De l’ambiguïté allochtonique : Casanova et Aurobindo
p. 95-108
Texte intégral
1Dans ce titre, il faudra lire « Casanova » en gros caractères et « Aurobindo » en petits caractères, sinon en grisé. M’étant à maintes reprises penché sur le premier, on devra aussi me pardonner d’y revenir une fois de plus, dans une perspective cependant que j’avais à peine ébauchée lors d’autres interventions. Une demi-douzaine d’articles en vingt ans, à côté d’une persistante négligence de la part du milieu restreint des casanovistes, n’ont en effet pas commencé à rendre justice à ce roman majeur, massif, encyclopédique et fou, de la fin du xviiie siècle mondial (publié par souscription à Prague en cinq volumes 1788) qu’est l’Icosaméron ou Histoire d’Édouard et d’Élisabeth qui passèrent quatre-vingt-un ans chez les Mégamicres, habitants aborigènes du protocosme dans l’intérieur de notre globe. On attend toujours une édition critique, aussi bien qu’une thèse monographique ou l’accessibilité du texte intégral sous une autre forme qu’un introuvable facsimile ou une assez piètre digitalisation sur le site Gallica de la BnF1. La seule traduction, anglaise, de 1986, d’un ouvrage dont le propre est de n’être en aucune façon résumable, est elle-même « abrégée » des deux-tiers au moins. Le poème épique Savitri, de Sri Aurobindo, composé, reconçu, révisé, par à-coup sur une période de plus de trente ans, finalement publié dans sa version intégrale en 1951, un an après le décès de son auteur, a, lui, trop servi de bible à l’entreprise qu’est devenu l’ashram de Pondichéry sous la conduite de « la Mère » et de ses successeurs, pour faire l’objet d’études littéraires sérieuses. Sans parler d’une lecture « désintéressée » qui gommerait indûment sa portée idéologique et politique, à la fois nationaliste et universaliste, tout reste à faire pour mettre à jour ce que disent sa langue, ses rythmes ou encore ses grands schémas narratifs et les relations complexes qu’on y rencontre entre allégorie et métaphore, entre abstraction et érotisation, entre fable cosmique et romanesque. Il ne s’agit point pourtant ici d’exhumer ou de réhabiliter des textes « maudits » ou du moins ignorés tant de la critique et de l’histoire littéraire universitaires conventionnelles que des politologues, de la psychanalyse ou de l’esthétique, mais de les considérer dans leurs totalisations textuelles respectives comme des objets signifiants qui, à cent cinquante ans et quelques milliers de kilomètres de distance, dans des circonstances fort différentes en apparence, peuvent aujourd’hui mieux se rencontrer en tant qu’écritures d’une même catastrophe et que tentatives de saisie et de rédemption fictionnelle de celle-ci. Par une sorte de fuite et par une sorte de maîtrise.
2De quelle catastrophe s’agit-il ? Nos textes ne la nomment pas d’entrée de jeu, ils ne la désignent même pas in fine de façon univoque ; ils nous convient seulement à la soupçonner, à envisager successivement diverses hypothèses au fil de l’aventure, en un suspens qui n’est ni celui de la tragédie ni celui de la comédie. Il convient d’épouser critiquement ce geste et cette geste, en réservant la possibilité que, dans un effondrement des certitudes traditionnelles, la véritable catastrophe soit précisément l’impossibilité de localiser, de cerner et de désigner la catastrophe motivant une telle écriture. Du Manuscrit trouvé à Saragosse à Ursula Le Guin et Philip K. Dick, en passant par Moby Dick et un certain Jules Verne des îles, il serait ainsi envisageable de constituer un corpus allochtonique dans lequel l’autre monde n’a pour fonction ni de refléter ou d’éclairer contrastivement le nôtre, ni de projeter un avenir meilleur, mais plutôt, suite à une catastrophe innommable, de tenter de sortir, par des procédés de fiction encyclopédique, du doute radical sur le sens, d’un doute sans lequel l’écriture ne serait qu’enregistrement passif des « faits », une historia vide de sens, c’est-à-dire d’intérêt.
3Je ne veux pas me pencher longuement sur les constellations sémantiques qui veillent sur ou à la périphérie de nos textes, avant d’y plonger, c’est le cas de le dire, puisque des profondeurs figurées en constituent les lieux-clés. Il faut tout de même dresser une liste provisoire par paires d’outils lexicaux, si grossiers soient-ils, sans lesquels autre chose ne pourrait se dire que de réciter un récit : catastrophe/succès, utopie ou eutopie/dystopie, uchronie ou euchronie/ dyschronie, fiction/histoire…
4Une catastrophe est un désastre, un dommage grave causé à un individu ou à une communauté par un phénomène, un événement, disent certains, « brutal », « aux conséquences particulièrement graves, voire irréparables2 », donc intense et d’effet durable. C’est un désordre, la fin d’un ordre, un bouleversement, une mise sens dessus dessous, une fracture de la continuité organisée et du confort acquis, ce n’est donc pas une simple perturbation, qui se traverse, ni un simple accident, fruit du hasard. C’est l’événement par excellence et par défaut, tel que, doublé ou non d’une émergence, il clôt une chaîne narrative et abolit désormais l’événementiel en le concentrant et le parachevant.
