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    Plan détaillé Texte intégral Une invention : science et merveilleux Une industrie : production et promotion De la musique avant toute chose Des mélomanes Notes de bas de page Auteur

    Musique et enregistrement

    Ce livre est recensé par

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    Table des matières

    Comment l’enregistrement s’effaça devant la musique

    Elizabeth Giuliani

    p. 77-94

    Texte intégral Une invention : science et merveilleux Une industrie : production et promotion De la musique avant toute chose Des mélomanes Notes de bas de page Auteur

    Texte intégral

    1La mise au point du phonogramme1 2 fut longue avant qu’il ne devienne un support avant tout musical d’usage familier sous le nom de « disque » : une galette plate et sombre, reproduite en masse et vendue dans des boutiques spécialisées. Même si elle laissa beaucoup de contemporains stupéfaits, l’invention ne fut cependant pas une irruption inattendue : un ensemble de préalables, de potentialités et de contraintes l’environnèrent qui conditionnèrent la perception et les attentes des auditeurs. Inversement, ces pratiques et ces modèles culturels eurent une part primordiale dans la mise au point et l’essor des technologies liées à ce nouveau média. Envisager comment le phonogramme prit en charge la musique dans les premières décennies de son développement devrait donner à entendre (dans tous les sens du terme) ces témoignages sonores dans leur contexte technologique et économique et à comprendre l’évolution technique qui les produisit en relation avec l’un de leurs principaux usages, la fixation de la voix chantée. Des textes nombreux furent écrits dans la période pionnière entamée en 1877 et culminant, en 1889, lors de l’Exposition internationale de Paris qui marqua le centenaire de la Révolution française avec la construction de la Tour Eiffel et cet autre exploit de l’ère moderne que symbolise alors la « capture » des sons. Que l’on expose des données techniques ou exprime des opinions, on associe à la description plus ou moins fantaisiste de l’objet, un ensemble d’idées et de partis pris très divers : scientifiques et pratiques, idéologiques voire religieux. Le phonogramme excite les imaginations et permet d’envisager une large palette d’usages possibles : publics ou privés, professionnels ou de divertissement, tous bientôt liés à l’écoute musicale3.

    Une invention : science et merveilleux

    « Nous sommes au siècle des merveilles. Si le monde a, comme on le dit, des réalités que la science n’atteint pas, en échange la science donne sans cesse au monde des réalités qu’il n’avait pas. C’en est fait des lieux communs que depuis l’antiquité on répétait sur la parole ailée ou sur l’homme attaché à la terre. Voici qu’à peu près en même temps l’homme commence à faire son chemin vers le ciel, la parole se grave dans la matière pour toujours4. »

    2Au long du xixe siècle, les recherches sur l’électricité et sur l’acoustique avaient démontré que les paramètres du son (la hauteur, l’intensité, le timbre) pouvaient être convertis en une onde électrique, représentable à son tour par un tracé imprimé mécaniquement sur une surface animée d’un mouvement. La réalisation d’un système vraiment complet pour capter des sons et les « impressionner » en temps réel ; stocker et réentendre cette fixation initiale puis, à volonté et indéfiniment, la reproduire à l’identique et en grand nombre, a occupé quatre décennies. De 1857, le signal sonore peut être tracé en temps réel, à 1897, le support initial de l’enregistrement est suffisamment stable et solide pour que l’on ait moyen de le dupliquer sans dommage en un très grand nombre d’exemplaires.

    « Y a-t-il possibilité d’arriver, en ce qui concerne le son, à un résultat analogue à celui atteint dès à présent pour la lumière par les procédés photographiques ? Peut-on espérer que le jour est proche où la phrase musicale, échappée des lèvres du chanteur, viendra s’inscrire d’elle-même sur un papier docile et laisser une trace impérissable de ces fugitives mélodies que la mémoire ne retrouve plus, alors qu’elle les cherche5 ? »

    3Dans ses Principes de phonautographe, déposés à l’Académie des sciences dans un paquet cacheté le 26 janvier 1857 et ouvert le 15 juillet 1861, Léon Scott de Martinville décrivait une sténographie synchrone des sons prononcés que l’on pouvait relire mais non réentendre en en suivant le tracé. Les éléments des machines postérieures étaient déjà là : un « cornet » pour guider et propager les vibrations aériennes, un diaphragme (un « tympan de baudruche anglaise ») pour les convertir en mouvement et propulser un « stylet » en poil de sanglier chargé de les écrire sur une plaque sensible en rotation (« une table de cristal mobile suivant certaines lois de régularité, couverte en dessus d’une belle couche de noir de fumée, en dessous d’un papier muni de divisions millimétriques »).

    4Vingt ans plus tard, le 18 avril 1877, Charles Cros transmettait lui aussi un pli cacheté à l’Académie des sciences contenant les détails d’un procédé d’enregistrement qui furent lus en séance publique le 3 décembre et transcrits intégralement dans le compte rendu de la séance6. L’appareil virtuel décrit s’appelait lui le paléophone, liant la référence à la voix à celle au passé :

    « L’instrument qui a reçu et pour ainsi dire sténographié nos paroles, notre chant, notre musique, etc., en gardera le cliché, qui pourra être rendu métal par la galvanoplastie7, et qui, quand on le mettra en jeu, reproduira notre voix, nos articulations, notre timbre, en un mot notre discours parlé ou notre couplet chanté8. »

    5Le 17 décembre, l’Américain Thomas Alva Edison déposait, lui, un brevet9 que Théodore du Moncel, académicien lui-même, présentait en séance publique à l’Académie des sciences le 11 mars 1878. Cependant que le public pouvait expérimenter l’appareil, le phonographe, à l’Exposition universelle de Paris. Le son était gravé par l’empreinte d’un stylet sur une feuille d’étain enroulée autour d’un cylindre qu’actionnait une manivelle.

    6Aux États-Unis encore et au même moment, Alexander Graham Bell, l’inventeur du téléphone, travaillait lui aussi sur l’enregistrement sonore. Avec son cousin Chichester A. Bell et Charles Summer Tainter, il améliorait le procédé d’Edison (qui s’adonnait alors aux recherches sur l’électricité) et concevait le graphophone en 1887. La feuille d’étain était remplacée par un tube en carton amovible enduit de cire et la rotation du mandrin régulée par un moteur d’horlogerie.

    7Emigré allemand arrivé clandestinement à New York à la fin d’avril 1870, Émile Berliner approfondissait en 1887 l’idée de Cros d’un disque plat et d’un système de duplication par galvanoplastie10. Un an auparavant au Franklin Institute de Philadelphie, il avait avec succès fait la démonstration d’un appareil à disque en celluloïd gravé latéralement. À cette occasion, il prononça un discours dont le texte annoté est conservé par la Library of Congress. Avant de présenter son propre procédé, il parcourt l’histoire conjointe du téléphone et du phonographe, au début desquels furent des Français, oubliés ensuite du fait de la mise en œuvre américaine de leurs idées :

    « Bien que, en toute équité, il eût abandonné son invention au moment où de mon côté, indépendamment et sans le savoir, j’ai travaillé sur le même sujet, le fait demeure qu’à M. Charles Cros revient l’honneur d’avoir la première fois émis l’idée et conçu le plan de réalisation, pour reproduire mécaniquement une parole préalablement prononcée11. »

    8Toutefois, l’existence du brevet de Bell et Tainter protégeant le principe de l’enregistrement du son dans la cire le bloqua dans ses recherches jusqu’en 1893. Berliner se proposa alors d’utiliser le hard rubber, caoutchouc durci ou ébonite mis au point par Charles Goodyear en 1839. Il préféra un matériau plus souple, breveté en 1897, associant à de la gomme-laque (shellac) issue des sécrétions d’un insecte tropical, de la brique ou de l’ardoise pilée, de la poudre de métal… qu’homogénéisait et colorait du noir de carbone, du noir : gage de sérieux et de qualité.

