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    Plan détaillé Texte intégral Quand la rhétorique définit le dialogue comme modèle de prose Quand dialogos se dit sermo : de la rhétorique à l’éthique Théoriser la parole de conversation : sermo et le retour de la figure de Socrate Des sermones en vers (et contre tout) : le dialogue ou les frontières de la prose chez Horace Conclusions Notes de bas de page Auteur

    Penser la prose dans le monde gréco-romain

    Ce livre est recensé par

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    Table des matières

    Le dialogue littéraire est-il soluble dans la prose ? (Sermo, définition du dialogue et frontières de la prose à Rome, chez Cicéron et Horace)

    Jean-Pierre De Giorgio

    p. 113-128

    Texte intégral Quand la rhétorique définit le dialogue comme modèle de prose Indices d’une reconnaissance générique du dialogue chez Aristote Démétrios, ou comment le dialogue s’émancipe de la figure de Socrate Dialogos, dialogikos : un style de la prose dans les traités de rhétorique Quand dialogos se dit sermo : de la rhétorique à l’éthique Sermo comme traduction du style dialogikos Théoriser la parole de conversation : sermo et le retour de la figure de Socrate Sermo et ses principaux emplois spécialisés à l’époque de Cicéron L’héritage du stoïcisme moyen Pratique sociale de la conversation et point de vue éthique La parole de conversation et ses modèles littéraires : où l’on retrouve le dialogue et la figure de Socrate Des sermones en vers (et contre tout) : le dialogue ou les frontières de la prose chez Horace Les « papiers socratiques », le « connais-toi » et le poète Où l’on retrouve les dialogues de Platon, modèles du dialogue de bon ton Horace et le « prosaïque » Conclusions Notes de bas de page Auteur

    Texte intégral

    1Le dialogue est l’un des rares genres littéraires1 dont la naissance est assez clairement identifiable dans l’espace et le temps : inséparable à ses débuts de la figure de Socrate, il émerge à Athènes au ive siècle av. J.-C. Il est plus difficile en revanche de rendre compte de l’histoire de sa théorie et de ses évolutions. S’il semble pris en compte chez Aristote, qui mentionne, comme on va le voir, les σωκρατικοὶ λόγοι, c’est dans les traités de rhétorique, à propos des styles de la prose, qu’il apparaît le plus clairement comme genre autonome. Avec le rhéteur Démétrios, en effet, et son traité Du style ou De l’expression, le dialogue, désigné comme une forme littéraire autonome, devient le modèle d’un type de période, tandis que la figure de Socrate semble moins prépondérante. Cette perception particulière du genre, caractérisé par son style et considéré comme faisant partie des grands genres représentatifs de la prose est, après lui, devenue celle des traités de rhétorique grecque. C’est à partir de ces acquis que cet article voudrait montrer comment le genre du dialogue est perçu et défini à Rome dans deux textes théoriques2 de la fin de la République et du début de l’Empire, entre références à Socrate et appartenance au domaine de la prose : le traité De officiis (Des devoirs) d’une part et l’Épître aux Pisons d’autre part. On trouve chez Cicéron et même chez Horace, qui confronte volontiers ses Satires au dialogue (sans confondre toutefois les deux genres), un lien comparable entre sermo et prose. Mais ces deux auteurs laissent aussi entrevoir d’autres manières de désigner et d’envisager un genre toujours considéré comme lié à la figure de Socrate. Au-delà du style qu’il représente, le sermo socraticus est aussi reconnu comme un modèle éthique de la parole de conversation dans le De officiis de Cicéron, inspiré par le stoïcisme moyen, tandis que chez Horace, le genre, désigné par l’étonnante expression chartae socraticae dans l’Épître aux Pisons, devient le modèle à suivre pour tout auteur, non pour son style, mais parce que Socrate y est une figure du savoir de l’homme sur l’homme.

