Chapitre VII. Monstres savants
p. 213-232
Texte intégral
1L’analyse du rapport entre texte et image dans la Mythologie, c’est-à-dire Explication des fables de 1612 que je propose permet de mesurer les écarts entre l’un et l’autre et leurs spécificités. Tandis que les dieux-monstres et la plupart des laides allégories en image disparaissent des illustrations des livres à partir du xviie siècle, d’autres monstres en revanche sont en plein essor : les prodiges et races monstrueuses. Ce chapitre sera ainsi l’occasion de revenir à l’étude du texte et de parcourir les ajouts de Montlyard qui concernent ces monstres-ci.
2La traduction de Montlyard n’est pas seulement une métaphrase comme cela a été défini précédemment : elle a certes pour but d’interpréter le texte original, de le traverser pour en cueillir l’essence, mais elle vise aussi à « recréer », à savoir créer à nouveau le texte et à amuser (en vertu de l’acception ancienne du mot) le public1. Ce réjouissement de l’esprit est léger, il a quelque chose d’enfantin, et c’est d’ailleurs dans ce sens que Montlyard utilise ce terme à plusieurs reprises, aussi bien sous sa forme verbale que substantivée2. La recréation a une fonction didactique. Pour rendre son récit encore plus attractif, Montlyard fait appel à la curiosité du lecteur ou de la lectrice en mélangeant plusieurs genres, de la littérature antique à l’histoire contemporaine ou au récit de voyage. Car le plaisir vient de la varietas. Et quoi de plus drôle, de plus accrocheur, pour les petits et les grands, que les histoires de monstres et d’êtres extraordinaires ?
3Il arrive assez souvent que Montlyard, tout en faisant mine de suivre le fil du discours de Conti, ajoute des passages inédits ayant trait aux races extraordinaires des Anciens, telles les Amazones. Pour les présenter à son public, il trouve un moyen original qui passe par l’usage de l’italique, des tirets, etc. Par exemple, il débute en traduisant fidèlement les premières lignes du chapitre sur Atalante, l’héroïne qui ne veut pas se marier et qui, pour cette raison, défie tous ses prétendants à la course3. À la suite de la présentation, fidèle à Conti, de sa « genealogie » et de son père Schœnée, roi de l’île de Scyre, Montlyard s’autorise un long écart vis-à-vis des Mythologiae sive explicationis fabularum libri decem. Pour raconter l’histoire d’Atalante, Montlyard ne retient pas Apollodore, mais Ovide, considéré à l’époque comme le maître de la mise en texte de l’oralité et de la parole au moyen des techniques narratives et du mélange des genres4. Il commence par citer les Métamorphoses et retranscrit les paroles de l’oracle d’Apollon5 :
« - ô pucelle Atalante,
Bien que toi sois en graces excellente,
D’avoir espoux tu n’as point de besoing ;
De mariage abandonne le soing6. »
4Le tiret qui précède l’injonction « ô pucelle Atalante » ainsi que l’italique (la fameuse police cancelleresca, fruit des travaux du grand Manuzio quelques décennies plus tôt) signalent le passage de l’écriture à l’oralité. Montlyard fait ainsi mine de retranscrire directement les paroles de l’oracle. Chez Conti, tout comme chez Montlyard, l’italique signale le passage au discours rapporté, en l’occurrence les textes antiques originaux7. En revanche, lorsque Montlyard poursuit son récit en exposant la réaction d’Atalante face à l’oracle, le métatexte, c’est-à-dire le commentaire mythographique censé interpréter les citations antiques, prend la forme d’une didascalie8.
5Ensuite, Montlyard fait entrer en scène, si l’on peut dire, Hippomène. Il commence par en présenter les pensées intérieures, signalées par le passage à l’italique9. Il va jusqu’à ajouter une incise entre parenthèses : « Pourquoy (dit-il) n’aurai-ie pas l’esbat / Du sort heureux de ce present combat10 ? » Les stratégies typographiques ou discursives pour mettre en scène la parole rapportée sont donc multiples (tiret, italique, incise)11 et conformes aux normes éditoriales du théâtre.
6Entre 1581 et 1612, entre la première édition du Cartari lyonnais et sa réédition hybride avec Conti, quelque chose est en train de changer. De la même manière qu’il existe une tension entre le texte et les images, la métaphrase de Montlyard entre en confrontation avec le texte de Conti. Montlyard participe pleinement du mouvement de transformation de la notion de fiction à l’œuvre à la fin du xvie siècle, corollaire du « recul de l’allégorie » étudié par Françoise Lavocat12. C’est dans ce sens qu’il faut lire le passage sur l’amazone Atalante écrit selon les codes dramaturgiques.
7De plus, l’oralité feinte apparaît comme une astuce supplémentaire pour orner la Mythologie, c’est-à-dire Explication des fables. D’autres types de mise en scène de la parole se retrouvent ailleurs, par exemple, au début du chapitre sur Médée, la plus célèbre des « sorcières » de l’Antiquité13, Montlyard ajoute que :
« Apolloine au 3. Livre de la toison d’or, appelle Medee du nom d’Aete, ou pource qu’elle se servoit de l’art de Circe plustos pource qu’elle faisoit crier à beaucoup de gents, a, a, c’est-à-dire, ha, ha, voix plaintive et dolente ; comme de faict elle fit beaucoup de maux à plusieurs personnes14. »
8Montlyard commence par citer Apollonius de Rhodes, chez qui se trouve l’allusion à Æétès ou Aiétès, et l’interprète. Renvoyant à la fois au nom du fils de Circé et au père de Médée, l’épithète aurait pour fonction d’associer les deux femmes au domaine de la magie et de la sorcellerie. Montlyard ajoute une seconde interprétation du surnom de la sorcière et considère alors l’épithète comme une transposition onomatopéique. Pour lui, le fait qu’elle « faisoit crier à beaucoup de gents, a, a » lui aurait valu le surnom aete. Le métaphraste traduit même les cris en français (« c’est-à-dire, ha, ha, voix plaintive et dolente »).
9Loin d’être un cas isolé dans la Mythologie de Montlyard, le ha ha qui aurait valu son épithète à Médée a un pendant : le he he du long chapitre sur Bacchus15. Celui-ci s’inscrit dans un passage où Conti, suivi de près par Montlyard, s’arrête longuement sur les rites adressés au dieu et présente en détail d’abord les bacchanales, puis les fêtes latines de Liber (Liberalia). Dans l’édition lyonnaise de 1612, une illustration représentant le cortège bachique a été insérée à la suite d’une citation tirée des Métamorphoses d’Ovide (ill. 72)16. Les yeux rivés sur le spectateur ou la spectatrice, une bacchante couronnée de fleurs, portant haut le thyrse, est suivie de près par des satyres coiffés de lierre ou portant des corbeilles sur leur tête. Sous l’illustration, Montlyard a ajouté un passage de son cru :
« Les peuples du Brasil prattiquent encores auiourd’huy semblables façons de faire. Car les Caraïbes, faulx prophetes des Toupinamboults, assemblent le peuple tous les trois ans, le separent en trois compagnies, d’hommes, de femmes, d’enfants. Puis les font retirer en diverses loges. Eux en occupent une avec les hommes, et sur le champ s’escrient à gorge despoyee Hé, hé hé hé etc. Les femmes l’imitent en suite d’une voix forte et tremblante, hurlants d’une terrible façon, et sautelants avec grand effort, se coingnent les mammelles, escument de la bouche : de maniere qu’aucunes ne pouvants supporter ceste dæmoniaque violence (car elles deviennent enragees) se laissent choir comme du hault-mal17. »
10Montlyard commence par proposer une comparaison (« semblables façons de faire ») entre l’antique et l’exotique fondée sur leurs points communs : le « Sacré Triennal » des « femmes Thraciennes », et les fêtes tupinamba menées par les Caraïbes, ces « faulx prophetes », qui ont lieu tous les trois ans. Les autres analogies qui relient les motifs antiques et exotiques, le lecteur ou la lectrice peut les trouver seul, elles ne sont donc pas explicitées dans le texte : l’isolement des femmes rappelle les congrégations féminines des cultes dédiés à Dionysos-Bacchus, le hé hé entre en résonance avec le évohé des Bacchantes d’Euripide, et la frénésie, la folie et la transe caractérisent les danses des deux groupes.
