Servir le roi dans la monarchie espagnole
Le Consulado de Cargadores (1550-1650)
p. 209-222
Note de l’auteur
Projet ANDATLAN « La construcción de un mundo nuevo: circuitos económicos, dinámicas sociales y mediadores culturales en las ciudades atlánticas del sur de España, siglos xvi-xviii » (HAR-2017-85305-P), financé par le Ministerio de Economía y Competitividad del Gobierno de España.
Texte intégral
Un objet historique, différents points de vue
1L’ouvrage passionnant de Sheilagh Ogilvie intitulé Institutions and European Trade. Merchant Guilds, 1000-1800 invite à évaluer le rôle joué par les « guildes marchandes » dans l’histoire européenne et les raisons de leur longévité1. Ces corporations se sont inscrites au cœur de la vie publique du xie au xixe siècle au moins. Elles ont traversé le Haut et le Bas Moyen Âge et constituent un élément capital de ce que l’auteur désigne comme une première révolution commerciale intervenue entre le xie et le xve siècle. Elles ont perdu de leur force en Angleterre et aux Pays-Bas au cours du xvie siècle, mais ont conservé toute leur vigueur dans de nombreux autres espaces et ont participé aux processus de mondialisation de l’époque moderne, considérés à juste titre comme une deuxième révolution commerciale. Une telle longévité ne manque pas d’interroger.
2Sheilagh Ogilvie entend mettre en débat les postulats défendus par le New Institutionalism depuis la fin du xxe siècle. Selon l’historienne de l’économie, cet influent courant de pensée aurait mis en avant une vision uniquement positive des corporations, dont l’inscription dans le long terme s’expliquerait par leur capacité à créer un cadre favorable pour engendrer et entretenir la croissance économique. Elles se caractériseraient donc par leur efficacité à promouvoir le bien-être des sociétés préindustrielles dans leur ensemble2. À cette interprétation idyllique, Sheilagh Ogilvie oppose une autre explication : la pérennité des corporations serait liée à leur capacité à drainer la richesse vers les couches sociales les plus élevées et à les redistribuer entre elles. Ainsi, au lieu d’une « efficacité » dans l’augmentation de la richesse globale, la clé aurait résidé dans la « redistribution » de la richesse au bénéfice des élites3.
3La théorie redistributive de Sheilagh Ogilvie, on le voit, ne repose pas sur une conception abstraite des élites qui, selon elle, auraient tendance à se réserver des pans toujours plus importants de l’économie. Au contraire, elle les définit comme une alliance binaire entre les gouvernants et les marchands réunis dans des corporations. Leur relation, nous dit-elle, est plus symbiotique que conflictuelle, chaque partie aidant l’autre à extraire le fruit de l’activité économique4. Les dirigeants garantissaient aux corporations un soutien politique et, en échange, celles-ci leur accordaient des services qui, pour la plupart, étaient de nature financière. Ces corporations marchandes fournissaient des liquidités immédiatement disponibles aux souverains, collaboraient avec eux dans la collecte des impôts, accordaient des prêts et prenaient même en charge la logistique navale et militaire nécessaire au développement des activités commerciales. C’est cette relation symbiotique avec les souverains qui expliquerait la longévité des guildes marchandes dans l’Europe prémoderne.
4Les conceptions défendues par Sheilagh Ogilvie présentent une étroite familiarité avec l’objet d’étude que Bertrand Haan, Jérémie Foa et Mathieu Gellard proposent dans ce livre : le service du prince et de la république. Adoptant une perspective large, ils nous rappellent que le service n’a jamais été une pratique indépendante d’un contexte et d’intérêts plus larges. Le service devait par ailleurs être récompensé, généralement par des privilèges5. Il faut donc l’étudier comme un élément d’une relation réciproque entre pouvoirs politique et économique, qui a contribué à garantir la stabilité d’un régime. En a-t-il cependant toujours été ainsi dans la réalité ? Les relations entre les gouvernants et hommes d’affaires sont-elles toujours fluides ? Sont-elles toujours équilibrées et mutuellement bénéfiques ? La théorie de la redistribution, comme celle de l’efficacité, peut être soumise à la critique d’un raisonnement les portant à leur limite. Elle peut néanmoins aussi être examinée sous l’angle de ce que Jacques Revel appelle les « jeux d’échelle6 ». Si nous réduisons l’échelle d’analyse et si nous concentrons notre attention sur une corporation particulière, trouverons-nous une réalité historique aussi claire et stable que les concepts présentés dans le raisonnement de Sheilagh Ogilvie ? Mettons-le à l’épreuve.
5Le cas d’étude que nous considérerons est la communauté mercantile qui a été la principale protagoniste du commerce entre la Castille et ses territoires en Amérique au début de l’époque moderne. Cette communauté était représentée institutionnellement par une « guilde » appelée le Consulado de Cargadores a Indias, qui doit être considérée comme un acteur économique fondamental dans la construction ibérique des marchés mondiaux. Le livre de Sheilagh Ogilvie fait référence au Consulado de Séville à plusieurs reprises, supposant que son exemple vient corroborer la théorie économique de la redistribution. On peut néanmoins se demander comment l’historiographie espagnole aborde la question.
