Lieu d’exil, lieu du bonheur : l’Émigration dans les Mémoires de la marquise de La Tour du Pin
p. 233-249
Texte intégral
1Le 1er août 1915, le New York Times publia un compte-rendu des Mémoires de la marquise de La Tour du Pin à l’occasion de leur parution en anglais1. Le titre de l’article, « A Woman in Exile in America », est assez trompeur car en réalité le récit du séjour de la marquise aux États-Unis ne représente que quelques chapitres, soit environ un tiers de ces Mémoires, qui furent rédigés entre 1821 et 1843, et publiés en 1907 sous le titre Journal d’une femme de cinquante ans. Mais l’article du New York Times a retenu l’essentiel : c’est autour de l’aventure américaine que se structure ce récit de vie.
2La marquise de la Tour du Pin est née en 1770 dans une famille de la haute noblesse, proche de la cour. Les événements révolutionnaires la séparèrent de son milieu familial et, au moment de la Terreur, elle se retrouva seule à Bordeaux, chargée de deux enfants en bas âge et éloignée de son mari alors engagé dans la contre-révolution. Puis, un matin de mars 1794, lisant dans le journal l’annonce d’un navire en partance pour Boston, la marquise prit une décision dont l’impulsivité apparente ne manqua pas de surprendre son entourage : « Je vais en Amérique2. »
Noirceur de la Révolution
3Déplacés par les violences de la Révolution, les émigrés arrivèrent en masse, surtout à partir de 1792, dans les grandes villes d’Europe mais aussi aux États-Unis où ils furent rarement accueillis à bras ouverts par la population locale, peu encline à recevoir « ces aristocrates destitués3 ». Mais la marquise de La Tour du Pin avait sur les autres expatriés de la Révolution, pour la plupart démunis, l’avantage de réseaux de crédit, et sa nouvelle vie dans la campagne d’Albany, future capitale de l’état de New York, fut financée par sa famille refugiée à Londres. Cette indépendance financière facilita son installation et dans ses Mémoires, elle ne mentionne aucune hostilité de la part des Américains, bien au contraire. Elle évoluait dans le monde de l’élite au pouvoir, qui n’était pas entièrement défavorable aux émigrés nobles.
4Il est cependant indéniable que la décision de partir en Amérique ne fut pas pour la marquise l’aboutissement d’un choix mûrement élaboré. L’arrestation de son père et de son beau-père, tous deux guillotinés en 1794, les poursuites contre son mari dans le cadre de la « loi des suspects », la guillotine installée dans son voisinage, les visites domiciliaires – perquisitions au cours desquelles les arrestations sont fréquentes et arbitraires – et enfin la « famine » (p. 217) sont autant de bouleversements qui vont précipiter son départ. Autour d’elle, la ville se transforme en une immense prison, Paris est devenu une ville où « le sang coulait à flots » (p. 242), et c’est la noblesse française tout entière que la mémorialiste imagine victime des persécutions révolutionnaires qu’elle décrit avec une exagération qui en dit long sur sa propre détresse : « Personne n’a revu la chambre où il était né, ni retrouvé le lit où était mort son père. » (p. 304)
5L’émigré noble entreprend un voyage qui peut avoir des conséquences dramatiques : en quittant son pays il devient, selon les termes de la loi, un « traître à la nation4 », statut qui le destitue de ses droits et le condamne à la mort civile ainsi qu’au séquestre et à la vente publique de ses biens. La situation des La Tour du Pin n’est guère meilleure. Il est vrai qu’ils ne sont pas inscrits sur la fameuse « Liste des émigrés » (p. 346) car ils ont des passeports en règle, obtenus grâce aux manœuvres de la marquise auprès de Tallien, l’un des chefs révolutionnaires en mission à Bordeaux. Mais munis de visas pour la Martinique, destination qu’ils n’ont aucune intention de rejoindre, ils restent des voyageurs clandestins. Avec une rapidité et une facilité qui en disent long sur ses moyens et ses relations, la marquise trouve passage à bord du bateau américain La Diane, où elle embarque avec son mari, ses enfants et ses vingt-cinq caisses de bagages (p. 219). Cette fuite précipitée hors de France est racontée dans un rocambolesque épisode des Mémoires qui semble écrit pour donner à la voyageuse l’excuse de la « non-préméditation ». Le récit du voyage en Amérique prend un ton jubilatoire qui contraste avec les lamentations des pages précédentes, et le lecteur est alors plongé dans l’euphorie du départ : « Quand le capitaine s’assit au gouvernail et cria « off », un sentiment d’indicible bonheur me pénétra. » (p. 217)
Bonheur du passage
6C’est une traversée houleuse, qui se déroule sur plusieurs pages. La Diane n’est en fait qu’un petit brick ou plutôt, écrit la narratrice, « une grosse barque » (p. 219) et la violence des éléments, le rationnement des vivres, les conditions de vie effroyables à bord, font du voyage en mer une épreuve d’endurance. Cependant, la marquise maîtrise parfaitement son environnement. Elle voit dans ce navire commercial américain, réaménagé par ses soins pour le transport de passagers, le lieu idéal d’une refonte des rapports sociaux : seule femme à bord face à un époux alité par le mal de mer (p. 220), des matelots inexpérimentés et un capitaine incompétent, elle va prendre la direction des activités pendant la traversée et en quelque sorte s’installer au gouvernail. C’est à ce souvenir, plus qu’à celui d’avoir échappé à l’arrestation, que l’on peut attribuer l’allégresse exprimée cinquante ans plus tard dans les pages de son journal : « Ah ! Sans contredit, ce coup d’aviron que le matelot donna au rivage pour nous en éloigner a marqué le plus heureux moment de mon existence. » (p. 218) La Diane, petite capsule d’Amérique sur l’eau, est le lieu fondateur du bonheur qui, dans ce récit, se réalise à travers le déracinement, la valorisation de soi, et la mobilisation du pouvoir d’agir.
