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    Plan détaillé Texte intégral Un partage politique Une amitié intellectuelle ? Une reconnaissance familiale Annexe Notes de bas de page Auteur

    L’amitié en révolution, 1789-1799

    Ce livre est recensé par

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    Table des matières

    La Montagne est belle, l’amitié fidèle, Maignet leur aède

    Philippe Bourdin

    p. 261-304

    Texte intégral Un partage politique Les temps fuyants de l’exception gouvernementale Frères en néojacobinisme Républicains sous Napoléon En attendant les Trois Glorieuses… Une amitié intellectuelle ? Une reconnaissance familiale Annexe Détail des ouvrages autres que de droit de la bibliothèque Maignet (par ordre alphabétique des auteurs) Notes de bas de page Auteur

    Texte intégral

    1Il y a peu d’années, les Archives départementales du Puy-de-Dôme ont acquis un lot de lettres du Conventionnel Étienne Christophe Maignet (1758-1834). Ce sont des dizaines d’échanges avec le neveu bien-aimé du Conventionnel Gilbert Romme, Jean-Baptiste Tailhand. Essentiellement professionnels, ils n’évitent ni les mots intimes ni les partages politiques et culturels, du Directoire aux années 1830. Ils restent muets sur les prémices d’une rencontre, mais reflètent la profondeur d’une amitié, même interrompue par la clandestinité à laquelle est contraint Maignet durant toute la Seconde Restauration. De ces lettres aujourd’hui conservées dans les séries 1 J 2911 à 2913, sans aucun ordre chronologique, nous en avons retenu 120 ; nous les citerons en nous référant simplement à leurs dates.

    2Leur destinataire, Jean-Baptiste Tailhand, est né à Riom le 12 novembre 1771 dans une famille de la bourgeoisie de robe. Époux de Marie-Anne Romme (1751-1798), son père, Gilbert (1741-1807), exerce la charge de procureur en la sénéchaussée et siège présidial de la ville. Jeune garçon, il est marqué, tout comme sa sœur Marie-Jeanne, dite « Miette » (1773-1858), par la personnalité et l’aura de son oncle Gilbert, précepteur du jeune comte russe Pavel Stroganov qu’il fréquente lui-même lors d’un séjour français de l’élève et du maître, décisif pour ses propres goûts et études. Il adhère au scepticisme, à l’encyclopédisme, à la philanthropie et à la tolérance des Lumières. Il suit son oncle dans ses appétences pour les sciences physiques, la botanique, la géologie, les civilisations, les langues étrangères – il est germanophone. Il l’accompagne à Versailles et à Paris pour assister aux premières journées révolutionnaires. Il en revient auréolé de son statut de grand témoin et décidé à influer sur le cours de l’histoire en militant parmi les Jacobins, au risque d’être localement désigné comme « mangeur de tripes » par les Muscadins des lendemains de Thermidor. Initié au théâtre amateur par le cercle bourgeois de Riom avant la Révolution, il a aussi, comme sa sœur, mis son art au service de la scène patriotique et d’un public élargi en 17931.

    3Défenseur du statut juridique de la ville de Riom, Cour d’Appel maintenue malgré les efforts contraires de Clermont-Ferrand, Jean-Baptiste va longuement siéger à la municipalité et s’installer comme avocat en appel et aux Assises. Ce sacerdoce lui vaut les succès qui accompagnent la tempérance de son art oratoire, son humanité, sa connaissance des dossiers et de la jurisprudence, sa confraternité. Le cursus honorum et le balancement des régimes politiques le portent à la place de juge suppléant au tribunal criminel du Puy-de-Dôme (1804-1811), puis au tribunal civil de Riom (1812), le renvoient à son rang d’avocat sous Louis XVIII et Charles X, avant qu’il ne soit promu par Louis-Philippe : bâtonnier de l’ordre des avocats (1830), procureur général (14 août 1830), décoré de la Légion d’honneur, et enfin président de chambre (1834). Il a brièvement tenté une carrière politique nationale, député pour l’arrondissement de Riom à la Chambre des Cent-Jours par 41 voix sur 73 votants, le 10 mai 1815 ; il a Maignet pour collègue. Il s’est ensuite retrouvé dans l’opposition constitutionnelle aux Bourbons, et rallié d’un seul élan aux journées révolutionnaires de 1830. Avide de savoir historique et scientifique, il réjouit alors les membres de l’Académie des sciences, belles-lettres et arts de Clermont, qu’il préside, des récits de la Révolution, leur contant ses rencontres avec Mirabeau à la tribune, Camille Desmoulins au Palais-Royal ou Robespierre chez le menuisier Duplay, et plus encore la mort de son oncle parmi les « Martyrs de Prairial », que n’avait pu lui rapporter précisément le bourreau Sanson, perdu dans ses souvenirs morbides et approximatifs2. Un temps, Jean-Baptiste a cru en la légende qui prétendait Romme resuscité, errant sur les routes de Russie3. Il meurt à Riom le 5 avril 1849.

    Figure 1. – Jean-Baptiste Tailhand.

    Image

    Image en libre accès tirée de Bonnefoy Georges, Histoire de l’administration civile dans la province d’Auvergne et le département du Puy-de-Dôme, vol. 4, Paris, Lechevalier, 1895.

    4À partir des échanges épistolaires entre Maignet et Tailhand, essayons de distinguer les ferments politiques, intellectuels et familiaux d’une longue amitié. Laissons pour l’heure au large le long partage des causes judiciaires qui réunit les familles sur deux générations, les Maignet jugeant ou défendant en première instance à Ambert, les Tailhand en appel à Riom à partir des pièces fournies par les premiers. Bénéficiant de leur réputation et d’importants revenus – sous le Directoire, le cabinet d’affaires de Maignet lui rapporte de 20 000 à 25 000 francs par an4 –, tous s’épaulent en permanence pour accomplir leur sacerdoce en faveur des plus déshérités (pauvres artisans, petits paysans, voituriers, veuves), victimes des « carnassiers les plus éhontés5 ». Ils défilent les uns après les autres sous leur plume, avec leurs moyens dérisoires : « Ce malheureux est bien l’homme le plus probe, mais en même temps le plus bête que l’on puisse trouver6 », note ainsi Maignet de l’un de ses clients. Mais c’est aussi pour affirmer : « Notre profession nous offre ainsi des occasions d’être utile aux malheureux et nous ne pouvons les négliger7 » – et de joindre le geste à la parole, avançant au besoin frais de justice et de logement. À l’heure de solliciter de Louis XVIII, en vain, la réhabilitation de Maignet, le curé Rostaing, son ami, libéral convaincu, se souviendra de la philanthropie du banni : « depuis l’absence de Monsieur Maignet, le pauvre, l’orphelin, et la veuve ont perdu leur plus ferme soutien ; […] depuis cette époque il y a beaucoup moins de moralité dans les transactions8 ».

    Un partage politique

    Les temps fuyants de l’exception gouvernementale

    5Il est difficile de connaître les liens exacts qui unissaient Maignet à Romme, autre fondement du commerce amical entre Étienne et Jean-Baptiste. Les deux représentants se fréquentent au moins depuis l’époque de l’Assemblée législative, qui marque le début de leur aventure nationale : Maignet est le premier des douze élus, Romme le onzième, un différentiel de notoriété qui s’explique par la forte implantation du premier dans son Livradois natal et au sein du directoire du département. Leur aventure commune se poursuit sur les bancs de la Convention, le premier obtenant la troisième députation du Puy-de-Dôme, le second la quatrième (derrière Couthon et le prêtre constitutionnel Gibergues, qui porte dans le département l’opposition aux réfractaires), un rapprochement qui doit tout à leurs combats communs. Ils se sont, un temps, régulièrement réunis autour de Couthon pour faire valoir les intérêts du Puy-de-Dôme9. Régicides, ils se reconnaissent comme lui dans la Montagne et dans les Jacobins de Paris, au sein desquels ils sont reçus ensemble le 3 octobre 1792. L’un et l’autre ont contribué à la fondation de succursales locales dès 1790 : Maignet, à Ambert, Romme à Riom avec son beau-frère Gilbert Tailhand, ou à Combronde et à Gimeaux. Malgré les scissions locales, sous les coups de boutoirs des événements nationaux, ils sont toujours restés fidèles à la société-mère parisienne, et sans doute ont-ils activement contribué aux fédérations de clubs qui se sont réunies dans le Puy-de-Dôme entre 1790 et 179110. Dès 1791, Maignet est un membre actif du Comité des secours publics, dont Romme, plus impliqué dans celui d’instruction publique, est suppléant. L’un et l’autre gardent leur spécialisation sous la Convention, l’un et l’autre en faisant un levier pour la régénération. Ils ne se fréquentent cependant qu’autant que le leur permettent leurs longues missions : Romme aux manufactures d’armes de Moulins et de Saint-Étienne (octobre 1792), à l’armée des Côtes de Cherbourg (avril-août 1793), dans le Sud-Ouest (février-mars 1794), où il met en place un régime d’assurance-maladie pour les ouvriers de son ressort, qui bénéficient d’un « salaire de subsistance en nature », une mesure que ne renierait pas Maignet. Ce dernier part successivement auprès de l’armée de la Moselle (avril-juillet 1793), de l’armée des Alpes (août-novembre 1793), dans le Vaucluse et les Bouches-du-Rhône (décembre 1793-octobre 1794)11.

    6Jean-Baptiste Tailhand a-t-il profité des courts intervalles entre deux départs pour visiter son oncle à Paris, et rencontrer son collègue ? On sait que les deux députés vivent différemment la « Terreur ». L’Ambertois admire Robespierre et Billaud-Varenne12, le Riomois s’en méfie. Son beau-frère, Gilbert, vit mal son passage comme juge dans la commission temporaire de Feurs, un tribunal d’exception supprimé le 19 frimaire an II (9 décembre 1793). Sa fille en témoigne à chaud : « Des juges intègres ne convenaient pas à un gouvernement auquel il ne faut que des commissions militaires et des fusillades. Ces massacres exécutés juridiquement font faire les réflexions les plus tristes. À la manière dont les choses tournent tout le monde peut porter sa tête sur l’échafaud. Il règne une si grande terreur dans les esprits qu’on n’ose plus dire ce que l’on pense. Tous les partis tremblent au nom de Robespierre. Comment tout cela finira-t-il ? » En avril 1794 encore : « On s’en reporte à des dénonciations qui sont souvent dictées par esprit de parti. Cette manière de rendre justice est arbitraire13. »

    7Maignet, dans le même temps, construit sans le savoir sa « légende noire » dans le Vaucluse, où il est chargé d’installer le gouvernement révolutionnaire, et s’applique à rendre au civil les cérémonies de mariage et d’enterrement, à réorganiser les cimetières autour de la statue du Sommeil (la mort étant conçue comme un sommeil éternel). Il définit aussi précisément, dans son Instruction sur le gouvernement révolutionnaire, une politique de suspicion, qui juge l’ensemble des parcours individuels depuis 1789 : elle s’attache particulièrement, à Marseille, aux meneurs de la révolte « fédéraliste » du printemps 1793, se traduit dans le Vaucluse par la mise en place d’une juridiction d’exception, la commission populaire d’Orange (595 jugements, dont 332 condamnations à mort, 116 peines de prison, 147 acquittements en quarante-sept jours d’exercice) et par le brûlement de la commune de Bédoin, la déportation de sa population, la condamnation de 63 habitants de ce que l’on a présenté au député comme une nouvelle Vendée… Jusqu’en Thermidor, son action est approuvée par le Comité de salut public, qu’il tient informé par une abondante correspondance14. Dès le 16 cependant, Dubois-Crancé attaque aux Jacobins « l’inestimable Maignet, l’ami et le complice de Couthon15 ». Au club et à la Convention arrivent à partir de fructidor des lettres de nombreuses sociétés populaires ou de municipalités méridionales qui le soutiennent, d’autres, notamment inspirées par ses collègues Rovère, et Fréron, qui dénoncent en lui « le continuateur de Robespierre ». La Convention se divise devant le long justificatif que lui offre Maignet16. Comme pour se racheter une virginité et se distinguer de plus radicaux que lui, Maignet vote le 3 frimaire an II (23 novembre 1794) la mise en accusation de son collègue Carrier, qui a sévi à Nantes. Si la parole lui est refusée parmi ses pairs, les comités de salut public et de sûreté générale, auxquels son dossier a été transmis, décident qu’il n’y a pas lieu à poursuites17. Dans la séance de la Convention du 16 nivôse an III (5 janvier 1795), Courtois, qui livre son analyse des papiers de Robespierre, range Maignet parmi ses complices, ce que rien ne prouve. Dès l’insurrection du 12 germinal an III (1er avril 1795), Rovère demande son arrestation ; on renvoie une nouvelle fois son cas devant les comités. Quatre jours après, Tallien le fait décréter d’arrestation, comme l’un des fauteurs du mouvement. Le 29 germinal (18 avril), la Convention le somme de se constituer prisonnier dans un délai de 24 h, sauf à risquer la déportation. Maignet s’est réfugié d’abord à Neuilly, puis se retire dans le Puy-de-Dôme, dans les bois du Montel, près de Novacelles, où il a acheté une maison ayant appartenu à la seigneurie de Coisse. Il s’y cache jusqu’à l’amnistie générale que vote la Convention à sa séparation, le 4 brumaire an IV (26 octobre 1795).

    Frères en néojacobinisme

    8Ces circonstances expliquent que Maignet n’ait pas été en position de défendre Romme après la journée du 1er prairial (20 mai 1795) ; Romme, absent de Paris à l’heure du 9 Thermidor, éloigné de la lutte des factions, mais fermement hostile à la réaction thermidorienne, n’a pas eu de son côté un mot public particulier pour son collègue… Pourtant, ce dernier va être immédiatement introduit dans le réseau familial et amical du « martyr », actif dans l’opposition « néojacobine » au Directoire : il ne manque pas d’embrasser dans ses lettres à Tailhand leurs « bons amis Dubreuil, Dumont, Granchier, Puray et autres gens de la bonne roche » – c’est-à-dire de cette partie de la Montagne qui résiste encore –, d’envoyer « mille amitiés aux républicains de ma connaissance », parmi lesquels il compte encore Salles, Mandet, Magnin, Bonarme, Artaud-Blanval18. Ce dernier, Conventionnel puis membre du Conseil des Anciens, est en lien à Paris avec l’opposition néojacobine et babouviste au Directoire ; il sera l’un des opposants au 18 Brumaire. Dumont est un ancien membre de la Commission de justice populaire de Feurs, où il a siégé en brumaire an II aux côtés de Gilbert Tailhand ; élu juge au Tibunal criminel du Puy-de-Dôme en l’an VI, il est « floréalisé » pour ses opinions trop avancées ; depuis, juge de paix du canton intérieur de Riom, il est le principal animateur du cercle constitutionnel de la ville19. Élu juge au Tribunal de Cassation en l’an VI, l’avocat clermontois Étienne Bonarme, ancien membre de l’académie locale, bibliophile convaincu et franc-maçon, ci-devant échevin, l’un des premiers Jacobins clermontois, robespierriste en l’an II, un temps conformiste après le 9 Thermidor, a pareillement été victime du coup de force de floréal, remettant en cause l’élection des francs républicains. Fidèle de Couthon à son heure, Jean-Marie Magnien, homme-lige de Maignet dans le canton de Sauxillanges où il est commissaire du pouvoir exécutif, sait passer outre les limites censitaires des listes électorales, s’appuyer sur des artisans militants (65 % des membres du cercle constitutionnel), lever au besoin, en l’an VI, des colonnes mobiles à la poursuite des insoumis20. Le directeur de la poste aux lettres de Riom Dubreul, l’ancien marchand-coutelier Salles, l’avocat Mandet sont des amis de la première heure de Gilbert Romme : ils ont été ses interlocuteurs constants lors de ses années de préceptorat en Russie, l’ont accompagné dans sa carrière politique, entretiennent son souvenir. Avec le Riomois Antoine Puray aîné, menacé par les royalistes en l’an VII, Gilbert et Jean-Baptiste Tailhand, nous avons là les principaux chefs de l’opposition néojacobine au Directoire dans le Puy-de-Dôme. Manquent deux figures importantes de l’opposition, dont leurs correspondances montrent qu’ils ne les ignorent pas : Abraham, gendre de l’ancien Constituant Gaultier de Biauzat, et Rouillon, babouviste, qui sera nommé en l’an VII commissaire du Directoire auprès de l’administration départementale du Puy-de-Dôme.

