Chapitre VI. L’apothéose bretonne de La Tour d’Auvergne (1841)
p. 145-162
Texte intégral
1Maurice Agulhon consacra une partie de son œuvre à donner sens à la notion de folklore républicain à laquelle il conféra sa légitimité scientifique1. Il montra également que, fruit de la longue durée, ce dernier ne coïncida pas seulement avec les moments où la République fut le régime officiel mais s’élabora pendant un siècle, dès la Révolution, pour exprimer l’adhésion et/ou l’opposition. Ce folklore inventa mais fut aussi le produit d’une hybridation avec ce que le xixe siècle pré-républicain avait produit ainsi qu’avec la tradition. La statuomanie qui devint phénomène de masse au service de la pédagogie républicaine à partir des années 1880 hérita ainsi ses règles de la monarchie de Juillet, où, pour l’essentiel, elles se fixèrent, mais aussi, dans le cas de Carhaix, de la tradition. Parmi les cérémonials constituant le folklore républicain, il y avait les inaugurations. Les lignes qui suivent chercheront donc non seulement à vérifier la fonction héroïsante de la statufication, mais à partir de l’hommage qu’est la statue, et de l’observatoire privilégié que constitue la fête, à étudier l’admiration en acte. Avec celles du chapitre suivant, elles se voudront également une contribution à la connaissance du folklore républicain. En effet, la Basse-Bretagne ne fut pas « mariannolâtre », et pour sa partie bleue, puis rouge, n’exprima pas culturellement son républicanisme comme le Midi2, mais elle apporta dès 1841 une contribution originale audit folklore sous la forme du culte du héros révolutionnaire devant sa statue.
2La fête est aussi intéressante dans notre optique car ses promoteurs se donnèrent pour objectif à travers elle et la statue de répandre l’admiration pour le premier grenadier dans la population rurale et bretonnante. Elle offre ainsi un bon exemple de « “descente vers les masses” d’un “objet” élaboré en milieu cultivé », pour citer à nouveau Maurice Agulhon3. Un objet d’autant plus intéressant qu’en 1841, et plus encore en Basse-Bretagne, le culte civique pour les grands hommes était particulièrement abstrait pour la majorité. Comment se fit la rencontre entre l’admiration et son folklore, d’une part, la tradition et le sien, de l’autre ? Comment s’opéra l’acculturation de la « société d’obéissance4 » bas-bretonne à la société d’admiration ? Comment cette dernière finit-elle par devenir culture populaire ?
3Pour les hommes du xixe siècle, la statuaire publique était l’art plastique le plus politique5. À travers elle, le pouvoir cherchait à se légitimer et à faire acte de pédagogie. Ses adversaires, eux, se saisissaient de l’occasion pour s’opposer. Cela pouvait se produire lors des trois grands temps de la vie d’une statue : la gestation, l’inauguration, la commémoration ou contre-commémoration. Le premier nous a montré que la statue de La Tour d’Auvergne n’échappa pas à la polémique, nous verrons que le second non plus. Mais au-delà des conflits politiques au temps de la monarchie de Juillet et des luttes pour le signe au xixe siècle, cet aspect nous intéressera surtout pour ce qu’il nous révèle concernant la construction de notre singulier et de son admiration.
4C’est le 27 juin 1841, jour anniversaire de la mort de La Tour d’Auvergne, qu’eut lieu l’inauguration6.
Le scénario et la mise en scène de la fête
5La commission donna carte blanche à son président pour l’organisation. Il l’imagina en suivant le modèle de la fête orléaniste7. Mais les festivités de Carhaix portèrent plus particulièrement la marque de trois grands événements récents : les fêtes de juillet 1840 qui virent l’inauguration du monument de la Bastille et l’inhumation des martyrs de 18308, la statufication de Kléber à Strasbourg9, enfin le retour des Cendres10. En incorporant le cœur de La Tour d’Auvergne, le monument de Carhaix devait en effet, tout comme ceux de la Bastille et de Strasbourg, être funéraire. Dans ce but, le préfet Boullé rédigea une supplique au roi afin qu’il demandât au général de La Tour d’Auvergne-Lauragais de se dessaisir de la relique conformément aux décisions de justice. Mais les manœuvres dilatoires du défendeur retardèrent la restitution à la famille11. Mis en possession d’autres restes du premier grenadier par un Bavarois présent lors de l’exhumation du corps préalable à la rénovation du monument d’Oberhausen en 183712, le préfet du Bas-Rhin les fit parvenir à son collègue du Finistère. Boullé pensa alors un temps les incorporer également13.
6Marquée par ces trois précédents, la commémoration de La Tour d’Auvergne fut donc une fête funèbre. Mais c’est d’abord le retour des Cendres qui avait tant marqué les esprits qui fut l’inspiration dominante, tant dans la mise en scène préfectorale que dans la lecture faite par la presse. Le récit du voyage qui conduisit la statue de Paris à Carhaix l’illustre particulièrement bien. La géographie qui l’obligeait à emprunter la voie fluviale, la voie maritime, et pour finir la voie terrestre, ne fut pas pour rien dans l’analogie sous-jacente.
7Avant de gagner la Bretagne, la statue de Marochetti fut d’ailleurs exposée aux Invalides, là où reposait désormais Napoléon. Elle fut ensuite embarquée pour une remontée de la Seine. Au Havre, elle fut chargée sur le steamer qui depuis peu assurait la liaison entre le port normand et celui de Morlaix. Exposée un temps après son débarquement, elle fut ensuite installée sur un char des mines de Poullaouen décoré et tricolorisé, et après une traversée de Morlaix en musique prit la direction de Carhaix. À l’entrée de chaque commune, au son des cloches, elle était attendue par la garde nationale locale chargée de lui servir d’escorte, ceci jusqu’à Carhaix où l’accueillirent le conseil municipal, la garde, les habitants, ainsi que la délégation du 46e régiment d’infanterie venue pour l’occasion. Elle parcourut alors la ville jusqu’à sa destination : le Champ-de-Bataille, où les mineurs de Poullaouen mis à disposition de la commission par Juncker lui avaient construit un socle.
8De la relation de ce voyage émergent quatre thèmes rappelant la grande cérémonie de décembre 1840. Tout d’abord, comme dans les poèmes de la Couronne poétique, celui du retour dans la patrie après un long exil : « L’homme de Carhaix semblait dormir en paix sur la terre natale, reposant calme, bercé par un songe de bonheur, d’amour ; au milieu de ses frères, s’inclinant autour de lui pendant que l’air portait à ses oreilles ses chants qui le charmèrent aux jours de son enfance14. » Deuxième thème, celui du convoi funèbre : le spectacle « offra[it] en même temps l’appareil d’une fête et l’aspect d’un convoi funèbre15 ». Troisième thème, celui de la foule des admirateurs qui au passage du convoi interrompaient leur activité, accouraient et se recueillaient : « Les hommes se découvraient la tête, beaucoup se jetaient à genoux, et quelques-uns priaient pour l’illustre guerrier16. » Enfin, à travers la figure du père Isaac – et plus loin celle du sergent Bonnard –, le thème des vétérans venus rendre hommage à une incarnation des années de gloire :
« Au moment où la garde nationale de Loc-Maria prenait la place de celle de Berrien, un homme, vert encore malgré ses 68 ans, et portant sur la poitrine la plaque de garde des forêts, fend la foule et, apercevant la main de la statue, se découvre, la saisit avec enthousiasme : “La Tour d’Auvergne, je t’ai vu ailleurs ! » Cet homme, ce vieux brave est un ancien caporal de voltigeurs, connu et respecté dans le pays sous le nom de père Isaac, qui partit jadis, le sac sur le dos, fit toutes les guerres de l’Empire […]. Deux jours avant la mort de La Tour d’Auvergne, Isaac avait trinqué avec lui”17. »
9Retour des Cendres en Bretagne, comme chez les poètes la mise en récit de l’événement puisait largement dans le champ lexical émotif de l’admiration ressentie intérieurement (l’enthousiasme) et exprimée tant par une gestuaire (l’inclination, la tête nue, l’agenouillement) que par le don (orant, musical). Elle forçait le trait en faisant entendre que partout sur son passage la statue était attendue et en enjolivant l’épisode du père Isaac. Instruite par la correspondance d’informateurs saisis par l’effervescence et dans laquelle le ouï-dire avait certainement une part, ainsi que par les articles des journaux concurrents, elle attestait effectivement la liesse, laquelle était incontestablement « préétablie » si l’on se réfère aux travaux de Nicolas Mariot18.