5À l’eutopie, site de l’harmonie, lieu de l’accord et à l’utopie, nulle part (en ce monde), s’oppose doublement la dystopie, site du malheur et non-lieu en tant que séparé, scindé, clivé. Quand il y a du malheur, c’est toujours ici, nulle part ailleurs.
6Comme il n’est d’espace que dans un espace-temps, ou une espèce de temps, ou sous les espèces du temps, et vice versa, à une euchronie, réconciliation des âges, ou heureuse butée du parcours sur son origine, et à une uchronie qui, hors de cette privation qu’est aussi l’éternité, se distrairait effectivement de l’avant et de l’après, s’oppose la dyschronie, le temps perdu, ou celui qui ne passe plus par le chas de la plume ou par la pupille du spectateur.
7Au possible de la fiction, au faire-comme-si de son jeu de rôles, ludique et rémissible (« on efface tout et l’on recommence »), s’oppose l’implacable sérieux, l’image inutilement répétée de l’expérience elle-même, le vain, l’ennuyeux miroir de l’historia, l’identique, la gratuite duplication, antimimétique par excellence. Mais, contrairement à ce que l’on pourrait attendre, la dystopie consécutive à la catastrophe s’accompagne-t-elle d’une dyschronie, temporaire ou permanente, ou bien les exigences du récit permettent-elles ou obligent-elles à la restauration d’une diachronie, linéaire ou non, donc à un consentement au temps qui nous avait d’abord condamnés à l’exil ?
Le terme d’habitans ne nous convient pas : il ne peut appartenir à des êtres expulsés3.
8Il y aurait bien des façons de comprendre pareille déclaration, que Casanova prononce dans sa lettre-dédicace/non-dédicace au comte de Waldstein qui l’héberge depuis deux ans et l’entretient (assez mal) sous le titre de son bibliothécaire. On ne saurait tout d’abord échapper à une lecture exilique, faisant de Casanova un humain d’autant plus exemplaire que son sort de banni de la république vénitienne – décrite dans les toutes dernières pages de l’Icosaméron comme une cité idéale, où règnent les vertus, l’abondance et la fête, où la liberté permet aux citoyens de se croire heureux tandis que le commerce y répand tous les biens consommables du monde les plus choisis sans que rien n’y soit produit – illustre et réitère l’arbitraire de la déchéance première. Si Venise, la Venise du siècle précédant celui de Giacomo, était le paradis terrestre, le Vénitien expulsé se reconnaîtra aisément dans le premier homme après la chute, mais aussi dans tous ses descendants. Il convient néanmoins de confronter cette vision négative du séjour sur terre avec la qualité d’« habitans » aborigènes du protocosme conférée aux Mégamicres sous le sceau du titre de l’ouvrage.
9N’est habitant que l’originel jamais délogé, celui dont l’habitus n’a pas été interrompu et qui réside dans la continuité du séjour où et pour lequel il fut créé, et qui fut créé pour être son réceptacle. Héritiers de la création pré-adamique, les Mégamicres n’ont sans doute pas eu l’occasion d’être tentés par le fruit de l’arbre de vie, car ils sont asexués et naissent par deux destinés à être l’un à l’autre inséparablement tout au long de leur vie réglée en durée fixe, et en condition sociale par la couleur de leur peau. Les serpents qui, par deux, infestent leurs arbres, n’ont pas d’accointance avec le Malin ; vermine ordinaire, muets, ils ne susurrent aucune idée perverse ou dissensuelle aux humains nos frères antérieurs, dont la superstition les tient pour sacrés. Le protocosme n’est donc pas dit proprement « en dessous » de nous (il serait subcosmique) mais antérieur, de naissance et de vocation, modèle d’un monde meilleur que les humains adamiques, interdits de séjour au paradis terrestre, n’ont encore jamais su réaliser en dépit des progrès de la science. La première injonction divine étant de croître et d’emplir la terre, nous ne sommes que des déplacés, empêchés par notre faute d’accomplir cette volonté, car nous ne pouvons que couvrir la surface inégale et peu accueillante du globe, sur laquelle, physiquement parlant, nous rampons. L’ingéniosité engendrée par l’instinct de survie nous a fait cultiver, gratter, extraire, aménager, domestiquer des espèces, interpréter des phénomènes, construire des demeures et des vaisseaux pour sillonner les océans (que d’eau à la surface, par rapport au peu de terres émergées !). Mais – est-ce comme ce qui se trace à la surface d’un livre ? – on acquiert très vite l’impression que les œuvres de l’homme, pour méritoires et surprenantes qu’elles soient, restent comme lui superficielles, s’il ne va pas fouiller, s’immiscer dans l’intérieur matriciel où se poursuit la vraie vie, cachée à nos yeux depuis le commencement de l’histoire.
