Au cœur de l’archipel du renseignement
La PIDE et le renseignement dans les colonies portugaises (1945-1974)
p. 57-75
Texte intégral
1Le soir du 25 avril 1974, peu après la réussite du coup d’État militaire qui a écarté du pouvoir Marcelo Caetano, les jeunes officiers du Mouvement des forces armées (MFA), qui ont organisé le putsch depuis des semaines, négocient avec le Général Spinola, ancien gouverneur de la Guinée-Bissau. Ce dernier, qui n’a pas pris part activement à la conspiration, reçoit en fin d’après-midi le pouvoir des mains de Caetano qui a refusé de transmettre le pouvoir à de simples capitaines.
2Les négociations entre Spinola et les officiers du MFA portent sur la déclaration qui sera faite au pays pour expliquer l’orientation de cette révolution. Le Général Costa Gomes, ancien chef d’état-major des Armées, démis de ses fonctions en mars 1974, pressenti par les officiers du MFA pour prendre la tête du pays après la révolution, participe également à ces négociations. Alors que les officiers du MFA veulent annoncer immédiatement la décolonisation et l’instauration d’une démocratie, le Général Costa Gomes refuse que la police politique ne soit supprimée dans les colonies (l’archipel du Cap-Vert, la Guinée-Bissau, les îles de São Tomé e Principe, l’Angola, le Mozambique et le Timor).
3Or, cette police est honnie par une grande partie de la population qui, dans la journée, s’est attaquée à ses locaux, à ses agents et à ses informateurs au Portugal. Les agents de la police politique blessent plusieurs dizaines de personnes et tuent quatre personnes qui encerclaient le siège de la PIDE à Lisbonne1. En dépit de ces événements, Costa Gomes estime que tant qu’un cessez-le-feu, prélude à des négociations pour l’indépendance de ces territoires, n’est pas négocié avec les mouvements anticoloniaux, l’armée doit conserver ses positions et disposer de renseignements fournis par la PIDE.
4Pendant les guerres coloniales, qui ont éclaté en 1961 en Angola, en 1963 en Guinée-Bissau et en 1964 au Mozambique, la PIDE a été un des principaux pourvoyeurs de renseignements stratégiques2 pour mener la guerre. C’est en grande partie la PIDE qui repère les mouvements « ennemis », dévoile les intentions des mouvements anticoloniaux et, dans le cadre de la guerre contre-révolutionnaire, connaît l’« état d’esprit des populations », dont il s’agit de gagner les « cœurs et les esprits3 ».
5Face à ce véto de Costa Gomes, la police politique est supprimée dans la métropole portugaise, mais elle subsiste dans les colonies, sous le nom de Police d’Information Militaire. Les agents de la police politique – exceptées les principales figures de la police politique dans les colonies qui ont fui, craignant les représailles – continuent leur travail de renseignement quelques mois encore.
6Le traitement exceptionnel que la police politique obtient au soir du 25 avril ne doit pas laisser penser qu’elle est la seule institution qui collecte et analyse les renseignements dans les colonies portugaises en Afrique. Au sein de l’armée, de la police, de l’administration et des universités, des organisations et des individus recherchent et accumulent également des renseignements afin de maintenir la domination coloniale.
7Martin Thomas, qui a étudié les services de renseignements français et britanniques en Afrique du nord et au Proche-Orient pendant l’entre-deux-guerres, précise que « l’appareil administratif entier de l’État colonial constituait une communauté de renseignement, l’État colonial comme un État de renseignement4 ». Cette affirmation correspond également à la situation dans les colonies portugaises. Mais, l’État n’a pas, lui seul, le monopole du renseignement. Au sein de l’empire portugais, quelques individus ont bâti des réseaux d’informateurs, amassent des informations qu’ils partagent (les monnayant parfois), totalement ou partiellement, avec l’armée et la PIDE. Aucune structure ne détient un monopole de fait sur le renseignement, même si une grande partie des informations converge vers la PIDE/DGS. Cette pluralité d’acteurs du renseignement impérial n’est pas sans provoquer des tensions, des conflits et des effets pervers.
8Ces services de renseignements ont été confrontés aux dilemmes que connaissent les institutions qui recueillent et analysent des informations5. Ils sont le plus souvent submergés par une masse d’informations non fiables, non recoupées et, parfois, sans intérêt. Certains individus essayaient d’« intoxiquer » ces services, de les diriger vers telle ou telle direction, pour servir leurs propres intérêts. Ces difficultés sont accrues dans la configuration de la situation coloniale.
9Pour les agents du renseignement portugais, comme pour les agents français et britanniques étudiés par Thomas Martin dans d’autres territoires colonisés ou pour ceux étudiés par Christopher Bayly dans le nord de l’Inde6, les dynamiques sociales et politiques des sociétés dominées sont peu, voire pas, intelligibles, ou considérées comme indignes de leur intérêt. Cet ethnocentrisme interdit dès lors la récolte d’informations pertinentes et alimente un discours, souvent simpliste, qui explique la contestation anticoloniale par la seule action de « subversifs » venus de Moscou, de Pékin ou de La Havane7. Européens, dans leur écrasante majorité, ces agents sont en règle générale trop distants socialement et culturellement des populations locales pour les comprendre, mais aussi pour acquérir leur confiance, sentiment souvent fondamental pour obtenir des renseignements de qualité. Pour combler cette distance, la PIDE fait usage de la violence et de la torture pour extorquer des informations aux individus qu’elle arrête.
10Cet article n’a pas l’ambition de retracer une histoire institutionnelle de la PIDE et des services de renseignements militaires. Il ne repose pas non plus sur un impossible dépouillement exhaustif des archives de la police politique ou du renseignement militaire. En effet, ces archives, désormais en grande partie consultables, représentent une immense masse de papiers, et ce en dépit des importantes destructions de documents de la PIDE et des Services de centralisation et de coordination des informations, effectuées lors de la révolution des Œillets et au moment de la décolonisation8. Il s’agit ici de cartographier la pluralité des acteurs du renseignement dans les colonies africaines après 1945, de saisir comment l’obtention et le traitement des renseignements ont été au cœur des guerres coloniales et d’analyser les dilemmes auxquels ont été confrontés ceux qui manient les renseignements.
Une entrée en scène tardive, mais massive de la police politique dans les colonies
11La police politique n’étend son champ d’activité aux colonies qu’en 1954, à l’occasion d’un décret-loi qui restructure cette organisation. Jusqu’alors, l’action de la PIDE dans la lutte contre la subversion, l’espionnage et la surveillance des étrangers se limite à la métropole. L’envoi d’agents de la PIDE dans les colonies se fait du reste progressivement. Les rares premiers agents en Angola et au Mozambique déploient leur action sous la tutelle de la police (Polícia de Segurança Pública – PSP) qui a alors pour mission de surveiller les activités politiques tant des colonisés que des colons. Ces derniers sont étroitement surveillés car les autorités craignent les mouvements séparatistes (notamment en Angola9) et que certains de ces colons s’établissent en Afrique pour essayer de commencer une nouvelle vie, après un emprisonnement en métropole. Ce n’est qu’à partir de 1957, que la PIDE devient réellement indépendante logistiquement de la PSP dans les colonies10. L’État colonial considère jusqu’alors qu’il peut connaître la population qu’il domine par le biais de sa police, de son armée et de son appareil administratif qui s’est développé depuis la fin du xixe siècle. Les autorités coloniales comptent également sur la collaboration des chefs locaux africains (régulos au Mozambique et en Guinée-Bissau, sobas en Angola). Ces derniers sont à la fois étroitement contrôlés par les autorités coloniales, mais renforcent leur prestige grâce à leur rôle d’intermédiaire entre la population et le pouvoir européen.
