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    Plan détaillé Texte intégral Les ventes de montres L’épée de Damoclès Le plan de développement Négociations Les Industries de Palente Les Commissions artisanales de Palente Notes de bas de page

    L’affaire Lip

    Ce livre est recensé par

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    Table des matières

    Chapitre XI. Rentrée dans l’atmosphère

    p. 391-428

    Texte intégral Les ventes de montres L’épée de Damoclès Le plan de développement Négociations Les Industries de Palente Les Commissions artisanales de Palente Notes de bas de page

    Texte intégral

    « Il est sans doute plus difficile pour les Lip de rentrer dans la légalité que de rentrer dans l’atmosphère pour un cosmonaute. »
    Préfet du Doubs1.

    « On aura reconnu dans la description de la création de la jeune SCOP [L.I.P.], bien des données qui ressemblent à la jeune République Soviétique après octobre 2017 : encerclement, problèmes d’alimentation, fuite des spécialistes, transformation des militants en gestionnaires, débats sur le rythme de l’industrialisation, sur le mode d’accumulation, sur les relations avec l’extérieur (la lutte ou les pouvoirs). »
    Richard Copans2.

    « Je pense simplement aux problèmes actuels du Viet-Nam, ou à d’autres pays qui ont réalisé des avancées qui nous ont paru extrêmement importantes et qui après coup. […] Il est difficile de vérifier, de savoir, mais on entend dire qu’au Viet-Nam, compte tenu de la pression qui s’exerce autour de ce pays, la démocratie en prend un coup. Finalement, on risque toujours d’en arriver à des méthodes totalitaires quand les choses sont tenues par une poignée et échappent à la population. En tout petit, tout petit, ce phénomène-là a joué à Lip, ces dernières années comparativement à 73. »
    Charles Piaget3.

    « D’instinct, nous savions ne pas pouvoir rééditer le coup de 73 […]. [O]n ne lance pas deux fois “le premier spoutnik” ! »
    Jean Raguénès4.

    1Commentant la création de la coopérative de Lip, Charles Piaget disait en 1979 qu’il était « presque aussi dur de revenir dans la légalité que d’en sortir5 ». Ce difficile retour à la légalité du présent, et non à celle de demain qu’avait évoquée Edmond Maire en 1973, faisait entrer en jeu à la fois les conflits inhérents à l’engagement des travailleurs à défendre ce qu’ils avaient accompli et imaginé, la distance prise vis-à-vis de Lip par les partis de gauche et les confédérations syndicales, et les efforts déployés par l’État et le capital pour réfuter une fois pour toutes le « c’est possible » des années 1968.

    2Cela faisait longtemps que la constitution en coopérative était présentée aux Lip comme une possibilité. Déjà en novembre 1971, Jacques Saintesprit avait suggéré que 70 salariés de l’atelier de mécanique forment une coopérative qui utiliserait du matériel qu’elle louerait à l’entreprise. À l’évidence, il s’agissait là d’une tentative de se débarrasser de ce bastion syndical, et les représentants des salariés n’avaient pas voulu en entendre parler6. En juillet 1973, quand Edgar Faure et Jean Charbonnel avaient proposé la création d’une coopérative ouvrière pour résoudre le conflit, la CFDT-Lip y était opposée et la CGT-Lip affirmait que ce serait pour les ouvriers une façon de se faire hara-kiri7. François Ceyrac, président du CNPF, avait vu dans ce refus la preuve que les salariés ne voulaient pas « affronter les problèmes et les risques » du capitalisme8. Au début de septembre 1973, Maurice Clavel, franc-tireur comme toujours, déclara que les ouvriers devraient faire taire leurs craintes et établir une coopérative chez Lip, qu’il présentait comme un autre nom pour désigner l’autogestion inhérente à leur révolte spirituelle9. Mais, insistait Charles Piaget, étant donné la volonté manifeste du gouvernement et du patronat de voir échouer les travailleurs de Lip, il serait stupide de monter une coopérative10. En accord avec la position de la CFDT, qui soutenait que l’autogestion était impossible dans des coopératives fonctionnant au sein d’une économie capitaliste, il expliquait que « si nous faisions une coopérative dans la société industrielle actuelle, nous serions immanquablement pris dans le même système de contraintes que les employeurs capitalistes. Nous serions bien vite amenés à avoir les mêmes réflexes qu’eux11 ». Cela n’empêcha pas le PSU de prôner la coopérative comme solution pour sortir de l’impasse chez Lip quelques mois plus tard. Mais les salariés de l’entreprise ne manifestèrent pas plus d’intérêt pour cette idée venant de la gauche qu’ils ne l’avaient fait quand elle était proposée par la droite. Comme devait le dire plus tard Michel Rocard avec dépit : « Ils voulaient un patron12. »

    3Après la liquidation de la SEHEM, le personnel de Lip avait au départ espéré voir des employeurs privés ou bien l’État investir dans sa reprise. Mais quand arriva la fin des indemnités de chômage à 90 % du salaire à l’été 1977, il fut clair qu’aucun patron n’allait se manifester pour reprendre l’entreprise et que l’État ne souhaitait pas investir dans Lip comme centre d’innovation technologique. « Hélas pour nous ! », se lamenta Charles Piaget. « Dans ce pays on ne pardonne pas à ceux qui ont raison trop tôt : combien d’hommes politiques (de Gaulle en 1940, Mendès France en 1954, pour ne citer qu’eux…) en ont fait l’amère expérience13. » La crise économique donnait à l’État la latitude, dont il ne disposait pas en 1973, nécessaire pour résister aux revendications des travailleurs, et le rendait encore plus méfiant face à toute action qui risquerait d’encourager ailleurs des salariés à s’opposer aux licenciements. Comme l’expliquent les Lip, c’est cette situation qui les conduisit à reconsidérer la mise en place d’une coopérative à l’automne 1977 :

    « En 77, le pouvoir se croit fort, il résiste aux revendications des travailleurs et résistera jusqu’à la dernière minute. Rappelez-vous Guizot à la Révolution de 48, il répétait “enrichissez-vous” et ne cédait à aucune demande. De même le gouvernement de [Nguyen Van] Thieu au Vietnam discute protocole jusqu’à ce que le Vietcong arrive aux portes de son palais. Actuellement, le pouvoir en France fait la même chose, il ne veut pas céder d’un pouce. Il faut donc trouver d’autres moyens14. »

    4Tous les salariés de Lip n’étaient pas d’accord avec cette position. « Il n’y a pas de raison de retirer l’épine qu’est Lip dans le pied du capitalisme français15. » Ses adversaires pensaient que la création d’une coopérative permettrait à l’État, aux confédérations syndicales et aux partis de gauche de « s’en tirer à la Ponce Pilate », ce qui ferait des travailleurs leurs propres fossoyeurs16. La CFDT cherchait toujours à parvenir à un accord pour résoudre la situation chez Lip. Syndex, le cabinet-conseil affilié à la confédération, se déclara en faveur de l’établissement d’une coopérative à Palente17. Comme en 1973, ses experts se rendirent à Besançon pour organiser ce que Charles Piaget qualifia « d’école économique » très utile : 120 à 130 membres du personnel de l’horlogerie purent étudier les développements les plus récents du secteur et réfléchir à la manière de se faire une place sur le marché, par le biais d’une coopérative ; un atelier ayant les mêmes objectifs fut organisé pour les mécaniciens18.

    5Pour certains, l’incitation à créer une coopérative était l’espoir que la gauche allait gagner les élections législatives de mars 1978, malgré la rupture entre communistes et socialistes en septembre 1977. L’établissement d’une coopérative empêcherait les syndics de vendre les machines avant les élections19. Jean Raguénès fit en outre remarquer que la coopérative donnerait à la gauche au pouvoir un outil de travail utilisable au lieu d’une usine restée sans activité depuis deux ans : « si nous laissons les machines rouiller par exemple, ce n’est pas la peine d’attendre une solution politique ». L’existence d’une structure en place créerait les conditions permettant à la gauche de prendre en main ce que les conservateurs n’avaient pas voulu faire. Palente pourrait, à son tour, insuffler à une gauche de gouvernement la culture socialiste née des luttes de la base20.

    6Un groupe de travailleurs de Lip publia en février 1978 un texte dans Politique hebdo déclarant qu’en l’absence d’une réelle volonté d’innover et de s’attaquer aux racines des inégalités et des hiérarchies, une victoire de la gauche n’apporterait pas de changement social significatif21. La gauche victorieuse avait la possibilité de faire de Lip « le fer de lance de la nouvelle politique » au centre d’un projet de sauvetage de l’industrie horlogère française. Une nationalisation sous contrôle ouvrier rendrait légale l’occupation de l’usine et placerait l’entreprise sous la responsabilité conjointe des travailleurs et de l’autorité publique, mettrait fin aux actions en justice contre les ouvriers, et permettrait à la ville d’acheter le site de Palente, ainsi que les machines, le stock et la marque ; la société Thomson-CSF (dont les salariés de Lip pensaient qu’elle serait nationalisée si la gauche arrivait au pouvoir en 1978) pourrait investir dans la recherche chez Lip pour développer les techniques de fabrication des montres à quartz et d’autres produits22. Par ce biais, et sur la lancée de la campagne pour la candidature de Charles Piaget aux présidentielles de 1974, on avancerait vers la construction du socialisme par la seule voie possible, en partant de la base. Un large soutien en faveur de communautés œuvrant pour le changement social créerait les conditions d’une transformation à l’échelle nationale. Comme le formula Lip Unité avant les élections : « On dit souvent : “pas d’îlot autogestionnaire, dans un monde capitaliste”. Peut-être. À condition d’ajouter : “pas de changement en profondeur – et donc, jamais de société autogérée – si, dès maintenant on ne cultive pas “les germes du changement”. […] Germes qui vont peut-être éclore du côté de Palente23… » Comme devait l’affirmer Jean Raguénès plus tard, dans le même registre, les entreprises capitalistes ont des « contradictions », mais celles-ci sont dissimulées par le pouvoir hiérarchique. Ce qui ferait de Lip « une expérience, un essai, intéressants vers un modèle d’entreprise socialiste », ce serait l’expression ouverte de ces conflits et leur résolution par le débat et le consensus, sans avoir recours aux rappels à l’ordre d’une direction non démocratique24. Ce sont les tentatives de parvenir à un tel résultat qui ont marqué les dernières années de Palente.

    7Pourtant, à l’approche des élections, peu de dirigeants du mouvement Lip pensaient que la gauche allait gagner ; et si d’aventure elle était victorieuse, ils n’étaient pas convaincus qu’elle s’engagerait vis-à-vis de Lip. La CFDT-Lip, représentée par Charles Piaget et Roland Vittot, finit par accepter à contrecœur de soutenir la création d’une coopérative afin de maintenir en vie la communauté. Piaget déclara à l’AG en octobre 1977 que la seule raison qui l’avait poussé à revenir sur son opposition à l’établissement d’une coopérative, c’était que le « trésor de guerre » ne pouvait durer éternellement et qu’il ne voyait pas d’autre solution25. Il n’était pas convaincu qu’une victoire de la gauche aux législatives attirerait à Palente les investissements souhaités, mais il craignait qu’une victoire de la droite ne soit suivie d’une offensive contre Lip et d’autres usines occupées, qui conduirait à leur asphyxie ou à l’expulsion des travailleurs26.

    8Cependant, la possibilité de relancer une entreprise capitaliste – contexte habituel de fonctionnement des syndicats – ayant disparu, la direction de la CFDT-Lip se montrait peu disposée à faire avancer les choses. Jean Raguénès et Michel Garcin, rejoints par Gérard Cugney, mécanicien et ancien secrétaire du comité d’entreprise qui serait plus tard, comme Michel Garcin, élu au directoire de la coopérative, se rencontrèrent pour discuter de la question. Ils décidèrent que la coopérative était la seule solution viable, qui rendrait manifeste « notre rage de vivre dans cette usine, quel que soit le résultat des élections27 ». Jean Raguénès affirma que « ce n’est pas pour enterrer le conflit, c’est pour nous prendre en main sans attendre de solution miracle du pouvoir, pour conserver dans son intégralité l’aspect “communautaire” du conflit28 ». C’est aussi en mettant en avant la collectivité que Charles Piaget formulait son soutien peu enthousiaste : « si on perd, on mourra, mais on mourra tous ensemble29 ».

    9Au cours d’une AG « éclatée » durant toute une journée, les problèmes auxquels étaient confrontés les Lip furent débattus en groupes de quinze à vingt personnes30 ; puis, en plénière, l’AG vota pour la mise en place d’une coopérative en novembre 1977, et Les Industries de Palente (la SCOP L.I.P.) furent créées en janvier 197831. Michel Garcin expliqua son vote, disant qu’il se fondait sur l’aspiration à la sécurité qui motivait les Lip : « Aujourd’hui nous avons l’impression d’être dans un camion sans direction et sans freins qui foncera dans un gouffre. Il faut prendre la direction en main32. » Dans un numéro de L’Heure, supplément de Lip Unité tiré à plusieurs centaines de milliers d’exemplaires et distribué nationalement, il était affirmé sans ambages qu’en votant pour une coopérative, « notre projet n’[était] pas de créer une coopérative » ; il était de créer une structure juridique permettant de signer des contrats dans le but de donner à tous un emploi33. La difficulté majeure confrontant les Lip dans les années qui ont suivi fut le fait qu’une coopérative qui fonctionnait dans une usine occupée était illégale. De surcroît, comme le reconnaissait Michel Jeanningros, la SCOP L.I.P. était « l’inverse d’une coopérative normalement constituée », car elle avait démarré sans capital, mais avec un effectif de salariés important, le maintien des emplois étant sa raison d’être, alors que la plupart des coopératives se lancent avec un investissement et un personnel limité, pour ensuite se développer progressivement34. Quant au préfet, il interpréta le vote aboutissant à créer une coopérative comme étant un sérieux revers pour le mouvement. Réintégrer le système économique réduirait « à presque rien l’exemple, qui aurait pu être contagieux, d’une contestation radicale par les Lip des mécanismes fondamentaux de l’économie libérale ». Comme d’habitude, il déplorait que les comptes rendus dans la presse aient « gommé cet aspect de la question ». Et de toute façon, il voyait dans cette décision « les germes de l’échec », puisqu’elle reposait sur le principe que Palente et ses machines allaient être vendus à la ville de Besançon, transaction qu’il était fermement décidé à empêcher35.

    10La décision de fonder une coopérative était une tentative de préserver la communauté issue de la lutte. Tous savaient que ce ne serait pas la « résurrection » du Lip d’autrefois36. Confrontés à l’inaction tant des pouvoirs publics que des investisseurs, selon Charles Piaget, « nous n’avions plus qu’une alternative : ou mourir dignement sur une barricade ou essayer de créer une coopérative37 ». Au printemps 1978, l’effectif était de 425 personnes, 233 femmes et 192 hommes, mais deux ans plus tard, la coopérative ne comptait plus que 300 salariés, et au printemps de 1981, ils n’étaient plus que 25038. Les premières embauches eurent lieu en mars 1978 ; à l’automne 1978, l’horlogerie et la mécanique employaient environ 25 personnes, puis une soixantaine à l’automne 197939. Mais tous les membres de la coopérative travaillaient dans l’une de la trentaine de commissions consacrées à la production artisanale et industrielle, à l’entretien de Palente, aux actions auprès des chômeurs de Besançon, à la popularisation de la lutte et à la vente des montres40.

    11La création de la coopérative remit en cause la culture du consensus sans hiérarchies formalisées qui caractérisait Palente en introduisant des structures de gouvernance correspondant à celles qui seraient exigées pour donner un statut légal à l’entreprise et en mettant en place un règlement qui précisait les modalités de participation. Tenant compte de la nature hybride de la coopérative, l’AG élut un conseil de surveillance de douze membres, composé de six représentants du personnel et de six employés du côté « économique », ayant pour la plupart le statut de technicien ou de cadre. Ce conseil désigna à son tour un directoire de trois membres, chacun ayant un mandat de quatre ans41. Bon nombre des futurs dirigeants de la coopérative avaient bénéficié des formations dispensées par le CESI au personnel d’encadrement et des efforts de Claude Neuschwander pour encourager le dialogue entre ses cadres et les leaders ouvriers, deux initiatives qui, à l’époque, avaient été perçues comme apportant des formes d’expertise à une minorité qui n’était pas au diapason de la culture démocratique et égalitaire de la lutte. Le conseil et le directoire disposant d’autonomie, il était difficile à l’AG d’exercer un contrôle démocratique sur la coopérative42 ; d’où l’impression exprimée par un salarié qu’« entre une SA [société anonyme] et une coopérative les différences ne sont pas nombreuses43 ».

    12De plus, une collectivité fondée sur le travail n’exigeait pas la même chose de ses membres qu’une communauté reposant sur la participation active à un mouvement social. Les dix-huit mois qui s’étaient écoulés entre la nouvelle occupation de Palente et le vote en faveur de la coopérative en novembre 1977 avaient vu s’ouvrir une brèche entre ceux qui demeuraient actifs dans la lutte et ceux qui la suivaient de loin44. Avec le démarrage de la coopérative, cette division risquait fort de perdurer. Raymond Burgy et Charles Piaget devaient plus tard faire remarquer que dans la mesure où la coopérative payait à tous un salaire, alors même que l’usine ne pouvait fournir du travail à la plupart d’entre eux, « être embauché signifie un autre rythme, des astreintes différentes, la perte de l’“espace de liberté” de la lutte, pour le même salaire45 ». La réponse de la CFDT-Lip fut de reformuler le discours de la lutte de classes, disant que ceux qui laissaient à d’autres le soin d’endosser des responsabilités dans la coopérative sans apporter eux-mêmes de contribution pratiquaient une forme d’« exploitation46 ». L’une des premières mesures prises en décembre 1977 fut d’exiger que chacun des 450 membres signe un « contrat collectif », qui complétait le contrat introduit lorsque la production avait repris six mois plus tôt.

    13Ce nouveau contrat stipulait que le salaire n’était pas un droit. Ceux et celles qui étaient embauchés par la SCOP L.I.P. (et, plus tard, par la coopérative des commissions artisanales) touchaient le même salaire de base que ceux et celles qui n’avaient pas encore d’emploi. L’assistance aux AG était obligatoire ; tous devaient s’inscrire en arrivant, et les feuilles de présence étaient ramassées quinze minutes après le début de la réunion pour pointer les retards. L’objectif était de réhabituer les salariés, qu’ils aient un emploi ou non, aux pratiques liées au travail dans l’usine qu’ils avaient perdue en 1973, puis à nouveau en 1976 ; ce n’était pas de créer une usine radicalement transformée par la lutte menée pour sauver celle qu’ils avaient perdue47. Outre la participation à certaines tâches – garde de l’usine la nuit ou fonctionnement du restaurant –, le contrat stipulait que tous devaient travailler dans les commissions dont ils faisaient partie au moins 25 heures par semaine, à horaires fixes le matin et l’après-midi. Les retards répétés étaient sanctionnés par une amende et en cas d’absence de plus de quatre jours pour raisons de santé, un certificat médical était exigé48. Il arrivait aussi qu’on ait recours à la stigmatisation, quand les noms de ceux qui ne respectaient pas le règlement étaient lus en AG49. Après la faillite de la CEH, de nombreuses ouvrières et employées avaient pris l’habitude de ne pas travailler l’après-midi, et auraient préféré commencer plus tôt le matin pour faire le même nombre d’heures sans avoir une pause déjeuner de deux heures et demie, qui leur faisait terminer leur journée de travail en fin d’après-midi. La réaction de Charles Piaget fut de dire qu’« il faut choisir entre les habitudes et le conflit », les habitudes étant les pratiques acquises pendant la lutte, et le conflit désignant à présent la préparation à la reprise du travail50. En 1979, la durée du travail hebdomadaire fut portée à des « horaires de lutte » de 40 heures par semaine, le temps de travail journalier étant fixé de façon identique pour tous : 7 heures-12 heures et 13 heures-16 heures Chaque groupe de travail exerçait un contrôle sur ses membres et ceux qui étaient systématiquement en retard se voyaient retenir une partie de leur paie51.