10Le partage, alors, semblerait net entre deux espaces discursifs, l’un utopique, l’autre dystopique. L’auteur du premier, le protocosme intérieur, reste le Créateur, mais nos ancêtres à nous ont maladroitement, par un impardonnable lapsus, tenté d’en altérer le texte, de produire pour eux-mêmes un destin apocryphe. La faute, responsabilité d’Adam et Ève, consiste à avoir fait entrer l’humanité dans la temporalité narrative de l’imprévu, du non-déjà-écrit, transformant l’ici de l’habitat humain initial en un ailleurs à/de lui-même. Nous voici héréditairement condamnés à une infinie digression ; la surface, dissociée, est dystopique, elle est le lieu de l’événementiel, du temps narratif, des lignes brisées par erreurs et accidents, et nous ne pourrons peut-être retrouver un jour le fil de la régularité, l’homogénéité d’un sens uni, qu’en nous laissant aller à un autre lapsus, inverse, en provoquant inconsciemment l’accident qui nous ramènera maintenant, tel qu’en une expérience du rêve, au centre primordial du bien-être. Condamnés à errer sur une honteuse et inclémente périphérie, nous ne pouvons nous faire une idée de la concavité accueillante de l’autre face que par l’exercice du doute, suspendus entre l’invention et la découverte, entre l’imaginaire et le constat de réalité ; c’est à partir de là que, la frontière étant franchie entre utopie et dystopie, l’ambiguïté allochtonique – l’indécidable de l’altérité humaine comme territoire – sera activée par l’acte d’écrire, soit fondateur soit rapporteur, et produira tous ses effets.
Personne au monde n’est en état de décider si cet ouvrage est une histoire, ou un roman, pas même celui qui l’aurait inventé, car il n’est pas impossible qu’une plume judicieuse écrive un fait vrai dans le même temps qu’elle croit l’inventer, tout comme elle peut en écrire un faux étant persuadée de ne dire que la vérité4.
11Le plus extraordinaire de cet avertissement, qui joue sur la casuistique augustinienne du mensonge et s’en joue en la retournant, n’est pas l’indétermination annoncée et revendiquée du statut de vérité des contenus de l’ouvrage mais l’exemple autoréférentiel qu’il en fournit en jetant le doute sur son propre sens. L’expression « pas même celui qui l’aurait inventé » absente tout auteur, l’anonymise, car, si l’ouvrage n’était pas inventé, il faudrait qu’il soit une empreinte de monde, qui se passerait fort bien de tout auctor et se contenterait d’un traducteur approximatif, comme Giacomo, pince-sans-rire, se déclare d’ailleurs un peu plus bas. Voici un texte qui, tout en citant à tour de bras, contiendrait justement ses ressources en lui-même, se nourrissant, à la manière des Mégamicres, de son propre lait, ou plutôt de celui de son double. Nous sommes, à la fin du xviiie siècle en Occident, au moment de la naissance de la « littérature » en tant que discours qui se veut autonome, que création qui se veut parallèle, sinon déjà indépendante de la création divine, et qui donc, par la représentation allochtone, cherche à substituer l’autorité de l’imaginaire à celle de l’imagination, en même temps que, comme toute avant-garde, elle se fabrique des antécédents postiches, un roman familial. Ceci sera pour le moins aussi frappant dans Savitri, puisque la tradition épique et sacrée y est réinventée au profit de l’indépendance nationale.
12Et encore, n’est-il pas étonnant, voire absurde plus que paradoxal, que, par une trompeuse symétrie, une plume judicieuse, capable de bon jugement, puisse ignorer son ignorance aussi bien que son savoir et ainsi dire le faux en toute bonne foi ? L’ambiguïté allochtonique consiste à poser l’hypothèse que nous ne pouvons pas savoir si nous occupons un monde qui nous est destiné ou si nous sommes victimes d’une erreur de destination, ce doute radical nous apparaît dès lors comme une transgression violente et agie sous l’effet d’une violence, celle du déjà-écrit fatal (le texte, douteux et corrompu, de la Genèse, dans son interprétation littérale) plutôt que comme une mesure de protection, contre soi-même ou contre une hypothétique censure. Le texte casanovien lui-même, en plusieurs endroits, exploite d’ailleurs avec virtuosité tous les degrés de l’ironie et de l’auto-ironie pour provoquer et désarmer d’un même geste une éventuelle censure ecclésiastique, à tel point que ce dont on rit est qu’elle puisse être utilisée, détournée aussi légèrement pour prétexte à une dérisoire subtilité. Finesse de Casanova, mais gravité, au fond. Douloureuse, peut-être. Car la catastrophe qui motive et enfante l’écriture littéraire (la perte de confiance en l’autorité traditionnelle du toujours-déjà-écrit, du pré-dit que l’on n’aurait qu’à commenter, que l’on ne pourrait que gloser), ne peut pas ne pas reproduire, à sa façon, le sacrifice d’un Dieu-fait-homme.
