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    Plan détaillé Texte intégral Saisie des biens ecclésiastiques et rivalités politiques La répartition : des négociations aux confiscations La vente des objets de l’ancien culte, entre bien commun et résistance passive Conclusion Notes de bas de page Auteur

    Matière à discorde

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    Table des matières

    Le devenir des biens de l’Église de Lausanne au lendemain de la Réforme

    Claire Moutengou Barats

    p. 215-226

    Texte intégral Saisie des biens ecclésiastiques et rivalités politiques La répartition : des négociations aux confiscations La vente des objets de l’ancien culte, entre bien commun et résistance passive Conclusion Notes de bas de page Auteur

    Texte intégral

    1La Réforme a apporté d’importants changements dans la vie spirituelle et morale des fidèles, ainsi que dans leur environnement et dans leur vie matérielle. Elle a entraîné une transformation des bâtiments cultuels ; les églises ont été vidées, certaines cloches fondues, les terres et bâtiments agricoles qui appartenaient à l’Église, peu à peu vendus. Ces changements ont été rendus possibles par la sécularisation des biens ecclésiastiques, qui englobent un ensemble de biens immobiliers, mobiliers et de droits1. Parmi les biens mobiliers, les objets d’église sont sous le feu des critiques des réformateurs, qui dénoncent l’abandon de l’austérité des premiers temps chrétiens, leur luxe excessif, les fausses croyances développées pour extorquer de l’argent aux fidèles, particulièrement le culte des reliques.

    2À Lausanne, ces objets changent d’affectation en 1536, quand la ville devient sujette de Berne2. Après la conquête du pays de Vaud par Berne et l’imposition de la Réforme, la saisie des objets d’église est organisée sous contrainte bernoise, mais avec l’appui des magistrats lausannois. Aux yeux des pasteurs, les sommes récupérées doivent servir uniquement à couvrir les dépenses de l’Église réformée en construction. Néanmoins, dans la Réforme appliquée à Berne comme à Lausanne, de type zwinglien, l’État détient la propriété des biens ecclésiastiques, les administre et assure lui-même le fonctionnement de l’Église et de l’assistance. Les pasteurs, rassemblés autour de Pierre Viret, craignent de voir l’Église négligée et s’élèvent contre cette organisation3. Quant aux conseillers lausannois, ils négocient avec les magistrats de Berne, leurs seigneurs, pour obtenir la meilleure part possible des biens ecclésiastiques, en particulier les objets attachés à la cathédrale Notre-Dame, qui comprennent des ornements sacrés de grande valeur. Ainsi, le devenir des biens ecclésiastiques est une question politique, qui s’inscrit à Lausanne dans des conflits entre une autorité souveraine et une autorité vaincue mais cherchant à conserver ses libertés.

    Saisie des biens ecclésiastiques et rivalités politiques

    3Selon une historiographie ancienne4, la Réforme gagne Lausanne en 1536, sous la conduite des Bernois, qui se sont rendus maîtres du pays de Vaud et ont eux-mêmes voté pour la Réforme en 1528. Ils installent des pasteurs en ville en mars 1536 et organisent une dispute de religion, du 1er au 8 octobre. Les arguments des réformés l’emportent et la ville choisit la nouvelle confession. Les Bernois, sur le modèle de leur propre expérience, promulguent un ensemble d’édits (deux édits de réformation, les 19 octobre et 24 décembre 1536 et une « Largition », le 1er novembre), qui décident la Réformation religieuse et la réorganisation politique de la ville, ou plutôt sa soumission, ainsi que la saisie et la redistribution des biens ecclésiastiques. Ils dessinent une nouvelle Église placée sous le contrôle de l’État, comme à Berne5. À partir de cette date, les biens d’Église perdent leur vocation sacrée pour le pouvoir temporel : ils ne sont plus les biens de Dieu ou de l’Église, mais appartiennent à leurs nouveaux propriétaires, les magistrats lausannois ou bernois, qui les administrent pour la communauté civile. Des commissaires sont mandatés par Berne pour inventorier les biens qui doivent lui revenir. Ils arrivent au pays de Vaud en février 1537 et accomplissent cette tâche, qui prépare la vente de certains des biens.

    4Un tel récit élude ou minimise les tensions, mises en lumière par l’historiographie récente6. Les Lausannois comprennent en effet que, malgré l’aide apportée aux Bernois lors de leur campagne de secours à Genève au printemps 1536, ils perdent leur statut de combourgeois et deviennent chef-lieu de bailliage, simples sujets de Berne. S’ils s’émancipent définitivement de la tutelle de l’évêque, ils perdent des prérogatives en matière d’administration et de justice. Lausanne, jusqu’alors ville épiscopale, conserve son bourgmestre et trois conseils pour les affaires courantes, mais n’est plus que chef-lieu de bailliage7. Le partage des biens d’Église, dont les pasteurs lausannois sont exclus, peut se lire comme une compensation à la perte d’autonomie. Les revendications des conseillers lausannois montrent leur volonté de s’affirmer face aux Bernois et de défendre leurs intérêts.

    5Les biens ecclésiastiques, en partie offerts à l’Église par des familles lausannoises, représentent des valeurs importantes, quoique difficiles à chiffrer dans leur ensemble. Certains historiens ont avancé qu’ils représentaient jusqu’au tiers de la richesse du pays de Vaud8. Les objets d’église, pour lesquels les Bernois montrent le plus de souplesse, sont plus difficiles à retracer que le devenir des édifices, dont la transformation est visible dans le paysage urbain9 : ils sont aisément déplaçables et dissimulables. Une part non estimable disparaît lors de la vague iconoclaste précédent la Dispute ; une autre part, impossible à évaluer, est mise à l’abri par le clergé traditionnel. En outre, si l’édit de Réformation prévoit la mise à disposition des vêtements et des parements liturgiques donnés par des particuliers, à leurs donateurs ou à leurs descendants10, il n’existe pas de liste d’ornements réclamés par leurs ayants droit ni d’inventaires complets des ornements contenus dans les églises lausannoises à la veille de la Réforme. Enfin, les comptes du boursier de Lausanne, par ailleurs poursuivi pour malversations11, sont lacunaires entre 1536 et 1539 ; quant aux registres du Conseil, dits « manuaux », ils donnent des informations sporadiques et peu détaillées sur les ventes.

    6En dépit de leur état très fragmentaire, les sources permettent de comprendre la ténacité avec laquelle les conseillers lausannois s’emploient à obtenir la meilleure part possible des biens d’Église, notamment des ornements précieux. En suivant de près les tractations, avant même l’imposition de la Réforme à Lausanne, on observe les revendications politiques des magistrats se cristalliser sur la répartition des biens matériels de l’Église.

