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    Plan détaillé Texte intégral La prison et son prisonnier : absence et présence à l’épreuve d’une spatialité post-aristotélicienne Stratégies d’effraction Notes de bas de page Auteur

    Présence par effraction et par intrusion

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    « Edmond Dantès, c’est moi ! » : une présence par effraction ou une effraction de la présence ? Lecture d’une nouvelle de Italo Calvino

    Enrico Bolzoni

    p. 179-189

    Texte intégral La prison et son prisonnier : absence et présence à l’épreuve d’une spatialité post-aristotélicienne Stratégies d’effraction Notes de bas de page Auteur

    Texte intégral

    1Nous avons tous été passionnés par les aventures d’Edmond Dantès, le héros issu de la plume d’Alexandre Dumas. Emprisonné à tort dans la terrible forteresse d’If, et évadé après un emprisonnement de quatorze ans, le protagoniste vit ensuite d’innombrables péripéties, se mêle aux intrigues internationales les plus audacieuses, pour imposer finalement sa présence dans les plus influents salons parisiens, grâce à sa nouvelle identité de comte de Monte-Cristo. Sous ces fausses apparences, il parviendra à se venger des traîtres responsables de son malheur, et il révélera sa véritable identité à celle qui avait été sa fiancée, Mercédès, par une phrase qui est restée célèbre et qui exprime l’esprit d’une présence au moment même où elle s’impose à l’autre de manière inopinée : « Edmond Dantès c’est moi » ! Épiphanie émouvante, attendue pendant quelques centaines de pages, récompense qui arrive au comble de l’aventure. Edmond Dantès est le personnage par excellence qui lutte pour affirmer sa présence, pour pouvoir dire, enfin : « Je suis » ; « Le comte de Monte-Cristo et Edmond Dantès, c’est le même. »

    2Toutefois, afin que le roman s’achève et parvienne à cette heureuse conclusion, une condition doit s’accomplir : l’évasion de la forteresse d’If doit être effectuée, moment crucial d’où une profusion d’événements captivants peut se déployer et à partir de laquelle une arborescence de sous-intrigues peut se développer. L’évasion est le point de départ obligatoire, sans lequel toute l’histoire serait dans l’impasse. Or, c’est précisément cette situation d’impasse qu’envisage Italo Calvino dans le récit bref Il conte di Montecristo, dans le recueil Ti con zero (1967). Cette nouvelle évoque exactement ce moment particulier du roman : Edmond Dantès et Faria sont coincés entre les murs de la forteresse d’If et doivent trouver un moyen de s’enfuir. Projetés dans un univers qui ne se veut pas réaliste, les deux personnages de ce récit pourraient être vus comme les protagonistes d’un conte allégorique, ou même d’un conte philosophique. En effet, le but de Calvino semble être de questionner un aspect tout particulier de l’intrigue, plus précisément la présence d’Edmond Dantès, au moment le plus critique, au moment où celle-ci est en train de se « mettre en place », à partir de l’anéantissement auquel ont voulu le réduire ses ennemis : on assiste au contraire à la constitution d’un nouveau personnage, plus précisément à la métamorphose, à partir des cendres de Dantès, du comte de Monte-Cristo. En effet, et comme on le verra par la suite, la prison d’If peut être vue comme un « atelier littéraire », des « limbes » où, non seulement le personnage élabore une stratégie d’évasion, en forgeant la personnalité du redoutable comte de Monte-Cristo à venir (sur le plan diégétique), mais aussi où l’auteur même, Alexandre Dumas, intervient afin d’agencer une intrigue passionnante en suscitant également une réflexion sur l’œuvre littéraire (sur le plan extradiégétique).

    3Quelle est donc l’acception de « présence » qui est convoquée dans ce récit de Calvino ? Clairement, il est question ici de son sens philosophique de « présence au monde et dans le monde : le fait d’être dans le monde, d’y agir1 » et, plus précisément, du sens de la pensée occidentale, que la philosophie post-structuraliste vise à déconstruire : « meaning of being in general », « presence of things, temporal presence as a point in time, presence as true essence, and self-presence as consciousness in the Cartesians sense2 ». En effet, vues de plus près, l’absence et la présence s’avèrent un problème très complexe, et elles s’inscrivent donc pleinement dans le projet d’écriture calvinienne, un programme qui vise à la cartographie de la complexité. Nous les interrogerons à partir d’une dialectique qui s’instaure entre les prisonniers d’un côté et la forteresse de l’autre côté. Cette dernière, d’ailleurs, s’avère très problématique aussi, car elle est construite sur la base de lois qui sont, apparemment tout du moins, totalement absurdes.

    4Or, on sait bien qu’Italo Calvino à partir de la fin des années cinquante s’interroge sur de nouvelles formes de narration, étant donné qu’il pense que le réalisme est devenu désuet :

    Comme les images de la vie contemporaine ne satisfaisaient pas ce besoin que j’avais [d’interpréter la réalité], cela m’est arrivé naturellement de transférer cette énergie dans des aventures fantastiques, en dehors de notre temps, en dehors de la réalité3.

