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    Plan détaillé Texte intégral Vaudois hérétiques et vaudois sorciers Le maleficium Un enseignement doctrinal subversif ? Le fantasme de la société secrète Notes de bas de page

    La vauderie d'Arras

    Ce livre est recensé par

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    Table des matières

    Chapitre 3. Les Vaudois d’Arras sont-ils des hérétiques ?

    p. 87-97

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    Index géographique :

    Texte intégral Vaudois hérétiques et vaudois sorciers Le maleficium Un enseignement doctrinal subversif ? Le fantasme de la société secrète Notes de bas de page

    Texte intégral

    1De la difficulté apparente à nommer précisément le crime, à le caractériser juridiquement, surgit une forme de controverse qui divise les autorités judiciaires et savantes mobilisées pour la circonstance. Il est remarquable que dès les débuts du procès se soient dessinées des tendances contradictoires qui interprètent différemment le contenu criminel du sabbat. Cette polémique s’inscrit dans une double tradition. L’une, la plus ancienne, correspond à la pensée hérésiologique traditionnelle pour laquelle il n’existe pas véritablement d’hérésie nouvelle, toute forme apparemment inédite de déviance n’étant jamais que la résurgence d’une hérésie ancienne. L’autre, plus récente, ressortit déjà à ce que l’on peut appeler l’imaginaire du sabbat tel qu’il se constitue dans le second tiers du xve siècle. Or, s’il est vrai que, selon cette dernière tendance, les sorciers sont bien des hérétiques, ils sont aussi plus que cela. Le problème fondamental consiste dès lors moins à assimiler le comportement présumé des sorciers à l’hérésie qu’à saisir et qualifier précisément ce supplément noir du crime. Il semble bien que la difficulté à Arras ait été encore aggravée par l’emploi, pour désigner les membres de la secte diabolique, du terme de « vaudois ». Dans cette perspective, il n’est pas inutile de revenir sur les relations ambiguës de la « vauderie » avec l’hérésie.

    2Que faut-il entendre exactement par le terme de « vaudois » ? L’historiographie ancienne est restée longtemps hésitante sur le sujet1. On a ainsi parfois reconnu dans les vaudois d’Arras d’authentiques hérétiques diabolisés par l’Église, voir même de véritables précurseurs de la Réforme protestante2. Le mot de « vaudois » utilisé dans les sources pour désigner les accusés d’Arras ne doit cependant pas prêter à confusion. Au terme d’une évolution sémantique complexe dont toutes les étapes n’ont pas encore été clairement élucidées, l’expression a fini par s’appliquer dans le langage commun (du moins dans l’espace francophone alpin ainsi que dans d’autres régions du Nord et de l’Est de la France), aux faiseurs de sortilèges, aux magiciens puis aux sorciers adorateurs du diable3. Nous sommes cependant incapables, si ce n’est en quelques écrits isolés, de dater et de situer géographiquement la première mention du mot vaudois dans le sens précis de sorcier : on se souvient ainsi qu’en 1440, le pape Eugène IV avait employé, en l’accolant aux termes de stregule et de stregones, la forme latine « waldenses » pour qualifier les créatures maléfiques qui, soi-disant, infestaient les territoires de son rival, l’anti-pape Félix V. Plus précocement encore, le dominicain Laurent Pignon (qui était aussi le confesseur du duc de Bourgogne), dans son traité hostile à la magie intitulé Contre les devineurs et daté de 1411, avait rapproché les « vaudois » des « nigromanciens » et surtout des vieilles femmes « qui vont de nuit avec les bonnes choses…4 ». Mais si ces quelques témoignages parcellaires utilisent bien le terme de « vaudois » dans son acception nouvelle, c’est toujours en concurrence avec d’autres mots plus ou moins bien définis. Caractéristique du premier xve siècle, cette profusion du vocabulaire anti-sorcier5 témoigne sans doute de la volonté des spécialistes de l’hérésie d’identifier un mal nouveau, mais elle traduit aussi leur difficulté à saisir une réalité d’autant plus inquiétante qu’elle est impossible à nommer précisément. Il resterait dès lors à déterminer pour quelle raison le mot « vaudois » finit, à partir des années 1450-1460, par s’imposer presque sans partage dans les Pays-Bas bourguignons au point de donner son nom à la Vauderie d’Arras.

