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    Plan détaillé Texte intégral La politique au service du commerce Commissionnaires et commettants Le fonctionnement des réseaux négociants Une présence pour saisir les opportunités Notes de bas de page

    Le commerce du Nord

    Ce livre est recensé par

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    Table des matières

    Chapitre 10. Un commerce protégé, des réseaux structurés

    p. 267-289

    Entrées d’index

    Index géographique : France

    Texte intégral La politique au service du commerce La neutralité de la mer BaltiqueL’organisation de convois Commissionnaires et commettants Le problème de la relation d’agenceLa confiance entre les acteursUne stratégie familiale Le fonctionnement des réseaux négociants L’activité de commissionnaireUn réseau international Une présence pour saisir les opportunités Hambourg et les produits coloniauxLes bénéfices de l’interlope Notes de bas de page

    Texte intégral

    La politique au service du commerce

    La neutralité de la mer Baltique

    1Lors des grands conflits du xviiie siècle entre la France et l’Angleterre, le but des neutres, la Hollande, la Suède et le Danemark, est de profiter des circonstances pour développer leurs navigations et leurs échanges. Pour ce faire, ils écartent les zones de tensions de la Baltique, considérée comme une mer où toutes violences entre les nations belligérantes doivent être interdites.

    2Le 12 juillet 1756, le Danemark et la Suède signent une convention déclarant que la Baltique est une mer neutre. Les autorités danoises ferment le Sund au château d’Elseneur « par une frégate de garde qui est toujours placée au milieu de ce détroit pour contraindre tous les vaisseaux marchands à payer la douane d’Elseneur1 » et pour empêcher les corsaires d’entrer en Baltique. En outre, en 1756-1757, le Danemark réaffirme la neutralité d’une bande de quatre miles nautiques le long de la côte danoise et norvégienne de la mer du Nord2. En accord avec la Suède, cette neutralité s’étend ensuite au Kattegat qui devient une zone dans laquelle aucune hostilité n’est permise. La côte suédoise de la mer du Nord est sécurisée par des décisions similaires en 1756 et 1758. Le Danemark veille scrupuleusement au respect de cette neutralité et, lors des conflits, les autorités rappellent systématiquement les règles du royaume scandinave aux belligérants3. Le port d’Elseneur dispose d’un entrepôt « libre pour tous les étrangers et pour toutes sortes de marchandises qu’on veut décharger et mettre en sécurité4 » à l’attention des navires qui désirent s’y réfugier.

    3En 1741, au cours de la guerre russo-suédoise, une commission pour la course est accordée par la Suède au capitaine Jacob Petterson Degenaar. Le conflit donne l’opportunité à cet aventurier de mettre de l’ordre dans ses finances. Homme sans scrupules, toujours sans le sous, mais bénéficiant de hautes protections, il se saisit sans raison de deux navires hollandais. Ses prises sont finalement déclarées injustifiées mais, comme Degenaar ne peut pas payer les frais, il est déclaré en faillite en octobre 17445. Immédiatement, il décide de se mettre au service de la France6 et, au printemps 1745, le grand amiral lui accorde une commission. Degenaar commence à chasser les navires anglais en Baltique. En juin 1745, il fait deux prises dans la rade de Dantzig et deux autres dans un port de Poméranie suédoise. L’affaire fait grand bruit et les Anglais « excitent » tout le monde à prendre fait et cause contre la violation de la neutralité de la Baltique. Le roi de Suède, « en vertu du droit qui lui appartient sur tous ses sujets et autant sensible à la violation de son droit territorial qu’attentive à la sûreté de ses côtes et du commerce suédois » envoie des bâtiments armés pour saisir Degenaar et libérer ses prises. Celui-ci s’échappe mais le royaume scandinave laisse « deux frégates armées afin de garantir les mers de la domination de toutes sortes d’armateurs et de protéger le commerce qui se fait aux ports de Suède en le mettant à l’abri de tout tort et de toute insulte7 ». Le Danemark et la Russie demandent son arrestation immédiate et la Prusse est sollicitée pour en faire autant. La France se défend et Lemaire, ambassadeur à Copenhague, déclare que c’est « une insulte au pavillon national8 » de traiter Degenaar comme un pirate. Le problème du corsaire est de sortir de la Baltique d’autant plus que la Suède et le Danemark (« le cartel » selon Lemaire) l’attendent au passage du Sund pour mettre fin à son aventure9.

    4La suite de l’expédition se passe mal pour Degenaar dont l’équipage se révolte : « il n’a pu conserver avec lui que son fils et deux matelots avec lesquels ayant mis au large il a été à la mer pendant sept jours après quoi la tempête l’a jeté à environ deux lieues de Stralsund où ayant été avec son fils chercher de l’assistance, il a été arrêté10. » Les Anglais reprennent leurs navires et demandent que le corsaire soit condamné à la pendaison mais celui-ci réussit à s’évader quelques mois plus tard.

    5Lors de la guerre d’Amérique, les autorités françaises envisagent à nouveau d’armer des corsaires en Baltique. L’ambassade de France à Copenhague rappelle immédiatement l’affaire Degenaar et l’impossibilité de la course en Baltique : « Il existe un accord tacite entre toutes les puissances qui bordent cette mer de n’y souffrir aucun acte d’hostilité de la part des autres puissances. Dans la guerre de 1740, un corsaire armé par les Français essaya ce que vous proposez, le capitaine trouva le gouvernement de Suède même persuadé qu’il avait offensé cette couronne, quoique alliée de sa majesté, en troublant la tranquillité de la mer Baltique. Son vaisseau fut confisqué et jamais on n’a pu lui procurer satisfaction11. »

    L’organisation de convois

    6Pendant la guerre russo-suédoise de 1741-1743 et la guerre de Succession d’Autriche (1740-1748), la navigation hollandaise entre l’Europe de l’Ouest et la Russie est très fortement perturbée. Les armateurs doivent à la fois affronter les corsaires suédois en mer Baltique et les corsaires français en mer du Nord. Les autorités hollandaises mettent alors en place un système d’escortes pour accompagner les navires. Le financement est assuré par le Convooien en Licenten, taxe prélevée depuis 1582 par la République et destinée aux amirautés des provinces dans le but d’organiser des convois pour protéger les vaisseaux marchands12. En septembre 1742, la flotte hollandaise sort du Sund « venant de Narva et de Riga, ensemble plus de 200 voiliers, escortés par 6 vaisseaux de guerre, de sorte qu’il reste encore 3 vaisseaux de guerre de cette nation à Petersbourg pour escorter les vaisseaux qui y sont13 ». Les convois de l’année 1743 ont peu de succès, certains vaisseaux de guerre accompagnant un seul navire de commerce14. Les marchands utilisent l’assistance armée uniquement quand le danger est important ou quand les circonstances sont favorables.

    7Les escortes présentent en effet plusieurs inconvénients. Tout d’abord, il faut attendre le départ du convoi, ce qui peut exiger un délai d’inactivité important. Ensuite, la flotte est obligée de régler son allure sur les vaisseaux les plus lents ce qui est une autre perte de temps. Enfin, tous les navires arrivent au même moment dans les ports de destination et cet afflux soudain de marchandises a très souvent comme conséquence de faire baisser les prix. Quand le danger est faible, les capitaines et armateurs préfèrent refuser les convois et tentent une traversée à leurs risques et périls.

    8Au xviiie siècle, la Marine britannique organise d’incessants convois au cours des guerres qui l’opposent à la France. Comme la mer Baltique est neutralisée, les navires de guerre accompagnent les bâtiments de commerce en mer du Nord jusqu’au détroit du Sund. Ils attendent en rade d’Elseneur le retour des navires et quand ceux-ci sont suffisamment nombreux, le convoi s’engage en direction des îles britanniques. Lors de la guerre de Succession d’Autriche, la Navy planifie un véritable service d’escorte : « Avant hier, il est arrivé ici à notre rade, une seconde flotte d’Angleterre pour la mer Baltique, autour de 80 voiliers sur le convoi d’un navire de guerre de 44 pièces de canon et 250 hommes d’équipage nommé Anglesey commandé par le capitaine Elton avec une petite frégate de guerre de 12 canons et 80 hommes… Ces deux navires resteront ici huit jours et ramèneront en Angleterre les vaisseaux marchands qui se trouveront ici et on dit qu’il est réglé que tous les mois il y aura un convoi de l’Angleterre pour ici et la navigation anglaise est beaucoup plus forte qu’on l’aurait cru au commencement15. »

    9Au cours de la guerre de Sept Ans, le système se perfectionne. Les convois sont organisés par l’amirauté britannique durant la période de navigation de mai à novembre, après consultation des négociants britanniques installés en Russie16. Pendant la guerre d’Amérique, les convois sont incessants17 et le coût est fort élevé pour la Navy. Pour financer cette protection, les autorités imposent, de mars 1779 à août 1783, une taxe de 0,5 % sur les exportations et de 1 % sur les importations18.