    14Un représentant des salariés explique ainsi l’importance d’avoir des horaires fixes pour tous : « C’est une contrainte que nous avons tous acceptée afin d’avoir une présence dans l’usine qui ressemble à une présence d’une usine normale, d’avoir une activité qui ressemble à ce qu’une usine normale montre vis-à-vis de l’entourage et de la population52. » Et Charles Piaget affirme que « nous ne pourrons maintenir la coop qu’en étant très stricts ». En attendant de savoir si l’État accorderait à la coopérative un statut légal, il fut décidé de passer à des horaires journaliers complets, même si au départ elle n’était en mesure de donner du travail qu’à une poignée d’employés. Comme l’explique Piaget en mai 1978, « si le plan industriel [présenté aux pouvoirs publics pour la reconnaissance de la coopérative] est accepté, ce serait le coup de sifflet de l’arbitre, il faut donc que nous soyons bien entraînés53 ».

    15La présence à l’usine était particulièrement importante à certains moments. Les ouvriers fabriquaient à la fois des montres et, tout aussi essentielle, leur image de travailleurs consciencieux. C’est sur celle-ci qu’insista Charles Piaget en expliquant au personnel, à la mi-novembre 1977, pourquoi le collectif serait strict dans son application des nouveaux horaires de travail54. Quand Edmond Maire, le secrétaire général de la CFDT, se rendit à Palente en février 1978, la CFDT-Lip chercha à démontrer, par « l’orthodoxie retrouvée de ses formes d’action », qu’elle n’était plus cette aberration réfractaire et qu’elle méritait à présent d’être pleinement soutenue par la confédération. Roland Vittot informa l’AG qu’afin de garantir la présence de tous dans l’usine, tout retardataire ou tout absent le jour de la visite d’Edmond Maire se verrait infliger une sanction des plus sévères55. Quand des visiteurs venaient voir l’usine, il était enjoint aux ouvriers de répondre à leurs questions et de ne pas jouer aux cartes dans les ateliers, même s’ils n’avaient pas de travail à faire56. Mais tout en donnant l’apparence d’une usine en état de produire, il fallait continuer à mener des actions permettant de créer les conditions pour qu’elle le devienne. Lors d’une AG en mars 1978, Fatima Demougeot apostropha les dirigeants syndicaux : « Faudrait savoir ce que vous voulez faire. […] Vous nous dites qu’il faut bosser. Nous on est d’accord. Et puis cinq minutes après, on bosse plus, parce qu’il faut descendre en ville coller des affiches ou faire une manif – c’est pas logique57 ! » Et comme la coopérative cherchait à attirer des commandes, les manifestations furent à leur tour remises en question, car elles risquaient de décourager les clients potentiels58.

    16De nombreux salariés étaient irrités par ce qu’ils voyaient comme des efforts pour donner à la coopérative l’allure d’une usine « normale » aux yeux des clients potentiels : « ils voulaient déjà enlever toutes les affiches dans les couloirs59 ». En dépit du contrat que tous avaient signé, les dirigeants étaient obligés de les sermonner pour qu’ils accomplissent les tâches nécessaires à la survie de la communauté. En juin 1978, la préfecture rapporte que presque tous les lundis, Charles Piaget houspillait les ouvriers à l’AG, leur reprochant de se dérober de façon à ne pas avoir à prendre leur tour de garde. Il dut menacer ceux qui manqueraient à cette obligation deux fois dans un même mois de se voir retenir leur paie60. Six mois plus tard, Piaget se voyait contraint d’avertir l’AG que de nombreux employés ressortaient de l’usine après s’être présentés au travail, et que des mesures de surveillance accrues seraient prises pour les en empêcher61.

    17L’imposition de sanctions pour absentéisme aux AG ou aux réunions de commissions, ou pour avoir manqué un jour de travail ou laissé passer un tour de garde, faisait l’objet de débats animés62. Cela semblait être en contradiction avec le caractère facultatif du militantisme des travailleurs, dans la mesure où la plupart des activités auxquelles ils se dérobaient ne relevaient pas, pour eux, d’un travail salarié. Certains avaient l’impression que l’application de ces mesures disciplinaires avait pour but de les décourager de rester à Palente63. Par une série de votes serrés en février 1978, l’AG se mit d’accord pour sanctionner les fautifs dans certaines situations, mais de faire preuve d’une certaine indulgence dans d’autres64. En mars, cent salariés virent leur paie ponctionnée pour avoir rogné sur leurs heures de travail ; le mois suivant, une trentaine de personnes subirent une déduction sur leur salaire en raison de leurs absences répétées65. En novembre 1978, cette même sanction continuait d’être appliquée en cas de manquements au tour de garde et d’absences66. En juin 1979, lors d’une AG à laquelle seules 160 personnes étaient présentes, Charles Piaget rappela que « les AG sont aussi importantes que la présence au travail », et annonça que l’équivalent de deux heures de paie serait déduit des salaires des absents67.

    18À l’automne 1978 la fabrication de montres avait atteint le chiffre d’environ 500 par jour, rythme qui fut maintenu tout au long de l’année 1979, avec une production mensuelle d’environ 10 000 unités68. Celle-ci était limitée par la disponibilité des pièces, qui exigeaient pour leur stockage une température et un degré d’humidité constants. Les coupures de courant avaient endommagé certaines pièces détachées séquestrées à Palente en 197669. Lip avait toujours tiré fierté de la qualité de sa production, mais la détérioration des pièces conduisit à une augmentation du nombre de montres présentant des défauts70. Et en tout état de cause, le maintien de la production supposait d’avoir accès à une réserve de pièces plus importante. Les grandes entreprises comme France Ébauches SA refusaient d’en vendre à la SCOP L.I.P. tant que la coopérative n’aurait pas de statut légal et d’autorisation de crédit bancaire. Ce qu’étaient en mesure de fournir les entreprises de Besançon, plus petites, était modeste, mais la coopérative persévéra dans ses efforts, et en décembre 1979, les renseignements généraux rapportaient avec dépit qu’elle achetait des mouvements de montres et d’autres pièces détachées à des entreprises suisses et françaises71.

    19Quand la CEH avait fait faillite en 1976, la France aurait peut-être encore pu tirer parti de l’expertise de Lip en matière de recherche pour préserver et développer son industrie horlogère. Mais elle en avait laissé passer l’occasion, ce qui s’est reflété dans l’évolution qui a suivi le vote pour établir la coopérative en novembre 1977. L’enjeu du conflit de 1973 avait été l’avenir de l’atelier de mécanique, mais en 1977 il était devenu évident que l’avenir de l’entreprise se situait dans la mécanique de précision. À l’été 1979, un rapport issu des Industries de Palente indiquait que les mécaniciens avaient travaillé en sous-traitance pour 68 entreprises, fabriquant des pièces détachées d’automobile, d’avion et de satellite pour des sociétés importantes – la SNIAS, Air Industrie, Thomson-CSF, Alcatel, Schlumberger, Bugatti, Kodak, EDF, Alsthom Air –, produisant même des éléments destinés au train d’atterrissage du Concorde et de l’Airbus. Quoique Palente ait été privé de téléphone par l’administration publique, la coopérative L.I.P. fabriquait malgré tout pour les PTT des composants électroniques et des fibres optiques, par le biais de la sous-traitance. Comme le fit observer Roland Vittot, « quand la rentabilité est là notre illégalité n’a plus d’importance72 ».

    Les ventes de montres

    20C’était pourtant de la vente de montres que provenait l’essentiel des fonds permettant de payer les salaires. Entre le 17 juin 1977 et le 12 août 1979, il s’en vendit 110 000. En novembre 1978, le préfet, exaspéré, demandait si la coopérative était « autre chose que la façade honorable d’activités illicites poursuivies avec méthode ». Selon la police, afin de pouvoir assurer la paie des 340 salariés en novembre 1979, il fallait que la coopérative vende environ 4 000 montres par mois. Le mois suivant, en tenant compte des saisies qui avaient été effectuées, les renseignements généraux estimaient qu’il restait encore environ 35 000 montres cachées73.

    21En novembre 1977, Michel Garcin signale que la nouvelle coopérative a beau disposer de 100 000 montres, celles-ci ne peuvent pas se vendre par l’intermédiaire du réseau des horlogers-bijoutiers parce qu’il s’agit de « modèles quelque peu démodés ou défraîchis » (sans parler de l’hostilité des HBJO envers les Lip)74. Comment alors vendre leurs montres ? En avril 1978, les autorités rapportent qu’en dépit du fait que « le marché bisontin est désormais saturé », cinq équipes de deux personnes sillonnent le pays à la recherche de nouveaux débouchés ; ce même mois, Charles Piaget informe l’AG que 70 points de vente sont implantés dans des usines et des locaux de la CFDT à travers toute la France75. Un de leurs marchés restait celui des visiteurs venant à Palente. À l’été 1978, les salariés prirent l’initiative d’une campagne « Allons à Lip » afin de prévenir l’éventualité d’une expulsion76. Mais même si, en 1979, ils fabriquèrent pour les écologistes allemands une série de montres portant les mots « Atomkraft? Nein danke » sur le cadran, Lip ne suscitait plus le même intérêt qu’auparavant. Selon la police, en août 1979, au plus fort de la saison touristique, Palente ne recevait qu’une vingtaine de visiteurs par jour77. Quant aux comités d’entreprise à travers la France, s’ils étaient intéressés, on leur demandait de se rendre à Palente acheter un échantillon des différents modèles disponibles pour les montrer à leurs salariés, qui pouvaient ensuite les commander : elles ne seraient à payer (en liquide) qu’à la livraison, et les Lip se chargeraient des expéditions pour les commandes qui dépassaient cent. Il était aussi possible de commander individuellement, avec paiement à la réception78. La coopérative en vint néanmoins de plus en plus à dépendre d’un groupe de quinze à vingt employés de Lip qui assuraient les ventes aux fêtes du PS et du PSU, aux manifestations comme celles du Larzac et à travers les réseaux mis en place dans les entreprises ou basés sur les anciennes mini-commissions79.

    22Les ventes ne constituaient pas toutes un acte explicitement politique. Dans une brochure de la SCOP L.I.P. du printemps 1979, on pouvait lire : « Bientôt !… les communions, la fête des mères, la fête des pères ; une occasion de faire plaisir ; choisissez son cadeau parmi nos montres80 !… » Il n’était fait aucun effort, comme cela avait été le cas en 1973, pour appliquer la TVA ou d’autres taxes normalement perçues dans les transactions officielles. Étant donné les prix pratiqués, les militants se demandaient si les acheteurs agissaient par solidarité ou pour profiter d’une bonne affaire. Tandis que la coopérative cherchait à se donner un statut légal, la police, dans certaines régions de France, avait pour consigne de saisir les montres identifiées comme provenant du stock séquestré, mais d’autoriser les Lip à garder les montres et les horloges que la coopérative avait produites81. Ce qui contraria le plus le préfet furent les accords conclus en 1978 avec la CAMIF pour la vente de montres. Au printemps 1978, Les Industries de Palente livrèrent à la coopérative enseignante un millier de montres ne portant pas la marque Lip, fabriquées avec des pièces qui avaient été rachetées au syndic de liquidation de la CEH82. En septembre 1978, le préfet exprima ses craintes que la vente de montres ne « s’officialise » sous la forme de publicités dans le magazine de la CAMIF, « qui n’hésite pas à souligner l’intérêt pour l’acheteur de vente sans facture ni TVA83 ».

    23Les salariés n’étaient pas les seuls à avoir mis à l’abri des montres Lip. Au début décembre 1977, le syndic vendit un lot de montres aux plus offrants, qui se proposaient de les commercialiser sur les marchés ou dans les magasins. Ces montres étaient entreposées depuis deux ans, n’avaient pas été vérifiées ni préparées pour la vente. Les salariés de Lip firent savoir qu’elles étaient par conséquent de qualité douteuse ; ils en connaissaient les numéros de série et n’effectueraient aucune réparation dessus84. Mais après les élections de mars 1978, les Lip rachetèrent eux-mêmes ce lot, en assurèrent la finition et purent en vendre légalement 3 000 le mois suivant à la Foire-Exposition de Besançon, à temps pour les premières communions85. Cette incursion dans les procédures de vente légales fut toutefois de courte durée, et les Lip se remirent à jouer au chat et à la souris avec la police.

    L’épée de Damoclès

    24Pendant ce temps, l’État faisait tout son possible pour mettre fin à l’héritage vivant de 1968 que représentait Palente. À l’été 1976, le préfet fit le bilan de seize études menées sur l’entreprise en faillite et en conclut qu’il n’y avait aucune chance de pouvoir relancer la SEHEM, n’envisageant même pas que certaines de ses composantes puissent se réinstaller à Palente86. L’État avait toutefois un rôle important à jouer pour garantir que ce verdict se réalise. Le préfet chercha à s’assurer que la municipalité ne créerait pas les conditions de la réussite des salariés et poursuivit sa tentative d’étouffer le mouvement en mettant fin aux ventes de montres. Au niveau national, les ministères concernés firent obstacle aux efforts des ouvriers pour faire reconnaître à la coopérative le statut légal qui lui permettrait de signer des contrats et d’obtenir des prêts, d’abord en faisant comme si la SCOP L.I.P. n’existait pas, puis en posant des conditions telles que rien de ce qui avait fait de Lip une communauté ne pourrait survivre dans une coopérative répondant à leurs exigences.

    25Depuis juillet 1977, le maire de Besançon, Robert Schwint, était engagé dans des négociations avec le syndic de l’entreprise en faillite pour racheter Palente. La municipalité louerait une partie du site à la SCOP L.I.P. pour un loyer symbolique, et le reste à d’autres entreprises. Le préfet considérait que ce projet était peu réaliste, n’imaginant pas que d’autres sociétés voudraient partager des locaux avec les Lip ; un directeur de service au ministère de l’Industrie fit plus tard la remarque : « les 9 hectares de terrains seraient pratiquement stérilisés ». Le préfet commença toutefois à avoir des inquiétudes en janvier et février 1978. Le syndic, qui avait exprimé son accord pour vendre Palente à la ville, ne revint sur sa décision que confronté à l’opposition des créanciers. Le procureur général explique que « plusieurs créanciers de Lip SA, eux-mêmes industriels horlogers, ont préféré courir le risque d’une perte d’actif, que celui d’une réussite – pourtant bien problématique – de la SCOP L.I.P., dont ils redoutaient par ailleurs la valeur de référence ». Avec les élections de mars en vue, le préfet note que ce refus « a porté un coup sensible » au conseil municipal à majorité socialiste, en particulier à Joseph Pinard, conseiller municipal socialiste qui se présentait aux législatives87.

    26Cette situation s’avéra révélatrice pour le nouveau préfet, Michel Denieul, qui, depuis sa nomination en mai 1977, s’attachait à mettre fin au « caractère contagieux de l’expérience autogestionnaire ». Besançon connaissait d’importants licenciements dans les secteurs du textile, de l’horlogerie et de la construction. « S’il a ainsi perdu de sa virulence dans l’ensemble du pays, le microbe Lip n’en demeure pas moins fort dangereux pour Besançon. » Mais de son point de vue, le cas de Lip faisait aussi ressortir les pires défauts des notables de la ville. À propos de la vente de Palente, il déclare que le syndic « a varié de cap à 180 degrés à plusieurs reprises » ; « ces palinodies illustrent bien l’irrésolution congénitale de nombre de représentants bisontins des classes moyennes et commerçantes, ainsi que la très relative lucidité de certains de ceux qui s’expriment en leur nom ». Il estimait cependant que la gauche était encore plus condamnable : pour le maire, comme pour les ouvriers, la vente « revêt une priorité non pas du tout industrielle ou technique, mais bien psychologique et politique88 ».

    27La survie de la coopérative en attente de légalisation dépendait des ventes de montres. Faire cesser celles-ci en confisquant les montres était une priorité pour le préfet. En juin 1978, il rapporte qu’une voiture contenant 155 montres qui devaient être vendues en Belgique avait été arrêtée à la frontière du Luxembourg. Dans son esprit, cet incident mettait en évidence la position contradictoire de travailleurs qui demandaient l’aide de l’État tout en agissant illégalement ; et, peut-être naïvement, il espérait que ceux-ci prendraient peur : « Chez les “Lip”, cette action de Police a ravivé les inquiétudes de ceux qui auraient tendance à faire fi de l’épée de Damoclès qui menace les atteintes graves et répétées à la légalité89. » Quelques jours plus tard, le préfet réussit un coup bien plus spectaculaire quand la police de Besançon saisit plus de 7 000 montres récemment fabriquées à Palente, mais qui avaient été mises à l’abri dans le garage d’un employé par crainte d’une descente de police sur l’usine90. Enfin, en novembre 1978, des inspecteurs de la police nationale, accompagnés de plusieurs dizaines de policiers municipaux, eurent raison des ouvriers qui montaient la garde la nuit et s’introduisirent de force à Palente avec l’aide de deux serruriers. Une demi-heure plus tard, ils en ressortaient avec 3 886 montres du stock séquestré en 1976 et conservé dans la chambre froide ; ce qui portait à 12 000 le nombre de montres récupérées. « Cet épisode », rapporte le préfet, « confirme que l’usine de Palente n’avait rien d’un sanctuaire, et que la Justice et la Police n’étaient pas réduites à l’impuissance ». Les ventes se poursuivirent, mais en prenant de nouvelles précautions. Le mois suivant, les ouvriers qui s’en chargeaient reçurent l’ordre de communiquer par écrit plutôt que par téléphone91.

    28Et pourtant, quand on voulait, on pouvait toujours. Un prêtre, ami proche de Jean Raguénès, avait hérité de l’entreprise de construction de son père. Il fit don d’une partie de sa fortune à son ordre religieux et mit le reste au service de causes justes, dont le mouvement Lip, auquel il donna quinze lingots d’or. C’est ainsi que Jean Raguénès fut amené à suivre le cours de l’or afin de guetter le moment favorable pour les vendre. L’opération rapporta quelque 100 000 francs. À son tour, Charles Piaget pensa à l’or existant sous la forme de boîtiers de montres à Palente. Il le fit remettre à la fonte et Jean Raguénès s’adressa à un autre prêtre, à Paris, qui se chargea de le vendre pour le compte des Lip, lui expliquant qu’il s’agissait d’or provenant d’ornements liturgiques qui ne servaient plus92 – description dont on pourrait peut-être dire qu’elle s’appliquait aux montres. Mais l’avenir des Lip ne pouvait pas être fondé sur de telles actions.