    9Ayant repris son métier d’avocat à Ambert, Maignet est particulièrement actif au sein de l’opposition, faiseur de maires et de commissaires du pouvoir exécutif dans le Livradois. Pour les élections de germinal an V, arguant du danger royaliste réel en ce lieu, il fait décréter les citoyens du canton d’Ambert en réquisition permanente, et est à la manœuvre lors de l’assemblée primaire. Il discourt à l’infini lors de ces rendez-vous (convoqués selon ses vœux au son du canon) et commente la presse nationale, jusqu’à faire scission. Il a l’appui de son père, de son frère, notaires, de nombreux notables et de la garnison locale. En l’an VI (1798), il est élu membre de l’assemblée électorale du Puy-de-Dôme ; avec l’ancien Conventionnel Monestier, il y domine les débats, et les gouvernementaux préfèrent faire scission. Ne cachant rien des contacts directs du groupe auvergnat avec Vatar, rédacteur du Journal des hommes libres, Dubreul témoigne de l’activisme de l’Ambertois :

    « Maignet a écrit une lettre de trois pages à Dumont. Elle est brûlante d’amitié, pétillante d’esprit et expressive dans les sentiments de patriotisme et de vertu. Il lui parle des préventions odieuses de nos semi-patriotes poussés par les aristocrates, des inculpations de haine et d’amour de vengeance qu’on lui prête. Il l’invite à tenir une conduite qui couvre de honte ses vils détracteurs et qui leur démontre que le vrai patriote s’oublie soi-même lorsqu’il s’agit de ses devoirs21. »

    10On propose à Maignet de se porter candidat à la députation, offre qu’il décline, mais il est élu haut-juré le 27 germinal an VI (16 avril 1798), élection cassée par le coup de force de floréal an VI au profit de l’assemblée scissionnaire ; il est alors maire d’Ambert. Le désespoir pointe après cette action brutale des Directeurs contre les démocrates avancés, alors souvent réduits à poursuivre leur action dans la clandestinité : « J’attends de votre part des nouvelles politiques. Mais comme j’ai peu d’espoir je suis bien sûr […] qu’elles ne répondront guères à nos premières espérances. Oh ! mon ami, où sont les hommes22 ? » À Riom, le fils Salles est apostrophé violemment pour avoir bu dans un café à la santé de Maignet23. Mais le combattant se redresse toujours. Informé par Artaud-Blanval, le « floréalisé » met quelque espoir dès brumaire an VII dans les vertus hautement républicaines du général Jean-Baptiste Jourdan, vainqueur de Fleurus et élu de la Nièvre au Conseil des Cinq-Cents, pourtant réputé modéré ; dans celles du général Théodore Chabert, élu des Bouches-du-Rhône dans le même Conseil, qui siège à gauche ; dans celles, enfin, de Jean Adrien Bigonnet, élu de Saône-et-Loire, de même obédience, qui s’est opposé au rétablissement des impôts abolis par la Révolution, et a défendu la liberté de la presse et des sociétés politiques24. Chabert a su attaquer Rouchon de Bellidentes, député de l’Ardèche, alors qu’il a plaidé pour l’annulation des élections de l’an VI, défendu la possible présence de parents d’émigrés dans le Corps législatif, et qu’il s’est opposé à la confiscation des biens des députés s’étant, en l’an V, soustraits à la déportation pour menées royalistes.

    11Mais le réveil de la Vendée révoltée, où tombent indistinctement républicains et royalistes sous le feu de l’armée de ligne, inquiète. Maignet, surveillé, évite de venir retrouver ses amis riomois à la veille des élections de germinal an VII « afin de ne pas donner lieu à un article dans le journal de l’Ami des lois sur les anarchistes du Puy-de-Dôme25 ». Il les invite cependant en thermidor an VII à méditer les discours de Sieyès et de Lucien Bonaparte26. Ce même mois, il exprime sa désillusion sur le régime du Directoire qu’a ébranlé un nouveau coup de force électoral, le 30 prairial, forçant à la démission trois Directeurs modérés suite à des résultats électoraux favorables aux néojacobins. L’ex-Conventionnel regrette qu’ils ne soient pas jugés et que leurs successeurs leur soient par trop semblables : « J’avais raison de vous dire que depuis si longtems toutes nos grandes révolutions ne consistaient qu’à déplacer quelques hommes pour en élever d’autres du même acabit27. » Il doute de la politique diplomatique et militaire du pouvoir :

    « La cession de la Hollande et de toute l’Italie, ainsi que le rétablissent des cantons suisses sont au nombre des propositions que le Roi de Prusse offre. Ainsi il ne restera aux patriotes italiens chez qui nous avions porté la liberté que le pillage et toutes les vexations que nous leur avons fait endurer, et l’échafaud que leurs anciens maîtres dresseront. La Hollande aura son stathouder et l’Helvétie ses oligarques. Il fallait bien tant répandre de sang pour ne garder pour nous que l’infamie en renonçant à la gloire d’avoir brisé les fers de tant de peuples28. »

    Républicains sous Napoléon

    12Encore actifs et prosélytes à Riom à la veille et au lendemain du 18 Brumaire, plusieurs des militants auvergnats se rallient sans excès au coup d’État, et déchantent dans les mois qui suivent au fur et à mesure de la répression antijacobine et des régressions démocratiques. Dès décembre 1799, Maignet envisage les conséquences des changements dans les fonctionnaires publics, observant les royalistes en embuscade ; il voit de là les nécessaires stratégies de repli :

    « Oui, sans doute, il faudra chercher dans l’amitié les consolations aux maux de notre patrie. Heureux ceux qui, forcés de se réfugier dans ce seul sentiment, n’auront point à se reprocher d’avoir sacrifié le bonheur de son pays à des calculs de […] fortune personnelle ! Une bonne conscience tient lieu de tout au milieu des calamités publiques.
    Ne doute pas, mon cher Tailhand, du plaisir que j’aurai à être de plus en plus avec toi en resserrant les liens que l’amour de la liberté a commencé à former. Lorsqu’elle aura disparu, nous en parlerons encore, et réduits à de simples souvenirs, nous nous plairons à les rappeler sans cesse et à honorer la mémoire de ceux qui ont péri au milieu des combats livrés pour les défendre29. »

    13Maignet est membre du conseil municipal de la ville d’Ambert de 1799 à 1815, coalisé à d’anciens administrateurs de la décennie révolutionnaire (Pourrat, Col, Vimal-Lajarrige, entre autres), s’occupant de tout, jusqu’aux affiches commandées à Riom pour la campagne de 180330. Il se montre cependant méfiant des bruits, de la surveillance exercée sur la poste aux lettres, et contracte des habitudes dignes de la clandestinité, adressant par exemple à Dubreul des lettres qu’il destine en réalité à Tailhand, quoique le premier lui paraisse un peu trop imprudemment loquace. À Jean-Baptiste, il demande des nouvelles de la nomination des sous-préfets, et s’étonne qu’on le fasse passer pour un intime du préfet Ramey de Sugny :

    « L’on m’écrit de Clermont, mon cher Tailhand, que l’on a prévenu le grand préfet de ce département que je lui suis dévoué. Il est écrit que dans tous les tems, je dois être représenté comme un personnage bien important pour les différentes relations que l’on me fait avoir avec toutes les espèces de gouvernement qui s’établissent en France. Tout autre moins jaloux que moi de figurer pourrait concevoir quelque sentiment d’orgueil d’un pareil rôle. Mais moi qui ne désire que d’être oublié, et de n’être en relation qu’avec mes amis, j’ai cherché à connaître ce qui a pu donner lieu à un pareil bruit31. »

    14La Révolution demeure cependant un souvenir immuable. Il cherche encore en juin 1800 à réhabiliter son compatriote Crosmarie, simple greffier de justice victime des purges administratives du représentant Chazal cinq ans plus tôt : « Il fut, comme tous ceux qui avaient aimé et servi la chose publique, sacrifié aux royalistes qui voulaient la détruire32. » Les réseaux républicains forgés sous la République directoriale font preuve de solidité et d’une amicale solidarité : qu’Artaud-Blanval souffre d’une fièvre tierce et d’une dépression, et les anciens néojacobins se rassemblent chez lui, à Authezat, pour le soutenir : « Viens donc, mon cher Tailhand, te joindre le plutôt qu’il te sera possible, aux amis qui entreprennent cette cause difficile. Il te verra avec plaisir. Ta présence contribuera à le sortir de cette profonde mélancolie dans laquelle il se plaît33. » En 1804, Maignet renoue avec ses réseaux parisiens, et avec la mémoire des « Martyrs de Prairial », visitant la sœur de Goujon et s’émouvant d’une première reconnaissance des défunts : « Elle m’a dit que le fils de Goujon était au Prytanée par arrêté du gouvernement et que Bonaparte avait lui-même rédigé ainsi la nomination : Goujon fils du représentant Goujon mort à la défense de la patrie. Tu éprouveras, mon ami, la même satisfaction que j’ai ressentie quand cette nouvelle m’a été annoncée. L’heure de la justice sonnera pour ces hommes vénérables, me disais-je à moi-même, mais j’étais bien loin de croire qu’elle eût déjà sonnée34. » En 1811, c’est pour son ancien acolyte Magnien qu’il intercède toutes affaires cessantes, et sous le sceau du plus grand secret, auprès de Tailhand. Il le convoque en pleine nuit et dès potron-minet, alors que Jean-Baptiste est en villégiature à Job, à proximité d’Ambert (« Ne pars pas à la réception de mon exprès pour ne pas donner lieu aux soupçons dans la minute où tu te lèveras. Mais la situation où se trouvent des amis demande que tu partes à quatre heures du matin pour te trouver à cinq heures chez moi35 »). Receveur particulier de l’arrondissement, Magnien, jusqu’alors irréprochable, est accusé d’abus de confiance ; l’affaire va durer des années, durant lesquelles il faudra aider cet homme désormais sans emploi36… 1811 est aussi l’année où Maignet abandonne ses fonctions d’avoué, ne gardant que celles d’avocat en vertu de la réorganisation judiciaire en cours37, celle où il se retrouve face à plusieurs agitateurs des bandes royalistes des frères Lamothe qui, sous le Directoire, ont terrorisé le Livradois38. Couhert, ci-devant bailli de Viverols, en était l’un des acteurs ; il intente un procès à l’ex-Conventionnel, défenseur de Granet, ancien néojacobin de Viverols, qui aurait par ses dires altéré sa réputation. Dans cette « guerre à mort39 », il s’appuie sur les frères Dumont, qu’il a retournés, car ces anciens républicains avaient lutté contre Lamothe. « Le seul mot déplacé que l’on y met dans ma bouche est celui d’énergumène, que je n’ai point proféré, mais qui échappé de ma bouche eut été sans doute le plus doux que je pusse employer pour caractériser de pareilles horreurs40 », ironise Maignet, qui perdra néanmoins son procès. Sans rancune, il défendra l’un des Dumont un an plus tard au nom des anciens combats républicains41…

    15Jusqu’aux dernières années de sa vie, Maignet devra expier son action sous le gouvernement révolutionnaire, y compris de faits qui lui sont injustement imputés. En 1831, il sera pris à parti par la famille Molin, de Job près d’Ambert, dont le père, Barthélémy, a été l’un des deux administrateurs du Puy-de-Dôme guillotiné à Lyon à 38 ans pour ses opinions girondines. L’épouse du supplicié prétend être venue le trouver dans Ville-Affranchie, s’être jetée à ses pieds pour obtenir sa grâce, et l’avoir trouvé « inexorable ». L’ex-Conventionnel, souhaitant que Tailhand, qui connaît bien les Molin, apaise l’affaire, s’étonne que l’on ne comprenne toujours pas que les décisions des représentants étaient collectives, qu’ils ne possédaient pas de pouvoirs individuels. Il rappelle surtout qu’à l’heure de la sentence il avait été rappelé à Paris, comme Couthon et Châteauneuf-Randon, parce qu’après leur siège victorieux de l’ancienne capitale des Gaules, on les jugeait trop pusillanimes dans la suite de leur mission, opinion confortée par un rapport de Collot d’Herbois qui leur succède sur le terrain – un véritable « acte d’accusation » lu à la tribune de la Convention, qui aurait pu avoir une fin funeste si Couthon ne comptait pas parmi les membres du Comité de salut public :

    « Je n’ai jamais vu à Lyon ni à nulle autre part Mme Molin que je ne connais même pas, ou s’il en était autrement, il faudrait que ma mémoire fût bien infidèle pour ne pas même rappeler les traits de cette dame.
    Quoiqu’il en soit de ce fait en lui-même, ce que je peux bien affirmer, parce que je n’ai qu’à consulter mon cœur, et mille autres entrevues de cette espèce que j’ai eues avec d’autres personnes qui se trouvaient dans la position de Madame Molin ne pourraient pas minimiser l’intérêt que j’ai toujours éprouvé pour mes concitoyens, c’est que Madame Molin n’aurait éprouvé de ma part rien de ce que l’on m’a prêté pour elle. J’aurais bien pu lui consigner le regret de ne pouvoir rien faire de trop ostensible pour son malheureux époux, moi qui n’aurait été que pour un quart dans les services qu’elle attendait de la part des quatre représentans du peuple qui étaient à Lyon ; mais elle eût vu, dans tout ce qui serait émané de moi, tout ce que j’aurais voulu faire si ma volonté m’eût appartenu, et tout en jugeant ma position comme homme public, elle se fût convaincue de me bonnes dispositions et de tout ce qu’avait de déchirant pour mon cœur mon impuissance à pouvoir la servir.
    Mais ce qui m’étonne, mon cher ami, c’est le peu d’attention que mettent les calomniateurs à consulter les époques, afin de pouvoir y coordonner les faits qu’ils veulent accréditer. Ainsi, si on les eût consultés, on aurait vu que la mise en jugement des administrateurs du Puy-de-Dôme avait eu lieu qu’après le rappel de Couthon, de Châteauneuf-Randon et de moi, et notre remplacement par Fouché, Collot-d’Herbois, Albitte aîné et Sébastien Laporte42. »

    En attendant les Trois Glorieuses…

    16Le retour de bâton de la Restauration n’en est que plus violent. Les dénonciations pleuvent devant le commissaire du roi ; Maignet tente de les faire taire par une floppée de témoignages flatteurs de la part du sous-préfet, des juges de paix, des maires de canton et des curés de l’arrondissement d’Ambert. Le procureur a écrit à l’ordre des avocats « la lettre la plus flatteuse pour […] lui annoncer qu’occupant le premier rang parmi les avocats, l’entrée de la chambre » lui serait toujours ouverte43. Néanmoins, les circonstances poussent Maignet et Tailhand à rejoindre plus évidemment l’Empire durant les Cent-Jours. Informé des événements depuis Lyon, le premier exprime on ne peut plus clairement son ralliement et les soutiens sur lesquels il compte :

    « Cette surveillance que l’on exerçait contre nous et dont nous étions parfaitement instruits avait acquis plus de sévérité.
    […] J’ai déjà écrit par le dernier courrier à Fouché pour le complimenter sur sa nomination et le prier de mettre, sous les yeux de l’empereur, mon adresse individuelle.
    Par le courrier de demain, j’écrirai à l’archichancelier et à Davout.
    Quand je saurai le maréchal Suchet auprès de l’empereur, je lui écrirai également.
    Je ne doute pas que M. Christophe, colonel des hussards, ne soit aujourd’hui une protection infiniment précieuse. Je lui écrirai également.
    Si les uns ou les autres me répondent, me marquent que mes secours peuvent être agréables à l’empereur, je ferai tout pour ma famille […]. Ma famille a eu tant à souffrir que je me crois obligé de sacrifier tous mes goûts pour le repos et la tranquillité, au dessin de la sortir de celui où elle a gémi pendant si longtems.
    L’idée de devenir partie d’une députation a été celle à laquelle je me suis arrêté avec le plus de complaisance. Mais dans l’état d’aphasie dans lequel nous vivons ici, je crois qu’il faut y renoncer. […]. Je ne sais si vous partagez cette indolence, ou si c’est seulement un état local ; mais tant il y a qu’il semble que nous n’appartenons pas au surplus de l’empire.
    Cependant, s’il faut en croire nos autorités, elles auraient envie de marcher dans le sens des amis de la liberté, mais elles sont enchaînées par le silence vraiment inconcevable de la première autorité. Pendant quatre jours les adresses et les discours de l’empereur ont été ombragés par le drapeau blanc. Ce n’est qu’aujourd’hui que le drapeau tricolore a été hissé […] et qu’en cédant aux cris du peuple on a abattu le drapeau blanc44. »

