Un iconoclasme pastoral
Les prédicateurs du réseau de Guillaume Farel dans la Suisse des années 1530
p. 31-43
Note de l’auteur
Cette étude s’inscrit dans le projet « Ministres et ministère de la Parole. La fabrique de l’autorité pastorale au premier siècle de la Réforme (des années 1520 aux années 1560) », mené avec le soutien de l’Institut universitaire de France.
Texte intégral
1Depuis 2013, après plusieurs mois d’étude et de restauration, les deux volets d’un célèbre retable peint par Konrad Witz sont à nouveau exposés au public du musée d’Art et d’Histoire de Genève1. Ils appartenaient à l’origine à un triptyque de 1544 consacré à saint Pierre, qui ornait le maître-autel de la cathédrale de Genève. Le 8 août 1535, ce retable fut l’une des cibles des attaques iconoclastes qui, depuis le printemps 1534, scandaient l’affirmation du parti de la Réforme dans la cité2. Les visages des principaux personnages représentés sur les volets ont été détériorés à l’aide de lames métalliques et parfois grattés jusqu’à la toile (fig. 1, 2 et 3)3. La caisse sculptée du retable, probablement décorée de statues polychromes, a disparu à cette occasion.
2Ce retable témoigne des destructions dites par les historiens « iconoclastes », qui déferlèrent sur les territoires francophones de la Suisse actuelle, de la fin des années 1520 à la fin des années 1530 et qui, au-delà des images, touchèrent le mobilier des églises, les ornements sacrés et les accessoires du culte4. Des tableaux et des statues, des crucifix, des autels, des bénitiers, des cloches ou encore des objets, des livres ou des vêtements liturgiques furent alors attaqués, remisés, vendus, transformés ou démolis, « la Réforme […] [détruisant] un monde vaste et résonnant de symboles5 ».
Fig. 1. – Konrad Witz, Retable de la cathédrale de Genève, 1444, dernière restauration en 2012, 134,6 × 153,2 cm, L’Adoration des mages (détail), photographie en lumière tangentielle.

Musée d’Art et d’Histoire de Genève, Atelier de conservation-restauration de peinture, Victor Lopez.
© Musée d’Art et d’Histoire de Genève.
Fig. 2. – L’Adoration des mages (détail), dessin sur papier, Frederick Bentz, 1915-1917.

Musée d’Art et d’Histoire de Genève, Atelier de conservation-restauration de peinture, Victor Lopez.
© Musée d’Art et d’Histoire de Genève.
3Dans un espace romand morcelé et soumis à des pouvoirs concurrents (fig. 4), le sort de ces objets mit aux prises des militants évangéliques et des défenseurs de la tradition, opposa les autorités locales soucieuses d’ordre et leurs concitoyens divisés, mais fut également un motif d’affrontement entre les communautés jalouses de leurs libertés et la puissante Berne, engagée dans la diffusion de la Réforme dans ses territoires sujets et combourgeois6. L’iconoclasme, sa justification et son organisation firent ainsi naître une variété de conflits et de compromis, à mesure que la Réforme s’affirmait.
4Le chapitre propose d’interroger le rôle joué dans ces violences iconoclastes par un groupe de prédicateurs qui, autour du réformateur français Guillaume Farel, s’employaient alors à diffuser la Réforme dans l’actuelle Suisse romande. En 1527, mandaté par la République bernoise, Farel entama une mission de prédication itinérante dans ces territoires francophones, avec l’objectif de provoquer leur rupture avec l’Église romaine7. Pour l’accompagner dans cette tâche, il recruta des prédicateurs, principalement français, qui furent progressivement déployés dans l’espace romand. Ce réseau évangélique missionnaire milita par la prédication, la publication et l’action collective, afin que soient abattues les images, qui, à ses yeux, souillaient l’honneur de Dieu, entraînaient les ignorants dans le péché d’idolâtrie et confortaient la tyrannie des clercs8. En présentant plusieurs hypothèses de travail, cette contribution invite à apprécier dans quelle mesure l’iconoclasme, sa justification et sa mise en œuvre contribuèrent à l’affirmation du groupe polarisé par Farel et de son message radical, face à des communautés qui avaient le pouvoir de choisir leur foi et face aux autorités civiles et religieuses qui se disputaient la responsabilité des affaires spirituelles.
Fig. 3. – La Pêche miraculeuse (détail), photographie en lumière tangentielle.

Musée d’Art et d’Histoire de Genève, Atelier de conservation-restauration de peinture, Victor Lopez.
© Musée d’Art et d’Histoire de Genève.
Fig. 4. – Les territoires francophones sujets et alliés de la République de Berne en 1536.

© Aurélie Hess, TEMOS CNRS UMR 9016.