7L’épisode des cheveux coupés à bord du bateau américain marque la première étape de cet accomplissement personnel : « Je pris des ciseaux et je les coupai tout à fait courts, ce dont mon mari fut fort en colère. Puis je les jetai à la mer et avec eux, toutes les idées frivoles que mes belles boucles blondes avaient pu faire naître en moi. » (p. 223) Ce geste de rupture donne lieu à des malentendus, car les Américains voient dans les cheveux coupés « un commencement de préparation au dernier supplice » (p. 230). L’anecdote permet à la marquise, dans un registre comique, de se désolidariser de son passé de victime vouée à l’échafaud, et de fortifier son nouveau personnage de femme en situation de maîtrise de son environnement.
8M. de La Tour du Pin est un personnage sympathique mais en retrait. Convaincue qu’elle lui a sauvé la vie en organisant seule leur passage en Amérique, la marquise envisage la vie conjugale dans un rapport d’inégalité qui fait de son mari une personne dépendante. L’incompétence du marquis se révèle dès l’arrivée à Boston, lorsqu’il envisage l’installation de sa famille à Montréal, projet qui n’aboutira pas (p. 230). De plus, son ignorance de l’anglais devient pour lui un handicap alors que la marquise, issue d’une famille irlandaise, parle couramment cette langue. Elle insiste d’ailleurs sur ses compétences linguistiques, elle aime en particulier placer des expressions américaines dans son texte, et rappelle que dès son arrivée à Boston, les femmes qui la reçoivent sont « charmées de constater que leur langue [lui] était aussi familière qu’à elles-mêmes » (p. 230). L’alternance des codes linguistiques est souvent mise en avant par la narratrice comme une raison de son succès et de son acculturation à la société américaine.
9D’autre part, la mémorialiste se trouve déjà associée au Nouveau Monde par son père Arthur Dillon, l’un des généraux français qui a combattu les Anglais dans les Antilles lors de la guerre d’Indépendance. L’engagement de son père pour la cause américaine donne à la marquise une sorte de « droit du sol » et lui confère une autorité que son mari ne lui conteste pas. C’est elle qui organisera l’installation de sa famille et qui aura le contrôle des affaires familiales après l’achat d’une ferme dans la région d’Albany, où, écrit-elle, « je résolus de me mettre en état de diriger mon ménage de fermière » (p. 224).
10La marquise est convaincue que l’immersion dans la culture américaine est une condition essentielle de sa réussite et de celle de tout émigré. Son premier mentor sera l’un des membres de l’équipage de La Diane, un cuisinier nommé Boyd : « c’est à lui que je dois de n’avoir été étrangère à aucune de mes occupations quand j’ai dû remplir l’emploi de fermière » (p. 224). Le marquis, incapable de comprendre l’importance que revêtent pour sa femme les leçons d’américanisation, s’en amuse : « Mon mari disait en riant “les fèves sont en purée parce que ma femme s’est oubliée avec Boyd”. » (p. 224) La plaisanterie rend choquante – en lui ajoutant une connotation légèrement déplacée – la proximité entre Boyd et la mémorialiste, mais elle montre bien qu’une personne comme la marquise peut franchir toutes les hiérarchies sociales sans jamais négliger son rang.
Le pays de la véritable liberté
11L’intégration totale au pays d’accueil est le grand projet de la marquise. La période d’apprentissage à bord de la Diane se poursuit à Albany où les La Tour du Pin sont reçus par trois familles de la haute société américaine, celle de Philip Schuyler, richissime général de la Révolution américaine, les Van Buren, dont l’un des fils deviendra le huitième président des États-Unis et les Van Renslaër5, propriétaires d’immenses territoires dans la région. Chez eux, écrit la mémorialiste, « nous allâmes à l’école des mœurs américaines car nous avions mis pour condition que nous vivrions avec la famille sans que l’on changeât la moindre chose aux habitudes de la maison » (p. 238).