    5Le monde contemporain, extrêmement complexe, a besoin de nouveaux plans pour être parcouru et il se caractérise, en effet, par sa « pluri-lisibilité4 ». Nous pouvons donc situer ce texte au sein de la production calvinienne qui, à partir des années soixante, repense notre relation avec l’imaginaire, étant donné que la science contemporaine nous impose de situer l’être humain dans un univers qui a profondément changé par rapport au cadre du néoréalisme italien, mais aussi par rapport à l’imaginaire du roman occidental tout court. Les Cosmicomiche et Ti con zero sont deux œuvres qui rendent compte de cette attitude. Il conte di Montecristo, dans le dernier recueil, rassemble une problématisation des attitudes de l’homme moderne vis-à-vis de la méthode la plus convenable pour interroger notre présence, dans cet univers qui est de plus en plus mystérieux. Comme les récits de Ti con zero pourraient suggérer un lien avec la science-fiction, Calvino a voulu prendre ses distances avec celle-ci, tout en conservant son intérêt pour les problèmes scientifiques :

    Je voudrais me servir des données scientifiques comme de charges propulsives pour sortir des habitudes de l’imagination, et vivre le quotidien dans les conditions les plus éloignées de notre expérience ; la science-fiction, en revanche – me semble-t-il – cherche à approcher ce qui est loin, ce qui est difficile, et elle cherche à lui conférer une dimension réaliste ou, au moins, à le faire rentrer dans le cadre d’une imagination qui tient d’une habitude acceptée5.

    6Il est question, par exemple, dans de nombreux récits, de l’origine de l’univers. On remarquera surtout que cet univers de Il conte di Montecristo paraît concerné par la cybernétique, la science qui permet aux machines de « se gouverner » par elles-mêmes. En effet, l’environnement ne semble pas stable, mais toujours en train d’évoluer, de se complexifier, de créer des obstacles qui empêchent la sortie. Bref, pour employer un terme qui revient souvent lors des descriptions des systèmes biologiques comme des systèmes électroniques, la prison est à la recherche perpétuelle de « l’homéostasie6 », c’est-à-dire de sa stabilité, étant donné que, pour la prison, le point d’équilibre est le point où toute issue est impossible et aucune brèche ne permettra d’aller à l’extérieur. Les deux protagonistes s’affolent donc à proposer des méthodes pour briser cette clôture, afin de sortir, d’effectuer une véritable effraction vers l’extérieur. Mais, pour que leur action ait un sens, il faudra déconstruire aussi la notion d’effraction : l’effraction de la serrure de la prison les rendra des intrus vis-à-vis du système grâce à la connaissance de l’espace qu’ils auront acquise. Le lecteur observe ainsi les deux personnages faire sans cesse l’expérience de l’impasse dans un labyrinthe sans issue. Nous essayerons donc de mieux expliciter ces impasses et de répondre à cette question : dans quelle mesure peut-on aujourd’hui ancrer la connaissance et la topographie de l’espace sur une dialectique entre absence et présence ? Et comment cela serait-il possible dans un univers qu’on dirait insaisissable et censé reproduire des complexités auparavant inconnues ? Comment cette dialectique pourrait-elle rendre compte d’un univers où la circulation d’informations a cessé d’être l’apanage des êtres humains, mais peut aussi se mettre en place parmi des sujets technologiques ?

    7Nous essayerons de répondre à ces questions en analysant d’abord la présence de ces deux pôles opposés, la prison d’un côté, et de l’autre le personnage qui narre l’histoire, Edmond Dantès ; ensuite nous nous pencherons sur les stratégies d’effraction mises en place pour gagner la liberté.

    La prison et son prisonnier : absence et présence à l’épreuve d’une spatialité post-aristotélicienne

    8La prison est un lieu absurde, sans aucune correspondance avec le monde réel. Quelle est la nature de cet espace si complexe ? Elle ne peut être comprise que si on la conçoit comme une masse d’informations qu’on doit décoder afin de la maîtriser et envisager une sortie.