    La répartition : des négociations aux confiscations

    7Au début des années 1530, il règne à Lausanne un profond sentiment anticlérical, qui se traduit notamment par des revendications sur les propriétés du clergé, car la Réforme a peu pénétré la population jusque-là12. Conscient des risques qui pèsent sur ses biens, le clergé lausannois s’emploie à assurer leur sauvegarde en sollicitant le Conseil de la ville. Lorsque Berne entre en guerre contre le duché de Savoie en janvier 1536, les Lausannois, alors ses combourgeois, envoient un petit contingent d’hommes en renfort. Les religieux de Montheron et de Bellevaux se placent sous la protection des conseillers lausannois, qui leur demandent ensuite de participer aux frais liés au passage des Bernois13. Au départ de l’évêque et tandis que les Bernois entreprennent la conquête du pays de Vaud et de Lausanne, le 21 mars 1536, des représentants du chapitre et du couvent de Saint-François demandent la protection de leurs biens et de leurs personnes aux conseillers lausannois. Les chanoines, dans une tentative d’apaisement, proposent au Conseil un don de 100 écus, puis de 30 écus d’or, en compensation des « grandes dépenses pour le maintien de la communauté ». Le Conseil décline, mais demande la juridiction temporelle sur certains domaines ecclésiastiques14. Au mois de mars, les Bernois installent des pasteurs en ville et proposent aux chanoines de se placer sous leur protection, avec leurs biens, au moins jusqu’à ce que la Réforme soit officiellement adoptée15.

    8Dès lors, la Réforme va rapidement prendre place : en juin, les églises de la Madeleine et de Saint-François sont touchées par une vague d’iconoclasme, qui ne s’est, semble-t-il, pas étendue à la cathédrale Notre-Dame16, puis les Bernois organisent la dispute de Lausanne, dont l’issue est mauvaise pour les catholiques. Dès août, ils prévoient l’abolition de la messe et la sécularisation des biens de l’Église. Ils le font savoir dans les grandes lignes aux conseillers lausannois, par des articles datés du 16 août 1536 : leur sont confiées la « garde et protection des dict deux convens [de la Madeleine et de Saint-François] et les biens, comment censes, rentes, revenues et aultres meubles et immobles », à la condition « que yceulx biens soyent convertis pour l’entretenement des moennes que se seront conformés à la parole de Dieu, auxy des prédicants et des poures17 ».

    9Les gains ne sont pas à la hauteur des attentes des Lausannois, surtout à l’aune de leur perte d’autonomie politique et juridique. Réunis le 22 août 1536, les conseillers rédigent deux brouillons de réponse où leur déception se lit pleinement. Ils réclament, outre la jouissance des biens des deux couvents mentionnés, ceux de l’abbaye de Bellevaux « et ceulx qu’ilz ont rière leur ressort […] veu que seulx se sont soubmis soub la protection de ceulx de Lausanna » et « les biens non acquis qui sont des dictz sigrs chanoynne et aultres prestres de l’eglise de Lausanne, qui sont tant rière le territoyre de Lausanne comme rière leur ressort », qui seront mis « au profit des pouvres et à euvre pitoyable18 ». Ou, selon une autre formulation : que les églises « tant dedans la ville, que dehors rière notre ballivage », ce qui inclut les biens dépendants du chapitre et de la cathédrale, soient mises « az la disposicion des nobles et borgoys [de Lausanne], en faisant du bien à cieulx qui auront tenu les benifices, sy voulent servir à Dieu et déclayrer saz parolle ». Une des raisons invoquées est que la « ville de Lausanne par le passé a sottenu beaucop de charge, et ausy comme il sont esté appovri, tant par les évesques du passé, tant par les chanoynne de Lausane et autres gens d’églisez19 ».

    10Début septembre, les conseillers lausannois font dresser les inventaires des biens qui leur reviennent : la Madeleine, couvent des dominicains, est quasiment vide, ne conservant qu’un mobilier restreint ; celui des franciscains rapporte un revenu relativement mince, bien loin de la richesse attachée à la cathédrale20. Aussi le Conseil s’empresse-t-il de répondre favorablement à la requête des chanoines de la cathédrale, quand ces derniers demandent protection pour leur trésor, le 13 septembre. Peu importe aux conseillers, semble-t-il, que la messe soit prochainement abolie – la dispute de religion est annoncée – et que les souverains de Berne aient explicitement mentionné la part qu’ils se réservent. À défaut d’obtenir des terres, des droits et d’autres biens précieux de la part des Bernois, ils reçoivent ainsi en garde une partie du trésor du chapitre de Lausanne, grâce à la démarche des chanoines. Ils promettent sous serment de protéger les biens (comme les clercs) et de les restituer dès que les chanoines en feront la demande. L’inventaire mentionne principalement du linge (cinquante-quatre chapes, quinze chasubles, vingt-six tuniques, six draps précieux, quatre coussins, cinq parements d’autel), ainsi que quatre reliquaires et le retable du maître-autel de la cathédrale21. La démarche des chanoines trahit la nécessité dans laquelle ils se trouvent. Elle manifeste aussi leur confiance en des conseillers qu’ils voient comme des protecteurs, encore favorables à la religion traditionnelle et capables de mettre à l’abri leurs biens jusqu’à ce que la religion catholique soit rétablie en ville. Néanmoins, comme le remarque Jacques Stammler, l’un des éditeurs de cet inventaire, il ne s’agit là que d’une petite part du trésor, où les vases sacrés manquent. La confiance que les chanoines avaient en ces hommes, ou dans le retour de la religion traditionnelle, a peut-être des limites ; ou ils ont protégé leurs biens par plusieurs moyens.

    11Le 26 septembre 1536, deux délégués du chapitre, Pierre Perrin et Michel Barberi, se présentent devant le Conseil afin de demander protection pour la cathédrale et les objets qu’elle renferme encore. Les conseillers acceptent ; deux jours plus tard, ils astreignent des bourgeois à la garde de la cathédrale. Le 29 septembre, juste avant l’ouverture de la dispute, l’assemblée des bourgeois entérine la prise en garde des biens de la cathédrale par le Conseil.

    12Quelles sont à leur tour les motivations des conseillers lausannois ? On peut se demander s’ils ont simplement voulu protéger les biens et la religion traditionnelle, comme ils s’y sont engagés devant les représentants du clergé venus demander leur aide, s’ils ont voulu protéger les objets précieux des risques de débordements à l’issue de la dispute de religion annoncée, ou, encore, s’ils ont voulu les soustraire au contrôle du magistrat bernois. Peu après la conclusion de la dispute, le 10 octobre, les chanoines de Lausanne confient les clés de la cathédrale au syndic ou au bourgmestre pour la protéger des « prétendus Evangéliques » qui ont voulu détruire les autels, ce qui révèle des tentatives de destruction déjà menées contre la cathédrale. Le Conseil honore sa promesse de protection ; les portes restent fermées, semble-t-il, jusqu’à l’arrivée des commissaires bernois chargés de l’inventaire, en février 153722.

