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    Detailed outline Full text Le parrainage et la nomination Approches généalogiques La transmission du nom aux filleuls Conclusions : le nom de baptême, marqueur des cohésions sociales Footnotes

    Le nom de baptême aux xve et xvie siècles

    This book is reviewed by

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    Table of contents

    Chapitre V. Les traditions familiales et le compérage

    p. 177-228

    Full text Le parrainage et la nomination Donner le nom du père ou celui du parrain ? Le système du compérage Approches généalogiques La maison de Laval Les heures d’Isabeau de Pontbriand Les enfants de Jean de Carcaing et de Jacquette Berthelot Les enfants de Gilles de Carcaing et Julienne de Horlande Les enfants de Guillaume de Languedoc et de Guillemette de Carcaing Bilan des pratiques nominatives dans les familles de Carcaing et de Languedoc Le journal de René Fleuriot Le choix des noms Le choix des parrains et marraines Les pratiques nominatives dans une paroisse rurale bretonne Les répertoires onomastiques Analyse des pratiques nominatives Les transmissions homonymiques Le parrainage des prêtres Parrainage et nomination dans la noblesse rurale Les marraines Le parrainage intrafamilial La transmission du nom aux filleuls Une pratique normative depuis le xie siècle Une particularité : les transmissions croisées Motivations et finalités des transmissions homonymiques Choix du nom ou choix des parrains ? Parrainage intrafamilial et extrafamilial Le parrainage intrafamilial dans le Rouergue à la fin du xvie siècle Comparaison avec le parrainage intrafamilial en Bretagne à la fin du xvie siècle Conclusions : le nom de baptême, marqueur des cohésions sociales Une absence de système familial d’attribution des noms Le rôle déterminant des parrains dans les processus de nomination Footnotes

    Full text

    1Quel était le poids des traditions familiales dans le choix des noms de baptême aux xve et xvie siècles ? Nous avons conservé le souvenir de traditions familiales, bien ancrées jusque dans les années 1950, selon lesquelles il était d’usage de choisir les prénoms des enfants dans un « réservoir onomastique » familial, notamment pour le fils aîné, à qui l’on octroyait bien souvent le prénom de son grand-père1. Pendant le haut Moyen Âge, les noms étaient le plus souvent composés à partir de lexèmes empruntés aux registres onomastiques familiaux. Martin Aurell estime que la « révolution anthroponymique » du Moyen Âge central, marquée par l’adoption de noms entiers et le développement du système anthroponymique à deux éléments n’aurait pas bouleversé cet usage : « L’habitude s’instaure ainsi de transmettre à l’aîné le nom de son père ou de son grand-père paternel : celui qu’on choisit pour l’enfant contient un véritable programme de vie, un rappel de la fonction à exercer, et il est normal que le futur chef de famille reproduise le modèle paternel. Le deuxième fils reçoit, de même, un nom agnatique. En revanche, les cadets prennent des noms tirés de la parenté maternelle2. » La cause semble donc entendue : les parents ont toujours choisi les noms de leurs enfants dans des stocks onomastiques familiaux restreints. Il existait en outre des règles d’attributions bien spécifiques selon que l’on soit aîné ou cadet, fille ou garçon. Il s’agit de vérifier ici la pertinence de ces assertions pour les xve et xvie siècles.

    2Une première approche s’appuie sur une analyse sérielle des registres de baptêmes de Roz-Landrieux (1451-1528) et de Bignan (1530-1591)3. On déterminera dans quelle mesure les enfants reprenaient les noms de leurs pères. Cette pratique était en fait très peu fréquente aux xve et xvie siècles, en Bretagne tout au moins. Il apparaît que la transmission du nom du parrain était beaucoup plus fréquente que celle du père. Nous ferons donc un premier point sur le système du compérage et la nomination.

    3La seconde approche est généalogique. Après avoir reconstitué la généalogie de différentes familles issues de la grande ou petite noblesse et de la paysannerie bretonne, j’étudie les stratégies et les logiques nominatives afin d’en déceler les causes et les finalités. Les sources interrogées sont multiples : chroniques, livres d’heures, livres de raison, autobiographies, registres de baptêmes.

    Le parrainage et la nomination

    Donner le nom du père ou celui du parrain ?

    4Il eut été souhaitable de réaliser une approche statistique sur les taux de transmission du nom des grands-pères à leurs petits-enfants, et notamment à l’aîné d’entre eux. Ce travail est difficilement réalisable à l’échelle d’une paroisse aux xve et xvie siècles car il impose de connaître au préalable au minimum le nom des grands-parents pour une part significative de la population et, en surplus, la composition complète d’une famille avec les noms et dates de naissance de tous les enfants. Il est difficile également d’établir des statistiques fiables sur les taux de réattribution du nom d’un aîné décédé à un cadet, dans la mesure où ne sommes pas en mesure de connaître les dates de décès des enfants en bas âge. Pour des raisons similaires d’absence d’informations chronologiques, il n’est pas possible de vérifier statistiquement l’usage de la transmission du nom d’un aïeul à un membre de la famille après sa mort, ou, dit autrement, la réticence à transmettre le nom d’un aïeul à un enfant tant qu’il était vivant. En outre, l’analyse statistique de la transmission du nom des pères aux enfants présente un risque de surinterprétation évident aux xve et xvie siècles. Le fait qu’il existe une homonymie entre les parents et leurs enfants ne permet pas de présumer qu’elle ait été programmée et réfléchie dans le cadre d’une « transmission patrimoniale ». Trois ou quatre noms suffisaient généralement à nommer la moitié d’une population. Comme les noms étaient puisés la plupart du temps dans un réservoir onomastique très restreint, il devait être relativement rare que, dans une famille, il n’y ait pas un membre de la fratrie qui s’appelât Jean, Yves, Guillaume ou Pierre. Il convient donc de relativiser l’importance des homonymies lorsqu’elles portent sur les noms les plus courants.

    5Par ailleurs, l’homonymie entre un père et l’un de ses fils peut être fortuite, et tout à fait indépendante de sa volonté, si elle est concomitante à l’application de la norme de la transmission du nom du parrain à son filleul. C’est ce que j’appelle la transmission homonymique. On peut naturellement envisager que le père, souhaitant transmettre son nom à l’un de ses enfants, ait sollicité à cette occasion un parrain qui portait déjà ce nom. Cette stratégie nominative était quelquefois mise en œuvre, parmi les élites sociales tout au moins, mais elle ne semble pas avoir été normative.

    6J’ai relevé dans les registres de baptême de Roz-Landrieux et de Bignan les vingt noms attribués le plus fréquemment aux garçons en indiquant, pour chacun d’entre eux, le nombre de cas où l’enfant portait le nom du père4. Lorsque la situation se présentait, j’ai également indiqué, pour ces seuls cas, le nombre des parrains qui portaient également le même nom. J’ai calculé ensuite le solde net des situations où l’homonymie ne pouvait pas s’expliquer par la transmission du nom du parrain.

    Tableau 25. – Transmission du nom du père à Roz-Landrieux (1451-1528).

    Noms des enfants

    Nombre enfants

    Pères homon.

    Parrains homon.

    Père seul

    Jean

    133

    31

    28

    3

    Guillaume

    89

    15

    11

    4

    Jacques

    25

    Georges

    22

    Olivier

    22

    Alain

    20

    1

    1

    Étienne

    16

    1

    1

    Pierre

    16

    Robert

    16

    1

    1

    Colin

    14

    Julien

    14

    Mathieu

    14

    Noël

    14

    Robin

    14

    Bertrand

    13

    Gilles

    13

    Thomas

    13

    1

    1

    Nicolas

    12

    Michel

    12

    Raoul

    9

    Totaux

    501

    50

    43

    7

    7Les constats sont identiques pour les deux échantillons étudiés.

    8Nous avons tout d’abord un taux de transmission apparemment important pour les noms dominants. Cette première impression doit être relativisée par la prise en compte de la transmission du nom des parrains. Dans la très grande majorité des cas, le parrain portait également le nom du père. Il y a finalement très peu de cas où l’on peut présumer que le père a souhaité transmettre son nom à l’un de ses fils. Les taux de transmission sont extrêmement bas et ils se réduisent encore au fur et à mesure que l’on descend dans le classement5. Pour l’ensemble des vingt noms les plus portés, le taux global est de 10 % à Roz-Landrieux, et de 15 % à Bignan, si l’on fait le calcul sur l’ensemble des homonymies. Cependant, ces fréquences chutent à 1,4 % à Roz-Landrieux, et à 3 % à Bignan, si l’on écarte les homonymies qui s’expliquent déjà par le nom des parrains.

    Tableau 26. – Transmission du nom du père à Bignan (1530-1591).

    Noms des enfants

    Nombre enfants

    Pères homon.

    Parrains homon.

    Père seul

    Jean

    350

    114

    99

    15

    Guillaume

    192

    30

    25

    5

    Yves

    159

    23

    20

    3

    François

    104

    7

    4

    3

    Olivier

    92

    5

    3

    2

    Pierre

    85

    7

    5

    2

    Louis

    73

    9

    7

    2

    Alain

    70

    5

    1

    4

    Jacques

    36

    Vincent

    34

    3

    1

    2

    Julien

    33

    2

    2

    Payen

    25

    1

    1

    Nicolas

    24

    2

    1

    1

    Guy

    21

    René

    17

    Georges

    15

    Robert

    11

    Mathieu

    6

    Antoine

    4

    Charles

    3

    Totaux

    1354

    208

    167

    41

    9À l’exception des noms dominants, la transmission du nom du père est très faible à Bignan et quasiment nulle à Roz-Landrieux. La rareté des transmissions est telle qu’il n’y a même pas lieu de s’interroger si elles se faisaient en faveur de l’aîné des garçons ou d’un autre membre de la fratrie. La transmission du nom du père présente en fait un caractère exceptionnel. Par ailleurs, le fait que les noms dominants étaient présents dans une famille à chaque génération ne suffit pas à en faire des noms familiaux particulièrement caractéristiques dans la mesure où ils devaient être présents dans toutes les familles. Ils ne devaient donc pas posséder la nature de véritables marqueurs identitaires dans leur communauté. En ce qui concerne le nom des pères, on ne ressent aucune volonté manifeste de transmettre un patrimoine onomastique familial au xve siècle. La tendance se développe au xvie siècle mais elle demeure encore très faible.

    Le système du compérage

    10Dans une synthèse récente sur la parenté spirituelle à la fin du Moyen Âge et au début de l’époque moderne, Christof Rolker déclarait que « la fonction sociale vraisemblablement la plus importante que les parrains exerçaient touchait à l’attribution du nom6 ». Je dirais plutôt que la fonction principale du parrainage était la constitution – ou la consolidation – de réseaux d’amitié entre parents et compères, et que la délégation de la dation du nom de l’enfant aux parrains et marraines scellait publiquement l’alliance contractée. Le nom est au parrainage ce que l’anneau est au mariage.

    11En Occident, l’implication des parrains et marraines dans le rituel du baptême est attestée dès l’époque de Clovis7. Dans l’Église catholique, le rôle de ceux qui tiennent les enfants sur les fonts baptismaux est de garantir leur éducation religieuse8. Il ne leur incombe pas de transmettre eux-mêmes cette instruction religieuse à leurs filleuls et filleules mais ils en sont responsables. Tertullien les qualifiait de « cautions » (sponsores) et Augustin de « garants » (fidejussores)9. En 1558, Johann Boehme parlait des parrains comme de ceux « qui seroient comme pleiges ou tesmoings de la foy pour ledit enfant10 ». Les textes de la pratique restent cependant silencieux sur la réalité de cet engagement au Moyen Âge et à la Renaissance. Il est difficile de dire dans quelle mesure et de quelle manière il était assumé dans la vie quotidienne. Il est certain en tout cas que l’éducation spirituelle des filleuls n’était pas assurée par les parrains dans les élites sociales au début du xviie siècle11. Cette obligation demeurait formellement à charge des parrains « jusqu’à ce que les filleuls soient en état de se conduire12 », c’est-à-dire après dix-huit ou vingt ans selon le concile de Tours de 158313. Dans la pratique, les attentions des parrains et marraines à l’égard de leurs filleuls et filleules étaient surtout d’ordre matériel et se concrétisaient tout d’abord par la fourniture de l’habit de baptême et le don de cadeaux14. Parrains et marraines contribuaient également, selon leur aisance financière, à subvenir ponctuellement aux « besoins temporels » de leurs protégés15. Ce sentiment était si vif chez Jean Calvin qu’il se sentait moralement et financièrement responsable de son filleul devenu orphelin, incapable de subvenir seul à ses besoins :

    « Le souvenir de son père doit me pousser à désirer qu’on aide ses enfants. Et j’ai cette raison particulière : de celui-là j’ai été le parrain ; il faut donc que je remplace son père […] Je t’écris ceci pour que tu présentes ma recommandation à tous ceux dont il y aura lieu d’implorer la bonté en faveur de cet enfant. Que ma lettre en soit le témoin : quelque service qu’ils lui rendent, il me sera agréable à moi comme s’il était rendu à mon propre fils16. »

    12En 1598, ce devoir d’assistance matérielle fut formalisé dans l’Église réformée au synode national de Montpellier. Les parrains et marraines devaient veiller au bien-être des enfants présentés au baptême, autant sur le plan spirituel que sur le plan matériel17. Dans l’Église catholique la recommandation ne figure pas dans les rituels et traités sur le baptême mais on peut penser qu’elle était régulièrement mise en œuvre, notamment en cas de décès des parents18. Le système du compérage ne se limitait pas à l’organisation des relations entre parrains et filleuls, il créait des liens très forts entre les compères, au même titre que les mariages. Cette recherche d’alliances constituait le cœur du système du compérage si l’on en croit le cathare Guillaume Belibaste, pour qui le baptême et les compaternités « ne sont bons à rien, sinon à faire contracter des amitiés entre les hommes19 ». Son ami Pierre Maury s’en réjouissait cependant car le parrainage lui permettait d’acquérir « l’amitié de beaucoup de personnes20 ». Au début du xvie siècle, les motivations étaient les mêmes pour Jehan d’Ivry, narrant le désarroi d’un jeune père de famille contraint de trouver au plus vite des parrains et marraines pour ses jumeaux nouveau-nés :

    Il court çà et là par les rues,
    Pource qu’il luy fault trois compères
    Et trois commères toutes drues.
    Voire les raisons entendues,
    Que je suppose y estre clères,
    S’il a des parrains ou des frères,
    Par ce moyen acquiert amys21.

    13Le système du compérage possède une double dimension, affective et financière. Les deux aspects sont indissociables. Le parrain assiste son filleul par ses cadeaux mais il s’instaure en même temps entre eux une relation affective de nature filiale, quelquefois très forte. Parallèlement, le parrain « acquiert », par les cadeaux faits à son filleul, l’amitié de son nouveau compère. Le père de l’enfant lui en est redevable et il se crée entre les deux hommes une relation marquée à la fois par l’assistance mutuelle et l’affection22. Plus précisément, le parrain doit s’occuper de son filleul, faire profiter éventuellement son compère de son réseau social ; de son côté, le père s’engage à porter assistance à son compère en cas de besoin. En France, la dation du nom scelle et symbolise cette alliance. Le père confie alors au parrain, ou à la marraine, l’honneur de l’attribution du nom au nouveau-né. La question financière est également au cœur des cérémonies de baptême lorsque les parents font appel à des pauvres pour tenir leur enfant sur les fonts baptismaux. Ce type de compérage est peu fréquent mais régulièrement mentionné dans les livres de raison. Il était quelquefois mis en œuvre lorsque l’on craignait pour la survie de l’enfant, parfois après le décès en bas-âge d’enfants nés antérieurement. Le père déclare alors avoir agi « par dévotion » en faisant appel à des pauvres. Le nom donné à l’enfant est fréquemment celui d’un saint invoqué pour sa survie. Les noms des parrains et marraines ne sont généralement même pas mentionnés, ce sont des « pauvres23 ». Agir par dévotion, c’est agir sans recherche d’intérêt financier. En l’occurrence, les parents renoncent pour leur enfant aux cadeaux que celui-ci devrait normalement recevoir de ses parrains et marraines. Les parents ne sont pas pour autant exonérés de porter assistance aux parrains pauvres qu’ils auraient choisis24.

    14Le choix du nom fait normalement l’objet d’un consensus prenant en compte des facteurs multiples : le milieu social des cocontractants, les souhaits des uns et des autres, les circonstances de la naissance. Le témoignage de Guillaume Henri, « noble homme » d’Aix, consigné en 1363 dans l’enquête du procès de canonisation de Delphine de Puimichel, est un bon exemple de ce type de consensus25. La comtesse avait prédit à Guillaume la naissance prochaine d’un fils et son baptême par une personne pauvre. Comme elle avait fait vœu de pauvreté, elle insista pour être elle-même la marraine du futur enfant et s’enquit du nom souhaité par le père :

    « Seigneur Guillaume, par quel nom voulez-vous nommer le fils que Dieu vous donnera ?
    Et Guillaume de répondre : “Je souhaiterais de tout cœur le nommer du nom de François, s’il vous en convient.”
    Et elle lui dit qu’elle s’en réjouissait, bien qu’elle eût préféré que l’enfant fût nommé du nom de son très saint mari, c’est-à-dire Eléazar26. »

    15Les propositions pouvaient venir des différentes parties et le choix du nom était généralement fixé d’un commun accord, probablement directement après la sollicitation de parrainage. Un exemple un peu similaire figure dans la chanson de Macaire, composée à la fin du xiie siècle ou au début du xiiie siècle. Sibille (ou Blanchefleur dans le manuscrit de Venise) est accusée d’infidélité par Charlemagne, son époux. Chassée du royaume, elle arrive en Hongrie où elle est hébergée par un nommé Primerain. Elle donne naissance à un fils et son hôte se propose naturellement d’en être le parrain et de lui donner son nom :

    « Quant vos plaira que il soit bautisiés, je vorroie estre vos comperes claimés.
    Dist la roine : “Cent merci en aiés ; De mon enfant ferés vo volonté : nommer le faites com vos venra a gré.”
    Dist Primerains : “Et l’ai bien porpensé ; Quand il sera bautisiés et levés, et d’oile benéis et sacrés, et sera il Primerains apelés par son droit nom, si com je l’ai esté27.” »

    16L’honneur de la nomination est conféré à l’un ou l’autre des parrains et marraines présents à la cérémonie du baptême. Là encore, aucune norme n’est prévue dans les rituels, c’est une affaire qui se règle entre les parents et leurs compères et commères. L’usage qui prévalait le plus généralement aux xve et xvie siècles accordait l’honneur de la nomination des garçons aux parrains et celui de la nomination des filles aux marraines. Cette pratique n’était toutefois pas appliquée partout. En outre, lorsqu’elle était appliquée, l’usage était quand même d’honorer prioritairement celui ou celle qui possédait le statut social le plus élevé. Il s’agissait probablement de celui ou celle qui offrait le plus de cadeaux. Par ailleurs, en cas de pluralité de parrains et marraines, le nom était généralement choisi par le parrain principal ou la marraine principale. Dans les registres de baptême, le nom de l’enfant est très souvent celui du parrain ou de la marraine nommés en premier dans les actes. Il arrive cependant que le nom du nouveau-né soit celui du second parrain ou de la seconde marraine. Fréquemment, certains prêtres, cités comme premiers parrains, ne transmettaient pas leur nom à leurs filleuls mais déléguaient l’honneur de la nomination aux seconds parrains. Cet usage peut s’expliquer par une forme d’humilité ou, plus vraisemblablement, par le fait que les cadeaux les plus importants avaient été offerts par le second parrain. En tout état de cause, il convenait que le nom choisi pour l’enfant ait été approuvé par l’ensemble du collège des parrains et marraines. Ce nom était d’ailleurs quelquefois choisi collectivement. À noter qu’en cas d’impossibilité pour un parrain désigné de se rendre personnellement au baptême de son filleul, le représentant de substitution, nommé par procuration, ne bénéficiait pas de l’honneur de la nomination, celui-ci restait attribué en principe au parrain sollicité.

    Approches généalogiques

    La maison de Laval

    17L’analyse des pratiques nominatives appliquées dans une même famille sur plusieurs générations permet de repérer d’éventuels comportements normatifs : les noms des grands-parents sont-ils transmis aux petits-enfants ? Le cas échéant, existe-t-il un ordre d’attribution ? Existe-t-il un stock onomastique familial ? Les noms repris sont-ils empruntés de préférence dans la famille du père ou dans la famille de la mère ? Rencontre-t-on des cas de réattribution dans une fratrie du nom d’un aîné disparu ? Lorsque l’on connaît les noms des parrains et marraines, existe-t-il une norme de transmission homonymique et, le cas échéant, comment fonctionne-t-elle ? Les parents sollicitent-ils les parrains et marraines dans leur parenté (parrainage intrafamilial ou endogamique) ou en dehors (parrainage extrafamilial ou exogamique) ? Dans ce dernier cas, les parrains et marraines appartiennent-ils au même milieu social que les parents ?

    18Cette approche généalogique débute par une analyse des choix de nomination dans la famille de Guy XIV de Laval et Isabeau de Bretagne. La maison de Laval fut fondée par Guy Ier de Laval au xie siècle. Du point de vue onomastique, la particularité de cette famille est son attachement obsessionnel au nom Guy, porté par la quasi-totalité des chefs de lignée. Dans ses Chroniques de Vitré, Pierre Le Baud a rapporté les naissances de tous les enfants de Guy XIV de Laval et d’Isabeau de Bretagne, nés entre 1431 et 1442, en indiquant lorsqu’il en avait connaissance l’identité des principaux parrains et marraines. Cette richesse documentaire apporte un éclairage tout à fait intéressant sur les pratiques nominatives de la maison de Laval au xve siècle. L’arbre généalogique présente les frères, sœurs et parents des deux conjoints ainsi que leurs dix enfants. Le tableau 27 reprend les informations données par Pierre Le Baud en respectant l’ordre de présentation des parrains et marraines28. Il s’agit d’un ordre de préséance, mettant en avant le parrain ou la marraine de rang le plus élevé, ou celui ou celle que l’auteur souhaite honorer plus particulièrement. On observe dans la plupart des cas une homonymie entre le premier nommé et le nom de l’enfant. Les noms des parrains et marraines sont renseignés pour neuf naissances et la transmission homonymique a été appliquée à huit reprises. Il s’agit clairement d’une pratique normative. La question qui se pose est donc celle-ci : les parents ont-ils fait, dans un premier temps, le choix du nom de leur enfant puis sollicité un parrain ou une marraine qui portait déjà ce nom, ou, au contraire, ont-ils choisi d’abord les parrains et marraines en sachant que l’enfant porterait le nom de l’un d’entre eux, ou à défaut une forme dérivée de leur nom ? Nous connaissons l’identité de onze parrains et de sept marraines. Ils appartiennent pour moitié à la parenté des époux. Le plus souvent, l’un des parrains ou marraines est de la parenté et l’autre non. Sauf exception, le nom de l’enfant est donné par celui d’entre eux qui est de la parenté29. Sur les neuf parrains et marraines issus de la parenté, huit appartiennent à la branche maternelle (celle des ducs de Bretagne) et un seul à la branche paternelle (Louis de Laval)30. Pour Guy XIV de Laval, le compérage est de toute évidence un moyen de nouer des relations solides et durables avec la maison des ducs de Bretagne. Il est peu probable par conséquent que le choix du nom ait primé sur le choix des parrains et marraines. En réalité, la question ne devait pas se poser de cette façon pour les parents. Le choix du nom est stratégique, comme le choix des parrains et marraines relève des stratégies d’alliance, c’est un tout. La transmission du nom au filleul ou à la filleule honore autant les parrains et marraines qu’elle honore les parents. Le nom est le signe visible de l’alliance contractée.

    Tableau 27. – Parrains et marraines des enfants de Guy XIV de Laval.

    Enfant

    Date

    Parrains (P) et marraines (M)

    Yolande

    01/10/1431

    M : Yolande d’Anjou, fille de Louis IV d’Anjou et de Yolande d’Aragon

    P : Richard de Bretagne, comte d’Étampes, son (grand) oncle

    Françoise

    1432

    P : François de Bretagne, son oncle

    M : Mademoiselle de Rohan

    Jeanne

    10/11/1433

    P : Jean de Malestroit, évêque de Nantes

    M : la Dame de Kaer

    Anne

    1434

    « Nommée Anne en l’honneur et mémoire de madame la comtesse sa grand-mère » (Anne de Laval)

    François

    (Guy XV)

    16/11/1435

    P : François de Bretagne, son oncle, et l’évêque de Nantes, chancelier de Bretagne (Jean de Malestroit)

    Jean

    14/02/1437

    P : Jean V, duc de Bretagne, son grand-père

    M : Yolande d’Anjou

    Artuse

    17/02/1438

    P : Artus de Bretagne (Arthur III), fils de Jean IV, et l’Amiral de Bretagne (Jean III du Quelennec)

    Elaine

    17/06/1439

    M : Yolande d’Anjou

    P : Alain, vicomte de Rohan (Alaix IX)

    Louise

    13/01/1440

    P : Louis de Laval, sire de Chatillon (frère de Guy XIV)

    M : Madame de Malestroit

    Pierre

    17/07/1442

    M : Mademoiselle de Montafilant (Françoise de Dinan probablement)

    P : l’Amiral de Bretagne

    19La typologie onomastique des membres d’une fratrie renseigne par ailleurs sur la nature de l’alliance conclue entre les familles paternelles et maternelles. La dation du nom peut être considérée comme une marque d’honneur des parents envers le parrain ou la marraine. L’honneur suppose une contrepartie attendue. Dans la mesure où la personne honorée est implicitement redevable envers celle qui l’honore, nous pouvons présumer que le rang social de la première est supérieur à celui de la seconde. Par conséquent, lorsque les noms des membres d’une fratrie renvoient de manière indifférenciée aux répertoires onomastiques des branches paternelles et maternelles, l’alliance est de caractère égalitaire. A contrario, lorsque les noms de la fratrie renvoient principalement à l’une ou l’autre de ces branches, nous pouvons présumer une alliance inégalitaire. Si ces noms renvoient à la branche paternelle, ils traduisent une alliance de type hypogamique pour les époux. Dans cette situation, la lignée de l’épouse est vraisemblablement inférieure, en richesse ou en dignité, à celle de l’époux. Inversement, si les noms de la fratrie renvoient principalement à la branche maternelle, ils présument une alliance de type hypergamique pour les époux, autrement dit une union où le mari épouse une femme d’un rang supérieur au sien31. Les noms des enfants de Guy XIV de Laval et d’Isabeau de Bretagne en offrent un exemple flagrant. La typologie générale du répertoire onomastique des Laval semble en outre indiquer que cette maison pratiquait ce type d’alliance depuis le xie siècle au moins.

    Figure 23. – Les enfants de Guy XIV de Laval et d’Isabeau de Bretagne.

    Image

    20Les noms choisis pour les enfants de Guy et d’Isabeau sont caractéristiques des pratiques nominatives de la Bretagne orientale. Dans cette région, la primauté du choix du nom revenait généralement aux parrains, que ce soit pour les garçons ou les filles. Deux des trois garçons de la fratrie ont reçu les noms de leurs parrains32 mais seulement une des filles a reçu le nom de sa marraine33. Cinq autres ont reçu un nom dérivé du nom de leur parrain, qu’il s’agisse d’un nom masculin féminisé (Françoise, Jeanne, Artuse, Louise), ou d’un nom obtenu par association paronymique (Élaine)34.

