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    Plan détaillé Texte intégral Aux sources du corps des OI, un constat de faillite de la gestion coloniale Première génération d’officiers itinérants : entre le camp no 1, Alger et Paris « Il faut parler, parler longtemps et parler à beaucoup de gens à la fois » 1957 : diffusion des nouvelles méthodes de pacification Les OI : agents de la politisation militaires Liquidation d’une hiérarchie parallèle Notes de bas de page Auteur

    Histoire du renseignement en situation coloniale

    Ce livre est recensé par

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    Table des matières

    Parler et faire parler pendant la guerre d’Algérie

    Les officiers itinérants, ou la parole comme acte de guerre (1956-1960)

    Denis Leroux

    p. 161-172

    Texte intégral Aux sources du corps des OI, un constat de faillite de la gestion coloniale Première génération d’officiers itinérants : entre le camp no 1, Alger et Paris « Il faut parler, parler longtemps et parler à beaucoup de gens à la fois » 1957 : diffusion des nouvelles méthodes de pacification Les OI : agents de la politisation militaires Liquidation d’une hiérarchie parallèle Notes de bas de page Auteur

    Texte intégral

    1« En vue d’intensifier l’action déjà entreprise par l’Armée sur la population, le Secrétaire d’État aux Forces Armées “Terre” a mis à ma disposition une trentaine d’officiers qui seront affectés au Service d’Action Psychologique de la 10e Région. Ces officiers sont des instructeurs itinérants qui iront convaincre, instruire et aider les cadres des unités stationnées en dehors des villes1. » Ces lignes, signées de la main du ministre résidant en Algérie, Robert Lacoste2, le 5 juillet 1956, marquent la naissance du corps des officiers itinérants (OI), qui œuvre en Algérie jusqu’à sa dissolution en février 1960.

    2Cette initiative naît d’un diagnostic fait et partagé par les autorités civiles et militaires en Algérie : celui d’une supposée « perte de contact » avec la population algérienne. Tous s’accordent à reconnaître la faillite de la gestion coloniale des espaces ruraux, reposant sur les intermédiaires indigènes recrutés par cooptation parmi les notabilités locales (bachagas, aghas et caïds)3. Leur vénalité, quand ce n’est pas leur sympathie pour le FLN, se révèlent être, aux yeux des autorités françaises, refusant ainsi d’assumer leurs responsabilités propres, une des raisons de l’émergence de la contestation violente de l’ordre colonial.

    3En 1955 et 1956, la disqualification de ces intermédiaires prive les forces de l’ordre de leur principal moyen de communication avec les populations et de renseignement sur les populations. Privés de renseignements, les militaires français pratiquent souvent une violence indiscriminée, achevant de solidariser des régions entières à la cause des maquisards nationalistes, le cas le plus paroxystique étant la répression du soulèvement du 20 août 1955 dans la région de Philippeville4.

    4Face à cette situation politiquement contre-productive, une idée fait alors jour. Il faut s’adresser directement à la population. À la « politique de la tasse de thé », il faut substituer une communication directe avec la population, qu’il faut convaincre de s’engager au côté de l’armée française contre le FLN. Cependant, il n’est pas facile de faire changer les pratiques d’une armée, dont les chefs sont des combattants pour qui la population ne joue qu’un rôle accessoire dans le conflit, ou qui sont imprégnés des pratiques lyautéennes de dialogues avec les élites caïdales. En somme, il faut parvenir à rassembler les fellahs et à leur parler lors de réunions politiques. C’est cette nouvelle pratique que les officiers itinérants sont initialement chargés de répandre au sein de l’armée stationnée dans le bled.

    5Officiers hors hiérarchie, ces « missionnaires » de l’action psychologique » rendent compte directement à Alger. Ils interfèrent avec les décisions des administrations et des commandements locaux en cherchant à imposer de nouvelles méthodes impliquant une nouvelle ligne politique. Il n’est donc pas étonnant que, de leur aveu même, « de nombreux camarades servant en 10e RM [région militaire – l’Algérie] considèrent l’institution des Officiers itinérants comme une hiérarchie parallèle à la hiérarchie normale du Commandement5 », et que certains officiers croient « voir en eux des “commissaires politiques” voire des “espions6” ».

    6Ces accusations ne sont pas neutres. Le terme est directement issu des théories du colonel Charles Lacheroy, promoteur de la « doctrine de la guerre révolutionnaire ». Par-là, il désigne l’encadrement politique des populations vietnamiennes par le Vietminh, par un maillage serré d’organisations politique et militaire. Ces accusations évoquent donc cette fascination mimétique pour l’ennemi qu’entretient une partie des officiers concevant les guerres menées depuis 1945 comme autant de guerres révolutionnaires inspirées par de supposées théories marxistes, qu’ils cherchent à retourner contre l’adversaire. Elles résonnent aujourd’hui fortement avec l’image toujours confuse d’une armée politisée, celles des colonels et des centurions.

    7À ces accusations, les officiers itinérants répondent en prétendant n’être que « conseillers techniques ».

    8Qu’en est-il ? Et plus largement, comment cette nécessité perçue de réformer les pratiques militaires vis-à-vis de la population algérienne et celle de construire une nouvelle doctrine d’action s’imbrique-t-elle avec l’agitation politique que connaît alors l’armée ?

    Aux sources du corps des OI, un constat de faillite de la gestion coloniale

    9L’émergence des officiers itinérants se situe à la rencontre de réflexions menées, tant dans les milieux militaires que civils, visant à repenser la place de la population algérienne dans le conflit. Ces réflexions se développent dans les états-majors parisiens, où se formalise la « doctrine de la guerre révolutionnaire7 », portée par le colonel Charles Lacheroy8 et son équipe. Ces théories militaires entrent en résonance avec les préoccupations des autorités civiles d’Alger.