12La capacité d’acquérir des compétences utiles « sur le tas » en sortant de sa zone de confort et souvent aussi de son espace social, est l’un des atouts que la marquise s’attribue volontiers. Sa résolution de sortir des sentiers battus et d’être dans une démarche pragmatique et expérimentale lui donne accès aux codes socio-culturels de l’espace d’accueil. Dans la cuisine de sa ferme, elle perfectionne l’enseignement du cuisinier Boyd grâce à son livre La cuisine bourgeoise (p. 242), mais elle a déjà à son actif d’autres savoirs « roturiers » comme le repassage, qu’elle a appris pendant son adolescence à Montfermeil (p. 278), le raccommodage (p. 286), ou encore l’obstétrique et la chirurgie. Elle a acquis ces connaissances médicales à Bordeaux, en échangeant avec son médecin des « cours d’accouchements et d’opération » contre des « leçons de couture, de broderie et de tricot » (p. 189). Ces transferts de connaissance réduisent la hiérarchie de classe mais aussi de genre, permettant l’appropriation des emplois « masculins » par les femmes, et vice-versa.
13En Amérique, la marquise aura de nombreuses occasions de mettre en pratique ces divers métiers et techniques qui lui permettront de mieux s’inclure dans la culture locale. Grâce à sa maîtrise des outils et des espaces de travail elle peut s’investir dans son environnement afin de traiter directement avec les domestiques, les esclaves, les « Indiens », les commerçants et les fermiers. Lorsqu’elle admet son ignorance des us et coutumes, c’est surtout pour montrer sa capacité innée à s’instruire et sa curiosité naturelle, comme dans la scène cocasse où elle avoue ne pas connaître le sens du mot petroon à un garçon de ferme horrifié d’une telle lacune :
Je ne sais pas ce que c’est que le Petroon, lui dis-je. – Vous ne le savez pas ! s’écria-t-il en levant les bras au ciel. Ne pas savoir ce que c’est que le Petroon ! Qui êtes-vous donc ? – Who are you then6 – ? (p. 236)
14En réalité, il est difficile de croire qu’elle ne connaissait pas le système du patroonship, qui donnait d’immenses privilèges aux riches propriétaires terriens de l’état de New York, car ses amis, les Schuyler et les Van Rensselaer, étaient eux-mêmes des patroons. Mis en place par la Compagnie néerlandaise des Indes occidentales dès le début de la colonisation, le patroonship permettait aux colons de faire travailler sur leurs terres une main-d’œuvre contrainte qui se distinguait des esclaves par l’engagement volontaire des travailleurs7. Ce système féodal semble avoir perduré et existait encore sous la forme de métayage à l’époque du séjour de la marquise dans la région. En fait, Mme de La Tour du Pin et son mari sont eux-mêmes impliqués dans le patroonship car, écrit la marquise, « notre ferme payait quinze boisseaux de blé en nature ou en argent au Petroon Renslaër ». Comme l’explique Julia Abramson, l’achat de la ferme dans ce contexte des métairies, « bénéficie à long terme non pas au vendeur direct, ni à l’acheteur, mais à celui qui se considère comme le premier propriétaire8 ». Les La Tour du Pin se retrouvent ainsi les vassaux de leurs richissimes amis américains.
15Il est vrai que la mémorialiste a une connaissance relativement limitée de la société d’accueil et parfois de sa géographie : elle confond par exemple le Massachussetts et le Connecticut (p. 233), deux colonies voisines récemment devenues des états. Mais la littérature critique lui reproche de plus graves lacunes, comme son manque d’ouverture d’esprit et ses préjugés fortement ancrés dans un système de valeurs obsolète. Elle est vue comme une condescendante donneuse de leçons qui n’a que des notions superficielles de son environnement. Ghislain de Diesbach, dans son livre Histoire de l’Émigration, décrit la mémorialiste comme une orgueilleuse aristocrate qui « du fond de sa retraite champêtre s’adonne aux joies de l’autosatisfaction9 », et Servanne Woodward la compare à une Marie-Antoinette dans sa bergerie10. Doina Pasca Harsanyi lui reproche, quant à elle, un manque de sensibilité culturelle : « She made most of the decisions for the family’s new lifestyle without bothering to explore the society in which she planned to live11. » Pour Doina Pasca Harsanyi, la marquise est moins ignorante qu’indifférente : « America appears only as a picturesque, if rather insignificant, background - most references to her surroundings are limited to the weather or the vegetation12. »
16Julia Abramson, dans l’article qu’elle consacre à l’entreprise agricole de la marquise de La Tour du Pin démontre au contraire qu’elle doit la survie de sa famille à ses constants échanges avec ses voisins, ses fournisseurs et ses acheteurs, et qu’elle est très investie dans l’économie locale13. De plus, s’il est vrai que le récit américain relate surtout une expérience « introspective », comme le remarque Doina Pasca Harsanyi14, c’est une forme d’égocentrisme qui relève moins d’un préjugé aristocratique que de la nature même de l’écriture mémorialiste. Ce qui intéresse la narratrice dans l’histoire c’est la sienne propre, « l’histoire de mes opinions et de mes sentiments, le journal de mon cœur » (p. 37). Elle envisage les mémoires comme une mise en scène de soi, un projet qu’elle définit ainsi en première page : « me montrer telle que je suis, telle que j’ai été » (p. 37).