6Comme on peut s’y attendre, les positions varient d’un auteur à l’autre. Elles tendent malgré tout à s’éloigner de plus en plus des conceptions qui viennent d’être évoquées, surtout si on porte l’attention, comme le fait le présent ouvrage, sur les xvie et xviie siècles. L’idée que les relations entre la Couronne et la corporation sont marquées par la réciprocité a perdu en force alors que le scénario d’un Consulado assumant un rôle prédominant face à un roi au rôle plus effacé a gagné plus de crédit. Au lieu d’un équilibre entre le souverain et le Consulado, le second aurait eu la prévalence.
7Pedro Collado Villalta a abordé cette question dans un article publié en 1983. Malgré son caractère pionnier, son étude est une de celles qui soulignent le plus nettement la relation, évidente, entre les services pécuniaires rendus par le Consulado à la Monarchie et les privilèges que les marchands recevaient en retour, notamment l’approbation de dispositions limitant la participation des étrangers au commerce colonial castillan7. Plus récemment, Enriqueta Vila Vilar a défini la corporation comme un « organe de pouvoir », mais sa proposition tend à amoindrir le rôle de la Monarchie, si tant est qu’elle ne l’efface pas complètement8. José María Oliva Melgar, enfin, se situe à l’extrême opposé de la théorie de la redistribution. Selon lui, la Monarchie et le Consulado s’opposent en matière de politique commerciale tout au long du xviie siècle. Il ne discerne aucune collaboration, mais plutôt une confrontation dans laquelle la corporation conquiert le « rôle clé dans le fonctionnement réel du monopole » : elle se met en position « de rivaliser avec la Couronne » et « impose encore et encore des critères transactionnels à la Couronne, obtenant ainsi des privilèges et des compétences plus importants9 ». Les privilèges mercantiles n’auraient pas été, de ce point de vue, le résultat d’un accord, mais le gain que la corporation a obtenu en raison de sa position prééminente face à une monarchie affaiblie.
8De toute évidence, la théorie de la redistribution de Sheilagh Ogilvie et les interprétations historiques qui soulignent le rôle du Consulado ne sont pas en syntonie. Quelles conclusions tirer de cette contradiction ? Faut-il nous méfier d’une théorie puissamment englobante mise à l’épreuve par l’analyse détaillée d’un cas spécifique ou bien attribuer un caractère exceptionnel, difficilement justifiable, au cas du Consulado de Cargadores ?
9En contrepoint d’une tendance générale à minimiser le rôle joué par la monarchie face au Consulado, la recherche que nous avons menée a adopté une double perspective, prenant en compte les équilibres entre les deux acteurs10. Ainsi, le concept de réciprocité est au cœur de notre réflexion. Les relations entre la monarchie et la corporation nous semblent devoir être comprises comme un dialogue dans lequel les marchands contribuaient financièrement à satisfaire les besoins de la Couronne, et le roi, en retour, accordait à ces contributeurs d’importantes faveurs politiques. Notre postulat de départ coïncide par conséquent largement avec la théorie formulée par Sheilagh Ogilvie mais nous sommes loin d’être en accord en tout avec celle-ci à l’heure d’apprécier la relation entre le Consulado et le pouvoir royal, que nous allons étudier.
10Un de nos objectifs est de mettre en débat l’idée que le dialogue quotidien entre les souverains et les corporations engendre, de manière constante, des rapports stables et mutuellement bénéfiques. Les relations entre les Habsbourg et le Consulado de Cargadores n’ont pas été aussi heureuses. Caractérisées par des changements constants, leurs évolutions n’ont été satisfaisantes pour aucune des deux parties et n’ont en rien renforcé ce qui devait ressembler à une entente cordiale sans rapport avec des logiques économiques et politiques. La réciprocité dans les relations entre le souverain et ses sujets du monde marchand était extrêmement fragile. Elle pouvait être se renforcer, mais aussi être ébranlée et même être rompue. Toutes ces situations, nous allons le voir, se sont produites, ce qui démontre combien les relations entre pouvoir politique et pouvoir économique étaient fluctuantes aux xvie et xviie siècles – tout aussi bien qu’elles peuvent l’être de nos jours.
11Un examen diachronique révèle que, tout au long du xvie siècle, il y a eu une augmentation parallèle et équilibrée des services au roi et des faveurs royales11. En revanche, au xviie siècle, l’accroissement des services demandés n’est pas compensé, en parallèle, par une augmentation des récompenses. La monarchie, toujours accablée par le coût de la guerre, a réclamé sans cesse plus d’argent, mais n’a plus offert des contreparties aussi généreuses. Ainsi, tout au long du xvie siècle, le dialogue politique roi/marchands a respecté dans les grandes lignes un principe de réciprocité, mais au cours du xviie siècle, surtout sous le règne de Philippe IV, cette réciprocité s’est considérablement affaiblie. On peut affirmer qu’à ce moment, la réciprocité s’est heurtée à un autoritarisme plus affirmé, dont les conséquences doivent être mesurées12.
Le roi et le Consulado : des rapports changeants
12Un événement paradigmatique a eu lieu en 1543, lorsqu’est instauré l’almojarifazgo de Indias, qui est devenu la taxe douanière par excellence pour le commerce colonial espagnol. Jusqu’alors, la seule taxe douanière qui avait été perçue dans les ports ayant le monopole du commerce atlantique – Séville et Cadix – était celle qui était en vigueur pour le commerce avec les autres ports européens, appelée almojarifazgo mayor de Sevilla. Cette situation datait de l’époque des Rois Catholiques, qui avaient adopté une politique de faibles taxes pour promouvoir un commerce atlantique alors à ses débuts et encore très incertain13. Au milieu du xvie siècle, cependant, la Carrera de Indias s’est affirmée comme l’une des routes commerciales ayant le plus grand potentiel au monde14. À ce moment, le Trésor royal a commencé à connaître des difficultés chroniques : il est écrasé par les demandes pressantes liées aux financements des guerres endémiques en Europe.