10Si le cœur, puis les reliques d’Oberhausen, ne furent finalement pas incorporées au monument, la fête dans sa première partie fut cependant pensée comme une cérémonie funèbre avec ses trois grands temps : la séparation, la transition, l’incorporation19.
11Le 26 juin, en fin d’après-midi, alors que Carhaix voyait affluer gardes nationaux, soldats, délégations des communes et simples « pèlerins », s’effectua le passage symbolique des reliques de la sphère privée à la sphère publique. La première correspondait à la famille du Pontavice, la seconde consistait en une délégation formée des représentants de l’État (préfet, sous-préfets, autres fonctionnaires, militaires), du corps civique (gardes nationaux, municipalité de Carhaix), et de la commission. La rencontre se fit symboliquement à l’entrée de la ville. Le préfet agenouillé et découvert reçut alors des mains de la parentèle du premier grenadier : l’urne contenant le cœur depuis peu restitué, la ceinture du héros maculée de son sang, ainsi que la pointe de la lance homicide. La transmission se fit au son du canon, des cloches et des tambours. Elle fut d’après la presse un nouveau moment d’émotion : « Un mouvement électrique s’empara de tous les assistants, tous les fronts se découvrirent spontanément ; de grosses larmes coulaient de tous les yeux […]20. »
12La délégation prit alors la direction de l’Hôtel de ville. Les reliques de La Haye furent exposées dans une salle ornée de trophées et d’un portrait de La Tour d’Auvergne. Elles rejoignirent celles d’Oberhausen finalement enchâssées dans un reliquaire confectionné pour l’occasion. Les canons et les cloches retentirent à nouveau. Les admirateurs purent alors se recueillir devant les restes du premier grenadier.
13Après la séparation s’effectua la transition.
14Le 27 juin au matin, le canon donna aux habitants de Carhaix le signal du pavoisement. En prélude à la cérémonie du dévoilement eut lieu un service religieux. Le cortège se forma à l’hôtel de ville (plan). En tête, derrière la garde nationale et la bannière qui représenta le département lors de la cérémonie des Cendres, les reliques, puis la famille et les vétérans, partie formant le centre sacré du cortège. Derrière défilaient fonctionnaires et officiers. Les processionnaires portaient un crêpe, les drapeaux et les tambours étaient voilés. Pour accentuer le caractère funèbre du défilé, une salve fut tirée toutes les dix minutes. Dans l’église, un catafalque avait été dressé ; les reliques représentaient symboliquement le corps. La cérémonie achevée, les signes du deuil furent abandonnés et la fête funèbre laissa place à la fête orléaniste.
15Les reliques furent cependant encore utilisées. Lors du dévoilement, elles furent en effet exposées devant la statue, donnant ainsi à l’inauguration l’aspect d’une inhumation symbolique à défaut d’être réelle comme la commission l’avait souhaité.
16À la sortie de l’église, le cortège se reforma dans le même ordre que précédemment et gagna le Champ-de-Bataille. L’y attendaient la statue voilée de tricolore ainsi que Marochetti. Survint alors le moment tant attendu, le point d’orgue de la fête : le dévoilement au son du canon et des tambours, pendant que les drapeaux s’inclinaient, puis la remise du fruit de son travail par le statuaire à la commission qui, à son tour, en confia la garde à la ville de Carhaix.
17Vint ensuite le temps des discours, dont le plus important, celui de Boullé, chargé de faire l’éloge du statufié et de donner le sens de la cérémonie.
18À l’hommage rhétorique succéda alors l’hommage musical et poétique, ainsi que celui militaire sous la forme d’un défilé devant la statue. La cérémonie fut aussi l’occasion d’une remise de décoration à un vétéran ayant connu le premier grenadier.
19L’après-midi et la journée suivante furent dédiés aux activités ludiques. L’on dansa beaucoup. Ainsi, la cérémonie achevée, alors qu’un poste d’honneur montait la garde devant la statue, les danseurs prirent possession du Champ-de-Bataille où officiaient les sonneurs. À l’hôtel de ville, un bal offrit aux danseurs venus des villes et des châteaux des airs et des danses moins folkloriques. Durant la nuit, la ville fut illuminée. Le lendemain eurent lieu des courses hippiques. Et durant tout ce temps, notables et châtelains reçurent officiers et invités de marque.
20Inscrite dans le projet mémoriel du régime et déployant son code sémiotique, parfaitement contrôlée dans son déroulement, laissant une grande place aux loisirs, la fête de Carhaix eut donc toutes les caractéristiques d’une fête orléaniste21 combinant ici le registre funèbre et celui de la fête nationale. Elle fut aussi une fête d’admiration.
La fête statuomane comme fête d’admiration
21Au xixe siècle, la statue était « chaude », et même, à certains moments, comme ici, elle bouillonnait. Elle détachait les singuliers, les faisait vivre – ou la valeur qu’elle exprimait s’il s’agissait d’une allégorie – et, comme dans notre cas, participait à leur héroïsation. Aboutissement de l’admiration, elle contribuait en retour à nourrir et étendre cette dernière, ceci jusqu’au moment où elle se « refroidissait22 ».
22La statue était le paiement d’une dette au premier grenadier mort au champ d’honneur, d’autant plus redoublée que la promesse faite en 1800 d’ériger un monument à Carhaix n’avait jamais été tenue et que le héros avait ensuite été oublié. À la dette s’ajoutait donc une injustice qu’il fallait réparer. Ce fut d’ailleurs le thème de l’exorde du préfet Boullé :
« Si cette dette de la patrie n’a point été acquittée plus tôt, c’est sans doute, Messieurs, que les agitations de nos temps difficiles, les luttes prolongées du dedans et du dehors et l’éclat de nos gigantesques expéditions à travers le monde, en détournèrent l’attention. Au milieu des prodiges de l’Empire, la gloire de La Tour d’Auvergne parut quelque temps demeurer dans l’oubli, que la modestie du héros recherchait si avidement, si sincèrement pendant sa vie23. »
23L’acquittement de la dette et la réparation de l’injustice expliquent aussi peut-être pourquoi le monument inauguré en 1841 s’inspira pour partie de celui décrit par Mangourit en 1800. Ainsi la statue sur son socle devait à l’origine être encadrée de bornes fontaines24. La statue elle-même reprit une partie de l’iconologie proposée par le cofondateur de l’Académie celtique.