    9L’auteur n’hésite donc pas à montrer comment, à l’épreuve d’une « spatialité numérique », nos anciennes coordonnées spatio-temporelles perdent toute consistance. Cette absurdité se révèle notamment comme la coexistence incohérente d’espaces sans relations apparentes les uns avec les autres. Faria et Dantès se trouvent par exemple dans la même cellule, mais l’un est renversé par rapport à l’autre, tel une mouche qui marche sur la surface du plafond. On constate l’absence de zénith, de nadir et des points cardinaux : « l’estimation des distances est brouillée par la perspective en entonnoir et le contraste de la lumière7 ». Parfois Faria entre dans une cellule, où un homme de dos se retourne vers lui, et il s’avère être Dantès. Mais cette scène se réplique d’innombrables fois. D’autres fois, ce n’est pas Dantès qui se retourne, mais « Dantès-Napoléon », une « présence hybride », sorte de condensation de deux personnalités différentes : « Faria creuse ; une fois encore il pénètre dans la cellule d’Edmond Dantès ; il voit le prisonnier de dos qui comme d’habitude regarde le ciel par la meurtrière ; au bruit du pic le prisonnier se retourne : et c’est Napoléon Bonaparte8. » Dans un autre cas, le narrateur marche en arrière dans le temps, se revoyant au moment où, jeune, il était conduit au château pour la première fois : « Le moment où je me retrouverais dehors serait celui-là même où je suis entré ici9. » Dans un autre cas encore, les deux prisonniers parviennent à une cellule qui n’est rien d’autre que le bureau d’Alexandre Dumas, où l’auteur est en train d’écrire un manuscrit intitulé Le Comte de Monte-Cristo10 : leurs corps sont imbibés d’encre, ce sont encore des fœtus d’écriture. Certes, ces univers qui apparaissent dans la prison sont incompatibles, fictionnels et métafictionnels11, et ils contestent la notion de présence à plusieurs niveaux : Edmond Dantès personnage dont on conteste non seulement la présence, mais aussi l’identité car il peut être à la fois Dantès et Napoléon. Le texte nous invite à questionner la présence du protagoniste, un protagoniste qui est aussi un « je fictionnel ».

    10Or, ce personnage, qui dit « je » dans cette prison, se trouve confronté à un problème ontologique, étant donné que sa présence semble se présenter sous une myriade de formes et de possibilités. Nous avons le Dantès présent, mais aussi « d’autres Dantès » qui ne devraient pas exister, et qui devraient donc être absents : a) celui qui était présent autrefois, b) celui qui est immatériel parce qu’il est pensé par son créateur, c) celui qui est possible parce que les assistants de Dumas lui ont fait plusieurs propositions de continuation du roman, d) celui qui est faux, parce que, incarnant en lui-même la personnalité de Napoléon, il dissout la notion d’identité. Bref, par la superposition de tous ces Dantès, nous comprenons que sa présence est contestée parce que l’ici et l’ailleurs coïncident, tout autant que coïncident le maintenant et l’autrefois, le moi et l’autre. Edmond Dantès n’est donc pas la manifestation d’un sujet présent, mais plutôt d’un faisceau d’informations susceptibles, ou peut-être pas susceptibles, de produire une influence sur la prison.

    11Cette surabondance de plans existentiels se répercute sur la perception de l’espace. Prenons par exemple les bruits : il n’y a pas de correspondance entre les pas que l’on entend et la reconstruction mentale que le prisonnier s’est faite des alentours. Si les pas ne sont pas reconductibles à l’espace, il en va de même pour le bruit d’un éternuement de Faria.

    [J]e l’entends aspirer comme quelqu’un qui se prépare à éternuer bruyamment : il fait froid et humide, dans les méandres de la forteresse ; mais l’éternuement n’arrive pas. Moi, j’attends : j’attends une semaine, un mois, une année ; Faria ne revient plus ; je me persuade qu’il est mort. Tout d’un coup le mur en face tremble comme dans un tremblement de terre ; à travers l’éblouis [sic] Faria se présente, sur la fin de son éternuement12.

    12Dantès le voit, mais ses oreilles l’entendent après des années. Nous pouvons ainsi dire que la prison remet en question la métaphysique de la présence telle qu’elle avait été fondée par Aristote, et questionnée ensuite par Jacques Derrida. Dans La Grammatologie, le philosophe français évoque la correspondance qui a toujours été faite dans la culture occidentale et à partir d’Aristote, entre la phonè et la rationalité. Pour lui, les sons émis par la voix sont les symboles des états d’âme. L’âme est le siège du logos et cette proximité entre le logos et la voix permet d’établir qu’il y a toujours eu, par conséquent, un lien entre le logocentrisme, le phonocentrisme et la présence : la voix a donc toujours été considérée comme une manifestation privilégiée non seulement de la raison, mais aussi de la présence13. Mais nous constatons que ce dualisme entre présence et absence est devenu totalement improductif dans le récit d’Italo Calvino. L’éternuement, d’abord, tient de la voix, mais en même temps il ne peut pas être associé au logos. Il s’agit d’un bruit : l’unique émission vocale qui soit représentée dans toute la nouvelle. À part ce bruit, manifestation d’une voix sous sa forme la plus primitive, on ne peut pas dire comment communiqueraient les deux personnages, leurs dialogues n’étant jamais rapportés ni directement ni indirectement. Deuxièmement, on peut se demander : cet éternuement est-il une preuve d’une présence ou pas ? Oui, dans la mesure où un sujet l’a effectivement produit ; non, dans la mesure où il n’y a pas de lien entre la voix et le logos, alors que le lien entre la voix et la présence est différé dans un temps extrêmement dilaté. Paradoxalement, l’éternuement révèle à la fois une présence et une absence. On pourrait peut-être penser que Faria, lui aussi en tant que « information », se manifeste de manière morcelée. Ce qui est sûr, c’est que la catégorie d’absence/présence ne saurait point rendre compte de ces entités fictionnelles.

