• Contenu principal
  • Menu
OpenEdition Books
  • Accueil
  • Catalogue de 16588 livres
  • Éditeurs
  • Auteurs
  • Facebook
  • X
  • Partager
    • Facebook

    • X

    • Accueil
    • Catalogue de 16588 livres
    • Éditeurs
    • Auteurs
  • Ressources numériques en sciences humaines et sociales

    • OpenEdition
  • Nos plateformes

    • OpenEdition Books
    • OpenEdition Journals
    • Hypothèses
    • Calenda
  • Bibliothèques

    • OpenEdition Freemium
  • Suivez-nous

  • Lettre d’information
OpenEdition Search

Redirection vers OpenEdition Search.

À quel endroit ?
  • Presses universitaires de Rennes
  • ›
  • Histoire
  • ›
  • La naissance de Force ouvrière
  • ›
  • Quatrième partie. Le secrétaire général...
  • ›
  • Les relations internationales et les déb...
  • Presses universitaires de Rennes
  • Presses universitaires de Rennes
    Presses universitaires de Rennes
    Informations sur la couverture
    Table des matières
    Liens vers le livre
    Informations sur la couverture
    Table des matières
    Formats de lecture

    Plan

    Plan détaillé Texte intégral L’enracinement international de la scission Le plan Marshall, un vecteur de recomposition interne L’improbable « américanisation » de Force ouvrière Notes de bas de page Auteur

    La naissance de Force ouvrière

    Ce livre est recensé par

    Précédent Suivant
    Table des matières

    Les relations internationales et les débuts de la CGT-FO

    Jean-Marie Pernot

    p. 199-213

    Entrées d’index

    Index géographique : France

    Texte intégral L’enracinement international de la scission Le plan Marshall, un vecteur de recomposition interne L’improbable « américanisation » de Force ouvrière Notes de bas de page Auteur

    Texte intégral

    1Dans la brève Histoire du syndicalisme français qu’il publie en 1947, comme dans sa première intervention lors du congrès fondateur de Force ouvrière, Robert Bothereau soutient que, depuis 1921, les scissions du mouvement ouvrier français ont été imposées par les événements du monde extérieur1. Les mots choisis ont un poids. Il sera question ici de discuter ce « imposées » et de voir en quoi les relations internationales peuvent être tenues – et jusqu’où – comme un facteur explicatif dans la scission de Force ouvrière. Au-delà de cette question, au demeurant classique et dont les termes seront rappelés, il sera question du rôle joué par le plan Marshall dans les reclassements internes lors de la scission, au moins au niveau confédéral. On s’interrogera enfin sur les effets à plus ou moins long terme de l’alliance constituée alors de manière privilégiée entre Force ouvrière et le syndicalisme américain, c’est-à-dire l’influence sur Force ouvrière de ses propres relations internationales.

    L’enracinement international de la scission

    2L’appréciation du plan Marshall est un des deux points qui, avec l’organisation des grèves de fin novembre, conduit à la rupture lors du Comité confédéral des 11 et 12 novembre 1947. Le partage des votes entre la motion qui condamne l’aide américaine et celle qui l’accepte recoupe à très peu près le vote précédent sur l’organisation du Comité national de grève à laquelle s’opposent les anciens confédérés2. Apparaissent donc deux camps, structurés par deux clivages manifestement solidaires et qui mêlent des appréciations d’ordre revendicatif et politique à des considérations empruntant au registre des relations internationales.

    3La concomitance, à quelques mois près, de la scission française avec celle de la Confederazione generale del lavoratoro italiana (CGIL), puis la scission internationale de la Fédération syndicale mondiale (FSM) met l’accent sur la dynamique des relations internationales dans cette période singulière. Quant à la part principale ou seconde de la guerre froide dans les scissions, deux grilles de lecture se disputent la compréhension de la fracture. Les historiens et politologues anglo-saxons se partagent en deux écoles, l’une dite « orthodoxe », l’autre dite « révisionniste3 » : les orthodoxes accordent, dans la tradition de John Windmuller, une importance première à l’incompatibilité des conceptions syndicales socialistes et communistes pour rendre compte des scissions, tandis que les seconds, dans la lignée de Ronald Radosh, insistent sur les effets de l’interventionnisme américain4. C’est le cas, par exemple, de Peter Weiler qui a étudié les conditions de la scission de la FSM et aussi de Gary Busch pour qui la politique américaine détermine entièrement la vie politique et syndicale de l’Europe de l’après-guerre5. À l’opposé, le Britannique Denis Macshane se range résolument dans l’orthodoxie au point de minimiser à l’extrême le rôle des interventions américaines6. Irwin Wall étudiant l’influence de la politique américaine sur la France de l’époque rapporte l’activisme des syndicalistes américains mais ne lui accorde pas une importance décisive, à l’inverse de Federico Romero, qui a montré avec précision le rôle du FTUC (Free Trade Union Committee) et des Italo-Américains proches de Jay Lovestone dans la scission italienne7.

    4Côté français, Annie Lacroix-Riz impute la première responsabilité aux circonstances externes, au choix des alliés de rompre avec l’Union soviétique et aux syndicats américains, (notamment à l’AFL) dont l’interventionnisme extrême dans les affaires internes des syndicats européens expliquerait la scission8. Elle met en avant les missions d’Irving Brown, le travail de Jay Lovestone et du FTUC, la distribution de fonds en provenance aussi bien des syndicats que des agences gouvernementales américaines pour expliquer l’imposition des scissions en Italie, en France et au niveau de la Fédération syndicale mondiale. D’une certaine manière, Georges Lefranc avait proposé une lecture de même facture en imputant à la guerre froide la totale responsabilité de la rupture de la FSM aussi bien que de la CGT : « La création de la FSM, écrit-il, résulte de l’alliance entre les gouvernements liés par la lutte contre Hitler. Sa dissolution est la conséquence de la rupture de cette alliance9. » Cette approche privilégie manifestement l’influence « du dehors ». Michel Dreyfus parle au contraire de relations internationales qui « exacerbent » les conflits politiques et sociaux nationaux auxquels il accorde visiblement la priorité10. Dans le même sens, René Mouriaux parle des questions internationales comme le « terrain » offert et le « détonateur de la rupture de l’unité syndicale11 ».

    5Tout en penchant plutôt vers cette deuxième approche, nous formulerons ici deux remarques qui contribuent à réduire la portée de cette opposition.

    6Tout d’abord, il convient de distinguer les situations nationales, par exemple en France et en Italie, de la scission internationale. En effet, comme l’écrit alors Pierre Monatte, la FSM n’est en 1946 qu’un « assemblage fragile de mouvements syndicaux qui viennent chacun défendre le point de vue de son gouvernement12 ». Sans le recouper totalement, l’espace de la FSM duplique alors le champ des relations interétatiques. Les enjeux de la guerre froide s’y déploient au rythme des tensions internationales et la fracture y est inscrite dès lors que l’alliance antinazie se défait. Georges Lefranc peut être suivi sur ce plan. Il est possible, naturellement, de lire dans la scission internationale d’autres dimensions dont on retrouve les équivalents dans les oppositions « nationales » : ainsi le syndicalisme organiquement impliqué dans l’État, comme c’est le cas dans le système soviétique, est combattu par les centrales des grands pays industriels, attachées à une certaine autonomie (même si celle-ci est loin d’être totale dans cette période). D’autres clivages peuvent y être lus concernant, par exemple, la libération nationale des peuples colonisés. Mais ces oppositions de conceptions syndicales ne sont guère structurées au sein de la FSM unitaire de 1945- 1946. Presque tous les grands syndicats sont intégrés dans la politique de leurs gouvernements ; elles se cristalliseront plus tard avec la mobilisation internationale des syndicats « occidentaux » en faveur du plan Marshall et la naissance de la Confédération internationale des syndicats libres (CISL).

    7La scission internationale garde pour ces raisons un caractère particulier, différent des scissions nationales même si elles se produisent dans le même mouvement. Mais la vraie question est au fond de savoir dans quelle mesure on peut, à ce moment-là, séparer ce qui relève du national et ce qui relève de l’international.

    8Il est difficile en effet d’opposer comme deux entités parfaitement distinctes les « choses du dedans » et celles du « dehors » dans le contexte de l’immédiat après-guerre : en 1947-1948, les pays qui ont connu la scission syndicale sont encore plus ou moins occupés par les armées britanniques et américaines et, à tout le moins, ils sont très dépendants économiquement et même en termes de survie alimentaire des États-Unis. Les relations internationales ne sont pas alors à l’extérieur de la réalité nationale mais en son sein. La situation de l’Allemagne est naturellement la plus manifeste : de nombreux témoignages assurent que les syndicalistes allemands, du moins ceux qui avaient réchappé du nazisme, souhaitaient en 1945 la renaissance d’un syndicalisme unitaire. Le déploiement d’énergie des Anglo- Américains a été cependant décisif pour sa mise en place : les Britanniques, en particulier, ont travaillé dans leur zone, puis dans la bi-zone, à la mise en place d’un syndicalisme unique rompant avec le clivage confessionnel d’avant 1933. Les Français de leur coté, certains d’entre eux du moins et la CFTC y fut active, ont tenté, dans leur propre zone, la reconstruction d’un syndicalisme chrétien. Les efforts conjugués de la CDU qui n’en voulait pas et des forces d’occupation anglaises et américaines, pour qui un syndicalisme confessionnel était impensable, ont eu raison de cette tentative, qui connaîtra d’ailleurs, par la suite, d’autres épisodes peu glorieux13.

