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  • Chapitre 2. L'historien et le paysage
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    Plan

    Plan détaillé Texte intégral Une conception évolutive Un traitement archéologique Une interprétation sociale Graphique 1 - La hiérarchie fiscale de 20 paroisses de l'élection de Laval (1770-1780) Graphique 2 - La hiérarchie fiscale de la paroisse de Marly-la-Ville en 1746 Notes de bas de page

    Le paysage de l'historien

    Ce livre est recensé par

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    Table des matières

    Chapitre 2. L'historien et le paysage

    p. 47-70

    Texte intégral Une conception évolutive Une histoire du bocageLes incertitudes des archéologuesLes hésitations des médiévistesUne histoire de l'utilisation du bocageDémêler les finalités de la haieAnalyser les finalités de la haie à une époque donnéeOrganiser la coexistence élevage/ cultures Un traitement archéologique Qu'est-ce qu'une archéologie du paysage ?Observer les traces d'une activité agricole ancienneDes phénomènes visibles à la surface du solLe naturel et le construitUne histoire rurale conçue « dans une perspective écologique »Le naturel des sociétés rurales anciennesLe construit et le cultivéL'outil et la techniqueDes objets, des outils, des techniquesLes limites du recours à l'observation Une interprétation sociale Parcellaires et structures sociales Graphique 1 - La hiérarchie fiscale de 20 paroisses de l'élection de Laval (1770-1780) Graphique 2 - La hiérarchie fiscale de la paroisse de Marly-la-Ville en 1746 Un pays de petites exploitations indépendantesEspaces privés et espaces collectifs Notes de bas de page

    Texte intégral

    1Le paysage : un objet et un regard. Le propos de ce chapitre consistera à donner un contenu et des limites à ce regard, à déterminer quelles questions un historien peut poser à un paysage. L'objet, qui sera étudié de manière plus détaillée dans la suite de ce travail, ce sont les bocages de l'Ouest. C'est un exemple, et on imagine qu'une étude semblable pourrait être menée sur les paysages de montagne, les plaines céréalières, les paysages méditerranéens...

    2Ce regard porté sur un paysage ancien nous semble devoir être orienté selon une triple thématique : une perspective diachronique, un traitement archéologique et une interprétation sociale. Le paysage sera d'abord regardé comme un élément évolutif que l'on tentera de saisir à un moment de son histoire. Il ne s'agit pas de porter un regard régressif sur un paysage contemporain pour essayer d'en reconstituer les caractères antérieurs, mais de le considérer à un moment de son histoire comme le résultat d'une évolution au cours de laquelle son aspect et ses utilisations n'ont pas toujours été les mêmes. Nous tenterons de saisir en même temps son aspect et ses finalités. D'autre part, le choix d'étudier un paysage construit, le bocage (mais ce caractère d'espace construit serait également attribué à tout autre paysage rural, et a fortiori à un paysage non rural), fait que les éléments de ce paysage seront considérés comme des objets, et à ce titre susceptibles d'une analyse archéologique. Il n'y a pas d'archéologie que de l'enfoui, l'objet de surface est également susceptible d'une interprétation de type archéologique : l'archéologie ne cherche plus seulement des objets rares et isolés, elle cherche à analyser et à interpréter des ensembles d'objets que leur proximité rend significatifs. Les arbres, les haies, les bâtiments, les chemins, les sillons des champs et les fossés qui entourent les landes nous semblent avoir ce statut d'objets banals et quotidiens qui s'organisent et s'expliquent à l'intérieur d'un système global. La recherche des rapports existant entre le paysage et la société contribuera à donner du sens à cet ensemble. On sait depuis longtemps qu'il existe une structure sociale et surtout des rapports sociaux que l'on estime être caractéristiques de l'Ouest. La spécificité sociale, et plus tard politique, des régions bocagères de l'Ouest est un thème classique de l'historiographie. Nous chercherons à regarder le paysage en liaison avec ce que l'on sait des structures sociales et à chercher des prolongements à cette analyse dans d'autres sociétés bocagères.

    Une conception évolutive

    3L'histoire rurale a été écrite, dans sa grande majorité, par des historiens pensant en termes de structure, de conjoncture, de temps court et de temps long. Leur travaux ont, dans leur quasi totalité, un fort ancrage régional1 et beaucoup d'entre eux font de la diversité des milieux une composante essentielle de l'histoire des hommes. Tous sont inscrits dans une histoire qui oppose le temps long des structures au temps court de la conjoncture et qui privilégie l'étude des différentiels de conjoncture. Entre les oscillations rapides des prix des blés, les fluctuations pluri- décennales de la population et les fluctuations pluriséculaires de l'espace occupé par les hommes, c'est le paysage qui s'est trouvé être l'élément le moins changeant, ce qui explique que, dans beaucoup des thèses d'histoire rurale, il soit plus souvent : présenté comme une structure que comme une variable.

    4Or, ce que nous apprennent les travaux récents des archéologues, c'est que la stabilité paysagère n'existe pas et que la permanence des grandes lignes du parcellaire ne peut même pas être regardée comme une donnée générale2 ; il ne faut pas, dans l'Ouest tout particulièrement, chercher de continuité entre les paysages actuels et les paysages du passé3 : les haies médiévales ou modernes ne reproduisent ni ne continuent des structures antérieures.

    Une histoire du bocage

    5L'Ouest n'a pas toujours été un paysage de bocage. Géographes et historiens le disent depuis plusieurs années, les contemporains en avaient le sentiment et les travaux récents des archéologues et des historiens médiévistes commencent à le prouver. En 1972, Jean Meyer avait consacré un article à « L'évolution des idées sur le bocage en Bretagne » dans lequel il faisait un bilan de ce que l'on savait alors sur les origines du bocage4. Peu de choses, selon lui, pour la Bretagne, alors que l'on en savait plus pour les régions périphériques, notamment le Poitou, où Louis Merle avait montré la formation concomitante, à partir des xv e - xvi e siècles, de la métairie et des structures bocagères5. Et il reprenait une phrase qu'il attribuait à Julien Gracq : « Néolithiques, nos haies, ou celtiques ? À l'expérience, il n'est même pas sûr qu'elles se révèlent médiévales»'. La connaissance des afféagements du duché de Penthièvre 6 lui permettait alors de formuler plusieurs affirmations sur le rôle des landes (support essentiel de l'élevage du gros bétail) et celui des clôtures (instrument d'appropriation de la lande et protection contre le bétail de la parcelle défrichée) : le bocage avait été l'instrument de la conquête des landes et leur défrichement s'était accompagné, dans la première moitié du xix e siècle d'un processus d'embocagement. En Bretagne, le bocage progressait depuis le x e siècle, mais les xvii e et xviii e siècles constituèrent dans ce phénomène qui ne s'acheva qu'à la fin du xix e siècle, une période de relative stabilité 7.

    6Il semble que les contemporains n'aient pas été insensibles à cette évolution. Duchemin de Villiers, qui écrit entre 1837 et 1843, déplore la perte du chartrier des ducs de la Tremoïlle, brûlé en 1794 ; il évoque tous les renseignements que l'on aurait pu y trouver et en particulier des informations sur l'époque à laquelle se sont généralisées les clôtures dans le Maine : « On verrait donc dans un pareil recueil la liste de toutes les familles qui ont occupé et possédé la ville et les campagnes depuis un très long temps [...], le genre de cultures et de productions de chaque siècle, très probablement aussi l'époque de l'usage général des clôtures » 8, ce qui montre que les érudits du milieu du xix e siècle savaient parfaitement que le bocage n'était pas là de toute antiquité.

    7Le point de vue des géographes

    8Que l'Ouest n'ait pas toujours été un bocage est une idée admise depuis longtemps. En 1941, il ne faisait aucun doute pour les géographes qui commençaient alors à s'intéresser aux structures agraires de la Bretagne que le bocage qu'ils avaient alors sous les yeux n'avait pas toujours été là : « Dans le cartulaire de Redon, la Bretagne du x e siècle apparaît comme un pays où les enclos sont très rares au milieu de vastes espaces incultes et découverts » 9. Ces géographes qui observent autour d'eux un bocage presque parfait remarquent que les documents anciens — il s'agit alors des cadastres napoléoniens — leur montrent un état beaucoup moins achevé de ce paysage. Dans le même article, Marcel Gautier observe que la forme des champs n'a que très peu à voir avec la topographie et signale, sur les cadastres anciens, « des aspects singuliers », des « bizarreries » : de vastes labours « fait inaccoutumé dans la région où les parcelles atteignent en moyenne 1 à 2 ha » et surtout « de longs champs qui s'incurvent en arcs de cercles emboîtés les uns dans les autres », dans lequel il « croit reconnaître le morcellement caractéristique des pays d'openfield » et qu'il interprète comme la conséquence des partages successoraux entre paysans10. Il a rencontré ainsi ce qui sera identifié quelques années plus tard comme les méjous. À la même époque (1941), le laboratoire de géographie de l'université de Rennes, dirigé par André Meynier, commence une enquête sur le bocage breton11 afin de repérer ces formes circulaires qui troublent l'ordonnance bocagère. Les premières interprétations qui en sont faites les rattachent à des structures très anciennes, tels les alignements mégalithiques12.

    9Même s'ils se trompent d'abord sur l'ancienneté réelle des structures bocagères, les géographes bretons savent depuis plus d'un demi-siècle que l'Ouest n'a pas toujours été un bocage et surtout pas un bocage semblable à celui qu'ils pouvaient observer au milieu du xx e siècle quand ils ont commencé à l'étudier. On sait que, depuis l'époque médiévale et au moins jusqu'à la fin de l'époque moderne, les paysages de l'Ouest ont été faits de la coexistence d'espaces enclos et de vastes îlots d'openfield13 ; on sait aussi que la proportion des uns et des autres a varié au cours du temps et que, de l'époque du cartulaire de Redon au milieu du xix e siècle, le bocage s'est densifié dans l'Ouest. Entre les deux, on dispose de quelques jalons tels les différentes rédactions de la Coutume, le manuscrit de la Vilaine, les enquêtes du xviii e et du début du xix e siècle.

    Les incertitudes des archéologues

    10Actuellement, ce sont surtout archéologues et médiévistes qui s'intéressent aux : structures paysagères de l'Ouest. Même si l'ensemble des sites étudiés ne se laisse pas encore relier dans un déroulement chronologique cohérent, on commence à avoir une meilleure connaissance de ce que l'on peut considérer comme le début de l'histoire. Deux types de structures ont retenu l'attention des archéologues : les parcellaires fossoyés et les ellipses bocagères. Ils repèrent en effet, pour les périodes proto-historiquese, des parcellaires enclos qui pourraient évoquer ce que l'on ne qualifiera pas encore de bocage. Ces proto-bocages dont la fouille ou la photographie aérienne révèle l'existence ne sont pas les ancêtres des parcellaires ultérieurs : ils sont discordants entre eux et souvent discordants par rapport aux parcellaires médiévaux. Dans un article publié en 198014, Mickael Batt et Pierre- Rolland Giott évoquaient la recherche en Bretagne de « champs celtiques », c'est-à-dire de « petites parcelles encloses, plus ou moins rectangulaires, lopins dans les dimensions de ce qui peut être cultivé avec des outils à bras ou des araires traçant juste un sillon, dans le voisinage d'une cabane d'habitation », structure que l'on trouve dans toute l'Europe du nord-ouest. Des fouilles ont seulement permis d'en identifier sous les dunes de Plougoulm à Tévenn et Kerbrat15 et les deux auteurs estiment qu'il ne serait pas raisonnable de rechercher à en identifier sur les cadastres uniquement par comparaison des formes, car leur perpétuation par intégration dans les parcellaires ultérieurs est des plus problématiques : « il est bien rare que les enclos des fermes indigènes de l'âge du Fer ou des débuts de l'époque gallo- romaine se retrouvent dans le parcellaire moderne ».

    11Plus récemment, l'exploitation d'un dossier archéologique concernant le Porhoet16, région située à une quarantaine de kilomètres à l'ouest de Rennes, amène Maurice Gautier aux mêmes conclusions : tout n'est que discordances. Une des formes que révèle le plus souvent la photo-interprétation ou la prospection aérienne à basse altitude est l'association d'un parcellaire fossoyé à un ou plusieurs enclos d'habitat. Ces parcellaires quadrillés incluant des éléments d'habitat, associés à une régularisation du parcellaire « à une époque qu'il faudrait mieux pouvoir cerner » ne semblent pas pourvoir être datés précisément : tout au plus sont-ils dits « antiques » dans cet article, et ils semblent parfois être associés à de petites villae. Mais l'essentiel, c'est que ces parcellaires fossoyés dans lesquels on pourrait être tenté de voir des structures à forte rémanence susceptibles d'orienter durablement le parcellaire ultérieur, ne présentent aucune corrélation significative avec les formes observées sur le plan cadastral napoléonien : on observe parfois des continuités, mais « il y a le plus souvent discordance entre les formes et les orientations » de ces parcellaires anciens et le cadastre du xix e siècle17.

    12La question des ellipses bocagères, ces méjous qu'avaient découvert les géographes bretons au milieu du siècle18, amène à des conclusions similaires : l'histoire des parcellaires antiques et surtout le passage des parcellaires antiques aux parcellaires médiévaux puis modernes sont faits de plus de discontinuités et d'hésitations que de permanences et de certitudes. Mickael Batt et Pierre-Rolland Giott19 remarquent que les dimensions et les formes des méjous rappellent les systèmes de champs associés à des villae romaines en Somerset et en Gloucestershire et que, d'autre part, beaucoup de ces ellipses de champs ouverts se trouvent dans des zones d'occupation primaire des immigrants bretons. Ils ne pensent pas pourtant qu'il faille en conclure que ce système agraire est une importation d'origine insulaire : « cela veut simplement suggérer qu'il peut y avoir un lien entre la disposition des champs de l'époque romaine tardive et le développement médiéval des zones de champs ouverts ou méjous »20. Un fait pourrait aller dans le sens d'une éventuelle continuité des parcellaires des villae à ceux des méjou s : à l'époque mérovingienne comme à l'époque carolingienne, les terres d'anciennes villae gallo-romaines furent souvent données, en bloc, à des abbayes.

