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    Plan détaillé Texte intégral LES TERRAINS DE RENCONTRE LES EMPRUNTS RÉCIPROQUES VERS UNE ARTICULATION THÉORIQUE ENTRE
    LANGAGE ET ESPACE : LA NOTION DE MARQUAGE
    CONCLUSION Notes de bas de page Auteurs

    Penser et faire la géographie sociale

    Ce livre est recensé par

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    Table des matières

    Sociolinguistique urbaine et géographie sociale : articuler l’hétérogénéité des langues et la hiérarchisation des espaces

    Thierry Bulot et Vincent Veschambre

    p. 305-324

    Note de l’auteur

    Note portant sur l’auteur1

    Note portant sur l’auteur2

    Texte intégral LES TERRAINS DE RENCONTRE Un même intérêt pour la dimension spatiale du social Sociolinguistique urbaine : d’un espace donné à un espace produit (en discours) Géographie sociale : d’un objet espace à un objet société Une même démarche critique initiale Une rencontre autour du terme discours Rencontres en terme de problématique Rencontres méthodologiques autour des discours Des rencontres nécessairement transdisciplinaires LES EMPRUNTS RÉCIPROQUES Urbanisation, territoire, limites : penser l’espace en sociolinguistique Urbanisation sociolinguistique Territoire et (non)appropriation de l’espace Sémantisation et catégorisation de l’espace :
    les emprunts de la géographie aux sciences du langage
    Pratiques discursives, processus de catégorisation et construction de l’espace L’espace comme langage VERS UNE ARTICULATION THÉORIQUE ENTRE
    LANGAGE ET ESPACE : LA NOTION DE MARQUAGE
    Marquage : entre langage et matérialité, des enjeux de légitimation Marquage : symbolique et matériel, langagier et sémiotique Marquage : des enjeux en terme d’identité et de positionnement social Marquage et habitat « populaire » : signalétique et architecture Deux formes de marquage de l’espace urbain : signalétique et architecture Interpréter la signalétique et l’architecture : quelques points de méthode CONCLUSION Notes de bas de page Auteurs

    Texte intégral

    1Ce texte est issu d’un projet de recherche engagé sur le thème de l’habitat populaire, que nous avons piloté conjointement3. Il cherche à rendre compte de questionnements théoriques et méthodologiques abordés dans le cadre de cette recherche, relevant a priori d’une problématique géographique : l’articulation entre les rapports à l’espace et le positionnement social des individus et des groupes. Une telle rencontre entre des sociolinguistiques (urbains) et des géographes (sociaux) n’a pas été fortuite et n’a pu fonctionner que parce que nous partagions des questionnements scientifiques et des manières d’envisager le social. Dans le cadre de nos échanges, nous avons constaté une véritable homologie dans la construction des objets de recherche de la sociolinguistique urbaine et de la géographie sociale. D’abord, car ces deux approches relèvent d’une double crise, épistémique4, pour ce qui concerne la construction disciplinaire, et sociale, pour ce qui relève de leur champ d’intervention. Ensuite, parce que, si ces convergences ont créé le cadre de la rencontre, c’est sur le terrain des discours qu’elle s’est concrétisée. Ce qui interroge ici globalement, mais foncièrement, les deux disciplines, c’est la mise en mots du spatial, du social et la construction de catégories sociales en référence à l’espace. Mais c’est peut-être plus encore la dimension praxique du discours, cela dans le rapport constant à l’hétérogénéité constitutive de toute production et de toute action humaine.

    2Dans un premier temps, nous ferons le point des convergences entre nos deux disciplines dans la façon d’envisager la recherche et d’aborder la société. Puis nous reviendrons sur les apports théoriques qui ont accompagné des emprunts conceptuels réciproques. Nous proposerons enfin une articulation théorique entre langage et espace, à partir de nos recherches communes, autour de la notion de marquage.

    LES TERRAINS DE RENCONTRE

    Un même intérêt pour la dimension spatiale du social

    3La sociolinguistique urbaine et la géographie sociale se sont d’abord retrouvées sur l’idée que l’espace représente une dimension fondamentale de la construction du social et que cet espace n’est pas un support neutre, extérieur à l’expérience humaine, dont on pourrait faire une description unique. Mais au contraire que l’espace est pensé, signifié, informé, en bref, qu’il représente un produit social.

    Sociolinguistique urbaine : d’un espace donné à un espace produit (en discours)

    4La sociolinguistique urbaine inclut dans sa problématisation du fait socio-langagier les spécificités organiques et fonctionnelles de l’espace urbain. Certes, l’espace (il suffit de penser au paradigme de la diatopie5) est une dimension approchée par la discipline, mais elle l’est comme étant essentiellement une donnée et non un produit. Et surtout la notion, car il ne peut ici s’agir d’un concept opératoire pour la discipline tant les acceptions diffèrent, laisse à penser que l’espace est un, c’est-à-dire que, même s’il peut être pensé comme le résultat d’une activité humaine quelle qu’elle soit, il ne peut être qu’unique. Cette intuition est sans doute partagée par les sociolinguistes qui placent au centre de leurs réflexions la notion de processus, engageant elle-même l’idée que rien n’est de fait « donné ». La sociolinguistique urbaine pose, dans ses postulats, la multiplicité des espaces impartis aux villes, multiplicité qui, à son tour, prend sens et valeur dans les pratiques discursives (dont le discours sur la ou les langues et leurs usages) qui l’énoncent. C’est-à-dire que les discours sur la ville modifient la perception du réel urbain, et comment, via la praxis linguistique, cette perception, mise en mots par la corrélation aux pratiques langagières finit par être confondue au sens strict avec le réel ; c’est dire que les discours sur la ville finissent par devenir « la ville »… une ville pourtant différente pour chacun de ses acteurs.

    5Aussi le champ problématisé de la sociolinguistique urbaine considère-t-il comme objet de recherche l’hétérogénéité corrélée des discours sur les langues et la spatialité, au travers de trois tâches, trois pôles d’intervention et de réflexion, non hiérarchisés et non exclusifs les uns des autres : l’étude de la mise en mots de la covariance entre les structures socio-spatiales signifiantes et la stratification sociolinguistique, l’étude de la ville comme matrice discursive (autrement dit le contexte social des discours), et les interactions opérantes (dans un mouvement dialectique) entre la prégnance des structures socio-spatiales sur les attitudes linguistiques et langagières produites par les acteurs de l’urbain et leurs propres discours sur l’espace social.

    Géographie sociale : d’un objet espace à un objet société

    6Depuis bientôt 25 ans, la géographie sociale a contribué à cette rupture épistémologique de la discipline, qui a fait basculer l’objet de recherche de l’espace (qui faisait la spécificité et la légitimité de la discipline) vers la société, en affirmant à la suite de Renée Rochefort que « ce qui est premier en géographie, c’est la société et non l’espace » (Rochefort, 1983 : 13). Ce renversement a permis de remettre l’espace à sa place et d’affirmer, face aux tenants d’un espace extérieur à la société (géographie classique) ou doté de ses propres lois (analyse spatiale) qu’il était en fait un produit social et ne pouvait s’appréhender qu’à travers la lecture des rapports sociaux.

    7C’est ainsi que la géographie sociale envisage les différentes facettes de la dimension spatiale des sociétés : appropriation de l’espace et positionnement social, représentations6 et catégorisations, identités et comportements inscrits dans les espaces de vie, reproduction et régulations cohésives par les politiques sociales et territoriales… L’attention portée aujourd’hui aux questions de patrimonialisation de certains espaces en géographie sociale (Garat, Gravari-Barbas, Veschambre, 2001) témoigne de cet intérêt pour les processus de construction de ressources symboliques dans la dimension spatiale, à l’initiative de certains groupes sociaux qui cherchent à se les approprier.

    8Alors que la géographie (sociale notamment) s’inscrit désormais dans les sciences sociales en affirmant la nature sociale de l’espace, la sociolinguistique (et plus largement les sciences sociales) revalorise la dimension spatiale des faits sociaux ou en d’autres termes, la spatialité.

    9C’est dans cet esprit que nous nous sommes inscrits conjointement dans la démarche initiée par l’ACI espaces et territoires, qui vise à faire dialoguer ces disciplines qui font aujourd’hui « de l’espace une entrée fondamentale dans l’analyse des pratiques, des représentations et des identités individuelles et collectives7 ». Si l’on a pu parler de « tournant géographique » à propos de cette sensibilité nouvelle des sciences sociales, l’espace n’est pas seulement le bien propre des géographes mais une dimension8 qui concerne toutes les disciplines des sciences sociales, ce qui crée les conditions d’un vrai dialogue scientifique.

    Une même démarche critique initiale

    10La sociolinguistique urbaine prétend contribuer à redonner vigueur au questionnement fondateur de la sociolinguistique : quelles réponses (non seulement théoriques, mais aussi pratiques et méthodologiques) la discipline peut-elle apporter face à l’exclusion des minorités sociales ? Problématiser le terrain urbain, c’est rencontrer une crise sociale, une crise du lien social, dans la mesure où, même si elle produit des richesses, de la culture, des valeurs positives, des normes, la ville est aussi un lieu non seulement de tensions et de conflits plus ou moins bien gérés mais aussi un lieu d’exclusion, de relégation, de sécession. De telles pratiques sociales, dont les pratiques langagières constituent l’une des manifestations, sont l’une des formes explicites d’une demande sociale non institutionnelle qu’il convient d’investir et de questionner. Problématiser l’urbanité, c’est-à-dire faire de la sociolinguistique urbaine et non pas de la sociolinguistique en ville, est le premier et nécessaire temps de réponse.

    11L’ouvrage fondateur de la géographie sociale affirme clairement l’idée d’engagement : « on ne saurait pratiquer la géographie telle que nous l’entendons ici sans un désir de justice sociale » (Chevalier, Frémont, Hérin, Renard, 1984 : 155). Même si cette affirmation ne semble plus faire l’unanimité, comme cela transparaît dans les précédents colloques de géographie sociale (Piolle, 2001), l’UMR ESO réaffirme dans son dernier texte problématique que « l’actualité impose de continuer à porter un regard critique sur les formes sociales et spatiales produites par les systèmes de production, les rapports sociaux, mais aussi les idéologies qui les sous-tendent9 ». Vingt ans après le manuel de géographie sociale, des collègues se font à nouveau entendre pour promouvoir une géographie sociale engagée, une géographie qui privilégie l’analyse des inégalités sociales, des processus de domination (Raoulx, 2001).