    Vaudois hérétiques et vaudois sorciers

    3Les clercs écrivant sur la « vauderie » ne pouvaient manquer de faire le rapprochement avec les hérétiques « vaudois » issus de la dissidence réformatrice initiée au xiie siècle par le marchand lyonnais Valdès6. Conscients des risques d’une telle confusion, ils prennent soin de bien distinguer les deux réalités. Le témoignage de Corneille de Zantfliet révèle cet embarras. Pour l’année 1460, le chroniqueur liégeois signale en effet l’apparition en Picardie et en Artois d’une « très maudite secte d’hommes jeteurs de sorts et sacrilèges ». Il s’ensuit, comme on l’a vu supra, une description assez précise des étapes successives de l’admission dans la secte depuis l’abjuration rituelle de la foi catholique jusqu’à l’accomplissement de gestes sacrilèges dirigés contre le Christ et contre « le créateur du ciel et de la terre » en passant, bien sûr, par l’hommage au diable. Prenant acte du fait qu’on les désigne en langue vernaculaire sous le nom de « Waudois », Zantfliet ne peut s’empêcher de faire le rapprochement avec le mouvement hérétique du même nom né plus de deux siècles auparavant « près de Lyon ». Il tient alors à préciser que les anciens vaudois ne se confondent pas exactement avec les nouveaux venus car, affirme t-il, « la secte de ces derniers est cent fois plus abominable et plus détestable que la secte des vaudois7 ».

    4On remarquera cependant que le fait de bien démarquer les nouveaux vaudois des anciens hérétiques ne suffit pas à écarter d’eux le soupçon d’hérésie. Bien au contraire même puisque, selon Zantfliet, les vaudois-sorciers d’Arras occupent sur l’échelle de la perversité hérétique un degré plus élevé que leurs devanciers. Ce constat alarmant ne l’empêche d’ailleurs pas de conclure son récit sur une violente diatribe à l’encontre des anciens disciples de Valdès auxquels il ne peut décidément pardonner leurs attaques contre les biens du clergé…

    5La référence à l’hérésie, on le voit, ouvre aux clercs de nouvelles perspectives. Elle leur fournit tout à la fois un lexique et un imaginaire. La reprise d’un vocable sulfureux possédant une forte résonance passionnelle au sein du clergé fait rejouer d’anciens réflexes. Elle ranime dans le monde clérical la flamme un peu éteinte de la polémique anti-hérétique, comme le suggère le retournement final de notre moine contre les vaudois traditionnels. Il reste cependant que la chronique de Zantfliet reflète comme une sorte de contradiction, entre, d’une part la volonté de rationaliser et classer le crime selon les grandes catégories définies par les hérésiologues et, d’autre part, la nécessité non moins impérieuse de le dégager des schémas de l’hérésie. Cette distinction s’effectue toujours par le haut en ce sens que la « vauderie » repousse toujours plus loin les bornes de la perversité hérétique. Déjà affleure ici l’image redoutable d’un crime hors norme, si exorbitant qu’il échappe à l’emprise rassurante de la parole puisque touchant précisément à l’indicible8.

    6Que les vaudois-sorciers soient des hérétiques encore plus redoutables que leurs lointains prédécesseurs du même nom, tous ceux parmi les clercs qui ont laissé une trace écrite sur le sujet, en conviennent. C’est aussi, par exemple, l’avis de l’Anonyme d’Arras lorsqu’il écrit dans son traité qu’il ne faut pas confondre « les vaudois-hérétiques ou les Pauvres de Lyon et les Albigeois qui régnaient il y a de cela 270 ans ou environ9 » avec les nouveaux venus. Mais si les vaudois d’Arras ne doivent pas être assimilés aux disciples de Valdès, leur cas n’en relève pas moins de l’hérésie puisque « ceux-ci — précise-t-il — ne sont pas vraiment des hérétiques mais des individus encore plus néfastes car ils sont de secrets et d’occultes idolâtres, apostats, infidèles, sacrilèges ».

    7De son côté, le tribunal d’Arras tient fortement à inscrire son action dans la continuité de la lutte contre l’hérésie. La tonalité de ses sentences en témoigne. Leurs préambules solennels et intimidants expriment une fidélité perpétuée envers les formes traditionnelles de la lutte contre l’hérésie :

    Nous, meus de l’amour de sainte foy catholique, comme il nous est enjoinct de notre office, veullant toute nostre forche et puissance destruire et anichiller du peuple de Dieu, par espécial de ceste diocèse d’Arras, les très dampnables et pestilencieuses secte de hérésie10…

    8La volonté de s’inscrire dans le prolongement de la lutte contre l’hérésie s’exprime également dans le choix de la date de la première sentence de condamnation : quand l’inquisiteur Pierre le Broussard, le 9 mai 1460, prend pour la première fois la parole devant l’échafaud dressé dans la cour du palais épiscopal de la Cité d’Arras, il renouvelle un acte solennel déjà posé, quarante ans plus tôt, jour pour jour, par l’un de ses illustres prédécesseurs : le 9 mai 1420, l’évêque d’Arras, Martin Porée, assisté de l’inquisiteur Pierre Floure, avait en effet réprimandé et condamné au même endroit une quinzaine d’hérétiques, dont quatre femmes, pour avoir fait « assemblées et preschemens secrez (…) en soustenant plusieurs erreurs11… ». L’événement avait alors profondément marqué les consciences et il ne fait guère de doutes que la ville en avait gardé le souvenir12. Que les juges d’Arras aient particulièrement cherché à se situer dans le cadre légitime et traditionnel de l’« office d’inquisition » n’a rien d’étonnant. Reste pourtant à déterminer comment, dans le contexte d’Arras, s’opère l’assimilation de la « vauderie » à l’hérésie.