    13Dans l’intervalle, les Lausannois essaient, une fois encore, de négocier avec les Bernois de meilleurs termes pour le partage. Une délégation se rend à Berne du 20 au 30 octobre 1536 pour discuter de la « Largition ». Les Bernois proposent aux Lausannois de leur laisser « les deux couvents de Sainct Françoys et de la Magdeleine, aussy les quatre parroiches dedans la ville, St Sulpy, Monteron, Saincte Catherine du Jorat, Bellesvaulx, ensemble leurs apertenances et deppendences, icelles soyent dedans ou dehors desdites limites ». Eux-mêmes se réservent « l’évesché, le chapitre et clergie, ensemble toutes apertenances et deppendences d’icelles ». Ils laissent la possibilité, « quant le cas adviendra que le chapitre et clergie seront par décès abolis, de non point oblier lesdits de Lausanne » et de leur céder une partie de ces biens. Les délégués lausannois, remerciant les Bernois, acceptent la proposition d’obtenir, plus tard, des biens du chapitre et de la clergie, y voyant une manifestation de la générosité de leurs seigneurs, dont « les mains […] ne seront poen serréez à l’avenir en leurs demandes et pétitions ». Ils demandent en outre la paroisse de Sainte-Croix, le chalet de Grobet, dont ils estiment avoir été spoliés par l’évêché, et le moulin de Grobet, dont une partie leur appartient et qui abîme les murailles de la ville. Après délibération, les Bernois décident de leur laisser le chalet et le moulin de Grobet, Sainte-Croix et une maison de l’évêché, le tout de peu de valeur23. Aucun bien précieux ne leur est concédé ; leurs droits politiques ou de justice ne sont pas étendus : la négociation des Lausannois est un échec.

    14Sur le terrain, cependant, les Lausannois ne se conforment pas au partage de la « Largition ». Le 8 novembre, le Conseil essaie de s’approprier les biens précieux des villages de son ressort et des paroisses de Crissier et de Saint-Germain, attribués aux Bernois. Berne se rend bientôt compte de la duperie et rappelle les Lausannois à l’ordre24. En février 1537, lorsque les commissaires inventorient les biens des chanoines, ils comprennent rapidement qu’une partie de leur trésor est cachée. Outre les biens confiés au Conseil, les chanoines ont évacué des objets précieux et des titres à Fribourg, en Valais et en Savoie, auprès de Musard, doyen du décanat de Neuchâtel, et de Jean Bergier25. Bien décidés à obtenir la part qu’ils se sont attribuée, les Bernois font incarcérer les chanoines une dizaine de jours. Les Lausannois, qui pressentent l’issue de ce bras de fer, envoient une nouvelle délégation à Berne, demandant le 26 février « compensation pour les frais de reconstruction », sous la forme de biens du trésor de la cathédrale. Mais les chanoines, libérés le lendemain, demandent aux conseillers lausannois de remettre aux Bernois tous les objets tenus en leur garde26.

    15Malgré ce nouvel échec les Lausannois n’abandonnent pas tout espoir d’obtenir des biens de la cathédrale et concentrent, une fois de plus, leurs revendications sur les ornements les plus précieux. En mars 1537, ils s’opposent directement à la saisie, par le bailli, du mobilier tiré des « tresors de Nostre Dame ». Informés des événements, les Bernois leur font savoir que ces objets appartiennent « à nous supérieurs à cause de la réserve que ce sont faict » et recommandent à leurs vassaux de « bien penser et considérer la conséquence [d’une injure au bailli], car sy par vous ou les vostres luy debvoyt estre fayct desplaysir, cela ne seroit sans rémunération27 ». Le trésor finit par quitter Lausanne ; il ne faut pas moins de dix-huit chars pour le transporter à Berne28.

    16Le 18 avril 1537, les Bernois concèdent aux Lausannois la propriété sur les « chappes de Nostre Dame et que fussions entenuz rendre ycelles à iceux qui pourriont justiffié estre à eux, selon la réformation de l’évangille ». Les Lausannois, qui espèrent toujours obtenir « les trésors de Nostre Dame, lesquieulx yceulx de Berne aviont pris en leurs meyns », refusent le don et envoient une ambassade à Berne29. Devant la fermeté des Bernois, ils finissent pourtant par accepter les vêtements liturgiques, sans pour autant abandonner leurs prétentions. En juillet, ils mettent alors en avant leur « grose povreté à eux devenuez pour l’absence desdit ecclésiastiques lesquieulx despendrent tous leurs biens à Lausanne au nourrissement tant des povres que riches » et attendaient « quelque bone largition desdit biens ecclésiastiques30 ». La démarche restera sans suite et les Lausannois seront priés de ne plus présenter de requêtes concernant les biens ecclésiastiques.

    La vente des objets de l’ancien culte, entre bien commun et résistance passive

    17C’est plus ou moins au moment de la négociation des chapes que les Lausannois ont commencé, à notre connaissance, à se séparer des anciens objets d’église leur appartenant. On retrouve dans le registre du Conseil, à la date du 9 avril 1537, trace de la vente de « certeyns callices, estant entre les meyns de sire Anthoine Gavet et Jaques Violat, pour le pris de IIIc bons florins, 4 sols, 6 deniers ». La mention étant très succincte, nous pouvons seulement supposer que ces objets étaient jusque-là à la garde des conseillers Gavet et Violat (« entre les meyns ») et non dans le coffre de la ville. Le 25 mars 1538, les conseillers vendent des « chappes et chasubles aultrefoys apartenantes aux convents de Sainct Franscoys et La Magdaleyne à Lausanne », qui n’apparaissaient pas dans le rapide inventaire des biens du couvent évoqué plus haut. L’acheteur est un marchand ou brodeur de Besançon, qui débourse 124 écus au soleil (« sixvingts et quatre escus au soloyel du coingt du Roy de France »). Le 31 octobre 1545, Jean Rosche, boursier de la ville, enregistre la vente « de trenta et IX chappes et chasubles, de quoy il y en avoyt deux chasubles extimées XXX escus aud soloy, vendu tout en somma la somme de quatre vingt escus aud soloy ». L’acheteur, un brodeur de Besançon, remet 20 écus au boursier. Les 60 écus restants sont versés en deux fois, le jour même et le 16 janvier 1546, par « Jasques Violat à cause de la fianse du brodeur de Besansom pour les chasubles, desquelles le seigneur Jasque Violat avoit respondu31 ».

    18Les ventes sont donc peu détaillées dans les registres du Conseil, qui ne donnent pas le nombre, la description ni la provenance précise des objets. Le lieu de dépôt entre leur saisie et leur vente n’est pas mentionné non plus. Il semble que les ventes sont organisées par certains des conseillers : Jacques Violat apparaît pour deux des ventes. Elles suivent peut-être des réseaux privilégiés, comme le suggère la vente à des artisans ou des marchands de Besançon, en terre catholique. Il est impossible, en l’état des sources, de juger si le prix de vente est correct et ce que deviennent les objets une fois vendus. En revanche, le fait qu’un brodeur achète les chapes précieuses laisse supposer un remploi des fils d’or et d’argent, pour d’autres parements liturgiques ou des vêtements profanes.