    9La situation était différente en Italie et en France et même entre les deux pays, mais l’influence américaine s’est heurtée à des cultures et des traditions syndicales antérieures, des pratiques et des représentations préexistantes. Les interventions, les pressions et même les dollars n’ont pas empêché – au grand dam de l’AFL et du CIO – que les forces syndicales non-communistes se divisent entre tendance laïque et tendance chrétienne. L’impératif de guerre froide, qui consistait à rassembler les forces hostiles aux communistes, n’a pu se mettre en place sans accommodements avec d’autres déterminations que l’on pourrait qualifier de plus proprement « nationales » parce qu’elles paraissent ancrées dans des tendances longues de la vie politique nationale. Mais ces tendances longues, ces divergences « structurelles » entre communistes et socialistes, entre laïcs et cléricaux renvoient pour nombre d’entre elles à des connivences internationales. Pour parler comme René Mouriaux, la vieille opposition Wilson-Lénine de 1921 se renouvelait en une opposition Marshall-Molotov, quelque vingt-six ans plus tard. Mais cette opposition ne se situait plus dans le registre international : depuis le début des années 1920, elle s’était incorporée dans les représentations des militants, elle s’était traduite dans des pratiques différentes, elle était devenue un axe structurant des divergences entre confédérés et unitaires, les deux tendances qui s’auto-désignent encore ainsi en 1945.

    10La différenciation entre ce qui relève du national et de l’international est donc moins facile qu’il n’y paraît. La fluidité entre ces deux dimensions est variable selon les moments. Elle sera moindre au cours des moments suivants et elle est très grande au moment de la scission.

    11Les divergences de l’automne 1947 s’enracinent donc dans des conceptions du syndicalisme différentes, inscrites dans des cultures déjà acquises mais dont certaines s’étaient construites et consolidées en référence aux oppositions internationales entre les grands modèles de référence. Elles sont alors étayées par un contexte de tension extrême que l’on peut attribuer à l’international mais qui est en réalité totalement entremêlé à la vie politique nationale du moment.

    12Le cadre général ainsi rappelé, il est intéressant de pénétrer les détails de la période et d’y percevoir quelques faits dont le rapport aux relations internationales peut être spécifié : ainsi le plan Marshall a joué un rôle particulier dans la rupture et les formes de recomposition des alliances au sein de la Confédération lors de la scission.

    Le plan Marshall, un vecteur de recomposition interne

    13Une partie des anciens confédérés ont, pour des raisons diverses, fait défection lors de la scission en restant à la CGT. Parmi eux, on s’intéressera ici au cas particulier du groupe des économistes qui, autour de Pierre Le Brun, animait le Centre confédéral d’études économiques (CCEE).

    14Le discours du 5 juin 1947 du général Marshall proposant un plan d’aide à l’Europe n’a déclenché dans l’instant chez les syndicalistes français ni tollé ni élan d’enthousiasme. Préoccupés d’abord par les difficultés économiques, ceux-ci appréhendaient au départ sans dramatisation les avantages et les risques de l’aide américaine projetée. Celle-ci n’était pas la première : un an auparavant, les accords Blum-Byrnes avaient réduit une partie de la dette française et apporté un nouveau crédit américain à la France. Léon Jouhaux avait approuvé le résultat de la démarche de Léon Blum sans être démenti par Benoît Frachon. Pendant plus d’un mois, une acceptation conditionnelle a prévalu dans le camp communiste14. Le 2 juillet, l’Union soviétique a rejeté les conditions d’application du plan Marshall et annoncé son retrait des discussions ainsi que l’exclusion du plan des pays alors sous son influence15. Le PCF ainsi que les dirigeants communistes de la CGT ont alors suivi mollement la condamnation par Staline de l’initiative des États-Unis. C’est seulement après la conférence de constitution du Kominform (22-27 septembre 1947), que la campagne communiste contre le plan Marshall a commencé à battre son plein et ce, jusqu’à l’achèvement du plan16.

    15La radicalisation perceptible au cours de l’été entre les unitaires et les confédérés ne devait cependant pas grand-chose au plan Marshall : en fait, les unitaires se libéraient progressivement de la retenue due jusqu’au mois de mai à la présence de ministres communistes au gouvernement. La situation sociale s’était dégradée au cours de l’été en raison de nouvelles difficultés de ravitaillement et les unitaires entendaient bien retrouver leur place à la tête de la mobilisation sociale et ne plus se trouver débordés comme ils l’avaient été au printemps précédent.

    16Si le ton a monté aux mois d’août et de septembre vis-à-vis du plan américain, l’initiative ne venait pas de la mouvance unitaire mais du groupe des économistes du CCEE. Ce groupe était alors composé de communistes, comme Jean Bénard et André Barjonet, mais aussi d’économistes comme Jean Duret qui provenaient de l’entourage de Léon Jouhaux comme Pierre Le Brun lui-même. Là où les communistes restaient attentistes et envisageaient encore la possibilité du maintien de l’unité antifasciste construite pendant la guerre, Jean Duret, comme Pierre Le Brun, étaient hostiles dès le départ aux initiatives américaines dans la reconstruction des relations économiques internationales. Attentif aux forces économiques qui encadraient l’administration Truman, Jean Duret avait entamé, dès juin 1947 dans Le Peuple, un démontage minutieux des initiatives américaines dont l’intention manifestée par le plan Marshall n’était pour lui qu’une facette : en particulier, les discussions de Genève pour l’élaboration d’une charte du commerce international lui paraissaient opposer la logique d’un capitalisme américain à la recherche de débouchés de productions et d’investissements à une Europe structurellement affaiblie par le manque de ressources et de capitaux. Or, écrit-il alors, « dans le passé, l’exportation de capitaux a toujours entraîné une ingérence de plus en plus grande des pays prêteurs dans les affaires du pays emprunteurs17 ». Le refus de l’URSS d’entrer dans le plan ne le surprenait pas puisque, selon lui, les clauses assorties à l’aide Marshall comme l’architecture globale du projet imposaient un niveau d’intégration difficile à imaginer entre les systèmes économiques si différents de l’Est et de l’Ouest européens.

    17Progressivement au cours de l’été, le ton des articles de Jean Duret s’était durci. En septembre, il évoquait les accords de Genève sur le commerce international qui « consacrent le partage des blocs18 » et conduisent « à nous inféoder à un bloc économique et politique19». « Plan Monnet ou plan Marshall », une série d’articles dans Le Peuple opposait, secteur par secteur, les objectifs et les moyens du plan de reconstruction nationale à ceux qu’induisait, selon les économistes du CCEE, l’aide américain20. Succédant à cette préparation d’artillerie, les troupes unitaires se sont engagées vigoureusement, mais en octobre seulement, dans la dénonciation de la « marshallisation » de la France qui contraignait celle-ci à l’abandon de ses objectifs nationaux avec le consentement des forces politiques « munichoises21 ».

    18Du côté du groupe Force ouvrière, l’adhésion au plan Marshall semblait aller de soi. Léon Jouhaux en avait appris le principe alors qu’il se trouvait à Genève à l’assemblée annuelle de l’Organisation internationale du travail (OIT). Il avait aussitôt exprimé son accord, tout en revenant à de nombreuses reprises sur la nécessaire préservation de l’indépendance nationale22. L’organe de tendance Force ouvrière en célébrait régulièrement l’annonce : « Le projet Marshall est digne de la puissance américaine […]. Un tel plan a naturellement été accueilli avec chaleur dans les pays de l’Europe occidentale23. » La dimension politique de l’aide était également mise en avant : « On a beau dire que le plan Marshall se limite au domaine économique et reste indépendant des questions politiques, celles-ci malgré tout subsistent et vont s’intensifier très vite dans les discussions24. » À ce moment-là, l’analyse économique du plan Marshall restait discrète dans les écrits des minoritaires qui renvoyaient encore volontiers, même implicitement, au Centre confédéral d’études économiques. Le basculement des économistes au cours de l’été a placé le groupe Force ouvrière dans l’embarras à l’approche des discussions de l’automne. Le plan Marshall, au cœur de la fracture de la CGT, engageait alors bien plus que l’acceptation ou le refus d’une simple aide financière. Il signifiait un choix politique global, un système d’alliance interne et international dont la continuité était perçue et qui montre l’étroite connivence existant alors entre le national et l’international. Si les responsables du groupe Force ouvrière, proches ou membres du Parti socialiste, acceptaient peu ou prou la division du monde qui leur semblait inéluctable après l’échec de la conférence de Moscou (10 mars-24 avril 1947), d’autres tels que Pierre Le Brun et Jean Duret refusaient le partage de l’Europe. La prise en compte géopolitique du monde a sans doute joué, pour certains responsables, un rôle clé dans le maintien au sein de la CGT ou pour se joindre à la scission de Force ouvrière. De l’autre côté d’ailleurs, nombre des héritiers du syndicalisme révolutionnaire ou de l’anarcho-syndicalisme feront le choix de Force ouvrière pour des raisons symétriques, par rejet de toute communauté d’intérêt avec la politique soviétique. Les relations internationales ont donc, à ce titre aussi, joué un rôle important dans la scission syndicale. La représentation du monde qui se mettait alors en place a dicté bien des choix d’affiliation : certains, venus de l’aile réformiste ont fait alors le choix de rester à la CGT sur la base d’une politique d’alliance continentale européenne, « de l’Atlantique à l’Oural » comme on dira un peu plus tard ; d’autres, plus révolutionnaires dans leurs perspectives, ont fait le choix de Force ouvrière par rejet de l’Union soviétique, de sa politique internationale comme de son modèle social et politique. Au-delà du rôle qu’à joué l’installation dans la guerre froide lors de la scission, il est utile de s’interroger sur l’ombre portée à plus long terme de ces circonstances et, en particulier, le rôle que joue pour Force ouvrière ses propres relations internationales, mises en place notamment avec le syndicalisme américain.