    12Nos deux approches disciplinaires sont en tout cas bien placées pour articuler deux niveaux de discours qui sont trop souvent posés comme contradictoires : un discours d’ordre socio-politique « qui exprime la nécessité de rendre visible un champ de recherche auprès des acteurs sociaux de tous ordres » (Bulot, 2004a : 118) et un discours d’ordre méthodologique et scientifique. Les choix de recherches de la sociolinguistique urbaine et de la géographie sociale ne sont pas neutres (voire peuvent être conçus comme militants), ce qui va de pair avec des ambitions scientifiques (ré)affirmées, le fait d’afficher clairement des valeurs et de chercher à se doter des outils et méthodes de compréhension adaptés aux objets choisis, étant un gage de rigueur et de responsabilité10.

    13Nous avons donc la même sensibilité aux inégalités sociales, le même questionnement en terme de minoration/domination : la dimension spatiale des inégalités, des conflits, de l’exclusion est au cœur de nos réflexions. À la croisée de ces approches sociopolitiques et scientifiques, c’est une conception commune de l’espace comme dimension dans laquelle se joue la construction hiérarchisée, inégalitaire de la société, qui permet à la sociolinguistique urbaine et à la géographie sociale d’engager un échange approfondi.

    14Dans nos approches, l’espace est appréhendée comme une ressource (matérielle et symbolique) qui fait l’objet de conflits d’appropriation, et qui est constitutive des inégalités sociales. Nous avons fondamentalement le même objet de recherche, à savoir analyser le « procès d’appropriation de l’espace ». Les uns entrant dans cette analyse par le langage : « l’urbanisation linguistique […] est aussi un procès socio-langagier d’appropriation de l’espace urbain en tant qu’espace et territoire social » (Bulot, 1999b : 43). Les autres à travers différentes formes de pratiques et de représentations de l’espace, induisant des modalités à la fois matérielles et idéelles de l’appropriation : mobilités, rapports à l’habitat, pratiques de loisirs, comportements politiques… (Ripoll, Veschambre, 2005). Ce que résument bien E. Dorier-Apprill et C. Van den Avenne lorsqu’elles écrivent que « l’appropriation d’un espace se fait « par le corps », dans l’usage dans les pratiques quotidiennes, mais également par le langage, la mise en mot de cet espace » (Dorier-Apprill, Van den Avenne, 2004 : 56).

    15Si les conditions de la rencontre sont créées par ces convergences épistémologiques et sociopolitiques, son approfondissement n’a pu se faire que sur le plan des discours, qui sont au cœur de la sociolinguistique et qui concernent de plus en plus étroitement les géographes.

    Une rencontre autour du terme discours

    Rencontres en terme de problématique

    16La sociolinguistique urbaine est une sociolinguistique des discours (qu’il s’agisse d’ailleurs d’attitudes linguistiques et/ou langagières voire de pratiques linguistiques attestées ou non) dans la mesure où elle problématise les corrélations entre espace et langues autour de la matérialité discursive11. En reprenant à la sociolinguistique générale son approche sur la covariance entre langue et société, elle pose ainsi la covariance entre structure socio-spatiale et stratification sociolinguistique, mais elle s’attache essentiellement à la mise en mots de cette covariance, à la façon dont les discours font état des appropriations (y compris les appropriations déniées voire segrégantes) d’un espace urbanisé par des locuteurs donnés d’une langue, d’une variété de langue, elle aussi construite autant dans les discours institutionnels que dans les discours qui leur sont propres. Bien sûr, un tel regard sur le discours impose de le recentrer en permanence dans la communauté sociale dont il est l’une des matérialités ; et de ce point de vue, il importe de la penser comme étant également un discours sur le partage des normes, des attitudes, sur un rapport identique à la langue. Nous parlions plus haut de « dimension praxique » ; en l’occurrence, la sociolinguistique urbaine tente d’évaluer l’efficacité sociale de tous ces discours relatifs au socio-spatial et au socio-langagier pour tenter d’analyser comment le discours et la pratique de l’espace peuvent modeler les comportements linguistiques et langagiers des sujets et comment a contrario, ce discours (leurs discours) contribue à façonner l’espace social, l’espace énonciatif, et au final le territoire (Bulot, 2003).

    17En géographie comme dans d’autres sciences sociales, les discours sont aujourd’hui conçus comme une voie d’accès privilégiée aux objets d’analyse. Pour J. Lévy, cet intérêt récent des géographes pour le langage, pour les discours, « marque une entrée plus déterminée de la géographie dans l’univers du social » (Lévy, 2000 : 338). En décrivant la manière dont les individus et les groupes sociaux luttent pour s’approprier des espaces aux ressources inégales, la géographie sociale est amenée à s’interroger sur la construction de ces ressources et sur la hiérarchisation des espaces. La discipline est donc sensible aux effets structurants des discours sur l’espace, qui contribuent à leur production et à leur hiérarchisation. Cet intérêt était affiché dès le manuel de 1984 : à côté des sources classiques de la géographie (dont les sources statistiques encore dominantes à l’époque) sont évoquées des formes de discours telle que la littérature et notamment les romans du xixe siècle. Cette ouverture a été impulsée par des pionniers tel qu’A. Vant, qui a appréhendé dans sa thèse sur Saint-Étienne différentes formes de discours (romans, contes, poèmes, chansons, lettres, mémoires, carnets…) à prétention littéraire, politique ou économique. Il a envisagé ces discours en les problématisant, en se posant la question des conditions de leur production, avec une démarche caractéristique de la géographie sociale, considérant que « les discours sur la ville parlent moins de la ville que des rapports sociaux qui façonnent la ville » (Vant, 1981 : 154). Même s’il ne se revendique pas de la géographie sociale, M. Lussault a prolongé la réflexion sur les discours et a affirmé, suite à des auteurs comme L. Sfez ou P. Bourdieu, qu’il fallait les appréhender comme des pratiques : « produire du territoire pour un élu, c’est d’abord produire du texte, du langage, sur le territoire et sa production » (Lussault, 1993 : 13). Ces deux géographes font partie de ceux qui ont impulsé l’étude des images de la ville, dans leur matérialisation langagière, textuelle, figurative.

    18L’ouverture sur d’autres sciences sociales, notamment celles qui sont depuis longtemps familiarisées avec les discours (sociolinguistique, anthropologie, sociologie…) a permis à des géographes d’élargir leur champ de recherche et de modifier leur conception même des discours. Des discours qui ne sont plus appréhendés comme une ressource pour confirmer telle et ou telle hypothèse de recherche (« la valeur descriptive des énoncés ») mais comme un matériau à analyser en lui-même, afin de décrire les pratiques et représentations de l’espace, et au-delà comme un facteur de production de l’espace.

    19Il reste à préciser que les « discours » ne sont pas à considérer comme un simple synonyme de prise de parole, de performance linguistique voire de texte écrit ou oralisé. Précisons qu’il s’agit par ce terme de poser l’ancrage de notre méthodologie dans une conception méthodologique issue de l’analyse du discours qui consiste à penser que les discours sont nécessairement opaques (autrement dit le sens immédiat est celui qui est modifié par le prisme idéologique) et que l’objet même d’une analyse est de rendre compte des facteurs extra-discursifs (entre autres le social) ; de ce point de vue, et même si les rapports entre sociolinguistique et analyse du discours sont loin d’être consensuels (Achard, 1997), une analyse de discours, par son travail sur la surface des énoncés et la mise en rapport avec les autres formes discursives disponibles et usitées à ce même moment socio-historique d’énonciation, devra rendre compte des conditions idéologiques de la reproduction et/ou de la transformation des rapports sociaux12.

    Rencontres méthodologiques autour des discours

    20En tant que disciplines de terrain, la sociolinguistique urbaine et la géographie sociale procèdent généralement par enquête13 et l’on trouve à ce propos des méthodes parfois très différentes suivant les courants et les types d’approches. Mais quelle que soit la méthode abordée14, il faut avoir conscience qu’une méthode d’enquête est d’abord un ensemble de stratégies mises en œuvre par le chercheur pour construire l’objet scientifique. En l’occurrence, il s’agit toujours de faire produire du discours, c’est-à-dire non seulement l’ensemble des productions qui vont être soumises à l’analyse linguistique spécifique ou à une lecture géographique mais encore les informations orales ou écrites telles que des locuteurs interrogés ont pu, ont su et surtout ont voulu donner à l’enquêteur. Travailler sur du discours revient à prendre conscience que l’on analyse des réponses à un questionnement, réponses qui peuvent être en parfait décalage avec une réalité donnée : quelqu’un qui déclare parler une langue ne fait que le déclarer, et peut ne pas la parler effectivement ; de même, l’affirmation selon laquelle une personne pratique tel ou tel espace ne doit pas être prise pour argent comptant. Mais à chaque fois ces réponses font état du fonctionnement social du langage et des représentations sociales des espaces.

    21Une enquête sociolinguistique rend donc compte d’une production linguistique dont sont clairement connues les conditions de productions (autant la situation d’interaction que les statuts de chacun des participants, par exemple) ; elle marie, pour l’analyse de ces faits langagiers, à la fois les outils de description linguistique (comment un locuteur assume ce qu’il dit, paraphrase autrui, définit des termes, comment un texte fait état des tensions sociales par et pour la langue, comment s’organise les tours de parole, la répartition des mots dans un énoncé, le statut des mots…), et ceux de l’analyse des valeurs sociolinguistiques, de ce qui fait que l’emploi de telle ou telle forme renvoie à un système de valeurs extralinguistiques.