    13La plus grande prudence semble en effet être de mise chez les archéologues en ce qui concerne les origines des méjous. Ils insistent sur le fait que la ressemblance des formes n'implique pas la continuité des structures, loin s'en faut21. L'analyse du site de La Boulais en Saint-Brieuc-de-Mauron [Morbihan] par des archéologues rennais22 fait apparaître qu'une « vaste ellipse bocagère bordée par un large chemin a livré, en photo-interprétation, un aménagement agraire en totale discordance avec le dessin parcellaire observé sur le cadastre napoléonien ». Cette ellipse a été observée après que les travaux de remembrement l'aient vidée de son contenu bocager ; sont alors apparues les traces de probables enclos d'habitat et de limites agraires fossoyées. Ces limites fossoyées seraient antérieures à la création de l'ellipse puisque celle-ci les recoupe : les auteurs estiment donc que les ellipses, qui. vont ensuite donner les méjous, ne seraient pas originelles mais devraient être interprétées comme des retours à la friche. Pour cet espace (La Boulais), la succession des parcellaires pourrait être la suivante : 1- un parcellaire fossoyé de forme géométrique associé à un habitat, 2- une ellipse faite de terrains ouverts d'abord en friche puis travaillés (un méjou), 3- l'embocagement de cette ellipse à la fin de l'époque moderne ou au cours du xix e siècle, 4- le remembrement et la disparition du parcellaire bocager dans la seconde moitié du xx e siècle. D'autres sites livrent également, en arrière-plan des anciennes ellipses bocagères, des parcellaires fossiles plus anciens organisés à partir d'enclos et de fossés agraires23. Les travaux de : Jean-Claude Meuret menés dans la forêt de La Guerche réalisés à partir des textes, de la toponymie et des données archéologiques, montrent que certaines de ces ellipses correspondent à des défrichements médiévaux : elles seraient dans ce cas plus récentes que cela a souvent été affirmé.

    14Beaucoup d'incertitudes dans ces travaux, dont il ressort cependant que plusieurs états du parcellaire, parfaitement discordants, se sont succédés avant même l'implantation du parcellaire que l'on retrouve sur le cadastre napoléonien. Pourquoi d'ailleurs s'obstiner à imaginer coûte que coûte la continuité des parcellaires ? Les géographes nous l'expliquent parfaitement : les qualités d'un espace sont fonction des conditions techniques, économiques, sociales dans lesquelles se pratique l'agriculture à un moment donné, « aussi des facteurs multiples conditionnent l'effacement ou la conservation plus ou moins partielle des parcellaires anciens »24. Les incertitudes sont encore plus grandes sur les paysages auxquels correspondaient ces parcellaires. La forme la plus souvent observée par les archéologue se compose de l'association d'un parcellaire fossoyé à un ou plusieurs enclos d'habitat. Mais le propre de l'archéologie aérienne est de ne rien laisser imaginer des volumes des objets identifiés car « les parcellaires ne sont pas des paysages »25. À quoi correspondaient ces formes fossoyées ? Fossé, haie sur talus, haie avec haie avec talus et fossé ? Et à quoi servaient-elles ? Matérialiser une limite de propriété, clore pour protéger des cultures, délimiter des enclos à bétail, servir de brise-vent ou de fossé de drainage ? Autant dire qu'on ne sait à peu près rien de l'aspect du paysage avant le bocage. On aimerait disposer de croquis semblables à ceux qui ont été faits en Bourgogne pour retracer les états successifs du paysage d'un même espace depuis les premières implantations humaines26 ; les connaissances relatives aux parcellaires anté-bocagers de l'Ouest sont vraisemblablement encore trop fragmentaires, mal raccrochées les unes aux autres et à une chronologie générale pour l'autoriser.

    Les hésitations des médiévistes

    15Quand les historiens médiévistes arrivent sur le chantier, ils n'y trouvent pas encore le bocage mais ils y rencontrent quelques haies ou du moins des mots qui évoquent la haie et sur le sens desquels ils commencent fort justement à s'interroger. On aimerait disposer, pour le milieu rural d'une étude qui tenterait l'articulation entre le paysage des archéologues et celui des médiévistes27 ; le hiatus est chronologique mais il est aussi dû au changement de type de sources : on passe de l'objet ou de l'indice archéologique à de l'archive-texte, on ne s'interroge plus sur l'organisation des objets, mais sur le sens des mots.

    16Dans les chartes les plus anciennes du Cartulaire de Redon (273 chartes du ix e siècle)28, la structure foncière la plus caractéristique est le ran, lot de terre identifié par un nom de personne. Une partie des limites est matérialisée par des fossés, mais on ne relève pas de ran entièrement cerné de fossés : « incontestablement, la dominante du paysage cultivé reste le champ ouvert, la Champagne »29 ; même si elles apparaissent assez peu dans ces documents qui privilégient les terres cultivées, « il n'est pas douteux que les terres incultes, les landes et les zones boisées occupent la majeure partie de l'espace »30. Avant le x e siècle, la région de Vannes, à laquelle s'appliquent particulièrement ces textes, ne présentait pas la moindre trace d'un bocage. Dans le Maine, les premières mentions de clôture apparaissent au xi e siècle31 : ce sont les fossatum (fossés et talus portant la haie), haia désignant encore à cette époque des parcelles forestières limitrophes de petite étendue32. Au XIIIe, haia prend son sens de haie ; il y a aussi des palissades qui entourent les habitations. Mais « tout cela ne constitue cependant pas un bocage car le système de délimitation est encore mixte ; bornes et haies sont utilisées concurremment »33.

    17À partir du moment où les défrichements permettent une activité rurale notable, on commence à cerner un peu mieux l'aspect du paysage. Si l'Ouest est un pays boisé, il n'est pas un bocage selon la définition contemporaine qu'en donnent les géographes, celui d'un système d'enclos formé de haies vives constituant un réseau continu. Le bocage médiéval est plus proche du sens ancien du terme, celui de pays boisé. En témoignent la variété des mots servant à définir des haies et les divers sens du mot haia 34 , forêt royale mise en défens, parcelle de forêt aménagée pour servir de défense à des limites territoriales, suggèrent beaucoup plus un paysage proche des woodlands anglais, espaces mi-agricoles mi-forestiers, qu'un bocage organisé comme celui que décrivent les géographes contemporains.

    18D'autre part, les haies médiévales ne délimitent pas des parcelles d'exploitation35. Au xi e siècle, dans les chartes du cartulaire de Redon, les haies ne délimitent les parcelles que sur un seul côté, ou sur deux, mais jamais sur la totalité du pourtour36. Cette structure s'apparente d'avantage aux grandes surfaces de labours entourées globalement d'une haie, les méjous, qu'à un parcellaire bocager classique. Les haies des xi e et xii e siècles délimitent une seigneurie, le ressort de la coutume et des droits de justice. Avant le xii e siècle, les haies entourant des parcelles (sepes plutôt que haia) sont rares. Au xii e siècle, on trouve des prés enclos en Anjou pour drainer et aussi pour retenir le bétail. Il y a quelques constructions de haies (sepes) dans les sources du xi e siècle, mais la majorité des haies des textes médiévaux sont des haies résiduelles, témoins de défrichements. C'est le cas de celles qui sont aménagées pour la chasse, de celles qui matérialisaient les limites de seigneurie. Ces haies sont des ceintures forestières qui peuvent atteindre plusieurs dizaines de mètres de large ; elles ne constituent évidemment pas un bocage au sens contemporain du terme. Le bocage médiéval se met en place à partir d'un milieu largement forestier : il semble qu'il en conserve longtemps des caractères. Et, nous dit encore Elisabeth Zadora-Rio, ces haies diverses, reliques forestières larges ou haies construites sur talus, ont une fonction juridique et non agraire elles ne délimitent pas les parcelles d'exploitation mais entourent de vastes ensembles réunissant des terres arables, des prés et des bois qui sont à l'origine des ellipses bocagères que l'on observe dans le parcellaire actuel.

    19Pour la fin de l'époque médiévale et les débuts de l'époque moderne, si la formation du bocage a été étudiée pour le Poitou, elle reste plus obscure pour la Bretagne37. Le manuscrit de la Vilaine de 1543 constitue un maillon essentiel pour la connaissance de l'évolution du bocage entre les xiii e et xviii e siècles38. Les 22 planches qui représentent le cours de la Vilaine entre Rennes et Redon montrent assez largement le paysage qui s'étend de part et d'autre du fleuve : coexistent alors des zones d'enclos qui constituent de « vrais » bocages et des espaces encore totalement ouverts, des champagnes. Ce document représente une étape dans le processus d'embocagement39 : les clôtures semblent s'être densifiées par rapport à ce que suggéraient les sources antérieures, mais elles ne forment pas encore un serré et complet. Les parcelles closes sont souvent des prairies et on les trouve en priorité autour des manoirs, ce qui suggérerait une progression du bocage plus précoce sur les terres aristocratiques que sur les terres paysannes.

    20De ce flash-back sur l'histoire du bocage, on peut tirer, du point de vue qui nous intéresse, deux conclusions. La première est d'ordre informatif : il ne faut pas chercher avant les x e et xi e siècles l'origine des parcellaires dont le cadastre napoléonien nous donne un état que nous avons tendance à considérer comme achevé. La seconde est d'ordre méthodologique : ce proto-bocage fait de vastes espaces enclos, de haies-reliques et de forêts non encore entamées, n'a pas les mêmes fonctions que celles du bocage moderne puis du bocage contemporain. Il y a une histoire du paysage, mais il y a aussi une histoire des utilisations du paysage.

    Une histoire de l'utilisation du bocage

    Démêler les finalités de la haie

    21Il importe donc de dissocier les causes de la création d'un paysage de son utilisation ultérieure. Ce rapide survol de ce que l'on sait sur les origines des paysages de l'Ouest bocager montre qu'il n'y a pas de permanence et de stabilité des structures du paysage sur le très long terme. Mais inversement, il faut aussi remarquer que le bocage, entre le moment où l'on commence à en percevoir les premiers développements et l'époque contemporaine, est, à l'échelle du temps humain, une structure qui a profondément marqué l'Ouest de la France. Son statut d'ouvrage construit ainsi que son caractère naturel - l'arbre de la haie croît, meurt et est remplacé par un autre — lui confèrent une importante rémanence. Le bocage a été le lieu où se sont développés des systèmes agraires fort différents. À chaque époque de son histoire le bocage a toujours été un objet hérité, plus ou moins bien adapté aux besoins des sociétés qui l'utilisaient, et susceptible, de ce fait, de transformations.

    22L'abondance des discours tenus sur le rôle des haies au moment où un grand nombre d'entre elles sont en train de disparaître reflète la confusion qui règne en ce domaine. Confusion de la haie et du bocage d'une part (on attribue souvent au bocage les fonctions de la haie), confusion ensuite entre les finalités que des époques différentes donnent aux mêmes structures paysagères, jugements contradictoires enfin portés sur un même type de paysage. Alors que le xix e siècle a fait le procès d'un bocage dans lequel se cachent les chouans et s'embourbent les charrettes, les discours contemporains ne tarissent pas d'éloges sur le bocage. La haie est à la fois un brise-vent, un système de drainage, un obstacle à l'érosion, un barrage pour les pollutions, un refuge pour la biodiversité... et un cadre de loisir agréable. Il est possible que le bocage ait effectivement ces qualités, mais ce n'est pas pour ces raisons qu'il a été construit. On assiste actuellement à une récupération des espaces bocagers afin de leur donner des finalités radicalement différentes de celles pour lesquelles ils ont été créés.

    Analyser les finalités de la haie à une époque donnée

    23Il faut prendre en compte non tant les finalités qui ont présidé à sa création que celles pour lesquelles il est utilisé à un moment donné. Dans un article de la revue Ramage, Antoine Paillet, après avoir rappelé le statut d'ouvrage fabriqué de la haie bocagère — ce qui en fait, à ses yeux, un objet « archéologique » au même titre que tous les autres produits du travail humain — expliquait qu'il fallait chercher « quelles étaient les fins incluses dans sa fabrication par opposition aux effets qui lui étaient consécutifs, principalement dus à l'emploi de matériaux végétaux vivants »40. Les haies qu'analyse Antoine Paillet ont pour finalités premières de servir de cages et d'abris pour le bétail, de bornage pour les propriétés, d'usine pour la production de bois. Que ces haies soient ensuite écran visuel, coupe-vent, abri de la biodiversité, élément esthétique... est une autre affaire. Ces finalités sont parfaitement datées : ce sont celles des haies du Bourbonnais après la révolution herbagère du xix e siècle, mais avant la mécanisation massive de la seconde moitié du xx e siècle. On pourrait certainement donner exactement la même définition des haies d'une bonne partie de l'Ouest à la même époque. Par contre, les finalités de la haie bocagère ne sont pas les mêmes avant la révolution herbagère.

    24L'utilisation d'un paysage ne peut s'analyser que de manière diachronique, ou, pour le moins, en la fixant dans le temps. Le paysage dure plus longtemps que les raisons qui ont présidé à sa mise en place. Nul ne s'étonne qu'un bâtiment soit d'abord château défensif, puis résidence, puis musée. Il en va de même pour le bocage qui est également un objet fabriqué. Une société hérite d'un paysage qui ne : correspond jamais exactement à ses besoins : elle l'adapte et le fait évoluer tant qu'elle lui trouve des usages. Faute d'avoir pris en compte cette évolution des utilisations d'un même objet, géographes et historiens se sont un peu perdus dans des querelles qui semblaient de définition et qui résultaient en fait de la confusion de trois questions : celle de l'époque de la mise en place du bocage, celle de ses finalités au moment de sa création, celle de son utilisation à une période donnée. En témoigne un intéressant article de Louis Chaumeil, publié en 1953, au moment où les géographes rennais travaillaient sur les formes du bocage breton et s'interrogeaient sur son utilisation41. Il y affirme être en désaccord complet avec André Meynier, pour qui la clôture symbolise la propriété individuelle42, et avec André Guilcher pour qui la clôture est également un signe d'appropriation de la terre, et ce depuis le xi e siècle43. Selon Louis Chaumeil, toutes ces affirmations sont fausses : « la clôture n'a pas cette valeur essentielle. Elle a été, initialement, autour du pacage, une fermeture [souligné par l'auteur] pour empêcher l'évasion du bétail, et autour du champ une défense contre les dommages aux récoltes causés par le bétail »44. En fait, ces trois auteurs font référence à des périodes différentes de l'utilisation des haies. Il est probable que la haie a eu à l'origine une fonction d'appropriation et qu'elle a gardé assez longtemps cette fonction — les historiens médiévistes en témoignent — mais Louis Chaumeil a lu la Très Ancienne Coutume de Bretagne : dans ce texte datant de la fin du xiv e siècle, les haies sont essentiellement présentées dans leurs rapports avec le système d'élevage.