    9Pour établir ce rapprochement, les clercs semblent procéder par amalgame en faisant converger dans le crime de « vauderie » une série de griefs que les anciens manuels d’Inquisition abordaient encore de façon séparée. À l’idolâtrie et à l’apostasie, déjà mentionnées, viennent ainsi s’ajouter, dans la Recollection, l’invocation des démons et, d’une façon plus générale, celle du crime (maleficium) sous toutes ses formes.

    Le maleficium

    10À propos de la Vauderie d’Arras, certains témoignages, à vrai dire assez éloignés et isolés, insistent sur les meurtres et autres exactions dont les vaudois-sorciers se rendraient coupables. Dans la courte notice de type annalistique que le chroniqueur de l’abbaye cistercienne des Dunes, Adrien de But, consacre à l’affaire, les hommes et les femmes brûlés à Arras étaient bien d’abord des individus qui dispensaient la mort autour d’eux à l’aide de poudres toxiques répandues sur les vêtements ou sur les cultures13… Les sources plus proches de l’enquête inquisitoriale sont cependant plus réticentes à envisager concrètement les différents crimes des sorciers. Certes, l’Anonyme d’Arras, dans sa Recollection, s’emploie effectivement à dresser la liste de ces multiples actes criminels qu’il range dans la catégorie très générale des maleficia14. Les vaudois, déclare son auteur, altèrent la fertilité des terres, détruisent les cultures et les récoltes. Ils empoisonnent littéralement l’atmosphère en y répandant, avec l’aide du vent, des poudres toxiques capables de déclencher des orages destructeurs ou de tuer le bétail. À ces maléfices de type météorologique ou biologique — mais qui ne sont déjà pas sans rappeler le souvenir des accusations lancées contre les lépreux au début du xive siècle —, s’ajoute la pratique de l’infanticide, la confection et l’emploi de philtres amoureux ou de poisons… La liste de ces méfaits est d’ailleurs si longue que l’auteur renonce bientôt à en dresser un inventaire exhaustif. Bref, « ils accomplissent nombre de sortilèges ou de maléfices et commettent plusieurs crimes et empoisonnements par le moyen de poudres et de philtres ». Le maleficium ne constitue pourtant, aux yeux de l’Anonyme d’Arras, qu’une accusation parmi d’autres. Il ne la mentionne qu’à titre informatif et à seule fin d’étoffer le dossier à charge. Elle n’est en aucune façon la pièce maîtresse de l’accusation.

    11À travers la référence au maléfice, c’est encore une fois et principalement le lien avec l’hérésie qui entre en jeu. Dans ce même article, l’Anonyme d’Arras insiste bien sur le fait que les vaudois accomplissent toujours leurs forfaits « à l’instigation » ou « sur l’ordre » du démon (suggestu/iussu demonis). Les vaudois n’agissent pas à titre individuel comme pourraient le faire de simples sorciers de village, mais collectivement au sein d’une véritable « secte » placée sous les ordres de Satan. À ses yeux, la pratique du maleficium ne caractérise pas l’essence criminelle de la « vauderie » : elle n’est que la conséquence subsidiaire et inévitable d’un enrôlement préalable dans les armées de Satan. Cette interprétation des maleficia s’inscrit d’ailleurs tout à fait dans le prolongement d’une attitude déjà ancienne de l’Eglise qui tendait à rapprocher sur le plan pénal la sorcellerie traditionnelle de l’hérésie15.

    12Cela dit, ce n’est pas, semble-t-il, par le biais de la diabolisation des pratiques magiques traditionnelles ou même de la criminalité ordinaire que la « vauderie » s’articule le mieux à l’hérésie. Bien que présente dans le contexte de la persécution, la référence au maleficium n’occupe qu’une place très marginale, sinon tout à fait négligeable, dans l’accusation forgée contre les vaudois d’Arras. L’attention des juges se déplace plutôt vers le sabbat car c’est là que réside l’essentiel du crime. Si l’on se rapproche encore des sources judiciaires émanant du tribunal (du moins celles qui ont été conservées), on se rend compte en effet du caractère très accessoire des maleficia. Dans le prononcé du jugement du 9 mai 1460, cette accusation précise ne concerne que deux accusés sur six : « et vous deux, Jehan Tannoye et Denisète, par poudres et aultres dempnables choses, avoir gasté les bleds, vignes et aultres biens de terre… ». Aussi bien, toute allusion au maléfice finit même par disparaître de la seconde sentence condamnatoire rendue le 7 juillet suivant. La volonté du tribunal de minimiser cet aspect très concret de l’activité criminelle des vaudois s’explique probablement par le souci de ne pas donner prise à une éventuelle contestation de la justice séculière qui, dans le même temps, disputait à l’Église la faculté de poursuivre les maléfices. Le tribunal, d’autre part, pouvait d’autant mieux se passer du maleficium qu’il n’était pas indispensable, selon l’Anonyme d’Arras, à la justification de la peine de mort. Le seul fait d’appartenir à la secte suffisait à fonder l’entière culpabilité des accusés. En fait l’accusation d’hérésie trouvait ailleurs de quoi s’alimenter. C’est à un autre niveau que s’opère la jonction entre la « vauderie » et l’hérésie.