    10En juillet 1955, Jacques Soustelle9 diagnostique dans une note sur la « politique du contact », l’existence d’un « fossé d’incompréhension entre administration et administrés, et d’ignorance entre les deux communautés » qu’il entend réduire en remettant au goût du jour tout en la modernisant « la vieille tradition des “bureaux arabes” », par la création des Sections administratives spécialisées10, et en faisant des administrateurs civils des chefs capables, « au-delà des vues juridiques et des routines administratives, [de] s’attacher aux réalités, et pour cela [de] s’astreindre, si lourdes que soient [leurs] autres tâches, à garder des relations personnelles avec les hommes11 ».

    11Ces velléités sont dépassées par Robert Lacoste et son cabinet, influencés par les tenants de l’école de la « guerre révolutionnaire ». S’emparant du mot « pacification », ils le dégagent de son sens classique pour lui donner un sens nouveau. Ainsi, le 10 juillet 1956 Lacoste écrit : « Le mot de pacification, aujourd’hui largement répandu dans le public, a une valeur évocatrice qu’il convient d’utiliser au mieux. Je tiens à préciser ce que ce terme me paraît devoir représenter dans l’action à entreprendre sur les différents plans civils et militaire », à savoir, un processus en trois phases commençant par la « mise en place d’éléments de protection des personnes et des biens », à laquelle succède le « contrôle et [l’]orientation psychologique de la population », aboutissant finalement à « la mise en place d’institutions spécifiques de contact entre la population et les administrations civiles et militaires, par l’élection ou la désignation de responsables locaux d’une part, la coopération de cette population au moyen de l’autodéfense d’autre part12 ».

    12Un constat critique apparaît. Ni l’armée, ni l’administration ne sont adaptées au combat que mène le FLN. Négligeant la population, elles ne peuvent la mobiliser à leur profit et manquent donc des renseignements qui peuvent lui permettre d’exercer efficacement leurs pouvoirs. L’armée, privée des informations nécessaires, réduite à mener ces opérations en aveugle et, exerçant une violence indiscriminée, se met la population à dos13. C’est ce constat que fait ouvertement le colonel Lanusse en octobre 1956 : « Il y a une action psychologique très importante à entreprendre auprès des troupes opérationnelles. Il arrive en effet que certains actes de certaines troupes [Il précise ensuite : les exécutions de prisonniers, les tirs sur les “fuyards” et les représailles collectives] s’opposent gravement à la politique que nous pouvons essayer de mener dans ce pays. Il faut incontestablement que nous rompions avec pas mal de méthodes actuelles14. »

    Première génération d’officiers itinérants : entre le camp no 1, Alger et Paris

    13L’arrivée dans l’état-major particulier de Robert Lacoste d’hommes, comme le colonel Paul Ducournau puis, en mars 1956, du commandant Victor Dadillon, participe à cristalliser ces différentes analyses. Victor Dadillon, plus particulièrement, premier chef de la mission des officiers itinérants, est un des principaux initiateurs de ce corps. Il a fait la campagne d’Italie, à la tête d’une compagnie de tirailleurs algériens, et participe, en 1944, à la prise de Toulon. En Indochine, il fait partie de la mission militaire française au nord-Vietnam, chargée d’encadrer les unités de l’armée nationale vietnamienne, puis est à la tête du 8e bataillon de chasseurs laotiens. Il est fait prisonnier par le Viet Minh en mai 1954, après la défaite de Dien Bien Phu et rejoint le camp no 1, où sont regroupés, à partir de 1951, dans des conditions très dures, les officiers français. Ce dernier point est important.

    14En effet, la vingtaine d’officiers recrutés par Dadillon sont tous d’anciens détenus de ce camp. Il explique ce qui motive son choix dans une conférence : « Ils n’ont pas suivi de stage psychologique en France mais ils ont en subi un d’un genre très particulier […]. Ce sont tous d’anciens prisonniers du V. M. [Vietminh]. Ils ont vu une armée prendre en main la population pour s’en assurer rapidement le concours15. » Lui-même, alors prisonnier aurait « assist[é], avec un énorme étonnement, au complet retournement, opéré par un commissaire politique viet, d’un village qui, jusque-là avait manifesté un sincère attachement16 » à la France.

    15C’est donc l’observation des méthodes Vietminh de prise en main des populations qui qualifie ces officiers à leur nouvelle mission17. Au-delà de cette explication officielle, on devine les ressorts d’une camaraderie qui s’est forgée dans l’épreuve de la détention, et une confiance d’ordre politique. Tous ont eu à subir la tentative de rééducation politique des commissaires politiques Vietminh, visant à les transformer en « combattants de la paix ». Tous ont vécu dans les camps une expérience, où les hiérarchies admises ont été bouleversées18. On observe alors une conjonction entre l’expérience particulière de ce groupe restreint, les théories sur la « guerre révolutionnaire » et « l’action psychologique » se formalisant dans les milieux militaires parisiens et une volonté politique naissant dans l’entourage de Robert Lacoste. Ce dernier tente de par ses différentes directives aux militaires de placer la population algérienne au centre de la pacification. Les officiers itinérants sont, pour le pouvoir civil, un moyen d’agir directement sur les pratiques de l’armée. En effet la première de leurs missions est de « commenter et développer les directives du Ministre de l’Algérie aux unités dans leur action19 », mais également de contrôler leur application, en signalant dans leurs rapports, envoyés directement au ministère, les « erreurs, omissions, déficiences ou incapacités relevées20 ».

    16Ceci est parfaitement illustré par la situation administrative de la mission des OI, sous la tutelle politique de la Direction des affaires politiques de R. Lacoste, mais dépendant administrativement et techniquement du nouveau Bureau régional d’action psychologique.

