Chapitre XII. Une organisation qui décline faute d’adversaire ?
p. 339-380
Texte intégral
1La fin du mandat gaullien et l’ensemble du mandat pompidolien sont marqués par un accroissement des violences politiques qui semblent atteindre leur paroxysme en 1970-1971 avant de retomber progressivement1. Les élections législatives de 1973 puis présidentielle de 1974 montrent à ces occasions des pics d’incidents qui ne doivent pas fausser le jugement des chercheurs sur le reste de la période ; en dehors de ces deux élections à forts enjeux politiques nationaux, la fin du mandat pompidolien connaît une décrue de la violence militante indéniable2. Les luttes sociales et ouvrières sont moins nombreuses, bien qu’elles restent encore suffisamment importantes pour offrir aux CDR des « preuves » de la poursuite de la subversion. La victoire difficile de Valéry Giscard d’Estaing et les nombreuses réformes sociales qui s’ensuivent changent la donne pour les Comités. Malgré de multiples annonces d’une menace subversive latente et la poursuite ou la reprise de mouvements sociaux dans le monde du travail, force est d’admettre que la perspective d’un nouvel ébranlement du pays – du fait de mouvements de grèves violents et prolongés, de barricades et de combats de rue – s’éloigne définitivement. Les conflictualités ouvrières, étudiantes, lycéennes et militantes s’amenuisent, au grand dam d’une organisation qui a fondé son discours sur le nécessaire rétablissement de l’ordre menacé par la « subversion marxiste ». En effet, si les CDR souhaitent officiellement la pacification de la société, ce vœu n’est finalement pas dans leur intérêt politique. Devant cette contradiction, ils ne parviennent pas à renouveler leur idéologie. Leur raison d’être réside dans la posture de « citoyens exemplaires » prêts à défendre la Ve République. Le recul progressif de la perspective de troubles majeurs dans le pays, couplé à la chiraquisation du mouvement après la défaite chabaniste, entraîne le désintérêt des adhérents pour l’organisation. C’est pourquoi les CDR s’enferment dans une rhétorique de plus en plus dure et angoissante à mesure de leur désagrégation, espérant pouvoir retenir les militants les plus fidèles dans un état d’esprit semblable à celui de leurs origines déjà idéalisées. Leur discours anxiogène s’appuie sur la vision d’une société française qui n’aurait finalement que très peu évoluée depuis 1968, la crise économique ne faisant que s’ajouter à une crise sociopolitique et professionnelle plus forte qu’elle n’y paraîtrait.
Un discours anxiogène de moins en moins en phase avec la société : de l’intérêt des événements internationaux…
2Valéry Giscard d’Estaing arrive au pouvoir en mai 1974 dans un contexte international tendu. La guerre israélo-arabe du Kippour survenue en octobre 1973 provoque le premier choc pétrolier qui se développe en France l’année suivante, marquant la fin reconnue des Trente Glorieuses (1945-1973). Une semaine seulement après la victoire giscardienne, l’Inde acquiert la bombe nucléaire, pendant que les États-Unis assistent à la chute de Richard Nixon qui démissionne le 9 août pour éviter l’humiliation de l’impeachment3. En Afrique, l’influence de l’URSS s’accroît brutalement après la révolution des Œillets qui entraîne la chute de la dictature salazariste au Portugal. Une à une, les colonies portugaises prennent leur indépendance et embrassent le communisme4. Cela peut se faire « pacifiquement », comme en Guinée-Bissau et au Cap-Vert, ou par les armes, comme au Mozambique et en Angola5. En une année seulement, l’ensemble de ces colonies deviennent des États indépendants prosoviétiques. En Amérique latine et en Asie, des troubles persistent et le Vietnam finit par être unifié sous la houlette du Vietminh en avril 1975 après la prise de Saïgon6. La fuite massive de Vietnamiens du Sud fuyant le communisme, le génocide par les Khmers rouges et les dénonciations des atrocités commises par Mao (qui surviennent après sa mort) altèrent l’image du marxisme7. En Europe, l’acte final de la conférence d’Helsinki qui se déroule le 1er août 1975 est un échec, l’URSS ne respectant pas les engagements pris lors de la conférence8. Le mandat giscardien est donc confronté à un climat international plus tendu que précédemment. Aussi, la « guerre fraîche » (1975-1985) représente, d’une certaine façon, une véritable opportunité pour les CDR.
3Affaibli par la défaite chabaniste, le mouvement pourrait s’emparer de ce climat de nouvelles tensions internationales pour essayer de se relancer. C’est ce qu’il fait à plusieurs reprises dans son bulletin interne. En février 1975, Citoyen prévient ses lecteurs que les événements en cours au Portugal rappellent ceux du Chili : une montée en puissance du communisme qui ne peut se conclure que par une dictature (qu’elle soit marxiste ou d’extrême droite9). La situation portugaise est de nouveau sous le regard du mouvement deux mois plus tard : la tentative de coup d’État militaire mené par Spinola entraîne l’exil de ce dernier et l’interdiction du parti des démocrates-chrétiens (qu’il dirigeait). Une vague de nationalisations s’en suit, tout comme des occupations de domaines agricoles, ce qui plonge les CDR dans un certain scepticisme à la veille des élections de l’assemblée constituante portugaise (25 avril 1975), déclarant qu’« une dictature militaire de droite ou de gauche, c’est toujours une dictature10 ». En décembre 1975, les « camps de concentration » soviétiques, dénominations employées par les CDR pour désigner les goulags, sont dénoncés à la suite de la sortie de nouveaux ouvrages d’Alexandre Soljenitsyne hostiles à l’URSS, tout comme les premiers massacres perpétrés par les Khmers rouges au Cambodge11. Sarcastiques, Yves Lancien et Jean-Marie Vissouze publient également une lettre ouverte adressée à Léonid Brejnev pour lui demander l’autorisation de diffuser Le Citoyen dans les démocraties populaires au nom de la liberté qu’il prétend défendre en tant que communiste12. L’idée derrière cette demande vise à démontrer que les communistes seraient des hypocrites et des menteurs, pourfendeurs des libertés. En effet, l’argument qui pourrait être avancé serait le refus (ou le silence, ce qui reviendrait au même) des autorités soviétiques face à la requête des responsables CDR. Ils se doutent que les chances de voir leur bulletin être distribué dans les régimes communistes sont nulles. Il s’agit d’une opération de communication anticommuniste simple et économe13.
4Par la suite, les actions menées par l’URSS dans le monde sont dénoncées à plusieurs reprises comme des agressions menées contre les démocraties et les régimes fragiles. Ainsi, on présente l’Angola, le Portugal et le Liban comme des victimes des assauts répétés de l’Union soviétique en janvier 197614 ; on dénonce la campagne de communication soviétique montrant Sakharov et Soljenitsyne comme des « aliénés » pour « conserver à l’image de marque du communisme en Occident un semblant d’humanité15 » ; on critique les discours officiels de Léonid Brejnev qui saperaient tout dialogue démocratique16 ; on s’insurge contre la transformation de l’idéologie communiste en « religion d’État » dans les démocraties populaires17 ; on dénonce le soutien économique et technique apporté par la France à la Guinée-Bissau, pourtant « régime autoritaire et révolutionnaire » honni, dans l’espoir d’obtenir un nouveau débouché en Afrique18. À l’inverse, la Chine n’est mentionnée qu’à deux reprises dans l’ensemble du bulletin interne. La première mention porte sur le décès de Mao Zedong, qui est ridiculisé par des critiques sexistes émises à l’encontre de sa veuve :
« Égérie jaune. – Le Grand Timonier de 900 millions de Chinois n’était donc que le Petit Timonier d’une mégère pékinoise ! Lui qui avait mis au pas de si vastes peuples n’était pas fichu de s’imposer dans son ménage où sa femme portait la culotte et le menait à la baguette19. »
5La seconde présente la politique économique promue par Hua Kuo-Feng, « le nouveau maître de la Chine », comme étant la plus capitaliste qui soit : il encenserait le profit et vouerait aux gémonies les entreprises et individus déficitaires. Une preuve selon Jean-Marie Vissouze que la Chine elle-même a fini par prendre conscience que l’avenir ne se trouvait pas dans l’économie socialiste et collectiviste, à l’inverse des partis français formant l’union de la gauche20. En dehors du bulletin interne, il n’existe qu’un seul document traitant de la menace communiste sur le plan international. Il s’agit d’une lettre rédigée par Yves Lancien à l’attention de René Marbot en janvier 1976. Il y manifeste ses craintes sur l’avenir de l’Angola. Selon lui, le devenir du pays est menacé par « l’idéologie communiste [qui] gagne du terrain » et menace la paix en Afrique21. Une opinion partagée par Gérard Barrère, ancien chargé de mission au secrétariat général pour les affaires africaines et malgaches de Jacques Foccart et membre CDR, qu’il exprime dans une analyse plus large publiée dans Le Citoyen et portant sur les « assauts russes » en Afrique22.
6Malgré ces exemples, les dirigeants CDR ne se montrent pas aussi intéressés par les conflits internationaux qu’ils le paraissent. Jacques Rougeot et l’UNI exploitent davantage les événements internationaux, tout comme le SAC dans son bulletin interne Action civique23. Hormis l’exception européenne, la politique nationale reste de loin la principale préoccupation des CDR. Ainsi, la Communauté économique européenne (CEE) est régulièrement étudiée par le mouvement d’Yves Lancien et Pierre Lefranc. La plupart du temps, il s’agit de contester toute velléité supranationale qui puisse remettre en cause l’indépendance nationale. C’est le cas en juin 1974 lorsque l’organisation publie un article, « Esquisse pour une stratégie », qui évoque le malaise suscité par la volonté supposée de la CEE de profiter de la crise économique en cours pour accroître son autorité sur les pays membres24. De même, Le Citoyen consacre plusieurs articles (entre 1976 et 1978) pour traiter de cette question de l’indépendance nationale au sein de la CEE, ce qui n’est pas sans faire écho à l’évolution des postures de Jacques Chirac vers une ligne plus critique à l’égard de Bruxelles qui atteint son paroxysme avec l’appel de Cochin le 6 décembre 197825. Le discours du bulletin interne est généralement favorable à une institution européenne de type confédéral où chaque État membre garderait ses prérogatives sans que la Communauté ne puisse contester leur autorité26. Une « Europe des nations » telle qu’elle est conçue et défendue par le général de Gaulle dans les années 196027. Toutefois, les CDR sont divisés sur la forme que devrait prendre cette Communauté européenne. Certains, tel Yves Lancien, soutiennent un renforcement du pouvoir du Parlement européen élu au suffrage universel afin de concrétiser cette « Europe des nations ». D’autres craignent au contraire un assujettissement de la CEE aux États-Unis et à l’Allemagne de l’Ouest, ainsi qu’à un retour en France du régime parlementaire qui pourrait être exigé par une Communauté européenne elle-même parlementaire28. Durant plusieurs mois, le comité national débat sur le sujet avant d’adopter finalement une posture commune en juin 1977. Celle-ci rejette en bloc les réformes à l’œuvre au sein de la CEE. Pour les responsables nationaux, il devient évident que le Parlement européen sera, soit impuissant et donc inutile, soit renforcé et par conséquent « soumi[s] à l’influence germano-américaine29 ». Dans les deux cas, il est évident pour l’organisation qu’une opposition franche à de nouvelles élections européennes est la seule réponse possible et envisageable.
7Outre la défense de l’indépendance nationale face à une Communauté de plus en plus supranationaliste, atlantiste et germanophile (selon le point de vue des CDR30), la CEE suscite également de l’intérêt à travers la menace communiste qui pèserait sur elle. Si le continent africain est le plus ciblé, l’Europe serait également visée. Après tout, l’Europe du Sud ne serait-elle pas la proie de l’avidité de l’URSS et ses satellites31 ? L’eurocommunisme tel qu’il est présenté par les CDR, répond avant tout à une action coordonnée des partis communistes nationaux (soutenus par leurs satellites et leurs éventuels alliés) et de l’URSS. Il s’agit d’un véritable changement dans l’idéologie CDR puisque jusqu’en 1973-1974, la Chine et Cuba étaient dénoncés comme des acteurs de la « subversion marxiste » aussi importants que l’Union soviétique. Or, à compter du mandat giscardien, le mouvement ne dénonce plus qu’une seule menace : l’URSS et ses « agents » présumés.
… à l’obsession de la « subversion marxiste », symbole d’un renforcement idéologique des CDR vers la droite nationaliste
8Du fait de ce tournant doctrinal, les CDR ne ciblent plus aussi souvent les extrêmes gauches. La principale raison n’est autre que le recul de la violence militante en France pratiquée par les organisations d’extrême gauche et d’extrême droite. Moins médiatisées, ces formations ne contribuent plus au sentiment d’insécurité qu’elles pouvaient susciter autrefois32. Lorsque les CDR mettent en avant les condamnations de MM. Weber, Bensaïd et Rodinson (des journaux Rouge et Lutte ouvrière) pour diffamation, il ne s’agit pas seulement de les dissocier des homicides d’Achicourt et Hirson – alors même que de profonds doutes sur l’implication du mouvement persistent –, mais de montrer également qu’il existe encore des adversaires gauchistes qu’il faut toujours combattre33. Par ce discours, ils invitent leurs adhérents à rester méfiants à l’égard des organisations d’extrême gauche.
9Prenant de l’importance durant les années 1970, les militants écologistes représentent de nouveaux adversaires pour les CDR. Les manifestations écologiques s’accroissent dans la France des années Giscard et s’accompagnent de leurs lots d’incidents34. Les CDR saisissent cette opportunité pour accuser l’écologie politique de représenter une menace nationale. Elle est dénoncée comme un instrument des gauchistes et ressort à plusieurs reprises comme un véritable complot impliquant l’ensemble des partis politiques de gauche et l’URSS. Le message des CDR est des plus clairs : les questions environnementales sont importantes mais elles sont exagérées par des « subversifs » désirant porter atteinte à l’indépendance économique et énergétique de l’Hexagone35. Ainsi, Lucien Barnier raille les écologistes qui feraient de la pollution « la grande peur de l’an 2000 » pour ruiner le pays, imposant aux citoyens de choisir entre « le nucléaire ou la bougie36 ». Les « subversifs » écologistes sont moqués par les auteurs CDR, le bulletin interne les présentant tantôt comme des individus naïfs et ignorants, tantôt comme des « révolutionnaires » au discours sans crédibilité. Leur principal argument, la dangerosité des centrales nucléaires, est critiqué en décembre 1977 par Alain Devaquet, professeur de chimie à l’université Pierre et Marie Curie et chargé de la recherche et de l’énergie au sein du RPR37. Il y explique longuement le fonctionnement des centrales nucléaires, leur haut niveau de sécurité et le traitement des déchets nucléaires, concluant par des mots sans équivoque sur les calculs politiques et l’ignorance qui habiteraient les opposants au nucléaire civil :
« L’énergie nucléaire est l’exemple type du décalage qui existe entre la connaissance collective et le savoir individuel. Seule l’insuffisance d’information explique la méfiance ou le refus d’une opinion publique trop souvent manipulée à des fins politiques. Il est impératif que le débat nucléaire ne soit pas faussé par les préoccupations électorales de certains partis. »
10Alain Devaquet est loin d’être le seul à déceler une manipulation politique derrière l’hostilité à l’énergie nucléaire. Yves Lancien, Jean-Marie Vissouze ou encore Roger Schaefert écrivent eux aussi sur le sujet. Chercheur de réputation internationale au CNRS, ce dernier réalise à l’automne 1977 une analyse favorable à l’énergie nucléaire38. Le Pr Schaefert présente la naissance de la science écologique39 comme la preuve d’une meilleure maîtrise des chercheurs sur les questions écologiques ; une maîtrise scientifique qui démontrerait ironiquement selon lui la méconnaissance, et même la malhonnêteté, des militants écologistes. Il reconnaît que la science écologique permet d’éclairer les dangers que rencontrent des écosystèmes intégrés et fragiles. Toutefois, le Pr Schaefert insiste à de multiples reprises sur l’aspect négatif de la propagande diffusée par l’écologie politique. Pour lui, « l’argumentation des adversaires du nucléaire ressort des fantasmes, rumeurs et paniques orchestrées et récupérées par des mouvements millénaristes ou gauchistes, manipulés par des intérêts étrangers40 ». Ainsi, ce serait l’ensemble des opposants à l’énergie nucléaire qui formerait le fameux « complot anti-centrales nucléaires » décrié par les CDR41.