12En 1952, le gouverneur de la Guinée-Bissau écrit au ministre de l’Outre-Mer pour démentir les bruits que fait courir à Lisbonne un officier, à propos de « l’existence de propagande communiste parmi les indigènes » du territoire qu’il gouverne. Il assure même qu’il y a la « plus grande et meilleure harmonie entre les différentes tribus ». Comment le sait-il ?
13« En 1950, avec la réalisation du recensement général, il y a eu un contact très grand entre les autorités et les indigènes11. » Ce contact, tant recherché, a eu lieu grâce à plusieurs opérations administratives liées à la fiscalité. Il permet donc au gouverneur de croire qu’il connaît parfaitement l’opinion de la population. Cette apparente candeur, qui postule que les indigènes sont transparents aux yeux des administrateurs locaux et qu’ils ne peuvent pas développer un « discours caché12 », selon l’expression de James Scott, et dissimuler leurs véritables opinions, découle pour partie de l’évolution de la pensée coloniale portugaise dans les années 1950. Ces années sont alors marquées par l’appropriation des théories luso-tropicalistes de Gilberto Freyre par les autorités portugaises13. Prétendant que les Portugais, à la différence des autres européens, se sont mélangés aux populations indigènes, l’essayiste brésilien postule la singularité de la colonisation portugaise qui serait exempte de racisme. Cette théorie, qui ne repose pas sur la réalité, amène les autorités portugaises à prétendre que les populations africaines ne veulent pas devenir indépendantes et qu’elles désirent rester portugaises. Cette théorie – que certains instrumentalisent avec cynisme – implique que les colonisés ne se soulèvent contre l’autorité coloniale que s’ils sont manipulés par des forces étrangères. C’est pourquoi les autorités portugaises surveillent étroitement les postes frontières et les ports afin d’éviter l’entrée d’étrangers subversifs et de propagande séditieuse forgée par les « ennemis du Portugal ».
14Les propos du gouverneur de Guinée-Bissau et, plus généralement, la « vulgate luso-tropicaliste » qui met en exergue les prétendus cinq siècles de présence des Portugais en Afrique, ne doivent pas laisser penser que la domination portugaise s’est réalisée sans difficulté et que celle-ci n’était pas contestée. René Pélissier montre bien que ce n’est que dans les années 1880-1918 que le Portugal a réellement occupé ses colonies, dont il ne dominait jusqu’alors que quelques villes côtières et quelques vallées. Pendant ces années, le Portugal a « mené une guerre quasi permanente et lointaine qui pour être passée totalement inaperçue de l’opinion étrangère ne l’en a pas moins affaibli encore un peu plus14 ». De plus, dans les années suivantes, plusieurs insurrections ont eu lieu, entraînant une répression violente des autorités portugaises.
15En 1954, le gouvernement portugais considère que la présence de la police politique s’avère indispensable en Afrique. L’action des mouvements anticoloniaux dans les empires français et britannique, tant en Asie qu’en Afrique, suscite des craintes à Lisbonne15. Le décret-loi de 1954 ne prévoit cependant la création que de 58 postes (sur 755 agents en tout) dans les colonies : 27 au Mozambique, 26 en Angola et 5 en Guinée-Bissau. Lisbonne n’envisage pas encore une contestation massive contre sa domination. Mais, dans les années 1960, avec les guerres coloniales, les agents de la PIDE dans les colonies vont croître exponentiellement et constituer en quelques années plus de la moitié des effectifs de cette organisation. En 1974, les colonies d’Afrique concentrent 56 % des agents, dont 70 % des inspecteurs, de la PIDE. L’Angola compte 800 agents, le Mozambique 583 et la Guinée-Bissau 8116. Cette canalisation massive de moyens vers les colonies devient d’ailleurs un problème pour la PIDE, confrontée à une extension et une radicalisation de l’opposition en métropole17. En 1971, une note de la direction des services de l’Information de la police politique déplore ne pas avoir assez de ressources pour payer de bons informateurs et traiter, avec des agents compétents, les informations obtenues.
16En effet, « la saignée de personnel opérée parmi les cadres de la métropole au bénéfice de l’Outre-mer a réduit le niveau de l’“intelligentsia” de la DGS en métropole. Il n’est pas exagéré d’affirmer qu’actuellement seulement la moitié de l’effectif de la métropole fait un travail utile en matière de contre-renseignement et d’investigation. Le reste du personnel est revenu de l’Outre-mer soit épuisé et malade, soit – comme il arrive dans tous les organismes – a déjà atteint le niveau d’incompétence qui fait de lui un élément insuffisamment performant18 ». Cette rhétorique ne doit pas cacher qu’au cours des années 1960 et 1970 les ressources allouées à la PIDE n’ont pas cessé de croître. Mais, pas assez, aux yeux de la police placée aux premiers rangs de la guerre menée dans les colonies.
Une police politique aux sources d’information variées
17Il n’est toujours pas question de retracer ici une histoire de la PIDE dans les colonies et de réduire le renseignement à cette seule organisation. Cependant, force est de constater qu’une grande partie des renseignements converge vers la police politique. De plus, c’est cette institution qui récolte les renseignements dans les domaines les plus variés : des mouvements anticoloniaux aux mouvements religieux, de l’opinion des colons à celle des Africains qui, du fait de la censure opérée par les colonisateurs et de l’analphabétisme de l’immense majorité de la population, n’établissent qu’un « espace public », espace formé de journaux et de revues, limité, à la différence de l’Inde étudiée par Christopher Bayly19. En dépit des mises en garde de certains mouvements anticoloniaux qui menacent de « puni[r] exemplairement20 » ceux qui collaborent avec la police politique, les agents de la PIDE entretiennent de larges réseaux d’informateurs parmi la population.
18Certaines professions, encastrées dans les sociabilités urbaines et rurales, sont particulièrement ciblées, car elles permettent d’obtenir des informations sur l’opinion, les rumeurs et les états d’esprit. C’est le cas par exemple des commerçants en Angola qui vendent les produits de consommation courante dans les villages et les bidonvilles et dont les échoppes constituent des lieux de sociabilités et d’échanges21. Lors des « guerres de libération », la PIDE noyaute aussi les mouvements anticoloniaux, afin de connaître les intentions militaires des organisations qui ont entrepris la lutte armée. Ces informations sont ensuite transmises à l’armée portugaise qui, au début des années 1970, déploie près de 200 000 hommes dans les colonies22.
