Postface
p. 177-183
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Index géographique : France
Texte intégral
1La multiplication des dispositifs, et des travaux de sciences sociales, se plaçant sous l’égide de la démocratie participative, peut parfois donner un sentiment de déjà-vu, dit ou fait. Ce n’est pourtant pas le cas avec cet ouvrage qui, s’il concentre le regard sur une région particulière, s’attache aussi à fournir des éléments d’analyse sur des questions originales plus rarement explorées, ou à apporter un éclairage complémentaire sur d’autres.
2Il ne sera pas ici question d’aborder l’ensemble de ces éléments, mais d’en discuter certains au filtre de travaux qui arpentent des terrains et des enjeux similaires à partir d’une entrée problématique différente, celle d’une approche anthropologique des processus de citoyenneté. La question des « échelles », des niveaux, ou de la taille, constituera le fil conducteur de cette discussion ; en effet, elle traverse la majorité des contributions à cet ouvrage : celle bien sûr de G. Gourgues, ainsi que d’autres chapitres, qui abordent la question de la pertinence ou des spécificités du niveau régional pour la mise en œuvre de dispositifs participatifs, ou celle des effets de ceux-ci à différents niveaux, comme ceux de J. Talpin, Y. Sintomer et A. Röcke, d’A. Mazeaud ou d’A. Flamand. Or échelles, niveaux et tailles constituent également des enjeux centraux dans l’analyse des processus de citoyenneté, et dans les théories élaborées à son sujet, notamment dans leurs articulations avec les catégories mobilisées.
3On peut entamer cette discussion en partant, comme le fait G. Gourgues, d’un certain « sens commun »1 à propos de la dite démocratie participative, selon lequel « l’intensité de la participation est inversement proportionnelle à la taille des territoires », et qu’elle ne saurait donc être adaptée (au double sens du terme : qui convient et qui peut s’acclimater) à des enjeux ou des territoires trop « grands ». Car c’est bien à ces deux dimensions que renvoient, explicitement ou non, les arguments tant positifs que négatifs avancés pour assigner par exemple la participation à un niveau local, ou à des enjeux définis comme « proches » ou « concrets ». C’est d’ailleurs une discussion du même ordre que l’on retrouve dans le chapitre de J. Talpin sur l’assemblée participative électronique sur le changement climatique, les enjeux de taille et d’objets s’entremêlant alors avec les tensions entre délibération et décision, on y reviendra.
4Généralement, les auteurs, en s’appuyant sur l’analyse de procédures effectivement mises en œuvre, tendent à démontrer que l’argument selon lequel elles ne seraient possibles que sur des territoires ou des questions de portée réduite ne tient pas ; il suffirait ainsi qu’existe un « volontarisme politique fort » définissant « l’espace régional comme un espace “politique” » (G. Gourgues) pour que la démonstration soit faite d’une possibilité participative à ce niveau. Mais des ambiguïtés fortes demeurent : suffit-il qu’une procédure soit mise en place par une institution de niveau régional pour que la démocratie participative ne soit plus une simple démocratie de proximité ? Y. Sintomer, A. Röcke et J. Talpin semblent en douter, quand ils pointent que seule la mise en œuvre du troisième « étage » du BPL pourrait permettre que soit franchi ce pas. Le point de basculement serait-il à rechercher dans une combinaison de niveau, d’objet et de méthode, comme le suggère J. Talpin à propos de l’assemblée participative électronique ? La démocratie participative régionale serait alors plus délibérative que participative à strictement parler, mais du même coup, son lien avec la prise de décision se trouverait distendu.
5On voit bien au fil de ces analyses que les transformations et les évolutions tiennent plus aux objectifs, tant politiques que pratiques, assignés aux dispositifs mis en place ou aux éventuelles recompositions de rapports de pouvoir ainsi provoquées qu’à leur échelle en tant que telle. L’analyse contextualisée des associations faites entre niveaux, catégories de « publics » concernées, objets mis en discussion et qualités et compétences requises2, permet alors de saisir à quel point, dans ces discussions quant à la faisabilité et à la désirabilité de formes démocratiques différentes à certains niveaux ou sur certains enjeux, plus qu’à ou sur d’autres, ce sont en réalité les projets politiques3 à l’œuvre que l’on peut saisir. Ainsi, si l’on peut entendre dans les discours des responsables régionaux analysés par G. Gourgues une démarche stratégique visant, dans un contexte électoral particulier, à affirmer le rôle de l’échelon régional face au gouvernement central, on peut également y repérer le cas échéant une remise en cause d’une définition du « politique » comme ne pouvant relever que de ce seul niveau central, et qui ferait du régional un « local gestionnaire » un peu plus étendu4 ; ou les traces de projets politiques portant un regard différent sur les manières de « faire démocratie », et ce quel que soit le niveau d’action.
