Chapitre 5. Le maillage de l'espace
p. 127-174
Texte intégral
1Une bonne analyse du parcellaire suppose que l'on dispose pour le même espace de matériaux permettant d'observer la forme et la disposition des parcelles, mais aussi la répartition spatiale de la propriété et la composition des exploitations. Plusieurs types de documents peuvent être utilisés : les rôles de vingtièmes, les aveux et obéissances, les affiches de vente des biens nationaux... Mais si l'on veut obtenir une transcription spatiale de ces informations, il est nécessaire de disposer également de cartes. Le cadastre n'est pas sans intérêt1 : il donne une vue d'ensemble fort utile du parcellaire, mais il est impossible de l'utiliser pour y repérer précisément la totalité des parcelles que l'on peut relever sur un document plus ancien ; les modifications qui ont eu lieu entre l'élaboration des documents seigneuriaux et celle du cadastre napoléonien, même si elles ne bouleversent pas fondamentalement l'aspect de la trame parcellaire, interdisent une reconstitution systématique des propriétés et des exploitations par ce procédé.
2Ce travail de reconstitution systématique d'un parcellaire ne peut se faire qu'en utilisant des remembrances ou des censifs accompagnés de plans terriers. Le cas est rare, surtout lorsque l'on souhaite travailler sur des surfaces assez grandes. Si les cartes représentant une exploitation entière sont relativement fréquentes, il est par contre plus exceptionnel de disposer d'un ensemble constitué d'une carte et de son « explication » portant sur plusieurs centaines d'hectares ; c'est pourtant le seul document qui permette d'analyser la manière dont se fait l'imbrication des exploitations et des parcelles indépendantes, la coexistence des finages de métairies et des finages de villages. Ce sont donc les ensembles documentaires de ce type qui ont été particulièrement recherchés dans les fonds seigneuriaux. Ils permettent d'étudier la question de la dispersion ou du groupement des parcelles qui constituent les exploitations, celle des variations du parcellaire liées à la diversité des exploitations et des structures sociales, celle enfin de la part de l'espace occupé par les parcelles non attachées à des exploitations. Plus globalement, ils permettent de poser la question de l'accès à la terre de paysans qui, non seulement ne sont pas propriétaires, mais ne sont même pas locataires d'une exploitation constituée.
3L'étude qui va suivre ne prétend aucunement à l'exhaustivité et les exemples étudiés ne peuvent suffire à évoquer la diversité des parcellaires bocagers de l'Ouest. On ne cherchera pas a posteriori à justifier l'étude de ces exemples en arguant d'une hypothétique représentativité qui procéderait de leur dispersion géographique. Le choix de ces exemples a été imposé par la richesse de la source documentaire (cartes + textes) : deux de ces ensembles se situent à la périphérie nord et ouest de la ville d'Angers (Avrillé et Savennières), un autre au sud de Segré (Sainte-Gemmes-d'Andigné) et le quatrième dans le Haut-Maine (Écommoy). On voit que la Bretagne n'est pas représentée2. Ces analyses ne valent que comme exemples, exemples d'une méthode de travail fondée sur l'analyse conjointe de la carte et du texte, mais aussi exemples de repérages de certaines régularités que des cartes moins précises pourront éventuellement permettre de retrouver ailleurs.
La diversité des parcellaires
Les parcellaires de métairies
4La métairie est l'exploitation caractéristique des espaces bocagers. On la rencontre de la Bretagne au Poitou et au Maine ainsi que sur toute la périphérie nord du Massif Central, jusqu'au Bourbonnais et à la Bourgogne. Partout, elle s'accompagne d'une exploitation plus petite et diversement nommée : closeries ou bordages dans l'Ouest, manœuvreries en Puisaye3, locatures en Sologne4... Cette structure dualiste des exploitations — un groupe de 20 à 40 ha et un autre de 5 à 10 ha — donne la trame du bocage « classique » le plus souvent décrit. Le maillage bocager est aéré si les métairies sont abondantes, plus serré lorsque les closeries sont plus nombreuses. Toutes les parcelles qui composent ces exploitations sont closes de haies, et l'importance des clauses des baux relatives à l'entretien des haies peut aussi être regardée comme un fait caractéristique des espaces bocagers. Enfin, un troisième type de parcelles, les parcelles isolées, entre dans la composition du maillage bocager et en explique en partie les variations ; elles occupent des pourcentages très variables de l'espace.
Un parcellaire verrouillé
5Le fief de l'Adezière (ou La Dézière), situé sur la paroisse d'Avrillé, à quelques kilomètres de la ville d'Angers, constitue un espace presque entièrement occupé par des métairies. Ce fief dépend de l'abbaye Saint-Nicolas d'Angers ; il est connu par un ensemble documentaire complet : une carte coloriée de 1 x 2,20 mètres environ (Pl. 30), un censif datant de 1786 et une « explication du plan » de 17475. Les 7 premiers articles du censif concernent le « domaine du fief » (6 métairies et 1 closerie) et les articles suivants, 8 à 46, se rapportent à la mouvance censive. Le document est composé en suivant de très près la remembrance qui a servi à le constituer : chaque article correspond à une obéissance. Certaines sont faites par un seul personnage et portent sur une exploitation entière, sur une ou plusieurs pièces de terre, sur une rente foncière. D'autres font intervenir plusieurs déclarants : l'objet a été partagé entre eux mais la rente reste indivisible ; ils obéissent donc ensemble le bien. Les censifs sont très largement représentés dans toute la partie de l'Ouest régie par les coutumes du Maine et de l'Anjou qui autorisent la tenue fréquente d'assises de fief et la réalisation de remembrances. Ce sont en général de bons documents permettant une reconstitution assez fidèle des exploitations puisqu'on peut y recueillir le nombre, la superficie et la nature des parcelles. Ces documents sont plus faibles pour le repérage des pièces isolées : ils montrent l'existence de quelques solides noyaux, les métairies et closeries, se détachant sur un fond plus confus fait de parcelles indépendantes. Celles-ci peuvent sembler très nombreuses si on a affaire à une mouvance petite ou très discontinue. Or cette impression est contrariée par la lecture des minutes notariales (ventes et locations) qui ne contiennent pas beaucoup de contrats portant sur de petites parcelles isolées mais suggèrent au contraire un parcellaire bien verrouillé, fait d'exploitations entières (contiguës ou imbriquées) occupant la quasi-totalité de l'espace. Cette question des petites parcelles est relativement importante car elle sous-tend un discours souvent répété : celui qui reconnaît à l'agriculteur (décrit comme un micro-propriétaire) la possibilité de louer quelques parcelles supplémentaires pour « arrondir » son exploitation. Or, s'il n'y a pas de parcelles flottantes en grandes quantités, cette analyse ne tient pas. C'est là où le plan et son « explication » permettent d'aller plus loin qu'on ne peut le faire avec les seuls censifs et remembrances.
6 L'Explication du plan est un document très riche. Il est fait par sections désignées par des lettres et par numéros à l'intérieur des sections, exactement comme le sera plus tard le cadastre. Avec un peu d'habitude et l'utilisation d'un bon tableur, il est possible de créer un document comportant toutes les parcelles représentées sur la carte ; on dispose de la localisation de chacune d'entre elles sur le plan, de son appartenance à telle ou telle exploitation (c'est le point le plus délicat à établir et c'est là que ce document est supérieur à tous les autres, même au censif), de son propriétaire, de sa nature (clos, « pièces » ou « terres », vigne, pré ou « prée »...) et de sa contenance indiquée dans les unités les plus variées. Sur ce point, le rapprochement des deux documents — censif et explication du plan — laisse entrevoir comment se faisaient les conversions... et ceci nous invite à prendre certaines distances par rapport à la rigueur mathématique que notre ordinateur aimerait y mettre.
7Le plan du fief de La Dézière est « géométral », en couleur et d'une réalisation très soignée, précise quoique plus schématique que réellement figurative (Pl. 30). Le coloriage (lavis) et le dessin (traits et figurés à la plume) se limitent à ce qui est nécessaire à l'interprétation du parcellaire. Les chemins sont marqués par un double trait et les limites de parcelles par un simple trait ; les haies ne sont pas représentées de sorte que l'on ne sait pas s'il s'agit d'un parcellaire entièrement clos. Du point de vue de l'occupation du sol, sont individualisés :
- les terres, non coloriées, seulement parcourues de lignes pointillées représentant les sillons,
- les bois (arbres sur pied avec ombre), les taillis (touffes d'arbustes, sans troncs, avec ombre), les landes (pointillés disposés sans ordre), les vignes (petits dessins évoquant les ceps),
- les bâtiments, représentés de façon très sommaire, en plan, et les petites parcelles, jardins et closeaux, systématiquement entourées d'un trait vert signifiant leur clôture permanente ;
- l'ensemble est lavé d'ocre clair à l'exception des prairies lavées en vert moyen mais sans figuré particulier.
8Même si l'ensemble est moins travaillé que les plans de l'abbaye de Pontron (Pl. 10 et 11) par exemple, on observe cependant une grande précision de détail : un bois (sur la métairie de Virloin, en bas à gauche du dessin) qui s'achève progressivement en lande, une prairie dont la bordure est faite de taillis (métairie de la Petite Flecherie, parcelle a 90, au centre de la carte). Aucun texte ne se superpose ici au dessin du parcellaire puisque l'explication du plan est donnée à part. Le plan est divisé en quartiers représentés par une lettre majuscule ; les métairies du domaine sont individualisées par une lettre minuscule reportée dans chacune de leurs parcelles ; chaque parcelle est en outre affectée d'un numéro qui permet de la retrouver sur l'Explication du plan et aussi, le plus souvent, sur le censif.
9L'intérêt de ce document est de représenter un espace constitué essentiellement d'exploitations agricoles d'un seul tenant et couvrant une superficie de 500 ha environ ; il n'y a pas de bourg ou de gros village jouxtant ce plan. Il permet de reconstituer les finages des différentes exploitations, d'en apprécier le degré de dispersion, de visualiser leur plus ou moins grande imbrication et aussi de repérer les parcelles non intégrées dans des exploitations.
10 L'Explication du plan comprend 342 rubriques qui correspondent aux bâtiments, et aux parcelles de différente nature. L'occupation du sol révèle une situation des ; plus classiques : les « pièces » et « terres » sont très largement dominantes (209 rubriques soit 60 % de la superficie), le reste se composant de prés et de « prées » (14 %)6, de parcelles de vignes, de quelques bois (chênes et châtaigniers), futaies, taillis, quelques landes et pâtis (rare). Les bâtiments sont évalués avec les petites parcelles et les espaces qui les entourent (jardins, aireaux, cloteaux, verger, aire, issues...), ces petites parcelles n'étant comptées séparément que lorsqu'elles ne jouxtent pas immédiatement les bâtiments ; ce document ne permet donc pas de faire le décompte exact des jardins et autres petits clos de chaque exploitation.
11Le tableau de la page suivante montre que l'espace couvert par le fief de la Dézière se compose ainsi : bâtiments et petites parcelles : 6 % ; prés : 14 % ; terres : 60 % et vignes 3 %, inculte (y compris bois) : 17 %, soit une situation des plus classique... Au total, 23 exploitations (9 métairies et 14 closeries) ont leurs bâtiments dans le fief de La Dezière, elles représentent 303 des 342 rubriques de l'explication du plan7, soit 97 % de l'espace cartographié. Il reste donc très peu de place pour les parcelles hors exploitation que nous pouvons presque considérer comme inexistantes dans un parcellaire de ce type. En effet les 3 % restants, 39 rubriques, se répartissent de la manière suivante : 5 parcelles de terre et 19 parcelles de vignes constituent des « clos », parcelles minuscules. Sur les 15 rubriques ; restantes, on identifie trois maisons non liées à des exploitations ; ne restent donc au maximum qu'une douzaine de parcelles mal identifiées et encore l'une appartient à la cure d'Avrillé, une est la pièce de la Cellerie, deux sont des bois qui appartiennent aux religieux... il ne reste finalement que huit inconnues.
Tableau 1 - Les parcelles du fief de La Dezière [Avrillé, Maine-et-Loire]

Fief de La Dezière, superficie occupée par les
différents types de parcelles
Addition des journaux, hommées,
arpents, réduction au quart des quartiers, au 10° des boisselées et au
100° des perches8 Conversion sur la base de 1 journal = 0,5
ha.
12Deux cartes ont été dessinées à partir du plan terrier (Pl. 31 et 32). La comparaison du dessin obtenu avec la carte au 1/25 000e montre qu'un centimètre sur ces cartes correspond à peu près à 200 mètres, ce qui donne à ce dessin une échelle approximative du 1/20 000e. La carte de la planche 31 représente les différentes exploitations, chacune désignée par une couleur différente. On observe que la quasi-totalité de l'espace représenté par ce plan (500 ha) est occupé par des exploitations entières. Les 9 métairies ont une superficie moyenne de 45 ha et les 14 closeries font 8,5 ha en moyenne. Elles sont en général d'un seul tenant ou très peu dispersées.
Tableau 2 – Appartenance des parcelles du fief de La Dezière

13On est donc ici en présence d'un parcellaire entièrement verrouillé par les finages très peu morcelés des 9 métairies et des 14 closeries qui occupent 97 % de l'espace. Telle est bien l'information la plus importante que l'on retire de cette analyse : les métairies et même les closeries ne laissent pas place à la fameuse « poussière » parcellaire de la propriété paysanne. Les 9 métairies occupent 405 ha soit 75 % de l'ensemble cartographié et les 14 closeries (dont certaines sont peut- être incomplètes) 120 ha soit 22 % de l'espace.
14Métairies et closeries créent un parcellaire différent, les premières se composant d'un plus grand nombre de parcelles plus vastes que les secondes.
Tableau 3 – Constitution des métairies du fief de La Dézière

Tableau 4 – Constitution des closeries du fief de La Dézière

15On observe que les métairies se composent ici d'une vingtaine de parcelles de 2,2 ha en moyenne, et les closeries de 8 à 9 parcelles d'une superficie moyenne de 1 ha. Pour chaque catégorie de parcelles (clos, prés, terres) on observe le même décalage entre la taille moyenne des parcelles des métairies et des closeries. Cette situation est en tout point semblable à celle qui avait été observée pour le Bas- Maine : 20 parcelles pour les métairies, 8 pour les closeries, des parcelles moitié plus petites pour les secondes que pour les premières ; des métairies qui approchent les 30 ha alors que les closeries font moins de 10 ha (8,5 ha), un plus faible pourcentage de terres dans les métairies (moins de 60 %) que dans les closeries (près de 70 %) ; inversement, plus de prés dans les métairies (15 % au lieu de 10 %) et plus aussi de parcelles non cultivées : landes, pâtis, bois, taillis (22 % au lieu de 2,6 %).
16Le parcellaire que l'on peut reconstituer à partir de ces trois documents révèle l'absence totale de dispersion des parcelles des exploitations : les métairies mais aussi les closeries ont des finages qui sont presque toujours d'un seul tenant. Enfin, un coloriage des exploitations par nature du sol (Pl. 32) permet de visualiser ce qui apparaît de façon théorique dans les chiffres ci-dessous : les finages des exploitations doivent nécessairement comporter un certain pourcentage de terres de différente nature pour pouvoir fonctionner.
Les métairies, éléments essentiels des parcellaires de l'Ouest
17Il n'est pas utile de reprendre toute l'étude de ce qu'est une métairie dans l'Ouest de la France. Ceci peut se ramener à deux affirmations : c'est une exploitation le plus souvent d'un seul tenant ; c'est une unité de production et de vie pour une famille. Ce double caractère fait de la métairie un élément clé à la fois du paysage et de la structure sociale de l'Ouest de la France
18Cartes et textes montrent ce caractère clos et entier de la métairie. On lit dans une enquête du début du xix e siècle concernant le département du Maine-et- Loire la description suivante :
« Une commune contient dans son étendue un certain nombre de fermes plus ou moins arrondies, au centre des terres de chacune d'elles sont les bâtiments ruraux qui servent à leur exploitation. Les villages ou bourgs ne sont guère habités que par des artisans, ouvriers journaliers... Chaque ferme est composée d'un certain nombre de pièces de terre séparées les unes des autres et entourées de haies vies et de fossés. Ces pièces... presque toutes de forme irrégulière ont chacune leur nom et contiennent ordinairement d'un à quatre arpents métriques, 16 à 24 boisselées ; aux environs des maisons, il y en a quelques-unes plus petites encore qu'on appelle vulgairement cloteaux qui servent à semer des coupages et à pâturer les élèves. Les fossés ont habituellement de 4 à 5 pieds d'ouverture et 2 à 3 de profondeur ; ils sont à une seule jetée et sur cet exhaussement de terre qui est toujours du côté du propriétaires sont plantées des haies vives... »9
19Des représentations figurées de métairies sont ce que l'on rencontre le plus souvent dans les archives, la taille et la forme de l'objet le rendant assez facile à représenter (Pl. 8, 36 et 37). La taille moyenne de la métairie de l'Ouest connaît localement des variations allant de 20 à 60 ha10. Elle se présente toujours de la même manière : des bâtiments en position centrale le plus souvent, des petits clos, des parcelles plus vastes qui se calent sur les aspérités du relief. Les différents éléments qui la composent, clos, prés, terres, incultes et bois, sont également en pourcentages constants. La composition de la métairie du Petit Vaucenay [Argentré, Mayenne] (Pl. 8) figure sur le tableau 5, page suivante.
20Où que l'on observe la métairie, elle offre ces mêmes caractéristiques qui s'expliquent par les orientations économiques de ce type d'exploitation. Dans le Maine-et-Loire, au début du xix e siècle, les métairies font de 20 à 30 ha au sud d'Angers, elles se composent de 15 à 20 ha de terres labourables et 1 à 2 ha de prés à l'ouest d'Angers, de 15 à 30 ha au nord d'Angers, et de 18 ha de terres labourables et 5 ha de prés dans l'espace compris entre Sarthe et Mayenne. Dans la région de Cholet et de Montrevault, elles sont de taille plus variable : de 25 à 60 ha de terres labourables et de 4 à 10 ha de prés11. En Gâtine poitevine, Louis Merle distinguait les grandes métairies (une soixantaine d'hectares) et les petites (une vingtaine d'hectares, parfois moins).
Tableau 5 - Constitution de la métairie du Petit Vaucenay [Argentré, Mayenne]

Source : Arch. dép. de la Mayenne, plans visuels des exploitations de M. Richard de la Guionnière, 1 J 311.
21Note*12
22Note **13
23Note ***14
Tableau 6 - Part des différents types de parcelles constitutives des métairies et des closeries du Bas-Maine

Source : Fichier de 115 métairies et 82 closeries, 1750-1792, Annie ANTOINE, Fiefs et villages... op. cit. p. 157.
Tableau 7 – Composition des métairies de la Gâtine Poitevine

Source : Louis Merle, La métairie…op. cit., p. 107
24On observe, à partir de tous les exemples locaux, que la métairie comprend plus d'inculte, moins de terres labourables, plus de prés que les plus petites exploitations, closeries ou bordages. La carte du fief de La Dézière, coloriée par nature de culture (Pl. 32), montre que les incultes, taillis et châtaigneraies, sont principalement localisés sur les finages des métairies. Les métairies sont des exploitations d'élevage bovin, dans le Maine comme en Poitou ou en Bretagne. Partout, sauf dans quelques régions de la Basse-Bretagne qui élèvent et utilisent des chevaux15, la métairie est labourée par des bœufs. Louis Merle avait montré que les métairies du Poitou pratiquaient l'engraissement des bœufs ; celles du Maine ne produisent pas beaucoup de bœufs gras, mais elles se livrent à un important élevage spéculatif des bovins mâles en cours d'engraissement16.