    21Dans trois cas, nous pouvons présumer que les parents ont choisi les parrains et marraines après avoir décidé du nom. C’est le cas sans doute pour Jeanne, née le 10 novembre 1433, qui reçut son nom de Jean de Malestroit, évêque de Nantes. Ni le parrain, ni la marraine n’appartiennent à la parenté des époux. Il est probable que cette nomination était une manière de rendre hommage à la grand-mère maternelle, Jeanne de France, qui allait mourir le mois suivant (le 27 décembre 1433)35. La nomination d’Anne en 1434 est présentée comme une manière d’honorer Anne de Laval, la grand-mère paternelle. Celle-ci était encore en vie mais elle n’a sans doute pas été sa marraine, pour une raison que nous ignorons. Les parrains et marraines sollicités ne devaient pas être d’un rang social élevé car leur souvenir ne s’est pas conservé. Le choix personnel des parents est généralement perceptible lorsque les parrains et marraines sont très jeunes ou d’un rang social inférieur à celui des parents. C’est le cas avec Pierre, né en 1442. Il fut tenu sur les fonts par Mlle de Montafilant et l’Amiral de Bretagne. Ni l’un ni l’autre n’étaient de la parenté des époux. Chez les Laval, le nom de Pierre prédestine à une carrière ecclésiastique : ce fut le cas avec Pierre, fils de Guy IX et Béatrix de Gavre, qui fut évêque de Rennes en 1354 ; ce sera également le cas avec le fils de Guy XIV, nommé évêque de Saint-Brieuc en 1472, puis archevêque de Reims l’année suivante.

    22Ni le nom du père, ni le nom de la mère, n’ont été transmis aux enfants. Chez les Laval, les mères ne transmettaient jamais leur nom aux filles mais seulement aux petites-filles. L’absence de transmission du nom Guy au fils aîné est absolument exceptionnelle. Le fait qu’il n’ait pas été transmis non plus à un cadet laisse supposer que l’adoption future du nom par le successeur de Guy XIV était peut-être programmée. À moins que le concept même du nom de lignée fût devenu obsolète.

    23En définitive, il apparaît que le choix du nom s’insère prioritairement chez les Laval dans des logiques d’honneur et d’intégration. Il n’y a guère de place pour des considérations esthétiques, personnelles ou dévotionnelles dans cette perspective. Il n’y a pas de véritable dilemme : choix du nom ou choix des parrains ? Les parents choisissent les uns et les autres en même temps. Les parents souhaitent rendre honneur aux grands-parents mais leur souci de transmettre un patrimoine onomastique familial ne va généralement pas au-delà du nom de lignée. Une dernière remarque à propos de l’onomastique de la maison de Laval. L’attribution préférentielle du nom d’un puissant est quelquefois présentée comme un moyen d’attirer sur l’enfant une protection princière36. Si c’était le cas, nous devrions relever de nombreux Guy dans les listes nominatives des terres de la seigneurie de Laval. C’est tout le contraire qui se passe : nous relevons un seul Guy dans la liste des bourgeois de Vitré en 1363. Les noms de lignée des puissants sont le plus souvent tabous dans leur zone d’influence lorsqu’ils n’appartiennent pas déjà au répertoire onomastique courant.

    Les heures d’Isabeau de Pontbriand

    24Exécutées vers 1430, les heures d’Isabeau de Pontbriand étaient destinées à une dame de la petite noblesse bretonne dont les origines sont assez floues37. Du point de vue onomastique, ce livre d’heures a l’avantage d’être précédé d’un véritable livret de famille rapportant les naissances de tous les enfants des propriétaires successifs de l’ouvrage. Il indique notamment les baptêmes des onze enfants de Jean de Carcaing et de Jacquette Berthelot (entre 1510 et 1530), ceux des seize enfants de Gilles de Carcaing et Julienne d’Horlande (entre 1543 et 1566), puis ceux des dix enfants de Guillaume de Languedoc et Guillemette de Carcaing (entre 1575 et 1589). L’ensemble de ces données constitue une documentation extrêmement intéressante car elle permet d’analyser l’évolution des pratiques nominatives au cours du xvie siècle pour une même famille sur trois générations. D’emblée, il apparaît que la transmission du nom des parrains, ou des marraines, aux filleuls et filleules était une pratique normative dans cette famille. Elle est appliquée en intégralité pour le premier couple, quinze fois sur seize pour le second et huit fois sur dix pour le troisième38. La transmission éventuelle d’un patrimoine onomastique ne peut se faire que par l’intermédiaire des parrains et marraines.

    Les enfants de Jean de Carcaing et de Jacquette Berthelot

    25Nous ne savons pas grand-chose de la famille de Jean de Carcaing. L’homme appartenait à la petite noblesse bretonne et résidait à Antrain (évêché de Rennes) dans les années 1510, au moment de la naissance de ses premiers enfants. Son installation y est peut-être récente39. Son épouse, Jacquette Berthelot, née le 25 septembre 1489, est la nièce d’Olivier de Villarmoye. Le premier acte de baptême les présente comme « sieur et dame du Chastelet et de la Mesnardière ». Le couple donna naissance à onze enfants, nés de 1510 à 1530.

    26Les quatre garçons (Gilles, Adrien, Guillaume, Rolland) ont reçu le nom de leur premier parrain. En France septentrionale, avant la mise en application des recommandations du concile de Trente, chaque baptisé était normalement tenu sur les fonts par deux parrains et une marraine, s’il s’agissait d’un garçon, ou par un parrain et deux marraines, s’il s’agissait d’une fille. Les époux de Carcaing ne dérogent jamais à cet usage.

    Tableau 28. – Enfants de Jean de Carcaing et de Jacquette Berthelot.

    Enfant

    Date

    Parrains et marraines

    Janne

    05/08/1510

    Noble homme Jan de la Servelle, sieur de la Vilière

    Louyse le Senechal dame de la Rouerye et Janne du Pontavice

    Marguerite

    10/02/1511

    Dom Jean Tramel, curé et Jean d’Antrain

    Marguerite Tuffin et Colasse Trehec femme de Francoys Gerard sieur de Perrousel

    Janne

    03/06/1514

    Jan Trehec sieur du Chesnay

    Dlle Janne de Pouez dame des Carées et Ysabeau de Domaigné dame de la Hirelaye

    Georgine

    04/../1516

    Noble homme Jean Gerard sieur de la Blanchaye

    Georgine du Mes femme de NH Vincent Tuffin et Guillemette Deslandes

    Guillemette

    08/01/1517

    Guillaume Debort sieur de Launay

    Jeanne du Vaurouze fe. de Mr de la Blanchaye et Janne Denoual femme de J. Gontier

    Gilles

    08/09/1519

    Gilles de Porcon sieur dudit lieu et Pierre Pinier sieur de la Barbaye

    Catherine de Bonnefontaine femme de Francoys Gerard sieur de Perrousel

    Adrian

    23/01/1520

    Adrian Le Marigné sieur de la Godelinaye et Jullien de la Crouez sieur de Corbes

    Jacquette Cadore femme d’Amaury Pinier sieur de Launay

    Guillaume

    12/10/1523

    Nobles gens Guillaume Turpin sieur du Chanblot et Geffroy Mouton sieur du Plessis

    Guillemette du Porcon femme de Jean Gerar sieur de la Blanchaye

    Vincente

    08/12/1526

    Vincent Tuffin escuyer de la Rouerye

    Dlle Jeanne de Monbirail et Vincente Debort

    Rolland

    31/03/1528

    Rolland du Pontavice sieur dudit lieu et Henry de Porcon

    Margueritte du Hallay femme de Jan Tuffin sieur de Vauhullin

    Radegonde

    11/03/1530

    Noble homme Pierre Poupart sieur de la Rouerye

    Dlle Radegonde de Porcon et honneste Guyonne de Hargouges dame de la Barette

    27Quatre des filles (Marguerite, Jeanne née en 1514, Georgine, Radegonde) reçurent le nom de leur première marraine et trois autres (Janne née en 1510, Guillemette, Vincente) reçurent un nom féminin dérivé du nom de leur parrain. Cette pratique nominative confirme que nous sommes bien en Bretagne orientale. Il n’est pas possible de donner avec certitude la raison pour laquelle certaines filles étaient nommées par leurs marraines et d’autres par leurs parrains. J’ai toutefois constaté dans les premiers registres de baptêmes de Roz-Landrieux que la nomination des filles par les marraines était, dans cette région, une prérogative des dames de la noblesse. En milieu populaire, les filles étaient presque toujours nommées par leurs parrains. Lorsque la marraine jouissait d’un statut social plus élevé que le parrain, la nomination des filles lui incombait d’office. Les prêtres se désistaient quelquefois en faveur des marraines quand ils étaient parrains. C’est ce qui s’est passé manifestement à Antrain pour le baptême de Marguerite de Carcaing en 1511. Lorsque le parrain et la marraine principale appartenaient tous les deux à la noblesse, le choix de la nomination se faisait peut-être collectivement mais on peut penser que l’âge et le rang social donnaient vraisemblablement la primauté à l’un ou à l’autre.

    28Il n’est pas possible de savoir si la seconde Jeanne fut nommée ainsi à la suite du décès prématuré de la sœur aînée (on ne connaît pas sa date de décès) ou simplement parce que ses parrains et marraines se nommaient Jean et Jeanne. Aucun des fils ne porte le nom de leur père et aucune des filles ne porte le nom de leur mère.

    29Les parrains et marraines de leurs enfants appartiennent pratiquement tous à la petite noblesse d’Antrain ou des paroisses voisines. Aucun des parrains ou marraines ne se nomme de Carcaing ou Berthelot. Un seul parrain semble être issu de la parenté proche des époux40 : Guillaume Turpin, sieur du Chanblot, qui porte le nom de la mère de l’épouse41. Il s’agit donc d’un parrainage majoritairement extrafamilial, très différent de celui observé précédemment pour les enfants de Guy XIV de Laval. Les parents ont sollicité essentiellement des membres de leur milieu social. Il ne s’agit pas ici de consolider les relations avec la lignée alliée mais de constituer un réseau de solidarité. Les causes de l’absence de parrainage de la parenté proche peuvent être doubles : soit il n’y avait pas de famille à proximité (parents éloignés ou décédés), soit l’usage social accordait la préférence au parrainage extrafamilial. L’absence apparente de lien de parenté avec les parrains et marraines et l’application systématique de la norme des transmissions homonymiques laisse ici très peu de place à une éventuelle stratégie de transmission d’un patrimoine onomastique familial. Les noms des enfants renseignent sur le réseau social et non sur la lignée familiale.

    Les enfants de Gilles de Carcaing et Julienne de Horlande

    30Gilles, né en 1519, hérita du livre d’heures d’Isabeau de Pontbriand. Il était le premier fils de Jean de Carcaing et de Jacquette Berthelot. Il épousa Julienne de Horlande le 7 octobre 1543. L’identité des parents de l’épouse n’est pas indiquée. On connaît toutefois la date de son baptême (le 22 mai 1524) et le nom de sa seconde marraine qui n’était autre que sa future belle-mère, Jacquette Berthelot. Le fait témoigne de la longévité des liens du compérage. Le couple donna naissance à dix garçons et six filles.

    Tableau 29. – Enfants de Gilles de Carcaing et de Julienne de Horland.

    Enfant

    Date

    Parrains et marraines

    Estienne

    ../03/1543

    Estienne Debort sieur de Launay et dom Nycolas L’abé

    Francoyse Lecamus

    Vincent

    06/04/1545

    Noble Vincent Tuffin sieur de la Rouerie et Artur de la Piguelaye sieur de la Porte

    Janne Anger dame de Puier

    Jullienne

    15/04/1545

    Noble Jullien Turpin sieur de Langevinière

    Gillette Deccaux dame de Perousel et Francoyse Le Camus dame du Breil

    Mepte

    03/05/1547

    Guillaume Tuffin, sieur de la Rouerie

    Marguerite de Carcaing dame de la Tuelaye et Mepte Gerard dame des Regoetz

    Francoys

    27/08/1548

    Françoys de Monmoron sieur dudit lieu

    Bertranne Gallesne dame de Hellandière et Vincente Debort

    Jullien

    03/10/1549

    Jullien de Horlande sieur du Motais et Guillaume Grandel sieur de la Tronsonnaye

    Marye Gilbert dame de la Longueraye

    Pheline

    14/12/1550

    Geffroy le Camus sieur de la Vigne

    Francoyse Pinier dame de la Barbaye et Claudine Boulain dame du Presouer

    Charlotte

    27/01/1551

    Jullien Poccas sieur de Marigné

    Dlle Charlotte de la Marzelière dame de Scepeaux et Anne Anger dame de Puicey

    René

    15/02/1553

    René Tuollay sieur dudit lieu et Robert Bocain sieur du Ho…

    Jacquemine Gilbert femme Gilles Gontier

    Raoul

    24/05/1554

    Raoul de la Hellandière sieur dudit lieu et Pierre Brindel sieur du Plessix

    Catherine du Boysgle dame de Lohingat

    Jan

    20/09/1556

    Jan de Bonnefontaine sieur du Breil et Rolland de Carcaing sieur de la Garenne

    Francoyse le Guillorel dame des Escotaiz

    Adrian

    11/10/1557

    Adrian de Carcaing sieur de Saint-Denys et Jan de Vauble sieur du Plessix

    Francoyse le Guillorel dame des Escotaiz

    Francoyse

    (Francyne)

    16/08/1559

    Francoys Tuffin sieur de la Coquillonnaye

    [blanc] et Francoyse le Camus

    Nycolle

    22/11/1562

    Francoys Lorien sieur de Guynoray

    Collase Liaye dame de la Tuollaye et Jacquemine Boullain dame de Puisey

    Jullien

    23/03/1564

    Jullien de la Hellandière sieur dudit lieu et Abel Gardaye sieur des Bussonnez

    Dlle Jullienne Levesque dame de Nutilliez et de Langle

    Gille

    ../12/1566

    Guillaume de Carcain sieur du Pressouer et Jan Goupil

    Jacquette Gache dame de la Myterie

    31Les neuf premiers garçons (Étienne, Vincent, François, Julien, René, Raoul, Jean, Adrien, Julien) reçurent le nom de leur premier parrain. Le dixième fait exception : son parrain fut Guillaume de Carcaing, vraisemblablement son oncle, né en 1523, qui renonça à lui transmettre son propre nom en faveur de celui du père, Gilles. Lorsque ce dernier naît en 1566, le père a déjà 47 ans et il n’aura plus d’autre enfant. Visiblement, l’attribution de son nom à son dernier-né est une marque honorifique du parrain à son égard. On note donc l’intention de la transmission d’un nom familial mais cette attribution tardive marque a contrario qu’il ne s’agit pas d’un nom de lignée et qu’il n’y avait pas de réelle volonté de la part du père de transmettre son nom à l’un de ses enfants.

    32Les six filles reçurent leur nom par transmission homonymique. À trois reprises, le nom transmis est celui de la marraine (Julienne, Françoise, Nicolle)42. Dans les trois autres cas, le nom est soit une forme dérivée du nom du parrain (Julienne pour Julien), soit une forme hypocoristique construite à partir du nom du parrain (Mepte, diminutif de Guillemette43, pour Guillaume et Pheline, diminutif de Geffeline, pour Geffroy).

    33Quelques enfants ont reçu des noms déjà portés par les parents ou les grands-parents. Du côté paternel, l’attribution du nom Gilles est assurément une référence familiale. Le nom de la mère (Julienne) est attribué à l’aînée des filles en 1545 et celui du grand-père (Jean) est attribué au septième garçon en 1556. Ces attributions sont sans doute fortuites et s’expliquent d’abord par l’homonymie avec les parrains. Si les parents avaient souhaité honorer Jean de Carcaing, ils n’auraient pas attendu la naissance du septième garçon pour le faire.

    34L’identité des parents et grands-parents de Julienne de Horlande est inconnue et il n’y a pas moyen de savoir si leurs noms furent attribués aux enfants. Les parents ont sollicité leurs compères et commères selon le modèle ternaire classique44. Sur un total de quarante-sept parrains et marraines, six d’entre eux sont issus de la parenté, ce qui porte le taux de parrainage intrafamilial à 13 %. C’est une augmentation considérable par rapport à la génération précédente. Cinq furent sollicités dans la parenté de l’époux (Julien Turpin, Marguerite de Carcaing, Roland de Carcaing, Adrien de Carcaing et Guillaume de Carcaing). Le premier devait avoir un lien de parenté avec la grand-mère paternelle (la mère de Jacquette Berthelot était une Turpin). Les quatre suivants étaient vraisemblablement les frères et sœurs de Gilles de Carcaing. Les parrains et marraines semblent avoir été choisis pour la plupart dans la même tranche d’âge que les parents. Un seul compère fut sollicité dans la parenté de l’épouse : Julien de Horlande, qui pourrait être l’un de ses frères. L’implication de la parenté dans le parrainage contribue de deux façons à la constitution d’un stock onomastique familial. Lorsque les membres de la parenté sont les nommeurs, ils pérennisent leurs noms dans la famille par le biais des transmissions homonymiques. Cependant, on observe que ces transmissions sont moins fréquentes lorsque le parrain ou la marraine est un membre de la parenté immédiate (père ou mère, frère ou sœur, fils ou fille). Il est vraisemblable que lorsque les parents tenaient à donner un nom précis à leur enfant, il leur était plus facile de solliciter un de leurs proches pour être parrain, sachant qu’il ne serait pas froissé de ne pas transmettre son nom à son filleul. C’est manifestement ce qui s’est produit pour la nomination du dernier-né de Gilles de Carcaing et Julienne de Horlande.

    Les enfants de Guillaume de Languedoc et de Guillemette de Carcaing

    Tableau 30. – Enfants de Guillaume de Languedoc et de Guillemette de Carcaing.

    Enfant

    Date

    Parrains et marraines

    Julienne

    08/09/1575

    Jean Gerard sieur de la Guenguenais

    Dlle Julienne de Horlande sa grand-mère et Dlle Charlotte des Helandiere

    Françoise

    02/11/1577

    Pierre de Langedoc sieur de Saint-Lorans

    Dlle Francoisse Pinyer dame de la Barbaye et Renée Morbihan

    Pierre

    15/02/1579

    Pierre Tuffin ecuyer sieur de la Coquelonnaye et Pierre Faineux

    Fransoise Even sa grand-mère

    Roul

    08/05/1580

    Roul Pepin sieur de la Barbaye et Jullien Bazire

    Anne Pepin famme du sieur de la Mandardiere

    Margueritte

    07/11/1581

    Pierre Touchaye sieur du Bois Harel

    Dlle Julienne de Carcain sa tante et H. F. Helaine de Languedoc aussi sa tante

    René

    05/06/1583

    René Even et René Grégoire

    Guillemette de Languedoc

    Gilette

    07/02/1585

    Blaize Simon sieur de la Grignardaye

    Dlle Gilette de Languedoc et Janne Cochart

    Jan

    08/03/1586

    Jan Guisyupe sieur de la Touche et son petit parrain (non nommé)

    Sa marraine (non nommée)

    Janne

    06/05/1587

    Jan Cochart sieur de la Gueroullaye

    Perrine de Languedoc et Margeritte Alloe

    Geffroy

    02/07/1589

    H. H. Geffroy de Languedoc et Jan de Languedoc

    H. F. Germaine Bouvier

    35Guillemette de Carcaing épousa Guillaume de Languedoc à Rennes le 27 septembre 1574. Les origines de la famille de l’époux sont inconnues. Cinq garçons et cinq filles naissent de cette union. Tous les garçons reçurent le nom de leur parrain (Pierre, Roul, René, Jan, Geffroy). Quatre des filles bénéficièrent d’une transmission homonymique : Julienne, Françoise et Gillette reçurent le nom de leur marraine ; Janne reçut un nom dérivé de celui de son parrain. Il y a eu une exception pour Marguerite dont les marraines furent ses tantes Julienne de Carcaing et Helaine de Languedoc. La dérogation s’explique sans doute par le fait que le nom Julienne avait déjà été attribué à la fille aînée. Il n’existe pas de référente connue nommée Marguerite dans la génération précédente. Il est possible que ce nom ait été choisi d’un commun accord par les deux tantes pour éviter un conflit de préséance.

    36Les noms des parents et grands-parents sont encore faiblement transmis. Celui de la grand-mère paternelle (Françoise) fut attribué à la fille cadette. Celle-ci n’a toutefois pas été nommée par sa grand-mère (Françoise Even) qui fut pourtant marraine du cadet des garçons deux ans plus tard. On ne perçoit pas de volonté de transmission de noms familiaux. Par rapport aux deux générations précédentes, le parrainage intrafamilial s’est fortement développé puisque dix des vingt-huit parrains et marraines appartiennent à la parenté immédiate. Lorsque celle-ci a été sollicitée, les jeunes parents ont surtout fait appel à la branche paternelle et très peu à la branche maternelle. Il n’y a pas lieu d’y déceler l’indice d’une mésentente entre les deux familles : à l’exception de Julienne, baptisée à Antrain en 1575, tous les autres enfants ont été baptisés à Saint-Lorans et à Saint-Germain (deux paroisses de Rennes) puis à Betton (nord de Rennes) où les Languedoc s’installèrent à la fin du xvie siècle45. La désaffection de la branche maternelle tient à l’éloignement.

    Bilan des pratiques nominatives dans les familles de Carcaing et de Languedoc

    37Ces familles ne possédaient pas encore au xvie siècle de patrimoines onomastiques spécifiques. Il n’existe pas de système onomastique global gérant les nominations en fonction du rang des naissances et des branches paternelles et maternelles. On observe toutefois le recours de plus en plus fréquent au parrainage intrafamilial, induisant le renouvellement automatique de certains noms par le mécanisme des transmissions homonymiques. L’attribution de noms familiaux, vraisemblablement choisis par les parents, passait prioritairement par le parrainage intrafamilial, sans doute parce que les grands-parents, oncles ou tantes des baptisés étaient plus enclins à renoncer à la transmission de leurs propres noms à leurs filleuls et filleules. Deux hypothèses principales peuvent expliquer le développement de cette forme de parrainage : d’une part, l’accroissement de l’aisance ou de la sécurité financière des familles (qui évite de faire appel à de la solidarité extérieure) ; d’autre part, le souhait des parents de décider eux-mêmes du nom de leurs enfants.

    Le journal de René Fleuriot

    38René Fleuriot était un gentilhomme breton de pays de Tréguier. Il entama la rédaction de son journal autobiographique en 159446. Du point de vue onomastique, ce livre de famille est doublement intéressant, d’une part, parce que l’auteur vit en Bretagne occidentale, où les pratiques nominatives se démarquaient significativement des pratiques de la Bretagne orientale ; d’autre part, parce que le choix du nom des enfants est fréquemment commenté. René Fleuriot baignait dans le milieu militaire. Charles, son frère aîné, était chevalier de l’ordre et avait épousé la sœur d’un capitaine, Claude de Kerguesay, qui fut un temps gouverneur de la ville de Guingamp. Lui-même servit sous les ordres de ce dernier pendant les guerres de la Ligue. La liste des principaux témoins présents à son mariage en 1593 témoigne clairement de ses affinités : Claude de Kerguesay, son capitaine, Marc Antoine de Rochefort, tué au Pont de l’Arche en 1596, Charles de Lesmaes, tué à Huelgoat en 1594, son frère Charles, sa belle-sœur Marie de Kerguesay, et Louise de Goulaine, belle-sœur de Claude de Kerguesay. Essentiellement donc des compagnons d’armes et leurs conjoints. C’est dans ce cercle restreint d’amis et de parents proches que René Fleuriot choisit la plupart des parrains et marraines de ses neuf enfants.

    Le choix des noms

    39Une consultation rapide de la liste des enfants de René Fleuriot et Marguerite Chefdubois révèle quelques différences significatives par rapport aux familles précédentes. Tout d’abord, il n’y a plus qu’un seul parrain et une seule marraine. C’est ce que l’on appelle dans l’histoire du parrainage le « modèle du couple ». Il ne s’agit pas d’une omission volontaire du rédacteur, ni d’une spécificité de la Basse-Bretagne, mais de la mise en pratique de la recommandation édictée par le concile de Trente dans son décret sur le baptême en 1563 : « Une personne seulement, homme ou femme, ou tout au plus un seul homme et une femme soient parrain ou marraine lors d’un baptême47. » La mesure fut appliquée progressivement dans les états catholiques, relativement tôt en Basse-Bretagne (dès 1570 dans l’évêché de Tréguier) mais avec difficulté en Haute-Bretagne (au tournant du xviie siècle)48.

    Tableau 31. – Enfants de René Fleuriot et de Marguerite Chefdubois.

    Enfant

    Date

    Parrains et marraines

    Claude

    06/06/1594

    Claude de Kerguésay, seigneur de Kergoumar (beau-frère de Charles Fleuriot)

    Marie de Goulaine, dame de Lesmaes (belle-sœur du parrain)

    Morisse

    05/07/1596

    Toussaints de Périen, seigneur de Kerbrésellec et Bréseillac

    Janne de Quellenec, dame de Kerjollis

    Louisse

    13/02/1598

    Yve de Kerleau, sieur de Goazarcharan (cousin du père à la mode de Bretagne)

    Louisse de Goulaine, dame de Kergoumar (épouse de Claude de Kerguésay)

    Margueritte

    17/05/1599

    Bertrand Fleuriot, sieur de Kéréven, procureur du roy à Lannion

    Margueritte de Kerleau (mère de René Fleuriot)

    Marie

    18/06/1600

    Jean Le Ver, escuier, sieur de Kergroas

    Marie de Kerguésay, dame de Kernévénoy (belle-sœur de René Fleuriot)

    Fleurie

    12/09/1602

    Fransois Fleuriot, sieur de Kerselvestre (frère de René Fleuriot)

    Marie Fleuriot, dame des Isles

    Toussaints

    09/07/1604

    Toussaints de Perrien, sieur de Bresseillac

    Madelaine Roger, dame de Pennerus

    Marc

    08/04/1607

    Claude du Poierrier, seigneur du Méné

    Janne de Kermarec, dame de Kerchallet

    Renée

    21/06/1610

    Philipes Péan, sieur de Coatelazran (beau-frère de René Fleuriot)

    Margueritte Fleuriot, ma niesse et héritière de Kernévénoy

    40Par ailleurs, le répertoire onomastique féminin est bien différent de celui utilisé en Bretagne orientale. Le classement des noms féminins répertoriés dans la généalogie de René Fleuriot donne en effet les résultats suivants : Marie (6), Jeanne (5), Marguerite (4), Louise (2), Madeleine (1), Françoise (1), Claude (1), Fleurie (1) et Renée (1). Pas une seule Jacquette, Perrine, Guillemette, Bertranne ou Robine. Les formes hypocoristiques avec finales en -ette, -ine, -otte ou -onne, dérivées de noms masculins, se réduisent au fur et à mesure que l’on avance en Bretagne occidentale. Les noms masculins féminisés y étaient beaucoup moins fréquents. À l’ouest, la nomination des filles relevait traditionnellement de la compétence des marraines.

    41Une proportion relativement faible des enfants de René Fleuriot bénéficia d’une transmission du nom de leur parrain ou marraine : seulement cinq d’entre eux, sur neuf enfants au total. Le choix du nom semble pourtant bien incomber aux parrains et marraines. Le fils aîné fut parrainé par Claude de Kerguesay. L’auteur précise qu’il « fust nommé par ledit seigneur de Kergoumar, Claude, de son nom ». La fille aînée eut pour marraine Louise de Goulaine, dame de Kergoumar, « qui la nomma de son nom Louisse ». Manifestement, la transmission homonymique était la pratique normative et les quatre cas de non-transmission constituent des exceptions. René Fleuriot s’en explique.