    17Aucun des destinataires de ses missives ne lui répond45… Le 15 mai 1815, l’arrondissement d’Ambert le choisit comme président du collège électoral, puis l’élit par 66 voix sur 87 votants et 131 inscrits à la Chambre, au sein de laquelle il siège parmi la majorité libérale. La Seconde Restauration le condamne bientôt à l’exil, en vertu de la loi contre les régicides du 12 janvier 1816. Début mars 1816, on le repère pourtant aux environs de Clermont-Ferrand, mais son frère assure qu’il a gagné les cantons suisses, comme le prouveraient les journaux helvètes qui évoquent son passage. Les autorités françaises restent dubitatives, d’autant qu’elles considèrent que « sa famille a des principes encore plus mauvais que les siens » ; elles ordonnent des perquisitions en ville et à la campagne à la garde nationale d’Ambert et à la troupe de ligne46, découvrent une sortie secrète dans la maison du notaire Claude Maignet, et bientôt intensifient la surveillance des paquets et lettres adressés aux membres de la famille Maignet, à ses amis (dont le curé Rostaing, Magnien, Pourrat)47 ; elles le recherchent encore à Ambert en janvier 1817, en vain48. Elles lui reprochent d’avoir participé au Champ de Mai et d’avoir signé chez Lanjuinais, en 1815, une lettre de protestation contre le retour des Bourbons. Il garde aux yeux de ses poursuivants les stigmates de l’an II : « digne ami de Robespierre et de son bras droit ; homme taché de sang, agent farouche du comité de salut public, incendiaire de Bédouin, sicaire furibond à Orange ». On craint son intelligence et son entregent : « homme à grands moyens, aussi prudent qu’astucieux, très propre à ourdir et à mettre à exécution les trames les plus hardies et les plus noires. L’âme, la boussole et l’espoir du parti jacobin, et des plus à craindre en raison de ses relations avec tous les matadors et les démagogues de 1793 ». Même si sa fortune a diminué, conséquence de dépenses jugées excessives, son revenu annuel est estimé à 15 000 francs grâce à son expertise dans la jurisprudence (« la grande réputation que cet homme s’est acquise dans la partie du droit attire dans son cabinet presque toutes les affaires. Ceci donne dans le pays une influence majeure, d’autant plus dangereuse que sous des dehors les plus séduisants, et sous les formes les plus agréables, il cache l’âme la plus perverse et la plus noire »)49. Il semble demeurer le plus souvent clandestinement chez son gendre ou des amis, et jusque dans sa propre maison, aux portes de l’hôtel du sous-préfet, avec la complicité de la population. En 1818, sa fille Julie adresse à Louis XVIII un recours en grâce signé par l’ensemble des ecclésiastiques de la ville et du canton d’Ambert, en particulier l’abbé de Rostaing, curé de la ville50, à l’étonnement d’Élie Decazes, ministre de la Police, qui s’en plaint à l’évêque de Clermont. Une nouvelle démarche est tentée en 1819, notamment soutenue par le maréchal Chasseloup-Laubat, pair de France, qui connaît et apprécie l’ex-Conventionnel depuis sa mission en Moselle, en 1793 ; il souligne tant son engagement pour la défense nationale que son statut de soutien de famille51. La supplique au roi est réitérée en 1822 : Julie, au nom de sa mère et de des frères et sœurs, de son beau-frère Sadourny, prie pour que son père, « âgé de 64 ans, perclus d’un bras, rongé par la goutte, privé presqu’entièrement de la vue », soit autorisé à rentrer en France, d’autant qu’il n’a jamais accepté d’emploi de Napoléon52. Elle s’appuie une nouvelle fois sur des témoignages favorables de prêtres et d’habitants de son arrondissement.

    18Cependant, il faut attendre les Trois Glorieuses pour que Maignet resurgisse du bassin minier auvergnat où il est caché (à La Combelle). Il regrette alors les amitiés défaites, « la solitude et l’oisiveté », « le souffle de l’adversité » qui l’a atteint quinze ans durant. S’adressant à Tailhand après cette séparation forcée, il croit pouvoir affirmer qu’il « n’aura point effacé les douces affections que nous inspirait une correspondance dictée par la confiance et l’intime » ; mais il remarque aussi que son ancien correspondant ne se presse pas, alors qu’il a déjà été invité à Clermont par les néojacobins survivants, réunis par Baudet-Lafarge. Il a refusé : « ma double qualité d’ex-Conventionnel et de proscrit me commandent de la discrétion et de la réserve » ; il ne souhaite se montrer qu’autant qu’il le peut, « sans exciter ni inquiétude, ni même curiosité, et autant [qu’il a] l’intime conviction d’être vivement et sincèrement désiré par tous ceux » qui se réunissent53. La méfiance est grande chez un homme maintenant âgé qui sort du néant : « D’après cela, mon cher ami, tu vois combien une apparition de ta part, au milieu de nous, quelque courte qu’elle fût, me serait nécessaire afin de m’assurer que nous serons toujours à l’égard l’un de l’autre ce que nous avions constamment été pendant plus de trente ans, et que nous pouvons aujourd’hui comme autrefois nous voir et nous parler à cœur ouvert, sans gêne et sans restriction54. » En janvier 1831, les liens ne sont toujours pas renouvelés :

    « Malgré le silence que tu as gardé envers moi après la lettre que je t’ai écrite dans les derniers jours du mois de novembre à mon retour d’Ambert ou j’avais été appelé par notre procès de famille avec monsieur Mondon, je ne peux résister au besoin qu’éprouve mon cœur de te donner, au renouvellement de cette année, de nouvelles marques du souvenir satisfaisant qu’y a imprimé en traits ineffaçables, une liaison de plus de trente ans. Ce n’est point, entre eux des amis tels que nous, du moins je l’affirme quant à ce qui me concerne, une simple affaire d’usage et d’étiquette qui me dicte cette démarche, mais l’extrême désir que j’éprouve de me mettre de nouveau en rapport avec toi. Je sais bien qu’au milieu des nombreuses occupations qui t’assiègent et des nouvelles liaisons qu’elles te donnent, je dois être discret et peu exigeant, quel que soit le plaisir que j’aie à attendre en mon particulier et au sein de ma solitude de ma correspondance avec mes anciens amis. Mais y aurait-il abus à te demander une fois le mois une de ces petites lettres que jadis tu leur adressais assez fréquemment ? Reviens, mon cher ami, à ces anciens us. Ils font les charmes de l’amitié et adoucissent les ennuis du cabinet. Songes, si cela peut avoir quelque prix à tes yeux, que quinze ans d’un silence prescrit par la plus impérieuse nécessité, réclament quelque dédommagement, et tu prendras sans doute quelque plaisir à le procurer à ta vieille connaissance55. »

    19En juin 1831, lorsque Maignet se réinstalle à Ambert, où il est accueilli triomphalement, il semble que tout soit rétabli. Les amis discutent des élections à venir, l’ex-Conventionnel réunissant chez lui les libéraux et promouvant la candidature de Baudet-Lafarge ; Magnien est dans la boucle56. Maignet pousse son candidat à écrire une profession de foi, afin de mieux rivaliser avec le fils Pourrat, qui a déjà diffusé la sienne, protégé par son sous-préfet de père : « Quoique, aux yeux des hommes qui ont de l’expérience, les actes de toute une vie consacrée à la patrie vaillent mieux qu’un écrit dont tant d’ambitieux se sont joués, je crois […] que Baudet-Lafarge, ainsi que tous ses amis de l’extrême gauche, feraient très bien d’en faire autant, ne fût-ce que pour ne pas donner à nos ennemis cette ressource pour en imposer57. » Lui-même est élu bâtonnier de l’ordre des avocats du barreau d’Ambert et le demeure jusqu’à sa mort quatre ans plus tard, d’une attaque d’apoplexie foudroyante, à l’âge de 76 ans. Il aura le temps de désespérer de la monarchie de Juillet, hésitant en novembre 1831 sur les conséquences de la nomination de 36 pairs viagers à la Chambre, dubitatif sur l’augmentation excessive des impôts qui frappe ouvriers et paysans, que les carlistes tentent de récupérer dans leur électorat, prêt, enfin, à une nouvelle révolution :

    « Il serait cruel, dans cet état des choses, de venir frapper, comme on le débite, du veto royal, les décorations données dans les cent jours, lorsque la politique seule, sans parler de la justice, commanderait si fortement de ne faire qu’un faisceau de tous ceux dont les dons et l’expérience pourraient bientôt être si nécessaires pour la défense de notre indépendance.
    Mais…, mais…
    Vivons dans l’espérance et disons aux malheureux qu’il reste toujours à l’homme libre une ressource pour échapper au glaive de la tyrannie et ne pas être témoin de l’asservissement de son pays58. »

    Une amitié intellectuelle ?

    20Lorsque Maignet meurt, en 1834, un catalogue de sa bibliothèque est réalisé, excluant les ouvrages de droit. Il compte 296 titres et 824 volumes, mais le clerc de notaire précise aussitôt les limites de l’exercice : « La bibliothèque de feu M. Maignet comprendra encore 15 à 20 volumes ou livraisons d’ouvrages politiques récents, […] elle se composera encore d’environ 250 à 280 volumes reliés, cartonnés ou brochés in-8o comprenant tous les travaux et procès-verbaux, bulletins et décrets des diverses Assemblées nationale, législative, Convention nationale, Conseils et députés, qui se sont succédé en France depuis 1789 jusqu’au 18 Brumaire et plus tard. Ensemble, plusieurs recueils ou livraisons de journaux politiques pendant les mêmes périodes59. » Si l’on se fonde donc exclusivement sur la littérature de divertissement ou d’érudition préférée par Maignet, autant que les caractéristiques des ouvrages nous soient spécifiées, on découvre une collection partiellement reliée (24 % des titres), dominée par des in-8o (63 % des titres) et des in-12o (24 %), ces livres de poche pratiques à emporter. Elle a été constituée au fil des époques, avec une part majeure des éditions datant de l’Ancien Régime (36 %), de la Révolution et de l’Empire (37 %), les deux Restaurations étant synonymes de clandestinité et de perte progressive de la vue pour l’ancien Conventionnel. Rares sont les originaux anciens et de prix ; si trois datent du xviie siècle, seule une édition in-8o de la Vie des hommes illustres de Plutarque, parmi plusieurs possédées, est remarquée comme « très ancienne », sans plus de précision – ce qui n’exclut évidemment pas l’héritage intergénérationnel.

    Figure 2. – Format des ouvrages de la bibliothèque Maignet.

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    Figure 3. – Date d’édition des ouvrages de la bibliothèque Maignet.

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    21Que nous dit de Maignet l’ensemble de ses curiosités ? On pourrait s’arrêter sur le confort bourgeois et marital auxquels il semble s’appliquer avec Du gouvernement des mariages de Potier, ou La Cuisinière bourgeoise de Menon, un livre de recettes des plus répandus – sans oublier les remèdes pour chasser les glaires selon Jacques Louis Doussin-Dubreuil… Au-delà, Maignet nous rappelle son origine géographique, en cette Auvergne qu’il cherche à mieux connaître, suivant en 1789 les travaux de son compatriote Montlosier sur le volcanisme, ou les voyages de Legrand d’Aussy. Il est attaché à un Livradois profondément rural et pieux, pourvoyeur d’enfants-prêtres, cette montagne difficultueuse où la veillée familiale ou de voisinage demeure un moment apprécié de convivialité60. Ses exigences ludiques et spirituelles transparaissent dans les recueils de chansons (de l’autochtone Vaissière à Béranger) et dans la part des contes et des fables – quatorze recueils, qui oublient La Fontaine, privilégient Boursault, Florian, Mme de Genlis, Jauffret, Marmontel, et ouvrent à l’Orient fantasmé des Mogols ou des Mille et une nuits. Notre homme connaît les maîtres des sermons (Massillon, Bourdaloue), les introducteurs du jansénisme (Blaise Pascal), les réfutateurs des Lumières (Bergier), les pédagogues de la foi (ainsi de son livre de collégien dû au père Noël Alexandre, Selecta historae ecclesiasticae Veteris Testamenti capita). La Révolution venue, il ouvre les nouvelles tables de la loi, achetant La morale de l’enfance (1790), de Morel de Vindé, réunion en 356 quatrains des principes inculqués aux plus jeunes, à commencer par la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen. Il va au fondement des nouveaux cultes républicains à travers les écrits de l’abbé Grégoire sur les arbres de la liberté, ou de ceux de Dupuy, coauteur avec Romme du calendrier républicain, sur L’origine de tous les cultes. Comme les penseurs libertins du siècle précédent, Charles Dupuis, un athée taraudé par la question de l’invention des religions, remet en cause la Bible comme référent unique et indépassable, ou comme marqueur du temps humain, polémiquant sur les cycles cosmiques et les constellations. Il fait des mythologies des produits de l’imagination, nés de l’ignorance du monde physique, et donc d’un besoin de croyance. Maignet s’intéresse aussi à l’œuvre de l’abbé auvergnat de Pradt, diplomate et premier aumônier de Napoléon qui le promeut évêque. S’il lit son Histoire de l’Ambassade dans le Grand-Duché de Varsovie, galerie de portraits satiriques de personnages de l’Empire61, il ne dédaigne pas Du jésuitisme ancien et moderne (1825). Ce pamphlet contre l’ordre d’Ignace de Loyola est écrit alors que l’auteur, hostile aux assauts du cléricalisme dans toutes les affaires de la nation, et ipso facto favorable à la séparation du spirituel et du temporel, siège dans l’opposition libérale à la Restauration.

    22Maignet semble indéfectiblement marqué par ses années de scolarité, attentif aux classiques grecs et latins : à côté des Histoires de Salluste, « livre de collège », de l’Histoire romaine de Rollin, il conserve l’Illiade et l’Odyssée, les œuvres complètes de Juvénal, Lucrèce, Ovide, Properce, Tibulle, Virgile – et des commentaires sur ces dernières –, l’Histoire naturelle des animaux de Pline. Comme bien de ses contemporains, il aime à redécouvrir la Grèce sur les pas d’Anacharsis, suivis par l’abbé Barthélémy, puis par Chaussard. Il refait, avec Chateaubriand, l’itinéraire de Paris à Jérusalem.

    23Son éveil à la philosophie précède la Révolution. Si, comme tout bon stoïcien et bien de ses confrères de la robe, il réfléchit avec Épictète et Montaigne, si, comme tout homme de pouvoir, il n’ignore pas Machiavel, ses préférences vont aux philosophes de son siècle qui ont pensé l’organisation des pouvoirs : Voltaire, Locke, Montesquieu d’abord – du premier, il possède l’essentiel de la correspondance dans l’édition recherchée de Kehl, diligentée par Beaumarchais et illustrée par Moreau le jeune. Il se montre intéressé par le sensualisme et le matérialisme d’Helvétius, par la science de l’homme d’Idéologues comme Cabanis, par l’utopie sociale de Morelly, par Les aventures de Télémaque de Fénelon – important récit des civilisations et des qualités humaines, tendu en miroir, avec persiflage, à Louis XIV –, ou à sa critique par Gueudeville, admirateur de Thomas More. Ni Mably, ni Rousseau ne figurent sur ses étagères. Trois livres prouvent son intérêt pour le libéralisme d’Adam Smith. L’ouverture à la vulgarisation scientifique englobe la physique, les sciences naturelles, l’agronomie, la médecine : Bernardin de Saint-Pierre, Nollet, Rozier, Lacoste de Plaisance sont alors sollicités.