25C'est de cette spécialisation vers l'élevage que découlent les principaux caractères de l'exploitation : la nécessité d'avoir des incultes assez vastes pour suppléer éventuellement au manque d'herbages de qualité, la part relativement modeste des céréales dans la production totale de l'exploitation, la forme aussi de l'exploitation. On l'a vu : la métairie est souvent d'un seul tenant et ses bâtiments d'exploitation sont au centre de son finage. D'autre part, il n'existe pas de métairies immenses :lorsque, exceptionnellement les 50 ha sont dépassés, c'est qu'elle comprend un taillis ou un bois assez vaste17. Ceci est certainement à mettre en rapport avec les pratiques de labour mais surtout d'élevage. Il faut que les bœufs puissent se rendre sur toutes les parcelles, éventuellement pour les travailler, mais surtout pour s'y nourrir. Or, le bœuf n'est pas un animal rapide et il ne semble pas que les animaux soient abandonnés, de nuit comme de jour, en pâturage libre. Même si dans le Maine, à la différence de ce qui se pratique en Bretagne, la pratique est de ne pas garder les bestiaux au pâturage, ceux-ci semblent être l'objet d'une relative surveillance. La lecture des Annuaires statistiques des différents départements de l'Ouest réalisés au début du xix e siècle, de même que celle des enquêtes réalisées autour des années 182018, montrent que les animaux sont toujours rentrés le soir, et parfois même au cours de la journée pour être protégés des trop fortes chaleurs. La métairie ne doit donc pas comporter de parcelles trop éloignées de ses bâtiments d'exploitations. Ce fait constitue un élément important de l'organisation des parcellaires.
Les parcellaires éclatés
26L'aspect du parcellaire dépend étroitement du type d'exploitation localement dominant : les métairies isolées19 créent les parcellaires les plus compacts et les plus réguliers ; inversement, certains villages se caractérisent par des parcellaires totalement éclatés, dans lesquels on ne distingue aucune exploitation constituée. Entre les deux, toutes les transitions existent.
27La baillée de La Prasle20 (Pl. 38), située sur la paroisse d'Écommoy [Sarthe], offre un exemple assez intéressant de parcellaire de village. Les terres qui entourent le village de La Prasle forment une seule unité de prélèvement seigneurial (une baillée ici, équivalent d'une fresche ailleurs) ce qui fait que les déclarations des différents propriétaires sont regroupées dans un même article du censif. Il s'agit de la plus grosse baillée de ce censif dont chaque article est illustré par un plan. Il est donc possible à partir de ce document d'obtenir des chiffres et une carte permettant de représenter la dispersion de la propriété.
Tableau 8 - Les propriétaires de la baillée de La Prasle [Écommoy, Sarthe], 1776

100 chaines par arpent
28Le croquis contenu dans le censif (Pl. 38) est beaucoup moins spectaculaire que celui qui a été étudié précédemment ; il est dessiné à l'encre seulement, et surtout, il ne couvre que 40 ha : l'équivalent d'une seule des métairies du fief de La Dézière. Néanmoins, il a semblé assez précis pour être traité de la même manière que le précédent : identification des propriétaires des parcelles et identification de la nature des parcelles.
29La baillée de La Prasle se compose de 125 articles représentant une quarantaine d'hectares. Une lande « commune aux détenteurs de cette baillée » occupe 18 arpents soit 22 % de l'ensemble. Le reste se partage entre 124 parcelles appartenant à 21 propriétaires différents. La taille moyenne d'une parcelle (0,5 ha) n'est pas très significative : la carte montre très bien que cette moyenne est faite de l'addition de parcelles de taille très diverse. Celles-ci sont aussi de nature variée : quelques jardins autour des maisons du village, des terres, peu de prés, deux ou trois vignes, quelques parcelles de friches et de bruyères et d'assez vastes sapinières. L'observation des confronts de cette baillée montre la présence d'un propriétaire de gros blocs semblables à ceux qui ont été observés dans les exemples précédents : le marquis d'Effiac pour deux métairies au moins (la Christophlère et Montvigne). L'intérieur de la baillée montre au contraire une grande dispersion de la propriété et l'on peut à nouveau y observer la minuscule propriété. Trois propriétaires (31 %, 15 % et 11 %) détiennent 57 % de l'ensemble ; ceci représente 72 parcelles qui, à la différence des finages de métairies, ne sont pas jointives. Sept autres propriétaires détiennent de 1 à 5 % de l'ensemble (36 parcelles, 7 hectares en tout, soit 18 %) et enfin 3 % se répartissent entre 16 parcelles et 11 propriétaires différents (3 % de l'ensemble). Ces chiffres ne prennent sens qu'au regard de la carte (coloriage par propriétaire, Pl. 39) : tout ce parcellaire est extrêmement dispersé et ne comprend pas d'exploitations stables.
30On est là en présence de la poussière parcellaire à partir de laquelle peuvent se constituer temporairement des exploitations par addition de parcelles louées séparément. Par contre, il ne faudrait pas voir ici la micro-propriété paysanne sous prétexte que les parcelles sont petites et dispersées : au plus, elle occupe ici 50 % de l'espace, ce qui est bien peu. On ne sait pas qui sont les propriétaires, mais on a observé que 31 % de l'espace appartiennent à l'abbé Froger, 22 % constituent une terre commune, 15 % à « monsieur Huard », 11 % au « sieur » Vincent Doisteau, 0,5 % font partie de la métairie de Montvigne qui appartient au marquis d'Effiac... il reste au maximum 20 % pour une propriété que l'on hésite à qualifier de « paysanne » car il n'est pas possible de faire des exploitations cohérentes et viables avec ces petits morceaux de terre disparates.
31Ces deux exemples, le fief de La Dézière et la baillée de La Prasle, nous ont montré deux situations extrêmes : un parcellaire qui n'est fait que d'exploitations d'un seul tenant d'une part, un parcellaire totalement éclaté de l'autre. Toutes les situations n'étaient certainement pas aussi tranchées : beaucoup de finages se composaient à la fois d'exploitations entières et de micro-parcelles villageoises.
Les parcellaires mixtes
32Le fief de La Touche à l'Abbé qui inclut partiellement le bourg d'Andigné [Maine-et-Loire] se compose de 541 rubriques pour 863 journaux (environ 430 ha) ce qui indique d'emblée une taille moyenne des parcelles inférieure à celles du fief de La Dézière (500 ha pour 342 rubriques). Les documents dont on dispose sont les mêmes que pour cet autre fief : une carte couleur dessinée exactement selon les mêmes méthodes (Pl. 33), un censif réalisé entre 1758 et 1783, une explication du plan comportant les renvois aux numéros du plan mais n'établissant pas de correspondance avec le plan ou le censif21. Il s'agit donc d'un ensemble de documents d'aussi bonne qualité que celui du fief de La Dézière et il a été traité de la même manière : identification de toutes les parcelles (nature, contenance, propriétaire, appartenance à une exploitation) et reconstitution du parcellaire. Le document s'est révélé un peu plus difficile à exploiter que le précédent, d'une part car il manque souvent l'indication de la nature de l'exploitation — métairie ou closerie - mais surtout parce qu'il comporte un grand nombre de parcelles dont l'appartenance n'est pas indiquée. Ce n'est que la réalisation de la carte identifiant les exploitations qui nous permet de comprendre l'organisation du parcellaire.
33Ce plan présente un finage fait comme dans le cas précédent de quelques grosses exploitations entre lesquelles s'en intercalent d'autres, plus petites (Pl. 34) ; mais le fait différent c'est l'existence d'une troisième strate du parcellaire (qui n'est pas coloriée sur la carte réalisée à partir de ce plan), celles des très petites parcelles qui ne sont pas rattachées à des exploitations (du moins par les propriétaires), et qui s'entassent autour du bourg de Sainte-Gemmes ou de villages (La Sallais et La Bonnais) :

34Ce que l'on peut considérer comme le parcellaire des grandes exploitations (9 métairies que l'on peut regarder comme entières et une partie d'une autre) occupe plus des deux tiers de l'espace : près de 300 ha sur les 430 que couvre le plan. Ceci donne une moyenne approximative de 30 ha par exploitation ; les plus grandes sont celles qui constituent le domaine de ce petit fief : La Bonnais : 50 ha, La Sallais et la Sauvagerie : 40 ha ; la Touche : 30 ha. Les six autres sont un peu plus petites : La Belle Dentière : 30 ha ; La Grande Gachetière, Juveris et la Velinais : 25 ha ; Dieuzy : 15 ha sur la carte (mais il manque des terres et les bâtiments), la Fraudière : 12 ha (peut-être aurions nous dû la classer avec les petites exploitations mais l'aspect de ses parcelles la rapproche des plus grandes). Pour ces exploitations, l'absence de dispersion des parcelles reste la règle, même si elle est un tout petit peu plus prononcée que dans le cas précédent (La Sallais, La Touche, La Sauvagerie ont des parcelles non jointives et la Grande Gachetière comporte une closerie enclavée à l'intérieur de ses terres).
35Une catégorie « petites exploitations » a été constituée de manière un peu empirique en ajoutant toutes les exploitations entières ou supposées telles inférieures à une dizaine d'hectares et aussi beaucoup de parcelles qui nous apparaissent isolées sur la carte mais que l'explication du plan et le censif donnent comme appartenant à des exploitations (des « lieux ») dont les bâtiments sont extérieurs à ce fief : en tout, 95 ha au maximum soit 22 % de l'espace couvert par le plan. Huit de ces exploitations, parce que leurs bâtiments sont situés sur le plan et que leurs parcelles sont enclavées parmi celles des autres exploitations, peuvent être regardées comme entières : elles occupent une centaine d'hectares ce qui donne une superficie moyenne légèrement inférieure à 6 ha pour ces petites exploitations22. Pour cette catégorie d'exploitations, on observe sur la carte une dispersion des parcelles un peu plus importante que dans le cas précédent et surtout une moins bonne maîtrise de l'espace : la Petite Gachetière par exemple, qui occupe 7,5 ha, a des parcelles qui s'étendent sur 1 km du nord au sud et comprend des enclaves appartenant à d'autres exploitations. La Petite Sallais (8 ha environ) et Saint-Lucas (9 ha) ont leurs parcelles relativement entremêlées, certaines se situant à près de 2 km des bâtiments d'exploitation.
36La troisième catégorie se compose de toutes les parcelles que ni le censif ni l'explication du plan ne donne comme attachées à une exploitation agricole ; elles appartiennent en général à des propriétaires très nombreux, chacun n'apparaissant que pour une ou deux rubriques. On a bien ici la poussière des parcelles minuscules souvent décrites comme caractéristiques de la propriété paysanne. L'ensemble couvre une quarantaine d'hectares soit 9 % de l'espace étudié. À la lecture du censif, on pourrait parfaitement imaginer que ces petites parcelles sont dispersées sur l'ensemble du plan ; il n'en est rien. La carte coloriée - sur laquelle elles ont été laissées en blanc (il était impossible d'attribuer une couleur différente à chaque propriétaire comme nous l'avons fait pour les deux catégories précédentes) -permet d'apprécier à la fois leur très grand nombre, leur très petite taille et aussi leur groupement autour des zones d'habitat, bourgs ou villages (Pl. 35).
Tableau 9 - Les trois types de parcellaire représentés sur la carte du fief de La Touche à l'Abbé [Sainte-Gemmes-d'Andigné, Maine-et-Loire]

37Ce tableau, réalisé à partir du censif et de l'explication du plan, exprime en chiffres ce que l'on peut parfaitement observer sur la carte (Pl. 36), à savoir la coexistence de trois types de parcellaires (analyse tenant compte à la fois de la taille et de la nature des parcelles) et aussi les caractères de chacun de ces parcellaires. On y retrouve des faits connus : un plus grand pourcentage de terres labourables dans les closeries que dans les métairies, inversement plus de prés dans les métairies que dans les closeries ; ceci traduit l'orientation économique différente des deux types d'exploitations : la closerie est une exploitation d'autosubsistance et la métairie est, par l'intermédiaire de l'élevage, une exploitation beaucoup plus intégrée dans les mécanismes commerciaux.
38Concernant les parcelles indépendantes, on observe qu'elles ne sont constituées que de très petites unités : jardins et cloteaux (5 à 6 ares), terres dont la taille moyenne s'établit autour de 30 ares. D'autre part, l'observation de la carte montre qu'elles se regroupent là où se concentre l'habitat non dispersé. Ces deux observations issues de l'utilisation conjointe du censif et de la carte montrent que, même dans ce cas où il nous était a priori apparu plus de parcelles indépendantes que dans le précédent, il n'y a pas de quoi composer des exploitations de toutes pièces avec des parcelles prises à bail isolément. La nature des parcelles disponibles l'interdit (ce sont majoritairement de petits clos, souvent des jardins), leur localisation aussi : il semble bien impossible de regrouper tout cela sans tenir compte des. maisons auxquelles elles sont attachées. D'autre part, on sait qu'une exploitation ne peut pas se composer de n'importe quelles parcelles : il lui faut des clos, des prés, des terres, un peu d'inculte aussi ; on ne peut improviser une exploitation agricole avec de petits morceaux loués de-ci de-là. L'observation conjointe des chiffres que l'on peut calculer à partir d'un censif et de la localisation des parcelles sur une carte montre donc que l'idée du paysan qui « arrondit son exploitation » ou qui se compose un petit lieu fait de pièces et de morceaux disparates est assez irréaliste : les parcellaires sont beaucoup trop verrouillés en pays bocager pour qu'une telle chose soit possible. Exploiter une terre c'est s'adresser à un seul propriétaire qui donne à bail des terres attachées ensemble pour former une exploitation ; un certain type de relations sociales est donc lié à ce type de parcellaire : un exploitant est lié à un propriétaire seulement.
39On y retrouve aussi des données connues mais que le rapprochement des chiffres et de la carte rendent très parlantes : c'est la décroissance de la taille des parcelles (en considérant des parcelles de même nature) de la catégorie 1 à la catégorie 3. Une parcelle de terre fait 1,5 ha si elle appartient à une métairie, 3/4 d'hectare si elle fait partie d'une closerie, 0,35 ha seulement si elle n'est liée à aucune exploitation. Il en va de même pour les prés : 1,1 ha pour une métairie, moins de 0,5 ha si il est indépendant ou attaché à une closerie. Les jardins, les parcelles bâties, les cloteaux suivent la même logique passant de 0,65 ha à 0,15 et 0,06 ha. Le paysage est là parfaitement révélateur de la structure des exploitations et de celle de la société : les métairies génèrent un bocage lâche en même temps qu'elles interdisent une trop forte densité démographique et assurent l'existence des paysans les plus aisés. Les closeries au contraire engendrent un bocage plus serré et tolèrent une densité plus forte de paysans moins riches. Par contre les petites parcelles indépendantes, qui se traduisent également par un micro-parcellaire, ne peuvent servir de support à des exploitants agricoles ; lorsqu'on les observe en pays bocager, on peut raisonnablement penser que ce n'est pas à la micropropriété ni à la microexploitation paysanne que l'on a affaire. La coexistence de ces deux types de finage — grandes parcelles autour d'une métairie, micro-parcellaire des closeries et des finages de villages — peut s'observer sur plusieurs cartes de détail (Pl. 29 par exemple).
40Le plan du fief de la Roche aux Moines (Pl. 40), construit de la même manière que les deux précédents, est également accompagné d'une « explication »23. Il est plus difficile à utiliser pour trois raisons au moins. Tout d'abord, le document est en trop mauvais état pour être photographié ou calqué dans son intégralité, on ne peut travailler que sur certaines parties, les autres étant trop déchirées pour être lisibles. C'est le cas en particulier de toute la zone qui représente le bourg, les jardins et les vignes qui s'étendent vers le nord. La seconde raison qui rend délicate l'utilisation de ce plan est qu'il est accompagné d'une explication qui n'a pas la rigueur et l'achèvement de celle du fief de La Dézière : des parcelles manquent ou sont difficilement repérables ; certaines rubriques ne sont que des brouillons très raturés, d'autres risquent bien d'être incomplètes et il n'existe pas de censif sur lequel on puisse pratiquer des vérifications. Enfin, la troisième difficulté tient au fait que la superficie couverte par ce plan n'est pas très vaste (autour de 140 ha) et qu'il s'agit d'une mouvance discontinue : on ne peut donc isoler des exploitations entières et des parcelles indépendantes comme cela a été fait précédemment.
41À cause de ces imperfections, ce document n'a fait l'objet que d'une étude partielle. Son intérêt est cependant de présenter plusieurs types de parcellaires et aussi de montrer comment se fait l'intégration des vignes dans le parcellaire bocager. On retrouve sur ce plan les deux types de parcellaire bocager bien connus : celui des métairies faites de parcelles trapues et bien rassemblées, celui des villages autour desquels on trouve une multitude de petites parcelles appartenant à des propriétaires différents. Les vignes constituent des hiatus dans le parcellaire bocager.
42Cette carte et son explication montrent qu'elles se présentent de trois manières différentes :
- de petites pièces indépendantes (80 rubriques en tout) en bordure de Loire, autour du bourg d'Épiré,
- des « clos », vastes de quelques hectares seulement, mais partagés entre un très grand nombre de propriétaires, ce qui se traduit sur le plan par un parcellaire très finement laniéré,
- quelques clos carrés ou rectangulaires appartenant à un seul propriétaire et qui sont très vraisemblablement clos de haies, comme le sont les parcelles de terre ou de prés.
43On observe donc que la vigne, dans l'Ouest de la France où elle reste marginale, peut s'intégrer dans le cadre classique du parcellaire bocager. Mais le plus souvent, elle correspond à une micropropriété ; elle crée un paysage original : des îlots de parcelles ouvertes à l'intérieur du bocage.
44La partie du plan qui est la mieux conservée (la section A2, partie ouest du plan) et pour laquelle l'explication qui accompagne le dessin est utilisable, permet de visualiser ces différents parcellaires (Pl. 40). Elle se compose de trois métairies (les Basses Brosses, Haut Redan et Bas Redan), de deux clos de vigne (le Gibet, non visible sur la carte à cause de son mauvais état, et les Petites Bourassières), et d'un village (Les Razinières).
Tableau 10 - L'imbrication de la vigne dans le parcellaire bocager. Fief de la Roche-aux-Moines, section A2 [Épiré, Maine-et-Loire]

Superficies : 10 perches par boisselée et 100 perches par arpent ; 50 perches dans un quartier de vigne Pour les terres et prés, la perche est de 29 pieds, pour les bois de 25 pieds.
45On observe, tant sur la carte (Pl. 41) qu'à partir des chiffres ci-dessus, des éléments bien connus et en particulier le décalage entre la taille moyenne des parcelles qui constituent les finages des métairies (1,6 ha en moyenne pour une pièce de terre) et ceux des villages (40 ares pour une pièce de terre). On y voit aussi de quoi est fait un finage de village : des parcelles indépendantes de toute exploitation et appartenant à des propriétaires différents, quelques parcelles rattachées à des exploitations proches. Le parcellaire de métairie n'offre pas ici de caractéristique particulière, tout au plus peut-on signaler un phénomène assez rare que seule la carte permet de découvrir : le partage en deux de la métairie de Rodan, donnant la métairie du Bas-Rodan et le lieu (closerie ?) du Haut-Rodan. Ce plan permet aussi de montrer les deux types de parcellaires créés par la vigne :
- un clos constitué d'une seule pièce de vigne (près de 2 ha), intégré dans la métairie des Basses-Brosses, probablement entouré de haies, comme toutes les autres pièces de cette métairie (une quarantaine d'hectares),
- un clos sans doute ouvert, séparé seulement par les chemins qui le bordent des parcelles environnantes : le clos des Petites Bourassières : 1,5 hectare partagé en fines lanières entre 26 propriétaires différents.