    9À ce récit factuel, il faut associer les représentations qui en accompagnèrent aussitôt les différents épisodes. Autour de l’invention s’éleva un procès en paternité : deux champions s’étaient lancés dans la course au même moment mais, vite, l’un prenait l’ascendant et occupait le terrain « médiatique ». Quand Charles Cros mourut, en 1888, la voie était totalement dégagée pour le triomphe d’Edison lors de l’Exposition universelle un an plus tard.

    10L’objectif scientifique qu’exprimait Charles Cros dans le texte de son pli cacheté fut accueilli dans l’indifférence, selon la légende, en raison de sujets plus attractifs proposés en même temps à l’Académie des sciences. Il avait ensuite confié la défense de son procédé à la plume de l’abbé Le Blanc (en fait s’appelant Lenoir), rédacteur des pages scientifiques de La semaine du Clergé, un hebdomadaire proche de son protecteur le duc de Chaulnes. Dans le numéro 51 du 10 octobre 1877, il y est fait mention dans la chronique sur le téléphone et le phonographe : « Il ne s’agit plus d’une simple transmission de sons, comme dans le téléphone, au moment même où ils sont produits ; il ne s’agit pas de moins, chose étrange, que de conserver les sons en magasin, et de les faire se reproduire, quand on le veut, d’une manière indéfinie. » Hélas ! la même chronique en date du 6 mars 1878, examinant, « les quatre grandes découvertes de l’année, dans l’ordre scientifique pur et dans l’ordre des sciences appliquées à l’industrie », attribue celle du phonographe à Edison, dont un appareil a été mis en démonstration à l’exposition tant attendue. Dès l’arrivée de l’exemplaire réel d’un appareil fabriqué par l’ingénieur américain, Charles Cros était disqualifié. « En résumé, il est fâcheux que M. Ch. Cros se soit, comme on dit vulgairement, endormi sur le rôti12. » Son projet n’avait pu aboutir. Selon des propos rapportés, cet échec serait la conséquence du scrupule envahissant la conscience de la mère du « mécène » de Charles Cros, la duchesse de Chaulnes :

    « “Je recueille la parole et j’ai la machine qui parle.” La Duchesse entra dans un mouvement peu contenu de colère et lui défendit d’en parler dorénavant, ajoutant que Dieu seul pouvait créer la parole et que c’était blasphémer terriblement que d’oser vouloir s’égaler à lui en essayant de faire croire à une puissance impossible13. »

    11Poète, Charles Cros, avait déjà fait dériver son programme vers la quête mystique.

    Comme les traits dans les camées
    J’ai voulu que les voix aimées
    Soient un bien, qu’on garde à jamais, Et puissent répéter le rêve
    Musical de l’heure trop brève ;
    Le temps veut fuir, je le soumets14.

    12En regard, la place triomphante d’Edison dans les faits mais aussi les propos tenus dans la presse ou la littérature manifestent une réussite technique et commerciale, consacrent la force d’une véritable entreprise de communication pour construire une notoriété internationale. En premier lieu, lui, bénéficie largement des canaux de l’information scientifique. À Paris, un représentant salarié et un rapporteur zélé sont là pour présenter le principe de son invention à l’Académie des sciences en mars 1878 (selon le compte rendu qu’en fait Le temps le 19 mars). La séance semble avoir été aussi animée qu’avait été morne celle qui examina le propos de Cros :

    « On peut dire, avec juste raison, que jamais appareil ne fit, à son entrée dans le monde, autant de bruit que le phonographe de l’ingénieur Edison…
    La vapeur, l’électricité ont supprimé la distance, le phonographe a fait plus, il a supprimé le temps… Immédiatement et comme une traînée de poudre, le bruit de la découverte de ce merveilleux appareil se répandit. On avait déjà admiré le téléphone, ce qu’on racontait du phonographe stupéfia. Ces ovations faites à l’appareil et à son inventeur frappèrent le maréchal de Mac Mahon qui manifesta le désir de voir le phonographe, et complimenta le représentant d’Edison. Il se forma bientôt une société pour l’expérimentation publique15. »

    13La réputation s’étend aux milieux scientifiques, politiques et mondains. L’impact est immédiat dans la chronique d’actualité. Boulevard des Capucines a lieu, le 22 avril, la Première du phonographe :

    « On est venu à ses débuts avec autant d’empressement que s’il s’agissait d’un artiste célèbre. Des critiques, des directeurs de grands journaux, des artistes… Disons seulement que son succès a été colossal et que, bien certainement, pendant plusieurs mois, tout Paris voudra assister aux séances de phonographie du boulevard des Capucines16. »

    14L’homme Edison est lui-même « idéalisé » : « Edison est l’un des hommes les plus étonnants du siècle scientifique dans lequel nous vivons… Il est doux, affable, et avec cela, bon époux et bon père, comme le veut la sagesse des nations17. » Et, plus remarquable, la notoriété d’Edison atteint la littérature de fiction. Très vite ses inventions inspirent les écrivains, sur des tons divers. Celui de la caricature. L’un des Contes irrévérencieux d’Armand Silvestre parus en 1896 s’intitule Le phonographe et met en scène un homme d’affaires véreux et avare, qui pour être certain du respect scrupuleux de ses ultimes volontés, les confie à un phonographe d’Edison : « Ce stupéfiant instrument qui emmagasine la parole humaine, et la restitue au commandement, en lui donnant seulement le petit accent des personnes enrhumées, ce qui ferait supposer qu’un des inconvénients de la mort, entre autres, est un perpétuel coryza. » Dans la veine du romanesque fantastique, les inventions de l’illustre Américain, inspirent Le château des Carpathes de Jules Verne. Elles satisfont les fantasmes d’un esprit malade. L’amoureux maniaque d’une chanteuse défunte conserve à jamais sa voix, grâce à un phonographe. « Cette boîte, longue de douze à quinze pouces, large de cinq à six, dont le couvercle, incrusté de pierreries, était relevé, contenait un cylindre métallique. » C’est l’inventeur lui-même, paraissant sous son propre nom, qui devient le personnage central, le héros hoffmanno-goethéen, du récit, entrepris dès 1877 par Villiers de L’Isle-Adam, et définitivement publié en 1886 sous le titre de L’Éve future. Au travers de l’histoire fantastique d’un être idéal entièrement artificiel (dont la voix et les paroles parfaites sont diffusées par un phonographe aux cylindres d’or), Villiers de L’Isle-Adam récapitule toutes les chimères produites par Edison et son invention. C’est « l’homme qui a fait prisonnier l’écho », « le magicien de l’oreille qui, presque sourd lui-même, comme un Beethoven de la Science, a su créer cet imperceptible instrument de décalque, d’identité, d’une précision parfaite »… Tel Prométhée, il éprouvera l’échec de la science à rivaliser avec la nature et finira, solitaire, et, « son regard s’étant levé, enfin, vers les vieilles sphères lumineuses qui brillaient, impassibles, entre les lourds nuages et sillonnaient à l’infini, l’inconcevable mystère des cieux, frissonna –, de froid, sans doute –, en silence ».