24Elle mesure plus de deux mètres et représente un La Tour d’Auvergne vieilli, chauve, édenté, au moment où il reçut l’épée d’honneur. Il la presse contre son cœur tout en montrant de l’autre main les objets de sa condition de simple soldat (un havresac, un bonnet et un fusil) et de savant (le manuscrit des Origines gauloises), semblant ainsi dire : « là se borne mon ambition25 » (fig. 15). L’œuvre est conforme au programme de la commission qui entendait célébrer à la fois le soldat, le citoyen et le savant. Le piédestal est orné de deux bas-reliefs montrant respectivement l’entrée de La Tour d’Auvergne à Chambéry, en 1792, et sa mort au combat huit ans plus tard (fig. 16). L’ensemble prend sens par l’inscription suivante en français et en breton : « Latour d’Auvergne, 1er grenadier de France, né à Carhaix, le 23 décembre 1743, mort au champ d’honneur, le 27 juin 1800. » Le monument célèbre donc l’enfant de Carhaix dans sa triple exemplarité. Les bas-reliefs disent que de l’année de la patrie en danger jusqu’à sa mort, c’est la Révolution qui l’a révélé.
Fig. 15. – Statue de La Tour d’Auvergne (1), Carhaix. Motif du bas-relief rajouté en 1854 : La Tour d’Auvergne sauvant un blessé lors du siège de Mahon. L’inscription date de 1841 mais était alors bilingue.

Fig. 16. – Statue de La Tour d’Auvergne (2), Carhaix. Motif du bas-relief datant de 1841 : La mort au champ d’honneur du premier grenadier. L’inscription, qui rend hommage au roi de Bavière, date de 1854.

25La représentation statuaire donna lieu à une importante production discursive en deux temps : avant la réalisation et après. Avant, ce fut d’abord l’affaire de la commission et des entrepreneurs de cause prenant position dans les journaux. La commission « n’imposa d’autre condition à l’artiste qui se chargerait de l’exécution, que de conserver religieusement la ressemblance authentique de La Tour d’Auvergne et le costume de son époque26 ». C’était alors la règle pour les statues de grands hommes – point d’admiration sans réalisme27 – et la question ne fit donc pas débat. L’on discuta cependant beaucoup du costume. Il devait être d’époque, certes, mais fallait-il vêtir le statufié d’un uniforme de simple grenadier – représentation historiquement fausse mais à forte charge axiologique – ou de celui d’officier28 ? La discussion se fit aussi une fois la réalisation de Marochetti exposée à Paris puis dévoilée à Carhaix. Elle fut le fait des admirateurs ayant fait le déplacement et des journalistes locaux comme parisiens venus couvrir l’événement. Elle devint donc à ce moment critique. Dans son traitement, le statuaire avait-il rendu hommage au héros ? L’avait-il représenté le plus fidèlement à la fois dans ses traits et son costume ? Par l’expression du visage, la posture et la gestuelle, par le choix des attributs, par l’exécution des bas-reliefs, avait-il fait revivre le grand homme, fait ressortir ses vertus et sa légende en vue de bien le singulariser ? L’évaluation fut très partagée29.
26Lors du dévoilement de la statue (fig. 17), le discours laissa place à l’émotion et la critique à l’accord. Pour que ces deux conditions soient réunies avec le maximum d’intensité, il fallait que la statue rangée dans une caisse lors de son voyage et voilée de tricolore après son scellement conservât tout son mystère. Le préfet Boullé manifesta d’ailleurs son mécontentement en apprenant que la statue avait été offerte au regard des admirateurs après son débarquement à Morlaix30. Toutes les mises en récit de ce moment convergent pour faire ressortir une émotion en deux temps : l’attente solennelle dans le silence, puis l’expression émotive unanime de l’admiration :
« Un silence général et dont il est facile de comprendre toute la solennité, a régné lorsque M. Marochetti a fait découvrir la statue. En cet instant, l’atmosphère, chargée de nuages pendant toute la matinée, s’est éclaircie, et le soleil a inondé le bronze de ses rayons, au moment où l’admirable silhouette s’est dessinée pure sur l’azur du ciel. Alors un murmure d’enthousiasme s’est échappé à la fois de toutes les bouches […]31. »
Fig. 17. – Inauguration de la statue de La Tour d’Auvergne, gravure.

Source : Comtesse du Laz, Études d’histoire de Bretagne. Carhaix, son passé, ses châteaux célèbres et ses monastères, Vannes, Imprimerie de Lafolye, 1890.
27À ce moment précis de la découverte, la statue était censée redonner vie au héros comme l’atteste la réaction de ceux qui l’avaient connu : le père Isaac lors du voyage et les vieux Carhaisiens lorsque la statue fut momentanément découverte avant d’être hissée sur son socle :
« Les vieillards qui avaient connu La Tour d’Auvergne vivant, venaient reconnaître ses traits ; ils le regardaient avec bonheur et leurs yeux s’emplissaient de larmes. Une dame plus qu’octogénaire et infirme s’est fait aider pour traverser la foule et venir reconnaître cette image dont le souvenir était encore dans sa mémoire. Cette vue, qui faisait couler des pleurs, semblait lui rendre une partie des forces de sa jeunesse32. »
28Le miracle météorologique du dévoilement venait donc s’ajouter à deux autres : la résurrection de La Tour d’Auvergne dans le bronze et son pouvoir de transformer les admirateurs venus lui offrir un regard.
29Nous avons donné maints exemples de l’émotion qui s’exprima lors de cette fête, laquelle se manifesta par une gestuaire, par les larmes, par le silence ou par la voix. Elle était un ingrédient obligatoire de la fête qui fut pensée pour la produire. Le dispositif visuel et auditif visait à la fois à la conditionner et à en donner le signal. Le moment du dévoilement, on l’a vu, fut imaginé pour qu’elle atteigne alors sa pleine intensité. Et pour qu’il fasse écho, organisateurs et admirateurs firent entrer en scène un autre personnage : le vieux sergent Bonnard qui combattit à Oberhausen auprès du premier grenadier. Ce dernier, retiré à Gourin, dans le Morbihan, fut mis en avant par les édiles du bourg qui le firent même participer à la Couronne poétique de Duchatellier en lui attribuant le poème d’un autre. Le préfet Boullé lui décerna la Légion d’honneur au pied de la statue une fois son discours achevé :
« Ce moment a été le plus beau peut-être de toute la fête. Le vieux sergent, embrassé successivement par tous les officiers de la députation du 46e, jaloux de presser sur leur cœur celui qui avait combattu auprès de leur illustre devancier, ne pouvait plus maîtriser son émotion ; il pleurait et tous les spectateurs pleuraient avec lui33. »
30Aux émotions de la partie cérémonielle de la fête s’ajouta la liesse de la partie profane, émotions non pas opposées mais complémentaires dans la production de sacré selon une dialectique exposée par Alphonse Dupront34.
31Accordé à la sensibilité des temps romantiques, qui voulait que la fête soit vécue avec ferveur et sa narration faite avec lyrisme, ce lexique des affects correspond aussi à l’admiration. Celle-ci est en effet un sentiment. Et c’est à l’occasion de la visite aux œuvres – pour l’artiste – et à la statue – pour le héros –, ainsi que durant le pèlerinage, qu’il s’exprime le mieux collectivement. Devant l’image/statue, et d’une manière générale durant toute la fête, l’admirateur ressent des émotions liées au sentiment d’admiration qu’il extériorise de manière codifiée.
32La statue de Carhaix fut l’acte d’héroïsation de La Tour d’Auvergne, proposions-nous. L’inauguration dans un contexte pèlerin ainsi que la mobilisation qui la précéda élargirent en effet l’admiration au « grand public » et prouvèrent la grandeur du célébré : « Formées autour du sacrifié, les processions de pèlerins comme les foules de visiteurs manifestent – l’attestant tout en le faisant – ce pouvoir qui est le sien et qui n’est pas donné, loin de là, à tout le monde : pouvoir d’instaurer une communauté35. » C’est à cette occasion que s’exprima particulièrement bien le cycle du don et de la dette qui est le moteur de l’admiration36. Alors que les pèlerins étaient transformés par la rencontre avec le héros37, « pris dans la chaîne communautaire des engagements, des promesses, des échanges38 », leur sentiment de dette morale, et partant leur admiration, put être encore renforcé, comme chez ces gardes nationaux qui, après trois jours de fête, « venant tour à tour adresser avant leur départ, un salut d’adieu à La Tour d’Auvergne, se sont agenouillés, malgré la boue, le front découvert, devant la statue, en chantant la Marseillaise […]39 ».