    22En s’intéressant aux discours et aux représentations, les géographes (sociaux) ont été amenés à privilégier une « polyphonie méthodologique » (Dubois, Mondada, 2003). Fortement marquée à ses débuts par l’approche quantitative et la cartographie automatique, la géographie sociale s’est progressivement ouverte à des méthodologies de plus en plus qualitatives, enquêtes par questionnaires, pouvant comporter des questions ouvertes, et entretiens, qui constituent bien souvent l’un des principaux matériaux des recherches en cours. Longtemps soucieux de quantification et de représentativité, de nombreux géographes ont pris conscience que la démarche qualitative, à travers l’entretien « semi directif » voire « non directif » était la seule méthode possible pour recueillir les catégories utilisée par les personnes enquêtées, sans que ces catégories aient été induites par l’enquêteur lui-même. Pour J. Lévy, cette conversion à l’entretien a signifié un basculement de la géographie, qui est ainsi sortie du positivisme et s’est enfin intéressée à des objets idéels et notamment langagiers (Lévy, 2000 : 338).

    23Il y a sans doute un décalage entre des pratiques de recherche nouvelles et une appropriation rigoureuse des méthodologies importées : les démarches empiriques restent sans doute prépondérantes. Mais un certain nombre de géographes se sont familiarisés avec les méthodologies de l’entretien, avec l’analyse des discours, que ce soit l’analyse textuelle (Müller, 2001) ou l’analyse de contenu, voire avec certaines méthodologies innovantes de recueil de discours, centrées sur la relation espace/parole, telles que la vidéographie15.

    24Nous aurons l’occasion de préciser le dispositif méthodologique mis en œuvre dans le cadre de notre recherche commune dans la dernière partie de ce texte.

    Des rencontres nécessairement transdisciplinaires

    25La sociolinguistique urbaine et la géographie sociale développent une approche nécessairement transdisciplinaire. Par ce terme16, nous signifions que les concepts importés d’autres disciplines gardent leur valeur première. Ce qui fait théorie est précisément de les combiner à une théorisation qui a fait ses preuves, sans les transformer ce qui serait le cas d’une approche interdisciplinaire, sans seulement vouloir les accumuler comme dans le cas d’une approche multidisciplinaire. Il s’agit bien de tenter de repousser les limites des analyses existant et de conceptualiser un champ de recherche émergeant de la demande sociale17.

    26Ainsi la sociolinguistique urbaine utilise des concepts et conceptualisations venant de la sociologie urbaine (urbanisation, culture urbaine, etc.), de la psychologie sociale (théorie des attitudes, etc.), de l’analyse du discours (matrice discursive, etc.), de la socio-sémiotique (épaisseur urbaine, etc.), de la toponymie urbaine, et bien entendu de la géographie sociale…

    27De même, en embrassant la dimension spatiale des rapports sociaux, la géographie sociale s’est penchée sur les « pratiques, les usages, les représentations, les imaginaires, les systèmes de valeurs et les stratégies que les acteurs déploient dans l’espace » (Cailly, 2003 : 854), ce qui a nécessité une ouverture conceptuelle et une diversification des méthodes de recherche. Dans sa définition, L. Cailly décrit d’ailleurs la géographie sociale comme « profondément prédatrice et boulimique de concepts empruntés à d’autres disciplines » (ibid. : 854), principalement l’anthropologie, la sociologie et la philosophie. L’un des principaux passeurs a été G. Di Méo, qui a cherché à intégrer matérialisme historique, structuralisme et phénoménologie (Di Méo, 1998).

    28En fait ces emprunts réalisés par l’une ou l’autre des disciplines ne sont pas tous à mettre au même niveau car ils procèdent tantôt de la méthodologie voire de la mise en pratique des enquêtes et de leur analyse, et tantôt d’une conceptualisation première et fondatrice de la théorisation générale. C’est sur ces emprunts théoriques et conceptuels que nous allons maintenant nous arrêter.

    LES EMPRUNTS RÉCIPROQUES

    Urbanisation, territoire, limites : penser l’espace en sociolinguistique

    29Comme nous l’avons indiqué, un certain nombre de concepts ont été importés par la sociolinguistique urbaine, depuis la géographie sociale notamment, afin de penser l’espace. En retour, ces emprunts questionnent les géographes dans leurs propres réflexions théoriques.

    Urbanisation sociolinguistique

    30Emprunté à la sociologie urbaine, le concept d’urbanisation est de fait central : en tant que concept spécifique de la sociolinguistique urbaine il ne renvoie pas (ce qui est admis en sociolinguistique générale) au seul accroissement quantitatif de la densité de l’habitat et de la diffusion d’une culture urbaine mais à une dislocation première et située des rapports entre la morphologie urbaine et la fonction sociale des espaces spécifiques d’un point de vue sociologique et, sur les aspects langagiers, à une recomposition complexe des espaces autour de la mobilité spatiale qui agit à la fois sur les comportements et les représentations sociolinguistiques. Dans cette mesure, nous parlons alors d’urbanisation sociolinguistique.

    31Si une telle conceptualisation de l’urbain en sociolinguistique crée les conditions d’un dialogue approfondi avec les géographes, elle ne recouvre pas tout à fait la manière dont ces derniers l’appréhendent. Longtemps dominée par une géographie rurale axée sur les conditions naturelles et les permanences, la géographie est devenue plus urbaine à partir des années soixante, avec les transformations des sociétés occidentales : cette dualité rural/urbain a été structurante jusque dans les années quatre-vingt. Géographie sociale et géographie culturelle ont contribué de manière décisive à partir du début des années quatre-vingt à un dépassement de ce clivage, en mettant en avant des objets sociaux et non plus des types d’espaces Dans leur majorité, les géographes ne s’appuient plus sur l’idée d’une différence de nature entre espace urbain et espace rural, dans un contexte d’urbanisation généralisée, avec l’extension des aires d’influence des villes (migrations pendulaires), avec l’intensification des mobilités de loisirs, la multiplication des doubles résidences, la diffusion des formes culturelles forgées dans les villes… De fait, la grande majorité des géographes travaillent sur des terrains spécifiquement urbains, où les enjeux d’appropriation de l’espace, où les conflits sont exacerbés et où les mobilités et les transformations sociales sont plus intenses, ce qui suffit à justifier leur pertinence.

    32La référence à l’urbain ne représente donc pas le même enjeu théorique dans nos deux disciplines. Au bout du compte, l’adoption de l’adjectif « urbaine » ne représente t’elle pas fondamentalement pour la sociolinguistique (de même que pour la sociologie) l’affirmation d’une pensée de l’espace ?

    Territoire et (non)appropriation de l’espace

    33Ce terme questionne de fait une autre notion peu discutée en sociolinguistique, le territoire. En effet, si l’on peut admettre que l’espace est le résultat des mobilités perçues ou vécues par les différents acteurs/locuteurs de l’urbanité langagière, il convient d’en mesurer les limites, d’en percevoir l’efficacité sociale avec une autre dimension, tout aussi essentielle, la dimension identitaire ; il n’est d’espace (donc de perception qui lui est liée) qui ne s’inscrive dans une perspective de légitimation de son occupation, de sa revendication, autrement dit d’identification. Le recours à la conceptualisation du territoire en géographie a permis de concevoir (au sens technique comme figuré du terme) que les espaces identitaires pouvaient varier non seulement d’un groupe social à un autre mais encore d’un locuteur à un autre en fonction de sa position sociale ou énonciative ; autrement dit, cela a permis d’exprimer les apparentes contradictions entre par exemple l’appropriation d’un espace précis pour en faire le lieu de la norme urbain et par ailleurs son rejet et sa stigmatisation.

    34Sans appartenir spécifiquement à la géographie, la notion de territoire en est devenue emblématique depuis une quinzaine d’années, faisant l’unanimité dans toutes ses composantes. Ce succès traduit notamment l’intérêt nouveau des géographes pour les représentations18, pour les identités, dans une approche phénoménologique plus affirmée. Mais comme le dit L. Cailly (2003), ce succès du territoire a quelque peu brouillé les pistes dans le domaine de la géographie sociale : il a réintroduit une tendance au spatialisme et au holisme, c’est-à-dire à l’assimilation de certains espaces (qualifiés de territoires) à des groupes sociaux.

    35Cette référence au territoire, qui renvoie bien souvent à la régulation, à la stabilité, à l’intégration et la cohésion sociale, peut occulter des enjeux socio-politiques et constituer par là même un mode de légitimation des pouvoirs en place (Ripoll, Veschambre, 2002). À cette approche en terme de territoire, certains géographes préfèrent la problématique de l’appropriation de l’espace19 qui a le mérite de mettre l’accent sur des processus, sur des dynamiques sociales et de pointer du doigt les enjeux sociaux et les conflits.

    36Si les chercheurs en géographie sociale peuvent avoir des réticences vis-à-vis de territoire et territorialisation, il faut bien préciser que la territorialisation telle qu’elle est envisagée en sociolinguistique urbaine se conçoit également comme un procès d’une part d’appropriation et de discrimination de l’espace par des attributs corrélés aux parlures, et d’autre part de mise en mots de la complexité locative20 des espaces de ville. Les enquêtes faites notamment sur la ville de Rouen (Bulot, 2004a) ont permis de poser une modélisation du processus en question : il se décompose alors en trois temps (voir Figure 1) liés et systématiques, mais qui ne sont pas nécessairement impartis à des repères identiques, que sont la circonscription (la mise en place des limites), la définition (la mise en mots des attributs définitoires) et la production (la mise en place des frontières).

    Figure 1 : La territorialisation

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    37L’intérêt d’un tel modèle est d’interroger non seulement les concepts quasi ordinaires de la sociolinguistique (évaluation, individuation, identification) mais aussi de conceptualiser et de discriminer scientifiquement d’autres termes relatifs à l’appropriation socio-langagière des espaces (Bulot, 2004a) : d’une part la « limite » qui, dans sa dimension discursive, rend compte de la diversification ou non des signaux divers (types d’interactions, accent, faits prosodiques, toponymisation, langue…) engageant à identifier l’espace comme un territoire « identitaire » à prétention légitime plus langagier que social tant pour le locuteur que pour le groupe social auquel il s’apparie ; d’autre part la « frontière » qui renvoie à la mise en mots des types d’espaces tantôt perçus, tantôt vécus comme permettant l’identification d’autrui sur la base d’une centration sociolinguistique21.