    L’improbable « américanisation » de Force ouvrière

    19Les années qui suivent immédiatement la scission voient la CGT-Force ouvrière engagée sur d’autres fronts des relations internationales : vers la CECA et l’Europe d’un côté, vers les tensions coloniales de l’autre25. On ne traitera ici que de la relation entretenue dans l’après-guerre par Force ouvrière avec les syndicats américains ou plus exactement avec l’AFL.

    20Dans un éditorial récent de Force ouvrière hebdo (19 septembre 2001), Marc Blondel évoquait l’émotion de Force ouvrière après les événements du 11 septembre 2001. Il rappelait les liens d’amitié de sa centrale avec le syndicalisme américain : « Nous entretenons en effet de manière quasi historique des relations particulières avec le mouvement syndical américain qui, nous ne l’oublions pas, a joué un rôle déterminant dans la création du syndicalisme libre en France lors de la guerre froide26. »

    21« Relations particulières », « rôle déterminant », outre la portée des relations internationales qui a été évoquée en introduction, il faut revenir sur ces liens en effet privilégiés mis en place à ce moment-là. Outre les tensions directes créées par la perception des tensions internationales, il faut compter en effet dans l’atmosphère de la Libération avec la présence active de nombreux syndicalistes américains en France et plus largement en Europe27. L’implication des Américains aux côtés de la jeune organisation a inspiré des questions récurrentes sur l’influence qu’ils ont pu avoir sur l’évolution de la centrale de Robert Bothereau28.

    22L’aide financière en provenance des syndicats américains à destination des centrales européennes est reconnue, importante et générale. Force ouvrière a toujours fait valoir, non sans justesse, que cette aide (d’ailleurs non exclusivement américaine puisque les syndicats nordiques ont également aidé le nouveau syndicat) s’inscrivait dans des rapports de solidarité internationale dont les précédents sont nombreux. Ces dollars ont-ils été, pour Force ouvrière comme pour d’autres syndicats européens, le salaire d’un ralliement aux positions américaines ? Tel n’est pas, à notre avis, le cas : si la communion de pensée et d’action dans la lutte contre le communisme a été totale, elle n’a pas empêché sur de nombreux points des désaccords et des oppositions. De nombreux auteurs ont rapporté que les Américains avaient aussi découvert à l’occasion que la distribution de dollars ne faisait pas tout.

    23Au-delà de la polémique, la question de la provenance réelle d’une partie de ces fonds et notamment l’implication des services américains (en particulier la CIA) est désormais réglée. La convergence des auteurs américains, encore renforcée au cours de la dernière décennie par la mise à jour de nouvelles archives, ne peut plus laisser de doute : les services secrets ont fait passer beaucoup de fonds par le canal syndical et même Walter Reuther, qui n’aimait pas beaucoup la liaison quasi organique entre le groupe Lovestone-Meany-Brown et les services de l’administration, a dû reconnaître que, dans un tel cas d’urgence, il avait lui-même accepté que le CIO écoule vers l’Europe des fonds versés par la CIA29.

    24Il est plus important cependant de mesurer si ce lien historique que l’on ne peut pas résumer à des dollars, a des incidences sur les orientations de Force ouvrière au cours des années suivantes, si l’influence américaine a eu des effets d’imprégnation sur les représentations et les pratiques de son syndicalisme. La question est d’autant plus légitime que, vers les années 1960 et plus précisément au moment du passage de témoin entre Bothereau et Bergeron, la centrale réformiste glisse de ses positions traditionnelles reliées au programme politique des confédérés d’avant-guerre vers un positionnement de Bargaining social, progressivement dépourvu de référence à la politique social-démocrate.

    25La trace de cette liaison privilégiée avec l’AFL-CIO peut être recherchée dans deux domaines au cours de la période considérée : d’une part, à travers les débats entre Européens et Américains au sein de la commission consultative auprès de l’OECE ; de l’autre, dans l’influence des missions de productivité organisées dans un premier temps dans le cadre du plan Marshall. On se demandera alors si on peut, au fond, parler d’une sorte d’« américanisation » rampante de Force ouvrière dont ses relations internationales lors de sa naissance seraient l’origine ? Nous tenterons de montrer en quelques mots pourquoi notre réponse à cette question est négative.

    26Plusieurs sources doivent être convoquées : d’abord, les comptes rendus des conférences syndicales consultatives organisées dans le cadre de l’aide Marshall (OECE) qui se sont tenues entre 1948 et 1952 ; ensuite, les rapports des missions de productivité réalisées au cours de la même période aux États-Unis.

    27L’administration du plan Marshall en Europe avait institué une Commission syndicale consultative auprès de l’OECE pour associer les organisations syndicales dites « libres » au déroulement du plan d’aide américain30. Outre cette commission, existait une Conférence consultative constituée d’une soixantaine de membres dans laquelle siégeaient Léon Jouhaux et Robert Bothereau pour FO, Gaston Tessier et Maurice Boula - doux pour la CFTC. Les syndicats américains y disposaient de trois sièges dont deux pour l’AFL représentée par Irving Brown et David Dubinski31.

    28Les comptes rendus de ces conférences syndicales, tenues entre 1948 et 1952, montrent des oppositions toujours vives entre les conceptions économiques des syndicats américains et celles de leurs homologues européens. En 1950, les syndicats y ont discuté une « Déclaration sur la reconstruction économique de l’Europe ». Irving Brown dénonça alors la tiédeur du soutien des syndicalistes européens : « Ce n’est pas un programme d’action, déclare-t-il, c’est un programme de réserves. » En fait, les syndicalistes européens soutenaient bien le plan Marshall mais ils le soutenaient comme à leur habitude, en l’assortissant de revendications politiques et, en particulier, en demandant une politique de plein emploi et des garde-fous à la libération des échanges. Ils se référaient encore au concept d’économie organisée tandis que les représentants de l’AFL, qui se recommandaient d’un libre-échange généralisé, ne comprenaient pas les demandes adressées par leurs alliés aux politiques d’États. Au prix de grandes colères d’Irving Brown, les Européens ont maintenu l’approche commune planiste qu’ils avaient élaborée avant-guerre et dont ils retrouveront l’inspiration dans le projet CECA. Le programme économique de Force ouvrière, inscrit comme avant la guerre dans cette référence, n’a guère subi d’évolution au cours de cette période ; c’est bien plus tard et sous l’effet d’autres déterminations que Force ouvrière quittera le champ de la revendication politique, au profit du seul paradigme de la politique conventionnelle. Les conceptions définies dès sa création par Force ouvrière en matière de négociation collective, reformulées au cours des années 1960, doivent très peu au volontarisme américain : le rôle régulateur central de l’État reste au cœur des représentations politiques de Force ouvrière et son réformisme accorde une grande place au rôle protecteur de la loi et à la fonction universalisante des procédures d’extension des conventions collectives. Ces conceptions sont fort éloignées de celles qui prévalent à ce moment dans le syndicalisme américain.

    29D’autres sources peuvent attester, dans cette période du jeu des influences qui se seraient exercées sur Force ouvrière au début des années 1950. Les rapports des missions de productivité aux États-Unis dans le cadre de l’aide Marshall ont fait l’objet de plusieurs études mais fort peu sous l’angle des échanges d’influence au sein du champ syndical32. C’est l’Association française pour l’accroissement de la productivité (AFAP) qui organisait les missions de productivité aux États-Unis : entre 1950 et 1953, environ 200 missions pour quelque 2 500 participants, se sont rendues outre-Atlantique dans ce cadre33. Elles seront suivies, jusqu’à la fin des années 1950, par 250 autres comprenant environ 1 500 participants. Il s’agit pour l’essentiel de chefs d’entreprises et de cadres (45 % du total selon Mathieu et Leduc) et, pour 25 %, d’ouvriers et d’employés, soit environ un millier au total dont à peu près 600 appartenaient à la CFTC ou à Force ouvrière. Encore convient-il de s’accorder sur la signification de cette « appartenance syndicale ».

