Introduction
p. 15-22
Entrées d’index
Index géographique : France
Texte intégral
1Un mémoire de 1775 décrit avec enthousiasme le peuple français : « Un peuple nombreux, actif, industrieux qui possède une étendue immense de côtes baignées de deux mers, que sa situation, ses richesses, ses ressources et son génie mettent en état de tout entreprendre et de tout exécuter, ne peut manquer d’élever la navigation au moins à l’égal de tout autre puissance maritime dès qu’il voudra sentir ses avantages naturels et chercher à en tirer parti. Le Français est ce peuple, appelé par la nature à être la nation la plus commerçante et la première puissance maritime de l’Europe1. » Le lyrisme contenu dans ces lignes est tout à l’opposé de la place de la France dans le commerce avec l’Europe septentrionale.
2La difficulté à déterminer précisément l’ensemble géographique du « Nord » pose problème au xviiie siècle. Les changements de présentation de la balance commerciale française traduisent « l’impossibilité de trouver une bonne solution découpant l’espace compris entre les Pays-Bas et la Russie selon des lignes ayant une signification à la fois sur le plan économique et sur le plan politique2 ». Certains auteurs, non sans raisons, incluent la Grande-Bretagne et les Provinces-Unies dans la dénomination « Nord3 ». Les deux grandes puissances maritimes jouent en effet un rôle essentiel dans les échanges de cet espace et il est impossible d’étudier le commerce du Nord sans y faire constamment référence.
3Selon Michel Morineau, une aire commerciale se définit par un espace géographique organisé à partir d’un certain nombre de points de pénétration, des ports le long d’une côte par exemple ainsi que par le contenu de ses échanges4. Cette définition convient à l’espace regroupant l’ensemble des pays de la zone baltique, y compris la Scandinavie et le port d’Arkhangelsk, ainsi que le « Nord » de la balance du commerce, c’est-à-dire les villes hanséatiques avec les ports allemands de la mer du Nord. La zone géographique est immense, des villes de Brême et Hambourg jusqu’à la lointaine Moscovie qui demeure pour « les Français jusque vers 1700 presque aussi lointain et exotique que la Chine ou le Congo5 ».
4A la fin du xviie siècle, la puissance suédoise contrôle le littoral baltique depuis Helsingborg jusqu’à Riga, en Livonie. Elle possède en outre, depuis 1648, une partie de la Poméranie et du Mecklembourg ainsi que les évêchés de Brême et de Verden. Les autres puissances majeures sont le royaume de Pologne-Lituanie et l’État de Prusse-Brandebourg. La grande guerre du Nord entre la Suède de Charles XII et la Russie de Pierre le Grand bouleverse totalement les données géopolitiques de la région. La Suède vaincue abandonne la Livonie, l’Estonie, l’Ingrie et une partie de la Carélie à la Russie (traité de Nystad en 1721) qui devient dès lors la puissance dominante du Nord tout en réalisant son ambition la plus chère : avoir une « fenêtre sur l’Europe » par l’intermédiaire de la Baltique.
5Le second fait géopolitique marquant en Europe du Nord au cours du xviiie siècle est la montée en puissance de la Prusse. Frédéric-Guillaume 1er, le « Roi-Sergent », transforme son royaume en un État bien administré aux finances solides. Une politique extérieure ambitieuse lui permet de mettre la main sur les bouches de l’Oder et le port de Stettin (1720) ainsi que sur la majeure partie de la Poméranie occidentale. L’œuvre de Frédéric-Guillaume est poursuivie par son fils Frédéric II, le grand artisan de la puissance prussienne. Lors de la guerre de Succession d’Autriche, celui-ci met la main sur la Silésie et sa riche industrie toilière. En 1744, il s’empare par la force de la Frise orientale et fait ainsi l’acquisition avec Emden d’un débouché sur la mer du Nord. Enfin, en 1772, il réalise sa grande ambition en reliant la Prusse au Brandebourg grâce au premier partage de la Pologne (1772) dont il est l’instigateur. Après trois divisions (1772, 1793, 1795), le royaume polonais est rayé de la carte au profit de la Russie, de la Prusse et de l’Autriche.