    Sémantisation et catégorisation de l’espace :
    les emprunts de la géographie aux sciences du langage

    38En prenant le langage au sérieux, la géographie sociale participe de la « sémantisation des objets de la géographie » (Lussault, 2003), ce qui contribue à un profond renouvellement épistémologique de la discipline. L’espace n’est plus seulement envisagé sous l’angle des usages et pratiques mais encore à travers les représentations et la mise en mots dont il est l’objet : « Les lieux de ville deviennent des espaces symboliques à partir du moment où ils ne font pas seulement l’objet d’un usage, mais où ils s’inscrivent aussi, dans des logiques de langage et de représentation » (Lamizet, 2004 : 122).

    39Nous pouvons identifier un double mouvement dans cette prise en compte des logiques de langage, dans ce « tournant linguistique » de la géographie : d’une part, la prise de conscience que la manière dont est dit l’espace contribue à le construire et par là même à construire la société, d’autre part, la tendance à envisager l’espace comme un langage à déchiffrer, afin de lire les structurations sociales.

    Pratiques discursives, processus de catégorisation et construction de l’espace

    40Nous pouvons revenir ici, de manière plus conceptuelle, sur ce qui est au fondement de l’intérêt des géographes pour les effets structurants du langage, à savoir la prise de conscience que l’espace est construit à travers des pratiques discursives.

    41Cette affirmation s’inscrit dans une conception du langage comme forme par excellence de matérialisation du sens ; en d’autres termes, pour paraphraser M. Foucault, on peut considérer que les mots créent les objets dont ils parlent (Foucault, 1969). En affirmant que les principes de vision et de division du monde, les catégorisations mentales ainsi que leur objectivation linguistique (leur mise en mot, en nom, en récit) sont socialement construits et ont en retour un rôle crucial dans la construction pratique de la réalité sociale (et même dans la transformation de la réalité physique), P. Bourdieu a fortement contribué à faire valoir cette approche du langage. Il nous a conduit à prendre en compte la logique et le pouvoir symbolique des « discours performatifs » et des « prophéties auto-réalisantes », et plus largement de toute représentation ou croyance dont l’efficacité « est proportionnelle à l’autorité de celui qui l’énonce » (Bourdieu, 1980).

    42Rapportée à l’espace et à ses transformations, cette conception du langage nous conduit à associer étroitement représentations, discours et production de l’espace : ce que résume C. Chivallon quand elle écrit « que les discours accompagnent nécessairement toute intervention dans l’espace » (Chivallon, 1999 : 309). Dans notre manière d’envisager la géographie, une telle prise de conscience doit se traduire par un intérêt accru pour toute opération de mise en mot et de catégorisation de l’espace. En partant de l’hypothèse que derrière ces catégorisations de l’espace (dénominations, classements, hiérarchisations…), ce sont bien des catégorisations sociales qui sont à l’œuvre. Il s’agit de faire le lien entre catégories de pensée, discours, structurations de l’espace et par là même, de la société22. Ces processus de catégorisation manifestent l’efficacité des pratiques discursives : en catégorisant un espace, un quartier, une ville, un pays, on structure un certain nombre de raisonnements et de comportements. C’est ainsi que la catégorie « quartier difficile », qui est un bon exemple de catégorisation du social par le spatial, suscite un certain nombre de comportements d’évitement. Une telle catégorie organise finalement la façon dont les gens s’approprient ou non cet espace, se l’approprient ensemble ou contre d’autres groupes sociaux, ce qui a un effet certain sur la construction même de ces groupes sociaux dans la dimension spatiale (Dubois, Mondada, 2000).

    43C’est dans cette même logique que se situe, pour la sociolinguistique urbaine, l’attention non exclusive mais prégnante de la catégorisation issue du terrain ; non seulement le chercheur attentif aux discours doit concevoir les effets performatifs de ses propres représentations, en l’occurrence sociolinguistiques, mais encore il doit penser la performativité discursive comme à la fois située et relative. S’il est ainsi raisonnable de penser que l’appropriation de l’espace est un fait anthropologique, il doit être tout aussi raisonnablement considéré que, dans un contexte donné pour ses attributs socio-langagiers et socio-spatiaux attestés par des observations directes, des locuteurs peuvent discursivement, bien sûr catégoriser autrement mais aussi refuser de s’approprier un espace (au sens d’appropriation symbolique ou identitaire) pourtant nettement confirmé par les discours (ceux des autres mais aussi les leurs) sur les façons de parler attribuées perçues ou représentées23. Ce refus d’appropriation nous rappelle que la catégorisation des langues, des parlures et des espaces ne peut se concevoir sans un autre processus (qui engage et construit aussi le chercheur) : la prétention légitime à décliner tel ou tel usage et de la langue et des parlures et de l’espace (Bordreuil, 2001).

    44À travers ces réflexions sur les catégorisations, les regards croisés de la sociolinguistique urbaine et de la géographie sociale, permettent d’interroger le processus d’appropriation, et de mieux cerner les espaces qu’il est valorisant ou non, légitime ou non, de s’approprier, par l’usage et par la langue.

    L’espace comme langage

    45La sémantisation de la géographie ouvre une autre piste majeure, qui consiste à conceptualiser l’espace comme langage, à considérer que l’espace fait l’objet d’un travail puissant de mise en signes et « d’encodage symbolique » : « à travers la codification de l’espace, à travers le traitement de la matière, il est possible de mettre en œuvre un système de représentation, aussi puissant que celui mis en forme par le langage » (Chivallon, 1999 : 301). S. Ostrowetsky a été pionnière dans cette manière d’envisager un espace faisant structurellement sens, « comme un langage » : elle parle bien en terme d’analogie, en ayant la précaution de dire que l’espace n’est pas fait pour communiquer et qu’il n’est « pas exactement un langage » (Ostrowetsky, 1994). Pour elle, se poser la question du sens de l’espace, à la lumière des sciences du langage (sémiotique/sémiologie) nous donne les moyens « d’analyser […] une société, son organisation et ses fonctionnements, ses modes d’appréhension du monde », ce qui rejoint parfaitement les objectifs de la géographie sociale (ibid. : 44).

    46De nombreux travaux qui abordent la marginalité, la ségrégation et plus largement les inégalités sociales, intègrent de manière plus ou moins explicite cette approche de l’espace comme langage, comme expression à la fois matérielle et symbolique, des hiérarchies sociales, « on peut ainsi véritablement lire dans les lieux d’une ville une morphologie spatiale des logiques sociales d’appartenance et des logiques politiques d’affiliation et de solidarité » (Lamizet, 2004 : 116).

    47C’est dans le prolongement d’une telle approche que nous proposons d’articuler langage et espace, autour de la notion de marquage, qui renvoie précisément à la production de signes dans l’espace.

    VERS UNE ARTICULATION THÉORIQUE ENTRE
    LANGAGE ET ESPACE : LA NOTION DE MARQUAGE

    48La rencontre entre sociolinguistique (urbaine) et géographie (sociale) procède donc d’un double mouvement d’intégration de la dimension spatiale dans l’étude des discours24 tenus sur les langues et les pratiques linguistiques effectives et d’intégration de la dimension symbolique et langagière dans la lecture des rapports individuels et collectifs à l’espace. La convergence est encore renforcée par la priorité commune accordée à la mise en évidence des enjeux de pouvoir et des inégalités sociales : c’est ainsi que nous nous sommes retrouvés autour de la problématique de l’appropriation de l’espace. Comme nous le rappellent les dictionnaires25, cette question de l’appropriation nous renvoie à celle du marquage, qui nous semble très prometteuse dans la perspective d’une articulation théorique entre langage et espace.

    Marquage : entre langage et matérialité, des enjeux de légitimation

    49Toutes les formes d’appropriation de l’espace, y compris celles qui reposent avant tout sur la force (processus de colonisation par exemple) ou sur le droit, revêtent une dimension symbolique, à travers la production de traces, de marques, en un mot, à travers la production de signes. Manifestation d’un rapport privilégié à l’espace, le marquage nous donne l’occasion d’approfondir la dimension spatiale des phénomènes langagiers et plus largement des expressions symboliques.

    Marquage : symbolique et matériel, langagier et sémiotique

    50La nature de ce marquage est double : nous sommes dans la signification, dans la désignation, dans l’attribution d’un sens et nous nous situons donc du côté du langage, du symbolique, de l’idéel. Dans le même temps, le marquage représente toujours une action matérielle. Soit à travers la fabrication, la réutilisation (voire la destruction) de repères signifiants (bornes, barrières, pancartes, graffitis, sculptures, monuments…) qui s’inscrivent plus ou moins dans la durée et laissent une trace. Soit à travers la présence des corps, des signes dont ils sont porteurs (habits26, pancartes…) et des langues, parlures qu’ils pratiquent27.

    51Dans son champ de recherche, la sociolinguistique urbaine recourt à la notion de marquage à travers l’expression de « marqueurs socio-langagiers », qui sont perçus par les habitants d’une ville et qui contribuent à la manière dont ils catégorisent, hiérarchisent les espaces urbains et les attribuent à tel ou tel groupe social (Bulot, 2001 et 2004a). Cette notion de marquage socio-langagier nous renvoie à la notion de signalétique, que l’on peut définir du point de vue de la sociolinguistique comme l’ensemble des traces, des marques qui permettent à un individu de s’orienter dans l’espace social/sociolinguistique (Bulot, 2004b). La « signalétique langagière » correspond aux traces mémorielles qui autorisent un locuteur/acteur de l’espace urbain à choisir/utiliser telle ou telle variété de langue, de registre en interaction en tel lieu ou tel espace de ville. La « signalétique linguistique » (odonymes, tags, graffitis, enseignes…) correspond aux traces matérielles posant le locuteur et son groupe social de référence dans un cadre interactionnel tendanciellement hérité (Bulot, 2004b).