    Le plan de développement

    29Si les Lip avaient voté en faveur d’une coopérative en novembre 1977, c’était par désir de faire valoir leur cause en cas de victoire de la gauche aux législatives de mars 1978. Face à son échec, ils furent contraints de réfléchir à la viabilité de la coopérative en tant qu’institution. En avril 1978, Charles Piaget faisait cette analyse : « On sent bien qu’il est nécessaire d’être plus économiste que politique et que ce n’est pas avec le drapeau de l’autogestion qu’on gagnera. Sans pour autant nous renier, on a décidé de montrer qu’on était capables d’aborder toutes ces questions économiques et financières93. » Si la ville de Besançon rachetait Palente, elle ne pouvait la louer qu’à une personne morale. L’obtention d’un statut légal mettrait également fin aux coupures des services publics et permettrait à la coopérative de faire des emprunts et de signer des contrats avec des clients. À la fin de 1978, Les Industries de Palente s’étaient déjà vu proposer un prêt de 4 millions de francs par un groupe de coopératives, et un autre de 8 millions par la CAMIF, mais pour pouvoir donner suite, il fallait l’autorisation du ministre de l’Économie et des finances. Or ce dernier refusait de l’accorder tant que la coopérative n’aurait pas de statut légal, décision qui dépendait elle aussi de son ministère94. D’autres aspects des activités des Industries de Palente étaient également affectés. Début 1978, elles avaient négocié un contrat avec l’Algérie pour la production de compteurs de pompe à essence, qui donnerait deux mois de travail à 30 ou 40 personnes, mais l’État avait bloqué le transfert de fonds depuis la Banque d’Algérie95.

    30Pour que soit reconnu le statut légal de la coopérative, celle-ci devait faire approuver par l’État un plan de développement. En décembre 1977, le cabinet Syndex, qui avait déjà exprimé son soutien à l’établissement d’une coopérative, envoya deux ingénieurs, Dominique Marre et Bruno Parmentier, pour aider les commissions de travailleurs à élaborer leur projet96. Bruno Parmentier allait rester avec la coopérative jusqu’en 1981. Sorti de l’École des mines en 1972, il avait travaillé plusieurs années pour une coopérative agricole au Mexique. Le Chili avait fait appel à lui en 1973 pour participer à la nationalisation des mines de cuivre, mais une semaine avant son arrivée avait eu lieu le coup d’État qui avait renversé le gouvernement Allende97.

    31Le plan Syndex reconnaissait d’entrée de jeu la quasi-disparition du potentiel de recherche dont avait disposé la CEH dans le domaine de la montre à quartz. Dans l’état actuel des choses, c’était le montage qui constituait l’avenir de l’horlogerie dans le cadre de la coopérative. Celle-ci fabriquerait les boîtiers de montres, mais ne produirait ni les pièces détachées, ni les mouvements, qui seraient achetés à une société allemande. Cela n’intéressait plus les horlogers-bijoutiers de vendre des montres Lip, et en l’absence de budget publicitaire important, les grands magasins ne les distribueraient pas non plus. Même en ayant obtenu un statut légal, la coopérative aurait encore besoin de vendre ces montres par d’autres circuits. Le fonctionnement par sous-traitance de l’atelier de mécanique serait désormais régularisé98. Poursuivant le travail de la Société coopérative des études industrielles de Palente (SCEIP), la coopérative jouerait également un rôle de consultant en matière de transfert de technologie, en tant que « donneur de savoir faire99 ». Des 400 salariés encore à Palente, 200 seraient embauchés dès le début, dont 80 passeraient d’abord par un programme de formation professionnelle. Le plan prévoyait l’emploi de plus de 600 personnes (c’est-à-dire beaucoup plus que le nombre encore à Palente en 1978) dans un délai de quatre ans, mais sur la totalité des membres faisant partie de la coopérative en 1978, 200 devraient attendre quelque temps avant d’avoir un emploi dans l’usine100 ; ils auraient des activités artisanales, seraient chargés du journal Lip Unité ou d’autres tâches, et recevraient un salaire de la coopérative101.

    32Le plan fut rédigé dans l’intention de présenter aux pouvoirs publics un argumentaire convaincant, mais de nombreux salariés l’ont perçu comme un projet venu de l’extérieur, élaboré par Syndex en consultation avec le directoire, sans demander l’avis du personnel. Il abandonnait la stratégie de coordination avec les entreprises en lutte et renonçait à tout effort pour faire pression sur l’État, laissant « sur le tapis plus de monde que le Plan Giraud102 ». Mais lors des premières discussions du projet en juillet 1978, ce qui souleva l’opposition la plus forte fut la clause rendant les travailleurs responsables d’une partie du financement de la coopérative, afin de respecter les critères fixés par l’État pour ce type d’entreprise et de répondre aux attentes des organismes de prêt potentiels. L’investissement par les salariés devrait précéder tout financement extérieur. Chacun d’entre eux, y compris les 80 qui n’avaient pas adhéré comme membres au moment du vote pour la coopérative par l’assemblée générale, devrait faire un versement immédiat de 750 francs. Cette somme constituait la première fraction de l’obligation dans laquelle se trouvait chaque coopérateur d’acheter 2 450 francs de parts (49 parts de 50 francs chacune) – somme plus élevée que le salaire mensuel de bon nombre d’entre eux – pour parvenir à un investissement par les employés se montant à un million de francs, somme jugée suffisante pour permettre à des organismes extérieurs d’accorder des prêts à la coopérative103.

    33Personne, toutefois, n’était plus critique du projet que le préfet, dont l’objectif restait de mettre fin au fonctionnement de Palente. D’après lui, la coopérative serait incapable de passer le cap de la période initiale sans avoir recours à des ventes illégales. Et il pensait que le projet lui-même était trop ambitieux. Non seulement rester à Palente supposerait l’achat de l’usine, des machines, et du stock de montres et de pièces saisi en 1976, mais le site lui-même était trop étendu et reviendrait trop cher en chauffage pour la taille de la coopérative telle qu’elle était prévue ; il nécessiterait par ailleurs de faire appel à des fonds de développement de l’État à une échelle qui dépassait ce que la ville de Besançon pouvait se voir octroyer104. Les autorités départementales et régionales avaient d’ailleurs soumis leur éventuelle participation au rachat de Palente à la condition que le ministère de l’Industrie s’engage d’abord à contribuer au financement de la coopérative105. Et c’est bien là ce qui inquiétait par-dessus tout le préfet : Paris le suivrait-il dans son intransigeance ? Il doutait de la fermeté du ministère de l’Industrie, qu’il percevait comme étant « toujours fortement imprégné de l’état d’esprit qui amena jadis M. Charbonnel à soutenir le projet Neuschwander ». Les fonctionnaires du ministère « sous-estiment partiellement les difficultés techniques de concrétisation du projet des Lip, et totalement les aspects psychologiques et politiques d’ensemble de celui-ci106 ».

    34Convaincu que la présence des salariés à Palente « continue encore à porter tort à la réputation » de Besançon, le préfet envisageait de leur faire quitter l’usine et d’utiliser des fonds publics et privés de taille modeste pour établir une coopérative employant 100 (et non pas 400) personnes, qui ferait du travail de sous-traitance pour d’autres entreprises horlogères. Mais, écrivait-il en exprimant sa contrariété au ministre de l’Intérieur en novembre 1978, pour qu’il puisse mettre ce projet à exécution, il faudrait que les autres ministères cessent de repousser la décision sur le sort des salariés, ce qui ne servait qu’à leur donner de faux espoirs. Il était grand temps d’être « à la fois plus clair et plus ferme. L’illégalité devrait être sanctionnée, de quelque façon et dans quelques domaines qu’elle se manifeste ». Il concluait en rappelant que c’est ce que lui-même avait fait, et qu’il avait obtenu de bons résultats : « Du moins tout a-t-il été fait, au plan local, pour qu’il [Lip] perde de sa virulence et de son exemplarité ; l’élection en mars dernier d’un candidat de la Majorité dans la première circonscription du Doubs [à Besançon, contre le socialiste Joseph Pinard] a bien montré que les Lip n’étaient plus prophètes en leur pays107… »

    Négociations

    35Le projet de coopérative avait été élaboré à l’intention d’un gouvernement qui avait peu de raisons de souhaiter présider à la renaissance de Lip sous quelque forme que ce soit. Mais à présent que les travailleurs de Palente se montraient disposés à revenir dans le droit chemin, la CFDT proposa de leur apporter son aide. En mai 1978, Jacques Chérèque déclara que « le dossier Lip étant chargé d’explosifs politiques, la confédération CFDT dans un premier temps semble être l’interlocuteur privilégié pour engager des négociations avec les pouvoirs publics108 ». Cependant, ni la confédération ni le préfet ne parvenaient à faire en sorte que l’État abandonne sa stratégie de laisser péricliter Lip. Ce sont en fait quelques intellectuels, avec lesquels le président Giscard d’Estaing avait cherché à nouer des liens, qui ont joué un rôle crucial pour obtenir de l’État une réponse au projet de coopérative qui fut soumis au ministère de l’Industrie en juillet 1978. L’argument qu’ils avançaient était qu’en faisant preuve d’initiative sur le dossier L.I.P., le chef de l’État pourrait afficher sa différence par rapport à la vieille droite de Georges Pompidou et de Pierre Messmer. Après avoir servi d’emblème à la nouvelle gauche, Lip pourrait remplir la même fonction pour la droite moderne, telle que la concevait le Président. Lors d’une réception à l’occasion d’un colloque sur « le libéralisme et l’horizon [19]80 », organisé par M. Giscard d’Estaing et plusieurs « nouveaux philosophes », Maurice Clavel en profita pour parler à Lionel Stoléru, secrétaire d’État aux travailleurs manuels. L’écrivain défendit la cause des travailleurs de la SCOP L.I.P., insistant sur le fait qu’ils prévoyaient de démarrer avec des emplois à la production pour la moitié des salariés, qui contribueraient à soutenir financièrement les autres employés109. Dans une lettre adressée au ministre du Commerce et de l’artisanat, il formulait leur lutte en termes de morale : « Je ne saurai dire – mais on sait – à quel point depuis cinq ans cette cause m’est chère par son esprit digne de Proudhon et de Péguy, par la constance, l’abnégation, l’amour véritable, par une spiritualité qui gêne et déconcerte110… » Tout aussi importants furent les efforts d’André Frossard, qui présenta personnellement le projet au Premier ministre Raymond Barre111. Les interventions des intellectuels suscitèrent une réaction de la part du gouvernement de Giscard d’Estaing, mais celle-ci prit la forme de conditions posées à sa participation à des négociations sur le statut légal de l’entreprise. Lors d’une réunion à Matignon en novembre 1978, il fut signifié aux représentants de la coopérative qu’ils devraient désigner comme directeur une personne ayant une expérience industrielle et n’ayant pas été mêlée au conflit chez Lip ; il leur était aussi intimé d’accepter que tout projet d’embaucher à terme tous les membres de la coopérative serait subordonné aux résultats économiques obtenus.

    36Le préfet fit en sorte de conforter le gouvernement dans son entêtement. La ville de Besançon n’avait pas renoncé à son projet d’acheter Palente, et le préfet continuait à craindre que Paris céderait. En janvier 1979, il adressa un courrier au ministre de l’Intérieur dans lequel il expliquait que ce n’était pas le moment de laisser « les hauts fonctionnaires de certains départements ministériels », qui étaient « victimes d’un complexe que je ne partage pas », compromettre ses efforts pour « “refroidir” l’affaire Lip » et pour empêcher la municipalité socialiste d’ouvrir la voie à une nouvelle affaire Lip par son rachat de Palente. Le préfet réaffirmait que l’État ne devait prendre aucune disposition financière ou administrative tant que durerait l’occupation de Palente, « dont l’aspect symbolique est évident pour tous ». Il ne pourrait rien en sortir de positif. « Prendra-t-on le risque d’une nouvelle affaire Lip-Neuschwander ? », ou celui du « maintien d’une sorte de “base rouge” animée par Piaget et Raguénès112 ? » Plus tard ce même mois, le préfet informait par courrier le ministre de la Justice qu’il fallait à nouveau pousser le syndic à rester ferme pour s’assurer qu’il n’allait pas vendre Palente à la ville de Besançon. Le préfet était convaincu que si la coopérative de Palente était mise en place, elle s’adresserait à plusieurs ministères pour obtenir une aide de l’État, qui ne lui serait vraisemblablement pas accordée : « ce sera un sujet permanent d’âpres revendications en direction du Gouvernement ». Il prédisait l’échec probable du projet, mais qu’ensuite « l’ouverture de droits nouveaux aux indemnisations à 90 % au personnel pour une nouvelle période » permettrait à la collectivité des Lip de ressusciter des morts113.

    37Le préfet avait tort de s’inquiéter. La coopérative accepta de se soumettre aux conditions fixées par l’État pour que puissent s’ouvrir les négociations sur son avenir. La désignation d’un directeur venu de l’extérieur suscitait une profonde méfiance, ce qui n’avait rien de surprenant. En janvier 1979, quand un candidat à ce poste suggéra que la taille de l’atelier de mécanique devrait être réduite par rapport à ce que prévoyait le projet, les mécaniciens se mirent en grève, rejoints par le personnel de l’horlogerie, qui se sentait lui aussi menacé114. La Confédération des sociétés coopératives de production recommanda la candidature de Libero Penna, qui fut recruté par le directoire en février 1979115. Celui-ci avait travaillé pendant dix ans après la guerre à Boimondau, au sein de la communauté qu’avait fondée Marcel Barbu à Valence, mais c’est en qualité de directeur qu’il fut nommé à la tête de la SCOP L.I.P. La coopérative n’avait pas augmenté les salaires, quoiqu’un certain nombre de ses membres aient pris de nouvelles responsabilités. L’écart de salaire entre un OS au bas de l’échelle et un ingénieur restait de l’ordre de un à deux. Libero Penna prit ses fonctions avec un salaire qui représentait environ six fois celui du salarié Lip le moins payé. Il suscitait en permanence le mécontentement. Si les ouvriers reconnaissaient les compétences techniques des ingénieurs, ils étaient critiques de celles des gestionnaires qui, dans le cas de Penna, se résumaient à adresser un chapelet de réprimandes à l’encontre de ceux qui étaient impliqués dans tous les aspects du fonctionnement de la coopérative116. Quand Libero Penna chercha à se justifier en prétendant qu’il n’avait aucun pouvoir, Dominique Bondu demanda pourquoi il en manifestait tous les signes extérieurs : « Il n’est alors pas étonnant que plus personne n’y comprenne rien et c’est le règne d’Ubu-Roi117. »

    38Le plan de développement reconnaissait l’impossibilité d’embaucher d’emblée tous les travailleurs, mais cette condition – accepter que tous ne pouvaient pas se voir promettre un emploi – allait à l’encontre de l’idéologie et de l’expérience d’un mouvement dont l’identité était ancrée dans le souvenir du vote du 12 octobre 1973. Cependant, en février 1979, contraint d’obtenir l’accord des pouvoirs publics, le directoire publia trois listes précisant le statut des différents emplois dans la coopérative ; les choix étaient effectués atelier par atelier, et se fondaient en priorité sur la compétence et l’apport potentiel en termes économiques, reléguant au second plan la participation au conflit. Les 160-170 personnes figurant sur la liste A seraient embauchées par la SCOP dès la première année ; les 90-100 de la liste B travailleraient dans les différents secteurs d’activité qui s’étaient développés à côté de l’usine de Palente ; aux 108 personnes de la liste C n’était attribuée aucune activité spécifique la première année, on leur laissait simplement entrevoir la possibilité d’être embauchées ultérieurement. À ces dernières, Charles Piaget affirma qu’elles devaient continuer à venir à Palente et qu’elles seraient payées comme avant par la coopérative, tout en leur conseillant de chercher du travail ailleurs. Cela faisait des années que les travailleurs disaient craindre que leurs dirigeants ne créent des situations qui les pousseraient à partir de leur propre gré, de sorte que l’usine n’aurait plus besoin de leur trouver des emplois ; la liste C semblait confirmer leurs soupçons. Jacky Burtz, qui était fermement opposé à ce que la communauté soit sacrifiée à l’établissement de la coopérative, évoque cette suggestion de chercher du travail ailleurs en attendant d’être rappelés quand la coopérative se développerait, la qualifiant de « diaspora des Lip […] un petit peu comme faisaient les Juifs118 ». Comme si cette injustice ne suffisait pas, les 108 de la liste C devaient néanmoins honorer leur engagement à souscrire des actions, par des versements mensuels de 110 francs – le capital étant destiné à racheter aux syndics les droits de la marque et les machines dont ils ne profiteraient vraisemblablement jamais119.

    39Les listes donnaient la priorité aux ouvriers qualifiés et aux agents techniques, autrement dit à des hommes qui formaient le noyau de la CFDT-Lip. Les membres du syndicat étaient majoritaires sur la liste A ; il en figurait moins sur la liste B, et encore moins sur la liste C. Sur cette dernière on comptait un nombre disproportionné de femmes OS, en particulier parmi les plus âgées, y compris de nombreux militants et militantes qui s’étaient investis corps et âme dans le conflit. Selon Fatima Demougeot, ceux-ci avaient été « “sélectionnés” puis évincés d’une lutte qui fut la leur120 ». Charles Piaget défendait la coopérative comme étant la seule possibilité viable et son rôle dans la présentation des listes était particulièrement troublant pour les travailleurs sur la liste C. Selon Paule, dont le nom figurait sur celle-ci, « quand le Charles a dit que la lutte ça ne comptait plus [dans la constitution de la liste], ce fut comme si on avait reçu un coup dans le dos121 ». La coopérative avait été perçue comme étant le choix qui permettrait le maintien d’une communauté où tous pourraient être réembauchés ; qu’elle s’avère obéir à des critères économiques fixés par l’État les sidérait. Alors que le mouvement avait débuté par les efforts des ouvriers qualifiés masculins pour rallier à leur cause les femmes OS afin de défendre et de conserver leurs emplois, il s’achevait sur le licenciement programmé de ces ouvrières spécialisées tandis que les ouvriers professionnels, eux, conservaient un emploi.

    40Le recrutement d’un directeur venu de l’extérieur, avec lequel les pouvoirs publics se sentaient en mesure de collaborer, et la publication des listes de travailleurs qui seraient ou non réembauchés immédiatement ont fini par faire réagir le gouvernement. Le préfet pouvait, certes, bloquer les fonds nécessaires à la municipalité pour le rachat de l’usine, mais il craignait toujours de voir les irréductibles de Palente avoir gain de cause. Présentant son action sous un jour conciliant, il écrivit au Premier ministre en avril 1979 que Lip était « une plaie qu’on peut sans doute aujourd’hui enfin cicatriser », soulignant qu’il était important de ne pas laisser passer l’occasion : « C’est la raison pour laquelle je me suis attaché à tenter d’en maîtriser l’évolution avec toute la vigilance possible, sur le plan local comme au niveau des différents départements ministériels concernés122. » Dans un nouveau courrier, en septembre 1979, il avertissait qu’un soutien financier à la coopérative déclencherait vraisemblablement des protestations de la part des horlogers et des municipalités, comme cela avait été le cas en 1976123. Mais une fois de plus, ses craintes étaient infondées.

