Introduction de la quatrième partie

p. 193-194


Texte intégral

1Nous avons vu que la naissance des villes s’inscrit à l’articulation de rythmes spatiaux et temporels, rythmes qui marquent également de leur présence la vie urbaine. Cette partie s’empare désormais d’un autre phénomène : la mise en scène et en images de ces rythmes fondateurs. Par le recours iconographique, il s’agit en quelque sorte d’ouvrir une fenêtre dans laquelle inscrire une nouvelle histoire1 ; par le recours scènographique, il s’agit cette fois de conférer une cohérence à des événements en apparence disjoints, en les insérant dans une séquence calendaire préexistante et donc aisément identifiable.

2Ainsi en est-il des théâtralisations des transferts de capitales, si fréquents dans l’histoire des Amériques (en général) et du Brésil (en particulier)2. Entre l’institution d’une nouvelle capitale et l’abandon de l’ancienne, tout un ensemble de pratiques plus ou moins ritualisées permet de rejouer les mythes fondateurs de la nation. Il s’agit également d’inscrire la ville nouvelle qui va héberger les pouvoirs de l’État, dans le temps long de l’histoire nationale pour mieux la projeter dans le futur.

3De même, dans ce pays à échelle continentale, lorsqu’il s’agit de susciter des mobilités humaines vers des régions de frontière par exemple, il n’est pas rare que la mise en images de villes en projet serve de truchement à une intention politique.

4Autant de rythmes qui se révèlent par ces mises en scène et en images, et indiquent combien la ville est une mécanique à engendrer, transformer et inventer symboles et imaginaires, capables de susciter mobilités et adhésions à un projet communautaire. Voilà pourquoi, en cas de contestation du pouvoir, certains lieux symboliques peuvent être l’objet d’une mise en scène digne d’un théâtre de la catastrophe3, comme lors de la violente invasion de la place des Trois-Pouvoirs, à Brasília, par des émeutiers d’extrême-droite, le 8 janvier 2023.

Notes de bas de page

1 Patrick Boucheron cite le De Pictura de Léon Battista Alberti (1436), dans lequel l’humaniste explique : « d’abord j’inscris sur la surface à peindre un quadrilatère à angles droits aussi grand qu’il me plaît, qui est pour moi en vérité comme une felêtre ouverte à partir de laquelle l’histoire représentée pourra être considérée » (L’Entretemps. Conversations sur l’histoire, Paris, Verdier, 2012, p. 20).

2 Voir Laurent Vidal (dir.), Capitales rêvées, capitales abandonnées…, op. cit.

3 François Laplantine, Théâtre de la catastrophe. Expériences des situations extrêmes et création artistique, Paris, Le Pommier, 2022.


Le texte seul est utilisable sous licence Licence OpenEdition Books. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont « Tous droits réservés », sauf mention contraire.