    13Donc, les lois de la logique classique s’effritent à l’épreuve de la spatialité de la forteresse d’If. Les personnages sont plongés dans un univers post-aristotélicien. Le principe de non-contradiction n’est pas respecté. En effet, Dantès, peut se présenter sous des formes qui se heurtent l’une à l’autre, et donc : « p = -p » ; ensuite, le principe d’identité s’avère également invalidé, car si nous pensons que « ce qui est est, et ce qui n’est pas n’est pas », (« A = A »), nous devons constater que le dispositif de la mise en abyme, dont Calvino abuse ici, ne fait qu’indiquer que Dantès est et n’est pas en même temps.

    Stratégies d’effraction

    14Il est clair que cette subjectivité de Dantès lui accorde une sorte de « malléabilité » et de « flexibilité ». Des qualités qu’il saura mettre à profit pour rompre les mécanismes de défense de la forteresse.

    15La première phase de cette évasion consiste dans une technique d’« externalisation » du sujet, c’est-à-dire une prise de distance du sujet par rapport à son environnement, à son corps et à son âme. Lorsque Dantès s’aperçoit que la prison est en train de s’agrandir et s’épanouir dans toutes les directions sous l’impulsion d’une vitesse croissante, il imagine que la seule voie de fuite consisterait à remonter le passé jusqu’à ce qu’il soit arrêté et accompagné à If. Mais, comme nous l’avons rappelé, cette solution produirait alors un effet contraire, car le passé, réobtenu par le biais de la mémoire et, donc, de sa subjectivité, ne ferait que restituer le prisonnier à son emprisonnement. En revanche, la seule solution s’annonce comme le processus inverse : la renonciation à la subjectivité pour appréhender la prison dans toute son intégrité.

    Si la prison est entourée par mon dehors, ce dehors me ramènera au-dedans chaque fois que je réussirai à l’atteindre. […]
    Je dois penser la prison comme un endroit qui est seulement le dedans de soi, sans dehors – c’est-à-dire renoncer à en sortir –, ou bien je dois la penser non pas comme ma prison mais comme un endroit sans lien avec moi aussi bien pour ce qui est de l’intérieur que de l’extérieur, c’est-à-dire étudier un itinéraire du dedans au dehors qui ne tienne pas compte de la valeur que « dedans » et « dehors » ont acquise quant à mes émotions ; qui vaille même au cas où à la place de « dehors » je dis « dedans » et vice versa14.

    16Cependant, une fois neutralisés les concepts de « dedans » et « dehors », la notion d’« emprisonnement » s’avère toujours active. Le passage successif consiste ensuite à accomplir un nouveau pas de dé-personnification du sujet : Dantès s’identifie finalement à son antagoniste, la prison15. Ce processus parvient au comble de son paroxysme lorsque, devant choisir entre Faria et la prison, le protagoniste opte presque pour la prison : « C’est comme si, dans les parties entre Faria et la forteresse, je poussais l’impartialité jusqu’à être pour la forteresse contre lui… non, maintenant j’exagère16. » Grâce à la symbiose du sujet avec le système, le hacker s’est ainsi complètement formé. En parvenant à une sorte d’ataraxie, l’univers de l’information à son état le plus pur est donc à sa disposition.

    17Ensuite, Dantès doit se connecter à un univers d’informations. Il prend en compte les erreurs commises par Faria et retrace mentalement le projet qui doit nécessairement être sous-jacent à ce bâtiment. Son but est de penser « la forteresse parfaite, dont on ne peut s’évader », ce qui est possible à travers la somme de toutes les erreurs d’évasion, à la recherche d’une erreur ou d’un oubli dans le projet17. En renonçant à lui-même, Dantès renonce avant toute chose à ses sens, et ensuite il se livre à la « recherche d’une logique formelle, de l’abstraction et de symétries18 ». En apprenant de ses erreurs, le chercheur est censé approcher peu à peu de la vérité. À partir du désordre des données, Dantès se servira d’un obstacle pour les insérer dans un système d’obstacles. Bref, il se servira de ce que l’on appelle « feedback loop » ou « boucle de rétroaction » le monitorage constant avec l’amélioration de son modèle idéal19. Ainsi, à partir d’un segment, il pourra tracer d’autres segments, pour arriver à une figure géométrique régulière, et d’ici au solide, au polyèdre et à l’hyper-polyèdre, etc. Une fois démontré que la prison est faite de régularités complexes, Dantès exprime ces régularités sous une formule algébrique, qui devient ainsi l’instrument qui permet de dominer la connaissance.