    10La protection des convois n’est cependant jamais totale et les corsaires réussissent régulièrement à faire des prises. Les endroits les plus dangereux entre l’Angleterre et le Sund sont le Skagerrak et le Kattegat. Les corsaires peuvent surprendre les navires de commerce et les amener rapidement à la côte avant que l’escorte ait eu le temps de réagir. Au début de la guerre de Sept Ans, jusqu’à la fin de l’année 1759, le célèbre corsaire Thurot est basé à Göteborg, à l’entrée du Kattegat et menace directement les navires de commerce britanniques. Pour prévenir ce risque, les capitaines naviguent le plus près possible des côtes et à la moindre alerte viennent s’y réfugier. Tout un système de renseignements est organisé avec les neutres, et dès qu’un ennemi est signalé, les navires relâchent dans la zone côtière où les corsaires ne peuvent intervenir du fait de sa neutralité. Si le vaisseau ennemi a des forces supérieures aux frégates destinées au convoi, les flottes anglaises à l’ancre dans le détroit du Sund ne manquent pas « d’en être promptement informées à cause des relations qu’elles ont tout au long de la côte19 » et interviennent pour ouvrir la navigation à leurs navires. Quand ceux-ci sortent du Sund, ils le font toujours avec « un vent fait » de façon à entrer rapidement en mer du Nord où il est plus difficile de se faire prendre.

    11Malgré les efforts des autorités de Londres, les maîtres des navires britanniques sont mécontents de l’insuffisance des escortes, les nécessités de la guerre ne permettant pas toujours d’avoir des vaisseaux de guerre disponibles. En novembre 1744, une simple frégate de 20 canons doit accompagner 130 navires anglais et, en outre, « cette frégate manquait de monde, des vaisseaux marchands ont été obligés de lui fournir 30 à 40 hommes20 ». Les exigences militaires étant souvent contradictoires avec les demandes du commerce, la Navy ne peut pas assurer la sécurité de tous les navires21. Parfois les capitaines britanniques « se convoient eux-mêmes » en transformant leurs navires en véritables armes anti-corsaires :

    « Quant aux vaisseaux qui se convoient eux-mêmes, lorsque les circonstances n’exigent pas qu’on les renforce d’une ou plusieurs frégates, ils forment une flotte en partant du détroit de 12, 15 et 20 vaisseaux auxquels se joignent plusieurs autres qui sont sans défenses. La plupart d’entre eux ont 12 à 16 canons, de 12, 8 et 6 de balles et un équipage bien composé. Ces vaisseaux qu’on nomme ordinairement « Grand Pink » ou « Colle » sont armés d’une manière particulière qui en rend l’attaque difficile et très meurtrière et semble mériter pour cela qu’on entre à leur égard dans quelques détails. Ils sont la plupart de 2, 3, 4 et 500 tonneaux et plus, très fort d’échantillon ce qui fait que le canon d’une moyenne frégate ne peut leur faire grand mal. Toutes leurs manœuvres jouent dans l’entrepont ; ainsi, nul homme n’est exposé sur le pont pour manœuvrer et manier le gouvernail. Plusieurs d’entre eux ont un double pont qui est sur le véritable et qu’ils font sauter en l’air comme une mine quand ceux qui les attaquent ne pouvant les réduire à coups de canons (comme cela arrive toujours), veulent les prendre à l’abordage, ce qui fait périr beaucoup de monde. Ils se défendent après dans la chambre du capitaine qui est vaste. Comme dans un retranchement impénétrable, elle est fermée du côté qui fait face au grand mât, de planches de chêne très épaisses à l’épreuve du mousquet où il y a des visières à travers lesquelles ils font un feu continuel de grosses mousqueteries chargées à balles qui détruit tous ceux qui sont sur le vaisseau, sans que ceux-ci puissent les entamer. Ainsi, nos corsaires de la première force qui les connaissent ne s’y arrêtent jamais22… »

    12Si les Français réussissent à faire un certain nombre de prises, le commerce britannique est relativement bien protégé pendant les conflits. La position des couronnes danoise et suédoise, protégées par leur neutralité et désireuses de conserver les trafics commerciaux, empêche la France de trop perturber les échanges anglo-baltiques.

    13Bien que neutres lors des grands conflits européens du siècle, les pays scandinaves organisent également des convois. Leur trafic est régulièrement perturbé par les corsaires et vaisseaux de guerre des pays belligérants qui veulent vérifier les cargaisons et, pour les navires qui vont vers le sud de l’Europe, le problème des pirates barbaresques reste, malgré la signature de traités, un souci permanent.

    14En Suède, lors de l’institution du Produktplakatet (1724), des discussions ont lieu pour la mise en place d’une nouvelle organisation des convois de protection des navires marchands. Il est décidé de prélever une taxe (extra licenten) de 0,5 % sur les importations et de 0,25 % sur les exportations. Gérée par un organisme spécial (Konvoykassan), elle est destinée à financer les convois, les traités avec les Etats barbaresques ainsi que les rançons pour libérer les marins suédois prisonniers des musulmans. L’organisation des escortes militaires est confiée au Commissariat aux convois (Konvoykommissariatet) – dont le siège est à Göteborg puis à Stockholm à partir de 1741-1742 –, nouvelle institution dont le directeur est toujours un amiral de la flotte mais qui inclut des représentants du monde du négoce et de l’armement. Le commissariat aux convois organise deux fois par an, au printemps et à l’automne, deux convois vers l’Europe du Sud protégés par deux vaisseaux de guerre d’au moins 50 canons. Au départ de la Suède, le lieu de concentration des navires se situe dans le port de Göteborg puis à Plymouth, en Angleterre, où les navires qui désirent une protection peuvent se joindre aux convois suédois. Les vaisseaux de guerre vont jusqu’au Portugal, éventuellement à Cadix, mais ne passent jamais le détroit de Gibraltar. Pour le voyage du retour, la concentration des navires se fait dans les ports portugais de Lisbonne et de Setubal, grand centre exportateur de sel. Le premier convoi a lieu à l’automne 1724 avec huit navires.

    15L’organisation des convois suédois pose des problèmes et fait l’objet de critiques incessantes. D’une part, les armateurs et les capitaines hésitent à les utiliser car cela se traduit par une perte de temps, une baisse de productivité de leurs navires et un coût supplémentaire. D’autre part, le produit de la taxe est insuffisant pour couvrir l’organisation des expéditions. Le Commissariat des convois prend en effet en charge les dépenses des équipages et l’armement des navires qu’il doit ensuite rendre en bon état à l’Amirauté suédoise d’où d’importants frais de réparations. Pour résoudre ces difficultés financières, la taxe est augmentée deux fois de 100 % (en 1747 et en 1760) et le Commissariat fait appel à l’emprunt. En 1726, une ordonnance royale précise que quatre fois par an, dans toutes les églises suédoises, une collecte doit être organisée pour libérer les Suédois chrétiens des mains des Musulmans. Malgré ces diverses mesures, l’Etat est dans l’obligation d’effacer régulièrement les dettes de l’institution.

    16En 1725, le Danemark essaie de mettre en place un système analogue à celui de son voisin suédois, c’est-à-dire le financement des convois par la mise en place d’une taxe sur les importations et les exportations. La proposition est rejetée car la dépense n’est pas justifiée. La navigation danoise vers l’Europe de l’Ouest et du Sud est trop faible et les navires ont toujours la possibilité de se joindre aux convois hollandais pour assurer leur défense. À la demande insistante des négociants, le royaume scandinave organise cependant la protection de sa flotte lors des conflits. Les commandants des navires protégeant les convois ont pour obligation de s’opposer et, au besoin, de résister par la force à toute tentative de contrôle des vaisseaux de commerce les accompagnant. Pour le royaume scandinave, les navires neutres en convoi échappent à la règle du contrôle des papiers et des marchandises, position constamment remise en cause par les autorités britanniques23. La rencontre avec des vaisseaux anglais, puissamment armés provoque parfois de petites crises diplomatiques.

    17En 1760, le vaisseau de ligne Le Grønland, armé de 50 canons, commandé par le capitaine Fisker est envoyé en Méditerranée pour protéger la flotte danoise dont plusieurs navires de commerce ont été pris par des corsaires français et britanniques. En mai 1761, il accompagne trois navires au départ de Marseille pour Constantinople et Smyrne et en septembre de la même année, il les protège sur le chemin du retour entre le Levant et la France (un chargement est destiné à Marseille, deux à Ville-franche). Le 7 octobre 1761, au large de la Sardaigne, le convoi rencontre Le Shrewsbury, navire britannique de 74 canons. Le rapport de force est inégal et l’officier danois, désobéissant aux ordres, accepte la vérification des cargaisons. Un des trois navires danois, soupçonné de posséder des marchandises françaises, est saisi et conduit à Londres. Le gouvernement danois envoie immédiatement de véhémentes protestations en Angleterre pour cette violation du pavillon danois mais il s’avère que les soupçons sont fondés et le navire est déclaré bonne prise. Fisker est relevé de son commandement et mis aux arrêts24. Après cette affaire, pour écarter tout risque de conflit, le gouvernement danois rechigne à organiser des convois malgré les demandes des négociants. Refuser la vérification des vaisseaux de commerce et résister par la force peuvent conduire à une confrontation majeure25, ce que veut éviter à tout prix la monarchie scandinave.

