Jean-Marie Mayeur et l’histoire religieuse des mondes germaniques
p. 179-190
Texte intégral
1Pour comprendre les relations entretenues par Jean-Marie Mayeur avec l’histoire et l’historiographie des mondes germaniques, il faut revenir sur ses origines familiales et son itinéraire biographique1. Jean-Marie Mayeur aimait à rappeler qu’il était Mosellan. Il était en effet né à Sarreguemines, en 1933, dans cette Moselle qui n’était redevenue française que depuis une quinzaine d’années. Dans sa famille anciennement mosellane, ballottée entre les nationalités française et allemande au gré des aléas de l’histoire récente, tout ou presque commençait avec l’annexion de l’Alsace et de la Moselle par l’Allemagne en 1871, date qui coïncidait avec les débuts de la IIIe République, plus tard le champ d’expertise de Jean-Marie Mayeur par excellence. Des cousins avaient été « optants », choisissant la France, mais ses arrière-grands-parents étaient devenus ou nés allemands : l’histoire familiale recensait minutieusement les petites humiliations ou brimades que les occupants faisaient subir aux francophones.
2Sa famille évoluait entre plusieurs langues. À Sarreguemines, sa grand-mère maternelle (Marie Virion) parlait le français, son grand-père maternel l’allemand, et tous deux communiquaient entre eux en patois. Ce grand-père, Jean Ludmann (mort en 1935), avait été, rapportait la mémoire familiale, le premier à naître dans son village (Achen, dans le pays de Bitche) après l’annexion : il était resté attaché à la France au point d’appeler sa fille cadette, née en 1908 : Jeanne2. L’attachement à la France allait de pair avec le catholicisme. C’est pourtant à Berlin que Jean Ludmann avait appris le métier de tailleur, c’est en allemand qu’il tenait sa correspondance familiale et professionnelle, et c’est comme soldat allemand qu’il fit la Première Guerre mondiale (il fut croix de fer de première classe), sur le front de l’Est, dans les marais du Pripet, alors dans l’Empire russe. Par un camarade de régiment, un Mosellan comme lui, Jean Ludmann rencontra la famille Mayeur, de Saint-Avold, dans laquelle sa fille Jeanne devait plus tard trouver son mari, Gaston. Les parents de Gaston (donc les grands-parents paternels de Jean-Marie Mayeur) avaient évolué, eux aussi, entre plusieurs langues : Silvère Mayeur, un commis épicier, était francophone tandis que sa femme, Catherine, était plutôt germanophone. Là aussi, le patois (en fait un parler lorrain francique, Lothringer ditsch) était utilisé à l’occasion.
3Nés sujets de Guillaume II au début du xxe siècle, les parents de Jean-Marie Mayeur étaient donc bilingues – plus exactement, si l’on compte le patois lorrain et le dialecte alsacien appris par la suite, polyglottes. Gaston Mayeur, né en 1905, avait été formé à l’école allemande et maîtrisait parfaitement l’allemand, écrit (en Sütterlinschrift) comme parlé, même s’il utilisait le français dans le cadre familial. Il annotait au crayon ses livres, tantôt dans une langue, tantôt dans une autre, toujours avec l’écriture correspondante ; il s’agissait en général de points de lexicographie, vérifiés dans le dictionnaire Duden, et de courtes traductions de mots rares. Et lorsque Jean-Marie Mayeur se lança dans la lecture d’archives en Sütterlinschrift, pour sa thèse complémentaire sur le statut d’autonomie de l’Alsace, son père lui établit, pour aider à ses déchiffrements, un alphabet bilingue comprenant toutes les formes de lettres, majuscules et minuscules – alphabet conservé dans les archives de Jean-Marie Mayeur ayant trait à sa thèse. Excellent élève, Gaston Mayeur avait dû repasser lors du retour à la France, alors qu’il était âgé de 14 ans, le certificat d’études primaires, qu’il avait déjà réussi sous les Allemands ; il en était resté très mortifié. Il ne put devenir bachelier, mais, passé par le primaire supérieur, devint d’abord instituteur, puis agrégé d’allemand en 1936, plus tard inspecteur d’académie, et finalement inspecteur général : une carrière exceptionnelle, après des débuts difficiles.
4Amoureux de la langue française, Gaston Mayeur avait fait le choix précoce et très ferme de la France, tout en gardant un profond intérêt pour la langue et la culture allemande qui se manifestait par la lecture des grands auteurs : Goethe, Thomas Mann, Fontane, les volumes bilingues de Rilke, chez Aubier-Montaigne, que lui avait dédicacés le spécialiste, Joseph-François Angelloz. Ce dernier, auteur de la première traduction des Élégies de Duino, participa à la Libération à la refondation de la Société des études germaniques et de la revue Études germaniques. Il fit également partie du conseil du Comité français d’échanges avec l’Allemagne nouvelle, avant de devenir en 1950 recteur de l’université de la Sarre, alors sous protectorat français, puis recteur honoraire de l’université de Strasbourg. De façon plus modeste, Gaston Mayeur avait accompagné l’entreprise de refrancisation (et de dénazification) de l’enseignement, aux lendemains de l’annexion à l’Allemagne nationale-socialiste : c’est l’indiscutable attachement à la France de ce parfait bilingue qui l’avait fait nommer inspecteur d’académie du Bas-Rhin en 1947. Gaston Mayeur contribua à refonder des liens culturels, dans l’enseignement secondaire, entre l’Alsace et l’Allemagne de Konrad Adenauer. Le Strasbourg de l’après-guerre, magnifié par le serment de Koufra, était alors particulièrement en vue : l’inspecteur d’académie, plus tard l’inspecteur général, y jouait un rôle important, en lien avec le préfet, et recevait à Strasbourg Claudel ou Malraux. Dans les années 1960-1970, une fois passé le cap délicat de la francisation post-annexion nazie, il pouvait être question à nouveau de culture alsacienne : les Mayeur étaient ainsi amis de Georges Holderith (1912-1978), auteur de la méthode Holderith qui consistait à enseigner l’allemand aux dialectophones dans un esprit novateur.