    Organiser la coexistence élevage/ cultures

    25Les bocages de l'époque moderne correspondent à la nécessité d'organiser la coexistence élevage/cultures dans un certain contexte technique et économique : le principe est de faire un peu plus d'élevage que ce qu'autoriseraient les seules prairies de qualité et donc d'utiliser en complément toutes les ressources de l'inculte45. Les bocages de l'Ouest sont des régions d'élevage à l'époque moderne, mais comme la spécialisation ne prend pas les mêmes formes dans les économies anciennes et dans les économies contemporaines, ce sont aussi, par nécessité alimentaire, des régions de culture. La coexistence élevage/culture implique de distinguer trois types d'espaces : les espaces qui produisent la nourriture d'hiver des animaux (prairies produisant du foin) ; les espaces où ils pâturent, perpétuellement ou temporairement (pâtis) ainsi que les espaces de secours utilisés quand le fourrage manque (la lande, la broussaille et parfois la forêt) ; les espaces destinés à produire des céréales et sur lesquels les animaux ne font que travailler et fumer. Dans les pays d'openfield, seules les prairies (rares) sont individualisées : pour le reste, les mêmes espaces sont alternativement, au cours d'une même année, champs de céréales et pâturages. Au contraire, dans les pays de bocage, il y a individualisation des espaces destinés à ces trois fonctions (même si les limites ne sont pas toujours très strictes entre ces catégories), ce qui autorise pleinement les pratiques d'agriculture individuelle.

    26Cette utilisation particulière de l'espace rattache les bocages de l'Ouest de la France à d'autres espaces producteurs d'animaux de l'Europe à l'époque moderne : le « système atlantique » correspond à l'établissement d'un bocage primitif qui permet le cloisonnement permanent de parcelles où alternent, en phases discordantes, des périodes de culture et de mise en herbage temporaire »46. Ces herbages commencent par un stade d'engazonnement suivi ensuite de végétation ligneuse plus ou moins spontanée ; les rotations culturales peuvent comprendre des incultes durant une vingtaine d'années. Globalement, les bocages appartiennent aux espaces d'utilisation extensive ou semi-extensive par opposition aux espaces beaucoup plus largement producteurs de céréales.

    27Le bocage apparaît ainsi comme un état non permanent du paysage de l'Ouest, mais assez durable pour que les utilisations n'en aient pas toujours été les mêmes au cours de son histoire. Même si le bocage a quelque peu à voir avec les facteurs climatiques, l'Ouest est pays d'herbe et de pluie, c'est essentiellement à des faits de civilisation qu'il répond et on peut considérer qu'il est lié à une première forme de spécialisation économique des régions de l'Ouest : c'est un paysage construit et non un paysage naturel ou spontané. Compte tenu de sa longue existence, il est, pour chaque état de la société, un paysage hérité qui répond, plus ou moins bien, à ses besoins et qu'elle s'efforce de faire évoluer. Enfin, c'est un paysage utilisé qui correspond à certaines fonctions économiques, sociales, culturelles ; et lorsqu'il n'y correspond plus du tout — l'évolution actuelle des bocages de l'Ouest le montre- on le laisse se dissoudre lentement, ou bien on l'élimine radicalement. C'est parce que le paysage bocager a ce caractère d'objet résultant de l'activité humaine qu'il est susceptible d'une analyse de type archéologique.

    Un traitement archéologique

    28« Il manque à l'archéologie agraire l'essentiel, il lui manque d'exister » écrivait Georges Bertrand il y a une dizaine d'années, dans l'introduction de l'ouvrage dirigé par Jean Guilaine et intitulé Pour une Archéologie agraire 47 . À moins d'accepter résolument de parler de quelque chose qui n'existe pas, utiliser l'expression implique que l'on commence par se livrer à un travail de définition. Les textes susceptibles de guider cette réflexion ne sont pas nombreux48. En dehors des remarques de Georges Bertrand, on retiendra les positions de Philippe Bruneau et Pierre- Yves Balut, directeurs de la Revue d’Archéologie Moderne et d’Archéologie Générale connue sous le nom de Ramage 49 et du côté des historiens, les observations récentes d'Adriaan Verhulst sur l'étude du paysage comme source de l'histoire médiévale50.

    Qu'est-ce qu'une archéologie du paysage ?

    29L'archéologie regroupe une grande quantité de spécialités qui se caractérisent : soit par la période étudiée (archéologie médiévale), soit par la technique d'étude mise en œuvre (archéologie aérienne), soit par l'objet étudié (archéologie industrielle). C'est de cette dernière acception que se rapproche le plus une archéologie du paysage rural.

    Observer les traces d'une activité agricole ancienne

    30Selon Adriaan Verhulst, l'historien médiéviste dispose de trois techniques pour faire du paysage une source pour la connaissance historique : l'utilisation des plans cadastraux et des photographies aériennes, le recours aux sources fiscales ou seigneuriales et, plus récemment, l'observation de l'empreinte humaine à la surface du sol, c'est-à-dire l'archéologie agraire. L'utilisation des cadastres est la méthode la mieux connue et la plus pratiquée ; elle pose pourtant beaucoup de problèmes, surtout pour l'historien des périodes anciennes. Adriaan Verhulst la qualifie de méthode « statique ou formaliste » car elle suppose que l'on accepte le principe d'un caractère immuable ou pour le moins celui d'une évolution très lente des principaux éléments du paysage entre le Moyen Âge et la création du cadastre napoléonien. Quant à la méthode consistant à s'efforcer de reconnaître sur un plan du xix e siècle la partie ancienne d'un parcellaire, elle est susceptible de nombreuses erreurs. La troisième méthode, l'archéologie agraire ou archéologie du paysage, a peu à voir avec l'archive-texte : elle s'appuie sur l'observation de « l'empreinte morphologique et topographique laissée au sol par le travail agricole de l'homme, en premier lieu par le labourage »51. Plus largement, elle s'étend à toutes les constructions agraires, crêtes de labour, fossés, talus... qui ont modelé le micro-relief des parcelles.

    31L'archéologie agraire fait partie en Allemagne de l'archéologie de l'habitat et du peuplement (Siedlungsarchäologie) et en Angleterre de la field archaeology qui a surtout traqué, à l'aide de la photographie aérienne, les champs au sol ondulé, témoins des anciens ridges and furrows antérieurs aux enclosures et à la mise en herbe des terres52. En France, l'expression d'archéologie agraire a été introduite de manière fort discrète dans un article des Annales de Géographie en 193553, et les travaux sur les traces laissées à la surface du sol par des labours anciens n'y ont pas pris l'importance qu'ils ont en Angleterre54.

    Des phénomènes visibles à la surface du sol

    32Cette archéologie agraire que propose Adriaan Verhulst aux historiens médiévistes se définit non seulement par son objet, mais aussi par sa méthode : « celle-ci consiste principalement, contrairement à l'archéologie classique, en l'observation et l'enregistrement de phénomènes visibles à la surface du sol »55. Cette archéologie n'a pas à exhumer de l'enfoui, ce n'est pas une « archéologie fouilleuse »56 selon l'expression de Philippe Bruneau ; elle travaille à la surface du sol, parfois même avec des vestiges facilement observables57, et plus souvent encore dans les dépôts d'archives, à partir de textes qui, s'ils n'ont jamais été écrits pour décrire un paysage, n'en sont pas moins explicites que les observations dont les « vrais » archéologues, ceux de l'enfoui et du très ancien, doivent souvent se contenter. Son objet - le paysage - est « archéologique en raison de sa technicité, parce que c'est un produit fabriqué au même titre qu'une cathédrale ou qu'une marmite »58. Transposons en termes de paysage rural : il s'agit de considérer qu'un champ d'avoine mêlée de trèfle ou d'ajoncs, qu'une haie sur talus avec fossé, qu'un araire ou qu'une charrue du xviii e siècle présentent autant d'intérêt que leurs homologues protohistoriques, et d'appliquer aux éléments qui constituent le paysage rural de l'Ouest à la fin de l'Ancien Régime « un traitement archéologique ». Ceci se justifie par le fait que le paysage est un produit résultant de l'activité humaine, faisant intervenir une petite part de naturel mais intégrant beaucoup de construit et de fabriqué — le rôle de l'outil est essentiel pour la compréhension d'un paysage rural - susceptible de servir de support à un discours global tenu sur la société qui l'utilise et le fait évoluer. L'entrée dans l'étude des sociétés rurales anciennes par le paysage permet de ne pas analyser le fonctionnement de l'agriculture préindustrielle en termes de pratiques rudimentaires, mais de saisir les imbrications des différents phénomènes. Le point d'entrée est étroit - il est question d'outillage, de techniques agraires, de parcellaires, d'arbres, de haies et de chemins — l'objectif est la compréhension de la société rurale saisie par le relais de ses méthodes de travail.

    Le naturel et le construit

    Une histoire rurale conçue « dans une perspective écologique »

    33Ce projet se rattache directement à la définition que donnait en 1977 Georges Bertrand de ce qu'il estimait devoir être un nouveau mode de connaissance des sociétés rurales et de leur environnement : l'archéologie du paysage, conçue comme « une tentative pour retrouver la trace des rapports historiques établis entre la Société et la Nature »59. Dans l'introduction de l'Histoire de la France Rurale, rédigée peu avant, il considérait que :

    « l'interpénétration historique du facteur naturel dans ses relations avec la société et la structure agraire reste le problème le plus mal élucidé, le plus rarement abordé et le plus mal posé de toute l'histoire rurale. Il manque curieusement une "dimension écologique" à cette histoire qui par ailleurs s'est largement ouverte sur les autres disciplines telles que l'économie, l'ethnologie, l'anthropologie, etc. »60.

    34Il se refusait alors à faire le traditionnel « tableau » géographique, symbole, à ses yeux, d'une conception bloquée des rapports de l'homme et du milieu, du refus de la prise en compte de la dimension écologique de la question, car, même le plus nuancé des tableaux, ne peut, par définition, retenir que les traits généraux et permanents au détriment des dynamiques

    35Les historiens raisonnent dans un système de pensée largement hérité de ce que l'on appellera humanisme si l'on est historien, possibilisme si l'on est géographe : ce qui est objet d'étude ce sont les actions humaines et non le milieu (« la forêt n'intéresse l'historien que dans la mesure où elle est grevée de droits d'usage... ou défrichée »61). Parler du milieu naturel, c'est s'exposer à être accusé, de manière péjorative, de déterminisme. Les historiens raisonnent en opposant déterminisme naturel et actions humaines et, pour éviter le déterminisme, ils ne cherchent pas les liens entre milieu naturel et actions humaines. Pour l'historien, le travail ne commence vraiment que lorsque le milieu naturel est maîtrisé. Lorsqu'ils le retrouvent, il n'a jamais le beau rôle : c'est « la crise frumentaire » qui décime une société fragile, c'est la bête sauvage qui sort du bois et attaque les troupeaux.

    36« En dramatisant les rapports de l'homme et de la nature, écrit encore Georges Bertrand, on a sclérosé la réflexion et la recherche dans ce domaine ». Le non- maîtrisé par l'homme, dans les travaux d'histoire, s'assimile souvent exclusivement aux « calamités », aux « malheurs du temps », au « dérangement des saisons »... Faire le lien entre ces deux données, le milieu naturel et l'action humaine, tel est l'objet d'une histoire rurale conçue « dans une perspective écologique »62, une histoire « qui souhaite interpréter les rapports changeants entre une société et un milieu naturel »63.

    37L'espace rural est à la fois une réalité écologique et une création humaine : il est aménagé pour la production agricole mais il n'existe pas en dehors de conditions naturelles. L'espace rural a succédé au milieu naturel, mais il reste encore beaucoup d'éléments naturels dans l'espace rural, et toute activité rurale inclut toujours une part de naturel (la croissance des végétaux, le vieillissement des animaux...). Dès qu'il y a activité agricole, le milieu naturel n'est plus une donnée indépendante, mais les éléments naturels participent à la dynamique de l'espace rural.

    Le naturel des sociétés rurales anciennes

    38Le milieu naturel n'est pas a priori une donnée pour l'historien ; l'espace ne devient objet d'étude que s'il est habité ou du moins parcouru par des hommes. Mais inversement, le paysage n'a rien de naturel au sens où il ne s'agit jamais d'un paysage originel (landes ou forêts climaciques), et on sait par les études des arhéologues des périodes anciennes ou plus récentes que des états très différents du paysage se sont succédés sur un même espace depuis le néolithique. On sait aussi que même la croissance des végétaux ne peut être regardée comme un phénomène naturel. Dans la croissance d'une tige de céréale, il y a certes le phénomène spontané du développement de la plante mais il y a aussi le résultat d'une bonne quantité d'interventions humaines (sélectionner, semer, sarcler) qui déterminent l'aspect de la plante. On sait aussi que la prolifération de certaines plantes sauvages est liée à la présence humaine : les orties et la ronce signalent un habitat abandonné et parfois même disparu. On lit dans l'Histoire de la France Rurale 64 que « si le milieu naturel n'existe plus, l'espace rural comporte d'importants éléments naturels ». Il n'est pas sûr, à y bien réfléchir, qu'ils soient si nombreux que cela65.

    39Au chapitre des éléments strictement naturels, on peut classer sans aucune réserve le climat et plus précisément le temps. On peut aussi y mettre, avec à peine plus de nuances, l'eau des rivières et des ruisseaux ; qu'ils soient aménagés par des biefs et des chaussées de moulins ne change pas grand chose à leur caractère naturel. Ils ne le perdent que s'ils sont pollués par les activités humaines telles la culture et le travail des plantes textiles. Enfin on y mettra les maladies des plantes et des animaux, l'invasion d'animaux comme les chenilles dont il est particulièrement difficile de se protéger66, la végétation adventice qui envahit les cultures. Mais là on est déjà à la limite du naturel et du cultivé. On sait que l'ivraie accompagne inévitablement le bon grain et que les messicoles telles le bleuet et le coquelicot, dont les graines sont très petites, sont récoltées, conservées et semées en même temps que les céréales. Avec le relief, ou plus précisément la pente qui est une donnée importante avec laquelle doit composer le parcellaire, on a un élément que l'on peut regarder comme naturel, et il n'est pas sûr que le relief de détail puisse être considéré comme une réalité inchangée depuis le xviii e siècle. Certes, nous ne nous laisserons pas abuser par l'emphase topographique de certains témoignages contemporains, mais nous pouvons aisément imaginer que, dans une société où la technique est légère et où l'outil agricole à main est prépondérant, les micro-accidents du parcellaire (rigoles, méandres, trous d'eau, champs bombés, légèrement pentus ou à peine bosselés) étaient plus nombreux et plus encombrants qu'ils ne le sont devenus après un siècle de labours profonds et régularisateurs.