11Le fait que l’organisation s’en prenne aux écologistes en 1976-1977 n’est pas anodin. Comme l’explique l’historien Alexis Vrignon, la « nébuleuse écologiste » connaît un vif engouement à partir de 1976 – où les différentes tendances commencent à s’unir –, jusqu’à leur défaite aux élections législatives de 197842. La manifestation de Creys-Malville (Isère) le 31 juillet 1977 porte cependant un coup dur aux mouvements écologistes. En effet, la manifestation antinucléaire, qui a rassemblé plusieurs dizaines de milliers d’opposants à l’installation d’une centrale nucléaire, dégénère en affrontements violents (jets de cocktails Molotov du côté des écologistes, jets de grenades offensives du côté des forces de l’ordre). Membre de la Fédération anarchiste, le militant Vital Michalon perd la vie lors de ces affrontements, poussant les organisations écologistes à remettre en cause leurs méthodes de contestation43. Bien que les CDR considèrent les écologistes comme des « agents subversifs » en 1976-1977, ils n’en oublient pas pour autant la « subversion marxiste » qui serait désormais incarnée par les « socialo-communistes ». Une poignée d’entre eux, qualifiés de subversifs, séviraient encore et toujours à l’Université, l’Armée et les PTT en 197544. Les autres persisteraient dans leurs actions de propagande pour influencer la population.
12Le Parti socialiste ne semble guère inquiéter le mouvement, du moins pas en tant que tel. Aux yeux des CDR, il devient vite évident que le PS serait une menace pour la démocratie du fait des ambitions jugées démesurées de François Mitterrand, présenté comme étant prêt à tout pour devenir président, et de l’alliance formée avec les communistes. Pour l’organisation d’Yves Lancien et Pierre Lefranc, il ne fait aucun doute que le PS est noyauté par le PCF. Aux dires de Jean-Marie Vissouze qui s’appuie sur l’éditorial de mars 1976 de la revue mensuelle du CERES, Jean-Pierre Chevènement (responsable du CERES, tendance « gauchisante » du PS) aurait admis une collusion entre les militants socialistes issus de sa tendance et les militants communistes45. Partant de ces déclarations, le propagandiste CDR accuse le CERES de mener des activités de destruction au sein du PS pour affaiblir les partisans de François Mitterrand et les rendre plus « malléables ». Le CDR Jean Crouzol n’en pense pas moins lorsqu’il écrit que « le PC veut casser le PS s’il ne plie pas », le CERES servant de « cheval de Troie communiste » au sein de l’appareil socialiste46. Face à cette situation, Yves Lancien en vient presque à plaindre François Mitterrand, « cet éternel partant pour l’Élysée, comme pour Moscou, qui reste toujours sur le quai », lors de son allocution prononcée le 12 avril 1975 au congrès national extraordinaire de Bagnolet (Seine-Saint-Denis47).
13Au-delà de la « compassion », les CDR aiment beaucoup tourner en dérision le président du PS. Les articles qui lui sont consacrés en font un opportuniste devenu bien malgré lui le pantin du PCF, le plus souvent représenté dans des caricatures sous les traits de Georges Marchais48. Les caricatures du bulletin Le Citoyen sont pour la plupart réalisées par Krok, un cadet de 17 ans (en février 1976) qui rêve de devenir journaliste caricaturiste et à qui l’un des propagandistes du mouvement, Jean Crouzol, a décidé d’offrir une occasion d’acquérir de l’expérience49. Les autres images (caricatures non signées et photomontages) sont réalisées par Crouzol et Vissouze. Ces trois « artistes » CDR s’évertuent à humilier François Mitterrand durant toute la période d’existence du bulletin. La diversité des mises en scène vise à démontrer la soumission constante du secrétaire général socialiste au secrétaire général communiste. Le secrétaire général de la CGT Georges Séguy, considéré par les CDR comme le bras droit de Georges Marchais, est présenté comme un maître d’école réprimandant le mauvais « élève » marxiste que serait François Mitterrand dans un photomontage de mai 197750. Cette perception d’un François Mitterrand manipulé par les communistes n’est pas propre aux CDR, les organisations gaullistes la partagent. C’est le cas par exemple de l’UDR/RPR, qui tient un discours similaire par le biais de son bulletin La Nation/La Lettre de la Nation, tout comme le SAC dans Action civique51.
14Très commentée dans les milieux politiques et journalistiques, la rupture du Programme commun de gouvernement de la gauche en septembre 197752 ressort grandement dans les images mettant en scène la relation Marchais-Mitterrand. Néanmoins, elles ne vont pas dans le sens de l’opinion générale : si les CDR tiennent compte de la montée en puissance du PS (qui dépasse le PCF sur le plan électoral lors des élections municipales), ceux-ci estiment que le PCF reste un parti trop puissant et influent auprès du PS et de son leader pour que les socialistes puissent agir librement. Les caricatures et photomontages évoqués l’illustrent, le PS resterait intrinsèquement lié au PCF (et à l’avantage de ce dernier) malgré ses velléités d’indépendance. La dernière caricature publiée dans Le Citoyen reflète avec humour ce rapport de force présumé entre les deux partis : on y voit un Georges Marchais burlesque vaincre dans une épreuve d’acrobatie un François Mitterrand qui tombe à la renverse, lâchant au passage la rose socialiste qu’il tenait dans sa main53. Cette vision entre en accord avec l’opinion que les responsables nationaux des CDR se font du PS : un parti rempli d’opportunistes qui ne manqueraient jamais une occasion de trahir leurs alliés ou de dépasser leurs clivages avec d’autres partis si cela leur permettait de remporter des élections54.
15Ainsi, les communistes et leurs alliés cégétistes représentent encore et toujours les principaux acteurs de la « subversion marxiste ». Tout au long de ces quatre dernières années d’activités – le « réseau CDR » ayant cessé d’agir concrètement après février 1978 –, les CDR dénoncent les manifestations de ce qu’ils considèrent être un bouillonnement prérévolutionnaire55. L’une des émanations les plus flagrantes de ce supposé activisme subversif n’est autre que la grève des postiers. Manipulés par la CGT et la CFDT, les employés des PTT auraient fini par éprouver un profond sentiment d’injustice dans le cadre de leur travail56. Ils en viennent à entrer en grève à l’automne 1974 pour exiger du gouvernement une augmentation globale de leur salaire, la titularisation des auxiliaires, l’amélioration des conditions de travail et l’augmentation des effectifs. Face à ces revendications, les CDR adoptent une posture ambivalente. D’un côté, ils reconnaissent aux grévistes le droit d’être mécontents de leur situation socioprofessionnelle. Ceux-ci seraient insuffisamment rémunérés et travailleraient dans des conditions insatisfaisantes. Toutefois, la poursuite des grèves malgré des concessions accordées par le gouvernement Chirac est condamnée par le comité national57. Dans leur communiqué du 18 novembre 1974, les responsables nationaux dénoncent le danger que ferait peser la poursuite de la grève des PTT à des dizaines de milliers d’autres emplois. Ils enjoignent les grévistes à cesser leur action « avant que les usagers ne soient gagnés par la grogne comme en novembre 196958 ». Le 4 décembre, Yves Lancien propose aux délégués CDR de mener des activités de propagande s’approchant de celles qui furent orchestrées contre la grève de l’EGF de 1969. Les finances manquant à l’appel, il suggère avant tout de peser sur la presse locale et régionale pour tenter de mobiliser la population contre les grévistes des PTT59. L’idée est de décrédibiliser les postiers qui rejettent les offres du gouvernement Chirac auprès de l’opinion publique. Des termes fleuris sont employés et l’image de la gangrène est à nouveau mobilisée pour illustrer la grève60. La CGT et la CFDT sont jugées sclérosées par la perte de « contact avec les professionnels » des dirigeants syndicaux, « l’anachronisme de leur vocabulaire et la survivance de méthodes et de conceptions héritées parfois des clichés du siècle dernier61 ». Cette pathologisation du discours politique, avec la métaphore du corps social malade, n’est pas sans rappeler la rhétorique gaulliste post-mai 1968. La mobilisation d’une telle propagande pour un organisme en déclin démontre aussi la volonté de renouer avec « la gloire » passée du mouvement, lorsque celui-ci pouvait se targuer d’avoir organisé la manifestation du 30 mai 1968 et les contre-manifestations de novembre 1969.
16Actifs lors des grèves des PTT – surtout pour une organisation en pleine crise financière –, les CDR restent focalisés avant tout contre les communistes et leurs alliés. Des terrains de lutte qui leur étaient chers sont abandonnés pour permettre au mouvement de se réorienter pleinement sur ce projet. Ainsi, à l’inverse des PTT qui préoccupent grandement les CDR entre la fin de l’année 1974 et le début de l’année 1975, l’Éducation nationale et l’Université ne semblent plus être une source de problèmes majeurs pour le mouvement d’Yves Lancien et Pierre Lefranc. Certes, quelques articles ponctuent de temps à autre le bulletin interne, tantôt pour dénoncer « l’hypocrisie » de M. Cornec, président de la fédération de parents d’élèves éponyme, qui veillerait scrupuleusement à envoyer ses filles au lycée durant les jours de grève qu’il orchestrait62, tantôt pour dénoncer la reprise des mobilisations d’étudiants gauchistes qui rejettent la réforme du deuxième cycle63. Les entreprises perdent elles aussi de l’intérêt pour les CDR et sont peu étudiées. Les seules exceptions demeurent les grandes grèves des PTT, l’ORTF et la défense du projet de Participation. Autrement, elles ne sont évoquées qu’indirectement dans le cadre de la lutte antisubversive contre les syndicats « marxistes ». Cette préoccupation centrale des CDR pour les communistes est perceptible dans la presse, mais aussi lors de discours tenus par Yves Lancien. Par exemple, durant la kermesse de Paris organisée le 23 octobre 1977 par le RPR (avec participation des CDR), le secrétaire général se moque des « socialo-communistes », déclarant que « nous n’oublierons pas de sitôt ce matraquage publicitaire permanent, à la manière de promoteurs faisant miroiter une belle maison les pieds dans l’eau à Mitterrand-Plage, Saint Georges-Cap-Ferrat, Schwartz-sur-Berge, CFDT-sur-Maire ou encore Séguy-les-Grèves64 ! » Un recours à l’humour typique du discours militant CDR. Cependant, le ton change et reprend la rhétorique du mouvement à l’égard de ses adversaires : le PS est soumis au PCF, les communistes disposent d’un appareil particulièrement puissant, le nombre de militants communistes symbolise la puissance politique du parti, les satellites communistes sont innombrables et disposent de relais éminents au travers des syndicats « marxistes », les communistes sont violents sur le terrain et servent l’URSS, etc. Le discours se termine sur des termes anxiogènes, les « socialo-communistes » étant accusés de soutenir le « développement angoissant de la criminalité et du terrorisme, si scandaleusement traitée avec complaisance par une gauche salonarde ». À travers cette allocution d’Yves Lancien, il devient clair que les CDR ont maintenu un discours à l’anticommunisme virulent, ancré dans les peurs de mai 1968 et devenu quelque peu anachronique compte tenu de l’évolution rapide de la culture politique française. Ce faisant, ils se retrouvent de plus en plus en décalage avec la réalité sociopolitique. Pourtant, l’organisation s’obstine dans sa rhétorique anxiogène tout en la recentrant sur un adversaire unique, le « socialo-communiste ».
17Dans l’esprit des CDR, la France reste menacée par cet ennemi intérieur qu’est le « marxiste ». La signature du Programme commun de gouvernement de la gauche a provoqué une focalisation progressive du mouvement sur le PS et le PCF au détriment des gauchistes. Un phénomène qui s’accentue grandement avec la défaite chabaniste. Désormais, le processus de diabolisation est dirigé quasi exclusivement contre les communistes et les cégétistes, secondairement les socialistes et la CFDT. La subversion serait perceptible à travers les manifestations et les grèves orchestrées par les syndicats « marxistes » ainsi que la propagande communiste – qu’il s’agisse de celle réalisée officiellement par le PCF (tracts, affiches, communiqués) que de celle que le PCF assurerait dans l’ombre. Cette production officieuse serait particulièrement visible à travers les médias et les films. Par exemple, le film Il pleut toujours où c’est mouillé réalisé par Jean-Daniel Simon (1942-2021), cinéaste militant au PCF, ne serait pas un film de divertissement mais un film de propagande communiste65. Le scénario met en avant les affrontements entre militants en périodes électorales. Le PCF y est héroïsé tandis que les CDR y apparaissent comme des individus brutaux. Remontés par l’image que le film renvoie d’eux, les responsables nationaux décident de porter plainte pour diffamation, ce qui leur permet de faire retirer le film des salles de cinéma le 15 février 197566. Les signes d’une influence communiste tentaculaire seraient perceptibles dans d’autres productions audiovisuelles telles que les journaux et émissions télévisées. Ainsi, la chaîne Antenne 2 est accusée à de multiples reprises de favoriser les communistes lors de ses émissions en invitant des personnes connues pour leur appartenance à la CGT ou au PCF, ou en faisant intervenir davantage de communistes que de personnes issues d’autres tendances politiques sur son plateau67. Les responsables nationaux n’en sont pas surpris : Léonid Brejnev n’avait-il pas déclaré en novembre 1975 que : « la télévision […] est le gigantesque outil dont dispose notre parti dans l’œuvre de formation du citoyen soviétique68 ? » Aussi qualifient-ils cette « mystification » marxiste de télescopage rouge69. Dans la même logique, certains journaux sont attaqués pour leur soutien présumé au communisme. Il s’agit avant tout de L’Humanité et de Politique Hebdo, mais il arrive aussi que L’Express, Le Point, Le Nouvel Observateur et Le Monde soient concernés70. Des intellectuels peuvent également être accusés de soutenir insidieusement les communistes et leurs alliés, à l’instar de Maurice Duverger qui aurait déclaré lors d’un colloque tenu le 28 octobre 1975 que les partis de la majorité bénéficieraient de soutiens financiers contrairement à ceux de l’opposition, laissant entendre qu’il faudrait renforcer les moyens jugés déjà exorbitants du PCF et du PS71. À ces « agents » de la « subversion marxiste », les CDR répondent par la promotion d’artistes ayant adhéré à l’UDR/RPR dans leur bulletin interne : les chanteurs Philippe Clay et Alain Barrière, l’homme de théâtre François Vicente, l’actrice Claude Gensac72, etc. Ces artistes assument leur ralliement à Jacques Chirac, parfois par attachement à la figure du général de Gaulle, le plus souvent pour rejeter le poids des « idéaux marxistes » dans le milieu artistique.