    « Il faut parler, parler longtemps et parler à beaucoup de gens à la fois21 »

    17Durant les mois d’août et de septembre 1956, la Kabylie est le banc d’essai des officiers itinérants. Leurs discours rédigés en main, ils arpentent les villages des montagnes kabyles et instruisent les unités qui en assurent le quadrillage. Selon les termes du ministère il s’agit « d’organiser sur des thèmes proposés, des séances périodiques d’orientation, à base d’information, d’éducation et de distraction et devant réunir des groupes de population d’importance variable. Ces séances qui ne durent en moyenne qu’une heure chacune, sont destinées, par des conversations et des entretiens à convaincre la population d’un village, d’une localité, que l’armée n’est là que pour la protéger et l’aider à améliorer ses conditions de vie22 ». Une fois ce test validé, les OI sont envoyés dans toute l’Algérie.

    18Rassembler les villageois pour ces réunions ne semble pas nécessiter le recours systématique à la force. Les comptes rendus des OI mentionnent les cas, très rares, où la menace directe des armes est requise. La menace est néanmoins latente. D’après Dadillon, les villageois « se rassemble[nt] sur une simple invitation. Vous envoyez le Garde Champêtre et si vous choisissez un moment en dehors des heures de travail, vous aurez tout le village. Les habitants sont partagés entre la crainte et la curiosité. Ils savent que nous avons des armes, pensent que nous pourrions éventuellement nous en servir, et ils veulent savoir ce que nous avons à leur dire23 ». Les marchés et les chantiers financés par l’armée sont autant de prétextes à ses réunions et au déploiement de haut-parleurs.

    19Intimidations, crainte des sanctions, compromissions sont de puissants ressorts. Il ne faut pas négliger néanmoins la surprise et la curiosité des villageois encore peu habitués à ce genre de procédés. Il est difficile d’interpréter, en l’absence de connaissances précises des situations locales, l’attitude du public de ces réunions. Les rapports des OI, à ce sujet, nous montrent un panel d’attitudes variées. Ici, la « causerie a été écoutée attentivement24 ». Là, les personnes convoquées sont « agitées, révoltées25 ». Ailleurs, la population est « totalement fermée et hostile », « joue le double jeu à fond » ou « intéressée mais peu enthousiaste26 ». Plus rarement, « ambiance excellente. Applaudissements fréquents27 » ou « prennent parti ouvertement pour la France. Nombre d’entre eux veulent s’engager28 ». Le plus souvent c’est une « attitude réservée » qui prédomine.

    20Les OI interprètent ces réactions à travers deux prismes. La terreur qu’inspirerait le FLN aux villageois est fréquemment invoquée, bien qu’ils puissent parfois admettre que le contact est « assez distant avec la troupe du fait que des compagnies d’intervention […] ont eu des brutalités inutiles29 ». L’attentisme est l’autre catégorie interprétative utilisée. L’utilisation de ce mot, hérité de l’occupation allemande et servant à désigner l’indécision et le refus de l’engagement d’une partie notable des Français, reflète surtout l’incapacité à percer le silence des fellahs. Silence, qu’il est tentant d’interpréter comme une forme de résistance individuelle et collective30.

    21Les modalités de la violence militaires sont au cœur du contrôle qu’exercent les OI. Il ne s’agit pas d’exclure la violence sur la population mais de rationaliser sa distribution. L’exécution des prisonniers est jugée non rentable car gênant la politique de ralliement des maquisards. Par contre, « la liquidation physique des organisations politico-administratives rebelles est le seul moyen d’empêcher la reconstitution de celles-ci et de redonner confiance à la population31 ». Plus encore, les destructions de villages et les brutalités aveugles sont dénoncées clairement dans les rapports. Ainsi, un bataillon de tirailleurs sénégalais est accusé de créer le « vide barométrique », faisant fuir la population de son secteur par ses violences. « Villages incendiés, brutalités de toutes sortes32 ». L’OI demande son déplacement. Il est difficile de connaître les suites données à ce genre de demande.

    22L’accueil dans les unités est cordial bien que teinté de scepticisme et d’ironie. Les premiers bilans sont nuancés. « Si la masse de la population est réceptive, il ne faut pas s’attendre à des résultats spectaculaires33 », précise le commandant Dadillon. Néanmoins, l’expérience est jugée concluante et les OI sont répartis, à la fin de 1956, sur l’ensemble du territoire algérien.

    1957 : diffusion des nouvelles méthodes de pacification

    23À partir du début de l’année 1957, l’emploi des OI, le contenu de leur instruction aux unités et leur rôle politique évolue sensiblement. De même, le recrutement des OI se diversifie. Si d’autres prisonniers du Vietminh sont recrutés, d’autres profils se distinguent. D’anciens des affaires indigènes du Maroc, d’anciens FFI ou de jeunes officiers « fana » d’action psychologique sont affectés au corps. La plupart d’entre eux ont une expérience coloniale significative. En octobre 1957, l’effectif des OI est porté à 50.

    24L’arrivée du général Raoul Salan, à la tête de la 10e région militaire, et avec lui du colonel Michel Goussault, nouveau chef du bureau psychologique, entraîne une radicalisation des méthodes préconisées par le commandement. D’une part, la répression du FLN à Alger, à partir de janvier, par la 10e division parachutiste, sous la direction du général Massu, donne lieu à une nouvelle organisation du renseignement, impliquant l’usage « d’interrogatoires poussés à fond et immédiatement exploités34 », la liquidation des suspects par des escadrons de la mort35, et la mise en place de structures de contrôle de la population.

    25Désigné fréquemment par le terme d’« organisation des populations36 », ce dernier dispositif implique le recensement, le fichage et l’immatriculation, selon un code se rattachant au découpage de l’espace habité en arrondissement, quartiers, îlots et bâtiments. À chacun de ces niveaux, des responsables sont désignés et sont chargés de faire remonter les renseignements et descendre les ordres des autorités. Ce système n’est rien d’autre qu’une militarisation de la population algérienne, qui doit être intégrée dans une hiérarchie prolongeant l’action des autorités jusqu’au niveau individuel.

