Chapitre I. Sports, colonisation et modernité
p. 31-64
Texte intégral
1En 1948, un chroniqueur anonyme du Bulletin de la Côte d’Ivoire livre en ces termes ses impressions à propos d’un des nombreux combats de boxe qui se tiennent dans la capitale de la colonie française après la Seconde Guerre mondiale :
« Atmosphère plus sportive que la dernière fois, au cercle RAN1, spectateurs moins guindés et visiblement plus éduqués (en matière de boxe, j’entends). L’expérience peut donc être poursuivie. Ce qui n’empêchera pas les purs de regretter la salle Géo-André, où l’on se retrouvait en vrais amateurs et où l’on se passait du secours de la veuve Cliquot et du Tango. […] Nous avons été déçus par la rencontre Anidé Téror RCA contre Acoucou Pierre, Adjamé. Anidé Téror n’a pas utilisé ses moyens. Nous attendions mieux de lui. Nous le considérons cependant comme un des meilleurs éléments du DRC. Nous espérons qu’il abandonnera dans l’avenir cette attitude nonchalante et qu’il adoptera le rythme qui lui permettra de disposer franchement de n’importe quel adversaire. Il en est capable. […] Le combat Maurice Prévost contre Christian Champroux, le clou de la réunion fut vraiment très beau. Match rapide et scientifique. Voilà de la boxe. Ces deux petits gars ont donné là aux pugilistes africains une leçon dont on voudrait bien qu’elle fut profitable. […] Les matchs de samba et de valse se déroulèrent très sportivement et quelquefois très gracieusement jusqu’au petit jour2. »
2L’intérêt des Ivoiriens et des Français pour la boxe est marquant, et n’est d’ailleurs pas sans rappeler celui qu’il suscite dans l’hexagone, alors que Marcel Cerdan est au sommet de sa gloire. Si le récit de cette rencontre nous plonge dans la vie nocturne abidjanaise, il nous entraîne aussi dans le monde compliqué du sport colonial. Le combat entre les Français Prévost et Champroux – « beau », « rapide » et « scientifique » – est présenté comme un modèle du genre, véritable « leçon » pour des boxeurs ivoiriens trop « nonchalants ». Cette opposition est omniprésente dans le sport colonial.
3Le « noble art » en particulier et le sport en général sont pétris de valeurs morales et étroitement associés à un imaginaire de la modernité. Ils participent pleinement à la mission civilisatrice coloniale. Aux yeux des Européens, la pratique sportive doit permettre d’élever les Noirs en les rapprochant des Blancs. Or, comme l’a souligné Annette K. Joseph-Gabriel, en dépit des promesses qui leur sont faites, même les Africains qui s’identifient le plus à la culture européenne restent exclus de la sphère citoyenne blanche3. Ainsi, en Côte d’Ivoire comme dans la Gold Coast voisine, le sport s’inscrit en plein dans cette tension moderniste inextricable, entre des idéaux universalistes et une situation coloniale fondée sur la réification d’une inégalité raciale, rejouée jusque dans les arènes sportives.
4Le récit du Bulletin de la Côte d’Ivoire donne à voir des combats exclusivement masculins. Comme l’a souligné une large littérature sur le sport, cette pratique culturelle étroitement associée à l’affirmation des identités masculines, est un fief de la virilité4. Il s’agit ici d’explorer les ramifications de cette relation entre masculinité et sport en situation coloniale, ainsi que l’ont proposé un certain nombre d’historiens du sport en Afrique5. Pendant les combats de boxe du cercle RAN, la présence de femmes est toutefois indiquée à demi-mot dans le récit de la samba et de la valse qui se déroulent « très gracieusement » suite aux combats. Si la littérature n’a jamais associé les femmes au champ sportif colonial, ces danseuses nous donnent l’occasion de soulever un champ entier de questions inédites. Étaient-elles Ivoiriennes ou Européennes ? À quel titre étaient-elles présentes ? Ne participaient-elles qu’au bal ou assistaient-elles aux combats ? Et surtout, certaines faisaient elles aussi du sport par ailleurs ? L’éventuelle inclination pour la pratique sportive de la part de jeunes femmes africaines, que ce soit en Gold Coast ou en Côte d’Ivoire est avérée, comme nous le verrons plus loin. Et cela nous donne l’occasion de complexifier notre exploration de la tension moderniste exposée plus haut, en la croisant avec une pratique sportive féminine maintenue à la marge et soumise à des préoccupations d’ordre moral et hygiéniste, en Europe comme en Afrique.
L’émergence des clubs sportifs en Gold Coast
Des Empire Days aux gentlemen ghanéens
5Dès les années 1880, de premiers clubs sportifs rassemblant de jeunes Ghanéens font leur apparition en Gold Coast, notamment dans les villes d’Accra et de Cape Coast6. Leurs membres organisent des matchs de cricket et de football, mais aussi des compétitions d’athlétisme, entre eux ou contre les garnisons britanniques de passage dans ces villes côtières7.
6Cette présence militaire est loin d’être anodine. Si les villes côtières britanniques – qui étaient au cœur du commerce esclavagiste transatlantique quelques décennies plus tôt – font partie de la colonie de la Gold Coast depuis 1821, le reste du futur Ghana fait alors l’objet d’une conquête militaire violente. L’Ashanti et les Northern Territories ne tomberont officiellement sous le joug britannique qu’en 1901 et 1902. D’ici là, dans les zones côtières, les commissaires de district ne ménagent pas leurs efforts pour célébrer l’empire, que ce soit à l’occasion de l’anniversaire du couronnement de la Reine Victoria, de Noël où de l’Empire Day. Ces célébrations impériales dépassent rapidement les seuls centres urbains d’Accra et Cape Coast, pour toucher toute la côte atlantique8 puis les zones minières, comme à Tarkwa9. Les compétitions sportives y sont alors associées à des défilés militaires et scolaires, des bals et des spectacles de danse ou de musique, qui attirent une foule importante. La compétition organisée pour Noël 1894 à Akuse, petite ville proche du fleuve Volta, à 70 km au nord de la côte, permet d’en donner un bon exemple :
« Si un étranger était passé par hasard par cette ville le 26 décembre dernier, vers 14 h, il aurait pu voir que quelque chose d’inhabituel avait lieu ; il aurait d’abord entendu de la musique, jouée par un groupe des plus efficaces, puis il aurait vu une immense foule venir des villes voisines, comme Kpong. S’il avait demandé ce qui se passait, on lui aurait probablement répondu que ces festivités étaient l’œuvre de l’Akuse Lawn Tennis Club, qui avait fait savoir qu’ils comptaient organiser une compétition d’athlétisme dans la cour de l’usine de messieurs F. et A. Swanzy. Il aurait très certainement trouvé son chemin jusque-là, et aurait pu assister une intense compétition, regardée avec passion par la foule de visiteurs10. »
7Le récit du Gold Coast Chronicle nous permet d’imaginer l’intérêt des spectateurs et des participants pour cet événement sportif et festif. La suite de l’article met en évidence un autre aspect. Tout d’abord, la liste d’épreuves dépasse largement le cadre sportif tel qu’on l’entend aujourd’hui : outre les très classiques courses à pied (fond, sprint, haies), les épreuves comprennent aussi du tir à la corde (qui est alors une discipline olympique), des courses à trois jambes, des chasses au cochon, des courses en sac, etc., qui rappellent une fête de village européenne. Les participants sont répartis selon leur catégorie sociale. Certaines épreuves sont ouvertes à tous. D’autres sont divisées selon l’âge ou le genre : la course à l’œuf et à la cuillère est réservée aux femmes et la course en sac aux garçons de moins de 15 ans. Les répartitions suivent aussi les classes sociales. Le saut en hauteur est pour les lettrés (« scholars »), quant à la course avec des sacs de noyaux, elle est réservée aux agriculteurs (« labourers ») et aux marins (« Kroo boys »). Ces divisions sportives reproduisent les principales catégories sociales qui stratifient alors la société coloniale. Ainsi, agriculteurs, marins et lettrés ghanéens11 sont diversement employés dans Akuse. Ce centre commercial régional est marqué par le transport maritime, l’exportation de denrées alimentaires et la présence des missions de Bâle et de Brême, qui jouent un rôle important dans l’entreprise de scolarisation. La répartition des épreuves est elle aussi symptomatique. Alors que les lettrés s’adonnent aux sports européens, les paysans et marins s’affrontent dans une épreuve de force. Quant aux femmes, c’est l’habileté qui leur est réservée.
8Ces événements peuvent aussi comprendre des sports locaux. D’un côté, les courses de canoé font les beaux jours des fêtes sportives12. De l’autre, la presse se fait aussi l’écho de compétitions d’ampe, un sport exclusivement féminin. Lors de la rencontre athlétique annuelle organisée en 1908 par le club sportif d’Atasi, en Ashanti, le journaliste rapproche d’ailleurs explicitement cette activité des sports européens, valorisant les qualités sportives des participantes :
« Une épreuve particulièrement intéressante a été celle du jeu généralement connu sous le nom d’Ampaye [ampe] en langue vernaculaire, entre douze femmes (six de chaque côté) : celle-ci a peu d’intérêt pour les hommes, mais pour le beau sexe – qui y a fait preuve d’une passion et d’un empressement digne d’un match de cricket ou de football, qui ne concerne que les hommes – gagner était synonyme de grande victoire et perdre était particulièrement dégradant13. »
9Les compétitions sportives et festives des premières décennies sont marquées par la diversité des épreuves sportives et des participants, avec notamment la présence de femmes dans bon nombre de courses. Certes, des frontières délimitent les positions sociales des uns et des autres, mais la porosité est notable.
10Pour autant, comme le montre l’historienne Carina Ray, le franchissement des frontières raciales et sexuelles reste une transgression14. Si ces lignes sont parfois franchies lors de quelques compétitions sportives, notamment lors des matchs de crickets entre marins britanniques et citadins ghanéens, le fait est suffisamment rare pour être rapporté dans la presse. De fait, les hiérarchies raciales sont omniprésentes, parmi les sportifs mais aussi les spectateurs. Ainsi, en 1895, lors d’une compétition hippique et athlétique organisée en présence du gouverneur Maxwell à Accra, le Gold Coast Chronicle dénonce la ségrégation « négrophobe » que subissent les spectateurs ghanéens15. Enfin, bon nombre de clubs européens excluent les sportifs noirs. C’est notamment le cas de nombreux clubs de golf et de tennis16.
11Au-delà de ces compétitions festives, pendant l’entre-deux-guerres, les sports européens prennent un essor important dans les zones urbaines, et acquièrent rapidement un rôle de socialisation entre pairs. Les fondateurs de nombreux clubs sportifs qui émergent alors, y compris quand ils ne sont pas originaires d’Europe, transposent en terrain colonial les codes des clubs de gentlemen londoniens, constitués en espaces d’entre-soi17. De nombreuses associations sportives se constituent ainsi sur des lignes identitaires, comme le Syrian and Lebanese Benevolent Union, un club de cricket d’Accra fondé en 1938, principalement composé de Syriens aisés ou l’Accra Native Football League fondée en 1922 qui rassemble surtout des membres de la population Ga, originaire de la région d’Accra18.
12Là encore il est possible de relever les traces d’une pratique racialement mixte. Des Britanniques rejoignent l’Accra Native Football League à partir de 192819. Quelques années plus tard, en 1931, la journaliste Mabel Dove se fait l’écho d’un match de hockey rassemblant des sportifs noirs et blancs20. Mais c’est aussi parce que la reconnaissance sociale opère entre élites, qu’elles soient européennes, moyen-orientales ou africaines. Croisant le facteur racial, la question de la classe sociale est d’une importance cruciale pour comprendre la scène sportive de Gold Coast.
13L’engouement des membres de la bourgeoisie africaine d’Accra pour le tennis permet de bien saisir ce caractère élitaire. La première structure de la ville, le Tudu Lawn Tennis Tournament, est fondée par Francis Dove (1869-1949) en 1920. Ce dernier est un avocat sierra-léonais aisé, qui possède trois courts de tennis dans le quartier Tudu, autour de chez lui21. La famille Dove, entre Freetown, Accra, Londres et Lagos, fait partie d’un cercle social relativement étroit d’élites biculturelles eurafricaines d’Afrique de l’Ouest britannique22. Ainsi, il a été marié pendant vingt-cinq ans (1896-1921) avec une Anglaise, Augusta Winchester (1877-1947), avec qui il a vécu à Londres puis à Accra et a eu deux enfants avant de divorcer23 : Evelyn (1907-1987) – chanteuse de jazz londonienne et actrice de théâtre – et Francis (1897-1957) – boxeur ayant participé aux Jeux olympiques d’Anvers en 1920 dans l’équipe d’Angleterre et vétéran de la Première Guerre mondiale24. En parallèle, il a fondé une famille à Accra avec Eva Buckman, une commerçante originaire de Christianborg, devenant entre autres le père de l’écrivaine et militante féministe et nationaliste Mabel Dove (1905-1984)25. Quant à ses frères, qui vivent entre la Sierra Leone, le Nigeria et la Gold Coast, ils sont avocats, hommes d’affaires ou élus locaux.