    Figure 4. – Thématiques de la bibliothèque Maignet

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    24L’attrait de Maignet pour l’histoire est grand, et se retrouve tout aussi bien dans son approche de la politique, analyse régulière des tempos révolutionnaires et des constitutions. Il se traduit par la possession d’un certain nombre de manuels empreints d’une interprétation providentialiste, dont le Dictionnaire historique portatif (1755) de l’abbé Lavocat, « contenant l’histoire des patriarches des princes hébreux, des empereurs, des rois et des grands capitaines, des dieux, des héros de l’antiquité païenne, des Papes, des saints pères, des évêques, et des cardinaux célèbres… des historiens, orateurs, jurisconsultes, médecins des femmes savantes, des poètes, des peintres, des sculpteurs… et généralement de toutes les personnes illustres ou fameuses, de tous les siècles et de toutes les nations du Monde ». Mais l’on peut tout autant citer Les rudiments de l’histoire (1802) de l’ancien jésuite Louis Domairon, professeur à l’École militaire de Paris de 1778 à 1790, où il eut Napoléon pour élève, qui l’a nommé en 1802 inspecteur général de l’Instruction publique. Son gros précis d’histoire en quatre volumes, proposant une centaine de pages de bibliographie, suit un plan chronologique classique, qui accorde une large place à l’histoire sacrée et s’arrête prudemment en 1774, à l’avènement de Louis XVI. Voltairien, Maignet est anglophile, et rien ne lui échappe, ne serait-ce qu’à travers ses lectures de Hume, des règnes successifs, des constitutions et des révolutions qui ont construit la Grande-Bretagne, du radicalisme anglais de Fox. Il a pour autre point de repère la révolution américaine et les institutions qui en sont nées et ont ébranlé l’empire, telles que les analysent par exemple Jacques Vincent Delacroix ou Jacques Pierre Brissot. Il s’intéresse de près aux biographies de Washington et de Paine, aux écrits de ce dernier, au Fédéraliste d’Hamilton, Jay et Madison. Si, pour la France, Gaston de Foix, les croisades vues par Michaud, la Saint-Barthélemy relèvent de curiosités communes, force est d’admirer son assimilation sur le long terme de tous ses contemporains qui contribuent au long accouchement d’une science humaine, dont l’abbé Raynal a montré combien elle pouvait ébranler la bonne conscience des conquérants. Elle ne va cesser d’interpréter la Révolution : Lacretelle, Volney, Guizot, Michaud, Thiers s’y emploient. Maignet ne les a évidemment pas attendus, attentif aux publications de Burke, de Calonne, de Necker, aux discours de Mirabeau, aux témoignages du valet de Louis XVI, Cléry, ou du marquis de Vilette, ami de Voltaire, aux réflexions des Girondins Bancal des Issarts et Lanthenas, représentants du peuple originaires du Massif central, de Pétion, Daunou, et même aux mémoires de Dumouriez. Il s’interroge sur le Directoire, parcourant l’essai de Pierre-François Henry (Histoire du Directoire exécutif depuis son installation jusqu’au 18 Brumaire), qui y voit à l’intérieur la permanence des factions, à l’extérieur la conquête remplacer la défense, une manière d’en finir avec une Révolution pour laquelle il n’a pas de mots assez durs (« horreurs inouïes », « crimes inutiles », « bouleversement de toutes les idées de civilisation », etc.), mais une manière bien inférieure au Consulat qu’il célèbre. Maignet n’est pas insensible à l’ascension de Bonaparte, se concentrant sur le Précis des questions militaires de l’Armée d’Italie du général Schérer, sur le sort de Pie VII, mais il s’intéresse tout autant aux grands officiers républicains que furent Hoche et Marceau. Quelques conseils pour organiser la défense armée du pays, dont la Description de l’art de fabriquer les canons de Gaspard Monge, nous rappellent les obligations d’un représentant en mission et l’intérêt de l’Auvergnat pour la vulgarisation des savoirs proposée par l’École normale de l’an III.

    25Il acquiert notamment le cours sur la littérature française de La Harpe et L’Histoire littéraire d’Italie de Ginguené. Rien d’étonnant, si l’on considère que les disciplines littéraires forment au moins 40 % de ses collections. Maignet, qui a eu à en traiter lors de sa mission dans les Bouches-du-Rhône en l’an III, « républicanisant » les scènes marseillaises pour en faire des écoles de civisme62, aime le théâtre. Pour lui-même, il en privilégie les formes patrimoniales, telles qu’elles sont desservies par la Comédie-Française, modèle alors inaltérable de bien des cercles bourgeois : Molière, Racine, Corneille, Marivaux, Florian sont très représentés, et le plus souvent en œuvres complètes ; la Comédie-Italienne n’est pas ignorée, à travers Mme Riccoboni. Quant aux contemporains, pourtant nombreux et prolixes, ils se résument à Paméla de François de Neufchâteau, victime d’un autodafé en 1793, et à une biographie de Beaumarchais… Mais, après tout sur les 20 pièces qu’il préconise dans la cité phocéenne, 16 sont antérieures à 1789, parmi lesquelles le Tartuffe, des tragédies de Voltaire (Calas, Mahomet, La Mort de César), Dorat (Régulus). De l’Arioste à Le Tasse, en passant par Louise Labé, Baculard d’Arnaud, Bertin, Boileau-Despréaux, Delille, Ossian, Pavillon, Milton, Lebrun-Pindare, Young, il paraît plus friand de poésie et plus ouvert à la création de son temps. Cela est tout aussi vrai des romans (43 titres, 15 % de sa bibliothèque) : ceux de Cervantès, Lesage, Scarron, Goethe, Louvet de Couvray, Marmontel, l’abbé Prévost, Richardson, Ducray-Duminil, Pigault-Lebrun, Restif de la Bretonne, et de nombre de femmes (Mmes de Sévigné, de Villedieu, de Gomez et du Crest, Julie Candeille, Marie-Françoise Manson, Anna Mackenzie, Sophie Lee, Élisabeth Elme ou Élisabeth Guénard). Chez les Maignet, on succombe volontiers à la sensiblerie, au genre gothique importé d’Angleterre, aux changements d’état ou de milieu sociaux qu’autorise l’imagination : ainsi de Paul et Virginie de Bernardin de Saint-Pierre, des tourments de l’âme exprimés dans Matilde, ou le Souterrain (1786), de Sophie Lee, de la promotion d’une chanteuse des rues que s’arrachent le théâtre et la chanson, Fanchon la vielleuse, dont Jean-Baptiste Dubois prétend offrir L’Histoire véritable (1803). Hymne à l’innocence enviable de l’amour, Les Époux malheureux, ou l’histoire de M. et Mme de la Bédoyère (1745) de Baculard d’Arnaud, collectionne les poncifs du genre, jouant sur la disparité sociale du mariage entre M. de la Bédoyère fils et Agathe, une jeune comédienne dont il a un enfant naturel, au centre de tous les marchandages affectifs, et de la désolation finale, qui donne la mesure des préjugés sociaux et du pouvoir de l’argent63.

    26Loin des traités d’éducation et de ces épanchements sensibles, Maignet s’est constitué un enfer fait d’ouvrages récréatifs, frivoles et inclassables, tel qu’Honni soit qui mal y pense, ou Histoire des filles célèbres du xviiie siècle de Jean-Auguste Desboulmiers (1780), succession d’histoires de filles légères sous le règne de Louis XV, dont la lecture était prohibée par l’Église. Le livre repose non loin de l’Histoire de Mlle de Salens de Catherine de Lintot, ainsi résumée dans l’Histoire littéraire des femmes françaises de Joseph de La Porte (1769) : « L’indifférence d’une mère pour ses filles, et sa coquetterie naturelle, l’inconstance et la légèreté de ces jeunes personnes, la passion et le malheur d’un honnête homme, la rivalité, la fourberie, les crimes d’un de ses parents, tels sont les traits qui caractérisent les principaux personnages de cette histoire ». Et l’on n’omettra point Les Trois moines de M. de Favrolles (alias Élisabeth Guénard), qui a sa place dans la littérature de couvent et dans son érotisme : amours licencieuses, moines dépravés, aventures folles, quiproquos, naissances cachées, retrouvailles imprévisibles, assassinat et suicide s’y succèdent dans une Italie scandaleuse.

    27Cette culture livresque est-elle un point de rencontre avec Jean-Baptiste Tailhand, dont la bibliothèque familiale, augmentée de celle de Gilbert Romme, est un point de contact important pour le patriciat riomois et les néojacobins du cru, qui y empruntent volontiers64 ? Les feuilles de comptes conservées d’un certain nombre d’achats de Jean-Baptiste auprès des libraires riomois Salles ou Thibaud-Landriot, et parisiens Firmin-Didot ou veuve Dufresne, portent témoignage de son éclectisme et de son engouement bibliophile65. Ce sont 393 achats que nous avons pu identifier entre l’an II et 1809 sur un ensemble plus imposant mais imprécis ; quoique les dépenses supérieures à 25 livres soient exceptionnelles (7 % du total), la moitié se limitant à 5, ils engloutissent près de 4 000 livres d’une fortune personnelle parfois ébranlée par ces investissements répétés, particulièrement forts en l’an VII et en l’an XI. Si l’on excepte les collections ayant trait au droit, la structure de la bibliothèque est assez différente de celle de Maignet, sauf pour la part dévolue à la littérature : pas d’écrit politique majeur, plus de géographie que d’histoire, le double d’ouvrages scientifiques, une belle collection de dictionnaires et d’encyclopédies, une part réduite de la morale et de la philosophie (Platon, Hobbes, Bacon, Condillac), une ouverture sur les langues étrangères (allemand, anglais, italien). La présence des arts (des études sur les monuments antiques, les pierres gravées, les médailles, l’art du doreur) rappelle la vogue moderne des cabinets de curiosités ; les Observations sur le beau de Kant, les réflexions de Winkelmann sur les allégories, les Éléments de dessin de David prouvent une vraie réflexion sur les canons de la création, et vraisemblablement une pratique personnelle qui n’est pas cantonnée au théâtre amateur. Tous ces constats méritent évidemment d’être nuancés en regard des livres déjà présents dans la bibliothèque conjointe du père et de l’oncle de Jean-Baptiste.

    Figure 5. – Thématiques des achats Tailhand autres que le droit (1793-1809).

    Image

    28Maignet et Tailhand partagent pourtant un certain nombre de titres : La Cuisinière bourgeoise, les œuvres de Prévost, de Voltaire en plusieurs éditions. La littérature de voyage est autant tournée vers la Russie et l’Europe du Nord que vers les États-Unis, dont on sait Maignet friand. Les deux hommes peuvent pareillement échanger sur l’agronomie de l’abbé Rozier, ami et protecteur de Romme. Ils partagent leurs lectures poétiques (Horace, L’Arioste, Le Tasse, Delille, Ossian), leur goût pour les fables (celles de Bailly et de La Fontaine chez Tailhand) ou pour le théâtre classique (Corneille, Regnard, Voltaire, Florian), les enseignements de La Harpe, la fantaisie de Bernardin de Saint-Pierre, de Louvet de Couvray ou de l’abbé Barthélemy, leur goût pour le roman gothique (Matilde, ou le Souterrain, Tom Jones, Lolotte et Fanfan, etc., à Riom), Les souffrances du jeune Werther de Goethe. Outre leur connaissance de Salluste et de Volney, ils entretiennent l’un et l’autre la mémoire des classiques grecs et latins, dont leur sélection ne coïncide pas exactement (Tailhand aime Thucydide, Aristophane, Térence, Virgile, Lucrèce, Ovide, Tibulle, Valère Maxime). Et l’on sait, du catalogue des prêts du fonds Tailhand-Romme dans lequel Maignet n’est pas cité, que bien d’autres auteurs font partie de leurs lectures communes : Dupuis, Gessner, Helvétius, Lesage, Locke, Machiavel, Mirabeau, Molière, Pigault-Lebrun, Roucher, on en passe…

    29Tailhand est souvent en voyage à Paris, où son fils Arthur, comme lui avocat, percera dans le monde des lettres. Les habitudes familiales, les savoirs accumulés de génération en génération, comptent dans son engouement pour la dramaturgie : il fera jouer Le Premier tableau de Poussin à l’Odéon le 11 février 1852, Les Trois amours de Tibulle au Théâtre-Français le 26 mars de la même année. Maignet passe plusieurs commandes à son ami. Sitôt meurtri par le coup de force de floréal an VI, il lui demande d’acquérir « un exemplaire d’un petit ouvrage imprimé à Paris sur la loi du 19 floréal66 » ; l’éducation de ses enfants l’incite à solliciter Les Secours de la grammaire, de l’abbé Sicard67.

    Une reconnaissance familiale

    30Les demandes ne concernent pas seulement la littérature. Pour ses filles, qui jouent notamment de la harpe, Maignet commande des partitions chez un facteur de cet instrument demeurant près du Café de Foy. Il les veut propres à entretenir des duos : « les plus jolies que tu trouveras, soit pour la musique, soit pour la versification. Le reste se composera de tout ce que tu trouveras dans l’opéra des Bardes68, musique de Lesueur, de relatif à la harpe ». Suit aussi une commande du maître de musique :

    « 1o l’ouverture du Prisonnier, ou la Ressemblance69 2o ouverture de Rose et Colas70 3o Le Sommeil d’Ossian, autant qu’il ne ferait pas partie de l’opéra des Bardes que je t’ai déjà demandé 4o La Bataille de Maringo. Je t’observe que si ces différents objets n’étaient que pour le piano, sans être en même tems pour la harpe, il faudra les acheter également, parce que M. Bernard se charge de les accommoder pour la harpe. Tu voudras ajouter pour musique vocale au duo que je t’ai demandé des trio et quatuor toujours pour la musique vocale. Je laisse à ton goût de choisir pour moi ce qu’il y a de plus beau et de plus nouveau71. »

    31Les achats faits pour 56 francs, et au goût de chacun, il invite Tailhand à en écouter bientôt les effets72. D’autant qu’ils doivent beaucoup à une précédente » sollicitation : deux guitares et une lyre, pour trois louis d’or au plus73.

    32On ne compte d’ailleurs plus les invitations dans le Livradois ainsi lancées, auxquelles le Riomois ne répond que très rarement, ou par des promesses non tenues. Maignet les lui rappelle de manière lancinante chaque fois qu’arrivent les fêtes de Pâques ou les vacances d’été – car les mauvaises saisons, qui bloquent les routes, et les lourdes obligations du travail rendent quasi inenvisageable toute autre période de l’année : « Tu ne réponds pas aux demandes réitérées que je t’ai fait si j’aurais le plaisir de te voir chez moi ces vacances74 » ; « Tous nos amis t’ont attendu pendant toute une décade et ont renvoyé du 20 au 30 vendémiaire toutes les affaires qui pouvaient les attirer hors de leurs foyers pour t’y attendre. Postérieurement encore et à l’arrivée de Magnien nous avons encore eu l’espoir de te voir acquitter les vieilles promesses, et tout a fini comme la première fois. Tu pourras pendant une nouvelle année t’épuiser tout à fait en protestations de réparer le temps perdu. Nous savons dorénavant à quoi nous en tenir et à ne compter sur toi que quand nous te verrons paraître » ; « Arrange-toi comme tu pourras, mais il faut que cette année-cy, tu tiennes la parole que tu me donnes encore. Tu sais bien le plaisir que tu nous procureras. Ne nous trompes donc pas dans notre attente » ; « Il faut avouer, mon cher Tailhand, que tu es bien peu exact à remplir les promesses que tu fais. Il paraît que c’est à force de les renouveler que tu les oublies75 », etc. Son attitude est d’autant moins compréhensible que Tailhand prend ses vacances dans le Livradois, à Job ou à La Mine, près de Saint-Amant-Roche-Savine. Mais elles sont rares et courtes, et l’on peut penser qu’il essaie d’éviter alors toutes les sollicitations sociales ou mondaines qui font partie de son quotidien riomois – et puis, il est de treize ans le cadet de son correspondant, et a peut-être d’autres préoccupations… Ses trop brèves apparitions froissent néanmoins son hôte76, qui choisit en 1815 d’aller carrément attendre en famille Jean-Baptiste à la Mine, sans succès77. Les rencontres se font pourtant, au point que Mme Maignet prend Tailhand, architecte par loisir, pour la conseiller dans le réaménagement de la maison familiale : il lui fait passer des échantillons d’un tissu cramoisi auquel elle tenait, mais qui s’avère trop dispendieux, l’aide à élaborer des prix faits, lui dessine « un croquis de la cheminée de cuisine avec placement d’une chaudière pour avoir continuellement de l’eau chaude par le moyen d’un tuyau de chaleur », lui suggère un œil-de-bœuf dans son cabinet privé78, etc.