    Une industrie : production et promotion

    15Les moyens (dispositifs, matériaux) étaient réunis pour enregistrer le son, le réentendre, en reproduire et diffuser l’écoute. Pour s’affirmer, l’arme des inventeurs n’était plus les brevets mais les produits eux-mêmes, l’appareil enregistreur et diffuseur et le support à enregistrer ou déjà préenregistré qu’il fallait fabriquer et vendre. Scott de Martinville par un accord avec un fabriquant d’appareils scientifiques, Rudolph Koenig, visait uniquement à intéresser la clientèle des laboratoires. Charles Cros renonça aussitôt à rentabiliser et même à fabriquer son appareil. Alphonse Allais en fait le portrait suivant :

    « Charles Cros m’apparut tout de suite tel que je le connus toujours, un être miraculeusement doué à tous points de vue, poète étrangement personnel et charmeur, savant vrai, fantaisiste déconcertant, de plus ami sûr et bon. Que lui manqua-t-il pour devenir un homme arrivé, salué, décoré ? Presque rien, un peu de bourgeoisisme servile et lâche auquel sa nature d’artiste noble se refusa toujours18. »

    16Disposant dans son domaine de Menlo Park, à West Orange dans le New Jersey, d’un laboratoire et d’une équipe qui travaille pour lui, Edison, crée dès 1878, une entreprise pour exploiter son phonographe, l’Edison Speaking Phonograph Company. Il en assoit la renommée, en construisant tout un réseau de « leaders d’opinion » et reçoit beaucoup chez lui, journalistes, savants et vedettes du spectacle et personnalités de la musique : Sarah Bernhardt en 1880, le chef d’orchestre Hans von Bülow qu’il enregistre avec le jeune pianiste Josef Hofmann, en 1888. Il s’appuie fortement sur la réputation internationale, partagée par les spécialistes et le grand public, que confère la présence de ses machines aux Expositions universelles. En 1881, dans l’Exposition internationale d’électricité de Paris, deux grandes salles du Palais de l’Industrie lui sont consacrées. Émile Gautier écrit :

    « Je ne crois pas me tromper en affirmant que l’une des plus captivantes attractions de l’Exposition universelle de 1889 – abstraction faite de la Tour Eiffel, des fontaines lumineuses, du palais des Machines et de la danse du ventre, dont la grandeur ou l’étrangeté tirèrent si violemment l’œil aux passants – a été le phonographe de Son Omnipotence Edison le Thaumaturge. J’en appelle aux millions de visiteurs de toute race, de toute nuance et de tout poil, qui, du mois de mai au mois d’octobre de l’année défunte, “pélerinèrent” au Champs-de-Mars19 ! »

    17Edison est là en personne, décoré et reçu par le président de la République, et, surtout, il rencontre un autre héros de la modernité technologique, Gustave Eiffel dont la Tour est précisément inaugurée en hommage au centenaire de la Révolution française. Le Figaro évoque ce moment :

    « La Société des ingénieurs civils, que préside M. Eiffel, offrait hier un banquet à Edison. La réunion avait lieu, bien entendu, sur la Tour, et trente-quatre ingénieurs ont vigoureusement applaudi le toast éloquent porté par M. Eiffel au grand inventeur américain. M. Gounod, un grand admirateur de la Tour, était parmi les convives. Après le banquet, on est monté à la dernière plate-forme, dans les appartements privés de M. Eiffel. M. Gounod a bien voulu se mettre au piano et chanter sur sa musique quelques strophes de Musset. Edison s’est inscrit dans le fameux livre d’or sur lequel tous les princes ont apposé leurs signatures et il a joint à son nom le compliment suivant qu’il a lu ensuite à haute voix, aux applaudissements de tous. […] Le grand Américain a tracé ensuite quelques mots sur l’éventail de Mlle Eiffel, un éventail déjà rempli des autographes les plus célèbres20. »

    18Un an plus tôt, la marque Columbia avait été créée pour commercialiser le Graphophone de Bell et Tainter. Cependant, 1888 était aussi la date que choisissait Edison pour revenir sur le marché du phonographe avec son Class M qui, par sa meilleure qualité sonore, l’emportait. La fabrication du Graphophone cessait dès 1890.

    « La Columbia semblait vouée à la liquidation par cet échec, mais elle fut sauvée par la création d’un nouveau domaine d’activités presqu’encore ignoré : la demande, pour les attractions foraines ou les stations touristiques, d’enregistrements de chansons ou de pièces instrumentales. Des phonographes, équipés chacun d’une dizaine de paires d’écouteurs, furent loués à ces entrepreneurs de spectacle. Ils touchaient cinq cents de chaque auditeur et pouvaient ainsi payer deux à trois dollars le cylindre enregistré. Pianiste en herbe, j’avais moyen pendant mes vacances de me faire de l’argent de poche en accompagnant les chanteurs et les comédiens employés dans ces différents studios d’enregistrement21. »

    19Le jeune musicien quitta la Columbia et le monde du cylindre pour rejoindre, en 1891, l’équipe de l’inventeur du disque. En novembre 1894, Berliner créait à Philadelphie la E. Berliner’s gramophone, qui, avec les appareils, proposait un catalogue attractif de ses disques plats d’un diamètre de 17 cm. Moins tournés vers les affaires que ses concurrents22, il s’était entouré d’habiles collaborateurs (Eldridge Johnson, Fred Gaisberg l’ancien pianiste de la Columbia, ou Alfred Clark) qui stimulèrent une véritable activité éditoriale. La société d’édition installa bientôt des filiales à l’étranger qui se développèrent plus ou moins rapidement, acquirent leur autonomie pour, enfin, s’imposer et récupérer leur maison mère.

    20En 1897, Berliner envoyait ainsi William Barry Owen fonder une succursale à Londres et, l’année suivante, missionnait Gaisberg, musicien de formation, pour y ouvrir un studio d’enregistrement. C’est, l’année suivante, qu’Alfred Clark installait à Paris la Compagnie française du Gramophone… Le peintre britannique Francis Barraud qui avait réalisé en 1899 le portrait de son chien Nipper installé devant le pavillon d’un phonographe Edison proposait à Owen de lui vendre les droits de reproduction du tableau. La transaction se fit l’année suivante, après que Barraud eut bien entendu modifié le modèle d’appareil de lecture en un Gramophone jouant un disque. Cette image va figurer progressivement sur les placards publicitaires de la compagnie. En 1910, est inaugurée la marque His master’s voice, avec le fameux logo du chien sur les étiquettes.

    21Collaborateur très proche de Berliner, chargé de la commercialisation et du choix des répertoires, Eldridge R. Johnson avait créé en 1900 sa propre maison d’édition, Victor. La firme s’appliqua à constituer un catalogue musical très prestigieux : elle inaugura une série d’enregistrements du Metropolitan Opera qu’elle signait Red Seal, du nom de la couleur choisie pour l’étiquette.