    Commissionnaires et commettants

    Le problème de la relation d’agence

    18Le commerce du Nord s’effectue généralement à la commission c’est-à-dire par « un contrat par lequel une personne appelée commissionnaire s’oblige moyennant une rémunération, qu’une autre personne, appelée commettant, s’engage à lui payer, à faire pour le compte de ce commettant, une ou plusieurs opérations commerciales26 ». Les commissionnaires se chargent à la fois de trouver des débouchés (commission de vente) et d’acheter des produits (commission d’achat) pour le compte de leurs commettants.

    19Un commissionnaire se doit d’avoir des disponibilités financières élevées. En effet, lors d’une commission d’achat, « en raison des délais de transport et de vente des produits, un découvert financier important existait toujours entre le moment où le commissionnaire avait noté l’ordre d’achat du commettant et réalisé l’achat…, et celui où il était couvert du montant de l’achat par son correspondant27 ».À l’inverse lors d’une commission de vente, il lui arrive d’avancer le montant de la vente à son commettant ce qui lui procure une commission supplémentaire.

    20La relation entre un commettant et un commissionnaire présente les caractéristiques d’une « relation d’agence » telle qu’elle est définie en sciences économiques, c’est-à-dire un « contrat par lequel une (ou plusieurs) personne (le principal) engage une autre personne (l’agent) pour exécuter en son nom une tâche quelconque qui implique un certain pouvoir de décision à l’agent28 ». Dans cette relation, le commettant (le principal) compte sur le commissionnaire (l‘agent) pour lui fournir le meilleur service afin que sa transaction soit la plus profitable possible. Les deux parties ont des intérêts contradictoires puisque le commettant recherche le moindre coût alors que le commissionnaire est rémunéré à la commission et espère que celle-ci soit le plus élevée possible. Ces contrats se passent dans un contexte d’asymétrie d’informations. Le commissionnaire, proche des marchés, possède des informations que le commettant ne possède pas et peut être tenté de les utiliser à des fins personnelles et non au service de la transaction avec son donneur d’ordre. L’agent peut également exécuter l’ordre uniquement dans son propre intérêt et non dans celui du principal (situation d’« aléa moral »). D’autre part, la distance géographique considérable et la lenteur des communications entre les contractants rend difficile une surveillance de la transaction par le commettant.

    La confiance entre les acteurs

    21Le problème est réel comme le décrit sans détours un ouvrage de 1702 : « L’essentiel d’un bon marchand qui veut négocier avec les pays étrangers est de faire choix d’un bon et fidèle commissionnaire à qui il puisse en sûreté confier son bien. Il y en a assurément, mais ce sont des phénix qu’il est difficile de rencontrer, parce que pour l’ordinaire, ils consultent beaucoup plus leurs intérêts que ceux de leurs commettants. Le grand soin qu’ils ont de leurs propres affaires fait qu’ils négligent celles qui leur sont confiées, et souvent font exécuter les ordres de leurs correspondants par des apprentis ou commis peu intelligents à ménager les achats et les ventes qui leur sont ordonnées. Cependant, outre cette négligence souvent très préjudiciable et les grosses commissions qu’ils prennent, c’est que, pour l’ordinaire, ils portent leurs achats en compte au-delà du prix naturel et véritable faisant voir dans leur conduite qu’ils ont peu de respect pour les lois humaines et encore moins pour celles de la conscience29. »

    22Pour tout négociant, il est indispensable d’avoir une totale confiance en son commissionnaire et donc de le choisir judicieusement pour entreprendre des affaires dans des conditions idéales30. Sans être un spécialiste, ce dernier doit savoir juger la qualité et le prix des marchandises qu’il a en commission et il doit fournir les renseignements nécessaires pour permettre au commettant de connaître les opportunités des marchés. « Dans les économies peu homogènes à transports lents, la qualité du réseau d’information est un facteur important de discrimination entre les entreprises prévenues les premières du mouvement des cours des matières premières, des tendances du marché de consommation ou des accidents tels que les faillites de maisons de commerce, emprunts publics ou guerres31. ». Les négociants qui agissent avec une information incomplète introduisent des constructions mentales dans leur action qui peuvent la rendre totalement inefficace32. Les correspondances d’affaires traduisent continuellement ce souci d’information. Dans leurs courriers à leurs correspondants marseillais, les hambourgeois Pierre His et Pierre Boué « s’informent des prévisions de récolte, des quantités en magasin et sont à l‘affût des moindres variations de prix33 ». Le négociant tire son profit des différences de prix souvent très fluctuantes entre les marchés, « le gagnant est celui qui est le plus rapidement informé des situations c’est-à-dire dont les réseaux d’information sont les meilleurs34 ». La Société d’Agriculture de Bretagne donne en exemple le système d’informations de l’Angleterre, de la Hollande et des pays du Nord qui « reçoivent des avis dès que les blés manquent en Portugal, en Espagne ou en Italie et les envois se font sur le champ35 ». À partir de ces constatations, diverses stratégies se mettent en place.

    Une stratégie familiale

    23Comme l’on se méfie plus des étrangers que de ses propres concitoyens, les négociants du Nord envoient leurs compatriotes dans les villes où ils ont des activités commerçantes. Les Provinces-Unies montrent la voie. Les négociants hollandais évitent les commissionnaires locaux et comptent sur leurs propres réseaux de facteurs, souvent membres des dynasties marchandes du pays36. En France, après les Hollandais, les Allemands arrivent en grand nombre. Les Scandinaves viennent moins fréquemment, mais leur système consulaire leur assure un réseau bien structuré de commissionnaires dans les ports qu’ils fréquentent. Les Français s’intéressent surtout au commerce colonial et le peu d’attrait qu’ils ont pour le grand cabotage vers l’Europe du Nord favorise l’installation de ces communautés. Par un partage cohérent des tâches, les étrangers, soutenus par des réseaux et des liens familiaux, prennent en main le commerce européen dont ils connaissent mieux les usages.

    24La situation juridique des étrangers en France leur est favorable. Quand ils arrivent dans un port, ils peuvent louer des locaux sans formalités particulières. Ce n’est qu’après une année de résidence qu’ils sont enregistrés dans le rôle fiscal local et qu’ils doivent payer la capitation, le dixième puis le vingtième. Ils sont soumis aux mêmes juridictions que les autres négociants. Ils participent aux réunions des commerçants locaux mais n’ont pas le droit de vote à la Chambre de Commerce. Jusqu’à la deuxième génération, ils restent étrangers alors que la troisième génération est considérée comme française37. À Bordeaux, les immigrés allemands sont de confession protestante à 90 % et conservent leur religion. À la suite des dispositions de l’édit de Fontainebleau de 1685, la naturalisation est impossible et la plupart d’entre eux conservent leur statut d’étranger. Hinrich Luetkens, négociant allemand installé à Bordeaux ne devient pas français bien qu’il ait passé vingtsix ans en France et soit marié à une française dont il a eu cinq enfants38.

    25Il existe une discrimination fondée sur la religion et la situation ne s’améliore guère avant l’édit de tolérance de 1787. Les protestants ne disposent pas de leur propre cimetière et sont enterrés dans les caves, les jardins ou sous le plancher du rez-de-chaussée des maisons. Ce n’est qu’en 1769 que la communauté bordelaise obtient un cimetière pour les étrangers grâce aux efforts des négociants Johan-Philipp Weltner et Lienau39.

    26Bordeaux possède une colonie allemande depuis le xviie siècle40. À la fin du règne de Louis XIV, l’intendant recense, outre seize hollandais, seize autres négociants originaires du Nord de l’Europe : dix de Hambourg, deux de Brême, un de Dantzig, un de Lübeck, un du Hanovre et un du Brandebourg41. Le groupe est caractérisé par sa jeunesse, l’âge moyen se situant autour de vingt-huit ans. Nombre de jeunes allemands restent à Bordeaux après quelques années de formation dans les comptoirs négociants (en 1711, Nicolas Woldt de Hambourg arrive en France pour devenir garçon de comptoir à l’âge de 1415 ans42). Cette première vague d’immigration se spécialise dans le commerce des vins soit comme marchands ou comme garçons de comptoir. Au début du xviiie siècle, les Hollandais restent les intermédiaires indispensables dans le commerce des vins vers l’Europe du Nord, mais pour les acheteurs des villes hanséatiques ou de la Baltique, l’installation d’informateurs dans ces places exportatrices permet d’avoir une meilleure connaissance des marchés. Les navires en provenance de Hambourg transportent régulièrement des passagers qui viennent à Bordeaux pour choisir les vins sur place43.