    Quand la rhétorique définit le dialogue comme modèle de prose

    Indices d’une reconnaissance générique du dialogue chez Aristote

    2Dans la littérature théorique qui a suivi l’émergence de la forme dialogue, dans l’Athènes du ive siècle, c’est chez Aristote qu’on trouve, à côté de l’expression σωκρατικοὶ διάλογοι (« dialogues socratiques3 »), la formule σωκρατικοὶ λόγοι, qui apparaît dans un passage célèbre de la Poétique4 où elle est associée aux mimes (en prose) du sicilien Sophron. À la suite d’Andrew Ford5, Sandrine Dubel6 a rappelé que ces deux mentions d’Aristote permettent d’établir l’existence d’une littérature socratique, qu’il faut entendre à la fois comme représentation du maître et de sa méthode et comme corpus d’œuvres composées par ses élèves, appelés « socratiques ». L’adjectif σωκρατικός, dans la Poétique, doit donc pouvoir être compris dans un sens aussi bien objectif que subjectif7, étant entendu que toute littérature socratique n’est peut-être pas dialogue8 (les dialogues d’Aristote lui-même étaient-ils « socratiques9 » ?). Mais un point paraît acquis : ces deux mentions d’Aristote laissent penser que le dialogue antique a pu être conçu comme une forme mimétique. Il faut ensuite attendre le Pseudo-Démétrios de Phalère, à la fin du iie siècle av. J.-C. ou au début du ier (il fut peut-être le maître de Cicéron), pour que le genre fasse à nouveau pour nous son apparition dans la littérature théorique. Cette fois, c’est à travers le prisme de la prose et de ses styles qu’il est défini.

    Démétrios, ou comment le dialogue s’émancipe de la figure de Socrate

    3Comme l’a parfaitement montré Jean-Pierre Aygon, avec Démétrios, le style désigné par l’adjectif διαλογικός apparaît comme l’un des trois styles de la prose, à côté des styles oratoire et historique. C’est désormais dans cette perspective particulière que le genre est envisagé comme forme autonome. L’auteur distingue en effet, au début de son ouvrage (ch. 19-21), les périodes (qui sont à la prose ce que le vers est à la poésie) « historique » ou « narrative » (ἱστορική), « oratoire » (ῥητορική) et « dialogique » (διαλογική10), signalant par là qu’il y a clairement un style propre à l’écriture du dialogue, défini par son naturel11 et son appartenance au style « simple » (ἰσχνός12). L’adjectif διαλογική (qui n’apparaît ni chez Platon ni chez Aristote13) a ainsi remplacé l’épithète « socratique », qu’on trouvait chez Aristote, comme marqueur générique. Le substantif διάλογος, lui, compris dans le sens technique de genre littéraire, est en particulier attesté dans le passage sur l’épistolaire, aux ch. 223-227. Démétrios, qui cherche à définir la lettre familière, confronte celle-ci à divers genres, à commencer par le dialogue, avec lequel elle entretient des rapports privilégiés : « Artémon, l’éditeur des lettres d’Aristote14, dit qu’il faut rédiger [γράφειν] de la même façon les lettres et le dialogue, la lettre étant en quelque sorte l’une des deux parties du dialogue [τὸ ἕτερον μέρος τοῦ διαλόγου] » (223).

    4Le dialogue est clairement posé comme imitation d’une parole improvisée (224 : μιμεῖται αὐτοσχεδιάζοντα), le terme désignant à la fois une conversation réelle et le genre littéraire, puisque c’est un exemple de Platon qui est donné. Comme le remarque S. Dubel15, le dialogue « bouscule la démarcation entre l’écrit et l’oral », et c’est ce qui le distingue fondamentalement, aux yeux de Démétrios, du genre épistolaire, dont l’expression est γραφική, « écrite ». Le dialogue relève pour sa part d’un style marqué par les disjonctions (λύσεις), qui le rapprochent de l’expression imitative propre à l’acteur, λέξις ὑποκριτικὴ, « parce que la disjonction stimule le jeu théâtral » (193 : κινεῖ γὰρ ὑπόκρισιν). Mais c’est aussi parce que le jeu des asyndètes reproduit les tours de parole des personnages, au théâtre comme dans le dialogue littéraire, ce qui produit un « effet de présence imitatif16 ».

    Dialogos, dialogikos : un style de la prose dans les traités de rhétorique

    5Après le traité Du style, le dialogue comme genre littéraire devient clairement identifié comme l’un des grands représentants des types de prose, plutôt que comme le genre de l’interlocution par excellence. Ainsi, Denys d’Halicarnasse (De comp. uerb.19), qui veut montrer l’importance de la variété dans le style, présente d’abord les trois principaux genres de la poésie, puis, en parallèle, aborde la trilogie générique qui fait d’Hérodote le représentant de l’histoire, Platon celui du dialogue, Démosthène celui de l’art oratoire17. Chez Aelius Théon, dans un passage où il s’agit de montrer que la prosopopée peut servir dans tous les genres (Progumnasmata, II, l, 24-25), une distinction est effectuée entre les trois « genres » de la prose (désignés par les adjectifs ἱστορικόν, ῥητορικόν et διαλογικόν) et les genres poétiques, représentés par l’adjectif ποιητικόν. Quelles sont les particularités de ce style dialogal ?