17Elle se montre plutôt telle qu’elle s’est déguisée, parlant d’une « métamorphose » lorsqu’elle adopte le vêtement correspondant à son état de fermière. Dès son arrivée dans l’espace américain, elle embrasse en effet sa nouvelle condition sociale comme une actrice sur scène :
Le jour où je m’établis à la ferme j’adoptai […] l’habillement porté par les fermières mes voisines : la jupe de laine bleue et noire rayée, la petite camisole en toile de coton rembrunie, le mouchoir de couleur. (p. 262)
18Elle ajoute à ce costume américain des mocassins achetés à la tribu des Mohawks, démontrant ainsi que le processus d’intégration passe par le commerce et l’échange avec tous les acteurs économiques.
19L’activité dans la ferme d’Albany donne des résultats impressionnants, car la marquise s’avère être une excellente femme d’affaires. Ses connaissances de la viticulture, acquises au Bouilh, son domaine du bordelais, sont adaptées à la fabrication du cidre qui est vendu au double de sa valeur. Elle fait également prospérer son commerce de beurre à tel point que sa laiterie « passait pour la plus élégante du pays » (p. 279).
20Le « déclassement » comme marque de l’intégration ne signifie pas l’abandon de l’identité noble, mais une redéfinition de sa légitimité. Même si, comme le rappelle la narratrice, « j’évitais toujours de faire allusion à la place que j’avais pu occuper dans l’échelle sociale » (p. 278), c’est sous son habit de fermière qu’est le mieux reconnue sa noblesse « naturelle » – et donc inaltérable. D’ailleurs, Talleyrand, arrivant en visite dans sa cuisine et la trouvant la hache à la main, ne s’y trompe pas : « On ne peut embrocher un gigot avec plus de majesté » lui aurait-il dit (p. 242). Un tel compliment de la part d’un personnage si bien placé dans l’élite de la communauté française de Philadelphie exemplifie – sur le mode de la plaisanterie – à la fois la capacité d’adaptation de la marquise aux nouvelles normes sociales et l’immuabilité de sa condition noble. Les voisins américains de la marquise, sensibles à sa distinction « innée », ne s’y trompent pas et s’extasient sur sa porcherie apparemment aussi élégante que sa laiterie : « what a noble hogsty ! » (p. 263). À la ferme, la noblesse est devenue une véritable « image de marque » apportant une plus-value au commerce de la marquise.
21Les seuls qui semblent incapables d’interpréter correctement les nouvelles formes de son identité sociale en Amérique sont les émigrés eux-mêmes, comme le duc de Liancourt, arrivé à Philadelphie quelques mois après les La Tour du Pin. La marquise critiquera chez Liancourt – qui laissa pourtant huit volumes de journaux sur son séjour en Amérique – la même fermeture d’esprit que d’autres mémorialistes exilées comme la comtesse de Boigne, émigrée à Londres, ont souvent reproché à la société d’émigration, une incapacité à déchiffrer les codes sociaux15. Elle juge sévèrement Liancourt, probablement à cause de ses idées libérales :
Ce grand seigneur philanthrope, avec sa prétention de toujours en remontrer aux gens du pays sans en vouloir rien apprendre, m’avait déplu extrêmement. (p. 265)
22La marquise aime également rappeler les échecs retentissants des Français installés en Amérique. Elle rencontre Dupetit-Thouars, l’un des fondateurs de la colonie planifiée Azilum, construite en Pennsylvanie en 1793 pour secourir les réfugiés de la Révolution. C’est un établissement qui, écrit-elle en faisant à nouveau une erreur de géographie, « avait si mal réussi dans la Caroline » (p. 264). Elle écoute avec ravissement son compatriote qui « nous fit les récits les plus comiques de ce défrichement manqué » (p. 265). Elle rappelle aussi l’imprévoyance de deux jeunes émigrés français rencontrés au cours d’un voyage qui, selon elle, « ne possédaient aucune notion de l’état qu’ils avaient embrassé » (p. 273).
23Ces épisodes montrent par contraste que Mme de La Tour du Pin a réussi là où les autres émigrés ont échoué parce qu’elle a su adopter toutes les formes de l’habitus américain, comme les règles vestimentaires, l’usage de la vaisselle (de faïence et non de porcelaine, p. 273), ou la tradition des produits d’échange. Mais elle est tout à fait consciente qu’il s’agit d’une posture. Là encore, le duc de Liancourt est incapable d’interpréter correctement la nouvelle garde-robe de la marquise : « avait-il pris au sérieux ma jupe de laine et ma camisole de toile ? » s’étonne-t-elle (p. 263). D’ailleurs, lorsqu’elle se déplace dans la haute société, elle revêt un autre accoutrement, des « habits de cheval » rapportés de France, qu’elle utilise « pour [se] transformer en dame élégante16 » (p. 263), rappelant ainsi que les critères d’élégance ne sont pas exactement les mêmes des deux côtés de l’Atlantique. Par le jeu de l’être et du paraître, la marquise prouve qu’elle peut se mêler à tous les mondes tout en gardant assez de recul pour maintenir sa propre « distinction ». Ce qui pour elle définit le « pays de la véritable liberté » (p. 237), c’est la mobilité dont elle jouit en Amérique.