13En 1542, lorsque débute la quatrième et dernière guerre entre François Ier et Charles Quint, les finances de l’empereur ne sont pas florissantes et la création de l’almojarifazgo de Indias doit y porter remède. La contrepartie a été l’octroi de privilèges fiscaux pour le commerce avec l’Amérique. Il ne semble pas que ce soit un hasard si, cette même année, les cargadores a Indias ont reçu une faveur exceptionnelle : la concession d’une corporation, à laquelle ils aspiraient au moins depuis 151915. La communauté marchande a gagné une force politique notable, même vis-à-vis de la Couronne. Voilà qui explique pourquoi celle-ci a mis tant de temps à accéder à cette demande et pourquoi qu’elle l’a fait en échange d’une mesure d’une telle ampleur. L’enchaînement des événements est clair : 1) une situation de guerre, 2) les nécessités du trésor royal, 3) l’octroi d’un nouveau service, de nature fiscale : l’almojarifazgo, et 4) l’octroi d’une nouvelle faveur : le Consulado.
14La corporation s’est ensuite battue pour conforter sa place au sein des autres institutions de pouvoir. En témoigne son conflit avec la Casa de la Contratación, à laquelle elle conteste la juridiction sur les litiges commerciaux. La consécration est intervenue en 1556 : le Consulado peut dès lors émettre ses propres ordonnances16.
15Au cours des décennies suivantes, la corporation s’est efforcée d’accroître son influence. À la fin du siècle, elle a remporté des succès spectaculaires. La dernière décennie du règne de Philippe II a été marquée par les efforts de guerre simultanés contre la France, l’Angleterre et les Provinces-Unies, qui ont mis à rude épreuve la capacité militaire et financière de la monarchie. Après le désastre de l’Invincible Armada, Philippe II a imposé en 1590 le Servicio de Millones en Castille. En contrepartie de ce nouveau prélèvement, les Cortes ont obtenu un droit de réponse face la Couronne bien supérieur à celui dont cette institution représentative castillane disposait auparavant17. Un an plus tard, en 1591, le roi a accordé des nouvelles faveurs, confiant au Consulado l’administration de l’avería. Il s’agissait d’une taxe payée par les marchands dont les navires étaient engagés dans le commerce transatlantique pour financer la marine militaire protégeant la Carrera de Indias. Jusqu’alors, elle avait été administrée directement par la monarchie à travers la Casa de la Contratación, chargée d’organiser le commerce avec l’Amérique. Un premier contrat a été signé pour la levée de l’avería : la corporation s’est vue contrainte de remettre une grande quantité d’argent mais elle a une nouvelle fois reçu d’importantes contreparties18.
16Parmi les privilèges obtenus par la guilde, le plus remarquable est un renforcement de la législation faisant obstacle à la participation des étrangers au commerce atlantique : au cours de la décennie précédente, nombre d’entre eux avaient contourné l’exclusivisme castillan en obtenant des certificats de naturalisation. Une cédule royale durcit alors les conditions requises pour en faire la demande et pour pouvoir commercer comme les natifs de Castille19. Ainsi, en échange du contrat d’avería, la monarchie s’est engagée à renforcer ce régime d’exclusivité, fondé sur des privilèges, de la Carrera de Indias.
17Les dispositions prises à l’encontre des étrangers ont satisfait les marchands, mais ils n’ont pu empêcher de voir se dessiner la ruine de leur monopole quand, la même année, le roi a autorisé la création du Consulado de México. Plus qu’un bon partenaire commercial, ce nouvel acteur est un rival potentiel en raison des relations de la Nouvelle-Espagne avec la Chine et le Pérou. Ainsi, un dialogue triangulaire s’est engagé entre les deux corporations et le souverain qui, logiquement, s’attendait à recevoir de la part de la guilde mexicaine des services comparables à ceux que rendait celle de Séville20. La situation a suscité une vague de revendications andalouses qui a porté ses fruits car, alors que les Sévillans ne se voyaient imposer aucune limitation dans leurs transactions, ni pour la nature ni pour la quantité des marchandises, l’année suivante, Philippe II restreignit le commerce à 300 tonnes et à une valeur maximale de 250 000 pesos entre la Nouvelle-Espagne et les Philippines, et à une valeur de 500 000 pesos maximum pour le voyage de retour des Philippines. Il interdit également que les produits asiatiques puissent être réexportés vers le Pérou, et pour éviter que les Mexicains ne concentrent tout entre leurs mains, l’administration du galion de Manille – la route commerciale reliant les Philippines et la Nouvelle-Espagne – fut accordée aux Philippins et celle des navires qui allaient du Pérou à la Nouvelle-Espagne aux marchands de Lima, les Sévillans conservant l’exclusivité de l’envoi de navires dans l’Atlantique21.
18La puissance du Consulado devint telle qu’à l’époque de Philippe III, la monarchie tenta de conclure à partir de 1604 les contrats relatifs à l’avería avec d’autres hommes d’affaires. Les banquiers portugais constituaient l’option privilégiée, mais celle-ci n’a pas donné les résultats attendus. Il a donc fallu faire à nouveau confiance à la corporation sévillane, qui a signé d’importants contrats en 1608 et 1614. En échange de ces services, elle a continué à demander des contreparties substantielles au premier rang desquels figurait toujours le renforcement du modèle exclusiviste castillan. Ainsi s’expliquent les nouvelles lois de 1608 et 1616 relatives à l’admission des étrangers au commerce atlantique, auxquelles il faut ajouter l’envoi entre 1615 et 1618 d’un commissaire chargé de contrôler leur activité, don Francisco de Tejada y Mendoza, membre du Conseil des Indes22.