    26Parallèlement à la « Bataille d’Alger », une série d’opérations « Pilote[s] » est mise en place pour expérimenter de nouvelles méthodes de pacification dans les espaces ruraux. Le 5e bureau joue un rôle moteur dans ces expérimentations qui commencent en mars 1957, d’abord dans la vallée du Cheliff et les massifs montagneux au nord de celle-ci, puis dans la Mitidja et la région de Saint-Charles, près de Philippeville, pour finir dans les montagnes du Dahra oranais. Des officiers itinérants sont détachés de leurs zones d’adaptation pour participer directement à ces opérations. Les méthodes adoptées reprennent celles mises en place par les parachutistes à Alger auxquelles s’ajoute une extension de l’organisation des populations.

    27Des équipes médico-sociales itinérantes (EMSI) et des cercles féminins doivent toucher et encadrer les femmes algériennes. Des foyers sportifs et des centres de formation professionnelle s’adressant à la jeunesse sont implantés. Et surtout, un centre de formation clandestin est constitué à Arzew. Des « commissaires politiques » y sont formés par des équipes d’officiers itinérants, s’inspirant des méthodes d’endoctrinement des camps Vietminh. Ces commissaires politiques doivent alors être réintroduits dans la population rurale et y monter une « organisation politico-administrative », calquées sur l’organisation nationaliste, aux ordres de l’autorité militaire. Cette organisation, d’abord clandestine, doit par la suite devenir la base des futures institutions villageoises prévues par les réformes françaises. Là aussi, les OI jouent un rôle déterminant dans le recrutement et la manipulation de tous ces agents, bien qu’ils soient censés déléguer peu à peu cette tâche à des officiers des troupes de secteur.

    28Ce sont ces méthodes que les OI se chargent alors de répandre dans l’armée. La manière dont ils se conçoivent s’est fortement éloignée des premières directives. En janvier 1958, une note rappelle que les OI « sont et doivent être » : « des techniciens de la Guerre Révolutionnaire ; des ingénieurs des moyens de la Guerre Psychologique ; des rouages essentiels de la chaîne technique de l’Action et de Guerre Psychologique ; des éléments de contact qui doivent participer à l’élaboration de la doctrine de la riposte à la Guerre Révolutionnaire en suivant de près toutes les expériences menées en Xe R. M. dans ce domaine ; – des “diplomates” car leur mission est délicate et difficile37 ».

    29De ces expériences, malgré des comptes rendus faisant état de résultats mitigés, émerge peu à peu la norme d’action préconisée par le commandement de l’armée en Algérie. Les OI participent activement à ces expérimentations, à l’élaboration doctrinale qui en découle, puis à sa diffusion et au contrôle de son exécution par les commandements subalternes. Mais plus largement, ils participent activement à la radicalisation politique de l’armée. À partir de 1957, circulant de popotes en mess, ils véhiculent idées et mots d’ordre, construisent des réseaux. Cette action culmine avec les événements de 1958.

    Les OI : agents de la politisation militaires

    30Les comptes rendus des OI, dès leur création regorgent de remarques reflétant les discussions qui ont cours dans les unités de terrain. Loin d’être de simples renseignements à destination des autorités, on observe une prise de parti nette de ces officiers. Ainsi, l’un d’eux note en septembre 1956 : « Depuis 1946, les dirigeants français ont été incapables d’imposer à notre pays un régime solide et une politique stable. Face à tous les événements auxquels ont été mêlés les militaires, nous trouvons une instabilité gouvernementale qui s’est traduite par la chute de 19 ministères. L’armée n’est qu’un instrument au service d’un gouvernement. Une armée solide ne se conçoit que dans un régime solide. » Il constate le « dégoût de certain vis-à-vis du “marasme politique français” ». Il prédit même l’écroulement des valeurs militaires de discipline et d’obéissance « si elles ne trouvent pas à leur tour, un nouvel idéal auquel se raccrocher38 ».

    31Ce nouvel idéal, les OI se chargent de le promouvoir, d’abord, à partir de 1957, autour du thème de l’« Algérie nouvelle », puis, à partir de mai 1958, de la politique dite de l’« intégration ». Ces deux idées sont à la fois un thème de propagande à destination de la population algérienne, une justification morale des moyens de lutte choisis et un projet d’ingénierie sociale portée par l’armée. Ces politiques sont conçues et présentées comme révolutionnaires, en ce qu’elles doivent réformer profondément les structures de la société coloniale, afin de garantir l’hégémonie française en Algérie39.

    32Cette prise de parti se conjugue avec une implication dans l’agitation politique que connaît alors l’armée. À partir d’avril 1958, le commandant Jean Pouget, est mandaté par Jacques Chaban-Delmas, alors ministre de la Défense, pour obtenir « le plein-emploi des Officiers Itinérants ». Il doit dès lors « circuler dans toute l’Algérie en allant d’officier itinérant en officier itinérant40 » et doit se faire communiquer l’ensemble de leurs rapports. Jean Pouget est alors le chef de l’antenne de l’état-major du ministre de la Défense en Algérie, une des chevilles ouvrières des manœuvres gaullistes dans les milieux militaires et européens en Algérie, avant mai 1958. Il effectue plusieurs tournées en compagnie du lieutenant-colonel Feaugas, alors numéro 2 du 5e bureau. Léon Delbecque, autre agent gaulliste déterminant dans les complots du 13 mai, fait de même en compagnie du commandant Cogniet, un des chefs du 5e bureau.