La place des déplacés
24Comment la marquise de La Tour du Pin envisage-t-elle cette « véritable liberté » dans la société esclavagiste de l’état de New York ? Les études consacrées à la mémorialiste abordent très peu la question de l’esclavage et l’on peut s’en étonner car elle en parle abondamment. Alix de Rohan Chabot, dans sa biographie de Mme de La Tour du Pin, élude complètement la question en minimisant sa centralité dans le récit de la mémorialiste et sa signification dans la société qu’elle fréquentait. La biographe écrit par exemple que la mesure législative décrite par la marquise d’émanciper les jeunes esclaves à l’âge de 20 ans (p. 246) « n’est pas aussi barbare qu’on pourrait l’imaginer17 ».
25Il est vrai que la marquise de La Tour du Pin a elle-même acheté des esclaves, démarche qu’elle n’explique pas mais dont elle nous laisse deviner les raisons économiques (p. 249). Sa volonté d’aller « à l’école des mœurs américaines » chez ses amis les Van Buren à son arrivée à Albany prend un tout autre sens quand on sait que cette famille, comme d’ailleurs les Schuyler et les Rensselaer, était propriétaire d’esclaves, une réalité que la marquise passe sous silence.
26Cependant, on peut lire un certain trouble dans la description qu’elle fait de l’achat d’un esclave dès son installation dans sa ferme : « Nous achetâmes un nègre, et cette acquisition me causa un effet si nouveau que je me souviendrai toute ma vie des moindres circonstances de l’événement » (p. 246). C’est une scène qu’elle remanie dans un scénario absurde de renversement des rôles, où c’est l’esclave lui-même qui demande à être acheté, à cause de « l’envie qu’il avait de nous appartenir » (p. 249). La marquise de La Tour du Pin acquiert au total quatre esclaves dont, écrit-elle, « nous fîmes le bonheur » (p. 249). Perturbée cependant qu’elle ait pu si facilement souscrire à ce type de commerce, la mémorialiste ne perd pas une occasion de montrer que son plus vif désir est d’émanciper les esclaves dont elle vient de marchander le prix. Doina Pasca Harsanyi analyse ainsi l’incohérence de cette démarche :
The necessity to buy slaves […] clearly interfered with her efforts to live the good life. This is probably why in her remembrances she goes to great length to prove that she had managed to turn a degrading practice into a happy situation, by sheer force of her will to do good18.
27En fait, une telle contradiction n’est pas inhabituelle dans la société du nord des États-Unis qui est dominée par des propriétaires d’esclaves ouverts à la cause de l’abolition « graduelle ». Dans ce milieu social, la marquise a connu Alexandre Hamilton, gendre de son ami le général Schuyler et partisan de l’émancipation. Elle le fréquente assidûment pendant son séjour à New York et admire la « lucidité de ses idées » (p. 271). Il est très probable qu’elle connaissait le rôle actif de cet ancien ministre de Washington dans la New York Manumission Society19 et qu’elle partageait ses principes politiques. Mais là s’arrêtait leur proximité : contrairement aux notables de la société française d’émigration, ces familles de Patroons ne sont jamais invitées dans la ferme de la marquise, c’est un espace bien trop compromis, où les blancs américains de la classe au pouvoir n’ont pas leur place.
28Cette ferme a les propriétés d’une île, ouverte à la circulation et fermée sur elle-même, à la fois exposée et repliée, un lieu où les normes sociales et économiques sont – dans l’optique de la mémorialiste – plus solidaires et plus conviviales que dans le reste de la « frontière » américaine. Dans sa domesticité, la marquise a remplacé sa servante blanche par des serviteurs noirs, qui acquièrent ainsi une place de « personnel de maison ». C’est le cas de l’esclave Prime prenant la relève de Zamore, le serviteur noir laissé à Bordeaux (p. 206) qui, selon le principe du « privilège de la terre de France20 », est un homme libre. C’est un statut qui sera également accordé à Prime lors de l’émancipation des esclaves de Mme de la Tour du Pin, légalisée par le tribunal d’Albany. La cérémonie de « manumission » se déroule « comme dans l’ancienne Rome » écrit la marquise, mais ressemble plutôt à un serment de vassalité au cours duquel les esclaves sont agenouillés devant leur seigneur, M. de La Tour du Pin (p. 283). La marquise utilise ces références à d’autres cultures d’asservissement – l’Empire romain ou la France féodale – dans un souci d’euphémisation. Il s’agit pour elle de retirer à l’esclavage sa spécificité américaine pour en « civiliser » la pratique, et « anoblir » les affranchis.