    33Cette intimité sans arrêt rappelée dans les salutations qui closent les courriers, comptant Gilbert, Jean-Baptiste Tailhand, leurs épouses et descendants, passe aussi par des nouvelles de la santé respective des correspondants. On sait ainsi Maignet affligé en décembre 1801 d’un violent rhume, perclus de souffrances en août de cette même année, victime d’un léger accident vasculaire en 1808, enfin atteint depuis un an d’une paralysie d’un bras qui, nonobstant les douleurs continuelles qui en résultent, l’incite à prendre les eaux en juillet 181179. Il donne des nouvelles de son frère Claude, de sa sœur, très affaiblie par la maladie en 1813 (« Nous avons cru à chaque instant la perdre80 »). La peine vient aussi des deuils, surtout ceux des enfants trop tôt partis. Les Maignet perdent leur fille Élisa le 24 brumaire an XIII (15 novembre 1804), à l’âge de trois ans et demi81 : « cette mort sur un enfant bien portant nous a comblé de douleur. Pour mon compte, je ne puis me rappeler cet enfant sans verser un torrent de larmes82 ». Six ans plus tard, Henri Paul Étienne Maignet décède, âgé de deux ans et trois mois, un deuil qui oblige à reporter le mariage de sa sœur aînée Dorothée83. En 1813, Étienne et sa famille compatissent au deuil de Jean-Baptiste, qui vient de perdre son beau-frère, non sans un certain fatalisme : « Il fut notre ami commun, celui que tu pleures. Si sa perte a dû nous affliger tous également, parvenu à un certain âge nous voyons chaque jour disparaître ceux qui nous furent chers, en attendant que nous-mêmes… Ceux qui nous survivent sont les plus malheureux, surtout quand il faut qu’à la douleur qu’ils éprouvent ils y joignent les soins que réclame leur famille infortunée qui est abandonnée à leur surveillance84 ». Lorsqu’en 1814 Jean-Baptiste perd son fils cadet, il ne se déplace pas, victime « de tout ce que la haine et la passion ont pu accumuler contre moi dans un tems où tous mes efforts auraient été tendus à me faire oublier », mais communie dans la douleur puisqu’il l’a tout autant, et plus souvent connue : « j’ai éprouvé […] des peines qui ont violemment déchiré mon âme. Elle n’avait que vingt ans la première de mes filles que je perdis, […] et toi, mon ami, c’est à dix-neuf ans que tu le perds85 ».

    34Les moments plus souriants sont rares. Dorothée Maignet épouse finalement le 25 septembre 1810 Maurice Sadourny, un bon parti selon Étienne Christophe, qui espère qu’on lui permettra de « trouver des amis auprès desquels nous pouvons pleurer quelques instants, au milieu des plaisirs. Les larmes sont si douces quand elles sont versées dans le sein de l’amitié86 ». Tailhand est bien sûr invité. Il est aussi le confident attitré des difficultés qu’éprouve Maignet avec son fils Paul, né le 22 nivôse an VI (11 janvier 1798)87. Outre le passé de son père qu’il doit assumer, il est son premier garçon et grandit, il est vrai, dans une famille à la structure complexe. Étienne Christophe et son cadet de deux ans, Claude, ont en effet épousé respectivement les sœurs Benoîte et Suzanne Begon, qui sont les filles d’un papetier, et surtout de la seconde épouse de leur père Étienne, notaire et procureur (1730-1798). Paul vit très jeune les décès de ses frères et sœurs – aux précédents, il faut ajouter celui de Virginie, à cinq jours, le 25 germinal an VII (14 avril 1799)88. Choyé, il paraît très velléitaire. On le voit en 1806 s’appliquant brièvement aux mathématiques, ses parents prêts à favoriser le moindre de ses projets, son père à l’accompagner bientôt au lycée89. Mais quel établissement choisir ? Celui de Clermont-Ferrand ?

    « Le prospectus que le lycée vient de publier dans la Feuille hebdomadaire ne pouvait présenter tous les avantages que je cherche dans une pension pour mon fils. Surveillance continuelle, égalité parfaite, retraite absolue, c’est bien là ce qu’il faut pour mon étourdi. Je pense donc sérieusement à le mettre au lycée le mois prochain, si les renseignements que j’attends sur les professeurs répondent à mon attente. Tu as été plus à portée que moi d’avoir des notions sur ce nouvel établissement. Veuilles m’en dire franchement ton opinion90. »

    35En 1812, faute d’avoir dompté leur héritier mâle, ses parents imaginent une carrière dans la Marine, qui semble le tenter. Si s’engager est une formalité, choisir son arme est une difficulté. Maignet profite de son entregent, et d’officiers rencontrés lors de ses anciennes missions, pour se renseigner : les conditions d’âge et de connaissances (« Il faudra qu’il ait acquis les quatre premières règles de l’arithmétique, les fractions, le calcul décimal ») pour entrer dans les écoles spéciales de la Marine ne plaident guère en faveur de Paul. En père attentionné et par trop protecteur, il prévoit qu’il faudra pouvoir le sortir de l’engrenage « si le dégoût s’en mêle ». « Je n’aurais, quel que soit celui qui l’attend, d’autres reproches à me faire que d’avoir voulu lui rendre la vie trop agréable », dit ce géniteur blessé, avouant que sa tendresse paternelle a été déchirée douloureusement par les foucades du garçon91. Ce dernier a soif d’aventure. Il écoute, émerveillé, les récits du républicain italien Minimo, que Maignet accueille, et qui prévoit d’aller passer quelques années en Amérique avant de retrouver les siens. Paul désire le suivre, et son modèle, en accord avec ses hôtes, ne fait rien pour l’en dissuader, espérant ainsi l’amadouer et, au besoin, l’y conduire, tout en cherchant à connaître les noms de ceux qui l’entraînent dans leurs dérives. Il ne lui cache rien non plus des difficultés sur place, de la nécessité de travailler pour vivre. Paul « lui disait qu’il se placerait chez un négociant pour y tenir les livres, attendu qu’il avait une assez jolie plume. À cette observation, Minino lui répondait que l’écriture sans aucune connaissance ne pouvait faire de lui qu’un commis perpétuel ; qu’il fallait connaître son arithmétique, un peu d’algèbre, et avoir quelques idées sur les pays qu’on traverserait, et pour cela profiter du tems qui s’écoulerait jusqu’au moment du départ pour acquérir ces connaissances. Paul en convenait, mais les plaisirs l’occupaient tout entier, et il n’y avait pas un moment pour l’étude, quoiqu’il sentît bien la nécessité d’un travail92 ». En janvier 1813, la patience de Maignet est à bout ; les heurts avec son fils, commencés sept ans plus tôt, sont devenus incessants :

    « Tu sais tout ce que nous avons tenté, toutes les dépenses auxquelles nous nous sommes livrés pour lui donner une éducation qui eût permis son avenir ; tous les desseins que nous avons fait pour amener un changement de conduite. Les moindres lueurs d’espérance qu’il nous laissait, nous les prenions pour des conversions parfaites et nous nous laissions désarmer. […] Tu n’as connu que des jouissances dans ta famille ; oh, moi aussi je les avais goûtées dans le doux lien de mes filles… Pourquoi faut-il que tout soit amertume et désespoir dans la dernière partie de ce devenir93. »

    36Mais les frasques du garnement, qui vole jusqu’à ses propres parents, relèvent maintenant de la justice, et Maignet s’entend avec le commissaire de police d’Ambert pour l’envoyer en prison à Riom, où Tailhand sera son tuteur. Nous sommes entre la lettre de cachet et la maison de redressement. Paul aura la visite régulière d’un précepteur, qui tiendra informé son père de l’évolution de sa conduite ; il ne pourra sortir de sa cellule et ne recevra aucune nouvelle de sa famille. D’une belle écriture, le prisonnier implore Tailhand (comme il supplie le curé Rostaing), sollicitant une entrevue : « Je ne sais de quel côté donner de la tête. Il faut bien que mon père décide de mon sort définitivement. Écrivez-lui, Monsieur, vous le connaissez aussi bien que moi. Quand il a pris une résolution, c’est bien difficile de lui la faire changer. Mais j’espère que l’amitié fera plus auprès de lui que le repentir filial94. » Paul, sans aucune nouvelle de ses proches, finit par sérieusement s’inquiéter (« Il faut qu’il soit arrivé quelque chose aux auteurs de ma triste existence »), mais son caractère indomptable et son éducation trop protectrice n’empêchent pas ce « fils à papa » de revendiquer un statut digne de sa bourgeoisie :

    « Voici près de trois mois que je languis dans une prison qui n’est que faite que pour les malfaiteurs, non pour un jeune homme de famille. Maintenant que le beau temps revient, vous sentez vous-même que c’est impossible que je résiste […] à la chaleur qu’il va faire. On peut me tenir dans une prison, mais on n’a pas ordre de me maintenir dans une chambre, sous clefs. Puisque mes parents n’ont point égard à ma demande, que leur silence approuve ce que vous faites, il faut que vous preniez sur vous de me laisser sortir dans la petite cour. Sinon, je me verrai contraint à prendre des voies qui me répugnent infiniment pour obtenir que je ne sois plus renfermé dans la journée95. »

    37Si, en mars 181596, Maignet avoue ne plus parvenir à communiquer avec son fils, une embellie se dessine un mois plus tard. Le précepteur Mandon vient enfin de lui annoncer des progrès, disant de Paul « qu’il a changé du tout au tout, et qu’il s’applique sérieusement au travail, et qu’il ne passe pas jour sans verser des larmes, au point qu’il a quitté ce ton de hardiesse et est devenu sombre, ce qui lui a donné une fièvre qui l’a tenu alité quatre ou cinq jours ». Les conséquences sont immédiates, et l’ex-Conventionnel propose immédiatement de retrouver Tailhand à Clermont-Ferrand, au mois de mai, pour décider des mesures à maintenir, ou non, à l’égard de son fils ; en attendant :

    « Combien ce peu de mots m’a causé d’alégresse quand je me dis que celui qui les a proférés n’est pas un homme à s’aveugler et qu’il a l’expérience des choses !
    Je crois donc, mon ami, que je dois saisir cette occasion pour rompre le silence que j’ai gardé jusqu’à présent à l’égard de Paul, malgré vingt lettres qu’il m’a écrit […].
    Cependant, mon ami, cette lettre ne lui parviendra que par ton intermédiaire, parce que tu dois voir le juge de la prison, et que c’est à lui qu’il appartient de voir s’il convient de la lui remettre ou de la retirer97. »

    ⁂

    38« Voilà un siècle que je n’ai pas de tes nouvelles, du moins directement », se plaint Maignet dans l’une de ses dernières lettres à Tailhand, sinon la dernière, le 5 février 1834 ; il sait son ami submergé par le travail : « tes trop nombreuses occupations t’imposent des privations vis-à-vis tes amis, qui à leur tour sont obligés de ne pas te troubler trop dans les soins que tu es obligé de donner aux affaires publiques98 ». Éternelle querelle entre les deux hommes… Résistance et résilience sont deux clés de compréhension de la longue durée des échanges épistolaires entre les familles Tailhand-Romme et Maignet, entre Jean-Baptiste et Étienne, que presque une génération sépare. Du Directoire à la monarchie de Juillet, et compte tenu de quinze ans de silence imposés à l’ex-Conventionnel, c’est un quart de siècle de leurs deux vies qu’ils ont partagé, cinq régimes politiques – davantage si l’on tient compte de la France de Louis XVI et des débuts de la Première République, qui furent aussi pour eux des temps ô combien formateurs et référents. Leur amitié ne se dissout pas volontiers dans le sentiment, souvent banalement ou maladroitement exprimé. Elle est le fruit de combats partagés, pour la justice et pour la république, de considérations raisonnées échangées à bas bruit, de la mémoire intangible de la Convention jusque dans une clandestinité contrainte, de services rendus – étant entendu que Jean-Baptiste est le plus sollicité des deux acolytes. Elle repose sur la fidélité indiscutable à un noyau jacobin entretenu au-delà de 1804 – et encore en 1830, quand l’engagement à « l’extrême gauche » pourrait paraître antinomique avec la carrière de Tailhand. Elle se bâtit sur la rencontre entre deux familles d’une même bourgeoisie de robins, chacune honorablement implantée et reconnue dans sa ville d’origine, chacune portée à la philanthropie, chacune riche d’une parentèle active et d’une clientèle étendue. Autant de forces qui autorisent des éclipses et des retrouvailles, une fidélité malgré tout.

    Annexe

    Détail des ouvrages autres que de droit de la bibliothèque Maignet (par ordre alphabétique des auteurs)

    Auteur

    Titre

    Vol.

    Format

    Aignan

    Iliade (en vers français)

    2

    8o

    Alexandre

    Selecta historae ecclesiasticae Veteris Testamenti capita (livre de collège)

    1

    ?