5Si l’histoire familiale commençait en 1870, les premiers souvenirs marquants de Jean-Marie Mayeur étaient bien ceux de la débâcle de 1940. Son père mobilisé étant absent, c’est avec sa mère, sa sœur Denise (plus tard Madame André Vauchez) et sa grand-mère qu’il partit précipitamment avec les autres habitants de Sarreguemines dans le Poitou, à Couhé-Vérac, les populations frontalières ayant été évacuées vers l’ouest de la France après la déclaration de guerre en 1939. C’est là que sa grand-mère mourut, que sa seconde sœur naquit. Lorsque son père fut nommé à l’École normale d’instituteurs de Vannes, la famille habita dans ce grand bâtiment (aujourd’hui l’École Diwan) du port de Vannes : elle y côtoya chaque jour les Allemands. Les parents de Jean-Marie Mayeur ne leur parlaient pas et s’efforçaient en général de dissimuler leur connaissance de l’allemand, sauf à deux reprises : quand sa mère se rendit à la Gestapo pour plaider (en vain) en faveur d’un instituteur résistant ; et surtout quand, les Américains approchant et les Allemands s’apprêtant à fuir, son père intervint auprès des soldats qui, dans la cour, s’apprêtaient à dynamiter l’École normale, les haranguant en allemand avec autorité pour les en dissuader. À cette scène, les enfants Mayeur assistèrent depuis les fenêtres de leur appartement.
6Malgré ces souvenirs traumatisants qu’il rappelait souvent, c’est dans un esprit de respect et d’amour pour la culture allemande, comme dans un profond attachement à la France, que Jean-Marie Mayeur fut élevé. Il comprenait et lisait l’allemand sans difficulté, d’autant que, à son arrivée à Strasbourg en 1947, ses condisciples étaient souvent germanophones, à tout le moins dialectophones. Outre Joseph Hoffmann, il côtoyait Roland Marx, futur historien de la Grande-Bretagne. C’est à Strasbourg qu’il fit son lycée et le début de ses classes préparatoires à l’ENS, avant de partir pour la khâgne de Louis-le-Grand. Jean-Marie Mayeur attribuait au faible niveau de latin de la khâgne strasbourgeoise d’après-guerre son triple échec (il fut trois fois admissible) à la rue d’Ulm. Jeune professeur, il revint vivre, entre 1958 et 1964, dans la capitale alsacienne, avant de partir définitivement pour la région parisienne. Mais toute sa vie, il conserva son vif intérêt pour l’histoire de l’Alsace-Lorraine, de l’Allemagne et des mondes germaniques.
7En témoigne d’abord sa solide thèse complémentaire, Autonomie et politique en Alsace. La constitution de 1911. Elle associe son goût pour l’histoire politique et les liens qui l’unissent à l’Alsace. Le livre est consacré au texte qui donne au Reichsland d’Alsace-Moselle une constitution se rapprochant de celles des autres États formant l’Empire allemand, sans leur être identique3. Couronné du prix Léon Boll, l’un des principaux prix de l’Académie d’Alsace, il reste d’après Bernard Vogler « l’un des meilleurs ouvrages écrits sur l’histoire de l’Alsace de la période 1871-19144 ». En 1970, cette période de l’annexion était encore assez proche pour que le livre, salué à sa sortie, ait suscité une certaine émotion en Alsace : il remettait en effet en cause le mythe d’un attachement indéfectible des Alsaciens à la France.
8Plus tard, fondateur et codirecteur de la collection des Dictionnaires du monde religieux dans la France contemporaine, Jean-Marie Mayeur laissa à Bernard Vogler le soin de diriger le volume dédié à l’Alsace, le catholique convaincu faisant ainsi entière confiance au protestant non moins convaincu qu’était Bernard Vogler5. Sans doute faut-il aussi rappeler qu’en 1963, Jean-Marie Mayeur avait été le secrétaire du colloque Forces religieuses et attitudes politiques, colloque organisé à Strasbourg par la Fondation nationale des Sciences Politiques, en présence de René Rémond. Jean-Marie Mayeur y proposa une communication sur le thème « Laïcité et question scolaire en Alsace et Moselle (1944-1963) », qui faisait une incursion en histoire du temps présent6. Le maniement d’une écriture stricte, sobre et rigoureuse n’empêchait pas Jean-Marie Mayeur dans cet article de puiser dans ses propres souvenirs de lycéen et dans l’expérience de son père, inspecteur d’académie, pour nourrir sa fine compréhension des enjeux alsaciens et mosellans.