    41Le ministère de l’Industrie se tourna vers le Comité interministériel de l’aménagement des structures industrielles (CIASI), qui proposa des mesures adaptées à la position intransigeante du préfet. Un an après le dépôt du plan de développement de la coopérative, le gouvernement consentit enfin à l’examiner. Tant que la SCOP L.I.P. n’avait pas le statut légal nécessaire pour être concurrentielle sur le marché, elle n’avait pu créer qu’environ 45 emplois dans chacun des secteurs de l’horlogerie et de la mécanique124. En juin et juillet 1979, lors de réunions avec une délégation composée de deux représentants du directoire et d’un représentant de chacune des parties concernées – CFDT-Lip, FGM-CFDT et Syndex –, le CIASI élimina du projet la production de boîtiers de montres, et réduisit de plus de moitié le nombre d’emplois à prévoir à terme, le faisant passer de 650 à 320. En outre, même pour atteindre cet objectif, le Comité fixa des conditions très strictes. Afin de parvenir au nombre d’emplois visé, la SCOP devrait présenter un compte en équilibre dès la première année, réaliser un bénéfice de 2,5 % la seconde, et faire passer le chiffre d’affaires des 6 millions de francs prévus pour 1979 à 42 millions de francs en 1982125. Mais le gouvernement n’en avait pas terminé avec l’affaire. Comme toujours, la FGM-CFDT voulait tourner la page. Une réunion entre des représentants de la fédération et des fonctionnaires du cabinet du Premier ministre fixa deux nouvelles conditions préalables aux négociations : départ de Palente et acceptation d’emplois ailleurs par une partie du personnel. Les détails touchant aux questions telles les retraites anticipées et la formation pour ceux qui n’auraient pas d’emploi dans la SCOP L.I.P. restaient toutefois en suspens. Selon un article de Libération passant en revue les concessions exigées par le gouvernement, « la coop faisait de plus en plus penser à un satellite prêt à larguer sa fusée porteuse126 ».

    42Le 3 octobre 1979, l’AG se réunit pour un vote de confiance qui mandaterait le directoire pour mener à bien les négociations conduisant à la reconnaissance du statut légal de la coopérative. Le fait que les résolutions soient lues en AG, sans que les membres n’en reçoivent d’exemplaire, et la tenue du vote à bulletin secret témoignent de l’« ambiance tendue » qui régnait, selon les termes du préfet127. En rejoignant le directoire et la FGM-CFDT en faveur du oui, la CFDT-Lip reconnaissait que l’État avait clairement fait comprendre quelles en seraient les conséquences : entériner le départ le Palente et accepter que de nombreux OS ne retrouveraient pas d’emploi au sein de la coopérative. Dans leur déclaration recommandant le oui, le syndicat ne put éviter que plane l’ombre du vote du 12 octobre 1973, évoqué en ces termes : « Ce sera une fois de plus les OS qui vont devoir aller ailleurs. Oserez-vous dire en face à quelqu’un qui a lutté : “TU DOIS ALLER TRAVAILLER AILLEURS128” ? » D’après ceux qui étaient favorables à l’acceptation des conditions posées pour poursuivre les négociations, rester à Palente, ce serait comme mettre cent personnes dans un bateau qui ne pouvait sans danger en prendre que cinquante, au risque que tous sombrent129.

    43Ceux qui étaient contre voyaient cet appel à accepter les conditions imposées par les pouvoirs publics comme une expression de la volonté de la FGM-CFDT de faire disparaître le problème Lip, quoiqu’il en coûte. C’était une violation de l’engagement contractuel qui avait fait d’eux les Lip. « Pour régir la vie d’un peuple Moïse n’avait-il pas reçu de Dieu 10 lois fondamentales », se demande Marc Géhin130. Les dissidents déclaraient : « Je vote contre les reclassements. Lip appartient à tous ceux qui luttent. Sacrifier une partie des travailleurs à la rentabilité d’une entreprise – même coopérative – c’est inacceptable. Je ne me suis pas battu pour cela. Je refuse que nous fassions nous-mêmes la liste des copains que nous abandonnons au chômage131. » L’opposition était menée par deux anciens du comité d’action, Jacky Burtz et François Laurent, qui furent rejoints par Dominique Bondu, Marc Géhin et Jean Raguénès pour diffuser un tract intitulé « Se condamner avant d’être jugé… ». L’État imposait aux travailleurs de quitter Palente et d’accepter le départ d’une proportion non négligeable du personnel, sans se préoccuper des questions cruciales touchant à ceux dont l’avenir se situerait sans doute hors de la coopérative : « Quelqu’un peut-il accepter le principe de prononcer sa propre sentence de mort ? Un innocent peut-il accepter lui-même de se couper la main avant d’être jugé ? » Le tract faisait ce constat amer :

    « Autrement dit, comme en URSS, on demande au présumé “coupable” (puisqu’il est “demandeur” ?) de prononcer son propre jugement, de faire l’aveu de ses fautes et les apprécier. Ainsi devons-nous nous prononcer coupables de garder 50, 100 personnes d’entre nous, de vouloir rester tous ensemble. Ainsi devons-nous prononcer notre propre sanction qui est de se débarrasser de 50, 100 personnes. »

    44Tenant bon sur leur revendication – aucun reclassement ailleurs qu’à Lip et des emplois pour tous à Palente – l’opposition s’en référait, elle aussi, au vote du 12 octobre : « Nous pensons que la collectivité peut encore se surpasser. Nous l’avons fait, nous le referons132 ! »

    45La poursuite des négociations fut votée par 193 voix contre 121 ; la plupart des personnes faisant partie des listes A et B votèrent en faveur, celles de la liste C se prononcèrent contre. François Laurent se souvient d’avoir vu les femmes à Palente qui arrachaient les banderoles réclamant des emplois pour tous133. Tous et toutes savaient que dans une économie capitaliste les licenciements étaient inévitables, mais même avant la première lutte de 1973, les travailleurs de Lip, comme l’avait montré le cas de Ouaked Areski, avaient clairement fait comprendre qu’être un·e Lip, c’était refuser d’en être complice. Si le vote sur les listes avait été un coup si terrible, c’est que la collectivité avait traité la liste C comme de la simple main-d’œuvre, pas comme faisant partie des Lip. Et Libération avait fait remarquer, à propos du grand nombre de femmes figurant sur la liste C : « Les hommes du directoire décident et les femmes trinquent134 ».

    46En novembre 1979, le directoire, accompagné de représentants de la FGM-CFDT, rencontra à Matignon des membres du cabinet du Premier ministre en vue de mettre au point les termes de l’accord qui donnerait à la coopérative un statut légal. La CFDT-Lip avait donné mandat pour participer aux négociations à la fois à la majorité qui avait accepté les conditions fixées par l’État et à la minorité, menée par Jacky Burtz et François Laurent, qui exigeait que les dispositions sur les préretraites et sur d’autres questions soient préalablement réglées. Mais la FGM-CFDT réussit à écarter toute opposition en déclarant que si Jacky Burtz participait aux négociations, la fédération s’en retirerait ; ce qui conduisit le représentant de la majorité à se retirer à son tour. En conséquence, ce fut la FGM-CFDT qui négocia à Matignon, et non la CFDT-Lip135. Le gouvernement ne céda rien sur la limite fixée au nombre d’emplois présents et à venir, demeurant tout aussi ferme sur le départ de Palente. La municipalité de Besançon avait compris que les jours du site étaient comptés. Avec le concours de la Chambre de commerce, elle fit l’acquisition d’une usine désaffectée dans le quartier de Montmarots, où la coopérative serait hébergée en vertu d’un accord de location-vente. Sachant qu’il serait mis fin aux aides d’un peu plus de la moitié d’entre eux en décembre 1979, les ouvriers organisèrent à la fin novembre des réunions par atelier pour débattre de l’opportunité de poursuivre les négociations, dans la mesure où ils avaient conscience du fait que les questions soulevées par Jacky Burtz et François Laurent ne seraient traitées qu’ultérieurement, lors de discussions avec le CIASI et le préfet. Les débats d’atelier furent suivis de trois réunions de l’AG en deux jours ; le lendemain matin, la réunion de la CFDT-Lip aboutit à un résultat ex aequo de 33 pour et 33 contre. L’AG se réunit à nouveau et, par une courte majorité, se prononça pour un scrutin à bulletin secret, à l’issue duquel les conditions imposées par l’État furent acceptées à la majorité des deux tiers136.

    47La coopérative, ayant reçu l’aval des pouvoirs publics, fut définitivement reconnue en juin 1980, et le déménagement de Palente vers la nouvelle usine eut lieu en mars 1981. La légalisation de l’entreprise ouvrit la voie à la constitution d’un capital de 12 millions de francs, mais qui restait assujettie aux conditions draconiennes imposées par le CIASI137. Une part importante des fonds provenait de prêts participatifs octroyés par la Mutuelle générale de l’éducation nationale (MGEN) qui, pour aider la coopérative, suspendit le remboursement des intérêts pour plusieurs années. La Confédération des sociétés coopératives accorda elle aussi des prêts, ainsi que plusieurs banques et organismes publics. La coopérative reçut également le soutien financier de la municipalité de Besançon et de programmes de l’État pour le développement économique. Le conseil de surveillance était composé de personnes élues par les sociétaires et de représentants des bailleurs de fonds138.

    Les Industries de Palente

    48Une fois établie la coopérative en 1980, ceux et celles qui étaient restés sans emploi furent appelés « les reclassés, comme on disait “les intouchables” en Inde ou bien “les lépreux” au Moyen-Âge139 », comme le fit remarquer un groupe de travailleurs et de sympathisants. En 1980, une commission dont faisaient partie Roland Vittot, Dominique Bondu et Jean Raguénès s’efforça de trouver une solution à cette situation, par le biais d’un contrat de solidarité entre ceux qui étaient salariés de la coopérative et ceux qui allaient être contraints de chercher un emploi ailleurs140. « Il s’agit ici d’affirmer notre volonté de ne pas voir nos activités et nos personnes démantelées, disséminées aux quatre vents ! » Tous avaient participé à la création d’emplois dans la coopérative ; ceux qui en avaient s’engageaient à faire en sorte que soient créées les conditions permettant de nouvelles embauches. Ceux qui avaient été placés dans la situation de devoir en trouver ailleurs seraient payés par la communauté Lip, à condition de rechercher activement un autre emploi et de travailler quarante heures par semaine au sein de la communauté, cet horaire incluant le temps passé à satisfaire les exigences de l’ANPE. Dans le cas où un travailleur se voyait proposer un poste, mais le trouvait inacceptable en raison de son éloignement géographique, de l’absence de garantie minimum de stabilité, des conditions de travail ou du salaire, il avait le droit de défendre sa position devant une commission de salariés de Lip. Si celle-ci lui donnait raison, il continuerait d’être payé sur les fonds provenant des ventes de montres, en attendant que toutes les mesures transitoires soient appliquées. Mais en cas de désaccord de la commission, le travailleur perdrait son droit à être soutenu par la communauté des Lip141.

    49Ce contrat n’émanait pas d’un consensus au sein de la communauté des Lip dont il prétendait représenter la position. Seule une cinquantaine de travailleurs le signa, mais la coopérative chercha par d’autres moyens à trouver des solutions pour les personnes – quasiment 50 % de ses membres – qui n’avaient pas d’emploi à la SCOP L.I.P. ou dans une des autres entreprises issues de Lip. Près de cinquante partirent en préretraite. D’autres furent recrutés sur des emplois municipaux, tandis que certains acceptèrent une indemnité de départ versée par la coopérative et partirent chercher du travail par leurs propres moyens. Celles qui se trouvaient dans la situation la plus critique étaient les femmes qui étaient venues travailler chez Lip après la guerre. Elles n’avaient jamais occupé d’emploi ailleurs, et « [vivaient] une véritable panique à la pensée de s’en aller142 ». Installée à Montarmots, la SCOP L.I.P. démarra avec 170 salariés, dont une proportion plus importante en mécanique qu’en horlogerie ; en 1984, ce nombre était tombé à 125 (72 hommes et 53 femmes). Le nombre de membres que comptait la coopérative (295 en 1985) était plus élevé que l’effectif des salariés de la SCOP L.I.P., car il incluait d’anciens employés devenus actionnaires, dont beaucoup continuaient d’assister aux AG de la coopérative143. Le CIASI négocia un accord afin que la SCOP puisse racheter la marque et les machines aux syndics, mais la coopérative limita son activité au montage des montres à partir de pièces et de mouvements qu’elle se procurait à l’extérieur, suscitant une amère déception et beaucoup d’incompréhension chez la main-d’œuvre essentiellement féminine qui fabriquait jadis ces pièces144.

    50Le fait que la SCOP ne fut jamais en mesure d’embaucher des salariés venus de l’extérieur contribua à maintenir en place les anciennes pratiques. Le personnel vieillissait, l’âge moyen étant de 46 ans en 1980145. Charles Piaget évoque les Lip comme donnant l’image d’anciens combattants réunis autour de la plaque commémorative de leur combat146. Selon lui, un renouvellement du personnel aurait peut-être introduit dans la coopérative les normes de productions appliquées dans les entreprises avec lesquelles elle se trouvait en concurrence ; « nous sommes en état très diminué d’activité et je connais des personnes à LIP qui trouvent leur travail extraordinairement pénible, alors que ce qu’elles font à trois est effectué par une demie personne dans une autre boîte147 ! » L’organisation du travail n’avait pas changé, comme le dit Jeannine Pierre-Émile à un journaliste en 1983 : « La vieille culture taylorienne et hiérarchisée en vigueur sous Fred Lip s’est rétablie dans les ateliers148. » Quand Maurice Chaniot, qui avait fait partie de la même promotion que Claude Neuschwander à Centrale, remplaça Libero Penna comme directeur en 1983 (au même salaire exorbitant que son prédécesseur, proportionnellement aux autres membres de la coopérative), il manifesta sa surprise de voir qu’en dépit de la disparition de la chaîne de montage, les ouvrières pratiquaient encore la division du travail qui lui était associée (à ceci près qu’elles posaient trois ou quatre pièces au lieu d’une seule), alors que la réduction de la production aurait permis à chacune de monter une montre dans son intégralité149.

    51La TVA n’était pas appliquée sur la vente des montres mises à l’abri, qui se poursuivit jusqu’en 1981-1982 pour permettre de payer les salaires ; de ce fait, leur prix était inférieur à celui des montres vendues légalement par la coopérative. Un représentant de celle-ci explique que cette offre concurrente de produits Lip était « très mauvais[e] pour notre image ». En outre, la SCOP découvrait que les comités d’entreprise étaient moins enthousiastes pour vendre des montres produites par une coopérative qu’elles ne l’avaient été pour soutenir des travailleurs engagés dans une lutte pour leurs emplois150. Et ce qui était le plus préjudiciable à la coopérative était l’opposition que continuait à manifester le réseau des horlogers-bijoutiers, qui refusaient de stocker leurs montres ; au motif de plainte que constituaient les ventes sauvages s’ajoutaient à présent les ventes légitimes aux comités d’entreprise et aux coopératives, qu’ils jugeaient être de la concurrence déloyale151. La SCOP L.I.P. produisit un catalogue présentant une collection « plus attrayante pour 1980 », visant la vente par correspondance ; elle adressa une lettre aux lecteurs du Nouvel Observateur, et sortit un prospectus en avril 1980, dans lequel elle expliquait qu’elle comptait sur les sympathisants pour vendre ses montres légalement, le temps de repartir d’un bon pied. Une remise de 10 % était offerte sur toutes les commandes de trois à vingt montres, avec des réductions plus importantes si elles dépassaient ce nombre152. Mais tous ces efforts n’apportaient pas de solution aux problèmes de marketing de la coopérative.

    52En 1982, elle passa un contrat avec la société Kiplé, dans le Doubs, pour vendre ses montres en supermarché et dans les grands magasins. Kiplé racheta la marque Lip en 1984, versant en contrepartie des royalties à la SCOP L.I.P., qui continua à fabriquer des montres pour Kiplé jusqu’en 1986, date à laquelle la production cessa définitivement153. En 1990, le groupe Sensemat racheta à son tour la marque à Kiplé, mis en liquidation, et ouvrit une usine de fabrication de montres dans le Gers. Son directeur, Jean-Claude Sensemat noua des liens avec Fred Lip, dont il chantait les louanges, le qualifiant de « délinquant légal » et voyant en lui un chef d’entreprise modèle154. En 2013 l’entreprise s’associa au label de vêtements « Commune de Paris 1871 » pour fabriquer une collection de montres portant leur logo et celui de Lip sur le cadran. Deux ans plus tard, Sensemat céda la marque à la Société des montres bisontines, petite entreprise qui se mit à produire des montres Lip à Besançon, prévoyant de les mettre en vente chez les horlogers-bijoutiers et dans les grands magasins155.

    53Avec le déclin de l’industrie horlogère, Besançon est devenu un centre de microtechnologie, exploitant les compétences des mécaniciens qui avaient travaillé dans l’horlogerie et dans d’autres activités connexes chez Lip et dans d’autres entreprises156. Après leur départ de Palente, les mécaniciens de la SCOP L.I.P. ont continué à faire du travail de sous-traitance en mécanique de précision157. Mais même après avoir abandonné le montage de montres, la coopérative avait du mal à rester à flot, dans la mesure où il était plus difficile de surmonter les déficits accumulés pendant la période de production de montres, en dépit d’un apport de capital en 1984 provenant des mêmes sources qu’auparavant. Le conseil d’administration, qui avait remplacé le conseil de surveillance de la SCOP, évoqua cette année-là la nécessité de « conquérir une double indépendance », à la fois vis-à-vis de ses créanciers et par rapport à son passé. Lorsque « les héros » – Charles Piaget, Roland Vittot, Raymond Burgy et d’autres – partirent à la retraite en 1983, le conseil fit en sorte de s’ouvrir à ceux qui, quand Lip était évoqué, disaient : « la lutte ? connais pas158 ».

    54Même pour ceux qui se souvenaient de la lutte, il y avait des limites. La MGEN, n’étant pas remboursée des prêts qu’elle avait consentis, s’affronta aux travailleurs qui défendaient leurs machines pour empêcher qu’elles ne soient saisies159. Les Industries de Palente furent mises en liquidation en 1987 ; le personnel de la SCOP comptait alors 95 personnes, dont 60 % avaient travaillé chez Lip. L’histoire se répète toujours, la seconde fois comme une farce. Maurice Chaniot tenta de lancer une nouvelle entreprise à sa place, avec l’appui d’une société suisse et en éliminant le secteur dans lequel travaillaient la plupart des dirigeants syndicaux. La CFDT-Lip avait préconisé des réductions de salaires, des heures de travail non rémunérées et des licenciements afin de donner à l’entreprise le temps de souffler ; mais elle exigeait que Maurice Chaniot soit remplacé. La section syndicale, appuyée par la branche départementale de la confédération, se mit à la recherche de nouveaux investisseurs et d’un autre patron, et réussit à convaincre le tribunal de commerce de donner aux actionnaires et au directeur qu’ils avaient choisi la préférence sur Maurice Chaniot et ses appuis. Ainsi démarra en 1988 la société par actions Lip Précision Industrie, SA (LPI), avec environ 70 salariés160.