6Autrement dit, l’argumentation déployée quant à la « bonne échelle » participative tient plus à une politique des échelles (a politics of scale) qu’à de quelconques qualités ou limites intrinsèques de telle ou telle d’entre elles. Par politique des échelles, on entend ici le fait que loin d’être une structure établie de niveaux, les échelles elles-mêmes sont une production politique : leur hiérarchisation, leur ordonnancement et l’attribution de qualités ou de possibilités résultent de projets et de luttes politiques spécifiques.
7On retrouve exactement les mêmes processus à propos des « échelles de la citoyenneté » ; cette question ne se pose pas tant en termes de détermination de caractéristiques spécifiques que celle-ci revêtirait selon les niveaux (la citoyenneté aurait au niveau local des caractéristiques qu’elle n’aurait pas au niveau national, ou européen ; ou dans une version plus radicale, elle ne pourrait même pas exister à ces échelles) ; mais dans une réévaluation critique de l’échelle de l’État-Nation comme seule sphère pensable d’exercice de la citoyenneté, par une attention portée aux manières qu’ont les agents d’articuler différentes sphères de pratiques citoyennes5, et par une discussion critique de certaines des caractéristiques traditionnellement assignées aux citoyen(ne)s, comme le nécessaire détachement, voire la rupture, vis-à-vis d’autres formes d’identification6. Comme pour la démocratie participative, les processus de citoyenneté se déploient et s’expriment à divers niveaux ; qu’ils y soient observables, déployables ou absents tient alors plus aux projets politiques, même implicites ou incomplets, portés par les agents (mouvements sociaux, institutions et chercheur[e]s), et à leur politique des échelles, qu’au fait qu’existeraient dans l’absolu de telles échelles, ou qu’elles seraient dotées de qualités spécifiques.
8La prégnance de telles caractérisations et associations entre niveaux, qualités et objets, se retrouve d’ailleurs à la lecture de certains chapitres de cet ouvrage. Ainsi J. Talpin estime-t-il que l’assemblée participative électronique a tenu son objectif d’impartialité puisque « les participants – des profanes, qui plus est des jeunes – ne pouvaient être considérés comme des “stakeholders” » et que son objet, le changement climatique, constituait, sans mauvais jeu de mots, « un “sujet froid”, dans le sens où il n’engageait pas directement les intérêts personnels des participants ». Or, à partir de quels critères ou présupposés le changement climatique est-il considéré, et par qui, comme n’engageant pas directement les intérêts personnels de ces jeunes participants ? Et à partir de quelle conception de l’engagement ou de l’intéressement politique estime-t-on que les citoyens sont principalement motivés par leurs intérêts personnels7 ? N’a-t-on pas là un autre champ de mise en œuvre d’une « politique des échelles », qui détermine a priori qui est concerné directement et qui ne l’est pas, le degré de distance entre objet ou question et agents, ou encore le type de pratiques démocratiques adapté à ces distances préconçues ? Bref, l’analyse des « enjeux de cadrage » finement menée par J. Talpin à propos de cette expérience ne devrait-elle pas inclure les modalités de détermination de la plus ou moins grande « froideur » d’un sujet, et de la plus ou moins grande distance des participants à celui-ci ?
9Une autre manière d’aborder la discussion des échelles, tant de la démocratie participative ou délibérative que des processus de citoyenneté, consiste à examiner dans quelle mesure, et de quelles façons, les changements de niveaux provoquent ou induisent des transformations dans les processus à l’œuvre. Or, on ne peut qu’être frappé à la lecture de cet ouvrage, et en l’inscrivant dans la très riche littérature existante sur la démocratie participative, par la similitude des questionnements et des tensions8. Le chapitre d’A. Flamand sur la mise en place d’un jury citoyen portant lui aussi sur le changement climatique est à ce titre particulièrement éclairant ; alors qu’il s’agissait dans l’assemblée participative électronique de faire délibérer simultanément les citoyens de plusieurs régions européennes, ce jury, couplé à des ateliers participatifs, visait le recueil des « savoirs d’usage et des avis motivés » de ceux de la région Poitou-Charentes.