13Bien que quelques folkloristes sémioticiens puissent sans doute relever dans l’énorme construction de ces vingt journées de l’inceste quelques traits structuraux du conte, je crois qu’il serait impertinent de s’y arrêter pour lire, par exemple, comme fonctions ou épreuves tel ou tel événement affectant les protagonistes dans leurs rôles d’agents et de patients, rôles eux-mêmes rendus indistincts par la combinaison à parts égales du hasard et de la nécessité, de l’habitude et de l’initiative, du calcul et de l’impondérable erreur. L’écriture seule adjuge, c’est elle qu’il faut lire. Je proposerai donc que nous avons bien plutôt affaire à ce riche mélange imprévisible qui caractérise l’épopée – tel que ni le mythe, ni le conte, ni l’allégorie, ni l’historia, simples composantes ou genres insérés de l’échafaudage ou du patchwork épique, ne garantissent séparément ou ensemble une lecture unifiée d’un texte qui ne se fait écho que pour mieux risquer de se contredire. Le règne du scriptible y est advenu, y advient.
14 L’Icosaméron s’articule sur plusieurs catastrophes, dont deux, explicites, marquent et motivent le franchissement soudain et violent du mur séparant le monde narré du monde narrant, à l’entrée et à la sortie. Ces deux événements sont toutefois asymétriques dans leurs modalités. Édouard et Élisabeth, jeunes gens, frère et sœur adolescents, très tôt partis sur les mers comme il se doit pour les rejetons d’un peuple de marins, font expédition nordique à bord du navire de leur oncle maternel. Un vieil officier, afin que son corps ne fût pas un jour dévoré par un monstre marin, s’était fait fabriquer, pour l’accompagner dans tous ses voyages, une énorme caisse de plomb (qui aurait pu contenir douze cadavres) et pourvue en outre de douze hublots équipés de lunettes d’approche rétractiles à pas de vis étanches. On se croirait presque déjà à Locus solus. Tandis que la curiosité a poussé les gamins à examiner ce putatif cercueil annuel et panoptique, ils s’y trouvent projetés et enfermés par accident quand l’équipage déleste le bateau de tout ce qu’il a de pesant ; jetée à la mer, la caisse s’engouffre dans l’eau, heurte un rocher, traverse à une vitesse vertigineuse une couche d’air, est culbutée en tous sens, roule et défonce encore, avant de s’immobiliser dans un plan fort tranquille d’eau rouge…
15J’ai passé sur plusieurs rebondissements. Ce qu’il faut noter : l’entrée dans l’univers diégétique de l’autre monde (intérieur) est purement involontaire, heureuse chute pour un couple élu, à la fois terrifiante et comique, fruit d’une série de météores, de hasards et de coïncidences improbables, qui tourneront pour le mieux et relèvent donc, sans magie ni annulation des lois physiques, de l’action intentionnelle d’une volonté supérieure. Du voyage de retour, il en va tout autrement. Si l’impulsion ascensionnelle initiale est donnée par une explosion due à une erreur d’appréciation de l’artificier encore amateur qu’est Édouard à quatre-vingt-quinze ans, le reste du parcours vers la surface est un itinéraire spéléologique de plusieurs semaines de marche escarpée durant lesquelles nos héros (quoique aidés par un fidèle et infatigable Mégamicre veuf) connaissent toutes les terreurs, fatigues, douleurs, découragements et menaces à leur intégrité physique (la faim, la soif, le froid, le chaud, l’asphyxie, les plaies infectées, l’épuisement, la diarrhée et les vomissements). Pour une raison obscure, ils savent qu’ils ne pourront pas rentrer dans le protocosme où ils ont laissé leur avenir et leur postérité ; et, expulsés, ils savent qu’ils n’ont d’autre choix que de regagner leur monde superficiel d’origine et qu’il doit y avoir quelque moyen d’y parvenir.
16Tandis que la chute et l’entrée avaient été rapides et spontanées, la sortie et l’ascension vers le monde extérieur ont tout des voyages initiatiques les plus éprouvants, ou d’un réveil halluciné après une forte consommation de drogue ou d’alcool. Elles sont un labeur d’écriture. Les premiers contacts avec des humains, assez rustres et ignorants, en Haute Carniole (région montueuse de l’actuelle Slovénie, au nord de Llubljana), quelque part entre « carriole » et « charogne », ne sont guère encourageants. Pour éviter d’être pris pour des fous ou des charlatans, il faut payer cash et livrer une histoire d’aventures marchandes ayant mal tourné, aux limites du vraisemblable romanesque.