    Le construit et le cultivé

    40Les sols résultent à la fois de la dégradation de la roche en place mais aussi de l'activité humaine (jardins enrichis par l'engrais humain ou au contraires landes appauvries par l'écobuage) ; même avant le marnage et l'utilisation de l'engrais chimique les sols cultivés sont largement des produits de l'activité humaine. La carte géologique n'a pas beaucoup à nous apprendre sur le paysage rural. Il n'est même pas sûr que l'étude de ce que les géographes nomment les formations superficielles puisse être d'une quelconque utilité compte tenu de la variabilité des sols au cours des périodes historiques ; l'impact des activités humaines (culture, élevage) sur la composition du sol est considérable dès que celles-ci prennent un peu d'importance : modification de sa structure physique par les instruments aratoires et par les racines des plantes cultivées, modification de sa constitution chimique par l'apport d'engrais organiques. Les sols traditionnellement considérés comme « acides et froids » des massifs anciens (de la pointe de la Bretagne, à la Mayenne et au nord de la Vendée) ont absorbé à partir des années 1820 des quantités considérables de chaux, ce qui en a modifié durablement la composition physique et chimique67. On peut en constater certains effets en observant la végétation plus ou moins spontanée de ces régions : les plantes calcifuges comme l'ajonc ou le genêt ont considérablement régressé, le lin bleu sauvage ne pousse plus en Mayenne, par contre les calcicoles échappées des champs cultivés, vesces et trèfles variés, s'y sont largement développées. Un bon sol n'est pas une réalité atemporelle : les géographes nous offrent de multiples exemples du fait que des sols considérés comme très médiocres avant le développement des engrais chimiques se révélèrent être de très bons supports de culture par la suite. Cette notion de bon sol n'a de sens que si elle est envisagée en regard du matériel agricole, des engrais et aussi des espèces végétales disponibles à un certain moment. Or si l'on connaît le temps très long de la géologie, le temps très court des périodes historiques, on ne dispose pas d'études du sol sur le temps moyen de l'occupation humaine depuis la fin des glaciations : seuls ces travaux permettraient d'établir des liens entre nature du sol et activités humaines.

    41Au total, on observe qu'il y a bien peu de naturel dans un paysage rural. Les sols sont modifiés, les végétaux cultivés (les végétaux spontanés sont en grande partie dépendants de l'activité humaine68), les animaux choisis69. Les espaces ruraux n'intègrent donc que très peu d'éléments naturels ; si le phénomène est patent pour les espaces soumis à une culture intensive (jardins, clos, quelques pièces de terre dans les agricultures flamandes ou alsaciennes), il n'est pas moins évident pour les espaces incultes de façon permanente (forêts et taillis qui font toujours l'objet d'une exploitation) ou temporaire (friches mises en culture de manière ponctuelle) : leur aspect dépend en grande partie de l'utilisation qui en est faite.

    L'outil et la technique

    42Étudier l'empreinte laissée par les activités agricoles de l'homme ne se limitera ici ni à un type d'empreinte, l'archéologie des labours, ni à des objets appréhendés de façon strictement matérielle. Seront considérés tous les objets liés au système agraire des pays de bocage ainsi que tous les moyens de connaître ces objets.

    Des objets, des outils, des techniques

    43L'archéologie du paysage rural se fait à plusieurs échelles, du parcellaire à la touffe d'herbe. Il s'agit d'étudier la forme des champs, leur contenu, les arbres, les haies, les plantes cultivées, les chemins, les bâtiments, les outils utilisés... Pour des raisons liées à la documentation, et aussi parce qu'en pays de bocage certains de ces éléments sont plus chargés de significations que d'autres, on ne s'étonnera pas qu'une place importante soit faite dans la suite de ce travail à la disposition des parcellaires, aux procédés de clôture des terres et à l'utilisation des espaces incultes. L'habitat rural pourrait aussi faire l'objet d'une étude de type archéologique, exactement au même titre que les terres incultes et cultivées.

    44La description de ces « objets » procédera de l'accumulation de tous les indices qui pourront être rassemblés, directs et indirects. Les indices directs, ceux que livrent les archives, ne sont pas les plus nombreux. L'histoire du paysage procède en revanche largement de la reconstitution faite à partir de ce que l'on sait des techniques et des outils utilisés. Outils et techniques ne seront évoqués que pour les conséquences qu'ils ont sur l'aspect du paysage. L'aspect d'un champ de céréales, par exemple, dépend de l'outil qui a servi à le labourer et de la manière de le travailler (à plat, en sillons), du type de céréales cultivées (semblables, mélangées) et de la manière dont elles sont semées (en ligne et à la main, à la volée), des plantes adventices qui s'y développent (et qui tiennent largement à l'utilisation antérieure du champ)... Après la récolte, il dépend de l'outil utilisé pour moissonner (faux qui coupe à ras du sol ou faucille qui laisse des chaumes très hauts), de l'usage auquel est ensuite destiné ce champ (remise en culture, pâturage, abandon)... La méthode utilisée pour restituer tous ces micro-paysages qui constituent l'espace agricole est donc des plus empirique : amasser toutes les descriptions dont on peut disposer, imaginer l'outil agricole au travail, observer sur le sol les conséquences des moyens mis en œuvre pour le travailler.

    Les limites du recours à l'observation

    45Parler d'archéologie agraire laisserait pourtant imaginer une observation directe. Des chercheurs anglais ont développé une méthode et une théorie visant à connaître l'âge des haies. La méthode consiste à déterminer le nombre d'espèces ligneuses contenus dans une portion de haie ; le principe est qu'une haie est d'autant plus ancienne qu'elle renferme un nombre important d'espèces ; la méthode a été éprouvée par Christian Perrein sur quelques haies situées à la limite de la Vendée et de la Loire-Atlantique70. Elle a aussi été utilisée en Sologne71. Outre que cette méthode pose de gros problèmes de mise en œuvre (comment bien choisir la haie dont on va compter les arbres), outre que l'on ne sait pas trop que penser de l'affirmation selon laquelle un tronçon de trente mètres de haie s'enrichit d'une espèce nouvelle tous les cents ans, la plus grosse incertitude reste celle du nombre d'espèces que comprenait cette haie lors de sa création. Il n'est finalement pas sûr que l'observation directe de haies non datées puisse procurer beaucoup d'informations intéressantes. En revanche, on peut travailler pour les haies comme pour les champs : chercher des descriptions, déterminer les usages qui leur sont attribués, observer les outils avec lesquels elles sont entretenues.

    46Doit-on pour autant renoncer totalement à « voir » un bocage du xviii e siècle ? Ou bien peut-on imaginer qu'il existe dans certaines régions, à certains endroits, des bribes de paysage si bien conservées qu'on puisse presque les regarder comme un paysage de l'époque moderne, en tous points semblable à celui que l'on peut reconstituer de manière théorique comme cela a été suggéré plus haut ? Cette démarche semble possible pour l'étude de l'habitat paysan : elle consiste à chercher une description dans une montrée ou un marché de travaux72 et aller ensuite sur le terrain photographier l'objet qui ressemble exactement à la description (jamais une maison entière, mais le détail d'une charpente, d'une huisserie, d'un escalier). On peut trouver une partie de construction qui n'a pas été modifiée ou qui a été reproduite à l'identique ; ceci est beaucoup plus difficile pour le paysage. Il faut en effet tenir compte des facteurs d'évolution des végétaux, plus complexes que ceux de l'habitat. La maison rurale est entièrement le produit de l'activité humaine tandis que la haie bocagère dépend aussi du processus de croissance/ dégénérescence spontanée des végétaux. D'autre part, l'outil qui sert à entretenir la haie est un élément qui modifie considérablement son aspect. La taille mécanique a fait que la haie s'est développée en hauteur ; parallèlement elle a perdu de son épaisseur. Sauf à rencontrer une haie taillée à la serpette, on ne verra pas une haie semblable à celle du xviii e siècle. C'est donc presque exclusivement avec des documents d'archives que sera menée cette archéologie du paysage rural.

    Une interprétation sociale

    47On a vu que le paysage se définit aussi par le regard qu'un observateur porte sur lui. Il s'agit ici d'y porter un regard d'historien. L'étude en profondeur d'un paysage apparaît en effet comme un procédé efficace d'approche d'une société, et l'archéologie du paysage apparaît comme le moyen de se livrer à ce travail : mettre en corrélation l'espace organisé, animé, utilisé qui constitue ce que l'on appelle couramment le paysage et les comportements économiques et culturels d'une société. L'archéologie du paysage ne réside pas seulement dans l'observation des formes fossiles de l'activité rurale, elle consiste à regarder le paysage comme un fait d'histoire totale, à porter sur lui un regard savant, c'est-à-dire un regard qui intègre toutes les données de l'histoire économique, sociale et culturelle.

    48A l'origine de ce travail, il y a la conviction que le paysage a une grande richesse significative et que le discours de l'analyse, celui qui décrit, qui explique, qui met en relations, permet d'accéder à la compréhension des rapports qu'une société établit avec le paysage. C'est pour tenter de tenir ce discours global et savant sur le paysage du xviii e siècle que la méthode scientifique appliquée par les archéologues à des reconstitutions beaucoup plus anciennes et par des procédés tout à fait différents, est un modèle à suivre. Selon Gérard Chouquer73, « une forme paysagère est la rationalisation de la pratique de l'espace par les sociétés qui l'agissent... elle est aussi la projection au sol de hiérarchies sociales comme de représentations. L'archéologue du paysage doit reconstituer les formes paysagères caractérisées par leur superficie, leur orientation, leur agencement formel... ». Il doit ensuite interpréter ces formes qu'il « doit croire chargées d'une information qui ne se donne pas à lire au premier examen » : pour ce faire, il doit connaître le statut propre de chaque signe enregistré sur la carte ou la photographie. Il doit ensuite « mettre en œuvre un raisonnement global en validant chaque élément de la structure par le tout ». On retrouve ici les principes et les méthodes d'une analyse systémique classique, visant à l'interprétation de parcellaires fossiles : tel est le propos de l'archéologue. Mais l'historien des périodes plus récentes peut aisément mettre dans les « formes paysagères » évoquées ici tout ce que les documents d'archives lui livrent, et interpréter avec cette méthode les paysages qu'il réussit à reconstituer.

    49N'est-ce pas ce que suggère également cette remarque d'un paysan du Domfrontais interrogé sur sa perception du paysage qui constitue son environnement familier : « J'aime bien faire mes promenades habituelles, pas loin, regarder le paysage pour voir un peu ce qui se passe au village, ce que font les autres agriculteurs, ce qu'ils ont finalement décidé les uns ou les autres. Regarder le paysage, c'est plus discret, c'est pas la peine de parler ou de se renseigner, on comprend et on devine pas mal de choses quand on est du pays »74. Regarder le paysage quand on est du pays et que l'on connaît le monde rural, interpréter des signes enregistrés sur une carte quand on est archéologue et que l'on intègre ces signes dans un système global d'analyse, voici deux démarches finalement assez voisines qui aboutissent l'une et l'autre à la compréhension globale et conjointe d'un espace et d'une société.

    50Prenant modèle à nouveau sur les géographes, on présentera une lecture reposant sur des observations pratiquées à différentes échelles. Au niveau macro, le plus vaste, on observera que la stratigraphie sociale des pays bocagers comporte d'évidentes spécificités ; au niveau méso, les variations du parcellaire évoquent des rapports sociaux particuliers, et au niveau micro, le traitement des arbres, celui des parcelles et celui des incultes suggèrent certains caractères de l'appréhension et de l'utilisation de l'espace75. Cette analyse consiste à mettre en liaison les trois niveaux du paysage et à raccrocher au « paysage visible »76, ce que les géographes systémiques nomment « le système créateur » (la société) et « le système utilisateur » (encore la société) ; elle s'ouvrira sur une double lecture : une lecture matérielle du système créateur et une lecture culturelle du système utilisateur.

    Parcellaires et structures sociales

    51La première remarque découle du rapprochement de deux documents qui furent élaborés dans des perspectives différentes (voir les graphiques aux pages suivantes). Le premier constitue la synthèse d'une étude réalisée à partir des rôles de taille d'une vingtaine de paroisses de l'élection de Laval77 ; le second repose sur l'exploitation d'un rôle unique, celui de la paroisse de Marly-la-Ville en 174678. Ils ont été réalisés en groupant les taillables par classes d'imposition. Les valeurs absolues étant extrêmement différentes pour les deux espaces considérés - l'impôt : moyen est de 80 livres à Marly et de 15 livres environ pour les paroisses du Maine —, les classes ont été constituées selon la méthode dite « Dupâquier » (progression géométrique de raison 279) afin que les graphiques soient comparables entre eux. Alors qu'à Marly 8,5 % seulement des habitants paient un impôt supérieur à la moyenne, en pays de bocage, ils sont près de 30 %. Les graphiques suggèrent une stratigraphie sociale totalement différente en pays d'openfield et en pays de bocage : la différence essentielle tient, en pays bocager, au moins grand nombre de classes fiscales (ce qui représente une moindre amplitude des groupes de richesse) et au groupement de la majorité des taillables autour de la moyenne. A Marly les catégories B, A, a et b représentent 16 % des taillables ; les mêmes catégories en représentent 61 % dans les paroisses du Maine. Sans développer d'avantage l'analyse80, on observera que le trait caractéristique des sociétés bocagères qui apparaît ici est d'être dominées numériquement par des agriculteurs « moyens ».

    52À plus petite échelle, la diversité des parcellaires suggèrent également les structures sociales. Les faits sont assez connus pour qu'il suffise d'en évoquer les grandes lignes seulement81. Métairies et closeries ne créent pas le même type de bocage et ceci révèle des orientations économiques différentes de ces exploitations. Les métairies qui sont plus étendues, faites de parcelles plus grandes, comprenant souvent de vastes espaces incultes, sont le lieu d'un élevage bovin important : elles créent un paysage à larges mailles ; au contraire le parcellaire plus resserré et aussi moins ordonné des petites exploitations correspond à une moindre insertion dans les réseaux d'échange et un niveau de richesse inférieure de leurs exploitants. Les cartes de parcellaires sont aussi des cartes des zones d'influence urbaine, que l'on observe les closeries laitières de la périphérie lavalloise82 ; ou les auréoles de la propriété bourgeoise autour de Rennes83. Il est certain qu'une analyse de paysage ne peut se priver des apports de l'histoire quantitative classique telle qu'elle a été menée à la fois pour les structures foncières et les hiérarchies sociales. Dans le même ordre d'idées, on peut aussi évoquer l'impact de la géographie seigneuriale sur le paysage : châteaux entourés de leurs espaces de décoration et maillage régulier des belles métairies du domaine se découpant sur un parcellaire « villageois » plus confus.

    Graphique 1 - La hiérarchie fiscale de 20 paroisses de l'élection de Laval (1770-1780)

    53Provenance du document :

    54Annie Antoine, « Systèmes agraires de la France de l'Ouest : une rationalité méconnue ? », Revue d'Histoire Economique et Sociale, 1999, 1, p. 107-132.