11Montlyard n’invente rien ou très peu : il bricole, rafistole, tente d’améliorer le désuet (Conti) par du neuf. Pour moderniser son texte, il fait donc appel à l’exotique et, comme s’il s’agissait d’une gravure d’illustration, il reprend et agence différemment des motifs antérieurs. Dans le cas du parallèle Bacchante-Tupinamba, il se réfère à l’un des récits de voyage les plus diffusés de son époque : l’Histoire d’un voyage faict en la terre du Bresil de Jean de Léry, paru pour la première fois en 157818. Dans sa métaphrase, Montlyard propose d’abord un résumé du chapitre dans lequel Léry décrit une fête dirigée par les Caraïbes, les prêtres des Tupinamba du Brésil :
« […] nous fusmes tous esbahis que les femmes de leur costé leur respondans et avec une voix tremblante, reïterans ceste mesme interjection, He, he, he, he, se prindrent à crier de telle façon, que nous les regardans ne savions quelle contenance tenir19. »
12Il retient les cris « terribles » accompagnés de sauts des habitantes du Brésil (« Les femmes l’imitent en suite d’une voix forte et tremblante, hullants d’une terrible façon, et sautelants avec grand effort »), leurs gesticulations (« se coingnent les mammelles, escument de la bouche ») ainsi que les transes qui accompagnaient leurs danses frénétiques (« ceste dæmoniaque violence [car elles deviennent enragees] se laissent choir comme du hault-mal »). Il en déduit que ces femmes sont possédées par le diable20 et, ce faisant, suit Léry qui se réfère à Jean Bodin et à sa Démonomanie (Paris, Jacques du Puys, 1580). Le he he de ces « sauvages » est traduit dans le langage des sorcières (« Diable, Diable, faute-ici, faute-la […], Sabbath, Sabbath »)21. La métaphrase de la Mythologie rend compte de la lecture démonologisée du motif exotique, où l’Histoire de Léry fait écho à la Démonomanie de Bodin.
13Ainsi, avec Montlyard, des monstres terrifiants et fascinants, cruellement modernes, font irruption au sein des fables des Anciens. De Médée à la Tupinamba, la mise en scène de l’oralité simulée joue un rôle central dans ce processus, à travers les interjections, les paroles rapportées et les dialogues – quelques années à peine avant l’instauration de la tragédie française classique sous Louis XIV. Ces additions apportées par Montlyard modifient en profondeur le texte de Conti, elles en minent la cohérence et le corrompent. Au tournant des années 1600, de nouveaux champs du savoir se délimitent entre la fiction d’un côté, et l’observation de la nature de l’autre. Mais les monstres sont des figures intermédiaires, entre un domaine et l’autre. Ainsi, analyser Montlyard qui ajoute des passages sur des monstres et prodiges permet de constater l’existence d’un mouvement plus large de partage et de diffusion d’informations (texte et image) entre les livres sur l’Antiquité, ceux sur la nature et ceux sur l’ailleurs : des monstres se trouvent dans ces trois domaines et il n’est pas rare qu’ils naviguent de l’un à l’autre en marquant, au gré de leurs déplacements, de nouvelles frontières.
14Dans son chapitre sur les satyres, Conti distingue Pan, les satyres, les silènes, les faunes et Sylvain en leur consacrant un chapitre spécifique. La description de la fable et sa lecture allégorique ont déjà été traitées dans les chapitres précédents, raison pour laquelle Conti n’aborde que brièvement ces questions dans son chapitre sur les satyres, pour se concentrer sur des témoignages antiques : Pline et les satyres des Indes22, Pausanias et les habitants des îles Satyrides23, Pomponius Mela et les îles des satyres24. Après avoir cité Arrien et sa description d’une île qui résonne au son des flûtes, fifres, cymbales et tambours, Conti arrive à la conclusion suivante25 : les prodiges sont une affaire passée, qui ne concerne que les Anciens (il utilise l’imparfait « credebatur »)26. Or Montlyard supprime entièrement cette phrase et traduit fidèlement le reste de la conclusion de Conti, en rapportant bien comment « ces monstres estants quelquefois apparus aux hommes, les plus grossiers et timides […] prindrent pour Dieu tout ce qui leur apparoissoit d’admirable ou espouvantable ». Puis, il ajoute une remarque finale qui change le statut de tout le reste du chapitre :
« Philippe Archiduc d’Autriche mena quand et lui deux Satyres en vie à Gênes l’an 1548, l’un en aage d’vn ieune garçon ; l’autre en aage viril, dont il appert que la race n’est pas encore esteinte27. »
15La découverte de deux satyres au milieu du xvie siècle, quelques années à peine avant la naissance de Montlyard, fait du discours sur les satyres un récit d’actualité, présentant une « race [qui] n’est pas encore esteinte ».
16Dans ses Histoires prodigieuses (1561), Pierre Boaistuau consacre son dix-septième chapitre aux « Histoires prodigieuses de plusieurs poissons estranges, Monstres marins, Nereïdes, Syrenes, Tritons et autres Monstres aquatiques qui se trouvent dans la mer », qu’il clôt avec une opinion fort répandue au xvie siècle : les écrits des Anciens doivent être validés par l’expérience des Modernes (« qui confirment entièrement toutes les histoires precedantes »)28. Montlyard conclut son chapitre sur les satyres avec le même présupposé. Néanmoins, sa source n’est pas Boaistuau, chez qui l’anecdote des deux satyres trouvés à Gênes n’est pas relayée, mais l’une des sources de Boaistuau, à savoir Conrad Gessner qui, dans le quatrième tome de son Historia animalium, écrit :
« Sirenem mortuam spectaculi causa Genvam secum advexisse fertur Philippus archidux Austriae anno Domini 1548. duos item Satyros vivos, alterum puerili aete, alterum virili29. »
17L’addition de Montlyard au sein du chapitre sur les satyres, loin de passer inaperçue, est bien reçue des savants et chercheurs sur l’Antiquité qui ne manquent pas de commenter cette information curieuse. D’abord, on la retrouve dans un traité sur les satyres de François Hédelin, futur abbé d’Aubignac, en 162730, à partir duquel elle se diffuse dans les dictionnaires du xviiie siècle, comme l’Explication historique des fables de l’abbé Banier31 et le Dictionnaire mythologique de l’abbé de Castres32. Au xixe siècle, l’anecdote des deux satyres trouvés à Gênes en 1548 apparaît notamment dans des éditions critiques de textes antiques33. De nos jours, les chercheuses et chercheurs la mentionnent encore, en indiquant toujours la source chez Montlyard34. Si l’addition de Montlyard semble avoir frappé la postérité, c’est parce qu’elle est étonnante, elle détonne par rapport au reste des Mythologiae sive explicationis fabularum libri decem de Conti. Se poser la question de la limite entre réalité et fiction, faire appel à des preuves et à des témoignages pour prendre un parti critique et, surtout, se référer à une littérature contemporaine, spécialisée dans la question, peuvent être considérées comme des attitudes modernes dans le sens de l’avènement d’une démarche historique et empirique. Cela ne concerne pas Conti mais plutôt Montlyard qui décrit les satyres trouvés à Gênes.
18Chez Montlyard, l’actualité fait irruption dans le discours sur l’Antiquité. Il bouleverse ainsi le regard sur le passé en le mettant en parallèle avec l’extraordinaire, avec le lointain, au point de l’amener à dresser des analogies culturelles entre les peuples du monde, comme dans l’une de ses plus longues additions, qui se trouve dans le chapitre sur Bacchus et qui a encore trait aux satyres :
« Pour compagnons et supposts il avoit ie ne sçay quels Daemons en forme humaine qu’on appelloit Satyres et Cobales, qui lui donnoient aduis des choses à-venir, et reveloient les desseings de ses ennemis. On en void encore aujourd’huy plusieurs en la Sarmatie, que les Sarmates nomment Drulles ; les Russiens, Coltkes ; les Alemands, Cobaldes qui se cachent ès recoings des maisons, ou dans des tas de bois : et les domestiques leur rendent beaucoup d’honneur et de respect, non pour affection qu’ils leur portent, mais parce qu’inhumains et cruels à ceux qu’ils n’ont point d’obligation, benings et courtois à ceux dont ils ont embrassé le service ; ils desrobent ce qu’ils peuuent aux voisins, et le transportent chez leurs maistres ; pensent leurs chevaux, predisent leurs maladies et autres incommoditez. Davantage il avoit en sa compagnie des femmes que ces Cobales avoient poulsees hors de leurs sens : lesquelles envisagees par les ennemis, comme touchees de leur sympathie quand les Cobales les faisoient insenser, sautelloient chantonnants et contrefaisants d’estranges singeries35. »
19Un déictique, « aujourd’huy », rend compte de la tentative d’inscrire le présent le plus immédiat au cœur même du discours sur le passé antique36. Montlyard place au même niveau l’Antiquité gréco-romaine, en partant des satyres, et les « démons en forme humaine » rapportés dans d’autres cultures, les « Drulles » des Sarmates, les « Coltkes » des Russiens et les « Cobaldes » des Allemands. Il justifie cette comparaison par des points communs dont il dresse la liste : le fait qu’ils vivent cachés (dans des maisons ou dans des bois), leur cruauté qui leur vaut « honneur et respect », leurs larcins, leur pouvoir de divination et, surtout, leur pouvoir de rendre les femmes insensées. L’analogie lui permet de passer littéralement et conceptuellement d’une langue à une autre pour désigner des faits qu’il juge équivalents. Les additions de Montlyard illustrent un changement de perspective dans la manière d’appréhender le passé antique, désormais agrementé d’anecdotes exotiques.