    Anonyme

    Actes de l’assemblée provinciale du Berry

    1

    4o

    Anonyme

    Amusements de la campagne, de la cour et de la ville, ou Récréations historiques

    2

    8o

    Anonyme

    Choix de chefs-d’œuvre dramatiques

    4

    16o

    Anonyme

    Constitutions des treize États de l’Amérique septentrionale

    1

    8o

    Anonyme

    Histoire entière et véritable du procès de Charles Stuart (Londres, 1650)

    1

    8o

    Anonyme

    Histoire de Rosalie d’Auffen, princesse de Bretagne

    1

    8o

    Anonyme

    Lettres D’Hortense de Valsin a Eugénie de S. Firmin

    1

    12o

    Anonyme

    Mélanges intéressants

    1

    8o

    Anonyme

    Mille et une nuits

    7

    8o

    Anonyme

    Pièces relatives aux États généraux de 1787, 1788 et 1789

    11

    8o

    Anonyme

    Procédure criminelle sur la dénonciation des faits arrivés à Versailles dans la journée du 6 octobre 1789

    1

    8o

    Anonyme

    Procès-verbaux, ou actes administratifs de l’Auvergne de juin 1788 jusqu’en 1790

    9

    4o

    Anonyme

    Séjour de Napoléon à Lille

    1

    16o

    Anonyme

    Vie politique et privée de Louis Joseph de Condé, prince de sang

    1

    8o

    Arioste

    Roland furieux

    6

    12o

    Aulnoy Le Jumel (Mme d’)

    Contes de fées

    1

    8o

    Aulnoy Le Jumel (Mme d’)

    Histoire d’Hypolite, comte de Douglas

    1

    12o

    Aviau du Bois de Sauzay

    Mélanie et Lucette, ou les Avantages de l’éducation religieuse

    1

    16o

    Baculard d’Arnaud

    Délassements de l’homme sensible, ou Anecdotes diverses

    6

    12o

    Baculard d’Arnaud

    Les Époux malheureux, ou Histoire de M. et Mme de La Bédoyère écrite par un ami

    1

    16o

    Baculard d’Arnaud

    Les Épreuves du sentiment

    3

    8o

    Baculard d’Arnaud

    Les Épreuves du sentiment

    6

    12o

    Bancal des Issarts

    Du nouvel ordre social fondé sur la religion

    1

    8o

    Barère de Vieuzac

    Théorie de la constitution de Grande-Bretagne

    1

    8o

    Barthélemy

    Voyages d’Anacharsis en Grèce

    8

    8o

    Barthélemy

    Atlas des voyages d’Anacharsis

    1

    8o

    Barthélemy

    Lettres athéniennes ou Correspondance d’un agent du roi de Perse résidant à Athènes pendant la guerre du Péloponnèse

    3

    8o

    Beaumarchais

    Mémoires

    2

    12o

    Bergier (abbé)

    Le Déisme réfuté par lui-même

    1

    8o

    Bergier (abbé)

    Les Grands hommes vengés, ou Examen des jugemens portés par M. de V., & par quelques autres philosophes, sur plusieurs hommes célèbres, par ordre alphabétique

    2

    12o

    Bergier

    Recherches historiques sur les États généraux

    2

    8o

    Béranger

    Chansonnier

    1

    8o

    Bernardin de Saint-Pierre

    Études de la nature

    5

    8o

    Bernardin de Saint-Pierre

    Études de la nature

    3

    8o

    Bernardin de Saint-Pierre

    Paul et Virginie

    1

    16o

    Bernis (abbé de)

    Poésies diverses

    1

    16o

    Bertin

    Poésies

    1

    12o

    Bertrand

    Recherches sur les propriétés physiques, chimiques et médicinales des eaux du Mont-d’Or

    1

    8o

    Bertrand-Molleville

    Mémoires particuliers pour servir à l’histoire de la fin du règne de Louis XVI

    1

    12o

    Blackstone

    Commentaire sur les lois anglaises

    6

    8o

    Blocquel

    Nouvel abrégé du voyageur français dans les cinq parties du monde + atlas

    2

    8o

    Boileau-Despréaux

    Œuvres

    3

    8o

    Boisgiron (Mme de)

    Les Suites d’un moment d’erreur, ou Lettres de Mlle de Keresmont

    1

    8o

    Bonafons (Mme de)

    Tanastés, conte allégorique

    1

    12o

    Bonnet

    Histoire du grand et véritable chevalier Caissant

    1

    12o

    Boulanger

    Œuvres

    10

    12o

    Bourdaloue

    Pensées

    2

    8o

    Boursault

    Lettres nouvelles

    3

    8o

    Bricaire de La Dixmerie

    Les Dangers d’un premier choix, ou Lettres de Laure à Émilie

    1

    12o

    Brissot

    Nouveaux voyages dans les États-Unis de l’Amérique

    2

    8o

    Buffon

    Les Poissons

    10

    12o

    Burke

    Réflexions sur la révolution de France

    1

    8o

    Butel-Dumont

    Journées mogoles, opuscule décent d’un docteur chinois

    1

    8o

    Cabanis

    Rapports du physique et du moral de l’homme

    1

    8o

    Calonne

    État de la France

    1

    4o

    Candeille (Julie)

    Bathilde, reine des Francs

    2

    12o

    Cervantès

    Histoire de don Quichotte de la Manche (traduction par Florian)

    6

    8o

    Chandler

    Voyages dans l’Asie Mineure et en Grèce, faits aux dépens de la Société des Dilettanti dans les années 1764, 1765 et 1766 (trad. Barbier du Bocage)

    2

    8o

    Charly (Louise Labé)

    Œuvres choisies de Louise Charly, dite la Belle cordière

    1

    8o

    Chateaubriand

    Itinéraire de Paris à Jérusalem

    3

    8o

    Chauffepié

    Nouveau dictionnaire historique traduit de l’anglais

    2

    8o

    Chaussard

    Fêtes et courtisanes de la Grèce, supplément aux voyages d’Anacharsis et d’Anténor

    4

    8o

    Cheetham

    Vie de Thomas Paine

    1

    8o

    Chomel

    Aménités littéraires, et recueil d’anecdotes

    1

    8o

    Cléry

    Mémoires de Cléry, valet de chambre de Louis XVI

    2

    8o

    Collectif

    Étrennes lyriques, anacréontiques

    1

    12o

    Collectif

    Le Mercure galant

    1

    ?

    Collectif

    Remontrances contre les demandes du clergé

    1

    4o

    Corneille

    Œuvres

    6

    8o

    Courier

    Œuvres

    4

    8o

    Cousin

    Vie privée, politique et littéraire de Beaumarchais

    1

    12o

    Crest (Mme du)

    Adèle et Théodore, ou Lettres sur l’éducation

    1

    8o

    Crevier

    Histoire de l’Université de Paris depuis son origine jusqu’en l’année 1600

    7

    12o

    Cureau de la Chambre

    Système de l’âme

    1

    8o

    Custance

    Tableau de la Constitution d’Angleterre

    1

    8o

    Daunou

    Essai historique sur la puissance temporelle des papes

    2

    8o

    Dejean

    Traité des odeurs

    1

    8o

    Delacroix

    De la constitution des principaux États de l’Europe, et des États-Unis d’Amérique

    2

    8o

    Delacroix

    De la constitution des principaux États de l’Europe, et des États-Unis d’Amérique

    1

    ?

    Delacroix

    Le Spectateur français pendant le gouvernement révolutionnaire

    1

    8o

    Delille

    Œuvres

    15

    8o

    Delisle de Sales

    Défense d’un homme atteint du crime d’avoir pris les défenses de Dieu, adressée à l’archevêque de Besançon

    1

    8o

    Desboulmiers

    Honni soit qui mal y pense, ou Histoire des filles célèbres du xviiie siècle

    1

    12o

    Desfontaines

    Lettres de Sophie et du chevalier de X

    1

    12o

    Deshoulières

    Mémoires

    3

    8o

    Domairon

    Les Rudiments de l’histoire

    4

    12o

    Dorat et alii

    Histoire amoureuse d’Abailard et d’Héloïse

    1

    12o

    Doussin-Dubreuil

    Des glaires, de leurs causes, de leurs effets, et des moyens propres à combattre cette humeur

    1

    8o

    Dubois

    Histoire secrète des femmes galantes de l’Antiquité

    5

    8o

    Dubois

    Histoire véritable de Fanchon la vielleuse

    3

    8o

    Du Chemin et alii

    Mémorial alphabétique des choses concernant la justice, la police et les finances de France sur le fait des tailles

    1

    4o

    Duclos

    Considérations sur les mœurs de ce siècle

    1

    8o

    Ducray-Duminil

    Lolotte et Fanfan, ou les Aventures de deux enfans abandonnés sur une île déserte

    4

    16o

    Dumouriez

    Mémoires écrits par lui-même

    2

    8o

    Dupuy

    L’Origine de tous les cultes (avec atlas)

    4

    4o

    Elme (Élisabeth)

    Louise, ou la chaumière dans les marais

    1

    12o

    Épictète

    Manuel

    1

    12o

    Fénelon

    Les Aventures de Télémaque

    1

    8o

    Florian

    Œuvres

    13

    12o

    Foix (Gaston de)

    Nouvelle historique, galante et tragique

    1

    8o

    Forsithe

    Traité de la culture des arbres fruitiers

    1

    8o

    Fox

    Histoire des deux derniers rois de la maison des Stuarts

    2

    8o

    Fréret

    Œuvres

    4

    8o

    Galland

    Tableau de l’Égypte pendant le séjour de l’armée française

    2

    8o

    Genlis (Mme de)

    Madame de Maintenon

    2

    12o

    Genlis (Mme de)

    Les Veillées du château

    2

    12o

    George III

    Souvenirs de George III, roi d’Angleterre

    1

    8o

    Gessner

    Idylles et poèmes

    1

    8o

    Gessner

    La Mort d’Abel

    1

    12o

    Ginguené

    Histoire littéraire d’Italie

    6

    8o

    Giraud-Soulavie

    Mémoires du maréchal duc de Richelieu

    4

    8o

    Goethe

    Werther (traduit de l’allemand par Sevelinges)

    1

    12o

    Gomez (Mme de)

    Histoire secrète de la conquête de Grenade

    1

    8o

    Gomez (Mme de)

    Les Journées amusantes

    6

    8o

    Gorjy

    Victorine

    1

    16o

    Grégoire

    Histoire patriotique des arbres de la liberté

    1

    12o

    Grétry

    Aspasie (partition)

    1

    ?

    Gueudeville

    Critique générale des Aventures de Télémaque

    1

    8o

    Gueullette

    Les Mille et une soirées, contes mogols

    3

    8o

    Gudin de La Brenellerie

    La Conquête de Naples par Charles VIII, ouvrage composé sous le règne de Louis XV

    3

    8o

    Guénard (Élisabeth)

    Les Trois moines

    1

    16o

    Guizot

    Histoire de la révolution d’Angleterre

    2

    8o

    Guthrie

    Nouvelle géographie universelle

    6

    8o

    Helvétius

    Œuvres

    2

    4o

    Henry

    Histoire du Directoire exécutif depuis son installation jusqu’au 18 Brumaire

    2

    8o

    Hervey

    Méditations (traduction Le Tourneur)

    1

    8o

    Hume

    Histoire de la maison de Plantagenêt sur le trône d’Angleterre

    6

    12o

    Hume

    Histoire de la maison Stuart sur le trône d’Angleterre

    6

    12o

    Hume

    Histoire de la maison de Tudor sur le trône d’Angleterre

    6

    12o

    Imperio

    Récit historique et véritable du massacre de la Saint-Barthélemi arrivé à Paris la nuit du 23 au 24 août 1572

    2

    8o

    Isambert

    Tableau des progrès du droit public et du droit des gens jusqu’au xixe siècle

    1

    8o

    La Bédoyère

    Les Époux malheureux : plaidoyer pour et par M. de La Bédoyère fils

    1

    8o

    La Harpe

    Cours de littérature

    11

    8o

    Jauffret

    La Corbeille de fleurs, ouvrage de botanique et de littérature, ornée de 24 planches coloriées, et de 12 romances graves avec accompagnement de piano, destinées aux jeunes demoiselles

    2

    16o

    Jauffret

    Fables nouvelles

    2

    12o

    Jouy

    L’Hermite de la Chaussée d’Antin, ou Observations sur les mœurs et les usages parisiens au commencement du xixe siècle

    3

    12o

    Juvénal

    Satires

    1

    8o

    Klinglin (baron von)

    Correspondance des émigrés trouvée le 2 floréal an V dans les fourgons du général Klinglin, général-major de l’armée autrichienne

    1

    8o

    Lamy

    Entretien sur les sciences

    1

    8o

    Lanthenas

    Bases fondamentales de l’instruction publique

    1

    12o

    Lanthenas

    Œuvres de Thomas Paine

    1

    8o

    La Rivière

    Lettres choisies de M. de La Rivière, gendre de M. le comte de Bussi-Rabutin

    1

    8o

    Lacoste de Plaisance

    Observations sur les volcans de l’Auvergne

    2

    8o

    Lacretelle

    Histoire de France

    8

    8o

    Lanjuinais

    Détails sur le général Moreau et ses derniers moments

    1

    8o

    Larrey

    Histoire de France sous le règne de Louis XVI

    1

    8o

    Lavocat (abbé)

    Dictionnaire historique portatif

    2

    8o

    Lebrun-Pindare

    Œuvres choisies

    2

    16o

    Lee (Sophie)

    Matilde, ou le Souterrain

    3

    16o

    Le Givre de Richebourg (Mme)

    Les Aventures de Flores et de Blanche-Fleur

    1

    8o

    Le Grand d’Aussy

    Voyages en Auvergne

    3

    8o

    Le Marchand (Françoise)

    Boca, ou la Vertu récompensée

    1

    8o

    Le Noble

    Les Aventures provinciales, ou Voyage de Falaise

    1

    4o

    Leprince de Beaumont (Jeanne)

    Nouveaux contes moraux

    1

    12o

    Le Ragois

    Instructions sur l’histoire de France et romaine depuis l’origine de la monarchie française jusqu’à l’établissement de la république

    2

    12o

    Lesage

    Le Bachelier de Salamanque

    1

    12o

    Lescène des Maisons

    Histoire politique de la révolution de 1789 en France par deux Anglais

    2

    8o

    Le Tasse

    Aminte, pastorale ou fable bocagère en 5 actes

    1

    12o

    Le Tasse

    La Jérusalem délivrée

    2

    8o

    Le Tasse

    La Jérusalem délivrée

    1

    8o

    Liger

    Le Jardinier fleuriste

    1

    8o

    Linguet

    Œuvres

    6

    8o

    Lintot (Mme de)

    Histoire de Mlle de Salens

    2

    12o

    Locke

    Essai sur l’entendement humain

    4

    8o

    Locke

    Œuvres diverses

    1

    8o

    Lottin

    Discussions importantes tirées du parlement d’Angleterre

    4

    8o

    Louvet de Couvray

    Vie et amours du chevalier de Faublas

    7

    12o

    Lucrèce

    De la nature des choses (traduction Jean-Baptiste de Pongerville)

    2

    12o

    Machiavel

    Œuvres

    8

    8o

    Mackenzie (Anna M.)

    Le Fratricide, ou les Mystères de Düsseldorf

    2

    16o

    Maine de Biran

    Influence de l’habitude sur la faculté de penser

    1

    8o

    Maintenon (Mme de)

    Lettres

    4

    8o

    Malifâtre

    Le Génie de Virgile

    4

    8o

    Malte-Brun

    La Géographie universelle (avec grand atlas cartonné)

    6

    8o

    Manson (Mme)

    Mémoires de Mme Manson explicatifs de sa conduite dans le procès de l’assassinat de M. Fualdès

    1

    8o

    Marchangy (de)

    La Gaule poétique, ou l’Histoire de France considérée dans ses rapports avec la poésie

    2

    8o

    Marcet de La Roche-Arnaud

    Mémoires d’un jeune jésuite, ou Conjuration de Mont-Rouge

    1

    8o

    Marivaux

    Nanine, ou le Préjugé vaincu

    2

    16o

    Marivaux

    Le Triomphe de l’amour

    1

    ?

    Marmontel

    Contes moraux

    3

    8o

    Marmontel

    Les Incas, ou la Destruction de l’Empire du Pérou

    2

    12o

    Massillon

    Sermons

    2

    8o

    Menon

    La Cuisinière bourgeoise

    2

    8o

    Michallet

    Les Mystères des droits féodaux dévoilés

    1

    8o

    Michaud

    Histoire des croisades

    2

    8o

    Milton

    Le Paradis perdu (traduit par Delille)

    2

    8o

    Mirabeau

    Élégies de Tibulle

    3

    8o

    Mirabeau

    Mémoires du ministère du duc d’Aiguillon

    1

    8o

    Mirabeau

    Mirabeau peint par lui-même, ou Recueil des discours qu’il a prononcés

    3

    8o

    Molière

    Le Médecin malgré lui

    1

    ?

    Molière

    Autres pièces

    1

    ?

    Molière

    Œuvres

    6

    8o

    Monge

    Description de l’art de fabriquer les canons

    1

    4o

    Montagu

    Histoire de la naissance et de la chute des anciennes républiques (traduit par André Cantwel)

    1

    8o

    Montaigne

    Essais

    7

    8o

    Montesquieu

    Grandeur et décadence des Romains

    1

    8o

    Montesquieu

    Lettres persanes

    2

    12o

    Montesquieu

    Œuvres

    7

    8o

    Montlosier

    Essai sur les volcans d’Auvergne

    1

    8o

    Montolieu (Mme de)

    Caroline de Lichtfield, ou Mémoires d’une famille prussienne

    1

    12o

    Montpensier (Mlle de)

    Mémoires

    4

    8o

    Morel de Vindé

    La Morale de l’enfance. Étrennes d’un père à ses enfants

    1

    12o

    Morelly

    Naufrage des îles flottantes, ou Basiliade du célèbre Pilpaï

    1

    8o

    Charles de Mouhy

    Mille et une faveurs, contes de cour tirés de l’ancien gaulois, par la reine de Navarre

    4

    8o

    Necker

    De l’importance des religions

    1

    8o

    Necker

    Sur le compte-rendu au Roi en 1781

    1

    8o

    Jacques Necker

    Administration et comptes de M. Necker

    2

    8o

    Needham

    De la souveraineté du peuple et de l’excellence d’un état libre

    2

    8o

    Neufchâteau (de)

    Paméla, ou la Vertu récompensée

    1

    8o

    Nollet

    L’Art des expériences, ou Avis aux amateurs de la musique

    3

    8o

    Nollet

    Œuvres

    6

    8o

    Ossian

    Poésies

    7

    12o

    Ovide

    Les Amours

    1

    12o

    Paine

    Les droits de l’homme

    1

    8o

    Park

    Voyages dans l’intérieur de l’Afrique

    2

    8o

    Pascal

    Lettres provinciales

    1

    ?