    18Mais comment se déroule ce duel entre Dantès et la prison ? Il est clair que cette dernière, tout comme Edmond Dantès, a été réduite à sa plus simple expression : un ensemble d’informations pures. Ainsi, Dantès, en forçant les barrières du système, le met en crise. Cela conduit le système même à activer des mécanismes de défense que nous voyons fonctionner lorsque le personnage se heurte à l’épanouissement infini de cette spatialité. Tout comme un hacker qui renforce les systèmes où il essaie de s’introduire en intrus20, Dantès finit par renforcer la prison qui peut à son tour profiter des mécanismes de rétroaction et devenir de plus en plus puissante. Nous devons envisager que l’emprisonnement n’est pas un emprisonnement classique : ici intérieur et extérieur coïncident et, paradoxalement, pour s’échapper il faut rejoindre le point le plus central possible, appelé ici « la multiplicité des choses possibles ». Le cœur de la prison peut ainsi être vu comme une « matrice », un point où les personnages pourraient se trouver, dans une sorte d’« utérus », et où leur existence peut encore être modifiée. Symboliquement, le passage à travers la multiplicité des choses possibles permettra l’effraction et le passage vers l’île de Monte-Cristo, où, comme tout le monde le sait, le trésor pourra être décelé.

    19Nous avons proposé jusqu’ici une lecture du Conte di Montecristo où les personnages et la prison sont réductibles à un ensemble d’informations. De ce point de vue, la contribution théorique de N. Katherine Hayles peut nous aider à donner une lecture plus complète du récit21. Comme nous l’avons vu, le but de Dantès consiste ainsi à pénétrer dans la matrice pour y apporter un changement dans le code même de la prison. Nous voyons ainsi que Dantès et la prison doivent être considérés comme deux entités « en possession » d’information qui agissent sur un même niveau. En revanche, si la notion de « présence » peut être associée à un sujet humain, elle devient plus problématique si elle est associée à un sujet non-humain qui traite des données, comme semble l’être la prison. La présence et l’absence nous imposent de penser la réalité dans le cadre de la « matérialité », ce qui n’est plus possible dans ce duel, entièrement dématérialisé, entre Dantès et la prison. Autrement dit, Calvino évoque bien évidemment ce problème de la présence, mais pour mieux nuancer les notions d’effraction et d’intrusion. En effet, cette idée nous renvoie à une autre notion, proposée par Hayles : celle d’« accès ». La notion d’origine de la vérité, qui était autrefois inscrite dans la métaphysique de la présence, avec celle de logos22, s’en trouve contestée, car la prison se révèle modifiable à tout moment. Il suffit à un hacker de s’emparer des codes de programmation pour en découvrir les régularités, ce que Hayles appelle un « pattern » (« schéma », « modèle »), qui reste régulier en dépit de toute complexité que la prison pourrait ensuite mettre en place. Autrement dit, Dantès vise à une « mutation » de la prison. En inscrivant sa fuite dans le code informatique du récit, il aura totalement assimilé le système et le système l’aura à son tour inscrit en lui-même, c’est-à-dire qu’il aura intégré son effraction aussi bien que son intrusion. Ce qui, en revanche, tenait du chaos se révèle plutôt comme « randomness » (« hasard »), le lieu où l’information est incompréhensible, mais pour la simple raison qu’elle ne participe pas d’un message, ou mieux, parce qu’elle ne participe pas encore d’un message. Loin d’être absente, cette randomness est tout à fait nécessaire, dans la mesure où elle permet de distinguer les éléments qui, une fois enchaînés entre eux, aboutiront à la formation du pattern. Ainsi, nous suggère Calvino, la dialectique entre présence et absence doit être « délocalisée » : non plus sur le terrain de la « matérialité », mais plutôt sur le terrain de « l’information23 ». L’effraction s’avère ainsi comme la violation d’un système, ce qui est vrai non seulement au niveau diégétique du récit, mais aussi au niveau extradiégétique (ce geste d’effraction a permis à Calvino, grâce à ses mises en abyme, de briser plusieurs fois le cadre de la narration). Cette effraction confère ainsi à Dantès un statut d’intrus, qui est toutefois temporaire, car il cesse au moment où Dantès parvient à découvrir les engrenages de l’histoire et à y « greffer » sa fuite : c’est-à-dire le moment où il a gagné l’accès à la matrice du récit, à la source de l’émission d’information. Les mots d’effraction et d’intrusion, étant dérivés du vocabulaire juridique, ils sont fortement ancrés dans un contexte matériel où les notions de clôture, d’intérieur et d’extérieur sont fondamentales pour les comprendre. En revanche, cette tension entre Dantès et la prison a lieu non plus dans la matérialité, mais dans l’information. Comme nous l’avons vu, cette spatialité est construite sur la porosité de deux concepts de « dedans » et de « dehors », ce qui ne permet pas non plus de distinguer toujours très nettement en quoi consistent l’effraction et l’intrusion. Ce qui est clair est que Dantès met en œuvre une violation et une manipulation de l’espace qui lui permettent un accès à un niveau de connaissance et de pouvoir nettement supérieur par rapport au simple prisonnier. Il ne s’agit pas, bien évidemment, d’un espace matériel, mais d’un espace virtuel.