    Un enseignement doctrinal subversif ?

    13Dans la définition classique de l’hérésie comme parole fausse, comme sententia erronée, figure explicitement la menace d’un discours hétérodoxe et structuré capable de concurrencer le message de l’Eglise. En ce sens, lutter contre l’hérésie revient aussi à étouffer un discours rival, à faire taire les hérétiques. La volonté de rapprocher la sorcellerie démoniaque de l’hérésie se traduit ainsi dans les efforts des juges et des théologiens en charge de l’enquête pour doter la « secte » d’un corps de doctrine hétérodoxe. Dans le droit fil de la tradition hérésiologique, l’Anonyme d’Arras s’efforce donc de préciser la nature des propositions hérétiques des vaudois afin de mieux les démasquer. C’est ainsi qu’il distingue trois types de croyances ou d’affirmations contraires à la foi chrétienne. D’aucuns croient en l’immortalité de l’âme, dans l’existence du paradis et de l’enfer mais relativisent la gravité des péchés qu’ils commettent. D’autres, suivant en cela l’enseignement du diable, vont jusqu’à nier l’existence du paradis et de l’enfer. D’autres encore, méprisant sciemment la morale chrétienne, donnent libre cours à leurs désirs, parfaitement indifférents à leur sort dans l’au-delà : « et ils disent que s’ils ne vont pas dans un lieu, à savoir le paradis, ils iront dans un autre ». Ces derniers ont conscience de commettre des péchés d’une gravité exceptionnelle mais comptent sur la confession in extremis pour les effacer. Force est à l’auteur de conclure à la diversité (varietate) des propositions vaudoises relatives au paradis, à l’enfer et à l’immortalité de l’âme.

    14Ce constat traduit la difficulté de reconnaître dans la confession des accusés, malgré les suggestions des juges, des propositions à caractère hétérodoxe. Ce propos semble donc surtout là pour faire bonne mesure, en guise de concession à l’hérésiologie classique, mais son utilité pratique est limitée. Le discours sur la « vauderie » renonce aux subtiles distinctions élaborées autrefois par les hérésiologues pour permettre aux juges de se repérer dans l’univers foisonnant des dissidences religieuses. Il s’agit moins d’étouffer un message ou un enseignement concurrent que de percer l’occulte diabolique. Ce n’est pas sur le terrain doctrinal, sur le plan des idées et des dogmes, que l’Église doit mener son combat contre le mal sorcier mais d’abord sur celui de l’occulte. Selon l’Anonyme d’Arras, la secte des Vaudois possède une sorte de charte de conduite qui se compose, comme la loi mosaïque, de dix commandements. Or, près de la moitié des articles concernent le devoir impératif de garder le secret :

    Premièrement, qu’ils ne se confessent ni ne parlent à des prêtres.
    Deuxièmement, et de la même façon, qu’ils ne parlent pas dans le monde de cette secte mais qu’ils la cachent à tous.
    Troisièmement, qu’ils répandent l’idée qu’il s’agit de fantaisies et d’illusions (...)
    Cinquièmement, (...) s’ils étaient pris par la justice, qu’ils préfèrent etchoisissent de mourir plutôt que d’accuser quiconque parmi leurs complices.
    Dixièmement, qu’ils promettent de ne jamais révéler en aucune manière
    leurs maléfices en justice ou ailleurs (...)16.

    15Sur ce plan, le procès des vaudois d’Arras se démarque sensiblement de celui de Guillaume Adeline (1453). Vu sous un certain angle, le procès du théologien d’Evreux s’apparente encore à un procès pour hérésie ordinaire dans la mesure où il s’agit principalement de sanctionner les errements doctrinaux d’un prédicateur trop audacieux. De fait, ce que l’on reproche avant tout au théologien, ce sont peut-être moins ses hypothétiques visites au diable que ses prises de positions contre la réalité du sabbat. En ce sens, le troisième article de la « charte » de la Recollection s’applique parfaitement à lui. C’est bien, du reste, sous cette forme que le souvenir de l’épisode se transmettra dans la littérature spécialisée contre les sorciers jusqu’à une date très tardive : Jean Bodin, dans sa célèbre Démonomanie des sorciers, devait encore, à la fin du xvie siècle, vouer Guillaume Adeline aux gémonies en tant que détracteur de la réalité du sabbat17.