    22En France, Charles et Émile Pathé fondaient en 1896 la société Pathé Frères, arborant l’emblème patriotique du coq qui « chante haut et clair ». En novembre 1898, ils ouvraient une usine de pressage à Chatou, tout en conservant leur magasin parisien. Ils avaient adopté la gravure verticale d’Edison et diffusaient leurs enregistrements sur des cylindres. Pour optimiser la production, en 1899 ils passèrent un contrat avec l’inventeur, d’origine espagnole, d’un procédé de copie pantographique permettant le transfert du cylindre vers le disque. En 1906, le disque plat qu’ils vendaient désormais était toujours enregistré en gravure verticale et lu par un saphir. Ils n’abandonnèrent définitivement la commercialisation du cylindre qu’en 1910. Edison, quant à lui, restera fidèle au cylindre jusque dans les années 1920. Cette spécificité du disque à saphir relève d’un choix économique et vise à concurrencer la gravure latérale, apanage de groupes éditoriaux influents et florissants tels Gramophone et Victor.

    23En exergue à son catalogue, pour l’année 1912, Pathé présente son modèle comme un véhicule du progrès. Une véritable guerre commerciale bat alors son plein, guerre des supports, des méthodes d’inscription et de lecture des sons. Le cylindre contre le disque, la gravure verticale (qui représente les variations de la fréquence sonore par les différentes profondeurs de cratères creusés dans la matière…) ou, qui finira par l’emporter, la gravure latérale où les fréquences sont matérialisées par les rives inégales d’un sillon continu. Du côté de la gravure verticale Pathé ou Edison, du côté de la gravure latérale, Gramophone, APGA23, positionnent leur matériel et leur technologie par des slogans inscrits sur le conditionnement des cylindres et des disques, des encarts publicitaires dans la presse… On peut lire ainsi dans Musica :

    « La supériorité des disques Pathé est obtenue par l’emploi du saphir inusable qui seul peut donner l’absolue vérité de la voix humaine24. […]
    NE PAS CONFONDRE avec les nombreuses machines parlantes et autres jouets dits phonographes les appareils scientifiques inventés par EDISON employés de concert avec les véritables cylindres. Exigez la signature Thomas A. Edison sur chaque phonographe, sur chaque cylindre25. […]
    Le mot GRAMOPHONE s’applique seulement aux instruments construits par la Compagnie Française du Gramophone. Personne n’a le droit de se servir de ce nom pour d’autres articles et le public est mis en garde contre les vendeurs peu scrupuleux qui cherchent en ce moment à tromper les acheteurs par des imitations d’instruments et de disques, des dénominations à consonances semblables26. »

    24Les mêmes arguments sont utilisés de part et d’autre : la qualité technique, la robustesse et le rapport qualité-prix :

    « La supériorité des Disques Pathé fonctionnant sans aiguille est écrasante… L’emploi du Saphir inusable seul peut donner l’absolue vérité de la voix humaine… Invention nouvelle 1907 – Phonographe à Disques PATHE Diaphragme à membrane de mica indestructible et pointe de saphir extra-fin. 6 fr. par mois 30 mois de CREDIT27. […]
    Le Saphir s’émousse et use le disque avec une rapidité décevante, quelle que soit la qualité de la matière employée. Il donne aux sons reproduits un nasillement assez prononcé et une sonorité métallique qui les dénaturent. Il est d’un prix relativement élevé. […]
    L’Aiguille reproduit les sons naturellement. Elle n’use pas le disque, mais, au contraire, elle est usée par lui. Le changement obligatoire de l’aiguille pour chaque disque n’est plus un désagrément, en employant les appareils APGA28. »

    25La bataille va également porter sur les prix et les modalités de vente. Quand Charles Pathé relate son aventure phonographique29, il dit avoir acheté 1 000 francs son premier phonographe Edison en 1893 alors qu’il louait son appartement 300 francs par an. Dix ans plus tard, les prix affichés dans les publicités s’échelonnent de 40 (chez Bettini) à 587 francs (chez Gramophone). Le gramophone dit « Mozart » coûte ainsi 190 francs payables en 16 mois30. Le Pathé-Concert modèle no 1 coûte 275 francs en 1914.

    26Le prix des supports enregistrés varie selon leurs divers modèles : cylindre, disque à saphir et disque à aiguille et dépend également de la réputation du fabricant, du prestige du répertoire (dans un ordre décroissant la voix lyrique, la voix parlée, la chanson, la musique instrumentale et l’historiette) et, bientôt surtout, de l’artiste « impressionné ». La hiérarchie des valeurs est bientôt exprimée parallèlement par une couleur d’étiquette et un prix. On dessine même des étiquettes propres aux stars : Aristide Bruant, Nellie Melba, Francesco Tamagno, Adelina Patti. Le catalogue italien de la Gramophone de 1905 présente ainsi ses tarifs : Melba 26,50 lires, Tamagno, 25 lires ; suivent des appellations communes : Monarch 18,75 lires, Concerto 12, 50 lires et Piccoli (disques de petit diamètre) à 7,50 lires.

    27Très tôt, Gramophone avait mis en avant, plus que ses concurrents, la célébrité des artistes enregistrés et, de manière systématique, avait garanti l’excellence de sa production par la qualité musicale de son répertoire attestée par des autorités en la matière : compositeurs, professeurs du Conservatoire, virtuoses. Elle est progressivement devenue en Europe la marque des stars de l’Opéra.

    De la musique avant toute chose

    28Le son des cylindres ou des disques à enregistrement acoustique n’est pas excellent, la technique, encore en cours d’élaboration, est loin de la fidélité. L’objectif à atteindre est pourtant de capter le son réel le plus exactement possible et de restituer fidèlement le son enregistré. Il s’affirme déjà comme la fiction d’une parfaite transmission du son direct. La conquête du mélomane est à ce prix. Indépendamment de l’attirance propre à chacun de ces inventeurs pour la musique, celle-ci est inscrite dès l’origine dans le champ que doit conquérir la phonographie. Elle n’y est pas seule, ni même prioritaire. C’est la voix qui est le phénomène (physique et métaphysique) à maîtriser, comme en témoigne en 1929 Alfred Clark :

    « Depuis des années Patti repoussait toutes nos offres d’enregistrement. En 1905, alors qu’elle s’était retirée de la scène, elle entendit par hasard quelques uns des enregistrements remarquables de Caruso. La diva avait alors 62 ans, et vivait retirée dans son château du Pays de Galles, Craig-y-Nos. Elle nous écrivit pour nous demander comment faire pour enregistrer sa voix. Une équipe spéciale fut dépêchée au Pays de Galles et quelques enregistrements excellents réalisés chez elle.
    Caruso avait le premier enregistré dès 1902, bien avant que la réputation de sa voix merveilleuse n’ait accaparé son nom. Les modalités pratiques pour l’enregistrer furent arrangées avec lui pendant qu’il se produisait sur la scène de la Scala et son premier enregistrement réalisé à Milan. Il reçut 200 lires. Peu avant sa mort on lui envoya un chèque de 200 000 £ correspondant au montant des royalties sur la vente de ses disques pour un an. Caruso a réalisé 160 enregistrements pour nous.
    Chaliapine commença d’enregistrer pour nous il y a 26 ans à Saint-Pétersbourg. Le premier de ses enregistrements fut tout juste payé 10 roubles. Chaliapine a toujours été très attentif à ses enregistrements. Une fois il insista pour que sa voix étant meilleure à minuit elle fût enregistrée à cette heure là ou pas du tout31. »