6Les échanges maritimes entre les pays du « Nord » et l’Europe Occidentale ont joué un rôle de premier plan dans l’ensemble du commerce européen depuis l’an 1000 jusqu’à l’époque contemporaine. Très tôt, le Nord se spécialise dans l’exportation de produits fournis par le travail de la terre et l’exploitation de la forêt et le grand commerce prend une importance considérable en exerçant son influence sur la production de toute la région. La Pologne devient le fournisseur régulier et indispensable de céréales sur les marchés déficitaires de Hollande ou du Portugal et sur les autres places lors des nombreuses crises frumentaires de l’Ancien Régime. Le bois et les produits forestiers de Livonie et de Finlande, les métaux de Suède et de Russie, les fibres textiles de Lituanie et de Biélorussie permettent aux industries occidentales, et tout particulièrement aux chantiers navals, de se développer. Selon Pierre Jeannin, « il n’existe probablement pas en ce temps là, sur un autre point du globe, un déplacement aussi fort et aussi concentré de matières premières6 ».
7Une profonde dépression marque le début du xviiie siècle, puis tout redevient normal après la grande guerre du Nord. Le développement des transports accroît la spécialisation des différentes zones de production et accentue leur productivité. Selon le modèle centre-périphérie, le cœur, constitué par les régions du Nord-Ouest de l’Europe, utilise le réservoir de matières premières de la périphérie du Nord. Au xviiie siècle, ces régions septentrionales évoluent, à des degrés divers, vers la catégorie des semi-périphéries. Leur structure économique se diversifie grâce à des spécialisations agricoles encore plus poussées et une proto-industrie naissante.
8Les années 1720-1730 sont celles de la mise en place de politiques économiques interventionnistes dans les différents États du Nord. L’affirmation ou la reconstruction des entités nationales s’accompagne d’une volonté d’unification territoriale et d’un meilleur contrôle des ressources. Le dirigisme économique est l’un des instruments utilisés par les monarchies nordiques pour asseoir leur puissance. Que ce soit en Prusse, en Suède ou dans le royaume de Danemark-Norvège, les méthodes sont semblables : mise en place de barrières pour contrôler l’exportation de matières premières et l’importation de produits manufacturés, réglementation autoritaire pour stimuler l’industrie, mesures pour développer la flotte nationale… Ces politiques mercantilistes donnent naissance à des modifications durables dans la composition et l’organisation des échanges.
9Parallèlement, les courants commerciaux évoluent. Les pays de l’Europe de l’Ouest, moins intéressés par les céréales qui ne leur sont plus indispensables, recherchent désormais des matières premières pour asseoir leur puissance militaire ou développer leurs activités économiques. Le grave déséquilibre dont le commerce du « Nord » a toujours souffert s’accentue en défaveur de l’Occident. Les pays nordiques ne sont toujours pas des clients de premier plan pour les produits manufacturés occidentaux mais, « répondant à la nécessité d’importer pour vivre par l’acte d’exporter davantage… le déséquilibre est devenu moteur et, tout compte fait, a gouverné un haut niveau d’emploi de la navigation et de masse des transactions7 ». Au cours du xviiie siècle, le Nord ouvre progressivement ses marchés aux produits occidentaux. L’élite, enrichie dans le commerce et l’industrie, devient consommatrice de produits de luxe fournis par les puissances coloniales de l’Europe de l’Ouest.
10L’évolution du marché de consommation occidental et la transformation de la demande du Nord expliquent en partie la dispersion ou la transformation de la fonction d’étape : alors qu’Amsterdam abandonne progressivement ses positions, Londres, Hambourg et, à moindre degré, Bordeaux, Lisbonne et même Copenhague se développent et acquièrent le statut de grands centres commerciaux. La nouvelle structure des échanges modifie les rapports de forces dans le Nord : le système commercial hollandais stagne, la Grande-Bretagne accroît considérablement son trafic, les marines marchandes scandinaves montent en puissance et accentuent leur présence sur les marchés européens et coloniaux. Si la Russie participe peu au commerce avec l’Occident du fait de la faiblesse de sa marine, l’arrivée des produits de « Moscovie », stimulée par la politique volontariste du pouvoir tsariste, contribue à l’expansion commerciale de la zone baltique.
11L’ensemble du commerce du Nord reste cependant marginal face au volume total de la production et de la consommation européenne. Il ne faut pas exagérer la véritable situation des échanges en imaginant que l’Europe septentrionale fournit aux pays occidentaux toute la nourriture et les matières premières dont ils ont besoin et reçoit en retour presque tous les produits industriels qui lui sont indispensables, accompagnés de vin et de produits coloniaux. Par contre, le Nord, par sa capacité à satisfaire la demande occidentale, est d’une importance économique majeure, notamment pour les Provinces-Unies et l’Angleterre. Amsterdam est devenue le centre principal du commerce européen grâce aux produits du Nord. Ces échanges permettent l’accumulation de capital et le développement de la navigation hollandaise sur les autres mers du monde. La production pré ou proto-industrielle de fer russe ou suédois constitue une aide indispensable pour soutenir la révolution industrielle en Grande-Bretagne. Ces échanges sont une contribution essentielle au changement des structures économiques qui a graduellement conduit à la rupture vers la civilisation industrielle moderne.