14À la fin des années 1910, une partie de la haute société africaine doit quitter le centre-ville d’Accra pour sa périphérie, à Tudu. En effet, du fait des problèmes sanitaires que connaît le centre, notamment des épisodes de peste, de fièvre jaune et de grippe, les autorités coloniales exigent au début du xxe siècle qu’une partie des habitants déménagent en périphérie26. Les premiers à s’installer dans le quartier sont issus des classes populaires. Ils sont ensuite rejoints par une partie de la bourgeoisie. Leur arrivée se traduit par d’importants investissements immobiliers et l’apparition d’équipements sportifs. Outre les terrains de tennis de Dove, le quartier compte ainsi un complexe sportif construit en 1925, la Lebanon House, qui permet de pratiquer des sports d’intérieur.
15Sur ses terrains, Dove organise des tournois informels à partir de 1920, avec un succès grandissant. Puis en 1926, une structure officielle est fondée, l’Accra Central Lawn Tennis Club, qui rassemble des joueurs européens et africains du centre d’Accra et des alentours, entre Adabraka, Tudu et Christianborg27. Si Dove laisse la main au club dans un premier temps, suite au succès du tennis dans la ville, il organise à nouveau des tournois à partir de 1928, au grand plaisir des participants28. Ainsi, le rapport du fonctionnaire européen en charge de cette question est éloquent :
« Comme de nombreux autres Européens, je viens de participer au second tournoi “Tudu” et, comme je l’ai déjà dit lors de la remise des prix, je n’ai jamais vu un tournoi, Européen ou Natif, aussi bien organisé. Les organisateurs étaient parfaitement compétents et tout le monde s’est amusé29. »
16Mais le tennis est loin d’être cantonné à la seule pratique en club sportif, destinée aux joueurs les plus chevronnés. Ainsi, le court du Rodger Club est un lieu de rencontres sociales prisé pour la jeunesse aisée d’Accra30. Le club est au cœur de la sociabilité d’une classe aisée et l’adhésion est soumise à un revenu minimum et à une bonne réputation31. Il existe par ailleurs de nombreux courts de tennis privés, possédés par de riches Ghanéens dans différents quartiers de la ville (James Town, Tudu, Christiansborg, Adabraka, Korle Bu), où des joueurs peuvent être invités à pratiquer. La dimension élitiste est ici flagrante. La connaissance de la pratique, le coût, voire la cooptation encadrent l’adhésion aux clubs ou la participation aux tournois. Et les listes de membres de ces clubs de tennis constituent de véritables bottins mondains, rassemblant les notables ghanéens les plus en vue d’Accra32.
17De fait, il est possible de croiser la liste des membres de ces tournois de tennis avec les membres de la classe politique et nationaliste d’Accra. Ainsi, Dove et son confrère Akilakpa Sawyer sont membres du National Congress of British West Africa fondé en 1920. S’ils font partie du même cercle social restreint, les uns et les autres s’opposent toutefois parfois radicalement dans le champ politique. C’est tout particulièrement saillant en 1929, lorsque les différents pratiquants s’affrontent lors de la mise en place d’une ordonnance devant modifier le financement de l’Accra Municipal Council. L’historien Dominic Fortescue a démontré que celle-ci était largement contestée par les militants radicaux, les membres du parti Mambii (représentant le peuple Ga, originaire d’Accra) et une large frange de la population33. Elle est toutefois soutenue par une certaine oligarchie, rassemblée au sein de la Ratepayers’Association tel que John Glover-Addo, membre fondateur de l’Accra Lawn Tennis Central Club. Cette formation politique, soucieuse de préserver ses intérêts de classe, fait converger ses intérêts avec ceux du gouvernement colonial.
18Dans l’ensemble, l’appartenance aux clubs sportifs participe bel et bien d’une sociabilité élitaire masculine, qui ne se limite pas au tennis et est largement tributaire de l’insertion de la Gold Coast dans l’Empire britannique. Ainsi, les pratiquants peuvent être des sujets impériaux installés à Accra, comme Sir Leslie McCarthy (inconnue-1970), originaire des Caraïbes, ou Arthur Hercules Ranadurai Joseph (c. 1890-1957), originaire de Ceylan, qui s’investissent dans l’athlétisme. Ils peuvent aussi faire partie des familles biculturelles vivant entre l’Angleterre et la Gold Coast, étudiées par Carina Ray34. C’est le cas des Dove, mais aussi du boxeur John Ebenezer Samuel de Graft-Hayford (1912-2002). Né en Angleterre d’une mère allemande et d’un père originaire de Gold Coast, il vit pendant sa jeunesse en Gold Coast avant de partir étudier en Allemagne puis en Écosse et de rejoindre la Royal Air Force35.
19Lorsqu’ils fondent les premiers clubs, ces hommes sont des sportifs accomplis. Ils ont bien souvent étudié en Grande-Bretagne, où ils se sont confrontés aux games, sur les traces d’Arthur Wharton (1865-1930), premier footballeur africain du championnat anglais, originaire de Gold Coast36. Au-delà du plaisir de la pratique sportive, l’appropriation des loisirs sportifs leur permet de se distinguer du reste de la population colonisée. Il s’agit non seulement de faire du sport, mais aussi d’appartenir à des clubs de lecture, des cercles de danse, à une Église ou une association d’anciens élèves37. Les membres de cette classe urbaine élitaire circulent d’un club à l’autre et appartiennent à de nombreuses structures associatives à la fois. Ils s’approprient les pratiques bureaucratiques en vogue dans les clubs sportifs britanniques, à savoir la tenue de réunions, archivées au travers de procès-verbaux, la nomination de personnalités à des postes de Président, Secrétaire, Trésorier, etc., ou encore la tenue d’assemblées générales avec des processus décisionnaires démocratiques. Ce processus de bureaucratisation soulève d’ailleurs parfois des débats houleux quant à la gouvernance des clubs38.
20Toutefois, malgré ces oppositions dans le champ politique ou sportif, qu’elles soient pérennes ou ponctuelles, la bourgeoisie urbaine africaine partage un même fonds culturel. Ainsi, quand en 1931, Francis Dove organise le mariage d’une de ses filles, Marion Adeline, au Rodger Club, il invite l’élite d’Accra, européenne comme africaine. On y retrouve différents représentants des Ratepayers, des membres du Tudu Lawn Tennis Tournament et des employés des compagnies coloniales39. Pourtant, la même année, son autre fille, Mabel, publie des chroniques à forte charge politique anticoloniale (bien loin des positions conservatrices des Ratepayers) dans la presse locale et régionale. Et cinq ans plus tard, Francis Dove défend lui-même le militant nigérian Nnamdi Azikiwe face à un tribunal colonial présidé par son partenaire de tennis, Sir Leslie40. À lui seul, il constitue ainsi un exemple frappant de la manière dont différentes positions politiques s’entremêlent au sein de la bourgeoisie africaine d’Accra.
21Finalement, les Britanniques s’accommodent fort bien de la pratique sportive de ces sujets coloniaux aisés qui respectent en grande partie la séparation raciale et genrée. La plupart des clubs sont exclusivement masculins, les Britanniques jouent entre eux, et seuls les clubs fondés par des Ghanéens permettent la mixité raciale, lors de tournois ponctuels. L’assimilation entre gentlemen ghanéens et britanniques semble jouer un rôle prépondérant dans cette acceptation. Les uns et les autres partagent un ensemble d’affinités culturelles, sociales, politiques, religieuses ou d’identification sexuée, constitutif d’une forme de modernité impériale. À l’intersection de différentes formes d’identifications sociales, les gentlemen d’Accra utilisent le sport pour se distinguer socialement des autres habitants de la colonie. Ils ne mettent donc pas en danger l’homogénéité sociale de la notion de club, au contraire d’une éventuelle pratique populaire ou féminine.
Les sports populaires, un déploiement sous contrôle
22La pratique sportive n’est pourtant pas l’apanage des seules classes aisées. Celles-ci constituent une minorité numérique. La plupart des Ghanéens ne sont pas scolarisés et occupent des emplois subalternes. Les associations sportives et leurs ligues faîtières sont dirigées par des membres des élites scolarisées, comme peuvent en témoigner les noms des participants énumérés dans les procès-verbaux de réunions ou les listes dressées par les administrateurs coloniaux. Mais l’absence de traces dans les archives ne signifie pas une absence de pratique sportive populaire. Nous avons noté précédemment le succès des fêtes sportives organisées à la fin du xixe siècle, qui attiraient des foules de spectateurs et de participants, bien au-delà des classes lettrées. L’essor du football et de la boxe est en grande partie dû à cette pratique populaire. Comme l’a souligné une large littérature portant sur le sport ouvrier britannique, ces activités sportives n’ont pas les mêmes circulations ou les mêmes significations sociales que le tennis41. Leur expansion, en métropole comme en colonie, dépasse largement le cercle restreint des juristes et des universitaires. À l’échelle des classes populaires de Gold Coast, les circulations des pratiques ludiques s’éloignent du regard colonial et des élites scolarisées. L’imbrication des sociabilités populaires, entre asafo atwele, football et mouvements politiques de masse42 permet à différentes strates de la population masculine de Gold Coast de s’approprier les pratiques sportives européennes.
23Comme l’ont démontré Jan Dunzendofer ou Emmanuel Akyeampong, à Accra, les boxeurs, au-delà d’un de Graft-Hayford, sont majoritairement issus des couches populaires : pêcheurs, marchands ou artisans43. Leur pratique de la boxe s’imbrique avec des activités physiques ludiques locales comme celles des compagnies guerrières asafo. Ces organisations d’origine militaire s’impliquent depuis le début du siècle dans les protestations anticoloniales et la pratique pugiliste de l’asafo atwele est ancrée dans un esprit martial, étroitement imbriquée avec l’identité virile Ga, mais aussi à l’émergence d’une culture populaire consumériste, propre à la vie urbaine44.
24Cette photographie (fig. 2) issue des archives de la mission de Bâle permet de donner à voir la pratique populaire de la boxe à Accra au début du xxe siècle. Les jeunes gens, torse nu, ne combattent pas sur un ring mais sur la plage de pêche surplombée par la ville coloniale. La foule majoritairement masculine se presse autour du ring improvisé au centre de la plage, pour laisser place au spectacle. Alors que les spectateurs – vêtus de pagnes drapés autour d’une épaule pour les plus âgé ou d’un simple tissu autour de la taille pour les jeunes pêcheurs – se dressent entre les bateaux de pêche, l’engouement populaire pour la boxe est notable, comme en témoigne le mouvement de la foule au bord de l’eau et au premier plan. Ce loisir hebdomadaire semble d’ailleurs particulièrement intéresser les membres de la mission suisse qui prennent la peine de réaliser une carte postale colorisée.
Figure 2. – Combats de boxe sur les plages d’Accra, c. 1901-1917.

Archives en lignes de la mission de Bâle, [http://www.bmarchives.org].
25De manière générale, parallèlement à la boxe, de nombreux travaux ont mis en évidence l’intérêt des hommes des classes populaires pour le football en Afrique de l’Ouest, soulignant le rôle joué par les anciens combattants de la Première Guerre mondiale, les marins et les travailleurs migrants dans la circulation des pratiques culturelles. Le football connaît un succès populaire rapide dans les villes du sud45. C’est aussi le cas dans les zones minières, dont la population croît rapidement. Ainsi, dans les mines d’or de Tarkwa, Kade ou Wiawso, on retrouve des terrains de football, plus ou moins formalisés, occupés par les mineurs46.
26Cette pratique populaire s’inscrit aussi dans des relations de solidarité régionales et ethniques. Cela peut s’illustrer avec la création de l’Hassaacas Football Club en 1930 à Cape Coast. Ses fondateurs veulent créer un pont entre le Ga United et le Fanti United (du nom de deux groupes côtiers de Cape Coast), « à l’époque où le tribalisme engloutit trop profondément les équipes de football47 ». Ils choisissent de nommer leur club d’après leurs propres initiales afin de neutraliser la charge culturelle de celui-ci et renforcent par la même occasion leur propre poids dans la geste du club. Cet élan nous permet de saisir la volonté des élites de Gold Coast et du gouvernement colonial de prendre la main sur une pratique sportive par trop informelle et partant, incontrôlable. De fait, dans les années 1940, la Gold Coast connaît une explosion du nombre d’adeptes des sports issus des couches populaires, qui sont progressivement intégrées à des associations dirigées par les fondateurs des premiers clubs, comme l’illustre la trajectoire de Richard Akwei48.
