Chapitre VI. Le temps des assemblées (1680-1682)
p. 51-60
Texte intégral
Aumônier de Marie-Thérèse puis de Louis XIV
1Ces bases intellectuelles et spirituelles entrevues, reste à préciser le moteur de l’ascension. Premier atout, déterminant, les relations de Fleury. Les réseaux parisiens qu’il intègre ont un parfum tout languedocien. D’abord Bonsy (resté dans le Midi en dépit de quelques incursions dans la capitale), qui l’a recommandé aux Castries, ses alliés (l’une de ses sœurs, Isabelle, ayant épousé en 1644 un marquis de Castries1 qui sera gouverneur de Montpellier). Le marquis n’aura guère le temps d’entourer de sa sollicitude André-Hercule, car il disparaît dès 1674, au contraire de sa robuste épouse (1626-1708). Leur fils aîné, Joseph-François de La Croix (1663-1728), jouera le rôle du patron par procuration si l’on ose dire, donnant (ou continuant le geste généreux de son père, on ne sait trop2) un appartement en son hôtel parisien à son « compatriote » languedocien au cours de la décennie 16803. L’homme n’était pas sans ressources ni ambitions et devait épouser Mlle de Vivonne (Élisabeth de Rochechouart, 1663-1718) en 1693, la propre nièce de Mme de Montespan – qui avait à cette date, certes, cessé depuis longtemps d’être la maîtresse du roi. Même des plus précieux, les Castries restent toutefois au second rang. Bonsy continue d’inspirer l’ascension de sa « créature ». Grand aumônier de Marie-Thérèse, il la persuade en 1675 d’accorder à Fleury l’une des charges d’aumônier ordinaire de la reine. Des gages médiocres (150 livres), une activité point trop absorbante, les aumôniers ordinaires, au nombre de quatre, servant par quartier, mais un capital déjà impressionnant (40 000 livres) fourni naturellement par l’oncle trésorier. L’offre est surtout séduisante en ce qu’elle installe André-Hercule à la cour et permet d’accéder à ses grands. L’essai est confirmé trois ans plus tard avec la charge d’aumônier ordinaire du roi (5 septembre 1678)4 : 300 livres de gages et, là aussi, service trimestriel (deux des huit aumôniers ordinaires servant trois mois à tour de rôle) ; en outre, tous les deux ans, les aumôniers « faisaient alternativement leur service chez le dauphin et ne recevaient plus, dans ce cas, que la moitié de leurs gages et une demi-pistole par jour pour la dépense de bouche5 ». Encore une fois, le revenu financier de la charge importe moins ici que son rendement politique : par elle, le jeune Languedocien intègre la maison royale, devient commensal du roi – terme qui désigne ce groupe touffu d’officiers ayant « bouche à cour », servant au contact du souverain. Plus que les privilèges afférents (celui de committimus en particulier, mais largement galvaudé dans les faits, étendu à d’autres que les commensaux, et la qualité de conseiller du roi), compte la proximité physique du prince, canal des grâces. Être vu et connu de lui, condition impérative pour toute ascension ultérieure.
2Le jeune Fleury s’inscrit dès lors dans une « carrière préépiscopale » prometteuse – entendons avec Michel Péronnet ce laps de temps compris entre la fin de la formation intellectuelle puis la collation de la prêtrise, et l’accession à un évêché, soit une dizaine, voire une vingtaine d’années6. Dans l’absolu, quatre possibilités : un canonicat, une aumônerie de cour, une charge de régulier, un office de conseiller clerc dans une cour souveraine. La trajectoire du futur cardinal valide les deux premières options, la seconde surtout, magistrale, décisive, celle qui doit conditionner l’élection royale. C’est elle qui joue normalement le rôle d’accélérateur de l’ascension sociale. Un comptage confirme l’intuition. Soit les 732 prélats nommés entre 1590 et 1715 (dont 126 furent des commensaux du roi) : avant 40 ans, « près de 65 % des privilégiés [comprenons : les commensaux] ont déjà tous obtenu la mitre alors que seulement 42 % des autres ont été nommés7 ». Certes, ce décalage est surtout sensible pour la première moitié du xviie siècle (22 % d’évêques commensaux nommés à moins de 30 ans, 12 % seulement pour l’autre groupe). La moralisation louis-quatorzienne réduit ensuite cet écart en repoussant l’âge à la nomination autour de 45 ans, mais elle ne le supprime pas complètement. Le rôle de la commensalité est ici déterminant. Elle joue comme un tremplin social. La chapelle royale en particulier s’ouvre largement aux roturiers ou aux nobles récents8.