    Pastoret

    Zoroastre, Confucius et Mahomet

    1

    8o

    Pavillon

    Œuvres

    2

    8o

    Perthuis (de)

    Traité d’architecture rurale

    1

    4o

    Pétion

    Œuvres

    3

    12o

    Petis de La Croix

    Mille et un jours, contes persans

    1

    12o

    Peyssonnel (de)

    Situation politique de la France, et ses rapports actuels avec toutes les puissances de l’Europe. Ouvrage dont l’objet est de démontrer, par les faits historiques et les principes de la saine politique, tous les maux qu’a causés à la France l’alliance autrichienne, et toutes les fautes que le ministère français a commises depuis l’époque des traités de Versailles de 1756, 57 et 58, jusqu’à nos jours

    2

    8o

    Pidansat de Mairobert

    L’Espion anglais

    9

    12o

    Pie VII

    Correspondance authentique de la Cour de Rome avec la France depuis l’invasion de l’État romain jusqu’à l’enlèvement du souverain pontife

    1

    8o

    Pigault-Lebrun

    L’Enfant du carnaval

    2

    8o

    Pline

    Histoire naturelle des animaux

    3

    8o

    Pluquet (abbé)

    Dictionnaire des hérésies, des erreurs et des schismes

    2

    8o

    Plutarque

    Vie des hommes illustres

    9

    4o

    Plutarque

    Vie des hommes illustres

    7

    8o

    Poivre

    Œuvres de M. Poivre, intendant des isles de France et de Bourbon

    1

    8o

    Pöllnitz (de)

    La Saxe galante

    1

    8o

    Ponchon d’Oigni

    Eulalie, ou les Quatre âges de la femme

    1

    8o

    Potier

    Du gouvernement des mariages

    1

    12o

    Pradt (abbé de)

    Du jésuitisme ancien et moderne

    1

    8o

    Pradt (abbé de)

    Histoire de l’ambassade de Varsovie

    1

    8o

    Prévost (abbé)

    Le Doyen de Killerine

    1

    12o

    Prévost (abbé)

    Mémoires et aventures d’un homme de qualité

    1

    12o

    Properce

    Élégies

    2

    8o

    Publius (Hamilton, Jay, Madison)

    Le Fédéraliste, ou Collection de quelques écrits en faveur de la Constitution proposée aux États-Unis

    2

    8o

    Racine

    Œuvres

    6

    8o

    Ramsay

    Vie de George Washington

    5

    8o

    Raynal

    Histoire philosophique et politique des établissements et du commerce des Européens dans les deux Indes

    5

    4o

    Restif de La Bretonne

    La Paysanne pervertie, ou les mœurs des grandes villes

    4

    12o

    Riccoboni (Mme)

    Lettres de Milady Juliette Catesby à milady Henriette Campley, son amie

    1

    12o

    Riccoboni (Mme)

    Œuvres

    7

    12o

    Richardson

    Lettres anglaises, ou Histoire de Miss Clarisse Harlove (traduction abbé Prévost)

    7

    12o

    Rollin

    Histoire romaine

    16

    8o

    Rousselin

    Vie du général Hoche

    2

    8o

    Rousselot de Surgy

    Mélanges intéressants et curieux, ou Abrégé d’histoire naturelle, morale, civile et politique de l’Asie, l’Afrique, l’Amérique et les terres polaires

    1

    8o

    Rozier

    Cours d’agriculture théorique et pratique

    12

    8o

    Salluste

    Les Histoires (livre de collège)

    1

    ?

    Ségur (Louis-Philippe de)

    Tableau politique et historique de l’Europe depuis 1786 jusqu’en 1796, contenant les principaux évènements du règne de Frédéric-Guillaume II, roi de Prusse, et un précis des révolutions de Brabant, de Hollande, de Pologne et de France

    3

    8o

    Sévigné (Mme de)

    Lettres

    4

    8o

    Scarron

    Le Roman comique

    1

    8o

    Schérer (général)

    Précis des questions militaires de l’Armée d’Italie

    1

    12o

    Séran de la Tour

    Amusement de la Raison

    1

    12o

    Smith

    Recherches sur la nature et sur les causes de la richesse des nations

    3

    8o

    Smith

    Richesse des nations (traduction par Roucher)

    4

    8o

    Spallanzani

    Voyages dans les deux Siciles (traduit par Jean Senebier)

    6

    8o

    Thiébault

    Mes souvenirs de vingt ans de séjour à Berlin, ou Frédéric le Grand

    5

    8o

    Thémiseul de Saint-Hyacinthe

    Histoire du prince Titi

    2

    8o

    Thiers

    Histoire du Consulat

    1

    8o

    Touron

    La Vie et l’esprit de St Charles de Borromée

    1

    12o

    Urtubie (général d’)

    Manuel de l’artilleur

    1

    8o

    V… (M. de)

    Histoire de Miss Lucinde Courtney (traduit de l’anglais)

    1

    12o

    Vaissière

    Chansonnier

    1

    16o

    Valois-Saint-Rémy (Jeanne de)

    Mémoire justificatif de la comtesse de Valois de la Motte

    1

    8o

    Scarron

    Le Roman comique

    2

    8o

    Vilette

    Lettres choisies sur les principaux évènements de la Révolution

    1

    8o

    Villedieu (Mme de)

    Œuvres

    6

    8o

    Virey

    Histoire naturelle du genre humain

    2

    8o

    Villeneuve (Mme de)

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    Notes de bas de page

    1 Bourdin Philippe : « Les théâtres de société sont-ils solubles dans la Révolution ? L’exemple de l’Auvergne », Études sur le xviiie siècle, no 33, « Les théâtres de société au xviiie siècle », décembre 2005, p. 157-168 ; « Drama Societies in the French Revolution: From Jacobin Enthusiats to Royalist Amateurs », French History, vol. 22, no 1, mars 2008, p. 3-27.

    2 Conchon Henri, Éloge biographique de M. J.-B. Tailhand, président de chambre à la Cour d’Appel de Riom, et directeur de l’Académie des Sciences, Belles-Lettres et Arts de Clermont-Ferrand, Clermont-Ferrand, Imprimerie Thibaud-Landriot frères, 1850.

    3 Bibliothèque patrimoniale numérique de l’École supérieure des mines de Paris, [https://patrimoine.mines-paristech.fr/document/Gillet_Laumont_MS_64_II_371_a]. Lettre de Jean-Baptiste Tailhand à Gillet-Laumont, 1er jour complémentaire de l’an V (17 septembre 1797) : « Je quitte le citoyen Engelvin, qui est arrivé ces jours derniers de Paris où il vous a vu. Il m’a dit que vous lui aviez communiqué des lettres écrites de Pologne par celui que nous craignions avoir pour jamais perdu. Serait-ce vrai ? Je vous en supplie, ne me cachez pas la vérité, écrivez-moi, donnez-moi en communication si vous le pouvez, si ce n’est pas de ma part une indiscrétion de vous en prier, les lettres que vous avez reçu de lui. Votre dernière lettre, où vous m’annoncez qu’il voyage en Russie, me faisait espérer. Ce que vient de me dire […] Engelvin, qui était très attaché à notre ami, qui connaissait son écriture, sa persuasion, la vôtre, tout me fait croire que nous aurons un jour le bonheur de le serrer dans nos bras. »

    4 AN, C/353/1838VII.

    5 AD Puy-de-Dôme, 1 J 2911-2913, lettre à Tailhand du 4 brumaire an VII (25 octobre 1798).

    6 Ibid., lettre du 14 frimaire an XIII (5 décembre 1804).

    7 Ibid., lettre du 24 pluviôse an IX (13 février 1801).

    8 AN, F/7/6714. Attestation s. d. (1819).

    9 Cf. Mège Francisque, Correspondance de Georges Couthon, député du Puy-de-Dôme à l’Assemblée législative et à la Convention nationale (1791-1794), Paris, Aubry, 1872.

    10 Bourdin Ph., Des lieux, des mots, les révolutionnaires. Le Puy-de-Dôme entre 1789 et 1799, Clermont-Ferrand, Presses universitaires Blaise-Pascal, 1995.

    11 Cf. Biard Michel, Bourdin Ph. et Leuwers Hervé (dir.), Dictionnaire des Conventionnels, Ferney-Voltaire, Centre international d’étude du xviiie siècle, t. 2, 2021.

    12 Billaud-Varenne, Principes régénérateurs du système social, éd. critique Françoise Brunel, Paris, Publications de la Sorbonne, 1992.

    13 Bouscayrol René, Les lettres de Miette Tailhand-Romme (1787-1797), Clermont-Ferrand, 1979, lettres 83 (septembre 1793), 86 (février 1794) et 87 (avril 1794), p. 122-126.

    14 Cf. Guilhaumou Jacques, Lapied Martine, « La mission Maignet en l’an II », Études, [s], mis en ligne le 20 août 2007 ; Vaillandet Pierre, « La Mission de Maignet en Vaucluse », AHRF, 1926, p. 168-178 et 240-263.

    15 Cf. Aulard Alphonse, La Société des Jacobins, t. VI, Paris, Cerf, Noblet et Quantin, 1897, p. 110, 315-316, 461 et 504.

    16 Cf. Biard M., En finir avec Robespierre et ses amis (juillet 1794-octobre 1795), Clermont-Ferrand, Lemne Edit, 2021.

    17 AP, t. XCV, p. 329, 392, 437, 471, t. XCVII, p. 149, et t. CII, p. 18, 73.

    18 AD Puy-de-Dôme, 1 J 2911-2913, lettres à Tailhand du 27 nivôse an VII (16 janvier 1799) et du 14 fructidor an VII (31 août 1799).

    19 Bourdin Ph., Le Puy-de-Dôme sous le Directoire. Vie politique et esprit public, Clermont-Ferrand, 1990, p. 80-81, 272 et 282.

    20 Bourdin Ph., Des lieux, des mots, les révolutionnaires…, op. cit.

    21 AD Puy-de-Dôme, 1 J 1154, lettre de Dubreul à Jean-Baptiste Tailhand, du 7 floréal an VI (26 avril 1798).

    22 AD Puy-de-Dôme, 1 J 2911-2913, lettre à Tailhand du 22 fructidor an VI (8 septembre 1798).

    23 AD Puy-de-Dôme, 1 J 1154, lettre de Dubreul à Jean-Baptiste Tailhand, du 21 floréal an VI (10 mai 1798).

    24 AD Puy-de-Dôme, 1 J 2911-2913, lettre du 22 brumaire an VII de la République une et indivisible (12 novembre 1798).

    25 Ibid., lettre du 27 nivôse an VII (16 janvier 1799).

    26 Ibid., lettre du 3 thermidor an VII (21 juillet 1799).

    27 Ibid., lettre du 29 thermidor an VII (16 août 1799).

    28 Ibid.

    29 Ibid., lettre du 18 nivôse an VIII (8 décembre 1799).

    30 Ibid., lettre du 22 germinal an XI (12 avril 1803).

    31 Ibid., lettre du 4 floréal an VIII (24 avril 1800).

    32 Ibid., lettre du 16 prairial an VIII (5 juin 1800).

    33 Ibid., lettre du 16 vendémiaire an XI (8 octobre 1802).

    34 Ibid., lettre du 5 thermidor an XII (24 juillet 1804).

    35 Ibid., lettre du 4 septembre 1811, 21 h.

    36 Ibid., lettres du 10 septembre 1811, du 26 janvier 1813.

    37 Cf. Leuwers Hervé, L’invention du barreau français (1660-1830). La construction nationale d’un groupe professionnel, Paris, Éditions de l’EHESS, 2006.

    38 Cf. Bourdin Ph., « Des ganses blanches, une armée grise, les noires forêts d’Auvergne », dans Vovelle Michel (dir.), Le tournant de l’an III, Paris, CTHS, 1997, p. 361-396 ; « La Basse-Auvergne, une seconde Vendée ? », dans Martin Jean-Clément (dir.), La contre-révolution en Europe (xviiie-xixe siècles), Presses universitaires de Rennes, 2001, p. 35-59.

    39 AD Puy-de-Dôme, 1 J 2911-2913, lettre du 24 janvier 1812.

    40 Ibid., lettres du 24 janvier et de février 1812, du 4 avril 1813.

    41 Ibid., lettre du 9 février 1813.

    42 Ibid., lettre du 11 juillet 1831.

    43 Ibid., lettres du 6 juin, des 2 et 3 juillet 1814.

    44 Ibid., lettre du 27 mars 1815.

    45 Ibid., lettre du 20 avril 1815.

    46 Ibid., compte-rendu du ministère de la Police générale, 22 février 1816.

    47 AN, F/7/6714, rapport du préfet du Puy-de-Dôme, 27 juin 1816.

    48 Ibid., rapport du préfet du Puy-de-Dôme, 25 janvier 1817.

    49 Ibid., portrait accusatoire de Maignet, fait pour le ministre de la Police générale, s. d.

    50 Ibid., lettre collective des ecclésiastiques de 52 paroisses (8 cures, 44 succursales), 6 juin 1821.

    51 Ibid., lettres de Chasseloup-Laubat des 10 juin et 12 juillet 1819.

    52 Ibid. Une première demande est formulée par Mme Maignet et ses enfants en septembre 1819, soutenue par le maire d’Ambert Imberdis, qui souligne les conseils et le désintéressement dont Maignet a toujours su faire preuve dans son action publique, et par le sous-préfet Pourrat.

    53 AD Puy-de-Dôme, 1 J 2911-2913, lettre du 27 novembre 1830.

    54 Ibid.

    55 Ibid., lettre du 6 janvier 1831.

    56 Ibid., lettre du 13 juin 1831.

    57 Ibid.

    58 Ibid., lettre du 7 novembre 1831.

    59 AD Puy-de-Dôme, 1 J 2913.

    60 Bourdin Philippe, « Lumières et sociabilités dans les villes et les campagnes auvergnates de la fin du xviiie siècle », dans Entre chien et loup, catalogue de l’exposition du musée Mandet (Riom), Paris, Somogy, 2003, p. 76-92.

    61 « Les idées politiques de l’abbé de Pradt », numéro spécial des Cahiers d’histoire de Lyon, s. d.

    62 Bertrand Régis, « Le Représentant en mission Étienne Maignet et les théâtres de Marseille en l’an II », dans Théâtre et spectacles hier et aujourd’hui. Époque moderne et contemporaine, actes du 115e Congrès des sociétés savantes (Avignon, 1990), Paris, CHTS, 1991, p. 121-134.

    63 Cf. Brouard-Arends Isabelle, « La naissance illégitime : faute ou innocence maternelles ? », Dix-huitième siècle, no 21, 1989, Montesquieu et la Révolution, p. 369-379.

    64 Bourdin Ph., « La postérité de la bibliothèque Romme : le prêt privé dans les milieux néojacobins provinciaux », dans Bourdin Ph. et Chappey Jean-Luc, Réseaux et sociabilité littéraires en Révolution, Clermont-Ferrand, Presses universitaires Blaise-Pascal, 2007, p. 145-190.

    65 AD Puy-de-Dôme, 1 J 200.

    66 AD Puy-de-Dôme, 1 J 2911-2913, lettres à Tailhand des 9 et 11 fructidor an VI (26, 28 août 1798).

    67 Ibid., lettre du 14 messidor an VII (2 juillet 1799).

    68 Dercy et Deschamps, Ossian, ou les Bardes, musique de Lesueur, créé le 21 messidor an XII (10 juillet 1804) à l’Opéra.

    69 Comédie lyrique en un acte en prose de Duval et Della Maria Domenico, donnée pour la première fois au Théâtre Favart le 10 pluviôse an VI (29 janvier 1798).