    19Le 6 mai 1546, à l’occasion du changement de boursier, le contenu du coffre de la salle du Conseil est inventorié. Il reste une petite cinquantaine d’objets précieux provenant des églises, soit environ dix croix de modèles et de valeurs divers, en argent, en cristal et en jaspe, des images de saints, des statues, quatre custodes, neuf calices, des encensoirs, sept patènes, deux crosses, une mitre et des tasses, avec ou sans pied. Cette fois, nous disposons d’un inventaire véritable, qui comprend la rapide description des objets, les matériaux, quelques informations sur leurs dimensions32. Si ce sont là tous les objets qui restent à la ville après la saisie de 1536, il y a peu de vaisselle, aucun grand vase, pas ou peu de reliquaires. Tous les vêtements et d’autres draps liturgiques (une mitre exceptée) ont été vendus ou ont disparu, de même les chandeliers, les missels ou les joyaux. Ce « reste de vasselle, tant d’argent, lotthon doré que myctres, crosses, croix, calices et aultres chouses d’esglise […] estant en l’arche du poile de ville, dernier le fornet », est liquidé le 31 août 1556, exceptée « la croix de crystallyn ». Un des notables de la ville, François Seigneux, seigneur de Vufflens, achète le tout pour 100 écus d’or. Les conseillers précisent l’usage public à laquelle le produit de la vente doit être affecté : « Laquelle vaisselle a esté vendue expressément pour laz reédiffication des voltes du Pont, que se feront au lieu des maisons ruynées, aussi à la réédiffication des édiffices que se feront sus lesdictes voultes ou asles, et non pour aultre respect33. »

    20Si l’on se rapporte aux registres du Conseil, le trésor des églises de Lausanne, détenu par la ville, n’aurait alimenté que quatre ventes, et rapporté 304 écus et 300 florins sur environ vingt ans. La documentation, même ténue, permet de tirer quelques enseignements. D’abord, contrairement à une idée répandue, les biens meubles et les objets d’église confisqués n’ont pas été vendus si rapidement. Est-ce par volonté de conserver une poire pour la soif ? Les conseillers, ou du moins certains d’entre eux, ont-ils l’espoir d’un retour prochain à l’ancien culte ; cherchent-ils à y travailler en conservant les ornements nécessaires au service divin ? La prudence s’impose pour répondre à cette question. D’un côté, le faible nombre de ventes tient peut-être à leur enregistrement partiel. Il est raisonnable de penser que toutes les ventes ne sont pas répertoriées dans les manuaux. En outre, les conseillers de Lausanne n’ont certainement pas récupéré tous les objets d’église qui devaient leur revenir. Le clergé des églises paroissiales de la ville, sans posséder autant de richesses que le chapitre cathédral, est certainement parvenu à en dissimuler une part.

    21De l’autre côté, les anciens objets d’église continuent à circuler en ville et à être utilisés lors de célébrations privées. Ils conservent pour les fidèles restés catholiques une valeur sacrée et liturgique qui dépasse leur valeur monétaire. Des cérémonies clandestines se célèbrent chez des particuliers, certainement avec une partie des chasubles, des calices et d’autres vases sacrés qui ont échappé à la saisie34. Certains des objets employés aux messes catholiques clandestines proviennent peut-être de la saisie elle-même. L’hypothèse n’est pas à exclure en tout cas, et elle est étayée par d’autres faits. Les conseillers, bien qu’ils aient appelé à la sécularisation, n’ont pas adhéré à la Réforme avec grande conviction. À plusieurs reprises, les Bernois exigent qu’ils appliquent les édits de Réformation, qu’ils chassent les religieux célébrant des messes en ville et qu’ils ne chôment pas les anciens jours fériés35. Ces mêmes conseillers, comme l’a vu, promettent aux chanoines de protéger leurs biens et étalent les ventes sur la durée. Selon notre hypothèse, ils opposent une forme de résistance passive à l’imposition de la Réformation par Berne. Ils soulignent d’ailleurs, dans la minute du registre des manuaux, que la dernière vente, qui contient le plus de vaisselle sacrée, se fait uniquement « pour le bien de la communauté ». Par conséquent, ces objets ne sont pas traités en simples biens appartenant à la municipalité, mais en pièces d’un trésor collectif, monnayables en dernier recours.

    22Une tension existe à ce sujet entre les conseillers et les pasteurs, en parallèle des conflits étudiés entre Lausanne et Berne. Les pasteurs lausannois ont ouvertement manifesté leurs doutes sur la nouvelle administration des biens de l’Église. Dès le synode tenu à Lausanne en 1538, ils ont défendu la vocation sacrée de ces biens, qui appartiennent selon eux à l’Église et peuvent uniquement servir à son entretien. Face à eux, les conseillers lausannois arguent du modèle de Berne (qui, dans ce conflit, leur est favorable) pour confirmer leurs droits sur ces biens et justifier leur usage en tant que biens civils. L’opposition du corps pastoral, que l’on retrouve dans une lettre aux Bernois du 1er novembre 1542, n’a pas empêché les ventes de 154236. À l’incitation des Bernois, les conseillers de Lausanne se sont engagés pour l’amélioration de l’assistance, à laquelle une partie des biens de l’ancien culte était allouée. Ils ont aussi veillé à éloigner les pasteurs de la gestion comptable de ces biens, décidant, par exemple, le 3 mars 1551, que « les confrairies de la ville [dont les biens étaient assignés à l’assistance] ne debgent entre mises eis comptes devant les ministres37. »

    Conclusion

    23Les objets d’église sont donc à la croisée de plusieurs enjeux après la Réforme : dotés d’une valeur matérielle importante, ils conservent cependant une valeur sacrée ou spirituelle, sous des formes différentes pour les conseillers et pour les pasteurs lausannois. Ils sont investis par les magistrats d’enjeux politiques, économiques et symboliques. Dans la longue négociation avec Berne que nous avons retracée, les Lausannois cherchent à s’approprier une partie des biens ecclésiastiques confisqués, semblant parfois oublier leur position de vaincus. Malgré la victoire de Berne et la confiscation de la plus grande partie des trésors des églises, le Magistrat bernois ne prend pas tout en charge : il ne le peut pas pratiquement et ne le veut pas, le respect des libertés locales en matière de religion étant très importante dans ses discours et dans sa pratique du pouvoir. Le Conseil de Lausanne dispose ainsi de marges de manœuvre pour administrer une partie des biens ecclésiastiques et pour décider de leur devenir. Le fruit des ventes contribue au financement d’une politique publique locale ; mais leur lenteur peut être interprétée comme une forme de résistance passive en faveur de l’ancien culte.

    Notes de bas de page

    1Sur la définition des biens ecclésiastiques, voir Mottier Cédric, « Sécularisation, gestion et dévolution des biens ecclésiastiques par Berne, à l’exemple de ses bailliages limitrophes de Genève (1536-1567) », in Catherine Santschi (dir.), Les registres du Conseil de la République de Genève sous l’Ancien Régime : nouvelles approches, nouvelles perspectives, éd. Sandra Coram-Mekkey, Genève, Archives d’État de Genève/Fondation de l’Encyclopédie de Genève, 2009, p. 195-209 : p. 195.