    16Mais, dans l’esprit des juges d’Arras, il ne s’agit pas tant de conduire un combat d’idées que de lutter contre l’occulte. De fait, l’auteur anonyme de la Recollection enchaîne directement, dans l’article suivant, sur les moyens procéduraux destinés à percer l’occulte.

    Le fantasme de la société secrète

    17L’hérésiologie traditionnelle soupçonne depuis longtemps l’existence de liens étroits entre les hérétiques et l’occulte diabolique. Sans aller chercher plus loin que chez les « Pauvres de Lyon », Bernard Gui, dans son manuel d’inquisition daté de 1321, affirmait déjà que les hérétiques vaudois s’adonnaient dans la clandestinité (in secreto) à un culte démonolâtre impliquant des créatures diaboliques comme le chat18. L’idée selon laquelle les hérétiques se livrent à la débauche et qu’ils ont commerce avec le diable était du reste déjà présente dans la condamnation des hérétiques de l’an Mil19. Rien d’étonnant non plus à voir ressurgir dans le cadre d’Arras le vieux thème de la profanation eucharistique si l’on songe que Bernard Gui incitait déjà les juges confrontés à des cas de sorcellerie à orienter leur interrogatoire du côté des manipulations illicites de l’hostie20. À l’évidence, la disqualification des hérétiques traditionnels prépare celle des vaudois-sorciers du xve siècle. Tout se passe comme si le sorcier finissait par prendre le relais de l’hérétique pour incarner, à son tour, l’ennemi intérieur et caché de la Chrétienté.

    18L’image du complot contre la société chrétienne affleure précocement dans le cours de la persécution. Selon notre meilleur informateur, Jacques Du Clercq, l’évêque suffragant d’Arras, Jean Fauconnier répétait à qui voulait l’entendre « qu’il y avoit des eveques, voires des cardinaux, qui avoient esté en ladite vaulderie et de grands maistres, et qu’il y en avoit tant, que s’ils pooient avoir quelque roy ou grand prince de leur compagnie, ils s’élèveroient contre touts ceulx qui ne seroient point de leur compagnie21 ». À ces propos faisaient aussi écho ceux du jeune théologien Jacques du Bois : « icellui doyen disoit et certifioit en toutes compagnies ou il estoit, et bien que lui ouyes dire, que le tierche de chrestienneté et plus avoient esté en la vaulderie et estoient vauldois22 ». On devine d’où vient cette estimation pour le moins extravagante de l’extension du mal dans la société chrétienne. Elle est empruntée à l’Apocalypse où les fléaux divins annoncés par les trompettes angéliques détruisent la terre et la mauvaise part de l’humanité par tiers23. Il est difficile d’apprécier la portée exacte de cette affirmation radicale qu’il faudrait pouvoir replacer dans le contexte précis de son énonciation. Vestige probable d’une activité pastorale locale au service de la persécution, elle ressort sans doute davantage au topos qu’à l’appréciation réaliste. L’utilisation de références apocalyptiques à des fins mobilisatrices était ainsi assez fréquente dans la propagande à la fois religieuse et politique de cette époque24. Il serait assurément tentant d’identifier les partisans les plus farouches des procès d’Arras avec des extrémistes isolés donnant libre cours à des tendances millénaristes agressives. Mais ces déclarations à l’emporte-pièce sont trop allusives pour autoriser des conclusions précises. Quoi qu’il en soit, l’accusation de complot proférée contre les vaudois-sorciers reste, à ce niveau du discours, encore bien vague : se renforçant le cas échéant d’éléments apocalyptiques et millénaristes, la peur de la conspiration diabolique se nourrit d’abord de fantasmes collectifs déjà bien ancrés dans l’imaginaire de l’insécurité tant populaire que savant.

    19La puissance de ces stéréotypes transparaît également à travers les rares et brèves relations de l’affaire rédigées, à la même époque, par des clercs souvent éloignés d’Arras. Le premier de ces témoignages succincts est précisément celui que nous rapportions plus haut d’après le moine cistercien Adrien de But, et qui accusait les « hommes et les femmes brûlés à Arras » d’infliger la mort par le poison répandu sur les vêtements et les fleurs… Reliée le plus souvent à une justification de l’exécution des coupables, l’image sommaire d’une violence faite aux hommes et à la nature par le moyen du poison est suffisamment diffuse pour se retrouver sous la plume d’un second témoin : le théologien et prédicateur carme Jean Beetz qui devait enseigner plus tard à l’université de Louvain. Ses sermons sur les dix commandements, prononcés à Bruxelles à partir de 1462 ou peu auparavant, puis imprimés après sa mort en 1486, font ainsi allusion aux procès d’Arras. On trouve en effet dans son commentaire du premier commandement divin une savante discussion sur l’étendue des pouvoirs du démon. Au moment d’aborder la question du pacte diabolique, il cite alors explicitement l’exemple de la Vauderie d’Arras :