3Cet épisode s’avère particulièrement intéressant. Il met en scène les deux vecteurs classiques de toute ascension : le jeu des clientèles, grâce à Bonsy, et la nécessité de fortes finances, l’office d’aumônier ordinaire du roi se montant à 77 000 livres d’après Ranchon. Comme pour le canonicat et pour la charge d’aumônier ordinaire de Marie-Thérèse, c’est Pierre-Moïse de Fleury qui fournit la finance – d’ailleurs in extremis puisqu’il décède quelques mois plus tard (14 avril 1679). Perte considérable, à peine compensée par les largesses testamentaires : l’oncle remettait à André-Hercule les sommes qu’il avait fournies pour les deux charges d’aumônier et priait Gabriel de verser 2 500 livres de rente annuelle à son cadet. La nomination de Fleury comme aumônier ordinaire de la reine et surtout sa désignation à la chapelle du roi deux ans plus tard firent en tout cas grand bruit si l’on en croit Saint-Simon :
« Le cardinal de Bonsy, qui étoit grand aumônier de la Reine, se fit une affaire de lui en faire avoir une charge d’aumônier : ce qui parut assez étrange. Sa figure adoucit les esprits ; il se trouva discret, doux, liant ; il se fit des amies et des amis, et se fourra dans le monde sous la protection du cardinal de Bonsy. La Reine mourut et le cardinal obtint pour lui une charge d’aumônier du Roi. On en cria beaucoup ; mais on s’accoutume à tout9… »
4De fait, la progression est fulgurante. Une comparaison avec Bossuet est éclairante à cet égard :
Bossuet Né en 1627 Tonsuré en 1635 (Bossuet a 8 ans) 1636-1642 : études au collège des jésuites de Dijon 1640 : canonicat à Metz (13 ans) 1642-1648 : collège de Navarre 1648 : reçu bachelier ; sous-diacre (21 ans) 1649 : diacre 1650 : 2e thèse (sorbonique) 1652 : licence ; prêtrise (25 ans) 1654 : archidiacre de Sarrebourg 1662-1670 : prêche devant le roi 1669 : évêque de Condom (42 ans) 1670 : nommé précepteur du Grand Dauphin 1671 : Académie française 1680 : fin du préceptorat (53 ans) 1681 : évêque de Meaux 1704 : mort à Paris (77 ans) | Fleury Né en 1653 Tonsuré en 1662 (Fleury a 9 ans) 1659-1665 (?) : études aux collèges de Navarre/Clermont 1668 : canonicat à Montpellier (15 ans) 1674 : fin des études au collège de Navarre ; reçu bachelier ; sous-diacre (21 ans) 1675 : 2e thèse (sorbonique) ; aumônier ordinaire de la reine (22 ans) 1677 : diacre 1678 : prêtre ; aumônier ordinaire du roi (25 ans) ; abbé de cour durant vingt ans 1698 : évêque de Fréjus (45 ans) 1699 : docteur en théologie 1715 : nommé précepteur de Louis XV (62 ans) 1717 : Académie française 1720 : entrée au conseil de conscience (67 ans) 1723 : ministre d’État (70 ans) 1726 : premier ministre, sans en avoir le titre (73 ans) 1743 : mort à Issy (90 ans) |
5Dans les deux cas, une trajectoire scolaire parallèle, de bonne facture chez Fleury, brillantissime chez Bossuet, jalousement couvé par Nicolas Cornet, grand maître du collège de Navarre, qui a pressenti l’élève surdoué. À cette différence près, le tempo est sensiblement le même jusqu’à la licence et la clôture du cycle universitaire. Dès 1675 cependant, le Languedocien (à 22 ans) est déjà introduit dans l’entourage royal, au service de la reine. Le Bourguignon doit patienter jusqu’en 1662 pour prêcher devant Louis XIV. Avantage à Fleury. Ensuite, la tendance s’inverse : le cardinal piétine dans les années 1680-1690 (disons entre 27 et 45 ans). L’évêque de Meaux a par contre le vent en poupe, toutes voiles dehors vers ces mêmes âges : carêmes au Louvre, abjuration de Turenne (1668), entrée dans l’épiscopat, préceptorat royal (43 ans, contre 62 ans pour Fleury). Troisième époque, l’imprévisible et quasi miraculeux rebond de l’évêque de Fréjus qui devient précepteur de Louis XV à 60 ans passés et joue à partir de 1720 les premiers rôles politiques en ce long hiver triomphal.