17La première catastrophe matérielle était en apparence une catastrophe « naturelle », même pas aggravée par la défaillance humaine, car c’est celle-ci au contraire, felix culpa, qui sauve la vie des héros et les livre à leur passionnante aventure, à la jouissance heuristique l’un de l’autre. Par un premier renversement de la Genèse, la chute initiale est providentielle et fondatrice. La seconde catastrophe, elle, sera induite par l’homme, par sa cupidité et le viol délibéré des entrailles de la terre (il s’agit d’exploiter en grand des filons aurifères). La première catastrophe absolvait le péché originel, ou plutôt le retournait, restituait un état de nature, ouvrait un champ immense à des esprits et des corps libérés de préjugés. Selon une topique freudienne simplifiée, la descente dans le ça, répondant au principe de plaisir, est d’abord pure positivité. La seconde catastrophe inverse elle aussi le symbolisme de la verticalité ascensionnelle, sublimation et principe de réalité sont désormais des dynamiques de dégradation, de perte et du sens et du corps. Cette catastrophe, en effet, est la conséquence d’une faute réelle, de l’hubris des « géants » qui a commencé à contaminer les Mégamicres tout en les menaçant d’asservissement et, à terme, d’extinction. Pendant quatre-vingt-un ans, le couple de géants n’a pas vieilli d’une ride, le rythme de leur reproduction gémellique et incestueuse fut exponentiel : huit générations, quatre ou cinq millions de descendants. Bilan dont le puissant monarque qu’est devenu Édouard n’éprouve, avec raison, qu’une fierté mitigée. Fallait-il vraiment remercier le Très-Haut de la fallacieuse symétrie par laquelle les visiteurs du monde intérieur resurgissent le même jour, un 21 août, que celui de leur engouffrement ? Comme si le temps n’avait point passé, comme si tout cela n’était après tout qu’un rêve pendant lequel les sédentaires diurnes avaient pu tenir pour disparus ces rêveurs désireux rêvant qu’ils ne rêvaient pas. L’histoire une fois rapportée aux géniteurs plus que centenaires et à leur petit entourage naïvement philosophe, qui l’a fait secrètement transcrire en tachygraphie par deux habiles scribes cachés derrière un rideau, leur histoire une fois achevée sans retour possible dans son propre univers, Édouard et Élisabeth vieillissent en accéléré, meurent le même jour quinze ans plus tard. La mort est une autre puberté. Comme leurs vieux parents l’avaient fait remarquer à Édouard et Élisabeth, il n’était pas très naturel de rejoindre leur décrépite origine plutôt que de séjourner éternellement avec leur florissante descendance.
18Doit-on dire qu’ils sont ainsi punis et de quoi ? Par exemple, qu’ils expient dans le renoncement et l’acceptation de la mort une faute commise dans le monde souterrain dont l’hospitalité immortalisante n’avait été qu’un piège ? Édouard ne s’était jamais senti investi d’une mission civilisatrice auprès des admirables Mégamicres. S’il a apporté des progrès médicaux (l’opération de la cataracte) et dans le domaine de la communication de masse, d’autres technologies ont eu des effets désastreux, notamment les explosifs, cause matérielle de la catastrophe finale. Le bilan de l’échange civilisationnel est tout au profit des « géants » intrus. Mais n’est-il pas trop facile d’attribuer à Casanova une vague conscience anticolonialiste et un relativisme culturel avancé, parallèles au bon-sauvagisme de Rousseau ? Il y aurait alors plusieurs catastrophes historiques substituées à l’absurdité du péché originel et dont la vérité devait, aidée de la main d’un Dieu enfin pédagogue, éclater enfin au grand jour. S’il ne s’agit certes pas d’un abandon de l’état de nature par une organisation sociale cause d’inégalité et de servitude parmi les hommes, une organisation sociale fondée sur le principe de la contention et des interdits – non sur la culture des plaisirs, sans atteinte à autrui – détermine au moins inconsciemment le comportement des humains adamiques : ils ne savent jouir que de et dans la transgression, leur humanité est un désordre qui altère, contamine et corrompt le bonheur de la loi, du prévisible et du réglé, qu’est celui des Mégamicres. La jouissance de tous les savoirs et la provision de toutes les mémoires, le cœur même, d’ailleurs, du roman encyclopédique, apparaissent dès lors comme autant de transgressions, de sorte que le roman utopique post-catastrophique se dénoncerait lui-même. Laissons cependant cette hypothèse en suspens tant qu’elle ne sera pas tendanciellement confirmée par Aurobindo. Casanova ne verrait sans doute pas un mal dans toute expansion d’un peuple, dans la concurrence active des nations et dans la quête par chacune de quelque prépondérance, mais la prédation coloniale, telle la destruction des Indes, une prédation sans échange, contrairement au polysystème à la fois traditionnel et libéral qui avait été le génie de Venise et avait fait sa gloire et sa puissance d’un carrefour entre tous les empires, pouvait fort bien lui paraître immorale, comme à nombre de ses contemporains éclairés. Le fonds de commerce de Casanova est double : l’observation de soi et celle de la diversité. Elles sont réunies sans être confondues dans l’observation et la culture de la diversité de soi. Casanova prospère sur l’anecdote piquante, sur la variété des caractères et des types, sur l’imprévisible et son contournement, c’est un explorateur qui trouve en lui-même un exemple de choix du polymorphisme de la nature humaine. Or rien d’intéressant à rapporter sur les enchaînés, les acculturés, ou même les malades de servitude volontaire. Il n’y aurait plus rien à voir, à butiner, plus de curiosité à satisfaire si un modèle unique, une utopie du progrès à l’occidentale s’imposait uniformément partout.