46Ces exemples précis ne permettent pas de faire une liste exhaustive de toutes les variations bocagères. D'autres documents de ce type sont à étudier ; ils existent pour l'est de l'Anjou, pour la Sarthe, pour la région de Château-Gontier... et sans doute aussi pour d'autres régions. Par contre des documents de cette qualité semblent manquer totalement pour la Bretagne où l'on ne dispose que des cartes de Penthièvre dont il n'est pas sûr qu'elles puissent servir de support à une étude semblable. Pour étudier de manière plus générale les variations du parcellaire bocager, leurs conséquences paysagères et leur signification sociale, on ne peut donc pas se limiter à ces documents très riches, mais il faut interroger plus largement cartes et textes.
47À l'issue de cette analyse des parcellaires menée à partir de représentations figurées, il ressort que l'Ouest est fait d'une part de « vrai bocage » mais aussi de quantité d'autres types de parcellaires (landes, champs ouverts, clos de vignes ou de terre...) représentés en plus ou moins grande proportion.
48Le « vrai bocage » correspond essentiellement aux zones de métairies et de closeries, donc à des agriculteurs qui ne sont qu'exceptionnellement propriétaires de leurs exploitations. La métairie de l'Ouest n'est pas possédée par son exploitant ; elle crée cette situation paradoxale selon laquelle les agriculteurs sont, dans l'Ouest, d'autant plus riches qu'ils ne sont pas propriétaires. Le faire-valoir direct n'est pas une réalité de l'Ouest de la France. Dans trois paroisses proches de Vannes, au milieu du xviii e siècle, 70 % des exploitations appartiennent à la noblesse, moins de 5 % à l'Église, de 1 à 5 % à la bourgeoisie ; restent de 17 à 34 % des exploitations possédées par les paysans, mais il ne s'agit pas des plus importantes, puisque cela représente de 4 à 7 % seulement des superficies24. En Gâtine poitevine, Louis Merle estimait que les 3/5e des métairies appartenaient à la noblesse25, Jacques Péret remarque que la bourgeoisie, surtout autour des villes, est également un important propriétaire de métairies, et confirme le fait que les laboureurs propriétaires d'une métairie sont l'exception. Pour trouver des agriculteurs propriétaires, il faut aller vers les plus petites borderies ; le cas reste cependant toujours marginal. Au total, la propriété paysanne ne représente pas plus de 10 % du sol en Gâtine. On peut faire la même remarque pour les campagnes de Touraine26 ou celles du Bas-Maine27 : les ventes d'exploitations entières, métairies ou borderies, sont très rares et les paysans n'y participent jamais, partout les métairies sont amodiées dans leur quasi-totalité ; pour avoir quelques exploitations en faire-valoir direct, il faut aller vers les closeries et les bordages, mais le fait reste très minoritaire. Enfin, les calculs que Paul Bois avait faits pour 28 paroisses du Haut-Maine à partir des relevés estimatifs des biens fonds réalisés au moment de la mise en place des vingtièmes donnent 2/3 du sol aux roturiers mais 12 % seulement de propriété « paysanne »28. Comme Paul Bois s'est efforcé de retirer de ses calculs la petite propriété parcellaire (2 à 3 % de superficie des paroisses représentées par les très petites déclarations), ce chiffre de 12 % représente les exploitations agricoles en faire-valoir direct.
49Toutes les études réalisées sur la propriété dans l'Ouest de la France mettent en évidence l'importance de la micro-propriété. Henri Sée l'avait signalé, les études plus récentes le montrent également. Mais cette propriété est-elle vraiment une propriété « paysanne » ? Oui en ce sens que ce n'est ni celle des privilégiés, ni celle de la bourgeoisie, mais celle de catégories sociales - artisans ruraux, journaliers, employés divers — qui se livrent à des activités agricoles (culture d'une parcelle, d'un jardin, petit élevage) pour une partie au moins de leur temps. Mais elle n'est que très rarement la propriété d'agriculteurs à temps complet installés sur une exploitation bien constituée, les métayers, les closiers ou les bordiers. Si l'on s'intéresse d'un peu plus près à ces parcelles, dont il ne faut peut-être pas faire trop rapidement une propriété paysanne, on s'aperçoit qu'elles ne sont pas systématiquement en faire-valoir direct. Elles sont peu nombreuses autour des villes, là où la bourgeoisie et les privilégiés ont à peu près organisé tout l'espace en exploitations parfaitement constituées. Le marché des parcelles, vente ou location, est beaucoup plus important là où la bourgeoisie est moins implantée : on trouve alors les agriculteurs propriétaires parcellaires. Pour eux, le faire-valoir direct est inversement proportionnel à l'importance des surfaces possédées. Les exploitants agricoles, locataires d'une métairie ou d'une closerie, qui possèdent ces parcelles, ne les exploitent pas directement mais, souvent, les donnent à bail. Inversement, on observe qu'ils ne cherchent pas tellement à les prendre à bail : l'agriculteur cherchant à louer quelques parcelles supplémentaires pour agrandir son exploitation existe parfois mais le fait n'est pas systématique.
50Les variations du parcellaire bocager reflètent ces variations de la propriété foncière et des modes d'exploitation : les parcellaires éclatés indiquent une micropropriété importante tandis que les parcellaires bocagers bien réguliers symbolisent le fait que les agriculteurs y sont locataires d'exploitations appartenant à la noblesse ou à la bourgeoisie.
Le clos et le non clos
51L'étude précédente, réalisée à partir de l'observation détaillée de très petites superficies, a mis l'accent sur les variations du parcellaire bocager et sur sa signification sociale (finages de grandes ou de petites exploitations, finages villageois faits de multiples parcelles indépendantes). À plus grande échelle, ce sont les solutions de continuité du parcellaire bocager qu'il est possible d'analyser. Contrairement à ce que l'on observe en Gâtine avec la coupure nette plaine/bocage, ailleurs la situation est beaucoup moins tranchée : il y a des îlots de parcellaire non bocager à peu près partout en plus ou moins grande quantité et sur des surfaces plus ou moins étendues. Le bocage est le paysage des terrains anciens de l'Ouest mais il est loin d'y être la règle absolue.
Les vignes
52La vigne constitue, pour quelques parties de la région étudiée, un des premiers perturbateurs de l'ordonnance bocagère. On la rencontre de manière ponctuelle dans les régions de Vannes et de Nantes, au sud du Haut-Maine, et au nord de l'Anjou ; dans le Val de Loire et le Saumurois, elle constitue un élément important de l'occupation de l'espace. La carte du fief de la Roche aux Moines29, en dépit de son mauvais état, permet de voir où se localise la vigne et quel type de parcellaire en résulte. Sur cette carte qui représente la région immédiatement située à l'ouest d'Angers, la vigne prend trois formes : de petites parcelles indépendantes dispersées parmi les jardins du bourg d'Épiré, des portions laniérées situées dans des « clos » aux propriétaires multiples, quelques clos carrés appartenant à un ou deux propriétaires seulement. La partie nord-ouest de la carte (Pl. 40) montre une mémétairie dont une des parcelles, en tout point semblables à une pièce de terre, est occupée par une vigne (Pl. 41). La même disposition des vignes peut s'observer à partir des dessins de la métairie des Caves et du clos Gomer que l'on trouve dans le terrier de Fontenaille (Pl. 42). La métairie des Caves (23 ha de terres et de prés et 12 arpents de lande non contigus) appartient au domaine de la seigneurie ; elle est constituée d'un bloc de parcelles carrées ou rectangulaires ; l'une de ces parcelles (Pl. 42-fig. 1, parcelle n° 6, au-dessus des bâtiments) est une vigne. Le clos Gomer (indiqué sur le haut de la fig. 1) fait partie de la censive ; il permet d'observer deux types de parcellaire : la baillée des Petites Audiencières, qui contient 1 arpent 1/2 de vigne, est partagée entre deux propriétaires seulement ; la baillée des Grandes Audiencières, également contiguë et guère plus vaste (2 arpents et 8 chainées), est partagée entre 29 détenteurs, ce qui donne à chacun 5 ou 6 ares de vigne en moyenne.
53Il semble bien que l'on observe partout cette même disposition des pièces de vigne : mêlées aux pièces de terre ou à l'intérieur de clos bien individualisés. Dans la région de Montrevault (sud-ouest de l'Anjou), les vignes ne sont pas traitées différemment de toutes les autres parcelles du bocage : « tous les champs, prés, vignes et taillis sont clos de haies vives »30. Par contre, à l'est de Saumur où la vigne occupe une place plus importante, elle est mélangée à la terre labourable, les parcelles ne sont pas individualisées mais rassemblées en de gros blocs ceints de clôtures à leur périphérie seulement31. L'enquête de 1811 décrit ainsi la région située au nord-est de Saumur :
« Dans presque toutes les contrées, les terres labourables et les vignes se présentent par masses séparées et y reçoivent une culture particulière... ici c'est tout le contraire : on n'y voit nulle part de masses distinctes... on y trouve partout ces deux sortes d'exploitations identifiées l'une à l'autre... mais partout où il existe des vignes (et il en existe dans toutes) la terre labourable ne se trouve qu'entre les rangs de ceps plus ou moins rapprochés les uns des autres, sauf dans la partie occidentale de celle de Neuillé où l'on voit quelques pièces de vignes plantées en plein. La même charrue y fait une partie des labours qui dans celles-ci se fait à la main et cultive l'intérieur des rangs. Ces labours nécessitent à chaque fois qu'ils ont lieu, ce qui arrive 4 fois par an, deux tours de charrue de chaque côté des rangs, son mouvement étant d'ailleurs singulièrement ralenti à raison d'une infinité de petits obstacles qu'elle a continuellement à vaincre ; il s'ensuit qu'une charrue cultive d'autant moins de terrain qu'il est plus surchargé de rangs. Il est telles exploitations où ils sont si rapprochés les uns des autres qu'il ne se trouve que 2 à 3 sillons de terre entre, quelquefois même un seul pendant que dans d'autres, il s'en trouve 5 à 6 et même jusqu'à dix. »32
54Au sud de Saumur, la majeure partie de l'espace est en vignoble ; une partie de ces vignes forment des parcelles ouvertes, d'autres sont enfermées dans des clos entourés de murs de tuffeau qui accélèrent la maturité des raisins :
« Dans le vignoble, il y a beaucoup de clos renfermés de murs ; cette méthode a de grands avantages : les fonds sont plus en sûreté, le propriétaire peut hâter ou retarder à volonté l'époque des vendanges, en outre la blancheur des murailles réfléchissant tous les rayons de lumière et de chaleur le raisin est plus cuit et le vin acquiert plus de liqueur, plus de qualité. »33
Terres closes et terres ouvertes
55Il est peu de région de l'Ouest où ne puissent s'observer quelques terres ouvertes. D'un bocage imparfait dont les haies ont de vastes trous ou manquent parfois, on passe à des îlots plus ou moins vastes de terres ouvertes. Si le phénomène a été depuis longtemps observé en Bretagne avec les méjous et les gaigneries, aucune région n'y échappe et au cœur des espaces où le bocage apparaît le plus dense, on découvre des haies interrompues et des parcelles sans haies. Si la haie est partout présente dans l'Ouest, le bocage tel que le définissent les géographes — des haies en réseau — n'est pas la règle partout. Les variations du bocage tiennent donc à deux faits qui varient indépendamment l'un de l'autre : la taille du parcellaire et le caractère continu ou discontinu des haies.
Les îlots de terres ouvertes de l'Anjou et du Maine
56Des îlots de terres ouvertes closes à leur périphérie seulement se retrouvent à divers endroits de l'Anjou et du Maine. Sur les cartes faites pour localiser les dîmes dues à l'abbaye de Fontevraud34 (extrême sud-est de l'actuel département du Maine-et-Loire), des champs entièrement clos voisinent avec d'autres qui n'ont de haies que sur un ou deux côtés. La très belle carte des dîmes de la paroisse de Chavaignes (nord-est du Maine-et-Loire) montre des prairies parfaitement closes mais des terres labourables sans haies (Pl. 44 et 45). Sur le dessin de la métairie de La Provostière (Pl. 36), on observe que certaines limites de parcelles sont matérialisées par des lignes d'arbres ou des arbres espacés, mais ce n'est pas le cas de toutes. La baillée de La Daillère (Pl. 43), située à l'est du Mans (Ecommoy), montre un ensemble de terres ouvertes divisées en fines lanières et entourées par des chemins ; le croquis ne permet pas de savoir si elles sont closes à leur périphérie.
57Une des questions de l'enquête sur les pratiques culturales faite en 1811 dans le département du Maine-et-Loire était de savoir « si on remarque en Maine-et-Loire le passage des contrées non encloses à celles où chaque propriété est entourée de : haies vives »35. Cette question, suscitée par le fait, qui n'avait pu échapper aux contemporains, que l'ouest de l'Anjou était entièrement bocager tandis que l'est : s'apparentait d'avantage à une plaine, a entraîné des réponses des zones censées être concernées par cette limite mais aussi de celles qui ne l'étaient pas. Certains maires disent n'avoir que du bocage et n'être entourés que de paysages semblables. Dans la région d'Angers : « toutes les terres sont encloses » ; en allant vers le Maine : « les fermes sont arrondies faites de parcelles exactement closes » ; dans les cantons de Cholet, Chemillé, Beaupréau : « les pièces sont toutes closes de haies vives et de fossés ; il en est de même pour les cantons qui avoisinent », mais à Montrevault, bien que les haies vives soient la règle, tout n'y est pas exactement clos : « les terres sont closes mais dans les jardins et les vignes les portions de chacun ne sont matérialisées que par des bornes ».
58D'assez nombreuses réponses font entrevoir des discontinuités bocagères. Dans les communes situées au nord d'Angers (entre Sarthe et Loir) :
« les propriétés sont très morcelées et peu séparées les unes des autres par des haies et fossés ; chaque propriété n'est guère entourée de haies et fossés que sur les chemins : les haies plates et vives y sont peu communes. »
59Voici qui évoque tout à fait ce que l'on peut voir sur la carte de Chavaignes (Pl. 44 et 45). Ailleurs, il existe des parcelles trop petites pour être closes :
« La partie du Maine et Loire située entre la Sarthe et la Maine peut être regardée comme pays de clôture, on y voit de cultivé en commun que de très petites portions de terre connues sous le nom de varennes, des vignes, quelques parties des prairies qui bordent les rivières et des bois qui autrefois furent en vigne dont la division est telle qu'il est impossible de la clore. »
60C'est surtout dans le quart sud-est de l'Anjou qu'alternent le clos et le non-clos : les terres encloses y sont les plus fréquentes et les terres ouvertes « sont moins prisées que celles qui sont encloses de haies vives ». Il en est de même au nord-est de Saumur en passant la Loire ; le parcellaire est fait d'exploitations semblables à celles du pays bocager mais aussi de grands espaces ouverts de vignes et de terres labourables entremêlées :
« Autant de contrées closes et non closes dans ce canton. Le plus généralement, les haies et fossés et talus dont les chemins sont bordés forment non des en- clôtures particulières à chaque propriété mais communes à toutes celles qui s'y trouvent renfermées et qui sont en plus ou moins grande quantité suivant leur plus ou moins grande étendue. Si quelques localités semblent prendre du coté de la plaine et qu'on n'y voit aucune clôture, d'un autre coté il s'en trouve où presque toutes les propriétés sont entourées de haies vives, fossés ou talus. »
61Les cantons de Saumur-ouest et Gennes-sur-Loire font apparaître ce que l'on observe sur la carte de Chavaignes :
« la majeure partie des terres labourables n'est close que par grands polygones qui contiennent jusqu'à trois et quatre cents articles de propriété. Les clôtures sont des fossés dont quelques-uns sans haies, d'autres garnis de haies vives. »
62Le sud de Saumur présente le même aspect, faisant alterner quelques exploitations encloses (les métairies de l'abbaye de Fontevraud), quelques parcelles de vignes closes de pierres, avec des vignes et des terres sans clôture.
63Dans le sud de l'Anjou, l'enquête de 1811 laisse apparaître à nouveau le domaine du bocage classique avec des exploitations d'une quarantaine d'hectares, des haies vives avec fossé et talus (cantons de Vihiers et Montreuil). Mais il existe pour cette région36 un lot de 76 plans des domaines du prieuré de Méron, très minutieux, à l'encre uniquement, de format A3 environ. La carte représentant le prieuré de Méron (paroisse de Méron) illustre parfaitement le parcellaire fait de grands polygones de terres ouvertes ceints par les chemins (Fig. 6, page suivante).
64Il est clair que ces derniers exemples se situent dans la zone de transition entre le bocage et la plaine. Ils montrent qu'ici, à la différence de ce que l'on observe en Gâtine, la rupture est loin d'être nette. Elle se fait par l'intrusion de plus en plus fréquente d'îlots de terres ouvertes dans le parcellaire bocager. Mais ces îlots de terres ouvertes, ces parcelles sans clôture, se rencontrent partout, selon des proportions variables dans les bocages de l'Ouest, dans le Bas-Maine37 et aussi très largement en Bretagne.
Fig. 6 - Plans des domaines du prieuré de Méron [région de Saumur et Montreuil]

Arch. dép. du Maine-et-Loire, H 357. Noir et blanc, 76 plans de 40 x 30 cm environ, s.d., xviii e siècle.
Terres closes et terres ouvertes à la frontière de la Bretagne et du Maine
65Une étude de détail réalisée pour la région de La Guerche montre l'existence de ces parcelles non closes à l'intérieur du bocage. Selon les matrices cadastrales de 1827, dans les 8 communes considérées, l'espace se répartit de la manière suivante : terres labourables : 56,9 % ; prés : 12,5 % ; bois : 25,1 % ; vergers et jardins : 2,2 % ; landes, pâtis et vagues : 29,1 %38. Un fichier de 995 parcelles pour lesquelles on connaît la superficie, la nature et le caractère ouvert ou fermé a été constitué à partir des actes notariés (partages et contrats de ventes), des déclarations du vingtième de 1751, des procès-verbaux de l'état des biens de seconde origine confisqués sous la Révolution.
Tableau 11 - Parcelles closes et parcelles ouvertes dans la région de La Guerche de Bretagne

Source : Désert Karine, Les paysages ruraux dans la région de La Guerche de Bretagne....op. cit
66L'ensemble porte sur 578 ha. Les trois quarts des parcelles sont closes, le reste est constitué de parcelles non closes (appelées « quantités de... » dans les documents consultés) à l'intérieur d'ensembles clos. Les parcelles ouvertes (plus du quart du nombre total) représentent 59 ha soit 10 % de la superficie analysée. On observe donc que les parcelles ouvertes sont loin d'être rares, plus d'une sur quatre, mais qu'elles sont en moyenne trois fois plus petites que les parcelles closes (22 ares pour les premières, 70 pour les secondes). Un grand nombre des parcelles ouvertes sont en fait des portions de parcelles, des « quantités » prises dans un ensemble un peu plus vaste. Ceci s'explique par la taille minuscule de ces parcelles. Les landes ne sont pas du tout de grands espaces ouverts : ce sont de petites parcelles (de 50 ares à 1 ha en moyenne), closes le plus souvent. On est là en présence de cette spécificité de l'Ouest et de la Bretagne en particulier : l'existence de petites parcelles de lande intégrées dans les exploitations et dont le statut n'est pas différent de celui des prés, des terres, des courtils et des jardins.
67Le terme de « pièce » sert en général à désigner les terres labourables encloses. Leur superficie moyenne s'établit à 0,75 ha ; les plus grandes d'entre elles, appelées Champagne ou domaine peuvent atteindre 3 ha. Mais 20 % des mentions de terres labourables concernent des parcelles ouvertes, très petites le plus souvent (« quantité de Champagne » ou « quantité de terre », 0,15 ha en moyenne) et comprises dans un grand clos appelé Champagne. Les parcelles de ces champagnes ont des formes irrégulières et sont diversement orientées ; certaines sont aussi grandes que des parcelles closes, ce n'est donc pas leur taille qui en interdit la clôture. Elles sont fréquemment complantées de pommiers. Il existe également un certain nombre de parcelles de prairies non closes et en partie soumises à une utilisation collective ; selon les usages locaux : « dans le cas où certaines prairies ne sont divisées que par des bornes, il est d'usage que les bestiaux appartenant à chaque propriétaire puissent paître indifféremment sur la totalité »39
68Les métairies (dont la taille moyenne s'établit à 23 ha) ont, ici aussi, des parcelles plus vastes que la moyenne ; elles se distinguent également par une faible proportion des parcelles ouvertes : 5 % seulement. Il ne s'agit jamais alors de « quantités » mais de parcelles plutôt grandes. Même lorsqu'elle comporte quelques terres ouvertes, la métairie se compose d'un bloc compact de grandes parcelles, ce qui contraste avec le finage des hameaux entourés de petites parcelles dont une quantité non négligeable étaient ouvertes.