    C’est ainsi que tout récemment encore, en l’an du seigneur 1461, autour d’Arras, on dit que certains individus firent révérence, obéissance, sacrifice et hommage au démon ; ce en quoi ils furent de terribles idolâtres. Ils avaient aussi expressément proclamé qu’ils serviraient les ordres du diable et, pour cela, renonçaient au baptême et aux lois chrétiennes ; ce en quoi ils étaient apostats. Au surplus, ils exécraient ce très sacré Corps du Christ, la croix et d’autres sacrements ; ce en quoi ils étaient sacrilèges. En outre, ceux-là mêmes, pour invoquer les démons, leur offrir un sacrifice et leur complaire, pratiquaient le meurtre d’innocents, l’empoisonnement des fontaines, des puits, de l’air. En outre, par le moyen d’autres maléfices, ils blessaient gravement ou faisaient mourir les hommes en général ou en particulier. Ils faisaient, par leur art, périr les fruits de la terre et les animaux ; ce en quoi ils étaient dignes d’être punis sans rémission, et caetera25.

    20Loin de l’épicentre de la persécution, le compte-rendu de l’affaire se développe ainsi selon un schéma éprouvé du complot qui avait déjà servi contre les minorités persécutées de la fin du Moyen Âge. Le plus remarquable dans ces révélations inquiétantes, reste, en effet, leur parenté de forme et de contenu avec les récits de complot autrefois véhiculés par la rumeur contre les juifs ou les lépreux. On sait comment ces derniers furent, par le passé, régulièrement et le plus souvent conjointement, accusés de semer la mort en jetant du poison dans les fontaines26. Fantasme récurrent, la croyance dans l’existence d’une contre-société clandestine agissant à l’intérieur de la Chrétienté n’est donc pas nouvelle. Pourtant, comme le remarque C. Ginzburg, le mythe du complot s’applique cette fois à une « secte potentiellement sans limites27 ». La hantise du complot contre la société que les rumeurs agressives dirigées contre les juifs ou les lépreux avaient permis de dégager dans la première moitié du xive siècle, les chasseurs de sorcières la réinsère en effet dans un schéma d’ensemble beaucoup plus vaste. La structure ouverte et l’image relativement indifférenciée de la contre-société diabolique qui accueille en son sein des hommes et des femmes de toute profession et de toute origine sociale lui confère un potentiel de nuisance formidable. À la différence des juifs ou des lépreux, groupes d’autant mieux circonscrits qu’on leur imposait le port de vêtements ou de signes infamants, sorciers et sorcières se recrutent dans l’ensemble de la société et rien, extérieurement, ne permet de les distinguer des chrétiens demeurés fidèles. Cependant le but final de l’entreprise reste celui-là même que se fixaient les juifs ou les lépreux présumés empoisonneurs : renverser la société légitime pour instaurer un ordre nouveau. Que la corruption vaudoise se soit étendue au tiers de la Chrétienté (comme le supposait peut-être Jacques du Bois) ou limitée à un groupe plus restreint, qu’il y ait ou non chez les membres de la secte des distinctions quant à leur statut social, il s’agit toujours de constituer les sorciers en une collectivité menaçante, véritablement une, soudée autour du diable comme autour d’un roi. Ainsi la référence au complot n’a pas seulement pour effet de ranimer de vieilles peurs latentes dans une société prompte à se trouver des boucs émissaires. Elle contribue également à transférer ces craintes sur un plan plus politique en favorisant l’amalgame entre rébellion et « vauderie ».

    21Contrairement enfin aux adversaires lointains et déclarés de la Chrétienté, comme les « Turcs » par exemple qui venaient de prendre Constantinople (1453), les vaudois-sorciers incarnent un danger proche qui menace de l’intérieur. Vivant au milieu des fidèles, en familiarité avec eux, c’est au cœur même du monde chrétien que les sorciers insèrent la présence du diable. Présent au milieu des hommes, le mal vaudois est en même temps insaisissable, ubiquitaire : le diable n’est-il pas capable de rassembler très vite et en grand nombre ses partisans en un point déterminé du territoire, comme nous l’expliquait, à propos du sabbat, le moine Corneille de Zantfliet ?