Préparer et accompagner l’iconoclasme légal
5Dans de nombreuses villes et villages de l’espace romand, le retrait, l’inventaire, le remploi ou la destruction des objets présents dans les églises furent organisés, comme à Zurich en 15249 ou à Berne en 152810, par des représentants des autorités civiles, dans le cadre d’un « iconoclasme légal11 » orchestré par la République bernoise. Berne, qui avait officiellement choisi la Réforme à l’issue d’une dispute organisée les 6-26 janvier 1528, pesa de toute son influence pour que ses sujets francophones des Quatre Mandements d’Aigle, de Bex, d’Ollon et des Ormonts et du pays de Vaud fissent eux aussi le choix de ce nouveau mode de vivre. Les autorités bernoises obligèrent ces communautés à laisser prêcher librement l’Évangile en leurs murs, mais ne leur imposèrent pas immédiatement l’abolition de la messe ni le nettoyage des églises de leurs ornements traditionnels. Elles s’appuyèrent sur Farel et les prédicateurs qu’il recruta peu à peu pour convaincre leurs sujets de faire ce choix d’eux-mêmes et accompagner ainsi l’extension de l’iconoclasme légal12. Dans ces territoires, c’est par leur parole, dans le cadre d’un mandat officiel et dans le but d’obtenir le consentement de communautés sujettes que Farel et ses collègues s’investirent dans la lutte contre les images et les accessoires « idolâtres » du culte romain.
6Après bien des oppositions13, les paroissiens des Quatre Mandements, sujets de Berne depuis 1476, votèrent l’abolition de la messe et l’enlèvement des images à la majorité, en 1528 et 152914. Se firent néanmoins jour d’importantes résistances à l’iconoclasme légal qui devait concrétiser cette décision, le consentement des habitants apparaissant comme un ralliement politique de façade plus que comme une véritable conversion15. Les Bernois durent déployer d’importants moyens administratifs pour faire respecter leur volonté et le vote qui l’avait confirmée. La rédaction de mandements encourageant la prédication contre les images, la promulgation d’« ordonnances touchant l’abolition des idoles et messes » ou l’envoi de commissaires chargés de mettre en œuvre le nettoyage des églises furent autant de gestes qui concrétisèrent, dans la pratique et la négociation avec les communautés, la responsabilité nouvelle des magistrats bernois dans les affaires religieuses16. Dans le pays de Vaud, qu’ils conquirent au début de l’année 153617, les Bernois allièrent également pressions et compromis.
7La liberté religieuse et l’interdiction de l’iconoclasme y furent de mise durant plusieurs mois18, jusqu’à ce que, à l’issue de la dispute de Lausanne et par ses mandats de réformation des 19 octobre et 24 décembre 1536, Berne n’imposât la Réforme dans tous les territoires conquis19. Des baillis sillonnèrent alors leur circonscription, sous escorte, pour faire ôter les autels et détruire, remiser ou réquisitionner les images et objets du culte, au nom du souverain et aux frais des communautés20. Le choix du vainqueur s’imposa ainsi aux paroisses vaudoises et l’iconoclasme fut une manière, pour Berne, d’y affirmer sa souveraineté. Si les habitants furent le plus souvent résignés21, certaines communautés vaudoises choisirent la voie de la résistance passive. En demandant des délais ou en se chargeant elles-mêmes des destructions, elles organisèrent la sauvegarde discrète d’une partie des ornements de leur église22. Face aux problèmes pratiques que soulevait le devenir des objets religieux au sein d’un espace progressivement gagné à la Réforme, s’inventa ainsi, au jour le jour et entre contraintes et négociations, un modèle de « bon gouvernement » capable d’équilibrer les impératifs de liberté des communautés avec ceux du maintien de l’ordre et du salut des fidèles23.
8Afin de préparer et d’accompagner cet iconoclasme légal, les autorités bernoises s’appuyèrent sur Farel et les prédicateurs envoyés dans les Quatre Mandements puis dans le pays de Vaud. Farel avait assisté, en janvier 1528, à la dispute de Berne, dont la huitième thèse portait sur le rejet des images. Il avait été témoin du nettoyage des églises bernoises, sous le contrôle des autorités civiles24. Ses collaborateurs et lui se mirent au service de l’extension de cette politique et doublèrent progressivement, d’un réseau spirituel, le réseau administratif que Berne déployait dans ses territoires sujets, pour y mettre en œuvre l’abolition des idoles. Les prédicateurs, placés sous l’égide de Berne25, diffusèrent, expliquèrent et défendirent les thèses adoptées à l’issue de la dispute de Berne et à nouveau présentées lors de celle de Lausanne26. Baillis et prédicateurs travaillèrent ainsi de conserve à la mise en œuvre du nouveau mode de vivre, à l’image de Christophe Fabri, prédicateur du Chablais, et du bailli de Thonon, qui le soutint avec zèle dans « la promotion de l’Évangile27 ». Représentants des autorités bernoises, les prédicateurs du réseau de Farel renseignaient les magistrats sur les prêtres ou les officiers locaux qui intriguaient contre les mandats de réformation28, tout comme ils s’attachaient à tempérer les évangéliques qui détruisaient des images de leur propre initiative29. Dès les premières semaines qui suivirent la dispute de Berne, le discours de Farel et de ses collaborateurs intégra la lutte contre les images, à l’écrit comme à l’oral30, de sorte que l’iconoclasme par les mots accompagna et parfois précipita la prise en charge des objets du culte par les autorités. Suite aux sermons prononcés par Mathieu de la Croix, qui venait d’être envoyé à Lutry, « le Jeudi 8 février 1537, le Conseil résolut de faire nettoyer l’Eglise, & de mettre les pierres des Autels dans un endroit à part31 ». Dans cette paroisse, qui retardait depuis des mois l’enlèvement des derniers objets présents dans son église, la parole du prédicateur parvint vraisemblablement à convaincre les autorités locales de s’y résoudre avant d’y être forcées par le bailli. Dans les Quatre Mandements puis le pays de Vaud, Farel et ses collaborateurs prirent ainsi une place essentielle dans la politique que les autorités bernoises mirent en œuvre entre 1528 et 1537, le règlement de la question des objets du culte leur permettant de s’installer comme de véritables agents du pouvoir.