19Obéissant à ce même souci, de la part de la monarchie, de se concilier les marchands sévillans, prêts à tout pour s’assurer la maîtrise du commerce américain pour leur approvisionnement, une cédule émise en 1604 réduisit le commerce entre la Nouvelle-Espagne et les Philippines de deux navires de 300 tonnes à deux bateaux de seulement 200 tonnes par an, et le commerce entre la Nouvelle-Espagne et le Pérou à trois navires de 300 à 400 tonnes chacun. Puis, en 1607, les Sévillans ont également convaincu le roi d’interdire l’envoi de produits européens de Nouvelle-Espagne au Pérou. De cette façon, les Sévillans visaient à assurer leur succès à la foire de Portobello, dans l’isthme de Panama, et à éviter la contrebande de produits asiatiques qui pourraient être confondus avec des produits européens. Deux ans plus tard, une autre cédule limita plus encore le commerce entre les vice-royautés américaines : seuls deux navires annuels étaient autorisés et leur cargaison ne devait pas dépasser une valeur de 200 000 ducats23.
20Cependant, l’étoile du Consulado de Séville commença à pâlir à la fin du règne de Philippe III, vers 1618. De fortes critiques à l’égard de la politique pacifiste ont alors été formulées et des personnages tels Baltasar de Zúñiga et le comte d’Olivares ont déjà une forte audience. Lorsque le duc de Lerma tombe en disgrâce et qu’il est décidé d’intervenir contre la rébellion en Bohème pour défendre la branche autrichienne des Habsbourg, une nouvelle ère marquée l’engagement militaire débute24. Faire la guerre impliquait néanmoins d’importantes liquidités. Aussi les ministres espagnols se sont-ils immédiatement tournés vers les marchands de Séville, et pas uniquement pour signer un accord relatif à l’avería : il s’agissait cette fois de donner à Philippe III les moyens de rembourser les prêts conclus avec les banquiers de la monarchie25. Ainsi, en 1618, une saisie de 200 000 ducats a été imposée aux marchands. En 1620, la corporation sévillane obtint une réduction au minimum du commerce entre les deux vice-royautés américaines26. La joie fut cependant de courte durée. Quelques mois plus tard, la corporation subit un nouveau revers : elle se vit imposer une nouvelle saisie, de 800 000 ducats cette fois. Il était clair désormais que les marchands sévillans financeraient une part notable de l’effort de guerre de la monarchie27.
21Pendant presque tout son règne, Philippe IV a appliqué les mêmes mesures que celles mises en œuvre par son père au cours des trois dernières années de sa vie. Le contexte est celui d’une intense activité militaire et d’énormes difficultés financières entre la fin de la trêve de Douze ans en 1621 et la paix des Pyrénées en 165928. Les prélèvements réguliers telle l’avería ont par conséquent augmenté de façon spectaculaire, tout comme les demandes de services ponctuels adressées à la corporation. Dans chaque cas, il s’agissait moins de demandes que d’exigences couvertes par la fiction juridique d’un pur amour pour leur prince qui pousserait les marchands à lui fournir des fonds. Elles ont été si nombreuses et si fréquentes qu’il n’est pas possible de les énumérer ici29. On ne peut que se contenter de souligner les types de services demandés le plus fréquemment en cette période de difficultés financières pour la Couronne :
Les dons (donativos), qui peuvent être considérés comme le service par excellence, celui qui est effectué sans attendre de contreparties immédiates particulières. Ils sont offerts gracieusement, mais on attend du souverain aide lui aussi ses vassaux s’ils sont dans le besoin.
Les emprunts (empréstitos), équivalant à une opération de crédit, sauf qu’elle n’est pas conclue sur le marché financier mais dans le cadre d’une relation roi/sujet et permet donc d’envisager des conditions de remboursement beaucoup plus avantageuses.
Le troc d’argent contre du billon (trueques) : cette opération est possible dans le contexte des systèmes monétaires bimétalliques et trimétalliques en vigueur dans l’Europe moderne, particulièrement dans la monarchie espagnole. Le roi, qui a besoin d’argent, la collecte auprès des marchands et, en compensation, leur donnait le même montant en pièces de cuivre ainsi qu’une prime (le « premio ») censée combler la différence de valeur entre les deux espèces sur le marché.