12Comme ses voisins, la France achète des matières premières en Europe du Nord. Ses chantiers navals ont besoin des planches de Prusse, des mâts de Riga, de goudron de Finlande et de chanvre de Russie, sa viticulture de merrains de Poméranie et de Pologne, sa pêche de rogue de Norvège, son industrie toilière de graines de lin de Courlande, sa sidérurgie de barres de fer suédois… Lors des crises frumentaires, la ressource du Nord reste indispensable pour satisfaire les besoins de sa population. Selon les chiffres de la balance du commerce, ces achats représentent 7,4 % du total des importations françaises entre 1721 et 1740 et 11,8 % entre 1761 et 1780. La large variété des besoins est compensée par une forte demande des pays du Nord en produits français : 8,2 % du total des exportations entre 1721 et 1740, 21,3 % entre 1761 et 17808. La France constitue une exception en Europe de l’Ouest en exportant plus qu’elle ne reçoit. Le caractère positif de sa balance commerciale avec le Nord provient des produits viticoles, exportation traditionnelle du royaume, du sel et surtout des nouvelles marchandises coloniales. Dans le cas du sucre qui constitue la majeure partie des cargaisons de produits coloniaux vers le Nord, la France se comporte en périphérie en fournissant les matières premières nécessaire à l’importante industrie du raffinage des villes hanséatiques ou de la Prusse.
13Ainsi la France est favorisée pour organiser un trafic vers les pays du Nord puisque qu’elle dispose de cargaisons potentielles à l’aller comme au retour alors que ses concurrents hollandais et anglais sont la plupart du temps obligés d’aller sur ballast en Baltique. De plus, sa position s’améliore au cours du siècle : ses exportations progressent de 491 % entre 1721 et 1740 et les ports français occupent la première place comme fournisseurs de Hambourg et de Brême.
14L’organisation des échanges appartient théoriquement aux deux partenaires dans un contexte d’interdépendance entre les marchés. Or, la France est absente du commerce du Nordau xviiie siècle, son pavillon n’entre guère en Baltique et la plupart des transactions passent par l’incontournable intermédiaire hollandais ou par les réseaux négociants étrangers. Que se soit dans l’aspect transport (shipping) ou dans l’aspect commerce (trade), les échanges français vers le Nord sont aux mains des étrangers.
15Aux siècles précédents la présence de la flotte française dans les mers septentrionales n’était pas aussi insignifiante. Au xvie et xviie siècles, « le voyage en Baltique représentait… pour la plupart des capitaines français une aventure occasionnelle mais pas exceptionnelle9 ». Une rupture se produit au xviie siècle. La France abandonne le grand cabotage européen, en particulier vers le Nord, au profit du trafic colonial.
16L’ensemble des acteurs du négoce est conscient de la domination étrangère sur la navigation et le commerce du Nord. Quantité de rapports et de documents divers cherchent à expliquer cette situation et proposent des remèdes. Les explications ressemblent bien souvent à des excuses. Pour les négociants, les maisons étrangères sont installées depuis longtemps, disposent de réseaux de correspondants bien structurés et bénéficient d’énormes avantages grâce à leurs traités commerciaux. Les Hollandais naviguent avec des équipages réduits se nourrissant de peu de chose sur des navires moins coûteux, et tous les étrangers font beaucoup d’« entourloupes » aux Français pour les empêcher de faire un commerce direct avec le Nord… Chaque raison ne vaut que pour un cas précis : le traité anglo-russe, la flotte des Provinces-Unies, les réseaux hollandais et allemands, les places financières d’Amsterdam et d’Hambourg… Les explications passent sous silence que Saint-Pétersbourg a été fondée en 1703 et que le tsar à invité tous les négociants à s’y installer, que la Hollande n’a pas de traité avec la Russie alors qu’elle y fait un commerce actif, que les flottes scandinaves ont des équipages aussi importants que les Français et prennent progressivement des parts de marché aux Hollandais… Pourquoi la France concentre-t-elle tous les désavantages face à ses concurrents ? D’aucuns pensent que la France ne peut pas tout faire mais pourquoi l’Angleterre, la Hollande, les pays scandinaves réussissent-ils à mener de front un grand commerce colonial associé à un important cabotage européen ?