    2En plus du chapitre de Nathalie Szczech ici même, voir Vuilleumier Henri, Histoire de l’Église réformée du Pays de Vaud sous le régime bernois, Lausanne, Éditions La Concorde, 1927-1933, t. 1, p. 122-206 ; Gilliard Charles, La Conquête du Pays de Vaud par les Bernois, Lausanne, Éditions de la Concorde, 1935, rééd. 1982 ; Bruening Michael W., Le premier champ de bataille du calvinisme : conflits et Réforme dans le pays de Vaud (1528-1559), Lausanne, Antipodes, 2011 (2005).

    3Les échanges entre le corps pastoral lausannois et les magistrats sont développés dans ma thèse de doctorat de l’université de Genève (2017), intitulée « “Secourir à un chacun selon sa pauvreté”. Pauvreté, assistance et biens ecclésiastiques dans le discours et l’action de Pierre Viret ».

    4Ruchat Abraham, Histoire de la Réformation de la Suisse, t. 4, éd. Louis Vuillemin, Nyon/Paris/Lausanne, M. Giral-Prelaz-Risler-Cherbulliez, 1836 ; Vuilleumier Henri, Histoire de l’Église réformée, op. cit., p. 122-240.

    5Les édits sont publiés dans Matzinger-Pfister Regula, Les Sources du droit du canton de Vaud. C, Époque bernoise. I, Les mandats généraux bernois pour le Pays de Vaud, 1536-1798, Basel, Schwabe, 2003, p. 13-23 ; voir aussi Bruening Michael W., op. cit.

    6Bruening Michael W., op. cit. ; Flückiger Fabrice, « Annexion, conversion, légitimation. La dispute de Lausanne et l’introduction de la Réforme en Pays de Vaud (1536) », Revue historique vaudoise, no 119, 2011, p. 59-74 ; Bruening Michael W. et Crousaz Karine, « Les Actes du synode de Lausanne (1538), un rapport sur les résistances à la Reforme dans le pays de Vaud (introduction, édition et traduction) », ibid., p. 89-126 ; Crousaz Karine, L'Académie de Lausanne entre humanisme et Reforme (ca. 1537-1560), Leyde/Boston, Brill, 2012.

    7Bruening Michael W., op. cit., p. 57-67 ; Junod Louis, « De la ville épiscopale au chef-lieu de bailliage (xvie siècle) », in Jean-Charles Biaudet (dir.), Histoire de Lausanne, Toulouse/Lausanne, Privat-Payot, 1982, p. 151-178 : p. 161.

    8Vuilleumier Henri, Histoire de l'Église réformée, op. cit., p. 223-225. Selon son estimation, les biens de l'évêché pouvaient rapporter jusqu'à 30 000 écus par an et une moyenne de cinq cents florins de revenus par cure paroissiale. Le pays de Vaud en comptait cent soixante, dont cent trente-trois dans le diocèse de Lausanne. Ces chiffres ne tiennent pas compte des revenus des monastères et des confréries, plus difficiles à estimer, ni des objets précieux, tels les statues, les calices et les divers ornements d’église.

    9Pflug Sarah, « Réforme et transformation du paysage urbain dans le pays de Vaud », Chrétiens et Sociétés, no 22, 2015, p. 7-30.

    10Matzinger-Pfister Regula, Les mandats généraux bernois, op. cit., p. 16 : l’édit de décembre prévoyait de restituer « tous les biens des eglyse […] comme vestemens, ornemens, calices et aultres choses » aux descendants des donateurs « jusques à la tierce lignée, asçavoyr grands-peres et grands-meres », après la mort des gens d’église qui les détenaient. Une mesure similaire était prévue pour les biens fondés pour « messes, vigilles ou anniversayres et autres abusions […] reservant les donnations qui sont converties ès bastiments des eglyses ».

    11Extraits des manuaux du Conseil de Lausanne, éd. Ernest Chavannes, t. 3, 1536-1564, Lausanne, G. Bridel, 1887, p. 9 sq.

    12Le clergé dépose plusieurs plaintes contre les Lausannois, qui le maltraitent et cherchent à s’approprier ses biens, alors que, en mai 1533, les Lausannois adressent aux Bernois un cahier de doléances contre le clergé. Cf. Extraits des manuaux du conseil de Lausanne, éd. Ernest Chavannes, t. 2, 1512-1536, Lausanne, G. Bridel, 1882, p. 122, 130, 148, 152, 176, 325, 329, 335 et 339.

    13Ibid, p. 228 (27 février 1536) ; p. 198, 199, 205 et 207 (18 et 20 janvier 1536).

    14Ibid, p. 203, 204, 237-238, 261 (22, 23 mars et 23 mai 1536).

    15Correspondance des Réformateurs dans les pays de langue française, recueillie et publ. avec d’autres lettres relatives à la Réforme et des notes historiques et biographiques, éd. Aimé-Louis Herminjard, t. 4 : 1536-1539, Genève/Bâle/Paris (etc.), H. Georg-M. Levy-Fischbacher, 1872, p. 28.

    16Burgy François-Marc, « Iconoclasme et Réforme chez les chroniqueurs de Genève et du Pays de Vaud », Nos monuments d’art et d’histoire, no 35, 1984, p. 324 ; Vuilleumier Henri, Histoire de l’Église réformée, op. cit., p. 109, 135, 146, 152, 187-189.

    17Extraits des manuaux, op. cit., 1512-1536, p. 285-286.

    18Ibid, p. 290, 288.

    19Ibid, p. 291.

    20L’église des dominicains a subi des dommages après un prêche de Guillaume Farel, en mai 1535. Cf. le chapitre de Nathalie Szczech et Reymond Maxime, « La chronique du couvent des Dominicains de Lausanne », Zeitschrift für schweizerische Kirchengeschichte/Revue d’histoire ecclésiastique suisse, no 12, 1918, p. 40. L’inventaire du 9 septembre 1536, outre les biens immobiliers et les revenus, mentionne un mobilier restreint, notamment des escabeaux de « peu de valeur », de la vaisselle commune, deux cloches et plusieurs types de tonneaux. Cf. Extraits des manuaux, op. cit., 1512-1536, p. 187, 320-321. Le 6 novembre, le conseil ordonne l’inventaire des couvents de Saint-François, de la Madeleine et de Bellevaux, ainsi que des églises paroissiales (Extraits des manuaux, op. cit., 1536 à 1564, p. 4, 179).

    21Cet inventaire est connu par des copies, éditées par Chavannes Ernest, Le trésor de la cathédrale de Lausanne, Lausanne, Rouge et Dubois, 1873, p. 50-61 ; p. 46, doc. 3.

    22Stammler Jacques, Le trésor de la cathédrale de Lausanne, Lausanne, G. Bridel, 1902, p. 72-87 ; Extraits des manuaux, op. cit., 1512-1536, p. 300-301.

    23Extraits des manuaux, op. cit., 1512-1536, p. 303-312.

    24Extraits des manuaux, op. cit., 1536-1564, p. 4, 28 ; Stammler Jacques, Le trésor, op. cit., p. 112.