    29Avant que ne soit mis au point le procédé de la galvanoplastie, la duplication du support originel étant impossible puis très limitée en nombre du fait de sa fragilité, il fallait en fabriquer le maximum au cours d’une séance de prise de son. Pour cela, plusieurs appareils pouvaient enregistrer en même temps, chaque appareil ayant son propre pavillon ou un tube acoustique reliant chaque machine à un seul gros pavillon. Surtout, les exécutions et les prises se succédaient pendant une douzaine d’heures, avec la déperdition de qualité qu’on imagine au fur et à mesure de la journée… En plus d’être confiné dans un espace restreint, le musicien devait jouer assez fort pour que le diaphragme vibrât et parfois accélérer le tempo pour que l’enregistrement tînt en son entier sur un support d’une capacité de deux à trois minutes ! Les témoignages de la tyrannie des dispositifs d’enregistrement abondent et Charles Pathé se la rappelle en 1926 :

    « Les chanteurs devaient répéter leurs chansons autant de fois qu’on désirait d’exemplaires de chaque morceau. C’est ainsi qu’il arrivait qu’un artiste chantât pendant des semaines trente ou quarante fois par jour l’air de Magali de Mireille, ou les Stances de Flégier. […] Plus tard, on fit marcher deux ou trois appareils devant chaque chanteur et une douzaine devant chaque groupe de musiciens, non pas tant par économie que pour répondre aux besoins, toujours grandissants, de la clientèle. Notre grand ténor d’opéra, M. Rousselière, comme tant d’autres d’ailleurs, connut ce régime un peu barbare lorsqu’il s’engagea avec nous pour enregistrer des milliers de cylindres d’une même chanson, qu’il répétait du matin jusqu’au soir pendant plusieurs mois32. »

    30On comprend ainsi qu’avant 1900 n’existent pas deux exemplaires identiques d’une même prestation captée. De plus, avant 1925, l’amplification étant elle aussi irréalisable, seules les vibrations sonores actionnaient le burin graveur. En raison de la très faible bande passante – 250 à 2 500 Hz, à peine celle du téléphone – qui supprimait toutes les fréquences aiguës, on ne pouvait capter le son que d’instruments au puissant volume sonore, à condition même qu’ils soient tout près du cornet acoustique. De même, les voix passaient plus ou moins bien, celles des hommes mieux que celles des femmes. Enfin, le bruit de fond était très important, réduisant le rapport signal sur bruit à 10 dB33.

    31Lors de l’enregistrement d’un chanteur soliste, après qu’un ingénieur du son s’était avancé devant le pavillon pour annoncer le titre et l’interprète de l’enregistrement, celui-ci se plaçait le plus près possible du cornet ou des cornets acoustiques et les appareils étaient déclenchés de manière synchronisée. Pour enregistrer un orchestre, on limitait drastiquement le nombre des instrumentistes qui s’agglutinaient autour du pavillon et, faute de place disponible, leurs partitions étaient accrochées au plafond ! Des améliorations étaient cependant régulièrement apportées : le dispositif d’enregistrement fut ainsi posé sur du béton et on fit des pavillons enregistreurs en carton pour diminuer les vibrations parasites. Clark se souvient des premiers temps de l’enregistrement :

    « Avec les gramophones modernes, l’enregistrement électrique, et la perfection des enregistrements d’aujourd’hui, les tout premiers jours du gramophone paraissent entourés d’une atmosphère de conte de fées. Il est certaines choses que je me rappelle, étranges ou différentes.
    Quand seulement une demi-douzaine de voix masculines pouvait seules être enregistrées correctement.
    Quand il était impossible d’enregistrer une voix féminine ou le son d’un violon.
    Quand les artistes étaient payés 2 shillings par séance d’enregistrement.
    Quand seulement trois exemplaires pouvaient être produits pendant qu’un artiste chantait. Si la commande portait sur 12 enregistrements le chanteur devait chanter la chanson 4 fois.
    Quand vendre 100 disques en un jour paraissait présomptueux. Nous nous lamentons aujourd’hui de ne pas atteindre les 100 000.
    Quand les affaires prospérèrent obligeant un artiste à chanter une chanson, encore et encore, toute la journée.
    Quand chaque enregistrement devait être écouté individuellement du début à la fin au moyen de tubes placés dans les oreilles avant d’être mis en vente34. »

    32Et ce, pour mettre au premier plan la voix déclamée ou chantée, celle de ses plus fameuses étoiles. Car ce sont bien les personnes elles-mêmes qui doivent sembler venir jusqu’à vous comme se plaît à le répéter et à l’illustrer l’industrie phonographique.

    « Cher Monsieur Alfred Clark,
    Je veux vous exprimer toute mon admiration pour votre magnifique Gramophone. Hier, en écoutant l’Habanera, de Carmen, je croyais entendre, non pas l’écho de la voix de Calvé, mais Calvé elle-même, la merveilleuse et unique Calvé.
    J’en suis encore émue et j’ai voulu vous en exprimer tout de suite ma reconnaissance. Ainsi je fais.
    Sarah Bernhardt35. »

    Des mélomanes

    33En 1878, dans les dix applications qu’il envisageait pour son invention36, Edison pensait surtout aux captures de la parole. Le contrat « culturel » entre le phonographe et l’auditeur mélomane ne fut véritablement possible qu’avec l’invention du procédé de Berliner et l’usage de la galvanoplastie qui assuraient une production en nombre, plus encore avec l’utilisation de l’électricité pour amplifier et régulariser les procédures. Pourtant, dès les premières écoutes expérimentales et mondaines de 1878, le rédacteur des Soirées parisiennes prédit un grand avenir à l’invention d’Edison et l’attache à la musique : « La chanteuse peut vieillir impunément, mourir même, sa voix reste37. » Toutefois, la lourdeur technologique et le prix élevés des premiers appareils expliquent qu’ils n’aient pas été diffusés directement aux particuliers mais « démontrés » en public par des exploitants dans des cercles scientifiques ou mondains, auprès d’un plus large auditoire dans les cafés et lieux publics. Pour le « grand public » et le loisir, des points d’écoute sont ouverts sur les grands boulevards, près des salles de spectacle, là où s’installe également le cinématographe. Marguerite de Saint-Marceau en témoigne dans son Journal :

    « [1907] 28 décembre. Le soir nous allons avec Jean au cinématographe. Un petit voyage à Shangaï, la vue d’un torpilleur sur une mer démontée. On voit ces choses assis dans un fauteuil. Puis traversant le boulevard, à l’aide du phonographe on entend Mlle Pacini cantatrice admirable et inconnue des Parisiens. Le progrès a du bon38. »

    34Le phonographe figure également en bonne place parmi les attractions des fêtes foraines. C’est ainsi que Charles Pathé fit sa connaissance en 1893 :