    70 Opéra-comique en 3 actes de Sedaine, musique de Monsigny, crée le 8 mars 1764 à l’Hôtel de Bourgogne.

    71 AD Puy-de-Dôme, 1 J 2911-2913, lettre du 28 nivôse an XIII (18 janvier 1805).

    72 Ibid., lettre du 11 ventôse an XIII (2 mars 1805).

    73 Ibid., lettre du 15 brumaire an XI (6 novembre 1802).

    74 Ibid., lettre du 11 fructidor an VI (28 août 1798).

    75 Ibid., lettres du 11 fructidor an VI (28 août 1798), du 14 brumaire an IX (5 novembre 1800), du 8 thermidor an X (27 juillet 1802) et du 15 brumaire an XI (6 novembre 1802).

    76 Ibid., lettre du 22 août 1809.

    77 Ibid., lettre du 20 avril 1815.

    78 Ibid., lettres des 28 janvier, 11 février et 3 juillet 1808 ; une autre s. d.

    79 Ibid., lettres des 2 nivôse an X (23 décembre 1801) et 11 août 1801, du 28 juillet 1811.

    80 Ibid., lettres des 13 et 25 septembre 1813.

    81 AD Puy-de-Dôme, 6 E3 17, registres de l’état-civil d’Ambert.

    82 AD Puy-de-Dôme, 1 J 2911-2913, lettre du 26 brumaire an XIII (17 novembre 1804).

    83 Ibid., lettre du 13 septembre 1810. AD Puy-de-Dôme, 6 E3 18 et 19, registres de l’état-civil d’Ambert.

    84 AD Puy-de-Dôme, 1 J 2911-2913, lettre du 1er juin 1813.

    85 Ibid., lettre du 20 juin 1814.

    86 Ibid., lettre du 13 septembre 1810.

    87 AD Puy-de-Dôme, 6 E3 13, registres de l’état-civil d’Ambert.

    88 AD Puy-de-Dôme, 6 E3 14, registres de l’état-civil d’Ambert.

    89 AD Puy-de-Dôme, 1 J 2911-2913, lettre du 11 juin 1806.

    90 Ibid., lettre du 11 février 1808.

    91 Ibid., lettre du 28 mai 1812.

    92 Ibid., lettre du 19 janvier 1813.

    93 Ibid., lettre du 1er janvier 1813.

    94 AD Puy-de-Dôme, 1 J 2913, lettre de Paul Maignet à Tailhand, 9 février 1815.

    95 Ibid., lettre de Paul Maignet à Tailhand, 22 mars 1815.

    96 AD Puy-de-Dôme, 1 J 2911-2913, lettre de Maignet à Tailhand, 27 mars 1815.

    97 Ibid., lettre du 20 avril 1815.

    98 Ibid., lettre du 5 février 1834.

    Auteur

    • Philippe Bourdin
      Professeur d’histoire moderne, université Clermont-Auvergne et IUF, Centre d’histoire « Espaces & Cultures » (CHEC).
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    1 Bourdin Philippe : « Les théâtres de société sont-ils solubles dans la Révolution ? L’exemple de l’Auvergne », Études sur le xviiie siècle, no 33, « Les théâtres de société au xviiie siècle », décembre 2005, p. 157-168 ; « Drama Societies in the French Revolution: From Jacobin Enthusiats to Royalist Amateurs », French History, vol. 22, no 1, mars 2008, p. 3-27.

    2 Conchon Henri, Éloge biographique de M. J.-B. Tailhand, président de chambre à la Cour d’Appel de Riom, et directeur de l’Académie des Sciences, Belles-Lettres et Arts de Clermont-Ferrand, Clermont-Ferrand, Imprimerie Thibaud-Landriot frères, 1850.

    3 Bibliothèque patrimoniale numérique de l’École supérieure des mines de Paris, [https://patrimoine.mines-paristech.fr/document/Gillet_Laumont_MS_64_II_371_a]. Lettre de Jean-Baptiste Tailhand à Gillet-Laumont, 1er jour complémentaire de l’an V (17 septembre 1797) : « Je quitte le citoyen Engelvin, qui est arrivé ces jours derniers de Paris où il vous a vu. Il m’a dit que vous lui aviez communiqué des lettres écrites de Pologne par celui que nous craignions avoir pour jamais perdu. Serait-ce vrai ? Je vous en supplie, ne me cachez pas la vérité, écrivez-moi, donnez-moi en communication si vous le pouvez, si ce n’est pas de ma part une indiscrétion de vous en prier, les lettres que vous avez reçu de lui. Votre dernière lettre, où vous m’annoncez qu’il voyage en Russie, me faisait espérer. Ce que vient de me dire […] Engelvin, qui était très attaché à notre ami, qui connaissait son écriture, sa persuasion, la vôtre, tout me fait croire que nous aurons un jour le bonheur de le serrer dans nos bras. »

    4 AN, C/353/1838VII.

    5 AD Puy-de-Dôme, 1 J 2911-2913, lettre à Tailhand du 4 brumaire an VII (25 octobre 1798).

    6 Ibid., lettre du 14 frimaire an XIII (5 décembre 1804).

    7 Ibid., lettre du 24 pluviôse an IX (13 février 1801).

    8 AN, F/7/6714. Attestation s. d. (1819).

    9 Cf. Mège Francisque, Correspondance de Georges Couthon, député du Puy-de-Dôme à l’Assemblée législative et à la Convention nationale (1791-1794), Paris, Aubry, 1872.

    10 Bourdin Ph., Des lieux, des mots, les révolutionnaires. Le Puy-de-Dôme entre 1789 et 1799, Clermont-Ferrand, Presses universitaires Blaise-Pascal, 1995.

    11 Cf. Biard Michel, Bourdin Ph. et Leuwers Hervé (dir.), Dictionnaire des Conventionnels, Ferney-Voltaire, Centre international d’étude du xviiie siècle, t. 2, 2021.

    12 Billaud-Varenne, Principes régénérateurs du système social, éd. critique Françoise Brunel, Paris, Publications de la Sorbonne, 1992.

    13 Bouscayrol René, Les lettres de Miette Tailhand-Romme (1787-1797), Clermont-Ferrand, 1979, lettres 83 (septembre 1793), 86 (février 1794) et 87 (avril 1794), p. 122-126.

    14 Cf. Guilhaumou Jacques, Lapied Martine, « La mission Maignet en l’an II », Études, [s], mis en ligne le 20 août 2007 ; Vaillandet Pierre, « La Mission de Maignet en Vaucluse », AHRF, 1926, p. 168-178 et 240-263.

    15 Cf. Aulard Alphonse, La Société des Jacobins, t. VI, Paris, Cerf, Noblet et Quantin, 1897, p. 110, 315-316, 461 et 504.

    16 Cf. Biard M., En finir avec Robespierre et ses amis (juillet 1794-octobre 1795), Clermont-Ferrand, Lemne Edit, 2021.

    17 AP, t. XCV, p. 329, 392, 437, 471, t. XCVII, p. 149, et t. CII, p. 18, 73.

    18 AD Puy-de-Dôme, 1 J 2911-2913, lettres à Tailhand du 27 nivôse an VII (16 janvier 1799) et du 14 fructidor an VII (31 août 1799).

    19 Bourdin Ph., Le Puy-de-Dôme sous le Directoire. Vie politique et esprit public, Clermont-Ferrand, 1990, p. 80-81, 272 et 282.

    20 Bourdin Ph., Des lieux, des mots, les révolutionnaires…, op. cit.

    21 AD Puy-de-Dôme, 1 J 1154, lettre de Dubreul à Jean-Baptiste Tailhand, du 7 floréal an VI (26 avril 1798).

    22 AD Puy-de-Dôme, 1 J 2911-2913, lettre à Tailhand du 22 fructidor an VI (8 septembre 1798).

    23 AD Puy-de-Dôme, 1 J 1154, lettre de Dubreul à Jean-Baptiste Tailhand, du 21 floréal an VI (10 mai 1798).

    24 AD Puy-de-Dôme, 1 J 2911-2913, lettre du 22 brumaire an VII de la République une et indivisible (12 novembre 1798).

    25 Ibid., lettre du 27 nivôse an VII (16 janvier 1799).

    26 Ibid., lettre du 3 thermidor an VII (21 juillet 1799).

    27 Ibid., lettre du 29 thermidor an VII (16 août 1799).

    28 Ibid.

    29 Ibid., lettre du 18 nivôse an VIII (8 décembre 1799).

    30 Ibid., lettre du 22 germinal an XI (12 avril 1803).

    31 Ibid., lettre du 4 floréal an VIII (24 avril 1800).

    32 Ibid., lettre du 16 prairial an VIII (5 juin 1800).

    33 Ibid., lettre du 16 vendémiaire an XI (8 octobre 1802).

    34 Ibid., lettre du 5 thermidor an XII (24 juillet 1804).

    35 Ibid., lettre du 4 septembre 1811, 21 h.

    36 Ibid., lettres du 10 septembre 1811, du 26 janvier 1813.

    37 Cf. Leuwers Hervé, L’invention du barreau français (1660-1830). La construction nationale d’un groupe professionnel, Paris, Éditions de l’EHESS, 2006.

    38 Cf. Bourdin Ph., « Des ganses blanches, une armée grise, les noires forêts d’Auvergne », dans Vovelle Michel (dir.), Le tournant de l’an III, Paris, CTHS, 1997, p. 361-396 ; « La Basse-Auvergne, une seconde Vendée ? », dans Martin Jean-Clément (dir.), La contre-révolution en Europe (xviiie-xixe siècles), Presses universitaires de Rennes, 2001, p. 35-59.

    39 AD Puy-de-Dôme, 1 J 2911-2913, lettre du 24 janvier 1812.

    40 Ibid., lettres du 24 janvier et de février 1812, du 4 avril 1813.

    41 Ibid., lettre du 9 février 1813.

    42 Ibid., lettre du 11 juillet 1831.

    43 Ibid., lettres du 6 juin, des 2 et 3 juillet 1814.

    44 Ibid., lettre du 27 mars 1815.

    45 Ibid., lettre du 20 avril 1815.

    46 Ibid., compte-rendu du ministère de la Police générale, 22 février 1816.

    47 AN, F/7/6714, rapport du préfet du Puy-de-Dôme, 27 juin 1816.

    48 Ibid., rapport du préfet du Puy-de-Dôme, 25 janvier 1817.

    49 Ibid., portrait accusatoire de Maignet, fait pour le ministre de la Police générale, s. d.

    50 Ibid., lettre collective des ecclésiastiques de 52 paroisses (8 cures, 44 succursales), 6 juin 1821.

    51 Ibid., lettres de Chasseloup-Laubat des 10 juin et 12 juillet 1819.

    52 Ibid. Une première demande est formulée par Mme Maignet et ses enfants en septembre 1819, soutenue par le maire d’Ambert Imberdis, qui souligne les conseils et le désintéressement dont Maignet a toujours su faire preuve dans son action publique, et par le sous-préfet Pourrat.

    53 AD Puy-de-Dôme, 1 J 2911-2913, lettre du 27 novembre 1830.

    54 Ibid.

    55 Ibid., lettre du 6 janvier 1831.

    56 Ibid., lettre du 13 juin 1831.

    57 Ibid.

    58 Ibid., lettre du 7 novembre 1831.

    59 AD Puy-de-Dôme, 1 J 2913.

    60 Bourdin Philippe, « Lumières et sociabilités dans les villes et les campagnes auvergnates de la fin du xviiie siècle », dans Entre chien et loup, catalogue de l’exposition du musée Mandet (Riom), Paris, Somogy, 2003, p. 76-92.

    61 « Les idées politiques de l’abbé de Pradt », numéro spécial des Cahiers d’histoire de Lyon, s. d.

    62 Bertrand Régis, « Le Représentant en mission Étienne Maignet et les théâtres de Marseille en l’an II », dans Théâtre et spectacles hier et aujourd’hui. Époque moderne et contemporaine, actes du 115e Congrès des sociétés savantes (Avignon, 1990), Paris, CHTS, 1991, p. 121-134.

    63 Cf. Brouard-Arends Isabelle, « La naissance illégitime : faute ou innocence maternelles ? », Dix-huitième siècle, no 21, 1989, Montesquieu et la Révolution, p. 369-379.

    64 Bourdin Ph., « La postérité de la bibliothèque Romme : le prêt privé dans les milieux néojacobins provinciaux », dans Bourdin Ph. et Chappey Jean-Luc, Réseaux et sociabilité littéraires en Révolution, Clermont-Ferrand, Presses universitaires Blaise-Pascal, 2007, p. 145-190.

    65 AD Puy-de-Dôme, 1 J 200.

    66 AD Puy-de-Dôme, 1 J 2911-2913, lettres à Tailhand des 9 et 11 fructidor an VI (26, 28 août 1798).

    67 Ibid., lettre du 14 messidor an VII (2 juillet 1799).

    68 Dercy et Deschamps, Ossian, ou les Bardes, musique de Lesueur, créé le 21 messidor an XII (10 juillet 1804) à l’Opéra.

    69 Comédie lyrique en un acte en prose de Duval et Della Maria Domenico, donnée pour la première fois au Théâtre Favart le 10 pluviôse an VI (29 janvier 1798).

    70 Opéra-comique en 3 actes de Sedaine, musique de Monsigny, crée le 8 mars 1764 à l’Hôtel de Bourgogne.

    71 AD Puy-de-Dôme, 1 J 2911-2913, lettre du 28 nivôse an XIII (18 janvier 1805).

    72 Ibid., lettre du 11 ventôse an XIII (2 mars 1805).

    73 Ibid., lettre du 15 brumaire an XI (6 novembre 1802).

    74 Ibid., lettre du 11 fructidor an VI (28 août 1798).

    75 Ibid., lettres du 11 fructidor an VI (28 août 1798), du 14 brumaire an IX (5 novembre 1800), du 8 thermidor an X (27 juillet 1802) et du 15 brumaire an XI (6 novembre 1802).

    76 Ibid., lettre du 22 août 1809.

    77 Ibid., lettre du 20 avril 1815.

    78 Ibid., lettres des 28 janvier, 11 février et 3 juillet 1808 ; une autre s. d.

    79 Ibid., lettres des 2 nivôse an X (23 décembre 1801) et 11 août 1801, du 28 juillet 1811.

    80 Ibid., lettres des 13 et 25 septembre 1813.

    81 AD Puy-de-Dôme, 6 E3 17, registres de l’état-civil d’Ambert.

    82 AD Puy-de-Dôme, 1 J 2911-2913, lettre du 26 brumaire an XIII (17 novembre 1804).

    83 Ibid., lettre du 13 septembre 1810. AD Puy-de-Dôme, 6 E3 18 et 19, registres de l’état-civil d’Ambert.

    84 AD Puy-de-Dôme, 1 J 2911-2913, lettre du 1er juin 1813.

    85 Ibid., lettre du 20 juin 1814.

    86 Ibid., lettre du 13 septembre 1810.

    87 AD Puy-de-Dôme, 6 E3 13, registres de l’état-civil d’Ambert.

    88 AD Puy-de-Dôme, 6 E3 14, registres de l’état-civil d’Ambert.

    89 AD Puy-de-Dôme, 1 J 2911-2913, lettre du 11 juin 1806.

    90 Ibid., lettre du 11 février 1808.

    91 Ibid., lettre du 28 mai 1812.

    92 Ibid., lettre du 19 janvier 1813.

    93 Ibid., lettre du 1er janvier 1813.

    94 AD Puy-de-Dôme, 1 J 2913, lettre de Paul Maignet à Tailhand, 9 février 1815.

    95 Ibid., lettre de Paul Maignet à Tailhand, 22 mars 1815.

    96 AD Puy-de-Dôme, 1 J 2911-2913, lettre de Maignet à Tailhand, 27 mars 1815.

    97 Ibid., lettre du 20 avril 1815.

    98 Ibid., lettre du 5 février 1834.

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    Bourdin, Phillippe, et Côme Simien, éditeurs. L’amitié en révolution, 1789-1799. Presses universitaires de Rennes, 2024, https://doi.org/10.4000/books.pur.196017.
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