19Mais encore, ne serait-on pas en droit de lire dans le protocosme utopique de l’Icosaméron la nostalgie, se retenant à peine d’être un projet, d’un monde qui nous soulagerait de toute angoisse parce qu’il possède en son centre un soleil fixe équidistant de tous ses points, parce que tout y est réglé et quadrillé dans les affectations de l’espace, sans place perdue, que presque rien d’imprévisible ne saurait s’y produire, et que l’art d’exciter l’émotion esthétique et de communiquer l’impression de tous les sentiments possibles s’exerce par le biais d’un sixième sens que nous ne possédons pas, les récepteurs dont sont dotés les Mégamicres sur tout leur épiderme se prêtant à une communication musicale directe et univoque du sens, sans la médiation des mots ? La musicalité, la corporéité et la douceur sensuelle du langage mégamicrique, exempt de l’aspérité des consonnes et qui, parce qu’il n’est pas fait pour mentir, est si difficile à pratiquer pour les humains adamiques, tout cela serait a contrario révélateur de la maladie babélique dont la prolixe épidémie a gagné toute la surface de la terre.
20Tant de mots ici pour être toujours mal compris, tant et plus de mots pour entretenir l’ambiguïté sans laquelle nous serions par trop vulnérables. Notre logorrhée est, très littéralement, la malé-diction que nous a value la faute : nous sommes condamnés à mal dire, et au labyrinthe de la recherche du mot juste, un infini détour nous est infligé parce que la musique céleste imprégnant tous nos pores d’une harmonie préétablie nous a été retirée. Apparemment déplacée du politique et de l’éthique au langage lui-même, la catastrophe babélique est celle qui rend la littérature possible et nécessaire. La littérature serait, dès sa naissance, un exercice aporétique, une incommunication dans un non-lieu. Le langage humain serait notre rocher de Sisyphe, et nous n’avons, justement, que lui, pour dire son poids embarrassant, son encombrement. En sens inverse, n’est-il pas commode de s’assurer l’exclusivité de ce supplice, la complexité, l’indirection et le différé épuisant du discours, par rapport aux créatures conformes à la volonté divine qui, elles, n’ont au fond guère de mérite à leurs vertus, jamais taraudées par les prestiges pervers de la double-entente ?
21On n’en aura pas fini de sitôt de s’interroger sur la portée politique et morale du jeu par lequel, d’une catastrophe à l’autre, le monde réel, devenu monde possible parmi d’autres, peut passer, au cours du séjour allochtonique, pour un sommeil dystopique de la raison, avant de redevenir une médiocrité perfectible, grâce à un récit bien mené, aussi nécessaire que celui de la guerre de Troie peut-être inventé par Homère (mais quelle différence cela fait-il ?), tandis que, dans le même temps, l’utopie d’un ordre premier, pacifique et conservateur, non troublé par la pluralité des langues et la multiplicité des idiolectes incommunicants, est de plus en plus subvertie et menacée par l’irruption exotiste, inventive et interventionniste des géants, cadets ambitieux et déchus. Il n’y a plus tant d’opposition finalement entre la face et le revers de la médaille. Aucune relation sexuelle n’étant physiquement possible entre humains et Mégamicres, c’est sans doute la rencontre des représentations qui hybride descriptif et narratif, et, métissant ces représentations, rend flou le seuil entre utopie et dystopie. Ce serait peut-être le propre des récits allochtoniques de nous présenter une image anticipée de l’in-différence mondiale en abolissant eux-mêmes, dans la convertibilité des points de vue, l’altérité des mondes d’abord séparés et antinomiques. Ainsi, emblématiquement, le mythe casanovien des noces incestueuses entre jumeaux, institutionnalisé dans l’homoneutralité des « inséparables » mégamicres, est-il peut-être parachevé par l’oubli, l’imprécision excusable, de l’épitaphe gravée sur le tombeau commun d’Édouard et d’Élisabeth : « On ne dit pas dans l’inscription qu’Élisabeth avait deux ans de moins que son frère et mari. » Cette « circonstance importante » ne l’est justement que parce que l’expérience protocosmique a résorbé l’insupportable différence (on leur devait bien cela !).