La « petite » assemblée de 1680-1681
6On n’en est pas encore là pour l’instant. De sa brillante percée versaillaise, André-Hercule gagne le soutien de la reine : en témoignent les lettres qu’elle adresse aux évêques du Puy, de Limoges, Saint-Flour, Tulle, Clermont afin d’obtenir la désignation de son protégé à l’assemblée du clergé de 168010. Mandaté par le clergé du Berry11 pour le second ordre de la province de Bourges (les prélats de la province étant quant à eux représentés par Michel Phélypeaux de la Vrillière, archevêque de Bourges), André-Hercule y joue un rôle secondaire. Il n’a pas voix délibérative, mais consultative. Qu’importe, l’essentiel étant de figurer sous de flatteurs auspices et de s’initier de près au fonctionnement de l’ordre du clergé. Cela dit, sa présence n’est peut-être pas seulement honorifique, soumise au bon plaisir de la reine. Il n’est en effet pas indifférent de le retrouver député de la province de Bourges, par le biais d’un obscur prieuré limousin dont on n’entend plus reparler ensuite. Ladite province s’est en effet vu amputer deux ans plus tôt de son territoire méridional, au profit du siège d’Albi, promu d’évêché à archevêché. Réaménagements décimaux en perspective, et, surtout, froissements d’amour-propre côté berruyer. Avançons donc cette hypothèse que la faveur royale ne frappait pas André-Hercule au hasard. L’aumônier de Marie-Thérèse avait pour mission d’apaiser les tensions en ne relayant surtout pas les aigreurs du clergé berrichon. On comprendrait mal sinon le geste de Harlay : se félicitant publiquement que la province de Bourges n’avait pas fait obstacle « à la réception de la procuration d’Alby et des députés qu’elle nomme pour l’assemblée générale », l’archevêque réclama la caution de notre homme (« selon le témoignage de monsieur l’abbé de Fleury député de ladite province »12) lors des premières séances.
7Cette assemblée (25 mai-11 juillet 1680) répond essentiellement à des préoccupations financières et ne s’inscrit pas parmi les grandes réunions ecclésiastiques de l’Ancien Régime. « Petite assemblée13 » dans tous les sens du mot, elle débat surtout des moyens à employer pour fournir les trois millions de livres offerts à Louis XIV. Assemblée technique donc, la plus brève du siècle14, sous la présidence de l’archevêque de Paris, Harlay. Est-ce le souvenir des services financiers jadis rendus par les Fleury à la monarchie, ou secrète croyance en l’atavisme familial ? Toujours est-il qu’André-Hercule, malgré son jeune âge (27 ans) et, a priori, son inexpérience dans le maniement des deniers de l’Église, participe à trois des six commissions instituées à cette occasion. L’assemblée joue donc bien le rôle d’un apprentissage. « Monsieur l’abbé de Fleury15 » apprend les institutions, les hommes surtout. Outre « le cahier » et « les affaires temporelles », il fait partie de l’équipe des commissaires chargés d’examiner les comptes des receveurs16. Quelle y fut sa part ? Subordonnée, de toute façon, au président de la commission, l’archevêque d’Albi (Serroni). En vérité, on ne lui en demandait guère plus. Sa participation témoignait de ses appuis et augurait d’une belle carrière : l’épiscopat était en vue à plus long terme17. Néanmoins, cette assemblée, pour médiocre qu’elle fût, prend sur sa fin une nette coloration politique. La régale18 la rattrape. Le 10 juillet, après la harangue matinale de Colbert, évêque d’Auxerre, Harlay suggère impromptu aux députés d’écrire au roi pour lui exprimer la consternation du clergé à la nouvelle du bref Binis jam litteris (approuvé le 18 janvier par la congrégation, expédié par courrier le 13 mars) où le pape, qui ne désarmait pas, menaçait d’avoir recours aux censures ecclésiastiques. Approbation unanime. La lettre est donc signée (y compris par André-Hercule), qui déplore « avec une peine extrême que l’on menace le Fils aîné et le protecteur de l’Église19 ». Elle est ensuite expédiée au duc d’Estrées à Rome. Son frère, le cardinal, dont le départ pour la Ville était imminent, doit s’en servir pour faire pression sur le pape. Ainsi, raidissement de l’Église gallicane, tandis qu’en sous-main Louis XIV poursuit les négociations, prêt à se contenter du silence d’Innocent XI ou d’un indult. Mais le pape s’obstine dans son intransigeance, multiplie les brefs inamicaux : sur l’affaire de Charonne20 (7 août, 15 octobre 1680), en faveur de l’évêque de Pamiers (Caulet) et de ses partisans (17 juillet 1680, 1er janvier 1681), condamnation d’un traité du docteur Gerbais (18 décembre 168021), menaces d’excommunication de l’archevêque de Toulouse, régaliste convaincu, qui, à la mort de Caulet (7 août 1680), avait désigné un vicaire général tandis que le chapitre, demeuré fidèle au défunt évêque, nommait un vicaire capitulaire. Les parlements, de leur côté, commençaient à s’agiter, sur la même ligne que les évêques qui embrassaient le parti de Harlay dans l’affaire du monastère de Charonne.