19La PIDE cherche avec ces informations à devancer les initiatives militaires ennemies, à attaquer, emprisonner ou tuer des combattants indépendantistes africains. Les renseignements stratégiquement les plus importants et les plus fiables proviennent d’informateurs placés dans la direction des mouvements anticoloniaux, parfois au plus près de leurs dirigeants dont les faits et gestes, les habitudes et les projets sont connus finement par la police politique. Ainsi, parmi les documents collectés sur Agostinho Neto, leader du Movimento Popular de Libertação de Angola (Mouvement populaire de Libération de l’Angola – MPLA) par la PIDE, on retrouve de nombreux renseignements fournis par des informateurs situés au plus près de lui. L’ampleur des données, de toutes sortes, accumulées par la PIDE sur les principaux dirigeants anticoloniaux peut être saisie à travers la publication récente d’une sélection des fichiers concernant Agostinho Neto. Cette publication, qui reproduit en fac-similé les archives de la police politique, comporte cinq volumes et compte environ 4 500 pages23.
20La PIDE réussit à enrôler des informateurs en usant de chantages, en exploitant les désillusions politiques, les divisions au sein des mouvements et/ou la cupidité24. La trajectoire d’Alexandre Taty est une des plus connues. Né dans l’enclave angolaise de Cabinda en 1925, Alexandre Taty fait une partie de sa scolarité dans un séminaire religieux de la métropole. De retour en Angola, il est employé des postes. Cependant, après avoir commis un vol, il fuit à Léopoldville (Kinshasa), où réside depuis plusieurs décennies une importante population provenant de l’Angola qui y recherche de meilleures conditions de vie et de travail. Il adhère à l’União dos Povos de Angola (UPA) dirigée par Holden Roberto. Son ascension au sein du mouvement est rapide. Il devient vice-président de l’UPA et est ensuite désigné ministre de la Défense du Governo Revolucionário de Angola no Exílio (Gouvernement révolutionnaire de l’Angola en exil – GRAE) fondé en 1962. Se prétendant déçu par l’action de Holden Roberto, Taty commence à livrer des renseignements à la PIDE au début de l’année 1965. Il participe à l’élaboration d’un plan visant à emprisonner le chef de l’UPA. Son double jeu est découvert. Bien qu’arrêté au Congo-Léopoldville, il réussit à sortir de prison, et se rend ensuite, avec d’autres militants, aux autorités portugaises qui vont essayer de l’utiliser contre les mouvements anticoloniaux. Les rapports de la PIDE attestent des ambivalences propres à la gestion d’agents doubles et de transfuges. À quel point ces individus sont-ils loyaux et fiables ?
21Une note de la sous-délégation de la PIDE à Cabinda sur l’évaluation des activités de Taty révèle que le comportement politique de ce dernier « continue à être l’une des préoccupations de cette sous-délégation25 ». En effet, Taty tisse des contacts avec des mouvements « ennemis ». S’il informe la PIDE de ces rencontres, la police politique craint qu’ils ne dissimulent une trahison future. L’agent de la PIDE conclut ainsi : « en ce moment d’intensification de la lutte contre le Portugal, “Agostinho” [pseudonyme de Taty] doit être en train de se préparer, afin d’avoir la possibilité de continuer comme leader, en toute occasion et en toutes circonstances, soit en notre faveur soit contre nous26 ». Taty reste cependant fidèle aux autorités portugaises et dirige des Troupes Spéciales constituées par environ 1 200 soldats africains qui se battent à Cabinda et dans le nord de l’Angola contre la Frente Nacional de Libertação de Angola (Front national de libération de l’Angola – FNLA) et le MPLA27.
22La PIDE tire aussi des informations des individus qu’elle arrête. Les témoignages d’anciens détenus mettent en exergue la violence exercée par certains agents, et les conditions d’hygiènes épouvantables des camps ou des prisons dans lesquels ils sont entassés28. Comme au Portugal, les interrogatoires de la PIDE servent à la fois à faire parler et à faire taire. D’une part, les confessions de prisonniers permettent d’autres arrestations et conduisent au démantèlement des mouvements implantés, notamment, dans les villes. D’autre part, les tortures et les conditions d’emprisonnement diffusent parmi la population colonisée un sentiment de peur et amènent de nombreuses personnes emprisonnées à abandonner toute future activité militante, afin d’être libérées29.
23Comme l’illustre le cas d’Alexandre Taty, la collecte d’information ne se réduit pas au territoire des colonies. La PIDE recrute des informateurs dans les pays, où se trouvent les mouvements anticoloniaux, principalement dans l’ex-Congo belge, dans l’ex-Congo français, en Tanzanie et en Zambie. À Léopoldville (Kinshasa), la PIDE peut ancrer son réseau d’informateurs sur les nombreux commerçants portugais qui y sont établis depuis des décennies.
24Cependant, les dirigeants et certains membres des mouvements de libération circulent beaucoup, car ils bénéficient de l’appui de pays socialistes, de nations africaines, mais aussi de mouvements politiques occidentaux. Des guérilleros sont ainsi entraînés en Europe de l’Est, en URSS, en Chine, au Maroc, en Algérie, ou à Cuba. Pour suivre la circulation de ces militants, la PIDE compte sur ses informateurs installés à l’étranger et sur l’appui des services de renseignements d’autres États.
25En tant que service d’espionnage et de contre-espionnage, la PIDE entretient d’intenses collaborations avec des services de renseignement d’Europe de l’Ouest et d’Afrique Australe. Les élites des services de renseignement de ces pays partagent, pour la plupart, un profond anticommunisme et craignent la « subversion » en Afrique. Elles partagent des manières de voir semblables, un habitus commun renforcé par des rencontres fréquentes dans des forums comme Interpol ou au cours de visites30. Dans les années 1960, la PIDE peut ainsi compter sur la collaboration de services de renseignement de pays ayant déjà procédé à la décolonisation comme la France. Le service de Documentation extérieure et de contre-espionnage (SDECE) livre fréquemment à la PIDE des analyses sur l’évolution politique et sociale des pays africains. Selon les registres tenus par la police politique portugaise, entre 1957 et 1974, le SDECE lui a envoyé 2 101 documents. Mais, ces échanges d’informations ont une portée plus pratique et les collaborations les plus décisives se passent le plus souvent de tout écrit et sont communiquées oralement.
26Le SDECE fournit par exemple à la PIDE le nom des Portugais – qu’ils soient de métropole ou des colonies – qui utilisent des aéroports français pour se rendre en Europe de l’Est ou en Chine. La collaboration peut être encore plus étroite. Lors d’une réunion tenue 14 mars 1968 dans les bureaux du Secrétariat général de la défense nationale (SGDN) portugais, le directeur des services de l’information de la PIDE signale que la police française – sans mentionner exactement le service – a refusé l’entrée en France à Amilcar Cabral, leader du Partido Africano para a Independência da Guiné e Cabo Verde (Parti africain pour l’indépendance de la Guinée et du Cap-Vert – PAIGC). Il précise qu’« ayant atterri dans un aéroport, la police française, déjà informée qu’il allait arriver, a non seulement empêché son séjour sur le territoire français mais a même profité de l’occasion pour procéder à une fouille dans toute sa documentation qu’elle a photographiée31 ». Les photographies sont ensuite transmises à la PIDE. Pour mettre en exergue les bonnes relations que la PIDE entretient avec les services de renseignement français, le directeur ajoute que « tout s’est déroulé de police à police, soit, entre la PIDE et les services de sécurité français qui maintiennent des relations très amicales. Il est possible […] que, si nous avions présenté l’affaire par la voie diplomatique, nous n’aurions rien obtenu, le gouvernement français ne voulant pas adopter officiellement cette attitude32 ». Ces documents, qui évoquent un plan de débarquement sur l’île de Santiago (Cap-Vert) de militants du PAIGC entraînés à cette fin à Cuba et en URSS, permettent à la PIDE de procéder à de nombreuses arrestations33.