    22Autorisant de multiples amalgames, l’accusation de « vauderie » peut dès lors servir contre de nombreux ennemis. Les invocateurs de démons se retrouvent certes exposés en première ligne. L’Anonyme d’Arras les désigne d’emblée aux juges comme des cibles privilégiées : « et prenez garde, juges, à ce que, parmi les femmes ou les hommes qui jettent des sorts ou parmi les invocateurs ou invocatrices des démons — si on les examine de près — plusieurs sont vaudois et de cette secte28 ». Mais le soupçon d’appartenance à la secte ne s’arrête plus aux faiseurs de sortilèges et aux invocateurs des démons. Il s’étend de proche en proche aux prêtres négligents, mieux placés que les autres pour profaner les sacrements de l’Eglise29 ; aux sages-femmes, soupçonnées de tuer les enfants non baptisés à la naissance30. L’accusation devient en fait extensible à l’infini et l’on comprend que le stéréotype du sabbat puisse devenir, entre les mains d’un pouvoir résolu, un redoutable instrument capable de servir contre toutes les formes de déviance, qu’elles soient réelles ou imaginaires. La dynamique de la persécution d’Arras exprime assez bien cette fluidité de l’accusation.

    Notes de bas de page

    1 F. Bourquelot, op. cit., p. 107.

    2 P. Beuzart, op. cit., p. 75.

    3 Sur la polysémie du mot vaudois au xve siècle, voir G. Audisio, Les Vaudois, histoire d’une dissidence (xiie-xvie s.), (1989), trad. fr., Paris, 1998, p. 105-110.

    4 J. R. Veenstra, Magic and divination at the courts of Burgund and France, text and context of Laurens Pignon’s Contre les devineurs, Leyde, 1998, p. 235.

    5 J.-P. Boudet, « Le Vocabulaire du sabbat », Médiévales 42, printemps 2002, p. 157-162.

    6 M. Rubellin, « Au temps où Valdès n’était pas hérétique. Hypothèses sur le rôle de Valdès à Lyon (1170-1183) », M. Zerner (dir.), Inventer l’hérésie ? Discours polémiques et pouvoirs avant l’Inquisition, t. 2, Nice, 1998, p. 193-217.

    7 Zantfliet, op. cit., p. 502.

    8 J. Chiffoleau, « Dire l’indicible. Remarques sur la catégorie du nefandum du xiie au xve siècle », Annales ESC, mars-avril 1990, n° 2, p. 289-324.

    9 Recollectio, § 1, (Hansen, p. 152).

    10 P. Fredericq, Corpus, op. cit., t. 1, p. 90.

    11 Ibid., t. 3, n° 48, p. 57. Le document est extrait des archives d’Arras, Registre BB. Mémorial 1419-1425, f. 9v°.

    12 C’est bien du reste des archives urbaines qu’émane le document consignant le déroulement de la cérémonie.

    13 A. de But, Chronique, op. cit., p. 436.

    14 Recollectio, § 4, (Hansen, p. 165-167). Le terme de maleficium doit être pris au sens très général de crime et non simplement, comme aujourd’hui, de sortilège. Voir à ce sujet, C. Gauvard, « De Grace especial », Crime, État et société en France à la fin du Moyen Âge, Paris, 1991, p. 111-143.

    15 Sur ce point, J.-C. Schmitt, « Sabbat de sorcières et charivari au bas Moyen Âge », Histoire de la France religieuse, t. 1, Paris, 1988, p. 534-551.

    16 Recollectio, § 5, (Hansen, p. 163-164).

    17 J. Bodin, De la Démonomanie des sorciers, Paris, du Puy, 1580, Gutenberg Reprints, Paris, 1979, f.89r°.

    18 B. Gui, Practica officii Inquisitionis heretice pravitatis, Pars V., art. 4. Voir G. Mollat et G. Drioux (trad.), t. 1, H. Champion, Paris, 1926-1927, p. 48.

    19 A. de Chabannes, Chroniques, III, 49-59.

    20 Practica, op. cit., t. 2, ch. 6, p. 19-25.

    21 Du Clercq, op. cit., IV, ch. 4, p. 18.

    22 Ibid., IV, ch. 4, p. 17.

    23 Apocalypse, VIII, 6-7.

    24 C. Carozzi, H. Taviani, La Fin des temps. Terreurs et prophéties au Moyen Âge, Paris, 1982.

    25 Johann Beetz, Expositio decem decalogi praeceptorum, Louvain, 1486, Bibliothèque Royale, Bruxelles, Inc. B. 1539, f. 39 r.

    26 R. I. Moore, op. cit., p. 35-77 et C. Ginzburg, op. cit., p. 43-69.

    27 Ibid., p. 82.

    28 Recollectio, § 1, (Hansen, p. 152).

    29 Ibid., § 4, (Hansen, p. 166).

    30 Ibid., p. 166.

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    1 F. Bourquelot, op. cit., p. 107.

    2 P. Beuzart, op. cit., p. 75.

    3 Sur la polysémie du mot vaudois au xve siècle, voir G. Audisio, Les Vaudois, histoire d’une dissidence (xiie-xvie s.), (1989), trad. fr., Paris, 1998, p. 105-110.