    6Démétrios définissait le style du dialogue comme imitation d’une parole improvisée, avec de fréquentes disjonctions, qui renvoient à une parole non concertée18, à son expressivité proche de la parole de théâtre. Si la période oratoire est structurée ou circulaire (Du style 20), si la période narrative est celle du juste milieu, celle du dialogue est à peine perceptible (21). Mais l’effet de naturel n’est qu’apparent : Démétrios cite en exemple le début de la République de Platon, réputé pour le mal que l’auteur s’était donné à l’écrire. Denys d’Halicarnasse ajoute un élément fondamental : la grâce (charis) doit être le trait distinctif du genre (De comp. uerb. 19, 11).

    7Les questions de l’interlocution ou de l’interaction envisagées comme alternance de tours de parole, ne sont jamais envisagées techniquement par les rhéteurs, quand il s’agit du genre. De fait, un certain nombre de dialogues philosophiques comportent bien peu d’interactions, comme le rappelle J.-P. Aygon, qui pense aux Entretiens de Sénèque19 et que Quintilien désigne clairement comme des dialogi, alors même qu’il s’agit davantage d’un matériel monologal, même en tenant compte de l’hétérogénité discursive qui caractérise ce type de texte (citations, mention des objections d’adversaires fictifs, etc.). Il faut attendre le prologue d’Albinos, vers 150, puis Diogène Laërce, dans la Vie de Platon, au iiie siècle apr. J.-C., pour que l’interlocution, envisagée comme alternance de questions et de réponses entre Socrate et ses interlocuteurs, fasse clairement partie de la définition du genre, tel qu’il fut du moins pratiqué par Platon20. En d’autres termes, comme le résume J.-P. Aygon, si l’on s’en tient aux textes théoriques élaborés dans le champ de la rhétorique, ce seraient plutôt « des considérations d’ordre stylistique qui cernent de plus près le dialogue comme genre, dans les rares passages où les théoriciens, grecs et latins réunis, l’évoquent comme tel21 ».

    8Faut-il dès lors aller jusqu’à en conclure que l’analyse de l’échange verbal en tant que tel n’appartenait pas, pour les Anciens, au domaine de la rhétorique et que toute la réflexion sur cette question a été laissée à la philosophie22 ? Cette position mérite d’être nuancée : le dialogue comme forme discursive, comme figure, avec ses effets et ses mécanismes propres, n’a pas été ignoré des rhéteurs, même si le lien entre les formes du « dialogué » et le dialogue littéraire n’a pas nécessairement été mis en évidence quand il s’agissait de définir ce dernier. S. Dubel23 a par exemple rappelé, chez Démétrios, la mention d’une « modalité socratique » (Du style, 296), exercice d’écriture sous forme de questions et de réponses, alors même que le genre littéraire est identifié ailleurs dans le traité24. Dans le domaine latin, la référence, dans la Rhétorique à Herennius, à la sermocinatio (4, 65), cum alicui personae sermo adtribuitur, et l’analyse, chez Quintilien (IX, 2), de l’usage des questions et des réponses dans un discours oratoire, des prosopopées et des dialogues feints (sermocinatio et dialogos sont présentés comme équivalents), mettent en évidence le rôle joué par le domaine rhétorique dans la théorisation de la « fabrication » du dialogue, considéré cette fois comme figure permettant de construire une séquence insérée dans un discours. Il s’agissait alors d’explorer les potentialités de la prose et en particulier la capacité de l’oratio, le discours public, à intégrer les effets propres au sermo, l’échange liant les individus. Les liens entre ces figures et les productions littéraires latines (des Satires d’Horace aux Entretiens de Sénèque, par exemple), au-delà même du dialogue comme genre, restent à établir. En tout cas, l’exploration de la prose latine à partir des potentialités du sermo est identifiable dès le iie siècle av. J.-C. Le stoïcisme moyen a certainement joué un rôle déterminant, en réfléchissant sur la frontière susceptible de séparer sermo et contentio, ce qui permettait d’identifier sermo à la parole du dialogue.

    Quand dialogos se dit sermo : de la rhétorique à l’éthique

    Sermo comme traduction du style dialogikos

    9J.-P. Aygon25 a suggéré qu’à Rome, le substantif sermo a pu servir aux auteurs de traités de rhétorique d’équivalent latin de διάλογος (διαλογικός), pour évoquer le dialogue comme représentant d’un des trois types de prose, comme dans les traités grecs mentionnés plus haut.