27Deux autres pays fournissent une aide décisive au Portugal dans le domaine du renseignement : l’Afrique du Sud et la Rhodésie. Ces deux pays, dirigés par des minorités blanches, voient le Portugal comme leur allié contre la subversion menée par des mouvements africains. Pour l’Afrique du Sud, la présence portugaise en Angola et au Mozambique empêche aux mouvements luttant contre l’apartheid de trouver un sanctuaire aux portes du pays (et de la Namibie). La Rhodésie, elle, qui a déclaré son indépendance unilatérale en 1965, assure son ravitaillement et ses échanges commerciaux par le port de Beira, au Mozambique. Les deux pays cherchent donc à appuyer le combat de Lisbonne en lui fournissant des armes, en participant à des opérations militaires, mais aussi en livrant des renseignements. De nombreuses informations circulent entre la PIDE, le Bureau of State Security (BOSS) sud-africain et le Central Intelligence Organisation (CIO) rhodésien. Les services rhodésiens possèdent leurs propres informateurs au Mozambique ; et dans les années 1970, le responsable du CIO n’hésite pas à se rendre à Lisbonne pour rencontrer Marcelo Caetano et le convaincre que la stratégie déployée par les militaires portugais au Mozambique est mauvaise34. Le partage de renseignements est d’ailleurs au cœur de l’alliance militaire, restée alors secrète, signée par les trois pays à partir de 1970, sous le nom d’exercice ALCORA35.
Partager les renseignements : police politique, militaires et universitaires
28À partir de 1959, une partie de l’élite militaire se prépare à l’irruption d’une violente contestation dans les colonies36. Les conflits en Malaisie, en Indochine et en Algérie amènent des militaires portugais à étudier les doctrines et les pratiques de la guerre contre-révolutionnaire. Des officiers sont envoyés en Grande-Bretagne et en France, et des textes de la doctrine contre-subversive anglaise et française sont traduits pour former les officiers37. Toutefois, les militaires qui impulsent ce changement stratégique et doctrinal sont confrontés aux réticences de Salazar qui refuse de financer une profonde réorganisation de l’armée en Afrique. Ce refus de Salazar explique, pour partie, la tentative de coup d’État opérée – en vain – par la majorité des ministres titulaires des portefeuilles militaires en avril 1961. Cependant, après avoir déjoué le complot, Salazar récupère les propositions formulées par les militaires les mois précédents et dote l’armée de moyens supplémentaires.
29Une des priorités de la réorganisation militaire concerne le renseignement : les expériences françaises et britanniques dans leurs colonies mettent en exergue l’importance fondamentale du renseignement. En outre, l’armée portugaise s’est déjà profondément transformée au cours des années 1950 dans le cadre de l’intégration du Portugal à l’OTAN38. Un service militaire de renseignement et de sécurité, le Deuxième bureau du SGDN, est créé en 1950, afin de gérer les documents secrets transmis par les partenaires de l’Alliance Atlantique39. Dès 1959, les préoccupations de ce service de renseignement militaire se tournent vers l’Afrique.
30À titre d’exemple, cette même année, le chef du deuxième bureau du SGDN se rend à Paris, invité par le directeur général du SDECE, Paul Grossin. Dans les locaux des services français, l’officier portugais écoute plusieurs communications sur le communisme international, les tentatives de pénétration soviétique en Afrique et l’« action psychologique dans le combat contre le communisme ». Envisageant les collaborations futures entre le SDECE et le deuxième bureau du SGDN, le chef de ce dernier signale son « intérêt pour tout ce qui se passe en Afrique, spécialement dans les territoires limitrophes de la Guinée (Sénégal, République de Guinée) ainsi que dans les régions du Congo et de la fédération de Rhodésie et du Nyassaland, limitrophes de l’Angola et du Mozambique40 ». Dans les années qui suivent cette première rencontre, le SDECE et le SGDN portugais s’échangent de nombreuses notes portant le plus souvent sur l’Afrique. Plusieurs officiers portugais viennent étudier dans l’hexagone les techniques de renseignement, d’espionnage et de contre-espionnage développées par les services secrets français.
31Avant avril 1961, des militaires proposent la mise en place, dans les colonies, de services de coordination des renseignements militaires et civils, pour favoriser une meilleure circulation, croisement et traitement des informations recueillies par les militaires, la PIDE et l’administration coloniale. En effet, chaque service tend à conserver ses informations et à ne pas les partager. Cependant, ces suggestions ne voient le jour qu’après le début des insurrections en Angola. En 1961, un Service de centralisation et de coordination des informations (SCCI) est créé en Angola et au Mozambique. Ces services, sous la direction du Gouverneur et donc sous la tutelle du ministère de l’Outre-Mer – qui compte depuis 1959 un cabinet des affaires politiques dont l’une des missions est de rassembler les articles de la presse internationale concernant l’empire portugais et toutes les informations provenant de l’administration coloniale41 –, réunissent des militaires, la PIDE et différentes administrations. Des sections des SCCI sont créées au niveau des districts, en articulation avec l’administration locale. Un étroit maillage de Services d’informations militaires est également élaboré dans les colonies en guerre pour récolter les informations au niveau local, les exploiter immédiatement le cas échéant et les faire remonter par les canaux hiérarchiques42.
32Si les SCCI ont pour rôle de favoriser les échanges et la centralisation des renseignements récoltés par les différents services civils et militaires pour mener la guerre, ils ont également pour but d’étudier les dynamiques sociales et politiques des territoires colonisés et, ainsi, pouvoir engager l’action de contre-subversion qui nécessite une connaissance approfondie de la population. Pour l’un des créateurs de cette institution, « nous avions été attaqués et nous commencions une guerre de pacification à travers d’actions dans les zones insurgées. Mais nous ne connaissions pas bien la composante ethnico-linguistique et la composante religieuse. La première mission a été de faire ce relevé et de définir les ethnies “à cheval” sur les frontières des pays voisins qui étaient déjà indépendants43 ». En dépit des discours luso-tropicalistes sur les cinq siècles de colonisation, les guerres coloniales révèlent en effet la vaste méconnaissance par les autorités portugaises des sociétés colonisées44.
33L’une des missions des SCCI consiste à réaliser des « cartes ethniques », simplifiant et réifiant les réalités culturelles et sociales des populations colonisées à partir du concept d’ethnie45. Pour les militaires qui prétendent « gagner » certaines ethnies à la cause portugaise, il s’agit de comprendre pourquoi certaines sont hostiles, tandis que d’autres semblent favorables. Les militaires portugais veulent également « africaniser » les guerres coloniales en créant des forces spéciales africaines46. Ils aspirent dès lors à « manipuler » les supposées « races guerrières », manipulation qui exige la compréhension de leurs dynamiques sociales et culturelles47.