Les variations du bocage breton
69L'analyse des structures agraires a été menée autour d'André Meynier à partir d'une « enquête sur le bocage breton » entamée à l'université de Rennes dans les années 194040. Les travaux de Marcel Gautier41 puis ceux de Pierre Flattès42, partant de l'analyse du bocage contemporain (celui des années 50) et remontant vers les époques plus anciennes, ont permis d'identifier les formes de ce paysage : les divers parcellaires bocagers, les méjous, les gaigneries... Toutes les hypothèses ne s'avérèrent pas être des pistes excellentes : de même que le carré n'est pas toujours une preuve de la centuriation romaine, le fait que les vieux chemins suivent des directions qui ne sont pas étrangères aux lignes mégalithiques ne doit pas inciter à donner une origine celtique au bocage breton ; mais ces travaux ont permis un inventaire méticuleux des types de parcellaire et ont établi le lien entre la forme des champs et les systèmes agraires, signalant l'importance des pratiques collectives d'utilisation de certains espaces. Les géographes nantais relayèrent ces recherches en analysant les divers types de parcellaires bocagers, finages de métairies, de hameaux, de gaigneries, et aussi les zones d'effacement du bocage43.
70Une analyse très fine des formes du parcellaire breton ancien a été réalisée par Pierre Flatrès44 à partir des anciens cadastres de la région de Quimper établis entre 1821 et 1851. Cette région couvre des milieux assez variés (le littoral, le plateau du sud de la Cornouaille, les Montagnes Noires, une partie des Montagnes d'Arrée, le bassin de Châteaulin et la vallée de l'Elorn) pour que s'y rencontrent la plupart des parcellaires que l'on trouve en plus ou moins grande quantité dans l'ensemble de la Bretagne. L'étude n'a pas été menée en utilisant les matrices mais à partir de l'observation des plans cadastraux. En ce qui concerne l'importance en superficie de tel ou tel type de parcellaire, l'auteur s'en tient donc à des appréciations très globales : rares, très répandu, dominant... Résumer rapidement la situation en disant qu'il y a les champs enclos et les champs ouverts, que les premiers reproduisent des structures bocagères que l'on a pu rencontrer dans la totalité de l'Ouest et que les seconds constituent les méjous, ne serait pas faux mais très réducteur. Tout l'intérêt de ce travail sur les anciennes structures rurales du sud-Finistère tient à la finesse de la description des formes du parcellaire représenté sur les cadastres du début du xix e siècle.
71Les champs enclos sont de deux sortes : ceux qui sont allongés et réguliers, deux à trois fois plus longs que larges, et ceux qui présentent des formes et des dimensions très irrégulières. Les premiers correspondent souvent à des terres arables et constituent d'anciens terroirs de champs ouverts, qui ont été enclos sans remembrement, de sorte que les haies qui les ferment reprennent les séparations des anciennes parcelles ouvertes45. Les seconds sont les parcelles encloses plus ou moins quadrangulaires de 1 ha en général que l'on retrouve dans l'ensemble des espaces bocagers de l'Ouest ; s'ils ont pu apparaître ailleurs comme la structure bocagère par excellence, il semble qu'ils soient loin d'être dominants ici. Mais il existe aussi des parcelles encloses beaucoup plus vastes, allant jusqu'à 10 ha, faites de terres cultivables ou de grandes étendues de lande, qui ne sont pas toujours subdivisées en parcelles plus petites. Ces types de terroirs très irréguliers se rencontrent souvent à proximité des châteaux et des exploitations isolées.
72C'est à la connaissance des espaces ouverts que cette étude est la plus utile. Il faut d'abord préciser que, pour les géographes bretons, un champ ouvert, c'est en fait... un champ enclos, constitué d'un nombre plus ou moins important de parcelles non closes. L'unité considérée quand on parle de champ ouvert est la parcelle comprise selon sa définition cadastrale : une portion de terrain non divisée par des séparations matérielles, située dans un même canton, triage ou lieudit, présentant une même nature de culture et appartenant à un même propriétaire46.
73Il existe des courtils ouverts fait de deux ou trois parcelles, des prairies ouvertes ; mais ce sont les champs ouverts, terres labourables divisées en parcelles non séparées par des clôtures, qui sont les plus répandus. Ce sont donc des méjous47 car ils sont toujours séparés des incultes et des courtils par des clôtures ; ils constituent de vastes espaces ouverts clos à leur périphérie, forme très semblable à ce que l'on a pu observer dans l'est de l'actuel département du Maine-et-Loire, là où se fait une transition très douce du bocage à la plaine48. Il existe des méjous simples guère plus étendus que les enclos voisins et ne comportant qu'un seul faisceau de parcelles ; ils peuvent se présenter isolément ou en groupe. Ils appartiennent le plus souvent à un terroir villageois, parfois à celui d'une ou plusieurs exploitations isolées ; les différents méjous sont alors séparés les uns des autres par des enclos, des chemins, des talus. Lorsque la majeure partie du terroir est formée de parcelles ouvertes formant une vaste étendue limitée par des clôtures seulement du côté des incultes, des enclos ou des courtils, Pierre Flatrès propose de parler de méjou- plaine : les chemins n'y sont pas bordés de talus mais traversent les parcelles de plain-pied. Malgré leur étendue et la variété des cultures qu'ils comportent ce sont des méjous car ils sont toujours séparés des incultes environnants par des clôtures.
74À propos des méjous et de leur utilisation, Pierre Flatrès signalait, dans cet article, une question d'histoire rurale comparée très intéressante et sur laquelle il serait nécessaire de revenir. Certaines des parcelles constituant ces vastes méjous, essentiellement des landes, des prés et des bois, sont signalées sur les plans cadastraux par des fractions, phénomène difficile à interpréter... à moins qu'il ne signale l'existence, au milieu du xix e siècle encore, d'une pratique consistant à considérer que chacun est fondé pour tel pourcentage dans l'utilisation de cette parcelle et à faire la redistribution périodique de la terre49.
75Enfin, il faut signaler l'existence d'un autre type de parcellaire ouvert qui a aussi largement attiré l'attention des géographes : les gaigneries, qui caractérisent la région nantaise50 et aussi le Poitou51. Les études contemporaines et rétrospectives ont parfois tendance à les assimiler à des finages de hameaux, ce à quoi une enclosure à mailles très fines les a effectivement fait ressembler, mais sous l'Ancien Régime il en va tout autrement : ce sont effectivement des terres ouvertes et c'est peut-être là que l'on trouve les usages collectifs les plus contraignants de tout l'Ouest. L'enquête de 1768 sur les clôtures explique la manière dont les gaigneries sont utilisées dans la région de Pontchâteau :
« ... dans l'étendue de cette délégation, les gaigneries de grain toutes ensemencées en froment et seigle, ou celles toutes en avoine et orge, ou celles toutes en blé noir et millet sont closes depuis qu'elles ont été ensemencées jusqu'à la récolte desdits grains après laquelle récolte ces gaigneries demeurent décloses et vagues jusqu'à ce qu'elles soient ensemencées et tous les habitants voisins propriétaires ou non propriétaires dans ces gaigneries y laissent vaguer leurs bestiaux souvent même sans attendre qu'elles soient entièrement vides ce qui fait bien du tort à ceux qui n'ont pas été assez prompts pour en tirer. »52
76Dans une analyse binaire des structures agraires de l'Ouest53, opposant les parcellaires à larges mailles et les micro-parcellaires, la gaignerie est évidemment du côté du village plutôt que celui de la métairie. La gaignerie de l'Olonnais et du Talmondais est la réplique exacte de celles de l'enquête de 1768 : elle apparaît dans le paysage rural comme un immense casier dont la superficie est toujours supérieure à 3 ha et qu'il est impossible de confondre avec les champs bocagers d'un seul morceau qui dépendent, eux, des métairies isolées. Un puissant talus la ceinture sur lequel croissent l'aubépine, l'ajonc, les broussailles. Elle est divisée en de nombreuses parcelles laniérées, elle ne comporte à l'intérieur ni haie ni fossé54.
77Toutes les remarques précédentes nous amènent donc à considérer que les bocages de l'Ouest sont faits, dans des proportions variables, de trois types de parcellaires : les larges mailles encloses des terroirs de métairies, les petites parcelles également encloses des finages villageois, la part relative des uns et des autres déterminant l'aspect plus dense ou plus aéré du bocage55, et aussi tous les îlots de terres ouvertes, ceintes de clôtures à leur périphérie.
78Les cartes du chartrier de Penthièvre, dont on a déjà signalé la relative pauvreté figurative, ont l'avantage de présenter de manière aussi rigoureuse qu'un cadastre la situation de la fin du xviii e siècle56. On y retrouve aisément les différents types de parcellaires décrits pour la Basse-Bretagne. On peut y observer l'opposition entre des parcellaires de bocage « classique », fort réguliers, que l'on rencontre autour des bourgs (Pl. 46-1), autour de certaines exploitations agricoles (grosses parcelles carrées très probablement encloses) et au voisinage des châteaux (Pl. 46- 2) et des parcellaires de bocage faits de toutes petites parcelles (Pl. 47-2). Ce parcellaire de fines lanières résulte de l'appropriation d'une « Champagne » (le terme figure sur la Pl. 47-1) est vraisemblablement un paysage ouvert, à la différence des parcellaires géométriques de bourgs ou de métairies qui sont clos.
Les landes
79Plusieurs cartes permettent d'observer les parcellaires de landes et aussi la manière dont ils sont représentés. Les représentations des landes faites au xviii e siècle, souvent à l'occasion d'afféagements, sont en général très discrètes, peu spectaculaires, et laissent seulement imaginer de vastes espaces vides (Pl. 25-1).
80Seule la périphérie de la lande est représentée, le centre ne comportant aucun élément susceptible d'être cartographié.
81De la carte des landes et communs des paroisses de Penvénan et Plougrescant (Pl. 25-2), nous ne savons rien. Cette carte, conservée aux Archives départementales des Côtes d'Armor, n'est pas datée et nous ne savons rien de sa réalisation ni des raisons pour lesquelles elle a été dessinée. Peut-être est-elle même inachevée, les landes auraient peut-être dû être coloriées. Il est donc bien possible que l'effet symbolique qu'on ne peut s'empêcher de lui prêter n'ait pas été voulu par son dessinateur ni même qu'il corresponde à la réalité. Peut-être s'agit-il seulement d'une affaire de technique de dessin, peut-être sommes-nous trompés par l'évolution des couleurs. Et pourtant, il est difficile de ne pas y voir une double symbolique : celle du bocage cloisonné et celle de la lande encombrante. Le bocage y est représenté comme une structure régulière et répétitive faite de maisons entourées d'arbres disposées dans des parcelles carrées toutes semblables et également fermées par des arbres. Ce puzzle bocager, dans lequel la parcelle symbolise l'exploitation, constitue le fond sombre du paysage rural. S'en détachent les pièces de lande dont la forme et la couleur évoquent à la fois l'encombrement, l'importance en superficie mais aussi le caractère ouvert (couleur claire et absence de remplissage) opposé à la trame quadrillée des parcelles bocagères.
82Les plans par nature de culture du début du xix e siècle concernant plusieurs paroisses proches de Vannes montrent également de grandes quantités de landes (Pl. 48). Ces cartes ne répondent pas exactement aux mêmes critères de réalisation que les cartes seigneuriales, mais elles constituent les seules représentations figurées dont nous disposons pour cette partie de la Bretagne. Il s'agit d'un fond cadastral évoquant les natures de culture ; ces cartes ont des légendes indiquant de quelles couleurs sont représentés les terres labourables, les prairies, les pâtures, les landes, les vignes, les forêts, les jardins et vergers qui entourent les habitations. L'utilisation complète de ces cartes supposerait la reconstitution de l'ensemble du finage communal (plusieurs sections représentées par plusieurs cartes chacune) afin de visualiser la position des grandes masses. Une utilisation fractionnée permet cependant de mettre en évidence les caractères du parcellaire, sans toutefois mesurer l'importance relative de ses différentes composantes. On observe de rares zones où les labours sont prépondérants (en jaune sur les cartes) et constituent des parcelles irrégulières tendant grossièrement au carré (fig. 74), de grandes zones de lande (fig. 75) et aussi beaucoup de zones complexes faites d'un parcellaire irrégulier de terres, de prés, de pâtures et de petites parcelles de lande qui semblent insérées dans les exploitations. Ce double caractère de la lande, de grosses parcelles uniformes mais aussi de petites parcelles closes intégrées aux exploitations, est un des traits spécifiques des structures rurales de l'Ouest de la France.
La haie et le bocage
83Bocage reste longtemps un mot du langage courant avant de prendre le sens assez restrictif que lui donnent actuellement les géographes. Ce mot a trois significations correspondant à trois usages différents : un usage commun, un usage ancien, un sens technique. L'usage commun donne au terme un sens très flou, celui de pays boisé fait à la fois de haies, d'arbres disséminés, de petits bois. Jusqu'à une époque très récente, les dictionnaires de langue assimilent davantage le bocage à un espace parsemé d'arbres et de bosquets qu'à celui de pays d'enclos. Ce sens d'espace boisé, de petit bois, est le seul dans lequel on rencontre le terme jusqu'à une époque très récente57. Ce dernier usage est encore mentionné par les dictionnaires de langue du xx e siècle (Petit Robert) qui précisent toutefois qu'il s'agit d'un usage ancien ou poétique. Même après la disparition de ce sens ancien de bosquet, deux sens continuent à coexister : celui de pays boisé et celui de pays de clôture.
84Actuellement, dans son acception commune, le mot désigne un pays de clôture. C'est ce sens que lui donnent les observateurs anciens, pour qui le terme de bocage s'oppose de longue date à celui de plaine. Marc Bloch, évoquant ces paysages d'enclos que les sources anciennes assimilent facilement à une forêt un peu clairsemée, rappelle que l'origine du terme se situe dans l'opposition avec la plaine et la Champagne58. Il cite comme l'une des occurrences la plus ancienne du terme un texte du poète Normand Wace décrivant un rassemblement de paysans de la Basse-Normandie : ils sont venus « cil del bocage et cil del plaine ». Il s'agit bien de l'opposition de deux structures agraires : les champs ouverts et les champs clos. C'est dans le même sens que l'emploie Duchemin Descepeaux, Lettre 4 : « Dans ces provinces [celles du Maine] appelées pays de bocage, les champs morcelés à l'infini, sont enclos de fossés et de haies touffues, au milieu desquelles s'élèvent presque toujours de grands arbres »59. La haie n'est qu'une des composantes du bocage dans la définition duquel l'arbre est essentiel. C'est ce que Leclerc du Flécheray, un siècle et demi plus tôt, désignait par le terme de forêt : « Généralement parlant, on pourrait croire que tout ce pays n'est qu'une forêt, parce qu'étant pays de clôture, et chaque pré et pièce en labour étant clos de haies hautes et défensables, il y a des arbres, chênes, châtaigniers et fouteaux sur les haies et dans les lieux où ils ont été abattus, on y a mis des pommiers et poiriers et autres fruitiers qui font à ceux qui sont dans des lieux élevés paraître le pays comme une forêt »60. Pour tous ces auteurs, la haie et l'arbre qui pousse au milieu du champ sont ce qui fait de l'Ouest un bocage ; pour René Musset, à partir de la fin du Moyen Âge, le système agricole du Bas-Maine se caractérise par l'association de trois types d'espaces : la forêt, la lande et le bocage qu'il définit comme « les cultures »61. Pour lui, ce sont les champs et prés clos de haies, à l'exception des espaces incultes qui ne présentent pas ce caractère. On observe donc que coexistent deux usages du mot bocage : le bocage comme espace dans lequel l'arbre est abondant et le bocage comme système de champs enclos et complantés.
85C'est évidemment à la seconde définition que se rattache actuellement le bocage des géographes. Ils rappellent que la haie n'est pas le bocage et que le bocage ne peut se définir seulement comme un endroit où il y a des haies et des arbres, c'est un espace structuré et organisé : « un paysage d'enclos formé de haies vives constituant un réseau continu »62. Les géographes utilisent actuellement la notion de haies en réseau pour définir un bocage et différencier un paysage de bocage d'un paysage comportant seulement des haies résiduelles et des arbres nombreux.
86C'est ce qu'expliquait Pierre Bonnaud dans deux articles, l'un de 1970, l'autre de 1979, consacrés respectivement à l'analyse de la haie et à l'origine du bocage. Le vocabulaire de la haie et ses aspects montrent qu'il en existe de toutes sortes, des plus organisées à celles que l'on peut presque qualifier de sauvages. Il distingue trois types principaux de haies63 :
- la haie obstacle, protégeant efficacement le champ ou le pré contre les troupeaux pâturant dans la lande qui est toujours une haie construite, qu'il s'agisse d'une construction permanente (la haie végétale sur talus et fossé) ou plus légère, temporaire, faite de végétaux coupés ;
- la haie-limite qui marque plus le droit de propriété qu'elle n'est un élément fonctionnel de l'utilisation du sol ;
- et entre les deux, la haie hirsute : une marge plus qu'une ligne, tolérance de la végétation parasite, obstacle formé par l'épaississement spontané et désordonné des plantes plutôt que par le renforcement qu'évoque le plessis ou la palisse...
87Du fait de ses multiples formes, du fait aussi qu'elle est composée de végétaux qui se développent spontanément, la haie est susceptible de multiples fonctions, celles pour lesquelles elle a été édifiée et aussi toutes les fonctions consécutives à son existence. La haie « peut être isolée ou discontinue alors que le propre du bocage est d'être un paysage fermé par des haies en réseau... la prodigieuse diversité de celles-ci implique une grande variété de finalités tandis que la plus grande homogénéité que présente le réseau bocager restreint nécessairement les choix explicatifs »64 ; d'où l'idée que la compréhension d'un bocage ne peut se faire qu'en le situant dans un contexte économique national. Un bocage doit être regardé comme un système — un ensemble de haies en réseau — dont l'interprétation ramène à un arrière plan plus général, celui du niveau technique et des conditions économiques et sociales dans lesquelles se développe l'activité agricole.
88Mais le bocage de l'historien n'a pas la rigueur de celui du géographe. L'historien des paysages ne rencontre pas, à l'époque moderne, un bocage qui présenterait le caractère achevé que les géographes mettent dans ce concept. Il a à observer un système qui se définit par un écart plus ou moins grand à la norme : tous les bocages de l'Ouest se caractérisent en effet alors par une plus ou moins grande part de clos et de non clos. C'est ce mélange qu'il est intéressant d'étudier et d'interpréter comme élément significatif des systèmes agraires de l'Ouest.
89Sur les cartes, les haies sont diversement représentées. La séparation des parcelles par un simple trait ne peut être considérée comme un élément d'interprétation : celui-ci peut suggérer une haie ou bien seulement marquer une séparation. Inversement, la séparation des parcelles par des lignes d'arbres, tous semblables, ne nous dit rien de l'aspect de la haie, ni même de son caractère continu ou discontinu. La carte est plus intéressante, et aussi plus plausible, lorsqu'elle donne une image que l'on serait tenté de trouver plus réaliste des haies : lorsqu'elle montre des clôtures alternativement faites d'arbres bas et d'arbres de haute tige et surtout des haies discontinues qui suggèrent un bocage imparfait. Des cartes les plus détaillées ressort l'idée que, même dans les régions que les observateurs décrivent le bocage le plus dense, il est toujours inachevé. Il est clair que l'on ne peut faire entrer totalement ce bocage incomplet dans la définition stricte des géographes. À l'époque moderne, alors que nul observateur contemporain ne ferait de l'Ouest autre chose qu'un bocage, la confrontation des cartes seigneuriales et des diverses sources écrites montre que ce bocage n'a pas la rigueur et la perfection du bocage des géographes.