    30Il y eut en fait deux types de voyages. D’une part, ceux consistant à envoyer aux États-Unis des ouvriers capables de s’initier aux méthodes américaines et de les diffuser à leur retour : c’était naturellement les plus nombreux ; quelques déplacements, ensuite, de délégations de représentants syndicaux accompagnés par des fonctionnaires et censés sensibiliser les dirigeants syndicaux aux questions de productivité. La procédure de choix des premiers était un peu particulière : le CNPF choisissait les entreprises cibles34. Les dirigeants de celles-ci devaient choisir les travailleurs les plus aptes à cette mission et ils devaient les choisir parmi les syndiqués. Mais comme le patron n’était pas censé savoir qui était syndiqué, il arrivait le plus souvent que l’ouvrier choisi aille au syndicat demander sa carte pour « partir en Amérique35 ». À leur retour, ces ouvriers, syndiqués donc, étaient suivis par l’AFAP qui parfois les embauchait comme « organisateurs conseils » en matière de productivité, avec l’accord, naturellement, des organisations syndicales dont ils étaient adhérents36.

    31L’autre type de voyage s’adressait à des délégations désignées par les centrales participantes, la CFTC, la CGC et Force ouvrière. Dans les archives portant sur ces questions à la CFDT, il n’existe qu’un seul compte rendu de voyage portant sur la mission de six semaines d’une délégation comprenant six représentants de FO dont deux (Hagnauer et Walusinski) appartenaient au groupe de La Révolution prolétarienne. Il y en a eu d’autres sans doute qui mériteraient une recherche spécifique dans les archives de l’AFAP, par exemple. Ce compte rendu, en tout cas, est éclairant : il montre des sessionnaires satisfaits de ce qu’ils ont vu mais qui ne semblent nullement fascinés par un quelconque exemple américain ; étonnés par le niveau de vie de l’ouvrier américain, ils louent les efforts d’éducation entrepris par les syndicats mais qu’ils relient au niveau assez fruste des travailleurs. Le regard sur « le retard culturel de l’ouvrier américain » n’est pas dénué d’ailleurs d’une certaine condescendance gallo-centriste assez typique de la projection internationale des syndicalistes français, toutes tendances confondues. L’observation des relations industrielles fait l’objet de sérieuses réserves : en écartant l’État de la confrontation des intérêts, elles laissent hors progrès salarial de larges pans de la population, par exemple les travailleurs du Sud écartés de fait de la syndicalisation. Les préconisations qui figurent à la fin du rapport insistent sur la nécessité de rénovation des méthodes de gestion de la main-d’œuvre ; l’état d’esprit du patronat est déploré ainsi que les divisions du syndicalisme. On ne trouve guère de trace du volontarisme syndical américain dans les propositions des voyageurs : celles-ci restent bien dans la veine du réformisme syndical français. Si les syndicats doivent s’unir et relever leurs cotisations, le reste de l’effort est du ressort de la politique de l’État. Le rapport se conclut par une demande d’étude dans trois domaines jugés prioritaires :

    « L’introduction obligatoire, dans les conventions collectives, de clauses relatives à la productivité ; une plus grande et plus étroite collaboration des administrations et des organisations patronales et ouvrières en matière de politique économique ; la politique de l’emploi, notamment en ce qui concerne les migrations de main-d’œuvre que peut entraîner la mise en application du plan de productivité. »

    32Autant de propositions aux antipodes des conceptions syndicales américaines37.

    33La portée de ces missions sur l’introduction de facteurs de productivité dans l’industrie française (et aussi dans l’agriculture) a été maintes fois débattue. Faute d’observations plus orientées en ce sens, il est difficile de mesurer leur effet dans l’évolution des représentations des syndicalistes français. Les syndicats ne contrôlaient en fait pas grand-chose et s’il y eut des zélateurs de la productivité parmi les pèlerins de retour des États-Unis, ce n’est pas à l’intérieur des syndicats qu’ils firent œuvre de prosélytisme. Au sein de Force ouvrière, la question était l’objet d’âpres disputes : la participation au Conseil national de la productivité fut mise en question dès 195138. Il s’est trouvé au congrès confédéral de 1952 une majorité de délégués pour voter, contre le vœu de la direction, la sortie de Force ouvrière du Centre intersyndical d’études et de recherche sur la productivité (CIERP), ce qui devait être fait en avril 195339.

    34Le peu que l’on puisse assurer c’est que les missions de l’aide Marshall n’ont pas « américanisé » la matrice politique du réformisme syndical français. C’est dans d’autres directions qu’il faut rechercher les vecteurs de l’évolution ultérieure.

    35D’une manière générale, si Force ouvrière, comme tous les syndicats, a entretenu des relations syndicales internationales, celles-ci n’ont pas vraiment correspondu à des pratiques internationales effectives. Elles n’ont guère eu d’effet en retour sur sa vision du monde. On peut même formuler le diagnostic d’un syndicalisme plutôt « nationalo-centré » dans ses pratiques et dans ses représentations.

    36Les relations internationales de Force ouvrière, pas plus lors de la scission que plus tard, ne modèlent sa fonction de représentation. Pour en terminer sur cette influence américaine, il faut également citer les tensions qui surviennent dès 1950 entre Force ouvrière et l’ami américain à propos de la situation des colonies françaises et en premier lieu le conflit très grave qui oppose alors Force ouvrière et l’Union générale des travailleurs tunisiens (UGTT) de Ferhat Hached soutenue par l’AFL. Tout au long de la phase de décolonisation – plutôt subie qu’accompagnée par la centrale de Robert Bothereau –, les accrochages avec les syndicats américains (et d’autres) seront monnaie courante. C’est plus tard que la proximité entre Force ouvrière et le syndicat américain se renouvellera, notamment lorsque l’AFL-CIO quittera la CISL en raison des liens entretenus par les grands syndicats européens (notamment les TUC britanniques et le DGB) avec des syndicats d’au-delà du rideau de fer. Mais ceci est une autre histoire.

    ƒ

    37Au total, il apparaît que les relations internationales ont joué un rôle important dans la scission non comme un facteur externe s’ajoutant au contexte mais comme une dimension inséparable de la réalité nationale. Elles contribuent à solidifier les oppositions, à les inscrire dans des visions globales du monde et donc à enraciner dans des dynamiques très lourdes les facteurs de différenciation. Il n’est que de constater aujourd’hui, dix ans après la disparition de l’URSS, qu’une banalisation des rapports entre Force ouvrière et la CGT reste encore difficilement pensable.

    Notes de bas de page

    1 Robert Bothereau, Le Syndicalisme français, Paris, PUF, 1947.

    2 Vote sur l’organisation du Comité de grève : pour 857 voix, contre 101 ; sur le plan Marshall, la motion des unitaires, défendue par Lunet, recueille 857 voix contre 124 à la motion minoritaire défendue par Bothereau.

    3 Ces désignations revêtent en France une autre signification. Elles sont mentionnées ici parce qu’elles se reconnaissent ainsi dans la littérature académique anglo-saxonne.

    4 Notamment John Windmuller, The International Trade Union Movement, Londres, Deventer, Kluwer, 1980 ; Ronald Radosh, American Labor and United States Foreign Policy, New York, Random House, 1969.

    5 Peter Weiler, « The United States, International Labor and the Cold War : The Break-up of the World Federation of Trade Unions », Diplomatic History, 5/1, hiver 1981 ; Gary Busch, Political Currents in the International Trade Union Movement, Londres, Economist Publications, 1980.

    6 Denis Macshane, International Labour and the Cold War, Oxford, Clarendon Press, 1992.

    7 Irwin Wall, L’Influence américaine sur la politique française, Paris, Balland, 1989 ; Federico Romero, The United States and the european Trade Union Movement, 1944-1951, Chapel Hill/Londres, University of North Carolina Press, 1993.

    8 Annie Lacroix-Riz, « Autour d’Irwing Brown : l’AFL, le Free Trade Union Committee, le Département d’État et la scission syndicale française », Le Mouvement social, avril-juin 1990. Ce point de vue est soutenu également dans Annie Lacroix-Riz, La CGT de la Libération à la scission de 1944-1947, Paris, Éd. sociales, 1983.

    9 Georges Lefranc, Les Expériences syndicales internationales des origines à nos jours, Paris, Aubier, 1952, p. 99.

    10 Michel Dreyfus, Histoire de la CGT, Bruxelles, Complexe, 1995, p. 231.

    11 René Mouriaux, Le Syndicalisme en France depuis 1945, Paris, La Découverte, coll. « Repères », 1994, p. 32.

    12 Pierre Monatte, Où va la CGT ?, Paris, Entreprise de presse, 1946, p. 15. Cité par René Mouriaux, « La Fédération syndicale mondiale », in Guillaume Devin, Syndicalisme. Dimensions internationales, La Garenne-Colombes, Erasme, 1990, p. 104.