    4 J. R. Veenstra, Magic and divination at the courts of Burgund and France, text and context of Laurens Pignon’s Contre les devineurs, Leyde, 1998, p. 235.

    5 J.-P. Boudet, « Le Vocabulaire du sabbat », Médiévales 42, printemps 2002, p. 157-162.

    6 M. Rubellin, « Au temps où Valdès n’était pas hérétique. Hypothèses sur le rôle de Valdès à Lyon (1170-1183) », M. Zerner (dir.), Inventer l’hérésie ? Discours polémiques et pouvoirs avant l’Inquisition, t. 2, Nice, 1998, p. 193-217.

    7 Zantfliet, op. cit., p. 502.

    8 J. Chiffoleau, « Dire l’indicible. Remarques sur la catégorie du nefandum du xiie au xve siècle », Annales ESC, mars-avril 1990, n° 2, p. 289-324.

    9 Recollectio, § 1, (Hansen, p. 152).

    10 P. Fredericq, Corpus, op. cit., t. 1, p. 90.

    11 Ibid., t. 3, n° 48, p. 57. Le document est extrait des archives d’Arras, Registre BB. Mémorial 1419-1425, f. 9v°.

    12 C’est bien du reste des archives urbaines qu’émane le document consignant le déroulement de la cérémonie.

    13 A. de But, Chronique, op. cit., p. 436.

    14 Recollectio, § 4, (Hansen, p. 165-167). Le terme de maleficium doit être pris au sens très général de crime et non simplement, comme aujourd’hui, de sortilège. Voir à ce sujet, C. Gauvard, « De Grace especial », Crime, État et société en France à la fin du Moyen Âge, Paris, 1991, p. 111-143.

    15 Sur ce point, J.-C. Schmitt, « Sabbat de sorcières et charivari au bas Moyen Âge », Histoire de la France religieuse, t. 1, Paris, 1988, p. 534-551.

    16 Recollectio, § 5, (Hansen, p. 163-164).

    17 J. Bodin, De la Démonomanie des sorciers, Paris, du Puy, 1580, Gutenberg Reprints, Paris, 1979, f.89r°.

    18 B. Gui, Practica officii Inquisitionis heretice pravitatis, Pars V., art. 4. Voir G. Mollat et G. Drioux (trad.), t. 1, H. Champion, Paris, 1926-1927, p. 48.

    19 A. de Chabannes, Chroniques, III, 49-59.

    20 Practica, op. cit., t. 2, ch. 6, p. 19-25.

    21 Du Clercq, op. cit., IV, ch. 4, p. 18.

    22 Ibid., IV, ch. 4, p. 17.

    23 Apocalypse, VIII, 6-7.

    24 C. Carozzi, H. Taviani, La Fin des temps. Terreurs et prophéties au Moyen Âge, Paris, 1982.

    25 Johann Beetz, Expositio decem decalogi praeceptorum, Louvain, 1486, Bibliothèque Royale, Bruxelles, Inc. B. 1539, f. 39 r.

    26 R. I. Moore, op. cit., p. 35-77 et C. Ginzburg, op. cit., p. 43-69.

    27 Ibid., p. 82.

    28 Recollectio, § 1, (Hansen, p. 152).

    29 Ibid., § 4, (Hansen, p. 166).

    30 Ibid., p. 166.

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    • Boudet, Jean-Patrice. (2006) Entre science et nigromance. DOI: 10.4000/books.psorbonne.12665
    • Boureau, Alain. (2019) Franck Mercier et Martine Ostorero L’énigme de la Vauderie de Lyon. Enquête sur l’essor de la chasse aux sorcières entre France et Empire (1430-1480) Florence, Sismel-Edizioni del Galluzzo, 2015, viii-463 p.. Annales. Histoire, Sciences Sociales, 74. DOI: 10.1017/ahss.2019.178
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    • (2025) Burgundica La voix de son maître. DOI: 10.1484/M.BURG-EB.5.151576
    • Rocha, Faustine. (2015) « Fut dit que s’il ne disoit verité, il seroit gehainé ». La normalisation de la torture judiciaire dans les archives du Parlement de Paris aux XIVe-XVe siècles. Crime, Histoire & Sociétés, 19. DOI: 10.4000/chs.1547
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    • Echevarria, Ana. (2021) Mediterranean Perspectives Interfaith Relationships and Perceptions of the Other in the Medieval Mediterranean. DOI: 10.1007/978-3-030-83997-0_6
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    • Jehanne de Mons, hérétique, et sa famille : histoire, archéologie et doctrine dans une procédure de l'Inquisition en 1430 à Cambrai.... DOI: 10.70675/e9a65b70zd8f0z4fb8z9474z71eb411fab3a

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