    27À partir de 1730, une seconde vague d’immigration allemande débarque sur les rives de la Gironde. Ces nouveaux arrivants s’investissent non plus uniquement dans le commerce du vin mais surtout dans l’exportation des denrées coloniales vers le Nord de l’Europe44. Ils sont beaucoup plus actifs que leurs prédécesseurs, ces derniers leur ayant préparé le terrain en leur fournissant les informations nécessaires à la création d’une activité commerciale. En 1742-1744, trente sept négociants allemands sont recensés à Bordeaux. Les Hambourgeois qui représentent environ 60 % des effectifs dominent nettement le groupe.

    28La colonie allemande de Bordeaux se renforce après la guerre de Sept Ans avec le développement du commerce colonial. Le nombre d’individus est difficile à connaître du fait des départs, des décès, des installations temporaires, des erreurs et oublis dans les documents officiels… Dans les années 1780, le nombre d’immigrés d’origine allemande sur les bords de la Gironde peut être estimé à environ cent cinquante personnes selon l’historien allemand Wolfgang Henninger, alors que Paul Butel avance un chiffre très inférieur, puisqu’il juge vraisemblable un groupe de soixante à soixante-dix négociants d’origine germanique45. Une dernière grande vague d’immigration arrive après la guerre d’Amérique.

    Croissance du nombre de négociants d’origine allemande à Bordeaux

    Image

    Source : Weber K., Deutsche Kaufmannsfamilien…, op. cit., p. 181.

    29Tous les autres ports français possèdent une communauté allemande. À Nantes, les principaux correspondants des marchands du Nord sont d’origine germanique. La famille Sengstack, originaire de Hambourg, s’est installée à Nantes vers 1680. Peu après la mort en 1725 de Marguerite Van Keulen, veuve de Jean-Antoine Sengstack, les frères Sengstack se séparent. Pierre qui était marié avec sa cousine Marie-Marguerite Van Keulen, prend son beaufrère comme associé et se spécialise dans le trafic avec la Suède, tout en étant commissionné pour de nombreux navires de Hambourg, de Dantzig, de Norvège et de Riga. En plus de ses activités commerciales, il possède une raffinerie à Saumur46. Ses deux frères, Jean et Albert, centrent plus particulièrement leur activité sur Hambourg et sur Brême47.

    30L’entreprise Veuve Sengstack & Cie possède des parts de navires étrangers. En 1724, dans sa déclaration d’entrée, La Princesse Charlotte-Amélie d’Amsterdam indique qu’elle est adressée au « Sieur Singstac son bourgeois et commissionnaire ». Les affaires, tant au niveau du commerce que de l’armement, se font sans doute en famille, le navire lui appartenant peut-être par l’intermédiaire de l’entreprise Van Keulen d’Amsterdam48.

    31La famille Vanherzelle, de lointaine origine hollandaise, a également immigré de Hambourg vers Nantes à la fin du xviie siècle (1671). Après une fuite temporaire en Hollande due à la révocation de l’édit de Nantes, elle devient une des familles les plus actives du négoce nantais, spécialisée dans le commerce avec la Hollande et le Nord. Selon un rapport conservé aux archives municipales de Nantes49, le responsable de l’entreprise abjure le protestantisme et est naturalisé français vers 1745. Il a de très nombreuses relations d’affaires avec la Hollande, plus particulièrement avec Rotterdam où l’un de ses frères est installé. Il possède « plusieurs vaisseaux hollandais dont le mouillage se trouve au quai de la rue du dos d’âne, en face de sa propre demeure50 ».

    32Plusieurs autres familles hambourgeoises se sont installées à Nantes : Lüttman, Von Bobart, Amsinck, Meckenhausen (ces deux derniers sont associés et possèdent une filiale à Saint-Malo)… Les familles originaires d’autres régions allemandes sont également nombreuses : Seewalt (Nuremberg), Stierling (Memmigen), Gullmann51 (Francfort), Wilfesheim (Souabe)… À l’exemple de Vanherzelle, il semblerait que la naturalisation soit plus fréquente à Nantes52 qu’à Bordeaux, peut-être parce que les autorités y sont moins tolérantes en matière de religion.

    33Tous les ports français possèdent des colonies étrangères. À Marseille, les négociants allemands les plus connus se nomment T. Boisselier, M. Boucherie, Fölsch (de Hambourg), Hornbostel (de Dannenberg près de Hambourg), Kick père et fils, T.-A Languenzee, E.-K. Vogel53 … À Béziers puis Sète, le Hambourgeois Flickvier se spécialise dans l’exportations des vins du Languedoc. Au Havre, Werner Maerk développe les relations entre Hambourg et la Normandie54. Même des ports de moindre importance pour le commerce du Nord ont une petite colonie germanique. À Lorient, Jean-Léonard Puchelberg (de Ratisbonne), Elie-Jacques Salomon (d’Erfurt) et Jean-Boniface Schmaltz (de St-Leon-de-Schoid, diocèse de Spire) exercent une activité négociante55.

    34Les négociants scandinaves sont moins nombreux mais également présents dans tous les grands ports français. À Marseille, ils se nomment : S.H. Hinz, J. Moliis (d’Åbo), A. Uhr, J. Wesemberg (de Göteborg), Swen Arfwedsson (de Göteborg), Lassen (du Holstein)… ; à Bordeaux : Hanssen de Lilendahl (d’Elseneur), Boorgaard, Von Hemerth (de Copenhague)… ; à Nantes P. Keill, Nordingh de Witt, J.C. Möller… À Saint-Martin-de-Ré, le négociant norvégien Jens Lem, consul du Danemark crée une société de commerce de sel tout comme le suédois Eric Gardeman, au Croisic, également consul de son pays dans le port breton.

    Le fonctionnement des réseaux négociants

    L’activité de commissionnaire

    35L’intendant Tourny décrit en 1743 le travail de Jean-Christophe Harmensen, négociant originaire de Hambourg, dont l’activité est caractéristique de la colonie allemande de Bordeaux : « Le Sieur Harmensen fait le commerce du Nord par les commissions qu’il a d’Hambourg, de Danzik, de Rotterdam et de Suède, il y envoye des vins, des sucres et des indigos, et il reçoit pour retour des planches, du merrin et du bourdillon, ce qui luy produit chaque année environ de 20 000 à 25 000 lts, d’ailleurs il a un bon équipage et est propriétaire de deux maisons situées aux Chartrons, il en occupe une et donne à loyer l’autre56. » Harmensen fait partie des négociants qui ont réussi. En 1743, il doit payer 225 livres de capitation, cote la plus élevée parmi les Allemands résidant à Bordeaux57.

    36S’il est de brillantes réussites à l’exemple d’Harmensen ou de Bethmann, autre négociant bordelais, il est également des faillites de grande ampleur. À Bordeaux, les affaires de la vieille maison fondée par Hinrich Luetkens tournent mal en 1741 et l’entreprise est dans l’obligation d’interrompre un commerce de commission très étendu. À Nantes, Pierre Sengstack fait une faillite plus ou moins frauduleuse en 177058.

    37Pour connaître et fidéliser les clients étrangers, pour trouver de nouveaux commettants, le voyage à l’étranger est une pratique fréquente chez tous les commissionnaires. En mai 1753, Jean Peter Hoffmann quitte Bordeaux pour un voyage qui le mène successivement à Amsterdam, Hambourg, Stettin, Anklam, Stralsund, Wismar, Copenhague, et de nouveau Hambourg. Son voyage dure près de quinze mois. En 1757, Stierling de Nantes part pour un an à dix-huit mois en visite en Suède et en Hollande59. Le voyage est un moyen d’information à la fois direct, pour connaître les marchés, et indirect pour réactiver les contacts pour le futur.

    38Les commissionnaires installés dans les ports du Nord, viennent également en France. En 1743, Hanssen, négociant danois d’Elseneur s’absente pendant un an « pour une tournée en France, en Angleterre et en Hollande pour ses affaires personnelles60 ». Trois ans plus tard, en 1746, il est à Marseille pour discuter sur un traité de commerce entre le Danemark et Alger, et en 1751, il est de passage à Hambourg pour la France61. Certains négociants envoient leurs employés. En 1774, Meslé de Grandclos reçoit la visite d’un certain Gullmann, envoyé de l’entreprise His de Hambourg62.

    39Prestataires de services que ses commettants peuvent lâcher sans peine pour s’adresser à un concurrent, les commissionnaires cherchent à obtenir la confiance de leurs commettants. Ceci implique de respecter strictement l’activité de commission et « ne jamais envoyer de marchandise pour son propre compte à l’étranger63 » comme l’enseigne Johann Philipp Weltner à son neveu auquel il laisse le soin de gérer sa maison de commerce. Si un commissionnaire organise des envois à compte propre, il fait concurrence à ses propres commettants. Ces derniers travaillent avec plusieurs commissionnaires et savent faire leur choix selon les services, la qualité de la marchandise ainsi que l’honnêteté… de leurs correspondants.

    Les fournisseurs français du négociant en vin hambourgeois Johan Lorenz Meyer

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    Source : F.K. Huhn, Die Handelsbeziehungen…, op. cit., annexe 17.