33Les fêtes d’inauguration des statues au temps de la statuomanie, avant que l’inflation des statues et la dévaluation corrélative de la grandeur célébrée ne banalisent le phénomène et le rendent moins expressif – étaient, pensons-nous, des fêtes d’admiration avec un « dispositif émotionnel40 » qui leur était propre. Celle de Carhaix, en 1841, fut incontestablement une grande fête d’admiration.
34Mais l’admiration n’est pas un sentiment complètement désintéressé, avons-nous déjà constaté. Après avoir rappelé les enjeux pour les différents acteurs et en particulier l’organisateur, il faut donc maintenant se demander si la fête fut de ce point de vue réussie.
Une fête réussie ?
35Le rassemblement de Carhaix se voulait une fête de souveraineté, mais aussi pour son représentant dans le Finistère une occasion d’asseoir la légitimité du pouvoir orléaniste dans une région rétive41. Il s’agissait en effet à cette occasion à travers le statufié de célébrer également Louis-Philippe, le « judicieux et enthousiaste admirateur de toutes les gloires françaises42 ». Le syncrétique La Tour d’Auvergne-Corret qui confessait la foi ancienne et la foi nouvelle, qui réconciliait l’ancienne noblesse et la bourgeoisie, chez qui s’emboîtaient identité régionale et appartenance nationale, faisait un parfait héros « juste milieu » :
« Le 23 novembre 1743, l’Armorique voit naître un enfant chez qui va se développer, au plus haut degré, le germe de ces vertus originelles qui toutes dérivent de la foi, mère de la force et nourrice des héros. La providence place son berceau dans le 18e siècle, à distance égale de la resplendissante monarchie de Louis XIV et de la démocratie non moins radieuse du premier Consul. La nature lui donne pour père un descendant de Turenne, et pour mère une Corret, pur sang de l’Armorique. Il est à la fois noble et roturier ; double origine à laquelle ne mentira pas son existence sévèrement républicaine et brillamment chevaleresque43. »
36Il s’agissait également à travers la figure du premier grenadier, des vétérans mis à l’honneur et du spectacle militaire, de capter la gloire des temps révolutionnaires et impériaux. L’année 1840, qui vit se succéder la crise diplomatique d’Orient, durant laquelle le régime donna l’impression aux patriotes d’avoir capitulé – d’où l’obligation pour ce dernier de donner des gages en matière de patriotisme –, et le retour des Cendres qui renforça le culte impérial, donna à la fête une inflexion vers la gauche. Comment dans ces conditions satisfaire symboliquement cette dernière sans heurter par trop la droite, canaliser les émotions de l’une et l’autre au bénéfice de « l’ordre et la liberté » ? Gageure récurrente des fêtes orléanistes à laquelle les organisateurs cherchaient à répondre en les cadenassant pour éviter tout dérapage44.
37La fête, avons-nous précédemment suggéré, visait en particulier les ruraux. La diffusion du culte du premier grenadier dans les campagnes bretonnes devait permettre d’y faire reculer la tradition au bénéfice du progrès. Conformément aux préconisations de Mangourit, là encore, on vit Dubreuilh – l’homme de Boullé – s’atteler à populariser la légende du héros. Il inventa – du moins nous l’en soupçonnons – des historiettes facilement transposables dans la culture orale du monde paysan45. Les admirateurs qui, dans leurs poèmes et leurs journaux, appelaient ces derniers à converger vers Carhaix étaient persuadés qu’ils seraient nombreux. Avec cependant dès le départ un hiatus. Les ruraux devaient en effet d’abord apporter à la fête l’exotisme de leur costume et de leur idiome, bref jouer le rôle de figurants d’une « bretonnerie » plutôt que celui d’acteurs d’un événement civique. S’ajoutait donc une nouvelle gageure : offrir au peuple un objet inconnu de lui alors que les offrants manifestaient envers les destinataires méconnaissance et condescendance.
38« [C]hacun n’a pas manqué […] de remarquer combien était faible l’affluence des curieux et des citoyens qui devaient se presser, disait-on, à Carhaix, pour le jour anniversaire de la mort de La Tour d’Auvergne46. » La fête ne fut en effet pas la réédition espérée de la fédération de Pontivy (1790). Le temps exécrable n’expliqua pas tout. L’absence des Nantais, qui avaient appelé au boycott, on l’a vu, fut particulièrement remarquée, tout comme celle des Rennais et des Vannetais. Les délégations des municipalités et des gardes nationales, peu étoffées en règle générale, provinrent de quelques villes et bourgs bleus, presque tous situés en Basse-Bretagne, dans le Finistère et en Centre-Bretagne surtout. Quant à la population hôte, elle était pour moitié « beaucoup trop occupée de ses casseroles pour pouvoir s’occuper d’un souvenir historique quelque glorieux que fût d’ailleurs ce souvenir, et le feu des fourneaux faisait un tort considérable au feu de l’enthousiasme », écrivit avec humour un bourgeois normand, lui-même venu en Basse-Bretagne davantage en touriste qu’en pèlerin47. Le clergé fit aussi défaut ou traîna les pieds. Mgr Graveran, évêque du Finistère, dont la présence était annoncée dans le programme officiel, prétexta une consécration d’église pour se décommander. Cette défection fit jaser : « [N]ous avons entendu un très grand nombre de personnes en exprimer le très vif regret », écrivit Duchatellier48. Personne ne fut dupe : le prélat boudait la fête49. Le clergé de Haute-Cornouaille l’ignora également et découragea ses ouailles d’y assister. Les clercs de Carhaix, eux, se contentèrent du strict minimum : la célébration du service funèbre dans une église où rien n’avait été entrepris pour recevoir dignement les reliques du héros et ses admirateurs.
39Les habitants des campagnes furent eux aussi aux abonnés absents. Plusieurs jours avant la fête, une rumeur se mit en effet à circuler : « [L]es populations rurales des cantons voisins de cette ville, comprenant peu ou point du tout le caractère de la fête qui se prépare, acceptaient et faisaient circuler avec envie les plus grosses niaiseries sur des prétendus signes mystérieux et des sorts qui annonceraient des faits extraordinaires pour la journée du 2750 ». Elle disait que « le feu [allait] consumer la ville ; […] le sang [devait] déborder, de crevasse en crevasse, dans les ruisseaux […]51 ». Les nombreux soldats et gardes nationaux confluant vers Carhaix, la pluie et le vent qui se déchaînaient depuis plusieurs jours, l’incendie qui éclata dans une maison de la ville dans la nuit du 25, la perturbation du paysage sonore dès le 26, le déroulement de la cérémonie un dimanche, tout cela put être interprété comme des présages validant les prophéties eschatologiques. Selon Duchatellier, il s’agissait de « bruits malveillants et méchants […] répandus dans les campagnes à l’effet d’empêcher les cultivateurs de se rendre à Carhaix pour le jour de l’inauguration52 ». À mots couverts, il laissa entendre que la source rumorale se trouvait dans les chaires à prêcher, ce que corroborait d’ailleurs l’attitude du clergé53.