22La rhétorique du service entre le vassal et son seigneur visait à simuler une spontanéité et un volontarisme, qui peu à peu disparaissaient dans ce type d’opérations. Ils étaient même inenvisageables dans le cas du troc d’argent. Pour un marchand, les pièces de cuivre n’étaient d’aucune utilité sur les marchés européens et le prix fixé était en général calculé artificiellement – très en-deçà de la valeur réelle acceptée des transactions quotidiennes. Le remboursement des emprunts était tout aussi défaillant : ils étaient fréquemment garantis par le revenu des impôts comme les alcabalas et les almojarifazgos qui, au milieu du xviie siècle, n’offraient pas une compensation suffisante. Enfin, le montant des dons était gigantesque. Comme les trocs d’argent et les emprunts, ils signifiaient des pertes en numéraire d’une ampleur bien supérieure à ce que ces entrepreneurs pouvaient supporter. Pour finir, ils ne pouvaient pas même être certains de recevoir une influence politique proportionnelle à leurs sacrifices, soit des contreparties qui seraient le propre d’un bon roi, comme cela s’était produit auparavant. Aucune concession ne pouvait avoir plus de poids que l’interdiction absolue du commerce entre la Nouvelle-Espagne et le Pérou, accordée en 1634 : les marchands sévillans l’avaient demandé à cor et à cri pendant des décennies. En réalité, elle n’a pas eu les effets désirés et n’a pas mis fin à la contrebande30. Bien plus, en contradiction avec les intérêts de la corporation, les étrangers ont pu participer de manière croissante au commerce colonial grâce au développement de la vente de lettres de naturalité, faisant largement voler en éclat le régime de privilèges qui s’était mis en place au cours des décennies précédentes.
23La monarchie de Philippe IV a donc rompu – de manière unilatérale et autoritaire – la relation de réciprocité avec les marchands de la Carrera de Indias, suscitant parmi eux un mécontentement évident. Comment les élites sévillanes ont-elles réagi ? La question prend un sens particulier dans le contexte d’intense conflictualité politique du milieu du xviie siècle et de l’apparente absence de grandes rébellions en Castille. En effet, la bourgeoisie andalouse n’a participé à aucun mouvement d’opposition contre la monarchie, malgré les craintes du Conseil des Indes ; elle ne s’est pas non plus jointe au soulèvement aristocratique du duc de Medina Sidonia et ne s’est liée d’aucune manière aux révoltes populaires désignées comme les « altérations andalouses ».
24Il n’est cependant plus possible aujourd’hui d’y voir la marque d’une hypothétique « société non-révolutionnaire » castillane31. L’attitude des marchands sévillans semble, au contraire, s’inscrire dans le paradigme complexe d’une Castilla convulsa tel qu’il a été proposé par Juan E. Gelabert : l’absence d’une grande rébellion généralisée n’a pas empêché une contestation structurelle qui prend la forme de manifestations locales de mécontentement atomisées contre la fiscalité royale32. Elle doit aussi être mise en relation avec les propositions éclairantes développées par Rosario Villari, selon lesquelles la culture politique baroque se caractériserait par une condamnation venue du sommet de la figure du rebelle – associée principalement à la haute noblesse et à la plèbe – mais aussi par l’élévation de la dissimulation au rang de vertu politique33. Ce sont là des clés de lecture importantes. La bourgeoisie disposait de moyens non-violents face à la rupture de la réciprocité politique et à l’autoritarisme de la monarchie de Philippe IV. La délocalisation croissante des affaires en dehors de Séville, l’augmentation de la fraude34 et le refus de financer l’avería à partir de 1655 sont des phénomènes économiques qui, d’un point de vue politique, doivent être relus et réinterprétés comme une réponse dissimulée aux progrès de l’autoritarisme royal. La rupture de la réciprocité entre le roi et les marchands a été très profonde et la conséquence en a été la crise du modèle qui avait été jusqu’alors celui de la Carrera de Indias.
Le Consulado et la culture politique du service
25L’histoire des relations entre les rois d’Espagne et le Consulado ne s’arrête pas là. Elle s’est poursuivie dans les décennies suivantes, au cours desquelles elle n’a jamais cessé de se transformer. Nous pourrions donc poursuivre l’analyse, mais cela signifierait d’outrepasser les frontières chronologiques de ce volume. Cela n’est pas nécessaire : les données qui ont été présentées ici sont suffisamment éloquentes et permettent de formuler, en écho à nos remarques introductives, les conclusions suivantes :
Le Consulado de Cargadores ne peut être considéré comme une structure de pouvoir si on ignore son principal – mais pas unique – interlocuteur : la monarchie. La clé réside dans le dialogue entre le roi et les marchands.
Ce dialogue peut se résumer, dans les grandes lignes, à une logique de do ut des : les marchands apportent une aide économique à la Couronne et celle-ci, à son tour, légifère en faveur de la communauté des négociants. Ce constant permet d’inscrire le cas étudié dans le cadre paradigmatique construit par Sheilagh Ogilvie, avec des nuances particulières qu’on rencontre lorsqu’il s’agit d’accorder analyses micro- et macro-historiques.
La relation entre le souverain et ses sujets ne tend pas, par conséquent, vers la stabilité, mais se modifie constamment, comme nous venons de le mentionner. Dans ce cadre fluctuant, les moments de cordialité alternent avec des périodes d’hostilité croissante, particulièrement au long du xviie siècle, alors qu’ont augmenté les exigences d’une monarchie engagée dans une tentative désespérée pour soutenir militairement la cause catholique et les intérêts des Habsbourg en Europe.
Le concept historiographique qui semble le mieux définir cette réalité est celui de « collaboration conflictuelle », formulé par Bartolomé Yun Casalilla en référence aux relations entre les Habsbourg et les Cortes castillanes35. Le dialogue entre la Couronne et le Consulado reproduit, d’une certaine façon, à une échelle inférieure, le dialogue entre le roi et l’ensemble du royaume de Castille à travers les Cortes. Dans le cas étudié ici, le souverain n’interagit pas avec l’ensemble du royaume, mais uniquement avec une fraction de celui-ci : le collectif de marchands établi en Andalousie commerçant avec les vice-royautés espagnoles en Amérique, désigné alors comme l’Universidad de Mercaderes Tratantes en Indias et, plus tard, l’Universidad de Cargadores a Indias. Les Cortes étaient loin d’être la seule institution représentative. Le Consulado était un collectif spécialisé dans le commerce.