9Vingt ans plus tard, en 1983, Jean-Marie Mayeur publie un article sur l’Alsace, la Moselle et la question allemande entre 1870 et 1945 dans un ouvrage collectif allemand7. À peu près dans le même temps, c’est à lui que revient l’évocation (et quelle évocation !) d’une « mémoire-frontière », l’Alsace, dans La nation, la deuxième partie des Lieux de mémoire, ouvrage dirigé par Pierre Nora et publié pour la première fois en 19868. L’auteur y propose une belle synthèse du passé allemand, français et « autochtone » de la province, sans oublier, en disciple de Paul Vidal de la Blache, la dimension géographique. La synthèse est déclinée en trois volets : la mémoire historique, qui commence par une promenade dans Strasbourg dans laquelle l’attachement de l’auteur à la ville est très palpable ; la mémoire politique, avec trois moments, « Le temps de l’annexion », « Autonomisme et régionalisme entre les deux guerres » et « Le poids de la Deuxième Guerre mondiale » ; la mémoire symbolique enfin, partie dans laquelle Jean-Marie Mayeur propose une solide histoire des symboles et des représentations (dont il n’était pas coutumier) dans une perspective ici française, esprit de l’ouvrage collectif oblige. Plusieurs comptes rendus postérieurs à cette synthèse témoignent de son intérêt constant pour l’histoire de l’Alsace et de la Moselle9.
10Si l’on vient aux mondes germaniques de manière plus générale, la thèse principale réalisée par Jean-Marie Mayeur, Un prêtre démocrate. L’abbé Lemire 1853-1928, publiée en 1968 chez Casterman, ne leur laisse guère de place en apparence10. Cependant, l’intérêt pour le catholicisme social et la démocratie chrétienne qu’elle révèle en est peut-être une trace indirecte, comme le remarque Guillaume Cuchet dans ce volume : la Flandre catholique – elle aussi bilingue – était comprise en écho à la Lorraine catholique de l’enfance de Jean-Marie Mayeur. Certes, la bibliographie de l’ouvrage contient davantage de titres en anglais qu’en allemand, mais le jeune historien signale tout de même le livre de Waldemar Gurian sur les idées politiques et sociales du catholicisme en France, un livre d’histoire presque immédiate au moment de sa publication11 et qualifié 40 ans plus tard par Jean-Marie Mayeur de « synthèse qui demeure précieuse12 ». Signalons au passage que Jean-Marie Mayeur facilite la tâche de ses exégètes grâce à l’insertion de commentaires bibliographiques qui perdurent dans les publications ultérieures. Ses archives montrent que l’élaboration d’une thèse sur un thème qui en était apparemment éloigné ne l’empêchait pas de continuer ses lectures sur l’Allemagne catholique, au xixe siècle13 et au xxe siècle14, comme sur l’Allemagne en général, tel qu’en témoigne son compte rendu précoce de l’un des livres les plus importants de l’historiographie du fascisme et du national-socialisme, celui de l’historien et philosophe Ernst Nolte15.
11Une décennie plus tard, en 1980, paraît la remarquable synthèse comparative Des Partis catholiques à la Démocratie chrétienne, restée jusqu’à présent inégalée (et nous pesons nos mots !)16. Plusieurs articles ou comptes rendus, dont certains en allemand ou publiés dans des ouvrages allemands, précèdent ou accompagnent le livre17. Thème oblige, Des Partis catholiques fait la part belle à l’Allemagne et aux pays d’Europe centrale : quatre chapitres entiers y sont consacrés aux partis démocrates-chrétiens et à leurs prédécesseurs en Europe centrale et orientale, principalement en Allemagne et en Autriche18. Mais les autres États d’Europe centrale plus ou moins sous influence germanique et la défunte Allemagne de l’Est ne sont pas négligés19. Dans la collection dans laquelle est publié le livre, chaque chapitre ou presque comportait alors des indications bibliographiques, y compris dans des langues étrangères autres que l’anglais, notamment l’allemand.
12Telles qu’elles apparaissent dans Des Partis catholiques, les connaissances bibliographiques de Jean-Marie Mayeur à propos des pays de langue germanique sont au fait des dernières avancées de l’historiographie et notamment des travaux des chercheurs proches de la Kommission für Zeitgeschichte. Fondée en 1962, cette commission avait pour objectif d’encourager les travaux scientifiques sur l’histoire récente du catholicisme et des catholiques en Allemagne, dans le contexte du nazisme d’abord, puis plus largement dans celui de l’histoire des xixe et xxe siècles20. Jean-Marie Mayeur est notamment un lecteur des ouvrages (qui restèrent non traduits en français) de Rudolf Morsey, né en 1927 et historien important du catholicisme politique de la fin du xixe et du début du xxe siècle outre-Rhin21. Mais Jean-Marie Mayeur connaît aussi l’étude pionnière de Franz Schnabel (1887-1966), rare professeur d’université catholique, favorable en outre à la République dans l’Allemagne de l’entre-deux-guerres. Schnabel avait déjà introduit des notions d’histoire sociale et d’histoire des représentations dans son évocation pionnière des « forces religieuses » au sein de sa grande histoire de l’Allemagne22, un volume que Jean-Marie Mayeur qualifie de « synthèse pénétrante23 ». Jean-Marie Mayeur est également un lecteur d’études régionales récentes concernant le Zentrum à Düsseldorf entre 1917 et 1933 ou la Bayerische Volkspartei, parti chrétien bavarois ancêtre de l’actuelle CSU24. Toujours dans l’ouvrage Des Partis catholiques, Jean-Marie Mayeur n’oublie pas la Suisse germanophone grâce aux éclairages précieux et bilingues de Victor Conzemius (1929-2017), qu’il associera plus tard à l’Histoire du christianisme25, mais aussi à ceux d’Urs Altermatt, né en 1942, qui devient professeur à l’université de Fribourg (Suisse) en 1980, à la date de publication du livre Des Partis catholiques26.