    42Le second fils fut tenu sur les fonts par « Toussaints de Périen, sieur de Kerbrésellec et Bréseillac, et commère haulte et puissante dame Janne de Quellenec dame de Kerjollis qui le nomma, du nom de son dernier mary, Morisse ». En principe, la nomination incombait au parrain. L’honneur de la nomination pouvait cependant être confié à la marraine, quand bien même le baptisé était un garçon, si celle-ci était d’un rang social supérieur à celui du parrain. En l’occurrence, cela semble être le cas, mais ce qui explique surtout la dérogation est le fait que le parrain était le petit-fils de la marraine. Toussaint était encore mineur à l’époque et devait avoir entre dix et quinze ans. La marraine aurait pu donner le nom de Jean (forme masculinisée de son propre nom) à son filleul mais elle lui préféra celui de Maurice, nom de son troisième et dernier mari (Maurice de Perrien), et qui n’était autre que le grand-père du parrain49. Le baptisé portait finalement la marque onomastique de ses parrain et marraine sans pour autant porter l’un ou l’autre de leurs noms.

    43Les trois filles suivantes portent les noms de leurs marraines (Louise, Marguerite et Marie). Un problème se posa pour la quatrième fille. Le père avait sollicité son frère François et « damoiselle Marie Fleuriot, dame des Isles » qui pourrait être sa troisième fille. René Fleuriot nous apprend que la marraine « la nomma Fleurie à causse d’un aultre qui portoict le même nom ». L’honneur de la nomination incombait normalement à la marraine mais elle renonça à transmettre son nom à sa filleule parce qu’une autre fille de la fratrie, née deux ans plus tôt, s’appelait déjà Marie. Nous ne savons pas si cette substitution fut faite spontanément par la marraine ou à la demande du père, ni ce qui a motivé le nom de substitution. On constate toutefois que le nom choisi, Fleurie, s’accorde bien avec le patronyme de la marraine et, à plus forte raison, avec celui du père. René Fleuriot aura la tristesse de mentionner le décès de sa fille en 1609, en la nommant pour la circonstance par un nom qui devait être son nom d’usage, Fleurimonde50.

    44Le dernier des fils de René Fleuriot et Marguerite Chefdubois naquit en 1607. Le parrain sollicité fut « noble et puissant missire Claude du Poierrier, seigneur du Méné ». Son rang social était manifestement supérieur à celui du père mais il n’y eut pas transmission homonymique. L’explication tient encore à un problème d’homonymie dans la fratrie : l’enfant fut nommé « par ledit seigneur du Mené, Marc, du nom de son fils aisné, d’aultant que mon fils aisné avoict nom Claude ». Il y a tout lieu de croire que le souhait d’éviter l’homonymie avait été exprimé par le père et qu’il avait proposé au parrain de renoncer à la transmission de son nom pour en choisir un autre à sa convenance. La solution du nom Marc exauce le souhait des parents tout en restant un marqueur onomastique du lien de parrainage.

    45La dernière fille de René Fleuriot ne reçut pas le nom de sa marraine, Marguerite Fleuriot, fille de son frère Charles et de Marie de Kerguesay, âgée alors de dix-huit ans. Le jeune âge de la marraine, associée à un parrain de la parenté proche qui n’est pas d’un rang social élevé, laisse d’emblée présumer que leur profil permettait aux parents d’imposer plus facilement leurs préférences nominatives. L’explication donnée par René Fleuriot rappelle la norme habituelle et le motif de la dérogation, justifiée une nouvelle fois par un problème d’homonymie dans la fratrie : sa nièce « la nomma Renée et non de son nom à causse que mon aisnée portait le mesme nom de Margueritte ». La motivation du nom de substitution n’est pas précisée. On constate toutefois que le nom de Renée est une féminisation du nom du père, ce qui n’est pas sans rappeler la pratique déjà observée de l’attribution du nom du père au dernier-né de la fratrie.

    Le choix des parrains et marraines

    46Les choix de compérage de René Fleuriot ont toujours été mûrement réfléchis. Il souhaitait consolider son réseau d’amitiés en faisant appel à des parrains et marraines de son milieu social, notamment pour les premiers enfants. Ces relations de compérage venaient aussi consolider des liens de parenté, dans la mesure où les alliances se faisaient habituellement dans ce même milieu. René Fleuriot prend soin de concrétiser ses principales relations de compérage par des marqueurs onomastiques. On le voit bien par exemple avec Toussaint de Perrien, parrain de son fils cadet en 1596, mais dont le parrainage n’avait pas été honoré par une transmission homonymique en raison de son jeune âge. Huit ans plus tard, Toussaint, devenu adulte, fut sollicité une seconde fois pour le parrainage d’un autre garçon, à qui il transmit alors son nom régulièrement.

    47Il ne semble pas que le passage du modèle ternaire au modèle du couple ait modifié de manière significative les pratiques du parrainage dans cette famille de la petite noblesse bretonne. Les parrains et marraines sont toujours sollicités dans le milieu social des parents. L’examen des relations de parrainage dans les familles étudiées précédemment laisse penser que le statut social des seconds parrains et marraines était généralement inférieur à celui des premiers parrains et marraines. On a l’impression qu’ils n’avaient aucune fonction particulière, que ce soit vis-à-vis de leurs filleuls ou vis-à-vis des parents, et qu’ils étaient nommés essentiellement en tant que suppléants auxquels il conviendrait de recourir exceptionnellement en cas de défaillance des titulaires. Chez les Fleuriot, les parrains et marraines ont été exclusivement sélectionnés dans le réseau social de l’époux. Le père de Marguerite était décédé vers 1588 et son unique frère en 1598. Sa mère s’était remariée et elle n’avait probablement gardé aucune relation avec son gendre. En tout cas, René Fleuriot n’y fait jamais allusion. Le recours au parrainage intrafamilial intervient seulement à partir de la troisième naissance par la sollicitation d’un cousin à la mode de Bretagne (Yves de Kerleau). À la naissance suivante, la marraine est la grand-mère paternelle et le parrain (Bertrand Fleuriot) porte bien le patronyme familial mais il n’a en réalité qu’une lointaine parenté à la quatrième génération avec René Fleuriot. Ses fonctions de procureur du roi à Lannion expliquent peut-être sa nomination. À la naissance de Marie, la marraine (Marie de Kerguesay) est la belle-sœur de René et le parrain (Jean Le Ver) n’a aussi qu’une lointaine parenté : sa grand-mère paternelle était la sœur de la grand-mère paternelle de René. Il se peut que Fleurie ait eu sa sœur pour marraine mais ce n’est pas assuré. Trois autres membres de la parenté proche ont été sollicités pour les derniers baptêmes : son frère François en 1602, son beau-frère (Philippe Péan) et sa nièce (Marguerite Fleuriot) en 1610. Si l’on ne retient que les membres de la parenté proche, le taux de parrainage intrafamilial est de 39 %51, plus important que celui qui avait été calculé dans les familles précédentes. Le taux passe à 50 % (9/18) en intégrant le parrainage de la parenté éloignée et il s’élève à 83 % (15/18) si l’on prend en compte la totalité des parrains et marraines liés par un lien de parenté indirect, voire très éloigné (beau-frère et belle-sœur du frère, parents du conjoint de la belle-sœur du premier, etc.).

    48Il n’y a pas de volonté de transmettre aux enfants des noms issus du répertoire familial. En ligne directe, les ascendants de René Fleuriot se nomment René, Bertrand, Vincent, Jean. Aucun des quatre garçons ne porte l’un de ces noms. Il n’y a pas de nom de lignée. Les noms de ses oncles et tantes (Anne, Philippe, Jeanne) n’ont pas été transmis. René avait six frères et sœurs (Charles, Jean, François, Renée, Yvon, Claude) : un seul d’entre eux (François) a été parrain de l’une de ses nièces et son nom n’a pas été transmis. Le concept de patrimoine onomastique familial n’avait pas cours chez les Fleuriot au tournant du xviie siècle.

    Les pratiques nominatives dans une paroisse rurale bretonne

    49Je me propose d’étudier ici les pratiques nominatives de quelques familles bretonnes au cours du xvie siècle. Ces familles ne sont pas étudiées pour elles-mêmes mais en lien avec leur contexte communautaire. Le cadre choisi est celui de la paroisse de Bignan, au cœur de l’ancien évêché de Vannes, dans un territoire où l’on a toujours parlé breton. Nous disposons pour cette localité de registres de baptêmes importants et continus pour une bonne partie du xvie siècle52. Les trois familles bignanaises sélectionnées l’ont été parce qu’il était possible de déterminer les liens généalogiques avec suffisamment de précision.

    Les répertoires onomastiques

    50Les quatre noms masculins les plus portés dans la paroisse sont Jean, Guillaume, Yves et François. Les quatre noms dominants du classement féminin sont ceux de Jeanne, Guillemette, Yvonne et Françoise53. On remarque la symétrie parfaite de ces deux classements. Le fait que les noms les plus populaires du répertoire féminin étaient des féminisations de noms masculins est l’indice d’une ancienne nomination des filles par les parrains. Ce n’était toutefois plus systématiquement le cas au xvie siècle. Les taux de transmission homonymique sont très élevés : 94 % des garçons portent le nom de l’un de leurs parrains ou marraines ; le taux est de 91 % pour les filles. C’est généralement le parrain principal qui donne son nom au garçon et la marraine principale qui donne son nom à la fille. Les attributions croisées sont néanmoins fréquentes : 14 % des garçons ont reçu une forme masculinisée du nom de leur marraine et 25 % des filles ont reçu une forme féminisée du nom de leur parrain.

    Figure 24. – Noms masculins à Bignan (1530-1591).

    Image

    Figure 25. – Noms féminins à Bignan (1530-1591).

    Image

    Analyse des pratiques nominatives

    51Les tableaux 32 à 40 présentent les liens entre le parrainage et la nomination chez les Eudoux, nobles influents de Bignan, et pour trois autres familles de la paroisse.

    Tableau 32. – Enfants de Payen Eudoux et de Jacquette Guycheust.

    Enfant

    Date

    Parrains et marraines

    Robert

    09/01/1546

    Robert Drean sieur de Kerbiquet et Guillaume Agre sieur de Kergoal

    Jeanne de Lessonet dame de Kernicol

    René

    08/07/1553

    René de Kermeno sgr de Kermeno et Garo et Maurice de la Saudraye sr de Kerollivier

    Jeanne de Tymadec

    Louise

    08/12/1555

    Jean Le Mee sieur de Trenouhardet

    Louise de Kerveno dame du Garo et Françoise Philipes

    Louis

    22/12/1556

    Louis Lancelot de Coetligne sieur de Gouelo et Dom Guillaume Branchu

    Jeanne Eudoux

    Tableau 33. – Enfants de Payen Eudoux et de Suzanne du Fresne.

    Enfant

    Date

    Parrains et marraines

    Anthoine

    31/05/1571 Auray

    Anthoine Guydo sieur de la Villeroy et Pierre Ryo greffier d’office

    Jeanne Guydo femme de Vincent Cadio

    Payen

    08/03/1572 Bignan

    Payen du Rouscoet seigneur dudit lieu et Gilles de Champagne

    Dlle Louise Fromont

    Vincent

    26/09/1575

    Né le 15/08

    Robert Eudoux seigneur du Mené (oncle) et Dom Jean Jehanno prêtre

    Dlle Vincente de Kermeno

    Louise

    13/02/1577

    Dom Jullien Lannoil recteur de Plouay

    Louise de Kerveno dame du Garo et Gillette d’Aulray dame de Kerjagu

    Jean

    04/02/1578

    Dom Jean Rio et Dom Alain Picault sous chantre de l’église St-Pierre de Vannes

    Marguerite Lucas veuve de Jean de Quellen

    Jean

    07/07/1579

    Jean de Kerdegorze seigneur de Kerdegorze et Jean Guillemeut

    Louise Bocher dame du Mené (tante)

    Tableau 34. – Enfants de Robert Eudoux et de Louise Boscher.

    Enfant

    Date

    Parrains et marraines

    René

    23/08/1573

    René de Kermeno seigneur de Kermeno et Dom Jean Jehanno

    Suzanne du Fresne dame de Kerbiguet (tante)

    Louis

    22/08/1574

    Payen Eudoux de Kerbiguet (oncle) et Jean du Chamel seigneur de Kerjagu

    Louise de Kerveno dame de Kermeno

    Vincente

    23/08/1575

    Née le 15/08

    Charles Jocet seigneur de Kergoal

    Dlles Vincente de Kermeno et Élisabeth Eudoux (tante)

    Pregent

    14/04/1577

    Pregent de Kermeno seigneur de Kermeno et NH Gilles de Champagne

    Noble Dlle Vincente Derian

    Françoise

    22/06/1578

    François de Lanvaulx seigneur de Beaulieu

    Dlle Jacquette Guychoux et Suzanne Guillemin femme de Jean de Quelen

    Tableau 35. – Enfants d’Olivier Kergrohen et de Louise Gouic.

    François

    04/12/1544

    Dom Jean Allanic et François Kergrohen

    Françoise André femme Jean Le Goffic

    Perrine

    13/06/1550

    Olivier Moel

    Perrine Guillerm et Louise Kergrohen

    Jeanne

    06/03/1552

    Dom François Pochec

    Jeanne Mouel et Marie Picault

    Guillaume

    05/04/1556

    Pâques

    Dom Guillaume Gougault et Thomas Gillet

    Françoise Moysan fille de Jacques

    Marie

    02/02/1559

    Purification

    Robert Guido

    Françoise Mouel femme de Jean Buleon et Jeanne Le Roch

    Marguerite

    05/04/1562

    Quasimodo

    Guillaume Sampson

    Jeanne Gougault et Marguerite Buleon

    Vincente

    06/04/1565

    Jean Buleon

    Marguerite Branchu femme Jean Josso et Vincente Quentrec femme Pierre Moysan

    Tableau 36. – Enfants de Pierre Kergrohen et d’Yvonne Cabelguen.

    Enfant

    Date

    Parrains et marraines

    Françoise

    16/07/1577

    Dom François Kergrohen

    Nicole Cabelguen et Guillemette Kergrohen

    Jean

    11/01/1580

    Dom Jean Jehanno et François Chapperon

    Jeanne Gougault

    Olive

    08/06/1584

    Olivier Brazedec

    Jeanne Gougault et Yvonne Breton

    Louise

    30/05/1587

    Dom Guillaume Moel

    Jeanne Hemon

    Tableau 37. – Enfants de Guillaume Cabelguen et de Marie Kergrohen.

    Enfant

    Date

    Parrains et marraines

    François

    03/02/1578

    Dom François Kergrohen et Jean Cabelguen

    Perrine Cabelguen

    Perrine

    17/07/1580

    NH Pierre Perhornnant

    Guillemette Hervo et Yvonne Cabelguen femme Pierre Kergrohen

    Jean

    08/12/1582

    Dom Jean Jehanno et Yves Buleon

    Jeanne Gougault femme Jean Allanic

    Jeanne

    24/02/1585

    Olivier Brazedec

    Jeanne Bihan femme Julien Buleon et Jeanne Bihan fille Alain

    Robert

    27/03/1587

    Robert Eudoux sieur du Mené et Jean Fos

    Marie Cabelguen (tante)

    Julien

    05/03/1589

    Julien Brazedec et François Chapperon

    Françoise Fos fille Jean

    Tableau 38. – Enfants de Pierre Corff et d’Olive Mouel.

    Enfant

    Date

    Parrains et marraines

    Janne

    23/06/1549

    Jean Le Gouzeu de St Patern

    Olive Le Brazedec et Marianne Le Brazedec

    Payen

    08/09/1554

    NH Payen Eudoux du Mené et Dom Guillaume Branchu

    Béatrice Eoche femme Jacques Courtet

    Guyonne

    09/08/1556

    Dom Guy Branchu

    Françoise Mouel et Louise Bihan

    Pierre

    26/11/1563

    Dom Alain Picault et Dom François Laigo

    Françoise Turnier femme Jean Gal

    Françoise

    24/03/1566

    François Le Becre

    Nicole Daniel et Jeanne Cadoret femme Jean Jezo

    Jeanne

    08/06/1567

    Dom François Pechec

    ND Jeanne Olivo femme François Le Becre et Vincente Gillet femme Yves Quybias

    Pierre

    29/07/1569

    Dom Pierre Prat et Jean Folledro

    N. Daniel fille Yves

    Tableau 39. – Enfants de Payen Corff et de Jacquette Brazedec.

    Enfant

    Date

    Parrains et marraines

    Françoise

    07/11/1575

    Dom Guillaume Brazedec

    Françoise Brazedec et Jeanne Le Cam femme Jean Breton

    Béatrice

    11/11/1576

    Jean Breton

    Béatrice Eoche femme Jacques Courtet et Julienne Brazedec

    Jeanne

    04/04/1579

    Dom Jean Jehanno

    Nicole Buleon femme Yves Roch et Jeanne Roch fille Olivier

    Yvonne

    29/07/1584

    Yves Roch

    Yvonne Dreano femme Jean Labourier et Jeanne Picault femme Jean Corff

    Olivier

    13/10/1585

    Pierre Maliaud et Jean…

    Jeanne Cam femme Jean Breton

    Pierre

    14/04/1587

    Pierre Brient et Pierre Metier

    Marie Picault

    Guillemette

    02/02/1590

    Dom François Sampson

    Guillemette Marechal et Jeanne Corff (tante)

    Tableau 40. – Enfants de Jean Corff et de Jeanne Picault.

    Enfant

    Date

    Parrains et marraines

    Guillemette

    12/10/1572

    Guillaume Brazedec (Dom)

    Jeanne Breton et Jeanne Branchu femme Yves Guyot

    Olive

    16/02/1575

    Yves Roch

    Olive Picault fille Guillaume et Jacquette Brazedec femme Payen Corff

    Jeanne

    08/05/1577

    Payen Corff

    Jeanne Cam femme Jean Breton et Olive Buleon

    Jean

    25/01/1580

    Jean Labourier et Jean Haziff

    Françoise Guillerm

    Guillemette

    07/03/1582

    Guillaume Picault

    Guillemette Breton et Yvonne Du…

    Jacques

    31/10/1588

    Pierre Brient et Jacques Picault

    Jeanne Turnier femme Yves Picault

    Les transmissions homonymiques

    52La transmission du nom de l’un des parrains et marraines aux filleuls et filleules est la norme, quel que soit le milieu social : le taux de transmission est de 100 % chez les Eudoux (15 cas sur 15), de 88 % chez les Kergrohen (15 cas sur 17) et de 90 % chez les Corff (18 cas sur 20). La nomination des garçons par les marraines est une pratique relativement fréquente à Bignan. Lorsque la transmission se fait de parrain à filleule ou de marraine à filleul, je parle d’attributions croisées. Ces attributions se produisent généralement lorsque le parrain jouit d’un statut social supérieur à celui des marraines, pour le baptême d’une fille, ou, inversement, lorsque les parents souhaitent honorer la marraine pour le baptême d’un garçon. Vincente de Kermeno donne ainsi la forme masculine de son nom à son filleul Vincent Eudoux en 157554, Louise de Kerveno nomme son filleul Louis en 157455, François Kergrohen donne le nom de Françoise à sa filleule en 1577 et Olivier Brazedec nomme sa filleule Olive en 1584.

    53Les motivations des dérogations à la norme des transmissions homonymiques n’apparaissent pas toujours avec évidence mais il est possible d’expliquer quelques cas. En 1559, la troisième fille d’Olivier Kergrohen et Louise Gouic reçoit le nom de Marie. Son parrain se nommait Robert et ses marraines s’appelaient Françoise et Jeanne. Le choix du nom Marie tient certainement à la date du baptême, le 2 février, jour de la fête de la Purification de la Vierge. C’est le seul cas rencontré où la motivation principale du nom est manifestement d’inspiration religieuse. En 1563, le second fils de Pierre Corff et Olive Mouel est appelé Pierre alors que ses parrains se nomment Alain et François et sa marraine Françoise. Il se peut que le père ait souhaité transmettre son nom à son fils cadet. Le choix du nom peut également être l’indice d’une orientation programmée vers une carrière ecclésiastique, à la fois par la connotation religieuse du nom Pierre et en raison du statut particulier des parrains (les deux sont prêtres). Il est possible que ce premier Pierre soit décédé en bas âge car le troisième fils, né six ans plus tard, portait aussi le nom de Pierre. Le parrain principal se nommait bien Pierre cette fois, ce qui rend impossible toute conjecture supplémentaire pour essayer de savoir si les parents ont souhaité « refaire » le nom d’un aîné décédé ou bien s’il s’agissait d’une simple homonymie imputable à la norme des transmissions homonymiques.

    Le parrainage des prêtres

    54Le modèle de parrainage est le modèle ternaire sur toute la période. Dans la plupart des cas, un homme est parrain principal d’un à six enfants. Les prêtres sont sollicités toutefois bien plus souvent et quelques-uns très massivement : Guillaume Branchu est premier parrain à trente-cinq reprises de 1539 à 1557. Guy Branchu trente-quatre fois de 1545 à 1556. Le record est détenu par Jean Jehanno, premier parrain à cent quatorze reprises de 1559 à 1591. Les motivations du recours au parrainage des prêtres pouvaient être multiples : il permettait notamment de réduire les situations d’impossibilité de mariage en raison des interdits religieux liés à l’existence de parentés spirituelles ; il pouvait favoriser les opportunités d’ascension sociale si le prêtre prenait en charge l’éducation de son filleul. On peut penser également à une forme de paternité de substitution, conférée par certaines familles à ceux des leurs qui s’étaient engagés dans la prêtrise. Généralement, les prêtres transmettaient leur nom à leurs filleuls mais on observe fréquemment un renoncement de leur part en faveur du second parrain ou en faveur de la marraine. On peut même présumer dans ce cas que le prêtre ait été sollicité précisément pour cette raison, pour que l’enfant puisse recevoir le nom de sa marraine sans blesser pour autant l’amour propre du parrain56. Le recours au parrainage des prêtres se rencontre dans toutes les familles mais son intensité est différente selon les cas. Chez les Eudoux, les prêtres sont fréquemment sollicités comme seconds parrains (Guillaume Branchu, Jean Jehanno) ou comme premiers parrains pour le baptême d’une fille (Julien Lannoil). En 1578, le parrainage du quatrième fils de Payen Eudoux par deux prêtres (Jean Rio et Alain Picault) pourrait bien être l’indice d’une orientation vers une carrière ecclésiastique. Chez les Kergrohen et Cabelguen, le fils aîné est systématiquement parrainé par un prêtre, et l’on peut penser que la motivation principale des parents était de garantir l’éducation de l’enfant. Le recours aux prêtres pouvait être quelquefois récurrent comme on le constate pour les enfants de Pierre Corff et Olive Mouel : cinq de leurs sept enfants auront au moins un prêtre pour parrain. Il faudrait en savoir davantage sur la composition de leur réseau social et sur leur situation financière pour expliquer les raisons de ce recours systématique aux prêtres. D’un point de vue onomastique, cette pratique tend naturellement à accroître les attributions du nom des prêtres fortement sollicités. On peut ainsi comparer la fréquence des attributions du nom Guy dans différentes localités : 1,5 % à Bignan (14e rang), 0,6 % à Guingamp en 1570-1599, 0,4 % à Morlaix en 1538-1550, nulle à Locmaria en 1534-1556. On peut aussi noter l’indifférence des représentants du clergé de cette époque quant au caractère profane de certains noms de baptême : en 1554, Dom Guillaume Branchu est second parrain de Payen Corff, qui hérita son nom de son premier parrain, Payen Eudoux57.

    Parrainage et nomination dans la noblesse rurale

    55Les nobles sont particulièrement sollicités quand ils résident en permanence dans la paroisse. À Bignan, il existait une quinzaine de manoirs nobles au début du xvie siècle d’après la réformation de la noblesse de 1514, une douzaine d’après celle de 153658. Il semblerait toutefois que leurs propriétaires n’y résidaient pas régulièrement car ils sont peu cités dans les registres de baptêmes. Une famille fait exception, celle des Eudoux, propriétaires du manoir de Kerbiquet59. Dans les registres de baptêmes de Bignan, un Payen Eudoux est parrain à deux reprises en 1534 et 153560. Il s’agit vraisemblablement du personnage désigné sous le nom de Yenon Endoux dans la réformation de 1514 et sous le nom de Péan Eudoux à Kerbiquet dans la réformation de 1536. Après une interruption d’une vingtaine d’années, on retrouve un autre Payen Eudoux, seigneur de Kerbiguet, sollicité à vingt-cinq reprises comme premier parrain de 1551 à 1561 : il s’agit sans doute cette fois d’un fils homonyme du précédent, époux de Jacquette Guycheust, dont quatre enfants ont été baptisés dans la paroisse entre 1546 et 1556. Ce second Payen a eu lui-même un fils du même nom, baptisé hors de Bignan, sans doute avant 1546, qui épousera Suzanne du Fresne. Le couple donne naissance à six enfants de 1571 à 1579, dont un garçon nommé Payen. Le père est probablement le Payen Eudoux parrain à cinq reprises de 1573 à 1590.

    56Transmis sur trois générations successives, le nom Payen est incontestablement un marqueur familial chez les Eudoux et s’apparente à un nom de lignée. Dans la dernière génération cependant, le nom n’est plus transmis à l’aîné mais au cadet, tandis que le nom porté par le premier des garçons (Antoine) n’a aucun antécédent connu dans la famille. On note par ailleurs que la transmission du nom familial se fait dans le respect de l’honneur dû au parrain : pour transmettre son nom à son second fils, Payen Eudoux a sollicité le parrainage d’un homonyme résidant dans la paroisse voisine de Moréac (Payen du Roscoet). Le nom se diffuse très largement dans la paroisse par le parrainage au point d’accéder à une douzième place honorable dans le classement des noms les plus portés de 1530 à 1591. La quasi-totalité des garçons baptisés par les Payen successifs ont reçu le nom de leur parrain (19 cas sur 22)61. Il semblerait que le nom ait perdu de son prestige à Bignan à la fin du siècle. En dépit de ces attributions multiples, le nom Payen ne se pérennise plus dans la paroisse et très peu de porteurs du nom le transmettent une fois devenus adultes. Ils portent en eux-mêmes la marque du parrainage des seigneurs de Kerbiquet et la transmission à leurs propres filleuls en est bridée. Il s’agit peut-être d’une réticence de leur part ou d’une demande expresse des parents62.

    Les marraines

    57Le choix des marraines peut avoir une incidence significative sur le classement des noms féminins lorsqu’une personnalité éminente de la paroisse est sollicitée à de multiples reprises. À Bignan, ce fut le cas pour quelques femmes de la noblesse locale : Françoise Eudoux, épouse de Jean Thetu puis de Guillaume Quentrec, fut dix-huit fois marraine, de 1545 à 1587. Sa belle-sœur Jacquette Guycheust, épouse de Payen Eudoux, fut première marraine à vingt-et-une reprises de 1555 à 1578, contribuant, par le biais des transmissions homonymiques, au placement du nom Jacquette au quatorzième rang du classement féminin et à celui de Jacques au neuvième rang du classement masculin par l’effet de plusieurs attributions croisées. Il est probable que les sages-femmes étaient fréquemment sollicitées. C’était peut-être la profession de Guillemette Quentrec, épouse de Guillaume Goff, marraine à dix-sept reprises alors que son mari fut sollicité trois fois seulement pour des parrainages. Un autre cas de marrainage intensif est celui des femmes sans enfant : Jeanne Morice est l’épouse de Louis Dréano, forgeron de son état. Le couple ne donne naissance à aucun enfant dans la paroisse mais Jeanne fut première marraine à quatorze reprises et son mari fut choisi treize fois comme premier parrain.