29La mémorialiste définit donc l’espace social de sa ferme comme une zone de félicité et d’abondance (p. 274) où circulent, en dehors de tout conflit, les « groupes minoritaires », les exclus de la société américaine, les « sauvages » Mohawks, puis les Quakers trembleurs – secte religieuse connue pour sa promotion de l’abolition de l’esclavage – et enfin sa famille d’esclaves heureux, ses happy slaves.
30Tous ces marginaux ont leur place dans l’économie domestique de la ferme. Les esclaves s’occupent de la production des denrées agricoles (p. 279), et les « Indiens » sont les fournisseurs qui vendent à la marquise les instruments nécessaires à son activité, comme sa collection « de jattes, de cuillers, de spatules en bois » (p. 279). Quant aux Quakers, ils apportent à la ferme des suppléments de légumes, offrant, comme les « Indiens », une hospitalité locale très appréciée de la marquise qui aime se distinguer en montrant à quel point elle est incluse dans les subcultures qui l’entourent. Dans l’épisode de « Squaw John » (p. 257), par exemple, elle parle avec un « sauvage » dans la langue de celui-ci, exhibant une familiarité avec l’Amérindien qui choque son hôte français. Cette harmonie de bon voisinage a beau être suspecte, elle s’inscrit dans un discours de solidarité avec les exclus.
31Occupée à toutes les tâches domestiques en compagnie de son personnel dont elle repasse le linge, la marquise construit donc un espace de proximité et de mixité où chaque groupe contribue à sa façon à la production de la richesse générale, une vision inclusive du bonheur social qui, dans les normes du pays d’accueil est toujours évalué à l’aune de la prospérité économique.
32Il est certain que le récit de la mémorialiste accumule les représentations naïves et sentimentales de la société esclavagiste des États-Unis et s’inscrit dans l’idéologie coloniale de son époque. Mais la marquise est consciente d’un processus de marginalisation et d’exclusion de certaines catégories sociales, et elle veut en rendre compte. Elle rappelle la progressive éradication des populations amérindiennes avec lesquelles elle vit (p. 245) et à qui elle reconnaît une noblesse naturelle de « vrais » propriétaires des terres, victimes, tout comme elle, de spoliation et d’expropriation21. Elle ne manque pas de mentionner l’exclusion des Quakers qui, exactement comme les Amérindiens, sont victimes des conquêtes de territoires, et doivent se retirer vers d’autres terres, « à mesure que les défrichements se rapprochaient et les atteignaient » (p. 259). Elle nous fait comprendre combien ces altérités dominent les rapports sociaux en Amérique.
33L’historienne Sylvie Aprile parle de la « typologie des distinctions » qui existe à la fois dans le monde des émigrés et dans celui des proscrits :
L’exilé inscrit toujours son propos dans une relation Je/Nous et Nous/Les Autres, situations qui jouent toujours sur l’inclusion et l’exclusion22.
34Mme de la Tour du Pin n’échappe pas à cette dialectique. Elle se fabrique une identité de « hors caste » tout en revendiquant son intégration à l’espace d’accueil, naviguant entre deux cultures et deux codes linguistiques, ni étrangère ni entièrement assimilée. Mais loin d’être un conflit paralysant qui enlise l’expatrié dans une tension irréductible entre le là-bas et l’ici, cette dualité promeut au contraire, dans l’écriture de la mémorialiste, une dynamique heureuse d’ouverture à l’autre. L’Amérique est une « terre amie » (p. 225), un « espace espérant23 », tourné vers l’avenir, dans lequel il n’existe, pour la marquise, aucun passé, ni aucun désir de retour.
35Cependant, il n’y pas de véritable sédentarisation dans cette société qui se déplace au gré des défrichements (p. 247). La marquise constate que les Américains, sans aucun regret, vendent leur terre au plus offrant et que les familles se séparent simplement parce que, dit-elle, « c’est un signe de défaut d’intelligence que de continuer à vivre ensemble » (p. 247). La mémorialiste a parfaitement compris l’importance de la mobilité dans la société d’accueil : « Les Américains sont comme les abeilles : les essaims doivent sortir périodiquement de la ruche pour n’y plus rentrer » (p. 247). Le moment venu, elle ne vendra pas sa ferme, elle la rendra, comme s’il s’agissait un logement saisonnier : « Nous affermâmes notre habitation avec les terres qui en dépendaient à l’individu même qui nous les avait cédées. » (p. 284)
Quitter le lieu du bonheur
36Le retour en France s’effectue avec la même célérité que le voyage vers l’Amérique. La Terreur a pris fin, et les biens des émigrés sont restitués par le directoire dans le cadre de sa politique d’apaisement, mais à une condition : la levée des scellés au château du Bouilh doit avoir lieu en présence des propriétaires à défaut de quoi le domaine sera vendu comme bien national. Le 6 mai 1796, la marquise et sa famille quittent donc les États-Unis à destination de l’Espagne, où ils feront escale avant de rentrer en France. C’est le point de départ d’un discours nostalgique : « M. de La Tour du Pin ne se douta jamais de l’intensité de mes regrets quand je vis fixer le moment où nous quitterions la ferme » écrit la mémorialiste (p. 282).