8Ce serait pourtant une erreur de croire que la réplique gallicane de 1682 et les quatre articles de Bossuet sont la conséquence d’un plan limpide et méthodique. Louis XIV hésite, mettant ses espoirs dans la mission du cardinal d’Estrées et dans un règlement négocié du conflit. Dans le même temps, l’archevêque de Reims, Le Tellier (frère de Louvois), revient à la charge auprès du roi, soutenu par Harlay, et propose la réunion d’une assemblée du clergé qu’il médite depuis plusieurs mois déjà. On passera plus rapidement sur la suite : le 19 mars 1681 est décidée la convocation à l’archevêché des prélats résidant à Paris. La réunion a lieu en mai. Le Tellier soutient devant les députés l’idée d’un concile national qui démontrerait la force, l’unanimité du clergé de France, et persuaderait le pape du bien-fondé de l’extension du droit de régale au sud du royaume. À la mi-juin, Louis XIV autorise la préparation d’une assemblée générale (et non d’un concile national, plus lourd, moins manœuvrable avec ses cent vingt prélats) dans l’espoir que cédant à l’intimidation le pape fît marche arrière, rendant inutile la réunion. Ceci vainement : le 27 octobre s’ouvre l’assemblée. Défi à Innocent XI ? Nullement. Il s’agit, bien plutôt, de « moraliser » le droit de régale – voie préconisée par Le Tellier qui, réservé sur le fond, estime cependant possible de réconcilier « le Sacerdoce et l’Empire » en obtenant de Louis XIV qu’il désigne d’impeccables régalistes par le savoir et les mœurs. C’était rencontrer le vœu du roi, préserver la dignité de l’épiscopat et conséquemment, pensait-on, agréer au pape.
1682 : les quatre propositions
9Imposante assemblée de 64 députés, venus des 18 provinces ecclésiastiques du royaume, où dominent quelques fortes figures : Le Tellier (archevêque de Reims), Harlay (archevêque de Paris), Gilbert de Choiseul du Plessis-Praslin (évêque de Tournai), Serroni (archevêque d’Albi), les Colbert (Nicolas, coadjuteur de l’archevêque de Rouen, Jean-Baptiste, évêque de Montauban, et André, évêque d’Auxerre), Bossuet enfin – dont l’influence ne doit cependant pas être surestimée en dépit de la gloire littéraire attachée au Sermon sur l’unité de l’Église (9 novembre)22. Dans cette masse, André-Hercule (« Hercules André de Fleury23 ») paraît un peu noyé, anonyme député du second ordre pour la province de Narbonne, « chanoine de l’Église cathédrale de Montpellier par procuration du 30e juillet 168124 », en compagnie d’Estienne Le Franc de La Grange, un archidiacre, et des évêques de Montpellier (Charles de Pradel, bien connu des Fleury) et d’Alet (Alphonse de Vallebel). Position modeste, sans doute. C’est pourtant la première fois qu’il est mis de plain-pied avec l’Histoire, la grande. Et, là encore, action décisive de Bonsy qui s’est démultiplié pour obtenir sa désignation25. Le soutien du cardinal se révèle d’une efficacité sans faille dans une procédure aussi verrouillée où l’on attend des ecclésiastiques désignés un franc soutien au scénario médité par Le Tellier. Bonsy est un régaliste convaincu qui a bataillé ferme contre Pavillon, alors évêque d’Alet. Rétrospectivement, des hasards qui auront leur importance une quinzaine d’années plus tard : plutôt anecdotique est la présence de Luc d’Aquin, prédécesseur de Fleury sur le siège fréjusien, avec lequel il aura maille à partir ; en revanche, la députation d’Antoine de Noailles, pour l’heure évêque de Châlons, n’est pas indifférente. Noailles, gallican acharné, jouera un rôle décisif dans la désignation de Fleury à l’épiscopat en 1698. La présence du jeune Languedocien à l’assemblée de 1682 vaudra à ses yeux certificat de gallicanisme. Comme en 1680, l’action d’André-Hercule est insignifiante. Député du second ordre, il n’a qu’une voix consultative. La composition des commissions, proposée par Harlay (président de l’assemblée) le 24 novembre 1681, est révélatrice : celle chargée de la régale réunit outre l’archevêque de Reims, les évêques de Tournai, La Rochelle, Meaux, Troyes, Châlons, « tous clients ou amis des Le Tellier26 ». Politiques sont aussi, quoique à un degré moindre, les commissions pour les brefs de Toulouse et Pamiers (emmenée par l’archevêque d’Albi), l’affaire de Charonne (où Médavi, l’archevêque de Rouen, ne tarde pas à laisser sa place à son coadjuteur, Nicolas Colbert, qui y retrouve son frère, André, évêque d’Auxerre), le livre de Gerbais (Troyes), les six propositions de la Sorbonne (Tournai, Meaux, Châlons) exhumées pour la circonstance, expression doctrinale d’un triple gallicanisme, royal, parlementaire, épiscopal27. Les deux autres commissions relèvent par contre d’un registre plus strictement technique. Celle où se trouve André-Hercule doit se prononcer sur les neuf articles suivants : « 1/ les Annates ; 2/ la remise mal perceüe des bénéfices ; 3/ la dispense des [enfants] illégitimes, dont on fait mention dans les Brefs ; 4/ la dispense des mariages sans cause ; 5/ des dispenses d’Ages pour les bénéfices consistoriaux ; 6/ du changement de juge qui confond la jurisdiction des provinces ; 7/ des abus glissés dans le pontificat romain ; 8/ des permuttations28 admises à Rome sans le consentement des ordinaires ; 9/ les légitimations des enfans inserés dans les dispenses29 ».