    33Les OI jouent un rôle notable dans les mois qui suivent le 13 mai. En contacts réguliers avec le 5e bureau, ils tentent d’imposer la ligne de l’état-major d’Alger, à savoir : « 1/L’Algérie restera française. 2/L’intégration totale est acquise par le référendum populaire que constituent les manifestations de chaque jour. 3/L’Union de l’Armée et de la Nation est faite41. »

    34Des conseils donnés par le 5e bureau aux OI dans leur bulletin de liaison nous laisse entrevoir leur activité politique : « Il vous faut penser à l’avenir parce que cet avenir dépend essentiellement de l’organisation des masses que nous sommes parvenus à mettre sur pied. Usez de tous vos agents, mettez les S.A.S. dans le mouvement, etc… Vos responsables d’autodéfense [il s’agit des agents formés à Arzew] doivent faire partis du C.S.P. [Comité de salut public42] ou des délégations spéciales43 et mener une action positive tant dans le sens de la divulgation des idées nouvelles que de la campagne Renseignements-Ralliements44. » Ce mélange de dispositif de contrôle social, de manipulation d’agents, de mots d’ordre politique et de stratégie de renseignement est caractéristique du haut niveau de politisation des OI en ces mois de l’été 1958.

    Liquidation d’une hiérarchie parallèle

    35L’année 1959 est une période ambiguë pour les services d’action psychologique, en Algérie comme en métropole. Période d’apogée, leur déploiement connaît son extension maximale. Elle est cependant marquée par la reprise du contrôle de l’armée d’Algérie par le gouvernement. Face à l’annonce de la politique d’autodétermination du gouvernement, en septembre 1959, le 5e bureau réinterprète les propos du général de Gaulle, certes ambigus, en les tirants vers sa ligne intégrationniste et sa vision du conflit comme « guerre révolutionnaire ».

    36D’autre part, les cadres du 5e bureau d’Alger et les OI adaptés à la région algéroise mènent un travail de propagande à destination des unités territoriales (UT), unités supplétives composées de soldats et d’officiers européens mobilisés quelques jours par mois. En décembre 1959, le 5e bureau participe à la création fédération des UT (européennes) et des autodéfenses (musulmanes), dans l’optique d’une mobilisation conjointe des deux communautés contre le FLN. C’est en tentant d’en convaincre les cadres des UT que des liens vont se créer entre les leaders politiques « ultras » d’Alger et les responsables du 5e bureau. Impliqué dans la planification du soulèvement, le colonel Jean Gardes, chef du 5e bureau, qui espère rééditer un nouveau 13 mai, apparaît dans le quartier barricadé, au côté de Joseph Ortiz, un des leaders de l’insurrection. C’est cette proximité qui va être la raison première de la dissolution des 5e bureaux et des Officiers itinérants.

    37Peu diserte, la décision, ordonnant cette dissolution, est signée le 11 février 1960, par le ministre de la Défense Pierre Messmer, récemment entré en fonction45. L’instruction personnelle et secrète au général Challe, commandant des forces armées en Algérie, du général Demetz, nouveau chef d’état-major de l’armée, est plus loquace. « Des esprits non avertis, mal renseignés ou hostiles ont pu interpréter la singularisation fonctionnelle des “5es Bureaux” hors du cadre traditionnel des Bureaux des États-Majors, comme étant un moyen propre à la réalisation d’une hiérarchie parallèle à celle du Commandement normal. […] Nul n’est mieux placé que vous pour comprendre l’absurdité de cette conception si contraire au fait46. » Cependant un mois auparavant, écrivant à son ministre de tutelle, pour lui proposer les modalités de dissolution des 5es bureaux, le même général Demetz écrit : « Éviter tout risque de hiérarchie parallèle et de déviation des directives gouvernementales en prescrivant formellement le recours à des personnels itinérants47. »

    38Les OI sont ici placés au centre de ces fameuses « hiérarchies parallèles » du 5e bureau. On le voit, les motifs et les modalités de cette dissolution diffèrent selon que l’on s’adresse au commandement d’Alger ou au ministre. Messmer a le dernier mot en annonçant sans ambiguïté, lors d’une conférence de presse, le 4 mai 1960 que « les 5e bureaux travaillaient souvent, trop souvent, en franc-tireur et ils avaient constitué en quelque sorte des hiérarchies parallèles au commandement48 », retournant habilement contre les acteurs de l’action psychologique un des termes clés de leur lexique.

    *

    39À la vue de la courte histoire des OI, on peut être tenté de souligner la spécificité du renseignement dans la gouvernementalité coloniale. Ceux-ci sont, en effet, les héritiers d’une conception lyauteyenne de l’action de l’officier qui construit l’ordre social par sa parole et son exemplarité. Dans ce modèle, c’est en se donnant à voir et en parlant que l’État se constituerait, par opposition à un modèle métropolitain, où le secret prédomine dans la pratique du renseignement. Les OI peuvent apparaître donc comme une tentative de modernisation de la tradition de l’officier des affaires musulmanes et peuvent sommairement être réduits à l’équation suivante : OI = Lyautey + Haut-parleurs…

    40Cependant dans le cas de la guerre d’Algérie, il faut nuancer cette spécificité. En effet, le développement des OI a lieu simultanément au déploiement en Algérie d’un vaste appareil de renseignement opérant largement hors de cadres juridiques clairs, dans un secret d’État pour le moins épais49. Les deux dispositifs ne s’opposent en rien. Au contraire ils s’articulent. L’« organisation des populations » dont les OI sont des acteurs importants, fait ainsi interface entre cette pratique policière du renseignement impliquant torture, manipulation d’agents, et gestion administrative de l’information, et l’activité de propagande de contact qui est celle des OI mais aussi des SAS.