L’engagement des prédicateurs dans un iconoclasme de combat
9Les prédicateurs du réseau de Guillaume Farel s’engagèrent en parallèle dans un iconoclasme de combat, qui devança la mise en œuvre de l’iconoclasme légal dans des territoires qui n’étaient pas de simples sujets de Berne. Dans les bailliages communs de Morat, Orbe-Échallens et Grandson, Berne n’avait pas la main pour diffuser la Réforme car elle partageait la souveraineté avec Fribourg, qui défendait l’Église romaine. Par la paix de Steinhausen, qui avait mis fin à la première guerre de Kappel, en 1531, Berne avait néanmoins obtenu que des prédicateurs évangéliques puissent y prêcher librement et que la situation religieuse puisse y être réglée par « le plus » : si une majorité des paroissiens y consentait par leur vote, la messe et les images seraient abolies, sans retour en arrière possible32. Dans les territoires qui lui étaient liés par des traités de combourgeoisie, la puissante Berne pouvait influencer les gouvernements locaux mais n’y était pas souveraine33. Là où les Bernois ne pouvaient pas imposer l’iconoclasme légal, Farel et ses collaborateurs choisirent d’autres modalités de lutte et s’engagèrent dans des actions iconoclastes illégales, avec des militants locaux de l’Évangile.
10Dans les bailliages communs et les territoires combourgeois de Berne, des destructions sporadiques, spontanées et clandestines se firent jour avant l’adoption de la Réforme par les communautés et la prise en charge du devenir des objets religieux par les autorités civiles34. Au fur et à mesure que le parti évangélique s’affirma, ces violences se concentrèrent dans le temps et dans l’espace, les militants évangéliques finissant par s’attaquer, en grand nombre et publiquement, aux « accoustrements » des églises urbaines35. Dans ces territoires où ils conquéraient pied à pied l’accès à la chaire, les prédicateurs appelèrent à la destruction d’autels, d’images et d’objets, l’iconoclasme par les mots entraînant la multiplication et la structuration de ces actions iconoclastes illégales. À Tavannes, territoire combourgeois de Berne, Farel, accompagné du prédicateur Antoine Froment, fit ainsi irruption dans l’église en pleine messe, au printemps 1530, et « fist un presche d’une telle véhémence et efficace, qu’incontinant qu’il l’eust achevé, tout le peuple assistant d’un commun accord, mit bas les images et les autels36 ». À Neuchâtel, le dimanche 23 octobre 1530, profitant de l’occasion jusqu’alors inédite qui lui était offerte de prêcher dans la collégiale, Farel multiplia les attaques virulentes contre l’abomination des idoles qui emplissaient l’église. Il provoqua la réaction immédiate de bourgeois neuchâtelois, qui s’attaquèrent à des statues de saints et à des tableaux d’autel, en dépit des objurgations du gouverneur Georges de Rive et de ses officiers. Les destructions se multiplièrent le lendemain, avant que, le 4 novembre, une votation ne prît acte de ces violences refondatrices et qu’elle ne fît basculer la cité dans la rupture avec Rome37.
11Les prédicateurs passèrent eux-mêmes de la dénonciation des images à l’action iconoclaste. Le 6 août 1530, le Conseil de Berne fit ainsi part à ses députés d’« une plainte [des habitants de Neuchâtel] dirigée contre Farellus, qu’on accus [ait] d’user de violence en détruisant les ornements d’église38 ». Ces provocations se répétèrent tout particulièrement dans les paroisses des bailliages communs, où la souveraineté partagée accroissait les tensions entre évangéliques et défenseurs de la tradition. À Grandson, en 1531, les habitants se plaignirent à plusieurs reprises de ce que Farel et des prédicateurs de son groupe avaient détruit « violentement les aultelz, croix, ymaiges, baptistière et aultres décorations d’esglise39 ». La mise en scène spectaculaire de la destruction des idoles par les prédicateurs devait pousser les paroissiens à choisir la rupture et favoriser la constitution d’une majorité prête à voter la Réforme par le plus.
Provocations sacrilèges et autorité pastorale
12Sans se contenter de prêcher l’Évangile dans les bailliages communs et les territoires combourgeois de Berne, Farel et ses collaborateurs prirent l’initiative d’y créer le scandale, espérant précipiter la rupture des communautés avec l’Église romaine. En passant de la prédication à l’action, ils sortirent de leur rôle d’agents bernois, le service de Dieu légitimant des décisions que le service de Berne aurait dû interdire. Leur rôle dans les violences iconoclastes révèle leur capacité à agir au-delà du cadre imposé par la République de Berne et à construire une autorité propre. Au printemps 1530, à Meyriez, dans le bailliage commun de Morat, Farel, qui prêchait sans autorisation, foula une hostie consacrée en public. L’indignation des autorités fribourgeoises fut d’autant plus grande que, quelques semaines plus tôt, des militants évangéliques avaient déjà détruit des images. Face à ces provocations, Berne promit d’ouvrir une enquête40. Les autorités bernoises apparaissent conscientes des libertés que prenaient les prédicateurs, essayant, dès l’été 1530, de les recadrer : « Vous direz [à Farel] », indiquèrent-elles à leurs députés de Neuchâtel, « qu’il ne doit pas faire voter sur la Parole de Dieu de sa propre autorité, ni se permettre aucune voie de fait pour rien détruire41 ». Soucieuses de préserver de bonnes relations avec leurs alliés et désireuses de respecter la liberté des communautés à choisir leur foi, les autorités bernoises affichèrent leur prudence et s’attachèrent à modérer l’action des prédicateurs qu’elles employaient42.