22Par-delà la double perturbation de l’utopie et de la dystopie que produit, entre deux catastrophes, l’expérience de l’altérité intérieure, l’Icosaméron transcende ces péripéties historiques en s’établissant comme utopie amoureuse, union corporelle des âmes sœurs nées d’un même giron platonicien. L’autre monde, monde sur l’autre face du même, signale contrastivement que « notre » réalité est assise sur une omission, celle du décalé, de la non-coïncidence. Le beau, l’énigmatique dénarré (« on ne dit pas ») souligne, d’une part, que nous interprétons fautivement, avec le récit de la Genèse, la naissance de la femme après celle de l’homme, car « si Dieu n’eut pas créé le couple dans un même tems, comment auroit-il pu d’abord lui dire : croissez, & multipliez5? » ; et, d’autre part, que la différentiation du même, si elle est signe du manque et essence du désir, n’est après tout que le fruit d’une amnésie obstinée. La séparation n’est pas originelle comme les religions ont voulu nous le faire croire, elle résulte de la méconnaissance de notre altérité à nous-mêmes, méconnaissance uniformément partagée.
23Sur Savitri6, il faudra, longuement, s’arrêter une autre fois. Je ne peux pas cependant quitter Casanova sans le laisser en cette compagnie imprévue, mais historiquement pas plus choquante que ses flirts spéculatifs avec nombre de kabbalistes ou l’extrême agilité avec laquelle il circulait en amour entre nations et classes sociales. Outre quelques surréalistes coïncidences, car ce fut à Venise, au Palais des Doges, que Mirra Alfassa (the Mother), eut en 1893 la révélation d’une de ses vies antérieures (laquelle s’était terminée par strangulation et défenestration dans un canal !), il est impératif de tenir compte de quelques faits majeurs : Aurobindo, comme Casanova, quoique tout autrement, est un déplacé ; arraché à sa propre culture à laquelle son père voulait qu’il devînt étranger, par une éducation plus exclusivement britannique que celle des Britanniques eux-mêmes, il va presque jusqu’au bout de cette gageure, ne s’arrête qu’au dernier moment de la métamorphose, en ne se présentant pas à l’exercice hippique qui couronnait le concours de l’ICS ! Il se réindianise contre la volonté du père indien, travaille dans l’administration d’une principauté autonome, à Baroda, quitte ce confort pour un engagement politique indépendantiste et révolutionnaire en organisant une faction radicale du Congress, fait un peu de prison, échoue dans son entreprise de mainmise sur le parti, s’éloigne de la politique, exilé une seconde fois du siècle par une révolution spirituelle qui lui fait transformer un simple projet de poème narratif tiré d’un épisode légendaire du Mahabharata en une vaste épopée miltonienne, en vers blancs anglais, parce qu’elle se veut universaliste. Épopée miltonienne, certes, car « de l’esprit », mais dont Aurobindo tenait, selon ses propres dires, à ce qu’elle ne fût pas une allégorie desséchée dans laquelle des notions abstraites, des entités non personnelles fassent office de personnages.
24On pourrait voir dans ces propos une allusion critique à Bunyan, dont le pèlerin, bien que terrestre, est réduit par son nom à la condition d’une mécanique abstraite, de même que tous les êtres qu’il rencontre en chemin. Charity ou Hope ne se distinguent pas d’Ignorance quant à l’épaisseur de leur nature, tous réduits à de simples entités insubstantielles, à des rôles argumentatifs. Les personnages d’Aurobindo, il me semble qu’il y réussit souvent, devaient au contraire être dotés d’une personnalité singulière, charnelle et sensible, qui puisse porter les valeurs ascensionnelles, transcendantes, auxquelles ils espèrent atteindre en construisant sur le socle d’un niveau précédemment établi. Le beyond aurobindien n’est pas sortie du corps, dépouillement du corps, bien au contraire. La fin du Chant III, où Satyavan et Savitri s’étreignent charnellement, explicite métaphoriquement l’orgasme plutôt qu’elle ne le voile :
He shut her into himself in a circle of bliss
And shut the world into himself and her.
A boundless isolation made them one;
He was aware of her enveloping him [...]
Each now was a part of the other’s unity,
The world was but their twin self-finding’s scene
Or their own wedded being’s vaster frame7.
25Satyavan est étymologiquement être de l’être, conscience de soi en tant que conscience, et dans le Mahabharata, un roi dont l’épouse Savitri, ailleurs fille du soleil, l’arrache à la mort en plaidant avec Yama, le Hadès hindou. On peut remarquer sa parenté avec Orphée, mais elle ne se retourne pas intempestivement. L’épopée d’Aurobindo comme celle de Milton et comme L’Icosaméron (ou comme, plus tard, La Recherche) met en jeu deux mondes et deux visions du monde, par nécessité structurale ; tout s’y joue entre le deux et l’un, mais chaque fois différemment, dans le procès comme dans la résolution. Chez Milton, la supra-héroïsation de Jésus triomphe de la désangélisation, de l’infra-humanisation de Satan en combat singulier, le Christ refonde l’humain une troisième fois en dissipant le royaume des ténèbres ambitieuses et rivales ; chez Casanova, l’on ne peut ramener de la connaissance de l’autre face, antérieure et réglée, de la terre, que la complétude d’un récit de la perte, de la séparation ignorée, la suture est scripturale, épitaphe d’un tombeau partagé ; Aurobindo, en réécrivant un mythe parmi d’autres, va à la fois plus et moins loin, plus loin en affirmant, outre le miroitement, l’enchâssement mutuel du deux, comme on l’a vu, mais moins loin faute d’oser son inscription dans un ici-bas concret et historique.