10Dès le 11 décembre, Le Tellier annonce ses conclusions sur la régale. Le texte est approuvé sans surprise à l’unanimité, puis communiqué à Louis XIV le lendemain et aussitôt examiné en conseil. Tiraillements entre le premier président de Lamoignon, satisfait de la requête du clergé, et l’avocat général qui, tenant d’une ligne parlementaire dure, estimait que l’on faisait la part trop belle à l’épiscopat au détriment de la souveraineté du roi. Finalement, le 11 janvier, Louis se rallie à l’avis plutôt modéré de Lamoignon30. Le parlement de Paris enregistre le 24. Le 3 février, l’ensemble des députés signe l’acte de consentement à l’extension de la régale. Un exemplaire, avec une lettre, est adressé à Innocent XI31. On sait la suite : colère du pape et contre-attaque de l’assemblée, dans un climat d’improvisation totale, Pierre Blet l’a montré. La rumeur circulant d’une imminence des censures pontificales (ce qui n’était en réalité que le bref Paternae caritati), « le clergé et la cour avaient précipité la publication des quatre articles32 ». Suivons toujours Pierre Blet : si les quatre articles procèdent bien d’un fonds doctrinal solidement établi, qui est celui de l’Église de France en 1682, néanmoins « la rédaction et la publication portent le signe de la facticité » ; point de « plan longuement mûri, mais bien plutôt […] une série d’imprévus33 ». Débordés par les gallicans agressifs (les Colbert et l’archevêque de Paris), les modérés (les Le Tellier, l’évêque de Tournai, Bossuet) ont dû s’incliner. C’est le dérapage, mais provoqué en partie par l’intransigeance de l’entourage pontifical. La commission des six propositions est donc ranimée, présidée par l’évêque de Tournai, proche de Le Tellier. L’assemblée se réunit le 17 mars 1682 et frappe en effet rudement. Choiseul ouvre le feu avec un long discours, exposant à grand renfort d’érudition scripturaire, patristique et historique « jusqu’où l’on pouvoit étendre l’autorité ecclésiastique, en sorte que la temporelle ne fut nullement offensée34 ». L’après-midi, nouveau développement concluant à la supériorité des conciles généraux sur les papes, « faillibles » par conséquent. Choiseul résume cette longue péroraison en six articles, bientôt ramenés à quatre sous la plume de Bossuet. Nulle divergence de fond entre les deux rédactions, mais la formule bossuetiste, lapidaire (hormis le dernier article, auquel Le Tellier aurait collaboré35), donnait au texte les accents du manifeste. Dans leurs grandes lignes, les quatre articles reprennent les propositions de la Sorbonne présentées au roi en 1663, des formules des assemblées de 1645 et 1650 (troisième article en particulier), mais amplifiées, revêtues d’un accent catégorique et définitif. C’est désormais la doctrine officielle de l’Église gallicane, là où la faculté ne parlait que pour elle-même et employait prudemment la forme négative36.