    52Compte tenu de notre intérêt commun pour la problématique de l’appropriation et du marquage de l’espace, nous avons logiquement convergé dans le cadre de nos échanges, autour de la signalétique. Dans leur volonté de lire les rapports sociaux dans l’espace, les géographes se sentent en effet « concernés par l’identification des signes spatiaux qui fixent et/ou manifestent des significations individuelles et/ou collectives » (Lussault, 2003 : 833). La rencontre avec la sociolinguistique est ainsi l’occasion d’approfondir des travaux déjà engagés dans ce registre de la signalétique urbaine, du point de vue de la géographie (Veschambre, 1997, 2005b).

    53Tout en intégrant la signalétique et par là même le discours dans sa lecture de l’espace, le géographe pourra se référer également à la sémiotique28, qui cherche à « élaborer une méthode d’intelligibilité de la signification des monuments et des constructions de l’espace urbain » (Lamizet, 2004 : 117). Les nombreux travaux engagés par les géographes dans le domaine de la patrimonialisation ou du renouvellement urbain s’inscrivent pour partir dans cette démarche de lecture symbolique des choix de conservations, démolitions, reconstructions opérés par les sociétés contemporaines.

    54Au final, nous pourrions parler donc de « marqueurs socio-langagiers » et de « marqueurs architecturaux » dans cette démarche visant à appréhender les langages dans l’espace et l’espace comme langage, ces marques relevant à la fois d’un registre idéel et d’un registre matériel.

    Marquage : des enjeux en terme d’identité et de positionnement social

    55Le marquage représente une forme de la matérialisation de l’identité, à la fois individuelle et collective. Dans sa thèse sur l’expropriation, F. Cavaillé a fort bien exprimé ce processus d’identification des individus à l’espace qu’ils marquent et s’approprient : l’individu projette ses goûts, ses valeurs, ses normes dans des configurations spatiales, dans des lieux, dans des édifices qui lui renvoient sa propre conscience d’exister. Ce qu’elle résume en écrivant que « notre identité sociale apparaît toujours en premier lieu dans et par l’espace » (Cavaillé, 1999 : 15).

    56À travers cette référence aux goûts, aux normes, nous sommes dans un balancement permanent entre l’individuel et le collectif. Les identités collectives se projettent, se matérialisent, se construisent et se reproduisent dans la dimension spatiale, à travers les différents marqueurs d’une appropriation de l’espace. Le monument, au sens de « ce qui fait se souvenir », vient immédiatement à l’esprit à propos de ce marquage identitaire de l’espace, que le souvenir renvoie à l’ensemble d’une société (monuments aux morts) ou soit clairement associé à l’une de ses composantes, comme l’a été le Mur des fédérés à propos de la classe ouvrière parisienne (Tartakowsky, 1998). C’est la visibilité29, l’existence sociale des groupes sociaux qui est en jeu à travers cette production de signes de reconnaissance et cette affirmation d’une légitimité dans un espace.

    57Ce concept de marquage peut s’appliquer non seulement aux signes matériels, linguistiques ou architecturaux, les plus tangibles mais encore aux langages et aux parlures. Il semble par exemple utile de questionner les « parlers jeunes » non pas comme formes linguistiques qui seraient le résultat de l’organisation urbaine, d’une urbanisation dite linguistique, des structures socio-spatiales vécues et perçues mais comme le marquage des lieux en langue et en discours (Bulot, 2004b). Cet exemple nous montre que selon la position sociale des individus et groupes en présence, le marquage, s’il signifie toujours une revendication et une affirmation, dans la dimension spatiale, aura plus ou moins d’efficacité en terme de légitimation et de valorisation. C’est ainsi que les parlers jeunes peuvent être considérés comme un marquage et un vecteur de territorialisation ou d’appropriation de l’espace, en même temps que comme marqueurs urbains de nouvelles formes d’exclusion30.

    58Nous avons commencé à aborder conjointement cette question du marquage de l’espace et de sa valorisation/stigmatisation à travers l’exemple de l’habitat dit « populaire ».

    Marquage et habitat « populaire » : signalétique et architecture

    59Dans le cadre du programme de recherche « mise en mot et mémoire de l’habitat populaire », nous explorons la question du marquage de l’espace, à travers les traces, les marques langagières et les signes qui légitiment une appropriation : signalisation urbaine, inscriptions murales, mais aussi formes architecturales et héritages patrimonialisés. N’étant pas encore en mesure de présenter des résultats, nous n’évoquerons ici que les dispositifs méthodologiques mis en place.

    Deux formes de marquage de l’espace urbain : signalétique et architecture

    60Nous privilégions deux formes de marquage de l’espace, que nous envisageons sans exclusive disciplinaire, mais de manière croisée.

    61La signalétique, que nous avons préalablement définie comme une forme de marquage, dans ses composantes linguistiques et socio-langagières. À notre connaissance, la dimension spatiale de la signalétique, qui est au cœur de notre collaboration scientifique, n’a jamais été abordée, ce qui représente un enjeu théorique intéressant. La signalétique est envisagée tout particulièrement en situations de multilinguisme, au sens strict de coexistence de langues différentes (breton/français à Rennes, arabe/français à Alger) ou plus large de coexistence de parlures socialement différenciées. L’affichage des langues ou des parlures peut être envisagé comme une forme de marquage, de délimitation des quartiers d’habitat populaire. Il peut également être conçu comme la trace d’une mémoire sociolinguistique31, qui peut être imposée ou inversement déniée.

    62Cela renvoie à la mémoire des mouvements migratoires qui se sont succédés et à la construction même de la catégorie « populaire » (Bourdieu, 1985).

    63Une entrée par l’architecture et l’urbanisme, comme formes de marquages identitaires majeures. La production et la transformation de signes architecturaux ne sont jamais neutres mais sont intimement liées à la mémoire, à la visibilité, à la légitimité des groupes sociaux en présence (Veschambre, 2005a). La transformation la plus radicale qui soit est la démolition : si elle a généralement une logique économique, elle fonctionne également comme négation symbolique de l’autre (Robin, 2003). La démolition peut être envisagée comme effacement de la mémoire, mais aussi comme facteur de recomposition identitaire (Garçon et al., 1999). La patrimonialisation des différentes générations d’habitat populaire se fait de manière très sélective, avec de nombreuses démolitions, dans une logique de revalorisation symbolique et foncière et d’éloignement des catégories populaires. Nous envisageons donc de manière privilégiée les grandes phases de démolition, celles de la rénovation des années d’après-guerre et celle du renouvellement urbain actuel, qui concerne notamment les grands ensembles (Lahmini, 2004). Dans le même temps, nous analysons le réinvestissement intellectuel et matériel des formes d’habitat populaire, en soulignant le clivage entre formes individuelles et formes collectives. Par-delà la description de la matérialité architecturale, nous sommes attentifs à la mise en mot des interventions sur le bâti, notamment pour ce qui concerne les démolitions, qui se présentent souvent de manière euphémisée32.

    Interpréter la signalétique et l’architecture : quelques points de méthode

    64Il s’agit de travailler à la fois sur les attitudes langagières, à savoir sur ce que disent les locuteurs des pratiques de langues, à propos d’eux-mêmes ou d’autrui, et sur les représentations sociolinguistiques et leur marquage dans la signalétique urbaine de tous ordres, la signalétique au sens strict, la toponymie, l’odonymie, les enseignes, les graffitis… en posant, par hypothèse, ces marqueurs comme des limites et des frontières. Cela suppose des analyses quantitatives, avec le recours à des échelles attitudinales, des questions fermées, des attributions de valeur à des espaces représentés pour obtenir des tendances chiffrées, et qualitatives, à partir d’entretiens semi-directifs, nécessitant le recours à des méthodes de l’analyse du discours. Les géographes contribuent notamment par une visualisation (photographies, vidéo) et une interprétation cartographique de ces marqueurs signalétiques, conçus, en articulation avec les discours produits, comme autant de revendications d’une appropriation d’espaces par certains groupes sociaux (graffitis, enseignes) ou d’attributions d’espaces à certains groupes (toponymie). Ces repérages sont mis en relation avec l’image, le profil social et les pratiques (mobilités, attractivité de certains services…) qui caractérisent ces espaces.

    65Nous envisageons la production des différentes formes d’habitat, qu’elles aient été investies par les catégories populaires (« l’habitat social de fait » des quartiers centraux taudifiés), qu’elles aient été produites spécifiquement pour elles (cités ouvrières, différentes générations du logement social), ou coproduites par elles (maisons type Loucheur, Castors…). La désignation de ces quartiers d’habitat populaire est analysée à travers la toponymie et l’odonymie, qu’elles soient héritées ou qu’elles aient été construites spécifiquement. Nous attachons une grande importance à l’émergence de revendications mémorielles, dans le cadre de la patrimonialisation ou de la démolition. Nous appréhendons ces revendications en observant des collectes de mémoire (images, discours) et des formes d’identification du patrimoine, réalisées notamment dans le cadre de la politique de la ville.

    66Raisonner en terme de marquage nous permet de mieux conceptualiser notre approche de la signalétique au sens large, cet objet qui s’est imposé comme le plus évident pour construire une recherche commune à la sociolinguistique urbaine et à la géographie sociale, tournée vers les processus d’appropriation de l’espace.

    CONCLUSION

    67Cette rencontre entre sociolinguistique urbaine et géographie sociale a été l’occasion d’un retour réflexif sur notre positionnement respectif au sein de la discipline de référence. Nous avons été frappés par le parallélisme de ces deux démarches scientifiques, qui aboutissent à une même façon de penser que l’espace est constitutif du social et à une même sensibilité aux inégalités sociales. Nous parlons conjointement d’appropriation de l’espace, que ce soit par le langage, la signalétique ou à travers toute autre forme de production de signes dans l’espace.