    41Plus qu’une rupture entre deux modèles, qui semblent ici s’hybrider, il nous faut donc souligner le changement de paradigmes, technique et politique, dont les OI se font, en pleine guerre, les zélés promoteurs. Cette volonté de construire une « Algérie nouvelle » ne peut être comprise qu’à l’aune des méthodes de renseignement de contact, des techniques de coercition sociale et des dispositifs d’ingénierie sociale que portent les OI. Le contact direct avec la population rurale apparaît comme une volonté de faciliter l’obtention de renseignements, mais surtout de mobiliser directement les ruraux algériens contre le FLN et, plus largement, contre un ordre colonial jugé dépassé, dans le cadre d’un agenda politico-militaire spécifique, celui de l’« Algérie nouvelle », que le général de Gaulle n’entendra pas assumer.

    Notes de bas de page

    1Service historique de la défense (SHD), 1 H 2533, directive de Robert Lacoste au commandant de la 10e région militaire, 5 juillet 1956.

    2Robert Lacoste (1898-1989), militant syndical et homme politique socialiste, est nommé ministre résidant en Algérie par le Guy Mollet en février 1956. Il occupe ce poste jusqu’aux événements de mai 1958. Il poursuit alors une carrière parlementaire.

    3Sur l’importance de tels intermédiaires locaux dans l’ordre colonial : Thomas Martin, Empires of intelligence : Security Services and Colonial Disorder after 1914, Berkeley, University of California Press, 2008.

    4Mauss-Copeaux Claire, Algérie, 20 août 1955 : insurrection, répression, massacres, Paris, France, Payot, 2013.

    5SHD, 1 H 2533, Projet de lettre aux officiers itinérants du colonel Goussault, chef du 5e bureau, 20 septembre 1957.

    6SHD, 1 H 2524, Conférence du Centre d’instruction pacification et contre guérilla d’Arzew, « La guerre psychologique en Algérie », sans date, 1957.

    7Leroux Denis, « La Doctrine de la guerre révolution, théories, pratiques et circulations », in Abderrahmane Bouchene, Jean-Pierre Peyroulou, Ounassa Siari-Tengour et Sylvie Thenault, Histoire de l’Algérie à la période coloniale, 1830-1962, Paris, La Découverte, 2012.

    8Schmidt Anne-Catherine, Charles Lacheroy, de l’officier colonial au « soldat politique », mémoire de master 2 sous la direction d’Olivier Dard, université Paul Verlaine de Metz, 2010.

    9Jacques Soustelle (1912-1990), ethnologue de formation, il dirige les services spéciaux de la France libre en 1943 et 1944. Il est gouverneur général de l’Algérie de janvier 1955 à 1956. Partisan de l’Algérie française, il rompt avec le gaullisme à la fin de la guerre d’Algérie et se solidarise avec la lutte de l’OAS. Il s’exile jusqu’en 1968.

    10Mathias Grégor, Les sections administratives spécialisées en Algérie : entre idéal et réalité, 1955-1962, Paris, L’Harmattan, 1998.

    11SHD, 1 H 2577, Directive du gouverneur général de l’Algérie, Jacques Soustelle, au sujet de la politique de contact, 22 juillet 1955.

    12SHD, 1 H 2538, Directive du ministre résidant en Algérie, 10 juillet 1956.

    13Sur les rapports entre renseignements et violence : Kalyvas Stathis N., The logic of violence in civil war, Cambridge/New York, Cambridge University Press, 2006.

    14SHD, 2 R 165, « Algérie 1956. Action psychologique et action politique » du colonel Lanusse.

    15SHD, 1 H 2411, Conférence du commandant Dadillon aux officiers élèves de Staint-Maixent, 1957.

    16Le Mire Henri, Histoire militaire de la guerre d’Algérie, Paris, Albin Michel, 1982, p. 66.

    17À ce sujet, au-delà des fantasmes des théoriciens français de la guerre révolutionnaire, il est impératif de lire : Goscha Christopher, Vietnam. Un État né de la guerre, Paris, Armand Colin, 2011. En particulier les chapitres vi et x.

    18Voir le témoignage de deux anciens OI, prisonniers du camp no 1 : Richard Pierre, Cinq ans prisonnier des Viets, Paris, Nouvelles Éditions latines, 1996. Stien Louis, Les Soldats oubliés, Paris Albin Michel, 2008.

    19SHD, 1 H 2533, Directive du général Salan, commandant de la 10e région militaire, objet : officiers itinérants, 10 mars 1957.

    20SHD, 1 H 2533, Note de service, objet : mission des officiers itinérants, 25 août 1956.

    21SHD, 1 H 2411, Conférence du commandant Dadillon, sans date, 1957.

    22Service de l’information du cabinet du ministre de l’Algérie, Action du Gouvernement en Algérie, mesures de pacification et réformes, Alger, SNEP, 1957, 481p.

    23SHD, 1 H 2411, Conférence du commandant Dadillon, sans date, 1957.

    24Archives nationales d’Outre-mer (ANOM), 3 R 464, Compte rendu du capitaine Guidon, 24 août 1956.

    25ANOM, 3 R 464, Compte rendu du lieutenant Dupré, 26 septembre 1956.

    26ANOM, 3 R 464, Compte rendu du lieutenant Armandi, 4 décembre 1956.

    27ANOM, 3 R 464, Compte rendu du lieutenant Morin, 13 juin 1957.

    28ANOM, 3 R 464, Compte rendu du Lieutenant Crouzet, 6 octobre 1956.

    29ANOM, 3 R 464, Compte rendu du capitaine Tommasi et du lieutenant Dupré, 22 août 1956.

    30Macmaster Neil, « The “Silent Native” Attentisme, Being Compromised, and Banal terror during the Algerian War of Independance, 1954-1962 », in Thomas Martin (éd.), The French colonial mind, Lincoln, États-Unis, 2011, 382 p.

    31ANOM, 3 R 464, Compte rendu du lieutenant Morin, 13 juin 1957.

    32ANOM, 3 R 464, Lettre du capitaine Guyomar, 10 septembre 1956.

    33ANOM, 3 R 464, Compte rendu du commandant Dadillon, activités des officiers itinérants, sans date, circa octobre 1957.