13Reprenant en 1986 des articles publiés au début des années 1980, le livre Catholicisme social et démocratie chrétienne. Principes romains, expériences françaises utilise aussi des références en langue allemande, références qui ne sont pas identiques à celles des Partis catholiques27. Jean-Marie Mayeur s’intéressait depuis longtemps à l’histoire du catholicisme et du protestantisme social en Allemagne comme en témoignent plusieurs comptes rendus28. Grâce à ses lectures mais aussi à sa connaissance directe de l’Allemagne, il est en mesure, dans Catholicisme social et démocratie chrétienne, de nuancer le titre du livre de Joseph Rovan, devenu un classique, Le catholicisme politique en Allemagne29 : selon Jean-Marie Mayeur, ce titre renforcerait l’idée en France que la CDU, le parti démocrate-chrétien encore au pouvoir en 2020, est un parti essentiellement ou exclusivement catholique, ce qu’elle n’est pas30.
14À la fin des années 1980, Jean-Marie Mayeur prend en charge les chapitres consacrés à l’Allemagne et à l’Autriche entre 1914 et 1958 dans le tome XII de l’Histoire du christianisme qu’il codirige31. Pour la première fois dans un ouvrage d’ampleur, il aborde le continent protestant. Là encore, si Jean-Marie Mayeur continue à utiliser des ouvrages relativement anciens (comme le livre de Joseph Rovan) et d’autres exploités dans ses livres précédents, il se montre aussi au fait de la littérature plus récente, comme par exemple des articles en français et en allemand parus dans la Revue d’Allemagne, mais aussi des ouvrages de plus grande envergure concernant notamment la période du nazisme. Il évoque ainsi le livre de Heinz Hürten (1928-2018) sur la résistance catholique au nazisme, publié en 1987, ou encore ceux de Klaus Scholder (1930-1985), publiés de 1977 à 1985 dans une perspective interconfessionnelle32. Jean-Marie Mayeur prend également en compte le travail important d’édition de sources concernant l’Église catholique sous le national-socialisme qui vient alors de s’achever33 et utilise un recueil de textes concernant le protestantisme34. Il n’hésite pas non plus à comparer les éditions en anglais et en allemand du livre de John Conway sur la politique religieuse du national-socialisme35, et à s’emparer d’une réflexion historiographique formulée en allemand36. Il aborde également la politique du Saint-Siège pendant la période à partir d’ouvrages en langue allemande37.
15Quelque temps après la publication de cette synthèse, Jean-Marie Mayeur s’intéresse plus spécifiquement au thème des élites catholiques, ce qui le conduit à une étude comparative entre France et Allemagne sur un demi-siècle38. Il continue également à lire des ouvrages français et allemands en relation avec l’histoire religieuse allemande39.
16Au-delà de la seule lecture de ses ouvrages, Jean-Marie Mayeur entretint des liens personnels avec Winfried Becker, né en 1941, historien du catholicisme politique à l’université de Passau et membre de la Kommission für Zeitgeschichte40. Tout au long de sa carrière, il fut associé à l’édition de plusieurs ouvrages collectifs outre-Rhin41. Plus largement, Jean-Marie Mayeur restait attentif à l’histoire de l’Allemagne dans son ensemble mais aussi à l’histoire de l’Autriche (sans doute à cause de sa dimension catholique) et de l’Europe centrale. Jean-Marie Mayeur a ainsi adhéré de manière précoce au Comité franco-allemand des historiens des xixe et xxe siècles, association franco-allemande rassemblant presque à égalité chercheurs français et chercheurs allemands, qui a fêté en 2018 son 30e anniversaire42. C’était sans doute pour lui une manière d’affirmer sa fidélité à l’histoire des mondes germaniques, étroitement associés à ses origines et à son histoire familiale. Il continuait à avoir une assez bonne connaissance, au-delà de l’histoire religieuse, de l’historiographie allemande : en témoignent plusieurs comptes rendus d’ouvrages allemands concernant l’histoire politique française43 et, en 2007, son texte sur le livre de Rudolf Vierhaus, Vergangenheit als Geschichte, qui regroupait un grand nombre de contributions de l’historien moderniste, ancien directeur du prestigieux Max Planck Institut für Geschichte de Göttingen44.
17En dehors du cadre professionnel, Jean-Marie Mayeur avait été très heureux que son fils fasse son service militaire au sein de la brigade franco-allemande et que ses trois enfants étudient l’allemand. Jean-Marie Mayeur aimait les Lieder de Schubert, La Flûte enchantée de Mozart et certains pans de la littérature d’expression allemande comme les livres de Joseph Roth. Il ne dédaignait pas un verre de bière (« c’est le pain liquide », aimait-il à dire en riant, citant une publicité affichée dans les bus du Strasbourg d’après-guerre), les galettes de pomme de terre et les Bredele (petits biscuits) de Noël (un patrimoine culinaire commun aux Lorrains et aux Alsaciens), et, pour une dimension plus alsacienne, les knacks… Grâce à ses parents qui vécurent à Strasbourg de 1947 jusqu’à leur mort (sa mère mourut centenaire en 2009), Jean-Marie Mayeur avait gardé un lien tangible avec l’Alsace où il retrouvait les amis de sa jeunesse : ses aînés comme Pierre Bockel (1914-1995), grand résistant, aumônier de la brigade Alsace-Lorraine, « Juste parmi les nations », que Jean-Marie Mayeur avait connu comme aumônier des étudiants strasbourgeois au début des années 50 ; et ses amis du temps de ses études, comme le théologien Joseph Hoffmann, traducteur de théologie allemande, qui fut son condisciple au lycée, et André Lacornerie (1930-2019), fondateur de l’UNEF à Strasbourg en 1954, qui avait épousé une amie lorraine de Jean-Marie, Annie Jolival.