18Les responsables CDR dénoncent également les sources de financement douteuses des organisations communistes. Dans son article intitulé « richesse et puissance du PCF », Jean-Marie Vissouze brosse un portrait édifiant de la fortune présumée des communistes73. Le propagandiste CDR repère la présence du PCF dans de nombreux secteurs socioprofessionnels (entreprises, imprimeries, immobiliers, etc.) qui contribueraient à enrichir la trésorerie du parti. Loin de se cantonner aux dons personnels et aux cotisations, le trésor communiste se compterait en milliards de francs : six milliards d’anciens francs de cotisations et de dons, un milliard et demi d’indemnités parlementaires, six milliards de publicités et huit milliards par le biais des entreprises publiques que le PCF contrôlerait. À ces vingt et un milliards devraient s’ajouter l’or du gouvernement républicain espagnol débarqué à Port-Vendres durant la guerre civile qu’aurait récupéré le PCF, ainsi que les prises de guerre des Francs-Tireurs et Partisans durant la Seconde Guerre mondiale, les financements occultes soviétiques, et le soutien financier de l’Eurobank (la banque du PCF et de la CGT). Tous ces éléments amènent Jean-Marie Vissouze à conclure que les communistes seraient de très loin les plus grands capitalistes français ; des individus aux idées aussi dangereuses que ne le seraient leurs capacités d’action et leur influence dans la société. Sans la nommer, le propagandiste CDR s’attaque à la figure la plus emblématique et controversée de ces riches adhérents communistes, Jean-Baptiste Doumeng. Surnommé le « milliardaire rouge », le PDG de la société internationale agroalimentaire Interagra est l’une des principales sources de financement du PCF jusqu’à sa mort en 198974. Membre du PCF dès l’âge de 16 ans, il participe à la Résistance au sein de réseaux d’évasion communistes et termine la guerre en tant que lieutenant. Il fonde sa société en 1949 puis se lance en politique, devenant maire de Noé (Haute-Garonne) de 1959 à 1977 et conseiller général du canton de Carbonne de 1970 à 1976. Le patron haut-garonnais monopolise l’attention des médias et des partis politiques tant sa fortune est jugée scandaleuse et contradictoire avec les valeurs que défend son parti : près de dix milliards de francs au début des années 1980. Jean-Baptiste Doumeng commerce avant tout avec l’URSS et est réputé avoir servi d’intermédiaire à la fin des années 1970 entre Léonid Brejnev et Valéry Giscard d’Estaing – notamment après l’invasion de l’Afghanistan75. S’attaquer au PDG d’Interagra n’est pas surprenant, le personnage faisant régulièrement polémique. Moins d’un an après la parution de l’article des CDR sur la richesse et la puissance présumées du PCF, le journaliste Alain Giraudo publie une enquête sur la fortune de Jean-Baptiste Doumeng et son rôle au sein du parti de Georges Marchais. Il y constate lui aussi le poids de cet homme au sein du PCF et souligne à son tour tout le paradoxe du personnage : un milliardaire – entouré de millionnaires – qui prône l’anticapitalisme qui a pourtant fait sa fortune, promeut les relations franco-soviétiques au sein d’une Ve République qu’il souhaiterait officiellement abattre, et fait des dons au parti sans rien donner aux associations caritatives – mais en utilisant au mieux la loi pour défiscaliser ses activités76.
19L’analyse de Jean-Marie Vissouze n’a rien d’originale. Elle s’appuie, sans jamais les nommer, sur les ouvrages des journalistes André Campana et Jean Montaldo sortis respectivement en 1976 et 197777. Le premier accorde une grande importance aux prétendus « trésors de guerre » communistes et aux bénéfices de leurs entreprises publiques (principalement municipales). Le second souligne le poids présumé des mairies communistes, de l’Eurobank et des entreprises publiques appartenant au PCF. Jean Montaldo insiste aussi sur l’existence d’un « empire commercial et immobilier » du parti de Georges Marchais, thèse que ne reprend pas Jean-Marie Vissouze. Les publications de Jean Montaldo et André Campana ont fait grand bruit à leur sortie mais ne sont guère fiables. Il s’agit avant tout de brûlots hostiles aux partis politiques (Campana), notamment au PCF (Montaldo). L’absence d’archives sur les financements du PCF et les fantasmes qui les entourent rendent difficile toute analyse critique sur la question. Des journalistes assurent encore au début des années 2000 que le PCF bénéficiait de financements occultes conséquents de la part de l’Union soviétique – 50 millions de dollars entre 1971 et 1990 selon les journalistes Genovefa Étienne et Claude Moniquet, 2 millions de dollars par an sous Brejnev selon le journaliste Roger Faligot78. Ces chiffres restent discutables, d’autant que les éléments tangibles amenés par ces journalistes sont maigres – peu de témoignages sont sollicités, presque aucun document communiste n’est mobilisé, l’essentiel s’appuie sur des rumeurs rapportées par la presse.
20Néanmoins, les accusations et soupçons portés sur des fonds occultes communistes par les gaullistes d’ordre et les journalistes ne sont pas sans fondement. Le politologue Éric Phélippeau et l’économiste Abel François ont démontré dans leurs travaux qu’à l’instar d’autres partis politiques, le PCF a bénéficié de financements « secrets » qui étaient en réalité plus ou moins connus de leurs rivaux politiques79. Éric Phélippeau évoque par exemple les fonds apportés officieusement par des entreprises aux communistes. Si ces dons ne furent bien souvent pas officiels, ils n’en restaient pas moins connus des parlementaires qui respectaient une sorte de « pacte du silence sur cette question80 ». Aussi, les sommes avancées par les CDR et la presse étaient nettement supérieures à la réalité, mais les sources restaient quant à elles souvent bien identifiées.
21Pour les CDR, l’émanation la plus flagrante de ce pouvoir communiste serait le communisme municipal. Déjà dénoncée par le passé, la gestion des conseils municipaux communistes est encore davantage critiquée par le mouvement. Elle est décrite comme un vaste système de corruption, de clientélisme politique et de détournements de fonds publics81. Les mairies communistes réserveraient l’intégralité des postes municipaux à des militants PCF, inciteraient les résidents à soutenir le parti communiste ou à s’abstenir, investiraient dans des infrastructures privilégiant leurs partisans, etc. Bien qu’elles se situent sur l’ensemble du territoire, les mairies communistes les plus puissantes sont sans conteste celles entourant la capitale. Connues sous le terme de « banlieue rouge82 », elles suscitent tous les fantasmes parmi les organisations gaullistes, libérales et centristes. Les archives privées de Michel Poniatowski offrent un éclairage inédit sur la question. Une cote entière de ses archives au ministère de l’Intérieur de 1974 à 1977 est dédiée aux activités du PCF83. Les multiples rapports réalisés par le bras droit de Valéry Giscard d’Estaing portent sur les liens entre le PCF, les mairies communistes de la « banlieue rouge » et l’URSS, notamment au sujet du financement et des emplois fictifs84. Par exemple, un document de plusieurs dizaines de pages décrypte les différents moyens illégaux employés par les communistes pour préserver les mairies conquises :
« Société de prestation de services à double vocation (les études en matière de gestion et l’installation des ordinateurs), la SOGIR met les Français sur fiches, partout où le PCF est implanté ou veut s’implanter. Elle a aussi pour objet toute opération de commission, importation et exportation. […] Dans trois zones, les citoyens – membres du PCF ou non – sont déjà mis systématiquement sur fiches avec leurs caractéristiques familiales et professionnelles, leur statut à l’intérieure de leur entreprise, tranche de revenus, tranche d’âge, niveau scolaire, etc.
[Par ailleurs,] les municipalités communistes ne se contentent pas de bourrer les listes, elles bourrent aussi les urnes85. »
22Il est clair que les gaullistes d’ordre et les giscardiens d’ordre exagèrent le pouvoir du PCF. Toutefois, le géographe Philippe Subra reconnaît que leurs fantasmes s’appuient sur des réalités à ne pas négliger : le communisme municipal est une véritable puissance politique territoriale et organisationnelle sur lequel peut compter le PCF, notamment en Île-de-France86.
23Les CDR considèrent la « banlieue rouge » comme une « terre de mission », expression qui indique le sentiment de « déperdition » de cet espace sous forte influence communiste qu’il faut reconquérir87. L’important ancrage communiste dans la « banlieue rouge » répond à un double critère, celui d’une implantation sur le temps long (dès les années 1920) réalisée par un parti puissant et structuré, et le profil des électeurs (majoritairement ouvriers et/ou immigrés). Cette territorialisation politique du PCF est également due au travail de longue haleine des militants qui mobilisent localement des ressources partisanes idéologiques88. Le processus de « conversion » des fiefs et (plus encore) des bastions politiques est complexe. Toutefois, il existe des phases de « conversion » de territoires « labourés » (François Dubasque) par les militants. Les années 1970 voient ainsi le PS s’emparer de territoires gaullistes et démocrates-chrétiens en Lorraine, en Bretagne, dans les Pays de la Loire et en Basse-Normandie89. En ce qui concerne les CDR, la Seine-Saint-Denis est le département « rouge » le plus ciblé par les militants, notamment dans le cadre des élections municipales. Plusieurs tentatives de développement de la petite antenne départementale sont réalisées, mais elles échouent toutes. La difficulté d’agir dans ce département est telle que le responsable national Pierre-Louis Criqui (délégué de Seine-Saint-Denis) se plaint de l’emprise communiste qui parvient à rendre inaudible toute propagande gaulliste90. L’échec du RPR en Seine-Saint-Denis pousse d’ailleurs le SAC, les CDR et le RPR à former sur place « la nouvelle résistance » en mai 1977, un groupe de liaison au nom évocateur axant l’intégralité de son activité sur « une opération de propagande antimarxiste91 ». Un bulletin particulièrement hostile au PCF paraît en petite quantité et insiste sur le « système communiste […] qui gangrène notre société et manipule l’opinion des honnêtes citoyens en les achetant92 ». Il ne faut toutefois pas exagérer la portée de ce groupement. Les CDR comme le SAC voient leurs effectifs et leurs finances baisser drastiquement. Leur déclin ne leur permet pas d’investir dans une initiative locale située en territoire hostile. Faute de moyens et de militants, « La Nouvelle Résistance » disparaît vers décembre 197793.
24L’ensemble de ces informations explique la vision particulièrement sombre et alarmiste des CDR à l’endroit du PCF et de la CGT après avril-mai 1974. Plusieurs cadres du mouvement expriment leurs angoisses et s’efforcent de ne pas seulement diaboliser les communistes, mais bien d’expliquer leurs craintes au-delà des seules démonstrations de la menace qu’ils ressentent. Ainsi, Michel Droit estime que l’alliance « socialo-communiste » formerait un « chèque en rouge » qu’il faut à tout prix bloquer dans son ascension au pouvoir94. Il rappelle dans son réquisitoire que les communistes auraient systématiquement trahi leurs alliés socialistes en Europe de l’Est lors de leur prise de pouvoir dans la seconde moitié des années 1940. La phrase « il est inutile de rappeler ce qui advint à Prague le 25 février 1948 » sonne comme un avertissement de ce qui attendrait la France en cas de victoire des gauches aux élections législatives de 1978. Il tente de nuancer quelque peu ses propos, reconnaissant que la situation de la France, de l’Europe occidentale et de l’URSS n’est plus la même. Néanmoins, il insiste sur la gravité de la situation. De son côté, Jean Dutourd publie un article déclarant sans détour : « le communisme, voilà l’ennemi95 ! » Le cadre national s’inscrit ici dans un héritage politique particulier, celui de la droite anticommuniste de l’entre-deux-guerres qui reprit à son compte cette expression formulée pour la première fois par le ministre de l’Intérieur radical Albert Sarraut à Constantine en avril 192796. Jean Dutourd considère que l’URSS de 1978 est une puissance en déclin qui s’efforcerait d’effrayer l’Europe occidentale par des activités souvent inefficaces mais constantes. Consciente que la communauté européenne serait lâche – elle « fait dans sa culotte au moindre bruit de bottes » – l’Union soviétique en serait venue à la conclusion que son salut viendrait de sa capacité à mobiliser tous les éléments perturbateurs possibles. Jean Dutourd pense que derrière les nombreuses activités qu’elle soutient à travers le monde, l’URSS éprouve la crainte d’être vaincue par la Chine communiste – qui la déborde sur sa gauche –, les États-Unis et l’Europe occidentale. Outre le fait qu’il distingue la Chine communiste de l’URSS, fait unique parmi les CDR, Jean Dutourd propose une analyse des plus originales sur la situation internationale. À ses yeux, le PCF et ses satellites doivent être combattus, car si ces organisations communistes sont affaiblies, l’URSS subira un coup sinon fatal, du moins conséquent. Il en vient à penser que plus les « agents soviétiques » perdront en efficacité, plus l’URSS faiblira. Il sous-entend même qu’il serait concevable de l’abattre en suivant ce schéma puisque l’Union soviétique ne serait plus l’armée si terrifiante d’antan : « n’oublions pas que les seuls pays où l’Armée Rouge soit intervenue depuis trente-deux ans sont des pays communistes ».
25Quelles que soient leurs formes, les multiples attaques réalisées par les CDR contre les communistes se manifestent également à travers une iconographie humoristique originale. La volonté de discréditer les communistes ne se résume donc pas à les grimer sous des traits malveillants. Elle passe également par la dérision, comme c’est le cas pour les socialistes. Dans la propagande CDR, le PCF est personnalisé sous les traits de son leader, Georges Marchais. Il peut être représenté de maintes façons : une fausse statue de la liberté, pour prévenir le lecteur que le PCF se targue d’être un parti défenseur des libertés alors qu’il en serait le principal pourfendeur ; un professeur d’école peinant à tenir en place un élève Mitterrand excité, une manière de tourner en ridicule les envolées socialistes et la stagnation électorale que rencontre le PCF ; un entomologiste mécontent traquant le papillon Mitterrand, une image qui reste dans la même idée que la précédente, la frustration qu’éprouve le PCF à l’égard de son allié socialiste en plus ; un lutin promettant aux électeurs, présentés sous la forme d’une foule, un avenir radieux si elle lui vendait son âme97, etc. Héritière d’une longue histoire de la propagande anticommuniste de droite (le Centre de propagande des Républicains nationaux durant l’entre-deux-guerres, l’officine Paix et Liberté sous la IVe République), cette opération de communication anticommuniste ressemble sur ce plan à celle orchestrée à l’encontre des socialistes. Elle est en décalage avec les évolutions électorales de l’époque. Le PCF recule peu à peu dans les élections malgré sa popularité auprès des jeunes électeurs98, ses militants sont de moins en moins impliqués dans des incidents et le PS prend le pas sur ses alliés/rivaux de gauche à partir de 1978. L’insistance avec laquelle les CDR attaquent le PCF et la CGT démontre une incapacité à s’adapter aux évolutions rapides des mœurs politiques de la société française. Elle souligne la droitisation d’un mouvement figé dans ses appréhensions originelles (la « subversion marxiste » apparue en mai-juin 1968) qui ne peut survivre qu’en restant bloqué dans une rhétorique dépassée. Cette inaptitude à se renouveler idéologiquement traduit une frustration provoquée par la marginalisation politique accrue du mouvement sous la présidence Giscard d’Estaing99. Ce phénomène se retrouve au RPR et dans les organisations du gaullisme d’ordre. Le bulletin Action civique partage un discours similaire aux CDR sur le PCF et le PS100 ; l’UNI maintient ses activités antimarxistes (type comités antigrèves du printemps 1976) et oscillent entre les droites républicaines et l’extrême droite101 ; la CFT accroît la répression dans les usines où elle est fermement implantée pour repousser la « subversion », n’hésitant pas à justifier l’emploi de la violence afin de faire « face à la décadence des structures de la société102 ».
26Tout en diabolisant les « socialo-communistes », les CDR réalisent une campagne d’héroïsation de Jacques Chirac. L’adhésion progressive de l’organisation au chiraquisme entraîne effectivement une fascination des militants pour le Premier ministre. Des discours à la gloire de Chirac sont prononcés pour louer la « seconde jeunesse », la force et la bravoure de l’ancien protégé de Pompidou103. Des caricatures vont également le présenter sous un jour flatteur, jouant volontiers avec l’imaginaire héroïque d’alors. C’est pourquoi on le voit représenté tantôt comme un chevalier combattant l’hydre « socialo-communiste », tantôt affronter en vaillant soldat d’innombrables ennemis qui chercheraient à éliminer le gaullisme (en tant que courant politique104).