    40Les négociants étrangers recrutent leurs commis de préférence parmi leurs compatriotes. Après quelques années de formation, certains s’installent à leur propre compte. JohannPhilipp Boutin a été commis chez la veuve Woldt, Amsinck chez Overmann & Meyer, Schönbeck chez Schröder & Schyler… D’autres font le chemin inverse. Après sa faillite, le négociant Hans Winchoff devient teneur de livres chez Harmensen. L’installation d’un commis ne plaît pas toujours aux négociants. Certains vont parfois jusqu’à exiger « de tel correspondant hambourgeois, lui demandant de donner à son fils une première instruction commerciale, de s’engager à ce que ce jeune homme ne s’installe pas à Bordeaux64 ». Au contraire, il arrive que les négociants qui portent en grande estime leurs commis les amènent à participer à la direction de leur entreprise. Quand Bethmann renouvelle sa société avec Meinicken, il fait entrer dans l’association son commis, le hambourgeois Daniel Overmann. L’emploi de personnel français est rare malgré l’atout de la langue. Si la maison Butini & Fölsch engage le marseillais Guérin, cela s’explique sans doute parce que la sœur de ce dernier allait devenir Madame Sven Arfwedsson, le grand négociant suédois de la place méditerranéenne.

    41Les maisons étrangères protègent leur activité d’une intrusion française. J.C. Hornsbostel critique son confrère Lefort lorsque celui-ci cède ses affaires à ses commis marseillais : « Voilà comme les maisons du pays s’introduisent déjà dans les maisons étrangères. Ces messieurs ont tort, suivant moi, car ils pourraient bien, quand ils quittent ainsi le commerce, le faire suivre par quelquesuns de leurs parents qu’ils pourraient avancer sans donner ces branches de commerce aux gens du pays65. » De la même manière, les négociants installés sur place essaient de limiter l’installation de confrères. Selon Paul Butel, la lecture de la correspondance Schyler, indique que les anciennes maisons n’apprécient guère l’arrivée de jeunes concurrents qui « se renvoient la balle de leurs opérations, très blamables et répréhensibles, ont travaillé comme de jeunes idiots ; il serait un bien pour le commerce que de pareils manœuvriers se cassasent le col l’un après l’autre ». L’afflux régulier de nouveaux immigrants du Nord prouve cependant que la concurrence, garantie pour le bon fonctionnement du système, a toujours bien fonctionné sur les places commerçantes. Il est vrai qu’il est naturel que les communautés protègent leur domaine d’activité. En 1761, les Juifs portugais de Bordeaux font ainsi expulser le juif danois Ephraïm Philip d’Altona choisi « par les juiveries de Danemark, Hambourg et autres pays du Nord… pour venir résider à Bordeaux, y faire tous les ans les achats de vins qui leur seraient nécessaires et les préparer en vins casher66 ».

    42Les commissionnaires d’origine allemande grâce à la qualité de leur service et à leurs relations internationales monopolisent le trafic d’exportation des vins et produits coloniaux vers le Nord mais aussi les importations. À Bordeaux, Schröder & Schyler a 348 clients à l’étranger de 1763 à 177567. Une maison de moindre importance comme Dittmer possède un vaste réseau commercial ayant son siège à Berlin et couvrant l’ensemble des pays baltiques68. Elle a des correspondants à Saint-Pétersbourg (15 maisons), au Danemark (19 maisons dont 14 à Christiania), à Moscou (1), à Lübeck (1), à Stettin (1), à Bremen (1), à Hambourg (5) et en Hollande (13)69.

    Les dix plus importants commissionnaires bordelais recevant des cargaisons de la Baltique en 1785

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    Source : ADG C 4488, Henninger W., op. cit. et Weber K., Deutsche…, op. cit.

    43Cette domination des commissionnaires étrangers du Nord n’est guère du goût des autorités françaises. Un mémoire de 1777 décrit les ports français « peuplés de négociants allemands qui par les intelligences qu’ils conservent avec leurs compatriotes, enlèvent aux Français jusqu’au bénéfice des commissions70 ».

    Un réseau international

    44Les colonies marchandes étrangères s’intègrent rapidement dans les sociétés portuaires qui les accueillent. Sur les 226 noms de négociants allemands à Bordeaux relevés par Klaus Weber entre 1650 et 1830, soixante trois mariages sont connus, et trente-huit au moins l’ont été avec une française. Seuls dix-huit négociants se sont mariés avec des allemandes à l’exemple de Johann-Heindrich Schyler (avec Susanna Racke) ou Nikolaus Dammers (avec Johanna Sentrup). Cette intégration est favorisée par la forte présence de Huguenots dans le Sud-Ouest (Dordogne, Agenais, Cévennes, Languedoc) de la France. Les unions sont fortement marquées par l’endogamie, les mariages s’effectuant dans le cercle des commerçants armateurs et banquiers de la ville71. Selon Paul Butel, les rapports sont si étroits entre les Bordelais de souche et les immigrés allemands que le terme de « colonie germanique » n’est guère approprié72.

    45À Nantes, la famille Sengstack s’allie à plusieurs grandes famille du négoce de la ville bretonne. Le fils d’Albert épouse Elisabeth Bertrand de Cœuvres en 1727 et pour ce faire abjure le protestantisme quelques jours avant son mariage73. Plusieurs autres unions lient les Sengstack avec les familles négociantes Deurbroucq, Chaurand et Delmas.

    46Les négociants étrangers créent un véritable réseau international par des alliances familiales où l’on retrouve très fréquemment la diaspora huguenote. Wilhem-Peter Metzler, originaire de Francfort, se marie en 1738 avec Marie-Pauline Boyer74, membre d’une des familles les plus puissantes du clan protestant de Bordeaux, dont une branche est installée à Hambourg depuis le début du siècle. Plus tard, leur fils s’unira avec Catherine-Elisabeth de Bethmann, héritière de la puissante maison d’origine allemande de Bordeaux75. En 1772 et 1774, deux nièces de Marie-Pauline épousent deux frères Luetkens, autre maison d’importance d’origine hambourgeoise. Johann Georg Streckeisen, négociant bordelais spécialisé dans le commerce du cuivre, marie ses deux filles à deux banquiers d’origine berlinoise. Son cousin, Emmanuel Streckeisen est associé à Amsterdam avec Jean Texier, lui-même lié avec la maison Baril & Texier de Londres76 et Bernard Texier & Cie d’Hambourg. La famille de Lüttman, négociant nantais, vit dans tous les grands ports ou se pratique le négoce : outre Hambourg, sa sœur Catherina est l’épouse de Cornelis de Neyere d’Amsterdam, son autre sœur Hanna est mariée avec le négociant Andreas Heidritter de Londres ou est également installé comme négociant son frère Johannes77. Sengstack de Nantes a de la famille à Brême à Amsterdam et sans doute à Hambourg78. À Marseille, le genevois Jean-Antoine Butini, consul du roi de Suède, marie ses filles avec les négociants Jean-Robert Rilliet, son propre neveu dont la famille a des maisons de commerce à Lyon et à Paris, Jacques-Henri Fölsch, négociant hambourgeois de la place et Pierre Kiell d’Altona (Danemark), négociant à Nantes. De ces alliances naissent à Marseille la firme Butini, Fölsch & Rilliet et à Nantes l’association entre Pierre Kiell et Robert Rilliet, autre neveu de Butini79.

    47Les commissionnaires et négociants étrangers gardent des liens étroits avec leur ville ou pays d’origine. Des associations commerciales peuvent lier différentes branches d’une même famille installées en France et dans le Nord. Les relations restent permanentes avec leurs parents du Nord ou d’Allemagne qui bien souvent sont dans le négoce. Le fils aîné de Stierling de Nantes est « depuis quatre années à faire ses humanités à Francfort-sur-le-Main » et son espoir est « qu’il plaira au roi et au sublime sénat de l’appeler au service du collège royal de commerce comme élève80. » Johann-Jakob von Bethmann marie sa fille et unique héritière à Francfort. Les testaments montrent l’attachement au pays. Jean-Philipp Weltner lègue ainsi 100 000 livres à son neveu de Lübeck ainsi que 10 000 livres aux pauvres de la ville hanséatique.

    Une présence pour saisir les opportunités

    Hambourg et les produits coloniaux

    48Les travaux de Paul Butel ont montré que « les négociants engagés dans le trafic européen de Bordeaux étaient étrangers ». Les Bordelais « dans l’ensemble, préféraient laisser aux colonies étrangères fixées à Bordeaux depuis le xviie siècle la direction de ce commerce81 ».

    49La colonie allemande installée sur les rives de la Garonne ravitaille les raffineries et les magasins de café de Hambourg qui devient le nouvel intermédiaire entre la France et l’Europe du Nord. La ville hanséatique « n’est qu’une ville de transit et d’entrepôt. La consommation de nos denrées n’y est presque pour rien. Elle ne font qu’y passer pour se répandre en Allemagne et en Bohême, Hongrie, Pologne, Russie82 … » Hambourg redistribue les produits coloniaux qu’elle importe de France dans toute l’Europe centrale par la voie de l’Elbe et expédie même des sucres raffinés vers l’Italie par la voie maritime83.