34Pour réaliser ces cartes ethniques et connaître les principales caractéristiques des différentes ethnies, les SCCI s’appuient sur les travaux d’anthropologues portugais, qui au cours des années 1950 rompent avec l’anthropologie physique et l’anthropométrie, qui mesuraient les corps et les cranes des populations colonisées, afin de légitimer la supériorité européenne48. L’anthropologie culturelle se développe, appuyée par le ministère de l’Outre-Mer, qui finance des travaux de terrain dans le cadre du Centro de Estudos Políticos e Sociais (CEPS) fondé en 1956. Les chercheurs – dont certains participent activement au champ politique – étudient les dynamiques sociales qui leur apparaissent subversives – comme les mouvements religieux qui, à l’image du Tokoïsme49, sont considérés par les autorités comme des sectes subversives – ou des populations jugées menaçantes comme les habitants des bidonvilles de Lourenço Marques.
35Chaque chercheur financé par le CEPS doit remettre un rapport secret dans lequel certains développent, dans un ton plus libre que celui utilisé dans les publications scientifiques, des analyses sur la loyauté des populations et les menaces de certains processus pour l’ordre colonial50. C’est ainsi que Jorge Dias, considéré comme le père de l’ethnologie portugaise, remet à la fin des années 1950 plusieurs rapports au ministère de l’Outre-Mer sur les Macondes, ethnie dont la population réside au nord du Mozambique et au sud de la Tanzanie. Si dans ses travaux scientifiques Jorge Dias s’emploie à décrire les traditions immémoriales, le système de parenté et l’organisation sociale de cette ethnie, écartant soigneusement tous les changements provoqués par le colonialisme ou par le mouvement de décolonisation ; dans ses rapports secrets, il met au contraire en avant les changements induits par la présence des colons portugais (source selon lui du mécontentement des Macondes), par l’action de partis politiques en Tanzanie et par les effets sociaux des migrations. Ses travaux scientifiques visent à montrer comment ce peuple n’est pas entré dans l’histoire et doit continuer à être gouverné par les Portugais, tandis que ses rapports secrets montrent au contraire les capacités d’adaptation et d’initiative des Macondes, capacités qui remettent en cause la domination coloniale51.
36Ces travaux sont récupérés par certains officiers du SCCI qui rédigent des recommandations aux militaires pour que ces derniers sachent comment se comporter avec les différentes ethnies. Fernando Amaro Monteiro, agent des SCCI au Mozambique à partir de 1965, entreprend par exemple une large enquête sur les musulmans de la colonie, réalisant un questionnaire envoyé à tous les administrateurs locaux et rencontrant les leaders des communautés musulmanes. L’objectif de Monteiro est, en comprenant les dynamiques des différents courants de l’Islam mozambicain, de gagner les leaders à la cause portugaise et de les transformer en alliés du colonialisme52. Se faisant, Amaro Monteiro essaie également de dépasser les stéréotypes propagés au sein des élites portugaises, qui assimilent fréquemment Islam et communisme, ou se désintéressent des divisions au sein de l’Islam local, réduisant les divisions entre courants religieux à de vulgaires conflits tribaux. À l’image des agents du renseignement britannique au Moyen-Orient étudiés par Priya Satia, Amaro Monteiro, qui a une formation d’historien et qui complète sa connaissance de l’Islam en étudiant une partie de l’année 1968, à Aix-en-Provence, sous la direction de Jean-Louis Miège, privilégie les contacts avec les différentes fractions de la population musulmane, essaie d’assimiler leur manière de voir, de penser et de sentir et tente de développer une « épistémologie intuitive du renseignement53 » (intuitive intelligence epistemology). Certains agents du renseignement portugais, comme Amaro Monteiro, prétendent d’ailleurs imiter l’expérience britannique au Moyen-Orient et la capacité de certains acteurs – le plus cité étant évidemment Lawrence d’Arabie – à adopter les systèmes de pensée et les pratiques culturelles de la population et de se fondre dans cette dernière.
37Toutefois, il faut garder à l’esprit l’écart entre les connaissances produites sur les sociétés coloniales par les anthropologues, certains administrateurs et militaires qui développent une « anthropologie militaire », et les pratiques quotidiennes des policiers et des militaires. La grande majorité des militaires, des administrateurs et des agents du renseignement ne connaît pas les travaux menés sur les populations colonisées et conserve leurs distances avec celles-ci, distance résultant du racisme, du mépris et du sentiment de supériorité de ces Européens. Les relations entre les agents étatiques et les populations colonisées sont surtout marquées du sceau de la violence. Lors des guerres coloniales (et avant), de nombreux massacres de populations civiles, des assassinats, des punitions expéditives, des tortures ont lieu54. La portée des savoirs anthropologiques ou administratifs est donc à nuancer.
38De plus, la mise en place des SCCI et de plusieurs conseils ou comités censés assurer la coordination de l’action de la PIDE, des services militaires et des institutions civiles ne doit pas cacher les fortes tensions entre ces différentes organisations. Chacune d’entre elles tend à conserver ses propres renseignements. De même, au sein de chaque organisation, des agents essaient de conserver leurs sources privilégiées d’informations. En effet, le monopole sur certains renseignements, livrés par des informateurs ou des collègues étrangers, constitue une source de pouvoir ou un moyen de favoriser une ascension au sein de l’organisation policière ou militaire. Les collaborations entre militaires et police politique sont également freinées par la confrontation de cultures professionnelles distinctes. D’un côté, de nombreux agents de la PIDE estiment que les militaires ne savent pas collecter des informations ou obtenir des aveux « exploitables » des personnes détenues. La PIDE voit également avec suspicion l’extension du maillage des services d’informations militaires qui, selon elle, empiète sur ses prérogatives.
39Ainsi, la police politique s’oppose à la tentative des services de renseignements militaires de collecter des informations à l’étranger, considérant que cette action est de son seul ressort. D’ailleurs, à l’étranger, la PIDE se trouve elle-même en concurrence avec les diplomates dont certains possèdent également leur réseau d’informateurs55. De leurs côtés, certains militaires, agents des SCCI ou du cabinet des affaires politiques du ministère de l’Outre-Mer perçoivent la PIDE comme une institution composée par des agents quasiment analphabètes, mal formés, abusant de la violence, incapables d’évaluer et d’analyser les renseignements qu’ils reçoivent. Ainsi les agents du Cabinet des affaires politiques du ministère de l’Outre-Mer, diplômés de l’Institut supérieur d’études d’Outre-mer, à Lisbonne, dont l’enseignement donne une grande importance aux sciences sociales (sociologie, anthropologie, etc.56), prétendent être les plus à même de comprendre les sociétés africaines et de les gouverner57. Les tensions entre les différents acteurs du renseignement perdurent jusqu’au 25 avril 1974, limitant parfois l’efficacité opérationnelle des militaires et de la police.