27La disparition progressive des « menaces » dénoncées par les CDR a contribué à la dissonance de son discours anxiogène. L’un des exemples les plus brefs mais instructifs de ce décalage n’est autre que celui de l’ORTF.
La libéralisation de la radio-télévision française ou la fin d’un « problème » récurrent
28Présenté depuis les débuts de l’organisation comme l’un des hauts lieux de manifestation de la « subversion marxiste », l’ORTF reste un sujet de préoccupation – et une cible de choix – pour les CDR après la défaite chabaniste. Servant peut-être d’exutoire à une frustration difficile à camoufler, l’Office reste décrié pour ses revendications socioprofessionnelles et ses actions contestataires. La création d’une troisième chaîne (en couleurs) le 31 décembre 1972105 est perçue comme une erreur d’investissement : celle-ci sert de lieu de repli pour les journalistes et techniciens supposément hostiles à la Ve République. Les CDR estiment qu’il aurait été finalement préférable d’investir les 70 milliards d’anciens francs dans la colorisation de la première chaîne, moins contestataire106. Dans leur communiqué du 19 juin 1974, le comité national rappelle que l’ORTF est ingouvernable depuis mars 1971 du fait de sa « prodigalité, de [son] copinage et de [sa] politisation [qui] n’ont fait qu’aggraver la situation » au fil du temps. Le précédent de l’affaire Arthur Conte/Philippe Malaud de l’automne 1973 est encore dans les esprits du mouvement. Comme le rappelle le politologue Roland Cayrol, l’Office fut soumis à d’importantes pressions politiques de la part du gouvernement Messmer durant les élections législatives de 1973107. Des pressions qui s’étaient intensifiées à la suite de la promesse d’Arthur Conte faite à ses employés en janvier 1973 de garantir leur indépendance par rapport au pouvoir politique. Or, la radio-télévision française est à cette époque étroitement liée aux gouvernements gaullistes, ce que confirme dans ses mémoires le journaliste ORTF Raymond Marcillac, proche du gaullisme d’ordre108. C’est pourquoi le refus du PDG de l’ORTF de céder aux exigences du gouvernement avait fini par entraîner une crise politique qui s’est soldée par le désaveu puis la démission d’Arthur Conte109. Bien que député UDR de la 2e circonscription des Pyrénées-Orientales et fervent pompidolien, Arthur Conte était rapidement devenu l’allié objectif des gauchistes de l’Office aux yeux des CDR.
29En plus d’être ingérable, l’ORTF serait l’entreprise nationale la plus « généreuse ». Il accorderait le plus d’heures supplémentaires (environ 38 millions de francs), verserait des centaines de salaires à des employés sans travail et userait des arrêts maladie bafouant le droit du travail. Les « crypto-gauchistes » de la Fédération syndicale unifiée (FSU) se trouveraient derrière cette vaste machination visant à paralyser l’intégralité du réseau télévisuel français par la grève de quelques techniciens bien positionnés110. La force de nuisance de la FSU résiderait dans son idéologie, bien ancrée dans les esprits de ses « agents » qui soutiendraient sans relâche le Programme commun de gouvernement de la gauche, et le soutien infaillible « d’une minorité des personnels de l’ORTF qui, pour conserver leurs privilèges, auront été les plus sûrs fourriers de la privatisation111 ». La privatisation serait devenue un mal nécessaire aux yeux de certains cadres112. Yves Lancien en personne n’apprécie pas l’idée mais la considère suffisamment efficace pour pouvoir éliminer les perturbateurs de la radio-télévision113. L’opposition manifeste de la majorité des responsables nationaux oblige toutefois le secrétaire général à modérer davantage sa position sur la question. Le 27 juin, il réagit au rapport Paye, qui concerne la réforme de l’ORTF proposée par la nouvelle présidence, au nom du comité national : défavorables à la privatisation, les CDR approuvent officiellement le rapport ; ils cautionnent le projet d’autonomisation accrue des différents services de l’ORTF pour tout ce qui concerne la gestion du personnel et de l’Office ainsi que la direction du plan des programmes. Ils désirent en revanche le maintien du monopole d’État sur l’institution114, qu’une privatisation remettrait en question.
30Peu après le rapport Paye, le gouvernement Chirac propose de morceler l’Office en sept sociétés distinctes au motif qu’il serait en déficit financier – Jean-Noël Jeanneney souligne que les comptes sont truqués afin de justifier cette décision115. Ce projet de loi – adopté le 7 août – avait obtenu l’adhésion immédiate des CDR qui espèrent voir la mainmise présumée des gauchistes sur l’ORTF disparaître avec elle116. Cette prise de décision semble résoudre la situation dans la radio-télévision française. Du moins, plus aucune déclaration médiatique du mouvement ne déplore une quelconque action par les journalistes, animateurs et techniciens de l’Office. Sur le ton de l’ironie, le bulletin Citoyen tourne en dérision le recul soudain de la promotion du Programme commun dans l’ORTF117. Comment ce silence peut-il être interprété ? L’Office fait partie, avec les « socialo-communistes » et les syndicats, des cibles privilégiées du mouvement. Trois grandes grèves animées par des journalistes de la télévision se déroulent durant le mandat giscardien (décembre 1974, décembre 1975, décembre 1977 et février 1979). Le président de l’ORTF Marceau Long a même été séquestré le 26 novembre 1974118. Pourtant, sur ces questions, le comité national des CDR ainsi que les antennes départementales et d’arrondissement gardent le silence. Par conséquent, la raison principale ne réside pas dans un apaisement rapide des activités contestataires dans la radio-télévision française. Il est plus probable que la grave crise interne qui touche le mouvement et les divisions frappant la famille gaulliste expliquent ce mutisme. La quasi-disparition de la Fédération syndicale unifiée au moment de la création des sept entreprises publiques de radio-télévision peut aussi éclairer l’absence de réaction des CDR, qui perdent alors un adversaire de choix119. Le mouvement revendiquant une sensibilité sociale et humaniste, il lui serait difficile de justifier une condamnation des revendications des grévistes. Évincée par les réformes giscardiennes de l’Office, la disparition de la FSU ne permet plus de dénoncer une manipulation des employés contestataires par les « crypto-gauchistes ».
31Le silence relatif des CDR à l’endroit des « subversifs » de la radio-télévision française ne signifie pas que le mouvement ne déplore plus certaines actions ou prises de décision des nouvelles entreprises publiques créées par le gouvernement Chirac. Seulement, les allégations tenues sont désormais rares et modérées, loin des propos incisifs qui pouvaient être tenus jusqu’alors. Par exemple, les responsables nationaux se plaignent de la diffusion le 4 février 1975 sur TF1 d’extraits du film Il pleut toujours où c’est mouillé, qui avait dépeint leur organisation comme une bande de « brutes et [de] truands », preuve d’un parti-pris de la chaîne en faveur des adversaires de l’organisation120. En parallèle, ces mêmes responsables saluent pourtant FR3 pour avoir montré dans plusieurs extraits la présence de dizaines de militants CDR martiniquais qui assistaient à l’allocution présidentielle de la place de la Savane, à Fort-de-France. Pareillement, l’organisation qui souffre d’une profonde décrépitude commence à bénéficier de l’intérêt de la télévision, FR3 invitant des représentants du mouvement dans son émission « tribune libre » le 11 avril 1975121. La refondation du bulletin interne dans Le Citoyen voit décliner ce thème critique de la politisation de la télévision française. Jean-Marie Vissouze essaie de relancer les attaques contre les médias télévisés en durcissant le ton à leur égard, mais il doit rapidement y renoncer devant le peu d’intérêt qu’y portent les adhérents. La grève de décembre 1975, présentée par le propagandiste CDR comme la manifestation d’un « certain ordre moral de gauche » propre à « l’univers marxiste122 », et la mise en avant des idées « gauchisantes » du syndicat de la magistrature par TF1 le 20 janvier 1976123, tombent dans l’oubli. Jean-Pierre Antoni et Didier Bierjon confirment ne plus se souvenir de ces grèves et de ces attaques menées par Jean-Marie Vissouze, probablement parce qu’ils éprouvaient d’autres inquiétudes – crise économique, tensions avec les giscardiens, montée en puissance des partis de gauche124. Il faut dire qu’en ce qui concerne les médias, les préoccupations ne manquent pas : des radios pirates sont formées clandestinement par la CGT et le PCF, certains animateurs radios sont accusés de promouvoir la pornographie, le Mouvement d’indignation nationale extrême (MINE) paraît rencontrer un succès non négligeable dans une grande partie des médias hexagonaux125, etc. De ce fait, les CDR voient une de leurs cibles privilégiées disparaître. La perte progressive d’adversaires iconiques nuit grandement à la mobilisation des militants qui sont pétris d’une idéologie anxiogène déphasée avec les enjeux contemporains.
Des postures paradoxales qui reflètent un malaise idéologique
32Ces multiples attaques à l’encontre des socialistes et des communistes ne signifient pas que les CDR renoncent à leurs aspirations sociales. L’instauration de la Participation initiée par le général de Gaulle doit se réaliser à leurs yeux. À peine formé, le gouvernement Chirac avait assuré préparer une loi visant à établir la participation en entreprise, ce qui a grandement satisfait le mouvement126. Cependant, l’engagement chiraquien n’est jamais tenu. Les cadres nationaux de l’organisation décident donc de rédiger plusieurs articles visant à expliquer et justifier les apports bénéfiques que produirait un tel système économique et social. L’ensemble des revendications socio-économiques émises lors du congrès national de 1973 est repris à l’été 1974 par Yves Lancien et Jean-Marie Vissouze127. Ils espèrent que le nouveau gouvernement les entende et les reprenne. La réforme des entreprises initiée par la commission Sudreau est perçue comme une occasion pour le mouvement d’exprimer leurs opinions, d’autant que la CGT refuse de participer aux travaux de ladite commission, tandis que la CFDT se montre peu coopérative – laissant un espace vide à occuper128. En décembre 1975, un responsable national reconnaît une fibre sociale – « de gauche » écrit-il – aux CDR par leur volonté de lutter contre les inégalités socioéconomiques et d’instaurer un dialogue, de concertation et de participation dans toutes les strates de la société (aussi bien politique que socioprofessionnelle129). La crise économique étant bien installée, les aides sociales de l’État sont parfois critiquées. C’est le cas en janvier 1976, lorsque le gouvernement Chirac décide de généraliser l’inscription à la Sécurité sociale de tous les travailleurs en France (pas seulement les citoyens mais également les travailleurs étrangers) à compter du 1er janvier 1978 alors que la dette publique s’accroît, ou en février 1976 pour reprocher à l’État d’étendre les allocations chômage à un plus grand nombre d’individus alors qu’au moins 25 % des bénéficiaires seraient des « fraudeurs » (re)connus qui ne seraient pas inquiétés pour leur délit130. Plutôt que de « jeter l’argent par les fenêtres », Henri Josseran invite d’ailleurs les lecteurs à encourager l’économie plutôt que « de la brider » car la dévaluation du franc ne ferait à ses yeux qu’accentuer la crise économique et le creusement des inégalités salariales131. De son côté, Yves Lancien salue les efforts du plan Barre tout en regrettant qu’il n’aille pas suffisamment loin. Le secrétaire général du mouvement craint effectivement que le projet gouvernemental n’augmente l’inflation au lieu de la contenir parce qu’il ne viserait pas à résorber les rigidités économiques et sociales, qu’il ne lutterait pas contre les inégalités et n’aiderait pas l’économie nationale à se renforcer, seulement à essayer de la relancer132. Lors de son allocution du 4 décembre 1976, il reproche également au plan Barre de faire la part belle à ce qu’il qualifie de privilèges, qu’il faut comprendre ici comme étant les rentes acquises par les actionnaires133. Des critiques reprises quelques mois plus tard par Philippe Bouthier134.
33Finalement, les seules dépenses non réalisées par le gouvernement que regrettent les CDR se trouvent dans le régime des retraites. Pour veiller à assurer aux personnes âgées une vie décente et réduire tout risque d’isolement, il faudrait revaloriser leur pension de retraite, abaisser l’âge de la retraite de 65 ans à 60 ans, leur garantir des soins gratuits ou encore, leur assurer des représentants au Conseil économique et social135. Pour le comité national, la seule solution réside dans la mise en place de la Participation sous toutes ses formes136. Les projets de loi défendus par le RPR depuis décembre 1976 sont perçus comme des signes encourageants d’un projet social à venir137. En soutenant le RPR, les CDR estiment pouvoir obtenir des bonifications sur les salaires des employés les plus méritants ainsi que la cogestion, véritable aboutissement de « l’orientation sociale du gaullisme » d’après le militant énarque Guy Willy Schmeltz138. Idéalisée, l’idée d’un régime fondé sur la Participation, qui rejetterait le socialisme et le capitalisme pour n’en conserver que les meilleurs éléments, est de loin l’aspect le plus progressiste du discours CDR après la défaite chabaniste. Les Comités considèrent par ailleurs que les gaullistes sociaux qui ne se rallient pas au RPR sont potentiellement des traîtres au projet social gaulliste. Jean d’Escrienne, dont le rôle auprès du général de Gaulle lui assure une certaine autorité au sein du mouvement (il fut l’aide de camp de « l’homme du 18 juin » de 1966 à 1970), a les mots les plus durs pour cette fraction minoritaire du gaullisme : tantôt déboussolé ou manipulé, tantôt opportuniste, tout militant se réclamant du gaullisme social qui n’agirait pas aux côtés de Philippe Dechartre, membre du RPR et partisan de la Participation139, trahirait les idées sociales du général de Gaulle140.
34À côté de cette fibre sociale, le mouvement tend à se droitiser au fil des mois. Malgré leurs revendications répétées et la valorisation de cadres issus de l’UDR puis du RPR, les CDR perdent progressivement leur identité gaulliste. Leur discours s’oriente vers la droite nationaliste, voire par moments l’extrême droite. Les nouveaux liens qu’ils établissent avec certaines organisations connues pour leurs accointances avec les milieux nationalistes peuvent peut-être avoir joué un rôle dans ce durcissement idéologique. Le sociologue Philippe Lamy constate que les CDR entretiennent des contacts occasionnels avec le Club de l’Horloge (fondé le 10 juillet 1974), un laboratoire d’idées visant à rapprocher les éléments d’extrême droite vers la droite libérale141. Le Mouvement initiative et liberté (MIL), organisation issue du SAC en décembre 1981, reconnaît que le SAC, l’UNI et les CDR sont liés au Club de l’Horloge142. Bien évidemment, il ne faut pas exagérer le poids de ces contacts. Les transfuges du Club n’apprécient pas toujours les gaullistes. Le témoignage de Gérard Longuet en est un exemple probant. Cofondateur du mouvement Occident, il rejoint en 1968 le GUD puis Ordre nouveau l’année suivante. Alors qu’il travaille pour le Conseil national du patronat (CNPF, ancêtre du MEDEF), il finit par codiriger Ordre nouveau jusqu’à sa dissolution en juin 1973. Il soutient le Front national à ses débuts avant de devenir un membre actif du Club de l’Horloge143. C’est par le biais de ce dernier qu’il finit par rejoindre le Parti républicain et l’UDF de Valéry Giscard d’Estaing, avant de devenir député libéral de la 1re circonscription de la Meuse en 1978. Fier de son passé militant144, Gérard Longuet symbolise le parcours réussi de ces anciens nationalistes convertis au libéralisme. Cet homme au passé sulfureux éprouvait un véritable mépris pour le SAC et ignorait à l’époque jusqu’à l’existence des CDR. De façon générale, il n’était guère intéressé dans les années 1970 par le gaullisme qui symbolisait alors à ses yeux « les pourfendeurs des colonies françaises » qui « ont abandonné les Français d’Algérie145 ». Sans tomber dans le piège de la généralisation, il est plus que probable que de nombreux autres membres du Club de l’Horloge aient porté un regard similaire. Aussi, l’influence du Club sur les nouvelles orientations idéologiques des CDR doit être relativisée. La présence d’éléments d’extrême droite dans les CDR a certainement pesé autant, si ce n’est plus, que le laboratoire d’idées. En effet, lorsqu’une organisation dépérit et cède au durcissement idéologique, les adhérents les plus durs font généralement partie des principaux responsables de ce tournant146. Ce constat n’a rien de surprenant et fait écho à des attitudes semblables dans d’autres groupements tels que le SAC et la CFT/CSL147. Or, ce sont avant tout les éléments les plus radicaux des CDR qui restent jusqu’au bout, ce qui leur donne un poids croissant au sein de l’organisation.