    68Il reste à construire un réglage nécessaire entre nos deux approches : la sociolinguistique urbaine ne fait pas de la géographie sociale et la géographie sociale ne fait pas de la sociolinguistique urbaine ! Pour l’instant au moins, et même si les tenants méthodologiques relatifs au recueil des données sont extrêmement proches, c’est le rapport à l’objet « discours » qui les singularise. La sociolinguistique urbaine (celle posant l’urbanisation comme dynamique fondatrice de l’espace urbain) revendique un ancrage théorique fort sur l’analyse du discours ce qui suppose qu’elle tient à construire une métalangue33 et à reproduire une typologie des formes discursives, parce qu’il s’agit de reconnaître les formes discursives propres, autrement dit les régularités énonciatives, syntaxiques, structurelles…, qui spécifient les discours. La géographie sociale, pour sa part, conçoit les discours comme une entrée indispensable à l’approche du social dans la dimension spatiale, mais pour autant est davantage dans une problématique relevant d’une analyse des discours, les discours étant considérés dans leur polyphonie, comme des pratiques sociales parmi d’autres, intégrés dans des paradigmes extralinguistiques. Dans le cadre d’un « tournant linguistique » des sciences sociales, les géographes prennent cependant les discours beaucoup plus au sérieux, en s’engageant notamment dans une démarche réflexive, concernant l’efficacité même des discours en général et des leurs en particulier, dans la production des espaces.

    Notes de bas de page

    1 [thierry.bulot@uhb.fr].

    2 [vincent.veschambre@univ-angers.fr].

    3 Il s’agissait d’une réponse à l’ACI Espaces et territoires, intitulée « Espaces, langues et positions sociales : mise en mot et mémoire de l’habitat populaire ».

    4 Voir Bulot et Beauvois (2004) pour une première réflexion à ce sujet sur la sociolinguistique urbaine.

    5 Que l’on pourrait définir rapidement comme la variation langagière vue sous l’angle de l’espace géographique.

    6 Le passage de la notion d’espace perçu/vécu à la notion de représentation témoigne de ce basculement d’une sensibilité prioritaire à l’espace vers une préoccupation pleinement sociale.

    7 Cf. [www.recherche.gouv.fr/recherche/fns/espterritoire.htm].

    8 À propos de cette conception de l’espace en terme de dimension de la société, se reporter aux textes de F. Ripoll et de V. Veschambre dans ce même ouvrage.

    9 Cf. [www.eso-cnrs.fr].

    10 Pour aller plus loin sur la dimension critique de la géographie et des sciences sociales, on se reportera dans ce volume aux textes de J. Aldhuy et L. Viala.

    11 Il convient de préciser que les recherches fondatrices de la sociolinguistique urbaine – autour notamment des travaux de Louis-Jean Calvet (1994) et de ses épigones – se sont appuyées sur les postulats sociologiques de l’École de Chicago ; cela constitue un premier moment dans les travaux sociolinguistiques sur les villes, moment qui donne surtout la primauté à l’étude des pratiques linguistiques et beaucoup moins aux discours voire pas du tout aux attitudes langagières. Le second moment (particulièrement autour des travaux de Thierry Bulot (1999a et b) certes abondés de ceux de Louis-Jean Calvet) trouve dans les conceptualisations issues de la géographie sociale matière à problématiser la spatialité urbaine par et pour les pratiques langagières, autrement dit conçoit la ville, l’espace urbain comme des faits d’abord discursifs avant d’être des faits linguistiques.

    12 En d’autres temps, on aurait dit rapports de production.

    13 Sauf bien entendu lorsque l’on aborde des productions écrites (en sociolinguistique notamment) ou des statistiques (en géographie notamment) préexistantes à l’investigation.

    14 En sociolinguistique, que l’on procède par enregistrement continu d’une conversation dont on est ou non l’observateur, par questionnaires écrits ou oraux, par épreuves destinées à faire produire des performances linguistiques spécifiques pour les comparer ou par un savant dosage de toutes ces méthodes parce que les contraintes liées au terrain les imposent.

    15 Voir à ce propos le texte de B. Raoulx dans ce même ouvrage.

    16 C’est aussi le sens que nous donnons au mot pluridisciplinaire.

    17 Dans le domaine de la sociolinguistique, il est ainsi flagrant de constater que l’intégration linguistique n’est plus en France la condition nécessaire et suffisante à l’intégration sociale. Quand bien même les ghettos n’existeraient pas, ce que l’on entend dire, les discours sur ce sujet existent et méritent que l’on s’y attarde.

    18 Notion qui a remplacé en géographie sociale celle d’espace perçu. Il est intéressant de constater un mouvement quasi inverse en sociolinguistique urbaine : « espace perçu » ne remplace pas le terme « représentation » mais entre dans son paradigme pour signaler les représentations de l’espace…

    19 Appropriation de l’espace qui contribue d’ailleurs généralement à définir le territoire.

    20 C’est-à-dire rapportée à la conceptualisation des « lieux de ville » (Bulot, 2004b).

    21 « D’un point de vue discursif, […] [la] centration sociolinguistique est le processus socio-langagier (dénomination, attitudes langagières, etc.) qui va condenser le caractère typique d’un lieu de ville par l’affirmation du rapport entre ce même lieu (ou espace) et une façon qui lui serait/est propre de parler. » (Bulot, 2004a).

    22 C’est dans cet esprit que nous avons pris, avec F. Ripoll, la catégorie territoire comme objet d’analyse (Ripoll, Veschambre, 2002), en mettant en avant le risque que comporte toute assimilation (holiste) d’une population à un espace.

    23 Ce que Thierry Bulot appelle l’a-territorialisation linguistique pour nommer le processus visant le refus ou l’absence de besoin de s’approprier un espace donné en fonction des façons de parler attribuées perçues ou représentées (Bulot, 2004a).

    24 Le terme discours a de nombreuses acceptions. Il est, dans cet article, (et dans la théorisation de la sociolinguistique urbaine) à comprendre selon les termes de Louis Guespin « Le discours, c’est l’énoncé considéré du point de vue du mécanisme discursif qui le conditionne. Un regard jeté sur un texte du point de vue de sa structuration “en langue” en fait un énoncé ; une étude linguistique des conditions de production de ce texte en fera un discours » (Guespin, 1971 : 10). L’auteur précise plus tard (1976 : 5) que « …la relation d’appartenance d’un discours à une formation discursive est facteur constitutif du discours, et cette relation est “repérable par l’analyse linguistique” ».

    25 Afin de rappeler cette relation étroite entre marquage et appropriation, nous pouvons repartir des définitions proposées dans les Mots de la Géographie (« le marquage symbolique de l’espace est destiné à signaler une appropriation » [Brunet et al., 1993 : 193]) ou dans le Dictionnaire du logement et de l’habitat (« le marquage, par la disposition des objets ou les interventions sur l’espace habité, est l’aspect matériel le plus important de l’appropriation » [Segaud et al., 2002 : 28]).

    26 On parle d’ailleurs de « marques » à leur propos.

    27 À ce propos, il faut préciser que si les signifiants visuels sont les plus évidents en matière de marquage de l’espace, il ne faut pas négliger d’autres types de signifiants, dans le registre auditif notamment, que ce soient les langues ou la musique.

    28 Il est intéressant de noter que la sémiotique urbaine peut être définie à travers une problématique qui rejoint tout à fait la nôtre : « La sémiotique urbaine rend compte des conditions dans lesquelles a lieu l’appropriation des lieux de la ville par les sujets qui la parcourent ou par ceux qui l’habitent » (Lamizet, 2004 : 117).

    29 En référence au « régime de visibilité » de M. Lussault, « essentiel à la construction de la légitimité » (Lussault, 2000 : 31).

    30 Le terme « exclusion » relève certes du paradigme de la stigmatisation dont il procède (Camilleri, 1990). Mais il réfère également à une dynamique spécifique (Donzelot, 1999 : 104) où « À l’intégration à la société par le quartier s’est ainsi substituée une intégration au quartier par défaut d’intégration à la société. ». Voir T. Bulot (2001) pour une réflexion sur les discriminations, ségrégation, exclusion en sociolinguistique urbaine.

    31 Le terme mémoire est utilisé dans le champ de l’analyse du discours, pour faire état des représentations sociolinguistiques sur des langues déniées que de nouvelles configurations sociopolitiques amènent à relégitimer. Pour la sociolinguistique urbaine, il est plus juste de parler de mémoire sociolinguistique définie comme « …discours sur à la fois la stratification sociolinguistique et à la fois la territorialisation, voire la mobilité linguistique » (Bulot, 2004c : 146) et de fait comme la mise en mots de l’espace dévolu à la ville et assumé par le locuteur comme donnant sens à son identité (individuelle, sociale et, partant, linguistique).

    32 À travers le terme de déconstruction notamment.

    33 Autrement dit, elle cherche à reformuler, à faire état des faits structuraux qui ne sont pas immédiatement perçus par les locuteurs, ceux qui produisent les énoncés et ceux qui les reçoivent, voire ceux qui les co-construisent dans l’interaction.

    Auteurs

    • Thierry Bulot
      Maître de conférences de sociolinguistique
      CREDILIF – Université Rennes 2
    • Vincent Veschambre
      Maître de conférences de géographie
      CARTA, UMR 6590 ESO CNRS
      Université d’Angers
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    1 [thierry.bulot@uhb.fr].

    2 [vincent.veschambre@univ-angers.fr].

    3 Il s’agissait d’une réponse à l’ACI Espaces et territoires, intitulée « Espaces, langues et positions sociales : mise en mot et mémoire de l’habitat populaire ».

    4 Voir Bulot et Beauvois (2004) pour une première réflexion à ce sujet sur la sociolinguistique urbaine.

    5 Que l’on pourrait définir rapidement comme la variation langagière vue sous l’angle de l’espace géographique.

    6 Le passage de la notion d’espace perçu/vécu à la notion de représentation témoigne de ce basculement d’une sensibilité prioritaire à l’espace vers une préoccupation pleinement sociale.

    7 Cf. [www.recherche.gouv.fr/recherche/fns/espterritoire.htm].

    8 À propos de cette conception de l’espace en terme de dimension de la société, se reporter aux textes de F. Ripoll et de V. Veschambre dans ce même ouvrage.

    9 Cf. [www.eso-cnrs.fr].

    10 Pour aller plus loin sur la dimension critique de la géographie et des sciences sociales, on se reportera dans ce volume aux textes de J. Aldhuy et L. Viala.

