui se retrouvent face à un ennemi commun. Une alliance de circonstance se met en place mais elle ne sera effective qu’après mai 1945. C’est dans ce contexte qu’en 1935 est créé le Service des Liaisons nord-africaines (SLNA), pour suivre de près l’évolution de l’état d’esprit des populations musulmanes.

    17Quels sont la nature de cette alliance et les prérogatives qui en découlent ? Tout d’abord, une protection de l’administration envers ces congrégations religieuses en cas d’attaque des islamistes ou d’autres partis nationalistes. L’administration par le biais du SLNA octroie des subventions aux chioukh12 pour les aider financièrement à gérer ou à agrandir leurs zaouïas. La question des financements du SLNA devient le point nodal du débat du partenariat noué avec l’administration coloniale. Cette dimension éminemment centrale du dispositif de renseignement, souvent négligé à tort, refonde le paradigme de la politique de renseignement en situation coloniale. Les subsides alloués secrètement par le SLNA fontils, pour autant, des chioukh qui les acceptent des agents du SLNA, au sens opérationnel du terme ? Sans doute pas, et c’est là que réside toute la subtilité du traitement humain des chioukh par les hommes du SLNA sous l’autorité du colonel Paul Schoen.

    18Le montant des subventions est relatif à l’importance qu’accorde l’administration au cheikh en question, et non pas en fonction des besoins des chioukh. En échange, les chefs confrériques doivent soutenir les requêtes, les prérogatives de l’administration française auprès des populations, en usant de leur statut religieux et social. Ils doivent prêcher le calme dans leurs localités, prévenir tout soulèvement et surtout tenir informé le préfet ou les administrateurs des communes mixtes des agissements de groupes nationalistes mettant en danger la prépondérance française en Algérie. Ils doivent ainsi être un intermédiaire auprès de la population et un acteur de la stabilité dans localités.

    19Toutes ces prérogatives sont-elles respectées par les chefs confrériques ? En d’autres termes, aux yeux d’un service de renseignement, ces chefs confrériques peuvent-ils être considérés comme des agents au sens traditionnel du terme ? D’ores et déjà, il est possible de s’inscrire en faux face à cette vision. Car dans la politique de contact que recherche le pouvoir colonial, il ne s’agit pas seulement de recueillir du renseignement à travers l’alliance avec certains chefs confrériques (métier traditionnel du renseignement) que de travailler avec eux pour encadrer discrètement la population (coproduction d’un Ordre colonial13). L’épreuve de 1945 signe définitivement le pacte politique du SLNA.

    Le personnel confrérique, rouage essentiel du système de renseignement

    20L’insurrection de mai 1945, s’est produite sous le signe d’une exaltation du sentiment religieux qui a pris une signification politique. Elle s’est déroulée au nom du « djihad » et dans une région historique de la résistance anticoloniale, le Constantinois. Une décision rapide est prise par l’administration française qui décide de mener une enquête sur les confréries religieuses et sur l’AUMA. Les résultats des premières enquêtes innocentent le personnel confrérique, à la fois les chefs et les moqaddim14. L’effort très restreint qui a été mené jusque-là par l’administration française pour intégrer progressivement le personnel confrérique dans le dispositif administratif dans les localités a donné satisfaction.

    21Toutes les zaouïas de la région ont adopté une attitude pro-française et les chefs confrériques ont joué à la fois un rôle de filtre derrière leur apparence de relais, en usant de leur statut religieux pour appeler au calme la population, et un rôle d’informateur officiel direct auprès de l’administration sur des agissements de type nationalistes d’individus ou de groupes. Telles sont les conclusions que l’on peut tirer de l’enquête du général Tamissier en juillet 194615.

    22De nombreux chefs confrériques très influents ont apporté leur aide et leur soutien à la France pendant ses événements. Le cheikh de Constantine, El Hadj Amor Belhamlaoui a exprimé sa loyauté envers la France peu après le déclenchement des émeutes de Sétif et a œuvré à l’apaisement de la population. La présence du Bachagha Benaly Chérif dans la région d’Akbou et de la vallée de la Soummam a aussi été décisive et permis de garder le calme dans cette région hautement stratégique16. Du côté des Belhaddad fortement affaiblis depuis l’insurrection de 1871, les renseignements de la famille ont également été précieux pour maintenir le calme dans la région d’Akbou lors des émeutes.