10Mobilisés par la cause environnementale9, les citoyens picto-charentais qui acceptent de participer à ce jury sont aussi motivés par l’envie de nourrir des pratiques professionnelles ou personnelles, mus par la curiosité envers la procédure proposée, séduits par l’idée d’être enfin écoutés10 ; bref, leurs motivations ressemblent à s’y méprendre à celles de nombreux autres citoyens, ou habitants, invités à s’engager dans des dispositifs participatifs à d’autres niveaux11 ; quant aux procédures mises en œuvre, elles visent à dépasser les limites traditionnelles de la participation politique, repérables et repérées tant dans les pratiques représentatives que participatives. A. Flamand nous décrit ceux qui participent aux ateliers participatifs comme poussés à la fois par un sentiment de réciprocité (ayant bénéficié des bourses soumises à l’évaluation, ils estimeraient « devoir » ce retour à l’institution régionale) et par un souci de l’intérêt général : contribuer à l’amélioration du dispositif pour les futurs bénéficiaires. À l’inverse des stakeholders mus par leurs intérêts personnels, professionnels ou militants, on a donc là des intéressés constitués comme contribuant à l’intérêt général à partir de leur expérience.
11L’analyse des processus de catégorisations et leurs lectures, les significations qui leur sont attribuées, ici à partir d’enquêtes qualitatives empiriques, doivent donc bel et bien inclure la posture des chercheur(e)s, leur point de vue au sens premier du terme, ce que les anthropologues appellent leur localisation, et qui comprend entre autres le lieu où s’exerce leur activité de recherche, leur parcours de formation et leur situation professionnelle, et leurs relations avec les personnes ou institutions analysées.
12De ce point de vue, il faut ici effectuer une digression importante. De manière originale et fort pertinente, G. Gourgues, en resituant la « leçon » de Sartori sur les relations entre taille des territoires et régime de type démocratique dans une période spécifique des sciences politiques, souligne à quel point il est nécessaire de contextualiser les théories de la démocratie, de saisir les paradigmes dominants et les enjeux centraux constitutifs de leurs conditions d’énonciation. Des recherches récentes menées avec trois collègues autour de la citoyenneté(s) vont dans le même sens. Ce champ de réflexion et de recherche, et ceci est notamment vrai en France12 est en effet particulièrement enclin « à des formes de généralisation théorique qui transforment, par une abstraction inappropriée, des spécificités politiques, culturelles et historiques en conceptualisation de la citoyenneté »13. Or, « […] en tant que phénomène qui existe en fonction de relations sociales et de luttes politiques, la citoyenneté ne peut être adéquatement comprise qu’à travers une analyse contextualisée14 ».
13Sans doute en va-t-il de même en matière de conceptions et de définition des formes démocratiques, comme le souligne L. Blondiaux quand il analyse « le nouvel esprit de la démocratie15 ». Dès lors, on aurait aimé en savoir un peu plus sur une caractéristique rappelée par plusieurs des auteurs rassemblés dans cet ouvrage : l’imbrication parfois fort étroite entre recherche, théorisation et expérimentation, d’autant plus que la région Poitou-Charentes est sans nul doute paradigmatique en la matière16. Quels sont les effets de cette « confusion des rôles », quand un dispositif est analysé par un(e) chercheur(e) à partir d’une position de chargé(e) de mission pour sa mise en œuvre par l’institution régionale, ou quand les conclusions d’une assemblée participative sont entre autres synthétisées par de jeunes doctorants dont l’objet de recherche est la démocratie participative ? Il ne s’agit pas ici de plaider pour une illusoire « pureté » des places et des rôles, mais bien au contraire d’appeler de ses vœux une plus grande réflexivité quant aux modes de production de la connaissance, et donc à terme des théories, d’autant plus dans des situations où ces formes de « participation » des chercheur(e)s deviennent une condition d’accès au terrain d’enquête.
14Mais revenons-en aux processus de catégorisations, en les abordant cette fois sous un angle légèrement différent, celui de l’évaluation des effets de ces dispositifs. La question des niveaux se révèle en effet être là aussi un filtre fructueux, et qui révèle d’autres similitudes avec les recherches prenant comme point d’entrée problématique les processus de citoyenneté. Plusieurs chapitres s’intéressent, comme c’est souvent le cas dans les travaux sur les dispositifs de participation, à leurs effets, non seulement sur la décision mais aussi en matière de redistribution des ressources ou des rapports de force. Ainsi, la mise en place du Budget Participatif des Lycées, même si elle commence seulement, on l’a évoqué plus haut, à pouvoir être pleinement considérée comme ayant induit un véritable « changement d’échelle » de la participation, notamment du fait des réticences des chefs d’établissement qui craignaient d’y perdre en autonomie, semble cependant avoir eu de réels effets de redistribution du pouvoir au sein même des établissements, et donc au niveau micro.