11Le lendemain, l’assemblée est appelée à délibérer par province. La déclaration approuvée sans aucune opposition, les députés se prononcent pour qu’une lettre circulaire soit adressée aux autres prélats du royaume avec les quatre articles, et « qu’on feroit ses efforts auprès de Sa Majesté pour obtenir un édit qui authorisast la déclaration de l’assemblée37 ». Dès le 23, le parlement enregistre. Rome, naturellement, ne pouvait demeurer silencieuse. Le bref Paternae caritati part le 11 avril, rude semonce aux ecclésiastiques de l’assemblée (« Les fils de ma mère ont combattu contre moi »). Innocent XI songe à une constitution contre la régale. L’assemblée reprend ses travaux : le 4 mai, rapport de l’archevêque d’Albi sur les brefs de Pamiers ; le lendemain, rapport de Colbert (archevêque de Rouen) sur le monastère de Charonne. Prévoyant les réactions du pape, les députés décident le même jour d’élever une protestation solennelle à la nonciature au sujet des brefs de 1680-1681 adressés à Caulet et à Harlay sur l’affaire de Charonne. Comme tout le monde, André-Hercule s’exécute sans état d’âme apparent, y compris le lendemain, s’agissant cette fois d’écrire au pape une véritable lettre de remontrances. Enfin l’orage redouté survient le 9, avec la lecture du bref Paternae caritati. Le Tellier ne cache plus son exaspération. La rupture semble imminente. Dans ces conditions, l’espèce de promotion dont bénéficie Fleury, désigné parmi les réviseurs du procès-verbal, paraît parfaitement anecdotique38. Suivant l’avis de son président, l’assemblée poursuit comme si de rien n’était ; l’archevêque d’Embrun est prié de faire son rapport sur le livre de Gerbais. L’essentiel se joue désormais à Rome où pour la première fois depuis plusieurs mois les modérés (le cardinal Rospigliosi notamment) prennent l’ascendant sur les partisans de la rupture (Favoriti). L’inflexion est perçue très vite à Versailles. Le 28 mai, Louis XIV demande au cardinal d’Estrées d’être prêt à suspendre les travaux de l’assemblée à la condition expresse que le pape ne censure pas les quatre articles. Ces nouvelles dispositions ont une traduction immédiate sur l’assemblée qui suspend ses réunions du 9 mai au 23 juin. À partir du 23, les affaires de la Religion (autrement dit les protestants) accaparent ses soins : saints exercices qui ne pouvaient fâcher Innocent XI. Enfin, rassuré par d’Estrées qui avait eu une audience le 15 juin avec le pape, Louis XIV décide le 26 de mettre un terme à l’assemblée. La lettre du roi est lue aux députés le 1er juillet. Officiellement, ce n’est qu’une suspension jusqu’au 1er novembre ; mais ce renvoi ne trompe personne.
12On n’entrera pas ici dans le détail de la lente réconciliation intervenue à partir de 1693 entre Louis XIV et Innocent XII. Renvoyons sur ce point, une fois encore, à Pierre Blet39. Esquissons seulement un bilan concernant le jeune Fleury en cet orageux contexte. Il n’est pas indifférent que sa formation intellectuelle et spirituelle (de 15 à 25 ans), sur cette quinzaine d’années cruciales (1668-1682), s’inscrive dans les convulsions de la longue durée politico-religieuse : mise en sommeil officielle de la question janséniste en vertu de la paix clémentine, certes, mais la question de la grâce continue d’obséder les consciences théologiques. À tel point que la reviviscence du problème autour de l’Unigenitus 35 ans plus tard (et ses prodromes, dès 1703 avec l’arrestation de Quesnel) s’apparente à un véritable retour du refoulé. À plus court terme, l’affaire de la régale met en évidence le caractère instable des relations entre le roi, l’épiscopat français, et le pape. Qui sait si, après le pic gallican de 1682, quelque chose du lien qui unissait l’absolutisme bourbonien aux évêques du royaume ne s’est pas rompu ? Car le compromis de 1693 conclu entre le roi et le pape brouille bel et bien les lignes : la paix est d’essence royale et pontificale, Louis XIV y gagne une reconnaissance tacite de son droit de régale étendu au Midi, mais au prix d’une certaine euphémisation des quatre articles qui frappe d’abord les ecclésiastiques de la grande assemblée gallicane, contraints à une humiliante rétractation pour obtenir de Rome leurs bulles d’investiture auparavant suspendues par mesure de rétorsion. Défaite du gallicanisme épiscopal et parlementaire qui verra dans l’anticonstitutionnarisme de 1713 l’occasion d’une revanche silencieusement ruminée dans l’ombre du Grand Roi : ce fait capital doit être gardé à l’esprit si l’on veut comprendre l’explosion de l’Unigenitus.
Notes de bas de page
1 René-Gaspard de La Croix, marquis de Castries (1611-1674).
2 Ranchon affirme que l’hospitalité avait été donnée à Fleury par le beau-frère de Bonsy : il s’agirait donc de René-Gaspard de La Croix (1611-1674) ; mais notre mémorialiste situe cet épisode après le voyage d’Italie, effectué dans la seconde moitié des années 1680. S’agirait-il alors du fils de René-Gaspard ? À moins que les marquis de Castries père et fils eussent accueilli tous deux André-Hercule. Solution des plus vraisemblables…
3 Ranchon, fol. 26.
4 AN, O 122, fol. 167vo. La charge est acquise officiellement le 5 septembre 1678, suite à une transaction avec Mme Ladvocat (la liasse no 1 de T 16627, aux Archives nationales, mentionne des pièces ayant appartenu à Gabriel de Fleury, frère aîné d’André-Hercule, et fait allusion à un « Traitté et vente de la charge d’aumonier du Roy de Monsieur l’abbé Lavocat, acquise par Messire André Hercule de Fleury », en date du 30 août 1678).