    23À la suite des événements de mai 1945, le confrérisme apparaît clairement comme un allié en puissance pour l’administration française et une entité à soutenir et à renforcer, pour qu’elle puisse constituer une « barrière17 » face à la montée du nationalisme dans les communes algériennes. L’arrondissement de Bougie quadrillée par plusieurs zaouïas qui ont adopté une attitude pro-française lors des émeutes, a ainsi été relativement épargné par les émeutes de mai 1945. La politique du SLNA semble triompher18. L’administration française veut clairement faire du confrérisme une élite politique, et sociale dans les communes, par l’octroi de postes administratifs et de distinctions honorifiques. Pour son aide et sa loyauté envers la France, le Bachagha Benaly Chérif est élevé à la dignité de Grand-Croix de la Légion d’honneur, nommé Chevalier du mérite agricole et officier d’Académie. Le cheikh constantinois Belhamlaoui Amor profite aussi du nouveau souffle impulsé à la politique « bienveillante » de la France à l’égard du confrérisme après mai 1945, pour être nommé par le préfet de Constantine au grade de chevalier de la Légion d’honneur le 14 juillet 1945, pour ses services rendus à la France.

    24Les chefs confrériques font désormais partie intégrante du paysage politique et participent même aux cérémonies officielles en présence de gouverneurs haut placés, un message de propagande politique fort. La stratégie du SLNA « sort de l’ombre » et devient une véritable ligne de conduite politique à l’échelle locale et préfectorale.

    25Les chefs confrériques considérés comme les plus fidèles ont même droit de la part de l’administration à des subventions pour entretenir et développer leurs établissements d’enseignement. Belhamlaoui a reçu pour son établissement à Constantine, une subvention annuelle de 200 000 francs, par le préfet de Constantine : derrière la main du préfet se devine celle du SLNA19. L’administration française a consenti également en 1951 et 1952, un effort financier considérable en faveur du cheikh de Constantine.

    26En contrepartie, les chefs confrériques doivent respecter bon nombre de prérogatives qui ne se limitent pas à maintenir le calme dans les localités ou à entretenir leurs zaouïas ; ils doivent également jouer un rôle décisif auprès de la population lors des élections. Mais ces obligations ne sont pas toujours respectées. Le passage de la politique secrète de subvention du SLNA à l’action politique ouverte et assumée n’est pas sans poser problème : le statut d’agent politique des chefs confrériques, sortant du domaine de l’alliance secrète avec le SLNA, fragilise leur position. On assiste au glissement d’une politique de renseignement et d’influence, initialement vouée à la discrétion, vers une politique d’administration publique et d’ordre colonial ostensible. Le statut des chefs confrériques se complique un peu plus. De cette évolution, ne reste qu’une certitude pour l’administration coloniale : seul le SLNA est à même de traiter avec eux. Ce succès politique du SLNA porte en lui-même ses limites.

    Les limites d’un système de renseignement s’appuyant sur l’appareil confrérique

    27Les frictions entre chefs confrériques et l’administration sont souvent dues à la personnalité imposante et dominatrice des chioukh. L’exemple de l’affaire dite de la « Grande mosquée de Constantine » en novembre 1947, illustre à merveille ces rapports de force. À la suite du refus du préfet de lui autoriser de pouvoir enseigner à la grande mosquée de Constantine, le cheikh Belhamlaoui se venge lors des élections à l’Assemblée algérienne du 4 avril 1948. Il donne à ces moqaddim et ses khouans, des consignes de vote en faveur des candidats du Parti du peuple algérien, rompant ici l’une des conditions de son alliance avec les autorités françaises. L’administration dispose d’un arsenal coercitif qui doit permettre d’empêcher ce type de comportement, en particulier la suspension des subventions octroyées aux chefs confrériques, qu’elle a utilisée à plusieurs reprises pour régler des situations de crise. Néanmoins, elle a tout intérêt à éviter les rapports de force avec les chefs confrériques, notamment les plus influents, car les élections sont souvent le moment de vengeance privilégié de ces derniers.