    Graphique : Répartition des taillables par classes

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    Chiffres ayant servi à composer le graphique – Moyenne : 15,5 livres

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    Graphique 2 - La hiérarchie fiscale de la paroisse de Marly-la-Ville en 1746

    55Provenance du document :

    56 Terre et paysans en France aux xvii e et xviii e siècle, Gap, Ophrys, coll. « Documents Σ Histoire », 1998, 176 p.

    Graphique : Répartition des taillables par classes

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    Chiffres ayant servi à composer le graphique – Moyenne : 80 livres

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    Un pays de petites exploitations indépendantes

    57Les bocages sont des espaces où domine la petite exploitation agricole : on s'en rend compte dès qu'est dessiné un parcellaire84, on le lit sur les stratigraphies sociales évoquées quelques lignes plus haut. La structure d'exploitation caractéristique de l'Ouest est la métairie. Elle est très facile à repérer dans le paysage : elle contribue à donner aux espaces bocagers leur spécificité85. Son expansion n'est pas limitée à l'Ouest : on la retrouve, associée au métayage, dans le Sud-Ouest86 et aussi sur toute la périphérie nord du Massif Central, en Puisaye87, en Brionnais88 et jusqu'à la Bourgogne. Elle y présente souvent les mêmes caractéristiques : ne pas appartenir à son exploitant89 mais à un propriétaire bourgeois, seigneur ou non, être donnée à bail et parfois même en métayage, assurer à son exploitant des revenus suffisants pour le placer en haut de l'échelle fiscale de sa paroisse.

    58Cette structure, faite d'exploitations individuelles petites (les closeries) et moyennes (les métairies), que leurs exploitants ne possèdent jamais, est essentielle dans la compréhension des rapports sociaux de l'Ouest. Elle assure une domination évidente des propriétaires, seigneurs ou bourgeois qui deviendront les notables du siècle suivant, mais aussi une relative indépendance de l'exploitant. La question des baux est essentielle pour comprendre les rapports sociaux en pays de bocage. L'Ouest est la région des baux complexes : baux à moitié du Maine au Poitou90, baux à domaine congéable de Basse-Bretagne, baux aux clauses multiples de la Haute-Bretagne91... Là où ils existent, c'est-à-dire presque partout, les métayers sont toujours les exploitants les plus riches d'une paroisse. Jacques Péret signale leur double caractère : dans la Gâtine comme dans le Bas-Maine, ce sont : les agriculteurs les plus riches d'une paroisse (victimes du « matraquage fiscal » de la part des collecteurs), mais la nature de leur bail en fait des dépendants92. Dans le Bas-Maine, leurs inventaires après décès ne laissent pourtant aucun doute sur leur aisance : le bétail leur étant le plus souvent fourni par le propriétaire, cela leur laisse la possibilité d'investir dans d'autres matériels et dans les objets de la vie domestique93. Mais il faut être plus prudent sur leurs possibilités d'enrichissement incapables d'acquérir une exploitation semblable à celle qu'ils exploitent, ils ne peuvent que devenir fermiers94 et sous-louer les terres qu'ils prennent à bail s'ils veulent échapper à la condition d'agriculteurs. D'autre part ces exploitants sont très liés à leur propriétaire ; lien qui peut sans doute prendre des formes multiples : la dépendance, l'entraide, la contrainte. Quelle que soit la nature de ce lien, il faut bien imaginer que le bail à moitié crée un rapport très étroit entre propriétaire et exploitant ; ceci apparaît comme une caractéristique des sociétés de l'Ouest : le propriétaire vient à la mesurée95, il s'intéresse et est intéressé à chaque transaction sur le bétail (les pertes et les profits sont également partagés), et il est vraisemblable qu'il laisse peu d'initiative à son métayer. Un tel système alimente l'image d'un Ouest bocager dominé par ses notables... mais encore faudrait-il en avoir la certitude.

    59L'analyse de quelques comptabilités de métairies dont on peut disposer pour le xviii e siècle n'infirme en rien cette analyse mais suggère tout de même l'idée que l'exploitant dispose de quelques espaces d'autonomie et même d'indépendance. Quelles que soient les clauses de son bail, il est responsable de la gestion de l'exploitation qui représente un instrument de travail d'une certaine valeur. Les métayers de l'Ouest, qu'ils soient en bail à moitié ou en bail à ferme, ne possèdent pas grand chose personnellement, mais ils manient des sommes d'argent importantes à cause des transactions qu'ils effectuent sur le bétail. La mise en valeur d'une belle métairie assure à son exploitant une surface sociale supérieure à ce que l'on peut imaginer si l'on considère a priori qu'un locataire ne peut jamais être un personnage très important. Dans l'Ouest, au xviii e siècle, à de très rares exceptions près, il vaut toujours mieux, pour un agriculteur, être locataire que propriétaire. Propriétaire, il ne disposerait que de la fameuse poussière parcellaire évoquée dans toutes les études sur la propriété foncière ; locataire, il peut être à la tête d'une des plus belles exploitations de la paroisse. On peut considérer que la structure parcellaire caractéristique du bocage de l'Ouest correspond à une société de petits exploitants relativement indépendants : chaque unité de 20 à 40 hectares est une petite entreprise autonome96.

    Espaces privés et espaces collectifs

    60L'analyse à plus petite échelle, celle des parcelles, des haies et des chemins, permet non seulement de connaître la couleur des champs, mais encore d'imaginer la manière dont les agriculteurs du xviii e siècle pensaient les rapports entre public et privé, entre naturel et cultivé.

    61L'observation des arbres, de la manière dont ils sont bien et mal traités, montre l'affrontement de trois logiques au moins : celle des Eaux et Forêts (il faut écarter les bêtes et même les hommes des forêts royales pour que celles-ci puissent se développer), celle des propriétaires (qui veulent de beaux et grands arbres pour en vendre le bois), et celles des agriculteurs qui ont besoin de fagots pour se chauffer, de branches pour en faire des manches d'outils et des gaules, de feuilles pour nourrir les bêtes quand le vrai fourrage manque. C'est particulièrement autour des arbres de la haie que se joue ce conflit d'intérêts97 et l'aspect de ces arbres, qu'ils soient traités comme dans le Maine et l'Anjou par section du tronc à quatre ou cinq mètres du sol ou bien comme en Bretagne par émondage de toutes leurs branches latérales, reflète ce double usage : l'intérêt du propriétaire est de laisser pousser le plus grand nombre possible d'arbres de haute-tige ; l'intérêt du locataire est de tailler tous les arbres (dont seule la partie du tronc est nécessaire pour assurer la solidité de la haie). Il a de multiples raisons de vouloir tailler les arbres : profiter du bois (les baux leur donnent la propriété de tout ce qui résulte de l'émondage qui se pratique tous les 6 à 9 ans) et limiter l'ombre que ceux-ci portent sur le champ. Les multiples descriptions d'arbres que renferment les archives d'Ancien Régime doivent réellement être regardées comme significative de rapports particuliers des hommes à l'espace et des groupes sociaux entre eux.

    62L'observation des comportements par rapport aux espaces incultes ou cultivés permet également de préciser, en dehors même du domaine strict des pratiques agraires, la manière dont est pensée, en milieu bocager, l'intégration de ces deux types d'espace. On observera que la manière dont les agriculteurs se comportent par rapport aux espaces incultes montre qu'ils considèrent ces espaces comme le prolongement nécessaire de leurs exploitations. Cette situation explique l'incompréhension de toutes les autorités, plus ou moins imprégnées de physiocratie, face à ces pratiques.

    63Porter un regard d'historien sur un paysage ancien, lui poser des questions d'historien et plus précisément d'historien moderniste, tel est l'objectif qui a été formulé à l'issue du premier chapitre de ce travail. Ce second chapitre a permis de préciser de quoi pouvait s'alimenter ce regard d'historien : l'histoire de la mise en place du réseau bocager, l'histoire de ses usages, l'étude des techniques agraires qui lui sont attachées, l'analyse des rapports qu'il entretient avec les structures sociales, le comportement des agriculteurs face à l'espace rural, leur conception du naturel et du cultivé, du privé et du public... Ces questions seront reprises et développées aux chapitres cinq et six à partir d'exemples précis. Mais il convient auparavant d'évoquer quelques sources particulièrement adaptées à la connaissance d'un paysage ancien : les cartes qu'ont fait réaliser certains seigneurs dans la seconde moitié du xviii e siècle essentiellement.

    Notes de bas de page

    1 Ces travaux, dont nous ne reproduirons pas la liste, sont cités par Jean Jacquart dans une communication faisant le bilan de l'historiographie rurale française : Jacquart, Jean, « L'histoire rurale en France. Les grandes étapes historiographiques », dans : L'Histoire rurale en France. Actes du colloque de Rennes (6-8 octobre 1994), Histoire et Sociétés Rurales, 1995, 3, p. 19-24. Une liste beaucoup plus importante de ces travaux figure dans : Moriceau, Jean-Marc, La Terre et les Paysans aux xvii e et xviii e siècles. Guide d'histoire agraire, Rennes, Association d'Histoire des Sociétés Rurales, « Bibliothèque d'Histoire Rurale », 1999, 319 p. Voir chapitre IV : Monographies et thèses régionales, p. 69-114 ainsi que les trois cartes des pages 10, 11 et 13 localisant ces travaux.

    2 « Les formes visibles sur nos documents modernes, cartes et photographies aériennes, sont le produit d'une évolution pluri-séculaire, n'ayant qu'un rapport assez éloigné avec la structure de départ », Chouquer, Gérard, Les Formes du paysage. T. I : Études sur les parcellaires, Paris, Errance, 1996, coll. « Archéologie Aujourd'hui », XVI-224 p. Citation : introduction, p. 9.

    3 «... il ne faut pas oublier que les fouilles et les prospections démontrent aussi l'existence de cas manifestes de rupture des paysages, avec des formes nouvelles totalement discordantes par rapport à des formes antérieures. Il y en a beaucoup dans l'Ouest de la France, et les fouilles de fermes indigènes gauloises montrent souvent que deux ou trois phases différentes de la ferme sont accompagnées de changements radicaux d'orientation des limites, ce qui va à l'encontre de l'idée d'une fixité des cadres », Chouquer, Gérard et Favory, François, « Apports et limites de la lecture récurrente des parcellaires », Enquêtes Rurales, 1998, 4, p. 57.

    4 Meyer, Jean, « L'Évolution des idées sur le bocage en Bretagne », dans : La Pensée géographique contemporaine. Mélanges offerts au Professeur André Meynier, Saint-Brieuc, Presses Universitaires de Bretagne, 1972, p. 453-467.

    5 Merle, Louis, La Métairie et l'évolution agraire de la Gâtine poitevine de la fin du Moyen Âge à la Révolution, Pans, Sevpen, 1958, 252 p.

    6 MEYER, Jean, La Noblesse bretonne au xviii e siècle, Paris, Imprimerie nationale, 1966, 2 vol., CV-1293 p. ; rééd. : Paris, EHESS, 1985.

    7 MEYER, Jean, « L'Évolution des idées sur le bocage... », art. cit. p. 458 et 461.

    8 DUCHEMIN DE VILLIERS, Essais Historiques sur la ville et le pays de Laval en la province du Maine, avec des explications élémentaires et théoriques en faveur des personnes qui n 'ont pas vécu sous l'Ancien Régime et qui désirent le connaître ; par un ancien magistrat de Laval (Première édition, Laval, J. Feillé-Grandpré, 1843, 443 p.) Rééd. Bruxelles, 1979, 443 p. Citation p. 26. On peut supposer que les documents les plus anciens contenus dans ce chartrier remontaient au XIE siècle puisque Duchemin de Villiers écrit quelques pages auparavant que « huit siècles l'avaient respecté ».

    9 GAUTIER, Marcel, « Remarques sur la structure des champs bretons », Annales de Bretagne. 1941, 48, 2, p.387-394. C i t a t i o n p. 393.

    10 Ibid. p. 391.

    11 Nassiet, Michel, « L'histoire rurale dans les Annales de Bretagne », Annales de Bretagne et des Pays de l'Ouest, 1994,1, p. 29-54.

    12 Meynier, André, « Les Ensembles cadastraux circulaires en Bretagne », Annales de Bretagne, 1945, 52, p. 81-92.

    13 Publications des articles dans Norois et Annales de Bretagne. Voir bibliographie section 7 : géographie des parcellaires.

    14 Batt, Michael et Giott, Pierre-Rolland, « Quelques observations d'archéologie du paysage en Finistère », Bulletin de la Société Archéologique du Finistère, 1980,108, p. 17-26.

    15 Giott, Pierre-Rolland, « Chronique de préhistoire et de protohistoire finistériennes pour 1979 », Bulletin de la Société Archéologique du Finistère, 1970, 107 p. 15-16. En revanche, des fouilles faites également en structure dunaire, en baie d'Audierne et dans la région de Ploudalmézeau, n'ont rien dévoilé de tel, cf. Batt, Michael et Giott, Pierre-Rolland, article cité à la note ci-dessus.

    16 Gautier, Maurice, « Les parcellaires antiques du Porhoet et de la vallée de l'Yvel », dans : Les Formes du paysage, tome 1, Études sur les parcellaires, Paris, Errance, coll. Archéologie Aujourd'hui, 1996, p. 49-56. Les sites observés sont ceux de Le Quillio et Mohon (Morbihan], La Ville Louët et Plumieux [Côtes- d'Armor].

    17 Gautier, Maurice, « Les parcellaires antiques... », art. cit. p. 51.

    18 Notamment : Flatrès, Pierre, « Les anciennes structures rurales de Bretagne d'après le Cartulaire de Redon », Études Rurales, 1971, 41, p. 87-93 ; Gautier, Marcel, « Ensembles cadastraux circulaires en Vendée », Annales de Bretagne, 1949, 56, 1, p. 154-164 ; Meynier, André, « Les Ensembles cadastraux circulaires en Bretagne », Annales de Bretagne, 1945, 52, p. 81-92 et « Quelques énigmes d'histoire rurale en Bretagne », Annales ESC, IV, 3, juillet-septembre 1949, p. 259-267 ; plus récemment : Marchand, Jean-Pierre, « Les Terroirs en ellipse dans le nord-ouest du Craonnais, essai de géographie historique », dans : Paysages ruraux européens, Actes du colloque Rennes-Quimper, 1977, Pierre Flatrès dir., Rennes, université de Haute-Bretagne, 1979, p. 1-16.

    19 Batt, Michael et Giott, Pierre-Rolland, « Quelques observations... », art. cit. ci-dessus.

    20 Ibid. p. 22.

    21 Après une période où tout ce qui était grossièrement géométrique était rapporté à une centuriation romaine - même parfois le bocage breton (on trouvera des exemples dans l'article cité à la note suivante) — les archéologues sont de la plus grande prudence lorsqu'il s'agit de signaler des continuités entre des parcellaires successifs. Le doute par rapport à une analyse régressive hâtivement menée est moins important ici que pour les régions qui sont censées avoir été affectées largement par la centuriation romaine.

    22 Gautier, Maurice, Naas, Patrick, et Leroux, Gilles, « Archéologie des paysages agraires armoricains. Éléments pour une nouvelle approche », dans : Les Formes du paysage, Gérard Chouquer, (dir.), tome 2 : Archéologie des parcellaires, Paris, Errance, coll. Archéologie Aujourd'hui, 1996, p. 45-56.