35Les CDR se lancent donc dans des réflexions aussi diverses que parfois sensibles. Là encore, les seules sources à notre disposition se trouvent être les différentes publications du bulletin interne du mouvement. Celui-ci, outre l’antienne sur la présumée menace marxiste, présente plusieurs sujets de préoccupations qui touchent à l’actualité et aux questions de société. Il y a bien évidemment la place de la communauté européenne et des questions écologiques, mais il en existe bien d’autres. Par exemple, la défense nationale, une question chère aux gaullistes. Le général de Gaulle y accordait une importance primordiale, la défense devant assurer l’indépendance nationale aux côtés de la modernisation industrielle et du développement de l’économie du pays148. Les CDR partagent cette vision d’un triptyque défense nationale-modernisation socioprofessionnelle-économie. Les positions tenues par le général Stehlin, présenté comme « la voix de son maître [l’OTAN] », et Alfred Fabre-Luce à l’égard de l’OTAN et du Moyen-Orient à l’automne 1974 inquiètent le mouvement, tout comme les risques de reprise de conflits au Proche-Orient qui accroît les tensions internationales et l’augmentation des emprunts aux pays étrangers par l’État149. La défense nationale ne peut être assurée que par l’armée. Or, du fait de la « subversion » à l’œuvre dans les rangs de celle-ci, les CDR commencent à changer de position. Au départ très favorable à une armée populaire – jugée nécessaire pour discipliner les jeunes –, le mouvement se tourne de plus en plus vers la possibilité de doter la France d’une armée de métier. Il précède sur ce point le gouvernement de plusieurs années, celui-ci refusant alors de suivre les conclusions de sociologues établies dès les années 1970 sur la nécessaire professionnalisation des armées nationales150. En février 1975, les cadres nationaux envisagent un débat public impliquant les jeunes électeurs autour de la question du maintien du service militaire151. À leurs yeux, il devient inconcevable de poursuivre l’embrigadement de potentiels réfractaires voire séditieux, sans prendre le risque de fragiliser l’armée et avec elle, la défense nationale. Cette question est d’autant plus cruciale que les cadets encore actifs au sein de l’organisation réprouvent grandement les conscrits pacifistes et/ou antimilitaristes. Il suffit d’observer la campagne menée par les CDR-Jeunes de Meurthe-et-Moselle en mars 1975 pour le constater152. Dans toutes les rues de Nancy, les cadets distribuent des tracts, s’indignant des « accusations mensongères » proférées par « des meneurs qui tentent de miner le prestige et la force de l’armée française » en qualifiant d’assassinat la mort accidentelle d’un appelé à Verdun. Les jeunes militants ne manquent pas de qualifier les antimilitaristes de criminels – coupables de « crime contre le peuple français ». Ils réagissent en cela à l’accroissement du mouvement antimilitariste des années 1970 : des centaines de comités de soldats objecteurs de conscience se sont développés sur l’ensemble du pays (notamment en réaction à l’application de la loi Debré sur les sursis militaires en 1973), et l’antimilitarisme connaît un renouveau en 1976-1977 dont les premiers signes étaient perceptibles dès l’année précédente153. Les cadets CDR ne sont pas les seuls à manifester leur réprobation à l’égard de l’antimilitarisme et, de façon plus générale, leur soutien au principe de la conscription. Déjà en 1973, les responsables nationaux se montraient peu favorables au projet d’une armée de métier – bien qu’ils ne le rejettent pas complètement –, tout comme les vétérans154.
36La réflexion sur la question des effectifs dans l’armée, notamment dans l’armée de Terre, semble se poursuivre durant les années 1975-1977. Elle atteint sa conclusion en avril 1977, avec la contribution de Pierre Messmer sur le devenir du service militaire155. Constatant un recul de l’efficacité et de l’adhésion des jeunes à la conscription dans l’ensemble des pays d’Europe occidentale, l’ancien Premier ministre suggère de la réformer en profondeur. Conservateur, Pierre Messmer sait se montrer pragmatique quand il le juge nécessaire156, comme il le fait dans cet article. Il propose que l’armée de métier prenne une nouvelle forme bien spécifique, celle du volontariat mixte récompensé. Autrement dit, Pierre Messmer propose de permettre aux jeunes hommes et jeunes femmes de pouvoir s’engager « bénévolement » dans l’armée pour un service militaire minimum de dix-huit à vingt-quatre mois. En échange de leurs bons et loyaux services pour la défense et l’honneur de la nation, ces « bénévoles » se verraient réserver « tout ou partie des postes à pourvoir dans la fonction publique », en particulier dans la gendarmerie, la police, les sapeurs-pompiers, les eaux et forêts, voire la SNCF et l’EGF. Pour le député-maire de Sarrebourg, l’idée sous-jacente à ce système de récompense des engagés volontaires serait l’assurance d’un nombre suffisant de soldats, marins et aviateurs – estimés à 220 000 chaque année par le biais de cette réforme – pour permettre à l’armée française de poursuivre l’ensemble de ses activités. Cet article est le dernier dans le bulletin interne, ce qui ne peut signifier que deux choses : soit le sujet désintéresse les adhérents, soit il obtient une large adhésion qui rendrait toute réaction contradictoire inutile. Cette dernière option paraît être la plus probable, les témoins interrogés sur cette question déclarant ne plus se souvenir du débat interne en lui-même, mais d’avoir été séduits, ou du moins convaincus, par la constitution d’une armée de métier appuyée par des volontaires récompensés pour leurs efforts.
37De son côté, la marine nationale finit par attirer l’attention de l’organisation. En effet, Henri Josseran signale au nom du comité national la volonté de voir se constituer un ministère des Affaires maritimes157. Celui-ci aurait pour objectifs de coordonner le développement des infrastructures et activités commerciales et industrielles maritimes – ports, entrepôts, marine marchande, exploitation des ressources fluviales et sous-marines –, et de commander une marine nationale moderne. Pour Henri Josseran, il ne fait guère de doute que le contrôle et l’exploitation des mers et des océans représentent l’avenir des nations. Aussi, en créant ce ministère dédié aux questions maritimes, la France pourrait s’enrichir grandement et assurer sa « défense nationale, […] principale arme de la souveraineté et […] garante de la vie économique ». Enfin, la préservation des réseaux d’influence nationaux est jugée tout aussi essentielle pour la défense nationale que les corps militaires. Il suffit de relire l’article de Gérard Barrère publié en 1977 pour le constater158. Selon l’ancien chargé de mission de Jacques Foccart, la France doit veiller à maintenir son influence à travers la conservation de ses bases militaires et la promotion de la langue française sur le continent africain. Tout au long de sa réflexion, Barrère défend sans la nommer la « Françafrique », la présentant comme l’unique moyen de protéger les anciennes colonies africaines de l’Hexagone des « visées soviétiques » qui « secouent l’Afrique depuis deux ans ». Le dénommé « V. L. » explique quant à lui que la France doit assurer la défense de l’Afrique pour veiller à sa propre sécurité, les États-Unis ayant abandonné le continent aux appétits soviétiques159. Bien que présentés comme des alliés, les États africains francophones sont perçus comme trop faibles (ou incompétents) pour pouvoir se défendre eux-mêmes. Un certain paternalisme émerge de ces textes, qui démontre une permanence de l’héritage des représentations postcoloniales déjà soulignée auparavant160.
38Les questions portant sur les étrangers et, plus largement, les enjeux ethniques ne disparaissent pas du discours CDR, bien au contraire. Elles finissent même par revenir régulièrement en 1976-1977 dans la réflexion des cadres du mouvement. Le rejet des populations et puissances non occidentales et non européennes peut être une réaction à la concurrence économique et culturelle de ces dernières. Par exemple, le militant Jean Crouzol rédige un article au titre évocateur : « jaunisse161 ». Il interroge les lecteurs pour savoir s’il faudrait laisser les Français et les Européens « crev[er] de faim » afin de satisfaire les appétits du Japon, de la Malaisie et des autres pays riverains des mers de Chine. L’auteur estime que l’Extrême-Orient représente une menace pour l’avenir du Vieux Continent, l’économie et la culture nippones menaçant directement la France. Une opinion partagée par Yves Lancien et Jean-Marie Vissouze, qui se moquent de Mao Zedong l’« égérie jaune162 » dont le pays reste un concurrent sérieux pour l’Europe. L’immigration est également perçue comme une menace, même si les avis sont mitigés au sein des CDR. Il faut dire que l’augmentation des crimes racistes et des délits impliquant des immigrés (notamment en Provence) durant les années 1970 fait de la question de l’immigration un sujet alors très sensible163. Au niveau de l’emploi, la part de la population immigrée dans la population active en 1975 est de 7 %164. Elle se concentre dans les emplois ouvriers et subalternes. Cependant, les nombreux incidents qui se succèdent durant la décennie, couplés à la crise économique, poussent le gouvernement Chirac en 1976 à légiférer pour restreindre l’accès aux cartes de séjour pour les travailleurs étrangers. Cette loi accroît les difficultés d’accès à l’emploi pour ces travailleurs, ceux-ci ayant déjà été ciblés par les circulaires Marcellin-Fontanet de 1972. Le sentiment d’être discriminés augmente parmi les immigrés – en particulier les personnes d’origine maghrébine – qui décident de se mobiliser en 1976 à travers une grande grève des loyers contre les foyers SONACOTRA165. Comme l’explique le politologue Choukri Hmed, les immigrés qui participent à ce mouvement contestent des pratiques d’humiliations fréquentes à leur égard dans leurs résidences, des agressions de plus en plus nombreuses, ou encore des conditions de vie indécentes. Ils demandent aussi à pouvoir bénéficier des mêmes aides sociales que les citoyens français, leurs contributions salariales étant passées de 102 millions de francs en 1972 à 250 millions en 1976 alors même que les coûts des loyers ont augmenté de 45 %166. Pour atteindre leurs objectifs, les contestataires engagent des procès et s’organisent dans des comités de soutien avec l’aide d’organisations maoïstes telles que l’Union des communistes de France marxiste-léniniste. Si la grève des loyers s’est soldée par un échec pour les immigrés mobilisés – leurs revendications n’étant pas satisfaites et dix-huit grévistes étant même condamnés pour trouble à l’ordre public –, elle a marqué les contemporains.
39Devant la montée de ces tensions sociales, les CDR sont divisés sur la question migratoire. Certains estiment que les travailleurs immigrés qui se sont pleinement intégrés dans la société française ne peuvent que l’enrichir167. D’autres craignent au contraire qu’ils ne prennent l’ascendant sur la population française168. Pour ces derniers, la tension est perceptible à travers des positions ambigües : payer les immigrés pour partir reviendrait cher au pays (le gouvernement Barre propose 10 000 francs pour chaque travailleur immigré en 1977) mais en parallèle, ils « accaparent » des emplois qui pourraient être occupés par des citoyens au chômage169. Ainsi, le racisme devient palpable dans plusieurs articles publiés et soutenus par le mouvement. Lorsque l’Algérie décide d’arabiser les panneaux de signalisation qui sont alors pour la plupart en langue française, les CDR ne manquent pas d’ironiser avec mépris sur les prochaines étapes qui pourraient être franchies au nom de l’arabisation. L’auteur anonyme de l’article suggère ainsi que l’automobile étant un bien de consommation occidental, il faudrait le faire remplacer par « l’âne, le cheval, le chameau » pour assurer « une véritable arabisation du paysage » algérien170. Dans l’article « pas de pitié », un autre militant anonyme prend l’exemple de l’Allemagne sur le traitement qu’elle fit des travailleurs immigrés turcs171. Plein d’ironie, l’article souligne le fait que les Allemands ont chassé 400 000 travailleurs turcs sans leur donner la moindre compensation financière. Les Français seraient plus généreux mais aussi plus naïfs, fournissant les moyens de se mouvoir sereinement aux travailleurs immigrés désirant retourner dans leur pays d’origine. Se faisant, l’auteur dénonce l’appétit financier des travailleurs immigrés, qui berneraient le pays en détournant les aides sociales pour les dépenser dans des loisirs. Il développe ainsi l’idée d’une population immigrée fainéante vivant sur les aides sociales financées par l’État. Les Français
« donne[nt] à chacun [les travailleurs immigrés] ce petit pécule d’un million de centimes qui, chez nous, permet à Mohamed de revenir, en s’appelant Youssef, après quelques semaines de vacances, partager fraternellement avec nous l’allocation-chômage ».
40Désireux d’offrir une approche « savante » à la question, le journaliste Louis Pauwels consacre un article sur « le mythe de l’égalité naturelle » en mars 1976172. Ancien partisan de l’Algérie française, ce rédacteur du Journal du dimanche était avec Pierre Chaunu l’un des 185 signataires du « Manifeste des intellectuels français pour la résistance contre l’abandon173 ». Il explique qu’à ses yeux, l’espèce humaine est par nature inégalitaire :
« Nos facultés et notre comportement sont déterminés à 80 % par notre capital génétique. La société, l’éducation, le milieu, ne jouent qu’à 20 %. Ce n’est certes pas négligeable. Mais les bases héréditaires et biologiques forment l’essentiel de notre personne. »
41En lisant ces lignes, il est possible de s’interroger sur le discours « savant » sous-jacent de Pauwels. Celui-ci considère que « l’opinion de gauche », qui dominerait dans la société, commettrait l’erreur d’accuser les inégalités sociales d’être à l’origine des inégalités individuelles. À ses yeux, des idéalistes comme Pierre Juquin tomberaient dans « l’injustice faite aux capables » : donner plus aux « incompétents » et aux indigents au détriment des personnes les plus aptes à travailler. Jamais la question raciale ne ressort clairement dans son article, qui se réduit avant tout à une opposition entre riches et pauvres (les seconds portant atteinte aux premiers au nom de l’égalité naturelle). Néanmoins, il semblerait bien qu’à travers ses propos, l’auteur cible indirectement des personnes immigrées174 : elles représentent déjà au milieu des années 1970 la part la plus importante des personnes précaires en France175.