Circulations impériales et nationalisme sportif
27Richard Akwei (1900-1976) est un enseignant originaire d’Accra, investi dans le champ politique et sportif. Il est un membre élu de l’Accra Municipal Council (1941) et membre du parti régionaliste Mambii. Ce parti présidé par l’avocat panafricaniste Kojo Thomson est soutenu par des marchandes, des ouvriers ou des pêcheurs. Akwei fait aussi partie des membres fondateurs de la Gold Coast Youth Conference dirigée par Joseph Danquah. En tant que partisan de Danquah, il est en rivalité avec le Convention People’s Party de Kwame Nkrumah fondé en 1947. Akwei devient un dirigeant influent du mouvement sportif de Gold Coast dans les années 1940-1950. Il préside l’association des arbitres de football de Gold Coast (1941-1950) et la United Gold Coast Football Association jusqu’en 1957.
28Au-delà de sa trajectoire singulière, son parcours est symptomatique de la transition que connaît le monde sportif entre l’entre-deux-guerres et l’après-guerre. La génération de sportifs aisés qui a institutionnalisé les premiers clubs est désormais à la tête des principales associations du pays. Ils s’associent pour fonder une institution faîtière, le Gold Coast Amateur Sports Council qui propose un « cadre dans lequel le sport amateur organisé de Gold Coast doit être développé à l’échelle nationale49 ». Car les dirigeants, dans la foulée des préoccupations nationalistes qui font suite à la Seconde Guerre mondiale et agitent la colonie, souhaitent engendrer un mouvement sportif proprement national, en dépassant le fonctionnement d’échelle locale qui était la règle. Ce mouvement s’appuie aussi sur une volonté de faire reconnaître le mouvement sportif de Gold Coast en tant qu’entité unie et autogouvernée, soit la demande politique la plus pressante des années 1940. Cela passe par la fondation du Gold Coast Amateur Sports Council, et l’adhésion autonome à des organisations sportives internationales. Ainsi, la Gold Coast devient coup sur coup membre de la Fédération internationale de football association (1948), de l’Association internationale d’athlétisme amateur (1950), du Comité international olympique (1952) et de la Fédération internationale de boxe (1952). Ce processus d’internationalisation s’inscrit dans une dynamique plus large au sortir de la Seconde Guerre mondiale et dépasse les structures dominées par l’Occident. Cela va de connexions panafricanistes (comme le congrès panafricain organisé par le Ghanéen Kwame Nkrumah et les Afro-américains W. E. B. Dubois et George Padmore en 1945 à Manchester) à l’ouverture de certaines organisations internationales à l’Afrique (comme la Fédération démocratique internationale des femmes).
29Cette reconnaissance du mouvement sportif de Gold Coast passe aussi par les succès des sportifs de Gold Coast à l’échelle de l’empire britannique. Roy Ankrah (1925-1995), le Black Flash, est un boxeur militaire ayant participé aux campagnes coloniales birmanes. Il devient champion de l’Empire britannique au début des années 195050. De même, en 1951, un événement de très grande importance pour les dirigeants de l’United Gold Coast Football Association est organisé. Des joueurs de l’ensemble de la Gold Coast (y compris le nord), partent pour le Royaume-Uni en 1951, l’année même où Kwame Nkrumah devient Premier ministre. Ce voyage est soutenu par l’administration coloniale britannique qui en facilite les aspects matériels. Les historiens du football en Afrique se sont longuement penchés sur ce type de tournée, notamment pour comprendre dans quelle mesure il s’agissait de l’expression d’une identité soit impériale, soit nationale51.
30Dans les faits, il semble bien que les associations de football coloniales veuillent s’appuyer sur cet événement pour fédérer les joueurs de Gold Coast52. Pour la première fois, une sélection comporte des joueurs issus des quatre coins du territoire. Cette décision doit sceller l’unité de la colonie en tant qu’entité sportive opérante, alors que bon nombre d’associations sportives ne fonctionnent qu’à l’échelle locale ou régionale, que ce soit en football, en boxe ou en athlétisme. L’équipe part de Takoradi en bateau et joue en Irlande, au pays de Galles, à Londres puis à Liverpool, contre des équipes amatrices et semi-professionnelles avant de retourner en Gold Coast. Le voyage dure plusieurs semaines. Dans leurs photographies souvenirs, les footballeurs posent avec le costume officiel de l’équipe devant les bateaux à vapeur à Takoradi et Liverpool, mais aussi en vêtements civils devant les attractions touristiques53. Ils sont généralement en costumes-cravate et beaucoup plus rarement, vêtus de pagne en kente, ce tissu rayé cousu de soie et de coton, formant des motifs aux couleurs vives, typique des régions akan et devenu un symbole national du pays. Ils visitent Londres et l’abbaye de Westminster, lieu symbolique du pouvoir royal britannique. Richard Akwei accompagne l’équipe au Royaume-Uni en tant que « manager reconnu par le gouvernement54 ». À son retour, il devient le responsable de l’organisation des rencontres intercoloniales de football à deux échelles : l’ensemble de la Gold Coast contre d’autres colonies britanniques ou bien à l’échelle du territoire entre la colonie et l’Ashanti. Dans la foulée, il devient le président de la « National » Football Association. En 1952, l’adjectif apparaît pour la première fois dans les archives, pour qualifier l’association55. Ce moment scelle l’unité nationale du football ghanéen. Comme pour les adhésions aux organisations internationales mentionnées plus haut, cette entreprise de nationalisation s’inscrit dans le contexte d’émergence d’organisations nationales dans différents domaines, dépassant le seul cadre des partis politiques. C’est par exemple le cas de la National Federation of Gold Coast Women, inaugurée en août 195356.
31Quelques années plus tard, Richard Akwei est à nouveau impliqué dans un moment important de l’histoire du football ghanéen, mais sous un angle tout autre. En 1953, une inondation frappe l’Angleterre. Elle fait plus de 300 morts et endommage considérablement l’abbaye de Westminster. En apprenant cette nouvelle, les membres de l’association de football de Gold Coast organisent des matchs de charité pour répondre à l’appel de Winston Churchill, qui demande un million de livres pour restaurer l’abbaye et soutenir le fond des victimes de l’inondation57. Dans un courrier adressé au gouverneur colonial, Richard Akwei explique que les joueurs et les administrateurs « se rappellent avec gratitude l’hospitalité dont a fait preuve le peuple britannique partout où [ils sont] allés. [Ils ont] aussi eu le privilège enviable de visiter Westminster Abbey58 ».
32La démarche volontaire de Richard Akwei et de ses collègues est celle d’une adhésion à une forme de communauté impériale, ici incarnée par la solidarité réciproque, les échanges culturels et l’appréciation des marqueurs symboliques de la royauté. Associée aux engagements politiques d’Akwei, elle permet de réinterpréter les visites culturelles, le soutien de l’administration coloniale et l’ensemble du voyage comme une mise en scène nationaliste au sein d’un cadre plus grand, celui de la communauté impériale, qui sera d’ailleurs pérennisé en participant aux Commonwealth Games à partir 1954. Le football masculin participe ici aux significations plurielles présidant à l’internationalisation du sport africain au début des années 1950. Ce déploiement précoce, initié par des acteurs africains, est bien éloigné de la situation ivoirienne. En effet, en Côte d’Ivoire, les sports sont principalement circonscrits à l’échelle de l’Afrique-Occidentale française, et dirigés par des Français.
De la jeunesse « évoluée » d’Abidjan à la Révolution nationale pétainiste
33La Côte d’Ivoire voisine, province de l’AOF éloignée du centre décisionnaire et de la vie culturelle et sociale de Dakar, est une colonie de plantation. Et il apparaît que jusqu’à la fin des années 1950, au contraire de ce que l’on observe en Gold Coast, les Français gardent la mainmise sur l’organisation des sports. Des années 1920 aux années 1950, ils sont pris dans une contradiction entre un désir de former une population énergique et forte grâce aux activités physiques et sportives et la peur de voir celles-ci échapper à leur contrôle.
Les Pontins sous contrôle
34Jusque dans l’entre-deux-guerres, la pratique des sports européens reste marginale en Côte d’Ivoire. Comme dans la Gold Coast voisine, le football masculin émerge en premier dans les territoires commerçants ou industrieux. Des clubs sont créés sur le pourtour de la lagune Ébrié (Grand Bassam, Bingerville et Abidjan, successivement capitales coloniales de la Côte d’Ivoire) ainsi que dans les autres villes moyennes de la colonie, le long du chemin de fer ou sur le trait de côte. En 1927, les villes de Dabou, Agboville, Dimbokro ou Bouaké comptent chacune quelques clubs sportifs (multisports pour la plupart, mais aussi des clubs de football) européens ou africains59, mais beaucoup moins que la Gold Coast voisine. Malgré ce faible investissement des pratiques sportives européennes, il est toutefois possible de noter la participation croissante des Ivoiriens aux coupes d’AOF de basket, d’athlétisme ou de football au cours des années 1930 ou l’organisation d’une première course cycliste « réservée aux indigènes » en 1937 par le Sporting-Club Bassamois, qui attire des compétiteurs issus de toute l’AOF60.
35Ce faible investissement intrigue l’administration coloniale aofienne. À l’échelle de la fédération, les responsables politiques supposent que les populations colonisées sont incapables d’apprécier et de maîtriser ces activités, comme le signale la position du directeur des Affaires politiques d’AOF en 1939 :
« La psychologie indigène conçoit difficilement l’égalité qu’implique la constitution de l’“équipe”. Elle n’est pas encore familiarisée avec cette idée que le chef puisse, abandonnant les attributs du pouvoir et sous l’anonymat de l’uniforme entrer en compétition, sur le terrain, avec les gens du commun. […] L’obstacle qui résulterait suivant la Commission, de la mentalité indigène, réfractaire à la conception d’égalité et à l’anonymat de l’équipe, perd de sa valeur dans une mesure appréciable, lorsqu’il s’agit de la jeunesse évoluée qui tend précisément à s’affranchir plus ou moins ouvertement des hiérarchies traditionnelles61. »
36Le raisonnement propose une lecture racialisée, qui naturalise une supposée incapacité culturelle et psychologique des Africains à pratiquer les sports européens. Dans son courrier, le directeur des Affaires politiques et administratives suppose une opposition de nature entre des valeurs africaines « arriérées » (par opposition à la jeunesse « évoluée ») et le sport, vecteur de démocratie. Cette entreprise de naturalisation des compétences sportives (ici la constitution d’une équipe) s’inscrit en droite ligne avec la taxonomie coloniale raciste.
37Au-delà de ce raisonnement, la « jeunesse évoluée » aofienne constitue bel et bien le cœur des pratiquants. Comme l’ont souligné Rémi Clignet et Philip Foster, le gouvernement colonial souhaite en effet éduquer une élite « certes peu nombreuse, mais dont le système de valeurs serait intégralement déterminé par la culture française62 », depuis la littérature classique jusqu’aux activités sportives. Il ne s’agit pas de maintenir cette jeunesse « francisée » dans une isolation culturelle mais bien de l’associer partiellement aux Européens, de manière subordonnée. Ce serait la mission civilisatrice (dont les sports) qui sortirait alors les Africains d’une supposée « arriération » naturalisée.
38Cette jeunesse évoluée ivoirienne pratiquante de sports fait ses classes au lycée William-Ponty de Dakar, où le sport est plus profondément implanté qu’en Côte d’Ivoire. En effet, dans les années 1920, c’est au cœur de la capitale aofienne que les clubs sportifs se multiplient, avant de lentement gagner la lagune ivoirienne dans les années 1930-1940. Jean-Hervé Jezequel montre que les Pontins ivoiriens sont pour moitié issus de familles rurales, et notamment de familles aisées de planteurs. Dans une moindre mesure, leurs pères sont déjà auxiliaires de l’administration coloniale ou commerçants63. Ils découvrent à Dakar des clubs sportifs français, africains et proche-orientaux, notamment libanais64.
39Dans les années 1930, la Côte d’Ivoire est une terre d’accueil pour ces Ivoiriens formés dans la plus prestigieuse école d’AOF, mais aussi pour des Sénégalais, Dahoméens ou Togolais, formés eux aussi à William-Ponty, qui rejoignent la colonie à la demande des maisons de commerce d’Abidjan et de Bassam65. Ces jeunes hommes intègrent des fonctions administratives, deviennent instituteurs, médecins, employés par le gouvernement ou des compagnies coloniales, ou planteurs. De retour en Côte d’Ivoire, ils se rendent principalement à Abidjan, où ils fondent et s’intègrent à des clubs sportifs, notamment de football masculin. Ainsi, Germain Coffi Gadeau (1913-2000) – originaire du centre de la Côte d’Ivoire, comptable, auteur de théâtre et futur membre du Parti démocratique de Côte d’Ivoire – participe à la fondation de l’Union sportive des fonctionnaires d’Abidjan en 1936, après ses études à William-Ponty. Le club fusionnera par la suite avec la PIC (Planification industrielle Christian) et l’Olympique-Club d’Abidjan en 1959 pour devenir le Stade d’Abidjan66. Pour autant, l’implication de Gadeau dans la gestion sportive diffère de celle des gentlemen africains d’Accra. Si ces derniers étaient seuls à la tête des associations sportives, il n’en est pas de même en Côte d’Ivoire, alors que les gouverneurs successifs de la colonie ne ménagent pas leurs efforts pour contrôler les clubs.