Les renseignements des réseaux parallèles : entre fantasmes et réalités
40Dans les configurations politiques coloniales, la faiblesse de l’encadrement de l’État amène fréquemment les colons à participer activement à l’exercice de la domination58. Le renseignement ne constitue pas un monopole des structures étatiques. Des non-professionnels du renseignement agissent également dans ce domaine, souvent en collaboration, parfois sous une forme de délégation, avec les autorités. En échange d’argent ou en fonction de leur agenda politique et de leurs convictions, des individus et des organisations ont collecté du renseignement et monté des réseaux d’espions et d’informateurs. Au sein des colonies portugaises, le cas le plus connu est celui de Jorge Jardim, personnage qui a suscité de nombreux fantasmes et qui a souvent été présenté comme le véritable gouverneur du Mozambique de la fin des années 1950 à 197459. Ingénieur agronome de formation, entré très jeune dans l’administration, secrétaire d’État au Commerce et à l’Industrie à 29 ans, proche des milieux les plus à droite de la dictature qui exaltent l’empire colonial, Jardim part s’installer à Beira au Mozambique en 1952, où il travaille pour une entreprise de ciment. Parallèlement à son emploi, il déploie une activité débordante au sein de la communauté blanche de Beira et devient une figure influente de la colonie. Plusieurs fois député du Mozambique, il entreprend au début des années 1960 des actions secrètes au Congo, en Angola et à Goa alors qu’il n’a jamais effectué son service militaire, à cause de problèmes de santé.
41Ces actions lui valent la confiance de Salazar qui l’utilise pour certaines missions délicates en Afrique et fait de lui un ambassadeur informel, en particulier dans les relations avec le Malawi et la Rhodésie. Financé par le ministère de la Défense, Jardim monte également un vaste réseau d’informateurs qui s’étend à la fois au Mozambique et au Portugal mais aussi en Tanzanie (refuge du FRELIMO), au Malawi et en Europe. Il entretient d’excellentes relations avec les services français, rhodésiens et Sud-Africains. L’influence de Jardim lui vaut d’avoir été accusé de nombreux méfaits (qu’il n’a pas toujours commis).
42Le domaine du renseignement en Afrique alimente abondamment les théories du complot60. Le cas des colonies portugaises ne fait pas exception. Plusieurs ouvrages et articles évoquent des réseaux d’espionnages parallèles et des officines qui auraient participé, en étroite collaboration avec la PIDE et l’armée, au combat contre les mouvements anticoloniaux. Parmi ces réseaux, l’organisation Aginter-Press est la plus évoquée. Présentée comme un prolongement de l’Organisation armée secrète, Aginter-Press est pour certains auteurs érigée en acteur fondamental « de la guerre secrète de Salazar en Afrique61 ». Cependant des études récentes62 nuancent fortement le poids et l’influence de ces organisations, notamment en ce qui concerne la collecte de renseignements au sein des mouvements de libération.
*
43Cet « archipel du renseignement63 » était-il efficace dans la perspective répressive des autorités portugaises qui désiraient contrer les « vents du changement » ? Plusieurs témoins de l’époque et historiens dressent finalement un tableau peu flatteur du renseignement portugais. Pour certains, les agents de la PIDE, peu lettrés et mal formés, ont agi avec brutalité et n’ont pas su manier les informations dont ils disposaient. Les militaires, eux, se sont contentés de rester dans leur caserne, ont commis de nombreuses exactions et ont été incapables de gagner les colonisés à la cause portugaise64. Cependant, ces propos, parfois à l’emporte-pièce, ne doivent pas occulter la capacité des services de renseignement à arrêter régulièrement des membres des mouvements anticoloniaux qui tentent de s’organiser dans les grandes villes, à disposer d’informateurs au plus près des dirigeants des mouvements de libération, et à provoquer des tensions, parfois dramatiques, au sein de ces mêmes mouvements.
44C’est ainsi que la PIDE a réussi à aggraver les dissensions au sein du PAIGC qui ont conduit à l’assassinat, par ses propres militants, d’Amilcar Cabral en 1973. De plus, l’ouverture des archives de la PIDE, à partir de 1994, a permis de saisir l’ampleur des renseignements qu’elle collectait, des informateurs ponctuels ou occasionnels qui collaboraient avec elle.
45Toutefois, la PIDE, en particulier, et les différents acteurs du renseignement, en général, n’ont pu empêcher la dégradation des positions militaires portugaises, plus particulièrement en Guinée-Bissau et dans le nord du Mozambique. Or, collecter des renseignements ne suffit pas : il faut d’une part les traiter et d’autre part les présenter aux décideurs politiques qui peuvent ensuite prendre, ou non, des décisions. Dès lors, certaines informations peuvent être négligées ou considérées comme fausses, car elles ne s’articulent pas avec les manières de voir des gouvernants. De nombreux historiens s’interrogent par exemple sur le massacre perpétré par des militants de l’UPA dans le nord de l’Angola à partir du 15 mars 1961. Les colons ont été pris par surprise et n’ont pu se protéger tandis que l’armée et la police étaient en nombre insuffisant dans cette région. Les services de renseignement n’avaient-ils vraiment rien vu venir et n’avaient-ils pas pu prévenir les gouvernants ?
46Les archives montrent désormais que plusieurs jours avant les insurrections de l’UPA, les services de renseignement, tant au niveau local qu’à Lisbonne, étaient parfaitement au courant de la préparation d’un soulèvement65. L’ambassade des États-Unis au Portugal avait même prévenu les services de renseignements militaires le 4 mars d’une attaque de l’UPA. Or ces renseignements ne furent pas suivis d’effets.
47Le massacre fut alors présenté comme une surprise. La thèse d’un dysfonctionnement a souvent été énoncée : Salazar, vieillissant, n’aurait pas été en mesure d’impulser les réformes nécessaires pour mieux défendre les colonies et n’aurait pas voulu voir les mouvements subversifs qui couvaient dans les colonies. C’est à partir de ces arguments que plusieurs ministres militaires tentèrent un coup d’État en avril 1961. Mais une autre manière de voir peut être avancée.
48Comme il en était coutumier, Salazar a utilisé la technique de gouvernement qui consiste à ne rien faire et à se saisir avec opportunisme des événements, même dramatiques. Les massacres opérés par l’UPA, largement répercutés par les médias portugais qui mirent en exergue la barbarie employée par les insurgés, ont permis à Salazar d’exhorter la population à défendre l’Angola dans un célèbre discours prononcé le 13 avril 1961 : « En Angola, rapidement et en force66 ». Grâce à ces massacres, le dictateur a pu consolider son pouvoir qui était contesté depuis plusieurs mois. S’érigeant en chef de guerre (il se nomme ministre de la Défense nationale le 13 avril), Salazar réussit à resserrer les rangs derrière lui et à faire taire les critiques de ses propres ministres. En dépit de son apparente négligence et de sa non prise en compte des renseignements pouvant permettre d’éviter les attaques de l’UPA, Salazar voit son pouvoir renforcé avec le début des guerres coloniales.
Notes de bas de page
1En 1969, Caetano fait modifier le nom de la police politique qui s’appelle désormais Direcção-Geral de Segurança (DGS). Mais ce changement de nom est cosmétique. Les structures, les individus et les pratiques restent les mêmes. C’est pourquoi nous utiliserons toujours le terme de PIDE, même après 1969. Sur l’action des agents de la police politique le 25 avril 1974, voir Araújo António, « Morte à PIDE ! » A queda da polícia política do Estado Novo, Lisbonne, Tinta da China, 2019.
2Sur ces conflits et leurs mémoires, voir Cardina Miguel et Sena Martins Bruno (dir.), As voltas do passado. A Guerra colonial e as Lutas de Libertação, Lisbonne, Tinta da China, 2018.