90Il importe de ne pas analyser le bocage de la France de l'Ouest à la fin de l'Ancien Régime avec les clés de lecture qui sont celles des bocages parfaits constitués d'un système continu de haies en réseau, mais de considérer son caractère incomplet comme essentiel. La caractéristique fondamentale de ce système bocager est paradoxalement d'être un système ouvert. Cela s'analyse d'abord au niveau de la paroisse ou du groupe de paroisses avec les grands « trous » que forment les landes ou les îlots de champs ouverts ; à l'échelle de la parcelle, on a pu observer, sur certains dessins, qu'il manque souvent quelques arbres pour que la haie soit parfaite ou bien qu'un côté du champ ne comporte pas de haie. Enfin, on sait que les haies qui ceignent les terres labourables ne sont entretenues que lorsque celles- ci sont ensemencées ce qui, compte tenu du type de rotations culturales adopté dans l'Ouest, est loin d'être le cas chaque année. Ce caractère incomplet du bocage à la fin de l'époque moderne correspond à l'utilisation qui en est faite et ramène au niveau technique dans lequel se développe l'agriculture de l'Ouest. Les haies sont de formes différentes, elles sont inégalement disposées, elles sont en partie discontinues parce que c'est ainsi qu'elles sont utiles.
Typologie des haies
91La haie n'est pas le bocage et analyser le rôle de la haie sans la considérer comme un élément d'un système est assurément une mauvaise méthode qui a contribué à embrouiller la question des origines du bocage. Mais l'analyse des formes de la haie est un élément important pour la compréhension d'un système bocager. Comment analyser la haie ? En tenant compte à la fois de trois caractères : elle est composée d'éléments au moins en partie naturels susceptibles d'une croissance spontanée ; elle est un ouvrage fabriqué ; elle remplit une certaine fonction dans le système agraire. Son aspect révèle très largement l'usage à laquelle elle est destinée.
92Les fonctions que l'on peut attribuer à une haie à l'époque moderne sont de trois types65 : la fonction de limite et donc d'appropriation, la fonction de cage66, la fonction productrice. Si la dernière de ces trois fonctions ne peut être mise en doute dans le cas de toutes les haies végétales qu'il faut tailler et qui fournissent inévitablement du bois et de la broussaille utiles pour le chauffage, on la retirera rapidement de la liste car on ne peut pas dire qu'à l'époque moderne, on construit des haies pour obtenir du bois de chauffage. La haie bocagère est un objet relativement difficile à entretenir et qui utilise beaucoup de temps et de main-d'œuvre ; si le seul but était d'obtenir des fagots, il y aurait des moyens beaucoup moins compliqués. Cette fonction productrice de la haie — la haie usine — ne peut être regardée comme une fonction consécutive de la haie : ce n'est pas pour cette raison qu'elle est édifiée et entretenue.
Les haies anciennes
93Il n'est pas sans intérêt de savoir comment étaient faites les haies de l'époque médiévale car les structures bocagères ont une forte rémanence : chaque société hérite d'un paysage qui n'est pas entièrement adapté à ses besoins et garde donc des lambeaux de paysage correspondant à un état antérieur de son organisation Élizabeth Zadora Rio montre que si le concept de bocage est récent, peu opérationnel pour les époques anciennes, la haie est au contraire très présente dans les sources médiévales67. Dans la documentation angevine qui sert principalement de base à son argumentation, la haie médiévale est désignée principalement par quatre termes : haia, sepes,fossatum et plessiacum » 68 : sepes désigne la clôture, et il est difficile de dire s'il s'agit d'une haie vive ou d'une haie morte dans le cas d'enclos agraires ; plessiacum nomme les haies entourant les lieux habités, les villages ou les exploitations agricoles ; haia peut être une forêt royale mise en défens, une technique de chasse particulière visant à piéger des animaux dans une forêt, une forêt aménagée avec des abattis et des plesses pour la défense des limites territoriales ; c'est toujours beaucoup plus important qu'une simple ligne d'arbres. Selon Jean-Claude Meuret, les « haies » médiévales de ce type constituent souvent des lambeaux forestiers à l'époque moderne69. La « haie » médiévale est plus large que son équivalent moderne : en Anjou, selon Michel Le Méné, « le bocage tel qu'il se présente a la fin du Moyen Âge est moins le fait de la haie étroite que du large rideau d'arbres difficilement franchissable par l'homme et par les bêtes. La haie épaisse cernait encore la plupart des châtellenies »70. Mais la forme caractéristique de l'Ouest, dès l'époque médiévale, c'est le fossé, en fait l'ensemble talus-fossé, que l'on serait bien tenté de rapprocher des « parcellaires fossoyés » des archéologues71. Dans le Cartulaire de Redon72, les confronts des terres reçues par les moines sont décrites avec beaucoup de précision ; elles ne délimitent jamais les parcelles sur tous leurs côtés ; le fossatum désigne des enclos agraires clos à leur périphérie qui évoquent évidemment les méjous des époques ultérieures. Cet ensemble talus-fossé c'est aussi celui que décrivent les archéologues pour l'âge du Fer et la période gallo- romaine73, mais l'on sait parfaitement maintenant qu'il ne faut pas chercher systématiquement des continuités parcellaires sous prétexte que l'on observe des objets semblables à des époques très différentes.
La haie bocagère avec talus et fossé
94Attestée au moins dans sa forme simple, fossé + talus, dès les périodes très anciennes, elle a deux utilisations dont l'importance relative semble varier du Moyen Âge à la fin de l'époque moderne.
95Dans sa forme ancienne, elle délimite un ensemble de parcelles et non des parcelles indépendantes. Dans ce cas, elle est protection mais aussi limite et affirmation de la possession, appropriation du sol plus que mode d'exploitation agraire. Elle ne constitue pas à proprement parler un bocage. Le phénomène, relativement bien connu pour la région concernée par le cartulaire de Redon, s'observe également dans les sources angevines des xi e et xii e siècles qui montrent des ensembles de terres ouvertes méticuleusement clos à leur périphérie74. Les archives de la fin du Moyen Âge révèlent la même utilisation périphérique de la haie faite d'un talus et d'un fossé : « taillés en gros blocs juxtaposés, soulignés par les chemins, domaines et tenures formaient un parcellaire-puzzle à grandes mailles, englobant en un tenant les terres, les prés, les landes et les bois75 » ; la métairie du Grand Thorigné comprenant maisons, bois, terres, prés, taillis, garennes... « haies et cloisons tout autour » en constitue un exemple76. Ce paysage d'enclos que, pour plus de simplicité, l'on appellera bocage même au moment où les haies sont encore rares, se présente donc comme relativement hétérogène : c'est à la fois un pays de bocage clair dans lequel il demeure de vastes zones ouvertes à l'intérieur et closes à la périphérie seulement et aussi « un pays de bocage épais »77 car dans un espace dont l'utilisation demeure extensive, il reste des haies épaisses correspondant à d'anciennes zones forestières utilisées comme limites ou bien à des espaces non contrôlés envahis par la végétation spontanée.
96Cette limite végétale plus ou moins développée a une valeur juridique qui lui est reconnue par les lois germaniques du haut Moyen Âge78 : limite de possession seigneuriale elle délimite en même temps la zone d'application de la coutume et des droits de justice. Cette même valeur juridique lui est encore reconnue à la fin du Moyen Âge79. Mais il semble alors, qu'en se multipliant à l'intérieur des possessions seigneuriales et même à l'intérieur des exploitations agricoles, la haie bocagère ait vu, logiquement, sa fonction juridique perdre de l'importance. Inversement, son rôle dans l'exploitation de l'espace agricole a pris de l'importance : clôture d'un ensemble de parcelles non closes avant d'être clôture généralisée de parcelles individuelles, « tantôt elle servait à parquer le bétail sur les prés, tantôt elle visait à interdire la pénétration des zones de culture »80. C'est dans cette double fonction que l'on retrouve la haie sur talus avec fossé à l'époque moderne.
97Elle est devenue alors limite de parcelles et elle forme réellement un bocage ou du moins de vastes zones de bocage. On la retrouve dans tout l'Ouest, de l'Irlande à la Galice, et aussi dans tous les espaces bocagers ; la haie de la périphérie nord du Massif Central et notamment du Bourbonnais apparaît très proche de celle de l'Ouest bocager81. Sa forme est codifiée lors de la rédaction des usages ruraux :
« Dans le département d'Ille et Vilaine tous les héritages sont bornés de fossés ou de haies. Il est d'usage que le fossé soit creusé par celui qui en est propriétaire... La profondeur du fossé est le plus généralement les 2/3 de la largeur du fossé mesuré au niveau du sol. Les talus plantés d'arbres de haute tige sont aussi couronnés d'arbustes. Ces arbustes constituent avec le rejet ce qu'on appelle communément la haie ou haie en terre pour la différencier de la haie établie sur le bord d'un fossé sans rejet, appelé simplement haie... »82
98Les exemples pourraient être multipliés ; que l'on prenne les enquêtes, les récits et mémoires des contemporains ou les travaux des historiens des sociétés rurales de l'Ouest, la haie est certainement l'objet du paysage qui a été le plus décrit. C'est celui que l'on trouve le plus facilement dans les sources, baux et montrées d'exploitations. Les usages locaux, rédigés en général au milieu du xix e siècle, constituent un document très utile sur cette question.
99La manière dont se fait la construction de la haie n'est pas ce que l'on connaît le mieux. Peu de documents décrivent le processus de construction. À la différence de l'habitat rural, la haie ne fait pas l'objet de marchés de travaux, elle est construite par des ouvriers agricoles ordinaires. Des haies neuves sont construites au xviii e siècle : toute entreprise de défrichement et de mise en culture d'une terre inculte, lande, taillis ou même bois, commence par isoler la parcelle à travailler par une haie formée d'un talus et d'un fossé pour que l'espace à mettre en culture soit bien protégé. Dans son Livre-journal de la terre du Châtelier, Duchemin du Tertre note qu'il paie des journées d'ouvrier pour construire des haies lorsqu'il fait mettre en culture une partie d'une lande ou d'un petit bois qu'il jugeait improductif :
« J'ai payé aux Diguets 15 livres pour avoir fait une haie neuve dans la lande de Lhomlet et pour avoir fait six échaliers neufs pour planter sur le lieu, pour faite lesquels on a abattu un châtaignier sec et une émousse83, et raccommodé le puits ; il y a pour les haies de prix fait 14 livres et 20 sols pour tout le reste ; ils m'ont dit avoir semé un boisseau de glands dans ladite haie. »84
100On apprend ainsi que, pour parachever le travail, on sème des glands dans la haie nouvellement construite. Duchemin paie aussi quantité de journées d'ouvriers pour « réparer les haies » sans que l'on sache précisément en quoi consiste l'opération.
101Au xviii e siècle et jusqu'à l'utilisation du fil barbelé puis de la clôture électrique, une bonne haie se compose de grands arbres qui en forment la structure et structure et d'arbustes qui en assurent le remplissage. Elle peut être plessée ou renforcée par des pieux de bois ; certains des ligneux qui la composent peuvent également être liés entre eux par des hards ou inclinés vers le sol et retenus par des mottes de terre de telle sorte qu'ils s'y enracinent par marcottage. Les racines des arbres et arbustes qui sont installés sur le talus doivent en retenir la terre ; une haie qui ne serait faite que de végétaux morts serait vite destinée à s'écrouler. Dans une des multiples affaires de haies défectueuses que l'on rencontre dans les justices civiles du Bas-Maine, un témoin assure avoir « vu que ladite haie s'est laissée aller dans le fossé parce qu'il n'y avait dans ladite haie aucune plante »85, entendons aucun plant vif. Les arbres assurent la solidité de la haie. S'ils n'y suffisent pas, ils sont complétés par quelques pieux de bois. Une partie de ces arbres est émondée pour limiter l'ombre que la haie porte sur le champ, les autres sont traités en arbres de haute tige ; c'est le cas de tous les fruitiers et d'une partie des chênes et des châtaigniers dont le propriétaire se réserve ainsi le bois, au contraire de celui des arbres qui sont taillés au profit du colon. Entre les arbres qui forment la structure de la haie, il y a les « épines », arbustes divers qui assurent le remplissage et l'étanchéité de l'ensemble.
102Chênes et châtaigniers sont probablement les arbres les plus représentés dans les haies de l'Ouest. Mais quantité d'autres arbres s'y rencontrent et en particulier tous les fruitiers. En 1811, au sud de l'Anjou, dans les communes entre Sarthe et Mayenne :
« Toutes les terres sont divisées par portions qui varient depuis 20 ares jusqu'à 4 et 5 ha, et chaque pièce de terre close d'un fossé d'un mètre et demi d'ouverture dont le talus est planté d'épine blanche, prunellier, églantier, houx, ajonc et recouvert de chênes, ormeaux, frênes, saules et peupliers dont une partie est élevée à haute tige et l'autre tenue en souches qu'on émonde tous les 6 ou 7 ans pour servir au chauffage du colon. Ces arbres sont communément entremêlés de pommiers, poiriers, cerisiers, cormier, mûriers et châtaigniers qui forment au printemps et à l'automne un spectacle charmant. »86
103Les haies de la région de La Guerche sont aussi faites de chênes (largement dominants), de pommiers et de cerisiers, et aussi de châtaigniers, d'ormes, de hêtres, de noyers, de poiriers, de pruniers87.
104Une bonne haie doit être assez dense pour ne pas être franchissable mais pas trop volumineuse pour ne pas couvrir de son ombre le champ qu'elle délimite. Les arbres sont régulièrement taillés et la haie est renforcée par l'ajout de piquets ou le plessage des arbustes. La bourdaine qui est souple, le prûnelier et l'aubépine qui sont très épineux sont appréciés dans cette fonction ; l'aubépine qui supporte particulièrement bien d'être pliée à angle droit et qui, même morte, garde longtemps ses épines acérées88 est la plante de remplissage la plus recherchée. C'est elle aussi qui, au printemps, donne au bocage son aspect blanc et mousseux que tous les observateurs ont souligné. La ronce et l'églantine par contre, quoique très fréquentes et bien garnies d'épines, sont peu prisées car elles ne fournissent pas de bois et ne donnent pas de volume à la haie. En Bretagne, les haies des landes comportent des ajoncs qui sont taillés tous les trois ans89.
105La forme de la haie résulte de l'outil employé et de la technique de taille. L'émondage des arbres se fait soit en ne gardant que le tronc qui forme alors un long fût grêle et tordu, soit par la section du tronc à quelques mètres du sol. Ceci donne les deux silhouettes caractéristiques de l'Ouest bocager : la ragolle de Haute Bretagne, l'émousse du Maine ou le têtard d'Anjou. Dans la région de La Guerche, entre Rennes et la frontière du Maine coexistent les ragolles (équivalent des émous - ses et des têtards) et les haussures qui au contraire ont conservé leur cime mais dont toutes les branches latérales sont émondées90. Les deux types de taille des arbres sont employés pour les haies d'une même pièce de terre, sans que l'on sache exactement à quoi correspond cette différence de technique de coupe. Les procès - verbaux décrivant les exploitations (montrée et états des lieux) donnent l'âge des gîts des arbres, donc indirectement l'époque de la coupe : celle-ci se faisait en même temps pour tous les arbres d'une même haie.
106La haie doit être « relevée » après l'émondage car la terre du talus a toujours tendance à glisser dans le fossé, et en 1811, en Anjou, une partie des maires qui ont répondu à l'enquête sur le labourage regrettent que les troubles des années écoulées aient eu pour conséquence l'absence d'entretien des fossés91. Le fossé est creusé pour que la haie constitue un obstacle plus difficilement franchissable par les bestiaux ; l'eau ne doit pas y séjourner, sans quoi elle contribue à faire glisser la terre du talus dans le fossé et à ruiner la haie. Ce fossé assure certainement un rôle de drainage et de régulation de l'eau — l'humidité qu'il retient assure au moins la croissance de la haie — mais il serait faux de dire que la haie bocagère classique est construite pour assurer le drainage des terres humides92. Tout au plus peut-on voir ici une des fonctions consécutives de la haie ; le fait qui autorise cette affirmation est que dans les terres trop humides, il n'est pas fait de fossé sous le prétexte que la terre s'y écroulerait.
Les variantes de la baie classique
107Elles prennent différentes formes : celle de clôtures temporaires, celle de haies sans fossé, celle de haies incluant des matériaux autres que des végétaux vifs. Les clôtures, temporaires sont largement évoquées pour la fin du Moyen Âge et Michel Le Méné y voit, en Anjou, un premier état du bocage en train de se former. Mais, ces clôtures non permanentes sont difficiles à décrire car elles ne sont pas étudiées dans les états des lieux. Elles servent à clore momentanément un morceau de lande pour le cultiver. Elles sont évoquées ponctuellement dans les procès qui sont faits aux habitants qui n'ont pas « écroulé » leur haie après une ou deux années de culture. Mais on ne sait rien de leur importance réelle : on les suppose plus souvent qu'on ne les rencontre réellement.
108Les « haies plates » du Maine, de même que les « lisses » de Haute-Bretagne sont mieux connues. Elles sont décrites dans les documents d'époque moderne. Ce sont des haies qui ne comportent pas de fossé ni de talus. On les rencontre de manière assez systématique à la limite du Haut-Maine et du Bas-Maine93 et de manière ponctuelle ailleurs. Elles sont moins solides que les haies classiques avec talus et fossé, surtout si elles ne comportent pas de plant vif ; quand elles sont mentionnées dans les baux où les montrées d'exploitations du Bas-Maine, les colons sont déchargés de leur entretien, ce qui les apparente beaucoup à des clôtures temporaires plutôt qu'à des haies durables94. Dans la région de La Guerche95, la haie sans talus s'appelle lisse ou lice. On la trouve pour fermer des prés et prairies en milieu humide là où il est difficile d'entretenir un talus. Les lisses des prés sont faites d'aulnes et de saules ; elles doivent être plessées. L'aulne et le saule peuvent être traités en ragolles et émondés. Elle sert aussi à fermer ou à partager des jardins car il s'agit d'un objet beaucoup moins volumineux que la haie bocagère classique ; les usages locaux du canton de La Guerche précisent que les haies qui séparent les jardins ne doivent pas excéder un mètre de haut et 0,66 mètre de large. Les lisses des jardins sont faites de buis, de sureau, de houx, de groseillier, de troène et d'aubépine96.