    « M. Lignot, que j’avais connu chez mon père, m’engagea à aller voir à la foire de Vincennes un appareil nouveau qui émerveillait tout le monde : c’était un phonographe Edison. Moyennant la somme de 0 fr. 10, chacune des personnes qui tenait un écoutoir pouvait entendre la chanson enregistrée sur le cylindre. Chaque audition – dont la durée était de trois minutes environ – pouvait rapporter une recette de 1 fr. 50 à 2 fr. ; il y avait, en effet, le long de la rampe attachée au diaphragme, dix-huit à vingt paires d’écoutoirs presque toujours occupées. J’écoutais une dizaine de cylindres, tout le répertoire, je crois, entre autres une tyrolienne, Carmen (l’air du Toréador) et l’Ouverture de Guillaume Tell. J’étais émerveillé, comme tous ceux qui m’entouraient d’ailleurs39. »

    35Apogée de cette prestation publique, l’exposition universelle est le rendez-vous favori pour la démonstration des appareils et des enregistrements. La rampe d’écoute du phonographe d’Edison dans la Galerie des machines lors de l’Exposition de 1889 en est un exemple spectaculaire. Vont être commercialisés progressivement des appareils à usage privé aptes à rejoindre un intérieur bourgeois. Chacun des pionniers du système va bientôt mettre sur le marché un « phonographe des familles », à prix réduit. Pathé diffuse pour 21 francs le « démocratique », phonographe à cylindre avec socle en bois et pavillon d’aluminium. De 1888 à 1909, Edison diffuse son modèle dit « Classe M », vendu 150 dollars en 1893, 58 en 1909. Chez Berliner, on met sur le marché en 1898 le Gramophone manuel, appareil vendu avec un lot de 200 aiguilles au prix de 6 dollars et des disques valant 50 cents pièce ou 5 dollars la douzaine. Un public est né qui écoute de la musique chez lui, seul et sans plus voir les musiciens :

    « N’est-ce pas atteindre la perfection que de se dire que sans bouger de chez soi, commodément installé dans un sofa, on peut entendre tel ou tel artiste préféré, telle ou telle célébrité du monde entier ? La voix humaine n’a plus de secret pour notre appareil ; intonation, timbre de la voix, “couleur du son”, comme disent les Italiens, tout est reproduit avec une impeccable perfection dans le GRAMOPHONE40. »

    36En contrepoint s’est propagée une foi générale que le dispositif phonographique assure la fixation fidèle de l’événement sonore. Les reproductions et restaurations successives permettront d’approcher, avec l’aide impartiale d’une technique en progrès infini, l’origine du son. On peut y lire un idéal de la transparence dans l’enregistrement. Le vocabulaire employé allie assurance scientifique et impressionnisme sentimental. Raoul Pugno fait l’expérience de l’écoute de sa propre interprétation :

    « Je viens d’entendre des reproductions de morceaux de piano joués par moi, et je suis simplement abasourdi et émerveillé !
    Il est donc vrai que maintenant on pourra prolonger à l’infini la sensation éprouvée à l’audition d’une voix admirable ou d’un archet magique !
    Le gramophone continuera l’artiste et donnera l’impression de son individualité même quand celui-ci aura disparu ! C’est presque effrayant et surtout extraordinaire41 ! »

    37La fixation de l’immatérialité du son et la victoire sur le temps et l’espace sont les fruits du progrès mais gardent des caractères touchant au surnaturel. De cette faculté de l’enregistrement sonore à embraser les imaginations Alfred Clark jouera dans le cérémonial qu’il organisera en décembre 1907 en faisant enfouir pour cent ans des disques dans les sous-sols du Palais Garnier :

    « Cet ensevelissement de voix exquises et sonores marque une date : celle de la conciliation définitive de la science et de l’art, de la mécanique et de la musique ; si nous étions encore au temps des dieux de l’Olympe, il n’en faudrait pas davantage pour faire naître un mythe : il y serait conté que l’un des forgerons de Vulcain, dompteur de métaux, aima la Muse de l’harmonie, qu’il en fut aimé, et que de leur mutuel désir naquit un fils, Gramophone, habile à retenir les sons mélodieux et à lancer des disques42. »

    38Ce support des sons, qui se laissent posséder comme des reliques, est progressivement considéré comme un vecteur privilégié de la musique. Un même propos identifie le média et sa très forte présence matérielle avec son contenu et sa puissante image sociale. Fred Gaisberg affirme que « Caruso a fait le gramophone43 » ; la firme Victor vantait le « Celeste Aida » fixé par le ténor en décembre 1911 avec le slogan « les deux sont Caruso44 », le disque et son étiquette rouge à côté de l’artiste lui-même dans son costume de Radamès ! « Quand vous écoutez Caruso dans l’enregistrement Victrola chez vous, vous l’entendez aussi réellement que si vous l’écoutiez au Metropolitan Opera House45. » On décrit et on parle du phonographe comme d’une personne aux exigences et aux générosités somptueuses. Debussy à Louis Laloy :

    « Lundi. Soir.
    Fév./04.
    Cher ami, d’abord merci… de représenter aussi amicalement la providence !
    Mais, Garden jouant demain soir Mardi, ne peut ni sortir, ni chanter ce jour-là ; en outre, je ne peux fournir 1 ½ heure de musique, prise dans Pelléas, avec la seule Garden, il faudrait donc nous adjoindre Périer (je me charge de le décider).
    Donc le rendez-vous serait pour Mercredi prochain à 4 h, si son excellence le Gramophone n’y voit pas d’inconvénient46. »

    39Progressivement l’objet et son attirail vont quitter le devant de la scène (la scène elle-même) pour la laisser aux interprètes et à la seule musique. « Ce pavillon renforce le son, affirme une publicité, le porte plus loin, fait du Gramophone pour celui qui ignore sa présence, un orchestre complet qui joue dans un parc, un chanteur qui vocalise, une mélodie qui s’envole du piano47. » Annihiler le média afin de jouir sans obstacle du message musical pur semble la quête assignée aux dispositifs matériels et culturels de l’enregistrement sonore. La perfection du disque serait donc son effacement progressif au profit du répertoire musical désormais étalonné dans un état originel et éternel : « Le dernier triomphe de la science ! L’idéal enfin ! Déconcertant et sublime ! Prodiges et merveilles ! Larynx et cordes vocales en cire, thorax en nickel ! L’homme créateur, plus d’illusion mais la réalité48 ! »

    Notes de bas de page

    1Ce texte reprend, sous une nouvelle forme, notre article « La réception du média », Revue de la BnF no 33 (2009/3), consultable en ligne [http://www.cairn.info/revue_de_la_bibliotheque_nationale_de_france_2009_3_pages_9.htm#n04].

    2C’est le terme juridique qui depuis la loi du 1er juillet 1992 relative au Code de la propriété littéraire et artistique désigne toute séquence de sons fixée sur un support. Il provient du nom de « phonographe » employé pour la première fois le 10 octobre 1877 par l’abbé Lenoir, signant sous le pseudonyme de Le Blanc, soutien de Charles Cros, dans La Semaine du Clergé.

    3Les documents secondaires utilisés sont des catalogues d’exposition, biographies (Louis Forestier, Charles Cros : l’homme et l’œuvre, Paris, 1969), sites spécialisés (notamment le fonds Émile Berliner [http://memory.loc.gov/ammem (erreur en 2024)]. Les sources examinées : comptes rendus de l’Académie des sciences, presse généraliste, spécialisée, libelles et brochures, écrits littéraires.