    50Le sucre qui arrive sur les quais de l’Elbe n’est pas du sucre blanc mais du sucre terré ou brut destiné à être raffiné avant d’être expédié sur les lieux de consommation. Pour cela, la ville dispose en 1740 d’environ 200 raffineries qui font vivre un tiers du peuple84. Leur nombre passe à 300 en 1760 et atteint 400 à la fin du siècle85. Ces industries attirent les populations de l’hinterland hambourgeois et la ville passe de 75 000 habitants en 1715 à 130 000 en 1790.

    51Comment expliquer cette organisation de la commercialisation des produits coloniaux ? Il paraît anormal que la France qui dispose d’un atout d’importance avec ses sucres, les exporte à l’état brut alors qu’une « fraction importante de la valeur ajoutée est le fait du raffinage86 ». L’explication provient des coûts industriels, beaucoup plus faibles en Allemagne qu’en France. Tout comme les toiles de Silésie s’imposent sur les marchés ibériques grâce à leurs faibles prix de revient, l’industrie du raffinage hambourgeois fournit des sucres à moindre prix.

    52Si les techniques du raffinage du sucre sont les mêmes qu’en France, la différence de coût de revient provient de la rémunération des travailleurs que les entrepreneurs hambourgeois s’efforcent de comprimer au maximum. Les salaires des ouvriers immigrés en provenance des campagnes de l’hinterland allemand sont excessivement bas. Hambourg est ainsi un exemple classique d’industrie manufacturière de la semi-périphérie87.

    53L’activité sucrière étant une nécessité vitale pour l’économie de la ville, les autorités favorisent sa compétitivité pour qu’elle s’impose à la concurrence. Au cours des années 1780, la ville hanséatique fait venir environ 10 000 lasts de charbon de terre d’Angleterre en franchise douanière alors qu’en France l’introduction de ce combustible nécessaire à l’industrie du raffinage est soumis à des droits élevés. Les industriels et négociants français ne cessent de dénoncer les avantages de Hambourg tant au nouveau des salaires que du coût des matières premières :

    « Nous doutons cependant que notre concurrence puisse entrer en parallèle avec Hambourg, Fiume et Trieste, non parce que leur infériorité dans le travail s’y opposasse ; mais l’éloignement où nous nous trouvons, la cherté de notre main-d’œuvre, du charbon de terre, et toutes les choses nécessaires à la fabrication et que les raffineries étrangères se procurent à bien meilleur marché, nous mettraient toujours au dessous d’elles88. »

    54Le coût du produit raffiné sortant des usines hambourgeoises est très compétitif sur les marchés consommateurs. Selon un mémoire de 1756, « le sucre raffiné en Hollande et surtout à Hambourg est plus recherché en Russie que celui de France, tant pour la qualité que pour le prix89 ».

    55L’industrie du raffinage hambourgeois est organisée en de multiples petites entreprises employant des centaines d’ouvriers. Les négociants sous-traitent à cette industrie sucrière locale le raffinage des produits en provenance de France. Les correspondances entre Jean Pellet et Pierre Boué ou David Lindo et Pierre His indiquent que les négociants bordelais expédient directement des sucres à leurs commissionnaires hambourgeois, à charge pour eux de les raffiner et ensuite de les vendre90. L’opération nécessite de solides capitaux de la part des négociants français, l’argent de la vente en Allemagne ne leur revenant qu’au bout d’un temps relativement long, souvent plus de six mois. En cas de difficultés, ils ont toujours la possibilité de faire appel au crédit des banquiers hambourgeois.

    56Jusqu’à la guerre de Sept Ans, les Huguenots installés dans la ville hanséatique jouent un rôle essentiel dans ces trafics. Ils sont les intermédiaires entre les grossistes bordelais ou nantais, l’industrie locale du raffinage et les marchés de l’Est. Nul doute que leur situation privilégiée leur procure de confortables bénéfices.

    57Dans la seconde moitié du xviiie siècle, les négociants de Hambourg, grâce à leurs compatriotes commissionnaires qui s’installent dans les ports français au cours de cette période, achètent directement des sucres bruts. Les grandes vagues d’immigration vers le port de la Gironde s’expliquent en partie par la volonté des négociants allemands de prendre en mains le commerce sucrier dès l’arrivée des produits en France. Cette nouvelle organisation permet aux étrangers de contrôler toute la transformation et la commercialisation des produits et d’accroître leurs profits au dépens du négoce français.

    Les bénéfices de l’interlope

    58Les pays du Nord, bien informés du fonctionnement du système colonial font partie des principaux bénéficiaires de la contrebande dans les îles françaises des Caraïbes, c’est-à-dire des navires qui détournent le système de l’exclusif. Les consuls font régulièrement des rapports sur des livraisons qui leur paraissent douteuses. En 1722, un nommé Hyacinthe Bourdon, marchand de la Guadeloupe, livre des sucres à Hambourg et déclare qu’il « ne savait pas qu’il était défendu de porter des effets du crû de nos colonies en droiture dans les ports étrangers… qu’il ne croyait pas se trouver ici un commissaire pour veiller là-dessus mais qu’il n’avait rien à craindre à son retour d’Amérique et qu’il était sûr que le gouverneur et les officiers des domaines fermeraient les yeux sur sa conduite et sa navigation. Il a ajouté qu’on devait ménager les colonies et ne pas les traiter avec sévérité91 … » Deux ans plus tard, en 1724, toujours à Hambourg, un navire de 350 à 400 tonneaux adressé à Luttman & Van Bobart, gros négociant de la ville, arrive avec une cargaison de café et de thé : « Tout ce qui regarde ce vaisseau est mystérieux… Il a arboré trois ou quatre sortes de pavillons, il y en avait un anglais. Le capitaine ne voulait parler qu’anglais… les matelots ne descendent pas à terre. » Le capitaine déclare qu’il est d’Ostende alors que le consul est persuadé que c’est un vaisseau français venu livrer des marchandises de façon clandestine. Selon lui, le capitaine est un certain Loisellière natif de Brest et « le seul intéressé que l’on connaisse, encore savoir si l’on ne se trompe point, est M. Baillon ou Ceron, breton ou malouin à Paris chez M. Le Coulteux, banquier & Cie. Ce M. Baillon ou Ceron a eu un fils à Hambourg chez Luttman & Bobart à qui le vaisseau est adressé92 ».

    59Les neutres profitent des périodes de conflit pour développer le commerce interlope au départ des îles françaises. Le Danemark qui possède plusieurs îles à sucre aux Antilles est aux avant-postes de ces trafics illicites. En 1746, l’ambassadeur français de Copenhague remarque que « l’augmentation considérable et subite… dans les armements pour les colonies danoises en Amérique lui fit penser qu’on y voulait profiter des circonstances de la guerre pour lier, à la faveur du voisinage, un commerce clandestin avec les isles françaises93 ». Selon un mémoire sur le commerce de Göteborg, la Suède désire « quelque possession en Amérique dont elle puisse jouir tranquillement en temps de paix et qui, durant la guerre, lui serve de prétexte pour faire des expéditions94 ».

    60Malgré cette contrebande, la France accorde des autorisations aux neutres pour commercer avec ses îles à sucre pendant les conflits, les armateurs métropolitains étant dans l’incapacité d’assurer les trafics. En 1757, Babut de Nantes se félicite du service rendu à ses « amis de Stockholm et de Göteborg » en affrétant une frégate suédoise entre Rochefort et Saint-Domingue avec retour en direction de Hambourg pour la confortable somme de 150 000 livres95. Les neutres profitent de ces temps bénis de la guerre mais, une fois la paix revenue, veulent transformer l’exceptionnel en permanent96.

    61Après la guerre d’Amérique, la fraude prend des proportions gigantesques. Le négociant bordelais Schyler note qu’au début de 1783 les îles françaises chargent de grandes quantités de produits coloniaux pour la Nouvelle Angleterre97. En 1790, 1245 navires des Etats-Unis enlèvent sur la côte sud de Saint-Domingue près de 35 000 tonnes de sucres. Une grande partie de ces marchandises se retrouve sur les marchés du Nord98. En 1785, un navire américain arrive à Hambourg chargé de sucres de Saint-Domingue. La France demande des explications mais l’opération est complexe. Les sucres ont été chargés à Philadelphie par Pierre Collin pour le compte de Richard Soederstroem, négociant établi à New York et le connaissement est « à l’ordre du sieur Hope d’Amsterdam lequel l’a transporté aux sieurs Gaspard Voght & Cie, négociants de Hambourg ». Le capitaine déclare que les navires n’éprouvent « guère de difficultés à charger toutes sortes de produits dans les colonies françaises : les sucres de Saint-Domingue regorgent à Philadelphie99 », et qu’à son départ d’Amérique, il s’en faisait un autre chargement pour Hambourg.