17Les négociants et les autorités françaises auraient sans doute été bien avisés d’écouter les propos des étrangers. Dans les années 1780, Potemkine, principal ministre de Russie, déclare à Ségur, ambassadeur de France à Saint-Pétersbourg : « Le gouvernement britannique protège, favorise, vivifie son commerce et le nôtre ; votre cabinet, à cet égard, se montre inactif, insouciant ; vos négociants sont timides, ils ne hasardent rien ; vous n’avez ici qu’une maison peu solide ; notre peuple connaît à peine vos commerçans10. » Ségur se défend en répondant que le commerce français est florissant « dans l’Inde, dans l’Amérique, dans l’Afrique, dans tous les ports de l’Europe, excepté les vôtres… » Il a raison mais il oublie de dire que tous ces trafics sont protégés. Le monde du négoce français manque d’intérêt pour le marché concurrentiel du Nord et ne s’y investit pas. La situation d’antériorité des maisons étrangères ou le manque d’expérience résulte de ce manque d’intérêt. Quant à l’État, il est encore influencé par l’héritage louis-quatorzien d’une volonté de puissance militaire qui a pour conséquence un usage improductif des ressources du pays. A l’opposé, le mercantilisme anglais est « placé systématiquement au service d’une politique d’expansion économique11 ».
18Le commerce français avec le Nord a fait l’objet d’études étrangères de qualité. L’américain Walther Kirchner a publié une série d’articles sur les échanges entre la France et la Russie. En Allemagne, plusieurs historiens ont produit des thèses d’un grand intérêt. Fred-Konrad Huhn s’est intéressé aux échanges entre Hambourg et la France au xviiie siècle et Gerhard Treutlein à la navigation et au commerce de Nantes avec l’Europe du Nord de 1714 à 1744. Wolfgang Henninger et Peter Höfer ont centré leurs travaux sur le monde négociant à Bordeaux et à Nantes. Quelques historiens français ont également investi ce thème de recherche. Pierre Jeannin a été, au cours des trente dernières années, un des spécialistes incontestés de l’histoire économique de l’Europe du Nord. Son article sur les comptes du Sund est une référence obligée pour tous les chercheurs qui travaillent sur ce sujet. Son travail n’est pas resté isolé, et Marie-Louise Pelus-Kaplan, à la suite de sa thèse sur le monde négociant lübeckois, s’est spécialisée dans l’étude du commerce du Nord au xvie et xviie siècles. À ces recherches spécifiques, il ne faut pas oublier les articles de Michel Morineau qui ont remis en place quelques idées reçues sur les échanges France-Hollande-Baltique.
19Le monde baltique est un domaine d’étude actif mais la recherche hexagonale a négligé ce sujet pour le xviiie siècle. La plupart des travaux concernant le commerce français avec le Nord au xviiie siècle proviennent d’universités ou de chercheurs étrangers. La France s’est intéressée aux trafics où elle réussissait à l’exemple du trafic colonial et a délaissé ses échecs comme le commerce et la navigation avec l’Europe septentrionale.
20Si le commerce du Nord est un domaine de recherche particulièrement fécond, pourquoi une nouvelle étude sur ce sujet ?
21La bibliographie révèle que la place de la France dans le commerce du Nord au xviiie siècle n’a pas été véritablement étudiée globalement et les explications sur la passivité des Français sont restées ce qu’elles étaient au xviiie siècle. Ces justifications conduisent pourtant à des questions. Est-ce le fait d’avoir un mousse et un novice, aux gages réduits, qui pénalise si fortement la flotte française qu’elle ne peut rivaliser avec les navires étrangers qui font des jours de mer pour venir chercher ses produits ? Pourquoi ne pas construire des bateaux moins coûteux et plus faciles à manœuvrer à la manière hollandaise ou en acheter à l’étranger ? La Compagnie des Indes avait d’ailleurs choisi cette solution pour une partie de sa flotte à destination de l’Orient.
22L’aspect du transport est différent de l’aspect du commerce proprement dit. La présence d’une importante flotte étrangère ne signifie pas obligatoirement un contrôle effectif du commerce. Il importe donc de savoir dans quelle mesure les Français participent à ce négoce, de rechercher à qui appartiennent les marchandises ? Qui contrôle les échanges ? Comment fonctionnent les réseaux commerciaux ? La participation française est-elle dynamique ou passive ? La diaspora huguenote fournit une preuve facile d’une présence nationale mais dans quelle mesure peut-on considérer cette communauté comme française ?