20Montlyard ne s’arrête cependant pas là. Dans le chapitre sur les Sirènes, il reprend pour la seconde fois l’anecdote des satyres trouvés à Gênes, qu’il traduit cependant plus fidèlement d’après Gessner :
« Philippe Archiduc d’Austriche porta quand et luy à Gennes l’an 1548. une Serene morte pour en faire montre : et deux Satyres en vie ; l’un en aage d’un jeune garçon, l’autre en aage viril37. »
21Ce passage est situé au sein d’une longue addition de Montlyard qui traite des monstres marins et qui s’étend sur deux pages. Chez Conti, la présentation de la fable des sirènes se termine avec les aventures d’Ulysse et elle lui donne l’occasion de douter de l’existence de ces êtres hybrides38. Selon lui, les sirènes, de même que les satyres, n’ont d’importance qu’en tant que motif littéraire. Lorsqu’il doit discuter la question de l’existence réelle de leurs chants, il fait appel une fois de plus aux témoignages des modernes39. Ensuite, il montre que cette proposition se fonde sur une antique croyance, sur un mythe des origines qui fait des premiers êtres des animaux nés spontanément des éléments.
22Au contraire, pour Montlyard, le monstre est aussi bien un motif littéraire hérité de l’Antiquité qu’un fait réel contemporain, et son excursus s’articule comme une véritable petite histoire des monstres marins. Il commence par traduire l’assertion de Conti, mais au lieu de la mêler à son propre commentaire comme il a l’habitude de le faire, il la range implicitement du côté des opinions des Anciens :
« Voila ce que les anciens content quant aux Serenes. Quelques-uns estiment que ce soient contes entierement fabuleux et ridicules, et qui ne puissent aucunement estre en nature, n’estant possible (dient-ils) que jamais se soient trouvez animaux composez de deux formes si diverses, que l’une fust d’homme ou femme, et l’autre de poisson, veu que ni l’un ni l’autre ne peult vivre en l’eau et sur terre40. »
23La métaphrase de Montlyard se révèle être une altération du texte premier de Conti, puisque le narrateur affirme le contraire de sa source et, pour ce faire, il la relègue au rang de vieillerie en noyant ses propos dans la proposition vague qui réunit tous les Anciens (« dient-ils »).
24L’excursus sur les monstres marins ne fait évidemment pas fi des textes antiques : la description physique des sirènes, ces « animaux mortiferes, qui depuis la teste iusques au nombril ont forme de femme de fort grande taille, un visage hideux, de longs cheveux et crasseux », est tirée de Lucrèce41 et la version historique de la fable, selon laquelle les sirènes sont en réalité des « putains vers la mer », d’Isidore de Séville42. Néanmoins, il reprend de Conti la question de l’épithète serià, et il résume en deux phrases les deux paragraphes que lui a consacrés le mythographe italien43. Tout le reste est tiré du quatrième opus sur les poissons de l’Historia Animalium de Conrad Gessner44. Contrairement à l’anecdote des satyres trouvés à Gênes, Montlyard ne se contente pas de traduire une phrase et il reprend le paragraphe entier avec une grande fidélité45. Ainsi, après avoir traité des sirènes antiques, il en vient aux prodiges modernes et transcrit entièrement le texte de Gessner sur une sirène qui apparaissait aux hommes seulement lorsqu’il faisait beau en Zélande46, sur la fameuse sirène morte, découverte à Gênes en 154847 et sur les « poissons marins de chasque sexe approchans de forme humaine » dont « les pourtraits » auraient été réalisés par un orfèvre du roi du Portugal « de nostre temps » en « l’isle de Mersebie », vers le Levant48. Montlyard poursuit avec la question du chant des sirènes, tant célébré par les poètes anciens, sans s’attarder toutefois sur cette question en l’absence de témoignages qui viendraient le confirmer (il se contente de relever l’histoire d’un Allemand qui aurait « veu et ouy » des « poissons qui jettoient une voix dolente et lamentable49 »). Après avoir abordé les témoignages sur les sirènes tirés de Gessner, Montlyard en vient à la partie la plus substantielle de son excursus sur les monstres marins, qui concerne les humains-poissons.
25Là, le Genevois ne se contente plus de la métaphrase, il ne traduit plus un auteur précis, Conti ou Gessner, mais il se fait lui-même compilateur et recueille de nouveaux témoignages. En plus de réunir ces textes, il les reformule, c’est pourquoi il est parfois difficile de repérer avec exactitude la source exacte à laquelle il s’est référé. Il débute avec un prodige célèbre au xvie siècle, souvent repris, commenté et illustré jusqu’au xviie siècle, qui a trait à la découverte « en la coste de Nordvege » d’un poisson à face humaine. La morphologie de sa tête ainsi que la forme de ses écailles sont comparées à celle d’un moine (« la tete rase et douce a manier, et un froc semblable à ceux que les Moines portent »), ce qui lui a valu son nom de « moine marin ». Puis Montlyard relate une anecdote sur un autre monstre marin, observé « en la Coste de Caliz en Espagne » qui s’attaque de nuit aux navires, au risque de les couler (peut-être inspirée de Pierre Belon citant Pline50), et celle d’un homme marin qui, « en la ville de Spalate [Split] en Esclavonie » a coutume de se promener sur la « grève » en tentant, parfois, de « ravir » des femmes (peut-être tirée d’André Thevet51). Mais le dernier auteur de cet excursus sur les monstres marins à être cité n’est ni Pline ni Gessner ni Boaistuau. Montlyard conclut sa liste avec son propre témoignage, en racontant comment il a pu lui-même observer des hommes marins dotés de mains aux doigts crochus :
« Il s’en est pris ailleurs de mesme forme, mais plus petit. J’ay veu une main de chacun de ces deux derniers, qui sentoient fort la sauvagine. »
26Le passage se termine ainsi avec la mise en scène du métaphraste comme observateur direct. Montlyard revendique à son tour le privilège de l’autopsie, le fait de voir de ses propres yeux52. Son statut de témoin confère une dimension a priori absente des sources textuelles ou visuelles et qui ne peut passer que par l’expérience : il décrit l’odeur des monstres qui sentent la « sauvagine ». L’excursus sur les monstres marins prend alors les allures d’un manifeste. Il est encadré par deux phrases de Montlyard qui ouvrent et ferment le passage.
27La première vient séparer la partie comprenant la description du motif littéraire du monstre marin de celle sur les prodiges :
« Mais parce qu’en ce tesmoignage il y a quelques poincts qui tiennent de l’ancienne vanité et mensonge, nous avons outre ce que les Anciens Naturalistes ont escrit touchant ces monstres, l’approbation de nos modernes, et de plusieurs qui en ont veu, et de vifs et de morts. »
28La seconde se trouve à la fin, juste après la proclamation d’autopsie de Montlyard :
« Et dautant que les anciens n’ont pas eu si certaine ne si expresse connoissance de telles creatures que l’aage l’a depuis descouuerte à leurs successeurs, et que la plus part des auteurs des Fables, n’en ont parlé que par ouïr dire : voila d’où vient que leurs escrits sont entrelardez de contes plus fabuleux que véritables53. »
29Pour les modernes, et Montlyard influencé par les naturalistes, toute assertion doit se fonder sur une « conoissance », elle-même basée sur des « descouvertes ». Sans cela, il est impossible de distinguer les « contes fabuleux » des « véritables ». Ce qui semble déranger le plus Montlyard, ce sont les « escripts entrelardez » associés à l’Antiquité, ceux dont le statut est trop ambigu pour que le lecteur ou la lectrice sache qu’en faire. La quête est alors à la clarté, l’univocité, et les découvertes des Modernes en sont la grande victoire.