109Les mûrs de pierre se rencontrent particulièrement là où est la vigne. Si on a pu noter l'existence de clos de vigne entourés de haies bocagères classiques, la vigne, dès qu'elle prend quelque importance, chasse la haie qui lui apporte ombre et humidité favorables au développement de l'oïdium et de la pourriture grise à laquelle elle est très sensible. Si la pierre est abondante elle s'entoure de murs de pierre comme dans la région sud de Saumur :
« Dans le vignoble, il y a beaucoup de clos renfermés de murs ; cette méthode a de grands avantages : les fonds sont plus en sûreté, le propriétaire peut hâter ou retarder à volonté l'époque des vendanges, en outre la blancheur des murailles réfléchissant tous les rayons de lumière et de chaleur le raisin est plus cuit et le vin acquiert plus de liqueur, plus de qualité. »97
110Au nord-est de Saumur, les terres labourables sont closes de haies vives, de fossés et de talus ; quelques clos de vigne étaient entourés de murs qui ne sont pas entretenus (1811) :
« on les remplace par des talus qui ne sont autre chose qu'une masse de terre qu'on élève à environ 15 décimètres de hauteur où il se termine en pointe. » 98
111Des champs clos en tout ou en partie de pierres se rencontrent ponctuellement dans tous les pays de clôture pour peu que la pierre y soit facilement utilisable. C'est notamment le cas avec les schistes qui sont utilisés dans la région de Redon où ils constituent les palis 99 qui rappellent tout à fait les clôtures d'ardoises de certaines régions de la Galice100. Le même phénomène existe également en Irlande. Le plus souvent, la pierre est intégrée à la haie ou bien le réseau est fait à la fois de haies végétales et de clôtures de pierre. On en trouve la trace dans les usages locaux du canton de Malestroit101 :
« en dehors de la ville, les clôtures sont presque uniquement faites d'épines blanches ayant une hauteur d'un mètre 30 à un mètre 50 environ » ; « toute haie qui sépare des héritages est réputée mitoyenne lorsqu'elle présente deux lignes d'arbres parallèles et séparés soit par des épines, soit par des palis ou pierres debout » ; « les haies vives sont plantées à 0,50 mètres de l'héritage voisin ; les haies sèches formées de bois liés entre eux ou de pierres debout, dites palis, sont plantées sur la ligne même de démarcation entre les héritages. »
112Enfin, la région de Mayenne a des parcelles qui ne sont séparées que par des bornes, les devises 102, mais il ne s'agit plus réellement ici de haies : la séparation n'est : pas matérialisée.
Les usages de la haie bocagère
113Toutes les sources sont unanimes à ce sujet : pendant tout l'Ancien Régime, la haie des bocages de l'Ouest sert à empêcher les bestiaux de pénétrer dans un champ cultivé ; elle est une cage pour les cultures qu'elle doit protéger et non pour les animaux qui divaguent assez librement.
La haie dans les coutumes du Maine, d'Anjou et de Bretagne
114Les coutumes d'Anjou et du Maine sont loin d'avoir la richesse de celle de Bretagne en ce qui concerne la question des haies. Pour les deux provinces de l'Anjou et du Maine, les textes antérieurs à la fin du xv e siècle103 n'abordent les affaires rurales que sous deux aspects : celui du vol et celui du partage des terres détenues en commun.
115Le vol de bétail fait l'objet de dispositions précises dans le texte de 1411 :
art. 91 - « celui qui emble cheval ou jument doit être pendu » ;
art. 92 - « S'il emble bœuf ou vache, il doit avoir l'oreille coupée, combien que la coutume ancienne ordonnât qu'il eut le pied coupé. Autant du mouton ou brebis ou autre bête à pied forchié. Et pour le second laroncin pendu » ;
art. 93 - « celui qui emble avetes en ruches sur l'archier ou siège, il doit avoir les yeux crevés »
116Mais ce sont les vols perpétrés dans les champs qui sont les plus durement sanctionnés :
art. 95 - « toutes choses emblées aux champs, comme harnoys, soc de chat- rue, draps à poulie, linge qui saiche et autres choses qui sont aux champs et hors de maison sont en la garde de justice ; et pour ce qui les emble doit être pendu. »
117Le texte de 1437 aborde la question des « bornes et devises » (titre 15) :
art. 479 - « Bourne et ung signe de pierre ou d'autre chose mise par auctorté de justice en aucun fons devisé entre partes qui fut tout à ung seigneur pour monstrer la division d'icelui ».
118Il n'y est aucunement question de haies, preuve que la haie, même si elle existe, n'est pas regardée pour sa fonction d'appropriation ; il s'agit seulement de déterminer dans quelles conditions de telles bornes peuvent êtres mises. Il est reconnu que :
art. 480 - « quand frères coustumiers pertent entre eulx ilz devisent bien leurs parties de paux ou de pierres sans garde » ;
119mais l'affaire n'est envisagée que du point de vue de la justice :
« id. cestes parties qui sont ainsi faictes sans justice ne sont pas tenables si aucun s'en voulloit defendre ; mais les parties qui sont faictes et bournées par justice sont estables ».
120La question est celle du maintien de l'indivisibilité des fresches, ces portions de terre plus ou moins vastes, ayant plusieurs propriétaires mais tenues sous un même devoir. Les éditions plus récentes de la coutume sont d'ailleurs parfaitement explicites à ce sujet : les articles qui interdisent de mettre des bornes sans en référer à la justice seigneuriale ne concernent que les seuls cofrarescheurs et non l'ensemble des censitaires :
art. 297 : « Frarescheurs ne peuvent mettre bournes ès choses divisées sans appeler justice celui qui possède un héritage en indivis ne peut y planter bornes sans le consentement de son compagnon. »104
121Ces articles des Coutumes du Maine et de l'Anjou offrent aux seigneurs un moyen de ne pas perdre de pouvoir sur les espaces tenus collectivement. Le caractère collectif de ces tenures constitue pour eux un moyen de récupérer plus facilement les droits qui leur sont dus. Au xviii e siècle, quand des cofrarescheurs, qui ont fait un égail de fief pour répartir entre eux la somme due au prorata de l'espace possédé viennent s'acquitter individuellement d'une partie de ce droit, ils doivent toujours répéter dans leur déclaration que c'est « sans entendre diviser » qu'ils procèdent ainsi. Selon la coutume ancienne, c'est l'opération de division du sol qui doit être reconnue et autorisée par la justice ; à la fin de l'époque moderne, dans la pratique seigneuriale, ce n'est plus des séparations matérielles — bornes ou haies — dont il est question, elles sont installées depuis longtemps, mais de la division de la somme sue. Ne pas diviser ne fait plus alors référence au sol mais au droit dû collectivement et à la possibilité reconnue au seigneur de rendre un seul des cofras- cheurs responsable de l'ensemble.
122Ce double phénomène — l'existence des fresches et l'interdiction de diviser sans s'en référer à l'autorité de justice — a pu constituer un frein au processus d'embocagement : c'est que suggère Michel Le Méné105. Il suppose que les seigneurs se sont opposés à la division qui rendait le prélèvement plus difficile et plus hasardeux, surtout lorsqu'il s'agissait de rentes en nature comme des champarts. À l'inverse, on a pu observer que ces zones de prélèvement collectif étaient parfois devenues, dans la situation que permettent d'observer les cartes de la fin de l'Ancien Régime, des zones de propriété extrêmement morcelée106 et les zones du bocage le plus serré : le nord du Bas-Maine où les chartriers ont révélé l'existence de beaucoup de fresches 107 a un parcellaire à mailles beaucoup plus fines que la région de Laval par exemple. On ne peut avoir de conclusion très assurée sur le rapport entre la plus ou moins grande facilité de l'embocagement et le droit féodal. Michel Le Mené souligne la résistance toute particulière à la clôture dans le cas des gagneries :
« Soulignons toutefois que les grands champs ouverts entourés d'une clôture périphérique, fréquemment liés dans les Mauges au régime des gagneries, résultent certainement d'une institution coutumière fortement dissuasive à l'égard de la division. Si telle est bien la réalité, le laniérage fin du bocage pourrait résulter d'un affaiblissement des coutumes postérieurement à la période médiévale. Le vrai bocage, par conséquent, se serait formé à une époque plus récente, peut-être à la fin du xvi e siècle ? »108
123Mais il n'y a probablement pas que le droit de justice des seigneurs qui entre en jeu et l'évolution au cours de l'époque moderne laisse imaginer que l'existence de pratiques collectives sur ces espaces a certainement joué un rôle, peut-être plus important que l'interdiction coutumière de diviser les baillées collectives.
124On observe donc que les coutumes de l'Anjou et du Maine ne disent rien de la possibilité de construire des haies. La question des bornes n'y entre que par l'intermédiaire des questions de droit féodal : il ne faut pas diviser les fresches ou baillées sans autorisation du seigneur ; y mettre des bornes relève des seigneurs bas- justiciers, connaître les délits relatifs aux bornes relève de ceux qui ont la moyenne justice109. D'autre part, les coutumes du Maine et d'Anjou ne traitent des dégâts causés par les animaux que par rapport à deux questions : ce que l'on doit faire de ces animaux et quels seigneurs ont autorité pour en juger. Dans l'édition de la Coutume commentée par Julien Bodereau (1645), il est reconnu (art. 12) que le porc est l'animal qui fait le plus de dégâts « particulièrement ès près et terres ensemencées à cause qu'il fouge et fouit en terre... ». Cependant il n'est pas permis de le tuer, non plus que les autres animaux qui sont trouvés en train de faire des dommages ; il en va différemment pour les petits animaux :
« toutefois quand ce sont es bêtes qui sont de peu de conséquence et que l'on ne peut appréhender comme poules, oies et autres volailles, il est permis d'en tuer une et se venger en ce cas de son autorité. » 110
125La connaissance des dommages causés par les bestiaux est du ressort des seigneurs bas-justiciers111. Mais tout cela ne dit rien de ce qu'est un délit de bestiaux, ni s'il faut garder ses bêtes, ni si l'on est autorisé à se clore...
126Dans la Coutume de Bretagne, réformée en 1580112, le statut du sol et surtout la définition de son usage privé ou collectif font l'objet de développements importants et complexes113. Par contre la question des haies est relativement simple et peut se résumer par deux affirmations : il existe des terres décloses mais celui qui veut se clore le peut à tout moment. L'article 393 de la Coutume de 1580 est sans ambiguité :
« Si aucun veut clore ses terres, prés, landes ou autres terres décloses, où plusieurs aient accoutumé d'aller et venir, et faire pâturer, justice doit voir borner et diviser les chemins par le conseil des sages, au mieux que faire se pourra, pour l'utilité publique : et laisser au parsus clore lesdites terres ; nonobstant longue tenue d'y aller et venir et pâturer durant qu'elles étaient décloses. »114
127Dans les commentaires de Poullain du Parc (1759), l'affaire est nettement exprimée et le texte suivant est rajouté à la suite de l'article 393, pour expliquer comment doivent être regardés les droits d'usage :
« Cette possession étant réputée précaire et de simple tolérance tandis qu'il n'y a ni titres ni intersignes capables de caractériser une vraie servitude, elle ne peut donner lieu à l'action de complainte et réintérande contre la clôture faite par le propriétaire. »115
128Chacun peut donc clore sa terre comme il le veut, même si cette terre est déclose depuis longtemps et si les riverains ont l'habitude depuis longtemps également d'y envoyer leur bétail ou d'y prendre des engrais ou de la litière. Mais le fait que la coutume reconnaisse à chacun le droit de « mettre sa terre en défens et [de] la hayer » (art. 405 de la nouvelle coutume), sans aucune restriction, ne doit pas laisser imaginer que toutes les terres sont closes, bien au contraire. Etre close de haies est loin d'être la seule raison qui en interdise l'entrée. La Coutume reconnaît quantité d'autres cas qui font qu'une terre est en défens, ce qui laisse imaginer beaucoup d'espaces ouverts interdits à l'usage collectif. De ce point de vue, l'étude comparée de la Très Ancienne Coutume116 (rédigée à la fin du xiv e siècle), de la coutume réformée en 1580 et des commentaires faits par Poullain du Parc au milieu du xviii e siècle est très éclairante et montre une évolution dans la manière de rendre les terres défensables.
129Dans la Très Ancienne Coutume, il est assez peu question de haies. À l'article 273 il est indiqué que le domaine seigneurial est toujours défensable « toujours fust le domaine desclos » — ce qui laisse imaginer, à l'inverse, des terres closes — et à l'article 283, est examinée la situation des « homme ou famme de basse condition, ou cas que leurs terres seraient closes » ; ce sont à peu près les seules allusions que l'on rencontre concernant des haies. On n'y trouve pas ce qui sera l'article 393 de la coutume réformée : l'affirmation du droit de se clore ; inversement, il faut remarquer que l'on n'y trouve pas non plus l'interdiction de se clore. La question de l'usage des terres n'est pas posée en termes de clos/non clos dans la Très Ancienne Coutume. Qu'il y ait des terres closes est une réalité mais la question n'est pas au centre des articles sur le statut et l'usage des terres. La Très Ancienne Coutume révèle une grande quantité d'espaces déclos et qui sont interdits à l'usage collectif par d'autres moyens que la haie. Les terres décloses interdites à l'usage commun sont les suivantes :
- les domaines nobles (art. 273 de l'ancienne, repris dans l'art. 395 de la nouvelle),
- les gaigneries pendant qu'elles sont ensemencées (art. 276),
- les terres des gens de basse condition lorsqu'elles sont brandonnées117 : « Chescun et chescune povent mettre leurs terres en deffens et les brandonner dès me fevrier » (art. 279),
- les prés de la mi-février à la première semaine de décembre (art. 279).
130On observe donc que les domaines nobles n'ont pas besoin d'être clos, non plus que les prairies pendant la pousse de l'herbe ni les terres pendant qu'elles sont ensemencées pour être retirées à l'usage commun. Seul l'article 283 (Des gienz de basse condition qui voulent deffendre lours héritages) prévoit la possibilité de clore les terres par des haies (« ils povent bien clorre une pièce ou doux pour leurs menuz avairs (=bétail) pasturer et pour leurs bestes de cherrue »), mais on voit que l'affaire est marginale, une pièce ou deux, qu'il s'agit de créer des parcs à bétail, les cultures n'ayant pas besoin de haies pour être protégées. Dans la pratique, la situation doit vite cesser d'être tenable dès que l'on atteint un niveau un peu moins extensif de l'utilisation du sol. C'est pourquoi, la coutume réformée (1580), sans supprimer les clauses ci-dessus (les animaux qui s'aventurent dans les quatre catégories de terres précédemment énumérées doivent des amendes), prévoit que chacun peut clore sa terre tout à fait librement. On note à l'évidence une évolution du rôle de la haie entre la Très Ancienne Coutume et la coutume réformée. Il est difficile d'en apprécier exactement la portée mais on peut retenir que la Très Ancienne Coutume ne considère pas que la haie soit nécessaire pour interdire certains espaces au bétail alors que la coutume réformée, tout en conservant les clauses anciennes interdisant au bétail certains espaces ouverts, fait de la haie le moyen le plus efficace pour interdire l'entrée de ses terres au bétail d'autrui.
131Il ressort très clairement de cette analyse des dispositions des coutumes relatives à l'utilisation des haies que leur but est de répartir l'espace entre cultures (protégées) et bétail (divaguant). Si la haie n'est pas partout présente à la fin de l'époque moderne, on peut dire que partout où elle existe, elle joue ce rôle de rempart.
Comment fonctionne ce dispositif ?
132Contrairement à ce que laisserait imaginer une situation plus récente, la haie ne crée pas un dispositif étanche et immobile ; elle crée au contraire un réseau poreux, susceptible d'isoler certains espaces à certains moments.
133Les haies étanches sont celles des petits clos proches des habitations ; ces clos peuvent produire de l'herbe à couper, des céréales, des plantes textiles. Les haies des champs cultivés doivent aussi être closes. Tous les baux le rappellent : il faut entretenir les haies quand les terres sont ensemencées, ce qui, dans le cadre des rotations culturales de l'Ouest n'est pas le cas le plus fréquent :
« chaque fois qu'un champ est ensemencé en blé ce qui revient tous les six ans, le fermier est tenu de nettoyer les fossés, de raccommoder le talus... À la même époque, le paysan peut couper les bois poussés sur les haies, soit ceux qui se renouvellent ; en conservant les jeunes chênes qui ont cru, il coupe également ceux des mauvais chênes qu'on appelle émousses... »118.
134De cette pratique ressort la définition de la haie en système bocager : un rempart, une cage, qui sert beaucoup plus souvent à protéger un espace cultivé, à interdire un accès au bétail plutôt qu'à le renfermer (seuls quelques closeaux peuvent éventuellement jouer ce rôle). Partout ailleurs le bétail ne semble interdit d'accès que sur les prés pendant le printemps et l'été et sur les terres au moment où elles sont ensemencées. C'est pour cela que tout travail de défrichement et de mise en culture, temporaire ou permanente, d'une lande ou d'un morceau de taillis commence par l'édification de clôture.
135Alors que la Coutume du Maine ne dit à peu près rien du droit de se clore, la pratique des jugements fait que « se clore » apparaît non seulement comme un droit mais comme une maxime à appliquer dans tous les cas. Nous disposons pour étudier cela du recueil des Sentences de Pichot de la Graverie. L'auteur, avocat de 1712 à 1745, a été juge civil du comté de Laval à partir de 1745. De 1715 à sa mort, en 1768, il a consigné une grande partie des affaires portées devant le siège de Laval et des jugements qui ont été prononcés ainsi que les réflexions que lui ont inspirées ces affaires ; une minuscule partie de ces jugements concerne des affaires de haies et de bestiaux. Le principe général est que l'on est en pays de clôture, donc celui qui veut protéger ses cultures doit s'assurer de l'entretien des haies qui les entourent. Si les haies lui appartiennent, c'est à lui de les entretenir ; si elles sont mitoyennes ou si elles appartiennent à autrui, il doit se pourvoir pour obtenir leur réparation. S'il ne l'a pas fait, il ne peut demander de dommages pour les dégâts causés dans ses ensemencés, son jardin ou sa prairie. L'affaire jugée le 22 octobre 1718119 pose le cadre général à l'intérieur duquel sont rendus les jugements relatifs aux dégâts de bestiaux : le demandeur affirme que les bestiaux de son voisin ont fait des dommages dans son jardin. Comme la haie appartient à celui-ci, il demande qu'il en soit fait montrée pour prouver qu'elle n'est pas défensable, que les bestiaux sont entrés par là et que son voisin est donc en tort. Sa demande n'est pas considérée comme recevable : le demandeur aurait dû auparavant intenter une action pour contraindre son voisin à réparer la haie qui lui appartient. Il s'agit donc d'un cas particulièrement net : celui auquel appartient la haie mal entretenue et les bestiaux nuisibles n'est pas condamné ; celui qui est considéré en tort est celui qui a souffert le dommage : il aurait dû faire entretenir cette haie s'il voulait protéger ses cultures. Très claire également, cette affaire du 17 juillet 1734120 : des bestiaux ont fait des dommages dans un champ de sarrasin ; le propriétaire du champ attaque le propriétaire des bestiaux. Celui-ci se défend : il n'exploite aucune terre jouxtant le champ de sarrasin en question (donc il n'est pas responsable de l'entretien des haies par lesquelles sont entrés les bestiaux) mais il y a « une prée entre deux qui ne lui appartenait point et dont les haies étaient en mauvais état et n'étaient pas défensables ». Le propriétaire du champ ravagé est débouté : il aurait dû « se pourvoir contre celui qui exploitait le pré et était tenu de faire les haies attendu que nous sommes en pays de clôture ».
136Ces deux affaires nous apprennent deux choses de manière incontestable : que la haie sert à protéger les cultures et non pas à interdire la divagation des animaux, et qu'il est parfaitement légitime que les animaux divaguent, sauf dans les parties hermétiquement closes. Un propriétaire de bestiaux ne sera condamné pour les dégâts causés par ses bestiaux que dans des cas exceptionnels. En effet, à l'inverse de ce qui se passe en Bretagne, dans le Maine et l'Anjou, il n'est pas obligatoire de faire garder ses bestiaux. Le 10 juillet 1723121 ; il est discuté de l'affaire d'un pré mitoyen dont les deux parties n'étaient séparées que par :
« une haie plate qui était mal entretenue ; un d'eux ayant mis ses bestiaux de son côté sans les garder, ils allèrent sur la portion de l'autre et y mangèrent l'herbe. »
137Pichot, plaidant pour le défendeur, soutient
« que l'action n'était pas recevable parce que le défendeur n'était pas obligé de garder ses bestiaux et que si le demandeur voulait empêcher que les bestiaux allassent sur la portion de l'un et de l'autre, il devait se clore suivant la maxime générale, qu'autrement il en coûterait plus qu'il n'y aurait de profit si on était obligé de garder continuellement ses bestiaux ».