    13 Patrick Pasture, Christian Trade Unionism in Europe since 1968, Adelshot/Brookfield USA/Hong- Kong/Singapour/Sydney, Éd. Avebury, 1994, p. 58-61 ; Jean-Marie Pernot, Dedans, dehors, la dimension internationale dans le syndicalisme français, thèse de science politique, Paris X-Nanterre, 2001, p. 486-493.

    14 Sans unanimité toutefois. Le 25 juin, L’Humanité titre : « Le plan Marshall, un piège occidental ». Le lendemain, Maurice Thorez dément : « Nous sentons trop notre responsabilité pour faire quoi que ce soit qui puisse gêner l’entente nécessaire entre alliés et le redressement de notre pays ». L’Humanité, 26 juin 1947, cité par Grégoire Madjarian, Conflits, pouvoirs et sociétés à la Libération, Paris, 1980, p. 440.

    15 Pour Pierre Mélandri, les Soviétiques, venus en large délégation, n’ont arrêté leur position qu’après avoir pris connaissance du détail du plan. Celui-ci impliquait un rapprochement des économies inacceptable pour eux ; Pierre Mélandri, Les États-Unis face à la construction de l’Europe, 1945-1954, Paris, Éd. Pédone, 1980. Sur ces épisodes voir aussi Irwin Wall, op. cit., ainsi qu’Annie Lacroix- Riz, Le Choix de Marianne, Paris, Messidor/Éd. sociales, 1986.

    16 La conférence de Szklarska-Poreba, en Pologne, a été convoquée formellement par le Parti ouvrier unifié polonais (POUP), en fait par le PCUS. Elle réunissait les partis communistes d’Europe pour faire le point sur les brusques changements de la situation internationale. Ils y ont entendu un discours très dur de Jdanov qui a enjoint les principaux partis et notamment les Partis communistes de France et d’Italie à faire leur autocritique et à réviser l’opportunisme de leur ligne. Moment de création du Kominform, cette conférence a marqué le point de départ du durcissement du camp communiste : la défense de la patrie socialiste est affirmée comme tâche exclusive des partis communistes. Voir, entre autres, Philippe Robrieux, Histoire intérieure du Parti communiste, t. 2, Paris, Fayard, 1981, p. 224 sqq. Lilly Marcou, Le Komminform, le communisme de guerre froide, Paris, Presses de la FNSP, 1977.

    17 Le Peuple, 19 juillet 1947.

    18 Le Peuple, 20 septembre 1947.

    19 Le Peuple, 4 octobre 1947.

    20 La CGT avait soutenu l’adoption du plan Monnet. Philippe Mioche distingue le « oui engagé » de Pierre Le Brun du « oui tactique » de Benoît Frachon ; Philippe Mioche, Le Plan Monnet, genèse et élaboration, 1941-1947, Paris, Publications de la Sorbonne, 1987, cité par René Mouriaux, op. cit., p. 25. Début octobre 1947, Benoît Frachon se joint aux économistes dans la mise en opposition des deux logiques : « Ainsi après avoir bavardé pendant des mois sur le plan Monnet, en avoir célébré publiquement les vertus, nos ministres lui tordent gentiment le cou pour faire du plan Marshall son légataire universel », L’Humanité, 13 octobre 1947 et Benoît Frachon, Au rythme des jours, Paris, Éd. sociales, 1998, t. 2, p. 218, cité par André Barjonnet, La CGT, Paris, Seuil, 1968, p. 82.

    21 Voir par exemple, parmi bien d’autres, l’ouvrage d’Henri Claude, Le Plan Marshall, Paris, Éd. sociales, 1948, ou l’article de Paul Bouthonnier, « Plan Marshall, plan d’asservissement de la France », Servir la France, novembre 1947. Pour un exposé des positions de la CGT sur le plan Marshall, cf. Annie Lacroix-Riz, « La CGT et le plan Marshall », Cahiers d’histoire de l’Institut Maurice Thorez, n° 4, p. 25-47.

    22 Denise Tintant, Bernard Georges et Marie-Anne Renauld, Léon Jouhaux dans le mouvement syndical français, Paris, PUF, 1979, p. 327.

    23 Fernand Caussy, Force ouvrière, 26 juin 1947.

    24 Ibid. Albert Grand, correspondant à New York, tient une chronique régulière sur les États-Unis. Il avait écrit quelques semaines auparavant : « Est-il besoin de dire que le fait que le gouvernement Ramadier a obtenu 250 millions de dollars de la Banque internationale n’a rien à voir avec le départ des ministres communistes ? » (Force ouvrière, 5 juin 1947).

    25 Sur le rapport à l’Europe, voir la contribution d’Hélène Roussel dans ce volume.

    26 Force ouvrière hebdo, n° 2534, 19 septembre 2001.

    27 Michel Crozier en parle dans Le Mal américain, Paris, Fayard, 1980, p. 32. Voir notamment Denis Macshane, op. cit.

    28 Notamment Jacques Kantrowitz, « L’influence américaine sur Force ouvrière, mythe ou réalité ? », Revue française de science politique, vol. 28, n° 4, 1978, p. 717-739.

    29 « Reuther Explains Use of US Funds to Aid Free Labor Movement in Europe », UAW Press, 7 mai 1967, cité par Ronald Radosh, op. cit., p. 439. Annie Lacroix-Riz cite de nombreux auteurs allant dans ce sens auxquels on peut ajouter Roy Godson, American Labor and European Politics. The AFL as an International Force, New York, Crane, Russak & Co., 1976 ; Gary Busch, The Political Role of International Trades Unions, Londres, Mac Millan, 1983, p. 59 ; Sallie Pisani, The CIA and The Marshall Plan, Laurence, University Press of Kansas, 1991, p. 101 ; et, en français, par Irwin Wall, op. cit., p. 145-170 ; Jack Kantrowitz, « L’influence américaine… », op. cit. L’interpénétration entre les services officiels et les syndicats américains remonte au début de la guerre, lorsque l’OSS (Office of Strategic Services, l’ancêtre de la CIA) a massivement embauché des militants syndicaux, en raison de leurs propres relations en Europe et des activités que certains avaient déjà organisées en Europe continentale. Après guerre, les relations n’ont pas cessé et l’acheminement d’aide des autorités américaines a pu « naturellement » s’écouler via les caisses syndicales.

    30 Elle existe toujours auprès de l’OCDE mais elle est mieux connue par son sigle anglais TUAC (Trade Union Advisory Council). Elle avait été constituée par l’administration américaine du Plan (à laquelle l’AFL et le CIO étaient fortement associés) dans le but d’aider les syndicats « libres » dans leur lutte pour la promotion du plan Marshall mais aussi afin d’exercer une sorte de pression sur les gouvernements européens en fournissant certaines données aux syndicats en général peu associés spontanément (et particulièrement en France) par leurs gouvernements nationaux.

    31 Jay Lovestone était le secrétaire de la délégation et il participait à ce titre à toutes les réunions.

    32 Les principales études existant sur le sujet sont : Pierre-Louis Mathieu et Philippe Leduc, La Politique française de productivité depuis la guerre, les actions du Centre français de productivité, Paris, mémoires IEP, 2 vol., 1961 ; Vincent Guigueno, L’Eclipse de l’atelier. Les missions françaises de productivité aux États-Unis, mémoire de DEA, ENPC, Marne-la-Vallée, 1994. Cf. les travaux de Richard Kuisel et notamment « L’american Way of Life et les missions de productivité », Vingtième siècle, n° 17, janvier- mars 1988 ; Anthony Rowley, « Les missions de productivité aux États-Unis », La France en voie de modernisation 1944-1952, Actes du colloque des 5 et 6 décembre 1981, Paris, FNSP ; Luc Boltanski, « America, America, le plan Marshall et l’importation du management », Actes de la recherche en science sociale, n° 38, 1981, p. 19-41.

    33 En 1953, alors que le plan Marshall s’éteint, l’aide américaine peut se poursuivre à travers l’amendement « Blair-Moody » à la loi sur l’assistance militaire (Mutual Security Act). Un fonds national de la productivité est alors créé pour percevoir les crédits américains (la France percevra le tiers environ des montants accordés à l’ensemble de l’Europe). Sur ce fonds sera mis en place le Commissariat général de la productivité qui prendra la suite de l’AFAP et qui, jusqu’à son intégration dans le Commissariat au Plan (1959), comptera parmi les plus importantes directions du ministère des Affaires économiques : Pierre-Louis Mathieu et Philippe Leduc, op. cit., vol. 1, p. 45.

    34 Le mécanisme de choix des branches et des entreprises est décrit par Vincent Guigueno, op. cit., p. 32.

    35 Le descriptif de cet étrange dispositif est détaillé dans une note interne à la CFTC de 1952. Archives CFDT, boîte 4H11.