    34SHD, 1 H 2460, Note de service, objet : interrogatoires de suspects, 11 mars 1957.

    35Aussaresses Paul, Services spéciaux : Algérie, 1955-1957, Paris, Perrin, 2001, 196 p.

    36À titre d’exemple : SHD, 1 H 2575, Note de service du commandement du grand Alger, objet : opération bidonville, 19 février 1957. Il s’agit d’une des premières notes à ce sujet. Elle en inspire beaucoup d’autres par la suite.

    37SHD, 1 H 2533, Note à l’attention de MM. les officiers itinérants, 8 janvier 1958.

    38ANOM, 3 R 464, Compte rendu du lieutenant de la Croix-Vaubois, 18 septembre 1956.

    39Sur cette ligne révolutionnaire : Leroux Denis, « Promouvoir une armée révolutionnaire pendant la guerre d’Algérie », Vingtième Siècle. Revue d’histoire 4/2013 (no 120), p. 101-112.

    40ANOM, 3 463, Note du ministre de la Défense nationale, objet : mission du Commandant Pouget, 29 mars 1958.

    41SHD, 1 H 2533, Bulletin de liaison et d’information des officiers itinérants, no 32, 31 mai 1958.

    42Les CSP sont des organismes issus du soulèvement de mai 1958.

    43Les délégations spéciales sont les institutions municipales, désignées le plus souvent, préconisées par la politique de Robert Lacoste. Elles doivent se substituer aux communes mixtes, pour devenir à terme des municipalités élues.

    44SHD, 2 R 165, Décision du ministre des Armées, Pierre Messmer, 11 février 1960.

    45SHD, 2 R165, Décision, 11 février 1960.

    46SHD, 2 R 165, Instruction personnelle et secrète du chef d’état-major de l’armée, 16 mars 1960.

    47SHD, 2 R 165, Note du chef d’état-major de l’armée au ministre des armées, objet : suppression des organismes spécialisés de l’action psychologique, 13 février 1960.

    48SHD, 1 S 13, Extrait de conférence de presse du ministre des armées, 4 mai 1960.

    49Branche Raphaëlle, La Torture et l’armée pendant la guerre d’Algérie, 1954-1962, Paris, Gallimard, 2001.

    Auteur

    • Denis Leroux

      Docteur en histoire, a soutenu une thèse intitulée « Une armée révolutionnaire, la guerre d’Algérie du Cinquième bureau » à l’université Paris-Panthéon-Sorbonne, sous la direction de Raphaëlle Branche.

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    1Service historique de la défense (SHD), 1 H 2533, directive de Robert Lacoste au commandant de la 10e région militaire, 5 juillet 1956.

    2Robert Lacoste (1898-1989), militant syndical et homme politique socialiste, est nommé ministre résidant en Algérie par le Guy Mollet en février 1956. Il occupe ce poste jusqu’aux événements de mai 1958. Il poursuit alors une carrière parlementaire.

    3Sur l’importance de tels intermédiaires locaux dans l’ordre colonial : Thomas Martin, Empires of intelligence : Security Services and Colonial Disorder after 1914, Berkeley, University of California Press, 2008.

    4Mauss-Copeaux Claire, Algérie, 20 août 1955 : insurrection, répression, massacres, Paris, France, Payot, 2013.

    5SHD, 1 H 2533, Projet de lettre aux officiers itinérants du colonel Goussault, chef du 5e bureau, 20 septembre 1957.

    6SHD, 1 H 2524, Conférence du Centre d’instruction pacification et contre guérilla d’Arzew, « La guerre psychologique en Algérie », sans date, 1957.

    7Leroux Denis, « La Doctrine de la guerre révolution, théories, pratiques et circulations », in Abderrahmane Bouchene, Jean-Pierre Peyroulou, Ounassa Siari-Tengour et Sylvie Thenault, Histoire de l’Algérie à la période coloniale, 1830-1962, Paris, La Découverte, 2012.

    8Schmidt Anne-Catherine, Charles Lacheroy, de l’officier colonial au « soldat politique », mémoire de master 2 sous la direction d’Olivier Dard, université Paul Verlaine de Metz, 2010.

    9Jacques Soustelle (1912-1990), ethnologue de formation, il dirige les services spéciaux de la France libre en 1943 et 1944. Il est gouverneur général de l’Algérie de janvier 1955 à 1956. Partisan de l’Algérie française, il rompt avec le gaullisme à la fin de la guerre d’Algérie et se solidarise avec la lutte de l’OAS. Il s’exile jusqu’en 1968.

    10Mathias Grégor, Les sections administratives spécialisées en Algérie : entre idéal et réalité, 1955-1962, Paris, L’Harmattan, 1998.

    11SHD, 1 H 2577, Directive du gouverneur général de l’Algérie, Jacques Soustelle, au sujet de la politique de contact, 22 juillet 1955.

    12SHD, 1 H 2538, Directive du ministre résidant en Algérie, 10 juillet 1956.

    13Sur les rapports entre renseignements et violence : Kalyvas Stathis N., The logic of violence in civil war, Cambridge/New York, Cambridge University Press, 2006.

    14SHD, 2 R 165, « Algérie 1956. Action psychologique et action politique » du colonel Lanusse.

    15SHD, 1 H 2411, Conférence du commandant Dadillon aux officiers élèves de Staint-Maixent, 1957.

    16Le Mire Henri, Histoire militaire de la guerre d’Algérie, Paris, Albin Michel, 1982, p. 66.

    17À ce sujet, au-delà des fantasmes des théoriciens français de la guerre révolutionnaire, il est impératif de lire : Goscha Christopher, Vietnam. Un État né de la guerre, Paris, Armand Colin, 2011. En particulier les chapitres vi et x.