138Le défenseur est cependant condamné : la haie étant mitoyenne il devait l'entretenir et contraindre l'autre propriétaire du pré à faire de même. Là encore la règle qui prévaut en dernière analyse est que le tort est du côté de celui qui n'a pas su protéger ses cultures ou sa part d'herbe. Le 9 mai 1733122, une affaire semblable est jugée de manière plus tranchée. Si l'un des propriétaires d'une haie mitoyenne n'a pas contraint l'autre à contribuer à son entretien, il ne peut se plaindre que des bestiaux soient entrés chez lui :
« jugé que lorsqu'il y avait une haie plate et commune faisant séparation des pièces de terre par où les bestiaux avaient entré et fait du dommage, celui qui souffrait le dommage et qui avait sa part dans ladite haie plate n'était pas recevable à se plaindre et former action contre le voisin fondé dans la mutualité de la haie si la haie n'était pas bonne et défensable parce qu'il aurait dû auparavant se pourvoir pour faire réparer la haie commune. »
139Le fait est affirmé clairement dans une enquête du début du xix e siècle :
« l'intérêt force le cultivateur à entretenir ses fossés et ses haies parce que si c'est par défaut de clôture que les bestiaux étrangers passent dans ses champs, il est non recevable dans sa demande en indemnité pour le tort que lui ont pu faire les bestiaux. »123
140Cette utilisation de la haie est ancienne, elle est nettement évoquée dans des textes du xvi e siècle ; on la rencontre dans les Propos Rustiques de Noël du Fail124. Des quatre entreparleurs de ce texte, tous laboureurs, chargés de faire la louange du temps passé, Maître Huguet est incontestablement le plus intéressant. C'est à lui que revient de prononcer la « harangue rustique » qui fait l'éloge de la vie simple et douce du laboureur, celui qui n'aspire pas à de trop hauts états, qui jamais n'achète ce que son champ aurait pu lui produire, celui qui vit longtemps, heureux et fortuné, qui se réveille au chant du coq, qui va aux champs en chantant à pleine gorge et y laboure accompagné par le chant des oiseaux - « et là avez le passetemps de mille oyseaux les uns chantans sur la haye, autres suyvans votre charrue (vous monstrans signe de familière privauté) pour se paître des vermets qui yssent de la terre renversée »125 — celui enfin qui fait sa sagesse de tous les présages sur la pluie et le beau temps. Si cet homme sage et heureux veut contempler sa félicité, maître Huguet lui conseille d'aller relever ses pièges ou d'aller vérifier le bon état de ses haies :
« ayant le vouge sur l'épaule et la serpe bravement passée à la ceinture, vous pourmenez à l'entour de vos champs, voir si les chevaux, vaches ou porcs n'y ont point entré, pour avec des espines recclore soudain le nouveau passage ; et là cueillez des pommes ou poires, à vostre aise, tastans de l'une puis de l'autre ; et celles que vous ne deignez manger, portez aux villes vendre et, de l'argent, en achetez quelque beau bonnet rouge, ou un couteau de bonne façon, ou une jaquette noire doublée de verd. »126
141On observe encore ici que les haies qui ferment les champs de l'heureux laboureur servent à empêcher les animaux de pénétrer dans ses cultures.
142Dans les Sentences de Pichot de la Graverie, il est très rare que le propriétaire des bestiaux soit condamné. Cela ne s'explique que par des conditions exceptionnelles, dans le cas, par exemple, de ces animaux qui ont traversé le lit de la rivière alors qu'elle était très basse et qui sont allés faire des dégâts dans un pré situé de l'autre côté. Pichot déplore d'ailleurs cette sentence
« qui met dans l'obligation ceux qui ont des héritages le long des rivières de faire garder leurs bestiaux pour les empêcher de passer la rivière et d'endommager leurs voisins. »127
143Dans un seul cas le propriétaire des animaux divagants a été condamné, parce qu'il a été prouvé que ses animaux étaient tellement difficiles à retenir qu'aucune haie n'aurait pu y réussir :
« Bodard avait une vache dans un héritage qui avait été maltraitée par un taureau appartenant à Geslot... après avoir entré dans ledit champ dudit Bodard par une brèche faite dans la haie appartenant à Geslot. »
144Tout semble condamner Geslot : la haie par laquelle est passé le taureau lui appartient et cette haie comporte une brèche. Or, l'affaire est jugée tout autrement : il ne s'agit pas ici de dégâts faits dans des ensemencés, mais « de blessures faites par un taureau vicieux ». Le juge conseille alors au propriétaire du taureau de faire un accommodement, de payer le prix de la vache « parce que... le maître est tenu du dommage fait et causé par un animal vicieux »128.
145À la suite d'une affaire du 2 avril 1736129, Pichot résume ainsi la situation (« en sorte qu'on doit tenir pour maxime... ») : si les haies appartiennent à celui qui a souffert le dommage et que ces haies « ne soient pas bonnes et défensables », il ne peut se plaindre ; si les haies appartiennent à d'autres, ou sont mitoyennes, il ne peut se plaindre non plus : il est en faute car il aurait dû faire assigner les propriétaires des haies afin qu'ils soient contraints de les réparer ; si les haies par lesquelles est entré le bétail sont par contre en bon état, le coupable est le propriétaire des bestiaux « qui serait dans le tort d'avoir des bestiaux nuisibles et malfaisants qui ne peuvent être arrêtés par aucune haie ce qui arrive souvent et qu'il doit les faire garder et enfermer ». On est donc en présence d'une pratique particulièrement favorable à la divagation des bestiaux puisque celui qui est condamné est, sauf exception, le propriétaire de la haie par laquelle les animaux sont entrés dans les cultures. La haie bocagère est une cage, mais ce sont les cultures à protéger qui sont mises à l'intérieur tandis que le reste de l'espace est susceptible de la divagation de toutes sortes de bestiaux.
Conclusion : bocage et élevage
146Pour les deux provinces du Maine et de l'Anjou comme pour la Bretagne quoiqu'avec des modalités différentes, les régions bocagères dont on se plaît en général à décrire le caractère fermé, sont des zones d'intense circulation du bétail. Le rôle de la haie est de canaliser cette divagation de sorte que les cultures ne soient pas dévorées. Sa densité varie dans le temps et il est certain que la Très Ancienne Coutume laisse imaginer des îlots de culture dans un ensemble d'inculte, situation qui évolue évidemment par la suite. Le rapport culte/inculte change, l'espace aménagé pour la culture s'accroît et la Nouvelle Coutume résout en partie le problème de la coexistence élevage/culture en déclarant le droit de se clore. II en résulte que l'évolution de la densité du bocage témoigne de l'importance plus ou moins grande prise par les cultures. La rareté des haies, le fait qu'elles ne se rencontrent qu'autour des habitations ou pour enclore de vastes espaces ouverts, témoigne d'une utilisation très extensive du sol ; au contraire, un bocage plus dense et surtout plus régulier traduit un élevage conduit de manière moins « sauvage » et organisée.
147Analyser les finalités de la haie d'une part, celle du bocage de l'autre, c'est ce à quoi nous conviait Pierre Bonnaud dans un article où il expliquait que la question des origines du bocage n'était peut-être pas une très bonne question alors que celle des conditions de sa création était susceptible de réponses plus intéressantes130. Historiquement, tout bocage est une région d'élevage :
« on ne saurait citer un bocage indiscutable qui ne soit en rapports étroits, et pratiquement consubstantiels, avec un élevage bovin important, voire le plus souvent prédominant dans le système agricole. »131
148La haie moderne s'explique par la nécessité de régler les rapports entre élevage et culture. Alors que dans les openfïelds, élevage et cultures occupent les mêmes espaces à des moments différents, dans les bocages, même s'il y a des zones de recoupement importantes, il y aussi des espaces spécialisés et il est nécessaire, à chaque moment de l'année, d'ajuster la place relative laissée aux animaux ou occupée par les cultures.
149Il observe également que les systèmes bocagers doivent s'interpréter non pas seulement en fonction de leur cohérence interne, mais à l'échelle de l'ensemble du pays. En France, les espaces bocagers sont situés à la périphérie des plaines céréalières du Bassin Parisien. À l'échelle nationale, cette disposition reflète la complémentarité entre les pays de grain et les pays de l'herbe :
« Le bocage ou ses aspects incomplets apparaissent ainsi comme des formations en complémentarité subordonnée avec les terres de labour, principale assise des peuplements denses dans les anciens systèmes agricoles. » 132
150Les circuits de vente des animaux dans la France moderne reflètent parfaitement cette complémentarité, reliant l'Auvergne (pays naisseur) au Poitou et au Maine qui pratiquent un élevage intermédiaire (pays naisseurs fournissant des animaux adultes engraissés ou, plus souvent, en cours d'engraissement), à la Normandie (engraissement) et aux marchés parisiens (consommation). Cette complémentarité qui résulte de la distance de ces espaces par rapport au noyau parisien résulte aussi des conditions naturelles. L'élevage s'est installé dans les régions mal douées pour la céréaliculture, mais comme, jusqu'à une époque relativement récente la spécialisation totale de l'agriculture n'était pas concevable (l'exploitation doit aussi nourrir l'exploitant), il fallait bien organiser le rapport entre la culture des céréales et cette orientation vers l'élevage qui constitue la vraie spécialisation des régions de l'Ouest. Le bocage a été le type de paysage qui a permis cette spécialisation ; il a, selon l'heureuse formule de Pierre Bonnaud « contribué à civiliser le paysage dans les secteurs où l'agriculture n'avait pu s'installer précocement ni accumuler des noyaux denses de peuplement »133. Le chapitre suivant a pour objet d'expliquer sur quels usages de l'espace repose cette première spécialisation des espaces bocagers.
Notes de bas de page
1 Il a notamment été utilisé par Jeanne Dufour pour étudier les variations du bocage dans le Haut-Maine au xviii e siècle ; elle a reporté sur le maillage cadastral napoléonien toutes les indications concernant les clôtures (haies ou bornages) contenues sur un certain nombre des plans terriers conservés aux Archives départementales de la Sarthe, Dufour, Jeanne, Agriculture et agriculteurs dans les campagnes mancelles. Le devenir des régions agricoles, Le Mans, 1981, 595 p.
2 Les archives départementales de l'Ille-et-Vilaine, du Morbihan, du Finistère, des Côtes-d'Armor n'ont pas livré d'ensembles documentaires de la qualité de ceux du Maine-et-Loire.
3 Rocher, Jean-Pierre, « Une Spécificité agraire de la Puisaye. Les manœuvreries, petites exploitations complémentaires des métairies (xviii e-xix e siècle) », Histoire et Sociétés Rurales, 1996, 5, p. 97-110.
4 Bouchard, Gérard, Le Village immobile. au xviii e siècle, Paris, Plon, 1972, 386 p.
5 Arch. dép. du Maine-et-Loire, fonds de l'abbaye Saint-Nicolas d'Angers : censif du fief de La Dézière (comporte des renvois en marge correspondant aux numéros des parcelles du plan), 1786 (H 584) ; plan géométral du fief de La Dézière, 1747, couleur, 220 x 100 cm (H 586 - 1 Fi 181) ; explication du plan figuratif du fief de La Dezière paroisse d'Avrillé dépendant de la mense conventuelle de l'abbaye Saint Nicolas d'Angers, s.d., 25 feuillets (H 587).
6 Les prées sont en général des parcelles beaucoup plus grandes que les prés. Ce sont souvent les herbages proches des châteaux ou, comme ici, ceux des métairies du domaine.
7 7 parcelles appartiennent à 2 métairies extérieures à la carte. Nous les avons rattachées aux exploitations de la carte ; au mieux elles compensent le fait que les exploitations du fief de La Dézière peuvent éventuellement avoir une parcelle hors de la carte ; au pire, l'erreur est minime car ces 7 parcelles n'excèdent pas les 10 ha.
8 En Anjou, on connaît les mesures de superficie suivantes : l'arpent commun de 0,42 ha, l'arpent de Paris de 0,34 ha, l'arpent d'ordonnance de 0,51 ha, l'arpent d'Anjou de 0,66 ha, la septérée d'Anjou de 0,79 ha, le journal d'Anjou de 0,52 ha, la boisselée d'Angers de 0,06 ha, celle du Craonnais de 0,13 ha, celle du Saumurois de 0,05 ha et celle des Mauges de 0,04 ha. D'après : Lebrun, François, Les Hommes et la Mort en Anjou aux xvii e et xlviii e siècles. Essai de démographie et de psychologe historiques, Paris-La Haye, Mouton, 1971, p. 499.
9 Arch. dép. du Maine-et-Loire, 7 M 42 : enquête sur le labourage, 1811.
10 La question est abordée dans les ouvrages suivants : Merle, Louis, La Métairie et l'évolution agraire de la Gâtine poitevine de la fin du Moyen Âge à la Révolution, Paris, SEVPEN, 1958, 252 p. ; Bossis, Philippe, « Le Milieu paysan aux confins de l'Anjou, du Poitou et de la Bretagne (1771-1789) », Études Rurales, 1972, 47, p. 122-147 ; Péret, Jacques, Les Paysans de Gâtine au xviii e siècle, La Crèche, Geste Éditions, 1998, 285 p. ; Antoine, Annie, Fiefs et villages... op. cit.
11 Arch. dép. du Maine-et-Loire, 7 M 42 : enquête sur le labourage, 1811.
12 2 jardins, 1 verger, 5 cloteaux
13 1 grand pré, une cour, 3 noés
14 3 landes, 2 taillis
15 Mulliez, Jacques, « Le Cheval breton aux xvii e et xviii e siècles, connaissances scientifiques et savoir- faire paysan », Actes des Conférences de l'université d'été des Enclos et des Monts d'Arré (1990), Landivisiau, 1991, p. 82-97.
16 Antoine, Annie, « Les Bovins de la Mayenne (1752-1820). Un modèle économique pour les campagnes de l'Ouest », Histoire et Sociétés Rurales, 4, 2e semestre 1995, p. 105-136.
17 Une métairie de 50 ha peut être schématisée par un rectangle de 1 km x 500 m.
18 Ces documents, notamment les enquêtes sur le bétail du début du xix e siècle conservées en série M des archives départementales, seront utilisés de manière plus précise au chapitre suivant.
19 Elles sont effectivement le plus souvent isolées puisqu'elles doivent disposer d'assez d'espace autour de leurs bâtiments d'exploitation pour qu'aucune parcelle n'en soit trop éloignée.
20 Arch. dép. de la Sarthe, fonds du chartrier de Fontenaille [Ecommoy], 51 J 3 : Droits honorifiques du seigneur, descriptions et plans de domaines et métairies, descriptions et plans des baillées... fait par Charles François Hamelin, arpenteur-géomètre, feudiste et commissaire à terriers (d'après les assises de 1776).
21 Arch. dép. du Maine-et-Loire : fonds de l'abbaye Saint-Nicolas d'Angers, Fief de La Touche à l'Abbé [Sainte-Gemmes-d'Andigné], H 711 : Explication du plan de La Touche à l'Abbé, paroisse de Sainte- Gemmes près Segré ; H 712 : papier terrier, censif et de recepte de la terre, fief et seigneurie de La Touche à l'Abbé, paroisse de Sainte-Gemmes-d'Andigné, fait en l'année 1758, renouvelé en 1783 par le sieur René Dezé-Maisonneuve, feudiste ; H 713 (1 Fi 480) : plan terrier des terres de La Touche à l'Abbé, xviii e siècle. Couleur, 200 x 140 cm.
22 Superficie des petites exploitations du fief de La Touche à l'Abbé : Antaise : 4,8 ha ; Chasais : 1,1 ha ; Derouinière : 2 ha ; Grande Gachetière : 8,20 ha ; Petite Gachetière : 7,30 ha ; Hommelais : 7,20 ha ; Petite Salais : 7,75 ha ; Saint-Lucas : 8,90 ha.
23 Arch. dép. du Maine-et-Loire, Abbaye Saint-Nicolas d'Angers, fief de la Roche aux Moines [Épiréj. H 503 : Plan géométrique du fief de la Roche aux Moines, 1763. Couleur, très grand, plié, très détérioré ; H 504 : Explication du plan géométrique du fief de la seigneurie de la Roche aux Moines en la paroisse d'Épiré, levé en l'année 1763, 57 feuillets.
24 Le Goff, Timothy, Vannes et sa région. Ville et campagne dans la France du xviii e siècle. Salmon, Loudéac, 1989, 396 p.
25 Merle, Louis, La Métairie... op cit.
26 Maillard, Brigitte, Les Campagnes de Touraine... op. cit.
27 Antoine, Annie, Fiefs et villages... op. cit.
28 Bois, Paul, Paysans de l'Ouest. Des structures économiques et sociales aux options politiques depuis l'époque révolutionnaire dans la Sarthe, Le Mans, Imprim. M. Vilaire, 1960, xix-717 p. ; rééd. : Paris, EHESS, 1984.
29 Arch. dép. du Maine-et-Loire, fonds de l'abbaye Saint Nicolas d'Angers, H 503.
30 Arch. dép. du Maine-et-Loire, enquête sur le labourage, 1811, 7 M 47.
31 On peut observer cette disposition du parcellaire sur la planche 28 (plan du marquisat de Jalesnes (Ver- nantes]) : alors que les parcelles de terre sont laissées de couleur ocre, les parcelles de vigne sont signalées par un dessin à la plume qui évoque les rangées de ceps.
32 Arch. dép. du Maine-et-Loire, enquête sur le labourage, 1811, 7 M 47.
33 Ibid.
34 Arch. dép. du Maine-et-Loire, 1 Fi 1 à 11 : plans des dîmes de Fontevraud [Varennes-sur-Loire], 1760. 11 plans, couleur, 65 x 70 cm. Ils n'ont pas été reproduits ici car ils fournissent assez peu d'indications sur le paysage et ils ne sont pas accompagnés d'explications qui permettraient l'étude du parcellaire.
35 Arch. dép. du Maine-et-Loire, enquête sur le labourage, 1811, 7 M 47.
36 Arch. dép. du Maine-et-Loire, fonds de l'abbaye Saint-Aubin, 1 Fi 479.
37 Marchand, Jean-Pierre, « Les Ellipses bocagères dans le nord-ouest du Craonnais, essai de géographie historique », dans : Paysages ruraux européens. Travaux de la Conférence européenne permanente pour l'étude du paysage rural. Colloque de Rennes-Quimper (septembre 1977), Flatrès, Pierre, (éd.), Rennes, Université de Haute Bretagne, 1979, p. 315-326.
38 Désert Karine, Les Paysages ruraux dans la région de La Guerche de Bretagne au XVIII e siècle, mémoire de maîtrise, université Rennes 2, 1999, 180 p. Les informations qui suivent sont extraites de ce travail.
39 Usages et règlements locaux ayant force de loi dans le département d'Ille et Vilaine... publiés par C. Quernest, Rennes, Verdier, 1850, 227 p. 2ème édition Paris, Cosse et Marchai, 1859. Citation p. 63.
40 Meynier, André, « Les Ensembles cadastraux circulaires en Bretagne », Annales de Bretagne. 1945, 52, p. 81-92. Autres titres en bibliographie, notamment dans Norois : Meynier, André, « La genèse du parcellaire breton », Norois. XIII, 4, octobre-décembre 1966, p. 595-610. Voir Nassiet, Michel, « L'histoire rurale dans les Annales de Bretagne », Annales de Bretagne et des Pays de l'Ouest, 1994, 1, p. 29-54
41 Gautier, Marcel, « Pseudo-pratiques communautaires en Bretagne méridionale », Annales de Bretagne 1945, 52, p 92-96 ; Gautier, Marcel, « Remarques sur la structure des champs bretons », Annales de Bretagne. 1941, 48, 2, p. 387-394.
42 Un grand nombre de titres dans Norois, notamment : Flatrès, Pierre, « La Structure rurale du sud- Finistère d'après les anciens cadastres », Norois, 15,1957, p. 353-367 et 16 p. 425-453 ; et aussi Flatrès, Pierre, « Les anciennes structures rurales de Bretagne d'après le Cartulaire de Redon », Études Rurales. 1971, 41, p. 87-93.