    36 Chaque mission était tenue de rédiger un rapport convenu collectivement. Selon Richard Kuisel (op. cit., p. 25), ces rapports « constituaient des instruments de propagande au même titre que les émissions de radio, les revues et les films […]. Ils devaient être, non seulement utiles sur un plan technique, mais prêcher l’évangile de la productivité » (cité par Vincent Guigueno, op. cit., p. 6). Les données précises concernant ces missions ont été publiées in Conseil national de la productivité, Actions et problèmes de productivité, Paris, SADEP, 1953.

    37 Notamment de l’AFL car le CIO était plus proche des conceptions social démocrates européennes. En particulier, il avait soutenu la politique de New Deal et œuvré régulièrement à la réélection de Roosevelt. Mais l’épuration de son aile gauche en 1946 alla au-delà des communistes et son programme politique s’en trouva un peu déséquilibré. La vague d’anticommunisme qui submergea alors les États-Unis amena une majorité républicaine au Congrès en 1947. Le programme progressiste du CIO n’était plus d’époque. David Brody, Workers in Industrial America, Oxford, Oxford University Press, 1990 ; Robert H. Ziegber, The CIO, 1935-1955, Chapel Hill/Londres, University of North Carolina Press, 1995.

    38 En particulier lors d’un Comité national confédéral houleux en novembre 1951, Force ouvrière, n° 306, 22 novembre 1951.

    39 Selon Jean Fourastié, « le retrait de FO marque une crise sérieuse dans l’effort pour la prise de conscience nationale » (cité par Vincent Guigueno, op. cit., p. 19).

    Auteur

    • Jean-Marie Pernot
      Chercheur à l’IRES
    Précédent Suivant
    Table des matières

    Le texte seul est utilisable sous licence Licence OpenEdition Books. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont « Tous droits réservés », sauf mention contraire.

    Voir plus de livres
    Paysans des Alpes

    Paysans des Alpes

    Les communautés montagnardes au Moyen Âge

    Nicolas Carrier et Fabrice Mouthon

    2010

    Pérégrin d’Opole

    Pérégrin d’Opole

    Un prédicateur dominicain à l'apogée de la chrétienté médiévale

    Hervé Martin

    2008

    Prêtres de Bretagne au xixe siècle

    Prêtres de Bretagne au xixe siècle

    Samuel Gicquel

    2008

    Un constructeur de la France du xxe siècle

    Un constructeur de la France du xxe siècle

    La Société Auxiliaire d'Entreprises (SAE) et la naissance de la grande entreprise française de bâtiment (1924-1974)

    Pierre Jambard

    2008

    Ouvriers bretons

    Ouvriers bretons

    Conflits d'usines, conflits identitaires en Bretagne dans les années 1968

    Vincent Porhel

    2008

    L'intrusion balnéaire

    L'intrusion balnéaire

    Les populations littorales bretonnes et vendéennes face au tourisme (1800-1945)

    Johan Vincent

    2008

    L'individu dans la famille à Rome au ive siècle

    L'individu dans la famille à Rome au ive siècle

    D'après l'œuvre d'Ambroise de Milan

    Dominique Lhuillier-Martinetti

    2008

    L'éveil politique de la Savoie

    L'éveil politique de la Savoie

    Conflits ordinaires et rivalités nouvelles (1848-1853)

    Sylvain Milbach

    2008

    L'évangélisation des Indiens du Mexique

    L'évangélisation des Indiens du Mexique

    Impact et réalité de la conquête spirituelle (xvie siècle)

    Éric Roulet

    2008

    L'étranger en Bretagne au Moyen Âge

    L'étranger en Bretagne au Moyen Âge

    Présence, attitudes, perceptions

    Laurence Moal

    2008

    Les saints bretons entre légendes et histoire

    Les saints bretons entre légendes et histoire

    Le glaive à deux tranchants

    Bernard Merdrignac

    2008

    Les miroirs du silence

    Les miroirs du silence

    L'éducation des jeunes sourds dans l'Ouest, 1800-1934

    Patrick Bourgalais

    2008

    Voir plus de livres
    1 / 12
    Paysans des Alpes

    Paysans des Alpes

    Les communautés montagnardes au Moyen Âge

    Nicolas Carrier et Fabrice Mouthon

    2010

    Pérégrin d’Opole

    Pérégrin d’Opole

    Un prédicateur dominicain à l'apogée de la chrétienté médiévale

    Hervé Martin

    2008

    Prêtres de Bretagne au xixe siècle

    Prêtres de Bretagne au xixe siècle

    Samuel Gicquel

    2008

    Un constructeur de la France du xxe siècle

    Un constructeur de la France du xxe siècle

    La Société Auxiliaire d'Entreprises (SAE) et la naissance de la grande entreprise française de bâtiment (1924-1974)

    Pierre Jambard

    2008

    Ouvriers bretons

    Ouvriers bretons

    Conflits d'usines, conflits identitaires en Bretagne dans les années 1968

    Vincent Porhel

    2008

    L'intrusion balnéaire

    L'intrusion balnéaire

    Les populations littorales bretonnes et vendéennes face au tourisme (1800-1945)

    Johan Vincent

    2008

    L'individu dans la famille à Rome au ive siècle

    L'individu dans la famille à Rome au ive siècle

    D'après l'œuvre d'Ambroise de Milan

    Dominique Lhuillier-Martinetti

    2008

    L'éveil politique de la Savoie

    L'éveil politique de la Savoie

    Conflits ordinaires et rivalités nouvelles (1848-1853)

    Sylvain Milbach

    2008

    L'évangélisation des Indiens du Mexique

    L'évangélisation des Indiens du Mexique

    Impact et réalité de la conquête spirituelle (xvie siècle)

    Éric Roulet

    2008

    L'étranger en Bretagne au Moyen Âge

    L'étranger en Bretagne au Moyen Âge

    Présence, attitudes, perceptions

    Laurence Moal

    2008

    Les saints bretons entre légendes et histoire

    Les saints bretons entre légendes et histoire

    Le glaive à deux tranchants

    Bernard Merdrignac

    2008

    Les miroirs du silence

    Les miroirs du silence

    L'éducation des jeunes sourds dans l'Ouest, 1800-1934

    Patrick Bourgalais

    2008

    Voir plus de chapitres

    Engagements internationaux dans la guerre froide

    Jean-Marie Pernot

    Voir plus de chapitres

    Engagements internationaux dans la guerre froide

    Jean-Marie Pernot

    Accès ouvert

    Accès ouvert freemium

    ePub

    PDF

    PDF du chapitre

    Suggérer l’acquisition à votre bibliothèque

    Acheter

    Édition imprimée

    Presses universitaires de Rennes
    • decitre.fr
    • mollat.com
    • leslibraires.fr
    • placedeslibraires.fr
    • lcdpu.fr
    ePub / PDF

    1 Robert Bothereau, Le Syndicalisme français, Paris, PUF, 1947.

    2 Vote sur l’organisation du Comité de grève : pour 857 voix, contre 101 ; sur le plan Marshall, la motion des unitaires, défendue par Lunet, recueille 857 voix contre 124 à la motion minoritaire défendue par Bothereau.

    3 Ces désignations revêtent en France une autre signification. Elles sont mentionnées ici parce qu’elles se reconnaissent ainsi dans la littérature académique anglo-saxonne.

    4 Notamment John Windmuller, The International Trade Union Movement, Londres, Deventer, Kluwer, 1980 ; Ronald Radosh, American Labor and United States Foreign Policy, New York, Random House, 1969.

    5 Peter Weiler, « The United States, International Labor and the Cold War : The Break-up of the World Federation of Trade Unions », Diplomatic History, 5/1, hiver 1981 ; Gary Busch, Political Currents in the International Trade Union Movement, Londres, Economist Publications, 1980.

    6 Denis Macshane, International Labour and the Cold War, Oxford, Clarendon Press, 1992.

    7 Irwin Wall, L’Influence américaine sur la politique française, Paris, Balland, 1989 ; Federico Romero, The United States and the european Trade Union Movement, 1944-1951, Chapel Hill/Londres, University of North Carolina Press, 1993.

    8 Annie Lacroix-Riz, « Autour d’Irwing Brown : l’AFL, le Free Trade Union Committee, le Département d’État et la scission syndicale française », Le Mouvement social, avril-juin 1990. Ce point de vue est soutenu également dans Annie Lacroix-Riz, La CGT de la Libération à la scission de 1944-1947, Paris, Éd. sociales, 1983.

    9 Georges Lefranc, Les Expériences syndicales internationales des origines à nos jours, Paris, Aubier, 1952, p. 99.

    10 Michel Dreyfus, Histoire de la CGT, Bruxelles, Complexe, 1995, p. 231.

    11 René Mouriaux, Le Syndicalisme en France depuis 1945, Paris, La Découverte, coll. « Repères », 1994, p. 32.

    12 Pierre Monatte, Où va la CGT ?, Paris, Entreprise de presse, 1946, p. 15. Cité par René Mouriaux, « La Fédération syndicale mondiale », in Guillaume Devin, Syndicalisme. Dimensions internationales, La Garenne-Colombes, Erasme, 1990, p. 104.