40Quant aux paysans qui s’étaient déplacés, voici ce qu’un témoin dit d’eux : « Cependant, il faut dire la vérité : bien des paysans sont venus à Carhaix, non pour assister à l’inauguration de la statue de La Tour-d’Auvergne, qu’ils ne connaissaient pas, dont ils n’entendirent jamais parler, mais pour voir placer sur un piédestal une tour qu’ils supposaient venir d’Auvergne54. » Le propos peut sembler méprisant mais souligne un point important : le décalage culturel existant alors en Basse-Bretagne entre populations urbaines aptes à comprendre et à adhérer à cette abstraction qu’était le nouveau culte civique des grands hommes, avec son folklore, et populations rurales pratiquant encore celui, ancestral, des saints sous la houlette de leurs pasteurs55. Sous la monarchie de Juillet, la Basse-Bretagne des deux « civilisations » linguistiquement et culturellement étanches56 n’était pas la Provence des bourgs urbanisés où, par imitation intersociale, l’acculturation à la modernité politique put se produire relativement rapidement57. Voilà pourquoi la presse bleue interpréta l’attitude des paysans accourant et se découvrant sur le passage de la statue entre Morlaix et Carhaix comme une preuve d’admiration, alors qu’ils agissaient ainsi sans doute par réflexe, comme lors du passage d’une mission ou d’une procession funéraire, sans bien comprendre de quoi il retournait.
41La fête fut également émaillée d’incidents.
42Le cœur de la Tour d’Auvergne, revenu trop tard en Bretagne, n’avait donc pu être incorporé au monument. Persuadé que la famille avait définitivement accepté de léguer la relique à la nation, Boullé encouragea les représentants du 46e de ligne à la revendiquer58. Il l’annonça dans son discours et l’officier du 46e fit de même lors de sa prise de parole :
« Chacun croyait que les membres de la famille, qui étaient présents, allaient se lever sur le champ et s’écrier : “Oui ! Oui ! emportez-le ! il appartient avant tout à la grande famille des Français, à la Patrie qu’il a tant aimée. Emportez-le au milieu des grenadiers du 46e ; qu’il soit toujours leur palladium, et que, même après sa mort, il leur donne encore le courage de la victoire”59. »
43Mais cette nouvelle décharge émotive fit long feu : la famille refusa et reprit sa propriété une fois les festivités achevées.
44Plus gênante fut l’affaire des blasons. Pour accompagner les bas-reliefs sur le piédestal, Marochetti avait en effet préparé deux écussons aux armes de Carhaix et de La Tour d’Auvergne, ce dernier fleurdelisé. Mise devant le fait accompli, la commission après en avoir discuté toute la nuit exigea juste avant la cérémonie qu’ils soient enlevés. Cette décision suscita d’amples débats : les modérés60 désapprouvèrent un iconoclasme qui niait « la chaîne traditionnelle et historique qui unissait ces deux époques si diverses, la monarchie et la république, le grand Turenne et le Premier Grenadier de France61 », les légitimistes, tel le comte de Trobriand – qui menaça la statue d’un « outrage62 » –, s’en scandalisèrent, quant aux bleus militants, pour qui « l’écusson gothique63 » salissait le monument, bien évidemment ils s’en réjouirent.
45Enfin, les débordements craints par les autorités se produisirent lors de la fête populaire. Les soldats et gardes nationaux qui dansaient autour de la statue réclamèrent en effet au sonneur la Marseillaise. Un officiel chercha aussitôt à faire taire le biniou64. La foule se mit à gronder et à menacer, et il fallut l’intervention du député Lacrosse pour que l’hymne révolutionnaire soit finalement exécuté et que l’ordre revienne65. Le chant séditieux fut à nouveau entonné par les gardes nationaux sur le départ, on l’a vu.
46Finalement, la fête de Carhaix ne fit que mettre en évidence le combat que les châteaux et surtout les presbytères continuaient à mener contre le régime66. Elle mit aussi en évidence la béance de la fracture au sein des Bleus de l’Ouest, entre ceux restés fidèles au régime et ceux qui avaient basculé dans le camp républicain et refusèrent toute collaboration avec les « renégats de juillet67 » : les hommes du pouvoir incarnés par la commission, comme ceux qui, tels Duchatellier et l’équipe du Français de l’Ouest, leur avaient apporté leur concours. Concernant les premiers, elle montra aussi l’écart entre les conservateurs prêts aux compromis mémoriels au nom de l’ordre et ceux que l’habitus bleu et la remémoration de la gloire poussaient à détruire les signes de l’ennemi et à chanter la Marseillaise. Elle illustra dans tous les cas l’importance du symbolique dans les luttes idéologiques et politiques du xixe siècle français.
47Pour en revenir à notre héros, la fête fut cependant un grand succès. Les polémiques auxquelles elle donna lieu prouvent d’ailleurs combien la statue était vivante et témoignent que le héros représenté possédait un pouvoir d’admiration agissant sur tout le spectre politique. Et pour Carhaix, la journée du 27 juin 1841 fut fondatrice.
Une fête fondatrice
48Avec la statue, Carhaix se vit confier la mission de faire vivre l’admiration pour le premier grenadier en le commémorant chaque année :
« Magistrats et citoyens de la ville de Carhaix et du département du Finistère, le voilà ce monument que vous avez voté : la Commission heureuse d’avoir satisfait à vos vœux, vous le remet et le confie à votre vénération. Qu’il soit là debout à jamais, pour éterniser la mémoire de La Tour d’Auvergne-Corret et témoigner à l’avenir que dans l’âge présent et fécond en éclatantes renommées, nous arrivons aussi à payer un juste tribut d’admiration à la vertu modeste ! que d’année en année, à pareil jour, les générations viendront, comme nous aujourd’hui, le saluer de leurs acclamations, et tant que Carhaix reposera sur sa roche de granit, venez surtout, grenadiers de France, vous inspirer ici des devoirs du soldat et apprendre de La Tour d’Auvergne à préférer à tout, la gloire de combattre pour la Patrie et de mourir pour elle au champ-d’honneur68 ! »
49La commémoration est la fête qui définit le héros69. L’acte d’héroïsation que constitua l’inauguration de la statue fut donc dès lors répété et à chaque fois consolidé. L’héroïsation suppose aussi un ancrage territorial : sans lieu le héros ne prend pas70. Et l’articulation entre deux espaces culturels, le local et le national, permet de mieux le représenter71. La commémoration marque aussi l’impossibilité d’accomplir le deuil, l’impossibilité de se défaire de la présence du mort et d’acquitter la dette que l’on a contractée envers lui ; elle laisse de ce fait indéfiniment actif le cycle du don et de la dette qui est le moteur de l’admiration72. Au milieu du xixe siècle, à l’exception d’Orléans et Beauvais, nous ne voyons pas d’autre exemple d’une commémoration annuelle d’un héros ou d’une héroïne prise en charge par une ville devenue communauté d’admiration, en tout cas pas pour les héros de la Révolution et de l’Empire73.