40En effet, les plus hauts niveaux de l’administration aofienne s’inquiètent de ce que les clubs ne dissimulent des comportements contraires aux intérêts de la France. Il devient tout particulièrement nécessaire d’éviter les sociétés sportives « comprenant exclusivement des membres musulmans67 », considérés par l’administration comme plus enclins à la révolte. Plus largement, l’ensemble des clubs exclusivement africains est redouté. Dans les lignes suivantes, écrites en 1939, Horace Crocicchia (gouverneur de Côte d’Ivoire de 1939 à 1940) décrit longuement et clairement la menace politique qu’il perçoit chez cette nouvelle classe d’Africains « européanisés » et la manière dont il entend employer le sport pour lutter contre la politisation de ces jeunes gens :
« Abandonner à leur sort ceux-là même que nous avons instruits, c’est créer un prolétariat intellectuel dans lequel se recrutent plus tard les pires ennemis de notre nation colonisatrice. […] Il importe d’aiguiller cette catégorie d’administrés sur un terrain neutre d’où la politique […] soit nettement exclue. L’un de ces terrains, sur lequel s’efface toute considération d’ordre racial et où la jeunesse, obéissant à une discipline volontairement consentie, peut mieux faire ressortir la valeur de chacun, est sans conteste celui du sport. […] Nous avons voulu, afin d’atteindre le but visé : rapprochement réel et confiant de deux races si différentes, veiller à ce que soient sévèrement expurgés des statuts tous articles concernant en particulier les questions politiques et religieuses et que le développement des sociétés n’échappe pas à notre bienveillant contrôle68. »
41Ainsi, les membres des premiers clubs de football, qui sont souvent des clubs corporatifs, sont des employés africains vivant à Treichville, un des premiers quartiers lotis des villes coloniales de l’empire français69. Il est peuplé d’employés de maison ou de commerce, de cheminots ou de fonctionnaires. Ils sont issus de la formation scolaire coloniale (dakaroise ou ivoirienne). C’est le cas de la PIC, de l’Union sportive des fonctionnaires d’Abidjan ou de l’Union sportive des indigènes, tous fondés dans les années 1930. Conformément aux vœux de Crocicchia qui appelle à un « bienveillant contrôle », la direction de ces clubs est assurée par leurs supérieurs hiérarchiques français70.
42Cela fait écho au paternalisme qui préside à la formation des clubs de football masculins ouvriers en France ou en Grande-Bretagne, alors que les chefs d’entreprise souhaitent contrôler les « classes dangereuses » et les détourner de l’activité syndicale. Cela va aussi dans le sens des analyses de Jean Meynaud puis Patrick Clastres, qui montrent que l’idée d’une pratique sportive idéalement dépolitisée est généralement présentée comme la « revendication d’une indépendance de la pratique sportive vis-à-vis des affaires de la politique » au travers d’un discours humaniste de rapprochement des peuples71. Or, comme ils le soulignent, il s’agit bien plus d’un discours de « défense des privilèges et commodités des groupes nationaux ou sociaux dominants » propre aux discours sur l’apolitisme au sens large72. À l’aune du contexte colonial, la position de Crocicchia sur l’apolitisme sportif, ainsi que le « bienveillant contrôle » exercé par l’administration coloniale s’inscrit dans cette défense de privilèges.
43Comme en Gold Coast, cette volonté d’unifier les « deux races si différentes » se heurte à une ségrégation issue du colonat, alors que les clubs exclusivement européens sont légion73. Comme chez leurs voisins anglophones, cette ségrégation va jusqu’à se retrouver dans les gradins, tout en étant une fois encore renforcée par le facteur de classe. Dans les grands stades d’AOF, les places debout au soleil sont l’apanage des spectateurs et spectatrices africains alors que les places assises des tribunes ombragées sont réservées aux Européens et à quelques Africains aisés, ceux-là mêmes qui se sont formés à William-Ponty74.
44Au-delà des éventuelles opinions politiques séditieuses des athlètes, c’est aussi leur bonne moralité que les autorités coloniales cherchent à contrôler. Le clergé catholique joue un rôle prépondérant dans ce cadre. Ses membres favorisent la pratique sportive dans le cadre de leurs paroisses. Ils cherchent ainsi à conserver les jeunes gens sous leur contrôle bienveillant afin de s’assurer de la moralité de l’ensemble de leurs ouailles. Ainsi, bien plus qu’en Gold Coast où le modèle du club sportif ou social dirigé par des Africains est majoritaire, les associations sportives à caractère religieux sont nombreuses, comme le club Jeanne d’Arc d’Abidjan. Dans le même ordre d’idées, certaines associations sportives ivoiriennes récemment fondées sont dissoutes, sous le prétexte qu’elles seraient des « dancings déguisés75 ». En l’occurrence, c’est le cas d’un club installé à proximité de la paroisse catholique Sainte Jeanne d’Arc de Treichville et fermé en 1927.
45Dans l’ensemble, il y a très peu d’infrastructures sportives à Abidjan (la nouvelle capitale coloniale déplacée depuis Bingerville en 1934). Jusqu’à la fin des années 1930, la métropole comporte un seul stade multisport d’envergure (le seul de Côte d’Ivoire où l’on peut pratiquer à la fois du basket, du volley, du rugby, du football et de l’athlétisme). Pourtant, si Abidjan n’est pas aussi grand qu’Accra, la ville est en pleine expansion urbaine. Contre cinq milliers d’habitants dans les années 1920, elle en compte plus de 15 000 dans les années 193076. Vouloir et pouvoir pratiquer une activité sportive européenne reste une exception dans ce contexte d’exode rural, d’expansion démographique et de sous-équipement sportif. Mais cette pénurie prendra une direction fort différente à la Seconde Guerre mondiale.
Pierre Boisson et le sport en Côte d’Ivoire
46À partir de juillet 1940, la Côte d’Ivoire est gouvernée par Pierre Boisson. Celui-ci devient gouverneur général d’AOF à la suite de sa déclaration de loyauté vis-à-vis du maréchal Pétain. Il lui est loyal jusqu’en novembre 1942, date à laquelle il affirme son adhésion à la France libre, ce qui sera largement démenti lors de l’épuration. Sous la houlette de Boisson, la Côte d’Ivoire est un fief pétainiste, jusqu’en juillet 1943. Pendant trois ans, de 1940 à 1943, la colonie devient un espace d’expérimentation de la Révolution nationale, qui se traduit par un fort un investissement idéologique dans le champ sportif77. La Côte d’Ivoire ne fait alors pas exception au « véritable déluge de consignes, de lois pétainistes78 » qui déferle sur les colonies, alors que la Révolution nationale est exportée outre-mer.
47Le 24 août 1942, Pierre Boisson établit une charte sportive, qui régit les activités physiques et sportives aofiennes79. La charte encadre et favorise la croissance des clubs et des fédérations sportives. Celles-ci sont placées sous la houlette d’un Conseil supérieur du sport, lui-même dépendant du ministère de l’Instruction publique. Cet intérêt pour la pratique sportive s’inscrit dans un projet politique plus large. La charte reprend les principes de la Charte des sports promulguée en France deux ans plutôt, le 20 décembre 1940. Dans l’hexagone, le nouveau commissaire général à l’Éducation et aux sports Jep Pascot, nommé le 18 avril 1942, s’inscrit dans la continuité des politiques publiques mises en œuvre depuis les années 1930, tout en étant un fervent partisan de la Révolution nationale. Pour le Front populaire et surtout le gouvernement du maréchal, la pratique encadrée des activités physiques et sportives a une double visée : l’hygiénisme et la stabilisation de l’ordre social80. Cette vision du sport forgée depuis les années 1920 se généralise. Dans la Côte d’Ivoire de Boisson, désintéressement, loyauté et discipline doivent irriguer l’ensemble de la population sportive, Européens et Africains confondus. Les athlètes deviennent la colonne vertébrale morale et physique de la nation.
48En Côte d’Ivoire, si ce projet de redressement des corps est de faible envergure dans le cadre des sports civils, du fait de la faiblesse du tissu associatif sportif et des investissements financiers consentis en temps de guerre, il fait l’objet d’une pléthore d’injonctions. La stabilisation de l’ordre social visée par l’encadrement des pratiques physiques et sportives en France portait principalement sur la pacification des rapports de classe. En AOF, ce sont les rapports sociaux de race qui sont ciblés. Dans un prolongement explicite du modèle de l’armée coloniale et de la mobilisation des soldats africains pendant la guerre sous la direction d’Européens, Boisson propose l’organisation suivante :
« Les jeunes colons, civils et militaires (et ce malgré leurs réticences), [devront] sinon diriger, du moins encadrer un groupe d’indigènes et lui montrer par leur propre exemple comment nous concevons l’ordre, la discipline librement consentie, le courage, la modestie dans le succès, la dignité et la loyauté, en un mot l’esprit d’équipe dans le sens de la plus grande solidarité81. »
49Ici, Boisson reprend des concepts pétainistes (l’esprit d’équipe, le désintéressement, la discipline, le courage) propres à l’invention d’une « chevalerie moderne » française. Comme le montre l’historien Christophe Pécout, sous la Révolution nationale, le sport doit permettre d’intérioriser ces valeurs morales de retour à la tradition chrétienne82. Dans le même temps, Boisson oppose des sportifs blancs dépositaires de valeurs et de compétences positives, à des sportifs noirs qui en seraient dépourvus. En supposant la transmission possible de ces compétences, il hiérarchise les catégories raciales tout en envisageant la possibilité de « civiliser » les « indigènes ».
50Ce souci moral de la loyauté s’ancre dans des préoccupations d’ordre politique. Le gouverneur souhaite reprendre la main sur les activités sociales des sujets impériaux et cela passe principalement par le contrôle de leurs activités associatives, y compris de loisirs. Pascot va jusqu’à recommander d’être particulièrement attentif à la « multiplication des petits clubs, nés souvent de partis politiques », lors de sa visite de l’AOF en mars 194183. Dans les faits, le durcissement du contrôle des activités sportives ne semble pas se traduire par l’interdiction de la pratique, que ce soit en AOF en général ou en Côte d’Ivoire en particulier, mais plutôt par un contrôle soutenu des activités sportives africaines par l’administration française. La loi de 1940 sur les organisations syndicales et les partis politiques donnait toute latitude au gouvernement colonial pour interdire les formations sportives84. Mais l’administration coloniale n’en fait pas usage, pas plus à cette date qu’après l’édiction de la Charte des sports en 1942. Les sports, plus qu’un dangereux creuset de sédition politique, sont employés à pacifier les rapports entre Européens et Africains, dans la lignée des propositions d’Horace Crocicchia. Les équipes africaines reconnues dans les ligues sont dirigées par des Français, omniprésents dans les structures dirigeantes des clubs : hommes d’affaires, membres des services administratifs, employés des compagnies coloniales.
51Le processus de bureaucratisation descendant initié par Boisson et Pascot semble porter ses fruits dans le courant de la décennie suivante. Ainsi, à partir de 1944, on observe une très forte augmentation du nombre de clubs de sport officiellement recensés. Il n’y avait que 20 clubs en 1943, puis une centaine de clubs est enregistrée pendant la décennie d’après-guerre, arrivant à un total de 138 clubs en 195885. Mais les données restent modestes. Certes, la pratique peut aussi être retrouvée au sein de structures non enregistrées au titre de clubs sportifs : associations culturelles proposant plusieurs activités, mouvements de jeunesse, sport scolaire, structures religieuses, sans compter le sport informel. Mais ces clubs et associations sont eux aussi moins nombreux en Côte d’Ivoire que dans le reste de l’AOF. L’historienne Hélène d’Almeida Topor montre que la part d’associations de jeunes déclarées entre 1946 et 1960 en Côte d’Ivoire est dérisoire comparativement à la Guinée, au Dahomey ou au Soudan86. La Côte d’Ivoire se distingue par son faible nombre de clubs sportifs vis-à-vis à des structures encadrées par le clergé ou l’école. D’Almeida-Topor montre que si les clubs sportifs représentent plus d’un quart du mouvement associatif en Guinée, au Sénégal ou au Soudan, la part descend en dessous de 10 % en Côte d’Ivoire.
52Les associations scolaires et religieuses représentent toujours la part du lion des activités sportives. Plus singulièrement, les sociétés Jeanne d’Arc spécifiquement dédiées au sport, encadrées par le clergé catholique, essaiment autour des missions, à Abidjan et dans des centres urbains secondaires. Dans l’ensemble, les associations restent clairement citadines, notamment concentrées à Abidjan et ne comportent généralement pas plus d’une vingtaine d’adhérents87. De même, les infrastructures restent peu nombreuses. Bien que les deux derniers gouverneurs français de Côte d’Ivoire (Camille Bailly et Pierre Messmer) affirment qu’elles sont suffisantes en 1953, l’Assemblée territoriale de Côte d’Ivoire s’interroge au contraire sur leur sous-dimensionnement. Et leur successeur ivoirien, Auguste Denise, confirme cette insuffisance infrastructurelle88. Ainsi, malgré des projets ambitieux comme celui de la Charte sportive et un désir de contrôle croissant comme exprimé par Crocicchia puis Pascot, du point de vue du sport civil, le gouvernement colonial reste celui des « faux-semblants89 ». La France n’a pas les moyens humains, économiques ou financiers de sa domination, alors qu’elle continue d’administrer l’empire.