15Mais si l’on peut s’attacher à saisir les effets de ces dispositifs sur les prises de décision régionales, plusieurs chapitres donnent des pistes sur d’autres champs dans lesquels cette mesure peut être considérée. De même qu’on a pu s’interroger sur les registres normatifs mis en œuvre quant aux logiques gouvernant la mise en regard (ou l’évaluation) d’une procédure, d’un public et d’un enjeu, il est intéressant d’observer les sphères dans lesquelles les effets des dispositifs sont observés. Ainsi, le chercheur cordoban interrogé par J. Talpin suggère-t-il qu’une plus grande publicité donnée aux conclusions de l’enquête délibérative sur l’eau en Andalousie « pourrait vraiment avoir une influence sur l’avenir » de cette politique, en permettant à l’ensemble des citoyens de s’engager dans une réflexion plus approfondie17.
16Mais il est d’autres sphères encore où il semble que ces effets puissent être interrogés ; les chapitres d’A. Mazeaud et d’A. Flamand sont ici éclairants, dans leur souci de saisir les effets du dispositif sur le moyen ou long terme sur les participants eux-mêmes. Dans le premier cas, on suit les contradictions, lors des débats du Budget Participatif des Lycées, entre un « comportement intéressé et l’injonction au désintéressement qui constitue la norme de la participation » ; preuve s’il en fallait que nombre de participants ont intégré cette injonction, elle pointe l’émergence de « sentiments mêlés de mauvaise conscience et de culpabilité ». De son côté A. Flamand s’intéresse à des « effets subtils, qui se situent, pour une bonne part, bien en amont d’un quelconque engagement associatif ou partidaire » ; or, on retrouve dans cette approche nombre de questions ouvertes par une approche compréhensive des processus de citoyenneté. Je n’en mentionnerai que deux qui me paraissent particulièrement significatifs : tout d’abord, la remise en cause d’une étanchéité, acquise ou à construire, entre les sphères publique et privée. Nombre de responsables de dispositifs participatifs estiment en effet qu’une telle capacité de distinction entre les deux constitue à la fois le fondement et l’objectif de ceux-ci : fondement parce qu’il s’agit de débattre du point de vue de l’intérêt général ; objectif car les participants dénués de cette capacité pourraient l’y acquérir. Or, A. Flamand souligne le rôle puissant, dans la qualité des débats, joué par les moments de convivialité, par les échanges informels entre participants au cours des dîners, qui instaurent un climat chaleureux et créent des liens entre participants ; dès lors nous dit-elle, cette convivialité contribue « à faire advenir du collectif ».
17Il s’agit là d’une dimension essentielle : le constat énoncé par A. Flamand selon lequel « le public peut aussi s’appuyer sur le privé » vient alimenter une relecture critique de la figure du (bon) citoyen comme être désincarné parlant clairement et rationnellement, délibérant dans une sphère publique abstraction faite de ses déterminations, de ses émotions et de ses ancrages, et constituant ainsi la seule figure permettant de penser l’intérêt général. On pense ici aux travaux de D. Boullier sur le rôle des ancrages et des appartenances, des « prises », dans des mobilisations contre des infrastructures de transports18, ou à ceux de S. Wahnich sur le rôle des émotions dans la construction des rapports sociaux. Outre ces dimensions émotionnelles, et le partage de moments informels et conviviaux, les participants interrogés par A. Flamand soulignent également avoir « éprouvé leur citoyenneté par le sentiment d’appartenance à un collectif de citoyens » ; les travaux menés avec H. Bertheleu à Tours lors de la mise en place des conseils de la Vie Locale avaient également montré à quel point cette aspiration à l’inscription dans un collectif était forte parmi les participants à ces instances : « La reconnaissance qui est recherchée ici est plutôt celle d’un engagement public, d’une implication à la fois individuelle et collective, l’une s’articulant à l’autre plus qu’elle ne s’y oppose, la première se développant et se voyant légitimée par la seconde19 ». On retrouve là une dimension essentielle des processus de citoyenneté, celle d’éprouver, aux deux sens du terme, une forme d’appartenance commune ; sans doute est-ce un défi important et une question encore ouverte dans les dispositifs participatifs, régionaux ou non.