3Sur les actions dites « psychologiques » dans le cadre de la guerre, voir Afonso Aniceto et Matos Gomes Carlos de, A conquista das almas. Cartazes e panfletos da acção psicológica na Guerra colonial, Lisbonne, Tinta da China, 2016.
4Thomas Martin, Empires of intelligence. Security services and colonial disorder after 1914, Berkeley, University of California Press, 2008, p. 14.
5Forcade Olivier et Laurent Sébastien, Secrets d’État. Pouvoirs et renseignement dans le monde contemporain, Paris, Armand Colin, 2005.
6Bayly Christopher, Empire and information. Intelligence gathering and social communication in India, 1780-1870, Cambridge, Cambridge University Press, 1996.
7Sur l’incapacité des services de renseignements à saisir les dynamiques sociales et politiques des populations colonisés et leur propension à mettre en avant des complots internationaux, voir pour le cas français, Blanchard Emmanuel, « The French colonial police », in Gerben Bruinsmak et David Weisburd (dir.), Encyclopedia of criminology and Criminal Justice, vol. 8, New York, Springer, 2014, p. 1841.
8Tiscar Maria José, A contra-revolução no 25 de abril. Os « relatórios António Graça » sobre o ELP e Aginter Presse, Lisbonne, Colibri, 2014. En dépit du titre, partiellement trompeur, cet ouvrage contient de nombreuses informations sur le devenir des archives de la PIDE/DGS, tant au Portugal que dans les colonies, après le 25 avril 1974.
9Tavares Pimenta Fernando, Angola, os Brancos e a Independência, Porto, Afrontamento, 2008.
10Mateus Dalila Cabrita, A PIDE/DGS na Guerra Colonial, Lisbonne, Terramar, 2004, p. 25.
11Archives de la Fundação Mário Soares, Fonds Sarmento Rodrigues, pasta 04290.001, lettre du gouverneur de la Guinée-Bissau, Raimundo Serrão, adressée au ministre de l’Outre-Mer, Manuel Sarmento Rodrigues, 15 octobre 1952.
12Voir Scott James C., La domination et les arts de la résistance : fragments du discours subalterne, Paris, Amsterdam, 2009.
13Castelo Cláudia, O modo português de estar no mundo : o luso-tropicalismo e a ideologia colonial portuguesa (1933-1961), Porto, Afrontamento, 1999 ; Cardão Marcos et Castelo Cláudia (dir.), Gilberto Freyre. Novas leituras do outro lado do Atlântico, São Paulo, Editora da Universidade de São Paulo, 2015.
14Pélissier René, Les campagnes coloniales du Portugal 1844-1941, Paris, Pygmalion, 2004, p. 13.
15Alexandre Valentim, Contra o vento. Portugal, o império e a maré anticolonial (1945-1960), Lisbonne, Temas & Debates, 2017.
16Mateus Dalila Cabrita, A PIDE/DGS…, op. cit, p. 34-35.
17Flunser Pimentel Irene, História da oposição à ditadura, 1926-1974, Porto, Figueirinhas, 2013.
18Note de la Direction des services de l’information, le 12 novembre 1971, Institut des archives nationales – Torre do Tombo/Fonds PIDE/DGS, SC proc 15963 CI (2), Segurança, no 7758.
19Bayly Christopher, Empire and information…, op. cit.
20Archives de la Fundação Mário Soares, fonds Amílcar Cabral-Aristides Pereira, pasta 07063.036.024, Tract de la Frente de Libertação da Guiné e de Cabo Verde (FLGCV) intitulé « Guinéens qui se prennent pour des agents de la PIDE », 1960.
21Voir le témoignage d’un des principaux agents de la PIDE/DGS en Afrique qui évoque le rôle fondamental des commerçants dans l’obtention d’informations Tíscar María José, A PIDE no xadrez africano. Angola, Zaïre, Guiné, Moçambique. Conversas com o inspector Fragoso Allas, Lisbonne, Edições Colibri, 2017, p. 77-78.
22Cann John, Counterinsurgency in Africa. The Portuguese way of war, 1961-1974, Westport, Greenwood Press, 1997, p. 90.
23Neto Maria Eugénia et Neto Irene, Agostinho Neto e a libertação de Angola 1949-1974. Os arquivos da PIDE/DGS, 5 vols., Luanda, Fundação Agostinho Neto, 2011. Les fichiers de la PIDE d’autres militants de mouvements de libération ont été récemment publiés. Voir Matrosse Dino, Cartas e documentos. Dino Matrosse na mira da PIDE/DGS (1963-1974), Luanda, Editorial Nzila, 2005.
24Dans son récent travail sur Agostinho Neto, Carlos Pacheco décrit le long travail de la PIDE pour contacter des dirigeants du MPLA et les amener à déserter. Voir les tentatives – ratées – auprès d’Henrique Carreira ; Pacheco Carlos, Agostinho Neto. O perfil de um ditador. A história do MPLA em carne viva, vol. 1, Lisbonne, Vega, 2016, p. 103 sq .
25Note du chef la sous-délégation de la PIDE à Cabinda adressée au sous-directeur de la PIDE en Angola, le 28 novembre 1966, reproduite in Neto Maria Eugénia et Neto Irene, Agostinho Neto e a libertação de Angola 1949-1974. Os arquivos da PIDE/DGS, vol. 2 : 1961-1967, Luanda, Fundação Agostinho Neto, 2011, p. 762-764.
26Idem.
27Borges Coelho João Paulo, « Da violência colonial ordenada à ordem pós-colonial violenta. Sobre um legado das guerras coloniais nas ex-colónias portuguesas », Lusotopie, no 11, 2003, p. 175-193, p. 187.
28Voir Mateus Dalila Cabrita, Memórias do colonialismo e da guerra, Porto, Asa, 2006.
29Voir Flumser Pimentel Irene, A historia da PIDE, Lisbonne, Círculo de Leitores/Temas e debates, 2007.
30Sur les logiques des collaborations policières internationales, voir Bigo Didier, Polices en réseaux. L’expérience européenne, Paris, Presses de Sciences-Po, 1996.
31Arquivo Histórico Diplomático, arquivo Paris, Maço 510. Note rédigée par un agent du ministère des Affaires étrangères portugais, le 18 mars 1968.
32Idem.
33Sur ces arrestations et ce projet de débarquement sur l’île de Santiago, voir les déclarations faites à la PIDE par un militant capverdien du PAIGC, ayant participé à des formations militaires en Algérie, à Cuba et en URSS : Archives de la Fundação Mário Soares, fonds Amílcar Cabral-Aristides Pereira, pasta 04999.025, déclarations de Albino Ferreira Fortes à la sous-délégation de la PIDE de Praia, le 14 avril 1969. Voir également Castanheira José Pedro, Qui a fait tuer Amilcar Cabral ?, Paris, L’Harmattan, 2003, p. 35-37 ; Tomás António, O fazedor de utopias. Uma biografia de Amílcar Cabral, Lisbonne, Tinta da China, 2007, p. 186-189.
34Voir Flower Ken, Serving Secretly. An intelligence chief on Record. Rhodesia into Zimbabwe 1964 to 1981, Londres, John Murray, 1987, p. 116-117.