42Ces questions ethniques répondent plus largement à une préoccupation persistante au sein du mouvement, à savoir la démographie. La famille traditionnelle, entendue comme le noyau central de la vie sociale et l’avenir de la nation, représente en effet un enjeu crucial pour les CDR. Dès décembre 1975, Yves Lancien reconnait ironiquement que les CDR pouvaient être classés à droite de l’échiquier politique parce qu’ils souhaitent « une grande politique de la famille qui garantisse notre essor démographique176 ». Le mouvement organise des débats en interne pour tenter de trouver des solutions qui puissent permettre aux citoyens de poursuivre l’accroissement démographique d’antan. Cela passe par des articles mais aussi par des colloques, tels que celui organisé en mars 1976 à Paris avec Michel Debré pour principal animateur177. La participation de l’ancien Premier ministre du général de Gaulle n’est pas si surprenante, tant il est un défenseur acharné de la famille traditionnelle178. Michel Debré n’est d’ailleurs pas loin, dans certains de ses écrits, de partager les positions alarmistes des CDR sur la situation démographique française et la gestion de l’immigration maghrébine179. Dans son numéro de décembre 1976, Le Citoyen publie un article explicite sur la crainte d’un effondrement des sociétés occidentales éprouvée par le mouvement180. Rédigé par le moderniste et démographe Pierre Chaunu, « le dépeuplement du monde blanc » s’alarme devant la baisse régulière des naissances dans les pays d’Europe occidentale et d’Amérique du Nord depuis plusieurs années. Reprenant les thèses et données mobilisées dans son livre La Peste blanche. Comment éviter le suicide de l’Occident181, l’ancien responsable du comité calvadosien présente la démocratisation de la pilule, l’autorisation de l’avortement et l’immigration comme les principaux facteurs de dépeuplement du pays. L’État est accusé de ne plus investir dans l’incitation à la natalité et « de rembourser la mort », c’est-à-dire les pilules et les avortements. Une position soutenue plus tard par Jean Crouzol qui qualifie le « MLF [d’]assassin » parce qu’en promouvant « le fruit vénéneux des campagnes pour l’émancipation féminine et l’égalité des genres », il provoquerait un accroissement du nombre de veuves et de femmes célibataires sans enfants182. Aussi, consterné par l’évolution démographique que connaît la société française et au-delà occidentale, Pierre Chaunu estime qu’il faut cesser le financement des pilules et de l’avortement pour les femmes et le remplacer par une retraite équivalant à 85 % minimum du SMIC pour toute citoyenne ayant eu au moins quatre enfants en guise de gratification, ainsi qu’un congé maternité de trois ans entièrement couverts par l’État pour les mères salariées. L’immigration est quant à elle perçue comme une menace pour le poids qu’elle ferait peser sur les populations « blanches ». Pierre Chaunu explique qu’avec le temps, l’augmentation du nombre d’immigrés et de leurs enfants ont réduit la part de citoyens « blancs » dans l’Hexagone. Autrement dit, le démographe ne s’intéresse pas à la question de l’intégration ou non des travailleurs immigrés et de leurs familles. Seul compte pour lui le fait qu’ils représenteraient un danger pour les « Blancs ». Son article est ainsi la représentation la plus frappante du lien étroit qui existerait entre les préoccupations démographiques et les peurs éprouvées par une partie des membres des CDR. Il est important de souligner que ces opinions sont portées avant tout par les responsables de l’organisation. Il n’existe aucun sondage ni témoignage permettant de vérifier le taux d’approbation des adhérents à ce discours racialiste.
43Tous les articles réalisés par les CDR ne portent pas sur des sujets aussi délicats. Les thèmes sont multiples et certains s’avèrent être assez étranges par rapport à la ligne éditoriale du bulletin. Ainsi, le journaliste scientifique Lucien Barnier publie un article encensant la parapsychologie183. Une discipline pleine de promesses qui ferait des émules dans le milieu scientifique et incarnerait « l’une des grandes aventures de l’esprit humain » selon lui. De son côté, Guy Willy Schmeltz emprunte au passé historique français des figures et événements anciens pour encenser « la légitimité gaulliste184 ». Une expression qu’il ne faut pas comprendre ici comme la simple qualité de ce qui est fondé en droit, en justice ou en équité. L’énarque défend avant tout l’idée d’un légitimisme gaulliste. Les gaullistes seraient les héritiers des grandes figures historiques nationales, des personnages charismatiques qui, en temps de crise, sont les seuls aptes à sauver le pays. Exaltant les qualités quasi-thaumaturgiques de Jacques Chirac, Guy Willy Schmeltz brosse un portrait du président du RPR des plus flatteurs. Cet article n’aurait rien de surprenant en soi – le chef charismatique salvateur est une figure classique dans le gaullisme – si l’auteur n’avait pas gratifié son article de la fleur de lys pour appuyer ses propos… Aussi, bien que la psychose autour de la « menace rouge » reste prédominante dans l’idéologie CDR, des questions telles que la communauté européenne, la défense nationale et l’immigration prennent de l’ampleur durant la première moitié du mandat giscardien.
Le recul global de la violence militante dans la France des années Giscard
44Influencés par un discours anxiogène largement décalé par rapport à la réalité, les militants CDR en viennent-ils à agir plus violemment sur le terrain ? Étonnamment, la réponse est négative. Les recherches menées dans les archives et la presse mentionnent plusieurs incidents impliquant des militants gaullistes aisément identifiables. La présente étude permet d’en relever au total 93 : 3 en 1974, 16 en 1975, 7 en 1976, 20 en 1977 et 47 en 1978. Ne dérogeant pas à la règle, les élections suscitent davantage de tensions et de passages à l’acte que les périodes non électorales, en particulier les élections législatives de 1978 où la perspective d’une victoire des partis de gauche accroît les crispations. Cependant, les CDR ne représentent plus un acteur central de la violence militante gaulliste aux côtés du SAC, bien au contraire. En omettant l’appellation générique d’UDR/RPR accolée avec facilité par la presse et les forces de l’ordre, la primauté revient désormais à la CFT (renommée Confédération des syndicats libres, ou CSL, en 1977) et au SAC, qui sont liés à l’essentiel des incidents. Le SAC maintient donc ses pratiques d’antan, non sans connaître une droitisation de son idéologie, tandis que la CFT durcit ses méthodes avec l’arrivée à sa tête d’Auguste Blanc et de ses partisans185 (fig. 17).
Figure 17. – Part des incidents impliquant des gaullistes entre juin 1974 et août 1978.

Graphique Bryan Muller.
45Les CDR ne comptent pour leur part qu’un seul incident avéré et non des moindres, puisqu’il s’agit de l’assassinat du journaliste René Trouvé à Toulouse. Membre du SAC et des CDR186, le journaliste toulousain de Minute travaillait dans un immeuble qui hébergeait également le SAC local, ce qui fait dire au journaliste Léo Palacio que le SO gaulliste n’était pas étranger au crime187. Il est vrai que son appartenance au groupement et le lieu de son meurtre – au pied du fameux immeuble, en plein milieu de l’après-midi devant des passants – ont de quoi rendre le SAC suspect. Cependant, il n’en est rien. L’enquête policière innocente rapidement l’organisation de Pierre Debizet pour s’intéresser à un autre groupement connu pour ses liens avec la pègre locale, le CDR de Haute-Garonne. Trois de ses membres sont poursuivis par la justice : Christian Portay, Joseph Picard et le Dr Claude Birague. Ce dernier est une figure majeure du pompidolisme local188. Il a soutenu Georges Pompidou et milité au sein du CDR de Haute-Garonne avant d’en prendre la direction à la suite de la défaite chabaniste189. Il est également réputé pour avoir des accointances avec le milieu local190. Les deux autres sont de simples militants. René Trouvé semble avoir été un militant très critique à l’égard de sa propre organisation. Il a rédigé plusieurs articles hostiles au Dr Birague et ses proches, s’attirant les foudres de ses « compagnons ». Le Dr Birague aurait alors commandité son meurtre – selon Portay et Picard, les assassins – ou du moins son intimidation – selon le médecin qui reconnaît avoir remis le pistolet beretta aux tueurs191. Influent, le Dr Birague finit par être relaxé, tandis que les meurtriers sont condamnés à 12 ans (Portay) et 8 ans (Picard) de réclusion criminelle192. L’UDR semble avoir pesé en faveur d’une relaxe du Dr Birague : Pierre Juillet se rend à Toulouse pour y rencontrer son avocat le 28 juillet 1976193. Cette affaire particulière n’est donc qu’un sordide règlement de compte entre militants rivaux.
46Il est toutefois primordial de relever deux différences majeures entre les CDR et les autres organisations gaullistes, notamment celles issues du gaullisme d’ordre. Tout d’abord, le mouvement n’est plus vraiment engagé sur le terrain. Sinon, sa grande exposition aux risques de débordements lors des campagnes municipales et législatives de 1977-1978 ne lui aurait pas permis d’éviter quelques confrontations – à l’instar d’organisations comme le SAC et le SO du RPR. Les CDR soutiennent l’UDR puis le RPR en contribuant aux campagnes d’affichages aux côtés du SAC lors des élections municipales de 1977, mais ils ne se retrouvent plus exposés au danger194. Un constat d’autant plus surprenant du fait que plusieurs cadres et militants appellent à renouer avec « une attitude virile », tel J. Raffin lorsqu’il s’adresse aux militants en 1976195. Ensuite, le SAC et la CFT ont également commis un meurtre durant la période, à l’exception près qu’il ne s’agit pas dans leur cas d’un règlement de compte interne mais d’un affrontement violent entre mouvements politiques opposés. L’assassinat de Pierre Maître par le responsable SAC-CFT Leconte et son acolyte Henri Mangematin le 5 juin 1977 aux Verreries mécaniques champenoises de Reims196, survient peu après l’assassinat de l’ex-CFT Jean-Antoine Tramoni par le Noyau armé pour l’autonomie populaire (NAPAP, groupuscule maoïste) le 23 mars 1977 à Limeil-Brévannes (Val-de-Marne)197.
47Ces constats ne peuvent qu’intriguer face à ce recul conséquent des CDR dans la part qu’ils prenaient jusqu’alors dans les incidents gaullistes. Leur discours toujours plus tourné vers la droite nationaliste n’est pas suivi par une pratique plus violente sur le terrain. Les thèses de Michel Maffesoli ne s’appliquent plus à eux. En effet, le sociologue assure que la « manifestation de l’affirmation de soi » peut pousser une personne ou un groupe d’individus à faire preuve de violence198. Il écrit notamment dans ses essais sur la violence que les belligérants ressentent le besoin de manifester une certaine hardiesse pour éprouver une « attitude affirmative199 ». Or, les CDR ne répondent pas à cette analyse. Deux explications peuvent éclairer cette évolution. La première s’observe à travers l’évolution des effectifs des CDR. Le mouvement connaît une hémorragie qui entraîne une chute aussi rapide que brutale de ses effectifs (14 000 adhérents en 1974, 2 000 en 1976 !). Les CDR étant moins nombreux, les cas où leurs membres étaient impliqués dans des incidents s’en trouvaient automatiquement réduits. Pour tenter de redynamiser ses partisans, le comité national s’efforce de mobiliser ses troupes autour de la figure angoissante d’une menace persistante. Il dénonce la présence d’adversaires acharnés comme les trotskistes, les communistes et les socialistes incarnés par des figures emblématiques comme Alain Krivine, David Bensaid, Henri Weber, Georges Marchais, François Mitterrand et Jean-Pierre Chevènement200. Les militants sont régulièrement appelés à se reposer et à se préparer pour affronter le plus efficacement possible les nouvelles menaces qui pèseraient sur le pays201. Le problème réside dans la concurrence intense sur le terrain idéologique. Comment un mouvement qui se meurt rapidement peut-il attirer de nouveaux éléments lorsque ses propres militants sont attirés par d’autres organisations tenant des propos autant – si ce n’est plus – durs à l’endroit des gauches et des extrêmes gauches ; des organisations dont la réputation et/ou la trésorerie se portent mieux, telles que le SAC et le RPR. L’UDR relance un discours profondément anticommuniste dès l’année 1975, prenant le risque d’apparaître comme un parti de droite « pure et dure » alors qu’il tente de réinvestir les questions sociales202. Le SAC conserve un discours profondément hostile aux organisations de gauche et d’extrême gauche, tout comme l’UNI dont le président Jacques Rougeot publie en 1975 un ouvrage au nom éclairant, La Contre-offensive, qui dénonce de nouvelles menées subversives marxistes exploitant la crise économique203. L’offre sur le marché politique est en quelque sorte saturée et les CDR ne parviennent pas à percer malgré une surenchère continue.
48La seconde explication plausible tient à l’évolution de la violence militante dans la société française durant la présidence giscardienne. Bien que certaines organisations gaullistes renouent avec la violence militante en 1977-1978, la plupart des mouvements politiques sont marqués par un reflux de la violence politique après les tensions de l’après-1968204. Cette pacification de la vie politique touche toutes les formations, même les plus extrêmes. Ce phénomène est observable dès 1973-1974 dans certains groupements, répondant à la grille d’analyse établie par l’historien Serge Berstein205. La victoire de Valéry Giscard d’Estaing et les réformes sociales qui suivent accentuent alors le phénomène, en satisfaisant plusieurs attentes sociales exprimées en mai-juin 1968. Par conséquent, la décrue de la violence politique française est déjà bien avancée en 1978-1979 lorsque Pierre Goldman et François Duprat sont assassinés206. Des homicides politiques qui font immédiatement écho aux années 1968 pour bon nombre de chercheurs207. Isabelle Sommier a démontré en 1998 que les organisations révolutionnaires trotskistes et maoïstes françaises renoncèrent rapidement à la violence politique durant la seconde moitié des années 1970208. La majorité des organisations d’extrême gauche et d’extrême droite entament ce processus en 1973-1974. Elles sont suivies par les écologistes et les associations paysannes en 1977-1978, années marquées par les dernières actions violentes organisées volontairement par lesdites organisations209. En voie de pacification militante depuis les années 1950-1960, les gauches ne sont pas en reste. La CGT entame un changement de stratégie dans ses rapports de force aux pouvoirs patronaux et gouvernementaux en 1975-1985. Elle privilégie peu à peu des actions spectaculaires pacifiques aux actions souvent localisées et violentes précédentes – une mutation accentuée avec la prise de contrôle du syndicat par Henri Krasucki en 1982210. Malgré leur discours plus dur, les CDR ne font pas exception. Ils suivent finalement l’apaisement des rapports militants que connaît la France de la fin des années 1968. Les organisations gaullistes poursuivant et/ou renouant avec la violence militante font en réalité figure d’exception dans un paysage politique de moins en moins tolérant à la violence physique. Le durcissement idéologique des CDR ne représente finalement qu’une posture adoptée par les théoriciens du mouvement qui ne s’accompagne pas de pratiques violentes sur le terrain militant.
49Figés dans un passé presque idéalisé, les CDR se sont retrouvés piégés par leur rhétorique déphasée par rapport aux évolutions sociétales d’alors. Le mouvement se focalise rapidement sur les « socialo-communistes » qu’il présente comme les champions d’une « subversion marxiste » devenue inintelligible pour la population. Au lieu de se renouveler, son discours tend à se radicaliser dans une société qui se pacifie progressivement par rapport aux tensions des années 1968. Ses adversaires de gauche et d’extrême gauche renoncent globalement à la violence. Le mouvement maintient un discours tendu à l’endroit de ses adversaires. Une posture anxiogène pour le moins paradoxale puisqu’elle s’accompagne d’un contrôle accru des militants dans le but d’éviter tout incident. C’est pourquoi l’assassinat de René Trouvé est à cet égard une exception dans le militantisme CDR post-1974. Ainsi, l’incapacité du mouvement à se renouveler contribue à sa disparition.
⁂
50Engagés avec ferveur dans la campagne présidentielle de 1974 derrière la candidature de Jacques Chaban-Delmas, les CDR démontrent une nouvelle fois toute l’ingéniosité dont ils sont capables pour proposer une propagande originale et percutante. Les incidents sont relativement rares du fait d’un contrôle accru des militants par les cadres du mouvement. Toutefois, leurs efforts ne paient pas et c’est avec déception que la base soutient la candidature de Valéry Giscard d’Estaing au second tour. Il faut dire que la défaite chabaniste est vécue comme un traumatisme par la majorité des militants et d’une partie des responsables départementaux et nationaux. L’opportunisme dont a fait preuve la direction ne fait pas l’unanimité. Aussi, c’est dans la confusion que les CDR rejoignent la nouvelle majorité présidentielle à compter de mai-juin 1974. Au début, l’organisation hésite. Elle éprouve une certaine attraction pour le giscardisme dont les innovations sociales ne lui déplaisent pas. Cependant, le dynamisme de Jacques Chirac et l’enchaînement des déceptions provoquées par certaines actions et propos de Valéry Giscard d’Estaing et son entourage poussent progressivement le mouvement vers le Premier ministre néogaulliste. À l’instar de l’UDR, les CDR se retrouvent alors promptement chiraquisés. Un processus d’autant plus rapide que l’organisation dépérit précipitamment et devient trop dépendante des subsides du parti gaulliste. Son discours, de plus en plus radical et décalé avec la France des années 1970, ne peut que la desservir. Ainsi, c’est en s’étant enfermés dans une rhétorique toujours plus anxiogène et anticommuniste, au sein d’une société aux mœurs de plus en plus pacifiées où le communisme et les extrêmes gauches n’effraient plus autant, que les CDR finissent par disparaître dans l’indifférence générale en 1978.