    28C’est sur la question des subventions, qui est au cœur de l’alliance entre le SLNA et certains chefs confrériques, que va se cristalliser la guerre entre service de renseignement civil (SLNA) et service de renseignement militaire (2e bureau). Dès la fin de l’année 1946, la situation des confréries religieuses de la région face à la montée du nationalisme inquiète fortement les administrateurs des communes qui demandent une réaction du préfet en faveur d’une aide accrue à octroyer au personnel confrérique. Toutes ces demandes de subvention vont faire souvent l’objet d’un refus ou d’une évaluation au rabais par le gouverneur général et le préfet. C’est le cas du cheikh Abdelmalek Belhaddad, qui s’est vu refuser la quasi-totalité de ses demandes de subventions visant à racheter la propriété familiale séquestrée par l’administration en 1871, en dépit du soutien de l’administrateur de la commune mixte d’Akbou.

    29Le préfet adopte une posture au cas par cas dans ce genre d’affaire. Mais de son côté, le gouverneur général, s’oppose souvent aux demandes d’aide des chefs confrériques, appuyées par les administrateurs des communes mixte, car il considère que ces derniers, lorsqu’ils établissent une enquête au profit du SLNA, ont tendance à exagérer volontairement le danger potentiel de l’AUMA et la teneur des besoins financiers des zaouïas, afin de provoquer des décisions administratives par le haut, c’est-à-dire du préfet et du gouverneur général, en faveur d’un renforcement des chefs confrériques. Le gouverneur général et le préfet ont également leurs préférences dans l’octroi des subventions : ils privilégient l’axe Belhamlaoui-Benaly Chérif au détriment des Belhaddad, leur rival. Afin de garder un contrôle sur le système de surveillance, ils doivent composer avec le paysage local et les rivalités qui en découlent. Mais la guerre d’Algérie va détruire ce dispositif.

    30Le ralliement officiel de l’AUMA au FLN a lieu lors du Congrès de la Soummam, le 20 août 1956. Le FLN se dote enfin de la légitimité idéologique et religieuse qu’il attendait. Les islahistes de l’AUMA incarnent les idéologues de la révolution algérienne, comblant ainsi les lacunes doctrinales du FLN, et de la même manière les ‘Ulama se dotent enfin de la force militaire capable de faire pression sur le personnel confrérique. Le FLN accepte la condition de ralliement des islahistes, et décide en ce sens de faire pression par les armes sur le personnel confrérique, officiellement considéré comme des « collaborateurs de la France ».

    31Dès 1955-1956, une campagne anti-maraboutique est menée dans tout le pays par le FLN et en particulier en Kabylie. Le 2e bureau découvre en 1957 les preuves de cette adhésion du FLN au combat des islahistes (AUMA) et des pressions du parti sur les chefs de confréries20.

    32Déjà avant le Congrès de la Soummam, les logiques de l’alliance confrérique s’effritent sous la pression de la guerre. À la fin de l’année 1955, cinq chefs confrériques de l’arrondissement de Bougie sont exécutés. En février 1956, la fuite en Tunisie Bachagha Benaly Chérif, un des plus solides alliés de l’administration, accompagné de sa famille21, va complètement anéantir cette alliance. À partir de cet événement, plus aucune subvention ne va être versée par l’administration à un chef confrérique, preuve d’une cassure irrémédiable. D’autres défections, comme celles du cheikh Belhaddad et du cheikh Belhamlaoui, confirme l’épuisement de cette alliance. Le 23 septembre 1958, l’administration coloniale tente un dernier coup de force, en présentant le cheikh Belhamlaoui, au côté du général Divary22, commandant de la région Nord Constantinois et exerçant les pouvoirs civils et militaires dans le département de Constantine. Mais cette tentative est vaine et montre essentiellement l’impuissance de l’administration coloniale face à la situation.

    *

    33Peut-on considérer les chefs confrériques comme des « agents de renseignement » ? Certainement pas : par-delà leur alliance avec le SLNA, et quel que soit le degré d’influence que les hommes du SLNA exercent (ou croient exercer) sur eux, les chefs confrériques conservent une part d’initiative bien plus large qu’un agent de renseignement classique. Quelles que soient les volontés ou les velléités du SLNA, puis du 2e bureau, les chioukh et responsables confrériques jouissent d’une position qui ne saurait être réductible à une dimension d’indicateur, d’agent de renseignement ou d’agent de l’administration dans le tissu social de l’Algérie coloniale.