50Avec l’adjonction de deux bas-reliefs supplémentaires en remplacement des blasons, ainsi que d’inscriptions patriotiques – qui firent disparaître celle en breton – et d’un enclos, le monument fut définitivement achevé en 185474. Sept ans auparavant, de passage dans la ville, Gustave Flaubert et Maxime du Camp moqueurs purent constater combien les habitants avaient fait leur le grand homme :
« Après que nous eûmes passé auprès de la statue de Latour-d’Auvergne ; que nous eûmes traversé la place de Latour-d’Auvergne, la rue Latour-d’Auvergne, le boulevard Latour-d’Auvergne, le cul de sac Latour d’Auvergne ; après que nous eûmes regardé la maison où naquit Latour-d’Auvergne, et que nous ne fûmes pas entrés à l’auberge de Latour-d’Auvergne, nous arrivâmes à je ne sais quel hôtel établi en face du cours Latour-d’Auvergne75. »
51Par la mise en valeur patrimoniale (la maison), cultuelle (le monument) et onomastique, Carhaix se « mit-en-relique76 ». La rapidité de cette opération étonne. L’on peut imaginer que dans cette ville autrefois siège de sénéchaussée qui vivait un sentiment de déclassement depuis que la Révolution lui avait dénié le titre de chef-lieu de département auquel elle postulait, et le Consulat celui d’arrondissement au profit de la ville rivale de Chateaulin77, et qui, depuis, végétait et maugréait, la fête de 1841 fut une révélation. En en faisant une « ville sculptée78 », elle la fit entrer dans la modernité. Par l’emblématisation héroïque, elle la dota d’un capital symbolique, un « totem capitulaire » lui permettant à l’ère de l’admiration de se singulariser pour devenir une « capitale minuscule »79.
52La conversion des habitants et des ruraux du Poher put se faire dès lors non pas verticalement et brutalement selon la méthode du préfet Boullé, mais par la fierté et l’accoutumance. C’est sur le Champ-de-Bataille, près de la statue, lors des fêtes du héros et lors des foires, que l’on se retrouvait pour pratiquer la danse traditionnelle (fig. 18), « par excellence l’activité collective où la communauté se regroupe et s’exalte, prend conscience de soi et s’affirme publiquement80 ». C’est également face à elle que se faisait la distribution des prix lors du comice agricole à partir de 186281. L’on peut supposer que c’est ainsi que l’admiration pour le héros se répandit dans la population du Poher, tout simplement par l’appropriation de son nom devenu à partir de là une « relique active82 ».
Fig. 18. – Carhaix, Place du Champ-de-Bataille, danse après le grand marché.

Carte postale, fin du xixe-début du xxe siècle.
53En 1852, pour sa onzième édition, la fête se référait encore à l’édition fondatrice83. Par la suite, on ne s’y rapporta plus et on fêta simplement le héros, preuve que la commémoration était devenue une tradition et que La Tour d’Auvergne était considéré comme le héros poliade. Le souvenir de la fête originelle demeura pourtant longtemps. Avant de devenir « latourologue », l’érudit Julien Trévédy fut « latourolâtre ». Sa « conversion » se produisit en 1841, à l’âge de 11 ans, lorsque son père qui y assista lui décrivit la fête et lui fit lire l’une des biographies parues à cette occasion84. Le même Trévédy soutint que la panthéonisation de La Tour d’Auvergne, en 1889, fut obtenue par le sénateur des Côtes-du-Nord Hervé de Saisy qui, enfant, avait assisté à l’inauguration de la statue85. Dans un poème de 1847, Denis de Thézan fit revivre le grand pèlerinage qui transforma Carhaix l’endormie en une « ville sainte » pour tous les Bretons86.
54L’on a vu comment, dans un contexte national et régional, pouvoir, élites et petite bourgeoisie urbaine et bourgadine ont construit l’admiration pour le premier grenadier et ont livré l’objet avec son mode d’emploi aux Carhaisiens. Le chapitre qui suit cherchera à comprendre comment ceux-ci et les campagnes environnantes s’en sont saisis et l’ont adapté à leur folklore et à leurs besoins. C’est donc l’admiration traditionnalisée et institutionnalisée que nous allons désormais pouvoir étudier.
Plan. – Carhaix au xixe siècle.

Source : Archives départementales du Finistère, 3 P 27/1-12 : plan cadastral 1819-1820.
Notes de bas de page
1 Agulhon Maurice (dir.), Cultures et folklores républicains, Actes du colloque « Les marques républicaines dans la culture populaire en France », Paris, Éditions du CTHS, 1995.
2 Le Gall Laurent, « Faïences, vitraux et chansons. Expressions républicaines et antirépublicaines en Basse-Bretagne (xixe-xxe siècles) », dans ibid., p. 275-308.
3 Agulhon Maurice, Marianne au combat…, op. cit., p. 143-144.
4 Le Gall Laurent, L’électeur en campagnes…, op. cit.
5 Voir ce qu’en dit Cavaignac en 1834, dans Agulhon Maurice, Marianne au combat…, op. cit., cité p. 10.
6 Ce chapitre reprend en partie l’article déjà cité « L’apothéose… ».
7 Il était d’ailleurs prévu dans un premier temps que l’inauguration du monument se fasse le jour de la fête du roi.
8 Corbin Alain, « L’impossible présence du roi », dans Corbin Alain et al. (dir.), Les usages…, op. cit., p. 77-116, ici p. 95-96.
9 Baridon Laurent, « Le principe funéraire de la statuaire publique : le monument Kléber à Strasbourg », dans Le Men Ségolène et Magnien Aline (dir.), op. cit., p. 132-143.
10 Humbert Jean-Marcel (dir.), op. cit. ; Tulard Jean, « Le retour des Cendres », dans Nora Pierre (dir.), op. cit., La nation, p. 81-110.
11 Archives nationales, F/21/588 : on y trouve tout un dossier sur cette affaire. Avant de faire marche arrière une fois en possession des reliques de son grand-oncle, Madame du Pontavice envisagea bien la donation du cœur et son incorporation au monument. Quant à Lauragais, il menaça de faire un scandale en pleine préparation du retour des Cendres, mettant aussi à l’honneur le premier grenadier ; il recourut à toutes les chicaneries pour contourner les décisions de justice.
12 Une boucle, une épingle de cheveux, une dent, des boutons.
13 Archives municipales de Carhaix, C-1 M 7 : Lettre du préfet du Finistère au maire de Carhaix, Quimper, le 3 décembre 1840.
14 L’Écho de Morlaix, 19 juin 1841.
15 Ibid.
16 Ibid.
17 Dans L’Armoricain, sans date. Cité par Hémon Prosper, « À propos d’un centenaire… », art. cité.
18 Mariot Nicolas, Bains…, op. cit. ; « Qu’est-ce qu’un enthousiasme civique ?… », art. cité ; « Fureurs, communications et ardeur civique : la vie politique des émotions », dans Corbin Alain et al. (dir.), Histoire des émotions. 3. De la fin du xixe siècle à nos jours, Paris, Seuil, 2017, p. 76-97.
19 Pour une lecture anthropologique des funérailles officielles, voir Ben-Amos Avner, op. cit., 3e partie. On aura reconnu les trois grands rites complémentaires de passage étudiés par Van Gennep Arnold, Les rites de passages (1909), Paris, Picard, 1981.
20 L’Armoricain, 1er juillet 1841.
21 Dalisson Rémi, Les Trois couleurs, Marianne et l’Empereur. Fêtes libérales et politiques symboliques en France 1815-1870, Paris, La Boutique de l’Histoire, 2004, ch. 2.
22 Agulhon Maurice, Marianne au pouvoir…, op. cit., p. 92.
23 Archives départementales du Finistère, 100 J 1183 : Discours prononcé par Monsieur le Préfet Boullé, préfet du Finistère, Président de la Commission, à l’inauguration de la statue de La Tour d’Auvergne-Corret, Premier Grenadier de France, à Carhaix, le 27 juin 1841, Quimper, Typographie Blot, 1841, p. 3.