    Le parrainage intrafamilial

    58En raison du poids de la norme des transmissions homonymiques, la constitution d’un stock de noms familiaux ne pouvait se faire que lorsque les parents recouraient au parrainage intrafamilial. Le graphique de la figure 26 présente la part du parrainage intrafamilial par la parenté proche pour les trois familles bignanaises étudiées. La première série correspond à la génération des parents (naissance des enfants entre 1540 et 1570) et les deux suivantes correspondent à la génération des enfants (naissances de leurs propres enfants entre 1570 et 1590). Globalement, la famille Eudoux a eu recours un peu moins au parrainage par la parenté que les autres familles63 mais ce qui frappe surtout, c’est le changement important de pratique entre le milieu et le dernier quart du xvie siècle. Dans les années 1540-1570, la sollicitation d’un membre de la famille proche est exceptionnelle. Dans aucun cas, le parrain ou la marraine issu de la parenté proche ne transmet son nom. Les parents font appel à eux en tant que seconds parrains ou marraines, comme parrain pour le baptême d’une fille ou inversement comme marraine pour le baptême d’un garçon. Dans ces exemples, le parrainage intrafamilial n’a aucune incidence sur la nomination.

    Figure 26. – Parrainage intrafamilial à Bignan.

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    59Chez les Eudoux, le recours à la parenté reste un parrainage de complaisance et une solution de facilité qui évite aux parents d’aller importuner des membres du réseau social. C’est parfois un moyen de pratiquer une attribution croisée sans porter ombrage au parrain. De manière générale, les Eudoux s’efforcent de consolider leur réseau social dans leur propre milieu en faisant fréquemment appel à des nobles plus puissants qu’eux. Leur priorité est de nouer des relations. La question du nom n’est cependant jamais anodine. Elle est fréquemment sous-jacente à la combinaison du couple des principaux parrains et marraines.

    60Les deux autres familles font quelquefois appel au parrainage des nobles mais placent fondamentalement leurs espoirs d’ascension sociale dans l’aide que pourrait apporter à leurs enfants les prêtres avec qui ils sont déjà particulièrement proches. Les couples de la seconde génération avaient la chance d’avoir des membres du clergé dans leur parenté et se tournent vers eux en priorité : les aînés des Kergrohen ont tous été parrainés par François Kergrohen et les aînés des Corff l’ont tous été par Guillaume Brazedec. Pour les naissances suivantes, le recours au parrainage de la parenté semble bien moins primordial. Les membres de la famille sont généralement sollicités comme parrains pour une fille, marraines pour un garçon, ou comme seconds parrains et marraines. Ce sont donc rarement eux qui donnent leur nom à leurs filleuls ou filleuls.

    61Finalement, sur toute la période, le parrainage intrafamilial ne joue qu’un rôle très minime dans la nomination. L’instauration d’un nom familial est évidente chez les Eudoux mais généralement inexistante en milieu paysan. A fortiori, le recours préférentiel au parrainage extrafamilial pour le choix des nommeurs freine inévitablement la constitution de stocks onomastiques familiaux.

    La transmission du nom aux filleuls

    Une pratique normative depuis le xie siècle

    62L’usage de la transmission du nom des parrains et marraines à leurs filleuls et filleules est une pratique attestée depuis le xe siècle64. Quoique certains chercheurs estiment que le parrainage n’a pas joué un rôle dominant dans la nomination avant le xive siècle, parce qu’il n’est pas régulièrement mentionné avant cette date65, il me semble que la pratique de la transmission homonymique avait acquis un caractère normatif dès le xie siècle66. Elle se développa en même temps que la généralisation du baptême des nouveau-nés et il est vraisemblable qu’elle joua un rôle majeur dans le processus d’adoption des noms entiers. Cette pratique permettait en effet aux parrains de transmettre leurs propres noms à leurs filleuls, transmission incompatible avec le mode de formation des noms composés.

    63Le calcul des taux de transmission homonymique suppose la connaissance des noms des parrains et filleuls pour des échantillons de taille suffisante. Pour la période antérieure à celle des premières collections d’état civil, nous devons nous contenter de sondages effectués sur des échantillons réduits. La Chronique des règnes de Jean II et de Charles V donne les noms des huit enfants de Charles V et de Jeanne de Bourbon, nés entre 1357 et 1377. Les noms des parrains et marraines sont connus pour les six derniers. Dans cinq cas, le nom de l’enfant est aussi celui de son parrain ou de sa marraine67. Dans le Gévaudan, Philippe Maurice a étudié 992 testaments rédigés entre 1380 et 148368. Près de 7 % d’entre eux mentionnent des filleuls : 78 % des filleuls portent le nom de leur parrain et 83 % des filleules portent le nom de leur marraine69.

    64Les premiers registres de baptême montrent que l’usage des transmissions homonymiques était fermement établi au xve siècle, en Bretagne tout au moins : à Roz-Landrieux, 88 % des filles nées entre 1451 et 1528 portent le nom de leur marraine ou une forme féminisée du nom de leur parrain ; 92 % des garçons portent le nom de leur parrain ou une forme masculinisée du nom de leur marraine70. Il en est de même à Porrentruy, petite bourgade du Jura suisse pour laquelle il existe des registres de baptême depuis 1482. Pierre Pégeot a noté que dans cette localité la parenté baptismale avait une influence majeure sur le choix des prénoms des baptisés : le parrain ou la marraine donne son nom à l’enfant dans 95 % des cas71. Pour le xve siècle encore, les Chroniques de Vitré indiquent que huit des neuf enfants de Guy XIV de Laval et d’Isabeau de Bretagne avaient reçu le nom de leur parrain ou de leur marraine. Les livres de raison confirment les résultats précédents. Étienne Benoist, banquier limousin, a rapporté la naissance de ses treize enfants nés entre 1403 et 1426 : il ne donne l’identité des parrains que pour les garçons mais on note que cinq d’entre eux, sur huit au total, avaient reçu le nom de leur parrain72. Dans le Limousin également, Gérald Tarneau, notaire de Pierre-Buffière, mentionne, dans une chronique des évènements survenus entre 1423 et 1438, la naissance de ses huit enfants : six reçurent les noms de leurs parrains ou marraines73. Dans le Gévaudan, les six enfants de Jehan Julien, notaire à Mende de 1456 à 1481, reçurent les noms de leurs parrains ou marraines. Il en fut de même pour onze des treize enfants de Jehan Martin, notaire à Vébron de 1440 à 151974. La pratique est également attestée dans le Nord75 et dans le pays d’Avignon76. La situation est similaire en Angleterre à la fin du Moyen Âge77 mais ce n’est pas le cas en Toscane où la coïncidence du nom entre un parrain et son filleul relève même de l’exception78.

    65Les relevés de baptême du xvie siècle témoignent de la permanence de la pratique des transmissions homonymiques tout au long du siècle. En Auvergne, le taux de transmission est de 97 % pour les filles et de 96 % pour les garçons dans les registres de baptêmes de Besse (1537-1599)79. En Franche-Comté, ceux de la paroisse d’Arbois donnent des taux de 91 % pour les filles et de 93 % pour les garçons (actes de baptêmes enregistrés entre 1552 et 1589)80. En Bretagne, les taux moyens varient entre 70 et 90 % selon les paroisses (voir le cahier couleur, figures I et II). Les taux de transmission sont particulièrement élevés dans toute la partie est de la péninsule où ils dépassent fréquemment les 90 %. Les taux sont très élevés dans le Trégor et le Goëlo (partie ouest du diocèse de Saint-Brieuc) mais plus faibles en Cornouaille : de 54 à 81 % pour les filles et de 57 à 85 % pour les garçons.

    Figure I. – Les transmissions homonymiques masculines au xvie siècle.

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    Figure II. – Les transmissions homonymiques féminines au xvie siècle.

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    Une particularité : les transmissions croisées

    66On parle de transmission homonymique lorsque l’un ou l’autre des parrains ou marraines porte déjà le nom de l’enfant, soit à l’identique, soit sous une forme approchée. Un parrain peut transmettre son nom à sa filleule en le féminisant, et, inversement, une marraine peut transmettre une forme masculinisée de son nom à son filleul. Il s’agit alors d’attributions croisées. Le recours à ces attributions croisées est généralement peu fréquent pour le baptême des garçons mais, en Bretagne, il était anormalement élevé au xvie siècle dans les paroisses du Vannetais (15 % en moyenne) et dans quelques paroisses de l’est du diocèse de Saint-Brieuc. Dans son journal, Pierre Hamon raconte son premier parrainage, avec un peu d’amertume envers sa commère, Françoise de Préblancq, qu’il souhaitait honorer en donnant son nom à leur filleul commun : « La commère estoit mademoiselle de Préblancq nommée France […] et sur ce qu’elle n’a voulu que l’enfent quy est un masle eus testé de son nom, je l’ay […] et l’ay faict nommé François Pierre. » Tout le monde se retrouva après la cérémonie au logis de la marraine mais la réception ne fut pas à la hauteur des attentes du parrain : « Ensuite sommes allé rendre la commère au logeix quy n’a jamais eu l’honneur en recommandation que de nous donner une goutte de vin blanc et un morceau de pain et de beurre sans autre chose. En quoy elle ne recognoissoit pas l’honneur que je luy avois faict de preferer son nom au mien quoyque c’estoit un garçon81. » Les parents semblent s’être ici complètement déchargés du choix du nom de leur enfant sur le parrain et la marraine.

    67Les fréquences des attributions croisées de parrain à filleule sont très variables selon les régions. En Bretagne, elles sont exceptionnelles à l’ouest, avec des taux généralement inférieurs à 5 %, mais elles sont importantes dans le Vannetais (entre 20 et 30 %) et très élevées dans l’est (entre 60 et 80 %). De toute évidence, en Bretagne orientale, la nomination des filles par les parrains n’était pas à cette époque une exception, un honneur conféré au parrain pour une raison particulière, mais une pratique normative, le cas habituel. Ce constat est encore renforcé si l’on prend en compte la totalité des cas où le parrain donne son nom à sa filleule. Le tableau 41 donne pour quatre paroisses de Bretagne orientale les taux de transmission calculés de deux manières différentes, selon que l’on donne la priorité au nom de la marraine ou au nom du parrain.

    Tableau 41. – Noms des filles et transmissions homonymiques en Bretagne orientale au xvie siècle.

    Paroisse

    Nom de la marraine

    Parrain seul

    Attributions totales

    Nom du parrain

    Marraine seule

    Tréfumel

    21 %

    69 %

    90 %

    83 %

    7 %

    Concoret

    11 %

    77 %

    88 %

    84 %

    4 %

    Beignon

    18 %

    77 %

    95 %

    94 %

    1 %

    Roz-Landrieux

    27 %

    63 %

    90 %

    80 %

    10 %

    68Il apparaît que dans la très grande majorité des cas, le nom de la filleule était une forme féminisée du nom du parrain. Les cas où le nom de la filleule est uniquement celui de la marraine étaient plutôt exceptionnels. Il s’agit manifestement d’une pratique culturelle. Elle révèle deux modes de nomination des filles complètement différents : en Bretagne occidentale, le nom des filles était choisi par les marraines ; en Bretagne orientale, elles étaient nommées par leurs parrains. Cette diversité culturelle n’est pas propre à la Bretagne, on l’observe à la même époque en Franche-Comté et dans le Roussillon. La nomination des filles par les parrains produit un effet majeur et immédiatement perceptible dans les répertoires féminins : dans les régions où ce mode de dévolution des noms était pratiqué, le répertoire féminin est largement dominé par les noms masculins féminisés (Guillemette, Perrine, etc.) tandis que les noms typiquement féminins y sont très minoritaires. On y trouve relativement peu de noms de saintes femmes (Marie, Catherine, Marguerite, Anne, etc.) et peu de noms ethniques féminins puisque les formes masculines de ces noms étaient très rares. Inversement, les noms typiquement féminins sont fortement représentés dans les régions où les filles étaient nommées par les marraines. Les noms masculins féminisés y sont bien moins fréquents, à l’exception de ceux qui avaient acquis un véritable statut de « nom féminin » (Jeanne, Louise et Françoise plus particulièrement).

    69Une autre particularité des régions où les filles étaient nommées par les parrains est le caractère fortement symétrique des classements des noms dominants masculins et féminins. La figure 27 présente les attributions respectives des noms Geffroy et Pheline (diminutif de Geffeline) au cours des xve et xvie siècles dans l’évêché de Rennes, diocèse où la nomination des filles incombait aux parrains. Les attributions des formes féminines sont relativement proportionnelles aux noms féminins correspondants. La fréquence des premières est directement liée au nombre de parrains porteurs du nom. Dans le Roussillon, Jean Guibeaud proposait une explication similaire en 1897, après avoir relevé l’usage intensif de noms masculins féminisés au xvie siècle. Il notait alors que « cet usage a été tellement répandu en Roussillon que l’on peut dire que, de 1516 à 1738, les noms d’homme pour lesquels on n’ait pas forgé un nom de femme correspondant sont une exception ». Il en concluait que « cet usage venait sans doute du désir de donner à la baptisée le nom du parrain82 ».

    Figure 27. – Attribution des noms Geffroy et Pheline dans l’évêché de Rennes.

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    Motivations et finalités des transmissions homonymiques

    70La transmission homonymique favorise la consolidation des réseaux de solidarité de multiples manières. Il s’agit tout d’abord d’honorer le parrain83. C’est à la fois un témoignage d’affection de la part du père et une marque commémorative puisque le souvenir du parrain restera vivace dans la communauté par le biais de son filleul. L’homonymie marque aussi l’intégration de l’enfant dans un groupe social particulier, dans lequel des liens se tissent en permanence par le compérage à chaque nouvelle naissance. Enfin, la transmission du nom était supposée transmettre sur le nouveau porteur une part des qualités attachées à l’éponyme. Comme le souligne Christof Rolker, les mêmes noms transmettent les mêmes traits de caractère84. Cette conviction d’une influence directe du nom sur la personnalité de son porteur et de la « récupération » des vertus de l’homonyme est toujours présente dans de nombreuses sociétés traditionnelles85. Il y aurait donc, par le biais de la nomination, la transmission virtuelle d’un héritage psychique entre le parrain et son filleul. La transmission homonymique est un code social. Ce code régit les relations entre les individus d’une même communauté et permet d’assurer la cohésion du groupe. Il définit des usages, ce qu’il est convenable de faire, mais ce n’est en aucun cas une loi qui s’imposerait à tous. L’une des priorités élémentaires était de donner à l’enfant le nom d’un personnage connu de tous, en principe le nom d’un membre de la communauté, ou, par exception, le nom d’un saint que l’on souhaitait honorer. C’était, dans tous les cas, une marque d’affection pour une personne dont on voulait honorer la mémoire. Le plus souvent, les parents confiaient aux parrains et aux marraines le choix du nom de leur enfant et acceptaient qu’il portât, en reconnaissance, le nom de l’un d’entre eux. Cet usage est révélateur de l’importance prise par la parenté spirituelle dans la société du second Moyen Âge. Il était encore la norme aux xve et xvie siècles. Il était toutefois tout à fait possible d’y déroger sans remettre en cause le système, à condition que cette dérogation soit motivée. Cette motivation est d’ailleurs régulièrement indiquée dans les livres de raison ou, plus rarement, dans les registres de baptêmes. Les situations dérogatoires les plus fréquentes étaient les suivantes : attribution du nom du père ou de la mère de l’enfant, attribution du nom d’un aîné ou d’un aïeul disparu86, attribution du nom du saint ou de la sainte fêtés le jour de la naissance ou du baptême87, attribution du nom d’un saint ou d’une sainte « par dévotion », souvent à la suite d’un vœu88, attribution du nom d’un membre de la parenté des parrains ou marraines, attribution du nom d’un parrain ou d’une marraine sollicités mais indisponibles89. Les dérogations à la norme des transmissions homonymiques restaient socialement acceptables tant que le nom choisi était connu dans la communauté.

    Choix du nom ou choix des parrains ?

    71Avant la publication du catéchisme tridentin en 1566, il n’y avait pas d’interdits onomastiques dans le monde catholique. La liberté de choix était néanmoins limitée par les usages et les convenances. La pratique régulière des transmissions homonymiques, et le rôle majeur des parrains dans la dation du nom, réduisaient fortement le champ des possibilités. La liberté de choix existait mais dans un cadre relativement restreint, celui des noms portés ou connus dans la communauté. S’il était presque inévitable qu’un filleul portât le nom de son parrain, quelle était finalement la marge de manœuvre des parents ? Choisissaient-ils prioritairement le parrain pour ce qu’il pouvait apporter à leur enfant, en acceptant d’avance qu’il portât son nom, ou choisissaient-ils plutôt le parrain en fonction du nom qu’ils souhaitaient donner à leur enfant ?

    72Dans la majorité des cas relevés dans les chroniques, journaux ou livres de raison, il apparaît que la priorité était donnée à la constitution des réseaux d’alliance : la préoccupation des parents était de nouer des relations d’amitié durable avec des membres de leur entourage et de procurer un bénéfice à leur enfant. Le choix du nom apparaît secondaire mais les parents n’étaient pas pour autant indifférents à la question. Ils avaient généralement des préférences et la démonstration évidente de ces souhaits personnels est l’évolution des répertoires. Depuis le xie siècle et l’adoption des noms entiers, les répertoires onomastiques n’ont cessé de se renouveler, consacrant le succès des noms d’apôtres au xiiie siècle, puis ceux des martyrs et confesseurs au xve siècle, au détriment d’anciens noms ethniques et des noms signifiants. Ces changements n’ont pas été orchestrés par les institutions ecclésiastiques car elles ne s’en sont pas préoccupées avant le xvie siècle. Théoriquement, les changements pourraient s’expliquer par recours intensif au parrainage de quelques personnes plus sollicitées que d’autres dans la communauté. Elles auraient eu pour conséquence, par le biais des transmissions homonymiques, de diffuser fortement leurs noms dans la population. On aurait alors un effet « boule de neige » puisque tout baptisé est un futur parrain en puissance, susceptible de transmettre à son tour son nom à ses filleuls. Nous n’avons pas les moyens de nous assurer si le parrainage intensif était d’un usage courant au Moyen Âge central mais l’exemple de Boémond de Tarente montre qu’il existait90. Nous avons aussi l’exemple de Pierre Maury, berger de Montaillou au tout début du xive siècle, à qui l’on reprochait de dispenser ses biens pour se « faire beaucoup de compères et de commères91 ». Le fait est avéré en Bretagne dès la seconde moitié du xve siècle, si l’on en juge d’après les registres de baptême de Roz-Landrieux. Si la plupart des paroissiens ne sont généralement cités qu’une fois ou deux comme parrains ou marraines, voire trois ou quatre fois, quelques-uns cumulent par contre les parrainages, jusqu’à une vingtaine de fois92. Les nobles de la paroisse n’étaient pas les plus sollicités. Il s’agissait surtout de prêtres et de quelques hommes ayant en commun le fait de ne pas être mentionnés comme pères dans les registres, peut-être parce qu’ils ne pouvaient pas avoir d’enfants, à moins qu’ils ne fussent veufs. Le fait est que les parents se tournaient de préférence vers des parrains qui étaient en quelque sorte « disponibles ». Était-ce parce qu’ils avaient ainsi plus de temps pour s’occuper de l’éducation de leurs filleuls, ou parce qu’ils étaient plus aisés financièrement, n’ayant pas d’enfant à charge, ou par simple compassion ? Peut-être tout cela à la fois. Les marraines les plus sollicitées avaient un profil sensiblement différent. Certaines étaient à la fois mères et marraines à de nombreuses reprises, sur une longue période, sans que leurs époux soient sollicités avec la même fréquence. Il se pourrait bien qu’elles aient été les sages-femmes de la paroisse. Plusieurs femmes nobles, sans enfants connus à Roz-Landrieux, ont également été marraines à de nombreuses reprises. Il y a tout lieu de croire qu’elles furent sollicitées principalement en raison de leur disponibilité. On observe les mêmes caractéristiques à Bignan au xvie siècle. L’impact sur les classements onomastiques est très net : dès lors qu’un parrain est fortement sollicité dans une paroisse, son nom y connait une diffusion bien plus large que dans les classements habituels. On pourrait alors penser que l’évolution des répertoires s’est faite « accidentellement », automatiquement pourrait-on dire, par le biais des transmissions homonymiques, mais sans réelle intention de la part des familles ou des nommeurs. L’analyse des registres de baptêmes ne démontre toutefois pas cette hypothèse, elle l’invalide au contraire. En effet, dès qu’un nom est trop original ou surreprésenté dans une paroisse, par rapport à ses fréquences habituelles, sa transmission est bridée dans les générations suivantes. Ce qui revient à dire que les parents évitaient délibérément de choisir les porteurs des noms indésirables comme parrains ou marraines ou, s’ils l’ont fait, ils ont fait en sorte que ce ne soient pas leurs noms qui furent transmis à leur enfant. Ils disposaient de plusieurs moyens pour éviter cette transmission : désigner le porteur du nom indésirable comme second parrain ou seconde marraine, solliciter le parrain porteur du nom indésirable pour le baptême d’une fille ou favoriser une attribution croisée (la marraine va donner son nom au filleul si elle est d’un rang social supérieur à celui du parrain). Si l’évolution des répertoires ne résulte ni d’une contrainte institutionnelle, ni d’une contrainte sociale, elle découle en définitive d’une initiative des parents qui sollicitaient certains parrains en fonction de leur nom, ou avaient négocié avec eux le choix d’un nom particulier, de telle sorte que ce nom soit transmis à leur enfant. Lorsqu’un nom est introduit dans le stock onomastique d’une communauté, il peut ensuite se diffuser très rapidement par le biais du parrainage, dans la mesure où le nom est apprécié et si le porteur primitif dispose d’une honorabilité suffisante. Le choix du parrain en fonction de son nom devait donc être une pratique relativement exceptionnelle mais néanmoins réelle. Le livre de raison des Froissard en fournit un exemple en 1633. Jean Simon Froissard avait demandé à son frère Claude de parrainer son neuvième enfant « parce que ses deux filleux précédans estoient décédés, et je désirois avoir un filz portant son nom93 ». En Franche-Comté, la progression fulgurante du nom du saint patron du Jura à la fin du Moyen Âge s’est produite parce qu’il y avait à cette époque une forte demande de la part des parents en faveur du nom Claude et parce que ces parents sollicitaient massivement des parrains qui portaient déjà ce nom.

    Figure 28. – Évolution du nom Claude dans les testaments de Besançon.

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    Parrainage intrafamilial et extrafamilial

    73Le choix de solliciter des parrains et marraines à l’extérieur ou à l’intérieur de la parenté produit un effet immédiat sur la physionomie des répertoires. Le recours au parrainage extrafamilial produit un répertoire familial instable. Celui-ci se renouvelle en permanence par le biais des transmissions homonymiques. Le procédé bloque la constitution de stocks de noms familiaux. Par contre, quand les parrains sont choisis dans la parenté proche, un répertoire spécifique se forme par la transmission des mêmes noms sur plusieurs générations. Le recours au parrainage intrafamilial ne s’est pas développé partout au même moment, ce qui permet d’exclure a priori une explication du phénomène liée à une évolution des mentalités. Cela oriente davantage vers une évolution de l’organisation sociale ou des systèmes familiaux. En Bretagne, on observe un essor très net du parrainage intrafamilial dans l’évêché de Vannes au cours du dernier quart du xvie siècle94. Il se développe plus ou moins timidement en Franche-Comté, en Savoie, en Île-de-France, à Lyon et à Bordeaux au tournant du xviie siècle95. Par contre, il était déjà normatif dès cette époque dans le Rouergue et le Sud de l’Auvergne96. Nous manquons encore d’études permettant de connaître l’étendue de l’aire géographique du parrainage intrafamilial dans cette région et l’époque de son implantation. On sait cependant qu’il était normatif dans le Limousin dès le début du xve siècle97.

    74Le développement du recours à ce type de parrainage peut s’expliquer de plusieurs manières : soit par une diminution des attentes des parents, qui avaient moins besoin de l’assistance de leurs compères, pour leurs enfants ou pour leur propre intérêt ; soit par une diminution des attentes des parrains, pour qui le parrainage était en passe de devenir une corvée. Dans le premier cas, on se tourne vers la parenté proche par faveur ; dans le second, on a recours au cercle familial par défaut, comme solution de rechange. Il est peu probable que l’évolution soit liée à la mise en œuvre de nouvelles contraintes institutionnelles. L’interdiction du modèle ternaire, promulguée par le concile de Trente en 1563, a peut-être favorisé le recours au parrainage des élites mais il est difficile d’expliquer en quoi la réduction du nombre de parrains et marraines aurait pu inciter les parents à choisir leurs compères et commères prioritairement dans le cercle familial. Dans le Vannetais, l’adoption tardive du modèle du couple en 1598 ne permet pas d’établir un lien direct entre cet évènement et le développement du parrainage intrafamilial, dès les années 1570. En Haute-Auvergne et dans le Rouergue, le modèle du couple était déjà en usage depuis le début du xvie siècle98, parallèlement au parrainage intrafamilial. L’un semble aller avec l’autre, mais ce n’était pas le cas dans le Jura suisse où le modèle du couple coexistait à la même époque avec un mode de parrainage extrafamilial99. Le choix du modèle se justifiait peut-être à l’origine par des questions financières, en lien avec le coût du baptême (cadeaux, frais de cérémonie et collations). Les attentes des parents étaient sans doute moins fortes quand on faisait appel au parrainage de la parenté. Par contre, il pouvait être plus convenable de répartir le coût entre un nombre plus important de personnes lorsque l’on sollicitait des compères et commères en dehors du cercle familial. À moins que le recours à ce parrainage multiple se justifiât par le souhait d’obtenir des cadeaux plus importants. Les deux explications ne sont pas exclusives l’une de l’autre.

    75L’essor du parrainage intrafamilial a parfois été expliqué par un souhait des familles de transmettre à leurs enfants des noms familiaux100. Il me semble cependant que l’attribution du nom est principalement une conséquence du parrainage et non une cause. Certes, il pouvait arriver qu’un parrain fût choisi en fonction de son nom mais ce n’était pas le cas le plus fréquent. Il était d’ailleurs tout à fait possible de sélectionner n’importe quel parrain éponyme sans qu’il soit en même temps un membre de la famille. Parents et compères cherchaient prioritairement à nouer des relations d’amitié. Chacun y trouvait un avantage : les premiers attendaient de leurs compères une prise en charge ou une participation éventuelle à l’éducation de leurs enfants, et, éventuellement, un bénéfice à tirer de cette nouvelle relation, tandis que les seconds espéraient un retour d’affection et du respect de la part de leurs filleuls, et, vraisemblablement, une assistance ou un soutien des parents en cas de besoin. Les attentes pouvaient cependant être très diverses selon que l’on sollicitât le compérage d’un membre de la famille, d’un voisin plus ou moins aisé, d’un prêtre ou d’un notable.

    76Pour déterminer plus précisément les motivations du recours au parrainage intrafamilial, et ses incidences sur la nomination, j’ai analysé les relations de compérage dans deux familles de la bourgeoisie rouergate à la fin du xvie siècle à partir des livres de raison de Raymond d’Austry, riche marchand de Rodez dans les années 1580-1620101, et d’Étienne Perrin, juge du sceau de cette ville à la même époque102. Le taux d’homonymies patronymiques est de 33 % pour les d’Austry et de 43 % pour les Perrin103. Ces chiffres sont inférieurs aux taux relevés dans quatre paroisses du Rouergue, établis à partir des statistiques sur les registres de baptême de 1580 à 1650, où les taux d’homonymies patronymiques oscillent entre 50 et 55 %104. Cela signifie que le recours au parrainage par la parenté était encore plus important dans l’ensemble de la population.

    Le parrainage intrafamilial dans le Rouergue à la fin du xvie siècle

    Tableau 42. – Enfants de Raymond d’Austry et d’Antoinette Causse.