5 Sars, 1942, p. 21-22.
6 Péronnet, 1977, t. I, p. 468.
7 Armengol de Laverny, 1997, vol. 1, p. 548.
8 Ibid., p. 541.
9 Saint-Simon, 1983-1988, t. VI, p. 45 et suiv.
10 AN, O 13714 : « Provisions, brevets, ordonnances, lettres de cachet et de la main… faites dans la maison de la reine Marie Térèse pend[an]t les années 1678 et 1679 » (fol. 89). « Monsieur l’Evêque du Puy, Bien que je sois informée de la bonne disposition ou vous êtes pour le Sr abbé de Flury [sic] l’un de mes aumoniers et je ne doute pas que les services qu’il me rend en cette qualité dont je suis très sattisfaite ne contribuent beaucoup aux avances que vous luy avez faites de le favoriser pour être député dans la première assemblée g[é]n[ér]ale du Clergé, je vous écris néanmoins cette lettre d’autant plus volontiers que je suis bien aise de vous faire connoistre le plaisir que j’auray d’apprendre qu’avec votre suffrage que j’estime avantageux pour luy, il aura obtenu l’emploi qu’il espère et dont je suis persuadée qu’il s’acquittera dignement, et la présente n’estant pour autre fin », Saint-Germain, 10 août 1678.
11 BnF, Naf 22404, fol. 33ro, certificat de nomination à l’assemblée générale du clergé. Fleury y est présenté comme « prestre licencié en théologie de la faculté de Paris, conseiller et aumônier ordinaire du Roy et de la reyne, prieur du prieuré de St Martial de Durgrat [? le texte est peu lisible] au diocèse de Tulles… ».
12 AN, G 8662, procès-verbal de l’assemblée du clergé de 1680, fol. 4vo.
13 On sait en effet qu’il se tenait deux types d’assemblées du clergé : les grandes assemblées, se réunissant toutes les années se terminant en « 5 » (1675, 1685…), concluaient un « contrat » avec le roi sur le montant des décimes à lui verser. Chaque province ecclésiastique déléguait quatre députés : deux prélats, deux représentants du second ordre. Les petites assemblées qui se réunissaient toutes les années se terminant par un zéro (du moins depuis 1650) avaient normalement pour fonction d’examiner les comptes des receveurs, mais l’habitude se prit rapidement de les autoriser à « traiter ». En l’occurrence, deux députés par province étaient dépêchés à Paris, un du premier ordre, un autre du second. L’assemblée de 1680 s’inscrit donc dans cette lignée. Enfin, un peu à part étaient les assemblées extraordinaires (1682, 1693, 1701) dont l’intérêt se révélait plus doctrinal et politique que financier (Mousnier, 1974, t. I, p. 283).
14 Blet, 1995, p. 285.
15 AN, G 8662, fol. 19ro.
16 Ibid.
17 « Depuis le début du gouvernement personnel de Louis XIV, se faire députer à l’Assemblée du clergé pour le second Ordre était le meilleur moyen de se faire nommer évêque » (Mousnier, 1974, t. I, p. 286).
18 Le droit de régale consistait pour le roi à prélever les revenus de l’évêché vacant.
19 Blet, 1995, p. 286.
20 Le monastère de Charonne était déchiré par les divisions entre moniales depuis une quinzaine d’années, et de surcroît criblé de dettes. L’archevêque de Paris avait nommé une nouvelle supérieure en 1680 pour mettre un terme à ces troubles. Innocent XI avait très mal pris cette « immixtion » et interdit d’obéir à la supérieure « épiscopale ». Message parfaitement reçu : les moniales « papistes » élisaient le 9 septembre 1680 une antisupérieure. Le 15 octobre, un bref validait l’élection qui cumulait pourtant plusieurs vices de forme (Blet, 1995, p. 290).
21 L’ouvrage incriminé, Dissertatio de causis majoribus ad caput Concordatorum de causis, affirmait le droit des évêques à juger des matières de foi, « et celui qu’ils entendent conserver dans l’Église gallicane de juger leurs confrères en première instance ». La condamnation du pape tombe comme une provocation : le livre avait été écrit à la demande de l’assemblée du clergé de 1665 et avait fait l’éloge de celle de 1670 (Martimort, 1953, p. 368).
22 Analyse dans Martimort, 1953, p. 394 et suiv.
23 BnF, Dupuy 864, fol. 22ro.
24 Ibid.
25 Le roi réclamait à Bonsy que les députés du second ordre fussent remplis de piété, savoir et expérience, ainsi que d’un « esprit doux et facile ». « M. l’Abbé de Fleury, fait savoir Bonsy à Louis XIV, qui a l’honneur d’estre a Elle [Sa Majesté], me semble propre en tout, à la jeunesse prez, en cas il vous soit agréable, Sire » (AE, MD France 1639, Lettre de Bonsy à Louis XIV, 1er juillet 1682, fol. 269ro). Deux jours plus tard, le cardinal annonce le choix définitif (et spontané…) de l’assemblée provinciale qui s’est prononcée pour les abbés Lefranc et Fleury comme représentants du second ordre : « Ils sont tous deux docteurs de Sorbonne, et ont toutes les qualités que l’on peut désirer pour remplir cet employ avec applaudissement. Ce sont des esprits très bien faits et très seurs pour le service de Vostre Maiesté » (ibid., fol. 272vo).