53Le sport connaît toutefois un engouement croissant, en dehors des institutions coloniales, à partir des années 1940 et pendant la décennie qui suit. Cette pratique populaire croissante est bien mal contrôlée par les autorités coloniales. Comme dans la Gold Coast voisine, ce sont le football et la boxe masculines qui suscitent l’enthousiasme des classes populaires. Chaque semaine, le journal Abidjan-Matin retrace ainsi les hauts faits de matchs de football suivis par un public nombreux « qui ne demande qu’à s’enthousiasmer90 ». Et surtout, l’exode rural est de plus en plus fort. De nombreux jeunes gens et jeunes filles quittent leurs familles pour travailler dans le service, pour les compagnies coloniales, l’armée, ou encore les emplois informels qui se multiplient avec la croissance urbaine. Ce faisant, ces jeunes se confrontent à de nouvelles pratiques de loisirs intimement liées à la vie urbaine91.
54À titre d’exemple, en 1958, les jeunes protagonistes du film de Jean Rouch, Moi, un noir92, sont passionnés de boxe et de football, comme lorsque le personnage principal, Edward G. Robinson s’invente une nouvelle identité et devient Ray Sugar Robinson, champion de boxe poids plume. Depuis l’entre-deux-guerres, les colonies françaises constituent un vivier de recrutement pour la boxe hexagonale. La figure du champion de boxe noir, comme le Sénégalais Battling Siki (1897-1925) ou l’Américain Jack Johnson (1878-1946) irrigue l’imaginaire des jeunes Ivoiriens poussés en ville par l’exode rural. Les images de Jean Rouch montrent des jeunes filles et des jeunes garçons qui, pendant les week-ends, assistent à des rencontres de boxe ou des matchs de football, écoutent du swing et de la rumba93. Ils boivent des bières Bracodi, s’inventent des surnoms aux consonances nord-américaines ou vont danser dans des dancings et des Goumbé, ces cercles de danse Dioula qui se multiplient à Treichville depuis les années 193094.
55Cet engouement sportif, notamment pour la boxe, étonne toutefois les promoteurs sportifs français, encore une fois sur la base de compétences et de désirs qu’ils considèrent comme propres aux hommes africains en général, en ligne avec les catégories coloniales racialisées :
« Contrairement à ce qu’on aurait pu penser, la pratique de la boxe, qui exige des entraînements réguliers et une certaine discipline de vie, rencontre la plus grande faveur auprès des Africains95. »
56Au cours des années 1940-1950, les sports deviennent constitutifs des identités urbaines des jeunes Ivoiriens et plus spécifiquement d’une certaine idée d’une masculinité jeune et moderne, où la puissance et la célébrité des champions sportifs font office de modèle. Pour autant, en Côte d’Ivoire comme en Gold Coast, la pratique sportive ne se cantonne pas à la seule pratique masculine.
Des jeunes femmes modernes sur les terrains de sport coloniaux
57L’ethos viril du sportsman96, qu’il soit élitaire comme dans la figure du gentleman ou populaire comme dans celle du footballeur ouvrier, est omniprésent dans le sport européen ou africain, combinant force physique et honneur. Cette mainmise masculine sur les sports n’est pas sans faire écho avec la situation française ou britannique. Pourtant, comme en Europe, un certain nombre de jeunes femmes sont elles aussi des sportives assidues.
58Nous avons mentionné précédemment la participation des femmes aux fêtes sportives des années 1880-1910 en Gold Coast. Elles s’affrontent lors de compétitions d’ampe97, de courses de sprint. Des matchs de rounders ou de netball opposent des écolières98. Les filles et les femmes sont aussi intégrées à des épreuves ludiques : course à l’œuf et à la cuillère, cerceaux, tir à la corde, course avec un pot d’eau99… Mais au fil de la bureaucratisation et de l’affiliation des associations sportives à des organisations sportives régionales puis nationales, les institutions sportives se concentrent autour d’épreuves considérées comme sportives et « viriles100 ». La participation des filles et des femmes disparaît progressivement des comptes rendus de compétitions sportives.
59Pour autant, pendant l’entre-deux-guerres, les jeunes filles aisées de la bourgeoisie urbaine de Gold Coast continuent de s’adonner aux sports, en véritables modern girls. La pratique sportive complète alors la panoplie des activités de la « femme nouvelle101 ». Ainsi, en 1934, le portrait de la jeune fille noire moderne dressé par Mabel Dove prend acte de ce tournant :
« L’objet de ma présente tentative est de donner une image de la jeune fille noire moderne telle qu’elle est aujourd’hui : le produit de l’école missionnaire, recouverte d’une couche considérable de vernis anglais […]. Et les personnes qui connaissent l’Afrique aujourd’hui ne seront pas déçues de découvrir que le “knobkerry” [un marteau de guerre sud-africain] a été remplacé par une “raquette de tennis”, en tant qu’instrument de la modernité le plus efficace, bien digne d’être emporté dans une quête si importante102. »
60Dove est une sportive accomplie depuis sa scolarisation en Sierra Leone puis en Angleterre103. Sous sa plume, la raquette de tennis est à la fois symbole de la modernité et objet concret. La journaliste écrit un pastiche particulièrement mordant d’un texte de George Bernard Shaw, où la raquette prend symboliquement la place du knobkerry104. Comme elle le souligne avec humour, le personnage stéréotypé de Shaw semblait en effet opérer un retour aux prémices de la rencontre coloniale, aux temps de Livingstone et de Stanley. La raquette est aussi un objet très concret pour son héroïne. Durant sa quête auprès des missionnaires de Gold Coast, elle la brandit insolemment au nez du leader de l’Église anglicane, « comme pour suggérer le dernier revers à la mode sur les courts de Wimbledon105 ».
61Les articles de Dove sont particulièrement utiles pour souligner l’importance de la pratique sportive pour les jeunes femmes de Gold Coast, mais aussi l’ambivalence qu’elle-même, joueuse chevronnée de tennis et de cricket, entretient vis-à-vis de cet engouement. Elle encourage l’intérêt croissant des femmes pour le sport à l’aube des années 1930 :
« J’observe encore et toujours l’intérêt que toutes nos femmes portent à différentes activités, et plus particulièrement au sport. L’autre jour, j’ai ainsi regardé avec grand intérêt un match de hockey, au Polo Ground, opposant une équipe mixte à une équipe entièrement masculine. Le jeu était remarquablement équitable, et le niveau était globalement bon, en dépit de la présence de quelques experts, qui ont aussi participé au match – et il y avait même des Européens ! Quel bonheur de voir nos filles parcourir le terrain, conserver un rythme merveilleux, et se maintenir au niveau de la cadence de la balle et du mouvement général du jeu106. »
62En soulignant avec enthousiasme la parité de niveau entre les femmes et les hommes comme la présence d’Européens lors de ce match de hockey, elle s’inscrit en faux contre une supposée inégalité naturelle entre hommes femmes, mais aussi entre Noirs et Blancs dans le champ sportif. Elle se pose ici en fervente défenseure du sport féminin, soulignant l’habileté des jeunes joueuses sur le terrain. Mais sa défense de la pratique sportive des femmes n’est pas univoque. Elle regrette ainsi que les jeunes femmes du Rodger Club « concentrent toute leur belle énergie à jouer au tennis ou à d’autres passe-temps. Les avantages que l’on peut retirer de telles activités, s’ils sont bénéfiques d’un point de vue purement physique, nous aident bien peu sur le chemin de la réalisation sociale107 ».
63Ces jeunes femmes ayant accompli des études secondaires ont commencé leur pratique sportive dans les écoles supérieures de jeunes filles, voir pendant leurs études en Grande-Bretagne. Dans ce contexte, le netball, le rounders, le hockey et l’athlétisme sont pratiqués et encouragés. Elles représentent une infime minorité de la population, mais leur intérêt pour le sport est significatif, en tant qu’il permet de souligner la charge virile des sports. En tant que pratique quasi exclusivement masculine, le sport reste en grande majorité un entre-soi genré. Ces jeunes filles font le choix délibéré de s’intégrer à des loisirs censément masculins et, partant, à la sociabilité qui entoure ces pratiques : discussions, sorties, lectures, etc. Cela passe aussi par de la pratique au sein de clubs de femmes, qui organisent des parties de croquet ou de tennis108.
64Plus encore, Mabel Dove et certaines associations de femmes, avec les nuances citées précédemment, associent le sport à une marque d’émancipation. Ainsi, à Cape Coast, le West African Women’s Union, fondé en 1930, insiste sur l’importance de l’amélioration du « physique des femmes africaines » au travers du sport, aux côtés de l’acquisition de compétences musicales, de la valorisation de l’hygiénisme ou de l’éducation des jeunes filles109.
65Cette pratique et cette promotion sportive peuvent faire écho à la notion d’espace de la cause des femmes. Laure Bereni définit celui-ci comme « la configuration des sites de mobilisation au nom des femmes et pour les femmes dans une pluralité de sphères sociales110 ». Or, pendant l’entre-deux-guerres, en Afrique ou ailleurs, des sportives ou des dirigeantes d’organisations sportives choisissent de pratiquer des activités initialement codées comme masculines, comme le scoutisme ou les sports européens, remettant ainsi en question les discours sur la faiblesse physique des femmes111. Elles ne proposent pas toutes un agenda féministe, mais par leur pratique, bousculent l’association entre sport et masculinité. Associer la promotion de la pratique sportive féminine à un espace de la cause des femmes invite aussi à mobiliser la pluralité des imaginaires et argumentaires en faveur de la pratique sportive par les femmes. En l’occurrence, la promotion des sports par les Ghanéennes repose sur l’esthétisme, l’hygiénisme, voire la puissance corporelle. Dans un contexte où la pratique sportive est présentée comme un danger pour les femmes, qu’elles perdent leurs capacités reproductrices ou leur respectabilité, leur position marque une forme de subversion.
66Toutefois, cette transgression est plus ou moins forte, en fonction des pratiques et des contextes. Un match mixte de hockey est ainsi particulièrement rare. Par contre, le tennis est pratiqué de longue date par les femmes de la bourgeoisie et de l’aristocratie britannique. Nonobstant ces nuances, investir le temps du loisir, en deçà des espaces scolaires, familiaux ou religieux, reste une conquête. Trop de loisirs est d’ailleurs critiqué par Mabel Dove elle-même, qui préférerait que ses camarades aient des activités plus studieuses…. Enfin, cette pratique reste relativement circonscrite, à des activités de sociabilité respectables (cercles sociaux mixtes ou clubs de femmes), plutôt qu’à un investissement compétitif, au sein de clubs sportifs ou de tournois, qui restent des affaires masculines.
67Si faire du sport semble une activité courante pour ces jeunes filles, elles restent encore des exceptions à l’échelle de la Gold Coast, et ce jusqu’à la fin des années 1930. Quant à la Côte d’Ivoire, aucune occurrence n’a pu être distinguée pendant cette période. Le fait que la pratique sportive européenne soit moins bien implantée dans la colonie francophone, de même que la quasi-absence d’écoles secondaires pour jeunes filles (excepté à Bingerville) dans la colonie, limite considérablement son déploiement.
68Pendant les années 1940, les jeunes Abidjanaises commencent à s’adonner aux sports européens, sous le contrôle du clergé catholique. Ces jeunes Ivoiriennes scolarisées pratiquent notamment du volley-ball et du basketball. Ces pratiques ne sont pas anodines. L’absence de contact physique et les caractéristiques morales attribuées au basket, né dans les YMCA américaines, font de ce sport un instrument idéologique important de l’Église catholique en France112. À partir des années 1950, dans le cadre du patronage catholique abidjanais, le basket devient un loisir de prédilection pour bon nombre de jeunes filles africaines scolarisées, sous la houlette du clergé et d’enseignantes européennes113. Ainsi, en 1955, le gouverneur territorial inventorie quelques équipes féminines réparties entre le patronage et le service social : le Club sportif et culturel d’Abidjan, géré par le service social, rassemble une cinquantaine de sportives (trois équipes de basket et deux équipes de volley) qui côtoient les deux équipes de volley du Club Jeanne d’Arc, sous la houlette du clergé. À Bassam, on compte une équipe de basket et deux équipes de volley114. Le sport féminin est ici toléré voire encouragé, en tant qu’il est porteur du projet de moralisation des missions catholiques. Celles-ci, dans la lignée des pratiques françaises, valorisent les pratiques féminines d’intérieur, liées aux milieux scolaires et religieux.