13Contre ces recommandations et ouvrant leur propre voie, les prédicateurs utilisèrent la destruction d’objets du culte comme un outil d’accélération du choix religieux dans leurs terres de mission. Sans attendre l’aval des Bernois, en mobilisant des militants locaux de l’Évangile, Farel et ses collaborateurs organisèrent l’abolition des idoles afin de pousser les autorités locales à rompre avec l’Église romaine. À l’exemple de ce qui s’était produit à Neuchâtel en octobre et novembre 1530, des Genevois prirent ainsi l’initiative, le 8 août 1535, de détruire publiquement des images – notamment le retable évoqué en introduction – dans la cathédrale Saint-Pierre, profanant ainsi, aux yeux de tous, le siège de l’autorité des chanoines et le lieu de ralliement des partisans de l’Église romaine à Genève. Le 9 août, amplifiant leur action, ils firent disparaître presque tous les objets et le mobilier liturgique des églises de la ville43. Pour provoquer un sursaut de leurs concitoyens, ils s’attaquèrent même aux hosties consacrées : des enfants en jetèrent à terre, pour les « rompre et briser » et en emportèrent dans la rue, en criant : « Nous avons les dieux des Prebstres, en voullés vous ? » Laurent Meigret, l’un des meneurs du groupe, se saisit d’« envyron cinquante hosties des Prebstres consacrees » et les donna à manger à son chien44. Par ces provocations sacrilèges, les militants de l’Évangile marquaient spectaculairement la fin d’une période où le sacré était envisagé unanimement, dans la chrétienté d’Occident, comme une présentification du divin et mêlait l’esprit à l’objet. Ils rompaient violemment le charme papiste pour faire prendre conscience aux fidèles qu’il était absolument nécessaire d’abattre une Église romaine qui était conduite par l’Antéchrist et servait le diable45.
14Baudichon de La Maisonneuve, Laurent Meigret, Ami Perrin et Jean Goulaz, présentés comme les meneurs de cette action46, s’étaient déjà mis au service des prédicateurs et de la diffusion de leur message réformateur47. Leur passé d’activistes et leur proximité avec Farel et ses collègues peuvent laisser penser que ces hommes organisèrent cet événement iconoclaste de grande ampleur en concertation avec les prédicateurs, contrairement à ce qu’écrit Antoine Froment, bras droit de Farel, qui, rétrospectivement, présente cette action comme spontanée. Farel et Antoine Saunier avaient prêché à Genève dès septembre 1532, une communauté réformée y grandissait et s’y structurait et le vote de ses citoyens avait plusieurs fois porté au pouvoir des syndics ouverts à l’Évangile, mais la cité tardait à s’attacher à la Réforme48. La dispute de Rive avait été organisée sous l’autorité des Conseils de la ville, en juin 1535, et avait donné un écho inédit aux thèses réformées, sans toutefois être suivie d’aucune décision officielle, les autorités ne se déclarant pas assez éclairées pour se résoudre à abolir la messe et à détruire les images49. En outre, alors que les Bernois avaient usé de toute leur influence en 1533 et 1534 pour favoriser la prédication de l’Évangile dans la cité50, ils avaient suspendu leurs interventions dans la politique genevoise, occupés à négocier avec les cantons suisses catholiques et le duc de Savoie depuis la fin de l’année 153451.
15À cet immobilisme, les prédicateurs et les meneurs du parti évangélique genevois répondirent par les provocations sacrilèges des 8 et 9 août 1535 et firent le choix de l’action illégale, arguant que les images « [avaient] été dressées contre la Parole de Dieu52 ». Mis devant le fait accompli, le Conseil des Deux-Cents suspendit la messe et commença l’inventaire des biens ecclésiastiques53. Un an plus tard, au lendemain de l’élection de syndics favorables à la Réforme et de la victoire des Bernois en pays de Vaud, le Conseil général des citoyens fut réuni et déclara, à l’unanimité, vouloir « vivre selon l’evangille et la parolle de Dieu, […] sans plus aspirer ni voloir messes, ymaiges, ydoles, ny aultres abusions papalles quelles qu’elles soient54 ». Utilisant l’iconoclasme comme « un moyen rationnellement conçu et destiné à mettre fin à la Messe et à susciter la décision finale et irréversible du Magistrat55 », les prédicateurs évangéliques et les militants genevois les plus actifs accélérèrent donc l’histoire, forcèrent la main des autorités et imposèrent leur choix. En se lançant dans de telles actions sans l’aval des Bernois, Farel et ses collaborateurs affirmèrent peu à peu leur indépendance et une autorité qui reposait non sur un État puissant mais sur Dieu lui-même. Porté par une violence iconoclaste légitimatrice, leur message radical put dépasser les clivages politiques et se faire entendre au-delà des terres francophones placées sous souveraineté bernoise.