    4Ferdinand Brunot, Discours prononcé lors de l’inauguration des Archives de la parole, 3 juin 1911, BnF-AUD, Archives de la parole O.3 et O.3 bis. AP 3.

    5Léon Scott de Martainville, Principes de phonautographe, [http://www.academie-sciences.fr/activite/…/pli…/pli1639.pdf (erreur en 2024)].

    6Comptes rendus hebdomadaires des séances de l’Académie des sciences, t. 85, Paris, Gauthier-Villars, juillet-décembre 1877, p. 1082-1083.

    7La galvanoplastie est un procédé électrochimique qui permet de déposer du métal sur un objet (le support en cire sur lequel est gravé l’enregistrement) pour en établir une empreinte fidèle et inverse une fois le métal séparé de l’objet (un cylindre ou un disque « père » avec le sillon en relief).

    8Le Blanc, La semaine du clergé, X, no 51 (10 octobre 1877), p. 1223.

    9Précédé du brevet américain no 200 521 demandé le 15 décembre 1877.

    10Brevets américains no 372 786 demandé le 4 mai 1887, no 564 586 demandé le 7 novembre 1787, no 382 790 demandé le 17 mars 1888.

    11Emile Berliner, « The Gramophone: etching the human voice », cit. in Journal of the Franklin Institute vol. 125 (juin 1988), p. 425-447. C’est nous qui traduisons.

    12Pierre Giffard, Le phonographe expliqué à tout le monde, Paris, M. Dreyfous, 1878.

    13Selon des propos de Cros rapportés par Jacques Bernard (petit-neveu de Charles) dans Louis Forestier, Charles Cros : l’homme et l’œuvre, Paris, Lettres modernes, 1969, p. 158.

    14Charles Cros, « Inscription », in Le collier de griffes, Paris, Garnier-Flammarion, 1979.

    15Pierre Giffard, Le gramophone expliqué…, op. cit.

    16Arnold Mortier, « La première du phonographe », Les soirées parisiennes de 1878, Paris, E. Dentu, 1879, p. 152.

    17Pierre Giffard, op. cit.

    18Alphonse Allais, Le chat noir, 18 août 1888.

    19Émile Gautier, « La parole en bouteilles », Les étapes de la science : chronique documentaire, Paris, Lecène/Oudin, 1892, p. 261.

    20« Échos / À travers Paris », Le Figaro, 11 septembre 1889.

    21Fred W. Gaisberg, Music on record, Londres, R. Hale, 1946, p. 11.

    22Il eut ainsi à affronter l’un de ses anciens collaborateurs, Frank Seaman, qui l’accusa de plagiat et lui intenta deux procès pour contrefaçon, en 1897 et 1900. À l’issue malheureuse du premier, Berliner retourna en Allemagne et créa à Hanovre avec son frère Joseph, la Deutsche Grammophon, première usine de pressage au monde. De retour aux États-Unis, après un second procès perdu, il dut fermer définitivement sa société américaine.

    23Association phonique des grands artistes, active de 1906 à 1911.

    24« Phonos Pathé », publicité parue dans Musica no 51 (décembre 1906).

    25« Aimez-vous la Musique ? », publicité parue dans Musica no 52 (janvier 1907).

    26« Le nouveau Gramophone à bras acoustique », publicité parue dans Musica no 15 (décembre 1903).

    27« Le Disque Pathé supprime l’aiguille et l’usure qu’elle produit », publicité parue dans Musica no 64 (janvier 1908).

    28Catalogue APGA, 1908.

    29Charles Pathé, « Souvenirs et conseils d’un parvenu » (1926), in Écrits autobiographiques, Paris, L’Harmattan, 2006.

    30Publicité parue dans Musica no 8 (mai 1903).

    31Alfred Clark, « Forty years of the Gramophone », Gramophone, décembre 1929.

    32Charles Pathé, Écrits autobiographiques, op. cit., p. 58.

    33Le rapport signal/bruit est l’amplitude entre l’intensité la plus forte du signal enregistré et l’intensité du bruit de fond, exprimé en décibel (dixième partie du bel, unité de mesure comparant deux niveaux sonores A et B selon un rapport logarithmique : 20 log A/B dB).

    34Alfred Clark, « Forty years of the Gramophone », art. cit.

    35« Le Gramophone vous permet d’avoir chez vous la voix des plus grands artistes », publicité parue dans Musica no 8 (mai 1903).

    36Thomas A. Edison, « The Phonograph and its future », North American Review no 262 (mai 1878), p. 527-537.

    37Arnold Mortier, Les soirées parisiennes de 1878, op. cit., p. 153.

    38Marguerite de Saint-Marceau, Journal : 1894-1927, éd. Myriam Chimènes, Paris, Fayard, 2007.

    39Charles Pathé, Écrits autobiographiques, op. cit., p. 501.

    40« Semper Excelsior », publicité parue dans Musica no 12 (septembre 1903).

    41« Raoul Pugno au Gramophone », publicité parue dans Musica no 10 (juillet 1903).

    42Gaston-Arman de Caillavet, « Les voix ensevelies », Le Figaro, 28 décembre 1907.

    43Fred Gaisberg, Music on record, op. cit., ill., p.10.

    44Victrola 88127.

    45Flyer publicitaire Victor His master’s Voice pour l’enregistrement de « Celeste Aida » (Victrola 88127), ca 1910. Exemplaire conservé à la BnF, dép. de l’Audiovisuel.

    46Claude Debussy, Correspondance, éd. François Lesure et Denis Herlin, Paris, Gallimard, 2005.

    47« La Saison du Gramophone », publicité parue dans Musica no 9 (juin 1906).

    48Publicité pour l’appareil « Ménestrel » parue dans Musica no 4 (janvier 1903).

    Auteur

    • Elizabeth Giuliani

      Bibliothèque nationale de France, département de la Musique.

      Elizabeth Giuliani, conservateur général, directrice du département de la Musique de la Bibliothèque nationale de France. Elle a coordonné la réédition d’enregistrements anciens conservés à la BnF et a pris part à la programmation des saisons musicales consacrées à La mélodie française en y faisant entendre des enregistrements historiques. Elle établit annuellement la rubrique discographie-vidéographie des Cahiers Claude Debussy. Elle a réalisé, en collaboration avec Bruno Sébald, Hector Berlioz. Phonographie (BnF, 2003). Co-commissaire de l’exposition Souvenirs, souvenirs, cent ans de chanson française (BnF, mai-décembre 2005), elle a coordonné, sur ce thème, un numéro de la Revue de la Bibliothèque nationale de France (no 16, 2005) et participé à la rédaction d’un volume de la collection « Découvertes Gallimard ». Elle contribue à la rubrique musicale mensuelle de la revue Études.

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    1Ce texte reprend, sous une nouvelle forme, notre article « La réception du média », Revue de la BnF no 33 (2009/3), consultable en ligne [http://www.cairn.info/revue_de_la_bibliotheque_nationale_de_france_2009_3_pages_9.htm#n04].

    2C’est le terme juridique qui depuis la loi du 1er juillet 1992 relative au Code de la propriété littéraire et artistique désigne toute séquence de sons fixée sur un support. Il provient du nom de « phonographe » employé pour la première fois le 10 octobre 1877 par l’abbé Lenoir, signant sous le pseudonyme de Le Blanc, soutien de Charles Cros, dans La Semaine du Clergé.