23Les négociants rejettent systématiquement la responsabilité de leur manque de dynamisme sur les autorités. Qu’en est-il en vérité ? « Les conditions de la concurrence internationale dépendent-elles autant des réglementations, subventions ou taxations définies par les États que des purs facteurs économiques de la production12 ? » L’État a-t-il joué un rôle négatif en refusant d’aider le monde du négoce et en pénalisant financièrement les transactions ? Les traités jouent-ils un rôle réellement important dans le dynamisme des échanges ? Toutes ces questions doivent apporter des éléments de réponse à la question centrale : comment expliquer la situation paradoxale d’un pays favorisé par un courant d’échanges et qui laisse cette activité entre les mains de ses concurrents étrangers ?
24Les comptes originaux du Sund, « une des sources les plus sérieuses de l’histoire maritime et économique de l’Europe13 », ont servi de matière première pour alimenter cette recherche. Tous les navires déclarant venir de France ou se rendant en France de 1720 à 1761 ont été systématiquement recensés. Les fichiers de Hans-Christian Johansen sur les passages du Sund entre 1784 et 179514, convertis sous une forme utilisable par les moyens informatiques actuels, ont complété ce travail. Le résultat est une base de données comprenant 136 395 passages de navires. L’ensemble des informations recueillies a permis de cerner plus précisément la place de la France dans le commerce baltique par l’étude du mouvement des navires et des cargaisons, par la quantification des échanges, et par la reconstitution des circuits. L’évolution du trafic maritime et la composition des cargaisons a conduit à appréhender la conjoncture commerciale, les grandes tendances, les constantes et les modifications des marchés. Les sources consulaires françaises et étrangères ont ensuite servi de base pour la compréhension des mécanismes de fonctionnement du monde du négoce.
25Certains produits faisant l’objet d’un important commerce avec la France n’apparaissent pas dans cette étude, à l’exemple des textiles ou des articles de luxe, produits à forte demande sur certains marchés du Nord. Les sources maritimes sur lesquelles repose cette recherche ne permettent pas d’évaluer leur importance, la majeure partie de ces marchandises étant exportée par voie de terre.
Notes de bas de page
1 ADLA C 754.
2 Jeannin P., « Les marchés du nord dans le commerce français au xviiie siècle », Leon P. (dir.), Aires et structures du commerce français au xviiie siècle, Lyon, Centre d’Histoire économique et sociale de la région lyonnaise, 1973, p. 51.
3 Labrousse E. (dir.), Histoire économique et sociale de la France, T. II., Paris, PUF, 1970, p. 509.
4 Morineau M., « Quelques recherches relatives à la balance du commerce extérieur français au xviiie siècle : où cette fois un égale deux », Pour une histoire économique vraie, Lille, Presses universitaires de Lille, 1985, p. 277.
5 Lespagnol A., « Une tentative d’ouverture du marché russe au début du xviiie siècle : l’épisode de la compagnie de Moscovie, 1714-1715 », 107e Congrès nat. des soc. Savantes, Brest, 1982, T. II., p. 223.
6 Jeannin P., « Les comptes du Sund comme source pour la construction d’indices généraux de l’activité économique en Europe (xve-xviiie) », RH, 1964, T. 88, p. 62.
7 Morineau M., « Le commerce de la Baltique dans ses rapports avec le commerce hors de la Baltique (du milieu du xvie siècle à la fin du xviiie siècle) », The interactions of Antwerp and Amsterdam with the Baltic region, 1400-1800, Leiden, Martinus Nijhoff, 1983, p. 35-42.
8 Jeannin P., « Les marchés du nord… », op. cit., p. 47.
9 Pelus-Kaplan M.L., « Navigation française et commerce français en mer Baltique aux xvie et xviie siècles (1562-1715) : l’enseignement des registres originaux du péage du Sund. », Les Hommes et la Mer dans l’Europe du Nord-Ouest de l’antiquité à nos jours, Revue du Nord, n° 1 spécial hors série, 1986, p. 328.
10 Segur L.P. (de), Mémoires ou souvenirs et anecdotes, T. 2, Paris, 1826, p. 308.
11 Wallerstein I., Le système du monde du xve siècle à nos jours, Paris, Flammarion, 1980, T. 2, p. 381.
12 Verley P., L’Échelle du Monde, Paris, Gallimard, 1997, p. 399.
13 Pelus-Kaplan M.L., « Navigation française… », op. cit., p. 323.
14 Johansen, H.C., Shipping and Trade between the Baltic Area and Western Europe 1784-95, Odense, Odense university Press, 1983, p. 115.
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