    34En réalité, leur insertion dans la stratégie du SLNA interroge directement les ressources et le sens d’un service de renseignement éminemment colonial. Le SLNA est un service de renseignement, mais certainement pas un service secret. Son action relève directement de l’administration coloniale, aussi bien à Alger que dans les préfectures. La particularité qui justifie (administrativement) son existence depuis 1932 est bel et bien la relation (exclusive) qu’il entretient avec les confréries comme gage de paix coloniale.

    35Que contrôle réellement le SLNA ? En premier lieu, les subventions en direction des organisations musulmanes. Incontestablement, le levier financier a constitué la première ressource de renseignement qui a pour retour la collecte de renseignements par le SLNA auprès des confréries.

    36C’est bien le levier financier qui constitue le cœur de cette alliance, bien plus qu’une quelconque manipulation. Cette politique confrérique du SLNA incarne mieux que tout autre la « politique de contact » (direct ou indirect) tant recherchée par l’administration coloniale pour prévenir tout mouvement de contestation à l’Ordre colonial. Cette appréhension spécifiquement coloniale de la mission d’anticipation du renseignement justifie l’existence du SLNA, comme spécialiste du monde musulman en Algérie. Ce faisant, les responsables confrériques, jouant de l’agency colonial, co-construisent un ordre local fondé sur leur autorité – discrètement puis ouvertement – par l’entremise du SLNA. La guerre et la concurrence des services avec l’arrivée du 2e bureau, aux vues plus opérationnelles, ruine définitivement cet édifice né du renversement de la situation de 1871.

    37En 1962, il en reste l’étiquette de « collabo », forgée par le FLN et l’AUMA, qui colle à la peau des chefs confrériques et qui n’est pas sans conséquences sur l’évolution des pratiques sociales de l’islam après l’indépendance.

    Notes de bas de page

    1Terme arabe désignant une confrérie religieuse. Il signifie « voie », « chemin ».

    2Elle constitue un édifice religieux musulman, dans un premier temps. Emplacement réservé à l’intérieur d’une structure plus vaste où les adeptes peuvent se retirer comme le laisse entendre le sens de la racine du mot arabe zaouïa qui signifie angle ou recoin. Par la suite, le mot désigne un complexe religieux comportant une mosquée, des salles réservées à l’étude et à la méditation ainsi qu’une auberge pour y recevoir les indigents, pour y régler les litiges. On y effectue les pratiques spirituelles et on y enterre les saints fondateurs des confréries.

    3Archives nationales d’outre-mer (ANOM), 40 G. Direction centrale du SLNA (1924-1962).

    4ANOM 93. Bureau SLNA de la préfecture de Constantine, rattaché au cabinet du préfet (1935-1962).

    5Faivre Maurice, « Le colonel Paul Schoen, du SLNA au comité Parodi », Guerres mondiales et conflits contemporains, Paris, PUF, no 208, 2002/4, p. 69-89.

    6ANOM, 16 H. Questions religieuses (1849-1958).

    7ANOM, GGA Série H affaires indigènes, sous-série 16 H, carton no 16 H 31, notice sur la famille Belhaddad en 1910.

    8La zaouïa Benaly Chérif est une zaouïa Qadiria de la vallée de la Soummam. Originaire de Seguiet el Hamra, Si Mohamed Saïd Ben Ali Chérif réside à Chellatta dans la commune mixte d’Akbou, où il a fondé une zaouïa. Il est considéré comme l’un des maîtres spirituels de l’époque par la valeur de son enseignement religieux.

    9Ici, un groupe d’hommes en armes.

    10Fondée en 1865, par le cheikh El Hadj Ali Belhamlaoui, un moqadem du cheikh Belhaddad. Il a étudié à la zaouïa des Benaly Chérif d’Akbou, puis a appris la doctrine de la tariqa Rahmania

    11Fils d’une famille bourgeoise citadine, dont il revendiquait les origines berbères remontant aux Zirides, dynastie musulmane du Maghreb central fondée au xe siècle.

    12Pluriel de cheikh, désigne ici les chefs confrériques.

    13Bat Jean-Pierre et Courtin Nicolas (dir.), Maintenir l’ordre colonial, Rennes, PUR, 2012.