26De toute évidence, l’expérience des Cargadores a Indias peut éclairer de nombreux aspects de la culture et de la pratique du service du prince au début de l’époque moderne. Nous terminerons ces lignes par quelques dernières questions permettant une comparaison avec d’autres acteurs et situations étudiés dans le présent ouvrage. La première et la plus évidente est la suivante : qui effectue le service ? Des entités juridiques aussi larges et dépersonnalisées comme le royaume de Castille ? Des individus tels que des chefs militaires ou de grands financiers ? Des collectifs spécifiques tels que l’aristocratie ? Pas seulement, en réalité. Une bourgeoisie d’affaires basée dans une ville ou une région spécifique, spécialisée dans un domaine économique précis, formée d’individus appartenant aux strates intermédiaires de la société, participait également de cette réalité fondamentale de l’Ancien Régime.
27À quoi sert une bourgeoisie de ce type ? Bien qu’elle soit d’une taille restreinte, elle demeure un collectif qui avait besoin d’intermédiaires pour traiter avec le roi. Il en dispose et nous pouvons, à bon droit, le définir comme une institution représentative. Le Consulado – ainsi que d’autres personnages comme les agents ou les procureurs – participe d’une culture de l’élection et de la représentation caractérisant tant la bourgeoisie andalouse que d’autres bourgeoisies européennes de l’Ancien Régime36. Les marchands de Séville votent et choisissent leurs représentants – un prieur et deux consuls – et ils négocient avec la monarchie le service qu’ils rendent à leur seigneur.
28La forme que prend celui-ci est principalement de nature financière. C’est un autre élément caractéristique de la bourgeoisie andalouse et, par conséquent, de sa façon de servir le roi. La Carrera de Indias est l’une des principales voies d’acheminement de l’argent américain vers l’Europe37. Ainsi, lorsque la Couronne a besoin de plus d’argent qu’elle n’en a, elle sait exactement où le chercher et à qui s’adresser. La période des guerres de Religion est aussi celle de la révolution militaire et de l’essor des États fisco-militaires – concepts largement débattus et critiqués par l’historiographie au cours des dernières décennies38. Les monarchies doivent réunir de grandes quantités d’argent pour financer des armées professionnelles en pleine expansion. Entre la fin du xvie et le début du xviie siècle, les besoins des Habsbourg sont sans doute les plus grands39. Ainsi, le service ne peut être limité à une participation à la guerre, à la diplomatie ou plus largement au gouvernement. Le bon serviteur est tout autant celui qui donne de l’argent au souverain : trouver des liquidités est pour lui aussi nécessaire que boire et respirer. De toute évidence, il s’agit d’un champ d’action crucial pour ces bourgeois qui servent leurs rois dans des moments aussi difficiles.
29On peut se demander, enfin, pourquoi et à quelle fin les marchands servent leur souverain. Tout simplement parce que la rhétorique du bon seigneur et du bon vassal, répandue dans toute l’Europe, le dicte. Les marchands servaient en assumant les obligations qui les lient à leur roi. Cela ne fait aucun doute. Tout aussi logiquement, ils tiennent pour acquis l’octroi d’une récompense : le bon seigneur leur reconnaît le service rendu par sa faveur et sa protection. Une réciprocité, en un mot, qui est au fondement de leur relation. Sa préservation, même si elle demeure fragile, est fondamentale jusqu’au règne de Philippe IV. Et sa rupture, au moment de la guerre de Trente Ans, a été dévastatrice. Dans cette réciprocité vassalique – qu’elle soit hésitante, se consolide ou soit mise en cause, et au gré de ses mutations à travers le temps –, nous trouvons la clé d’interprétation d’une pratique politique aussi essentielle que le service, qui ne peut se comprendre hors de son contexte propre.
Notes de bas de page
1 Ogilvie Sheilagh, Institutions and European Trade. Merchant Guilds, 1000-1800, Cambridge, Cambridge University Press, 2011.
2 Frankopan Peter, « Byzantine trade privileges to Venice in the eleventh century: the chrysobull of 1092 », Journal of Medieval History, vol. 30, 2004, p. 135-160 ; Mauro Frédéric, « Merchant communities, 1350-1750 », in James D. Tracy (dir.), The Rise of Merchant Empires: Long-distance Trade in Early Modern World, 1350-1750, Cambridge, Cambridge University Press, 1990, p. 255-286 ; Harreld Donald J., High Germans in the Low Countries: German Merchants and Commerce in Golden Age Antwerp, Leyde, Brill, 2004 ; Greif Avner, Milgrom Paul and Weingast Barry R., « Coordination, commitment, and enforcement: the case of the merchant guild », Journal of Political Economy, vol. 20, no 2, 1994, p. 308-312.
3 Selon ses propres termes : « The answer is not that they were economically efficient, in the sense that they maximized the size of the aggregate economic foot. Rather, merchant guilds were so widespread and long-lived because they offered a very effective way for two sets of powerful beneficiaries – rulers and guilded merchants – to redistribute larger slices of the pie to themselves, even at the cost of diminishing overall size » (Ogilvie S., Institutions and European Trade…, op. cit., p. 188).
4 « The guild-ruler relationship was less oppositional than symbiotic: each party aided the other in extracting resources from the economy » (ibid., p. 182-183).