    Enfant

    Date

    Parrains et marraines

    Anne

    02/03/1581

    Pierre Causse, mon beau-père

    Anne d’Austry, ma sœur

    Françoise

    28/02/1583

    Geraud d’Austry, mon frère

    Françoise Bernard, ma belle-mère

    Jean

    09/02/1586

    Jehan Guilhermi, mon beau-frère

    Bourguine de Vaurz, ma belle-sœur

    Anselme

    30/03/1588

    Anselme Fresal, mon beau-frère

    Francoyse de Causse, ma belle-sœur

    Laurent

    27/06/1590

    Laurent Matti, mon beau-frère

    Anthonhette Bernarde, tante de ma femme

    Raymond

    10/04/1592

    Ramond Bernard, cousin remué de germain

    Marguerite d’Ebrard, femme de l’oncle de ma femme

    Marguerite

    05/03/1595

    Jehan Boniol, cousin germain de mon beau-père

    Marguerite de Corn, femme de mon cousin germain

    Jacques

    15/11/1597

    Jehan d’Austry, mon fils

    Anne d’Austry, ma fille

    Cécile

    03/02/1601

    Jehan le Noir, fiancé de ma fille Anne

    Jehanne de Jueri, veuve de Laurent Matti (ex-beau-frère)

    Note : les liens de parenté se rapportent au père. Les transmissions homonymiques sont indiquées en gras. Les parrains et marraines issus de la parenté proche sont surlignés en italique.

    Tableau 43. – Enfants d’Étienne Perrin et d’Antoinette de Coquelet.

    Enfant

    Date

    Parrains et marraines

    Jacques

    11/06/1579

    Jacques de Corneillan, évêque de Rodez, frère utérin de Charles de Corneillan

    Jeanne de Martin, grand-mère paternelle

    Jean

    01/12/1580

    Jean Perrin, grand-père paternel

    Jeanne de Lapanouse, grand-mère maternelle

    Marie

    10/12/1583

    Charles de Corneillan, second époux de Jeanne de La Panouse

    Marie Perrin, tante paternelle

    Marie dite Savie

    02/10/1586

    François de Corneillan, évêque de Rodez, neveu de Charles de Corneillan

    Marie Girels, ép. De Valentin Perrin, tante paternelle

    Laurent

    17/09/1588

    Laurent Perrin, oncle paternel

    Marie de Corneillan, fille de Charles, tante maternelle

    Jeanne

    02/10/1590

    Jacques Perrin, frère aîné

    Marie Perrin[e], sœur aînée

    Valentin

    01/09/1594

    Valentin Perrin, oncle paternel

    Antoinette Morette, ép. Laurent Perrin, tante paternelle

    77Les tableaux mettent en évidence la prépondérance du parrainage intrafamilial dans ces deux familles rouergates avec un recours massif au parrainage par la parenté proche. Chez les Perrin, quelques relations extérieures ont toutefois été privilégiées. Elles se rapportent précisément à trois parrains portant le patronyme Corneillan : il s’agit en fait d’une parenté indirecte puisque Charles de Corneillan fut le second mari de la mère de l’épouse (Antoinette de Coquelet). Les parents sollicitèrent pour le parrainage de leur premier enfant Jacques de Corneillan, frère utérin de Charles, alors évêque de Rodez de 1562 à 1582. Ils récidivèrent en 1586 pour le parrainage de leur seconde fille en sollicitant François de Corneillan, neveu de Charles, devenu lui-même évêque de Rodez à la suite de Jacques. Si l’on rattache les Corneillan à la parenté des Perrin, on voit que ceux-ci ont eu recours à un parrainage familial intégral pour le baptême de leurs enfants. Chez les d’Austry, il y a eu une priorité absolue au recours à la parenté proche pour le parrainage des cinq premiers enfants. Les parents se sont ensuite adressés à une parenté plus éloignée, manifestement par épuisement de la réserve de parrains et marraines potentiels du cercle de proximité. Pour le parrainage de leur huitième enfant, ils ont demandé aux aînés de leurs enfants (Anne, 16 ans, et Jean, 11 ans) d’être les parrain et marraine de leur jeune frère. Tous les parrains et marraines ont un lien de parenté avec les parents, même si ce lien est indirect pour la dernière-née.

    78La recherche des éventuelles stratégies d’alliance, ou de l’instauration d’un ordre de parrainage privilégié, ne peut se faire que lorsque l’on dispose d’informations très fournies sur les familles. Connaître les liens de parenté des parrains et marraines avec les parents ne suffit pas car de multiples facteurs peuvent expliquer leurs choix. On ne peut solliciter un membre de la parenté que s’il est encore vivant. Il faut donc savoir si les pères et mères des époux sont décédés et s’il existe des frères et des sœurs aptes à parrainer leurs enfants. L’un des grands intérêts des livres de raison est justement de fournir dans un seul ouvrage toutes ces informations. On apprend ainsi que les parents de Raymond d’Austry décédèrent en 1573 et 1576, avant même son mariage avec Antoinette Causse en 1578. Il importe aussi de connaître le lieu de résidence des membres du cercle familial car les parents font rarement appel à des parrains et marraines domiciliés hors de leur paroisse. Enfin, d’autres évènements peuvent perturber l’ordre ordinaire des demandes de parrainage. Raymond d’Austry témoigne ainsi en 1578 d’un ressentiment entre sa sœur Anne et le reste de sa famille. À l’occasion de la naissance du premier enfant d’Anne, l’auteur nota que « feist parrin Ansel Fresal, son beau père, et madonne Anne de Mainart marrine. Et feist grand tort a ses belles soeurz, de mon frere aisné et ma fame105 ». Hormis ces quelques éléments impondérables, la pratique rouergate habituelle était de solliciter en premier lieu les grands parents des nouveau-nés, tant du côté paternel que maternel, puis de se tourner vers leurs oncles et tantes pour les naissances suivantes. Tant que possible, on choisit un représentant des branches paternelles et maternelles pour chaque baptême.

    79Le procédé des transmissions homonymiques a été appliqué sept fois sur neuf (78 %) chez des d’Austry et six fois sur sept (86 %) chez les Perrin. Le caractère normatif du procédé et le respect des règles de préséance font que les fils aînés portent généralement le nom de leur grand-père paternel si celui-ci est encore vivant à leur naissance106. La stricte application des transmissions homonymiques peut avoir pour effet d’attribuer un même nom à plusieurs enfants d’une fratrie. C’est ce qui s’est passé avec la seconde fille d’Étienne Perrin, qui reçut le nom de Marie, comme sa sœur aînée, parce que leurs marraines respectives portaient elles-mêmes ce nom. Le problème fut résolu par l’attribution d’un nom d’usage distinctif : « Ma fille Marie Perrine, dicte Savie Marie, estant grandelette à l’occasion de la sagesse, modestie et vivacité d’esprit qu’elle monstroit avoir, outre et au-dessus de son aage, avec une craincte et douceur mervelheuse107. »

    80Les pères attachent manifestement de l’importance à la transmission des noms de leurs père et mère à leurs descendants. Quand les grands-parents étaient décédés avant la naissance de leurs petits-enfants, une des solutions envisageables pour la transmission de leurs noms était la sollicitation de parrains et marraines homonymes. La solution avait l’avantage de ménager l’honneur des compères et de permettre la transmission onomastique. Ni les d’Austry, ni les Perrin, n’ont toutefois mis en œuvre ce procédé. Ils ont préféré une solution leur permettant de conserver la maîtrise de leurs choix de nomination en désignant pour parrain et marraine les frères et sœurs aînés des nouveau-nés. Ce fut le cas pour Jacques d’Austry en 1597, à qui l’on donna le nom de son grand-père paternel, et pour Jeanne Perrin en 1590, qui reçut le nom de ses deux grands-mères. La priorité est donnée au parrainage intrafamilial. Pour transmettre le nom de sa mère décédée à sa dernière fille (Cécile), Raymond d’Austry a eu recours à un autre procédé : au lieu de choisir des parrains et marraines dans son entourage immédiat, il sollicita le fiancé de sa fille aînée et la veuve d’un beau-frère décédé (qui était aussi un ancien compère et l’un de ses meilleurs amis). Il y a eu manifestement un arrangement préalable avec la marraine pour le choix du nom. On notera au passage le paradoxe : les parents ont eu recours à un parrainage extrafamilial pour que leur enfant puisse recevoir un nom familial !

    81Les seules dérogations à la norme des transmissions homonymiques furent exercées pour permettre l’attribution d’un nom choisi par les parents. Ce caractère exceptionnel témoigne de l’importance du nom dans les relations de compérage de la société rouergate. La transmission du nom exprime la reconnaissance des parents envers leurs compères, c’est une forme de gratitude. Elle n’est toutefois pas nécessaire ou attendue lorsque le rang social des parrains ou marraines est inférieur à celui des parrains. C’est le cas notamment lorsque l’on fait appel au parrainage par des enfants mineurs ou au parrainage par des pauvres. Il importe de « rendre l’honneur » à ceux qui nous nous honorent. Cette question de l’honneur est essentielle dans les relations de parrainage intrafamilial. Les manquements à ce code social sont sévèrement critiqués. Raymond d’Austry reproche ainsi amèrement à son frère aîné Geraut de ne pas lui avoir proposé d’être le parrain de son premier-né : « Feist compere Mr de Bosignac et comere madonne Anne de Mainart, ses cosin et cosine, fesant grant tort a ses frere et sœur naturelz, gens de bien et desquelz il recoibt beaucoup d’honeur en leur fraternité108. » L’honneur s’exprime par des préséances et des hiérarchies. Clef de voûte du parrainage intrafamilial, il participe à la structuration et à la consolidation des rapports sociaux. Les besoins d’assistance et de solidarité semblent passer au second plan, qu’il s’agisse de relations de prestige destinées à favoriser l’ascension dans l’échelle sociale ou de relations plus égalitaires avec des membres du même milieu professionnel. Ces besoins existaient très vraisemblablement mais on ne cherche pas prioritairement à les résoudre par le biais du compérage. À l’inverse, le parrainage extrafamilial mise prioritairement sur la consolidation et le développement des réseaux sociaux, favorisant tantôt des relations d’amitié solides et durables avec des relations professionnelles, tantôt une forme de clientélisme qui profitera aux deux parties. Socialement, le parrainage intrafamilial renforce la structure familiale pour résister aux aléas extérieurs tandis que le parrainage extrafamilial vise l’intégration de l’individu dans son milieu social pour faire face aux mêmes difficultés. Dans l’un et l’autre cas, les noms des enfants renseignent sur les solidarités attendues.

    Comparaison avec le parrainage intrafamilial en Bretagne à la fin du xvie siècle

    82Le tableau 44 et la figure 29 présentent les taux de parrainage intrafamilial des deux familles rouergates et ceux de deux familles de la petite noblesse bretonne à la même époque109. Le comparatif confirme le fort ancrage du compérage intrafamilial dans le Rouergue à la fin du xvie siècle alors que le recours à ce mode de parrainage était encore balbutiant en Bretagne. Le recours progressif au parrainage par la parenté peut révéler une moindre intensité des besoins de solidarités de voisinage. Les causes peuvent être multiples, liées peut-être à une amélioration des conditions de vie, ou plus probablement à une évolution de ces conditions de vie à la suite d’une dispersion ou d’un regroupement familial, d’un changement de mode de faire-valoir des terres réduisant les besoins d’assistance mutuelle, d’une évolution démographique ou pour toute autre raison qu’il reste à déterminer. Au xvie siècle, le recours au parrainage par la parenté semble encore avoir été en Bretagne un recours par défaut, une solution de secours lorsque l’on n’arrivait pas à trouver des parrains hors du cercle familial. En effet, avant 1575, les parrains ou marraines de la parenté étaient la plupart du temps cités comme seconds parrains ou secondes marraines. Dans le dernier quart du siècle, ils passent progressivement au premier rang comme si le parrainage extrafamilial n’était plus utile, ou qu’il était de plus en plus difficile de trouver des parrains hors de la parenté. La préoccupation des parents de faciliter l’éducation de leurs enfants restait cependant essentielle et ceci explique peut-être le développement du recours au parrainage des prêtres. On notera à cet égard que les membres du clergé parrainaient souvent les aînés. Quoiqu’il en soit, les deux modes de parrainage correspondaient manifestement à deux schémas différents d’organisation de la vie sociale.

    Tableau 44. – Parrainage intrafamilial en Bretagne et Rouergue à la fin du xvie siècle.

    Tabl.

    Couples

    Région

    Dates naissances

    Parr.

    Marr.

    Homon. patron.

    En %

    Parenté proche

    En %

    T. 42

    Eudoux – Boscher

    Bretagne

    1573-1578

    15

    2

    13 %

    4

    27 %

    T. 37

    Fleuriot – Chefdubois

    Bretagne

    1594-1610

    18

    4

    22 %

    7

    39 %

    T. 61

    D’Austry – Causse

    Rouergue

    1587-1601

    18

    6

    33 %

    11

    61 %

    T. 60

    Perrin – De Coquelet

    Rouergue

    1579-1594

    14

    6

    43 %

    11

    79 %

    Figure 29. – Parrainage intrafamilial en Bretagne et Rouergue à la fin du xvie siècle.

    Image

    Conclusions : le nom de baptême, marqueur des cohésions sociales

    Une absence de système familial d’attribution des noms

    83En Bretagne, il n’existait pas de système familial d’attribution des noms aux xve et xvie siècles. On observe bien l’attachement particulier de quelques familles de la noblesse à certains noms caractéristiques de leur lignée mais il s’agit d’une pratique très minoritaire. En milieu populaire, la transmission du nom du père à l’un des enfants n’était pas une préoccupation. Lorsqu’il y a homonymie entre un père et l’un de ses enfants, c’est généralement parce que le parrain se nomme également ainsi. Les homonymies se concentrent en outre sur les noms les plus portés. La rareté des homonymies constatées lorsque le père ne porte pas un nom dominant permet de présumer avec une quasi-certitude que la sollicitation de parrains homonymes n’était pas motivée par un souhait de transmission du nom paternel.

    84L’analyse des généalogies reconstituées à partir des livres de raison et des anciens registres de baptêmes a montré qu’il n’y avait, dans la majorité de la population bretonne, quel que soit le milieu, aucune règle d’attribution systématique du nom des grands-parents paternels ou maternels aux petits-fils ou petites-filles, ni même aucun rang d’attribution préférentiel des noms issus du côté paternel ou maternel. En fait, il n’y a même aucune volonté de transmettre à ses enfants les noms des membres de sa famille. Dans la plupart des cas étudiés, il n’existe pas de stock onomastique familial caractéristique, et, a fortiori, pas de nom de lignée. Dans quelques cas cependant, le nom du père avait été transmis au dernier-né, sans que l’on puisse assurer s’il s’agissait d’une simple coïncidence ou d’une intention volontaire. Si c’était le cas, il n’y aurait toutefois pas lieu d’y voir l’indice d’un véritable nom de lignée, marqueur emblématique de l’identité familiale transmis aux aînés, mais plutôt une trace mémorielle, une signature onomastique en quelque sorte.

    85En dépit de l’absence de patrimoine onomastique familial, on aurait tort cependant de penser que les parents étaient indifférents aux noms attribués à leurs enfants. Dans les élites sociales notamment, ils veillaient à éviter autant que possible les homonymies dans les fratries en s’arrangeant au préalable avec les parrains. Mais les souhaits d’intégration et de prospérité l’emportaient généralement sur les considérations personnelles. Deux causes majeures et concomitantes ont freiné jusqu’à la fin du xvie siècle la constitution de répertoires onomastiques familiaux : le recours préférentiel au parrainage extrafamilial et la pratique généralisée de la transmission du nom du parrain ou de la marraine aux filleuls et filleules. Ce système social est caractérisé par l’interrelation de deux phénomènes indissociables : la désignation des parrains et marraines et le choix du nom. La désignation des premiers s’inscrit la plupart du temps dans une démarche visant à consolider les réseaux sociaux de solidarité. Cette stratégie était commune à l’ensemble des pays d’Europe occidentale aux xve et xvie siècles110. La comparaison avec les pratiques en usage à la fin du Moyen Âge dans le milieu des marchands florentins révèle par contre d’autres priorités. Ces pratiques ont fait l’objet d’études approfondies de la part de Christiane Klapisch-Zuber111. Il ne semble pas qu’elles aient été en usage en milieu populaire112. Elles ont en commun avec le système européen majoritaire un recours préférentiel au parrainage hors de la parenté et une recherche de développement des relations de compérage113. Elles s’en distinguent complètement en matière de nomination. En Toscane, les transmissions homonymiques de parrains à filleuls étaient exceptionnelles et les noms étaient presque toujours empruntés à un stock onomastique familial. Il existait en outre des règles d’attribution caractérisées par une transmission préférentielle du nom du grand-père paternel au fils aîné ou une transmission du nom de la grand-mère paternelle à la fille aînée. Le second fils recevait normalement le nom de son grand-père maternel et la seconde fille celui de sa grand-mère paternelle. Des dérogations fréquentes pouvaient être apportées à ce modèle général en fonction du principe fondamental selon lequel on ne donnait pas à un enfant le nom d’un membre de la famille tant qu’il était encore vivant. A contrario, on s’empressait de donner à un nouveau-né le nom d’un membre de la famille récemment décédé, de telle sorte que la chaîne onomastique ne soit jamais rompue. C’est ce que les auteurs de livres de familles florentins appellent « refaire le nom114 ». Il s’agit en réalité du principe moteur du système nominatif de l’aristocratie marchande florentine115. Dans ce milieu, la priorité était la construction de l’identité familiale et, manifestement, le nom de famille n’était pas un marqueur onomastique suffisant pour assurer cette cohésion. L’enfant ne trouve sa place dans la famille que lorsqu’il succède à quelqu’un d’autre. Il est possible que ce concept existât aussi en France sous une forme latente mais il était relégué au second plan pour laisser la priorité aux parrains et marraines à qui revenait la décision ultime du choix du nom de leurs filleuls et filleules. L’adoption progressive des noms multiples au xviie, et surtout au xviiie siècle, permettra de concilier les différents objectifs116. Pour les marchands florentins, l’honneur des ancêtres était primordial. Ailleurs, la priorité était l’honneur des parrains. On peut penser que l’aisance financière des premiers leur permettait d’éviter de solliciter trop fréquemment l’assistance de leurs compères.

    86En Bretagne, les parents du xve et xvie siècle avaient à leur disposition d’autres moyens de donner à leur enfant un nom de leur choix qui ne correspondait pas nécessairement à celui du parrain ou de la marraine. À plusieurs reprises, on a observé l’absence de transmission homonymique lorsque le parrain principal appartenait à la parenté immédiate des parents. Compte tenu de la rareté du recours au parrainage intrafamilial à cette époque, il y a tout lieu de penser que la sollicitation du parrain était liée à un arrangement préalable concernant le nom à donner au nouveau-né. Quelquefois, le recours au parrainage d’un prêtre semble aussi se justifier par le souhait de transmettre à l’enfant une forme masculinisée du nom de la marraine. Un autre moyen consistait à solliciter un parrain déjà porteur du nom désiré pour l’enfant. Cette pratique a été observée à différentes reprises mais elle était vraisemblablement exceptionnelle. Les parrains et marraines étaient choisis pour leur potentiel d’assistance ou pour sceller une amitié, pas uniquement pour une question d’onomastique.

    87Bien que le recours au parrainage intrafamilial se soit fortement développé à la fin du xvie siècle, il ne contribuait encore que très faiblement à la constitution de répertoires de noms familiaux. Il s’agissait bien souvent d’un parrainage de seconde main, sans que les membres de la parenté puissent bénéficier de l’honneur de la nomination. Le souci du nom de lignée était par contre constant dans les familles de la grande aristocratie. On n’y observe pas cependant le système nominatif repéré par Martin Aurell dans les familles aristocratiques autour de l’an mil117. Hormis l’attribution systématique du nom de lignée aux fils aînés, il n’y avait en fait aucune règle fixe dans la maison de Laval. Le nom du grand-père maternel était fréquemment donné au fils cadet sans que cette pratique soit normative. Dans la haute noblesse, la sollicitation fréquente du parrainage de la parenté favorisait la constitution d’un stock de noms familiaux. En général, ces noms n’étaient toutefois repris que sur quelques générations. La conclusion de nouvelles alliances entraînait régulièrement l’adoption de nouveaux noms issus du répertoire de la lignée alliée et produisait un renouvellement continu du répertoire. Les pratiques de la haute noblesse ne concordent pas avec celles de la petite noblesse. Il est généralement impossible de repérer des stocks de noms familiaux repris de génération en génération. L’explication est simple et résulte du recours prépondérant au parrainage extrafamilial et d’une sélection presque exclusive des nommeurs en dehors de la parenté. Les préoccupations de la grande et de la petite noblesse étaient différentes : la puissance et la sécurité acquises par les premiers leur permettaient de vivre en cercle fermé tandis que les seconds ressentaient toujours le besoin d’étendre leur réseau d’assistance et de solidarité. Le développement du parrainage intrafamilial, à la fin du xvie siècle, révèle a contrario la diminution de ce sentiment d’insécurité. Dans les familles étudiées, le parrainage par la parenté homonymique est inexistant au tournant du xvie siècle. Il reste encore exceptionnel dans la première moitié du xvie siècle et se développe fortement dans le dernier quart du xvie siècle.

    Le rôle déterminant des parrains dans les processus de nomination

    88Il existait en France, aux xve et xvie siècles, un lien puissant entre le parrainage et la nomination. Ce lien remontait vraisemblablement au xie siècle, au moment de la généralisation du baptême des nouveau-nés, quand le nom de baptême, attribué par les parrains, se substitua au nom donné par les parents à la naissance. Parce que le rituel du baptême prévoyait que le nom du nouveau-né était indiqué à l’officiant par les parrains et marraines, ceux-ci occupèrent dès lors un rôle déterminant dans le processus nominatif. L’importance de ce rôle fut encore accrue par le souhait des parents d’honorer leurs compères en leur conférant un pouvoir décisionnaire sur le choix du nom. En France, les parrains prirent l’habitude de marquer leur parenté spirituelle en transmettant leurs noms à leurs filleuls. Ce ne fut pas le cas partout en Europe, et notamment en Italie du Nord. Dans les régions où l’on pratiquait la transmission homonymique, le nom devint ainsi un marqueur social intégrant le nouveau-né dans sa communauté en le reliant à ses parrains et marraines. Le nom de baptême assurait une forme de cohésion sociale. Il créait en outre des liens durables entre les parents et les hommes et femmes choisis pour tenir leur enfant sur les fonts baptismaux.

    89La sélection des parrains et marraines était un acte important, engageant les participants sur une longue période. Le système du compérage permettait aux parents de renforcer leurs réseaux sociaux de solidarité et d’amitié. Il permettait aussi d’intégrer dans le maillage social les prêtres et les couples sans enfants. La dation du nom, conférée par les parents aux parrains et marraines, jouait un rôle essentiel dans ce système. Le nom de baptême témoignait de l’engagement des nommeurs à s’occuper de leurs filleuls. Il était l’expression d’un code social selon lequel il convient d’honorer celui qui honore. À ce titre, le nom de baptême faisait fonction de régulateur social. Cette préoccupation honorifique impacta fortement la composition des répertoires onomastiques. Le nom qui honore est un nom transmis. Que ce soit le nom du parrain ou de la marraine, le nom d’un aïeul ou celui d’un saint, l’enfant porte le nom d’un autre, que les nommeurs ont souhaité honorer. Le procédé eut pour effet de freiner le renouvellement des répertoires. Il excluait par principe les noms inventés et les noms des personnages de fiction, du moins tant qu’il n’existait pas un premier porteur dans le groupe social.

    90Le nom de baptême était un facteur d’organisation sociale. Selon les lieux et les époques, il a pu être utilisé pour structurer et assurer la cohérence de groupes familiaux ou de groupes sociaux-professionnels. L’intensité des fréquences des transmissions homonymiques révèle par ailleurs l’intensité des besoins d’assistance et de solidarités attendues entre compères. Dans la mesure où le nom honore celui qui le transmet, on peut penser que, plus le taux des transmissions était élevé, plus les attentes des parents devaient être fortes. Dans quelques régions, les filles recevaient une forme féminisée du nom de leur parrain. Cette pratique révèle une forme d’organisation sociale et familiale particulière, fondée sur les solidarités de voisinage.

    Footnotes

    1 Pour un aperçu des pratiques récentes, voir Fine Agnès, « L’héritage du nom de baptême », Annales, Économies, sociétés, civilisations, no 4, 1987, p. 853-877.

    2 Aurell Martin, « La parenté en l’an mil », Cahiers de civilisation médiévale, no 170, avril-juin 2000, p. 134. Un nom familial est un nom de baptême issu du « stock onomastique familial », c’est-à-dire présent à toutes les générations ou au moins une génération sur deux. Un nom de lignée est un nom familial qui, au même titre que le surnom, le blason ou le cri de guerre, contribue à marquer l’identité d’un lignage par des signes visuels ou auditifs. Il peut y en avoir un ou deux dans une famille et ils sont alors généralement transmis au fils aîné et au puîné. Un nom agnatique est un nom emprunté au répertoire onomastique de la branche paternelle. Un nom cognatique est issu soit de la branche paternelle, soit de la branche maternelle.

    3 Le registre de Roz-Landrieux (Ille-et-Vilaine) est le plus ancien des registres de baptêmes français. Celui de Bignan (Morbihan) dispose de séries ininterrompues sur une grande partie du xvie siècle.

    4 Les vingt noms les plus portés représentent 88 % des attributions à Roz-Landrieux (48 noms au total) et 98 % à Bignan (39 noms au total). Les titres des colonnes sont abrégés. « Pères homon. » : l’enfant porte le nom du père ; « Parrains homon. » : l’enfant porte le nom du parrain ; « Père seul » : le nom de l’enfant est celui du père mais pas celui du parrain.

    5 À Roz-Landrieux 2,2 % pour le nom Jean et 4,5 % pour Guillaume ; à Bignan 4,3 % pour Jean, 2,6 % pour Guillaume et 1,9 % pour Yves.

    6 Rolker Christof, « Pater spiritualis, La parenté spirituelle à la fin du Moyen Âge et au début de l’époque moderne », in Aude-Marie Certin (dir.), Formes et réformes de la paternité à la fin du Moyen Âge et au début de l’époque moderne, Frankfort, Peter Lang, 2016, p. 72.

    7 Angenendt Arnold, « Le parrainage dans le haut Moyen Âge. Du rituel liturgique au cérémoniel politique », in Michel Rouche (dir.), Clovis, histoire et mémoire, Paris, Presses de l’université Paris-Sorbonne, 1997, p. 243-254. Gabriel Herman rapproche le parrainage chrétien d’une institution sociale analogue connue dans l’Antiquité classique sous le nom de xenia dans le monde grec et d’hospitium dans le monde romain. Voir Herman Gabriel, « Le parrainage, l’hospitalité et l’expansion du christianisme », Annales Histoire, sciences sociales, no 6, novembre-décembre 1997, p. 1305-1338.

    8 Le baptême des enfants paraît majoritaire dès la première moitié du vie siècle. Voir Saxer Victor, « Les rites du baptême de Clovis dans le cadre de la pratique paléochrétienne », in Michel Rouche (dir.), Clovis, histoire et mémoire, op. cit., p. 229-241, spéc. p. 236.

    9 Babin François, Conférences ecclésiastiques du diocèse d’Angers sur les Sacrements en général, sur le Baptême et la Confirmation, tenues en l’année 1716, Avignon, Giroud et Delorme, 1735, p. 293.

    10 Boehme Johann, Le recueil des pais selon leur situation avec les mœurs, loix et ceremonies d’iceux, Paris, Cavelier, 1558, p. 250.