    55Dix ans plus tard, cette entreprise faisait elle aussi naufrage. Jacky Burtz, une des rares personnes venues de Lip qui était encore chez LPI, reconnaît que les salariés y ont à nouveau pratiqué des méthodes des Lip : « on a aussi fauché la valise du patron, dans laquelle on a découvert son plan de restructuration161 ». La LPI a déposé le bilan et en 1999 les salariés ont mis en commun leurs indemnités de licenciements pour monter une coopérative ouvrière qui fut au départ dirigée par Jacky Burtz. Celle-ci a quitté l’usine de Montarmots pour retourner sur le site qui avait été celui du restaurant à Palente. À l’heure actuelle, 15 personnes sont employées par la coopérative, assurant surtout du travail urgent en mécanique de précision. L’écart de salaire entre le plus élevé et le plus faible est de 2 à 1, et confrontés à la crise en 2009, tous les employés ont accepté une réduction des horaires pour garantir qu’il n’y aurait aucun licenciement162. Le matériel de l’entreprise inclut une demi-douzaine de tours vieux de 70 ans, récupérés dans l’usine Lip d’origine à Palente, qui sont à présent rentrés au bercail : les employés les trouvent plus précis que les machines numériques modernes163.

    Les Commissions artisanales de Palente

    56Les ateliers d’artisanat et le restaurant issus de la lutte ont coexisté avec la SCOP L.I.P. En décembre 1978, entre 50 et 60 personnes y étaient employées164. Même si le plan présenté aux pouvoirs publics en 1978 projetait d’atteindre en quelques années le plein-emploi, les Lip avaient conscience du fait que la « période intermédiaire » pourrait « léser les personnes et provoquer l’éclatement de la communauté ». Ils se préoccupaient donc de trouver des solutions à cette situation165, concentrant leurs efforts sur les entreprises artisanales de Palente. C’est là que s’épanouissait une culture du vivre autrement/travailler autrement, dans ces lieux où les travailleurs fabriquaient ce qu’ils voulaient, contrôlant eux-mêmes leur production, et où les femmes jouaient un rôle de premier plan. La vente des articles qu’ils produisaient leur permettait de nouer des liens avec leurs soutiens et sympathisants, mais ne leur procurait qu’une petite partie des fonds nécessaires au paiement des salaires de ceux et celles qui y travaillaient. Leur revenu provenait des ventes de montres par les ouvriers, qui cesseraient dès lors que la SCOP aurait un statut légal. Les caractéristiques propres aux ateliers artisanaux survivraient-elles à cette transition ?

    57Au début de juillet 1979, les Commissions artisanales de Palente (CAP) se constituèrent en SCOP (sans statut légal jusqu’en 1981), à l’initiative de la commission des femmes, l’une des dizaines de commissions actives à Palente (mais qui n’était pas une réincarnation du groupe-femmes). Les CAP regroupaient la Chiffonnière et d’autres commissions travaillant les tissus, le bois ou fabriquant des assiettes décorées. La SCOP compta bientôt près de 300 membres, dont la plupart – mais pas tous – étaient des salariés de Lip ayant acheté des actions, même si seule une minorité avait un emploi dans le cadre des projets des commissions artisanales ; chacun avait mis 100 francs au capital de la coopérative. Les membres élirent un conseil de surveillance de douze personnes, qui à son tour désigna un directoire selon le règlement régissant les coopératives166. Les trois quarts des personnes travaillant dans les ateliers des CAP étaient des femmes, mais la direction était principalement masculine – une « espèce d’aristocratie syndicale », pour Fatima Demougeot167. Les responsables de la SCOP constataient que les impératifs commerciaux l’obligeaient à aller à l’encontre de « l’intimité discrète des anciennes commissions de lutte qui étaient devenues avec le temps des petits fiefs intouchables, cristallisés en micropouvoirs168 ». Ces commissions avaient naguère pratiqué l’autogestion de la production, le pouvoir étant réparti entre les salariés. Mais, comme l’explique Marc Géhin, « le jour où l’on regroupe les commissions pour faire une entreprise [les CAP], et qu’il faut prendre en compte les impératifs économiques, ce “savoir” nouveau et indispensable leur échappe, elles sont dépassées. Du coup, naît un autre pouvoir qui est celui du directoire qui “sait”169 ».

    58Pour le directeur de la SCOP CAP, Dominique Enfraze, cette répartition du pouvoir qui avait caractérisé les commissions pendant le conflit était difficile à reproduire dans les coopératives, car les employés craignaient de devenir des « petits chefs ». Comme ceux qui avaient été désignés pour diriger Les Industries de Palente, ceux qui furent élus à la tête des CAP s’aperçurent que les travailleurs se comportaient vis-à-vis d’eux comme avec des patrons, plutôt que de prendre eux-mêmes des responsabilités dans ce nouvel environnement économique170. En mai 1981, l’AG de la SCOP fut avertie que ses membres étaient trop peu nombreux à se préoccuper du rapport entre production et commercialisation : « En fait, on continue à agir comme si l’on fabriquait des produits pour la lutte, sans trop tenir compte du temps et de délais, sans s’inquiéter s’ils seront ou non vendus, déléguant notre responsabilité en ces matières à quelques responsables. » Ce genre d’état d’esprit était courant dans une grande usine, mais dans une petite entreprise, « il faut que chacun se sente concerné par la totalité des problèmes171 ». Un autre directeur de la SCOP, Jean-Claude Piquard, fait remarquer :

    « Pendant toute une période, nous avons pensé que toutes les décisions pouvaient être collectives avec un grand “C”. Cette situation nous a conduits à faire le constat que le collectif déresponsabilise les individus. Nous avons préféré mettre en place, pour les fonctions nécessaires de l’entreprise, des responsables individuels dans un collectif vivant172. »

    59Le vote en faveur de la poursuite des négociations en octobre 1979 avait contraint les Commissions artisanales de Palente à de difficiles efforts d’adaptation. Pour que les membres de la SCOP puissent vivre différemment, il fallait que celle-ci parvienne à survivre. Un ordre prioritaire des nouveaux critères d’embauche fut défini : capacité à apporter une contribution sur le plan économique (c’est-à-dire à produire des objets vendables), participation à la lutte, et critères sociaux (notamment la situation familiale)173. Fatima Demougeot, qui était membre de la SCOP CAP, rappelle que le vote acceptant de se plier aux conditions de Matignon avait été vécu comme « une violence énorme et comme une fatalité174 ». Progressivement, avec le départ de bon nombre de ceux qui avaient été actifs dans les commissions, la SCOP fut finalement réduite à un effectif de vingt à trente salariés175. Palente avait nourri un sentiment d’unité entre les différents groupes de travailleurs. Fatima Demougeot évoque un « éclatement de la collectivité » quand l’entreprise déménagea à Besançon, même si le lieu que la municipalité avait mis à sa disposition n’était qu’à trois cents mètres de l’usine L.I.P. dans la rue de l’Espérance176. Jean Raguénès parle de l’exil forcé des entreprises artisanales, ayant quitté Palente pour aller dans des « demeures étrangères » à Besançon où « la dynamique communautaire s’effritait », les condamnant à l’incompréhension, à « Babel, en quelque sorte177 ».

    60La SCOP CAP rencontrait plus particulièrement des problèmes pour effectuer la transition depuis la fabrication d’objets dans le contexte de la lutte vers la commercialisation de produits de consommation. « Hier, lorsque nous étions en commissions “de lutte”, nous fabriquions des objets pour nous, selon notre goût, sans trop nous soucier de savoir s’ils plaisaient à un public. Aujourd’hui nous devons nous interroger sur la qualité de nos produits et ce, face à un public qui n’est pas nécessairement militant ! » C’était une chose de vendre lors des fêtes ou rencontres politiques, à des acheteurs qui participaient à la lutte, mais une autre de proposer des articles à des clients pour lesquels c’étaient le style et le coût qui comptaient178. Comme le reconnaissait Fatima Demougeot en 1980, « à L.I.P. les gens ont retrouvé leur travail, leur machine et c’est un terrain qui leur est familier. Par contre, à CAP, les gens sont paumés parce qu’on leur demande de passer du plaisir de créer quelque chose, à une rentabilité de cette activité, en termes d’emplois179 ».

    61Les membres du conseil de surveillance allaient présenter les articles produits par les CAP à des vendeurs potentiels180. La SCOP reconnaissait que pour être rentables, il leur fallait « s’adress[er] à un public ayant de l’argent plutôt que de fabriquer des produits moins chers pour les moins fortunés181 ». Plus facile à dire qu’à faire, cependant. Les représentants qui se rendent en 1979 au Salon des arts décoratifs à Paris en concluent « qu’il faudra améliorer nos produits, si nous voulons participer à ce salon l’année prochaine182 ». Jusque-là, la Chiffonnière fabriquait des objets exprimant la créativité des membres de la commission, qui travaillaient sans rapports hiérarchiques, les décisions étant prises de manière consensuelle – tout le contraire de leurs vies d’OS. Mais la coopérative avait changé la donne : il fallait que les produits soient de bonne qualité, qu’ils puissent intéresser une clientèle qui n’était plus constituée de militants, et que leur coût de production ne soit pas trop élevé, pour garantir un bénéfice sur les ventes. Sans tenir compte des protestations des femmes de l’atelier – « On disait bien qu’on n’était pas la Thaïlande ici ! » – les trois hommes du directoire de la SCOP prirent la décision de remplacer les machines à coudre à usage domestique par des machines industrielles183. L’ébénisterie et la menuiserie étaient de toute façon plus rentables, et la coopérative acheta une demi-douzaine de machines qui servirent à la fabrication de meubles184. Pour se rendre viables sur le plan commercial, les CAP abandonnèrent leur production hétérogène et repensèrent intégralement leur catalogue. Les dirigeants eurent la tâche peu enviable de sélectionner, parmi la diversité des activités créatrices, celles qui permettaient de produire une collection commercialisable d’articles de tissu et de bois de bonne qualité, à un coût peu élevé. Comme le souligne le directeur, Dominique Enfraze, ce ne fut pas facile : « Il fallait souvent remettre en cause la valeur et la conception de nos produits, en éliminer certains. Or, ces produits de lutte avaient été faits avec amour et, pour certains, ingéniosité185. »

    62Sur les conseils d’un consultant du cabinet Syndex, le directoire fit évaluer par un expert les avantages commerciaux que pourrait apporter la fabrication de cadeaux pour des campagnes de ventes promotionnelles, ou encore pour des sociétés, des clubs organisant des séminaires ou des grossistes fournissant des bureaux de tabacs de luxe186. Pour préparer une collection à leur présenter, un « créateur » fut recruté et chargé de concevoir une gamme de biens d’équipement domestique en tissu et en bois, sous l’appellation de « Bons Jours ». De façon prévisible, il eut du mal à se faire accepter par les commissions, habituées à prendre leurs propres décisions, mais le directoire suivit ses conseils, sortit un catalogue et engagea du personnel commercial chargé de placer les nouveaux produits dans les points de vente : « Notre collection est composée d’objets pour les maisons, plus exactement pour la cuisine et le séjour. Elle vise un public jeune (d’âge ou d’esprit) aimant recevoir, faire des cadeaux pour l’autre ou pour soi, recherchant création et qualité187. » Malgré tous ces efforts, les CAP ne sont jamais parvenues à maîtriser ce passage de la libération par la production au commerce de biens de consommation ; ne réussissant pas à faire vendre ses produits « Bons Jours » en grand magasin, la SCOP a périclité au bout de quelques années188.

    63Selon le cabinet Syndex, plusieurs coopératives de petite taille avaient de meilleures chances de réussir qu’une seule, qui engloberait toutes les activités. Il existait des interactions entre elles : certains employés faisaient partie de plusieurs structures ; les représentants d’une coopérative siégeaient au conseil de surveillance d’une autre ; elles partageaient des services économiques et sociaux189. Mais cela ne les empêcha pas de déposer elles aussi le bilan dans les années qui ont suivi, parmi elles le restaurant, Au Chemin de Palente, en 1985 (dont l’échec s’explique en partie par le fait qu’un nombre insuffisant d’employés des autres coopératives s’acquittait de ce que le directoire de la SCOP L.I.P. appelait en septembre 1981 leur « effort de solidarité » en allant y manger), ainsi que l’imprimerie La Lilliputienne, qui a tenu jusqu’en 1994. Le Collectif de liaison études et formation (CLEF), association d’anciens salariés de Lip engagée dans des actions culturelles et gérant des gîtes de vacances dans le Doubs, fut dissous en 1998.

    64La SCEIP, devenue une coopérative en 1980, a compté dans ses premières années jusqu’à vingt employés, dont la moitié avait travaillé chez Lip. Confrontée au déclin des activités commerciales avec les pays du Sud, la société coopérative s’est tournée vers les différents aspects de la vie des entreprises françaises190, cherchant plus particulièrement à aider des firmes spécialisées en micromécanique et en microélectronique à se donner les moyens de réaliser un produit, de sa conception à sa mise sur le marché. La SCEIP a signé un contrat avec la SCOP L.I.P. pour la fabrication de prototypes et l’évaluation de concepts. En novembre 1979, ses techniciens ont conçu et produit un prototype de scie à fibre optique, qui fut adopté et fabriqué par L.I.P. ; il s’en est vendu entre 60 et 100 la première année, principalement au Centre national d’études de télécommunications de Lannion et à des entreprises de télécommunications. Pour le laboratoire d’astronomie spatiale à Marseille, les techniciens de la SCOP L.I.P. ont produit le système de datation électronique conçu par la SCEIP, qui allait équiper l’appareil photographique de la fusée soviétique Soyouz lors du premier vol dans l’espace d’un cosmonaute français en juin 1982191. La SCEIP a également travaillé pour le Commissariat général au Plan, aidant les entreprises en difficulté à se préparer au changement, en prenant particulièrement en compte le personnel et la diversité des compétences. À nouveau se manifestait une conviction ancrée de longue date chez les Lip, persuadés qu’une réflexion sur leur propre expérience pouvait bénéficier à d’autres entreprises confrontées à des problèmes. Entre 1981 et 1983, la société coopérative a contribué au sauvetage de sept entreprises, avec le rétablissement d’un millier d’emplois192. Mais la SCEIP a elle aussi cessé son activité en 1987.

    ⁂

    65On explique souvent le sort qu’ont connu les années 1968 à la fin de la décennie 1970 par la crise, ou bien par le rejet du marxisme par les nouveaux philosophes. Mais le rôle de l’État fut lui aussi important. Le président Giscard d’Estaing a cherché à faire évoluer la Cinquième République, à la fois en se démarquant de la technocratie gaulliste et du Programme commun et en rejetant le projet de société que proposaient des travailleurs comme ceux de Palente. Tout en ayant pour ambition d’encourager les entrepreneurs capitalistes, freinés, selon lui, par un État interventionniste, il estimait qu’un élément fondamental de son projet était de faire obstacle à l’esprit d’entreprise manifesté par les collectivités de travailleurs.

    66De nombreux membres de la gauche issue de 1968 pensaient que la participation aux luttes comme celle de Lip était la voie vers un avenir socialiste. Mais les Lip en sont venus à avoir le sentiment qu’une réflexion sur les problèmes auxquels ils étaient confrontés pouvait apporter à la gauche française une contribution aussi importante que leurs réussites. Pour construire une France socialiste, la gauche devait examiner ce que révélaient les difficultés affrontées par des conflits comme celui de Lip, non seulement sur les rapports avec le pouvoir et le capital, mais sur les relations au sein des communautés ouvrières elles-mêmes. Si seules des communautés forgées dans le conflit étaient capables de construire une nouvelle société, elles présentaient aussi des aspects qui pouvaient être problématiques. C’était d’autant plus le cas lorsqu’il était demandé à ces communautés issues de la lutte de devenir des lieux de production au sein de l’ancienne société, alors même que celle-ci se mobilisait pour ne pas avoir à changer.

    Notes de bas de page

    1 ADD 1026W20 Préfet du Doubs au ministère de l’Intérieur, 23 novembre 1978.

    2 Parti pris, décembre 1979, p. 31.

    3 Idées ouvrières, novembre 1978, p. 3.

    4 Jean Raguénès, Pierre Victor et Denis Clodic, « Lip 1973-1976 », Les Temps modernes, no 367, février 1977, p. 1239.

    5 Charles Piaget, « “Des trésors d’imagination quand on est partie prenante…” », Autrement, no 20, septembre 1979, p. 166.

    6 F. H. de Virieu, Lip 100 000 montres sans patron, Paris, Calmann-Levy, 1973, p. 61.

    7 ACGT Lip Boîte 5 L’Heure LIP, bulletin de la cellule [juillet 1973].

    8 Le Figaro, 23 août 1973.

    9 Le Nouvel Observateur, 3 septembre 1973, p. 26. Anouar Khaled, qui apparaît dans le roman de Maurice Clavel, Les Paroissiens de Palente, sous les traits du journaliste ayant servi de catalyseur à la relance par les salariés de la fabrication des montres en juin 1973, fustigea cette « collaboration de classe baptisée miraculeusement autogestion ». Politique hebdo, 13 septembre 1973, p. 11.

    10 Le Nouvel Observateur, 1er octobre 1973.

    11 Le Monde, 18 septembre 1973, p. 40. Voir Edmond Maire, Alfred Krumnow et Albert Detraz, La CFDT et l’autogestion, 2e édition, Paris, Éditions du Cerf, 1975, p. 38. Ce problème est illustré par le cas de l’entreprise de meubles Manuest, où 95 % des salariés étaient syndiqués à la CFDT. Quand l’entreprise fait faillite en octobre 1974, les salariés occupent l’usine et relancent la fabrication, puis en décembre se mettent à vendre leur production. Le mois suivant ils votent en faveur de la création d’une coopérative ouvrière, malgré l’opposition de leur fédération au sein de la CFDT. Le dirigeant de la section CFDT de Manuest, Pierre Montesinos, réagit ainsi : « Ou alors que la Fédération apporte des Neuschwander à tous ceux dont les entreprises ferment, si la Fédé ne peut pas, qu’elle n’excommunie pas ceux à qui le catéchisme révolutionnaire ne suffit pas pour trouver un emploi. » Dominique Bondu, De l’usine à la communauté. L’Institution du lien social dans le monde de l’usine, thèse de 3e cycle, EHESS, 1981, p. 377. Sur la situation à Manuest, voir Sabine Le Carpentier, Manuest : À la recherche de l’autogestion, Paris, Éditions Entente, 1980.

    12 Le Monde, 21 mars 2007, p. 28.

    13 Le Monde, 2 août 1977, p. 17.

    14 L’Heure, supplément de Lip Unité, décembre 1977, p. 2.

    15 Libération, 12 octobre 1977, p. 5.

    16 « Lip : La coop contestée », La Commune, no 20, 15 juin 1978, p. 20.

    17 ADD 1026W21 RG, 17 octobre 1977.

    18 AR Entretien de Christian Rouaud avec Charles Piaget, 2 décembre 2003, p. 16.

    19 ADD 1026W21 RG, 26 avril 1978.

    20 Libération, 12 octobre 1977, p. 5.

    21 Politique hebdo, 20 février 1978, p. 17-18.

    22 LC F delta rés 702/12/1 « Qu’attendent les “Lip” d’une victoire de la Gauche ?… » (début 1978).

    23 Lip Unité, janvier-février 1978, p. 3.

    24 LC 702/14/4 « Compte rendu du conseil d’administration de la 2AL », 26 avril 1980.

    25 ADD 1026W21 RG, 24 octobre 1977.

    26 ADD 1026W21 RG, 23 février 1978.

    27 Exposé devant l’AG par Jean Raguénès, Michel Garcin et Gérard Cugney dans D. Bondu, De l’usine à la communauté, p. 451-452. Voir aussi Joëlle Beurier, La mémoire des Lip, mémoire de maîtrise, université Paris 1, 1992, p. 122-123.