    20Nous ne pouvons pas oublier l’intérêt de Calvino pour les machines intelligentes. Dans une conférence, présentée peu après Ti con zero, « Cybernétique e fantasmes », Calvino dit que la littérature est un langage dominé par une logique combinatoire, qui suit « des structures fixes », qui assemble « des éléments qu’on pourrait dire préfabriqués, qui permettent un nombre immense de combinaisons24 ». Et il ajoute :

    La pensée, qui jusqu’à hier nous apparaissait comme quelque chose de fluide – qui évoquait en nous des images linéaires, telles celles d’un fleuve qui s’écoule ou un fil qui se dévide, ou encore gazeuses telle une espèce de nuage, au point qu’on l’appelait même l’« esprit » –, nous tendons aujourd’hui à la voir comme une série d’états discontinus, de combinaisons d’impulsions sur un nombre fini (immense, mais fini) d’organes sensoriels et d’organes de contrôle. Les cerveaux électroniques, s’ils sont encore loin de produire toutes les fonctions d’un cerveau humain, sont néanmoins déjà en mesure de nous fournir un modèle théorique convaincant des processus les plus complexes de notre mémoire, de nos associations mentales, de notre imagination, de notre conscience25.

    21Au sein du Groupe « Tel Quel », Calvino conçoit une idée de la littérature, conceptualisée comme une machine, dans laquelle l’information peut être modifiée, dans laquelle même le passage de l’affabulation à la mythopoiesis, des fables aux mythes, bref, la production de sens, tout cela se met en place grâce au hasard.

    22Pour cette raison, et en conclusion, le Conte di Montecristo peut être vu comme l’effort de décrire le nouvel environnement où le sujet humain et le sujet technologique ont mis en place un défi, où l’enjeu est la possession de l’information, afin de la contrôler et de la manipuler. L’effraction du système doit donc, et davantage, mettre en crise la notion de présence, avec toutes les notions que la métaphysique occidentale en a fait dériver, comme celles d’origine, de logos, de vérité. Sur un plan méta-narratif, avec l’effraction de la présence, et avec une nouvelle dialectique entre pattern et hasard, Edmond Dantès pourrait encore aujourd’hui sortir de sa prison, se débarrasser de son statut d’intrus et accéder à un statut supérieur, bref, permettre à l’histoire de s’achever. Finalement, si Calvino avait décidé de suivre son personnage jusqu’à son dévoilement devant Mercédès, il aurait pu lui faire dire : « Edmond Dantès, c’est mon code ! Voici mes coordonnées ! »

    Notes de bas de page

    1 Le Petit Robert, Dictionnaire de la langue française, 2017.

    2 V. E. Taylor, C. E. Winquist (dir.), Encyclopedia of Postmodernism, Londres & New York, Routledge, 2001, p. 313.

    3 I. Calvino, « Tre correnti del romanzo italiano d’oggi », dans Una pietra sopra. Discorsi di letteratura e società (1995), Milan, Mondadori, 2009, p. 55-68. Notre traduction.

    4 I. Calvino, « Risposte a 9 domande sul romanzo » (1959), cité par M. Bucciantini, Italo Calvino e la scienza, Rome, Donzelli, 2007, p. 39 Il faut également souligner que ce récit se situe dans une partie de la production narrative de Calvino, où l’attitude de l’auteur se caractérise par une attitude positive d’acceptation des défis de compréhension de la complexité des phénomènes. Cette attitude est visible dans son article « La sfida al labirinto », Una pietra sopra, op. cit., p. 99-117. Pour l’évolution de cette tension épistémologique, voir l’étude très influente d’U. Musarra-Schroeder, Il labirinto e la rete. Percorsi moderni e postmoderni nell’opera di Italo Calvino, Roma, Bulzoni, 1996. Toutefois, cette « phase positive » n’est pas exactement synonyme de « optimiste » : N. Turi emploie justement l’oxymoron « espoir pessimiste », voir L’identità negata. Il secondo Calvino e l’utopia del tempo fermo, Florence, Società Editrice Fiorentina, 2003, p. 86.

    5 « Memoria del mondo e altre storie cosmicomiche », cité par M. Bucciantini, ibid., p. 23.

    6 N. K. Hayles, How We Became Post-human. Virtual Bodies in Cybernetics, Literature and Informatics, Chicago & Londres, The University of Chicago Press, 1999, p. 7-8, 66, 298 (n. 20).