    62La conjoncture est favorable à la France au cours du xviiie siècle mais la prépondérance française dans le commerce des produits coloniaux est fragile. Les négociants français ne sont que des fournisseurs passifs dont les acheteurs du Nord peuvent fort bien se passer. Ainsi, lors des conflits, l’activité hambourgeoise se poursuit malgré la rupture des livraisons en provenance de France. Selon Michel Morineau, « une montée de la concurrence et une modification du comportement du marché étaient instantes avant 1791100 ».

    Notes de bas de page

    1 AN B1 542, 13/07/1756.

    2 Kent H.-S.-K., « The Historical Origins of the Three-Mile Limit », American Journal of International Law, 48, 1954, p. 546.

    3 AN B1 485 Reg 1, 4/11/1747 et 28/07/1778.

    4 AN B1 485 Reg 1, 02/05/1744.

    5 Lemmink J.-P.-S., « Dutch convoys in the Baltic during the Russo-Swedish war 17411743 », Baltic Affairs…, op. cit., p. 168-170.

    6 AN B3 419, 19/10/1744.

    7 Ibid., 12/07/1745.

    8 Id., 10/07/1745.

    9 Id. 18/06/1745.

    10 Id., 9/08/1745.

    11 AE Nantes Copenhague B1, 10/01/1779.

    12 De Vries J. et Van der Woude, The first Modern Economy. Success, Failure and Perseverance of the Dutch Economy, 1500-1815, Cambridge, CUP, 1997, p. 98.

    13 AN B1 485, 14/09/1742.

    14 Lemmink J.-P.-S., op. cit., p. 201.

    15 AN B1 485, 21/07/1744.

    16 Kent H.-S.-K, War and Trade in Northern Seas, Cambridge, CUP, 1973, p. 37.

    17 AN B1 485.

    18 Kjaerheim S., op. cit., p. 196.

    19 AN B3 418, 06/07/1779.

    20 AN B3 418, 07/11/1744.

    21 AN B1 485 reg 1 Elseneur, 15/07/1747.

    22 AN B3 418, 06/07/1779.

    23 Andersen D.-H., The Danish Flag…, op. cit., p. 93.

    24 Andersen D.-H., « Linieskibet Grønland. Historien bag en konvoy i Middelhavet 1761 », Marinehistorisk Tidsskrift, 22, 31991, p. 2331.

    25 Andersen D.-H., The Danish Flag…, op. cit., p. 93.

    26 Cavignac J., op. cit., p. 87.

    27 Butel P., « Les négociants allemands… », op. cit., p. 601.

    28 Jensen M.-C. et Meckling W.-H., « Theory of the Firm : Managerial Behavior, Agency Costs and Ownership Structure », Journal of Financial Economics, vol. 3, 10-1976, p. 305-360.

    29 Gobain P., Le commerce en son jour ou l’art d’apprendre en peu de tems à tenir les livres de compte à parties doubles et simples par débit et crédit, Bordeaux, 1702, p. 31.

    30 Wegener Sleeswijk A., « La relation problématique entre principal et agent dans la commission : l’exemple de l’exportation des vins vers les Provinces-Unies au xviiie siècle », Marzagalli S. et al., Négoce, Ports et Océans xvie-xxe siècles, Pessac, Presses universitaires de Bordeaux, 2000, p. 29-45.

    31 Verley P., op. cit., p. 195.

    32 North D.-C., Institutions…, op. cit., p. 8.

    33 Rambert G., Histoire du commerce de Marseille, T. 7., Plon, Paris, 1966, p. 831.

    34 Verley P., op. cit., p. 235.

    35 Corps d’observation…, op. cit., p. 175.

    36 Israël J., Dutch Primacy…, op. cit., p. 367.

    37 Huhn F.K., op. cit., p. 34-36.

    38 Henninger W., Johann Jacob Von Bethmann 1717-1792. Kaufmann, Reeder und kaiserlicher Konsul in Bordeaux, 2 vol, Universitätsverlag Dr N. Brockmeyer, 1993, p. 41.

    39 Weber K., Deutsche Kaufmannsfamilien…, op. cit., p. 186.

    40 Espagne M., Bordeaux-Baltique. La présence culturelle allemande à Bordeaux aux xviii et xixe siècles, Paris, CNRS, 1991, 245 p.

    41 ADG C 4473.

    42 Henninger W., op. cit., p. 40.

    43 Huetz de Lemps C., Géographie du commerce de Bordeaux, Paris-La Haye, Mouton, 1975, p. 489.

    44 Butel P., « Les négociants allemands… », op. cit., p. 594.

    45 Henninger W., op. cit., p. 53-60 ; Butel P., « Les négociants allemands… », op. cit., p. 596.

    46 RC Kommercekollegiet 307.

    47 Treutlein G., Schiffart und Handel zwischen Nantes und dem europäischen Norden von 1714 bis 1744. Thèse, Heidelberg, 1970, p. 135-136.

    48 ADLA B 4655.

    49 AM Nantes CG 649, 06/07/1715.

    50 Martin G., Nantes et la Compagnie des Indes, Paris, Marcel Rivière, 1928, p. 76.

    51 RS Gallica 418.

    52 Nouaihat Y.H., Les étrangers à Nantes au xviiie siècle, D.E.S, Histoire, Nantes, 1957, p. 21.

    53 Carrière C., Négociants marseillais au xviiie siècle. Contribution à l’étude des économies maritimes, 2 vol., Institut Historique de Provence, p. 274

    54 Dardel P., Navires et marchandises…, op. cit., p. 85.

    55 Moutet X., Négociants et armateurs de Lorient au xviiie siècle, mémoire de maîtrise.

    56 ADG C 4439/9.

    57 Butel P., « Les négociants… », op. cit., p. 595.

    58 RC Kommercekollegiet 307, 13/02 et 18/08/1770.

    59 RS Gallica 418, 12/02/1757.

    60 AN B1 451, 23/07/1743.

    61 AN B1 608, 25/10/1751.

    62 AM Saint-Malo, Fonds Meslé de Grandclos, 18 S.

    63 Butel P., « Les négociants allemands… », op. cit., p. 601.

    64 Butel P., « Les négociants allemands… », op. cit., p. 600.

    65 Carrière C., Négociants marseillais…, op. cit., p. 278.

    66 RC Tyske kancelli, 19/12/1761.

    67 Butel P. et Voss P., « Le négoce des vins de Bordeaux et l’Allemagne de la fin du xviie siècle au milieu du xixe siècle », Aerts E. et al., Production, marketing and consumption of alcoholic beverages since the late middle ages, Leuven, Proceedings Tenth International Economic History Congress, 1990, p. 85-86.

    68 Besset G., Bordeaux et la Russie au xviiie siècle, Thèse, Bordeaux, 1981, p. 180.

    69 Butel P., « Les négociants allemands… », op. cit., p. 604.

    70 AN B3 426, 10/01/1777.

    71 Weber K., Deutsche Kaufmannsfamilien…, op. cit., p. 372-379.

    72 Butel P., « Les négociants… », op. cit., p. 593.

    73 Meyer J., L’armement nantais dans la deuxième moitié du xviiie siècle, Paris, SEVPEN, 1969, p. 197.

    74 Jeanne, la sœur de Marie-Pauline Boyer, épouse en 1756 le grand armateur bordelais François Bonnaffé.

    75 Henninger W., op. cit., p. 554. Bethmann exige que Pierre-Henri Metzler prenne le nom de Bethmann pour perpétuer la dynastie.

    76 Butel P., « Les négociants allemands… », op. cit., p. 598.

    77 Hintze P., Geschichte des Geschlechts Lüttman in Hamburg, Hamburg, 1928, p. 22.

    78 Treutlein G., op. cit., p. 137.

    79 Lüthy H., op. cit., p. 91.

    80 RS Gallica, 12/02/1757.

    81 Butel P., « Les négociants allemands… », op. cit., p. 593.

    82 AN B1 607, 9/12/1740.

    83 Butel P., « Le trafic européen… », op. cit., p. 72.

    84 AN B1 607, 9/12/1740.

    85 Weber K., « The Atlantic Coast of German Trade. German Rural Industry and Trade in the Atlantic, 1680-1840 », Itinerario, XXVI, 2-2002, p. 106.

    86 Verley P., op. cit., p. 413.

    87 Weber K., Deutsche Kaufmannfamilien…, op. cit., p. 273.

    88 ADG C 4265, f. 169, 03/04/1781.

    89 AN B3 432, 1756

    90 ADG 7B 1599, 16/08/1737 ; 7 B 1784, 1/02/1737 et 10/10/1738.

    91 AE Nantes Amsterdam, 3/09/1722.

    92 AN B7 285, 16 et 23/06/1724.

    93 AE Nantes Hambourg 25, 8/05/1746.

    94 AN B3 418.

    95 RS Gallica 418, 17/12/1757.

    96 Le Bouëdec G., Activités maritimes et sociétés littorales de l’Europe Atlantique 1690-1790, Armand Colin, Paris, 1997, p. 112.

    97 Butel P., « Les négociants allemands… », op. cit., p. 609.

    98 Butel P., « Traditions and Changes in French Atlantic between 1780 and 1830 », Renaissance and Modern Studies, XXX, 1986, p. 126.