    28 Libération, 12 octobre 1977, p. 5.

    29 Libération, 10 novembre 1977, p. 7.

    30 D. Bondu, De l’usine à la communauté, p. 447-449.

    31 Le nombre de SCOP créées par des ouvriers reprenant des entreprises en difficulté financière augmenta d’ailleurs considérablement à la fin des années 1970 et au début des années 1980. Voir Sylvie Zaidman, Les sociétés coopératives ouvrières de production de 1945 à nos jours, thèse de doctorat, université Paris 7, 1989.

    32 Libération, 9 novembre 1977, p. 3.

    33 L’Heure, p. 2. La CFDT fut chargée d’en distribuer 200 000 exemplaires dans toute la France, tandis que 40 000 étaient déposés dans les boîtes aux lettres à Besançon. Lip Actualité, octobre 1978, p. 2. ADD 1812W31 RG, 6 décembre 1977.

    34 Pierre Saint-Germain et Michel Souletie, « Le voyage à Palente », Les révoltes logiques, no 7, été 1978, p. 73.

    35 ADD 1026W18 Préfet du Doubs au ministère de l’Intérieur, 14 novembre 1977.

    36 AN 19840668/9 Les Industries de Palente, Introduction au « Plan industriel » (juin 1978).

    37 L’Est républicain, 12 mai 1978.

    38 Le Matin, 8 décembre 1977. En février 1978, l’AG vota à une courte majorité contre la reprise de personnes qui avaient pris un emploi ailleurs, même si elles demandaient à revenir chez Lip. ADD 1026W21 RG, 22 février 1978. Qu’advint-il de ceux et celles qui avaient quitté Palente ? Selon des chiffres incomplets de 1978, 62 avaient quitté Besançon, plus de 100 étaient partis en retraite ou ne cherchaient plus de travail (essentiellement des ouvrières), 20 étaient en congé de longue maladie, et 150 occupaient d’autres emplois à Besançon. La Croix, 15 décembre 1978. Voir aussi ADD 45J66 « Lip vit encore », Imprimatur, no 208, 29 novembre 1978, p. 4.

    39 Lip actualité, septembre 1978. Jean-Marc Holz, « Crise, restructuration et adaptation du capital industriel à Besançon », Revue géographique de l’est, 21 : 1-2, 1981, p. 72.

    40 Bernard Pingaud, « Le nouveau pari des LIP », Faire, no 27, janvier 1978, p. 23.

    41 LC F delta rés 702/4/4 2AL, « Une lutte pour aujourd’hui et demain… ». « À Lip, des femmes : mille manières de lutter », Des femmes en mouvement, no 5, mai 1978, p. 32-34.

    42 Lip Unité, janvier-février 1978, p. 5.

    43 L’Heure, p. 2.

    44 P. Saint-Germain et M. Souletie, « Le voyage à Palente », p. 77.

    45 Raymond Burgy et Charles Piaget, « L’aventure des coopératives LIP » (2007), annexe de Pierre Thomé, Créateurs d’utopies, [genepi.blog.lemonde.fr] (erreur en 2023).

    46 Tract CFDT-Lip du 21 octobre 1977 dans D. Bondu, De l’usine à la communauté, p. 445.

    47 À la mi-octobre 1979, le directoire exigea des ouvriers qu’ils établissent des rapports quotidiens de production, faisant figurer le temps passé à chaque tâche, afin de justifier leur salaire – demande qui fut plutôt mal accueillie. Le mois suivant, Raymond Burgy, président du directoire, annonça en AG que 60 ouvriers allaient être licenciés pour manque d’assiduité au travail ; il ne donna aucun nom, et il semble que la menace n’ait pas été suivie d’effet. ADD 1026W20 RG, 19 octobre 1979 ; 9 novembre 1979.

    48 LC F delta rés 702/6/2 Collectif Animation, « Contrat collectif des Lip, application du 14 novembre 1977 », 13 décembre 1977. D. Bondu, De l’usine à la communauté, p. 463. Communication de Dominique Bondu à Donald Reid, 7 décembre 2018. Si un ouvrier refusait de travailler dans une commission et que le problème ne pouvait être réglé au sein de celle-ci, c’était l’AG qui tranchait. ACFDT 8H562 Contrat collectif des Lip, 14 novembre 1977.

    49 Jean-Pic Berry, Lip 1978, mémoire de maîtrise, Centre de sociologie des organisations, 1978, p. 56.

    50 Rouge, novembre 1977.

    51 Gérard Terrieux, L’expérience Lip, thèse de 3e cycle, université Paris 1, 1983, p. 116.

    52 ADD 45J58 « À force d’y croire… ils inventent l’avenir », Pour, no 195, 23 février 1978, p. 11-14.

    53 Libération, 17 mai 1978, p. 4.

    54 ADD 1026W21 RG, 15 novembre 1977.

    55 ADD 1026W21 RG, 8 février 1978 ; 10 février 1978.

    56 ADD 1026W21 RG, 20 décembre 1977.

    57 ADD 1026W21 RG, 20 mars 1978.

    58 Libération, 30 mai 1979, p. 3-4.

    59 ADD 45J61 « La face cachée de Lip », Drapeau rouge, no 37, 6 mai 1978, p. 8-9.

    60 ADD 1026W23 Dossier : Coopérative Lip « Note d’exploitation », 5 juin 1978. Au fur et à mesure que le conflit s’éternisait, il devenait de plus en plus difficile de faire accepter au personnel certaines tâches, notamment celle de garder le site. ADD 1026W20 RG, 20 août 1979.

    61 ADD 1026W20 RG, 11 janvier 1979.

    62 ADD 1026W21 RG, 31 janvier 1978.

    63 ADD 1026W21 RG, 1er juin 1978.

    64 ADD 1026W21 RG, 20 février 1978 ; 23 février 1978.

    65 ADD 1026W21 RG, 16 mars 1978 ; 14 avril 1978.

    66 ADD 1026W21 RG, 2 novembre 1978.

    67 ADD 1026W20 RG, 8 juin 1979. Piaget avait toutefois déjà brandi cette menace, et il n’est pas certain qu’elle ait jamais été mise à exécution.

    68 ADD 1026W20 « Situation actuelle de l’ex-Société Lip », 13 novembre 1979. Préfet du Doubs au ministère de l’Intérieur, 23 novembre 1978.

    69 ADD 1026W21 SCOP L.I.P., « Propositions pour une liquidation générale des actifs de l’ancienne entreprise Lip », p. 18-19 [septembre 1978] (notes des RG).

    70 ADD 1026W21 RG, 31 janvier 1978.

    71 ADD 1026W21 RG, 3 avril 1978 ; 5 septembre 1978. ADD 1026W20 RG, 12 décembre 1979. Jacky Burtz se souvient de s’être rendu en Allemagne pour acheter des pièces. Entretien de Donald Reid avec Jacky Burtz, 13 juin 2017. Quand l’usine était en rupture de stock de certaines pièces, par exemple de boîtiers, les ouvrières de la chaîne de montage se retrouvaient chargées de l’entretien du parc de Palente. ADD 1026W21 RG, 1er juin 1978.

    72 Lip Actualité, septembre 1978. Lip Unité, juillet-août 1979, p. 13. ADD 45J72 Information SCOP « Les Industries de Palente », no 4, 9 novembre 1979. Propos cités tirés de Libération, 26 mars 1980, p. 14. G. Terrieux, L’expérience Lip, p. 100-110.

    73 ADD 1026W20 Préfet du Doubs au ministère de l’Intérieur, 23 novembre 1978 ; RG, 12 décembre 1979.

    74 AFGM-CFDT 1B577 Michel Garcin à M. Ruati, 17 novembre 1977.

    75 AN 20010085/254 Ministère de la Justice, « Les ventes de montres et le trésor de guerre », 14 avril 1978.

    76 Lip Unité, septembre 1978, p. 3.

    77 G. Terrieux, L’expérience Lip, p. 106. ADD 1026W20 RG, 20 août 1979.

    78 ADD 1812W35 RG, 14 décembre 1978. ACFDT 8H562 L.I.P. aux Comités d’entreprise, « Vente des montres » (1978).

    79 Idées ouvrières, novembre 1978, p. 7. ADD 1026W21 RG, 25 août 1977 ; 2 novembre 1978. ADD 1026W20 Préfet du Doubs au ministère de l’Intérieur, 23 novembre 1978.

    80 LC F delta rés 702/22/4 « Les industries de Palente, brochure valable jusqu’au 31-7-79 ».

    81 AN 18880253/64 Inspecteur divisionnaire au directeur du Service régional de police judiciaire, 19 décembre 1978. L’Est républicain, 24 novembre 1978.

    82 LC F delta rés 702/14/4 2AL, « Compte rendu du conseil d’administration », 4 mars 1978 ; 20 mai 1978.

    83 ADD 1026W18 Préfet du Doubs au ministère de l’Intérieur, 4 septembre 1978.

    84 AMB 5Z224 Les travailleurs de L.I.P. à Bruno Ricquebourg, 11 décembre 1977.

    85 ADD 1026W21 RG, 13 avril 1978.

    86 ADD 2377W182 Préfet du Doubs au ministère de l’Intérieur, 2 août 1976.

    87 ADD 1812W31 RG, 28 janvier 1978. ADD 1026W18 Préfet du Doubs au ministère de l’Intérieur, 8 février 1978. AN 19850508/21 Directeur des Industries métallurgiques, mécaniques et électroniques, « Note pour Monsieur le Directeur du Cabinet », 8 mai 1979. AN 20010085/254 Procureur général, « Situation à la date du 1er mai 1978 ».

    88 ADD 1026W18 Préfet du Doubs au ministre de l’Intérieur, 4 février 1978.

    89 ADD 1026W18 Préfet du Doubs au ministère de l’Intérieur, 19 juin 1978.

    90 Il s’agissait de l’un des trois sites où étaient stockées de telles quantités de montres récemment fabriquées. Chacun d’entre eux représentait une valeur approchant d’un million et demi de francs, ce qui représentait deux mois de salaires. ADD 1026W21 « Audition de Mme Gourmand », 22 juin 1978. RG, 26 juin 1978.

    91 ADD 1026W18 Préfet du Doubs au ministère de l’Intérieur, 23 novembre 1978. Lip Unité, décembre 1978, p. 9.

    92 Entretien de Donald Reid avec Dominique Bondu, 20 juin 2011.

    93 Le Monde, 4 avril 1978, p. 40.

    94 ADD 1026W21 RG, 1er décembre 1978. ADD 45AJ68 Compte rendu réunion conseil de surveillance [de L.I.P.] du 8 janvier 1979 ».

    95 ADD 1026W21 RG, 23 février 1978.

    96 LC F delta rés 702/6/2 Syndex aux Chers camarades chez Lip, 6 décembre 1977. Le cabinet de consultants Orgex apporta son aide à l’élaboration du plan. LC F delta rés 702/4/4 2AL, Compte rendu du conseil d’administration des 2AL, 20 mai 1978.

    97 « Portrait de François Gèze », Faits & Documents, no 122, 1er décembre 2001, p. 2.

    98 ADD 1026W21 RG, 12 juillet 1978. LC F delta rés 702/14/1 Dominique Marre, « Projet industriel horloger. Première synthèse, 22 fév 1978 ».

    99 Lip Actualité, août 1978.

    100 Libération, 14 septembre 1978, p. 3.

    101 AMB 5Z224 « Compte rendu de la réunion du vendredi 23 juin 1978 ».

    102 ADD 1026W23 Propos cités tirés de « Coopérative Lip note d’exploitation », 5 juin 1978. ADD 1026W21 RG, 11 juillet 1978. ADD 102W18, Tract sans titre de militants CFDT, 10 juillet 1978, joint au courrier du préfet du Doubs au ministère de l’Intérieur, 12 juillet 1978. G. Terrieux, L’expérience Lip, p. 85-86.

    103 ADD 1026W21 RG, 6 juillet 1978. La contribution des membres de la coopérative fut de 1,1 million de francs en 1978 ; après cette date, une retenue de 5 % sur les salaires augmenta le capital de 400 000 francs par an. AN 19840668/9 Directeur des Industries métallurgiques, mécaniques et électroniques, « Note de saisine du CIRI », 11 avril 1983.

    104 ADD 1026W20 Préfet du Doubs au ministère de l’Intérieur, 23 novembre 1978.

    105 ADD 1026W18 Préfet du Doubs au ministère de l’Intérieur, 12 juillet 1978.

    106 ADD 1026W18 Préfet du Doubs au ministère du Commerce et de l’artisanat, 19 octobre 1978.

    107 ADD 1026W20 Préfet du Doubs au ministère de l’Intérieur, 23 novembre 1978. Et de fait, des notes internes montrent que le ministère de l’Économie et des finances jugeait irréalistes les projets de développement de Palente, mais n’avait pas rendu public son avis. Voir la note interne non datée (env. 1978) du ministère, rejetant le plan L.I.P. de création de 400 emplois à Palente, et estimant possibles 40 emplois en 1979 et entre 80 et 100 à l’avenir. ADD 1026W25 Note dans le dossier, « Procédures judiciaires », 31 janvier 1979.

    108 LC F delta rés 702/14/4 2AL, « Compte rendu du conseil d’administration », 20 mai 1978.

    109 Libération, 14 septembre 1978, p. 3. G. Terrieux, L’expérience Lip, p. 90.

    110 ADD 1026W18 Maurice Clavel au ministre du Commerce et de l’Artisanat, 11 septembre 1978.

    111 AR Entretien de Christian Rouaud avec Jean Raguénès (2005), p. 3.

    112 ADD 1026W18 Préfet du Doubs au ministère de l’Intérieur, 16 janvier 1979.

    113 AN 20010085/360 Préfet du Doubs au ministre de la Justice, 26 janvier 1979.

    114 ADD 1026W25 Note dans le dossier, « Procédures judiciaires », 31 janvier 1979.

    115 Le Monde, 11 mars 1980, p. 45. Les autres coopératives n’accorderaient des prêts qu’à la condition qu’un « manager » soit recruté pour diriger L.I.P. ADD 1026W21 RG, 1er décembre 1978.

    116 ADD 1026W20 Information SCOP « Les Industries de Palente », no 16, 2 décembre 1980.

    117 Lip Unité, avril-mai 1980, p. 3.

    118 AB Entretien de Joëlle Beurier avec Jacky Burtz, 5 mars 1992, p. 13-14.

    119 ADD 1026W20 RG, 16 février 1979.

    120 Parti pris, 15 janvier 1982, p. 12.

    121 Lip Unité, juillet-août 1979, p. 24.

    122 ADD 1026W18 Préfet du Doubs au Premier ministre, 3 avril 1979.

    123 ADD 1026W23 Préfet du Doubs au Premier ministre, 13 septembre 1979.

    124 R. Burgy et C. Piaget, « L’aventure des coopératives LIP ».

    125 Le Monde, 11 mars 1980, p. 45. Ces conditions furent fixées définitivement en novembre 1979. Dès le début des négociations, le CIASI adopta une logique politique aussi bien qu’économique. Tout en révisant à la baisse chacun des plans A à E proposés par la coopérative, le comité ne négligeait pas l’avantage politique à tirer de paraître faire un geste en faveur des Lip. En juillet 1979, Loïc Deraison, secrétaire général adjoint du CIASI, expliquait ainsi son soutien à l’apport de fonds à la coopérative : « Succès : bon point pour le Gouvernement pour son image de marque et ses relations avec les syndicats. Échec : les pouvoirs publics perdent 4,50 MF, mais combien d’autres entreprises connaissent des échecs [il cite des exemples] ; l’opération reste payante politiquement, le Gouvernement ayant montré sa bonne volonté. Pour ma part, je propose, sur un plan politique (mais industriellement il y a bien 2 chances sur 3 que “cela marche” aussi) de tenter le pari et de donner le feu vert au plan “Lip” ». AN 19840668/9 « Les Industries de Palente (Lip), compte rendu réunion CIASI (Rapporteur M. Deraison du 25/07/79) ».

    126 Libération, 4 octobre 1979, p. 5.

    127 ADD 1026W23 Préfet du Doubs au Premier ministre, 4 octobre 1979.

    128 ADD 45J71 « Aujourd’hui, répondre “Oui” (Section CFDT) », 1er octobre 1979.

    129 AFGM-CFDT 1B577 Jacky Burtz et al., « Deux projets industriels mais des conséquences différentes ».

    130 ADD 45J108 Lip Livre 3e partie/Géhin, p. 15-16.

    131 Le Monde, 4 octobre 1979, p. 33.

    132 LC F delta rés 702/6/4 D. Bondu, J. Burtz, M. Géhin, J. Raguénès, F. Laurent et E. Fayard, « Se condamner avant d’être jugé… », tract distribué aux syndiqués CFDT-Lip avant le vote du 3 octobre 1979.

    133 François Laurent, cité dans le film de Thomas Faverjon, Fils de Lip, Paris, TS Productions, 2007. Lip Unité, février-mars 1980, p. 2-3.

    134 Libération, 4 octobre 1979.

    135 AFGM-CFDT 1B578 CFDT-Lip à la FGM-CFDT, 10 décembre 1979. AB, Entretien de Joëlle Beurier avec Jacky Burtz, 5 mars 1992, p. 16. Libération, 22 novembre 1979, p. 7.

    136 ADD 1026W20 « Situation actuelle de l’ex-Société Lip », 13 novembre 1979 ; RG, 30 novembre 1979. ADD 45J72 Tract de « dissidents » CFDT, « Approuver la poursuite des négociations en sachant que cela va demander cohésion, vigilance et lutte », 22 novembre 1979. Libération, 25 mars 1980. Raymond Burgy avoua aux dirigeants de la coopérative que les conditions impossibles fixées par l’État en faisaient un « cadeau empoisonné ». ADD 1026W23 « Note d’exploitation » rédigée après la réunion du 19 novembre 1979 à Matignon.

    137 AFGM-CFDT 1B578 Ministère de l’Économie au directeur général de la Caisse centrale de crédit coopératif, 17 juillet 1980.

    138 AN 19840668/9 Directeur des industries métallurgiques, mécaniques et électroniques, « Note de saisine du CIRI, 11 avril 1983. J.-M. Holz, « Crise, restructuration et adaptation du capital industriel », p. 72.

    139 LC F delta rés 702/14/3 « Compte rendu de la réunion du 9 décembre 1980 – Bureau de la 2AL ».

    140 LC F delta rés 702/6/5 Lettre de la Commission de contrôle aux Cher(e)s Camarades, 11 août (1980). Ce contrat était assorti d’une liste de vingt engagements, par exemple : être prêt à accepter un salaire inférieur au taux du marché, faire un travail non rémunéré si nécessaire, accepter une échelle des salaires plus égalitaire, prenant en compte les obligations familiales et la participation à la lutte, ainsi que les compétences professionnelles. LC F delta rés 702/6/5 « Critères d’engagement personnel dans le projet communautaire » (env. 1980).