Conclusion
16Les autels, statues de la Vierge et des saints, tableaux d’autel, vêtements, parements liturgiques, vases et autres ornements d’église se retrouvèrent au cœur de conflits qui opposèrent partisans de l’Église romaine et militants de l’Évangile au xvie siècle. Dans l’ancien espace romand progressivement touché par les idées nouvelles, le devenir de ces objets, dénoncés comme des idoles et voués à la destruction par les réformateurs, fit naître des luttes acharnées entre les clercs qui en assuraient la garde jusqu’alors et les autorités civiles qui, en changeant de mode de vivre, en revendiquaient la gestion. Il opposa également les communautés locales, soucieuses de conserver leurs franchises et leur liberté de choix, à la puissante Berne, qui travaillait à l’avancement de l’Évangile et à son affirmation politique dans ses territoires sujets et combourgeois. D’une paroisse à l’autre de cette mosaïque territoriale, le sort des objets religieux fut réglé au cas par cas, dans un équilibre entre contraintes et compromis. La mise en œuvre de l’iconoclasme légal contribua ainsi à l’invention de nouvelles modalités de décision dans des communautés réformées en construction. Pleinement impliqués dans la lutte contre les idoles, les prédicateurs évangéliques envoyés dans ces espaces francophones firent de l’iconoclasme un moyen d’affirmation de leur autorité. Dans ces années de genèse de la Réforme, caractérisées par la remise en question de l’autorité des clercs romains et la construction de nouveaux modèles pastoraux en Allemagne et en Suisse alémanique et avant que Calvin ne diffuse sa vision du ministère de la Parole, l’implication de Farel et des prédicateurs qui s’associèrent à lui contribua à faire naître une nouvelle identité pastorale, nourrie de modèles prophétiques et marquée par l’audace, la violence et l’indépendance par rapport au pouvoir politique.
Notes de bas de page
1Je remercie chaleureusement Victor Lopez, conservateur-restaurateur au musée d’Art et d’Histoire de Genève, pour avoir autorisé la reproduction des photographies du retable exécutées à l’occasion de sa restauration. Cf. Witz Konrad, Retable de la cathédrale de Genève, 1444. Revers des volets : La pêche miraculeuse et La délivrance de saint Pierre ; faces intérieures : L’adoration des mages et La présentation du cardinal de Metz à la Vierge, 134,6 × 153,2 cm, huiles sur toiles marouflées sur deux panneaux de bois de sapin, Genève, musée d’Art et d’Histoire. Voir Elsig Frédéric et Menz Cäsar (dir.), Konrad Witz : le maître-autel de la cathédrale de Genève : histoire, conservation et restauration, Genève, Slatkine, 2013.
2Eire Carlos M. N., War against the Idols : the Reformation of Worship from Erasmus to Calvin, Londres/New York/Melbourne, Cambridge University Press, 1986, p. 144-147 ; Grosse Christian, Les Rituels de la cène : le culte eucharistique réformé à Genève (xvie-xviie siècles), Genève, Droz, 2008, p. 86-88.
3Les visages vandalisés ont perdu 80-90 % de leur couche picturale d’origine : Elsig Frédéric et Menz Cäsar (dir.), op. cit, p. 36-38.
4Eire Carlos M. N., op. cit, p. 73-88 et 105-165 ; Körner Martin, « L’iconoclasme en Suisse réformée : réflexion sur les images en tant que signes de Dieu », in Geneviève Demerson et Bernard Dompnier (dir.), Les Signes de Dieu au xvie et xviie siècles, Clermont-Ferrand, Association des publications de la faculté des lettres et sciences humaines de Clermont-Ferrand, 1993, p. 67-78 ; Michalski Sergiusz, « L’expansion initiale de l’iconoclasme protestant 1521-1537 », in Cécile Dupeux, Peter Jezler et Jean Wirth (dir.), Iconoclasme. Vie et mort de l’image médiévale, Paris, Somogy, 2001, p. 46-51.
5« Reformation was […] the destruction of a vast and resonant world of symbols » Cf. Duffy Eamon, The Stripping of the Altars : Traditional Religion in England, c. 1400-c 1580, New Haven/Londres, Yales University Press, 2005, p. 591. Dans les sources mobilisées pour ce chapitre, le terme d’« images », repris du Décalogue, est employé pour désigner les cibles des attaques menées par les partisans de l’Évangile. Les termes d’« iconoclasme » et de « violences iconoclastes » employés dans notre analyse comprennent, outre les images en deux ou trois dimensions, tous les objets de culte présents dans les édifices et dans l’espace public.
6Sur l’organisation politique de l’espace romand dans les années 1520-1530, voir Bruening Michael W., Calvinism’s First Battleground. Conflict and Reform in the Pays de Vaud, 1528-1559, Dordrecht, Springer, 2005, p. 18-46.