5 Hespanha Antonio Manuel, « La economía de la gracia », in idem, La gracia del Derecho. Economia de la cultura en la Edad Moderna, Madrid, Centro de Estudios Constitucionales, 1993, p. 151-176.
6 Revel Jacques (dir.), Jeux d’échelle. La micro-analyse à l’expérience, Paris, Gallimard/Seuil, 1996.
7 Collado Villalta Pedro, « El Consulado de Sevilla: por un mayor protagonismo en la Carrera de Indias, 1591-1608 », in Bibiano Torres Ramírez et José Hernández Palomo (dir.), Andalucía y América en el siglo xvi, Séville, Consejo Superior de Investigaciones Científicas, 1983, p. 275-305.
8 Vila Vilar Enriqueta, El Consulado de Sevilla de Mercaderes a Indias. Un Órgano de Poder, Séville, Ayuntamiento de Sevilla, Instituto de Cultura y las Artes, 2016.
9 Oliva Melgar José María, El monopolio de Indias en el siglo xvii y la economía andaluza: la oportunidad que nunca existió. Lección inaugural Curso Académico 2004-2005, Huelva, Universidad de Huelva, 2004, p. 59.
10 Pour plus de détail, voir principalement Díaz Blanco José Manuel, Así trocaste tu gloria: Guerra y comercio colonial en la España del siglo xvii, Madrid, Marcial Pons, 2012, et, à titre de complément, les recherches de Bruno de la Serna Nasser sur le commerce mexicain : « La prohibición del comercio entre Nueva España y Perú de 1634: génesis de una real cédula a través de la coyuntura histórica de la Monarquía Hispánica », Histórica, t. 44/1, 2020, p. 41-81.
11 Les services rendus par les marchands sont généralement d’ordre économique et prennent soit la forme de contributions fiscales bien établies – avería, almojarifazgo… –, puisqu’elles ont été fondées au xvie siècle, soit de services ponctuels, devenus massifs au xviie siècle. Cela n’exclut pas qu’individuellement certains marchands puissent servir le roi d’une autre manière en des occasions particulières.
12 Elliott John H., España y su mundo 1500-1700, Madrid, Alianza, 1990 ; idem, Imperial Spain 1469-1716, Londres, Penguin Books, 2002 ; Stradling Robert A., Felipe IV y el gobierno de España, 1621-1665, Madrid, Cátedra, 1989 ; Gelabert González Juan Eloy, Castilla convulsa (1631-1652), Madrid, Marcial Pons, 2001.
13 Ladero Quesada Miguel Ángel, La Hacienda Real de Castilla: 1369-1504, Madrid, Real Academia de la Historia, 2009 ; Carande Thovar Ramón, Carlos V y sus banqueros, Barcelone, Crítica, 2000.
14 Chaunu Pierre, Sevilla y América: siglos xvi y xvii, Séville, Universidad de Sevilla, 1983.
15 Bernal Antonio Miguel, « La Casa de la Contratación de Indias: del monopolio a la negociación mercantil privada (siglo xvi) », in Antonio Acosta Rodríguez, Adolfo González Rodríguez et Enriqueta Vila Vilar (dir.), La Casa de la Contratación y la navegación entre España y las Indias, Séville, Consejo Superior de Investigaciones Científicas, 2003, p. 129-160 ; García Baquero González Antonio, La Carrera de Indias: suma de la contratación y océano de negocios, Séville, Algaida, 1992.
16 Heredia Herrera Antonia, « Las Ordenanzas del Consulado de cargadores a Indias », Archivo hispalense. Revista histórica, literaria y artística, vol. 173, 1973, p. 149-183 ; Trueba Eduardo, Sevilla, tribunal de océanos (siglo xvi), Séville, Gráficas del Sur, 1988.
17 Ulloa Modesto, La Hacienda Real de Castilla en el reinado de Felipe II, Madrid, Fundación Universitaria Española, 1977 ; Elliott John H., El conde duque de Olivares. El político en una época de decadencia, Barcelone, Crítica, 1998.
18 Céspedes Guillermo, La avería en el comercio de Indias, Séville, Universidad de Sevilla, Escuela de Estudios Hispanoamericanos, 1945 ; Collado Villalta P., « El Consulado de Sevilla… », art. cité.
19 Lorenzo Sanz Eufemio, Comercio de España con América en la época de Felipe II, Valladolid, Diputación Provincial de Valladolid, Institución Cultural Simancas, 1986 ; Domínguez Ortiz Antonio, « La concesión de “naturalezas” para comerciar con las Indias durante el siglo xvii », Revista de Indias, vol. 19, no 76, 1959, p. 227-239.
20 Valle Pavón Guillermina del, El consulado de comerciantes de la ciudad de México y las finanzas novohispanas, 1592-1827, Mexico, El Colegio de México, 1997.
21 Borah Woodrow, Early Colonial Trade and Navigation Between Mexico and Peru, Los Angeles, University of California Press, 1954, p. 124-125 ; Navarro García Luis, « El comercio interamericano por la mar del Sur en la Edad Moderna », Revista de Historia (Caracas), vol. 23, 1955, p. 11-55 ; Latasa Pilar and Fariñas de Alba Maribel, « El comercio triangular entre Filipinas, México y Perú a comienzos del siglo xvii », Revista de historia naval, vol. 35, 1991, p. 16. En 1593 a aussi été autorisée la création du Consulado de Lima, même s’il fallut attendre encore vingt ans pour qu’il ait une existence officielle.