    23 Kerberre en Saint-Allouestre [Morbihan], L'ensemble fossoyé serait dans ce cas à rattacher sans hésitation à La Tène finale ou au premier siècle de notre ère. Article cité à la note précédente, p. 46.

    24 Brunet, Pierre, « Rupture et continuité dans l'évolution des parcellaires », dans : Les Formes du paysage, Gérard Chouquer, (dir.), T. II : Archéologe des parcellaires, Paris, Errance, 1996, p. 234-236. Citation p. 235.

    25 Gautier, Maurice, Naas, Patrick, et Leroux, Gilles, « Archéologie des paysages agraires armoricains... », art. cit. p. 56.

    26 Chouquer, Gérard, Histoire d'un paysage de l'époque gauloise à nos jours. Entre Bourgogne et Franche-Comté, Paris, Errance, 1993, 119 p. « Évocations » du paysage du nord du Finage vers 100 av. J.-C. (très déboisé, îlots d'implantation humaine), dans la seconde moitié du IIe siècle (largement cultivé, paysage ouvert), au x e siècle (une vaste forêt s'est réinstallée), au xiv e siècle (un village entouré d'un parcellaire ra- dio-concentrique), à la fin du xx e siècle.

    27 Zadora-Rio, Élisabeth, « Le village des historiens et le village des archéologues », dans : Mornet, Elisabeth, Campagnes médiévales : l'homme et son espace. Etudes offertes à Robert Fossier, Paris, 1995, p. 145- 156.

    28 Tanguy, Bernard, « Le cartulaire de Redon (ix e siècle), un témoignage médiéval sur le paysage breton », dans : La Fabrication du paysage. Actes du colloque de Brest (mars 1998), La fabrication du paysage, 12-14 mars 1998, Kreiz 11, Études sur la Bretagne et les pays celtiques, 1999, p. 21-31.

    29 Art. cit. à la note précédente, p. 27. Le mot claudum n'apparaît qu'une seule fois : il est appliqué à une terre d'un journal.

    30 Ibid. p. 29.

    31 Pichot, Daniel, Le Bas-Maine du x e au xiii e siècle : étude d'une société. Laval, Société d'Archéologie et d'Histoire, supplément n° 7,196, 455 p.

    32 Meuret, Jean-Claude, Peuplement, pouvoir et paysage sur la marche Anjou-Bretagne (des origines au Moyen Âge), Laval, La Mayenne archéologie histoire, supplément n° 4,1993, 656 p. Voir p. 145 et suivantes.

    33 Pichot, Daniel, Le Bas-Maine... op. cit. p. 113.

    34 Zadora-Rio, Élisabeth, « De la haie au bocage : quelques remarques sur l'Anjou », dans : Le village médiéval et son environnement. Études offertes à Jean-Marie Pesez, Paris, 1968, p. 671-682. Les sources médiévales ont au moins quatre termes pour désigner des haies : haia (la haie épaisse), sepes (la clôture), fossatum (le fossé et talus, parfois planté d'arbres) et plessiacum (la haie travaillée).

    35 La majeure partie des informations qui suivent sont empruntées à l'article d'Elisabeth Zadora-Rio cité à la note précédente.

    36 Davies, Wendy, Small Worlds. The Village Community in early médiéval, Londres, 1988, p. 33-34.

    37 La thèse que Jean-François Dreyer prépare sous la direction de Jean Kerhervé, à l'université de Bretagne occidentale, portant sur la Bretagne rurale des xiv e et xv e siècles, devrait aborder la question du paysage et celle de la progression du bocage. En attendant, on peut consulter : Dreyer, Jean-François, « L'apport des sources domaniales à l'histoire rurale de la basse-Bretagne », dans : Campagnes de l'Ouest, stratigraphies et relations sociales dans l'histoire, Annie Antoine, dir., Rennes, Presses Universitaires de Rennes, p. 303-316.

    38 Mauger, Michel, dir., En passant par la Vilaine, de Redon à Rennes en 1543, (collaboration : Alain Croix, Philippe Hamon, Bruno Isbled, Chantai Reydellet), Rennes, Apogée, 1997, 94 p.

    39 Pichot, Daniel, « Images du paysage : les bords de la Vilaine au xvi e siècle », Mémoires de la Société Historique et Archéologique de Bretagne, t. LXXVIII, 2000, p. 261-281.

    40 Paillet, Antoine, « Étude archéologique des haies de bocage bourbonnaises », Revue d'Archéologie Moderne et d'Archéologie Générale, 1987, n° 5, p. 47-77. Repris et abondamment développé dans : Paillet, Antoine, Archéologie de l'agriculture en Bourbonnais. Paysages, outillages et travaux agricoles du Moyen Âge à l'époque contemporaine, Nonette, Créer, « Encyclopédie du Massif Central », 1996, 350 p.

    41 Chaumeil, Louis, « L'Origine du bocage en Bretagne », dans : Éventail de l'histoire vivante. Hommage à Lucien Febvre , Paris, A. Colin, 1953,1, p. 163-185.

    42 Il fait référence au texte, non publié, d'une conférence faite par André Meynier le 24 janvier 1943 et intitulée : Champs et chemins en Bretagne.

    43 « On sait que plus tard (après le xi e siècle) la clôture a été essentiellement un signe d'appropriation de la terre et qu'elle l'est déjà, au xi e siècle, en certaines régions », Guilcher, André, « Le finage des champs dans le cartulaire de Redon », Chronique géographique des pays celtes, 1946, p. 13.

    44 Chaumeil, Louis, « L'Origine du bocage en Bretagne », art. cit. p. 163.

    45 Antoine, Annie, « Les Bovins de la Mayenne (1752-1820). Un modèle économique pour les campagnes de l'Ouest », Histoire et Sociétés Rurales, 4, 2e semestre 1995, p. 105-136.

    46 Paillet, Antoine, « Pour une archéologie des systèmes bocagers », Enquêtes Rurales, 3, Caen, Cahiers de la Maison de la Recherche en Sciences Humaines, XII, 1997, p. 11-20. Citation p. 13.

    47 Guilaine, Jean, (dir.), Pour une archéologie agraire. A la croisée des sciences de l'homme et de la nature, préface Claude et Georges Bertrand, Paris, A. Colin, 1991, 576 p. Citation p. 16. On rappellera aussi l'introduction que Georges Bertrand avait donnée au colloque de 1977 sur l'Archéologie du paysage : Bertrand, Georges, « L'"Archéologie du Paysage" dans la perspective de l'écologie historique », op. cit., p. 132- 138.

    48 Ils ne sont pas non plus d'un accès très facile car ils sont publiés en dehors des revues que lisent traditionnellement les historiens.

    49 Bruneau, Philippe et Balut, Pierre-Yves, « Positions », Ramage, Revue d'Archéologie Moderne et d'Archéologie Générale, 1982, 1, p. 3-33 et Bruneau, Philippe, « L'archéologie buissonnière l'archéologie du paysage », Ramage, Revue d'Archéologie Moderne et d'Archéologie Générale, n° 3, p. 231-242. C'est à cette école de pensée que se rattachent les travaux d'Antoine Paillet sur les haies du Bourbonnais : paillet, Antoine, Archéologie de l'agriculture en Bourbonnais. Paysages, outillages et travaux agricoles du Moyen Âge à l'époque contemporaine, Nonette, Créer, « Encyclopédie du Massif Central », 1996, 350 p.

    50 Verhulst, Adriaan, Le paysage rural et les structures parcellaires de l'Europe du Nord-Ouest, Turnhout Belgium, Brepols, 1995, 82 p. + planches.

    51 Ibid. p. 34. Ces empreintes peuvent se composer de crêtes de labour, de billons et de sillons, de parcellements anciens, de traces des travaux de bonification...

    52 Dans l'ouvrage d'Adriaan Verhulst sont reproduites plusieurs planches représentant ces champs semblables à une vaste tôle ondulée. D'après : Beresford, M., St. Joseph, J.K.S, Medieval England. An aerial survey, Cambridge, 1979.

    53 au frère, Léon, « Les systèmes agraires dans les îles britanniques », Annales de Géographie. 1935, 44, p. 388-391.

    54 Pour les périodes antérieures au xix e siècle, la bibliographie française sur le sujet n'est pas très importante. A part un article ancien d'Etienne Juillard (Juillard, Etienne, « Formes de structure parcellaire dans la plaine d'Alsace : les crêtes de labour », Bulletin de l'Association des Géographes français, 1953, p. 72- 77), la question ne semble avoir été abordée que par l'intermédiaire du colloque déjà cité sur l'Archéologie du Paysage (Caesarodunum, 13, 1979, 2 vol.) et des travaux des archéologues rennais :Giot, Pierre-Rolland, Batt, Michael, Morzadec, M.-T., dir., L'Archéologie du paysage agraire armoricain, travaux du laboratoire « Anthropologie, préhistoire, protohistoire, quaternaire armoricains », Université de Rennes 1,1982.

    55 Verhulst, Adriaan, Le paysage rural... op. cit. p. 34.

    56 Bruneau, Philippe, « L'Archéologie buissonnière. 1- L'Archéologie du paysage », Revue d'Archéologie Moderne et d'Archéologie Générale, 1984, 3, p. 231-242

    57 C'est le cas des haies plessées étudiées dans le Bourbonnais par Antoine Paillet. Paillet, Antoine, Archéologe de l'agriculture en Bourbonnais... op. cit.

    58 Bruneau, Philippe, « L'Archéologie buissonnière... », art. cit. p. 241.

    59 Bertrand, Georges, « L'"Archéologie du Paysage" dans la perspective de l'écologie historique », op. cit., p. 132.

    60 Bertrand, Georges, et Bertrand, Claude, « Pour une histoire écologique de la France rurale ». Dans : Duby, Georges, et Wallon, Armand, (dir.), Histoire de la France rurale, t. I, Des origines à 1340, Paris, Seuil, 1975, p. 39-118. Citation p. 41-42.

    61 Ibid. p. 41.

    62 Ibid. p. 42.

    63 Bertrand, Georges, « L' "Archéologie du Paysage" dans la perspective de l'écologie historique », art. cit. p. 135.

    64 Duby, Georges, et Wallon, Armand, (dir.), Histoire de la France rurale, t. I, Des origines à 1340, p. 49.

    65 Antoine, Annie, « Archéologie du paysage et histoire culturelle de l'Ouest », Annales de Bretagne et des Pays de l'Ouest. CIII, 2, avril-juin 1996, p. 7-25. Les remarques qui suivent sont en partie reprises de ce texte.

    66 Les fonds des Intendances de Bretagne (Arch. dép. d'Ille-et-Vilaine) ou de Tours (Arch. dép. d'Indre-et- Loire) renferment de nombreuses ordonnances des intendants ordonnant de capturer et de brûler les « bourrées » de chenilles.

    67 Musset, René, Le Bas-Maine. Étude géographique, Paris, Colin, 1917, 496 p. ; rééd. : Laval, Librairie Cantin, 1978 et Bourrigaud, René, Le Développement agricole au xix e siècle en Loire-Atlantique, Nantes, Centre d'Histoire du Travail, 1994, 496 p.

    68 Voir analyse des incultes, chapitre 6.

    69 Antoine, Annie, « La sélection des animaux au début du xix e siècle : pratiques et représentations », dans : Prémices et débuts de la sélection animale en France, Ethnozootechnie, 1999, n° 63, p. 15-26.

    70 Hooper, M., « Historical and Biological Studies on English Edges », dans : Les bocages : histoire, écologie, économie. Aspects, physiques, biologiques et humains des écosystèmes bocagers des régions tempérées humides. Table ronde du CNRS, Rennes, INRA-ENSAA, 1976, p. 225-227. Il imagine qu'une haie du sud de l'Angleterre gagne une espèce par siècle et par tronçon de 27, 5 mètres. D'autres chercheurs anglais considèrent que la richesse floristique d'une haie témoigne du fait qu'elle a dû autrefois être proche d'une forêt. Les haies contenant des végétaux variés indiqueraient la présence ancienne d'une forêt disparue. Cité par Christian Perrein, « Archéologie des bocages : phytohistoire de la haie vive », dans : Guilaine, Jean, (dir.). Pour une archéologie agraire. A la croisée des sciences de l'homme et de la nature, préface Claude et Georges Bertrand, Paris, A. Colin, 1991, p. 223- 255.

    71 Fourteau, Anne-Marie, « Botanique et paysage. Les haies d'une commune du Berry (Sagonne) », Archéologie médiévale, 1983,13, p. 155-183.

    72 Il s'agit des états des lieux qui sont faits lors des changements de locataires ou bien au moment où des travaux de réparation sont faits dans une maison.

    73 Chouquer, Gérard, « Que reste-t-il de 3000 ans de création paysagère ? », De l'agricole au paysage, Études Rurales, n° 121-124, janvier-décembre 1991, p. 45-58.

    74 Cité par Nathalie cadiou, "Perception du paysage dans le Domfrontais", De l'agricole au paysage, Études Rurales, n° 121-124, janvier-décembre 1991, p. 127-139.

    75 Les termes de micro, meso, macro sont empruntés à l'histoire économique. Béaur, Gérard, « L'histoire de l'économie rurale à l'époque moderne ou les désarrois du quantitativisme. Bilan critique », Histoire et Sociétés Rurales, 1, 1er semestre 1994, p. 67-97.

    76 Cf. chapitre 1.

    77 Antoine, Annie, « Systèmes agraires de la France de l'Ouest : une rationalité méconnue ? », dans : Chaline, Olivier, et Ruggiu, François-Joseph, (dir.), La Terre et les paysans en France et en Angleterre, numéro spécial de Histoire. Economie. Sociétés, 1999,1, p. 107-132. Documents p. 118-119.

    78 Antoine, Annie, Terre et paysans en France aux xvii e et xviii e siècles, Gap, Ophrys, 1998, 175 p. Document 10 : La société rurale à Marly-la-Ville d'après le rôle de taille de 1746, p. 79-97.

    79 A = de 1 à 2 fois la moyenne, B = de 2 à 4 fois la moyenne, C = de 4 a 8 fois la moyenne... et dans l'autre sens : a = de 1 à 0, 5 par rapport à l'impôt moyen du groupe, b = de 0,5 à 0,25, etc.

    80 Ces deux documents ont été commentés l'un dans : Antoine, Annie, « Systèmes agraires de la France de l'Ouest... », art. cit. et l'autre dans : Antoine, Annie, Terre et paysans en France aux xvii e et xviii e siècles..., op. cit.

    81 Cette question de la variation des parcellaires en milieu bocager fera l'objet du chapitre cinq.

    82 Antoine, Annie, « Les Bovins de la Mayenne... », art. cit., p. 105-136.

    83 Jarnoux, Philippe, Les Bourgeois et la Terre. Fortunes et stratégies foncières à Rennes au xviii e siècle, Rennes, PUR, 1996, 405 p.