    14Issad Lamine, L’Association des ‘Ulama Musulmans Algériens et les confréries religieuses dans l’arrondissement de Bougie (1945-1957), 2014, p. 6 : schéma de l’organisation d’une confrérie religieuse : le moqadem est le lieutenant du chef confrérique, l’exécuteur fidèle des instructions du cheikh Il assure les relations des adeptes avec le cheikh, il est le propagateur de la doctrine de la tariqa Il prélève les dons en argent des fidèles pour le cheikh Le cheikh désigne aussi le chef confrérique.

    15SHD, 1 H 2864 : Le problème religieux musulman dans l’arrondissement de Bougie du 16 juillet 1946, envoyé par le général Tamisier commandant de la division territoriale de Constantine au général commandant la 10e région, 2e bureau de l’état-major.

    16ANOM, série continue Constantine, 93/4244. Dossier individuel du Bachaga Si Mohamed Benaly Cherif : rapport hebdomadaire sur la situation politique et économique du 13 mai au 20 mai 1945.

    17Expression formulée par Salhi Mohammed Brahim dans son introduction à l’Étude d’une confrérie religieuse algérienne : la Rahmania en Grande Kabylie à la fin du xixe siècle et dans la première moitié du xxe siècle, 1979, Paris.

    18ANOM, série continue Constantine, 93/4297. Avis du préfet de Constantine, concernant la récompense de chevalier de la Légion d’Honneur au cheikh Belhamlaoui Amor, le 30 juin 1945.

    19Chiffre fournis par le préfet de Constantine, le 24 mai 1948 : subventions octroyées pour la Koulia Kittania.

    20SHD, 1 H 4766. Attitude du FLN à l’égard des confréries religieuses. Bulletin de renseignement du 2e bureau, le 11 mai 1957.

    21ANOM, série continue Constantine 93/4244. Dossier de la famille Benaly Cherif de Chellata. Notice de renseignements sur le Bachagha Benaly Chérif Mohand Said et sa famille par la police de Renseignement généraux de Sétif-Akbou, le 10 octobre 1957.

    22ANOM, série continue Constantine 93/4297. Visite du cheikh Belhamlaoui Amor, au général Divary, article de La Dépêche de Constantine, le 23 septembre 1958.

    Auteur

    • Lamine Issad

      Professeur d’histoire/géographie au lycée Jean Renoir à Bondy et diplômé d’un master en histoire des sociétés arabes contemporaines.

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    1Terme arabe désignant une confrérie religieuse. Il signifie « voie », « chemin ».

    2Elle constitue un édifice religieux musulman, dans un premier temps. Emplacement réservé à l’intérieur d’une structure plus vaste où les adeptes peuvent se retirer comme le laisse entendre le sens de la racine du mot arabe zaouïa qui signifie angle ou recoin. Par la suite, le mot désigne un complexe religieux comportant une mosquée, des salles réservées à l’étude et à la méditation ainsi qu’une auberge pour y recevoir les indigents, pour y régler les litiges. On y effectue les pratiques spirituelles et on y enterre les saints fondateurs des confréries.

    3Archives nationales d’outre-mer (ANOM), 40 G. Direction centrale du SLNA (1924-1962).

    4ANOM 93. Bureau SLNA de la préfecture de Constantine, rattaché au cabinet du préfet (1935-1962).

    5Faivre Maurice, « Le colonel Paul Schoen, du SLNA au comité Parodi », Guerres mondiales et conflits contemporains, Paris, PUF, no 208, 2002/4, p. 69-89.

    6ANOM, 16 H. Questions religieuses (1849-1958).

    7ANOM, GGA Série H affaires indigènes, sous-série 16 H, carton no 16 H 31, notice sur la famille Belhaddad en 1910.

    8La zaouïa Benaly Chérif est une zaouïa Qadiria de la vallée de la Soummam. Originaire de Seguiet el Hamra, Si Mohamed Saïd Ben Ali Chérif réside à Chellatta dans la commune mixte d’Akbou, où il a fondé une zaouïa. Il est considéré comme l’un des maîtres spirituels de l’époque par la valeur de son enseignement religieux.

    9Ici, un groupe d’hommes en armes.