26 Blet, 1995, p. 300.
27 Ces six articles avaient été présentés au roi par la faculté de théologie de Paris le 8 mai 1663 : « Premièrement, que ce n’est pas la doctrine de la Faculté que le pape ait aucune autorité sur le temporel du roi ; qu’au contraire, elle a toujours résisté même à ceux qui n’ont voulu lui attribuer qu’une puissance indirecte. 2 – Que c’est la doctrine de la Faculté que le roi ne reconnaît et n’a d’autre supérieur que Dieu seul : que c’est son ancienne doctrine et qu’elle ne s’en départira jamais. 3 – Que c’est la doctrine de la Faculté que les sujets du roi lui doivent tellement la fidélité et l’obéissance qu’ils n’en peuvent jamais être dispensés sous quelque prétexte que ce soit. 4 – Que la même Faculté n’approuve point et qu’elle n’a jamais approuvé aucunes propositions contraires à l’autorité du roi et aux véritables libertés de l’Église gallicane et aux canons reçus dans le royaume, par exemple que le pape puisse déposer les évêques contre la disposition des mêmes canons. 5 – Que ce n’est pas la doctrine de la Faculté que le pape soit au-dessus du concile oecuménique. 6 – Que ce n’est pas la doctrine ni un dogme de la Faculté que le pape soit infaillible si aucun consentement de l’Église n’y intervient » (Martimort, 1953, p. 80-81).
28 « Permutation est une résignation en faveur, réciproque et conditionnelle : on peut l’envisager, ou comme une espèce d’échange d’un bénéfice avec un autre, fait par l’autorité du Supérieur, ou comme une translation des Bénéficiers d’une Eglise à une autre Eglise » (Durand de Maillane, 1761, t. II, p. 479).
29 BnF, Dupuy 864, fol. 117vo-118ro.
30 Louis XIV s’engageait à ne désigner aux chapitres que « des clercs dotés de toutes les capacités requises » ; les ordinaires pouvaient éventuellement leur refuser la mission canonique ; en ce cas, ils devaient justifier par écrit leur refus. « Enfin, le roi n’entendait exercer son droit de collation durant la vacance du siège que de la même manière que l’évêque lui-même, abandonnant au chapitre ou partageant avec lui les droits que ce chapitre exerçait du vivant de l’évêque » (Blet, 1995, p. 304).
31 Ibid., p. 306.
32 Ibid., p. 322.
33 Ibid., p. 323. Martimort avance en revanche la thèse d’une action délibérée et concertée de la part du Grand Colbert, relayée par Harlay, ceci contre l’avis modérateur du chancelier Le Tellier et de Louvois (Martimort, 1953, p. 449-450).
34 BnF, Dupuy 864, fol. 156ro.
35 Blet, 1995, p. 319-320.
36 Analyse dans Martimort, 1953, p. 460 et suiv. Le premier article porte que les papes n’ont de puissance « que sur les choses spirituelles et qui concernent le salut éternel » ; ils ne peuvent donc sous aucun prétexte délier les sujets de leur soumission au prince. Le second article reconnaît au pape « la plénitude de puissance » mais celle-ci doit rester compatible avec les décrets du concile de Constance « sur l’autorité des conciles généraux » ; « l’Église de France, poursuit Bossuet, n’approuve pas l’opinion de ceux qui donnent atteinte à ces décrets » (ibid., p. 467). Le troisième précise la nécessité de « régler l’usage de la puissance apostolique », en suivant « les canons faits par l’Esprit de Dieu » et « les règles, les mœurs et les constitutions reçues dans le Royaume et dans l’Église gallicane ». Le quatrième est celui qui a fait couler le plus d’encre puisqu’il condamne l’infaillibilité du pape (Bossuet parle d’irréformabilité) : « Que le pape a la principale part dans les questions de la foi et que ses décrets regardent toutes les églises et chaque église en particulier ; que pourtant son jugement n’est pas irréformable, à moins que le consentement de l’Église n’intervienne. »
37 BnF, Dupuy 864, fol. 248vo.
38 Pour le premier ordre, c’étaient les évêques de Valence (Cosnac), Troyes (François Boutellier), Alet (Alphonse de Vallebel) ; pour le second, « Mrs de Presignan, de Fleury et [Claude-François] de Guénégaud [docteur de Sorbonne, député de la province de Tours] » (ibid., fol. 305ro).
39 Blet, 1995, p. 352 et suiv.
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