24 Le Quimpérois, 9 février 1839.
25 Marochetti Carlo, Description du monument de La Tour d’Auvergne, s. l., 1841, p. 1.
26 Le Quimpérois, 9 février 1839.
27 Agulhon Maurice, « La “statuomanie”… », Histoire vagabonde…, op. cit., p. 172-180.
28 Le Quimpérois, 2 février 1839.
29 « La statue de La Tour d’Auvergne a été exposée aux Invalides dans le courant du mois de mai. L’exécution n’a pas satisfait aux conditions énoncées. Rien en effet, dans ce monument, n’indique l’érudition d’ailleurs si remarquable que possédait La Tour d’Auvergne et qui forme aussi l’un de ses titres de gloire ; omission d’autant moins facile à expliquer que la main droite est libre et qu’on ne comprend pas même très-bien quelle a été, à son égard, l’intention du sculpteur. Du reste, l’attitude de La Tour d’Auvergne est noble, l’expression de la tête est belle et annonce l’inspiration ; elle a de plus le mérite de rappeler les portraits du héros. Mais on sent que l’artiste n’a pas assez étudié son sujet : rien dans son œuvre ne caractérisant d’une manière spéciale la Tour d’Auvergne, puisque le faisceau d’armes placé près de lui, et dont la mesquine exécution inspirait aux divers groupes de visiteurs d’assez plaisantes réflexions, peut se rapporter à tout autre soldat de l’armée », écrivit ainsi Buhot de Kersers Alphonse, op. cit., p. 348.
30 Archives municipales de Carhaix, C-1 M 7 : Lettre du préfet au maire de Carhaix, Quimper, le 14 juin 1841.
31 L’Écho de Morlaix, 3 juillet 1841.
32 Le Quimpérois, 19 juin 1841.
33 Le Français de l’Ouest, 3 juillet 1841.
34 Dupront Alphonse, op. cit., p. 408 et passim.
35 Heinich Nathalie, La gloire…, op. cit., p. 196.
36 Ibid., 3e partie.
37 Dupront Alphonse, op. cit., p. 88, parle de « mutation de soi » provoquée par la rencontre avec le saint lors d’un pèlerinage.
38 Heinich Nathalie, La gloire…, op. cit., p. 178.
39 Le Français de l’Ouest, 3 juillet 1841.
40 Dispositif employant moyens rhétoriques, rituels, corporels, etc. – lequel dans notre cas s’est déployé en amont en vue de mobiliser, puis durant la fête –, par lequel le pouvoir ou les entrepreneurs de cause à son origine cherchent à instituer une « cause », voir Deluermoz Quentin et al., art. cité.
41 Sur le faible succès des fêtes orléanistes en Bretagne, voir Gemmie Shariff, Bretagne, la nation invisible (1750-1950), Spézet, Coop Breizh, 2013, p. 164-172.
42 Archives départementales du Finistère, 100 J 1183 : Discours prononcé par Monsieur le Préfet Boullé…, op. cit., p. 4.
43 Dubreuilh Julien, op. cit., p. 11.
44 Corbin Alain, « L’impossible présence du roi », op. cit., p. 90.
45 Dubreuilh Julien, op. cit., p. 41, p. 52 et suiv. L’auteur met en œuvre une pédagogie censée acculturer les Bas-Bretons à l’idée nationale et au devoir de la conscription. Les conscrits bretons et en particulier bas-bretons étaient en effet plus que les autres affectés du mal de la « nostalgie », dans Roynette Odile, Bons pour le service. La caserne à la fin du xixe siècle (2000), Paris, Belin, 2017, p. 45-4. Dubreuilh démontra un certain talent dans son entreprise de forgerie puisque le folkloriste Sébillot, qui fit de l’une de ces historiettes (celle du louzou) une croyance populaire, en déduisit qu’avec Hoche, La Tour d’Auvergne était le seul soldat républicain conservé par la mémoire orale des paysans bretons, dans Sébillot Paul, op. cit., p. 392.
46 Le Quimpérois, 1er juillet 1841. Par comparaison, la fête d’inauguration de la statue de Gutenberg à Strasbourg, un an auparavant, avait réuni 100 000 personnes selon certains dires, dans Lalouette Jacqueline, Un peuple…, op. cit., p. 405.
47 Gaffney B., Voyage du Havre à Morlaix et Carhaix à l’occasion de l’inauguration de la statue de La Tour-d’Auvergne, Ingouville, Imprimerie Le Petit, 1841, p. 29.
48 Le Quimpérois, 1er juillet 1841.
49 Ceci après avoir précédemment snobé la fête du roi en prétextant là aussi une opportune tournée pastorale. Voir Archives départementales du Finistère, 1 M 327 : Lettre du préfet au ministre de la justice et des cultes, Quimper, le 7 juillet 1841.
50 Le Quimpérois, 19 juin 1841. Sur la force du phénomène rumoral dans la France populaire du xixe siècle, voir Ploux François, De bouche à oreille. Naissance et propagation des rumeurs dans la France du xixe siècle, Paris, Aubier, 2003.
51 L’Écho de Morlaix, 3 juillet 1841.
52 Le Quimpérois, 3 juillet 1841.
53 « [L]e clergé breton avait aussi exploité, on ne sait dans quel but, cette disposition des esprits ; du haut des chaires de sinistres prédications avaient été lancées. Carhaix, disait-on, devait être le théâtre d’un épouvantable carnage, des ruisseaux de sang devaient couler dans ses rues ! Un incendie arrivé la veille dans le voisinage, était encore venu donner de la vraisemblance à ces Jérémiades, aussi les habitants des campagnes assistaient-ils à la fête en très-petit nombre », écrivit plus clairement Gaffney B., op. cit., p. 39.
54 Le Constitutionnel, 1er juillet 1841.
55 Sur le heurt des deux folklores et des systèmes de pensée et sémiotiques conjoints au xixe siècle, ainsi que sur la difficulté pour les ruraux d’acculturer une abstraction telle que la République (ou ici l’admiration pour les héros et grands hommes), voir les réflexions de Agulhon Maurice, Marianne au combat…, op. cit., p. 48-49 et p. 142-144.
56 Le Gallo Yves, « Basse-Bretagne et Bas-Bretons… », dans Balcou Jean et Le Gallo Yves (dir.), op. cit. En 1857-1867, le canton de Carhaix possédait l’un des plus forts taux de conscrits illettrés (70,5 %), le plus fort en 1878 (66,9 %) comme en 1899 (48 %), dans Ford Caroline, De la province à la nation. Religion et identité politique en Bretagne (1993), Rennes, PUR, 2018, p. 79.
57 Agulhon Maurice, La République au village. Les populations du Var de la Révolution à la Seconde République, Paris, Plon, 1970.
58 Service Historique de la Défense, 4 M 49 : Lettre du colonel du 46e de ligne au préfet du Finistère, Lille, le 7 avril 1841 (Correspondance du 46e RI du 25 juin 1839 au 1er juin 1842).
59 Le Français de l’Ouest, 3 juillet 1841.
60 Le Journal des Débats, 6 juillet 1841 ; Le Français de l’Ouest, 3 et 17 juillet 1841, par exemple.
61 Le Français de l’Ouest, 3 juillet 1841.
62 Archives municipales de Carhaix, C-1 M7 : Lettre du préfet au maire de Carhaix, s. d. Quelle fut la « proposition insensée » faite au maire de Carhaix ? L’archive ne le dit pas. Par contre, l’on sait que le hobereau poète rétablit « sa » vérité par la rime et par la plume en chantant que « Le premier grenadier de France / Était gentilhomme breton » et en rétablissant par le fusain le blason aux fleurs de lys sur le piédestal, cf. infra.
63 Le National de l’Ouest, 10 juillet 1841.
64 Sur la disgrâce de la Marseillaise au fur et à mesure que le caractère conservateur du régime de Juillet s’accentuait, voir Vovelle Michel, « La Marseillaise », dans Nora Pierre (dir.), op. cit., La République, p. 85-136, ici p. 109-112. Voir aussi Agulhon Maurice, « “La Marseillaise” dans l’histoire symbolique de la France », Histoire vagabonde. 3. La politique en France d’hier à aujourd’hui, Paris, Gallimard, 1996, p. 188-215, ici p. 199 et p. 207-208.