    10Fondée en 1865, par le cheikh El Hadj Ali Belhamlaoui, un moqadem du cheikh Belhaddad. Il a étudié à la zaouïa des Benaly Chérif d’Akbou, puis a appris la doctrine de la tariqa Rahmania

    11Fils d’une famille bourgeoise citadine, dont il revendiquait les origines berbères remontant aux Zirides, dynastie musulmane du Maghreb central fondée au xe siècle.

    12Pluriel de cheikh, désigne ici les chefs confrériques.

    13Bat Jean-Pierre et Courtin Nicolas (dir.), Maintenir l’ordre colonial, Rennes, PUR, 2012.

    14Issad Lamine, L’Association des ‘Ulama Musulmans Algériens et les confréries religieuses dans l’arrondissement de Bougie (1945-1957), 2014, p. 6 : schéma de l’organisation d’une confrérie religieuse : le moqadem est le lieutenant du chef confrérique, l’exécuteur fidèle des instructions du cheikh Il assure les relations des adeptes avec le cheikh, il est le propagateur de la doctrine de la tariqa Il prélève les dons en argent des fidèles pour le cheikh Le cheikh désigne aussi le chef confrérique.

    15SHD, 1 H 2864 : Le problème religieux musulman dans l’arrondissement de Bougie du 16 juillet 1946, envoyé par le général Tamisier commandant de la division territoriale de Constantine au général commandant la 10e région, 2e bureau de l’état-major.

    16ANOM, série continue Constantine, 93/4244. Dossier individuel du Bachaga Si Mohamed Benaly Cherif : rapport hebdomadaire sur la situation politique et économique du 13 mai au 20 mai 1945.

    17Expression formulée par Salhi Mohammed Brahim dans son introduction à l’Étude d’une confrérie religieuse algérienne : la Rahmania en Grande Kabylie à la fin du xixe siècle et dans la première moitié du xxe siècle, 1979, Paris.

    18ANOM, série continue Constantine, 93/4297. Avis du préfet de Constantine, concernant la récompense de chevalier de la Légion d’Honneur au cheikh Belhamlaoui Amor, le 30 juin 1945.

    19Chiffre fournis par le préfet de Constantine, le 24 mai 1948 : subventions octroyées pour la Koulia Kittania.

    20SHD, 1 H 4766. Attitude du FLN à l’égard des confréries religieuses. Bulletin de renseignement du 2e bureau, le 11 mai 1957.

    21ANOM, série continue Constantine 93/4244. Dossier de la famille Benaly Cherif de Chellata. Notice de renseignements sur le Bachagha Benaly Chérif Mohand Said et sa famille par la police de Renseignement généraux de Sétif-Akbou, le 10 octobre 1957.

    22ANOM, série continue Constantine 93/4297. Visite du cheikh Belhamlaoui Amor, au général Divary, article de La Dépêche de Constantine, le 23 septembre 1958.

    Histoire du renseignement en situation coloniale

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    Issad, L. (2021). Renseignement et confréries religieuses en situation coloniale. In J.-P. Bat, N. Courtin, & V. Hiribarren (éds.), Histoire du renseignement en situation coloniale. Rennes: Presses universitaires de Rennes. https://doi.org/10.4000/136ok
    Issad, Lamine. « Renseignement et confréries religieuses en situation coloniale ». In Histoire du renseignement en situation coloniale, édité par Jean-Pierre Bat, Nicolas Courtin, et Vincent Hiribarren. Rennes: Presses universitaires de Rennes, 2021. doi:10.4000/136ok.
    Issad, Lamine. « Renseignement et confréries religieuses en situation coloniale ». Histoire du renseignement en situation coloniale, édité par Jean-Pierre Bat et al., Presses universitaires de Rennes, 2021, https://doi.org/10.4000/136ok.

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    Bat, J.-P., Courtin, N., & Hiribarren, V. (éds.). (2021). Histoire du renseignement en situation coloniale. Rennes: Presses universitaires de Rennes. https://doi.org/10.4000/13769
    Bat, Jean-Pierre, Nicolas Courtin, et Vincent Hiribarren, éd. Histoire du renseignement en situation coloniale. Rennes: Presses universitaires de Rennes, 2021. doi:10.4000/13769.
    Bat, Jean-Pierre, et al., éditeurs. Histoire du renseignement en situation coloniale. Presses universitaires de Rennes, 2021, https://doi.org/10.4000/13769.
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