    141 Ceux qui, partis travailler ailleurs, étaient licenciés au bout de moins de trois mois pouvaient rejoindre la communauté Lip et retrouver la paie que celle-ci leur offrait. On trouvera plusieurs versions préliminaires du contrat [avril 1980], ainsi que la version définitive [août 1980] dans LC F delta rés 702/4/1, LC F delta rés 702/6/5 et Archives Bondu, « Contrat de Solidarité ». Sur le dispositif des quarante heures hebdomadaires, voir LC F delta rés 702/6/5 CFDT-Lip, « Pour tous les Lip », 29 avril 1980. Voir aussi Jean Raguénès, De Mai 68 à LIP. Un dominicain au coeur des luttes, Paris, Karthala, 2008, p. 208.

    142 Georgette Plantin, « L’accompagnement du service social durant les difficultés vécues par Lip et son rôle actuel », Rencontre : Cahiers du travailleur social, no 37, printemps 1981, p. 49.

    143 AMB 86W43 AG de la SCOP L.I.P., 9 juillet 1987.

    144 ADD 45J77 « Lip : le cadavre », Forum, no 27-28, juillet-août 1980, p. 35-37. Daniel Jacquin, Lip 1973-1981 (Analyse sociologique), thèse de 3e cycle, EHESS, 1982, p. 353-354.

    145 Libération, 26 mars 1980, p. 15. Pour compenser le départ des ingénieurs, la coopérative lança un appel en direction de ceux qui auraient les compétences nécessaires pour résoudre telle ou telle difficulté particulière ; attirés par le projet Lip, des personnes venaient à titre individuel passer quelques jours dans l’usine et régler le problème en question. C. Piaget, « “Des trésors d’imagination” », p. 167.

    146 J. Beurier, La mémoire des Lip, annexe VIII.

    147 Lip Unité, avril-mai 1980, p. 8.

    148 Le Matin, 23 juin 1983, p. 14.

    149 Libération, 22 juin 1983, p. 12.

    150 Libération, 26 mars 1980, p. 15. AR Entretien de Christian Rouaud avec Jacky Burtz, 6 mai 2004, p. 5.

    151 La coopérative se proposa d’« occulter » certaines régions (autrement dit de ne pas y vendre à d’autres intermédiaires) si les horlogers-bijoutiers acceptaient de commercialiser ses montres, mais le problème n’en fut pas résolu pour autant. Revue française des bijoutiers horlogers, novembre 1981, p. 103-104. Lip Unité, décembre 1981, p. 5-6.

    152 ADD 45J72 Information SCOP « Les Industries de Palente », no 4, 9 novembre 1979. ADD 45J75 Lip Spécial Amitié, no 3, 15 avril 1980.

    153 LC F delta rés 702/22/2 Directoire, « SCOP-Information Les Industries de Palente », no 25, 3 mai 1982. Libération, 22 juin 1983, p. 12. Le Monde, 3 mai 1986, p. 28.

    154 Jean-Claude Sensemat, La Patronade, Paris, Olivier Orban, 1988, p. 9.

    155 L’Est républicain, 12 mai 2015, p. 12. L’Usine nouvelle, 13 mai 2015.

    156 Emmanuelle Cournarie, « De l’horlogerie aux microtechniques : approche socioanthropologique de la reconversion industrielle bisontine », in Samuel Gaston Amet et Lyse Basset (dir.), Prix A’Doc de la jeune recherche en Franche-Comté 2010, Besançon, Presses universitaires de Franche-Comté, 2010, p. 9-21.

    157 Selon Jonah D. Levy, ces contrats auraient résulté de pressions de la part du gouvernement. Tocqueville’s Revenge, Cambridge, Harvard University Press, 1999, p. 128.

    158 AMB 86W43 « Rapport du Conseil d’administration » de la SCOP L.I.P. pour 1983 (1984).

    159 Entretien de Donald Reid avec Jacky Burtz, 13 juin 2017.

    160 ADD 1812W36 RG, 2 mars 1988. Libération, 27 août 1987. L’Est républicain, 11 mars 1988.

    161 Témoignage chrétien, 22 octobre 1998, p. 13.

    162 Réforme, 6 octobre 2011, p. 10.

    163 L’Est républicain, 14 novembre 2013. La société Lipemec, descendante de l’usine Lip de machine-outils d’Ornans, est elle aussi une coopérative ouvrière de production.

    164 Lip Unité, décembre 1978, p. 4.

    165 Lip Unité, septembre 1978, p. 2-3.

    166 Lip Unité, juillet-août 1979, p. 14-15.

    167 L’Unité, 14 mars 1986, p. 23.

    168 Dominique Bondu, « LIP, dix ans après », Autogestions, no 14, 1983, p. 87-88.

    169 Lip Unité, avril-mai 1980, p. 10.

    170 LC F delta rés 702/21/3 CAP « Compte rendu des 2 réunions de travail. Conseil de surveillance et Directoire des 8 et 29 octobre 79 ». Lip Unité, avril-mai 1980, p. 6, 9 ; premier trimestre 1983, p. 16.

    171 LC F delta rés 702/21/1 « Pour l’AG des coopérateurs de CAP », 21 mai 1981.

    172 Lip Unité, décembre 1981, p. 10-11.

    173 ADD 45J71 CAP, « Embauches », 9 octobre 1979.

    174 Yves Faucoup, « Que sont devenus les LIP ? », L’Estocade, no 20, septembre-octobre 1983, p. 25.

    175 Comme dans la SCOP L.I.P., les membres des CAP versaient 5 % de leur salaire à la coopérative ; l’écart des salaires y était encore plus réduit que celui de un à deux chez L.I.P. Le Matin, 23 juin 1983, p. 14.

    176 Parti pris, 15 janvier 1982, p. 12-13.

    177 Jean Raguénès, « Oublier Lip ? », Autrement, no 126, janvier 1992, p. 191.

    178 Lip Unité, novembre-décembre 1980, p. 4.

    179 Lip Unité, avril-mai 1980, p. 11.

    180 LC F delta rés 702/21/3 CAP « Compte rendu des 2 réunions de travail ».

    181 Lip Unité, décembre 1981, p. 11.

    182 ADD 45J71 « Compte rendu du conseil de surveillance » (CAP), 9 septembre 1979.

    183 AB Entretien de Joëlle Beurier avec Alice Carpena, 31 janvier 1992, p. 14-15.

    184 Le directoire avait convenu de fabriquer 300 à 400 portes par mois pour la coopérative Manuest. Lip Unité, décembre 1982, p. 6-9.

    185 Lip Unité, 1er trimestre 1983, p. 14.

    186 ADD 45J73 « Compte rendu du conseil de surveillance du 11 janvier 1980 » (CAP).

    187 Libération, 26 mars 1980, p. 14-15. Citation tirée de Lip Unité, décembre 1982, p. 6-9, 10-11.

    188 LC F delta rés 702/21/1 « Rapport du directoire sur le 3e exercice des CAP, 1er décembre 81 au 30 novembre 82 ».

    189 D. Bondu, De l’usine à la communauté, p. 499-500.

    190 ADD 45J112 Michel Jeanningros, « SCEIP : une expérience de transfert technologique 1977-1982 » (novembre 1982).

    191 L’Est républicain, 25 mai 1982, p. 13. ADD 45J112 Dossier SCEIP.

    192 Lip Unité, novembre-décembre 1980, p. 8. Brochure SCEIP dans ADD 45J87. Michel Garcin, « Lutte contre le chômage et création d’entreprise : l’exemple de Lip », Rencontre : Cahiers du travailleur social, no 37, printemps 1981, p. 45. Florence Clauzel, « Faillites d’entreprises : les charognards ou les Saint-Bernard ? », Autrement, no 40, mai 1982, p. 149-150. G. Terrieux, L’expérience Lip, p. 162-174.

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    1 ADD 1026W20 Préfet du Doubs au ministère de l’Intérieur, 23 novembre 1978.

    2 Parti pris, décembre 1979, p. 31.

    3 Idées ouvrières, novembre 1978, p. 3.

    4 Jean Raguénès, Pierre Victor et Denis Clodic, « Lip 1973-1976 », Les Temps modernes, no 367, février 1977, p. 1239.

    5 Charles Piaget, « “Des trésors d’imagination quand on est partie prenante…” », Autrement, no 20, septembre 1979, p. 166.

    6 F. H. de Virieu, Lip 100 000 montres sans patron, Paris, Calmann-Levy, 1973, p. 61.

    7 ACGT Lip Boîte 5 L’Heure LIP, bulletin de la cellule [juillet 1973].

    8 Le Figaro, 23 août 1973.

    9 Le Nouvel Observateur, 3 septembre 1973, p. 26. Anouar Khaled, qui apparaît dans le roman de Maurice Clavel, Les Paroissiens de Palente, sous les traits du journaliste ayant servi de catalyseur à la relance par les salariés de la fabrication des montres en juin 1973, fustigea cette « collaboration de classe baptisée miraculeusement autogestion ». Politique hebdo, 13 septembre 1973, p. 11.

    10 Le Nouvel Observateur, 1er octobre 1973.

    11 Le Monde, 18 septembre 1973, p. 40. Voir Edmond Maire, Alfred Krumnow et Albert Detraz, La CFDT et l’autogestion, 2e édition, Paris, Éditions du Cerf, 1975, p. 38. Ce problème est illustré par le cas de l’entreprise de meubles Manuest, où 95 % des salariés étaient syndiqués à la CFDT. Quand l’entreprise fait faillite en octobre 1974, les salariés occupent l’usine et relancent la fabrication, puis en décembre se mettent à vendre leur production. Le mois suivant ils votent en faveur de la création d’une coopérative ouvrière, malgré l’opposition de leur fédération au sein de la CFDT. Le dirigeant de la section CFDT de Manuest, Pierre Montesinos, réagit ainsi : « Ou alors que la Fédération apporte des Neuschwander à tous ceux dont les entreprises ferment, si la Fédé ne peut pas, qu’elle n’excommunie pas ceux à qui le catéchisme révolutionnaire ne suffit pas pour trouver un emploi. » Dominique Bondu, De l’usine à la communauté. L’Institution du lien social dans le monde de l’usine, thèse de 3e cycle, EHESS, 1981, p. 377. Sur la situation à Manuest, voir Sabine Le Carpentier, Manuest : À la recherche de l’autogestion, Paris, Éditions Entente, 1980.

    12 Le Monde, 21 mars 2007, p. 28.

    13 Le Monde, 2 août 1977, p. 17.

    14 L’Heure, supplément de Lip Unité, décembre 1977, p. 2.

    15 Libération, 12 octobre 1977, p. 5.

    16 « Lip : La coop contestée », La Commune, no 20, 15 juin 1978, p. 20.

    17 ADD 1026W21 RG, 17 octobre 1977.

    18 AR Entretien de Christian Rouaud avec Charles Piaget, 2 décembre 2003, p. 16.

    19 ADD 1026W21 RG, 26 avril 1978.

    20 Libération, 12 octobre 1977, p. 5.

    21 Politique hebdo, 20 février 1978, p. 17-18.

    22 LC F delta rés 702/12/1 « Qu’attendent les “Lip” d’une victoire de la Gauche ?… » (début 1978).

    23 Lip Unité, janvier-février 1978, p. 3.

    24 LC 702/14/4 « Compte rendu du conseil d’administration de la 2AL », 26 avril 1980.

    25 ADD 1026W21 RG, 24 octobre 1977.

    26 ADD 1026W21 RG, 23 février 1978.

    27 Exposé devant l’AG par Jean Raguénès, Michel Garcin et Gérard Cugney dans D. Bondu, De l’usine à la communauté, p. 451-452. Voir aussi Joëlle Beurier, La mémoire des Lip, mémoire de maîtrise, université Paris 1, 1992, p. 122-123.

    28 Libération, 12 octobre 1977, p. 5.

    29 Libération, 10 novembre 1977, p. 7.

    30 D. Bondu, De l’usine à la communauté, p. 447-449.

    31 Le nombre de SCOP créées par des ouvriers reprenant des entreprises en difficulté financière augmenta d’ailleurs considérablement à la fin des années 1970 et au début des années 1980. Voir Sylvie Zaidman, Les sociétés coopératives ouvrières de production de 1945 à nos jours, thèse de doctorat, université Paris 7, 1989.

    32 Libération, 9 novembre 1977, p. 3.

    33 L’Heure, p. 2. La CFDT fut chargée d’en distribuer 200 000 exemplaires dans toute la France, tandis que 40 000 étaient déposés dans les boîtes aux lettres à Besançon. Lip Actualité, octobre 1978, p. 2. ADD 1812W31 RG, 6 décembre 1977.

    34 Pierre Saint-Germain et Michel Souletie, « Le voyage à Palente », Les révoltes logiques, no 7, été 1978, p. 73.

    35 ADD 1026W18 Préfet du Doubs au ministère de l’Intérieur, 14 novembre 1977.

    36 AN 19840668/9 Les Industries de Palente, Introduction au « Plan industriel » (juin 1978).

    37 L’Est républicain, 12 mai 1978.

    38 Le Matin, 8 décembre 1977. En février 1978, l’AG vota à une courte majorité contre la reprise de personnes qui avaient pris un emploi ailleurs, même si elles demandaient à revenir chez Lip. ADD 1026W21 RG, 22 février 1978. Qu’advint-il de ceux et celles qui avaient quitté Palente ? Selon des chiffres incomplets de 1978, 62 avaient quitté Besançon, plus de 100 étaient partis en retraite ou ne cherchaient plus de travail (essentiellement des ouvrières), 20 étaient en congé de longue maladie, et 150 occupaient d’autres emplois à Besançon. La Croix, 15 décembre 1978. Voir aussi ADD 45J66 « Lip vit encore », Imprimatur, no 208, 29 novembre 1978, p. 4.

    39 Lip actualité, septembre 1978. Jean-Marc Holz, « Crise, restructuration et adaptation du capital industriel à Besançon », Revue géographique de l’est, 21 : 1-2, 1981, p. 72.

    40 Bernard Pingaud, « Le nouveau pari des LIP », Faire, no 27, janvier 1978, p. 23.

    41 LC F delta rés 702/4/4 2AL, « Une lutte pour aujourd’hui et demain… ». « À Lip, des femmes : mille manières de lutter », Des femmes en mouvement, no 5, mai 1978, p. 32-34.

    42 Lip Unité, janvier-février 1978, p. 5.

    43 L’Heure, p. 2.

    44 P. Saint-Germain et M. Souletie, « Le voyage à Palente », p. 77.

    45 Raymond Burgy et Charles Piaget, « L’aventure des coopératives LIP » (2007), annexe de Pierre Thomé, Créateurs d’utopies, [genepi.blog.lemonde.fr] (erreur en 2023).

    46 Tract CFDT-Lip du 21 octobre 1977 dans D. Bondu, De l’usine à la communauté, p. 445.

    47 À la mi-octobre 1979, le directoire exigea des ouvriers qu’ils établissent des rapports quotidiens de production, faisant figurer le temps passé à chaque tâche, afin de justifier leur salaire – demande qui fut plutôt mal accueillie. Le mois suivant, Raymond Burgy, président du directoire, annonça en AG que 60 ouvriers allaient être licenciés pour manque d’assiduité au travail ; il ne donna aucun nom, et il semble que la menace n’ait pas été suivie d’effet. ADD 1026W20 RG, 19 octobre 1979 ; 9 novembre 1979.

    48 LC F delta rés 702/6/2 Collectif Animation, « Contrat collectif des Lip, application du 14 novembre 1977 », 13 décembre 1977. D. Bondu, De l’usine à la communauté, p. 463. Communication de Dominique Bondu à Donald Reid, 7 décembre 2018. Si un ouvrier refusait de travailler dans une commission et que le problème ne pouvait être réglé au sein de celle-ci, c’était l’AG qui tranchait. ACFDT 8H562 Contrat collectif des Lip, 14 novembre 1977.

    49 Jean-Pic Berry, Lip 1978, mémoire de maîtrise, Centre de sociologie des organisations, 1978, p. 56.

    50 Rouge, novembre 1977.

    51 Gérard Terrieux, L’expérience Lip, thèse de 3e cycle, université Paris 1, 1983, p. 116.

    52 ADD 45J58 « À force d’y croire… ils inventent l’avenir », Pour, no 195, 23 février 1978, p. 11-14.

    53 Libération, 17 mai 1978, p. 4.

    54 ADD 1026W21 RG, 15 novembre 1977.

    55 ADD 1026W21 RG, 8 février 1978 ; 10 février 1978.

    56 ADD 1026W21 RG, 20 décembre 1977.

    57 ADD 1026W21 RG, 20 mars 1978.

    58 Libération, 30 mai 1979, p. 3-4.

    59 ADD 45J61 « La face cachée de Lip », Drapeau rouge, no 37, 6 mai 1978, p. 8-9.

    60 ADD 1026W23 Dossier : Coopérative Lip « Note d’exploitation », 5 juin 1978. Au fur et à mesure que le conflit s’éternisait, il devenait de plus en plus difficile de faire accepter au personnel certaines tâches, notamment celle de garder le site. ADD 1026W20 RG, 20 août 1979.

    61 ADD 1026W20 RG, 11 janvier 1979.

    62 ADD 1026W21 RG, 31 janvier 1978.

    63 ADD 1026W21 RG, 1er juin 1978.

    64 ADD 1026W21 RG, 20 février 1978 ; 23 février 1978.

    65 ADD 1026W21 RG, 16 mars 1978 ; 14 avril 1978.

    66 ADD 1026W21 RG, 2 novembre 1978.

    67 ADD 1026W20 RG, 8 juin 1979. Piaget avait toutefois déjà brandi cette menace, et il n’est pas certain qu’elle ait jamais été mise à exécution.

    68 ADD 1026W20 « Situation actuelle de l’ex-Société Lip », 13 novembre 1979. Préfet du Doubs au ministère de l’Intérieur, 23 novembre 1978.

    69 ADD 1026W21 SCOP L.I.P., « Propositions pour une liquidation générale des actifs de l’ancienne entreprise Lip », p. 18-19 [septembre 1978] (notes des RG).

    70 ADD 1026W21 RG, 31 janvier 1978.

    71 ADD 1026W21 RG, 3 avril 1978 ; 5 septembre 1978. ADD 1026W20 RG, 12 décembre 1979. Jacky Burtz se souvient de s’être rendu en Allemagne pour acheter des pièces. Entretien de Donald Reid avec Jacky Burtz, 13 juin 2017. Quand l’usine était en rupture de stock de certaines pièces, par exemple de boîtiers, les ouvrières de la chaîne de montage se retrouvaient chargées de l’entretien du parc de Palente. ADD 1026W21 RG, 1er juin 1978.

    72 Lip Actualité, septembre 1978. Lip Unité, juillet-août 1979, p. 13. ADD 45J72 Information SCOP « Les Industries de Palente », no 4, 9 novembre 1979. Propos cités tirés de Libération, 26 mars 1980, p. 14. G. Terrieux, L’expérience Lip, p. 100-110.