    7 Pour les références au texte de Calvino, voir « Le Comte de Monte-Cristo », dans I. Calvino, Temps zéro, Récits, trad. J. Thibaudeau, Le Seuil, 1970, p. 139-152. Ici, p. 139.

    8 Ibid., p. 148.

    9 Ibid. p. 146.

    10 Ibid., p. 148-152.

    11 Voir B. McHale, Postmodernist Fiction, New York-Londres, Meuthen, 1987.

    12 I. Calvino, op. cit., p. 143.

    13 J. Derrida, De la grammatologie, Minuit, 1967, p. 21-31. Pour un aperçu général du concept de présence dans la métaphysique occidentale, voir l’entrée écrite par G. Santinello et V. Costa, « Presenza » dans Enciclopedia filosofica, vol. 9, Milano, Bompiani, p. 8923-8925.

    14 I. Calvino, op. cit., p. 146-147.

    15 On remarquera que Calvino met ainsi en place un processus inversé par rapport à celui déclenché par Dumas, qui veut plutôt représenter l’enchevêtrement des émotions propres à un « surhomme […] déchiré entre le vertige de l’omnipotence d’un côté […], et la terreur liée à son propre rôle privilégié. En un mot, le personnage est tourmenté par le doute et rasséréné par la conscience que son omnipotence naît de sa souffrance », U. Eco, « Elogio del “Montecristo” » dans Sugli specchi e altri saggi. Il segno, la rappresentazione, l’illusione, l’immagine, Milan, Bompiani, 2004, édition électronique. Notre traduction.

    16 Ibid. p. 144.

    17 Ibid., p. 145.

    18 K. Pilz, Mapping Complexity, Literature and Science in the Work of Italo Calvino, Leicester, Troubadour, 2005, p. 45-6. Notre traduction.

    19 Voir l’entrée « Controllo/retroazione » dans P. Rosenthiel, Enciclopedia Einaudi, vol. 3, Turin, Eianudi, 1977-1984, p. 987-1016.

    20 U. Eco, « L’hacker è essenziale al sistema » dans Pape Satàn Aleppe, Milan, La nave di Teseo 2016, p. 83-85 (article publié sur L’Espresso en 2000 et réédité ensuite en volume).

    21 N. K. Hayles, op. cit., p. 27-49 ; p. 285-291.

    22 J. Derrida, ibid., p. 11-12.

    23 N. K. Hayles, op. cit., p. 248-249.

    24 I. Calvino, « Cybernétique et fantasmes ou de la littérature comme processus combinatoire » dans La Machine littérature. Essais, trad. M. Orcel et F. Wahl, Le Seuil, 1984, p. 12.

    25 Ibid., p. 14.

    Auteur

    • Enrico Bolzoni

      enricobobo@hotmail.com

      Il a obtenu son doctorat en 2012 avec la thèse La Ville comme labyrinthe : réécriture d’un mythe entre les années 1950-1980, soutenue à l’université de Bologne, auprès de l’école doctorale « Les littératures de l’Europe Unie ». Il a enseigné l’italien (comme ATER, et ensuite lecteur) à l’université de Poitiers et il participe aux rencontres du FoReLLIS. Actuellement, ses domaines de recherche concernent des auteurs italiens contemporains : Italo Calvino, Sebastiano Vassalli et Umberto Eco. Il a co-organisé la journée d’études « Vérité de la fiction » (Forellis B1 et B3, Poitiers, 2015), dont les actes ont été publiés sous le titre L’Histoire en fiction. La Seconde Guerre Mondiale dans le Néoréalisme italien.
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    1 Le Petit Robert, Dictionnaire de la langue française, 2017.

    2 V. E. Taylor, C. E. Winquist (dir.), Encyclopedia of Postmodernism, Londres & New York, Routledge, 2001, p. 313.

    3 I. Calvino, « Tre correnti del romanzo italiano d’oggi », dans Una pietra sopra. Discorsi di letteratura e società (1995), Milan, Mondadori, 2009, p. 55-68. Notre traduction.

    4 I. Calvino, « Risposte a 9 domande sul romanzo » (1959), cité par M. Bucciantini, Italo Calvino e la scienza, Rome, Donzelli, 2007, p. 39 Il faut également souligner que ce récit se situe dans une partie de la production narrative de Calvino, où l’attitude de l’auteur se caractérise par une attitude positive d’acceptation des défis de compréhension de la complexité des phénomènes. Cette attitude est visible dans son article « La sfida al labirinto », Una pietra sopra, op. cit., p. 99-117. Pour l’évolution de cette tension épistémologique, voir l’étude très influente d’U. Musarra-Schroeder, Il labirinto e la rete. Percorsi moderni e postmoderni nell’opera di Italo Calvino, Roma, Bulzoni, 1996. Toutefois, cette « phase positive » n’est pas exactement synonyme de « optimiste » : N. Turi emploie justement l’oxymoron « espoir pessimiste », voir L’identità negata. Il secondo Calvino e l’utopia del tempo fermo, Florence, Società Editrice Fiorentina, 2003, p. 86.