18En 1988, lorsque Jean-Marie et Françoise Mayeur purent acheter une maison de campagne, ce fut à Ranrupt (Bas-Rhin), dans la Haute-Vallée de la Bruche, que Jean-Marie Mayeur connaissait bien pour l’avoir arpentée en randonneur, avec sa famille ou son aumônier de lycée. Il savait la particularité de cette petite région vosgienne, à la fois catholique et protestante, toute proche du Ban de la Roche et de Waldersbach (la cure du célèbre pasteur Oberlin) : historiquement lorraine et francophone puisqu’on y parlait le welche jusqu’aux années 1950, la région avait basculé vers l’Alsace lorsque l’Allemagne l’avait incluse en 1871 dans la zone d’annexion pour des raisons stratégiques et sous des prétextes religieux (la présence de la minorité protestante et mennonite). Là encore, tout commençait avec l’annexion, et Jean-Marie Mayeur retrouvait la frontière religieuse, linguistique, nationale, entre Lorraine et Alsace, France et Allemagne.
19Si l’on permet à l’auteure une remarque personnelle, il lui semble que l’intérêt particulier que Jean-Marie Mayeur manifestait à ses doctorants d’origine alsacienne (comme Séverine Blenner-Michel) parfois devenus enseignants-chercheurs à l’université de Strasbourg (comme l’auteure de ces lignes) avait à voir avec ce qui le reliait au monde de l’Est depuis l’enfance.
Notes de bas de page
1 Nous remercions Catherine Mayeur-Jaouen pour les informations biographiques qu’elle nous a transmises.
2 C’était pourtant un an avant la béatification de Jeanne d’Arc.
3 Jean-Marie Mayeur, Autonomie et politique en Alsace. La constitution de 1911, Paris, Armand Colin, 1970.
4 Bernard Vogler, Nouveau dictionnaire de biographie alsacienne, vol. 26, p. 2577, [http://www.alsace-histoire.org/fr/notices-netdba/mayeur-jean-marie.html] (erreur en 2022).
5 Bernard Vogler (dir.), L’Alsace, Dictionnaire du monde religieux dans la France contemporaine, Paris, Beauchesne, 1987.
6 Jean-Marie Mayeur, « Laïcité et question scolaire en Alsace et Moselle (1944-1963) », in René Rémond (dir.), Forces religieuses et attitudes politiques dans la France contemporaine, Paris, Armand Colin, 1965, p. 235-251, article annoncé par « Une bataille scolaire : les catholiques alsaciens et la politique scolaire du gouvernement de Front populaire », Histoire et sociologie religieuses, Cahiers de l’Association interuniversitaire de l’Est, Strasbourg, 1962, p. 85-102.
7 « Elsass, Lothringen und die Deutsche Frage, 1870-1945 », in Josef Becker et Andrea Hillgruber (dir.), Die Deutsche Frage im 19. Und 20. Jahrhundert, Munich, Verlag Ernst Vögel, 1983, p. 221-238.
8 « Une mémoire-frontière : l’Alsace », in Pierre Nora (dir.), Les lieux de mémoire, t. II, vol. 2, Paris, Gallimard, 1986, rééd., coll. « Quarto », Paris, Gallimard 1997, vol. 1, p. 1147-1169.
9 Voir par ordre chronologique de publication des comptes rendus : François-Georges Dreyfus, La vie politique en Alsace, 1919-1936, Paris, Armand Colin, 1969, Archives de sociologie des religions, 30, juillet-décembre 1970, p. 197 ; « La Lorraine annexée – François de Wendel », Le Monde, 31 mai 1976, p. 15 (compte rendu de François Roth, La Lorraine annexée (1870-1918), Étude sur la présidence de Lorraine dans l’Empire allemand, in Annales de l’Est publiées par l’université de Nancy-II, no 50, Nancy, 1976, et de Jean-Noël Jeanneney, François de Wendel en République. L’argent et le pouvoir, 1914-1940, Paris, Le Seuil, 1976) ; Karl Heinz Rothenberger, Die elsass-lothringische Heimat-und Autonomie-Bewegung zwischen den beiden Weltkriegen, Berne/Francfort, Peter Lang, 1975, Francia, 6, 1978, p. 887-889 ; Christian Baechler, Le parti catholique alsacien, 1890-1939, Du Reichsland à la République jacobine, Paris, Ophrys, 1982, Revue française de science politique, 1984/3, p. 495-498 ; Kurt Hochstuhl, Zwischen Frieden und Krieg: das Elsass in den Jahren 1938-1949. Ein Beitrag zu den Problemen einer Grenzregion in Krisenzeiten, Berne/Francfort, Peter Lang, 1984, Francia 16/3, 1989, p. 277-278 ; Paul Winninger, Les séminaristes du diocèse de Strasbourg pendant la guerre 1939-1945. Clermont-Ferrand, Fribourg-en-Brisgau, aux armées, Strasbourg, ERCAL, 1995, Vingtième siècle, 1997/1, 53, p. 182-183 ; Christoph Cornelissen, Stefan Fisch et Annette Maas (dir.), Grenzstadt Straßburg. Stadtplanung, kommunale Wohnungspolitik und Öffentlichkeit 1870-1940, St. Ingbert, Röhrig Universitätsverlag, 1997, Francia 30/3, 2003, p. 219-220.