    18Voir le témoignage de deux anciens OI, prisonniers du camp no 1 : Richard Pierre, Cinq ans prisonnier des Viets, Paris, Nouvelles Éditions latines, 1996. Stien Louis, Les Soldats oubliés, Paris Albin Michel, 2008.

    19SHD, 1 H 2533, Directive du général Salan, commandant de la 10e région militaire, objet : officiers itinérants, 10 mars 1957.

    20SHD, 1 H 2533, Note de service, objet : mission des officiers itinérants, 25 août 1956.

    21SHD, 1 H 2411, Conférence du commandant Dadillon, sans date, 1957.

    22Service de l’information du cabinet du ministre de l’Algérie, Action du Gouvernement en Algérie, mesures de pacification et réformes, Alger, SNEP, 1957, 481p.

    23SHD, 1 H 2411, Conférence du commandant Dadillon, sans date, 1957.

    24Archives nationales d’Outre-mer (ANOM), 3 R 464, Compte rendu du capitaine Guidon, 24 août 1956.

    25ANOM, 3 R 464, Compte rendu du lieutenant Dupré, 26 septembre 1956.

    26ANOM, 3 R 464, Compte rendu du lieutenant Armandi, 4 décembre 1956.

    27ANOM, 3 R 464, Compte rendu du lieutenant Morin, 13 juin 1957.

    28ANOM, 3 R 464, Compte rendu du Lieutenant Crouzet, 6 octobre 1956.

    29ANOM, 3 R 464, Compte rendu du capitaine Tommasi et du lieutenant Dupré, 22 août 1956.

    30Macmaster Neil, « The “Silent Native” Attentisme, Being Compromised, and Banal terror during the Algerian War of Independance, 1954-1962 », in Thomas Martin (éd.), The French colonial mind, Lincoln, États-Unis, 2011, 382 p.

    31ANOM, 3 R 464, Compte rendu du lieutenant Morin, 13 juin 1957.

    32ANOM, 3 R 464, Lettre du capitaine Guyomar, 10 septembre 1956.

    33ANOM, 3 R 464, Compte rendu du commandant Dadillon, activités des officiers itinérants, sans date, circa octobre 1957.

    34SHD, 1 H 2460, Note de service, objet : interrogatoires de suspects, 11 mars 1957.

    35Aussaresses Paul, Services spéciaux : Algérie, 1955-1957, Paris, Perrin, 2001, 196 p.

    36À titre d’exemple : SHD, 1 H 2575, Note de service du commandement du grand Alger, objet : opération bidonville, 19 février 1957. Il s’agit d’une des premières notes à ce sujet. Elle en inspire beaucoup d’autres par la suite.

    37SHD, 1 H 2533, Note à l’attention de MM. les officiers itinérants, 8 janvier 1958.

    38ANOM, 3 R 464, Compte rendu du lieutenant de la Croix-Vaubois, 18 septembre 1956.

    39Sur cette ligne révolutionnaire : Leroux Denis, « Promouvoir une armée révolutionnaire pendant la guerre d’Algérie », Vingtième Siècle. Revue d’histoire 4/2013 (no 120), p. 101-112.

    40ANOM, 3 463, Note du ministre de la Défense nationale, objet : mission du Commandant Pouget, 29 mars 1958.

    41SHD, 1 H 2533, Bulletin de liaison et d’information des officiers itinérants, no 32, 31 mai 1958.

    42Les CSP sont des organismes issus du soulèvement de mai 1958.

    43Les délégations spéciales sont les institutions municipales, désignées le plus souvent, préconisées par la politique de Robert Lacoste. Elles doivent se substituer aux communes mixtes, pour devenir à terme des municipalités élues.

    44SHD, 2 R 165, Décision du ministre des Armées, Pierre Messmer, 11 février 1960.

    45SHD, 2 R165, Décision, 11 février 1960.

    46SHD, 2 R 165, Instruction personnelle et secrète du chef d’état-major de l’armée, 16 mars 1960.

    47SHD, 2 R 165, Note du chef d’état-major de l’armée au ministre des armées, objet : suppression des organismes spécialisés de l’action psychologique, 13 février 1960.

    48SHD, 1 S 13, Extrait de conférence de presse du ministre des armées, 4 mai 1960.

    49Branche Raphaëlle, La Torture et l’armée pendant la guerre d’Algérie, 1954-1962, Paris, Gallimard, 2001.

    Histoire du renseignement en situation coloniale

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    Leroux, D. (2021). Parler et faire parler pendant la guerre d’Algérie. In J.-P. Bat, N. Courtin, & V. Hiribarren (éds.), Histoire du renseignement en situation coloniale. Rennes: Presses universitaires de Rennes. https://doi.org/10.4000/1372r
    Leroux, Denis. « Parler et faire parler pendant la guerre d’Algérie ». In Histoire du renseignement en situation coloniale, édité par Jean-Pierre Bat, Nicolas Courtin, et Vincent Hiribarren. Rennes: Presses universitaires de Rennes, 2021. doi:10.4000/1372r.
    Leroux, Denis. « Parler et faire parler pendant la guerre d’Algérie ». Histoire du renseignement en situation coloniale, édité par Jean-Pierre Bat et al., Presses universitaires de Rennes, 2021, https://doi.org/10.4000/1372r.

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    Bat, J.-P., Courtin, N., & Hiribarren, V. (éds.). (2021). Histoire du renseignement en situation coloniale. Rennes: Presses universitaires de Rennes. https://doi.org/10.4000/13769
    Bat, Jean-Pierre, Nicolas Courtin, et Vincent Hiribarren, éd. Histoire du renseignement en situation coloniale. Rennes: Presses universitaires de Rennes, 2021. doi:10.4000/13769.
    Bat, Jean-Pierre, et al., éditeurs. Histoire du renseignement en situation coloniale. Presses universitaires de Rennes, 2021, https://doi.org/10.4000/13769.
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