    5 « Memoria del mondo e altre storie cosmicomiche », cité par M. Bucciantini, ibid., p. 23.

    6 N. K. Hayles, How We Became Post-human. Virtual Bodies in Cybernetics, Literature and Informatics, Chicago & Londres, The University of Chicago Press, 1999, p. 7-8, 66, 298 (n. 20).

    7 Pour les références au texte de Calvino, voir « Le Comte de Monte-Cristo », dans I. Calvino, Temps zéro, Récits, trad. J. Thibaudeau, Le Seuil, 1970, p. 139-152. Ici, p. 139.

    8 Ibid., p. 148.

    9 Ibid. p. 146.

    10 Ibid., p. 148-152.

    11 Voir B. McHale, Postmodernist Fiction, New York-Londres, Meuthen, 1987.

    12 I. Calvino, op. cit., p. 143.

    13 J. Derrida, De la grammatologie, Minuit, 1967, p. 21-31. Pour un aperçu général du concept de présence dans la métaphysique occidentale, voir l’entrée écrite par G. Santinello et V. Costa, « Presenza » dans Enciclopedia filosofica, vol. 9, Milano, Bompiani, p. 8923-8925.

    14 I. Calvino, op. cit., p. 146-147.

    15 On remarquera que Calvino met ainsi en place un processus inversé par rapport à celui déclenché par Dumas, qui veut plutôt représenter l’enchevêtrement des émotions propres à un « surhomme […] déchiré entre le vertige de l’omnipotence d’un côté […], et la terreur liée à son propre rôle privilégié. En un mot, le personnage est tourmenté par le doute et rasséréné par la conscience que son omnipotence naît de sa souffrance », U. Eco, « Elogio del “Montecristo” » dans Sugli specchi e altri saggi. Il segno, la rappresentazione, l’illusione, l’immagine, Milan, Bompiani, 2004, édition électronique. Notre traduction.

    16 Ibid. p. 144.

    17 Ibid., p. 145.

    18 K. Pilz, Mapping Complexity, Literature and Science in the Work of Italo Calvino, Leicester, Troubadour, 2005, p. 45-6. Notre traduction.

    19 Voir l’entrée « Controllo/retroazione » dans P. Rosenthiel, Enciclopedia Einaudi, vol. 3, Turin, Eianudi, 1977-1984, p. 987-1016.

    20 U. Eco, « L’hacker è essenziale al sistema » dans Pape Satàn Aleppe, Milan, La nave di Teseo 2016, p. 83-85 (article publié sur L’Espresso en 2000 et réédité ensuite en volume).

    21 N. K. Hayles, op. cit., p. 27-49 ; p. 285-291.

    22 J. Derrida, ibid., p. 11-12.

    23 N. K. Hayles, op. cit., p. 248-249.

    24 I. Calvino, « Cybernétique et fantasmes ou de la littérature comme processus combinatoire » dans La Machine littérature. Essais, trad. M. Orcel et F. Wahl, Le Seuil, 1984, p. 12.

    25 Ibid., p. 14.

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    Bolzoni, E. (2018). « Edmond Dantès, c’est moi ! » : une présence par effraction ou une effraction de la présence ? Lecture d’une nouvelle de Italo Calvino. In A.-C. Guilbard & P. J. Truchot (éds.), Présence par effraction et par intrusion. Rennes: Presses universitaires de Rennes. https://doi.org/10.4000/books.pur.179654
    Bolzoni, Enrico. « “Edmond Dantès, c’est moi !” : une présence par effraction ou une effraction de la présence ? Lecture d’une nouvelle de Italo Calvino ». In Présence par effraction et par intrusion, édité par Anne-Cécile Guilbard et Pierre J. Truchot. Rennes: Presses universitaires de Rennes, 2018. doi:10.4000/books.pur.179654.
    Bolzoni, Enrico. « “Edmond Dantès, c’est moi !” : une présence par effraction ou une effraction de la présence ? Lecture d’une nouvelle de Italo Calvino ». Présence par effraction et par intrusion, édité par Anne-Cécile Guilbard et Pierre J. Truchot, Presses universitaires de Rennes, 2018, https://doi.org/10.4000/books.pur.179654.

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    Guilbard, A.-C., & Truchot, P. J. (éds.). (2018). Présence par effraction et par intrusion. Rennes: Presses universitaires de Rennes. https://doi.org/10.4000/books.pur.179504
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    Guilbard, Anne-Cécile, et Pierre J. Truchot, éditeurs. Présence par effraction et par intrusion. Presses universitaires de Rennes, 2018, https://doi.org/10.4000/books.pur.179504.
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