30L’analyse des additions de Montlyard concernant des monstres et prodiges permet d’aller dans le sens d’une attribution du Sixiesme tome des Histoires prodigieuses (Paris, 1598), ce qui fait de Montlyard un successeur légitime de Boaistuau. De plus, elle permet de constater un changement de perspective profond qui s’immisce au sein même du récit mythographique moderne entre Conti et l’excursus sur les monstres de Montlyard. Les textes anciens, y compris ceux attribués aux « Naturalistes », doivent recevoir l’« approbation de nos modernes54 ». Entre les Anciens et les Modernes, un écart se creuse : alors que les premiers ont fourni des écrits dans lesquels le vrai et le faux (ou, comme l’écrit Montlyard dans la citation ci-dessous, « l’ancienne vanité et mensonge ») sont mélangés, les seconds valident leurs connaissances par l’observation directe (« ont veu »). En réactivant un topos par ailleurs ancien, le vu s’oppose au lu ou à l’entendu et il permet de distinguer les discours sur le vrai des discours fictifs. Dans la métaphrase de Montlyard, le présent est valorisé. L’intégration d’anecdotes de ce genre au sein du discours mythographique implique un problème absent chez Conti, qui annonce la querelle des Anciens et des Modernes : la vérification des discours des Anciens et leur validation à travers l’expérience.
31Les emprunts à Gessner, Rondelet, Belon ou Léry rendent compte d’un autre changement du statut de la fable dans la métaphrase de Montlyard. L’analyse des passages sur les prodiges et races monstrueuses de Montlyard permet de relever qu’ils se situent dans un tournant de littéralisation de la lecture fabulaire. Alors que Conti et les mythographes présentent le monstre au sein d’un système herméneutique qui en fait un objet de savoir érudit, une allégorie ou un fait historique maquillé, Montlyard s’intéresse à la vraisemblance et à l’actualité des histoires qu’il relate, ce qui permet de dresser un parallèle supplémentaire avec l’Inventaire general de l’histoire de France de Jean de Serres et l’avertissement contre les « escrits […] entrelardez de contes plus fabuleux que véritables ». Cette expression peut être mise en relation avec un autre passage de l’Inventaire sur l’opposition entre vrai et faux. Au sujet des anciennes généalogies des rois de France, que le narrateur juge mal établies, il est écrit :
« Laissant donc là toutes ces devinailles ou sornettes, cerchons plus pres ce que nous pouvons trouver de vrai-semblable par les traces de la verité, tant qu’elle nous peut conduire en terre ferme ; sans nous enfoncer plus avant aux fondrieres et deserts d’incognus d’une imaginee Antiquité55. »
32Le rapport entre vrai et faux a été réduit à ces deux versants dichotomiques qui se font face et s’opposent comme les deux faces d’une monnaie. Ainsi, l’« Inventaire » est entendu comme une manière de « fraye[r] le chemin pour Apprendre vostre Histoire dans les Originaux56 ». Le vrai et la reconstitution des faits passés en deviennent dès lors intrinsèquement liés à leurs preuves. Serres et Montlyard désignent ces documents nécessaires au discours historique comme des « Originaux » qui englobent aussi bien les documents officiels, les annales ou les récits historiques. Le reste, considéré comme des « devinettes ou sornettes », se confond à l’intérieur d’une « imaginee Antiquité ». Ici, la fiction, rapprochée du flou, du mensonge, de l’inventé, s’oppose au vrai. L’imaginé (pour ne pas dire l’imaginaire) contraste le fait réel. Évidemment, ce genre de considération est impensable chez les mythographes, pour qui la poésie est une forme de connaissance57. Dans les premières éditions de Conti et Cartari, les fables des païens de l’Antiquité sont considérées comme fausses dans leur sens littéral et vraies dans leur sens figuré puisque le motif fabulaire peut contenir un savoir philosophique caché. Ces « fictions » qui concernent « la Philosophie » ne sont pas jugées complètement fausses, même si elles ne renvoient pas à un savoir chrétien58. Il y a, presque toujours, un noyau de vérité caché sous l’écorce des fables. Conti et ses Mythologiae sive explicationis fabularum libri decem appartiennent à un courant humaniste qui ne voit pas de frontière nette entre le vrai et le mensonge, mais plutôt une gradation faite de nuances et de hiérarchies internes : chaque fable peut être plus ou moins mensongère59, elle peut révéler différents types de vérité, plus ou moins élevés, elle peut s’adresser à des publics distincts60, etc.
33L’herméneutique est un processus mental qui associe le dévoilement et le retour aux origines. Dans toute la tradition de la philosophie de la fable, le vrai s’oppose au savoir altéré. Chez Conti et Cartari, héritiers des Pères de l’Église, les démons et les prêtres païens ont imité et caricaturé les enseignements christiques. Le mensonge s’inscrit sous le signe de la difformité, voire de la laideur61. La vérité est un vestige ancien, originel, enfoui à l’intérieur du motif fabulaire et resté intact. Pour celles et ceux qui savent la lire, elle est un trope, son sens le plus caché renvoyant à autre chose qu’à elle-même, à un savoir dissimulé par les premiers Sages de l’humanité, à l’image de la « substantificque mouelle » de Rabelais qui ne peut être sucée qu’après avoir brisé l’os62. Or cette opération est le fruit d’un long apprentissage et c’est l’auteur qui se donne pour tâche de l’enseigner au lecteur ou à la lectrice. La fable est un remède ambivalent, elle fonctionne comme un pharmakon63, comme Montlyard l’écrit dans la Mythologie :
« Nous devons donc faire comme les Medecins, qui mesme des herbes et bestes venimeuses recueillent de bonnes et proufitables receptes, et mettent à quartier tout ce qu’ils trouvent de bon en chacune ; et par le moyen des temperamens qu’ils y apportent, font que ce qu’elles contiennent de malin et dangereux, devient propre et commode pour la recouvrance ou entretien de la santé64. »
34Dans l’Inventaire general de l’histoire de France, l’histoire représente aussi un moyen d’ancrer dans le cœur des hommes l’idée de paix, d’où l’expression heureuse de Serres de « paix intestine ». L’enjeu du récit historique est performatif. De la même manière, pour Montlyard, la fable passe par le ventre :
« fort pertinemment que la Fable est tres-propre pour l’institution de la Jeunesse. Car tout ainsi que l’estomac desgousté, irrite et provoque l’appetit par quelque viande commode et duisible au goust que plus il affecte : aussi la Fable a cete vertu et proprieté de tellement chatouiller l’oreille des enfans notamment, qu’elle les affriande à la perception des resmontrances qu’on leur fait. Puis quand ils sont en aage, et que les facultez de leur ame sont effermies et reforcees, elle engendre et nourrit en eux un appetit d’apprendre : à quoi eux mesmes et sans plus avoir besoing d’allechement ils s’acheminent. »
35Une fois lu et appris par cœur, le motif littéraire (historique ou fabulaire) serait préservé dans le ventre du lecteur ou de la lectrice et il en orienterait toutes les inclinations65. L’isotopie alimentaire rend compte de la qualité propédeutique de l’histoire et de la mythographie modernes66. On attribue à la mémoire le pouvoir d’influencer la morale. Que ce soit dans la mythographie ou dans l’histoire, le remède met en scène un danger à éviter : dans le premier cas, le risque est de prendre au premier degré les récits fabuleux et de tomber dans les griffes du démon (qui se manifestait à travers les idoles des païens). Dans le second, les guerres en France pourraient perdurer.