    25Rück Peter, « Un récit de la captivité du Chapitre de Lausanne en février 1537 », Revue historique vaudoise, no 78, 1970, p. 51 sq. ; Centlivres Robert, « Fragments du Journal des commissaires Bernois, janvier-mars 1537 », Revue historique vaudoise, no 33, 1925, p. 257-269 ; 289-297 ; 345-350 ; 375-380 ; no 34, 1926, p. 19-27 ; 55-59 ; 88-92 ; no 35, 1927, p. 27-31 ; Coutaz Gilbert, « Nouvel examen des fonds d’archives au moment de l’introduction de la Réforme dans le Pays de Vaud : dispersion, rupture et continuité », Revue historique vaudoise, no 119, 2011, p. 205-225.

    26Stammler Jacques, Le trésor, op. cit., p. 89-91.

    27Extraits des manuaux, op. cit., 1536-1564, p. 29-30.

    28Stammler Jacques, Le trésor, op. cit., p. 91-98.

    29Extraits des manuaux, op. cit., 1536-1564, p. 22-23, 25 et 27-33.

    30Ibid, p. 31.

    31Ibid., p. 10-11.

    32Ibid., p. 11-12 : « Premièrement, la croys de sainct François, d’argent, avec son cruciffiz et tiltre, à tron de chasne favergée. Item, la croix d’argent de la Magdelenne. Item, une croix de cristal, avec son cruciffiz de boix. Item, l’image sainct Dominicque avec […] et ovré d’argent et le pied de cuivre. Item, le sainct Sebastian sainct François, ses deux flesches d’argent et le pied de cuivre. Item, l’image sainct François d’argent, avec son pied de cuivre. Item, une croix de jaspie, avec son petit crucifiz doré. Item, une custode d’yvoyre ovrée, avec une crois d’argent en cristal au mylieu. Item, la croix sainct Estienne, petitte valeur. Item, deux encensiers d’argent, bien ouvréz, avec leurs chennes. Item, une petitte croix dourée, avec deux branches montantz et son pied d’argent faict à mode du pied d’ung calix. Item, ung petit sainct Sebastian d’argent, avec son pilier d’argent et le pied de cuivre. Item une petitte custode à deux branches, montans dourés, le pied d’argent bien ovré d’or et le mylieus fermé de cristal et sa crois dessus d’argent dorée et le petit cruciffifz. Item, une grant custode de cuivre dorée. Item, deux patènes d’argent. Item, deux belles patines dorées. Item, deux aultres patines dorées, d’argent. Item, une aultre patine d’argent. Item, huictz calixes d’argent. Item, une custode d’argent avec sa coverte d’argent. Item, trois petittes croix. Item, un calixe ; la cope d’argent et le pied de cuivre doré. Item, une petitte main d’argent. Item, une buyte d’encens d’argent. Ung pied d’argent, out y a frère Thomax Gogacti. Item, le grand scel bourgeois d’argent. Item, la garnison d’une custode d’argent, le pied de cuivre. Item, sainct Pierre martir, d’argent, remis par la relaixée de Ja. Langin, avec son pied de cuivre argenté. Item, la crosse de cuivre de Monteron. Item, la crosse d’argent de Monteron en son estuyt et le mange d’argent à quattre trot d’argent, avec son estuyt. Item, la mictre de Monteron, avec sa garnison. Item, quattres taxes à grand pied. Item, deux simples taxes. Item, une marque de taxe d’argent dorée de largeur d’un teston. »

    33Ibid., p. 13. Le texte se trouve dans le Manual (Archives de la ville de Lausanne, D8, p. 919-920). En 1559, Seigneux a vendu ces objets à Genève, où il fut arrêté et emprisonné. Il faut l’intervention des seigneurs de Lausanne et de Berne pour régler le conflit. Cf. Extraits des manuaux, op. cit., 1536-1564, p. 13-16.

    34Blakeley James, « Confronting the Reformation : Popular Reaction to Religious Change in the Pays de Vaud », in Kaspar Von Greyerz et Thomas Kaufmann (dir.), Frühneuzeitliche Konfessionskulturen, Gütersloh, Gütersloher Verlagshaus, 2008, p. 101-117 ; Blakeley James, « Aspects de la confessionnalisation durant l’introduction de la Réforme en Pays de Vaud », Revue historique vaudoise, no 119, 2001, p. 127 ; Moret Petrini Sylvie, « Ces Lausannois qui “pappistent”. Ce que nous apprennent les registres consistoriaux lausannois (1538-1540) », Revue historique vaudoise, no 119, 2001, p. 139-151.

    35Le 24 août 1537, les Bernois reprochent aux conseillers lausannois de soutenir « tousjours les prestres que n’ont voulsu accepter nostre réformation, et que iceulx acomplissent ancores tout plain d’idolâtrie ». Ils leur demandent de leur faire quitter la ville. La demande est répétée le 8 octobre 1537. Le 22 juillet 1539, une lettre des Bernois ordonne aux Lausannois de se « meillieurer et entirement observer nousd. mandemens, édicts, réformation et ordonnances, en tant que désirés d’éviter nostre male grâce, indignation et grièfve punition ». Les mêmes reproches se lisent en date du 13 octobre 1547. Cf. Correspondance des Réformateurs, op. cit., t. 4, p. 278-279, p. 302-303 ; Extraits des manuaux, op. cit. 1536-1564, p. 47 et 65. En 1550, Pierre Viret adresse des reproches similaires aux conseillers de Lausanne. Cf. Meylan Henri, « Pierre Viret et les Lausannois. Vingt années de luttes pour une discipline ecclésiastique », Mémoires de la Société pour l’Histoire du Droit et des Institutions des anciens pays bourguignons, comtois et romands, no 35, 1978, p. 17.

    36Correspondance des Réformateurs dans les pays de langue française […], éd. Aimé-Louis Herminiard, t. 8 : 1542-1543, Genève/Bâle/Paris/[etc.], H. Georg-M. Levy-Fischbacher, 1893, p. 171-176 et Bruening Michael W. et Crousaz Karine, « Les Actes du synode de Lausanne (1538) », art. cité.

    37Archives de la ville de Lausanne, D8, p. 644. Pour de plus amples développements, voir ma thèse de doctorat (note 3).

    Auteur

    • Claire Moutengou Barats

      Chercheuse associée au laboratoire ITEM de l’université de Pau et des pays de l’Adour. Après un doctorat sur la pensée sociale de Pierre Viret, elle a participé à l’édition de la correspondance de Théodore de Bèze. Parmi ses publications, on peut citer : « L’influence de P. Viret dans une proposition d’assistance publique à Lausanne », in Karine Crousaz et Daniela Solfaroli Camillocci (dir.), Pierre Viret et la diffusion de la Réforme, Lausanne, Antipodes, 2014 ; « Le discours de Pierre Viret sur la pauvreté. Quelques réflexions sur ses influences », in Maria-Cristina Pitassi et Daniela Solfaroli Camillocci (dir.), Crossing Traditions : Essays on the Reformation and Intellectual History, Leyde, Brill, 2018.