Notes de bas de page
1Audigier François, Histoire du SAC. Les gaullistes de choc, 1958-1969, Paris, Perrin, 2021, p. 150.
2Sur le recul des violences militantes (notamment d’extrême gauche) à partir de 1973-1974, voir Wieviorka Michel, « Conclusion : la « radicalisation » et son traitement », in Romain Sèze (dir.), Les États européens face aux militantismes violents. Dynamique d’escalade et de désescalade, Paris, Riveneuve, coll. « Violences et radicalités militantes », 2019, p. 224. Pour un constat plus global, se référer à Audigier François, « Introduction », in François Audigier, Pascal Raggi (dir.), Les syndicats face à la violence militante des années 1980 à nos jours, Paris, Riveneuve, coll. « Violences et radicalités militantes », 2018, p. 21-23, et Sommier Isabelle, « Le “ventre mou” de la radicalité politique contemporaine », in Nicolas Lebourg, Isabelle Sommier (dir.), La violence des marges politiques des années 1980 à nos jours, Paris, Riveneuve, coll. « Violences et radicalités militantes », 2018, p. 16.
3Chassaigne Philippe, Les Années 1970. Une décennie révolutionnaire, Paris, Armand Colin, 3e éd., coll. « U », 2018, p. 138.
4Westad Odd Arne, Histoire mondiale de la guerre froide, 1890-1991, Paris, Perrin, coll. « Domaine étranger », 2019, p. 500.
5Laidi Zaki, « L’URSS et l’Afrique : vers une extension du système socialiste mondial ? », Politique étrangère, no 48/3, 1983, p. 679-699.
6Westad Odd Arne, Histoire mondiale de la guerre froide, 1890-1991, op. cit., p. 498.
7Sirinelli Jean-François, Les Vingt Décisives. Le passé proche de notre avenir, 1965-1985, op. cit., p. 196.
8Badalassi Nicolas, « Les accords d’Hensinki ou le triomphe des conceptions paneuropéennes du général de Gaulle », Vingtième Siècle, no 119, 2013/3, p. 56-57.
9Citoyen, no 58, février 1975, p. 2.
10Citoyen, no 59, avril 1975, p. 2.
11Le Citoyen, no 1, décembre 1975, p. 3.
12Ibid., p. 13.
13Étrangement, Le Citoyen n’évoque plus par la suite cette requête émise à Brejnev en novembre 1975.
14Le Citoyen, no 2, janvier 1976, p. 3 et 9.
15Ibid., p. 11.
16Le Citoyen, no 8, novembre 1976, p. 3.
17Le Citoyen, no 7, juin-juillet 1976, p. 14.
18Le Citoyen, no 17, novembre 1977, p. 13.
19Le Citoyen, no 8, novembre 1976, p. 14.
20Le Citoyen, no 16, septembre-octobre 1977, p. 5.
21Archives privées, René Marbot, lettre d’Yves Lancien à René Marbot, le 15 janvier 1976.
22Le Citoyen, no 14, juin-juillet 1977, p. 8-9.
23Outre Action civique et Action universitaire, se reporter au livre de Jacques Rougeot, La Contre-offensive. Contre la menace totalitaire, les armes de la civilisation, Paris, Éditions Albatros, 1975, p. 10.
24ANF, 569AP/159, circulaire no 18, le 25 juin 1974.
25Pozzi Jérôme, « La famille gaulliste et les élections européennes de juin 1979 », Les Cahiers Irice, no 4, 2009/2, p. 101-112.
26Le Citoyen, no 4, mars 1976, p. 10-11. Voir aussi « L’Europe de vérité » de Jérôme Monod, publié dans Le Citoyen no 15 de juillet-août 1977 (p. 6).
27Notice « L’Europe » du Dictionnaire du gaullisme réalisé par Philippe Ragueneau et Guy Sabatier, Paris, Albin Michel, 1994, p. 226-241.
28ANF, 569AP/159, communiqué des CDR no 20, le 2 août 1974, lettre d’Yves Lancien à Pierre Lefranc le 17 novembre 1976, et allocution d’Yves Lancien prononcée au congrès national extraordinaire de Paris le 4 décembre 1976 (joint à la lettre d’Yves Lancien à Pierre Lefranc du 6 décembre 1976), p. 11.
29ANF, 569AP/159, communiqué des CDR, le 14 juin 1977.
30L’UDR chiraquisée connaît un renouveau nationaliste qui s’accroît avec la fondation du RPR. Désirant se démarquer des libéraux et de l’UDF, le RPR va grandement renouer avec le discours patriotique et nationaliste gaulliste de la première heure face à l’européisme de ses rivaux. Pozzi Jérôme, « Patrie et Nation au miroir de la famille gaulliste : du général de Gaulle à Jacques Chirac (années 1960 et 1970) », Annales de l’Est, no 1, 2010, p. 83.
31Archives privées, René Marbot, lettre d’Yves Lancien à René Marbot, le 15 janvier 1976.
32Bugnon Fanny et Lacroix Isabelle, « Introduction », in Fanny Bugnon et Isabelle Lacroix (dir.), Territoires de la violence politique en France de la fin de la guerre d’Algérie à nos jours, Paris, Riveneuve, coll. « Violences et radicalités militantes », 2017, p. 17.
33Citoyen, no 57, décembre 1974, p. 2 ; ANF, 569AP/159, communiqué des CDR no 21, le 11 octobre 1974.
34Vrignon Alexis, « Écologie, lutte antinucléaire et rapport à la violence dans les années 1970 », in François Audigier et Pascal Girard (dir.), Se battre pour ses idées. La violence militante en France des années 1920 aux années 1970, Paris, Riveneuve, 2011, p. 207-221.
35ANF, 569AP/159, allocution d’Yves Lancien prononcée au congrès national extraordinaire de Paris le 4 décembre 1976 (joint à la lettre d’Yves Lancien à Pierre Lefranc du 6 décembre 1976), p. 2.
36Le Citoyen, no 8, novembre 1976, p. 10-11.
37Le Citoyen, no 18, décembre 1977, p. 8.
38Le Citoyen, no 16, septembre-octobre 1977, p. 10-11.
39La science écologique étudie les interactions entre des êtres vivants entre eux et avec leur milieu, l’ensemble de ces êtres formant un écosystème. La science écologique est un champ d’étude vaste qui intègre, entre autres, la science de l’environnement. « L’Écologie scientifique, une science impliquée ? Entretien avec Jean-Paul Deléage, propos recueillis par Léo Coutellec », Écologie et politique, no 51, 2015/2, p. 55-64.
40Ibid., p. 11.
41Le Citoyen, no 7, juin-juillet 1976, p. 10-11.
42Vrignon Alexis, La Naissance de l’écologie politique en France. Une nébuleuse au cœur des années 1968, Rennes, Presses universitaires de Rennes, coll. « Histoire », 2017, p. 181-202.
43Ibid., p. 213-219.
44Citoyen, no 58, février 1975, p. 4.
45Le Citoyen, no 5, avril 1976, p. 9.
46Le Citoyen, no 13, mai 1977, p. 11.
47ANF, 569AP/159, « Allocution prononcée le 12 avril 1975 par Yves Lancien, secrétaire général des CDR, à l’occasion du congrès national extraordinaire de Bagnolet » (joint à la lettre d’Yves Lancien à Pierre Lefranc le 28 avril 1975), p. 3.
48Les images les plus marquantes sont issues des numéros 3, 11, 13, 15, 18 et 19 du bulletin Le Citoyen.
49Le Citoyen, no 3, février 1976, p. 12. Malgré plusieurs recherches, il n’a pas été possible de savoir ce qu’était devenu ce jeune militant.
50Le Citoyen, no 13, mai 1977, p. 14.
51Castagnez Noëlline, « Gaullistes et socialistes de 1958 à 1981 : de l’impossible alternative à l’alternance », in François Audigier, Bernard Lachaise et Sébastien Laurent (dir.), Gaullistes. Hommes et réseaux, Paris, Nouveau Monde Éditions, 2013, p. 489 ; Audigier François, Histoire du SAC, Paris, Stock, 2003, p. 328.
52Batardy Christophe, « Expliquer la rupture du Programme commun de gouvernement en septembre 1977 », Vingtième Siècle, no 136, 2017, p. 115-129.
53Le Citoyen, no 19, janvier-février 1978, p. 15.
54ANF, 569AP/159, procès-verbal confidentiel de la réunion du comité national du 20 février 1977 réalisé le 16 mars 1977.
55ANF, 569AP/159, lettre d’Yves Lancien à Pierre Lefranc le 16 mai 1974 ; Rougeot Jacques, La Contre-offensive. Contre la menace totalitaire, les armes de la civilisation, Paris, Éditions Albatros, 1975, 172 p.
56Mahouche Bruno, « Les origines de la grève des PTT à l’automne 1974 », La Revue de l’IRES, no 51, 2006/2, p. 55-81.
57Citoyen, no 57, décembre 1974, p. 2.
58ANF, 569AP/159, communiqué des CDR no 25, le 18 novembre 1974.
59ANF, 569AP/159, circulaire no 22, le 4 décembre 1974.
60Citoyen, no 58, février 1975, p. 4.
61Le Citoyen, no 1, décembre 1975, p. 4.
62Citoyen, no 59, avril 1975, p. 2.
63Le Citoyen, no 5, avril 1976, p. 10-11.
64ANF, 569AP/159, allocution prononcée le 23 octobre 1977 par Yves Lancien à la kermesse de Paris.
65Citoyen, no 58, février 1975, p. 3.
66Le Monde, 16-17 février 1975.
67Il n’existe pas un seul numéro de Le Citoyen qui ne porte ce type d’accusation contre Antenne 2 et plus largement les chaînes télévisées françaises en 1975-1976.
68Le Citoyen, no 1, décembre 1975, p. 3.
69Le Citoyen, no 16, septembre-octobre 1977, p. 13.
70Par exemple, dans Le Citoyen no 7 de juin-juillet 1976 et Le Citoyen no 13 de mai 1977.
71Le Citoyen, no 1, décembre 1975, p. 3.
72Dans l’ordre de citation : Le Citoyen, no 10, janvier 1977, p. 12 ; Le Citoyen, no 14, juin-juillet 1977, p. 12 ; Le Citoyen, no 16, septembre-octobre 1977, p. 12 ; Le Citoyen, no 17, novembre 1977, p. 12.
73Le Citoyen, no 6, mai 1976, p. 10-11.
74Garrigues Jean, Les Patrons et la politique, Paris, Perrin, coll. « Synthèses historiques », 2011, p. 261.
75Charpier Frédéric, « Les “patrons rouges” au cœur des rouages financiers du Parti communiste français », in Benoît Collombat (dir.), Histoire secrète du patronat de 1945 à nos jours, Paris, La Découverte, coll. « Cahiers libres », 2014, p. 279-280.
76« M. Jean-Baptiste Doumeng : un milliardaire communiste », Le Monde, 5 avril 1977.
77Campana André, L’Argent secret. Le financement des partis politiques, Paris, Arthaud, coll. « Les 4 vérités », 1976 ; Montaldo Jean, Les Finances du PCF, Paris, Albin Michel, coll. « A. M. Politique », 1977.
78Étienne Genovefa et Moniquet Claude, Histoire de l’espionnage mondial, t. II : De la guerre froide à l’ère Internet, Paris, Éditions du Félin, 2002, p. 268-269 ; Faligot Roger, « Quand le parti communiste touchait l’argent de Moscou », in Roger Faligot et Jean Guisnel (dir.), Histoire secrète de la Ve République, Paris, La Découverte, coll. « Poche/Essais », 2007, p. 609.
79Phélippeau Éric et François Abel, Le Financement de la vie politique. Réglementations, pratiques et effets politiques, Paris, Armand Colin, coll. « U », 2015.
80Phélippeau Éric, « Le financement de la vie politique française par les entreprises 1970-2012 », L’année sociologique, no 63, 2013/1, p. 183-223.
81Ibid. ; Le Citoyen, no 19, janvier-février 1978, p. 6.
82Pudal Bernard, « Les communistes », in Jean-Jacques Becker et Gilles Candar (dir.), Histoire des gauches en France, t. II : xxe siècle, à l’épreuve de l’histoire, Paris, La Découverte, coll. « Poche/Sciences humaines et sociales », 2005, p. 67-73.
83Il s’agit de la cote AP/340(III)/203 qui est conservée aux Archives nationales de France.
84ANF, AP/340(III)/203, feuillet Les Dossiers noirs du parti rouge ou le parti pris réalisé en 1976, un rapport non nommé et non daté (vers décembre 1975 ?) assurant que le PCF est inféodé à l’URSS, ou encore le rapport « Les communistes. Comment “tenir” une ville », le 9 mars 1977.
85C’est l’auteur de la source qui souligne. ANF, AP/340(III)/203, extraits du feuillet Les dossiers noirs du parti rouge ou le parti pris réalisé en 1976.
86Subra Philippe, « Île-de-France : la fin de la banlieue rouge », Hérodote, no 113, 2004/2, p. 14-27.
87Le Citoyen, no 6, mai 1976, p. 8 ; Le Citoyen, no 7, juin-juillet 1976, p. 8.
88Dubasque François et Kocher-Marbœuf Éric, « Introduction », in François Dubasque et Éric Kocher-Marbœuf (dir.), Terres d’élections. Les dynamiques de l’ancrage politique, 1750-2009, Rennes, Presses universitaires de Rennes, coll. « Histoire », 2014, p. 15-22.
89Concernant les « conversions » de territoires dominés traditionnellement par les droites, consulter par exemple les chapitres réalisés par Gilles Richard, Laurent Jalabert, Christian Bougeard et Coralie Billard in Matthieu Boisdron et Michel Catala (dir.), Les Élections municipales de 1977, Rennes, Presses universitaires de Rennes, coll. « Histoire », 2020.
90ANF, 569AP/159, procès-verbal confidentiel de la réunion du comité national du 20 février 1977 réalisé le 16 mars 1977. Criqui est nommé délégué départemental vers décembre 1974 (Citoyen, no 57, décembre 1977, p. 3).
91AD93, 1097W51, note des Renseignements généraux « Affaires Politiques Générales. Service d’Action Civique » aux RG/PP no 2394 2268, le 22 juin 1977.
92La Nouvelle Résistance, no 1, mai 1977 ; La Nouvelle Résistance, no 2, juin 1977.
93AD93, 1097W51, note des Renseignements généraux « Affaires Politiques Générales. “La Nouvelle Résistance” » aux RG/PP no 2457 2394, le 9 novembre 1977.
94Le Citoyen, no 16, septembre-octobre 1977, p. 6.
95Il s’agit du titre de son article. Le Citoyen, no 19, janvier-février 1978.
96Des extraits du discours sont consultables dans le journal L’Humanité du 25 avril 1927.
97Dans l’ordre d’apparition : Le Citoyen, no 2, janvier 1976, p. 1 ; Le Citoyen, no 13, mai 1977, p. 1 ; Le Citoyen, no 15, juillet-août 1977, p. 1 ; ANF, 569AP/160, tract sans titre daté de 1977.