    11 Il convient de préciser que les recherches fondatrices de la sociolinguistique urbaine – autour notamment des travaux de Louis-Jean Calvet (1994) et de ses épigones – se sont appuyées sur les postulats sociologiques de l’École de Chicago ; cela constitue un premier moment dans les travaux sociolinguistiques sur les villes, moment qui donne surtout la primauté à l’étude des pratiques linguistiques et beaucoup moins aux discours voire pas du tout aux attitudes langagières. Le second moment (particulièrement autour des travaux de Thierry Bulot (1999a et b) certes abondés de ceux de Louis-Jean Calvet) trouve dans les conceptualisations issues de la géographie sociale matière à problématiser la spatialité urbaine par et pour les pratiques langagières, autrement dit conçoit la ville, l’espace urbain comme des faits d’abord discursifs avant d’être des faits linguistiques.

    12 En d’autres temps, on aurait dit rapports de production.

    13 Sauf bien entendu lorsque l’on aborde des productions écrites (en sociolinguistique notamment) ou des statistiques (en géographie notamment) préexistantes à l’investigation.

    14 En sociolinguistique, que l’on procède par enregistrement continu d’une conversation dont on est ou non l’observateur, par questionnaires écrits ou oraux, par épreuves destinées à faire produire des performances linguistiques spécifiques pour les comparer ou par un savant dosage de toutes ces méthodes parce que les contraintes liées au terrain les imposent.

    15 Voir à ce propos le texte de B. Raoulx dans ce même ouvrage.

    16 C’est aussi le sens que nous donnons au mot pluridisciplinaire.

    17 Dans le domaine de la sociolinguistique, il est ainsi flagrant de constater que l’intégration linguistique n’est plus en France la condition nécessaire et suffisante à l’intégration sociale. Quand bien même les ghettos n’existeraient pas, ce que l’on entend dire, les discours sur ce sujet existent et méritent que l’on s’y attarde.

    18 Notion qui a remplacé en géographie sociale celle d’espace perçu. Il est intéressant de constater un mouvement quasi inverse en sociolinguistique urbaine : « espace perçu » ne remplace pas le terme « représentation » mais entre dans son paradigme pour signaler les représentations de l’espace…

    19 Appropriation de l’espace qui contribue d’ailleurs généralement à définir le territoire.

    20 C’est-à-dire rapportée à la conceptualisation des « lieux de ville » (Bulot, 2004b).

    21 « D’un point de vue discursif, […] [la] centration sociolinguistique est le processus socio-langagier (dénomination, attitudes langagières, etc.) qui va condenser le caractère typique d’un lieu de ville par l’affirmation du rapport entre ce même lieu (ou espace) et une façon qui lui serait/est propre de parler. » (Bulot, 2004a).

    22 C’est dans cet esprit que nous avons pris, avec F. Ripoll, la catégorie territoire comme objet d’analyse (Ripoll, Veschambre, 2002), en mettant en avant le risque que comporte toute assimilation (holiste) d’une population à un espace.

    23 Ce que Thierry Bulot appelle l’a-territorialisation linguistique pour nommer le processus visant le refus ou l’absence de besoin de s’approprier un espace donné en fonction des façons de parler attribuées perçues ou représentées (Bulot, 2004a).

    24 Le terme discours a de nombreuses acceptions. Il est, dans cet article, (et dans la théorisation de la sociolinguistique urbaine) à comprendre selon les termes de Louis Guespin « Le discours, c’est l’énoncé considéré du point de vue du mécanisme discursif qui le conditionne. Un regard jeté sur un texte du point de vue de sa structuration “en langue” en fait un énoncé ; une étude linguistique des conditions de production de ce texte en fera un discours » (Guespin, 1971 : 10). L’auteur précise plus tard (1976 : 5) que « …la relation d’appartenance d’un discours à une formation discursive est facteur constitutif du discours, et cette relation est “repérable par l’analyse linguistique” ».

    25 Afin de rappeler cette relation étroite entre marquage et appropriation, nous pouvons repartir des définitions proposées dans les Mots de la Géographie (« le marquage symbolique de l’espace est destiné à signaler une appropriation » [Brunet et al., 1993 : 193]) ou dans le Dictionnaire du logement et de l’habitat (« le marquage, par la disposition des objets ou les interventions sur l’espace habité, est l’aspect matériel le plus important de l’appropriation » [Segaud et al., 2002 : 28]).

    26 On parle d’ailleurs de « marques » à leur propos.

    27 À ce propos, il faut préciser que si les signifiants visuels sont les plus évidents en matière de marquage de l’espace, il ne faut pas négliger d’autres types de signifiants, dans le registre auditif notamment, que ce soient les langues ou la musique.

    28 Il est intéressant de noter que la sémiotique urbaine peut être définie à travers une problématique qui rejoint tout à fait la nôtre : « La sémiotique urbaine rend compte des conditions dans lesquelles a lieu l’appropriation des lieux de la ville par les sujets qui la parcourent ou par ceux qui l’habitent » (Lamizet, 2004 : 117).

    29 En référence au « régime de visibilité » de M. Lussault, « essentiel à la construction de la légitimité » (Lussault, 2000 : 31).

    30 Le terme « exclusion » relève certes du paradigme de la stigmatisation dont il procède (Camilleri, 1990). Mais il réfère également à une dynamique spécifique (Donzelot, 1999 : 104) où « À l’intégration à la société par le quartier s’est ainsi substituée une intégration au quartier par défaut d’intégration à la société. ». Voir T. Bulot (2001) pour une réflexion sur les discriminations, ségrégation, exclusion en sociolinguistique urbaine.

    31 Le terme mémoire est utilisé dans le champ de l’analyse du discours, pour faire état des représentations sociolinguistiques sur des langues déniées que de nouvelles configurations sociopolitiques amènent à relégitimer. Pour la sociolinguistique urbaine, il est plus juste de parler de mémoire sociolinguistique définie comme « …discours sur à la fois la stratification sociolinguistique et à la fois la territorialisation, voire la mobilité linguistique » (Bulot, 2004c : 146) et de fait comme la mise en mots de l’espace dévolu à la ville et assumé par le locuteur comme donnant sens à son identité (individuelle, sociale et, partant, linguistique).

    32 À travers le terme de déconstruction notamment.

    33 Autrement dit, elle cherche à reformuler, à faire état des faits structuraux qui ne sont pas immédiatement perçus par les locuteurs, ceux qui produisent les énoncés et ceux qui les reçoivent, voire ceux qui les co-construisent dans l’interaction.