    11 Babin François, op. cit., p. 301 : « Qu’on ne dise point que les Loix Ecclésiastiques, qui imposoient aux Parrains l’obligation de veiller à l’instruction et sur la conduite de leurs filleuls, ne sont plus en vigueur, et qu’elles sont abrogées par le non-usage, puisque les Parrains qui sont gens de bien ne s’embarrassent point aujourd’hui, ni de l’instruction, ni de la conduite de leurs filleuls. »

    12 Gibert Jean-Pierre, Consultations canoniques sur les sacremens, t. 2, Paris, Bauche, 1750, p. 482.

    13 Ibid., p. 483. Sur l’institution du parrainage à la fin du Moyen Âge et au début de l’époque moderne, je renvoie principalement à Alfani Guido, Castagneti Philippe et Gourdon Vincent (dir.), Baptiser, pratique sacramentelle, pratique sociale (xvie-xxe siècles), Saint-Étienne, Publications de l’université de Saint-Étienne, 2009 ; Alfani Guido et Gourdon Vincent (dir.), Spirituel Kinship in Europe, 1500-1900, Basingstoke, Palgrave Macmillan, 2012 ; Alfani Guido, Gourdon Vincent et Robin Isabelle (dir.), Le parrainage en Europe et en Amérique. Pratiques de longue durée (xvie-xxie siècles), Bruxelles, Peter Lang, 2015 ; Héritier-Augé Françoise et Copet-Rougier Élisabeth (dir.), La parenté spirituelle, Paris, 1995 ; Redondo Augustin (dir.), Les parentés fictives en Espagne (xvie-xviie siècles), Paris, Publications de la Sorbonne, 1988 ; Fine Agnès, Parrains, marraines. La parenté spirituelle en Europe, Paris, Fayard, 1994.

    14 Angenendt Arnold, art. cité, p. 251. Le parrain participait également aux frais de la cérémonie (organiste, choristes, sonneur) et aux frais de la collation qui suivait. Voir Le Goff Hervé, Le journal de Jean et Pierre Hamon…, op. cit., p. 119. Sur les cadeaux et les lois somptuaires sur le baptême, voir, pour le Quercy au xive siècle, Forestié Edouard, Les livres de comptes des frères Bonis, marchands montalbanais du xive siècle, t. 1, Paris, Champion, 1890, p. cli-clvi, et, plus généralement, Alfani Guido et Gourdon Vincent, « Fêtes du baptême et publicité des réseaux sociaux en Europe occidentale. Grandes tendances de la fin du Moyen Âge au xxe siècle », Annales de démographie historique, t. 1, 2009, p. 153-189.

    15 Gibert Jean-Pierre, op. cit., p. 458.

    16 Lettre de Jean Calvin à son ami Nicolas des Gallars à propos du fils de son ancien médecin, Benoît Textor. Publiée par Doumergue Émile, Jean Calvin, Les hommes et les choses de son temps, t. 3, Lausanne, Georges Bridel et Cie, 1905, p. 559.

    17 « L’obligation des Parreins et Marreines portée par le Formulaire du Batême, emporte non seulement l’instruction des enfans en la piété, mais aussi de leur procurer la subsistance et le moien de vivre en cas de necessité. » Article VIII, cité par Aymon Jean, Tous les synodes nationaux des Églises réformées de France, t. 1, La Haye, Delo, 1710, p. 223.

    18 Pierre Hamon note ainsi dans son journal en 1680 qu’il s’était engagé, lors du décès de son beau-frère et compère René Mahé, « d’entretenir gratuitement Pierre Mahé, son fils aisné, mon filleul, et l’apprendre à lire et escripre jusqu’à laage de douze ans ». Voir Le Goff Hervé, Le journal de Jean et Pierre Hamon, op. cit., p. 145.

    19 Duvernoy Jean, Le registre d’Inquisition de Jacques Fournier (évêque de Pamiers), 1318-1325, t. 1, Paris, Moutin, 1978, 3 vol., p. 971. Cité par Jussen Bernhard, « Le parrainage à la fin du Moyen Âge : savoir public, attentes théologiques et usages sociaux », Annales. Économies, sociétés, civilisations, no 2, mars-avril 1992, p. 486.

    20 Ibid.

    21 Montaiglon Anatole de, Recueil de poésies françoises des xve et xvie siècles. Morales, facétieuses, historiques, t. 3, Paris, Jannet, 1856, p. 185 (Jehan d’Ivry, Les Secrets et Loix de Mariage).

    22 Les livres de famille des marchands florentins du xve siècle apportent de nombreux exemples de services rendus entre compères dans leurs activités ordinaires : médiations dans les transactions, prêts gracieux, etc. Voir Klapisch-Zuber Christiane, La maison et le nom. Stratégies et rituels dans l’Italie de la Renaissance, Paris, Éditions de l’EHESS, 1990, p. 130, n. 38.

    23 Dans son livre de raison, Jehan Simon Froissard choisit en 1620 « deux pauvres » pour parrainer son troisième enfant après que ses deux premiers enfants soient morts en bas-âge et que son épouse n’arrivait plus à tomber enceinte. Il fut nommé François et sa mère le voua à porter « un an l’habit de capucin et six ans l’habit blan ». Voir « Livre de raison de la famille de Froissard-Broissia de 1532 à 1701 », Mémoires de la société d’émulation du Jura, t. 2, 1886, p. 83.

    24 Jehan Simon Froissard rapporte ainsi à l’occasion du baptême de son fils Simon, né en 1631, que « pour ses parrain et marraine ont esté choisis notre filz Jean Ignace [né en 1627], et Estiennette Renau, femme de chambre de ma femme, et ce par dévotion, et au nom d’un pauvre que l’on entretiendrait quelques années. Nous n’avons pas pris le pauvre pour parrain, parce que souvent il arrive que n’estant pas bien élevés, ils ne s’adonnent pas à bien, ce qui donne du déplaisir au filleul et aux père et mère ». Voir « Livre de raison de la famille de Froissard-Broissia… », art. cité, p. 94.

    25 Cambell Jacques, Enquête pour le procès de canonisation de Dauphine de Puimichel, comtesse d’Ariano, Torino, Bottega d’Erasmo, 1978, p. 363-377.

    26 Ibid., p. 367 (traduction du latin). Voir Veyssière Gérard, Vivre en Provence au xive siècle, Paris, L’Harmattan, 1998, p. 26 et 73, note 7.

    27 Macaire, chanson de geste, publiée d’après le manuscrit unique de Venise, par François Guessard, Paris, Franck, 1866, p. 117-119.

    28 Dans ce tableau comme dans les suivants, les transmissions homonymiques sont indiquées en caractères gras. Les parrains et marraines issus de la parenté sont notés en italique.

    29 La seule exception concerne Élaine, née en 1439, qui fut tenue sur les fonts par Alain de Rohan et Yolande d’Anjou. Cela s’explique vraisemblablement par le fait que Yolande d’Anjou avait déjà donné son nom à la fille aînée de la fratrie. La notoriété du parrain a certainement été prise en compte.

    30 Quelques parrains et marraines sont sollicités à plusieurs reprises, sans que les premiers filleuls soient décédés en bas-âge : Yolande d’Anjou est trois fois marraine, son époux François (Ier) est deux fois parrain, tout comme l’évêque de Nantes Jean de Malestroit et l’amiral de Bretagne (Jean III du Quelennec).

    31 Sur ces concepts, voir Nassiet Michel, Parenté, noblesse et états dynastiques (xve-xvie siècles), Paris, Éditions de l’EHESS, 2000, p. 135-156. Jean-Luc Chassel a observé dans les pratiques onomastiques de l’aristocratie de la seconde moitié du Moyen Âge que « lorsque la femme épouse un homme de rang supérieur au sien […] les enfants sont nommés prioritairement par emprunt au stock onomastique de la famille paternelle ». Inversement, ils reçoivent prioritairement des noms matrilinéaires lorsque le rang de l’épouse est supérieur à celui de son mari. Voir Chassel Jean-Luc, « Le nom et les armes : la matrilinéarité dans la parenté aristocratique du second Moyen Âge », Droit et cultures, no 64, 2012, p. 117-148, et Nassiet Michel, « Alliance et filiation dans l’héraldique des xive et xve siècles », Revue française d’héraldique et de sigillographie, t. 64, 1994, p. 26-27, annexe 1.

    32 François de Bretagne est le parrain de François en 1435 et Jean V de Bretagne est le parrain de Jean en 1437.

    33 Yolande, née en 1431, a reçu le nom de sa marraine Yolande d’Anjou, fille de Louis IV d’Anjou et de Yolande d’Aragon, épouse du futur duc de Bretagne François Ier.

    34 Alain de Rohan pouvait également nommer sa filleule Alaine ou Alanette car ces deux formes existaient dans les répertoires féminins médiévaux. En la nommant Élaine (Hélène), il assure son marquage onomastique et attribue un véritable nom féminin, possédant en outre une référence religieuse prestigieuse (la mère de l’empereur Constantin).

    35 Le Baud Pierre, Chroniques de Vitré, rédigées vers 1305, publiées par le sieur d’Hozier, Histoire de Bretagne avec les chroniques des maisons de Vitré et de Laval, Paris, Alliot, 1638, p. 74.

    36 Bourin Monique et Chareille Pascal, Noms, prénoms, surnoms au Moyen Âge, Paris, Picard, 2014, p. 79. Ces auteurs constatent cependant que « les noms lignagers des familles châtelaines ne se répandent guère dans le district de leurs châteaux », p. 75.

    37 Une note manuscrite du xvie siècle inscrite à la fin de l’ouvrage rapporte les noms de ses propriétaires successifs et qualifie Isabeau de dame de Beaulieu, mère d’Olivier de Villarmoye. En 1480, un Olivier de Villermaye est propriétaire du manoir de Beaulieu à Saint-Cast-le-Guildo (Côtes-d’Armor). Une famille de Pontbriand possédait un manoir à Pleurtuit (Ille-et-Vilaine), proche de Saint-Cast-le-Guildo. Le livre d’heures d’Isabeau de Pontbriand est consultable sur le site des Tablettes rennaises [http://www.tablettes-rennaises.fr/app/photopro.sk/rennes/]. La note manuscrite figure au recto du folio 140 (vue 281/298). Le texte a été retranscrit par Deuffic Jean-Luc, Le livre d’heures enluminé en Bretagne, Turnhout, Brepols, 2019, p. 148-164.

    38 Soit un taux de transmission homonymique de 100 % pour le premier couple, de 94 % pour le second et de 80 % pour le troisième.

    39 Il n’est pas mentionné dans cette paroisse dans les rôles de la réformation de la noblesse de 1513. Réformation de la noblesse de Bretagne (1426-1513), BnF, Ms Fr 8311, document publié sur le site Gallica, [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b90651122], consulté le 16 janvier 2019, folio 127.

    40 Je distingue la parenté immédiate (pères et mères des époux, enfants, frères et sœurs et leurs enfants) de la parenté proche ou parenté par alliance qui inclut également les conjoints des frères et sœurs.

    41 Ce pourrait être Guillaume Turpin (Jacquette était fille de Jehan Berthelot et de Marguerite – ou Jeanne – Turpin). Le nombre total des parrains et marraines est de trente-trois personnes, ce qui donne un taux de parrainage intrafamilial de 3 % (1/33).

    42 En 1562, la marraine Collase Liays transmet à sa filleule la forme entière de son nom (Nicolle). Il est possible que Collase était son nom d’usage et qu’elle avait également reçu le nom de Nicolle à son baptême.

    43 La petite marraine se nommait également Mepte. Il s’agit vraisemblablement de la future épouse de Guillaume de Languedoc (Guillemette de Carcaing) et future héritière du livre d’heures d’Isabeau de Pontbriand.

    44 Trois parrains ou marraines, par opposition au modèle du couple (un parrain et une marraine). Un cas particulier : en 1548, François a eu un parrain et deux marraines.

    45 Le premier baptême célébré à Betton fut celui de Jan en 1586. La famille fit construire à la Grande Mesvrais un manoir dont le linteau de l’une des portes porte l’inscription 1594.

    46 Le texte a été publié par Barthélemy Anatole de, « Le journal de René Fleuriot, gentilhomme breton (1593-1624) », Le cabinet historique, 24e année, seconde série, t. 2, 1878, p. 99-117. Voir également Meyer Jean, « Un témoignage exceptionnel sur la noblesse de province à l’orée du xviie siècle. Les advis moraux de René Fleuriot », Annales de Bretagne et des pays de l’Ouest, t. 79-2, 1972, p. 315-347.

    47 Alberigo Guiseppe (dir.), Les conciles œcuméniques. Les décrets de Trente à Vatican II, t. II-2, Paris, Cerf, 1994, p. 1539.

    48 Quémener Pierre-Yves, « Parrainage et nomination en Bretagne aux xve et xvie siècles », Annales de démographie historique, no 1, 2017, p. 156.

    49 Après le décès de son second mari, Guy de Lesmaes, Jeanne de Quellenec épousa en troisièmes noces Maurice de Perrien, grand-père de Toussaint. Guy de Lesmaes était frère de Charles, témoin au mariage de René Fleuriot et Marguerite Chefdubois en 1593.

    50 Ce nom de Fleurimonde fait peut-être écho à celui de Florimonde, épouse d’Octavien dans la chanson de geste Florent et Octavien, texte composé à la fin du xiiie siècle mais dont une version en prose avait été publiée en 1454.

    51 Sept parrains et marraines sur dix-huit au total : Yves de Kerleau, Marguerite de Kerleau, Marie de Kerguesay, François Fleuriot, Marie Fleuriot, Philippe Péan, Marguerite Fleuriot. Le taux de parrainage par la « parenté homonymique » (nom du père ou de la mère) s’établit à 22 % (quatre Fleuriot, aucun Chefdubois).

    52 La première série couvre la période 1530-1591 et contient 2 561 actes de baptême. Les registres sont consultables sur le site des archives du Morbihan [https://archives.morbihan.fr/accueil/], commune de Bignan, baptêmes 1531-1640. Je remercie Hervé Offredo pour la réalisation et la communication de ses relevés de baptêmes.

    53 Les quatre noms masculins les plus portés représentaient 58 % des attributions et les quatre noms féminins 49 % des attributions. Détail des noms masculins : Jean (25,3 %), Guillaume (13,9 %), Yves (11,5 %), François (7,5 %). Il y a 39 noms différents pour 1 384 individus, soit une moyenne de 35,4 attributions par nom. Détail des noms féminins : Jeanne (23 %), Guillemette (8,9 %), Yvonne (8,6 %), Françoise (8,3 %). Il y a 44 noms différents pour 1 175 individus, soit une moyenne de 26,7 attributions par nom.

    54 Les épouses respectives de Payen Eudoux et de Robert Eudoux, tous deux fils de Payen Eudoux et de Jacquette Guycheust, ont donné naissance le même jour (15 août 1575) à un garçon et à une fille. Les deux enfants ont été baptisés à un mois d’intervalle par Vincente de Kermeno qui a nommé le premier Vincent (le 26 septembre) et la seconde Vincente (le 23 août).

    55 Les parents avaient sollicité pour l’occasion un membre de la parenté proche comme premier parrain (Payen Eudoux, frère de Robert), tout comme ce dernier sollicitera l’année suivant son frère pour le baptême de son fils Vincent, sachant que le nom serait attribué par la marraine (Vincente de Kermeno). Dans les deux cas, les parents sollicitèrent la marraine en raison de son rang social, sachant que cette désignation impliquait l’attribution de son nom sous une forme masculinisée. Ils sollicitèrent en complément un parrain de la parenté, étant convenu qu’il ne transmettrait pas son nom à son filleul. Nous avons une situation inverse avec Françoise Eudoux, née en 1578 : elle reçut son nom de son parrain, le seigneur de Beaulieu François de Lanvaux, et nous pouvons présumer que le père demanda à sa mère d’être marraine, étant convenu au préalable qu’elle ne transmettrait pas son nom à sa filleule.

    56 Voir les nominations de Vincent Eudoux en 1575 et de François Kergrohen en 1544.

    57 Aux xie et xiie siècles, le nom Payen était fréquemment donné aux garçons avant la cérémonie du baptême. Voir Depoin Joseph, Recueil de chartes et documents de Saint-Martin-des-Champs, op. cit., p. 115, 67, 102, 103, 128. Lorsque le baptême était attribué tardivement, le nom était parfois conservé comme nom d’usage au point de devenir un véritable nom de baptême pouvant se transmettre ensuite par parrainage à d’autres porteurs. Dans la première série des baptêmes de Bignan, les rédacteurs ont noté le nom sous la forme Paganus. Dans les registres postérieurs tenus en français, ils utilisent les formes Paien ou Payen. Il semblerait cependant que la forme française vernaculaire était plutôt Pean dans les régions situées au nord de la Loire. C’est sous ce nom qu’est désigné Payen Eudoux dans les registres de la réformation de la noblesse de 1514. Sur l’histoire du nom Paganus, voir aussi Barthélemy Dominique, La société dans le comté de Vendôme, de l’an mil au xive siècle, Paris, Fayard, 1993, p. 624-626.

    58 Laigue René de, La noblesse bretonne aux xve et xvie siècles, Réformations et montres, Évêché de Vannes, t. 1, Rennes, Plihon et Hommay, 1902, p. 96-98.

    59 Leur présence à Bignan ne doit pas être antérieure au début du xvie siècle. Ils ne sont pas cités dans les montres de la noblesse du xve siècle. Les rapporteurs chargés de l’enquête de la réformation de la noblesse de 1514 ont noté à propos du manoir de Kerbiquet, appartenant à Yenon Endoux, « qui à raison de la demourance de plusieurs personnes nobles a esté par longtemps franc et exempt, néantz que depuis LX ans il estoit partable, et en icelluy demouroit feu Olivier Le Torchon ». Ibid., p. 97. Il est possible que la famille soit originaire de la paroisse proche de Moustoirac car il est question, dans la réformation de la noblesse de cette localité, d’une tenue de Quistinic appartenant aux héritiers de Péan Endoux. Ibid., p. 401. On trouve des porteurs du nom Eudoux à Moustoirac dès 1464 (p. 398-399) mais aussi à Camors en 1464 (p. 128), à Locminé (p. 398) et à Naizin (p. 410).

    60 Baptêmes de Payen Pasquo le 1er juin 1534 et de Payen Roy le 15 septembre 1535.

    61 Les seules dérogations ont été faites par le dernier des Payen en faveur du nom Louis. Louis Pihan reçut le nom de sa marraine en 1573 (Louise Boscher, belle-sœur du parrain, épouse de Robert Eudoux), Louis Eudoux reçut également le nom de sa marraine en 1574 (Louise de Kermeno) et Louis Moréac reçut pareillement son nom de sa marraine Louise Eudoux, fille du parrain, en 1590.

    62 Il y eut seulement treize Payen de la paroisse cités comme premiers parrains entre 1530 et 1591. Dans sept cas, il s’agit de baptêmes de filles. Pour le baptême des garçons, le nom Payen a été attribué à quatre d’entre eux. À deux reprises, le choix s’est porté sur le nom des seconds parrains (Guillaume et Alain).

    63 Moyennes générales : 16 % pour les Eudoux, 24 % pour les Kergrohen et 19 % pour les Corff.

    64 Le duc Rollon fut nommé Robert par son parrain (Robert d’Aquitaine) lors de son baptême en 912.

    65 Bourin Monique et Chareille Pascal, Noms, prénoms, surnoms au Moyen Âge, op. cit., p. 103.

    66 La pratique de la transmission homonymique était l’usage le plus fréquent en Normandie au xie siècle si l’on se fie aux exemples rapportés par Orderic Vital dans son Histoire ecclésiastique. L’auteur mentionne dix cas de parrainages, de 1010 à 1106, avec indication de l’identité des parrains et de leurs filleuls. Exception faite de deux cas de parrainages collectifs par des communautés monastiques, il y eut six transmissions homonymiques pour huit parrainages (75 %). La Vie de saint Gildas, rédigée en Bretagne vers 1050, rapporte que Gildas parraina le fils de Trifine et Conomor et qu’il lui transmit son nom : « Celui-ci [Gildas] ordonna de baptiser le tout jeune enfant et lui fit donner son propre nom. » Kerboul-Vilhon Christiane M. J., Gildas le Sage. Vies et œuvres, Sautron, Éditions du Pontig, 1997, p. 155. Au xie siècle toujours, le récit de la nomination de saint Arnoult accorde la prééminence au parrain pour le choix du nom de baptême : la mère du futur évêque de Soissons souhaitait nommer son enfant Christophe, conformément à un songe qu’elle avait reçu. Le parrain sollicité, Arnoult d’Oudenarde, exigea toutefois que son filleul portât son propre nom. Voir Giry François, Vie des saints, t. 8, corrigée, compétée et continuée par M. Paul Guérin, Paris, Palmé, 1863, p. 36 (traduction libre de la Vita Sancti Arnulfi composée en 1108 par Hariulf, abbé d’Oudenbourg, publiée dans les Acta Sanctorum ordinis S. Benedicti, Pars secunda, p. 510). Dans la seconde moitié du xiie siècle, le Lai du Frêne de Marie de France présente le procédé de la transmission homonymique comme une pratique habituelle : « L’un li tramettra a lever : de sun nun le face nomer ». Lais bretons (xiie-xiiie siècles) : Marie de France et ses contemporains, édition bilingue, traduite, présentée, annotée et revue par Nathalie Koble et Mireille Séguy, Paris, Champion, 2018, p. 266.

    67 C’est le cas pour Jehanne en 1366, Charles en 1368, Loys en 1371, Ysabel en 1373 et Katherine en 1377. La seule exception concerne Marie, née le 27 février 1370, qui eut pour marraines Jehanne de France, fille du roi Philippe, et Marguerite de Bourbon, et pour parrain le jeune dauphin Charles. Le couple royal avait eu précédemment trois filles (Jehanne née en 1357, Bonne née en 1360 et Jehanne née en 1366), toutes décédées en bas-âge : on peut penser que les parents furent réticents à donner une fois de plus le nom de Jeanne à leur dernière-née. Voir Delachenal Roland (dir.), Chronique des règnes de Jean II et de Charles V, t. 2, 1364-1380, Paris, Renouard, 1916.

    68 Maurice Philippe, La famille en Gévaudan au xve siècle, Paris, Publications de la Sorbonne, 1998, p. 36.

    69 Ibid., p. 274.

    70 Statistiques personnelles.

    71 Pégeot Pierre, « Un exemple de parenté baptismale à la fin du Moyen Âge, Porrentruy 1482-1500 », Actes des congrès de la Société des historiens médiévistes de l’enseignement supérieur public, 12e congrès, Nancy, 1981, p. 62. Pour le Jura, voir aussi Abbé Berthet, « Un réactif social : le parrainage. Du xvie siècle à la Révolution. Nobles, bourgeois et paysans dans un bourg perché du Jura », Annales, Économies, sociétés, civilisations, no 1, 1946, p. 43-50.

    72 Guibert Louis, « Le livre de raison d’Étienne Benoist, 1426 », Bulletin de la société archéologique et historique du Limousin, t. 29, 1881, p. 225-318, spéc. p. 260-263.

    73 Leroux Alfred et Bosvieux Auguste (dir.), « Chronique et Journal de Gérald Tarneau, notaire de Pierre-Buffière, 1423-1438 », in Chartes, chroniques et mémoriaux pour servir à l’histoire de la Marche et du Limousin, Tules-Limoges, 1886, p. 203-237.

    74 Maurice Philippe, « L’état civil des notaires du Gévaudan à la fin du Moyen Âge : choix des parrains, choix des noms », in Patrice Beck (dir.), Genèse médiévale de l’anthroponymie moderne, t. IV, Tours, Publications de l’université de Tours, 1997, p. 179, 185.

    75 Delmaire Bernard, « Le livre de famille des le Borgne (Arras 1347-1538) », Revue du Nord, t. 65, no 257, avril-juin 1983, p. 301-326. Dans les trois quarts des cas (21 sur 28 connus), l’enfant reçoit le prénom d’un parrain ou d’une marraine (p. 310).

    76 Balincourt Edgard de, Deux livres de raison du xve siècle : les Merles de Beauchamp, Nîmes, Chastagnier, 1903. Louis de Merles commença la rédaction de son recueil de souvenirs – intitulé Recordancie mee – en 1447. Il eut vingt-sept enfants de ses mariages successifs, nés entre 1464 et 1503 ; la transmission homonymique a fonctionné à treize reprises (p. 13-17).

    77 Michael Bennett note que « it is reasonable to infer that as many as 90 % of the nobility and gentry of fourteenth-century England shared the same Christian name as one of their godparents », « Spiritual Kinship and the Baptismal Name », in Dave Postles et Joel T. Rosenthal (dir.), Studies on the Personal Name in Later Medieval England and Wales, Kalamazoo, Medieval Institute Publications, 2006, p. 135. Voir aussi dans le même ouvrage les études de Niles Philip, « Baptism and the Naming of Children in Late Medieval England », p. 147-157, et de Haas Louis, « Social Connections between Parents and Godparents in Late Medieval Yorkshire », p. 159-175.

    78 Boutier Jean, « Prénoms et identité urbaine en Toscane au xvie siècle », art. cité, p. 12.

    79 Statistiques personnelles.

    80 Statistiques personnelles.

    81 Le Goff Hervé, Le journal de Jean et Pierre Hamon, op. cit., p. 119. Le baptême eut lieu en 1664, cela explique pourquoi le garçon a reçu un nom multiple.

    82 Guibeaud Jean, « Étude sur les noms de baptême à Perpignan, de 1516 à 1738 », Bulletin historique et philologique du Comité des travaux historiques et scientifiques, 1898, p. 352-353. Voir aussi p. 368.

    83 J’emploie ici le terme parrain dans un sens générique : les remarques s’appliquent à la fois aux parrains et aux marraines.

    84 Rolker Christof, « Pater spiritualis… », art. cité, p. 85. La pratique de la transmission homonymique était également l’une des caractéristiques de l’institution des xenia dans la Grèce antique. On présume que certains traits de caractère du xenos/hospes paternel étaient supposés se transmettre à l’enfant. Voir Herman Gabriel, art. cité, p. 1316 et 1324.

    85 C’est le cas chez les Wewewa d’Indonésie (p. 39-40), chez leurs voisins de Tanimbar, ou encore chez des Toradja de Sulawesi. L’homonymie est « un moyen supplémentaire d’influer sur le destin du jeune nommé, en le mettant sous la protection de l’éponyme […] La transmission du nom garantit la transmission de la “force vitale” de l’ancêtre à son jeune homonyme ». Massard-Vincent Josiane et Pauwels Simone (dir.), D’un nom à l’autre en Asie du Sud-Est…, op. cit., p. 15, 39-40, 51-52, 144-146. Voir également Vernier Bernard, « Prénom et ressemblance. Appropriation des enfants, économie affective et systèmes de parenté », in Agnès Fine (dir.), Ethnologie des parentés choisies, Paris, Maison des sciences de l’homme, 1998, p. 97-119.

    86 En 1583, Claudine Blanchoz, épouse de Jean Froissard, accouche d’une fille « qui fut tenue sur les saints fonts de baptesme par le Sieur filz de fut Mons. de Monbardon, Dorothée de Villelume, et Dame Anne Le Goux, fille de fut Jacques Le Goux ». L’enfant ne reçut pas le nom de sa marraine mais celui de Magdelaine « conformément ès nom de Magdelaine Le Goux sa grand-mère ». Celle-ci était décédée depuis 1553. En 1635, Jean Simon Froissard demande à ce que l’on nomme son dixième et dernier enfant du nom de Jean « en souvenance de fut mon père » décédé en 1595. Le parrain était Claude Antoine de Saint Mauris, son neveu. Voir le « Livre de raison de la famille de Froissard-Broissia… », art. cité, p. 51, 96.