37Dès l’entrée à Cadix, la quarantaine qui consigne les passagers à bord (p. 286) – inexistante en Amérique – vient aggraver son sentiment d’exclusion. La marquise arrive dans une Europe où c’est elle qui est l’étrangère. À l’hospitalité des Américains lors de l’arrivée à Boston s’oppose la curiosité mal placée des Espagnols qui accourent lorsque la marquise et une autre passagère sont enfin débarquées. Leur tenue vestimentaire, loin d’être un indicateur d’intégration comme l’avait été la robe de fermière, est au contraire un signe d’exclusion et d’humiliation publique :
Nos robes de couleur et nos chapeaux de paille attirèrent bientôt une foule immense d’individus de tout âge et de tout état […] anxieux de voir ce qu’ils considéraient sans doute comme deux bêtes curieuses. (p. 287)
38La référence à la mantille dont elle doit se couvrir la tête à Cadix « afin de pouvoir sortir sans scandaliser toute la population » (p. 288), doit être lue comme le signe d’un recul vers la tradition, par opposition à la scène des cheveux coupés sur le bateau américain. L’Espagne, sous la plume de la mémorialiste, devient le symbole d’une Europe répressive, rétrograde, et hostile aux femmes.
39L’Angleterre, où la marquise et sa famille se réfugient en 1797, après le coup d’État de Fructidor, n’est pour elle, comme l’Espagne, qu’un lieu d’escale : « malgré la présence de toute ma famille en Angleterre, j’y allais exclusivement inspirée par le désir et le projet de retourner à ma ferme » (p. 315). La mémorialiste ne peut s’adapter à la culture d’interdépendance dans la société noble d’émigration, au partage des espaces d’habitation, à la soumission aux impératifs familiaux et surtout à la place subalterne dans laquelle sa condition de femme l’a vite replacée : « je me résignais » écrit-elle (p. 323).
40Le rapatriement en France est pour Mme de La Tour du Pin le moment d’un immense dépaysement, aggravé par le « souvenir d’horreur » (p. 282) causé par la Terreur : « je n’éprouvais aucun plaisir à rentrer en France » écrit-elle (p. 298). Après le retour définitif des émigrés, elle doit faire face à d’insurmontables difficultés d’argent et semble alors avoir perdu tout esprit d’initiative. Elle constate à nouveau l’incompétence de son mari : « tant de malheur s’attachait à tout ce qu’il entreprenait que, malgré son intelligence et sa capacité, rien ne lui réussissait » (p. 351). Or, cette femme si efficace et si habile, qui a déjà fait ses preuves dans la gestion de son entreprise américaine, se trouve, en France, réduite à observer, passivement mais avec un ressentiment mal dissimulé, l’incapacité de son mari, sans jamais penser qu’elle aurait pu guider autrement ses décisions et éviter ainsi la ruine de leur patrimoine.
41L’effondrement du système agricole dans le domaine du Bouilh a précipité la faillite personnelle des La Tour du Pin et, en 1835, le château sera vendu par adjudication : « c’est une sorte de mort anticipée que de voir ainsi le toit paternel se dérober à vous » écrit la marquise dans sa correspondance (p. 519). Dans son récit du retour, entièrement voué à la déploration, la mémorialiste entretient le souvenir d’une Amérique glorieuse, à l’image de la Diane filant vers la liberté. Pourtant, sous sa plume, les États-Unis sont aussi un pays d’une brutalité extrême : le climat est rude, et, loin des espaces urbains, les infrastructures sont inexistantes. Dans cette société du « chacun pour soi », la moindre imprudence peut être fatale. Les maladies sont redoutables, souvent mortelles comme celle qui emporta sa petite fille, ou comme la « fièvre double tierce » qui la dévora pendant tout son séjour en Amérique (p. 257).
42Face à ces dysphories, la narratrice prend ses distances et se réfugie dans sa rhétorique de la différence personnelle : c’est elle qui émancipe les esclaves, qui échange avec les Amérindiens, qui rend visite aux Quakers, c’est elle qui est chef d’entreprise et c’est elle qui s’invente une nouvelle identité nobiliaire méritée car valorisée et validée par l’expérience laborieuse et l’initiative individuelle. L’Émigration est donc pour la mémorialiste l’occasion d’une métamorphose intime, en fait profondément moderne par la place qu’elle accorde, dans l’écriture, à la notion d’agentivité et d’autonomie personnelle. En construisant son lieu du bonheur dans son rapport à l’autre et à l’ailleurs, elle a adopté le principe ancré dans la culture du « rêve américain » que chaque individu est investi du droit de se réinventer.