69Pendant la même période, en Gold Coast, le sport féminin continue de prendre de l’ampleur. Et cela va se traduire par la formation d’une association sportive nationale. La Gold Coast Women Amateur Athletic Association, dirigée par des Ghanéennes est fondée en 1955. Dès l’année suivante, ses membres siègent régulièrement au sein de la Gold Coast Amateur Athletic Association. Dans la foulée, des épreuves féminines sont intégrées au championnat national. Pour autant, les organisatrices du sport féminin rappellent que « cela ne devrait pas exclure l’idée d’un championnat entièrement féminin, organisé par l’association féminine d’athlétisme115 ». Cet investissement du cadre compétitif, en dehors du cadre scolaire, est en rupture avec les décennies précédentes, alors que la pratique des sports européens par les femmes était circonscrite à des cercles de sociabilité.
70En parallèle, des femmes continuent de jouer des rôles invisibles dans l’institutionnalisation du sport masculin. Qu’elles soient pratiquantes ou non, en tant que secrétaires, filles ou épouses, elles peuvent être amenées à organiser les réceptions ou les voyages et permettre la mise en place du réseau sportif de Gold Coast116. Dans ce cadre, leur pratique est généralement subordonnée à un rôle social familial. Quelques rares figures se distinguent toutefois, comme celle de Theodosia Okoh (1922-2015), qui œuvre à la genèse et à la croissance du hockey ghanéen. Originaire de l’ouest de la colonie, cette fille de pasteur étudie dans une école de la mission bâloise d’Agogo (à 80 km de Kumasi) puis à Achimota où elle obtient un diplôme d’enseignement et d’art en 1945. Elle devient enseignante jusqu’à la naissance de ses enfants (1955). Cette peintre est à l’origine du drapeau étoilé adopté par le Ghana en 1956117. Elle participe à la fondation de la Gold Coast Amateur Hockey Association en 1950, aux côtés du Dr Emmanuel Evans-Anform (1919-, premier président de l’association, médecin et universitaire), de son époux Enoch Kwabena Okoh (1922-2015, membre du Convention People’s Party et futur chef de cabinet de Nkrumah) et de Francis Edwards Tachie-Menson (1910-, membre du Trade Union Congress et futur ministre de Nkrumah). Elle en devient vice-présidente, rôle qu’elle continue à jouer après l’indépendance, en tant que présidente (1961-1968) puis vice-présidente (1972-1976), avant de rejoindre le comité directeur de la Women Sport Organisation fondée dans les années 1970.
71Alors que le sport devient progressivement une composante ordinaire de l’expérience citadine en contexte colonial, ces femmes participent à sa pérennisation. Leurs trajectoires peuvent relever de l’exception, à l’instar d’une Theodosiah Okoh, ou de l’ordinaire de jeunes femmes aisées vivant dans un centre urbain colonial, comme pour les volleyeuses des clubs patronaux d’Abidjan. À ce titre, elles sont à l’intersection de logique raciales, socio-économiques et sexuées. En effet, les sports européens, notamment dans le cadre des compétitions, restent des affaires masculines. Si ces femmes deviennent des pratiquantes voire des dirigeantes sportives, c’est notamment parce qu’elles font partie des strates aisées de la population. Pour autant, leur pratique reste subordonnée à leur statut racial, qui suppose nombre de préjugés vis-à-vis des jeunes femmes africaines, comme nous le verrons plus en détail dans le chapitre suivant.
Du pain et des jeux ?
72Au-delà de ces expériences élitaires, qu’en est-il du genre des pratiques sportives européennes populaires ? En Gold Coast comme en Côte d’Ivoire, il semblerait que parmi les pratiquants des classes populaires, le football masculin tienne le haut du pavé. Pour reprendre les mots du commissaire général de Tamale, « le football a une grande attractivité depuis fort longtemps118 ». Des exceptions permettent de nuancer cette hégémonie masculine sur le sport populaire. D’une part, les jeunes filles des classes populaires sont aussi spectatrices de matchs de football masculin, comme en témoigne le documentaire de Jean Rouch cité précédemment. Ces derniers constituent de véritables événements dans les villes et villages auxquels assiste une population mixte, désireuse de voir le match, mais aussi de sociabiliser.
73En Côte d’Ivoire, il est aussi possible de retracer des expériences gouvernementales d’implantation sportive auprès de jeunes femmes de milieu rural. Entre 1952 et 1955, des missions d’éducation populaire sont organisées par le service des Affaires sociales français pour fonder les bases de la scolarisation pour adulte, de l’hygiène coloniale et de la mise en place des loisirs ruraux119. Les animateurs du programme se positionnent le long d’une ligne moralisatrice et voient les sports comme des « loisirs modernes », permettant de lutter contre l’alcoolisme120. Pour ce faire, ils aident les jeunes hommes à mettre en place des ligues intervillages et forment des équipes de volley masculines comme féminines. Le volet sportif de la mission de Dabou (sur la côte, à quelques kilomètres à l’ouest d’Abidjan) est coordonné par l’Ivoirien Johanny Somet, aide-moniteur des sports et membre fondateur de la Ligue d’Abidjan de Basket en 1954. Il rapporte que le football est déjà largement présent dans les villages et cherche à développer d’autres pratiques sportives, sans succès. Un second volet est mis en place dans les environs de Bongouanou (à environ 200 km au nord d’Abidjan). La région constitue un terrain d’expérimentation sociale et économique privilégié pour le gouvernement colonial. Dans cette importante zone d’exploitation cacaoyère et caféière, l’État a déjà fondé la Société mutuelle de production rurale en 1954-1957121. À Bongouanou, les activités sportives sont gérées par Issakha Fall, aide-moniteur des sports. À leur grande surprise, les organisateurs constatent le succès de la pratique du volley, qui semble amuser les jeunes filles, contrairement à l’éducation physique :
« Le volley-ball, dans le milieu féminin, connaît plus de succès ici qu’à Dabou et à l’exception de Boidikro, chaque village possède une ou plusieurs équipes de volleyeuses. L’éducation physique que refusèrent les femmes et les jeunes filles précéda, pour les hommes, toutes les séances d’entraînement de foot-ball et de volley-ball122. »
74Dans un contexte d’agitation sociale, ces missions semblent avoir été imaginées à la fois comme une forme d’expérimentation sociale et un moyen d’apaisement des relations sociales. Les sports, aux côtés de missions de santé et de lutte contre l’illettrisme constituent une des réalisations concrètes de la volonté des empires de se mettre en scène comme des États-providence, à partir de la Seconde Guerre mondiale123.
75La Côte d’Ivoire est alors dirigée par Pierre Messmer, qui œuvre à pacifier les relations avec la population ivoirienne et travaille de concert avec le PDCI et surtout avec Félix Houphouët-Boigny124. Certes, trois ans plus tôt, le territoire était en proie à de violents événements politiques, suite aux émeutes de Treichville. Le Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI) fondé en 1946 par Houphouët-Boigny était alors à l’avant-garde de la contestation avec ses plusieurs centaines de milliers d’adhérents125. Mais la mission d’éducation de base participe plutôt d’une politique d’entente et de mise en avant des bienfaits du colonialisme.
76En Gold Coast aussi, il est possible d’observer la volonté de l’État colonial de mettre en avant une politique welfariste connectée à un « warfarism » colonial126. En 1949, alors que des Africains de plus en plus nombreux boycottent et manifestent, suivant les appels à la sédition de l’United Gold Coast Convention (UGCC) et du Convention People’s Party (CPP), le gouverneur colonial Gerald Creasy fait tirer sur des manifestants (vétérans de la Seconde Guerre mondiale), puis emprisonner des leaders nationalistes. Avec Kwame Nkrumah et ses compagnons en prison, Londres demande à Creasy de pacifier les relations sur son territoire et de restaurer l’image de la couronne. Le gouverneur reçoit des instructions stipulant qu’il « y a clairement beaucoup à dire à propos de quelque nouvelle idée que ce soit qui pourrait aider à populariser le gouvernement127 ». Les sports semblent la solution toute trouvée. Dans ce contexte tendu, les fonctionnaires coloniaux cherchent à « fournir des jeux aussi bien que du pain » aux sujets coloniaux pour les détourner de la politique128. Ils cherchent à s’appuyer sur la participation collective aux sports pour « améliorer les relations entre le public et les représentants de l’ordre en général129 ». Les sports deviennent explicitement un moyen d’apaiser les tensions sociales et politiques et de pérenniser la figure de l’État colonial en tant qu’État providence.
Figure 3. – Combat de boxe au centre communautaire d’Asamankese, c. 1940-1950.

Cambridge Special Collection.
77Dans le cadre de cette entreprise tardive de pacification des relations sociales coloniales, la pratique sportive populaire, que ce soit dans le cadre du football masculin ou de l’expérience du volley féminin, constitue un espace paradoxal. Il est compris par les administrations coloniales à la fois comme un instrument de pacification et un espace d’expression des tensions politiques et sociales.
78Ainsi, en 1955, les agents de la direction des Affaires sociales de Côte d’Ivoire voient dans le football un moyen « de lutter contre un chauvinisme permanent », à savoir les expressions du nationalisme ivoirien et des régionalismes130. Le sport semble une fois de plus paré de toutes les vertus. Mais le football masculin populaire constitue aussi un sujet d’inquiétude pour les deux gouvernements coloniaux durant les années 1950. Les matchs de football offriraient aux colonisés un espace de trouble à l’ordre public, que ces derniers soient spectateurs ou joueurs. En Gold Coast, les matchs sont régulièrement interrompus à la suite de fautes et de refus de se soumettre aux décisions des arbitres131. L’interruption des matchs peut conduire à des agressions de la part de la foule. Lors d’un match de championnat opposant la Catholic Youth Organisation aux Accra Colts, les managers des deux équipes contestent les décisions arbitrales et refusent de jouer, l’équipe d’Accra est alors attaquée par la foule et reçoit des jets de pierres avant de quitter le terrain132. Cette violence semble si fréquente que, selon le dirigeant du Sports Council, « les matchs de football les plus importants ont presque tous fini en émeute133 ». À Abidjan, le comité local des sports (toujours contrôlé par des Français) demande l’intervention des forces de l’ordre lors d’un match pour « contenir une foule déchaînée » à la suite d’une déconvenue sportive134. Cette intervention se solde par des violences physiques importantes à l’encontre des spectateurs et spectatrices, du fait des forces de l’ordre.
⁂
79En Gold Coast comme en Côte d’Ivoire, la pratique sportive coloniale est très largement orchestrée par des hommes issus des franges les plus aisées de la population ouest-africaine. Mais dès leur émergence au tournant du xxe siècle, des femmes aussi promeuvent et pratiquent des sports européens. Ce sont notamment des femmes issues des mêmes catégories sociales qui s’y adonnent, voire participent à leur organisation, que ce soit en rejoignant des associations sportives comme à Accra et Cape Coast à partir de l’entre-deux-guerres ou dans le cadre des institutions missionnaires d’Abidjan à partir des années 1940. De plus, la pratique sportive (et notamment le football et la boxe) des jeunes issus des classes populaires rurales et urbaines permet de nuancer l’association entre pratique sportive et masculinité élitaire. Dès la fin du xixe siècle, on voit émerger des pratiques sportives informelles ou des spectacles sportifs qui attirent une large foule de pratiquants et de spectateurs.
80Dans les deux colonies, l’État colonial joue un rôle essentiel dans le dispositif sportif, particulièrement visible en Côte d’Ivoire durant la Seconde Guerre mondiale. Le potentiel de sédition de la jeunesse masculine inquiète les administrations coloniales, qui s’impliquent intensément dans l’administration sportive, opérant des allers-retours entre un contrôle direct ou indirect. Espaces de mise en scène du pouvoir colonial, les sports deviennent progressivement un des lieux de la formation d’un État providence coercitif, qui émerge après-guerre.
81Enfin, le cas de la Gold Coast permet de mettre en évidence la plasticité du vocable « sport ». Dans les premiers temps, les premières pratiques sportives semblent recouvrir une pluralité d’activités. Aux côtés d’épreuves proches de l’athlétisme contemporain, on retrouve des compétitions festives ou des sports régionaux, comme l’asafo atwele ou l’ampe. Or, l’institutionnalisation des associations et des compétitions sportives par des hommes issus de l’élite africaine lettrée donne lieu à une définition plus restrictive des sports et des sportifs. À mesure que, au cours des années 1920-1930, le sport acquiert une dimension de distinction sociale et que les compétitions sportives rentrent dans la culture des clubs élitaires, on observe à la fois une masculinisation du champ et une européanisation des pratiques, paradoxalement portée par les élites africaines. Ainsi l’asafo atwele est déplacé vers le champ des activités culturelles, et l’ampe disparaît des compétitions sportives.