    13 Patrick Pasture, Christian Trade Unionism in Europe since 1968, Adelshot/Brookfield USA/Hong- Kong/Singapour/Sydney, Éd. Avebury, 1994, p. 58-61 ; Jean-Marie Pernot, Dedans, dehors, la dimension internationale dans le syndicalisme français, thèse de science politique, Paris X-Nanterre, 2001, p. 486-493.

    14 Sans unanimité toutefois. Le 25 juin, L’Humanité titre : « Le plan Marshall, un piège occidental ». Le lendemain, Maurice Thorez dément : « Nous sentons trop notre responsabilité pour faire quoi que ce soit qui puisse gêner l’entente nécessaire entre alliés et le redressement de notre pays ». L’Humanité, 26 juin 1947, cité par Grégoire Madjarian, Conflits, pouvoirs et sociétés à la Libération, Paris, 1980, p. 440.

    15 Pour Pierre Mélandri, les Soviétiques, venus en large délégation, n’ont arrêté leur position qu’après avoir pris connaissance du détail du plan. Celui-ci impliquait un rapprochement des économies inacceptable pour eux ; Pierre Mélandri, Les États-Unis face à la construction de l’Europe, 1945-1954, Paris, Éd. Pédone, 1980. Sur ces épisodes voir aussi Irwin Wall, op. cit., ainsi qu’Annie Lacroix- Riz, Le Choix de Marianne, Paris, Messidor/Éd. sociales, 1986.

    16 La conférence de Szklarska-Poreba, en Pologne, a été convoquée formellement par le Parti ouvrier unifié polonais (POUP), en fait par le PCUS. Elle réunissait les partis communistes d’Europe pour faire le point sur les brusques changements de la situation internationale. Ils y ont entendu un discours très dur de Jdanov qui a enjoint les principaux partis et notamment les Partis communistes de France et d’Italie à faire leur autocritique et à réviser l’opportunisme de leur ligne. Moment de création du Kominform, cette conférence a marqué le point de départ du durcissement du camp communiste : la défense de la patrie socialiste est affirmée comme tâche exclusive des partis communistes. Voir, entre autres, Philippe Robrieux, Histoire intérieure du Parti communiste, t. 2, Paris, Fayard, 1981, p. 224 sqq. Lilly Marcou, Le Komminform, le communisme de guerre froide, Paris, Presses de la FNSP, 1977.

    17 Le Peuple, 19 juillet 1947.

    18 Le Peuple, 20 septembre 1947.

    19 Le Peuple, 4 octobre 1947.

    20 La CGT avait soutenu l’adoption du plan Monnet. Philippe Mioche distingue le « oui engagé » de Pierre Le Brun du « oui tactique » de Benoît Frachon ; Philippe Mioche, Le Plan Monnet, genèse et élaboration, 1941-1947, Paris, Publications de la Sorbonne, 1987, cité par René Mouriaux, op. cit., p. 25. Début octobre 1947, Benoît Frachon se joint aux économistes dans la mise en opposition des deux logiques : « Ainsi après avoir bavardé pendant des mois sur le plan Monnet, en avoir célébré publiquement les vertus, nos ministres lui tordent gentiment le cou pour faire du plan Marshall son légataire universel », L’Humanité, 13 octobre 1947 et Benoît Frachon, Au rythme des jours, Paris, Éd. sociales, 1998, t. 2, p. 218, cité par André Barjonnet, La CGT, Paris, Seuil, 1968, p. 82.

    21 Voir par exemple, parmi bien d’autres, l’ouvrage d’Henri Claude, Le Plan Marshall, Paris, Éd. sociales, 1948, ou l’article de Paul Bouthonnier, « Plan Marshall, plan d’asservissement de la France », Servir la France, novembre 1947. Pour un exposé des positions de la CGT sur le plan Marshall, cf. Annie Lacroix-Riz, « La CGT et le plan Marshall », Cahiers d’histoire de l’Institut Maurice Thorez, n° 4, p. 25-47.

    22 Denise Tintant, Bernard Georges et Marie-Anne Renauld, Léon Jouhaux dans le mouvement syndical français, Paris, PUF, 1979, p. 327.

    23 Fernand Caussy, Force ouvrière, 26 juin 1947.

    24 Ibid. Albert Grand, correspondant à New York, tient une chronique régulière sur les États-Unis. Il avait écrit quelques semaines auparavant : « Est-il besoin de dire que le fait que le gouvernement Ramadier a obtenu 250 millions de dollars de la Banque internationale n’a rien à voir avec le départ des ministres communistes ? » (Force ouvrière, 5 juin 1947).

    25 Sur le rapport à l’Europe, voir la contribution d’Hélène Roussel dans ce volume.

    26 Force ouvrière hebdo, n° 2534, 19 septembre 2001.

    27 Michel Crozier en parle dans Le Mal américain, Paris, Fayard, 1980, p. 32. Voir notamment Denis Macshane, op. cit.

    28 Notamment Jacques Kantrowitz, « L’influence américaine sur Force ouvrière, mythe ou réalité ? », Revue française de science politique, vol. 28, n° 4, 1978, p. 717-739.

    29 « Reuther Explains Use of US Funds to Aid Free Labor Movement in Europe », UAW Press, 7 mai 1967, cité par Ronald Radosh, op. cit., p. 439. Annie Lacroix-Riz cite de nombreux auteurs allant dans ce sens auxquels on peut ajouter Roy Godson, American Labor and European Politics. The AFL as an International Force, New York, Crane, Russak & Co., 1976 ; Gary Busch, The Political Role of International Trades Unions, Londres, Mac Millan, 1983, p. 59 ; Sallie Pisani, The CIA and The Marshall Plan, Laurence, University Press of Kansas, 1991, p. 101 ; et, en français, par Irwin Wall, op. cit., p. 145-170 ; Jack Kantrowitz, « L’influence américaine… », op. cit. L’interpénétration entre les services officiels et les syndicats américains remonte au début de la guerre, lorsque l’OSS (Office of Strategic Services, l’ancêtre de la CIA) a massivement embauché des militants syndicaux, en raison de leurs propres relations en Europe et des activités que certains avaient déjà organisées en Europe continentale. Après guerre, les relations n’ont pas cessé et l’acheminement d’aide des autorités américaines a pu « naturellement » s’écouler via les caisses syndicales.

    30 Elle existe toujours auprès de l’OCDE mais elle est mieux connue par son sigle anglais TUAC (Trade Union Advisory Council). Elle avait été constituée par l’administration américaine du Plan (à laquelle l’AFL et le CIO étaient fortement associés) dans le but d’aider les syndicats « libres » dans leur lutte pour la promotion du plan Marshall mais aussi afin d’exercer une sorte de pression sur les gouvernements européens en fournissant certaines données aux syndicats en général peu associés spontanément (et particulièrement en France) par leurs gouvernements nationaux.

    31 Jay Lovestone était le secrétaire de la délégation et il participait à ce titre à toutes les réunions.

    32 Les principales études existant sur le sujet sont : Pierre-Louis Mathieu et Philippe Leduc, La Politique française de productivité depuis la guerre, les actions du Centre français de productivité, Paris, mémoires IEP, 2 vol., 1961 ; Vincent Guigueno, L’Eclipse de l’atelier. Les missions françaises de productivité aux États-Unis, mémoire de DEA, ENPC, Marne-la-Vallée, 1994. Cf. les travaux de Richard Kuisel et notamment « L’american Way of Life et les missions de productivité », Vingtième siècle, n° 17, janvier- mars 1988 ; Anthony Rowley, « Les missions de productivité aux États-Unis », La France en voie de modernisation 1944-1952, Actes du colloque des 5 et 6 décembre 1981, Paris, FNSP ; Luc Boltanski, « America, America, le plan Marshall et l’importation du management », Actes de la recherche en science sociale, n° 38, 1981, p. 19-41.

    33 En 1953, alors que le plan Marshall s’éteint, l’aide américaine peut se poursuivre à travers l’amendement « Blair-Moody » à la loi sur l’assistance militaire (Mutual Security Act). Un fonds national de la productivité est alors créé pour percevoir les crédits américains (la France percevra le tiers environ des montants accordés à l’ensemble de l’Europe). Sur ce fonds sera mis en place le Commissariat général de la productivité qui prendra la suite de l’AFAP et qui, jusqu’à son intégration dans le Commissariat au Plan (1959), comptera parmi les plus importantes directions du ministère des Affaires économiques : Pierre-Louis Mathieu et Philippe Leduc, op. cit., vol. 1, p. 45.

    34 Le mécanisme de choix des branches et des entreprises est décrit par Vincent Guigueno, op. cit., p. 32.

    35 Le descriptif de cet étrange dispositif est détaillé dans une note interne à la CFTC de 1952. Archives CFDT, boîte 4H11.