    87 Le 18 décembre 1636, Jan du Quellenec est père d’un garçon, nommé François Mathurin par le parrain (François Cillart) « à cause que le jour de la naissance estoict la feste de Mr sainct Mathurin. Ladicte dame de Kermarquer accoucha l’année précédante 1635, le jour de Noël 25e décembre, d’une fille qui fust nommée Noelle ». Voir Le Goff Hervé, Le journal de Jean et Pierre Hamon, op. cit., p. 84.

    88 Les nominations par dévotion étaient relativement rares jusqu’à la fin du xvie siècle. Elles se multiplient au xviie siècle sous l’influence de la réforme catholique et sont facilitées par le développement des noms multiples. En 1603, à Dôle, Charlotte Froissard accouche d’un fils alors qu’une épidémie de petite vérole avait déjà causé la mort d’environ trois cent enfants. L’enfant est baptisé « à grande haste » et « levé par Messire Jean Petremand, lieutenant au baillage de Dôle, et par Damoiselle Anne Froissard, sa tante […] Et eust nom par dévotion Jean Claude ». Le garçon reçut un nom double composé du nom de son parrain et de celui du saint patron du Jura. Voir le « Livre de raison de la famille de Froissard-Broissia… », art. cité, p. 78-79.

    89 En 1578, Claudine Blanchoz donne naissance à une fille qui eut pour marraine Marguerite de Menou « en l’absence de Dame Catherine de Tenarre, vefve de fut Mons. de Marrigny, de laquelle lui fut imposé le nom ». Voir le « Livre de raison de la famille de Froissard-Broissia… », art. cité, p. 46.

    90 Le nom de Boémond retentit « par tout le monde et […] devint célèbre en France après avoir été presque inconnu à tous les Occidentaux » après que le fameux croisé ait transmis son nom aux enfants des nobles venus le solliciter pour tenir leurs garçons sur les fonts du baptême. Guizot François (dir.), Histoire de Normandie, par Orderic Vital, op. cit., t. 4, 1827, p. 186.

    91 Cité par Jussen Bernhard, « Le parrainage à la fin du Moyen Âge… », art. cité, p. 486.

    92 Quémener Pierre-Yves, « Parrainage et nomination en Bretagne… », art. cité, p. 152-154. Plus généralement, on était parrain ou marraine avant son propre mariage et c’était parfois la seule occasion de l’être.

    93 Le « Livre de raison de la famille de Froissard-Broissia… », art. cité, p. 95. Claude Froissard avait déjà été parrain de la première fille de Jean Simon en 1615 (elle « pourta le nom de Claude pour led. Sieur son parain et de Françoise par dévotion ») qui décéda malheureusement l’année suivante, et du troisième garçon, né en 1625, nommé également Claude, qui ne survécut que deux mois.

    94 Sur la progression du parrainage intrafamilial en Bretagne au xvie siècle, voir Quémener Pierre-Yves, « Parrainage et nomination en Bretagne… », art. cité, p. 159-164.

    95 Quémener Pierre-Yves, « Parrainage et solidarités en basse Auvergne au xvie siècle », Histoire, économie et société, no 4, 2018, p. 34.

    96 Ibid.

    97 La pratique est attestée dans le livre de raison d’Étienne Benoist, bourgeois de Limoges au début du xve siècle : huit des treize parrains de ses enfants nés entre 1403 et 1416 portent le patronyme du père ou de la mère (61 %) et neuf des seize parrains et marraines des enfants de son fils Guillaume, nés entre 1427 et 1443 portent également le patronyme du père ou de la mère (56 %). Voir Guibert Louis, « Le livre de raison d’Étienne Benoist », Bulletin de la société archéologique et historique du Limousin, t. 29, 1881, p. 225-318, spéc. p. 260-263, 281-283.

    98 Quémener Pierre-Yves, « Parrainage et solidarités en basse Auvergne… », art. cité, p. 24-36. Il est difficile de déterminer le terminus a quo de ces pratiques dans le Midi. Il n’est pas impossible qu’elles aient eu cours dès la mise en place du système du compérage.

    99 Pégeot Pierre, « Un exemple de parenté baptismale à la fin du Moyen Âge… », art. cité, p. 65-66.

    100 Voir Burguière André, « Prénoms et parenté », in Jacques Dupâquier, Alain Bideau et Marie-Élizabeth Ducreux (dir.), Le prénom, mode et histoire. Les entretiens de Malher 1980, Paris, Éditions de l’EHESS, 1984, p. 31 : « La raison essentielle qui poussait à faire passer le parrainage par le canal de la parenté était le désir de transmettre aux enfants des prénoms puisés dans le stock familial. » Sur ce sujet, voir Gourdon Vincent, « Le renouveau de l’histoire du parrainage… », art. cité, p. 38.

    101 Livre de raison de Raymond d’Austry, transcrit et annoté par Antoine Debat, Archives historiques du Rouergue, vol. 23, Rodez, Société des lettres, sciences et arts de l’Aveyron, 1991.

    102 Ce livre de raison a été publié par Mouysset Sylvie, « Six personnages en quête de mémoire : le livre de raison de la famille Perrin (Rodez, 1579-1710). Édition critique du livre de raison des Perrin », Études aveyronnaises, Rodez, Société des lettres, sciences et arts de l’Aveyron, 2004, p. 209-244.

    103 L’évaluation de l’intensité du parrainage intrafamilial se mesure principalement à l’aide des taux d’homonymies patronymiques. Ceux-ci enregistrent la fréquence des cas où les parrains et marraines portent le patronyme du père ou de la mère. Cet indicateur est commode d’application par sa simplicité et permet d’établir rapidement des comparatifs fiables, dès lors que l’on connaît l’identité des parrains et marraines. Il est bien entendu partiel et peut être utilement complété par l’indicateur du parrainage par la parenté proche lorsque l’on connaît les liens de parenté entre les parents et leurs compères et commères. Ce second indicateur est encore incomplet mais il permet de vérifier la pertinence du premier taux et d’avoir une approche plus précise du parrainage intrafamilial.

    104 Quémener Pierre-Yves, « Parrainage et solidarités en basse Auvergne », art. cité, p. 34.

    105 Livre de raison de Raymond d’Austry, op. cit., p. 41.

    106 Ce n’est toutefois pas une règle absolue : chez les Perrin, le grand-père paternel n’est sollicité que pour le parrainage du second garçon. La préséance avait été accordée à l’évêque de Rodez, Jacques de Corneillan.

    107 Mouysset Sylvie, « Six personnages en quête de mémoire… », art. cité. Le nom féminin Savie signifie « sage » en ancien provençal. Étienne Perrin conjugue toujours son patronyme lorsqu’il l’applique à ses enfants : Jean Perrin, Marie Perrine, Savie Marie Perrine, Laurens Perrin.

    108 Livre de raison de Raymond d’Austry, op. cit., p. 42.

    109 Les résultats obtenus permettent de valider la méthode d’évaluation du parrainage intrafamilial par le calcul des homonymies patronymiques : de manière générale, les taux de parrainage déterminés par cette méthode représentent toujours approximativement 50 % du parrainage par la parenté proche. Les familles rouergates avaient recours à un parrainage par la parenté quasiment intégral. On peut dès lors estimer que les taux de parrainage calculés par la méthode des homonymies patronymiques correspondent à un parrainage intrafamilial normatif lorsqu’ils sont proches de 40 %.

    110 Parmi une bibliographie abondante, je renvoie notamment pour les xve et xvie siècles, à Rolker Christof, art. cité, p. 69-92 ; Bennet Michael, « Spiritual Kinship and the Baptismal Name in Traditional European Society » et Niles Philip, « Baptism and the Naming of Children in late medieval England », in David Postles et Joel T. Rosenthal (dir.), Studies on the personal Name in later medieval England and Wales, Kalamazoo, Medieval Institute Publications, 2006, p. 115-146 et 147-157 ; Alfani Guido et Gourdon Vincent (dir.), Spiritual Kinship in Europe, 1500-1900, Basingstoke, Palgrave Macmillan, 2012 ; Jussen Bernhard, Spiritual Kinship as Social Practice, Godparenthood and Adoption in the Early Middle Ages, Newark, University of Delaware Press, 2000 ; Dubuis Pierre, Les vifs, les morts et le temps qui court, Familles valaisannes 1400-1550, op. cit., p. 49-65 ; Pégeot Pierre, « Un exemple de parenté baptismale à la fin du Moyen Âge, Porrentruy 1482-1500 », art. cité, p. 53-70.

    111 Je renvoie principalement à son étude intitulée « L’attribution d’un prénom à l’enfant en Toscane à la fin du Moyen Âge », Senefiance, no 9, 1980, p. 73-85 ainsi qu’à cette autre intitulée « Parrains et filleuls. Une approche comparée de la France, l’Angleterre et l’Italie médiévales », publiée initialement dans Medieval Prosopography, no 6 (2), 1985, p. 51-77 et intégrée dans le recueil La maison et le nom, Stratégies et rituels dans l’Italie de la Renaissance, Paris, Éditions de l’EHESS, 1990, p. 109-122, sous le titre « Parrains et filleuls, étude comparative ».

    112 Klapisch-Zuber Christiane, « L’attribution d’un prénom… », art. cité, p. 83.

    113 Klapisch-Zuber Christiane, « Compérage et clientélisme », in La maison et le nom, op. cit., p. 123-133.

    114 Sur les pratiques onomastiques florentines, voir également Boutier Jean, « Prénoms et identité urbaine en Toscane au xvie siècle », in Michel Cassan, Jean Boutier et Nicole Lemaitre (dir.), Croyances, pouvoirs et société, Treignac, Les Monédières, 1988, p. 143-163 ; Herlihy David, « Tuscan Names, 1200-1530 », Renaissance Quarterly, no 41, 1988, p. 561-582 ; Gros Colette, « La transmission des prénoms féminins dans une famille florentine du xive siècle, les Velluti », Italies, no 3, 1999, p. 323-344.

    115 Klapisch-Zuber Christiane, « Parrains et filleuls », in La maison et le nom, op. cit., p. 115.

    116 L’usage des noms multiples fut adopté par les marchands florentins dès la fin du xive siècle pour concilier précisément les différentes demandes adressées au nom et les hiérarchiser : les premiers noms rappelaient les ancêtres, les seconds témoignaient fréquemment d’une dévotion, les suivants servaient à marquer un vœu des parents ou à attirer sur l’enfant les vertus du référent éponyme, etc. Voir Klapisch-Zuber Christiane, « L’attribution d’un prénom… », art. cité, p. 82 ainsi que « Quel Moyen Âge pour le nom ? », in Monique Bourin, Jean-Marie Martin et François Menant (dir.), L’anthroponymie, document de l’histoire sociale des mondes méditerranéens médiévaux, Rome, École française de Rome, 1996, p. 477, et Boutier Jean, « Prénoms et identité urbaine en Toscane… », art. cité, p. 149.

    117 L’usage de modèles nominatifs n’est pas propre au monde franc. Les familles de l’aristocratie byzantine utilisaient déjà des modèles proches depuis le ixe siècle : le fils aîné recevait le nom de son grand-père paternel, le cadet celui de son grand-père maternel et les autres garçons les noms de leurs oncles. Voir Cheynet Jean-Claude, « L’anthroponymie aristocratique à Byzance », in Monique Bourin, Jean-Marie Martin et François Menant (dir.), L’anthroponymie, document de l’histoire sociale des mondes méditerranéens médiévaux, op. cit., p. 282. Monique Bourin et Pascal Chareille relèvent deux modèles principaux : un modèle à nom de lignée unique, transmis systématiquement au fils aîné, et un modèle binaire alternant rigoureusement deux noms d’une génération à l’autre pour les fils aînés. Dans ce dernier cas, le fils aîné recevait généralement le nom de son grand-père paternel tandis que le cadet recevait celui de son père. Voir « Le choix anthroponymique… », ibid., p. 237-238. Voir aussi, dans le même volume, Morsel Joseph, « Changements anthroponymiques et sociogenèse de la noblesse en Franconie à la fin du Moyen Âge », p. 112 ; Krawutschke Eleanor et Beech George, « Le choix du nom d’enfant en Poitou (xie-xiie siècles) : l’importance de noms familiaux », p. 146-147.

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    1 Pour un aperçu des pratiques récentes, voir Fine Agnès, « L’héritage du nom de baptême », Annales, Économies, sociétés, civilisations, no 4, 1987, p. 853-877.

    2 Aurell Martin, « La parenté en l’an mil », Cahiers de civilisation médiévale, no 170, avril-juin 2000, p. 134. Un nom familial est un nom de baptême issu du « stock onomastique familial », c’est-à-dire présent à toutes les générations ou au moins une génération sur deux. Un nom de lignée est un nom familial qui, au même titre que le surnom, le blason ou le cri de guerre, contribue à marquer l’identité d’un lignage par des signes visuels ou auditifs. Il peut y en avoir un ou deux dans une famille et ils sont alors généralement transmis au fils aîné et au puîné. Un nom agnatique est un nom emprunté au répertoire onomastique de la branche paternelle. Un nom cognatique est issu soit de la branche paternelle, soit de la branche maternelle.

    3 Le registre de Roz-Landrieux (Ille-et-Vilaine) est le plus ancien des registres de baptêmes français. Celui de Bignan (Morbihan) dispose de séries ininterrompues sur une grande partie du xvie siècle.

    4 Les vingt noms les plus portés représentent 88 % des attributions à Roz-Landrieux (48 noms au total) et 98 % à Bignan (39 noms au total). Les titres des colonnes sont abrégés. « Pères homon. » : l’enfant porte le nom du père ; « Parrains homon. » : l’enfant porte le nom du parrain ; « Père seul » : le nom de l’enfant est celui du père mais pas celui du parrain.

    5 À Roz-Landrieux 2,2 % pour le nom Jean et 4,5 % pour Guillaume ; à Bignan 4,3 % pour Jean, 2,6 % pour Guillaume et 1,9 % pour Yves.

    6 Rolker Christof, « Pater spiritualis, La parenté spirituelle à la fin du Moyen Âge et au début de l’époque moderne », in Aude-Marie Certin (dir.), Formes et réformes de la paternité à la fin du Moyen Âge et au début de l’époque moderne, Frankfort, Peter Lang, 2016, p. 72.

    7 Angenendt Arnold, « Le parrainage dans le haut Moyen Âge. Du rituel liturgique au cérémoniel politique », in Michel Rouche (dir.), Clovis, histoire et mémoire, Paris, Presses de l’université Paris-Sorbonne, 1997, p. 243-254. Gabriel Herman rapproche le parrainage chrétien d’une institution sociale analogue connue dans l’Antiquité classique sous le nom de xenia dans le monde grec et d’hospitium dans le monde romain. Voir Herman Gabriel, « Le parrainage, l’hospitalité et l’expansion du christianisme », Annales Histoire, sciences sociales, no 6, novembre-décembre 1997, p. 1305-1338.

    8 Le baptême des enfants paraît majoritaire dès la première moitié du vie siècle. Voir Saxer Victor, « Les rites du baptême de Clovis dans le cadre de la pratique paléochrétienne », in Michel Rouche (dir.), Clovis, histoire et mémoire, op. cit., p. 229-241, spéc. p. 236.

    9 Babin François, Conférences ecclésiastiques du diocèse d’Angers sur les Sacrements en général, sur le Baptême et la Confirmation, tenues en l’année 1716, Avignon, Giroud et Delorme, 1735, p. 293.

    10 Boehme Johann, Le recueil des pais selon leur situation avec les mœurs, loix et ceremonies d’iceux, Paris, Cavelier, 1558, p. 250.

    11 Babin François, op. cit., p. 301 : « Qu’on ne dise point que les Loix Ecclésiastiques, qui imposoient aux Parrains l’obligation de veiller à l’instruction et sur la conduite de leurs filleuls, ne sont plus en vigueur, et qu’elles sont abrogées par le non-usage, puisque les Parrains qui sont gens de bien ne s’embarrassent point aujourd’hui, ni de l’instruction, ni de la conduite de leurs filleuls. »

    12 Gibert Jean-Pierre, Consultations canoniques sur les sacremens, t. 2, Paris, Bauche, 1750, p. 482.

    13 Ibid., p. 483. Sur l’institution du parrainage à la fin du Moyen Âge et au début de l’époque moderne, je renvoie principalement à Alfani Guido, Castagneti Philippe et Gourdon Vincent (dir.), Baptiser, pratique sacramentelle, pratique sociale (xvie-xxe siècles), Saint-Étienne, Publications de l’université de Saint-Étienne, 2009 ; Alfani Guido et Gourdon Vincent (dir.), Spirituel Kinship in Europe, 1500-1900, Basingstoke, Palgrave Macmillan, 2012 ; Alfani Guido, Gourdon Vincent et Robin Isabelle (dir.), Le parrainage en Europe et en Amérique. Pratiques de longue durée (xvie-xxie siècles), Bruxelles, Peter Lang, 2015 ; Héritier-Augé Françoise et Copet-Rougier Élisabeth (dir.), La parenté spirituelle, Paris, 1995 ; Redondo Augustin (dir.), Les parentés fictives en Espagne (xvie-xviie siècles), Paris, Publications de la Sorbonne, 1988 ; Fine Agnès, Parrains, marraines. La parenté spirituelle en Europe, Paris, Fayard, 1994.

    14 Angenendt Arnold, art. cité, p. 251. Le parrain participait également aux frais de la cérémonie (organiste, choristes, sonneur) et aux frais de la collation qui suivait. Voir Le Goff Hervé, Le journal de Jean et Pierre Hamon…, op. cit., p. 119. Sur les cadeaux et les lois somptuaires sur le baptême, voir, pour le Quercy au xive siècle, Forestié Edouard, Les livres de comptes des frères Bonis, marchands montalbanais du xive siècle, t. 1, Paris, Champion, 1890, p. cli-clvi, et, plus généralement, Alfani Guido et Gourdon Vincent, « Fêtes du baptême et publicité des réseaux sociaux en Europe occidentale. Grandes tendances de la fin du Moyen Âge au xxe siècle », Annales de démographie historique, t. 1, 2009, p. 153-189.

    15 Gibert Jean-Pierre, op. cit., p. 458.

    16 Lettre de Jean Calvin à son ami Nicolas des Gallars à propos du fils de son ancien médecin, Benoît Textor. Publiée par Doumergue Émile, Jean Calvin, Les hommes et les choses de son temps, t. 3, Lausanne, Georges Bridel et Cie, 1905, p. 559.

    17 « L’obligation des Parreins et Marreines portée par le Formulaire du Batême, emporte non seulement l’instruction des enfans en la piété, mais aussi de leur procurer la subsistance et le moien de vivre en cas de necessité. » Article VIII, cité par Aymon Jean, Tous les synodes nationaux des Églises réformées de France, t. 1, La Haye, Delo, 1710, p. 223.

    18 Pierre Hamon note ainsi dans son journal en 1680 qu’il s’était engagé, lors du décès de son beau-frère et compère René Mahé, « d’entretenir gratuitement Pierre Mahé, son fils aisné, mon filleul, et l’apprendre à lire et escripre jusqu’à laage de douze ans ». Voir Le Goff Hervé, Le journal de Jean et Pierre Hamon, op. cit., p. 145.

    19 Duvernoy Jean, Le registre d’Inquisition de Jacques Fournier (évêque de Pamiers), 1318-1325, t. 1, Paris, Moutin, 1978, 3 vol., p. 971. Cité par Jussen Bernhard, « Le parrainage à la fin du Moyen Âge : savoir public, attentes théologiques et usages sociaux », Annales. Économies, sociétés, civilisations, no 2, mars-avril 1992, p. 486.

    20 Ibid.

    21 Montaiglon Anatole de, Recueil de poésies françoises des xve et xvie siècles. Morales, facétieuses, historiques, t. 3, Paris, Jannet, 1856, p. 185 (Jehan d’Ivry, Les Secrets et Loix de Mariage).

    22 Les livres de famille des marchands florentins du xve siècle apportent de nombreux exemples de services rendus entre compères dans leurs activités ordinaires : médiations dans les transactions, prêts gracieux, etc. Voir Klapisch-Zuber Christiane, La maison et le nom. Stratégies et rituels dans l’Italie de la Renaissance, Paris, Éditions de l’EHESS, 1990, p. 130, n. 38.

    23 Dans son livre de raison, Jehan Simon Froissard choisit en 1620 « deux pauvres » pour parrainer son troisième enfant après que ses deux premiers enfants soient morts en bas-âge et que son épouse n’arrivait plus à tomber enceinte. Il fut nommé François et sa mère le voua à porter « un an l’habit de capucin et six ans l’habit blan ». Voir « Livre de raison de la famille de Froissard-Broissia de 1532 à 1701 », Mémoires de la société d’émulation du Jura, t. 2, 1886, p. 83.

    24 Jehan Simon Froissard rapporte ainsi à l’occasion du baptême de son fils Simon, né en 1631, que « pour ses parrain et marraine ont esté choisis notre filz Jean Ignace [né en 1627], et Estiennette Renau, femme de chambre de ma femme, et ce par dévotion, et au nom d’un pauvre que l’on entretiendrait quelques années. Nous n’avons pas pris le pauvre pour parrain, parce que souvent il arrive que n’estant pas bien élevés, ils ne s’adonnent pas à bien, ce qui donne du déplaisir au filleul et aux père et mère ». Voir « Livre de raison de la famille de Froissard-Broissia… », art. cité, p. 94.

    25 Cambell Jacques, Enquête pour le procès de canonisation de Dauphine de Puimichel, comtesse d’Ariano, Torino, Bottega d’Erasmo, 1978, p. 363-377.

    26 Ibid., p. 367 (traduction du latin). Voir Veyssière Gérard, Vivre en Provence au xive siècle, Paris, L’Harmattan, 1998, p. 26 et 73, note 7.

    27 Macaire, chanson de geste, publiée d’après le manuscrit unique de Venise, par François Guessard, Paris, Franck, 1866, p. 117-119.

    28 Dans ce tableau comme dans les suivants, les transmissions homonymiques sont indiquées en caractères gras. Les parrains et marraines issus de la parenté sont notés en italique.

    29 La seule exception concerne Élaine, née en 1439, qui fut tenue sur les fonts par Alain de Rohan et Yolande d’Anjou. Cela s’explique vraisemblablement par le fait que Yolande d’Anjou avait déjà donné son nom à la fille aînée de la fratrie. La notoriété du parrain a certainement été prise en compte.

    30 Quelques parrains et marraines sont sollicités à plusieurs reprises, sans que les premiers filleuls soient décédés en bas-âge : Yolande d’Anjou est trois fois marraine, son époux François (Ier) est deux fois parrain, tout comme l’évêque de Nantes Jean de Malestroit et l’amiral de Bretagne (Jean III du Quelennec).

    31 Sur ces concepts, voir Nassiet Michel, Parenté, noblesse et états dynastiques (xve-xvie siècles), Paris, Éditions de l’EHESS, 2000, p. 135-156. Jean-Luc Chassel a observé dans les pratiques onomastiques de l’aristocratie de la seconde moitié du Moyen Âge que « lorsque la femme épouse un homme de rang supérieur au sien […] les enfants sont nommés prioritairement par emprunt au stock onomastique de la famille paternelle ». Inversement, ils reçoivent prioritairement des noms matrilinéaires lorsque le rang de l’épouse est supérieur à celui de son mari. Voir Chassel Jean-Luc, « Le nom et les armes : la matrilinéarité dans la parenté aristocratique du second Moyen Âge », Droit et cultures, no 64, 2012, p. 117-148, et Nassiet Michel, « Alliance et filiation dans l’héraldique des xive et xve siècles », Revue française d’héraldique et de sigillographie, t. 64, 1994, p. 26-27, annexe 1.

    32 François de Bretagne est le parrain de François en 1435 et Jean V de Bretagne est le parrain de Jean en 1437.

    33 Yolande, née en 1431, a reçu le nom de sa marraine Yolande d’Anjou, fille de Louis IV d’Anjou et de Yolande d’Aragon, épouse du futur duc de Bretagne François Ier.

    34 Alain de Rohan pouvait également nommer sa filleule Alaine ou Alanette car ces deux formes existaient dans les répertoires féminins médiévaux. En la nommant Élaine (Hélène), il assure son marquage onomastique et attribue un véritable nom féminin, possédant en outre une référence religieuse prestigieuse (la mère de l’empereur Constantin).

    35 Le Baud Pierre, Chroniques de Vitré, rédigées vers 1305, publiées par le sieur d’Hozier, Histoire de Bretagne avec les chroniques des maisons de Vitré et de Laval, Paris, Alliot, 1638, p. 74.

    36 Bourin Monique et Chareille Pascal, Noms, prénoms, surnoms au Moyen Âge, Paris, Picard, 2014, p. 79. Ces auteurs constatent cependant que « les noms lignagers des familles châtelaines ne se répandent guère dans le district de leurs châteaux », p. 75.

    37 Une note manuscrite du xvie siècle inscrite à la fin de l’ouvrage rapporte les noms de ses propriétaires successifs et qualifie Isabeau de dame de Beaulieu, mère d’Olivier de Villarmoye. En 1480, un Olivier de Villermaye est propriétaire du manoir de Beaulieu à Saint-Cast-le-Guildo (Côtes-d’Armor). Une famille de Pontbriand possédait un manoir à Pleurtuit (Ille-et-Vilaine), proche de Saint-Cast-le-Guildo. Le livre d’heures d’Isabeau de Pontbriand est consultable sur le site des Tablettes rennaises [http://www.tablettes-rennaises.fr/app/photopro.sk/rennes/]. La note manuscrite figure au recto du folio 140 (vue 281/298). Le texte a été retranscrit par Deuffic Jean-Luc, Le livre d’heures enluminé en Bretagne, Turnhout, Brepols, 2019, p. 148-164.

    38 Soit un taux de transmission homonymique de 100 % pour le premier couple, de 94 % pour le second et de 80 % pour le troisième.

    39 Il n’est pas mentionné dans cette paroisse dans les rôles de la réformation de la noblesse de 1513. Réformation de la noblesse de Bretagne (1426-1513), BnF, Ms Fr 8311, document publié sur le site Gallica, [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b90651122], consulté le 16 janvier 2019, folio 127.

    40 Je distingue la parenté immédiate (pères et mères des époux, enfants, frères et sœurs et leurs enfants) de la parenté proche ou parenté par alliance qui inclut également les conjoints des frères et sœurs.

    41 Ce pourrait être Guillaume Turpin (Jacquette était fille de Jehan Berthelot et de Marguerite – ou Jeanne – Turpin). Le nombre total des parrains et marraines est de trente-trois personnes, ce qui donne un taux de parrainage intrafamilial de 3 % (1/33).

    42 En 1562, la marraine Collase Liays transmet à sa filleule la forme entière de son nom (Nicolle). Il est possible que Collase était son nom d’usage et qu’elle avait également reçu le nom de Nicolle à son baptême.

    43 La petite marraine se nommait également Mepte. Il s’agit vraisemblablement de la future épouse de Guillaume de Languedoc (Guillemette de Carcaing) et future héritière du livre d’heures d’Isabeau de Pontbriand.

    44 Trois parrains ou marraines, par opposition au modèle du couple (un parrain et une marraine). Un cas particulier : en 1548, François a eu un parrain et deux marraines.

    45 Le premier baptême célébré à Betton fut celui de Jan en 1586. La famille fit construire à la Grande Mesvrais un manoir dont le linteau de l’une des portes porte l’inscription 1594.