Bibliographie
Textes d’études :
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Ouvrages critiques :
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Notes de bas de page
1 New York Times (1857-1922), 1er août 1915, p. 18. Ce compte-rendu de presse fait référence à une traduction introuvable, parue chez Charles Scribner’s sons en 1915 : <https://spiderbites.nytimes.com/1915>
2 La Tour du Pin, Marquise de, Mémoires (1778-1815), Journal d’une femme de cinquante ans suivi d’extraits inédits de sa correspondance (1815-1846), Préface et notes de Christian de Liedekerke Beaufort, Paris, Mercure de France, coll. « Le Temps retrouvé » (no 28) [1979], 1989, p. 205, en italiques dans le texte. Tous les renvois à cette édition seront indiqués entre parenthèses dans le texte.
3 Potofsky, A., « La révolution transatlantique des émigrés. Des réseaux aux institutions », Dix-huitième Siècle, no 33, 2001, p. 253.
4 Ibid., p. 248.
5 Ce patronyme est en général orthographié Van Rensselaer.
6 Les italiques sont dans le texte. Le mot petroon est généralement orthographié patroon.
7 Faucquez, A. C., « Une autre forme de servitude : le travail contraint dans les colonies de Nouvelle-Néerlande et de New York au xviie siècle », Mémoire(s), identité(s), marginalité(s) dans le monde occidental, Cahiers du MIMMOC, 19, 2018, <http://journals.openedition.org/mimmoc/3126>
8 Abramson, J., « Une refugiée de la Terreur en Amérique : nation, terre et identité dans les mémoires de la marquise de La Tour du Pin » in S. Côté et Ch. Doutrelepont (dir.), Relire le patrimoine lettré de l’Amérique française, Québec, PU Laval, coll. « Les voies du français », 2014, p. 170.
9 Diesbach, Gh. de, Histoire de l’Émigration : 1789-1814, Paris, Perrin, 1998, p. 506.
10 Woodward, S., « Les Amérindiens dans les Mémoires de la marquise de La Tour du Pin », in A. J. Dick (ed.), Indigenes and Exoticism/Indigènes et exotisme, Kelowna, BC, Canadian Society for Eighteenth-Century Studies, 2005, p. 43.
11 « Elle prenait la plupart des décisions concernant le nouveau mode de vie de sa famille sans se soucier d’explorer la société dans laquelle elle envisageait de vivre ». Pasca Harsanyi, D., “The Marquise and the Butter-Churn : The American Education of the Marquise de La Tour du Pin”, in W. M. Verhoeven & B. Dolan Kautz (eds.), Revolutions and Watersheds : Translatlantic Dialogues (1775-1815), Amsterdam, Rodopi, 1999, p. 99.
12 « L’Amérique apparaît uniquement comme un arrière-plan pittoresque, bien que plutôt insignifiant – la plupart des références à son environnement se limitent au climat ou à la végétation ». Ibid., p. 95.
13 Abramson, J., art. cit., p. 176.
14 Pasca Harsanyi, D., art. cit., p. 95.
15 Boigne, Comtesse de, Mémoires, Paris, Mercure de France, vol. 1, 1999, p. 161-62.
16 En italiques dans le texte.
17 Rohan Chabot, A. de, Mme de La Tour du Pin, le talent du Bonheur, Paris, Perrin 1997, p. 116.
18 « La nécessité d’acheter des esclaves […] faisait apparemment obstacle à ses ambitions de vie prospère. C’est probablement pourquoi, dans ses souvenirs, elle se donne beaucoup de mal pour prouver qu’elle a réussi à transformer une pratique dégradante en une situation heureuse, par sa seule volonté de faire le bien. » Pasca Harsanyi, D., art. cit., p. 95.
19 Chan, M. D., « Alexander Hamilton on Slavery », The Review of Politics, no 66, vol. 2, 2004, p. 223.
20 C’est un principe de l’ancien droit interdisant l’esclavage en France métropolitaine. Voir Koufinkana, M., « Les esclaves noirs en France et la Révolution (1700-1794) », Horizons Maghrébins – Le droit à la mémoire, no 18-19, 1992, p. 144-161.
21 Cette idée d’une cause commune avec les « nobles sauvages » est d’ailleurs partagée par de nombreux réfugiés de la Révolution comme l’explique Gordon M. Sayre, in « Moral Testimony and Noblesse Oblige in Memoirs of the Atlantic Revolutions », The Journal of Nineteenth-Century Americanists, no 2, vol. 3, 2015, p. 372.
22 Aprile, S., « De l’Émigration à la proscription : regards sur l’écriture de l’exil au xixe siècle », in F. Jacob et H. Rossi (dir.), Mémorialistes de l’exil : émigrer, écrire, survivre, Paris, L’Harmattan, 2003, p. 27-28.
23 Ibid., p. 33.
Auteur
-
Claudine Giacchetti
Professeure de Littérature française du xixe siècle, université de Houston (Texas)
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