26Toujours est-il que, sans vouloir forcer la ressemblance, l’on devrait s’interroger sur la part d’orientalité dans l’investissement fusionnel de la sexualité gémellique chez Casanova, et sur la part des Lumières, à travers la Renaissance bengali, mais pas seulement, dans la physique ou la réincorporation du spirituel chez Aurobindo. Dans les deux cas, nous assistons à une résistance et à une refondation, à une tentative de dépasser la dystopie du monde réel par l’utopie diégétique et l’eutopie textuelle d’un monde où les moyens nous soient donnés de faire notre deuil de la mortalité, ce qui aboutit à une certaine hybridation allochtonique, pour le meilleur et pour le pire, manifestée aussi par les techniques d’écriture, par une indétermination générique. Chez ces modernes, le principe de fiction permet également, sous couvert de l’épopée, d’une part, et d’un certain prophétisme, d’autre part – réprimé, auto-ironisé chez Casanova, consenti par le biais du lyrique chez Aurobindo –, une heureuse errance entre conte merveilleux, anecdote, essai, roman et romance. L’intense érotisation de l’aventure psychique/ « spirituelle » imaginée par l’écriture aurobindienne se présente en effet comme le reste d’un « effondrement de l’espace » :
He beat there like a rhythmic heart, – herself
But different still, one loved, enveloped, clasped,
A treasure saved from the collapse of space.
Around him nameless, infinite she surged8 [...]
27Ce qu’il y aurait de commun entre Casanova et Aurobindo, justifiant l’utilisation médiatrice du dispositif allochtonique chez l’un et l’autre, ce pourrait être une poétique de l’œuvre totale : la spatialisation littéraire allant de pair avec une mise en question de l’espace diégétique. Ce discours, contrairement à celui de Dieu tel que le présente l’Archange de Milton, n’est pas difficile, ennuyeux à écouter, car il est participatif, voire fusionnel.
28Il resterait à se demander si, aujourd’hui encore, de tels chemins de traverse peuvent se tracer entre des œuvres qui ne savent plus qu’ironiser dystopiquement sur leur propre pulsion à construire un espace épique, un espace de circulation intérieure et qui force des brèches dans les cloisons entre mondes. La réponse positive que j’apporterais intuitivement à cette question, je la trouverais volontiers dans une lecture des Enfants de minuit et du conte Haroun de Salman Rushdie croisée avec le Terra Nostra de Carlos Fuentes. La configuration des espaces littéraires n’est pas plus indépendante des luttes historiques qu’elle ne leur est subordonnée.
Notes de bas de page
1 Vol. 1 : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k101924f ; vol. 2 : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k101925t ; vol. 3 : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1019266 ; vol. 4 : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k101927k ; vol. 5 : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k101928z
2 D’après le TLF : http://atilf.atilf.fr/dendien/scripts/tlfiv5/visusel.exe?11;s=3074990940;r=1;nat=;sol=0 ;
3 Casanova, Icosaméron, tome I, p. vii dans l’édition originale de 1788, en 5 tomes, digitalisée sur Gallica, document N0101924_PDF_1_-1DM.pdf
4 Ibid., p. III.
5 Casanova, op.cit., p. 41.
6 Le texte utilisé est celui de la digitalisation de l’édition définitive de 1993, Sri Aurobindo, Savitri, A Legend and a Symbol, accessible à l’adresse http://savitrithepoem.com/, consultée le 14.02.2014.
7 S. Aurobindo, Savitri, p. 410-411.
Il l’a dedans lui enclose en un cercle de félicité
Et le monde à l’intérieur de lui et d’elle enclos.
Un isolement sans limites fit d’eux un seul ;
Il avait conscience d’elle l’enveloppant…
Chacun était maintenant moitié de l’unité de l’autre,
Le monde rien que la scène jumelle de soi trouvé
Ou du cadre élargi de leur propre être-épousés. (Ma traduction libre)
8 Ibid., p. 579
Il battait là tel un cœur rythmique, – elle-même
Mais différent encore, un aimé, enveloppé, étreint,
Un trésor sauvé de l’effondrement de l’espace.
Autour de lui anonyme, elle surgissait infinie… (Ma traduction)
Auteur
-
Didier Coste
Professeur émérite de littérature comparée à l’université Bordeaux-Montaigne, romancier, poète et traducteur, a enseigné et conduit des recherches sur les cinq continents. Ses travaux interdisciplinaires actuels portent principalement sur la mondialisation et le transculturel dans une perspective qui réinvestit l’esthétique dans le politique. Auteur de plusieurs articles sur Casanova et la poétique des Lumières, il est aussi spécialiste de l’Inde moderne et contemporaine.
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