7Guillaume Farel, 1489-1565 : biographie nouvelle écrite d’après les documents originaux par un groupe d’historiens, professeurs et pasteurs de Suisse, de France et d’Italie, publiée par le Comité Farel, Neuchâtel/Paris, Delachaux & Niestlé, 1930, rééd. Genève, Slatkine reprints, 1978, p. 169-417 ; Roulet Louis-Édouard, « Farel, agent des Bernois ? (1528-1536) », in Pierre Barthel, Rémy Scheurer et Richard Stauffer (dir.), Actes du colloque Guillaume Farel, Neuchâtel, 29 septembre-1er octobre 1980, Genève/Lausanne/Neuchâtel, Revue de théologie et de philosophie, 1983, t. 1, p. 99-105 ; Zuidema Jason et Van Raalte Theodore, Early French Reform : the Theology and Spirituality of Guillaume Farel, Farnham, Ashgate, 2011, p. 3-14.
8Sur ces arguments, inspirés des thèses iconoclastes de Zwingli, voir Jezler Peter (dir.), Bilderstreit : Kulturwandel in Zwinglis Reformation, Zürich, Theologischer Verlag, 1984 ; Eire Carlos M. N., Wars against the idols, op cit ; Wandel Lee Palmer, Voracious Idols and Violent Hands. Iconoclasm in Reformation Zurich, Strasbourg, and Basel, Cambridge, Cambridge University Press, 1995.
9Wandel Lee Palmer, op. cit, chap. 2 ; Jezler Peter, « L’iconoclasme à Zurich 1523-1530 », in Iconoclasme. Vie et mort, op. cit, p. 75-83.
10Sladeczek Franz-Josef, « Entre destruction et conservation, l’iconoclasme de la Réforme bernoise (1528) », in Iconoclasme. Vie et mort, op. cit., p. 97-103.
11Eire Carlos M. N., op. cit, p. 152-155.
12Bruening Michael W., op. cit, p. 150. Sur le vote des questions de foi dans les territoires suisses, voir le projet Réformation et votations conduit par Olivier Christin, [https://www.unine.ch/histoire/home/recherche/projets_fns_en_cours_1/en-cours/reformation-et-votations.html], consulté le 08-06-2020.
13Correspondance des réformateurs dans les pays de langue française ; recueillie et publiée, avec d’autres lettres relatives à la Réforme et des notes historiques et biographiques, éd. Louis-Aimé Herminjard, Genève, H. Georg, Paris, M. Lévy et G. Fischbacher, 1866-1897, t. 2, no 198, 199, 220, 229, 231, 234, 235, 238-240 ; Ruchat Abraham, Histoire de la réformation de la Suisse, où l’on voit tout ce qui s’est passé de plus remarquable, depuis l’an 1516 jusqu’en l’an 1556, Genève, Marc-Michel Bousquet, 1727-1728, t. 2, p. 220-228 ; Vuilleumier Henri, Histoire de l’Église réformée du Pays de Vaud sous le régime bernois, Lausanne, Éditions La Concorde, 1927-1933, p. 31-51 ; Guillaume Farel, op. cit., p. 173-184 ; Bruening Michael W., op. cit., p. 106-110.
14Correspondance, op. cit, t. 2, no 222, p. 110-112, votations à Bex, Aigle et Ollon, février et mars 1528. Les habitants des Ormonts refusèrent la Réforme durant des mois, malgré l’insistance de Berne : ibid., no 237, 240, 242, 243, 249, 258. Si la communauté a vraisemblablement plié en 1529, on ne sait à quelles dates exactes l’abolition de la messe et la destruction des images y furent votées. Cf. Vuilleumier Henri, op. cit, p. 49-51.
15Par exemple Correspondance, op. cit, t. 2, no 231, p. 129 (Aigle), 182, n. 9 (Bex), no 258, p. 182 (Les Ormonts).
16Voir les lettres du Conseil de Berne à Félix de Diesbach, 14 février et 5 mars 1528. Ibid., no 220, p. 106 et no 222, p. 111.
17Vuilleumier Henri, op. cit., t. 1, p. 122-206 ; Gilliard Charles, La Conquête du Pays de Vaud par les Bernois, Lausanne, Éditions de la Concorde, 1935, rééd. 1982 ; Bruening Michael W., op. cit, p. 39-46.
18Ruchat Abraham, Histoire de la réformation, op cit, t. 6, p. 325-327.
19Les sources du droit du canton de Vaud. C. Époque Bernoise, t. 1 : Les mandats généraux bernois pour le Pays de Vaud 1536-1798, éd. Regula Matzinger-Pfister, Bâle, Schwabe, 2003, p. 13-20 ; Ruchat Abraham, op. cit, t. 6, p. 330-331 et 333 ; Gilliard Charles, « Les premières mesures du Gouvernement bernois en matière de religion », Revue historique vaudoise, no 39, 1931, p. 321-337 ; Flückiger Fabrice, « Annexion, conversion, légitimation. La dispute de Lausanne et l’introduction de la Réforme en Pays de Vaud (1536) », Revue historique vaudoise, no 119, 2011, p. 59-74.
20Sur Lausanne, voir ici même le chapitre de Claire Moutengou-Barats et Ruchat Abraham, op. cit, t. 6, p. 333-337 ; [Pierrefleur Guillaume de], Mémoires de Pierrefleur. Édition critique avec une introduction et des notes, éd. Louis Junod, Lausanne, Imprimerie La Concorde, 1933, p. 117 et 126 (Romainmôtier, Baulmes et Cossonay) ; Correspondance, op. cit, no 594, p. 139-140 (comté de Gruyères). Sur le devenir des différents types d’objets, voir Stammler Jakob, Le Trésor de la cathédrale de Lausanne, trad. Jules Galley, Lausanne, Georges Bridel & Cie, 1902, p. 88-129 ; Bruening Michael W., op cit, p. 142-143 ; Dupeux Cécile, Jezler Peter et Wirth Jean (dir.), op. cit, p. 330-335.