10 Jean-Marie Mayeur, Un prêtre démocrate. L’abbé Lemire 1853-1928, Paris, Casterman, 1968.
11 Waldemar Gurian, Die politischen und sozialen Ideen des französischen Catholizismus. 1789-1929, Mönchen-Gladbach, Volksverein-Verlag, 1929.
12 Jean-Marie Mayeur, Un prêtre démocrate, op. cit., p. 656.
13 Voir les comptes rendus : Hans Maier, Revolution und Kirche. Studien zur Frühgeschichte der christlichen Demokratie (1789-1901), Fribourg-en-Brisgau, Verlag Rombach, 1965, Revue Historique, 236/2, 1966, p. 501-502 ; Jacques Droz, Le romantisme allemand et l’État. Résistance et collaboration dans l’Allemagne napoléonienne, Paris, Payot, 1966, Archives de sociologie des religions, 21, janvier-juin 1966, p. 176 ; Joseph Freisen, Staat und katholische Kirche in den deutschen Bundesstaaten, 2 vol., Stuttgart, Verlag Ferdinand Enke, 1906, réimpression anastatique, P. Schippers, Amsterdam, 1964, Archives de sociologie des religions, 23, janvier-juin 1967, p. 198.
14 Voir le compte rendu de Helmut Quaritsch et Hermann Weber (dir.), Staat und Kirchen in der Bundesrepublik. Staatskirchenrechtliche Aufsätze 1950-1967, Berlin-Zurich, Gehlen, 1967, Archives de sociologie des religions, 30, juillet-décembre 1970, p. 242.
15 Voir le compte rendu de Ernst Nolte, Der Faschismus in seiner Epoche. Die Action française. Der italienische Faschismus. Der Nationalsozialismus, Munich, R. Piper und Co, 1963, Revue française de science politique, 6, 1964, p. 1197-1198.
16 Des Partis catholiques à la Démocratie chrétienne. xixe-xxe siècles, Paris, Armand Colin, 1980.
17 Voir notamment « Réflexions sur l’histoire des partis catholiques européens », in Christianisme et pouvoirs politiques t. II : De Napoléon à Adenauer, Lille, Éditions universitaires, 1974, p. 157-175 ; « Überlegungen zur Geschichte der Katholischen und Christlich-demokratischen Parteien in Europa », Politische Studien, septembre-octobre 1981, p. 469-481 ; « Einige Betrachtungen über die Rolle der christlichen Demokratie in Frankreich beim Aufbau der Demokratie und Europas nach 1945 », in Winfried Becker et Rudolf Morsey (dir.), Christliche Demokratie in Europa: Grundlagen und Entwicklungen seit dem 19. Jahrhundert, Cologne/Vienne, Böhlau, 1988, p. 225-233 ; « Die französischen Katholiken und die Demokratie im 20. Jahrhundert », in Martin Greschat et Jochen-Christoph Kaiser (dir.), Christentum und Demokratie im 20. Jahrhundert, Stuttgart, Kohlhammer, 1992, p. 45-59 ; « La démocratie chrétienne en France », in Günter Buchstab et Rudolf Uertz (dir.), Christliche Demokratie im zusammenwachsenden Europa. Entwicklung, Programmatik, Perspektiven, Fribourg-en-Brisgau, Herder, 2004, p. 111-139.
18 Voir, à propos de l’Autriche, les comptes rendus concernant des ouvrages en trois langues : Alfred Diamant, I cattolici austriaci e la prima repubblica 1918-1934, Rome, Edizioni Cinque Lune, 1964, Archives de sociologie des religions, 22, juillet-décembre 1966, p. 187-188 ; Paul Michael Zulehner, Kirche und Austromarxismus. Eine Studie zur Problematik Kirche-Staat-Gesellschaft, Fribourg-en-Brisgau, Herder, 1967, Archives de sociologie des religions, 30, juillet-décembre 1970, p. 252, et Klemens von Klemperer, Ignaz Seipel. Christian Statesman in a Time of Crisis, Princeton, Princeton University Press, 1972, Archives de sociologie des religions, 39, janvier-juin 1975, p. 234.
19 Sur la RDA, voir les comptes rendus : Günter Kohler (dir.), Pontifex nicht Partisan. Kirche und Staat in der DDR von 1949 bis 1958. Dokumente aus der Arbeit des Bevollmächtigten des Rates der EKD bei der Regierung der DDR Propst D. Heinrich Grüber, Stuttgart, Evangelisches Verlagswerk, 1974 et Hans-Gerhard Koch, Staat und Kirche in der DDR. Zur Entwicklung ihrer Beziehungen von 1945-1974, Darstellung, Quellen, Übersichten, Stuttgart, Quell-Verlag, 1975, tous les deux publiés, in Archives de sciences sociales des religions, 44/2, octobre-décembre 1977, p. 250 et p. 249-250 ; Gabriel Adrianyi, Die Führung der Kirche in den Sozialistischen Staaten Europas, Munich, Johannes Berchmans Verlag, 1979, Archives de sciences sociales des religions, 51/2, avril-juin 1981, p. 204.
20 Voir Catherine Maurer, « L’historiographie du catholicisme contemporain en Allemagne », in Jean-Dominique Durand (dir.), Le monde de l’histoire religieuse. Essais d’historiographie, Lyon, Documents et Mémoires de la revue Chrétiens et Sociétés, no 16, 2012, p. 79-97.