36À la fin du xvie siècle éclate une polémique autour de la fiction et des dangers de l’imagination : dès les années 1560, l’histoire doit être distinguée de la fiction67. Pour Conti et les tenants de la philosophie de la fable, cette distinction n’aurait pas de sens, dans la mesure où l’intérêt d’un texte antique réside moins en lui-même que dans ses interprétations multiples. Dans la métaphrase, le ton est au contraire léger, voire badin. Le divertissement, loin d’être secondaire, semble l’un des principaux moteurs de cette entreprise. Le présent, l’actualité, a fait irruption dans le discours mythographique avec les prodiges vus par Montlyard ou les êtres au-delà des confins du monde antique décrits par Léry. Or, il ne s’agit pas pour autant d’une donnée neutre ; il demeure moral, voire religieux. Ainsi, la disparition des images des monstres herméneutiques et littéraires dans le livre illustré au xviie siècle a pour contrepoint l’essor des monstres dans leur acception littérale, ceux qui relèvent de l’actualité et qui sont observés par des témoins, qui s’immiscent dans la Mythologie.
37Le changement majeur opéré à partir des années 1620 concerne le soupçon d’erreur ou d’hérésie qui devient une question insidieuse, cachée derrière le discours, derrière le masque de l’auteur comme il a été vu dans le chapitre sur la réception de l’Inventaire chez Dupleix, l’historiographe qui a censuré Montlyard dans son commentaire de l’ouvrage de Serres. La première phrase de l’Inventaire indique que « Platon dit sagement que le poison qui se glisse en l’entendement par l’oreille est plus nuisible que celuy qui descent en l’estomac par la bouche68 ». La métaphore alimentaire sert désormais à désigner ce qui doit à tout prix être évité, contrairement à ce que pensaient les mythographes, car la parole peut s’avérer plus dangereuse que le poison. Le modèle alimentaire qui associait, dans l’héritage antique, mémorisation de motifs littéraires, morale et apprentissage passif a ainsi été inversé. Dès les années 1620, avec Dupleix et l’historiographie officielle, on considère que la lecture de textes contenant un message caché peut empoisonner l’esprit du public. Le livre est le fruit d’une espèce dangereuse, le « monstre d’hérésie », qui prolifère en France comme les bêtes monstrueuses en Afrique selon les mots de Dupleix69. Sous sa plume, l’auteur de l’Inventaire est présenté lui-même comme un monstre à deux têtes qui tente de glisser pernicieusement des propos hérétiques dans ses textes, pour orienter la position des lecteurs à leur insu70 – métaphore qui fait penser à la représentation d’Hérésie chez Cesare Ripa (ill. 90). Par conséquent, la littéralisation du monstre n’est pas seulement un phénomène qui s’observe autour des allégories de Conti et Cartari et de la fable en général, elle concerne aussi le monstre d’hérésie et la sorcière, devenus les ennemis tangibles de religions en conflit, catholicisme et protestantisme.
Notes de bas de page
1 « Recreation » [*récréation] est un mot d’origine latine (recreatio) lié, dès le xiiie siècle, aux notions de réconfort et de détente. Des Périers Bonaventure, Les Nouvelles récréations et joyeux devis de feu Bonaventure Des Périers, valet de chambre de la royne de Navarre, Lyon, R. Granjon, 1558, cité dans le Trésor de la langue française, [http://atilf.atilf.fr/]. Dans le Thresor de la langue françoyse d’Aimar de Ranconnet (1606), le terme est illustré par diverses expressions, comme « Cela me recrée les esprits à le voir » (« Illud animos visu recreat »), « Cela me recrée et resjouit » (« Iuvat me haec praeclara nomina sic concidisse »), « Recreation d’enfans » (« Lusus, huius lusus »), « Recreatif en paroles » (« Facetus, Iocosus, homo, Festivus ») ou encore « Fort recréatif et resjouyssant » (« Periucundus »).
2 « Je trouve que ç’a esté fort bien faict aux anciens, voyans la vie de l’homme assaillie d’une infinité de miseres et pauvretez, et sans cesse tourmentee de toutes sortes d’incommoditez ; d’avoir inventé beaucoup de gentillesses pour resveiller les esprits languissans et affaissez d’ennuy, et leur donner quelque recreation d’esbat au milieu de leurs peines et travaux, et par mesme moyen exercer les forces de leurs corps, et les encourager aussi à la pieté et service divin », Conti Natale et Cartari Vincenzo, Mythologie, c’est-à-dire Explication des fables, op. cit., 1612, p. 419.
3 Apollodore, Bibliothèque, III, 9, 2 et Ovide, Métamorphoses, X, 519-739.
4 Cf. Fabre-Serris Jacqueline, Mythe et poésie dans les Métamorphoses d’Ovide, Paris, Klincksiek, 1995 ; Jouteur Isabelle, Jeux de genres dans les Métamorphoses d’Ovide, Louvain/Paris, Peeters, 2001 ; Videau Anne, La Poétique d’Ovide, de l’élégie à l’épopée des Métamorphoses. Essai sur le style dans l’histoire, Paris, PUPS, 2010.
5 « Si qu’on n’eust sceu discerner l’honneur d’elle, / D’avoir les pieds soudains, ou d’estre belle », Conti Natale et Cartari Vincenzo, Mythologie, c’est-à-dire Explication des fables, op. cit., 1612, p. 760.
6 Ibid., p. 761.
7 Cf. Martin Henri-Jean, La naissance du livre moderne, xive-xviie siècles. Mise en page et mise en texte du livre français, Paris, Cercle de la Libraire, 2000.
8 « Estonnee de cet Oracle, elle se resolut de n’espouser jamais personne que sous une condition, et passoit son temps à la chasse, gardant constamment sa virginité », Conti Natale et Cartari Vincenzo, Mythologie, c’est-à-dire Explication des fables, op. cit., 1612, p. 761.
9 « Hippomene […] abhorra du commencement cette condition tant rigoureuse et inhumaine, disant à-part soi : Pour une femme en mariage prendre, Tant de danger convient-il entreprendre ? […] », ibid., p. 761. Les paroles prononcées par Hippomène sont retranscrites en italique et donc, différenciées du corps du texte : « […] il changea de propos, et en fut tellement épris qu’il en veint à dire tout hault : Pardonnez-moi, vous que, d’erreur, surpris, I’ai à grand tort accusez et repris […] », ibid., p. 762.
10 Ibid.
11 Il rapporte aussi bien les paroles qu’Hippomène adresse à Atalante qu’il prend soin de décrire la réaction de l’héroïne : « il s’adressa à Atalante fiere de tant de vaillans et braves champions qu’elle avoit abatus, et luy teint tel langage : Dequoy te sert d’emporter la victoire Sur foibles gens, dont petite est ta gloire ? », ibid. et « Elle pleind le hazard où il se precipitoit de gaieté de cœur : elle jette mille regrets et souspirs […] Elle luy confesse ingenuement […] Mais ne le pouvant destourner de son desseing, ils se preparerent tous deux à la course », ibid., p. 762-763.
12 Lavocat Françoise, La syrinx au bûcher. Pan et les satyres à la Renaissance et à l’âge baroque, op. cit. ; Lavocat Françoise, « La renaissance des satyres », Thèmes et figures mythiques. L’héritage classique, Paris, université Paris 7-Denis Diderot, 1997, p. 49-62 ; Lavocat Françoise, « Circé… n’est pas fable : frontières troublées de la fiction à la fin de la Renaissance », Cahiers en ligne du GEMCA : Papers in Progress, 2009, [https://core.ac.uk/download/pdf/39283138.pdf] ; Lavocat Françoise, « Le mensonge dans la cité. Fiction juridique contre fiction poétique », Raisons politiques, no 27, 2007/3, p. 123-129.
13 Montlyard désigne Médée comme « sorciere » ou « sorciere et enchanteresse », Conti Natale et Cartari Vincenzo, Mythologie, c’est-à-dire Explication des fables, op. cit., 1612, p. 32 et 240.
14 Ibid., p. 595.
15 de Certeau Michel, L’écriture de l’histoire, Paris, Gallimard, 1975. Marie-Luce Demonet a consacré une petite étude à la typologie du eh/hé dans la littérature française du xvie siècle fondée sur l’étude d’auteurs, comme Scaliger, qui se sont penchés sur ce « non-mot ». Cette interjection fonctionne comme un « signe des affects » et elle est rangée dans la catégorie des « signes naturels ». Ainsi, elle peut désigner aussi bien le rire et les pleurs que le cri des animaux. Elle concerne donc le domaine des émotions, le langage pré-alphabétique ; en somme, elle est rattachée à une forme d’« expressivité originelle », Demonet Marie-Luce, « Eh/hé : l’oralité simulée à la Renaissance », Langages, no 161, 2006/1, p. 57-72.