43 Charaud, Anne-Marie, « Bocage et plaine dans l'ouest de la France, Annales de Géographie. 1949, n° 310, avril-juin, p. 113-125 ; Bouhier, Abel, « Gaigneries et terroirs de hameaux dans le sud-ouest vendéen », Norois, 1957, p. 455-468, et aussi les articles sur le bassin de Laval cités en bibliographie ; Renard, Jean, Les Évolutions contemporaines de ta vie rurale dans la région nantaise. Loire-Atlantique, Bocages vendéens, Mauges, Les Sables d'Olonne, Le Cercle d'Or, 1976, XV-432 p.
44 Flatrès, Pierre, « La Structure rurale du sud-Finistère d'après les anciens cadastres », Norois 15, 1957, p. 353-367 et 16 p. 425-453.
45 On trouve ici l'opposition entre ce que Jean-Max Pallieme considérait comme « un bocage organique » fait de l'adaptation ancienne au milieu naturel et « un bocage mimétique » qui a pris la place d'anciennes landes défrichées et se compose d'un parcellaire à vastes mailles régulières (cf. la ferme de Grandjouan à Nozay), Pallierne Jean-Max, « Bocages mimétiques d'intercalation et de substitution » dans : Les bocages : histoire, écologie, économie. Aspects, physiques, biologiques et humains des écosystèmes bocagers des régions tempérées humides. Table ronde du cnrs, Rennes, inra-ensaa, 1976, p. 69-74.
46 Définition de H. Herbin et A. Pebereau, Le Cadastre français, 1953. Cité par Flatrès, Pierre, « La structure rurale du sud-Finistère... », art. cit., p. 425 note 10.
47 Meynier, André, « Les Ensembles cadastraux circulaires en Bretagne », art. cit. et : « Signification et évolution du bocage », Cahiers de l'Information géographique, 1952, p. 37-46.
48 Voir ci-dessus les cartes de la paroisse de Chavaignes (Pl. 44 et 45), les plans des terres du prieuré de Méron (Fig. 6), les baillées du chartrier de Fontenaille (Pl. 43).
49 Flatrès, Pierre, « La Structure rurale du sud-Finistère... », art. cit., p. 436 : L'interprétation de ce système curieux est difficile, non expliqué et inconnu des ingénieurs du cadastre. Le phénomène a existé en Irlande jusqu'à une époque récente : il s'agit du changedale, le détenteur du tiers d'une terre se voyant attribuer chaque année une portion égale au tiers de la terre considérée, cette portion n'étant pas toujours située au même endroit (en fait 1/3 de la production de la lande ou du pré considéré).
50 Renard, Jean, « Les Paysages agraires du sud-est du Massif Armoricain. Le point de vue du géographe », Enquêtes Rurales, 1997, 2, Caen, Presses Universitaires de Caen, 1997, p.109-122.
51 Bouhier, Abel, « Gaigneries et terroirs de hameaux... », Norois, 1957, p. 455-468.
52 Arch. dép. d'Ille-et-Vilaine, enquête sur les clôtures, 1768, C 1632.
53 Renard, Jean, « Les Paysages agraires... », art. cit. p. 110 : « une structure foncière double qui recouvrait l'espace agraire de la région, juxtaposant deux types d'habitat, deux types d'exploitation, deux structures agraires, et au moins deux types de paysage ».
54 Bouchier, Abel, « Gaigneries et terroirs de hameaux... », art. cit., p. 458.
55 Si, au milieu du xx e siècle, le bocage vendéen semble plus aéré que le bocage nantais, c'est à la fréquence des métairies qu'il faut rapporter ce fait. Voir : Charaud, Anne-Marie, « Bocage et plaine dans l'ouest de la France, Annales de Géographie, 1949, n° 310, avril-juin, p. 113-125. En effet, la constitution de métairies bocagères comme celles qu'évoque Louis Merle ne semble pas avoir eu dans tout l'Ouest la même ampleur qu'en Poitou.
56 Voir présentation des sources manuscrites. Sont concernées les paroisses de : Andel, Erquy, Hillion, La Malhoure, Landehen, Penguily + la trêve de Landehen, Maroué, Saint-Trimoël + la trêve de Maroué, Meslin, Morieux, Noyai, Pléneuf, Plestan, Quinteny, Saint-Aaron, Saint-Glen, Trégormar. D'autre part, il faut signaler qu'il existe pour ces plans tous les registres intitulés Répertoires des plans et Application des titres aux plans qui, à l'issue d'une saisie un peu longue et de quelques calculs, pourront donner une représentation statistique de l'importance relative des divers types de parcellaires, le tout pour un ensemble représentant 17 paroisses.
57 Le dictionnaire de Furetière, au xvii e siècle, définit le bocage comme « un petit bois ou bosquet ou buisson », le Larousse du xix e siècle comme « un petit bois, un lieu agréablement ombragé », d'après : Zadora-Rio, Élisabeth, « De la Haie au bocage : quelques remarques sur l'Anjou », dans : Le village médiéval et son environnement. Études offertes à Jean-Marie Pesez, Paris, 1968, p. 671.
58 Bloch, Marc, Les Caractères originaux de l'histoire rurale française, (lère éd. Oslo, 1931) ; 3ème éd., Paris, A. Colin,1988, p. 98.
59 Duchemin Descepeaux, J., Lettres sur l'origine de la chouannerie et sur les chouans du Bas-Maine, dédiées au Roi, par J. Duchemin Descepeaux, Imprimerie Royale, 1825-1827, 2 volumes 464 et 444 p. Réed., Saint- Malo, L'Ancre de Marine, 1986.
60 Leclerc Du Flecheray, Description du Comté de Laval son histoire, ses mœurs, ses habitants, ses manufactures et plusieurs remarques curieuses à ce sujet (vers 1696), Laval, 1888, p. 10.
61 Musset, René, Le Bas-Maine. Étude géographique, Paris, Colin, 1917, 496 p. ; rééd. : Laval, Librairie Cantin, 1978, p. 243.
62 Flatrès, Pierre, « Rapport de synthèse », dans : Les bocages : histoire, écologie, économie. Aspects, physiques, biologiques et humains des écosystèmes bocagers des régions tempérées humides. Table ronde du CNRS, Rennes, INRA-ENSA, 1976, p. 21-30.
63 Bonnaud, Pierre, « La Haie et le hameau : les mots et les choses », Revue d'Auvergne, 1970, n° 84, p. 10 et 14.
64 Bonnaud, Pierre, « Sur la Constitution du bocage en France », Hommage au Professeur F. Dussart, bulletin de la Société Géographique de Liège, Liège 1979, p. 303-304.
65 Cf. première partie : les fonctions de la haie sont variables dans le temps ; on ne peut attribuer à la haie moderne les fonctions — réelles ou supposées — de la haie contemporaine.
66 Paillet, Antoine, « Étude archéologique des haies de bocage bourbonnaises », Ramage, 1987, n°5, p. 47-77.
67 Zadora-Rio, Élisabeth, « De la Haie au bocage..., art. cit.
68 Ibid., p. 671.
69 Meuret, Jean-Claude, Peuplement, pouvoir et paysage sur la marche Anjou-Bretagne... op. cit.
70 Le Méné, Michel, Les Campagnes angevines à la fin du Moyen Âge : vers 1350-vers 1530, Nantes, Cid éditions, 1982, p. 117.
71 On retrouve ici la difficulté de mettre en continuité les discours des archéologues (travail sur l'objet) et ceux des historiens (travail sur les textes). Ceci a été développé par Élisabeth Zadora Rio à propos de la définition du village, mais il est certain que la même question se pose pour les parcellaires. Cf. : Zadora- Rio, Élisabeth, « Le Village des historiens et le village des archéologues », dans : Mornet, Élisabeth, Campagnes médiévales : l'homme et son espace. Études offertes à Robert Fossier, Paris, 1995, p. 145-156.
72 Flatrès, Pierre, « Les anciennes Structures rurales de Bretagne d'après le Cartulaire de Redon », Études Rurales. 1971, 41, p. 87-93. Repris par Zadora-Rio, Élisabeth, « De la Haie au bocage... », art. cit., 1968, p. 674 et suivantes. Voir aussi : Davies, Wendy, Small worlds. The village community in early medieval Britany. Londres, Duckworth, 1988, p. 33-34.
73 Gautier, Maurice, « Les Parcellaires antiques du Porhoet et de la vallée de l'Yvel », dans : Les Formes du paysage, tome 1, Études sur les parcellaires, coll. Archéologie Aujourd'hui, Paris, Éditions Errance, 1996, p. 49-56 ; Batt, Michael et Giott, Pierre-Rolland, « Quelques Observations d'archéologie du paysage en Finistère », Bulletin de la Société Archéologique du Finistère, 1980, 108, p. 17-26.
74 Exemples de la terre de Fains vendue à l'abbaye de Marmoutiers au milieu du xi e siècle, de la terre de Chillon donnée à l'abbaye Saint-Aubin au début du xii e siècle... Zadora-Rio, Élisabeth, « De la Haie au bocage... », art. cit., 1968, p. 674-675
75 Le Méné, Michel, Les Campagnes angevines... op. cit., p. 119.
76 Ibid., p. 119 note 117.
77 Le Méné, Michel, Les Campagnes angevines... op. cit., p. 116.
78 Zadora-Rio, Élisabeth, « De la Haie au bocage... », art. cit., 1968, p. 675-676.
79 Cette signification juridique de la haie entourant des seigneuries ou seulement de grosses unités d'exploitation est encore attestée pour la fin du Moyen Âge : « La haie étroite servait aussi à délimiter le domaine ou l'exploitation. Tous les descriptifs l'attestent. La clôture ne résultait pas exclusivement du désir de protection ; elle matérialisait la prise de possession ; elle était en quelque sorte la définition juridique », Le Méné, Michel, Les Campagnes angevines... op. cit., p. 118.
80 Le Méné, Michel, Les Campagnes angevines... op. cit., p. 118..
81 Paillet, Antoine, Archéologie de l'agriculture en Bourbonnais. Paysages, outillages et travaux agricoles du Moyen Âge à l'époque contemporaine. Nonette, Créer, « Encyclopédie du Massif Central », 1996, 350 p.
82 Usages et règlements locaux ayant force de loi dans le département d'Ille et Vilaine.... op. cit.
83 Émousse : chêne ou châtaignier dont le tronc a été sectionné et dont les branches forment une coupelle Voir ci-dessous.
84 Livre journal de la terre du Châtelier [Vaiges], 1717-1733, Arch. dép. de la Mayenne, fonds Duchemin 34 J 5. Voir : antoine, Annie, Les Comptes ordinaires... op. cit., p. 159.
85 Arch. dép. de la Mayenne, fonds du siège ordinaire du marquisat de Lassay, enquêtes civiles, année 1779, B 1973. Cité par : Jousseaume, Geneviève, Les Cadres de vie du travail paysan dans un pays de bocage à la fin du xviii e siècle, mémoire de maîtrise, université Rennes 2, 2000,163 p.
86 Arch. dép. du Maine-et-Loire, 7 M 42 : enquête sur le labourage, 1811.
87 Désert Karine, Les Paysages ruraux dans la région de La Guerche de Bretagne au xviii e siècle, mémoire de maîtrise, université Rennes 2,1999, 180 p.
88 Les qualités de ces végétaux ont été étudiées par Antoine Paillet à partir de l'étude des haies du Bourbonnais. Mis à part les ajoncs, les haies bocagères de l'Ouest se composent des mêmes végétaux et ceux- ci sont traités de la même manière. Voir : Paillet, Antoine, « Étude archéologique des haies de bocage bourbonnaises », Revue d'Archéologie Moderne et d'Archéologie Générale, 1987, n° 5, p. 47-77 et surtout Paillet Antoine, Archéologie de l'agriculture en Bourbonnais..., op. cit.
89 Usages et règlements locaux ayant force de loi dans le département d'Ille et Vilaine... publiés par C. Quernest, Rennes, Verdier, 1850, 227 p.
90 Désert Karine, Les Paysages ruraux dans la région de La Guerche... maîtrise citée.
91 Arch. dép. du Maine-et-Loire, 7 M 42 : enquête sur le labourage, 1811, canton de Cholet : « depuis 15 ans le manque de bras fait que les fossés ne sont plus curés : les bois marmentaux ne sont plus défendus de la dent des bestiaux et les chemins sont impraticables ».
92 Ceci n'est vrai que dans certains cas particuliers (fonds de vallées). Il s'agit alors de haies sans talus.
93 Bouhier, Abel, « Le Bassin de Laval. Problèmes de structure agraire et d'économie rurale étudiés à la lumière de quelques exemples. Première partie : la structure des terroirs, les parcellaires et la conquête des sols ». Bulletin du Cercle d'Études géographiques du Bas-Maine, janvier-mars 1953, p. 3-22.
94 Antoine, Annie, Fiefs et villages... op. cit., p. 115.
95 Désert Karine, Les paysages ruraux dans la région de La Guerche... maîtrise citée.
96 Usages et règlements locaux ayant force de loi dans le département d'Ille et Vilaine... op. cit.
97 Arch. dép. du Maine-et-Loire, 7 M 42 : enquête sur le labourage, 1811.
98 Même source.
99 Les Palis du Redonnais, Rennes, délégation régionale à l'environnement, Document réalisé par P. Le Louarn et l. Garreau, 1976, 21 p. + 9 cartes.
100 Bouhier, Abel, La Galice. Essai géographique d'analyse et d'interprétation d'un vieux complexe agraire, La Roche- sur-Yon, chez l'Auteur, 1979, 2 vol., xiv-1790 p. + pl.
101 Usages locaux du canton de Malestroit, 1855, Arch. dép. du Morbihan, 7 M 1.
102 Elles sont mentionnées dans la Coutume du Maine qui reconnaît ainsi l'existence de terres non divisées par des clôtures. Leur apposition doit être autorisée par la justice (ceci visant à éviter que les fresches ne soient partagées sans l'accord du seigneur). Article ccxcvii : « Frarescheurs ne peuvent mettre bournes ès choses divisées sans appeler justice ; celui qui possède un héritage en indivis ne peut y planter bornes sans le consentement de son compagnon. Si par un ravage des eaux les bornes et devises auraient été emportées, le juge les doit replanter », cf : Bodeau, Julien, Les Coutumes du pays et comté du Maine avec les commentaires de Me Julien Bodereau, avocat en la sénéchaussée et siège présidial du Mans, Paris, Gervais Alliot, 1645, 734 p. (citation p. 402).
103 Beautemps-Beaupré, Charles-Jean, Coutumes et institutions de l.'Anjou et du Maine antérieures au xvi e siècle, textes et documents, avec notes et dissertations, par M. C.-J. Beautemps-Beaupré..., Paris, A. Durand et Pe- done-Lauriel éditeurs, 1877-1897, 8 vol. lère partie : Coutumes et styles. 4 vol. ; 2ème partie : Recherches sur les juridictions de l'Anjou et du Maine pendant la période féodale, 4 vol.
104 Bodreau, Julien, Les Coutumes du pays et comté du Maine avec Us commentaires de Me julien Bodereau, avocat en la sénéchaussée et siège présidial du Mans, Paris, Gervais Alliot, 1645, 734 p. Citation p. 402-403.
105 Le Méné, Michel, Les Campagnes angevines... op. cit., p. 119.
106 Cf. ci-dessus carte de la Baillée de La Prasle [Écommoy], coloriage par propriétaires.
107 Antoine, Annie, Fiefs et Villages..., op. cit., p. 209 et suivantes.
108 Le Méné, Michel, Les Campagnes angevines... op. cit., p. 120.
109 Bodreau, Julien, Les Coutumes du pays et comté du Maine..., op. cit., p. 402 (art. 297) et Trottier, M., Principe des coutumes d'Anjou et du Maine avec le texte de ces deux coutumes qui formera le second volume, par M. Trottier, avocat et docteur agrégé à Angers, 2 tomes, Angers, Mame, 1783, tome 1, p. 4.
110 Bodreau, Julien, Les Coutumes du pays et comté du Maine..., op. cit., p. 24.
111 Trottier...p. 5. Si cette notion de basse-justice a eu du sens dans des périodes plus anciennes, à la fin de l'Ancien Régime, elle est très peu significative dans le Maine. Les seigneurs s'y répartissent entre ceux qui ont la justice contentieuse et ceux qui n'ont que la justice foncière. Certains auteurs assimilent alors la basse-justice et la justice foncière ; dans ce cas, avoir la basse-justice ne permet pas autre chose que de se faire rendre les obéissances féodales et censives.
112 Pour la coutume réformée en 1580, deux textes ont été utilisés : la première édition de celui de Bertrand d'Argentré (1613) et la troisième de celui de Poullain du Parc (1783). La Très Ancienne Coutume a été utilisée dans l'édition faite par Marcel Planiol en 1896 (édition d'après le manuscrit A conservé à la bibliothèque de Rennes, daté de 1491 et du manuscrit H de la BN, sd) : Planiol, Marcel, La Tris Ancienne Coutume de Bretagne avec les assises, constitutions de Parlement et ordonnances ducales, Rennes, J. Plihon et L. Hervé, 1896, 566 p.
113 Ces aspects seront évoqués au chapitre suivant.
114 Argentré, Bertrand d', Commentarii in patrias Britonum leges, seu consuetidines generales antiquissimi ducatus Britannaiae, suivis des coutumes générales du pays et duché de Bretagne réformées en 1580, Paris, Nicolas Buon, 1613-1614.
115 Poullain Du Parc, Augustin-Marie, La Coutume et la jurisprudence coutumière de Bretagne dans leur ordre naturel. Rennes, G. Vatar, 1759, 372 p. ; 2ème éd., id., 1778, 448 p. ; 3ème éd., id., 1783, xxiv-438 p.
116 Planiol, Marcel, La Très Ancienne Coutume de Bretagne... op. cit. Ce texte a principalement été établi à partir du manuscrit de 1380 ; ceci sera expliqué au chapitre suivant. Pour faciliter l'identification des deux coutumes, les citations de la Très Ancienne Coutume seront mises en italique.
117 Terres brandonnées : terres dont l'entrée est symboliquement interdite par un bouchon de paille. Ceci sera également évoqué au chapitre suivant. La même disposition existe dans la Coutume de Normandie, cf. Sion, Jules, Les Paysans de la Normandie orientale. Etude géographique sur les populations rurales du Caux et du Bray. du Vexin normand, de la vallée de la Seine, Paris, Colin, 1908, 544 p.
118 Réponse du préfet de la Mayenne à une lettre du Ministre de l'Intérieur demandant des renseignements sur l'agriculture, 15 septembre 1809, Arch. dép. de la Mayenne, 7 M 277.
119 Pichot, Recueil de Sentences, Bibliothèque municipale de Laval, ms 210.
120 Ibid., ms 210.
121 Ibid., ms 210.
122 Ibid., ms 211.
123 Réponse du préfet de la Mayenne à une lettre du Ministre de l'Intérieur demandant des renseignements sur l'agriculture, 15 septembre 1809, Arch. dép. de la Mayenne, 7 M 277.
124 Du Fail, Noël, Propos rustiques, texte établi d'après l'éd. de 1549, introd., notes et glossaire par Gabriel- André Pérouse et Roger Dubuis, Genève, Librairie Droz, Collection : Textes littéraires français, 1994 187 p.
125 Ibid., p. 66.
126 Ibid., p. 67.
127 Pichot, Recueil de Sentences, ms 211, 20 juin 1733.
128 Ibid., ms 212,11 avril 1739.
129 Ibid., ms 211.
130 Bonnaud, Pierre, « Sur la Constitution du bocage en France », Hommage au Professeur f. Dussart, Bulletin de la Société Géographique de Liège, Liège 1979, p. 301 -322.
131 Ibid., p. 303.
132 Ibid., p. 308.
133 Ibid., p. 308.
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