    84 Voir cartes présentées au chapitre cinq.

    85 Ibid.

    86 Brumont, Francis, « Le métayage en Gascogne à l'époque moderne », Société Archéologique et Historique du Gers, premier trimestre 2000, p. 76-97.

    87 Rocher, Jean-Pierre, « Une Spécificité agraire de la Puisaye. Les manoeuvreries, petites exploitations complémentaires des métairies (xviii e -xix e siècle) », Les campagnes bourguignonnes dans l'Histoire, actes du colloque d'Auxerre, 1995, Histoire et Sociétés Rurales, 1996, 5, p. 97-110. En Puisaye, les métairies sont associées à des manoeuvreries comme elles le sont parfois dans l'Ouest à des closeries.

    88 Dontenwill, Serge, « Les baux à mi-fruits en Roannais et Brionnais aux xvii e et xviii e siècles : une approche des conditions socio-économiques de la mise en valeur du sol sous l'Ancien Régime », dans : Mélanges d'histoire offerts à Richard Gascon, Lyon et l'Europe, Hommes et sociétés, Lyon, Presses Universitaires de Lyon, 1980, tome 1, p. 179-208.

    89 Antoine, Annie, « Systèmes agraires de la France de l'Ouest... », art. cit. cf. p. 110 : les agriculteurs ne possèdent pas les exploitations agricoles.

    90 Antoine, Annie, « La légende noire du métayage dans l'Ouest de la France (xviii e-xix e siècles) », Colloque de Caen, Les contrats agraires, octobre 1997, à paraître.

    91 Le bail à moitié y est rare même s'il n'est pas inconnu (région de Redon notamment), cf. Cocaud, Martine, Une Agriculture entre tradition et innovation : propriétés, productions et exploitations dans les campagnes d'Ille-et-Vilaine (vers 1750 - vers 1850), Thèse histoire, EHESS, André Zysberg dir., 1997, 660 p. Mais la lecture du contrôle des actes des notaires (Arch. dép. d'îlle-et-Vilaine, série 2C montre que propriétaires et métayers sont également liés par des baux complexes (baux dit « à détroit » ou à « petite ferme ») aux clauses multiples et bien aussi précises que celles des classiques baux à moitié. Il n'y a que la périphérie rennaise qui échappe à cette remarque.

    92 Péret, Jacques, Les paysans de Gâtine au xviii e siècle. La Crèche, Geste Éditions, 1998, 285 p.

    93 Il en est de même en Basse-Bretagne (Jarnoux, Philippe, « Des paysans riches dans la France de l'Ouest sous l'Ancien Régime ? Bilan et perspectives », dans : Campagnes de l'Ouest, stratigraphies et relations sociales dans l'histoire. Annie Antoine, dir., Rennes, Presses Universitaires de Rennes, p. 377-391.) et aussi dans le sud-ouest de la France (Brumont, Francis, « Le métayer et son maître », dans : Campagnes de l'Ouest... p. 361-375.).

    94 On dit, dans le Maine, « surfermier ». Le surfermier prend à ferme un certain nombre d'exploitations, d'un ou de plusieurs propriétaires, et il les rétrocède ensuite à des exploitants en bail à ferme ou à moitié.

    95 Antoine, Annie, Les comptes ordinaires de Pierre Duchemin du Tertre, marchand de toile et seigneur dans la première moitié du xviii e siècle, Mayenne, 1998, Société d'Archéologie et d'Histoire de la Mayenne, 248 p.

    96 Il serait certainement très profitable de raisonner sur les exploitations rurales de l'Ouest des xviii e et xix e siècles à partir des problématiques définies par Jean-Luc Mayaud : Mayaud, Jean-Luc, La petite Exploitation rurale triomphante. France xix e siècle, Paris, Belin, coll. « Histoire et société », 1999, 298 p.

    97 Antoine, Annie, Fiefs et villages du Bas-Maine au xvii e siècle, Mayenne, Éditions Régionales de l'Ouest, 1994, p. 113-120.

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    1 Ces travaux, dont nous ne reproduirons pas la liste, sont cités par Jean Jacquart dans une communication faisant le bilan de l'historiographie rurale française : Jacquart, Jean, « L'histoire rurale en France. Les grandes étapes historiographiques », dans : L'Histoire rurale en France. Actes du colloque de Rennes (6-8 octobre 1994), Histoire et Sociétés Rurales, 1995, 3, p. 19-24. Une liste beaucoup plus importante de ces travaux figure dans : Moriceau, Jean-Marc, La Terre et les Paysans aux xvii e et xviii e siècles. Guide d'histoire agraire, Rennes, Association d'Histoire des Sociétés Rurales, « Bibliothèque d'Histoire Rurale », 1999, 319 p. Voir chapitre IV : Monographies et thèses régionales, p. 69-114 ainsi que les trois cartes des pages 10, 11 et 13 localisant ces travaux.

    2 « Les formes visibles sur nos documents modernes, cartes et photographies aériennes, sont le produit d'une évolution pluri-séculaire, n'ayant qu'un rapport assez éloigné avec la structure de départ », Chouquer, Gérard, Les Formes du paysage. T. I : Études sur les parcellaires, Paris, Errance, 1996, coll. « Archéologie Aujourd'hui », XVI-224 p. Citation : introduction, p. 9.

    3 «... il ne faut pas oublier que les fouilles et les prospections démontrent aussi l'existence de cas manifestes de rupture des paysages, avec des formes nouvelles totalement discordantes par rapport à des formes antérieures. Il y en a beaucoup dans l'Ouest de la France, et les fouilles de fermes indigènes gauloises montrent souvent que deux ou trois phases différentes de la ferme sont accompagnées de changements radicaux d'orientation des limites, ce qui va à l'encontre de l'idée d'une fixité des cadres », Chouquer, Gérard et Favory, François, « Apports et limites de la lecture récurrente des parcellaires », Enquêtes Rurales, 1998, 4, p. 57.

    4 Meyer, Jean, « L'Évolution des idées sur le bocage en Bretagne », dans : La Pensée géographique contemporaine. Mélanges offerts au Professeur André Meynier, Saint-Brieuc, Presses Universitaires de Bretagne, 1972, p. 453-467.

    5 Merle, Louis, La Métairie et l'évolution agraire de la Gâtine poitevine de la fin du Moyen Âge à la Révolution, Pans, Sevpen, 1958, 252 p.

    6 MEYER, Jean, La Noblesse bretonne au xviii e siècle, Paris, Imprimerie nationale, 1966, 2 vol., CV-1293 p. ; rééd. : Paris, EHESS, 1985.

    7 MEYER, Jean, « L'Évolution des idées sur le bocage... », art. cit. p. 458 et 461.

    8 DUCHEMIN DE VILLIERS, Essais Historiques sur la ville et le pays de Laval en la province du Maine, avec des explications élémentaires et théoriques en faveur des personnes qui n 'ont pas vécu sous l'Ancien Régime et qui désirent le connaître ; par un ancien magistrat de Laval (Première édition, Laval, J. Feillé-Grandpré, 1843, 443 p.) Rééd. Bruxelles, 1979, 443 p. Citation p. 26. On peut supposer que les documents les plus anciens contenus dans ce chartrier remontaient au XIE siècle puisque Duchemin de Villiers écrit quelques pages auparavant que « huit siècles l'avaient respecté ».

    9 GAUTIER, Marcel, « Remarques sur la structure des champs bretons », Annales de Bretagne. 1941, 48, 2, p.387-394. C i t a t i o n p. 393.

    10 Ibid. p. 391.

    11 Nassiet, Michel, « L'histoire rurale dans les Annales de Bretagne », Annales de Bretagne et des Pays de l'Ouest, 1994,1, p. 29-54.

    12 Meynier, André, « Les Ensembles cadastraux circulaires en Bretagne », Annales de Bretagne, 1945, 52, p. 81-92.

    13 Publications des articles dans Norois et Annales de Bretagne. Voir bibliographie section 7 : géographie des parcellaires.

    14 Batt, Michael et Giott, Pierre-Rolland, « Quelques observations d'archéologie du paysage en Finistère », Bulletin de la Société Archéologique du Finistère, 1980,108, p. 17-26.

    15 Giott, Pierre-Rolland, « Chronique de préhistoire et de protohistoire finistériennes pour 1979 », Bulletin de la Société Archéologique du Finistère, 1970, 107 p. 15-16. En revanche, des fouilles faites également en structure dunaire, en baie d'Audierne et dans la région de Ploudalmézeau, n'ont rien dévoilé de tel, cf. Batt, Michael et Giott, Pierre-Rolland, article cité à la note ci-dessus.

    16 Gautier, Maurice, « Les parcellaires antiques du Porhoet et de la vallée de l'Yvel », dans : Les Formes du paysage, tome 1, Études sur les parcellaires, Paris, Errance, coll. Archéologie Aujourd'hui, 1996, p. 49-56. Les sites observés sont ceux de Le Quillio et Mohon (Morbihan], La Ville Louët et Plumieux [Côtes- d'Armor].

    17 Gautier, Maurice, « Les parcellaires antiques... », art. cit. p. 51.

    18 Notamment : Flatrès, Pierre, « Les anciennes structures rurales de Bretagne d'après le Cartulaire de Redon », Études Rurales, 1971, 41, p. 87-93 ; Gautier, Marcel, « Ensembles cadastraux circulaires en Vendée », Annales de Bretagne, 1949, 56, 1, p. 154-164 ; Meynier, André, « Les Ensembles cadastraux circulaires en Bretagne », Annales de Bretagne, 1945, 52, p. 81-92 et « Quelques énigmes d'histoire rurale en Bretagne », Annales ESC, IV, 3, juillet-septembre 1949, p. 259-267 ; plus récemment : Marchand, Jean-Pierre, « Les Terroirs en ellipse dans le nord-ouest du Craonnais, essai de géographie historique », dans : Paysages ruraux européens, Actes du colloque Rennes-Quimper, 1977, Pierre Flatrès dir., Rennes, université de Haute-Bretagne, 1979, p. 1-16.

    19 Batt, Michael et Giott, Pierre-Rolland, « Quelques observations... », art. cit. ci-dessus.

    20 Ibid. p. 22.

    21 Après une période où tout ce qui était grossièrement géométrique était rapporté à une centuriation romaine - même parfois le bocage breton (on trouvera des exemples dans l'article cité à la note suivante) — les archéologues sont de la plus grande prudence lorsqu'il s'agit de signaler des continuités entre des parcellaires successifs. Le doute par rapport à une analyse régressive hâtivement menée est moins important ici que pour les régions qui sont censées avoir été affectées largement par la centuriation romaine.

    22 Gautier, Maurice, Naas, Patrick, et Leroux, Gilles, « Archéologie des paysages agraires armoricains. Éléments pour une nouvelle approche », dans : Les Formes du paysage, Gérard Chouquer, (dir.), tome 2 : Archéologie des parcellaires, Paris, Errance, coll. Archéologie Aujourd'hui, 1996, p. 45-56.

    23 Kerberre en Saint-Allouestre [Morbihan], L'ensemble fossoyé serait dans ce cas à rattacher sans hésitation à La Tène finale ou au premier siècle de notre ère. Article cité à la note précédente, p. 46.

    24 Brunet, Pierre, « Rupture et continuité dans l'évolution des parcellaires », dans : Les Formes du paysage, Gérard Chouquer, (dir.), T. II : Archéologe des parcellaires, Paris, Errance, 1996, p. 234-236. Citation p. 235.

    25 Gautier, Maurice, Naas, Patrick, et Leroux, Gilles, « Archéologie des paysages agraires armoricains... », art. cit. p. 56.

    26 Chouquer, Gérard, Histoire d'un paysage de l'époque gauloise à nos jours. Entre Bourgogne et Franche-Comté, Paris, Errance, 1993, 119 p. « Évocations » du paysage du nord du Finage vers 100 av. J.-C. (très déboisé, îlots d'implantation humaine), dans la seconde moitié du IIe siècle (largement cultivé, paysage ouvert), au x e siècle (une vaste forêt s'est réinstallée), au xiv e siècle (un village entouré d'un parcellaire ra- dio-concentrique), à la fin du xx e siècle.

    27 Zadora-Rio, Élisabeth, « Le village des historiens et le village des archéologues », dans : Mornet, Elisabeth, Campagnes médiévales : l'homme et son espace. Etudes offertes à Robert Fossier, Paris, 1995, p. 145- 156.

    28 Tanguy, Bernard, « Le cartulaire de Redon (ix e siècle), un témoignage médiéval sur le paysage breton », dans : La Fabrication du paysage. Actes du colloque de Brest (mars 1998), La fabrication du paysage, 12-14 mars 1998, Kreiz 11, Études sur la Bretagne et les pays celtiques, 1999, p. 21-31.

    29 Art. cit. à la note précédente, p. 27. Le mot claudum n'apparaît qu'une seule fois : il est appliqué à une terre d'un journal.

    30 Ibid. p. 29.

    31 Pichot, Daniel, Le Bas-Maine du x e au xiii e siècle : étude d'une société. Laval, Société d'Archéologie et d'Histoire, supplément n° 7,196, 455 p.

    32 Meuret, Jean-Claude, Peuplement, pouvoir et paysage sur la marche Anjou-Bretagne (des origines au Moyen Âge), Laval, La Mayenne archéologie histoire, supplément n° 4,1993, 656 p. Voir p. 145 et suivantes.

    33 Pichot, Daniel, Le Bas-Maine... op. cit. p. 113.

    34 Zadora-Rio, Élisabeth, « De la haie au bocage : quelques remarques sur l'Anjou », dans : Le village médiéval et son environnement. Études offertes à Jean-Marie Pesez, Paris, 1968, p. 671-682. Les sources médiévales ont au moins quatre termes pour désigner des haies : haia (la haie épaisse), sepes (la clôture), fossatum (le fossé et talus, parfois planté d'arbres) et plessiacum (la haie travaillée).

    35 La majeure partie des informations qui suivent sont empruntées à l'article d'Elisabeth Zadora-Rio cité à la note précédente.

    36 Davies, Wendy, Small Worlds. The Village Community in early médiéval, Londres, 1988, p. 33-34.

    37 La thèse que Jean-François Dreyer prépare sous la direction de Jean Kerhervé, à l'université de Bretagne occidentale, portant sur la Bretagne rurale des xiv e et xv e siècles, devrait aborder la question du paysage et celle de la progression du bocage. En attendant, on peut consulter : Dreyer, Jean-François, « L'apport des sources domaniales à l'histoire rurale de la basse-Bretagne », dans : Campagnes de l'Ouest, stratigraphies et relations sociales dans l'histoire, Annie Antoine, dir., Rennes, Presses Universitaires de Rennes, p. 303-316.

    38 Mauger, Michel, dir., En passant par la Vilaine, de Redon à Rennes en 1543, (collaboration : Alain Croix, Philippe Hamon, Bruno Isbled, Chantai Reydellet), Rennes, Apogée, 1997, 94 p.