16 « Ia de retour estoit des trois ans l’interval / Qu’on souloit celebrer le Sacre Triennal / Du Dieu porte-raisin, les femmes Thraciennes / Estoient de nuict vacquans à ces loix anciennes. / Des cymbales, clairons et cors qu’on y sonnoit,/ Le haut mont Rhodopé tout-autour resonnoit. / En cette mesme nuict la Roine fait sortie / De son palais roial, après estre avertie / Des mysteres divins dont il faloit user/ Pour le jour de Bacchus deument solenniser./ Progné s’equippe donc des armes furiales, / Et guirlandant son chef et ses tresses roiales / De rameaux empamprez, au costé gauche appant / La despouille d’un Cerf, et de la main branslant / Un iavelot leger, sur l’espaule l’appuie, / Faisant assez paroir l’ire qui la manie », Conti Natale et Cartari Vincenzo, Mythologie, c’est-à-dire Explication des fables, op. cit., 1612, p. 508-509.
17 Ibid., p. 509-510.
18 de Léry Jean, Histoire d’un voyage faict en la terre du Bresil, Genève, Antoine Chuppin, 1578. Ce ministre réfugié à Genève en 1556 (la même année que Jean de Montlyard père) est envoyé par Jean Calvin en France antarctique, au sein d’une colonie sous l’autorité de l’amiral de Coligny dirigée par Nicolas de Villegagnon, située à l’entrée de la baie de Rio, de 1557 à 1558. À son retour des Amériques, Léry rédige un récit de voyage à la première personne, plusieurs fois réédité avant la parution de l’édition illustrée en 1578. Sur Léry, cf. les études de Lestringant Frank, Jean de Léry ou l’invention du sauvage : essai sur l’Histoire d’un voyage faict en la terre du Brésil, Paris, Honoré Champion, 1999 ; Lestringant Frank, Le Huguenot et le Sauvage. L’Amérique et la controverse coloniale en France, au temps des guerres de Religion (1555-1589), Genève, Droz, 2004 ; son édition critique de Léry : Lestringant Frank (éd.), Histoire d’un voyage faict en la terre du Brésil : 1557 (édition de 1580), Montpellier, M. Chaleil, 1992 ainsi que ses articles : Lestringant Frank, « Calvinistes et cannibales : les écrits protestants sur le Brésil français (1555-1560) », Bulletin de la Société de l’histoire du protestantisme français, no 126, 1980, p. 9-26 ; Lestringant Frank, « L’exotisme en France à la Renaissance de Rabelais à Léry », Littérature et exotisme, Paris, École des chartes, 1997, p. 1-16 ; Lestringant Frank, « Entre Jonas et Robinson : le voyage contrarié de Jean de Léry au Brésil », Études théologiques et religieuses, no 80, 2005/3, p. 385-395. Cf. aussi Lestringant Frank et Gomez-Géraud Marie-Christine (dir.), D’encre de Brésil : Jean de Léry, écrivain, Orléans, Paradigme, 1999.
19 de Léry Jean, Histoire d’un voyage faict en la terre du Bresil, op. cit., p. 271.
20 « Et de faict parce que non seulement elles hurloyent ainsi, mais qu’aussi avec cela sautans en l’air de la grande violence faisoyent bransler leurs mammelles, escumoyent par la bouche, voire aucunes (comme ceux qui ont le haut-mal par-deça) tomboyent toutes esvanouïes, ie ne croi pas autrement que le diable ne leur entrast dans le corps, et qu’elles ne devinssent soudain enragees », ibid.
21 Il est à noter que les danses des femmes tupinamba ne furent placées sous le signe du démoniaque qu’à partir de l’édition de 1585 de Léry : « et mesme par la confession de quelques Sorcieres, qu’il nomme, elles disent, har, har, (c’est le he, he, de nos Sauvages) Diable, Diable, faute-ici, faute-la : les autres respondant, Sabbath, Sabbath », ibid., p. 308.
22 Pline l’Ancien, Histoire naturelle, 7, 2, 24.
23 Pausanias, Description de la Grèce, 1, 23, 5.
24 Pomponius Mela, De situ orbis, Gustav Parthey (éd.), Berlin, in aedibus F. Nicolai, 1867, 3, 102.
25 Arrien, Indica, 8, 43, 77.
26 « In his enim locis magna Satyrorum multitudo habitare credebatur. Huiusmodi monstra cum aliquando mortalibus apparuissent, homines rudes et ad timorem propensi, minime considerantes naturam eamdem malignam et diuinam esse non posse, quicquic formidabile vel admirabile apparuisse pro Deo habuerunt », Conti Natale, Mythologiae sive explicationis fabularum libri decem, op. cit., 1581, p. 305 ; Mulryan John et Brown Steven (éd.), Natale Conti’s Mythologiae, op. cit., p. 381.
27 Conti Natale et Cartari Vincenzo, Mythologie, c’est-à-dire Explication des fables, op. cit., 1612, p. 468.
28 « Plusieurs modernes adjoustent en leurs écritz encore une chose plus estrange, et qui confirme entierement toutes les histoires precedentes, si elle est vraye : C’est que l’Archeduc d’Austriche troisiesme filz de l’Empereur Ferdinand, fist apporter à Gennes avec luy l’an 1548, une Syrene morte, de laquelle on luy avoit faict present, qui engendroit si grand esbahissement aux spectateurs, que la plupart des hommes doctes d’Italie, vindrent visiter, et contempler cest estrange spectacle. », Boaistuau Pierre, Histoires prodigieuses (édition de 1561), Stephen Bamforth et Jean Céard (éd.), Genève, Droz, 2010, p. 496.
29 Gessner Conrad, Conradi Gesneri medici Tigurini Historiae Animalium Liber IIII quid est de Piscium et Aquatilium animantium natura, Tiguri, Ch. Froschauer, 1558, p. 1055, l. 9-11, cf. Boaistuau Pierre, Histoires prodigieuses (édition de 1561), op. cit., p. 797.
30 Hédelin François, abbé d’Aubignac, Des satyres brutes, monstres et démons, 1627, Gilles Banderier (éd.), Grenoble, J. Millon, 2003, p. 91-92.
31 « et l’Archiduc Philippe, selon Albert le Grand, en mena deux à Genes l’an 1548, lorsqu’il y fit son entrée : cet Auteur ajoûte qu’on en prit deux dans les Forêts de Saxe, l’un mâle et l’autre femelle ; que la femelle étant morte on apprivoisa le mâle, et qu’on lui apprit même à articuler quelques paroles. Tout cela n’est pas un article de fois, je vous l’avouë, mais il me semble qu’on pourroit y faire quelque consideration : je répons, dit l’Abbé, qu’on peut fort bien expliquer tout cela de ces especes de Singes dont nous avons parlés après Pline », Banier Antoine, Explication historique des fables, 1, Paris, F. Le Breton, 1711, p. 396-397. L’abbé Banier ne cite ni Montlyard ni Boaistuau, mais Albert le Grand (1200-1280). Le manuscrit est évidemment largement postérieur à l’entrée de l’archiduc Philippe à Gênes en 1548, mais il se pourrait que les éditions imprimées tardives du De animalibus fassent cas de cet épisode.
32 De Castres Sabatier, Antoine, dit abbé de Castres, Dictionnaire mythologique, héroïque, politique, litteraire et geographique de l’antiquité païenne… par M. l’abbé S***de Castres, 8, Paris, Moutard, 1784, p. 183-184.
33 Les métamorphoses d’Ovide. Traduction nouvelle avec le texte latin, par M. G. T. Villenave, 1, Paris, F. Gay et Ch. Guestard, 1806, p. 150-151 et Chassang Alexis, Apollonius de Thyane. Sa vie, ses voyages, ses prodiges, Paris, Didier et Cie, 1862, 2e éd., p. 461.
34 Lavocat Françoise, La syrinx au bûcher. Pan et les satyres à la Renaissance et à l’âge baroque, op. cit., p. 357, note 277, Lavocat Françoise « La renaissance des satyres », art. cit. et Lavocat Françoise, « Circé… n’est pas fable : frontières troublées de la fiction à la fin de la Renaissance », art. cité.