22 Díaz Blanco J. M., Así trocaste tu gloria…, op. cit.
23 Latasa P. et Fariñas de Alba M., « El comercio triangular », art. cité, p. 16-17, 24.
24 Elliott J. H., Imperial Spain…, op. cit.
25 Pulido Bueno Ildefonso, La Real Hacienda de Felipe III, Huelva, I. Pulido, 1996.
26 À seulement deux navires de 200 tonnes par an ; l’envoi de vins péruviens en Nouvelle-Espagne a, en revanche, été interdit afin d’empêcher toute concurrence avec les vins andalous. La valeur des marchandises demeura fixée à 200 000 ducats. Voir AGI, Lima, leg. 571, libro 18, fo 269, cédule royale, Madrid, 28 mars 1620.
27 Díaz Blanco J. M., Así trocaste tu gloria…, op. cit.
28 Domínguez Ortiz Antonio, Política y hacienda de Felipe IV, Madrid, Ediciones Pegaso, 1983 ; Elliott J. H., El conde duque de Olivares…, op. cit.
29 Voir Díaz Blanco J. M., Así trocaste tu gloria…, op. cit.
30 Si Philippe IV avait pu obtenir beaucoup du Consulado de Séville, il n’avait pas obtenu autant de ses homologues américains. Cette mesure était par conséquent une sorte de compensation pour les Sévillans et une punition pour les Américains. Voir Serna Nasser Bruno de la, La prohibición del comercio…, op. cit. ; Suárez Margarita, « Sedas, rasos y damascos: Lima y el cierre del comercio triangular con México y Manila en la primera mitad del siglo xvii », América Latina en la Historia Económica, vol. 22/2, 2015, p. 101-134.
31 Elliott John H., España en Europa: estudios de historia comparada. Escritos seleccionados, Valence, Universitát de València, 2002.
32 Gelabert González J. E., Castilla convulsa…, op. cit.
33 Villari Rosario, Rebeldes y reformadores del siglo xvi al xviii, Barcelone, Serbal, 1981.
34 Moutoukias Zacarías, « Una forma de oposición: el contrabando », in Massimo Ganci et Ruggiero Romano (dir.), Governare il mondo: l’impero spagnolo dal xv al xix, Palerme, Società Siciliana per la storia patria, 1991, p. 333-367.
35 Yun Casalilla Bartolomé, Marte contra Minerva: el precio del imperio español, c. 1450-1600, Barcelone, Crítica, 2004.
36 Díaz Blanco José Manuel, « Elección y representación. Itinerarios de una cultura política mercantil en el siglo xvii », in Bertrand Haan et Jean-Philippe Priotti (dir.), Une Europe des Affaires (xvie-xviiie siècles). Mobilités, échanges et identités, Bruxelles, Peter Lang, 2018, p. 73-97.
37 Hamilton Earl J., El tesoro americano y la revolución de los precios en España, 1501-1650, Barcelone, Crítica, 2000 ; Morineau Michel, Incroyables gazettes et fabuleux métaux: les retours des trésors américains d’après les gazettes hollandaises (xvie-xviiie siècles), Cambridge, Cambridge University Press, 1985 ; Tepaske John J. et Klein Herbert S., « The Seventeenth-Century Crisis in New Spain: Myth or Reality? », Past & Present, no 90, 1981, p. 116-135 ; García-Baquero Antonio et Bernal Antonio Miguel, Tres siglos de comercio sevillano, 1598-1860, Séville, Fundación Cámara de Sevilla/Universidad de Sevilla, 2011.
38 Parker Geoffrey, La revolución militar: innovación militar y apogeo de Occidente, 1500-1800, Madrid, Alianza, 2002 ; Bonney Richard, The Rise of the Fiscal State in Europe, c. 1200-1815, Oxford, Oxford University Press, 1999 ; Conway Stephen et Torres Sánchez Rafael (dir.), The Spending of states: military expenditure during the long eighteenth century: patterns, organisation, and consequences, 1650-1815, Saarebruck, VDM Verlag Dr. Müller, 2011.
39 Carande Thovar R., Carlos V y sus banqueros, op. cit. ; Ulloa M., La Hacienda Real de Castilla…, op. cit. ; Pulido Bueno I., La Real Hacienda de Felipe III, op. cit. ; Domínguez Ortiz A., Política y hacienda de Felipe IV, op. cit.
Auteurs
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José Manuel Díaz Blanco
José Manuel Díaz Blanco est maître de conférences en histoire moderne à l’université de Séville. Il a publié Razón de Estado y Buen Gobierno. La Guerra Defensiva y el imperialismo español en tiempos de Felipe III (2010) et Así trocaste tu gloria. Guerra y comercio colonial en la España del siglo xvii (2012). Il mène actuellement des recherches sur l’histoire de la Carrera de Indias et du commerce espagnol avec l’Amérique à l’Époque moderne.
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Bruno de la Serna Nasser
Bruno de la Serna Nasser effectue son doctorat en histoire sous la cotutelle de l’université nationale autonome du Mexique et de l’université de Séville. Il est l’auteur de divers articles et chapitres de livres. Ses investigations se situent, avant tout, au Mexique durant la première moitié du xviie siècle mais dans une perspective globale. Il se concentre principalement sur le commerce effectué dans les deux océans – Atlantique et Pacifique –, et sur la politique commerciale déployée par la Couronne et d’autres institutions de la monarchie hispanique.
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