    39 Pichot, Daniel, « Images du paysage : les bords de la Vilaine au xvi e siècle », Mémoires de la Société Historique et Archéologique de Bretagne, t. LXXVIII, 2000, p. 261-281.

    40 Paillet, Antoine, « Étude archéologique des haies de bocage bourbonnaises », Revue d'Archéologie Moderne et d'Archéologie Générale, 1987, n° 5, p. 47-77. Repris et abondamment développé dans : Paillet, Antoine, Archéologie de l'agriculture en Bourbonnais. Paysages, outillages et travaux agricoles du Moyen Âge à l'époque contemporaine, Nonette, Créer, « Encyclopédie du Massif Central », 1996, 350 p.

    41 Chaumeil, Louis, « L'Origine du bocage en Bretagne », dans : Éventail de l'histoire vivante. Hommage à Lucien Febvre , Paris, A. Colin, 1953,1, p. 163-185.

    42 Il fait référence au texte, non publié, d'une conférence faite par André Meynier le 24 janvier 1943 et intitulée : Champs et chemins en Bretagne.

    43 « On sait que plus tard (après le xi e siècle) la clôture a été essentiellement un signe d'appropriation de la terre et qu'elle l'est déjà, au xi e siècle, en certaines régions », Guilcher, André, « Le finage des champs dans le cartulaire de Redon », Chronique géographique des pays celtes, 1946, p. 13.

    44 Chaumeil, Louis, « L'Origine du bocage en Bretagne », art. cit. p. 163.

    45 Antoine, Annie, « Les Bovins de la Mayenne (1752-1820). Un modèle économique pour les campagnes de l'Ouest », Histoire et Sociétés Rurales, 4, 2e semestre 1995, p. 105-136.

    46 Paillet, Antoine, « Pour une archéologie des systèmes bocagers », Enquêtes Rurales, 3, Caen, Cahiers de la Maison de la Recherche en Sciences Humaines, XII, 1997, p. 11-20. Citation p. 13.

    47 Guilaine, Jean, (dir.), Pour une archéologie agraire. A la croisée des sciences de l'homme et de la nature, préface Claude et Georges Bertrand, Paris, A. Colin, 1991, 576 p. Citation p. 16. On rappellera aussi l'introduction que Georges Bertrand avait donnée au colloque de 1977 sur l'Archéologie du paysage : Bertrand, Georges, « L'"Archéologie du Paysage" dans la perspective de l'écologie historique », op. cit., p. 132- 138.

    48 Ils ne sont pas non plus d'un accès très facile car ils sont publiés en dehors des revues que lisent traditionnellement les historiens.

    49 Bruneau, Philippe et Balut, Pierre-Yves, « Positions », Ramage, Revue d'Archéologie Moderne et d'Archéologie Générale, 1982, 1, p. 3-33 et Bruneau, Philippe, « L'archéologie buissonnière l'archéologie du paysage », Ramage, Revue d'Archéologie Moderne et d'Archéologie Générale, n° 3, p. 231-242. C'est à cette école de pensée que se rattachent les travaux d'Antoine Paillet sur les haies du Bourbonnais : paillet, Antoine, Archéologie de l'agriculture en Bourbonnais. Paysages, outillages et travaux agricoles du Moyen Âge à l'époque contemporaine, Nonette, Créer, « Encyclopédie du Massif Central », 1996, 350 p.

    50 Verhulst, Adriaan, Le paysage rural et les structures parcellaires de l'Europe du Nord-Ouest, Turnhout Belgium, Brepols, 1995, 82 p. + planches.

    51 Ibid. p. 34. Ces empreintes peuvent se composer de crêtes de labour, de billons et de sillons, de parcellements anciens, de traces des travaux de bonification...

    52 Dans l'ouvrage d'Adriaan Verhulst sont reproduites plusieurs planches représentant ces champs semblables à une vaste tôle ondulée. D'après : Beresford, M., St. Joseph, J.K.S, Medieval England. An aerial survey, Cambridge, 1979.

    53 au frère, Léon, « Les systèmes agraires dans les îles britanniques », Annales de Géographie. 1935, 44, p. 388-391.

    54 Pour les périodes antérieures au xix e siècle, la bibliographie française sur le sujet n'est pas très importante. A part un article ancien d'Etienne Juillard (Juillard, Etienne, « Formes de structure parcellaire dans la plaine d'Alsace : les crêtes de labour », Bulletin de l'Association des Géographes français, 1953, p. 72- 77), la question ne semble avoir été abordée que par l'intermédiaire du colloque déjà cité sur l'Archéologie du Paysage (Caesarodunum, 13, 1979, 2 vol.) et des travaux des archéologues rennais :Giot, Pierre-Rolland, Batt, Michael, Morzadec, M.-T., dir., L'Archéologie du paysage agraire armoricain, travaux du laboratoire « Anthropologie, préhistoire, protohistoire, quaternaire armoricains », Université de Rennes 1,1982.

    55 Verhulst, Adriaan, Le paysage rural... op. cit. p. 34.

    56 Bruneau, Philippe, « L'Archéologie buissonnière. 1- L'Archéologie du paysage », Revue d'Archéologie Moderne et d'Archéologie Générale, 1984, 3, p. 231-242

    57 C'est le cas des haies plessées étudiées dans le Bourbonnais par Antoine Paillet. Paillet, Antoine, Archéologe de l'agriculture en Bourbonnais... op. cit.

    58 Bruneau, Philippe, « L'Archéologie buissonnière... », art. cit. p. 241.

    59 Bertrand, Georges, « L'"Archéologie du Paysage" dans la perspective de l'écologie historique », op. cit., p. 132.

    60 Bertrand, Georges, et Bertrand, Claude, « Pour une histoire écologique de la France rurale ». Dans : Duby, Georges, et Wallon, Armand, (dir.), Histoire de la France rurale, t. I, Des origines à 1340, Paris, Seuil, 1975, p. 39-118. Citation p. 41-42.

    61 Ibid. p. 41.

    62 Ibid. p. 42.

    63 Bertrand, Georges, « L' "Archéologie du Paysage" dans la perspective de l'écologie historique », art. cit. p. 135.

    64 Duby, Georges, et Wallon, Armand, (dir.), Histoire de la France rurale, t. I, Des origines à 1340, p. 49.

    65 Antoine, Annie, « Archéologie du paysage et histoire culturelle de l'Ouest », Annales de Bretagne et des Pays de l'Ouest. CIII, 2, avril-juin 1996, p. 7-25. Les remarques qui suivent sont en partie reprises de ce texte.

    66 Les fonds des Intendances de Bretagne (Arch. dép. d'Ille-et-Vilaine) ou de Tours (Arch. dép. d'Indre-et- Loire) renferment de nombreuses ordonnances des intendants ordonnant de capturer et de brûler les « bourrées » de chenilles.

    67 Musset, René, Le Bas-Maine. Étude géographique, Paris, Colin, 1917, 496 p. ; rééd. : Laval, Librairie Cantin, 1978 et Bourrigaud, René, Le Développement agricole au xix e siècle en Loire-Atlantique, Nantes, Centre d'Histoire du Travail, 1994, 496 p.

    68 Voir analyse des incultes, chapitre 6.

    69 Antoine, Annie, « La sélection des animaux au début du xix e siècle : pratiques et représentations », dans : Prémices et débuts de la sélection animale en France, Ethnozootechnie, 1999, n° 63, p. 15-26.

    70 Hooper, M., « Historical and Biological Studies on English Edges », dans : Les bocages : histoire, écologie, économie. Aspects, physiques, biologiques et humains des écosystèmes bocagers des régions tempérées humides. Table ronde du CNRS, Rennes, INRA-ENSAA, 1976, p. 225-227. Il imagine qu'une haie du sud de l'Angleterre gagne une espèce par siècle et par tronçon de 27, 5 mètres. D'autres chercheurs anglais considèrent que la richesse floristique d'une haie témoigne du fait qu'elle a dû autrefois être proche d'une forêt. Les haies contenant des végétaux variés indiqueraient la présence ancienne d'une forêt disparue. Cité par Christian Perrein, « Archéologie des bocages : phytohistoire de la haie vive », dans : Guilaine, Jean, (dir.). Pour une archéologie agraire. A la croisée des sciences de l'homme et de la nature, préface Claude et Georges Bertrand, Paris, A. Colin, 1991, p. 223- 255.

    71 Fourteau, Anne-Marie, « Botanique et paysage. Les haies d'une commune du Berry (Sagonne) », Archéologie médiévale, 1983,13, p. 155-183.

    72 Il s'agit des états des lieux qui sont faits lors des changements de locataires ou bien au moment où des travaux de réparation sont faits dans une maison.

    73 Chouquer, Gérard, « Que reste-t-il de 3000 ans de création paysagère ? », De l'agricole au paysage, Études Rurales, n° 121-124, janvier-décembre 1991, p. 45-58.

    74 Cité par Nathalie cadiou, "Perception du paysage dans le Domfrontais", De l'agricole au paysage, Études Rurales, n° 121-124, janvier-décembre 1991, p. 127-139.

    75 Les termes de micro, meso, macro sont empruntés à l'histoire économique. Béaur, Gérard, « L'histoire de l'économie rurale à l'époque moderne ou les désarrois du quantitativisme. Bilan critique », Histoire et Sociétés Rurales, 1, 1er semestre 1994, p. 67-97.

    76 Cf. chapitre 1.

    77 Antoine, Annie, « Systèmes agraires de la France de l'Ouest : une rationalité méconnue ? », dans : Chaline, Olivier, et Ruggiu, François-Joseph, (dir.), La Terre et les paysans en France et en Angleterre, numéro spécial de Histoire. Economie. Sociétés, 1999,1, p. 107-132. Documents p. 118-119.

    78 Antoine, Annie, Terre et paysans en France aux xvii e et xviii e siècles, Gap, Ophrys, 1998, 175 p. Document 10 : La société rurale à Marly-la-Ville d'après le rôle de taille de 1746, p. 79-97.

    79 A = de 1 à 2 fois la moyenne, B = de 2 à 4 fois la moyenne, C = de 4 a 8 fois la moyenne... et dans l'autre sens : a = de 1 à 0, 5 par rapport à l'impôt moyen du groupe, b = de 0,5 à 0,25, etc.

    80 Ces deux documents ont été commentés l'un dans : Antoine, Annie, « Systèmes agraires de la France de l'Ouest... », art. cit. et l'autre dans : Antoine, Annie, Terre et paysans en France aux xvii e et xviii e siècles..., op. cit.

    81 Cette question de la variation des parcellaires en milieu bocager fera l'objet du chapitre cinq.

    82 Antoine, Annie, « Les Bovins de la Mayenne... », art. cit., p. 105-136.

    83 Jarnoux, Philippe, Les Bourgeois et la Terre. Fortunes et stratégies foncières à Rennes au xviii e siècle, Rennes, PUR, 1996, 405 p.

    84 Voir cartes présentées au chapitre cinq.

    85 Ibid.

    86 Brumont, Francis, « Le métayage en Gascogne à l'époque moderne », Société Archéologique et Historique du Gers, premier trimestre 2000, p. 76-97.

    87 Rocher, Jean-Pierre, « Une Spécificité agraire de la Puisaye. Les manoeuvreries, petites exploitations complémentaires des métairies (xviii e -xix e siècle) », Les campagnes bourguignonnes dans l'Histoire, actes du colloque d'Auxerre, 1995, Histoire et Sociétés Rurales, 1996, 5, p. 97-110. En Puisaye, les métairies sont associées à des manoeuvreries comme elles le sont parfois dans l'Ouest à des closeries.

    88 Dontenwill, Serge, « Les baux à mi-fruits en Roannais et Brionnais aux xvii e et xviii e siècles : une approche des conditions socio-économiques de la mise en valeur du sol sous l'Ancien Régime », dans : Mélanges d'histoire offerts à Richard Gascon, Lyon et l'Europe, Hommes et sociétés, Lyon, Presses Universitaires de Lyon, 1980, tome 1, p. 179-208.

    89 Antoine, Annie, « Systèmes agraires de la France de l'Ouest... », art. cit. cf. p. 110 : les agriculteurs ne possèdent pas les exploitations agricoles.

    90 Antoine, Annie, « La légende noire du métayage dans l'Ouest de la France (xviii e-xix e siècles) », Colloque de Caen, Les contrats agraires, octobre 1997, à paraître.

    91 Le bail à moitié y est rare même s'il n'est pas inconnu (région de Redon notamment), cf. Cocaud, Martine, Une Agriculture entre tradition et innovation : propriétés, productions et exploitations dans les campagnes d'Ille-et-Vilaine (vers 1750 - vers 1850), Thèse histoire, EHESS, André Zysberg dir., 1997, 660 p. Mais la lecture du contrôle des actes des notaires (Arch. dép. d'îlle-et-Vilaine, série 2C montre que propriétaires et métayers sont également liés par des baux complexes (baux dit « à détroit » ou à « petite ferme ») aux clauses multiples et bien aussi précises que celles des classiques baux à moitié. Il n'y a que la périphérie rennaise qui échappe à cette remarque.

    92 Péret, Jacques, Les paysans de Gâtine au xviii e siècle. La Crèche, Geste Éditions, 1998, 285 p.

    93 Il en est de même en Basse-Bretagne (Jarnoux, Philippe, « Des paysans riches dans la France de l'Ouest sous l'Ancien Régime ? Bilan et perspectives », dans : Campagnes de l'Ouest, stratigraphies et relations sociales dans l'histoire. Annie Antoine, dir., Rennes, Presses Universitaires de Rennes, p. 377-391.) et aussi dans le sud-ouest de la France (Brumont, Francis, « Le métayer et son maître », dans : Campagnes de l'Ouest... p. 361-375.).

    94 On dit, dans le Maine, « surfermier ». Le surfermier prend à ferme un certain nombre d'exploitations, d'un ou de plusieurs propriétaires, et il les rétrocède ensuite à des exploitants en bail à ferme ou à moitié.

    95 Antoine, Annie, Les comptes ordinaires de Pierre Duchemin du Tertre, marchand de toile et seigneur dans la première moitié du xviii e siècle, Mayenne, 1998, Société d'Archéologie et d'Histoire de la Mayenne, 248 p.

    96 Il serait certainement très profitable de raisonner sur les exploitations rurales de l'Ouest des xviii e et xix e siècles à partir des problématiques définies par Jean-Luc Mayaud : Mayaud, Jean-Luc, La petite Exploitation rurale triomphante. France xix e siècle, Paris, Belin, coll. « Histoire et société », 1999, 298 p.

    97 Antoine, Annie, Fiefs et villages du Bas-Maine au xvii e siècle, Mayenne, Éditions Régionales de l'Ouest, 1994, p. 113-120.

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