35 Conti Natale et Cartari Vincenzo, Mythologie, c’est-à-dire Explication des fables, op. cit., 1612, p. 499.
36 De ce point de vue, ce passage mérite d’être rapproché d’un autre où apparaît le terme « maintenant » au sujet de la Colchide : « Quant a la Colchide, elle est maintenant divisee en la Zorzanie et Mengrelie, regions contiguës à Trebizonde, pleines de bois et de montagnes, habitees de gens brutaux et grossiers, qui portent de grandes couronnes comme les moines et ne vivent que de panic, miserables en tout le reste de leur vie : hormis qu’ils sont Chrestiens de religion Grecque, abruvez parmi de plusieurs opinions erronnees. Ils sont proches voisins de Cappadoce », ibid., p. 606.
37 Ibid., 1612, p. 802.
38 « Nunc quid per has significarint, inquiramus : atque illud primum, ridiculum videtur fuisse unquam aliqua animalia, quae fuerint è duabus, tam diversis formis composita, ut altera pars esset piscis, altera hominis, cum neutrum horum animalium in aquis et in sicco vivat », Conti Natale, Mythologiae sive explicationis fabularum libri decem, op. cit., 1581, p. 499 ; Mulryan John et Brown Steven (éd.), Natale Conti’s Mythologiae, op. cit., p. 645.
39 « Mais ceux qui en ont veu ne disent mot de ce chant que les Poëtes celebrent si hautement : sinon que quelques vns pris au filé auec poissons iettoient vne voix dolente & lamentable, comme procedant de plusieurs personnes malades d’vne mesme maladie ; & que le lendemain matin on les trouva morts sur le riuage sec : ce que quelques Allemans maintiennent auoit veu & ouï », Conti Natale et Cartari Vincenzo, Mythologie, c’est-à-dire Explication des fables, op. cit., 1612, p. 802.
40 Ibid., p. 801.
41 « Mais oyons premierement l’autorité de l’auteur du livre de la nature des choses : Les Serens (dit il) sont animaux mortiferes, qui depuis la teste iusques au nombril ont forme de femme de fort grande taille, un visage hideux, de longs cheveux et crasseux. Elles se montrent avec leurs petits qu’elles tiennent en leurs bras. Car elles allaictent de leurs mammelles qu’elles ont fort grosses en la poitrine. Quand les mariniers les voyent, ils en ont grand’peur, et leur iettent vne bouteille vuide, de laquelle elles se joüent cependant que le vaisseau tire chemin. Le reste de leurs corps ressemble à un aigle, et ont des griffes aux pieds fort propres pours deschirer. Au reste au bout de leurs corps elles ont des queuës de poissons escailleuses qui leur servent de nageoires. Elles ont aussi ie ne sçay quelle douce resonance en leur voix, de laquelle les passans allechez et attraits s’endorment, et endormis sont par leurs griffes mis en pieces. Mais quelques vns bien avisez et ioüans au plus fin, s’estoupent bien fort les oreilles, et passent ainsi en sausueté, de peur que le pernicieux chant des Serenes ne les endorme. Ces bestes se tiennent en de profonds gouffres, en des isles et quelquesfois noüent parmi les flots des eaux. Quant à ce qui a esté dict de la bouteille, ceux qui maintiennent l’avoir veu le tesmoignent », ibid., p. 801. La source pourrait être soit antique (Lucrèce, De rerum natura), soit médiévale (Thomas de Cantimpré, De natura rerum), cf. Cazenave Annie, « Monstres et merveilles », art. cité.
42 « Toutefois, Isidore escript que les Serenes n’estoient pas veritablement bestes, mais bien de belles courtisanes, qui se logeans sur le bord de la mer attiroient à elles les passans par la douce melodie de leurs chansons et les ayans vne fois attrapez, les retenoient si long temps quen fin ils tumboient en grande necessité de toutes leurs commoditez. Voila pourquoy l’on disoit que tous ceux qui approchoient de leur coste daisoient naufrage », Conti Natale et Cartari Vincenzo, Mythologie, c’est-à-dire Explication des fables, op. cit., 1612, p. 801-802. Isidore de Séville, Etymologiae, XI, III, 30-33. Cf. Leclercq-Marx Jacqueline, La Sirène dans la pensée et dans l’art de l’Antiquité au Moyen Âge : du mythe païen au symbole chrétien, Bruxelles, Académie royale de Belgique Classe des Beaux-Arts, 1997.
43 « Car on les a nommees Serenes du mot Grec Seirà, c’est-à-dire, chaine, dautant qu’elles enchainoient en leur folle amour ceux qui s’amusoient à elles. Dorion au livre des poissons en dit tout de mesme », Conti Natale et Cartari Vincenzo, Mythologie, c’est-à-dire Explication des fables, op. cit., 1612, p. 802.
44 Gessner Conrad, Historiae animalium, op. cit., p. 1055, l. 46-60.
45 Ibid., p. 1055-1056, l. 60-4. « Neantmoins les Philosophes et quelques-uns entre les expositeurs des choses sainctes, sont d’un autre avis, soustenans que c’estoient voirement monstres marins. Il y a aussi une espece de serpens en Arabie nommez Serenes, plus viste à la course qu’un cheval : desquels mesmes les uns ayans ailes peuvent voler. Leur venin est de telle efficace pour malfaire ; que ceux qu’ils mordent sentent plustost la mort que le mal. D’autres aussi disent qu’il y avoit des oyseaux en Indie nommez Serenes, qui par la suavité de leur harmonie arrestoient les passans, les endormoient, puis les devoroient », Conti Natale et Cartari Vincenzo, Mythologie, c’est-à-dire Explication des fables, op. cit., 1612, p. 802.
46 Gessner Conrad, Historiae animalium, op. cit., p. 1056, l. 4-7. « On a veu quelquefois en Zelande un monstre marin ayant visage de fille, et le bas du corps de poisson, de la grosseur d’une brebis, qui paroissoit assez souvent le temps estant beau et serein, et la mer calme ; et durant la tempeste se cachoit en des gouffres vers le rivage, ou bien entre des escueils », Conti Natale et Cartari Vincenzo, Mythologie, c’est-à-dire Explication des fables, op. cit., 1612, p. 802.
47 Gessner Conrad, Historiae animalium, op. cit., p. 1056, l. 7-11. À noter que Montlyard ne traduit pas la phrase qui précède l’anecdote des deux satyres trouvés à Gênes : « Sirenes horribile monstrum in Oceano Orientali apparere, alicubi legi, in Charta quadam Geographica ni fallor ».
48 Gessner Conrad, Historiae animalium, op. cit., p. 1056, l. 11-17. « En la navigation d’un certain de Hambourg, faite en l’an 1549, de Portugal vers le Midy aux terres neuves, on lit qu’il se treuve des poissons ayans forme approchant de l’humaine, et de chasque sexe, avec une longue queuë couverte d’escailles de poissons, et de courtes cuisses, qui s’avancent auprés de leur queuë. De nostre temps aussi l’on a veu en l’isle de Mersebie, situee vers le Levant, vis à vis de l’Arabie la noire, de la religion Mahomet, subjecte au Roy de Portugal, deux animaux, dont un Orfevre envoya les pourtraits en Portugal », Conti Natale et Cartari Vincenzo, Mythologie, c’est-à-dire Explication des fables, op. cit., 1612, p. 802.
49 Gessner Conrad, Historiae animalium, op. cit., p. 1056, l. 17-20. « Mais ceux qui en ont veu ne disent mot de ce chant que les Poëtes celebrent si hautement : sinon que quelques-uns pris au filé avec d’autres poissons jettoient une voix dolente et lamentable, comme procedant de plusieurs personnes malades d’une mesme maladie, et que le lendemain au matin on les trouva morts sur le rivage sec : ce que quelques Allemans maintiennent avoir veu et ouy », Conti Natale et Cartari Vincenzo, Mythologie, c’est-à-dire Explication des fables, op. cit., 1612, p. 802. Ce passage fait penser aux poissons qui chantent de Pausanias, les « pisces vocales », cf. Borgeaud Philippe. « Variations grecques sur l’origine (mythique) du langage », Le Genre humain, no 45-46, 2006/1-2, p. 73-100.