65 Gaffney B., op. cit., p. 42-44.
66 Corbin Alain, « L’impossible présence du roi », dans Corbin Alain et al. (dir.), Les usages politiques…, op. cit., p. 79-81. Du même, une illustration à partir des conflits campanaires opposant pouvoir clérical et pouvoir municipal lors des fêtes nationales, dans Les cloches de la terre. Paysage sonore et culture du sensible dans les campagnes au xixe siècle (1994), Paris, Flammarion, « Champs », 2000, p. 249-254.
67 Le National de l’Ouest, 10 juillet 1841.
68 Archives départementales du Finistère, 100 J 1183 : Discours prononcé par Monsieur le Préfet Boullé…, op. cit., p. 414-15.
69 Hubert Henri, op. cit., dans Czarnowski Stanislas, op. cit., p. lxiii-lxx.
70 Fabre Daniel, « Christophe Colomb, l’impossible héros », Terrain, mars 1998, p. 125-138, ici p. 132-134.
71 Centlivres Pierre et al. (dir.), op. cit., p. 2.
72 Les commémorations sont des « mises en commun de la mémoire où fait retour ce qui manque, ce dont on ne peut faire son deuil parce que le lien n’a pu être dénoué par l’acquittement de la dette » : Heinich Nathalie, La gloire…, op. cit., p. 204.
73 Dans le contexte de la République en lutte contre l’Ordre moral et de la République tout juste victorieuse et encore militante, on verra l’organisation de fêtes au pied de la statue comparables à celle de Carhaix à Versailles (Hoche), chaque 24 juin à partir de 1872, et à Chartres (Marceau), le premier dimanche de mars à partir de 1879. Pour cette dernière et son héros, voir Vovelle Michel, « Préface », dans Le général Marceau figure emblématique du héros révolutionnaire, Chartres, Musée des Beaux-Arts de Chartres/Archives départementales d’Eure-et-Loir, 1996, p. 17-28. La statue de Desaix à Clermont-Ferrand ne fit, semble-t-il, jamais l’objet d’un culte commémoratif. Il est vrai qu’elle fut érigée dans le chef-lieu du département et non dans la ville natale du héros (qui peut être remplacée ou doublée par celle où celui-ci accomplit un exploit, comme Orléans pour Jeanne d’Arc), condition, nous semble-t-il, pour qu’une communauté d’admiration existe dans la durée, cf. Ehrard Antoinette, « Autour de la statue de Desaix par Nanteuil, place de Jaude à Clermont-Ferrand », Annales historiques de la Révolution française, no 324, 2001, p. 161-178. Quant à celle de Kléber à Strasbourg, le sort de l’Alsace après 1870 fit que le folklore statuaire républicain ne put s’y exprimer. La veille des 14 juillet, elle était cependant le lieu de rassemblements clandestins, cf. Baridon Laurent, op. cit., dans Le Men Ségolène et Magnien Aline (dir.), op. cit., p. 135. Dans Un peuple…, op. cit., p. 455-460, Lalouette Jacqueline donne d’autres exemples de fêtes et commémorations mettant en valeur d’une façon ou d’une autre la statue du célébré, mais aucune ne réunit les mêmes caractéristiques que les fêtes d’Orléans, de Beauvais et de Carhaix : des fêtes poliades multiséculaires célébrées sans aucune interruption depuis leur fondation, si ce n’est celles provoquées par la Révolution et les guerres.
74 Doniol Robert, « Les bas-reliefs de la statue de La Tour d’Auvergne », Cahiers d’Iroise, no 2, avril-juin 1977, p. 53-65.
75 Flaubert Gustave et Camp Maxime du, Par les champs et par les grèves (1886), Genève, Droz, 1987, p. 542.
76 Heinich Nathalie, La gloire…, op. cit., p. 182. L’auteur désigne ainsi l’opération par laquelle Auvers-sur-Oise se transforma en lieu de mémoire pour mieux devenir lieu de pèlerinage.
77 Pennec Alain, De la Bretagne aux départements. Histoire d’un découpage, Morlaix, Skol Vreizh, 1989, p. 72-75.
78 Agulhon Maurice, « Imagerie civique… », Histoire vagabonde…, op. cit., p. 101.
79 Chandivert Arnauld et Sagnes Sylvie, « Promouvoir la localité à l’heure de la globalisation », Ethnologie française, xlvi, 2016, p. 613-622.
80 Guilcher Jean-Marie, La tradition de danse en Basse-Bretagne, Paris/La Haye, Mouton, 1963, p. 8.
81 Jamet E., « Concours d’animaux gras à Carhaix », Journal d’agriculture pratique. Moniteur des comices, des propriétaires et des fermiers, année 1865, t. II, p. 185-189.
82 « C’est pour [le nom], à travers lui que se fixe, dans le mental populaire, la personne du saint. Qu’importe ce qu’il fut ; par le nom, il est là. Autant dire le nom, racine sacrale, et tant que le nom dure, reste ou trace de celle-ci : on pourrait parler de relique. Relique active, à l’échelle du monde rural surtout, car les saints patrons marquent le temps de la fête ou de la foire, ces dates qui sont celles de l’extraordinaire dans le rude calendrier des travaux et des jours et dont on parlera ou que l’on attendra à longueur d’an. Au gré de notre monde “éclaté” et extraverti, peu de chose sans doute, mais des siècles durant, le nom du saint protecteur fut sur les lèvres et dans la vie des hommes de la terre promesse, espérance, deux ou trois jours l’an délivrance et ivresse d’altérité, et grâce ou justice du labeur », dans Dupront Alphonse, Du sacré…, op. cit., p. 97-98. Selon Heinich Nathalie, le régime personnaliste de l’admiration, qui est celui du sens commun, se suffit du nom du singulier associé à un élément de sa légende, par exemple l’oreille coupée pour Van Gogh, pour être actif, dans La gloire…, op. cit. Si l’on suit Dupront et Heinich, le paysan bretonnant qui a intégré le nom (La Tour d’Auvergne), le syntagme associé qui résume ses vertus, sa légende et la transcendance pour laquelle il a agi (le premier grenadier mort pour la France), qui en participant à sa fête le reconnaît comme le « saint-patron » de sa petite patrie, ce paysan admire.
83 Archives départementales du Finistère, 1 M 356 : Programme de la fête de La Tour d’Auvergne des 27 et 28 juin 1852, affiche.
84 Trévédy Julien, Quelques légendes relatives à La Tour d’Auvergne-Corret, Saint-Brieuc, René Prud’homme, 1902, p. 3.
85 Trévédy Julien, « La poésie et La Tour d’Auvergne », Bulletin archéologique de l’Association bretonne, t. xix, 1900, p. 136-140, ici p. 140.
86 Le Quimpérois, 2 juillet 1847, repris dans Thézan Denis de, La foi et le passé : poésies, Paris, E. Dentu, 1859, p. 156-161.
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D'après l'œuvre d'Ambroise de Milan
Dominique Lhuillier-Martinetti
2008
L'éveil politique de la Savoie
Conflits ordinaires et rivalités nouvelles (1848-1853)
Sylvain Milbach
2008
L'évangélisation des Indiens du Mexique
Impact et réalité de la conquête spirituelle (xvie siècle)
Éric Roulet
2008
Les miroirs du silence
L'éducation des jeunes sourds dans l'Ouest, 1800-1934
Patrick Bourgalais
2008