82Dans l’ensemble, les sports jouent un rôle prépondérant dans la mise en place de sociabilités urbaines, d’un sens d’appartenance à la vie sociale coloniale. En ce sens, ils participent à la fabrique de multiples identités collectives, que ce soit au travers de l’émergence d’organisations nationales, de sociabilités élitaires, ou de l’organisations d’événements festifs populaires. Or, on a pu observer dans ce chapitre la perméabilité de ces activités aux hiérarchies coloniales, fondant une apparence différenciée à la vie de la cité. Et, comme nous allons le voir dans le chapitre suivant, en sus des strates citées plus haut, c’est aussi la scolarisation qui fonde cette différence.
Notes de bas de page
1La Régie des chemins de fer Abidjan-Niger (RAN) exploite le chemin de fer reliant Abidjan à Ouagadougou.
2C. P. B., « La boxe. Réunion de boxe du 18 décembre », Bulletin de la Côte d’Ivoire, 30 décembre 1948.
3Joseph-Gabriel Annette K., Reimagining Liberation: How Black Women Transformed Citizenship in the French Empire, Urbana, University of Illinois Press, coll. « New Black Studies Series », 2020.
4Dunning Eric, « Sport as a Male Preserve: Notes on the Social Sources of Masculine Identity and Its Transformations », Theory, Culture & Society, vol. 3, no 1, 1986, p. 79-90.
5Bromber Katrin, « “Muscular Christianity” : the Role of the Ethiopian YMCA Sports in Shaping “Modern” Masculinities (1950s-1970s) », Studies of the Department of African Languages and Cultures, no 47, 2013, p. 31-46.
6Veritas, « To the Editor of the Gold Coast Times », The Gold Coast Times, 9 juillet 1881, p. 3 ; « Notes », The Gold Coast Times, 27 août 1881, p. 2.
7« General News », The Gold Coast Times, 17 décembre 1881, p. 3.
8« Ada Follows. Celebration of Her Majesty’s Diamond Jubilee at Ada, Gold Coast Colony », Gold Coast Methodist Times, 31 août 1897, p. 5 ; « Salt Pond », The Gold Coast Aborigines, 30 novembre 1899, p. 2 ; Correspondent, « Chama », The Gold Coast Leader, 17 janvier 1903, p. 2 ; Correspondent, « Winnebah », The Gold Coast Leader, 22 août 1903, p. 4.
9J. M. D., « The First Athletic Sports Held in Tarkwa District », The Gold Coast Leader, 19 mai 1906, p. 11.
10« Akuse », The Gold Coast Chronicle, 25 janvier 1895, p. 3.
11En l’absence de gentilé ad hoc, le terme ghanéen est employé pour désigner les habitants locaux de la Gold Coast.
12Régate organisée par le Cape Coast Literary and Social Club, 11 décembre 1934. PRAAD (Archives nationales du Ghana) [Accra]. ADM 23.1.298. ADM 23.1.298.
13Scrutator, « The Attasi Union Club », The Gold Coast Leader, 8 février 1908, p. 3.
14Ray Carina, Crossing the Color Line. Race, Sex, and the Contested Politics of Colonialism in Ghana, Athens, Ohio University Press, coll. « New African Histories », 2015.
15« A Word is Enough for the Wise », The Gold Coast Chronicle, 14 août 1895, p. 2.
16Correspondance relative à l’inclusion des non-Européens au sein du club de golf de Kumasi, 1946-1947. PRAAD (Accra). RG 3.5.1384.
17Milne-Smith Amy, London Clubland: A Cultural History of Gender and Class in Late Victorian Britain, New York, Palgrave Macmillan, 2011.
18Correspondance du Commissioner of Lands, 1938-1939. PRAAD (Accra). RG 3.1.137.
19M. Odamtten, Accra Football League Report (1922-1932), 25 mai 1932. PRAAD (Accra). RG 3.1.105.
20Dove Mabel, Times of West Africa, 14 juillet 1931.
21Memorandum de M. Taylor, Colonial Secretary’s Office, 13 décembre 1929. PRAAD (Accra). RG 3.5.1364.
22Ray Carina, Crossing the Color Line, op. cit.
23Dans sa demande de divorce, Augusta rapporte la violence et les adultères commis par son époux, avec qui elle a vécu à Londres puis Accra jusqu’en 1907. Augusta Dove, Petition of Augusta Dove for dissolution of marriage, 29 avril 1920. TNA (Archives nationales du Royaume-Uni). J 77.1691.
24Bourne Stephen, Evelyn Dove: Britain’s Black Cabaret Queen, Londres, Jacaranda Books, 2016.
25Denzer LaRay, « Gender & Decolonization: A Study of Three Women in West African Public Life », in Andrea Cornwall (dir.), Readings in Gender in Africa, Bloomington, Indiana University Press, 2005, p. 217-224.
26Ntewusu Samuel A., Settling in and Holding On. A Socio-Economic History of Northern Traders and Transporters in Accra’s Tudu: 1908-2008, thèse de doctorat, Universiteit Leyde, 2011, p. 52-60.
27Note de service de l’Education Department, 23 septembre 1929. PRAAD (Accra). RG 3.5.1364.
28Memorandum de M. Taylor, Colonial Secretary’s Office, 28 septembre 1929. PRAAD (Accra). RG 3.5.1364.
29Note de service du Colonial Secretary’s Office, 10 décembre 1929. PRAAD (Accra). RG 3.5.1364.
30Dove Mabel, Times of West Africa, 30 mars 1933.
31Il faut être un « good character », pour reprendre les termes du nationaliste J. B. Danquah, cité in Prais Jinny, « Representing an African City and Urban Elite: The Nightclubs, Dance Halls, and Red-Light District of Interwar Accra », in Mamadou Diouf et Rosalind Fredericks (dir.), The Arts of Citizenship in African Cities, New York, Palgrave Macmillan, 2014, p. 197.
32Note de service du Colonial Secretary’s Office, 23 décembre 1929. PRAAD (Accra). RG 3.5.1364.
33Fortescue Dominic, « The Accra Crowd, the Asafo, and the Opposition to the Municipal Corporations Ordinance, 1924-25 », Canadian Journal of African Studies/Revue canadienne des études africaines, vol. 3, no 24, 1990, p. 348-375.
34Ray Carina, Crossing the Color Line, op. cit.
35De Graft-Hayford John Ebenezer Samuel, Chocolate Kid: My Memoirs, Surrey, Hayfee Publishing, 2013.
36Vasili Phil, The First Black Footballer: Arthur Wharton 1865-1930, Londres, Franck Cass Publisher, 1998.
37Newell Stephanie, Literary Culture in Colonial Ghana: « How to Play the Game of Life », Bloomington, Indiana University Press, 2002.
38Note de service du Colonial Secretary’s Office, 10 décembre 1929. PRAAD (Accra). RG 3.5.1364.
39Prais Jinny, Imperial Travelers: The Formation of West African Urban Culture, Identity, and Citizenship in London and Accra, 1925-1935, thèse de doctorat, University of Michigan, 2008, p. 218.
40Shaloff Stanley, « Press Controls and Sedition Proceedings in the Gold Coast, 1933-39 », African Affairs, vol. 71, no 284, 1972, p. 241-263.
41Holt Richard, Sport and the British: A Modern History, Oxford, Clarendon Press, 1990.
42Fortescue Dominic, « The Accra Crowd, the Asafo, and the Opposition to the Municipal Corporations Ordinance, 1924-25 », op. cit.
43Akyeampong Emmanuel, « Bukom and the Social History of Boxing in Accra: Warfare and Citizenship in Precolonial Ga Society », The International Journal of African Historical Studies, vol. 35, no 1, 2002, p. 39-60 ; Dunzendorfer Jan, « The Early Days of Boxing in Accra: A Sport is Taking Root (1920-1940) », The International Journal of the History of Sport, vol. 28, no 15, 2011, p. 2142-2158.
44Dunzendorfer Jan, « Ethnicized Boxing: The Tale of Ghana’s Boxing Roots in Local Martial Art », Sport in Society, vol. 17, no 8, 2014, p. 1015-1029.
45Commissaire de district, Football in Victoria Park, 8 octobre 1924. PRAAD (Cape Coast). ADM 24.1.106.
46Dresch Jean, « Les migrations des populations des colonies françaises vers la Gold Coast », Bulletin de l’Association de géographes français, vol. 22, no 171-172, 1945, p. 90.
47Lettre du secrétaire du Hassaacas au président de la Ghana Amateur Football Association, 19 février 1959. PRAAD (Accra). RG 9.1.94.
48Lettre de J. A. Cudjoe au gouverneur colonial et au commissaire de district d’Accra, 1er janvier 1946. PRAAD (Accra). RG 3.5.101.
49Lettre de Sir Robert Scott, gouverneur de Gold Coast à T. I. K. Lloyd (Colonial Office), 25 juin 1949. PRAAD (Accra). RG 3.5.1362.
50Ankrah Roy, My Life Story, Accra, West African Graphic Co., 1952.
51Vasili Phil, Colouring Over the White Line: The History of Black Footballers in Britain, Édimbourg, Mainstream Publishing, 2000, p. 73 ; Alegi Peter, African Soccerscapes: How a Continent Changed the World’s Game, Athens, Ohio University Press, coll. « Africa in World History », 2010, p. 43-44 ; Darby Paul, « “Let Us Rally Around the Flag”. Football, Nation-Building and Pan-Africanism in Kwame Nkrumah’s Ghana », The Journal of African History, vol. 54, no 2, 2013, p. 229 ; Levett Geoffrey, « Degenerate Days: Colonial Sports Tours and British Manliness 1900-1910 », Sport in History, vol. 38, no 1, 2018, p. 46-74.
52Résolution de la réunion spéciale de l’United Gold Coast Amateur Football Association, 24 août 1952. PRAAD (Accra). RG 9.1.1415.
53Bediako Ken, Black Stars, the Long Road to Greatness. A Photographic Documentation of Ghana’s Football History, Accra, Sportsfoto, 2015, vol. 1, p. 4.
54Résolution de la réunion spéciale de l’United Gold Coast Amateur Football Association, 24 août 1952. PRAAD (Accra). RG 9.1.1415.
55Lettre de Justus Solomon (secrétaire de l’United Gold Coast Amateur Football Association) au Colonial Governement Secretary, 18 octobre 1952. PRAAD (Accra). RG 9.1.1415.
56Sackeyfio-Lenoch Naaborko, « Women’s International Alliances in an Emergent Ghana », Journal of West African History, vol. 4, no 1, 2018, p. 27-56.
57Pour un cas similaire, voir : Bonnecase Vincent, « Quand le Niger aidait la France. Le parrainage de Rosières-en-Santerre par la colonie du Niger (1942-1952) », Afrique & Histoire, vol. 7, no 1, 2009, p. 144.
58Lettre de Richard Akwei à Sir Arden-Clarke (gouverneur colonial), 7 février 1953. PRAAD (Accra). RG 9.1.1415.
59Deville-Danthu Bernadette, Le sport en noir et blanc : du sport colonial au sport africain dans les anciens territoires français d’Afrique occidentale (1920-1965), Paris, L’Harmattan, coll. « Espaces et temps du sport », 1997, p. 104.
60Ibid., p. 53.
61Lettre du directeur du département des Affaires politiques et sportives au chef du cabinet militaire, septembre 1939. ANS (Archives nationales du Sénégal). O682 (31).
62Clignet Rémi et Foster Philip, « La prééminence de l’enseignement classique en Côte-d’Ivoire. Un exemple d’assimilation », Revue française de sociologie, vol. 7, no 1, 1966, p. 32.
63Jézéquel Jean-Hervé, Les « mangeurs de craies » : socio-histoire d’une catégorie lettrée à l’époque coloniale. Les instituteurs diplômés de l’école normale William-Ponty (c. 1900-c. 1960), thèse de doctorat, EHESS, 2002.
64Licences sportives et fiches médico-physiologiques, c. 1930. ANS. O518 (31).
65Gary-Tounkara Daouda, Migrants soudanais/maliens et conscience ivoirienne. Les étrangers en Côte d’Ivoire (1903-1980), Paris, L’Harmattan, 2008.
66Coulibaly Lassine, Histoire du football en Côte d’Ivoire de 1919 à 1992, mémoire de maîtrise, université Félix Houphouët Boigny, 2009.
67Lettre du général Claudel à Martial Merlin, gouverneur-général de l’AOF, 22 janvier 1923. ANS. O27 (31).
68Lettre d’Horace Crocicchia à Pierre Boisson, gouverneur général de l’AOF, 9 juin 1939. ANS. O31 (31).
69Fourchard Laurent, « De la résidence lignagère à la rente immobilière : cours et compounds en Afrique-Occidentale française et au Nigeria, fin xixe siècle-1960 », Le Mouvement social, vol. 3, no 204, 2003, p. 47-64.
70Boli Claude, « La migration des footballeurs africains en France. Le cas des Ivoiriens (1957-2010) », Hommes et migrations, vol. 3, no 1285, 2010, p. 58-64.
71Jean Meynaud in Clastres Patrick, « Les cultures politiques au défi des cultures sportives », Histoire@Politique, vol. 2, no 23, 2014, p. 1-9.