35Afonso Aniceto et Matos Gomes Carlos de, Alcora. O acordo secreto do colonialismo. Portugal, África do sul e Rodésia na última fase da guerra colonial, Lisbonne, Divina Comédia, 2013.
36Telo António José, « A prioridade à Africa (1959-1974) », in Manuel Themudo Barata et Nuno Severiano Teixeira (dir.), Nova história Militar de Portugal, vol. 4, Lisbonne, Círculo de leitores, 2004, p. 463-495 ; Valentim Alexandre, Contra o vento…, op. cit
37Grâce à ces missions d’étude et ces traductions, l’État-major de l’Armée portugais publie, en 1963, un manuel, de cinq volumes, consacré à « l’armée dans la guerre subversive ».
38Telo António José, Portugal e a NATO : o reencontro da tradiçao atlântica, Lisbonne, Cosmos, 1996.
39Voir Cardoso Pedro, As informações em Portugal, Lisbonne, Edição da Revista Nação e Defesa, 1980, p. 100.
40Archives du ministère de la Défense nationale/SGDN, cx 7120/2, rapport du chef du deuxième bureau du SGDN, le 8 août 1959.
41Voir Bandeira Jerónimo Miguel, « The States of Empire », in Luis Trindade (dir.), The making of modern Portugal, Newcastle upon Tyne, Cambridge Scholars Publishing, 2013, p. 65-101 ; Ramada Curto Diogo, Pinto da Cruz Bernardo et Furtado Teresa, Políticas coloniais em tempo de revoltas – angola circa 1961, Porto, Afrontamento, 2016.
42Voir l’exemple des Services d’informations militaires au Mozambique, Neves de Souto Amélia, Caetano e o ocaso do « império ». Administração e guerra colonial em Moçambique durante o marcelismo (1968-1974), Porto, Afrontamento, 2007, p. 184-187.
43Cardoso Pedro, « Poder de saber », in José Freire Antunes (dir.), A guerra de Africa (1961-1974), vol. 2, Lisbonne, Temas e Debates, 1996, p. 835.
44Voir Domingos Nuno et Peralta Elsa, « A cidade e o colonial », in Nuno Domingos et Elsa Peralta (dir.), Cidade e império. Dinâmicas coloniais e reconfigurações pos-coloniais, Lisbonne, Ediçoes 70, 2013, p. ix-l.
45Voir Amselle Jean-Loup et M’Bokolo Elikia (dir.), Au cœur de l’ethnie : ethnies, tribalisme et État en Afrique, Paris, La Découverte, 1985.
46La PIDE forme les Flechas, forces spéciales constituées par des combattants africains, qui agissent dans l’Est de l’Angola. Voir Cavaleiro Ângelo Fernando, Os Flechas. A tropa secreta da PIDE/DGS na Guerra de Angola, Alfragide, Casa das Letras, 2016.
47Voir Blanchard Emmanuel, Deluermoz Quentin et Glasman Joël, « La professionnalisation policière en situation coloniale : détour conceptuel et explorations historiographiques », Crime, histoire et société, vol. 15, no 2, 2011, p. 42-43.
48Sur cette anthropologie physique, cf. Roque Ricardo, « A antropologia colonial portuguesa (1911-1950) », in Diogo Ramada Curto (dir.), Estudos de sociologia da leitura em Portugal no século xx, Lisbonne, Fundação Calouste Gulbenkian, 2006, p. 789-822.
49Llera Blanes Ruy, A prophetic trajectory. Ideologies of place, time and belonging in an Angolan Religious Movement, New York, Berghahn Books, 2014.
50Gallo Donato, Antropologia e colonialismo. O saber português, Lisbonne, Editores reunidos/Heptágno, 1988.
51West Harry G., « Invertendo a bossa do camelo. Jorge Dias, a sua mulher, o seu intérprete e eu », in Manuel Ribeiro Sanches (dir.), « Portugal não é um país pequeno ». Contar o « império » na pós-colonialidade, Lisbonne, Cotovia, 2006, p. 141-190.
52Vakil Abdoolkarim, Monteiro Fernando Amaro et Machaqueiro Mário Artur, Moçambique : memória falada do Islão e da guerra, Coimbra, Almedina, 2011.
53Priya Satia, Spies in Arabia. The Great War and the Cultural Foundations of Britain’s covert Empire in the Middle East, New York, Oxford University Press, 2008, p. 5.
54Voir par exemple les décapitations faites en 1961 par l’armée portugaise au nord de l’Angola, Araújo António, « Sanzala Nihinjo, abril de 1961 », in Miguel Bandeira Jerónimo (dir.), O império colonial em questão (secs xix-xx). Poderes, saberes e instituições, Lisbonne, Edições 70, 2012, p. 37-58.
55Voir par exemple l’action de Luis Gonzaga Ferreira, diplomate portugais à Kinshasa, au début des années 1970, Institut des archives nationales – Torre do Tombo/Fonds PIDE/DGS, Del Angola, Missão Kinshasa, NT 9039, pasta 1.
56Ágoas Frederico, « Estado, universidade e ciências sociais : a introdução da sociologia na Escola Superior colonial », in Miguel Bandeira Jerónimo (dir.), O império colonial em questão…, op. cit, p. 317-347.
57Ramada Curto Diogo, Pinto da Cruz Bernardo et Furtado Teresa, Políticas coloniais em tempo de revoltas…, op. cit.
58Thénault Sylvie, « L’État colonial. Une question de domination », in Pierre Singaravélou (dir.), Les empires coloniaux, 19e-20e siècle, Paris, Seuil, 2013, p. 215-256.
59Antunes José Freire, Jorge Jardim Agente secreto, Venda Nova, Bertrand, 1996.
60Bat Jean-Pierre, Le syndrome Foccart. La politique française en Afrique de 1959 à nos jours, Paris, Gallimard, 2012.
61Duarte de Jesus José, A guerra secreta de Salazar em Africa, Lisbonne, Dom Quixote, 2012.
62Dongen Luc van, « La guerre contre-révolutionnaire et contre-subversive selon Robert Leroy », in François Cochet et Olivier Dard (dir.), Subversion, anti-subversion, contre-subversion, Paris, Riveneuve éditions, 2009, p. 281-295 ; Dard Olivier et Pereira Victor (dir.), Vérités et légendes d’une « OAS internationale », Paris, Riveneuve, 2013 ; Tiscar Maria José, A contra-revolução no 25 de abril …, op. cit.
63Le Page Jean-Marc, Les services secrets en Indochine, Paris, Nouveau Monde, 2012, p. 28.
64Afonso Aniceto et Matos Gomes Carlos de, Os anos da guerra colonial, 1961-1975, Lisbonne, Quidnovi, 2010, p. 75-76.
65Mateus Alvaro et Mateus Dalila Cabrita, Angola 61 : guerra colonial, causas e consequências, Lisbonne, Texto, 2011.
66Oliveira Salazar António de, « Vers l’Angola : rapidement et en force », Discursos e notas políticas, vol. 6 : 1959-1966, Coimbra, Coimbra editora, 1967, p. 123.
Auteur
-
Victor Pereira
Maître de conférences en histoire contemporaine, université de Pau et des Pays de l’Adour. Il est également membre de l’Instituto de História contemporânea de l’Universidade Nova de Lisboa.
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