    36 Chaque mission était tenue de rédiger un rapport convenu collectivement. Selon Richard Kuisel (op. cit., p. 25), ces rapports « constituaient des instruments de propagande au même titre que les émissions de radio, les revues et les films […]. Ils devaient être, non seulement utiles sur un plan technique, mais prêcher l’évangile de la productivité » (cité par Vincent Guigueno, op. cit., p. 6). Les données précises concernant ces missions ont été publiées in Conseil national de la productivité, Actions et problèmes de productivité, Paris, SADEP, 1953.

    37 Notamment de l’AFL car le CIO était plus proche des conceptions social démocrates européennes. En particulier, il avait soutenu la politique de New Deal et œuvré régulièrement à la réélection de Roosevelt. Mais l’épuration de son aile gauche en 1946 alla au-delà des communistes et son programme politique s’en trouva un peu déséquilibré. La vague d’anticommunisme qui submergea alors les États-Unis amena une majorité républicaine au Congrès en 1947. Le programme progressiste du CIO n’était plus d’époque. David Brody, Workers in Industrial America, Oxford, Oxford University Press, 1990 ; Robert H. Ziegber, The CIO, 1935-1955, Chapel Hill/Londres, University of North Carolina Press, 1995.

    38 En particulier lors d’un Comité national confédéral houleux en novembre 1951, Force ouvrière, n° 306, 22 novembre 1951.

    39 Selon Jean Fourastié, « le retrait de FO marque une crise sérieuse dans l’effort pour la prise de conscience nationale » (cité par Vincent Guigueno, op. cit., p. 19).

    La naissance de Force ouvrière

    X Facebook Email

    La naissance de Force ouvrière

    Ce livre est cité par

    • Yon, Karel. (2015) FO en congrès : un observatoire de « l’indépendance syndicale » ? Entre valorisation du pluralisme et sélectivité des engagements. Socio-logos, 11. DOI: 10.4000/socio-logos.3091
    • Fulla, Mathieu. (2016) Les socialistes français et l'économie (1944-1981). DOI: 10.3917/scpo.fulla.2016.01.0447
    • (2018) Sociologie politique du syndicalisme. DOI: 10.3917/arco.berou.2018.01.0203
    • (2004) Librairie. Vingtième Siècle. Revue d'histoire, n o 82. DOI: 10.3917/ving.082.0178
    • Bantigny, Ludivine. (2004) Valantin Jean-Michel, Hollywood, le Pentagone et Washington. Les trois acteurs d’une stratégie globale , Paris, Autrement, 2003, 205 p., 14,95 €. Vingtième Siècle. Revue d'histoire, n o 82. DOI: 10.3917/ving.082.0178zg
    • Histoire des syndicats de fonctionnaires et du mouvement social en Seine Maritime de 1944 à 1981. DOI: 10.70675/bf159ca6z9028z42a6zb93bz04b92ec7a1f6
    • Travail de représentation et rapport au politique dans le syndicalisme policier. DOI: 10.70675/a8f1566cz31b7z4a82z9260z085de15871ee
    • Bâtir les relations professionnelles sous l'égide de l'État : conflits et consensus socio-économiques dans un établissement de constructions aéronautiques français (1943-1978). DOI: 10.70675/378ee033zea29z4f7bz84dbz49ab8c453bb1
    • Il “contratto sociale” fordista : le relazioni industriali dall’America taylorismo all’Europa del miracolo economico. DOI: 10.70675/42adbba3z863bz46cez8386zf0981c0209d9
    • « Mettre l’élève et le management au centre du système » : sociologie d’un moment réformateur : le ministère Jospin (1988-1989). DOI: 10.70675/c5574ce4za584z4e9eza24cz90f23c304498
    • Les jeunes communistes en France (1944 - fin des années 1970) : les mutations d'une expérience politique en milieux juvéniles et populaires. DOI: 10.70675/80a58deazdd1dz46ebz827az99d0346723eb
    • Le temps de militer : carrière syndicale et disponibilité biographique des femmes et des hommes de la CFDT. DOI: 10.70675/67884f9bz9715z40aazb2cbza2f04889c5ec
    • Gaston Defferre : un socialiste face au pouvoir, de Marseille à l'élection présidentielle de 1969. DOI: 10.70675/6fe41f8bzfc9fz4a35z8aabz637f92b49561
    • Les réseaux socialistes en Bretagne des années 1930 aux années 1980. DOI: 10.70675/5ba2ed55z31a0z4b3ezb828z31fcb61f2669
    • Ouvriers et ouvrières en grève dans les crises des années 1930. DOI: 10.70675/ade9df2az36caz4fb4z9f7az5ff2c7ac8e71
    • Marine et ouvriers de la construction navale à l'arsenal de Brest (1918-1970) : du paternalisme d'Etat à la mondialisation économique, un mouvement syndical partagé entre pragmatisme et idéologie. DOI: 10.70675/d09f02cdza1f6z4de4z98d9z843f8351117f
    • La rigueur et les réformes : histoire des politiques du travail et de l'emploi du gouvernement Mauroy (1981-1984). DOI: 10.70675/0a6fdb03z63afz4d00z8e63zf6e41932077a
    • Un internationalisme entre discours et pratiques : la politique internationale de la CFDT (1964-1988). DOI: 10.70675/405a901bz73bez4de8zab9dz6dbe8677569b

    Ce chapitre est cité par

    • Les relations syndicales franco-allemandes (France, RFA, RDA) de 1945 à 1973. DOI: 10.70675/df76f532zf47fz4052zb9f9zf2b419d4e404

    La naissance de Force ouvrière

    Ce livre est diffusé en accès ouvert freemium. L’accès à la lecture en ligne est disponible. L’accès aux versions PDF et ePub est réservé aux bibliothèques l’ayant acquis. Vous pouvez vous connecter à votre bibliothèque à l’adresse suivante : https://freemium.openedition.org/oebooks

    Suggérer l’acquisition à votre bibliothèque Acheter ce livre aux formats PDF et ePub

    Si vous avez des questions, vous pouvez nous écrire à access[at]openedition.org

    La naissance de Force ouvrière

    Vérifiez si votre bibliothèque a déjà acquis ce livre : authentifiez-vous à OpenEdition Freemium for Books.

    Vous pouvez suggérer à votre bibliothèque d’acquérir un ou plusieurs livres publiés sur OpenEdition Books. N’hésitez pas à lui indiquer nos coordonnées : access[at]openedition.org

    Vous pouvez également nous indiquer, à l’aide du formulaire suivant, les coordonnées de votre bibliothèque afin que nous la contactions pour lui suggérer l’achat de ce livre. Les champs suivis de (*) sont obligatoires.

    Veuillez, s’il vous plaît, remplir tous les champs.

    La syntaxe de l’email est incorrecte.

    Référence numérique du chapitre

    Format

    Pernot, J.-M. (2003). Les relations internationales et les débuts de la CGT-FO. In M. Dreyfus, G. Gautron, & J.-L. Robert (éds.), La naissance de Force ouvrière. Rennes: Presses universitaires de Rennes. https://doi.org/10.4000/books.pur.22469
    Pernot, Jean-Marie. « Les relations internationales et les débuts de la CGT-FO ». In La naissance de Force ouvrière, édité par Michel Dreyfus, Gérard Gautron, et Jean-Louis Robert. Rennes: Presses universitaires de Rennes, 2003. doi:10.4000/books.pur.22469.
    Pernot, Jean-Marie. « Les relations internationales et les débuts de la CGT-FO ». La naissance de Force ouvrière, édité par Michel Dreyfus et al., Presses universitaires de Rennes, 2003, https://doi.org/10.4000/books.pur.22469.

    Référence numérique du livre

    Format

    Dreyfus, M., Gautron, G., & Robert, J.-L. (éds.). (2003). La naissance de Force ouvrière. Rennes: Presses universitaires de Rennes. https://doi.org/10.4000/books.pur.22437
    Dreyfus, Michel, Gérard Gautron, et Jean-Louis Robert, éd. La naissance de Force ouvrière. Rennes: Presses universitaires de Rennes, 2003. doi:10.4000/books.pur.22437.
    Dreyfus, Michel, et al., éditeurs. La naissance de Force ouvrière. Presses universitaires de Rennes, 2003, https://doi.org/10.4000/books.pur.22437.
    Compatible avec Zotero Zotero

    1 / 3

    Presses universitaires de Rennes

    Presses universitaires de Rennes

    • Mentions légales
    • Plan du site
    • Se connecter

    Suivez-nous

    • Flux RSS

    URL : http://www.pur-editions.fr

    Email : pur@univ-rennes2.fr

    OpenEdition
    • Candidater à OpenEdition Books
    • Connaître le programme OpenEdition Freemium
    • Commander des livres
    • S’abonner à la lettre d’OpenEdition
    • CGU d’OpenEdition Books
    • Accessibilité : partiellement conforme
    • Données personnelles
    • Gestion des cookies
    • Système de signalement