72Ibid.
73Société sportive artistique (1929) et Société scolaire (1923) à Abidjan, Cercle sportif de Bingerville (1925), Cercle sportif d’Agboville (1925), Cercle européen de Dabou (1925). Deville-Danthu Bernadette, Le sport en noir et blanc, op. cit.
74Lettre anonyme, probablement écrite par un jeune membre d’un club sportif de Dakar, c. 1939, p. 3. ANS. O31 (31).
75Demoulin M., Rapport annuel sur le fonctionnement de l’éducation physique en Côte d’Ivoire, 2 octobre 1927. ANS. O37 (31).
76Fourchard Laurent, « De la résidence lignagère à la rente immobilière », art. cité, p. 53.
77Hitchcock William I., « Pierre Boisson, French West Africa, and the Postwar Epuration: A Case from the Aix Files », French Historical Studies, vol. 24, no 2, 2001, p. 305-341 ; Ginio Ruth, « La politique antijuive de Vichy en Afrique occidentale française », Archives juives, vol. 36, no 1, 2003, p. 109-118 ; Prêtet Bernard, Sports et sportifs français sous Vichy, Paris, Nouveau Monde, coll. « Histoire du sport », 2016.
78Jennings Éric, « La politique coloniale de Vichy », in Jacques Cantier et Éric Jennings (dir.), L’Empire colonial sous Vichy, Paris, Odile Jacob, 2004, p. 24.
79Arrêté no 2946P portant création et organisation en AOF et au Togo d’une direction générale de l’Instruction publique, de l’éducation générale et des sports, 22 août 1942, et arrêté no 2951E fixant la Charte sportive de l’AOF et du Togo, 24 août 1942, Journal officiel de l’AOF, 1942. ANS. JO/AOF.
80Combeau-Mari Évelyne, « The Cult of Maréchal Pétain and the Enrolment of Youth under Governor Annet (1941-1942) », The International Journal of the History of Sport, vol. 28, no 12, 2011, p. 1673-1686 ; Auger Fabrice, « Coubertin et la paix sociale dans les colonies (1890-1914) », Les Études sociales, vol. 1, no 137, 2003, p. 37-51.
81Gouverneur-général de l’AOF, Projet de circulaire. Politique à l’égard de la jeunesse indigène évoluée, c. 1940. ANS. O31 (31).
82Pécout Christophe, « Le sport dans la France du gouvernement de Vichy (1940-1944) », Histoire sociale/Social History, vol. XLV, no 90, 2012, p. 326.
83Proposition d’organisation de l’Éducation générale et des sports adressée à Jep Pascot, 31 mars 1941. ANS. O682 (31).
84Loi interdisant les sociétés secrètes et ordonnant leur dissolution, 13 août 1940 et décret relatif aux mesures à prendre contre les individus dangereux pour la sécurité publique, 10 septembre 1940, Journal officiel de l’AOF, 1940. ANS. JO/AOF.
85Deville-Danthu Bernadette, Le sport en noir et blanc, op. cit., p. 252.
86Almeida-Topor Hélène d’, « Les mouvements de jeunesse en AOF (1946-1960). Évolution d’ensemble et particularités locales », in Hélène d’Almeida-Topor et Odile Goerg (dir.), Le mouvement associatif des jeunes en Afrique noire francophone au xxe siècle, Paris, L’Harmattan, coll. « Groupe “Afrique noire” », 1989, p. 54.
87Ibid., p. 63.
88Rapports au conseil général de l’Assemblée territoriale, 1952, 1954 et 1955. ANS. 2G 52 70 ; 2G 54 91 et 2G 55 77.
89Ramognino Pierre, « Les vrais chefs de l’Empire », Cahiers d’histoire. Revue d’histoire critique, no 85, 2001, p. 57-66.
90« Tous les sports », Abidjan-Matin, mars 1952.
91Akyeampong Emmanuel et Ambler Charles, « Leisure in African History: An Introduction », The International Journal of African Historical Studies, vol. 35, no 1, 2002, p. 1-16.
92Rouch Jean, Moi, un noir « Treichville », 1958.
93« En football, relâche demain dans le district d’Abidjan », Abidjan-Matin, 30 mars 1957.
94Miran Marie, Islam, histoire et modernité en Côte d’Ivoire, Paris, Karthala, 2006.
95Rapport au Conseil général de l’Assemblée territoriale de la Côte d’Ivoire, 1952, p. 240. ANS. 2G 52 70.
96Pour reprendre le terme employé par Coubertin et en vogue dans le milieu olympique du début du xxe siècle. Clastres Patrick, « Inventer une élite : Pierre de Coubertin et la “chevalerie sportive” », Revue française d’histoire des idées politiques, vol. 22, no 2, 2005, p. 51-71.
97Scrutator, « The Attasi Union Club », The Gold Coast Leader, 8 février 1908, p. 3 ; « Coronation Day Athletic Sports », The Gold Coast Leader, 8 juillet 1911, p. 2 ; « Empire Day Celebrations », The Gold Coast Leader, 1er juin 1912, p. 2.
98« Kintami », The Gold Coast Leader, 16 août 1913, p. 2 et 5 ; J. H. I., « Coomassie – Empire Day Celebration », The Gold Coast Nation, 4 juin 1914, p. 612 ; « News in Brief », The Gold Coast Nation, 13 juin 1915.
99« Grand Athletic Sports », Gold Coast Aborigines, 10 janvier 1902, p. 37 ; « Coronation Day Athletic Sports », The Gold Coast Leader, 8 juillet 1911, p. 2.
100Pour reprendre le terme du gouverneur de Gold Coast qui a assisté à une compétition à Accra en 1906. « Accra – Bank Holiday Sport », The Gold Coast Leader, 1er septembre 1906, p. 2.
101Weinbaum Alys E., Thomas Lynn, Ramamurthy Priti, Poiger Uta, Dong Madeleine Y. et Barlow Tani (dir.), The Modern Girl Around the World Consumption, Modernity, and Globalization, Durham, Duke University Press, 2008.
102Dove Mabel, « The Adventures of the Black Girl in her Search for Mr Shaw », in Stephanie Newell et Audrey Gadzekpo (dir.), Selected Writings of a Pioneer West African Feminist/Mabel Dove, Nottingham, Trent Editions, 2004, p. 39.
103Denzer LaRay, « Gender & Decolonization : A Study of Three Women in West African Public Life », op. cit., p. 218.
104Shaw George Bernard, The Adventures of the Black Girl in Her Search for God, Londres, Constable and Company, 1932.
105Dove Mabel, « The Adventures of the Black Girl in her Search for Mr Shaw », art. cité, p. 52.
106Dove Mabel, Times of West Africa, 14 juillet 1931.
107Ibid., 30 mars 1933.
108« Sport », The Gold Coast Nation, 19 février 1914, p. 532.
109Barnes Emma C., Times of West Africa, 12 août 1931.
110Bereni Laure, La bataille de la parité. Mobilisations pour la féminisation du pouvoir, Paris, Presses de Sciences Po, 2015, p. 17.
111Castan-Vicente Florys, Un corps à soi ? Activités physiques et féministes durant la « première vague » (France, fin du xixe siècle-fin des années 1930), thèse de doctorat, université Paris 1, 2020.
112Chavinier Sabine, « Histoire du basket-ball français catholique (1911-1921). Jeu des patronages ou sport américain ? », Sciences sociales et sport, vol. 1, no 1, 2008, p. 27-48.
113Rapport au Conseil général de l’Assemblée territoriale de la Côte d’Ivoire, 1954, p. 277. ANS. 2G 54 70.
114Ibid.
115Parmi les dirigeantes de l’association, on compte notamment Mme V. Amporfro, Mlle P. V. Buck et Mlle B. A. Addo. Procès-verbal de la réunion de la Gold Coast Athletic Amateur Association du 19 janvier 1956. PRAAD (Accra). RG 3.1.90.
116Invitation de S. H. Amissah à Arthur Hercules Ranadurai Joseph, 5 avril 1951 et procès-verbal de l’assemblée générale de l’Ashanti Amateur Sport Association, 1951. PRAAD (Accra). RG 9.1.79.
117Rich Jeremy, « Okoh Theodosia Salome », in Emmanuel Kwaku Akyeampong et Henry Louis Gates (dir.), Dictionary of African Biography, Oxford, Oxford University Press, 2012, vol. 2, p. 21-22.
118Lettre du commissaire général de Tamale à Sir Robert Scott (gouverneur colonial), 19 mars 1949. PRAAD (Accra). RG 3.5.1362.
119Lettre de P. Galeazzi à Jean Jérusalemy (chef du service des affaires sociales), 2 février 1957. ANS. O661 (31).
120Jérusalémy Jean, Mockey Jean-Baptiste, Ane Clément, Amany Yao et Aka Atté, Rapport sur la mission d’Éducation de base, Gouvernement général de l’AOF – Côte d’Ivoire, Abidjan, Service des Affaires sociales du territoire de la Côte d’Ivoire, 1955, p. 82. ANS. O661 (31).
121Boutillier Jean-Louis et Causse Jean, Bongouanou, Côte d’Ivoire – Étude socio-économique d’une subdivision, Paris, Berger-Levrault, coll. « L’Homme d’outre-mer », 1960.
122Jérusalémy Jean, Mockey Jean-Baptiste, Ane Clément, Amany Yao et Aka Atté, Rapport sur la mission d’Éducation de base…, op. cit., p. 82.
123Naylor Ed (dir.), France’s Modernising Mission. Citizenship, Welfare and the Ends of Empire, Londres, Palgrave Macmillan, coll. « St Antony’s Series », 2018 ; Fourchard Laurent, Trier, exclure et policer. Vies urbaines en Afrique du Sud et au Nigeria, Paris, Presses de Sciences Po, 2018.
124Keese Alexander, « “Quelques satisfactions d’amour-propre” : African Elite Integration, the Loi-cadre, and Involuntary Decolonisation of French Tropical Africa », Itinerario, vol. 27, no 1, 2003, p. 33-58.
125Joly Vincent, « Femmes et décolonisation en Afrique occidentale française. Autour de la marche des femmes de Grand-Bassam (décembre 1949) », in Luc Capdevila et Marc Bergère (dir.), Genre et événement, Rennes, Presses universitaires de Rennes, coll. « Histoire », 2015, p. 105-117.
126Naylor Ed (dir.), France’s Modernising Mission…, op. cit., p. xxi.
127Lettre de T. I. K. Lloyd (Colonial Office à Londres) à Gerald Creasy, 31 janvier 1949. PRAAD (Accra). RG 3.5.1362.
128Lettre du commissaire général de Tamale à Sir Robert Scott (gouverneur colonial), 19 mars 1949. PRAAD (Accra). RG 3.5.1362.
129Gold Coast Police Force, The Gold Coast Police – Recreation and Sports Fields for., 20 juin 1949. PRAAD (Accra). RG 3.5.1388.
130Jérusalémy Jean, Mockey Jean-Baptiste, Ane Clément, Amany Yao et Aka Atté, Rapport sur la mission d’Éducation de base…, op. cit., p. 49.
131Lettre de M. Cox au secrétaire du Gold Coast Amateur Sports Council, 14 juin 1952. PRAAD (Accra). RG 9.1.82.
132Lettre du père Norek (Catholic Youth Organisation) et du secrétaire du club Accra Colts à Arthur Hercules Ranadurai Joseph (Sports Council), mai 1952. PRAAD (Accra). RG 9.1.82.
133Lettre d’Arthur Hercules Ranadurai Joseph (Sports Council) au père Norek (Catholic Youth Organisation), 16 juin 1952. PRAAD (Accra). RG 9.1.78.
134« Comité local des sports de la Côte d’Ivoire », Bulletin de la Côte d’Ivoire, 23 novembre 1949.
Le texte seul est utilisable sous licence Creative Commons - Attribution - Pas d'Utilisation Commerciale - Pas de Modification 4.0 International - CC BY-NC-ND 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont « Tous droits réservés », sauf mention contraire.
Un constructeur de la France du xxe siècle
La Société Auxiliaire d'Entreprises (SAE) et la naissance de la grande entreprise française de bâtiment (1924-1974)
Pierre Jambard
2008
Ouvriers bretons
Conflits d'usines, conflits identitaires en Bretagne dans les années 1968
Vincent Porhel
2008
L'intrusion balnéaire
Les populations littorales bretonnes et vendéennes face au tourisme (1800-1945)
Johan Vincent
2008
L'individu dans la famille à Rome au ive siècle
D'après l'œuvre d'Ambroise de Milan
Dominique Lhuillier-Martinetti
2008
L'éveil politique de la Savoie
Conflits ordinaires et rivalités nouvelles (1848-1853)
Sylvain Milbach
2008
L'évangélisation des Indiens du Mexique
Impact et réalité de la conquête spirituelle (xvie siècle)
Éric Roulet
2008
Les miroirs du silence
L'éducation des jeunes sourds dans l'Ouest, 1800-1934
Patrick Bourgalais
2008