    73 ADD 1026W20 Préfet du Doubs au ministère de l’Intérieur, 23 novembre 1978 ; RG, 12 décembre 1979.

    74 AFGM-CFDT 1B577 Michel Garcin à M. Ruati, 17 novembre 1977.

    75 AN 20010085/254 Ministère de la Justice, « Les ventes de montres et le trésor de guerre », 14 avril 1978.

    76 Lip Unité, septembre 1978, p. 3.

    77 G. Terrieux, L’expérience Lip, p. 106. ADD 1026W20 RG, 20 août 1979.

    78 ADD 1812W35 RG, 14 décembre 1978. ACFDT 8H562 L.I.P. aux Comités d’entreprise, « Vente des montres » (1978).

    79 Idées ouvrières, novembre 1978, p. 7. ADD 1026W21 RG, 25 août 1977 ; 2 novembre 1978. ADD 1026W20 Préfet du Doubs au ministère de l’Intérieur, 23 novembre 1978.

    80 LC F delta rés 702/22/4 « Les industries de Palente, brochure valable jusqu’au 31-7-79 ».

    81 AN 18880253/64 Inspecteur divisionnaire au directeur du Service régional de police judiciaire, 19 décembre 1978. L’Est républicain, 24 novembre 1978.

    82 LC F delta rés 702/14/4 2AL, « Compte rendu du conseil d’administration », 4 mars 1978 ; 20 mai 1978.

    83 ADD 1026W18 Préfet du Doubs au ministère de l’Intérieur, 4 septembre 1978.

    84 AMB 5Z224 Les travailleurs de L.I.P. à Bruno Ricquebourg, 11 décembre 1977.

    85 ADD 1026W21 RG, 13 avril 1978.

    86 ADD 2377W182 Préfet du Doubs au ministère de l’Intérieur, 2 août 1976.

    87 ADD 1812W31 RG, 28 janvier 1978. ADD 1026W18 Préfet du Doubs au ministère de l’Intérieur, 8 février 1978. AN 19850508/21 Directeur des Industries métallurgiques, mécaniques et électroniques, « Note pour Monsieur le Directeur du Cabinet », 8 mai 1979. AN 20010085/254 Procureur général, « Situation à la date du 1er mai 1978 ».

    88 ADD 1026W18 Préfet du Doubs au ministre de l’Intérieur, 4 février 1978.

    89 ADD 1026W18 Préfet du Doubs au ministère de l’Intérieur, 19 juin 1978.

    90 Il s’agissait de l’un des trois sites où étaient stockées de telles quantités de montres récemment fabriquées. Chacun d’entre eux représentait une valeur approchant d’un million et demi de francs, ce qui représentait deux mois de salaires. ADD 1026W21 « Audition de Mme Gourmand », 22 juin 1978. RG, 26 juin 1978.

    91 ADD 1026W18 Préfet du Doubs au ministère de l’Intérieur, 23 novembre 1978. Lip Unité, décembre 1978, p. 9.

    92 Entretien de Donald Reid avec Dominique Bondu, 20 juin 2011.

    93 Le Monde, 4 avril 1978, p. 40.

    94 ADD 1026W21 RG, 1er décembre 1978. ADD 45AJ68 Compte rendu réunion conseil de surveillance [de L.I.P.] du 8 janvier 1979 ».

    95 ADD 1026W21 RG, 23 février 1978.

    96 LC F delta rés 702/6/2 Syndex aux Chers camarades chez Lip, 6 décembre 1977. Le cabinet de consultants Orgex apporta son aide à l’élaboration du plan. LC F delta rés 702/4/4 2AL, Compte rendu du conseil d’administration des 2AL, 20 mai 1978.

    97 « Portrait de François Gèze », Faits & Documents, no 122, 1er décembre 2001, p. 2.

    98 ADD 1026W21 RG, 12 juillet 1978. LC F delta rés 702/14/1 Dominique Marre, « Projet industriel horloger. Première synthèse, 22 fév 1978 ».

    99 Lip Actualité, août 1978.

    100 Libération, 14 septembre 1978, p. 3.

    101 AMB 5Z224 « Compte rendu de la réunion du vendredi 23 juin 1978 ».

    102 ADD 1026W23 Propos cités tirés de « Coopérative Lip note d’exploitation », 5 juin 1978. ADD 1026W21 RG, 11 juillet 1978. ADD 102W18, Tract sans titre de militants CFDT, 10 juillet 1978, joint au courrier du préfet du Doubs au ministère de l’Intérieur, 12 juillet 1978. G. Terrieux, L’expérience Lip, p. 85-86.

    103 ADD 1026W21 RG, 6 juillet 1978. La contribution des membres de la coopérative fut de 1,1 million de francs en 1978 ; après cette date, une retenue de 5 % sur les salaires augmenta le capital de 400 000 francs par an. AN 19840668/9 Directeur des Industries métallurgiques, mécaniques et électroniques, « Note de saisine du CIRI », 11 avril 1983.

    104 ADD 1026W20 Préfet du Doubs au ministère de l’Intérieur, 23 novembre 1978.

    105 ADD 1026W18 Préfet du Doubs au ministère de l’Intérieur, 12 juillet 1978.

    106 ADD 1026W18 Préfet du Doubs au ministère du Commerce et de l’artisanat, 19 octobre 1978.

    107 ADD 1026W20 Préfet du Doubs au ministère de l’Intérieur, 23 novembre 1978. Et de fait, des notes internes montrent que le ministère de l’Économie et des finances jugeait irréalistes les projets de développement de Palente, mais n’avait pas rendu public son avis. Voir la note interne non datée (env. 1978) du ministère, rejetant le plan L.I.P. de création de 400 emplois à Palente, et estimant possibles 40 emplois en 1979 et entre 80 et 100 à l’avenir. ADD 1026W25 Note dans le dossier, « Procédures judiciaires », 31 janvier 1979.

    108 LC F delta rés 702/14/4 2AL, « Compte rendu du conseil d’administration », 20 mai 1978.

    109 Libération, 14 septembre 1978, p. 3. G. Terrieux, L’expérience Lip, p. 90.

    110 ADD 1026W18 Maurice Clavel au ministre du Commerce et de l’Artisanat, 11 septembre 1978.

    111 AR Entretien de Christian Rouaud avec Jean Raguénès (2005), p. 3.

    112 ADD 1026W18 Préfet du Doubs au ministère de l’Intérieur, 16 janvier 1979.

    113 AN 20010085/360 Préfet du Doubs au ministre de la Justice, 26 janvier 1979.

    114 ADD 1026W25 Note dans le dossier, « Procédures judiciaires », 31 janvier 1979.

    115 Le Monde, 11 mars 1980, p. 45. Les autres coopératives n’accorderaient des prêts qu’à la condition qu’un « manager » soit recruté pour diriger L.I.P. ADD 1026W21 RG, 1er décembre 1978.

    116 ADD 1026W20 Information SCOP « Les Industries de Palente », no 16, 2 décembre 1980.

    117 Lip Unité, avril-mai 1980, p. 3.

    118 AB Entretien de Joëlle Beurier avec Jacky Burtz, 5 mars 1992, p. 13-14.

    119 ADD 1026W20 RG, 16 février 1979.

    120 Parti pris, 15 janvier 1982, p. 12.

    121 Lip Unité, juillet-août 1979, p. 24.

    122 ADD 1026W18 Préfet du Doubs au Premier ministre, 3 avril 1979.

    123 ADD 1026W23 Préfet du Doubs au Premier ministre, 13 septembre 1979.

    124 R. Burgy et C. Piaget, « L’aventure des coopératives LIP ».

    125 Le Monde, 11 mars 1980, p. 45. Ces conditions furent fixées définitivement en novembre 1979. Dès le début des négociations, le CIASI adopta une logique politique aussi bien qu’économique. Tout en révisant à la baisse chacun des plans A à E proposés par la coopérative, le comité ne négligeait pas l’avantage politique à tirer de paraître faire un geste en faveur des Lip. En juillet 1979, Loïc Deraison, secrétaire général adjoint du CIASI, expliquait ainsi son soutien à l’apport de fonds à la coopérative : « Succès : bon point pour le Gouvernement pour son image de marque et ses relations avec les syndicats. Échec : les pouvoirs publics perdent 4,50 MF, mais combien d’autres entreprises connaissent des échecs [il cite des exemples] ; l’opération reste payante politiquement, le Gouvernement ayant montré sa bonne volonté. Pour ma part, je propose, sur un plan politique (mais industriellement il y a bien 2 chances sur 3 que “cela marche” aussi) de tenter le pari et de donner le feu vert au plan “Lip” ». AN 19840668/9 « Les Industries de Palente (Lip), compte rendu réunion CIASI (Rapporteur M. Deraison du 25/07/79) ».

    126 Libération, 4 octobre 1979, p. 5.

    127 ADD 1026W23 Préfet du Doubs au Premier ministre, 4 octobre 1979.

    128 ADD 45J71 « Aujourd’hui, répondre “Oui” (Section CFDT) », 1er octobre 1979.

    129 AFGM-CFDT 1B577 Jacky Burtz et al., « Deux projets industriels mais des conséquences différentes ».

    130 ADD 45J108 Lip Livre 3e partie/Géhin, p. 15-16.

    131 Le Monde, 4 octobre 1979, p. 33.

    132 LC F delta rés 702/6/4 D. Bondu, J. Burtz, M. Géhin, J. Raguénès, F. Laurent et E. Fayard, « Se condamner avant d’être jugé… », tract distribué aux syndiqués CFDT-Lip avant le vote du 3 octobre 1979.

    133 François Laurent, cité dans le film de Thomas Faverjon, Fils de Lip, Paris, TS Productions, 2007. Lip Unité, février-mars 1980, p. 2-3.

    134 Libération, 4 octobre 1979.

    135 AFGM-CFDT 1B578 CFDT-Lip à la FGM-CFDT, 10 décembre 1979. AB, Entretien de Joëlle Beurier avec Jacky Burtz, 5 mars 1992, p. 16. Libération, 22 novembre 1979, p. 7.

    136 ADD 1026W20 « Situation actuelle de l’ex-Société Lip », 13 novembre 1979 ; RG, 30 novembre 1979. ADD 45J72 Tract de « dissidents » CFDT, « Approuver la poursuite des négociations en sachant que cela va demander cohésion, vigilance et lutte », 22 novembre 1979. Libération, 25 mars 1980. Raymond Burgy avoua aux dirigeants de la coopérative que les conditions impossibles fixées par l’État en faisaient un « cadeau empoisonné ». ADD 1026W23 « Note d’exploitation » rédigée après la réunion du 19 novembre 1979 à Matignon.

    137 AFGM-CFDT 1B578 Ministère de l’Économie au directeur général de la Caisse centrale de crédit coopératif, 17 juillet 1980.

    138 AN 19840668/9 Directeur des industries métallurgiques, mécaniques et électroniques, « Note de saisine du CIRI, 11 avril 1983. J.-M. Holz, « Crise, restructuration et adaptation du capital industriel », p. 72.

    139 LC F delta rés 702/14/3 « Compte rendu de la réunion du 9 décembre 1980 – Bureau de la 2AL ».

    140 LC F delta rés 702/6/5 Lettre de la Commission de contrôle aux Cher(e)s Camarades, 11 août (1980). Ce contrat était assorti d’une liste de vingt engagements, par exemple : être prêt à accepter un salaire inférieur au taux du marché, faire un travail non rémunéré si nécessaire, accepter une échelle des salaires plus égalitaire, prenant en compte les obligations familiales et la participation à la lutte, ainsi que les compétences professionnelles. LC F delta rés 702/6/5 « Critères d’engagement personnel dans le projet communautaire » (env. 1980).

    141 Ceux qui, partis travailler ailleurs, étaient licenciés au bout de moins de trois mois pouvaient rejoindre la communauté Lip et retrouver la paie que celle-ci leur offrait. On trouvera plusieurs versions préliminaires du contrat [avril 1980], ainsi que la version définitive [août 1980] dans LC F delta rés 702/4/1, LC F delta rés 702/6/5 et Archives Bondu, « Contrat de Solidarité ». Sur le dispositif des quarante heures hebdomadaires, voir LC F delta rés 702/6/5 CFDT-Lip, « Pour tous les Lip », 29 avril 1980. Voir aussi Jean Raguénès, De Mai 68 à LIP. Un dominicain au coeur des luttes, Paris, Karthala, 2008, p. 208.

    142 Georgette Plantin, « L’accompagnement du service social durant les difficultés vécues par Lip et son rôle actuel », Rencontre : Cahiers du travailleur social, no 37, printemps 1981, p. 49.

    143 AMB 86W43 AG de la SCOP L.I.P., 9 juillet 1987.

    144 ADD 45J77 « Lip : le cadavre », Forum, no 27-28, juillet-août 1980, p. 35-37. Daniel Jacquin, Lip 1973-1981 (Analyse sociologique), thèse de 3e cycle, EHESS, 1982, p. 353-354.

    145 Libération, 26 mars 1980, p. 15. Pour compenser le départ des ingénieurs, la coopérative lança un appel en direction de ceux qui auraient les compétences nécessaires pour résoudre telle ou telle difficulté particulière ; attirés par le projet Lip, des personnes venaient à titre individuel passer quelques jours dans l’usine et régler le problème en question. C. Piaget, « “Des trésors d’imagination” », p. 167.

    146 J. Beurier, La mémoire des Lip, annexe VIII.

    147 Lip Unité, avril-mai 1980, p. 8.

    148 Le Matin, 23 juin 1983, p. 14.

    149 Libération, 22 juin 1983, p. 12.

    150 Libération, 26 mars 1980, p. 15. AR Entretien de Christian Rouaud avec Jacky Burtz, 6 mai 2004, p. 5.

    151 La coopérative se proposa d’« occulter » certaines régions (autrement dit de ne pas y vendre à d’autres intermédiaires) si les horlogers-bijoutiers acceptaient de commercialiser ses montres, mais le problème n’en fut pas résolu pour autant. Revue française des bijoutiers horlogers, novembre 1981, p. 103-104. Lip Unité, décembre 1981, p. 5-6.

    152 ADD 45J72 Information SCOP « Les Industries de Palente », no 4, 9 novembre 1979. ADD 45J75 Lip Spécial Amitié, no 3, 15 avril 1980.

    153 LC F delta rés 702/22/2 Directoire, « SCOP-Information Les Industries de Palente », no 25, 3 mai 1982. Libération, 22 juin 1983, p. 12. Le Monde, 3 mai 1986, p. 28.

    154 Jean-Claude Sensemat, La Patronade, Paris, Olivier Orban, 1988, p. 9.

    155 L’Est républicain, 12 mai 2015, p. 12. L’Usine nouvelle, 13 mai 2015.

    156 Emmanuelle Cournarie, « De l’horlogerie aux microtechniques : approche socioanthropologique de la reconversion industrielle bisontine », in Samuel Gaston Amet et Lyse Basset (dir.), Prix A’Doc de la jeune recherche en Franche-Comté 2010, Besançon, Presses universitaires de Franche-Comté, 2010, p. 9-21.

    157 Selon Jonah D. Levy, ces contrats auraient résulté de pressions de la part du gouvernement. Tocqueville’s Revenge, Cambridge, Harvard University Press, 1999, p. 128.

    158 AMB 86W43 « Rapport du Conseil d’administration » de la SCOP L.I.P. pour 1983 (1984).

    159 Entretien de Donald Reid avec Jacky Burtz, 13 juin 2017.

    160 ADD 1812W36 RG, 2 mars 1988. Libération, 27 août 1987. L’Est républicain, 11 mars 1988.

    161 Témoignage chrétien, 22 octobre 1998, p. 13.

    162 Réforme, 6 octobre 2011, p. 10.

    163 L’Est républicain, 14 novembre 2013. La société Lipemec, descendante de l’usine Lip de machine-outils d’Ornans, est elle aussi une coopérative ouvrière de production.

    164 Lip Unité, décembre 1978, p. 4.

    165 Lip Unité, septembre 1978, p. 2-3.

    166 Lip Unité, juillet-août 1979, p. 14-15.

    167 L’Unité, 14 mars 1986, p. 23.

    168 Dominique Bondu, « LIP, dix ans après », Autogestions, no 14, 1983, p. 87-88.

    169 Lip Unité, avril-mai 1980, p. 10.

    170 LC F delta rés 702/21/3 CAP « Compte rendu des 2 réunions de travail. Conseil de surveillance et Directoire des 8 et 29 octobre 79 ». Lip Unité, avril-mai 1980, p. 6, 9 ; premier trimestre 1983, p. 16.

    171 LC F delta rés 702/21/1 « Pour l’AG des coopérateurs de CAP », 21 mai 1981.

    172 Lip Unité, décembre 1981, p. 10-11.

    173 ADD 45J71 CAP, « Embauches », 9 octobre 1979.

    174 Yves Faucoup, « Que sont devenus les LIP ? », L’Estocade, no 20, septembre-octobre 1983, p. 25.

    175 Comme dans la SCOP L.I.P., les membres des CAP versaient 5 % de leur salaire à la coopérative ; l’écart des salaires y était encore plus réduit que celui de un à deux chez L.I.P. Le Matin, 23 juin 1983, p. 14.

    176 Parti pris, 15 janvier 1982, p. 12-13.

    177 Jean Raguénès, « Oublier Lip ? », Autrement, no 126, janvier 1992, p. 191.

    178 Lip Unité, novembre-décembre 1980, p. 4.

    179 Lip Unité, avril-mai 1980, p. 11.

    180 LC F delta rés 702/21/3 CAP « Compte rendu des 2 réunions de travail ».

    181 Lip Unité, décembre 1981, p. 11.

    182 ADD 45J71 « Compte rendu du conseil de surveillance » (CAP), 9 septembre 1979.

    183 AB Entretien de Joëlle Beurier avec Alice Carpena, 31 janvier 1992, p. 14-15.

    184 Le directoire avait convenu de fabriquer 300 à 400 portes par mois pour la coopérative Manuest. Lip Unité, décembre 1982, p. 6-9.

    185 Lip Unité, 1er trimestre 1983, p. 14.

    186 ADD 45J73 « Compte rendu du conseil de surveillance du 11 janvier 1980 » (CAP).

    187 Libération, 26 mars 1980, p. 14-15. Citation tirée de Lip Unité, décembre 1982, p. 6-9, 10-11.

    188 LC F delta rés 702/21/1 « Rapport du directoire sur le 3e exercice des CAP, 1er décembre 81 au 30 novembre 82 ».

    189 D. Bondu, De l’usine à la communauté, p. 499-500.

    190 ADD 45J112 Michel Jeanningros, « SCEIP : une expérience de transfert technologique 1977-1982 » (novembre 1982).

    191 L’Est républicain, 25 mai 1982, p. 13. ADD 45J112 Dossier SCEIP.

    192 Lip Unité, novembre-décembre 1980, p. 8. Brochure SCEIP dans ADD 45J87. Michel Garcin, « Lutte contre le chômage et création d’entreprise : l’exemple de Lip », Rencontre : Cahiers du travailleur social, no 37, printemps 1981, p. 45. Florence Clauzel, « Faillites d’entreprises : les charognards ou les Saint-Bernard ? », Autrement, no 40, mai 1982, p. 149-150. G. Terrieux, L’expérience Lip, p. 162-174.

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    Reid, D. (2020). L’affaire Lip (H. Chuquet, trad.). Rennes: Presses universitaires de Rennes. https://doi.org/10.4000/books.pur.191245
    Reid, Donald. L’affaire Lip. Traduit par Hélène Chuquet. Rennes: Presses universitaires de Rennes, 2020. doi:10.4000/books.pur.191245.
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