98Percheron Annick, « Attitudes politiques et valeurs sociales des jeunes dans la France d’aujourd’hui », The French Review, no 55/3, 1982, p. 315-322.
99Ainine Bilel, Crettiez Xavier, Gros Frédéric et Lindemann Thomas, Radicalisation. Processus ou basculement ?, Paris, Fondation Jean-Jaurès, coll. « Radicalités », 2016, p. 8.
100La majorité des numéros d’Action civique présentent le PCF et le PS comme des menaces pour la société et des acteurs de la « subversion marxiste ».
101Mohraz Nassera, « L’UNI et les gaullistes (1968-1976) », in François Audigier, Bernard Lachaise et Sébastien Laurent (dir.), Les gaullistes. Hommes et réseaux, Paris, Nouveau Monde Éditions, 2013, p. 79.
102Favre Didier, Ni rouges ni jaunes. De la CGSI à la CSL l’expérience du syndicalisme indépendant, op. cit., p. 218 ; Le Figaro, 15 septembre 1975.
103ANF, 569AP/159, allocution d’Yves Lancien prononcée au congrès national extraordinaire de Paris le 4 décembre 1976 (joint à la lettre d’Yves Lancien à Pierre Lefranc du 6 décembre 1976), p. 10.
104Le Citoyen, no 5, avril 1976, p. 14 ; Le Citoyen, no 11, février-mars 1977, p. 13.
105Lancement de la troisième chaîne couleur de l’ORTF animé par Jean Amadou. Diffusé sur la troisième chaîne de l’ORTF, le 31 décembre 1972, [https://m.ina.fr/video/CAF02000002/presentation-de-generiques-de-la-3eme-chaine-couleur-video.html].
106ANF, 569AP/159, communiqué des CDR no 17, le 19 juin 1974.
107Cayrol Roland, « L’ORTF face aux élections de 1973 », Revue française de science politique, no 27/4-5, 1977, p. 668-690.
108Marcillac Raymond, À vous Cognacq-Jay ! Les dessous de la radio et de la télévision, Paris, Jacques Grancher, 1994. De nombreuses études ont démontré la réalité de ce contrôle sur la radio-télévision française, à l’instar de Brochand Christian, Histoire générale de la radio et de la télévision en France, t. II et t. III, Paris, La Documentation française, 1994-2006 ; Gaillard Isabelle, « De l’étrange lucarne à la télévision. Histoire d’une banalisation (1949-1984) », Vingtième Siècle, no 91, 2006/3, p. 9-23 ; Cohen Évelyne et Lévy Marie-Françoise (dir.), La Télévision des Trente Glorieuses. Culture et politique, Paris, CNRS Éditions, 2007.
109Le Monde, 19 octobre 1973.
110Citoyen, no 56, juin-juillet 1974, p. 4.
111ANF, 569AP/159, communiqué des CDR no 17, le 19 juin 1974.
112Bachmann Sophie, « La suppression de l’ORTF en 1974. La réforme de la “délivrance” », Vingtième Siècle, no 17, 1988/1, p. 63-72.
113ANF, 569/159, article « Esquisse pour une stratégie » qui accompagne la circulaire no 18, le 25 juin 1974.
114ANF, 569AP/159, communiqué des CDR no 18, le 27 juin 1974.
115Jeanneney Jean-Noël, Une histoire des médias des origines à nos jours, op. cit., p. 333.
116ANF, 569AP/159, communiqué des CDR no 20, le 2 août 1974.
117Citoyen, no 57, décembre 1974, p. 4.
118Le Monde, 28 novembre 1974 ; Le Figaro, 28 novembre 1974.
119Le Monde, 3 janvier 1975 et 3 mars 1975. Pour en savoir plus sur le SURT-CFDT, il est possible de consulter ses archives internes aux archives interfédérales de la CFDT (1975-2005) et de lire la thèse de doctorat en sociologie de Georges Hornn.
120Citoyen, no 58, février 1975, p. 3.
121Citoyen, no 59, avril 1975, p. 2.
122Le Citoyen, no 1, décembre 1975, p. 3.
123Le Citoyen, no 3, février 1976, p. 4.
124Témoignages de Jean-Pierre Antoni le 31 janvier 2020, et de Didier Bierjon le 10 avril 2020.
125Le Citoyen, no 9, décembre 1976, p. 4 ; Le Citoyen, no 6, mai 1976, p. 4.
126ANF, 569AP/159, communiqué des CDR no 20, le 2 août 1974.
127Citoyen, no 57, décembre 1974, p. 2.
128Citoyen, no 58, février 1975, p. 2.
129Le Citoyen, no 1, décembre 1975, p. 8.
130Le Citoyen, no 2, janvier 1976, p. 13 ; Le Citoyen, no 3, février 1976, p. 13.
131Le Citoyen, no 5, avril 1976.
132Le Citoyen, no 8, novembre 1976, p. 7.
133ANF, 569AP/159, allocution d’Yves Lancien prononcée au congrès national extraordinaire de Paris le 4 décembre 1976 (joint à la lettre d’Yves Lancien à Pierre Lefranc du 6 décembre 1976), p. 3.
134Le Citoyen, no 16, septembre-octobre 1977, p. 8-9.
135Le Citoyen, no 19, janvier-février 1978, p. 10-11.
136Le Citoyen, no 14, juin-juillet 1977, p. 13.
137Le Citoyen, no 15, juillet-août 1977, p. 8-9 ; Le Citoyen, no 19, janvier-février 1978, p. 8-9.
138Ibid., p. 10-13.
139Le Citoyen, no 14, juin-juillet 1977, p. 13.
140Article « valeurs égarées » de Jean d’Escrienne. Le Citoyen, no 17, novembre 1977, p. 10. Pour en savoir plus sur le gaullisme social, se référer au livre de Bernard Lachaise, À la gauche du gaullisme, paru aux Presses universitaires de France en 2022.
141Lamy Philippe, Le Club de l’Horloge (1974-2002). Évolution et mutation d’un laboratoire idéologique, thèse de sociologie sous la dir. de Claude Dargent, université Paris 8, 2016, p. 538.
142Vigilance et action, no 183, janvier 2005.
143Lamy Philippe, Le Club de l’Horloge (1974-2002), op. cit., p. 422.
144Le Monde, 13 février 2005.
145Témoignage de Gérard Longuet, le 15 mars 2019.
146Sommier Isabelle, « Engagement radical, désengagement et déradicalisation. Continuum et lignes de fracture », Lien social et politiques, no 68, 2012/3, p. 15-35.
147Audigier François, Histoire du SAC, op. cit., p. 323-326 ; Linhart Robert, L’Établi, Paris, Éditions de Minuit, coll. « Double », 1981, p. 67. De nombreux passages de la thèse publiée de Didier Favre traitent de cette question pour la CFT/CSL.
148Fogacci Frédéric, De Gaulle et la défense de la France d’hier à aujourd’hui, Paris, Nouveau Monde Éditions, 2017.
149Le Monde, 16 novembre 1974 ; Citoyen, no 57, décembre 1974, p. 4.
150Irondelle Bastien, La Réforme des armées, Paris, Presses de Sciences Po, coll. « Académique », 2011, p. 16.
151Citoyen, no 58, février 1975, p. 4.
152AD54, 1414W37, rapport des Renseignements généraux au préfet de la 6e région no 221, le 21 mars 1975.
153Lecomte Jean-Philippe, « L’antimilitarisme. Proposition de définition », Les Champs de Mars, no 9, 2001/1, p. 111-133 ; Servant Pierre, Les Présidents et la guerre, 1958-2017, Paris, Perrin, coll. « Tempus », 2017, p. 149-153.
154ANF, 569AP/159, communiqué des CDR no 13, le 21 mars 1973, et « Simples remarques sur les Manifestations organisées à l’occasion de la Loi sur les Sursis » par A. Zolla, le 20 juin 1973.
155Le Citoyen, no 12, avril 1977, p. 6.
156Audigier François, Cochet François, Lachaise Bernard et Vaïsse Maurice (dir.), Pierre Messmer. Au croisement du militaire, du colonial et du politique, Paris, Riveneuve, coll. « Actes académiques », 2012.
157Le Citoyen, no 3, février 1976, p. 10-11.
158Le Citoyen, no 14, juin-juillet 1977, p. 8-9.
159Le Citoyen, no 2, janvier 1976, p. 9.
160Se référer à la sous-partie « La question épineuse des travailleurs immigrés », chapitre vi.
161Le Citoyen, no 13, mai 1977, p. 14.
162Le Citoyen, no 8, novembre 1976, p. 14.
163Se référer à la sous-partie « La question épineuse des travailleurs immigrés », chapitre vi.
164Rygiel Philippe, « Les politiques d’immigration en France des années 1970 aux années 1990 », Cahiers de l’institut CGT d’histoire sociale, numéro spécial, juin 2013, p. 22-26.
165Hmed Choukri, « Contester une institution dans le cas d’une mobilisation improbable : la “grève des loyers” dans les foyers SONACOTRA dans les années 1970 », Sociétés contemporaines, no 65, 2007/1, p. 55-81.
166Hmed Choukri, « Les mouvements sociaux et la politisation de l’argent public », in Philippe Bezès (dir.), Gouverner (par) les finances publiques, Paris, Presses de Sciences Po, coll. « Académique », 2011, p. 242.
167Le Citoyen, no 7, juin-juillet 1976, p. 5.
168Le Citoyen, no 9, décembre 1976, p. 10.
169Le Citoyen, no 13, mai 1977, p. 14.
170Le Citoyen, no 8, novembre 1976, p. 14.
171Le Citoyen, no 16, septembre-octobre 1977, p. 14.
172Le Citoyen, no 4, mars 1976, p. 6.
173Le Figaro, 7 octobre 1960.
174N’oublions pas également que Louis Pauwels est le fondateur du Figaro Magazine en 1978 où il défend des idées néopaganistes, racistes et darwinistes sociales. Krikorian Nathalie, « Européanisme, nationalisme, libéralisme dans les éditoriaux de Louis Pauwels (Figaro-Magazine, 1977-1984) », Mots, no 12, 1986/1, p. 171-188.
175Les foyers sociaux sont occupés principalement par des Portugais, des Polonais, des Marocains, des Tunisiens et des Algériens, ainsi que par des personnes issues de l’ancienne Indochine et de l’Afrique subsaharienne. Les citoyens français sont quasi absents de ces « îlots insalubres » (Lévy-Vroelant Claire, « Migrants et logement : une histoire mouvementée », Plein droit, no 68, 2006/1, p. 5-10). Même dans le rapport du commissariat général du plan dirigé par François Héran et publié en 2002, il est reconnu que la période 1975-1990 voit les citoyens d’origine maghrébine former les populations les plus précaires du pays (p. 301-302).
176Le Citoyen, no 1, décembre 1975, p. 8.
177Le Citoyen, no 2, janvier 1976, p. 8.
178Muller Bryan, « Les candidats gaullistes à l’élection présidentielle de 1981 en Moselle », Les Cahiers lorrains, no 2, 2020/2, p. 73 ; Perrier Jérôme, Michel Debré, Paris, Ellipses, 2010.
179Debré Michel, Trois Républiques pour une France, t. V : Combattre toujours, 1969-1993, 1994, Albin Michel, Paris, p. 52.
180Le Citoyen, no 9, décembre 1976, p. 10-11.
181Chaunu Pierre et Suffert Georges, La Peste blanche. Comment éviter le suicide de l’Occident, Paris, Gallimard, coll. « L’air du temps », 1976.
182Le Citoyen, no 18, décembre 1977, p. 14.
183Le Citoyen, no 5, avril 1976, p. 6.
184Le Citoyen, no 14, juin-juillet 1977, p. 10-11.
185Audigier François, Histoire du SAC, op. cit., p. 323-326 ; Linhart Robert, L’Établi, op. cit., p. 67.
186Lettre d’Yves Lancien au ministre de l’Intérieur Michel Poniatowski le 2 août 1976, consultable dans le Rapport de la commission d’enquête sur les activités du Service d’Action Civique, t. I, Paris, Alain Moreau, 1982, p. 232.
187Le Monde, 22-23 février 1976 ; La Dépêche du Midi, 20 février 1976.
188Le Monde, 19 juillet 1976.
189Citoyen, no 58, février 1975, p. 3.
190Le Nouvel Observateur, 26 juin 1978 ; Le Monde, 4 mai 1982.
191Le Monde, 29 juin 1978 ; La Dépêche du Midi, 30 juin 1978.
192Le Monde, 30 juin 1978 ; Archives de l’Assemblée nationale (AAN) 26P7, lettre de Robert Badinter à Alain Hautecœur, le 17 février 1982, p. 2.
193Rapport de la commission d’enquête sur les activités du Service d’Action Civique, t. I, op. cit., p. 232.
194Il peut toujours s’agir d’un biais de sources, mais le silence soudain des sources concernant la violence militante CDR tend tout de même en faveur de la thèse d’une cessation des activités violentes des Comités. Audigier François, Histoire du SAC, op. cit., p. 314.
195Le Citoyen, no 2, janvier 1976, p. 6.
196ANF, 19870320/46, note d’information « Le Service d’Action Civique » le 23 juillet 1981 ; R20060604/10, rapport d’Alain Hautecœur le 1er octobre 1981 ; 19890037/10, rapport sur « le Service d’Action Civique » en 1981, 199 p.
197Lorsqu’il était vigile CFT pour l’entreprise Renault de Boulogne-Billancourt, Tramoni avait abattu le maoïste Pierre Overney le 25 février 1972. L’exécution orchestrée par les NAPAP doit être comprise comme une forme de vengeance habillée en « justice populaire ». AD47, 2312W777, note « Le terrorisme anarcho-gauchiste », le mercredi 16 novembre 1977.
198Maffesoli Michel, Essais sur la violence, Paris, CNRS Éditions, 3e éd., coll. « Sociologie », 2009, p. 19.
199Ibid., p. 23.
200ANF, 569AP/159, communiqué des CDR no 21, le 11 octobre 1974.
201ANF, 569AP/159, circulaire no 21, le 25 novembre 1974.
202Collovald Annie, Jacques Chirac et le gaullisme, op. cit., p. 110-111.
203Rougeot Jacques, La Contre-offensive. Contre la menace totalitaire, les armes de la civilisation, Paris, Éditions Albatros, 1975, p. 166.
204Sirinelli Jean-François, Les Vingt Décisives. Le passé proche de notre avenir, 1965-1985, op. cit., p. 118.
205Berstein Serge, « Consensus politique et violences civiles », Vingtième Siècle, no 69, 2001/1, p. 51-61.
206Lebourg Nicolas et Sommier Isabelle (dir.), La violence des marges politiques des années 1980 à nos jours, Paris, Riveneuve, coll. « Violences et radicalités militantes », 2017, p. 110.
207Par exemple, Beauregard Joseph, Lebourg Nicolas et Preda Jonathan, Aux racines du FN. L’histoire du mouvement Ordre nouveau, Paris, Fondation Jean-Jaurès, 2014, p. 118 ; Bugnon Fanny et Lacroix Isabelle (dir.), Territoires de la violence politique en France de la fin de la guerre d’Algérie à nos jours, Paris, Riveneuve, coll. « Violences et radicalités militantes », 2017.
208Sommier Isabelle, La Violence politique et son deuil, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2008.
209Par exemple, Alexis Vrignon cite les dernières mobilisations violentes écologistes volontaires en 1977 et Édouard Lynch les violences paysannes en 1976. Se reporter à Audigier François et Girard Pascal (dir.), Se battre pour ses idées. La violence militante en France des années 1920 aux années 1970, Paris, Riveneuve, 2011, p. 167 et 221.
210Girard Pascal, « Le “service d’ordre” de la CGT des années 1960 à nos jours », in François Audigier (dir.), Histoire des services d’ordre en France du xixe siècle à nos jours, op. cit., p. 226-227.
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