    3Les documents secondaires utilisés sont des catalogues d’exposition, biographies (Louis Forestier, Charles Cros : l’homme et l’œuvre, Paris, 1969), sites spécialisés (notamment le fonds Émile Berliner [http://memory.loc.gov/ammem (erreur en 2024)]. Les sources examinées : comptes rendus de l’Académie des sciences, presse généraliste, spécialisée, libelles et brochures, écrits littéraires.

    4Ferdinand Brunot, Discours prononcé lors de l’inauguration des Archives de la parole, 3 juin 1911, BnF-AUD, Archives de la parole O.3 et O.3 bis. AP 3.

    5Léon Scott de Martainville, Principes de phonautographe, [http://www.academie-sciences.fr/activite/…/pli…/pli1639.pdf (erreur en 2024)].

    6Comptes rendus hebdomadaires des séances de l’Académie des sciences, t. 85, Paris, Gauthier-Villars, juillet-décembre 1877, p. 1082-1083.

    7La galvanoplastie est un procédé électrochimique qui permet de déposer du métal sur un objet (le support en cire sur lequel est gravé l’enregistrement) pour en établir une empreinte fidèle et inverse une fois le métal séparé de l’objet (un cylindre ou un disque « père » avec le sillon en relief).

    8Le Blanc, La semaine du clergé, X, no 51 (10 octobre 1877), p. 1223.

    9Précédé du brevet américain no 200 521 demandé le 15 décembre 1877.

    10Brevets américains no 372 786 demandé le 4 mai 1887, no 564 586 demandé le 7 novembre 1787, no 382 790 demandé le 17 mars 1888.

    11Emile Berliner, « The Gramophone: etching the human voice », cit. in Journal of the Franklin Institute vol. 125 (juin 1988), p. 425-447. C’est nous qui traduisons.

    12Pierre Giffard, Le phonographe expliqué à tout le monde, Paris, M. Dreyfous, 1878.

    13Selon des propos de Cros rapportés par Jacques Bernard (petit-neveu de Charles) dans Louis Forestier, Charles Cros : l’homme et l’œuvre, Paris, Lettres modernes, 1969, p. 158.

    14Charles Cros, « Inscription », in Le collier de griffes, Paris, Garnier-Flammarion, 1979.

    15Pierre Giffard, Le gramophone expliqué…, op. cit.

    16Arnold Mortier, « La première du phonographe », Les soirées parisiennes de 1878, Paris, E. Dentu, 1879, p. 152.

    17Pierre Giffard, op. cit.

    18Alphonse Allais, Le chat noir, 18 août 1888.

    19Émile Gautier, « La parole en bouteilles », Les étapes de la science : chronique documentaire, Paris, Lecène/Oudin, 1892, p. 261.

    20« Échos / À travers Paris », Le Figaro, 11 septembre 1889.

    21Fred W. Gaisberg, Music on record, Londres, R. Hale, 1946, p. 11.

    22Il eut ainsi à affronter l’un de ses anciens collaborateurs, Frank Seaman, qui l’accusa de plagiat et lui intenta deux procès pour contrefaçon, en 1897 et 1900. À l’issue malheureuse du premier, Berliner retourna en Allemagne et créa à Hanovre avec son frère Joseph, la Deutsche Grammophon, première usine de pressage au monde. De retour aux États-Unis, après un second procès perdu, il dut fermer définitivement sa société américaine.

    23Association phonique des grands artistes, active de 1906 à 1911.

    24« Phonos Pathé », publicité parue dans Musica no 51 (décembre 1906).

    25« Aimez-vous la Musique ? », publicité parue dans Musica no 52 (janvier 1907).

    26« Le nouveau Gramophone à bras acoustique », publicité parue dans Musica no 15 (décembre 1903).

    27« Le Disque Pathé supprime l’aiguille et l’usure qu’elle produit », publicité parue dans Musica no 64 (janvier 1908).

    28Catalogue APGA, 1908.

    29Charles Pathé, « Souvenirs et conseils d’un parvenu » (1926), in Écrits autobiographiques, Paris, L’Harmattan, 2006.

    30Publicité parue dans Musica no 8 (mai 1903).

    31Alfred Clark, « Forty years of the Gramophone », Gramophone, décembre 1929.

    32Charles Pathé, Écrits autobiographiques, op. cit., p. 58.

    33Le rapport signal/bruit est l’amplitude entre l’intensité la plus forte du signal enregistré et l’intensité du bruit de fond, exprimé en décibel (dixième partie du bel, unité de mesure comparant deux niveaux sonores A et B selon un rapport logarithmique : 20 log A/B dB).

    34Alfred Clark, « Forty years of the Gramophone », art. cit.

    35« Le Gramophone vous permet d’avoir chez vous la voix des plus grands artistes », publicité parue dans Musica no 8 (mai 1903).

    36Thomas A. Edison, « The Phonograph and its future », North American Review no 262 (mai 1878), p. 527-537.

    37Arnold Mortier, Les soirées parisiennes de 1878, op. cit., p. 153.

    38Marguerite de Saint-Marceau, Journal : 1894-1927, éd. Myriam Chimènes, Paris, Fayard, 2007.

    39Charles Pathé, Écrits autobiographiques, op. cit., p. 501.

    40« Semper Excelsior », publicité parue dans Musica no 12 (septembre 1903).

    41« Raoul Pugno au Gramophone », publicité parue dans Musica no 10 (juillet 1903).

    42Gaston-Arman de Caillavet, « Les voix ensevelies », Le Figaro, 28 décembre 1907.

    43Fred Gaisberg, Music on record, op. cit., ill., p.10.

    44Victrola 88127.

    45Flyer publicitaire Victor His master’s Voice pour l’enregistrement de « Celeste Aida » (Victrola 88127), ca 1910. Exemplaire conservé à la BnF, dép. de l’Audiovisuel.

    46Claude Debussy, Correspondance, éd. François Lesure et Denis Herlin, Paris, Gallimard, 2005.

    47« La Saison du Gramophone », publicité parue dans Musica no 9 (juin 1906).

    48Publicité pour l’appareil « Ménestrel » parue dans Musica no 4 (janvier 1903).

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    Giuliani, E. (2014). Comment l’enregistrement s’effaça devant la musique. In P.-H. Frangne & H. Lacombe (éds.), Musique et enregistrement. Rennes: Presses universitaires de Rennes. https://doi.org/10.4000/131rd
    Giuliani, Elizabeth. « Comment l’enregistrement s’effaça devant la musique ». In Musique et enregistrement, édité par Pierre-Henry Frangne et Hervé Lacombe. Rennes: Presses universitaires de Rennes, 2014. doi:10.4000/131rd.
    Giuliani, Elizabeth. « Comment l’enregistrement s’effaça devant la musique ». Musique et enregistrement, édité par Pierre-Henry Frangne et Hervé Lacombe, Presses universitaires de Rennes, 2014, https://doi.org/10.4000/131rd.

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    Frangne, P.-H., & Lacombe, H. (éds.). (2014). Musique et enregistrement. Rennes: Presses universitaires de Rennes. https://doi.org/10.4000/131so
    Frangne, Pierre-Henry, et Hervé Lacombe, éd. Musique et enregistrement. Rennes: Presses universitaires de Rennes, 2014. doi:10.4000/131so.
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