50 « On a veu en la coste de Caliz en Espagne un monstre marin, ayant le corps tout come un homme. Il se jettoit de nuict sur les navires, et enfonçoit la part où il s’agraffoit : que si l’on luy donnoit loisir, il noyait tout le vaisseau. », Conti Natale et Cartari Vincenzo, Mythologie, c’est-à-dire Explication des fables, op. cit., 1612, p. 803. « Et sil fault adjouster foy aux escriptures et memoires de Pline, il recite que plusieurs chevaliers et nobles de son temps ont veu sur la mer Oceane un homme marin, marcher la nuit sur les navires et en enfoncer quelques uns, puis se jecter dans la mer », Belon Pierre, La nature et la diversité des poissons, avec leurs pourtraicts, Paris, C. Estienne, 1555, p. 32.
51 « En la ville de Spalate en Esclavonie, on a veu un homme marin faillir en terre pour ravir une femme, qui d’aventure se pourmenoit sur la greve : mais comme il vid qu’elle gaignoit au pied, il s’en retourna plonger en la mer », Conti Natale et Cartari Vincenzo, Mythologie, c’est-à-dire Explication des fables, op. cit., 1612, p. 803. Le passage le plus proche que j’ai trouvé se trouve in Thevet André, Cosmographie de Levant, Lyon, J. de Tournes et G. Gazeau, 1556, p. 23 sqq. sur les « Esclavons d’Esclavonie ».
52 Cf. Lestringant Frank, Jean de Léry ou l’invention du sauvage : essai sur l’« Histoire d’un voyage faict en la terre du Brésil », op. cit. ; Hartog François, Le miroir d’Hérodote. Essai sur la représentation de l’autre, Paris, Gallimard, Bibliothèque des Histoires, 1980 et Kuperty-Tsur Nadine, « Le moi, sujet de l’Histoire », Nouvelles Revue du xvie siècle, L’écriture de l’histoire, no 19, 2001/1, p. 63-81.
53 Conti Natale et Cartari Vincenzo, Mythologie, c’est-à-dire Explication des fables, op. cit., 1612, p. 803.
54 Ibid., p. 802.
55 de Serres Jean et de Montlyard Jean, Inventaire general de l’histoire de France, op. cit., 1599, p. 2.
56 Ibid., « Jan de Serres touchant l’usage de ce sien Inventaire », p. n. n.
57 Graziani Françoise, « Mythe et allégorie ou l’arrière-pensée des poètes », art. cité, p. 149.
58 « Ce que j’estime se pouvoir descouvrir par la lecture de ces livres mythologiques, et par cette recerche de l’invention des Fables et ineptes resveries des anciens. Et dautant que l’on m’a reservé iusqu’à présent de les exposer plus clairement et plus amplement qu’aucun n’ait encore faict : j’ai dequoi rendre graces à nostre Seigneur, de ce que par sa faveur et benefice il m’ottroie de descouvrir les sottes ambages des Paiens ne contenans rien ou peu qui tienne de la vraie Religion, mais seulement des fictions pour exposer ce qui concerne la Philosophie », Conti Natale et Cartari Vincenzo, Mythologie, c’est-à-dire Explication des fables, op. cit., 1612, p. 550-551. « Quod certe patere existimo nostros hos mythologicos libros diligentius intventi, fabularumque ipsarum inventionem, quarum declaratio apertiro et uberior quod in nostra tempora mihi fuerit reservata, est cur Deo omnipotenti redemptori nostro gratias immortales agam, cuius beneficio mihi concessum est has priscorum insulfas am bages, nihilque verè religiosum continentes aperire, sed tantum sigmenta esse demonstrare ad res philosphicas explicandas », Conti Natale, Mythologiae sive explicationis fabularum libri decem, op. cit., 1581, p. 352-353.
59 Conti Natale et Cartari Vincenzo, Mythologie, c’est-à-dire Explication des fables, op. cit., 1612, p. 156.
60 Cf. la distinction opérée par Conti entre les types d’apologues (tragédie et énigme), ibid., p. 7-8. Ces différents niveaux de sens s’inscrivent au sein d’une hiérarchie verticale, qui va du bas vers le haut. Ainsi, certaines fables concernent des thèmes jugés supérieurs, comme les interprétations morales, alors que d’autres consistent en des conseils pratiques, par exemple sur l’agriculture : « Les Nymphes le nourrirent et esleverent d’autant que la vigne est la plus humide plante qui soit point : et si elle est moyennement arrousee d’eau, s’en porte beaucoup mieux et croist plus aisément », ibid., p. 517. Pour Montlyard et tous ses prédécesseurs, le mensonge des païens n’entraîne pas nécessairement vers le faux, il peut être récupéré, car les « Sages » ou « Philosophes » : « […] lesquels pour rendre leur art et doctrine d’autant plus admirable l’affublerent de fictions, d’enigmes et fables non inutiles ne vaines (car esprits si choisis et augustes n’ont jamais rien dict par vanité) qui puisse s’approprier à tous les arts, professions et sciences ausquelles l’esprit de l’homme peult arriver », ibid., *2r.
61 Ibid., p. 14.
62 Rabelais François, Gargantua, édition critique sur le texte de l’édition publiée en 1535 à Lyon par François Juste, Gérard Defaux (éd.), Paris, Librairie générale française, 1994, p. 85.
63 Derrida Jacques, « La pharmacie de Platon », in Platon, Phèdre, Paris, Flammarion, 1992, p. 255-403.
64 Conti Natale et Cartari Vincenzo, Mythologie, c’est-à-dire Explication des fables, op. cit., 1612, p. 3. « Nos igitur, sicuti solent medici, qui è venenatis etiam vel herbis vel animalibus utilitia pharmaca colligunt, et quod optimum sit secer nunt è singulis, atque vel pernitiosa temperamentorum beneficio sanitati perquam accomadata reddunt, ita facere debemus », Conti Natale, Mythologiae sive explicationis fabularum libri decem, op. cit., 1581, p. 3.
65 Selon la théorie de l’involucrum, la lecture allégorique des fables est un contrepoison, cf. Graziani Françoise, « Mythe et allégorie ou l’arrière-pensée des poètes », art. cité, p. 155.
66 Chevrolet Teresa, L’idée de la fable. Théories de la fiction poétique à la Renaissance, op. cit., p. 161-164.
67 C’est la thèse défendue par Françoise Lavocat (Lavocat Françoise « La renaissance des satyres », art. cité ; Lavocat Françoise, La syrinx au bûcher. Pan et les satyres à la Renaissance et à l’âge baroque, op. cit. ; Lavocat Françoise, « Circé… n’est pas fable : frontières troublées de la fiction à la fin de la Renaissance », art. cité). Cf. aussi : Vintenon Alice, « Fantasia loquitur : le problème de la réception des fictions de l’imagination dans la théorie littéraire du xvie siècle », Camenae, no 8, décembre, 2010, p. 1-20 et Bouchard Mawy, « L’invention fabuleuse de l’histoire à la Renaissance », Fabula / Les colloques, Fiction du savoir à la Renaissance, 2002, [http://www.fabula.org/colloques/document101.php].
68 Dupleix Scipion, Inventaire des erreurs, fables et desguisemens remarquables en l’Inventaire general de l’histoire de France de Ian de Serres, op. cit., p. 9.
69 « Sainct Hierosme escrivant contre Vigilance heretique, tesmoigne que jusqu’à son temps la Gaule n’avoit pas encore produit un seul monstre d’heresie. Mais elle en est aussi féconde en ce siecle, que l’Afrique en animaux engendrés contre l’ordre de nature. Et comme les monstres sont tres-frequens en cete region Meridionale à cause que diverses sortes d’animaux se rencontrons aupres des riuieres et ruisseaux (qui y sont rares) se meslent ensemble et de leur accouplement sort une engeance monstrueuse », ibid., p. 3-4.
70 Dupleix reproche à l’auteur de citer des auteurs protestants et de se servir des propos des catholiques pour nuire à l’image du pape : « En quoy il s’est servi des auteurs heretiques, schismatiques et libertains, tous ennemis du Sainct-siege, sans faire nul estat des autres. Encore desguise-t’il la narration de ceux-ci mesmes pour tâcher de faire voir que toutes les actions des Papes sont mauvaises […] Car quand il fait bouclier de la Vérité, c’est lors qu’il avance le mensonge : quand il professe la simplicité et naïsveté, c’est lors qu’il aiguise sa malice et dresse ses artifices : quand il proteste d’avoir fidelement extrait son histoire des Originaux, c’est lors qu’il la deguise avec plus de malice », ibid., p. 10-11.
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