21 J.-M. Mayeur renvoie notamment à l’article de Rudolf Morsey sur les catholiques allemands et la nation sous l’Empire qui a fait longtemps référence : « Die deutschen Katholiken und der Nationalstaat zwischen Kulturkampf und ersten Weltkrieg », Historisches Jahrbuch, 1970, 1, p. 31-64. Il s’appuie également sur le livre concernant la fin du Zentrum au moment de l’arrivée au pouvoir du parti national-socialiste : Der Untergang des politischen Katholizismus. Die Zentrumspartei zwischen christlichem Selbstverständnis und « Nationaler Erhebung » 1932-1933, Stuttgart/Zurich, Belser, 1977 (voir aussi le compte rendu, in Archives de sciences sociales des religions, 51/2, avril-juin 1981, p. 267). J.-M. Mayeur avait aussi lu le livre de Josef Becker, Liberaler Staat und Kirche in der Ära von Reichsgründung und Kulturkampf. Geschichte und Strukturen ihres Verhältnisses in Baden 1860-1876, Mayence, Matthias-Grünewald-Verlag, 1973, éditée par la Kommission für Zeitgeschichte (voir le compte rendu, in Francia, 4, 1976, p. 927-928).
22 Franz Schnabel, Deutsche Geschichte im neunzehnten Jahrhundert, vol. IV, Die religiösen Kräfte, Fribourg-en-Brisgau, Herder, 1re éd. 1937. Sur Schnabel, voir Thomas Hertfelder, Franz Schnabel und die deutsche Geschichtswissenschaft. Geschichtsschreibung zwischen Historismus und Kulturkritik (1910-1945), Göttingen, Vandenhoeck & Ruprecht, 1998.
23 Des Partis catholiques, op. cit., p. 40. J-M. Mayeur a utilisé l’édition en livre de poche de 1965 qui porte le titre Die katholische Kirche in Deutschland (Fribourg-en-Brisgau, Herder).
24 Wolfgang Stump, Geschichte und Organisation der Zentrumspartei in Düsseldorf 1917-1933, Düsseldorf, Droste, 1971 (voir le compte rendu, in Archives de sciences sociales des religions, 39, janvier-juin 1975, p. 264) ; Klaus Schönhoven, Die bayerische Volkspartei 1924-1942, Düsseldorf, Droste, 1972.
25 Voir aussi le compte rendu de Victor Conzemius, Philipp Anton von Segesser (1817-1888). Demokrat zwischen den Fronten, Zurich, Benzinger, 1977, Archives de sciences sociales des religions, 44, octobre-décembre 1977, p. 224-225.
26 Urs Altermatt, Der Weg der Schweizer Katholiken ins Ghetto. Die Entstehungsgeschichte der nationalen Volksorganisation im Schweizer Katholizismus, 1848-1919, Zurich, Benzinger, 1972. D’Urs Altermatt, on peut lire en français Le catholicisme au défi de la modernité. L’histoire sociale des catholiques suisses aux xixe et xxe siècles, Lausanne, Payot, 1994. Jean-Marie Mayeur a fait le compte rendu de l’ouvrage allemand, in Archives de sciences sociales des religions, 44/2, octobre-décembre 1977, p. 204.
27 Jean-Marie Mayeur, Catholicisme social et démocratie chrétienne. Principes romains, expériences françaises, Paris, Le Cerf, 1986.
28 Voir les comptes rendus : Ephrem Filthaut, Deutsche Katholikentage und soziale Frage (1848-1958), Essen, H. Driewer, 1960, Archives de sociologie des religions, 13, janvier-juin 1962, p. 171 ; Helga Grebing (dir.), Geschichte der sozialen Ideen in Deutschland, Munich/Vienne, Olzog, 1969, Archives de sociologie des religions, 34, juillet-décembre 1972, p. 202 ; Klaus Erich Pollmann, Landesherrliches Kirchenregiment und soziale Frage: Der evangelische Oberkirchenrat der altpreussischen Landeskirche und die sozialpolitische Bewegung der Geistlichen nach 1890, Berlin/New York, De Gruyter, 1973, Archives de sciences sociales des religions, 37, janvier-juin 1974, p. 255.
29 Joseph Rovan, Le catholicisme politique en Allemagne, Paris, Le Seuil, 1956.
30 Jean-Marie Mayeur, « Pie IX et les mouvements catholiques européens », Catholicisme social, op. cit., p. 67-83, p. 77.
31 « L’Allemagne, l’Autriche », Histoire du christianisme des origines à nos jours, vol. XII : Jean-Marie Mayeur (dir.), Guerres mondiales et totalitarismes (1914-1958), Paris, Desclée/Fayard, 1990, p. 567-616. L’article « Les catholiques français devant le catholicisme allemand dans les lendemains de la Première Guerre mondiale (1920-1922) » (in Peter Hüttenberger et Hansgeorg Molitor (dir.), Franzosen und Deutsche am Rhein, Essen, Klartext, 1989, p. 289-296) a sans doute été rédigé dans le contexte de la préparation de ces chapitres.
32 Heinz Hürten, Verfolgung, Widerstand und Zeugnis. Fragen eines Historikers, Mayence, Matthias-Grünewald-Verlag, 1987 ; Klaus Scholder, Die Kirchen und das Dritte Reich, vol. 1 : Vorgeschichte und Zeit der Illusionen 1918-1934, Francfort-sur-le-Main/Berlin, Verlag Ullstein, 1977 ; vol. 2 : Das Jahr der Ernüchterung 1934. Barmen und Rom, Francfort-sur-le-Main/Berlin, Verlag Ullstein, 1985. Dans les années 1970 ou au tout début des années 1980, Jean-Marie Mayeur avait déjà publié plusieurs comptes rendus sur des ouvrages en relation avec le national-socialisme comme le premier volume du livre de Scholder, le livre de Dieter Albrecht sur l’Église catholique sous le national-socialisme ou encore l’ouvrage en italien de Mario Bendiscioli sur « L’Allemagne religieuse sous le IIIe Reich ».