Notes de bas de page
1 On reviendra sur cette notion, centrale, tant de tels sens communs doivent être pris au sérieux.
2 Neveu C., « Habitants, citoyens : interroger les catégories », in Bacqué M.-H. et Sintomer Y. (dir.), La démocratie participative. Histoire et généalogie, Paris, La Découverte, 2011.
3 Au sens donné à ce terme par E. Dagnino : « ensemble de croyances, d’intérêts, de conceptions du monde, et de représentations sur ce que la vie en société devrait être, qui guide l’action politique des différents sujets » ; autrement dit, ces projets politiques ne se réduisent pas « à des stratégies d’action politique au sens strict mais […] expriment, diffusent et produisent des significations qui finissent par intégrer des matrices culturelles plus larges » in Dagnino E., op. cit.
4 Neveu C., Anthropologie de la citoyenneté, Document de synthèse pour l’HDR, Université de Provence, 2005.
5 Balibar E., Nous, citoyens d’Europe ? Les frontières, l’État, le peuple, Paris, La Découverte, 2001.
6 Neveu C., op. cit., 2005.
7 Cf. Gamson W., Talking Politics, Cambridge, Cambridge University Press, 1992.
8 Seule la question de la rigueur procédurale semble émerger comme spécificité du niveau régional par rapport notamment au niveau local ; on peut se demander cependant si ce souci de rigueur n’a pas aussi partie liée avec la volonté démonstrative des responsables régionaux et leurs échanges intenses avec les chercheur(e)s.
9 On a donc là, par rapport à la contribution de J. Talpin, une approche différente du degré de froideur d’un même sujet.
10 Si A. Flamand mentionne également, pour certains participants, le rôle joué par le versement d’une indemnisation de 150 euros, elle ne l’évalue qu’en termes pratiques. S. Rosenberg rappelle de son côté que : « Depuis presque vingt ans que je pratique cette démarche de “qualification mutuelle”, mes certitudes sur les vertus de l’indemnisation des participants dans ce cadre précis ne font que croître. Pourtant, aucun dispositif rendant cette indemnisation réglementairement simple n’a été mis sur pieds. C’est que le fait de monnayer la participation des habitants choque et effraie, autant les élus que les administratifs, voire même les associations considérées comme traditionnellement représentatives. Pourtant, demander aux habitants d’œuvrer pour la collectivité, alors que les professionnels le font dans le cadre de leur travail rémunéré, cela se monnaye. Affirmer l’utilité sociale des habitants pour les professionnels comme pour les décideurs locaux, ce n’est que démagogie s’il n’y a pas de contrepartie valant reconnaissance. En l’absence d’autre forme de reconnaissance universellement partagée, l’indemnisation demeure indispensable », Rosenberg S., « Participation des habitants : des luttes urbaines à l’institutionnalisation ? », in Carrel M., Neveu C., Ion J. (dir.), Les intermittences de la démocratie. Formes d’action et visibilités citoyennes dans la ville, Paris, L’Harmattan, 2009.
11 Cf. Bertheleu H., Neveu C., « De petits lieux du politique ? Individus et collectifs dans des instances de “débat public” à Tours », Espaces et Sociétés, n° 123, 2005.
12 Neveu C., « Comment faire l’anthropologie d’un objet “trop lourd”. Approche anthropologique de la citoyenneté en France », Anthropologie et Sociétés, vol. 33, n° 2, 2009.
13 Clarke J., Coll K., Dagnino E., Neveu C., Disputing Citizenships, Londres, Routledge, à paraître.
14 Beyers P., « The Cultural Politics of “Community” and Citizenship in the District Six Museum, Cape Town », Anthropologica, Vol. 50, n° 2, 2008, p. 362.
15 Blondiaux L., Le nouvel esprit de la démocratie, Paris, Le Seuil, 2008.
16 On retrouve cependant des processus similaires dans d’autres lieux, comme le montre dans cet ouvrage l’entretien à propos des politiques de l’eau en Andalousie.
17 Sur des questions similaires, cf. Jobert A., « Dans les salles, trop d’acteurs, jamais assez de public », in Carrel M., Neveu C., Ion J., op. cit.
18 Boullier D., Derrière chez moi… l’intérêt général, Coffret Le Génie associatif, Paris, Éditions Textuel, 2001 ; Boullier D., « Choses du public et choses du politique : pour une anthropologie des inouïs », in Carrel M., Neveu C., Ion J., op. cit.
19 Bertheleu H., Neveu C., op. cit.
Auteur
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