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    1Sur la définition des biens ecclésiastiques, voir Mottier Cédric, « Sécularisation, gestion et dévolution des biens ecclésiastiques par Berne, à l’exemple de ses bailliages limitrophes de Genève (1536-1567) », in Catherine Santschi (dir.), Les registres du Conseil de la République de Genève sous l’Ancien Régime : nouvelles approches, nouvelles perspectives, éd. Sandra Coram-Mekkey, Genève, Archives d’État de Genève/Fondation de l’Encyclopédie de Genève, 2009, p. 195-209 : p. 195.

    2En plus du chapitre de Nathalie Szczech ici même, voir Vuilleumier Henri, Histoire de l’Église réformée du Pays de Vaud sous le régime bernois, Lausanne, Éditions La Concorde, 1927-1933, t. 1, p. 122-206 ; Gilliard Charles, La Conquête du Pays de Vaud par les Bernois, Lausanne, Éditions de la Concorde, 1935, rééd. 1982 ; Bruening Michael W., Le premier champ de bataille du calvinisme : conflits et Réforme dans le pays de Vaud (1528-1559), Lausanne, Antipodes, 2011 (2005).

    3Les échanges entre le corps pastoral lausannois et les magistrats sont développés dans ma thèse de doctorat de l’université de Genève (2017), intitulée « “Secourir à un chacun selon sa pauvreté”. Pauvreté, assistance et biens ecclésiastiques dans le discours et l’action de Pierre Viret ».

    4Ruchat Abraham, Histoire de la Réformation de la Suisse, t. 4, éd. Louis Vuillemin, Nyon/Paris/Lausanne, M. Giral-Prelaz-Risler-Cherbulliez, 1836 ; Vuilleumier Henri, Histoire de l’Église réformée, op. cit., p. 122-240.

    5Les édits sont publiés dans Matzinger-Pfister Regula, Les Sources du droit du canton de Vaud. C, Époque bernoise. I, Les mandats généraux bernois pour le Pays de Vaud, 1536-1798, Basel, Schwabe, 2003, p. 13-23 ; voir aussi Bruening Michael W., op. cit.

    6Bruening Michael W., op. cit. ; Flückiger Fabrice, « Annexion, conversion, légitimation. La dispute de Lausanne et l’introduction de la Réforme en Pays de Vaud (1536) », Revue historique vaudoise, no 119, 2011, p. 59-74 ; Bruening Michael W. et Crousaz Karine, « Les Actes du synode de Lausanne (1538), un rapport sur les résistances à la Reforme dans le pays de Vaud (introduction, édition et traduction) », ibid., p. 89-126 ; Crousaz Karine, L'Académie de Lausanne entre humanisme et Reforme (ca. 1537-1560), Leyde/Boston, Brill, 2012.

    7Bruening Michael W., op. cit., p. 57-67 ; Junod Louis, « De la ville épiscopale au chef-lieu de bailliage (xvie siècle) », in Jean-Charles Biaudet (dir.), Histoire de Lausanne, Toulouse/Lausanne, Privat-Payot, 1982, p. 151-178 : p. 161.

    8Vuilleumier Henri, Histoire de l'Église réformée, op. cit., p. 223-225. Selon son estimation, les biens de l'évêché pouvaient rapporter jusqu'à 30 000 écus par an et une moyenne de cinq cents florins de revenus par cure paroissiale. Le pays de Vaud en comptait cent soixante, dont cent trente-trois dans le diocèse de Lausanne. Ces chiffres ne tiennent pas compte des revenus des monastères et des confréries, plus difficiles à estimer, ni des objets précieux, tels les statues, les calices et les divers ornements d’église.

    9Pflug Sarah, « Réforme et transformation du paysage urbain dans le pays de Vaud », Chrétiens et Sociétés, no 22, 2015, p. 7-30.

    10Matzinger-Pfister Regula, Les mandats généraux bernois, op. cit., p. 16 : l’édit de décembre prévoyait de restituer « tous les biens des eglyse […] comme vestemens, ornemens, calices et aultres choses » aux descendants des donateurs « jusques à la tierce lignée, asçavoyr grands-peres et grands-meres », après la mort des gens d’église qui les détenaient. Une mesure similaire était prévue pour les biens fondés pour « messes, vigilles ou anniversayres et autres abusions […] reservant les donnations qui sont converties ès bastiments des eglyses ».

    11Extraits des manuaux du Conseil de Lausanne, éd. Ernest Chavannes, t. 3, 1536-1564, Lausanne, G. Bridel, 1887, p. 9 sq.

    12Le clergé dépose plusieurs plaintes contre les Lausannois, qui le maltraitent et cherchent à s’approprier ses biens, alors que, en mai 1533, les Lausannois adressent aux Bernois un cahier de doléances contre le clergé. Cf. Extraits des manuaux du conseil de Lausanne, éd. Ernest Chavannes, t. 2, 1512-1536, Lausanne, G. Bridel, 1882, p. 122, 130, 148, 152, 176, 325, 329, 335 et 339.

    13Ibid, p. 228 (27 février 1536) ; p. 198, 199, 205 et 207 (18 et 20 janvier 1536).

    14Ibid, p. 203, 204, 237-238, 261 (22, 23 mars et 23 mai 1536).

    15Correspondance des Réformateurs dans les pays de langue française, recueillie et publ. avec d’autres lettres relatives à la Réforme et des notes historiques et biographiques, éd. Aimé-Louis Herminjard, t. 4 : 1536-1539, Genève/Bâle/Paris (etc.), H. Georg-M. Levy-Fischbacher, 1872, p. 28.

    16Burgy François-Marc, « Iconoclasme et Réforme chez les chroniqueurs de Genève et du Pays de Vaud », Nos monuments d’art et d’histoire, no 35, 1984, p. 324 ; Vuilleumier Henri, Histoire de l’Église réformée, op. cit., p. 109, 135, 146, 152, 187-189.

    17Extraits des manuaux, op. cit., 1512-1536, p. 285-286.

    18Ibid, p. 290, 288.

    19Ibid, p. 291.

    20L’église des dominicains a subi des dommages après un prêche de Guillaume Farel, en mai 1535. Cf. le chapitre de Nathalie Szczech et Reymond Maxime, « La chronique du couvent des Dominicains de Lausanne », Zeitschrift für schweizerische Kirchengeschichte/Revue d’histoire ecclésiastique suisse, no 12, 1918, p. 40. L’inventaire du 9 septembre 1536, outre les biens immobiliers et les revenus, mentionne un mobilier restreint, notamment des escabeaux de « peu de valeur », de la vaisselle commune, deux cloches et plusieurs types de tonneaux. Cf. Extraits des manuaux, op. cit., 1512-1536, p. 187, 320-321. Le 6 novembre, le conseil ordonne l’inventaire des couvents de Saint-François, de la Madeleine et de Bellevaux, ainsi que des églises paroissiales (Extraits des manuaux, op. cit., 1536 à 1564, p. 4, 179).

    21Cet inventaire est connu par des copies, éditées par Chavannes Ernest, Le trésor de la cathédrale de Lausanne, Lausanne, Rouge et Dubois, 1873, p. 50-61 ; p. 46, doc. 3.

    22Stammler Jacques, Le trésor de la cathédrale de Lausanne, Lausanne, G. Bridel, 1902, p. 72-87 ; Extraits des manuaux, op. cit., 1512-1536, p. 300-301.