21Vuilleumier Henri, op cit, p. 190.
22Pour Lutry, cf. Ruchat Abraham, op. cit, t. 6, p. 334 et 389 ; lettre d’Aimé Deprez au Conseil de Lutry, 31 octobre 1536, in Campiche F. Raoul, « La fin du culte catholique à Lutry (1535-1537) », Revue historique vaudoise, no 24, 1916, p. 280-288, 315-318 et 321-336, ici p. 284-285.
23Voir le projet de Flückiger Fabrice, « De Republica. Pratiques et représentations du Bon Gouvernement dans les cités du Saint-Empire et de l’Ancienne Confédération helvétique », [http://p3.snf.ch/project-183806], consulté le 08-06-2020
24Correspondance, op. cit, t. 2, p. 60 ; Vuilleumier Henri, op cit, p. 42.
25Voir, par exemple, la lettre des Conseils de Berne à Felix de Diesbach, 14 février 1528, in Correspondance, op. cit, t. 2, no 220, p. 107 et celle adressée au Conseil de Moudon, 20 avril 1536, in ibid., no 550, p. 35-36.
26Ibid, no 206, p. 60, 8e point de la dispute de Berne rejetant les images ; Les Actes de la Dispute de Lausanne, 1536, publiés intégralement d’après le manuscrit de Berne, éd. Arthur Piaget, Neuchâtel, Secrétariat de l’Université, 1928, p. 290-297 et 410-414 : défense du 7e point de la dispute de Lausanne contre les images.
27Lettre de Christophe Fabri à Guillaume Farel, 24 mai 1536, in Correspondance, op. cit, t. 4, no 560, p. 141. Voir également Ruchat Abraham, op. cit, t. 6, p. 337-338 et 344.
28Lettre de Christophe Fabri à Guillaume Farel, 20 décembre 1536, in Correspondance, op. cit, t. 4, no 595, p. 59.
29Lettre de Guillaume Farel à Hugues de Loës, 11 janvier 1528, ibid, t. 3, no 216a, p. 404-405 ; Guillaume Farel, op. cit, p. 183.
30Le rejet des images fut intégré aux sermons. Cf. lettre de Guillaume Farel à Martin Hanoier, s. d. [1528], in Correspondance, op. cit, t. 2, no 214, p. 85-86 et no 276, p. 223. Il fut parallèlement diffusé par l’imprimé, comme le montre, par exemple, la première somme théologique réformée en français publiée par Farel : [Farel Guillaume], Summaire, et brieve declaration daucuns lieux et fort necessaires a un chascun chrestien, pour mettre sa confiance en Dieu, s. l. [Neuchâtel, Pierre de Vingle], 1534, chap. xxvii : « De ladoration et service des sainctz », sign. E vi-F ii vo.
31Ruchat Abraham, op. cit, t. 6, p. 347.
32Die Eidgenössischen Abschiede : aus dem Zeitraume von 1245 bis [1777], éd. Anton Philip Segesser, Lucerne, Meyer, 1839-1886, t. 4, 1b, p. 1478-1483 ; Christin Olivier, « Putting faith to the ballot », in Stéphanie Novak et Jon Elster (dir.), Majority Decisions. Principles and Practices, Cambridge, Cambridge University Press, 2014, p. 17-33.
33Cuendet Claude, Les Traités de combourgeoisie en pays romand, Lausanne, université de Lausanne, 1979, p. 161-163 ; Roulet Louis-Édouard, art. cité, p. 103-104.
34Voir par exemple [Pierrefleur Guillaume de], op. cit, p. 31 (Orbe) ; lettre du Conseil de Berne au Conseil de Payerne, 20 avril 1532, in Correspondance, op. cit, t. 2, no 378, p. 416 (Payerne) ; Jussie Jeanne de, Petite chronique, éd. Helmut Feld, Mainz, Philipp von Zabern, 1996, p. 29 (Gaillard).
35[Pierrefleur Guillaume de], op. cit, p. 49 (Orbe) ; Jussie Jeanne de, op. cit, p. 138, 139, 213-216 et Registres du Conseil de Genève publiés par la Société d’histoire et d’archéologie de Genève, Genève, Kündig, 1906-1940, t. 12, p. 547 et n. 2 (Genève).
36Correspondance, op. cit, t. 2, p. 252, n. 3. Voir aussi ibid, p. 345, n. 8 (Valangin) ; Jussie Jeanne de, op. cit, p. 138, 143 et 211-212 et Froment Antoine, Les Actes et les gestes merveilleux de la cité de Genève, nouvellement convertie à l’Evangille faictz du temps de leur Reformation et comment ils l’ont receue redigez par escriptz en fourme de Chroniques Annales ou Hytoyres commençant l’an M D XXX II, éd. Gustave Revilliod, Genève, J. G. Fick, 1854, p. 142-143.