33 Akten deutscher Bischöfe über die Lage der Kirche, 1933-1945, Mayence, Matthias-Grünewald-Verlag, 1968-1985, 6 volumes.
34 Günter Brakelmann (éd.), Kirche im Krieg: der deutsche Protestantismus am Beginn des Zweiten Weltkrieges, Munich, Chr Kaiser Verlag, 1979.
35 John Conway, Die Nationalsozialistische Kirchenpolitik 1933-1945, Munich, Chr. Kaiser Verlag, 1969, édition revue par rapport à The Nazi Persecution of the Churches (New York, Basic Books) publié en 1968 ; remarque de Jean-Marie Mayeur, in « L’Allemagne, l’Autriche », op. cit., p. 579. Voir aussi son compte rendu de la version allemande, in Archives de Sociologie des Religions, 1972, 34, p. 181.
36 Victor Conzemius, « Katholische und evangelische Kirchenkampfgeschichtsschreibung im Vergleich: Phasen, Schwerpunkte, Defizite », in V. Conzemius et al. (dir.), Die Zeit nach 1945 als Thema kirchlicher Zeitgeschichte, Göttingen, Vandenhoeck & Ruprecht, 1988, p. 35-57.
37 Voir le compte rendu de Heinz-Albert Raem, Pius XI und der Nationalsozialismus. Die Encyclika « Mit brennender Sorge » vom 14. März 1937, Paderborn, Verlag Ferdinand Schöningh, 1979, Archives de Sciences Sociales des Religions, 50, octobre-décembre 1980, p. 333.
38 « Les élites catholiques en France et en Allemagne de la fin du xixe siècle à la fin de la Deuxième Guerre mondiale », in Louis Dupeux, Rainer Hudemann et Franz Knipping (dir.), Eliten in Deutschland und Frankreich im 19. und 20. Jahrhundert/Élites en France et en Allemagne aux xixe et xxe siècles, vol. 2, Munich, Oldenbourg Verlag, 1996, p. 185-192.
39 Voir par exemple les comptes rendus : Sylvie Toscer, Les catholiques allemands à la conquête du développement, Paris, L’Harmattan, 1997, CIRAC-Forum, 40/1997, p. 18-19, ou Kurt Nowak, Geschichte des Christentums in Deutschland. Religion, Politik und Gesellschaft vom Ende der Aufklärung bis zur Mitte des 20. Jahrhunderts, Munich, Verlag C. H. Beck, 1995, Francia, 24/3, 1997, p. 211-212.
40 Professeur émérite depuis 2007, Winfried Becker est notamment l’auteur du livre sur les débuts des deux partis démocrate-chrétiens allemands CDU et CSU : CDU und CSU 1945-1950. Vorläufer, Gründung und regionale Entwicklung bis zum Entstehen der CDU-Bundespartei, Mayence, Hasse & Koehler, 1987.
41 Voir, pour les derniers, les articles : « Die französische Geschichtsschreibung im Blick auf die zeitgeschichtliche “histoire religieuse” », in Anselm Doering-Manteuffel et Kurt Nowak (dir), Kirchliche Zeitgeschichte: Urteilsbildung und Methoden, Stuttgart, Kohlhammer, 1996, p. 203-210, et « Les catholiques français face au défi de l’extrémisme politique », in Horst Möller et Manfred Kittel (dir.), Demokratie in Deutschland und Frankreich 1918-1933/1940, Munich, Oldenbourg Verlag, 2002, p. 71-77.
42 Voir le site du Comité à l’adresse [http://www.historikerkomitee.de/?page_id=17]. L’article de Jean-Marie Mayeur sur les élites a été publié dans la collection du Comité qui était alors hébergée par l’éditeur Oldenbourg de Munich.
43 Par exemple Daniela Neri-Ultsch, Sozialisten und Radicaux – eine schwierige Allianz. Linksbündnisse in der dritten Französischen Republik, 1918-1938, Munich, Oldenbourg Verlag, 2005, Francia, 34/3, 2007, p. 271-272.
44 Rudolf Vierhaus, Vergangenheit als Geschichte. Studien zum 19. und 20. Jahrhundert, études rassemblées par Hans Erich Bödeker, Benigna von Krusenstjern et Michael Matthiesen, Göttingen, Vandenhoeck & Ruprecht, 2003, Francia, 34/3, 2007, p. 195-196.
Auteur
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Catherine Maurer
Catherine Maurer est professeure d’histoire contemporaine à l’université de Strasbourg et membre honoraire de l’Institut universitaire de France. Ses recherches portent sur l’histoire sociale et culturelle du fait religieux en Allemagne et en France et sur l’histoire des universités et des bibliothèques dans l’Europe nationale-socialiste. Elle a notamment publié Le modèle allemand de la charité. La Caritas de Guillaume II à Hitler (Strasbourg, Presses universitaires, 1999), Religion et culture dans les sociétés et dans les États européens de 1800 à 1914 (Paris, Bréal, 2001), La ville charitable. Les œuvres sociales catholiques en France et en Allemagne (Paris, Le Cerf, 2012), L’espace rhénan, pôle de savoirs (Strasbourg, Presses universitaires, 2013) et La dynamique charitable. Nouvelles recherches sur l’action sociale des chrétiens au xixe siècle, Revue Source(s), 2017, no 10.
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