    23Extraits des manuaux, op. cit., 1512-1536, p. 303-312.

    24Extraits des manuaux, op. cit., 1536-1564, p. 4, 28 ; Stammler Jacques, Le trésor, op. cit., p. 112.

    25Rück Peter, « Un récit de la captivité du Chapitre de Lausanne en février 1537 », Revue historique vaudoise, no 78, 1970, p. 51 sq. ; Centlivres Robert, « Fragments du Journal des commissaires Bernois, janvier-mars 1537 », Revue historique vaudoise, no 33, 1925, p. 257-269 ; 289-297 ; 345-350 ; 375-380 ; no 34, 1926, p. 19-27 ; 55-59 ; 88-92 ; no 35, 1927, p. 27-31 ; Coutaz Gilbert, « Nouvel examen des fonds d’archives au moment de l’introduction de la Réforme dans le Pays de Vaud : dispersion, rupture et continuité », Revue historique vaudoise, no 119, 2011, p. 205-225.

    26Stammler Jacques, Le trésor, op. cit., p. 89-91.

    27Extraits des manuaux, op. cit., 1536-1564, p. 29-30.

    28Stammler Jacques, Le trésor, op. cit., p. 91-98.

    29Extraits des manuaux, op. cit., 1536-1564, p. 22-23, 25 et 27-33.

    30Ibid, p. 31.

    31Ibid., p. 10-11.

    32Ibid., p. 11-12 : « Premièrement, la croys de sainct François, d’argent, avec son cruciffiz et tiltre, à tron de chasne favergée. Item, la croix d’argent de la Magdelenne. Item, une croix de cristal, avec son cruciffiz de boix. Item, l’image sainct Dominicque avec […] et ovré d’argent et le pied de cuivre. Item, le sainct Sebastian sainct François, ses deux flesches d’argent et le pied de cuivre. Item, l’image sainct François d’argent, avec son pied de cuivre. Item, une croix de jaspie, avec son petit crucifiz doré. Item, une custode d’yvoyre ovrée, avec une crois d’argent en cristal au mylieu. Item, la croix sainct Estienne, petitte valeur. Item, deux encensiers d’argent, bien ouvréz, avec leurs chennes. Item, une petitte croix dourée, avec deux branches montantz et son pied d’argent faict à mode du pied d’ung calix. Item, ung petit sainct Sebastian d’argent, avec son pilier d’argent et le pied de cuivre. Item une petitte custode à deux branches, montans dourés, le pied d’argent bien ovré d’or et le mylieus fermé de cristal et sa crois dessus d’argent dorée et le petit cruciffifz. Item, une grant custode de cuivre dorée. Item, deux patènes d’argent. Item, deux belles patines dorées. Item, deux aultres patines dorées, d’argent. Item, une aultre patine d’argent. Item, huictz calixes d’argent. Item, une custode d’argent avec sa coverte d’argent. Item, trois petittes croix. Item, un calixe ; la cope d’argent et le pied de cuivre doré. Item, une petitte main d’argent. Item, une buyte d’encens d’argent. Ung pied d’argent, out y a frère Thomax Gogacti. Item, le grand scel bourgeois d’argent. Item, la garnison d’une custode d’argent, le pied de cuivre. Item, sainct Pierre martir, d’argent, remis par la relaixée de Ja. Langin, avec son pied de cuivre argenté. Item, la crosse de cuivre de Monteron. Item, la crosse d’argent de Monteron en son estuyt et le mange d’argent à quattre trot d’argent, avec son estuyt. Item, la mictre de Monteron, avec sa garnison. Item, quattres taxes à grand pied. Item, deux simples taxes. Item, une marque de taxe d’argent dorée de largeur d’un teston. »

    33Ibid., p. 13. Le texte se trouve dans le Manual (Archives de la ville de Lausanne, D8, p. 919-920). En 1559, Seigneux a vendu ces objets à Genève, où il fut arrêté et emprisonné. Il faut l’intervention des seigneurs de Lausanne et de Berne pour régler le conflit. Cf. Extraits des manuaux, op. cit., 1536-1564, p. 13-16.

    34Blakeley James, « Confronting the Reformation : Popular Reaction to Religious Change in the Pays de Vaud », in Kaspar Von Greyerz et Thomas Kaufmann (dir.), Frühneuzeitliche Konfessionskulturen, Gütersloh, Gütersloher Verlagshaus, 2008, p. 101-117 ; Blakeley James, « Aspects de la confessionnalisation durant l’introduction de la Réforme en Pays de Vaud », Revue historique vaudoise, no 119, 2001, p. 127 ; Moret Petrini Sylvie, « Ces Lausannois qui “pappistent”. Ce que nous apprennent les registres consistoriaux lausannois (1538-1540) », Revue historique vaudoise, no 119, 2001, p. 139-151.

    35Le 24 août 1537, les Bernois reprochent aux conseillers lausannois de soutenir « tousjours les prestres que n’ont voulsu accepter nostre réformation, et que iceulx acomplissent ancores tout plain d’idolâtrie ». Ils leur demandent de leur faire quitter la ville. La demande est répétée le 8 octobre 1537. Le 22 juillet 1539, une lettre des Bernois ordonne aux Lausannois de se « meillieurer et entirement observer nousd. mandemens, édicts, réformation et ordonnances, en tant que désirés d’éviter nostre male grâce, indignation et grièfve punition ». Les mêmes reproches se lisent en date du 13 octobre 1547. Cf. Correspondance des Réformateurs, op. cit., t. 4, p. 278-279, p. 302-303 ; Extraits des manuaux, op. cit. 1536-1564, p. 47 et 65. En 1550, Pierre Viret adresse des reproches similaires aux conseillers de Lausanne. Cf. Meylan Henri, « Pierre Viret et les Lausannois. Vingt années de luttes pour une discipline ecclésiastique », Mémoires de la Société pour l’Histoire du Droit et des Institutions des anciens pays bourguignons, comtois et romands, no 35, 1978, p. 17.

    36Correspondance des Réformateurs dans les pays de langue française […], éd. Aimé-Louis Herminiard, t. 8 : 1542-1543, Genève/Bâle/Paris/[etc.], H. Georg-M. Levy-Fischbacher, 1893, p. 171-176 et Bruening Michael W. et Crousaz Karine, « Les Actes du synode de Lausanne (1538) », art. cité.

    37Archives de la ville de Lausanne, D8, p. 644. Pour de plus amples développements, voir ma thèse de doctorat (note 3).

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    Moutengou Barats, C. (2021). Le devenir des biens de l’Église de Lausanne au lendemain de la Réforme. In M. Lezowski & Y. Lignereux (éds.), Matière à discorde. Rennes: Presses universitaires de Rennes. https://doi.org/10.4000/13700
    Moutengou Barats, Claire. « Le devenir des biens de l’Église de Lausanne au lendemain de la Réforme ». In Matière à discorde, édité par Marie Lezowski et Yann Lignereux. Rennes: Presses universitaires de Rennes, 2021. doi:10.4000/13700.
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