    Penser et faire la géographie sociale

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    • Territoires de la violence, territoires des ONG : Quelle (in)cohérence ?. DOI: 10.70675/19ba2e01z67c9z4e21zba0ezee0526a89997
    • L'ingénierie territoriale à l’épreuve des observatoires territoriaux : analyse des compétences des professionnels du développement dans le massif pyrénéen. DOI: 10.70675/b59fc5e5z4a03z4526zbeb3z068d21606810
    • Interroger les discours et représentations dominantes sur les quartiers dits prioritaires : l’apport d’une recherche-médiation au sein de Rennes Métropole : approche ethnographique et filmique des relations entre dimensions spatiales et dimensions sociolinguistiques. DOI: 10.70675/d43b9441z3f96z4638zb53ez139e4bc09c28
    • Représentation et perception d'un risque de santé publique au début du 21e siècle : la dengue à Nouméa et à Papeete en 2008-2009. DOI: 10.70675/bdfd00fazf028z49a9zbafdz51608598db13
    • Patrimonialisation de la montagne et action publique territorialisée : la politique "Grand site" dans le massif du Canigou. DOI: 10.70675/4af413e2zf584z405eza5dcz01f83d5be9ca
    • Déclin et attractivité des bourgs et des petites villes dans les espaces ruraux de Galice, de Normandie et du Sud-Ouest de l'Angleterre. DOI: 10.70675/1265eddezc6cdz43c8zb8d0zda06e2805615
    • Habiter de saison en saison : les saisonniers agricoles sahraouis dans le Libournais. DOI: 10.70675/a0e5dab6za3c3z4394za8e7zddcb917c4769
    • Madrid, capitale hollywoodienne du franquisme des années cinquante : construction d'un imaginaire cinématographique de la modernité. DOI: 10.70675/7ead580aza6a8z40d2za400z6222693b7986
    • Vivre pauvre à la campagne : une géographie de la pauvreté dans les espaces ruraux ariégeois. DOI: 10.70675/e8815e51z0e41z4aefz961fz24037ae8645d
    • Les inégalités socio-environnementales liées à l'eau au Chili : regards croisés entre les représentations socio-spatiales et les pratiques des usagers des provinces de Chacabuco et de Chiloé. DOI: 10.70675/fca29cbaz9c0bz479dz8359zf300da8e07a8
    • Déposséder l'école pour servir la ville néolibérale aux Etats-Unis. : les cas d'Atlanta et de Philadelphie.. DOI: 10.70675/caebaae6z7280z4229z91dfzac77181aa89d
    • Être bourgeois dans le vignoble du Jura au XIXè siècle. DOI: 10.70675/4837f264z9d50z46f4zb3b2zea618730a70f
    • L'entrepreneuriat pour tous dans les quartiers : mise en oeuvre et effets socio-spatiaux de l'accompagnement à la création et au développement d'activité en politique de la ville Plaine Commune et Nantes Métropole. DOI: 10.70675/35e05e6dz8985z4b79z8d1dzd6a5175fad78
    • Communautés de pratique et territoires : le cas des artistes urbains dans la métropole nantaise. DOI: 10.70675/8d9c5a02z40a4z4aadzadc5z531c0053df98
    • La dignité du sale boulot. Ethnicisation, relations de travail et quotidien des récupérateurs informels de déchets à Istanbul. DOI: 10.70675/93c4b40ez09b7z4cc6zb284z7c7505e756ea
    • Les politiques de développement à l'épreuve de la territorialisation : changements et stabilités dans une situation de décolonisation négociée, la province Nord de la Nouvelle-Calédonie. DOI: 10.70675/8d722581z4ec3z4604z82b0zc9406f1533bd
    • Villes méditerranéennes et réalités urbaines dans l'œuvre de Stratis Tsirkas. DOI: 10.70675/8771ff74z70ffz463bzb0cbz796983c37b9b
    • La mise à distance des exilés dans les Centres d'Accueil et d'Orientation par les politiques d'action sociale. Une géographie sociale des formes d'accueil et des conditions de vie des "migrants" en Normandie. DOI: 10.70675/fbcced63z65dcz49f1z91c5z8899fbaa398e
    • Dynamiques et accompagnement des TPE inventives en espace rural isolé : entre territoires et réseaux : l'exemple en Cézallier, Combrailles et Millevaches. DOI: 10.70675/fc4f1da6zbda8z41f0zbb83z408c97e517be
    • L’impact des politiques sociales sur la réduction de la pauvreté en Haïti. DOI: 10.70675/04f4cfdbzf421z4478zbbaczb9faf557d6a2
    • Maintien du commerce alimentaire en milieu rural et interventions des collectivités locales : exemple de communes normandes de moins de 1 000 habitants. DOI: 10.70675/1cf151a4z9795z467bzb2adzd08b71ee3f5a
    • Le contrat psychologique territorial ou quand le territoire compte dans l’engagement des parties prenantes d’un dispositif de GRH mutualisée : le cas des groupements d’employeurs. DOI: 10.70675/4c422e1ez1714z48bcz8e2fz4bd40a91891e
    • De l'oignon en tous sens : pour une approche compréhensive de la production d'oignons de Toulouges et de Bamberger birnenförmige Zwiebel. DOI: 10.70675/5ef8678dz78e0z4473zbed2z69477c4d5489
    • Le vieillissement en migration ou l’épreuve du droit. Une géographie de l’accès aux droits de personnes âgées nées en Afrique du Nord-Ouest, résidant à Aubervilliers. DOI: 10.70675/8c2c17fdz6166z465ez9b08z2d7144b32bde
    • Initiatives festives et trajectoires territoriales en Mayenne : la dimension spatiale des dynamiques relationnelles. DOI: 10.70675/b661832az60c0z4478z9043z4c7816e3fa5f
    • Les territoires de vie des 75 ans et plus à Paris : quel environnement urbain pour une qualité de vie durable ?. DOI: 10.70675/26f14d5dz7d5ez4717za5faz42dba1011cec
    • La territorialisation de la politique de l'eau est-elle gage d'efficacité environnementale ? : Analyse diachronique de dispositifs de gestion des eaux dans la vallée de la Drôme (1970-2011). DOI: 10.70675/fd71004dz79b3z49aezac1ez4d55aed49c3c
    • Les espaces ruraux d’Afrique noire à travers la géographie scolaire : des représentations à l’espace symbolique. DOI: 10.70675/1f9ed704z8429z45edz8684z228cd90e2324
    • Acteurs, gouvernance et dynamiques de projet dans la concurrence des territoires en tourisme. : étude autour du programme sportif "Pyrénées : laboratoire de l'olympisme" 1988-1994 et des Jeux pyrénéens de l'aventure 1993. DOI: 10.70675/d0c9c667z4121z478aza464z2b039b293f15
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    • Les Villes-Santé en Bretagne : quels choix de gestion et d'aménagement des espaces ?. DOI: 10.70675/f77171c7zd4e1z4e38za1d4zf73d7951f3e8
    • Le rapport à l'autre à travers le rapport à l'espace : l'exemple du tourisme français à Marrakech. DOI: 10.70675/3475f7b5zd126z402azb7baz995e069d41df
    • Pour une patrimonialisation intégrée au développement urbain : élaboration des conditions de conciliations entre obligations de préservation et impératifs de développement à travers l’étude de cas d’Avignon. DOI: 10.70675/ed44490bz76ebz4bd2zacebzd22ed2874235
    • Ici et là-bas : Représentations spatiales et pratiques touristiques en milieu scolaire (Lyon et Cracovie). DOI: 10.70675/3b4ce34fz39dfz48d9z9289z3df3e798a122
    • Territoires éphémères : les réseaux sociaux des étudiants marocains en mobilité internationale. DOI: 10.70675/6c658663z170bz4186z9a3az2529eea24679
    • La construction socio-spatiale de l’innovation en ville moyenne face aux objectifs de compétitivité et d’attractivité des politiques d’aménagement : les cas des agglomérations d’Albi (Midi-Pyrénées), Alès (Languedoc-Roussillon), Fougères et Quimper (Bretagne). DOI: 10.70675/d3c5b9e9z577bz446cz91a1z37744903427a
    • Analyse spatio-temporelle d'un mouvement scientifique : l'exemple de la géographie théorique et quantitative européenne francophone. DOI: 10.70675/b49bf81bzaed9z4b34z9d12z9be6f39c3667
    • Construction de la sensibilité socio-spatiale : l'exemple de la vallée de la Sarthe. DOI: 10.70675/411341c7za5e0z4182zb9f3z52410be87adb
    • Les territoires face aux cancers rares. Création d’une typologie de qualité territoriale pour l’étude des inégalités géographiques face aux cancers. DOI: 10.70675/ecef43e1zc60bz4f1cz8c2ez7a7f98160f21
    • Les exclus de la mobilité : de l'observation à la décision. DOI: 10.70675/1c3ccf38z3bb6z4b59zb6e3zeaa308016eea
    • Langue française et urbanité au Maroc : l’exemple de Rabat. DOI: 10.70675/4e180a88z1c0cz408ezac73ze702e14416be
    • Perception et représentations d’une destination touristique : le cas de Naples. DOI: 10.70675/27ec6d0bz2f16z4114z956az3538536e0743
    • Géographie de la fragmentation urbaine et territoires scolaires à Marseille.. DOI: 10.70675/95633399zaa66z480dza4a1z3dcc9811a2c2
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    • Une géographie de la pauvreté à Jakarta : Espaces de la pauvreté et places des pauvres dans une métropole contemporaine. DOI: 10.70675/2f9ab397zf9d2z4ed4zaf5fz2349f78e3507
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    • Images dans la ville. Décors monumentaux et identités urbaines en France à la fin du Moyen Age. DOI: 10.70675/e5048651z571ez416ez9183z8fc0c3249540
    • La construction de l’espace didactique du français, langue de l’école, en Polynésie française : dynamiques et perspectives : une réflexion sur l’intégration de la problématique sociolinguistique en vue de l’amélioration de la qualité du système éducatif en contexte plurilingue. DOI: 10.70675/2505df02z8b9cz48c4z98aaz4d4d58082758
    • Les nouvelles formes de production du politique dans le monde arabe à l'exemple des festivals de musique au Maroc : culture et politique en contexte autoritaire. DOI: 10.70675/fbe39daez8006z4cdbz8b85z880d5e872671
    • Discours épilinguistique et construction identitaire dans le contexte kabyle : espaces de référence multiples et identité. DOI: 10.70675/345e3e53z6b48z4584z8e63z66549661edae
    • Discours épilinguistique et urbanité : Hanoï, une ville sociolinguistiquement singulière ?. DOI: 10.70675/e880a823ze094z4e75zb669z0fbadb8b6a33
    • Entre effets de genre et effets de lieux : géographies du dépistage du cancer colorectal à Boulogne-Billancourt et Gennevilliers (92). DOI: 10.70675/3c705683z4dc7z4a7bza3a6zcd5f178bd573
    • Semantische Frames zur empirischen Erfassung sozialer Repräsentationen : ein diskurslinguistischer Ansatz zur Untersuchung der Wahrnehmung der Straßburger Neustadt durch die lokale Bevölkerung. DOI: 10.70675/a3fd02adzbd9ez4277z88a2z9f526276ff64
    • Conflits dans les territoires de frontière agricole de la canne à sucre : dynamique de recomposition socio-spatiale dans le sud du Mato Grosso do Sul, Brésil. DOI: 10.70675/1499e395z2bd0z4896zb1bfzcf66af4a1713
    • La perception et la représentation des métropoles dans la fiction postmoderne : Paris, New York et Istanbul dans : Au piano de Jean Echenoz, Cité de verre de Paul Auster et Le Livre noir d'Orhan Pamuk. DOI: 10.70675/cf3160c6z936fz41c3z87bbzbfbc2c86e3f5

    Penser et faire la géographie sociale

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    Bulot, T., & Veschambre, V. (2006). Sociolinguistique urbaine et géographie sociale : articuler l’hétérogénéité des langues et la hiérarchisation des espaces. In R. Séchet & V. Veschambre (éds.), Penser et faire la géographie sociale. Rennes: Presses universitaires de Rennes. https://doi.org/10.4000/books.pur.1924
    Bulot, Thierry, et Vincent Veschambre. « Sociolinguistique urbaine et géographie sociale : articuler l’hétérogénéité des langues et la hiérarchisation des espaces ». In Penser et faire la géographie sociale, édité par Raymonde Séchet et Vincent Veschambre. Rennes: Presses universitaires de Rennes, 2006. doi:10.4000/books.pur.1924.
    Bulot, Thierry, et Vincent Veschambre. « Sociolinguistique urbaine et géographie sociale : articuler l’hétérogénéité des langues et la hiérarchisation des espaces ». Penser et faire la géographie sociale, édité par Raymonde Séchet et Vincent Veschambre, Presses universitaires de Rennes, 2006, https://doi.org/10.4000/books.pur.1924.

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    Séchet, R., & Veschambre, V. (éds.). (2006). Penser et faire la géographie sociale. Rennes: Presses universitaires de Rennes. https://doi.org/10.4000/books.pur.362
    Séchet, Raymonde, et Vincent Veschambre, éd. Penser et faire la géographie sociale. Rennes: Presses universitaires de Rennes, 2006. doi:10.4000/books.pur.362.
    Séchet, Raymonde, et Vincent Veschambre, éditeurs. Penser et faire la géographie sociale. Presses universitaires de Rennes, 2006, https://doi.org/10.4000/books.pur.362.
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