    46 Le texte a été publié par Barthélemy Anatole de, « Le journal de René Fleuriot, gentilhomme breton (1593-1624) », Le cabinet historique, 24e année, seconde série, t. 2, 1878, p. 99-117. Voir également Meyer Jean, « Un témoignage exceptionnel sur la noblesse de province à l’orée du xviie siècle. Les advis moraux de René Fleuriot », Annales de Bretagne et des pays de l’Ouest, t. 79-2, 1972, p. 315-347.

    47 Alberigo Guiseppe (dir.), Les conciles œcuméniques. Les décrets de Trente à Vatican II, t. II-2, Paris, Cerf, 1994, p. 1539.

    48 Quémener Pierre-Yves, « Parrainage et nomination en Bretagne aux xve et xvie siècles », Annales de démographie historique, no 1, 2017, p. 156.

    49 Après le décès de son second mari, Guy de Lesmaes, Jeanne de Quellenec épousa en troisièmes noces Maurice de Perrien, grand-père de Toussaint. Guy de Lesmaes était frère de Charles, témoin au mariage de René Fleuriot et Marguerite Chefdubois en 1593.

    50 Ce nom de Fleurimonde fait peut-être écho à celui de Florimonde, épouse d’Octavien dans la chanson de geste Florent et Octavien, texte composé à la fin du xiiie siècle mais dont une version en prose avait été publiée en 1454.

    51 Sept parrains et marraines sur dix-huit au total : Yves de Kerleau, Marguerite de Kerleau, Marie de Kerguesay, François Fleuriot, Marie Fleuriot, Philippe Péan, Marguerite Fleuriot. Le taux de parrainage par la « parenté homonymique » (nom du père ou de la mère) s’établit à 22 % (quatre Fleuriot, aucun Chefdubois).

    52 La première série couvre la période 1530-1591 et contient 2 561 actes de baptême. Les registres sont consultables sur le site des archives du Morbihan [https://archives.morbihan.fr/accueil/], commune de Bignan, baptêmes 1531-1640. Je remercie Hervé Offredo pour la réalisation et la communication de ses relevés de baptêmes.

    53 Les quatre noms masculins les plus portés représentaient 58 % des attributions et les quatre noms féminins 49 % des attributions. Détail des noms masculins : Jean (25,3 %), Guillaume (13,9 %), Yves (11,5 %), François (7,5 %). Il y a 39 noms différents pour 1 384 individus, soit une moyenne de 35,4 attributions par nom. Détail des noms féminins : Jeanne (23 %), Guillemette (8,9 %), Yvonne (8,6 %), Françoise (8,3 %). Il y a 44 noms différents pour 1 175 individus, soit une moyenne de 26,7 attributions par nom.

    54 Les épouses respectives de Payen Eudoux et de Robert Eudoux, tous deux fils de Payen Eudoux et de Jacquette Guycheust, ont donné naissance le même jour (15 août 1575) à un garçon et à une fille. Les deux enfants ont été baptisés à un mois d’intervalle par Vincente de Kermeno qui a nommé le premier Vincent (le 26 septembre) et la seconde Vincente (le 23 août).

    55 Les parents avaient sollicité pour l’occasion un membre de la parenté proche comme premier parrain (Payen Eudoux, frère de Robert), tout comme ce dernier sollicitera l’année suivant son frère pour le baptême de son fils Vincent, sachant que le nom serait attribué par la marraine (Vincente de Kermeno). Dans les deux cas, les parents sollicitèrent la marraine en raison de son rang social, sachant que cette désignation impliquait l’attribution de son nom sous une forme masculinisée. Ils sollicitèrent en complément un parrain de la parenté, étant convenu qu’il ne transmettrait pas son nom à son filleul. Nous avons une situation inverse avec Françoise Eudoux, née en 1578 : elle reçut son nom de son parrain, le seigneur de Beaulieu François de Lanvaux, et nous pouvons présumer que le père demanda à sa mère d’être marraine, étant convenu au préalable qu’elle ne transmettrait pas son nom à sa filleule.

    56 Voir les nominations de Vincent Eudoux en 1575 et de François Kergrohen en 1544.

    57 Aux xie et xiie siècles, le nom Payen était fréquemment donné aux garçons avant la cérémonie du baptême. Voir Depoin Joseph, Recueil de chartes et documents de Saint-Martin-des-Champs, op. cit., p. 115, 67, 102, 103, 128. Lorsque le baptême était attribué tardivement, le nom était parfois conservé comme nom d’usage au point de devenir un véritable nom de baptême pouvant se transmettre ensuite par parrainage à d’autres porteurs. Dans la première série des baptêmes de Bignan, les rédacteurs ont noté le nom sous la forme Paganus. Dans les registres postérieurs tenus en français, ils utilisent les formes Paien ou Payen. Il semblerait cependant que la forme française vernaculaire était plutôt Pean dans les régions situées au nord de la Loire. C’est sous ce nom qu’est désigné Payen Eudoux dans les registres de la réformation de la noblesse de 1514. Sur l’histoire du nom Paganus, voir aussi Barthélemy Dominique, La société dans le comté de Vendôme, de l’an mil au xive siècle, Paris, Fayard, 1993, p. 624-626.

    58 Laigue René de, La noblesse bretonne aux xve et xvie siècles, Réformations et montres, Évêché de Vannes, t. 1, Rennes, Plihon et Hommay, 1902, p. 96-98.

    59 Leur présence à Bignan ne doit pas être antérieure au début du xvie siècle. Ils ne sont pas cités dans les montres de la noblesse du xve siècle. Les rapporteurs chargés de l’enquête de la réformation de la noblesse de 1514 ont noté à propos du manoir de Kerbiquet, appartenant à Yenon Endoux, « qui à raison de la demourance de plusieurs personnes nobles a esté par longtemps franc et exempt, néantz que depuis LX ans il estoit partable, et en icelluy demouroit feu Olivier Le Torchon ». Ibid., p. 97. Il est possible que la famille soit originaire de la paroisse proche de Moustoirac car il est question, dans la réformation de la noblesse de cette localité, d’une tenue de Quistinic appartenant aux héritiers de Péan Endoux. Ibid., p. 401. On trouve des porteurs du nom Eudoux à Moustoirac dès 1464 (p. 398-399) mais aussi à Camors en 1464 (p. 128), à Locminé (p. 398) et à Naizin (p. 410).

    60 Baptêmes de Payen Pasquo le 1er juin 1534 et de Payen Roy le 15 septembre 1535.

    61 Les seules dérogations ont été faites par le dernier des Payen en faveur du nom Louis. Louis Pihan reçut le nom de sa marraine en 1573 (Louise Boscher, belle-sœur du parrain, épouse de Robert Eudoux), Louis Eudoux reçut également le nom de sa marraine en 1574 (Louise de Kermeno) et Louis Moréac reçut pareillement son nom de sa marraine Louise Eudoux, fille du parrain, en 1590.

    62 Il y eut seulement treize Payen de la paroisse cités comme premiers parrains entre 1530 et 1591. Dans sept cas, il s’agit de baptêmes de filles. Pour le baptême des garçons, le nom Payen a été attribué à quatre d’entre eux. À deux reprises, le choix s’est porté sur le nom des seconds parrains (Guillaume et Alain).

    63 Moyennes générales : 16 % pour les Eudoux, 24 % pour les Kergrohen et 19 % pour les Corff.

    64 Le duc Rollon fut nommé Robert par son parrain (Robert d’Aquitaine) lors de son baptême en 912.

    65 Bourin Monique et Chareille Pascal, Noms, prénoms, surnoms au Moyen Âge, op. cit., p. 103.

    66 La pratique de la transmission homonymique était l’usage le plus fréquent en Normandie au xie siècle si l’on se fie aux exemples rapportés par Orderic Vital dans son Histoire ecclésiastique. L’auteur mentionne dix cas de parrainages, de 1010 à 1106, avec indication de l’identité des parrains et de leurs filleuls. Exception faite de deux cas de parrainages collectifs par des communautés monastiques, il y eut six transmissions homonymiques pour huit parrainages (75 %). La Vie de saint Gildas, rédigée en Bretagne vers 1050, rapporte que Gildas parraina le fils de Trifine et Conomor et qu’il lui transmit son nom : « Celui-ci [Gildas] ordonna de baptiser le tout jeune enfant et lui fit donner son propre nom. » Kerboul-Vilhon Christiane M. J., Gildas le Sage. Vies et œuvres, Sautron, Éditions du Pontig, 1997, p. 155. Au xie siècle toujours, le récit de la nomination de saint Arnoult accorde la prééminence au parrain pour le choix du nom de baptême : la mère du futur évêque de Soissons souhaitait nommer son enfant Christophe, conformément à un songe qu’elle avait reçu. Le parrain sollicité, Arnoult d’Oudenarde, exigea toutefois que son filleul portât son propre nom. Voir Giry François, Vie des saints, t. 8, corrigée, compétée et continuée par M. Paul Guérin, Paris, Palmé, 1863, p. 36 (traduction libre de la Vita Sancti Arnulfi composée en 1108 par Hariulf, abbé d’Oudenbourg, publiée dans les Acta Sanctorum ordinis S. Benedicti, Pars secunda, p. 510). Dans la seconde moitié du xiie siècle, le Lai du Frêne de Marie de France présente le procédé de la transmission homonymique comme une pratique habituelle : « L’un li tramettra a lever : de sun nun le face nomer ». Lais bretons (xiie-xiiie siècles) : Marie de France et ses contemporains, édition bilingue, traduite, présentée, annotée et revue par Nathalie Koble et Mireille Séguy, Paris, Champion, 2018, p. 266.

    67 C’est le cas pour Jehanne en 1366, Charles en 1368, Loys en 1371, Ysabel en 1373 et Katherine en 1377. La seule exception concerne Marie, née le 27 février 1370, qui eut pour marraines Jehanne de France, fille du roi Philippe, et Marguerite de Bourbon, et pour parrain le jeune dauphin Charles. Le couple royal avait eu précédemment trois filles (Jehanne née en 1357, Bonne née en 1360 et Jehanne née en 1366), toutes décédées en bas-âge : on peut penser que les parents furent réticents à donner une fois de plus le nom de Jeanne à leur dernière-née. Voir Delachenal Roland (dir.), Chronique des règnes de Jean II et de Charles V, t. 2, 1364-1380, Paris, Renouard, 1916.

    68 Maurice Philippe, La famille en Gévaudan au xve siècle, Paris, Publications de la Sorbonne, 1998, p. 36.

    69 Ibid., p. 274.

    70 Statistiques personnelles.

    71 Pégeot Pierre, « Un exemple de parenté baptismale à la fin du Moyen Âge, Porrentruy 1482-1500 », Actes des congrès de la Société des historiens médiévistes de l’enseignement supérieur public, 12e congrès, Nancy, 1981, p. 62. Pour le Jura, voir aussi Abbé Berthet, « Un réactif social : le parrainage. Du xvie siècle à la Révolution. Nobles, bourgeois et paysans dans un bourg perché du Jura », Annales, Économies, sociétés, civilisations, no 1, 1946, p. 43-50.

    72 Guibert Louis, « Le livre de raison d’Étienne Benoist, 1426 », Bulletin de la société archéologique et historique du Limousin, t. 29, 1881, p. 225-318, spéc. p. 260-263.

    73 Leroux Alfred et Bosvieux Auguste (dir.), « Chronique et Journal de Gérald Tarneau, notaire de Pierre-Buffière, 1423-1438 », in Chartes, chroniques et mémoriaux pour servir à l’histoire de la Marche et du Limousin, Tules-Limoges, 1886, p. 203-237.

    74 Maurice Philippe, « L’état civil des notaires du Gévaudan à la fin du Moyen Âge : choix des parrains, choix des noms », in Patrice Beck (dir.), Genèse médiévale de l’anthroponymie moderne, t. IV, Tours, Publications de l’université de Tours, 1997, p. 179, 185.

    75 Delmaire Bernard, « Le livre de famille des le Borgne (Arras 1347-1538) », Revue du Nord, t. 65, no 257, avril-juin 1983, p. 301-326. Dans les trois quarts des cas (21 sur 28 connus), l’enfant reçoit le prénom d’un parrain ou d’une marraine (p. 310).

    76 Balincourt Edgard de, Deux livres de raison du xve siècle : les Merles de Beauchamp, Nîmes, Chastagnier, 1903. Louis de Merles commença la rédaction de son recueil de souvenirs – intitulé Recordancie mee – en 1447. Il eut vingt-sept enfants de ses mariages successifs, nés entre 1464 et 1503 ; la transmission homonymique a fonctionné à treize reprises (p. 13-17).

    77 Michael Bennett note que « it is reasonable to infer that as many as 90 % of the nobility and gentry of fourteenth-century England shared the same Christian name as one of their godparents », « Spiritual Kinship and the Baptismal Name », in Dave Postles et Joel T. Rosenthal (dir.), Studies on the Personal Name in Later Medieval England and Wales, Kalamazoo, Medieval Institute Publications, 2006, p. 135. Voir aussi dans le même ouvrage les études de Niles Philip, « Baptism and the Naming of Children in Late Medieval England », p. 147-157, et de Haas Louis, « Social Connections between Parents and Godparents in Late Medieval Yorkshire », p. 159-175.

    78 Boutier Jean, « Prénoms et identité urbaine en Toscane au xvie siècle », art. cité, p. 12.

    79 Statistiques personnelles.

    80 Statistiques personnelles.

    81 Le Goff Hervé, Le journal de Jean et Pierre Hamon, op. cit., p. 119. Le baptême eut lieu en 1664, cela explique pourquoi le garçon a reçu un nom multiple.

    82 Guibeaud Jean, « Étude sur les noms de baptême à Perpignan, de 1516 à 1738 », Bulletin historique et philologique du Comité des travaux historiques et scientifiques, 1898, p. 352-353. Voir aussi p. 368.

    83 J’emploie ici le terme parrain dans un sens générique : les remarques s’appliquent à la fois aux parrains et aux marraines.

    84 Rolker Christof, « Pater spiritualis… », art. cité, p. 85. La pratique de la transmission homonymique était également l’une des caractéristiques de l’institution des xenia dans la Grèce antique. On présume que certains traits de caractère du xenos/hospes paternel étaient supposés se transmettre à l’enfant. Voir Herman Gabriel, art. cité, p. 1316 et 1324.

    85 C’est le cas chez les Wewewa d’Indonésie (p. 39-40), chez leurs voisins de Tanimbar, ou encore chez des Toradja de Sulawesi. L’homonymie est « un moyen supplémentaire d’influer sur le destin du jeune nommé, en le mettant sous la protection de l’éponyme […] La transmission du nom garantit la transmission de la “force vitale” de l’ancêtre à son jeune homonyme ». Massard-Vincent Josiane et Pauwels Simone (dir.), D’un nom à l’autre en Asie du Sud-Est…, op. cit., p. 15, 39-40, 51-52, 144-146. Voir également Vernier Bernard, « Prénom et ressemblance. Appropriation des enfants, économie affective et systèmes de parenté », in Agnès Fine (dir.), Ethnologie des parentés choisies, Paris, Maison des sciences de l’homme, 1998, p. 97-119.

    86 En 1583, Claudine Blanchoz, épouse de Jean Froissard, accouche d’une fille « qui fut tenue sur les saints fonts de baptesme par le Sieur filz de fut Mons. de Monbardon, Dorothée de Villelume, et Dame Anne Le Goux, fille de fut Jacques Le Goux ». L’enfant ne reçut pas le nom de sa marraine mais celui de Magdelaine « conformément ès nom de Magdelaine Le Goux sa grand-mère ». Celle-ci était décédée depuis 1553. En 1635, Jean Simon Froissard demande à ce que l’on nomme son dixième et dernier enfant du nom de Jean « en souvenance de fut mon père » décédé en 1595. Le parrain était Claude Antoine de Saint Mauris, son neveu. Voir le « Livre de raison de la famille de Froissard-Broissia… », art. cité, p. 51, 96.

    87 Le 18 décembre 1636, Jan du Quellenec est père d’un garçon, nommé François Mathurin par le parrain (François Cillart) « à cause que le jour de la naissance estoict la feste de Mr sainct Mathurin. Ladicte dame de Kermarquer accoucha l’année précédante 1635, le jour de Noël 25e décembre, d’une fille qui fust nommée Noelle ». Voir Le Goff Hervé, Le journal de Jean et Pierre Hamon, op. cit., p. 84.

    88 Les nominations par dévotion étaient relativement rares jusqu’à la fin du xvie siècle. Elles se multiplient au xviie siècle sous l’influence de la réforme catholique et sont facilitées par le développement des noms multiples. En 1603, à Dôle, Charlotte Froissard accouche d’un fils alors qu’une épidémie de petite vérole avait déjà causé la mort d’environ trois cent enfants. L’enfant est baptisé « à grande haste » et « levé par Messire Jean Petremand, lieutenant au baillage de Dôle, et par Damoiselle Anne Froissard, sa tante […] Et eust nom par dévotion Jean Claude ». Le garçon reçut un nom double composé du nom de son parrain et de celui du saint patron du Jura. Voir le « Livre de raison de la famille de Froissard-Broissia… », art. cité, p. 78-79.

    89 En 1578, Claudine Blanchoz donne naissance à une fille qui eut pour marraine Marguerite de Menou « en l’absence de Dame Catherine de Tenarre, vefve de fut Mons. de Marrigny, de laquelle lui fut imposé le nom ». Voir le « Livre de raison de la famille de Froissard-Broissia… », art. cité, p. 46.

    90 Le nom de Boémond retentit « par tout le monde et […] devint célèbre en France après avoir été presque inconnu à tous les Occidentaux » après que le fameux croisé ait transmis son nom aux enfants des nobles venus le solliciter pour tenir leurs garçons sur les fonts du baptême. Guizot François (dir.), Histoire de Normandie, par Orderic Vital, op. cit., t. 4, 1827, p. 186.

    91 Cité par Jussen Bernhard, « Le parrainage à la fin du Moyen Âge… », art. cité, p. 486.

    92 Quémener Pierre-Yves, « Parrainage et nomination en Bretagne… », art. cité, p. 152-154. Plus généralement, on était parrain ou marraine avant son propre mariage et c’était parfois la seule occasion de l’être.

    93 Le « Livre de raison de la famille de Froissard-Broissia… », art. cité, p. 95. Claude Froissard avait déjà été parrain de la première fille de Jean Simon en 1615 (elle « pourta le nom de Claude pour led. Sieur son parain et de Françoise par dévotion ») qui décéda malheureusement l’année suivante, et du troisième garçon, né en 1625, nommé également Claude, qui ne survécut que deux mois.

    94 Sur la progression du parrainage intrafamilial en Bretagne au xvie siècle, voir Quémener Pierre-Yves, « Parrainage et nomination en Bretagne… », art. cité, p. 159-164.

    95 Quémener Pierre-Yves, « Parrainage et solidarités en basse Auvergne au xvie siècle », Histoire, économie et société, no 4, 2018, p. 34.

    96 Ibid.

    97 La pratique est attestée dans le livre de raison d’Étienne Benoist, bourgeois de Limoges au début du xve siècle : huit des treize parrains de ses enfants nés entre 1403 et 1416 portent le patronyme du père ou de la mère (61 %) et neuf des seize parrains et marraines des enfants de son fils Guillaume, nés entre 1427 et 1443 portent également le patronyme du père ou de la mère (56 %). Voir Guibert Louis, « Le livre de raison d’Étienne Benoist », Bulletin de la société archéologique et historique du Limousin, t. 29, 1881, p. 225-318, spéc. p. 260-263, 281-283.

    98 Quémener Pierre-Yves, « Parrainage et solidarités en basse Auvergne… », art. cité, p. 24-36. Il est difficile de déterminer le terminus a quo de ces pratiques dans le Midi. Il n’est pas impossible qu’elles aient eu cours dès la mise en place du système du compérage.

    99 Pégeot Pierre, « Un exemple de parenté baptismale à la fin du Moyen Âge… », art. cité, p. 65-66.

    100 Voir Burguière André, « Prénoms et parenté », in Jacques Dupâquier, Alain Bideau et Marie-Élizabeth Ducreux (dir.), Le prénom, mode et histoire. Les entretiens de Malher 1980, Paris, Éditions de l’EHESS, 1984, p. 31 : « La raison essentielle qui poussait à faire passer le parrainage par le canal de la parenté était le désir de transmettre aux enfants des prénoms puisés dans le stock familial. » Sur ce sujet, voir Gourdon Vincent, « Le renouveau de l’histoire du parrainage… », art. cité, p. 38.

    101 Livre de raison de Raymond d’Austry, transcrit et annoté par Antoine Debat, Archives historiques du Rouergue, vol. 23, Rodez, Société des lettres, sciences et arts de l’Aveyron, 1991.

    102 Ce livre de raison a été publié par Mouysset Sylvie, « Six personnages en quête de mémoire : le livre de raison de la famille Perrin (Rodez, 1579-1710). Édition critique du livre de raison des Perrin », Études aveyronnaises, Rodez, Société des lettres, sciences et arts de l’Aveyron, 2004, p. 209-244.

    103 L’évaluation de l’intensité du parrainage intrafamilial se mesure principalement à l’aide des taux d’homonymies patronymiques. Ceux-ci enregistrent la fréquence des cas où les parrains et marraines portent le patronyme du père ou de la mère. Cet indicateur est commode d’application par sa simplicité et permet d’établir rapidement des comparatifs fiables, dès lors que l’on connaît l’identité des parrains et marraines. Il est bien entendu partiel et peut être utilement complété par l’indicateur du parrainage par la parenté proche lorsque l’on connaît les liens de parenté entre les parents et leurs compères et commères. Ce second indicateur est encore incomplet mais il permet de vérifier la pertinence du premier taux et d’avoir une approche plus précise du parrainage intrafamilial.

    104 Quémener Pierre-Yves, « Parrainage et solidarités en basse Auvergne », art. cité, p. 34.

    105 Livre de raison de Raymond d’Austry, op. cit., p. 41.

    106 Ce n’est toutefois pas une règle absolue : chez les Perrin, le grand-père paternel n’est sollicité que pour le parrainage du second garçon. La préséance avait été accordée à l’évêque de Rodez, Jacques de Corneillan.

    107 Mouysset Sylvie, « Six personnages en quête de mémoire… », art. cité. Le nom féminin Savie signifie « sage » en ancien provençal. Étienne Perrin conjugue toujours son patronyme lorsqu’il l’applique à ses enfants : Jean Perrin, Marie Perrine, Savie Marie Perrine, Laurens Perrin.

    108 Livre de raison de Raymond d’Austry, op. cit., p. 42.

    109 Les résultats obtenus permettent de valider la méthode d’évaluation du parrainage intrafamilial par le calcul des homonymies patronymiques : de manière générale, les taux de parrainage déterminés par cette méthode représentent toujours approximativement 50 % du parrainage par la parenté proche. Les familles rouergates avaient recours à un parrainage par la parenté quasiment intégral. On peut dès lors estimer que les taux de parrainage calculés par la méthode des homonymies patronymiques correspondent à un parrainage intrafamilial normatif lorsqu’ils sont proches de 40 %.

    110 Parmi une bibliographie abondante, je renvoie notamment pour les xve et xvie siècles, à Rolker Christof, art. cité, p. 69-92 ; Bennet Michael, « Spiritual Kinship and the Baptismal Name in Traditional European Society » et Niles Philip, « Baptism and the Naming of Children in late medieval England », in David Postles et Joel T. Rosenthal (dir.), Studies on the personal Name in later medieval England and Wales, Kalamazoo, Medieval Institute Publications, 2006, p. 115-146 et 147-157 ; Alfani Guido et Gourdon Vincent (dir.), Spiritual Kinship in Europe, 1500-1900, Basingstoke, Palgrave Macmillan, 2012 ; Jussen Bernhard, Spiritual Kinship as Social Practice, Godparenthood and Adoption in the Early Middle Ages, Newark, University of Delaware Press, 2000 ; Dubuis Pierre, Les vifs, les morts et le temps qui court, Familles valaisannes 1400-1550, op. cit., p. 49-65 ; Pégeot Pierre, « Un exemple de parenté baptismale à la fin du Moyen Âge, Porrentruy 1482-1500 », art. cité, p. 53-70.

    111 Je renvoie principalement à son étude intitulée « L’attribution d’un prénom à l’enfant en Toscane à la fin du Moyen Âge », Senefiance, no 9, 1980, p. 73-85 ainsi qu’à cette autre intitulée « Parrains et filleuls. Une approche comparée de la France, l’Angleterre et l’Italie médiévales », publiée initialement dans Medieval Prosopography, no 6 (2), 1985, p. 51-77 et intégrée dans le recueil La maison et le nom, Stratégies et rituels dans l’Italie de la Renaissance, Paris, Éditions de l’EHESS, 1990, p. 109-122, sous le titre « Parrains et filleuls, étude comparative ».

    112 Klapisch-Zuber Christiane, « L’attribution d’un prénom… », art. cité, p. 83.

    113 Klapisch-Zuber Christiane, « Compérage et clientélisme », in La maison et le nom, op. cit., p. 123-133.

    114 Sur les pratiques onomastiques florentines, voir également Boutier Jean, « Prénoms et identité urbaine en Toscane au xvie siècle », in Michel Cassan, Jean Boutier et Nicole Lemaitre (dir.), Croyances, pouvoirs et société, Treignac, Les Monédières, 1988, p. 143-163 ; Herlihy David, « Tuscan Names, 1200-1530 », Renaissance Quarterly, no 41, 1988, p. 561-582 ; Gros Colette, « La transmission des prénoms féminins dans une famille florentine du xive siècle, les Velluti », Italies, no 3, 1999, p. 323-344.

    115 Klapisch-Zuber Christiane, « Parrains et filleuls », in La maison et le nom, op. cit., p. 115.

    116 L’usage des noms multiples fut adopté par les marchands florentins dès la fin du xive siècle pour concilier précisément les différentes demandes adressées au nom et les hiérarchiser : les premiers noms rappelaient les ancêtres, les seconds témoignaient fréquemment d’une dévotion, les suivants servaient à marquer un vœu des parents ou à attirer sur l’enfant les vertus du référent éponyme, etc. Voir Klapisch-Zuber Christiane, « L’attribution d’un prénom… », art. cité, p. 82 ainsi que « Quel Moyen Âge pour le nom ? », in Monique Bourin, Jean-Marie Martin et François Menant (dir.), L’anthroponymie, document de l’histoire sociale des mondes méditerranéens médiévaux, Rome, École française de Rome, 1996, p. 477, et Boutier Jean, « Prénoms et identité urbaine en Toscane… », art. cité, p. 149.

    117 L’usage de modèles nominatifs n’est pas propre au monde franc. Les familles de l’aristocratie byzantine utilisaient déjà des modèles proches depuis le ixe siècle : le fils aîné recevait le nom de son grand-père paternel, le cadet celui de son grand-père maternel et les autres garçons les noms de leurs oncles. Voir Cheynet Jean-Claude, « L’anthroponymie aristocratique à Byzance », in Monique Bourin, Jean-Marie Martin et François Menant (dir.), L’anthroponymie, document de l’histoire sociale des mondes méditerranéens médiévaux, op. cit., p. 282. Monique Bourin et Pascal Chareille relèvent deux modèles principaux : un modèle à nom de lignée unique, transmis systématiquement au fils aîné, et un modèle binaire alternant rigoureusement deux noms d’une génération à l’autre pour les fils aînés. Dans ce dernier cas, le fils aîné recevait généralement le nom de son grand-père paternel tandis que le cadet recevait celui de son père. Voir « Le choix anthroponymique… », ibid., p. 237-238. Voir aussi, dans le même volume, Morsel Joseph, « Changements anthroponymiques et sociogenèse de la noblesse en Franconie à la fin du Moyen Âge », p. 112 ; Krawutschke Eleanor et Beech George, « Le choix du nom d’enfant en Poitou (xie-xiie siècles) : l’importance de noms familiaux », p. 146-147.

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