37Lettre de Georges de Rive à Jeanne de Hochberg, comtesse de Neuchâtel et duchesse d’Orléans-Longueville, 20 novembre 1530, in Correspondance, op. cit, t. 2, no 317, p. 292-297 ; lettre de Guillaume Farel à Jean-Jacques de Watteville, 27 octobre [1530], in ibid, t. 5, no 315a, p. 417-421. Sur ces événements, voir Guillaume Farel, op. cit, p. 225-229 ; Eire Carlos M. N., op. cit, p. 119-121 ; Lechot Pierre-Olivier, « L’impact de la prédication évangélique à Neuchâtel (1529-1530) », in Matthieu Arnold (dir.), Annoncer l’Évangile. Permanences et mutations de la prédication (xve-xviie siècles), Paris, Éditions du Cerf, 2006, p. 329-350 : p. 336-337.
38Lettre du Conseil de Berne à ses députés à Neuchâtel, 6 août 1530, in Correspondance, op cit, t. 2, no 301, p. 266-267.
39Lettre des catholiques de Grandson aux députés de Berne et de Fribourg, [7 octobre 1531], in ibid, t. 2, no 357, p. 367. Voir aussi ibid, no 364, p. 390 (accusations portées contre Farel et Claude de Glant à Grandson) et Ruchat Abraham, op. cit, t. 4, p. 425-426 et Correspondance, op. cit, t. 4, p. 218, n. 7 (violences iconoclastes à Grandson, initiées par le prédicateur Jean Lecomte de la Croix, en 1536).
40Guillaume Farel, 1489-1565 : biographie nouvelle, op. cit, p. 261-263.
41Lettre du Conseil de Berne à ses députés à Neuchâtel, 6 août 1530, in Correspondance, op. cit, t. 2, no 301, p. 266-267. Un an plus tard, le Conseil de Berne reprocha à nouveau à Farel d’avoir voulu faire voter sur la foi à Fiez, de sa propre initiative : ibid, no 347, p. 330. Voir aussi la lettre du Conseil de Berne à Guillaume Farel, 10 février 1532, in ibid, no 372, p. 405.
42Par exemple [Pierrefleur Guillaume de], op. cit, p. 32 déplore le laxisme des ambassadeurs bernois, en présence desquels, impunément, Christophe Holard, militant évangélique, frère d’un prédicateur et proche de Farel, brisa une image de la Vierge et un crucifix.
43Jussie Jeanne de, op. cit, p. 211-212 ; Froment Antoine, op. cit, p. 142-146 ; Roset Michel, Les Chroniques de Genève, éd. Henry Fazy, Genève, Georg, 1894, livre III, chap. 37, p. 200-202 ; Savion Jean, « Annales », in Paul-Frédéric Geisendorf, Les Annalistes genevois au début du xviie siècle : Savion, Piaget, Perrin. Études et textes, Genève, A. Jullien et Georg et Cie, 1942, p. 441 ; Registres du Conseil de Genève, op. cit, t. 13, p. 279-280 ; lettre des Conseils de Genève à Ami Porral, 10 août 1535, in Correspondance, op. cit, t. 3, p. 332-334.
44Froment Antoine, Les Actes et gestes merveilleux, op cit, p. 145-146.
45Crouzet Denis, Les Guerriers de Dieu : la violence au temps des troubles de religion, vers 1525-vers 1610, Paris, Champ Vallon, 2005, p. 448-449 ; Grosse Christian et Solfaroli Camillocci Daniela, « Réaménager le rapport au sacré : les reliques dans l’iconoclasme et la polémique religieuse aux premiers temps de la Réforme genevoise », in Philippe Borgeaud et Youri Volokine (dir.), Les Objets de la mémoire. Pour une approche comparatiste des reliques et de leur culte, Berne-Berlin-Bruxelles, Peter Lang, 2005, p. 285-324, ici p. 293.
46Jussie Jeanne de, op. cit, p. 145.
47Par exemple Naphy William G., « Catholic perceptions of early French Protestantism : the heresy trial of Baudichon de La Maisonneuve in Lyon, 1534 », French History, no 9, 1995, p. 451-477.
48Guillaume Farel, op. cit, p. 298-321.
49Registres du Conseil de Genève, op. cit, t. 12, p. 252-253 (28 juin 1535).
50Correspondance, op. cit, t. 2, p. 449 et 460 et t. 3, p. 32-33 ; Registres du Conseil de Genève, op. cit, t. 12, p. 147, n. 2 et 159 (8 novembre 1532), 242-244 (26 mars 1533) et 413-415 et 432-435 (5, 7 et 25 janvier 1534) ; Froment Antoine, Actes, op. cit, p. 3-9.
51Par exemple, Registres du Conseil de Genève, op. cit, t. 12, p. 233-234, n. 1 (8 juin 1535).
52Ibid., t. 13, p. 280 (9 août 1533, « cum talia sint contra verbum Dei erecta »).
53Ibid, p. 281-282 (10 août 1535).
54Ibid, p. 576 (21 mai 1536).
55Crouzet Denis, op. cit, p. 449.
Auteur
-
Nathalie Szczech
Maîtresse de conférences en histoire moderne à l’université Bordeaux-Montaigne et membre junior de l’Institut universitaire de France. Spécialiste de l’histoire du protestantisme au xvie siècle, elle a publié Calvin en polémique. Une maïeutique du verbe, Paris, Classiques Garnier, 2016. Elle travaille actuellement sur les premiers prédicateurs francophones de la Réforme autour de Guillaume Farel, entre Suisse et royaume de France.
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