    99 AN B1 613, 28/02 et 28/03/1785.

    100 Morineau M., « La vraie nature des choses… », op. cit., p. 21-22.

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    1 AN B1 542, 13/07/1756.

    2 Kent H.-S.-K., « The Historical Origins of the Three-Mile Limit », American Journal of International Law, 48, 1954, p. 546.

    3 AN B1 485 Reg 1, 4/11/1747 et 28/07/1778.

    4 AN B1 485 Reg 1, 02/05/1744.

    5 Lemmink J.-P.-S., « Dutch convoys in the Baltic during the Russo-Swedish war 17411743 », Baltic Affairs…, op. cit., p. 168-170.

    6 AN B3 419, 19/10/1744.

    7 Ibid., 12/07/1745.

    8 Id., 10/07/1745.

    9 Id. 18/06/1745.

    10 Id., 9/08/1745.

    11 AE Nantes Copenhague B1, 10/01/1779.

    12 De Vries J. et Van der Woude, The first Modern Economy. Success, Failure and Perseverance of the Dutch Economy, 1500-1815, Cambridge, CUP, 1997, p. 98.

    13 AN B1 485, 14/09/1742.

    14 Lemmink J.-P.-S., op. cit., p. 201.

    15 AN B1 485, 21/07/1744.

    16 Kent H.-S.-K, War and Trade in Northern Seas, Cambridge, CUP, 1973, p. 37.

    17 AN B1 485.

    18 Kjaerheim S., op. cit., p. 196.

    19 AN B3 418, 06/07/1779.

    20 AN B3 418, 07/11/1744.

    21 AN B1 485 reg 1 Elseneur, 15/07/1747.

    22 AN B3 418, 06/07/1779.

    23 Andersen D.-H., The Danish Flag…, op. cit., p. 93.

    24 Andersen D.-H., « Linieskibet Grønland. Historien bag en konvoy i Middelhavet 1761 », Marinehistorisk Tidsskrift, 22, 31991, p. 2331.

    25 Andersen D.-H., The Danish Flag…, op. cit., p. 93.

    26 Cavignac J., op. cit., p. 87.

    27 Butel P., « Les négociants allemands… », op. cit., p. 601.

    28 Jensen M.-C. et Meckling W.-H., « Theory of the Firm : Managerial Behavior, Agency Costs and Ownership Structure », Journal of Financial Economics, vol. 3, 10-1976, p. 305-360.

    29 Gobain P., Le commerce en son jour ou l’art d’apprendre en peu de tems à tenir les livres de compte à parties doubles et simples par débit et crédit, Bordeaux, 1702, p. 31.

    30 Wegener Sleeswijk A., « La relation problématique entre principal et agent dans la commission : l’exemple de l’exportation des vins vers les Provinces-Unies au xviiie siècle », Marzagalli S. et al., Négoce, Ports et Océans xvie-xxe siècles, Pessac, Presses universitaires de Bordeaux, 2000, p. 29-45.

    31 Verley P., op. cit., p. 195.

    32 North D.-C., Institutions…, op. cit., p. 8.

    33 Rambert G., Histoire du commerce de Marseille, T. 7., Plon, Paris, 1966, p. 831.

    34 Verley P., op. cit., p. 235.

    35 Corps d’observation…, op. cit., p. 175.

    36 Israël J., Dutch Primacy…, op. cit., p. 367.

    37 Huhn F.K., op. cit., p. 34-36.

    38 Henninger W., Johann Jacob Von Bethmann 1717-1792. Kaufmann, Reeder und kaiserlicher Konsul in Bordeaux, 2 vol, Universitätsverlag Dr N. Brockmeyer, 1993, p. 41.

    39 Weber K., Deutsche Kaufmannsfamilien…, op. cit., p. 186.

    40 Espagne M., Bordeaux-Baltique. La présence culturelle allemande à Bordeaux aux xviii et xixe siècles, Paris, CNRS, 1991, 245 p.

    41 ADG C 4473.

    42 Henninger W., op. cit., p. 40.

    43 Huetz de Lemps C., Géographie du commerce de Bordeaux, Paris-La Haye, Mouton, 1975, p. 489.

    44 Butel P., « Les négociants allemands… », op. cit., p. 594.

    45 Henninger W., op. cit., p. 53-60 ; Butel P., « Les négociants allemands… », op. cit., p. 596.

    46 RC Kommercekollegiet 307.

    47 Treutlein G., Schiffart und Handel zwischen Nantes und dem europäischen Norden von 1714 bis 1744. Thèse, Heidelberg, 1970, p. 135-136.

    48 ADLA B 4655.

    49 AM Nantes CG 649, 06/07/1715.

    50 Martin G., Nantes et la Compagnie des Indes, Paris, Marcel Rivière, 1928, p. 76.

    51 RS Gallica 418.

    52 Nouaihat Y.H., Les étrangers à Nantes au xviiie siècle, D.E.S, Histoire, Nantes, 1957, p. 21.

    53 Carrière C., Négociants marseillais au xviiie siècle. Contribution à l’étude des économies maritimes, 2 vol., Institut Historique de Provence, p. 274

    54 Dardel P., Navires et marchandises…, op. cit., p. 85.

    55 Moutet X., Négociants et armateurs de Lorient au xviiie siècle, mémoire de maîtrise.

    56 ADG C 4439/9.

    57 Butel P., « Les négociants… », op. cit., p. 595.

    58 RC Kommercekollegiet 307, 13/02 et 18/08/1770.

    59 RS Gallica 418, 12/02/1757.

    60 AN B1 451, 23/07/1743.

    61 AN B1 608, 25/10/1751.

    62 AM Saint-Malo, Fonds Meslé de Grandclos, 18 S.

    63 Butel P., « Les négociants allemands… », op. cit., p. 601.

    64 Butel P., « Les négociants allemands… », op. cit., p. 600.

    65 Carrière C., Négociants marseillais…, op. cit., p. 278.

    66 RC Tyske kancelli, 19/12/1761.

    67 Butel P. et Voss P., « Le négoce des vins de Bordeaux et l’Allemagne de la fin du xviie siècle au milieu du xixe siècle », Aerts E. et al., Production, marketing and consumption of alcoholic beverages since the late middle ages, Leuven, Proceedings Tenth International Economic History Congress, 1990, p. 85-86.

    68 Besset G., Bordeaux et la Russie au xviiie siècle, Thèse, Bordeaux, 1981, p. 180.

    69 Butel P., « Les négociants allemands… », op. cit., p. 604.

    70 AN B3 426, 10/01/1777.

    71 Weber K., Deutsche Kaufmannsfamilien…, op. cit., p. 372-379.

    72 Butel P., « Les négociants… », op. cit., p. 593.

    73 Meyer J., L’armement nantais dans la deuxième moitié du xviiie siècle, Paris, SEVPEN, 1969, p. 197.

    74 Jeanne, la sœur de Marie-Pauline Boyer, épouse en 1756 le grand armateur bordelais François Bonnaffé.

    75 Henninger W., op. cit., p. 554. Bethmann exige que Pierre-Henri Metzler prenne le nom de Bethmann pour perpétuer la dynastie.

    76 Butel P., « Les négociants allemands… », op. cit., p. 598.

    77 Hintze P., Geschichte des Geschlechts Lüttman in Hamburg, Hamburg, 1928, p. 22.

    78 Treutlein G., op. cit., p. 137.

    79 Lüthy H., op. cit., p. 91.

    80 RS Gallica, 12/02/1757.

    81 Butel P., « Les négociants allemands… », op. cit., p. 593.

    82 AN B1 607, 9/12/1740.

    83 Butel P., « Le trafic européen… », op. cit., p. 72.

    84 AN B1 607, 9/12/1740.

    85 Weber K., « The Atlantic Coast of German Trade. German Rural Industry and Trade in the Atlantic, 1680-1840 », Itinerario, XXVI, 2-2002, p. 106.

    86 Verley P., op. cit., p. 413.

    87 Weber K., Deutsche Kaufmannfamilien…, op. cit., p. 273.

    88 ADG C 4265, f. 169, 03/04/1781.

    89 AN B3 432, 1756

    90 ADG 7B 1599, 16/08/1737 ; 7 B 1784, 1/02/1737 et 10/10/1738.

    91 AE Nantes Amsterdam, 3/09/1722.

    92 AN B7 285, 16 et 23/06/1724.

    93 AE Nantes Hambourg 25, 8/05/1746.

    94 AN B3 418.

    95 RS Gallica 418, 17/12/1757.

    96 Le Bouëdec G., Activités maritimes et sociétés littorales de l’Europe Atlantique 1690-1790, Armand Colin, Paris, 1997, p. 112.

    97 Butel P., « Les négociants allemands… », op. cit., p. 609.

    98 Butel P., « Traditions and Changes in French Atlantic between 1780 and 1830 », Renaissance and Modern Studies, XXX, 1986, p. 126.

    99 AN B1 613, 28/02 et 28/03/1785.

    100 Morineau M., « La vraie nature des choses… », op. cit., p. 21-22.

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