    10Sermo est de fait donné par Cicéron comme l’un des équivalents latins de διάλογος, au sens d’œuvre littéraire (le terme διάλογος n’étant employé seul par Cicéron pour désigner le genre que dans sa correspondance, tandis qu’on peut trouver ailleurs disputatio (inter se disputare), altercatio, sullogos. Cela apparaît clairement dans l’Orator (44), où il associe dialogos et sermo à propos de Platon, dans un développement concernant le recours aux hiatus : « Plato […] in iis sermonibus, qui dialogoi dicuntur… », « Platon, […] dans ces échanges qu’on appelle dialogues… » Dans ce passage, sermo est opposé un peu plus loin à oratio popularis, ce qui signale que sermo se définit comme une parole entre particuliers, et qu’elle peut même représenter le dialogue littéraire. De fait, toujours dans l’Orator (62-68), sermo apparaît comme le langage caractéristique des philosophes. Cicéron distingue ainsi cinq styles : celui des poètes, des philosophes, des sophistes, des historiens, des orateurs26. Le style des philosophes quant à lui se rapproche de la conversation privée (sermo). Il ne produit pas d’effet visible, n’est pas marqué par les figures et se définit par une véritable douceur dans la relation au partenaire de l’échange (nihil iratum habet, nihil invidum, nihil atrox, nihil miserabile, nihil astutum) :

    Mollis est enim oratio philosophorum et umbratilis, nec sententiis nec uerbis instructa popularibus, nec uincta numeris, sed soluta liberius […]. Itaque sermo potius quam oratio dicitur. (Or. 64)
    En effet, le langage des philosophes est souple et propre aux périodes où l’on n’est pas en activité ; il n’est armé ni des pensées ni des mots qui conviennent à l’éloquence qu’on emploie dans les assemblées, il n’est pas réglé par un rythme mais il est plus librement dénué de contrainte. […] C’est pourquoi on le nomme « conversation » plutôt que « discours »27.

    11Cette approche du sermo montre que le terme ne se contentait pas de renvoyer à des échanges effectifs entre individus mais qu’il était doté de qualités intrinsèques qui lui permettaient d’être associé à un genre ou à un type de production littéraire. Et c’était précisément dans les différences qui l’opposaient au discours public (oratio ou contentio) qu’il était le mieux identifié (en d’autres termes, sermo s’oppose moins au monologue qu’à la parole de débat). Avant d’en venir à un autre texte théorique de Cicéron, où l’auteur lie à nouveau dialogue littéraire, conversation effective et sermo (il s’agit du De officiis, son dernier ouvrage philosophique, adressé à son fils), il convient de revenir sur le travail théorique qui a sans doute été opéré dès le iie siècle sur la notion même de sermo.

    Théoriser la parole de conversation : sermo et le retour de la figure de Socrate

    Sermo et ses principaux emplois spécialisés à l’époque de Cicéron

    12Varron (De lingua latina VI, 64) faisait dériver le terme sermo du verbe sero, la racine *ser- ayant le sens d’« enchaîner, tresser, entrelacer28 ». Si cette étymologie est correcte, le substantif s’interprète en premier lieu comme un ensemble linguistique enchaîné. Pour Laurent Gavoille29, sermo s’interprète comme la chaîne linguistique qui définit fondamentalement le terme. C’est à partir de ce sens premier que sermo a pu désigner ensuite la conversation, ce « texte produit collectivement30 », et même le résultat de la conversation, ce qui a été dit (il peut être alors employé avec le terme confabulari, « converser », « causer31 »). Au sens de « conversation », il s’oppose à oratio32. Par spécialisation, il a pu désigner l’une des espèces du ton oratoire, à côté de l’amplificatio et de la contentio33. Sermo est alors un mode de diction calme, qui affecte la manière de parler naturelle et familière. C’est par spécialisation encore que sermo a pu désigner le langage des philosophes, voire le dialogue littéraire, et représenter ainsi l’un des styles de la prose, comme on l’a vu précédemment34.

    13Mais le plus important, semble-t-il, est que Varron entend surtout sermo comme la parole qui relie deux interlocuteurs entrelaçant leur parole et nouant un dialogue, et c’est pourquoi il précise : sermo non potest in homine esse solo, sed ubi oratio cum altero coniuncta. Comme le démontre parfaitement William M. Short35, sermo est avant tout ce qui fait lien entre les individus d’une communauté. Cela explique que Cicéron, dans les Verrines (Verr. 2, 5, 167), lorsqu’il entend énumérer ce qui cimente la communauté des Romains, commence par sermo (Roman[i], qui et sermonis et iuris et multarum rerum societate iuncti sunt). Employé avec des termes et des préfixes renvoyant au lien (coniuncti, confabulari etc.), il est de fait normal qu’il ait été associé à une véritable théorie de la sociabilité : sermo, sans doute sous l’influence du stoïcisme moyen, est compris comme une parole de l’écoute, d’attention à l’interlocuteur, par opposition à la parole de débat. Cette perception du sermo, envisagé comme parole de conversation, était indissociable de la lecture que l’on faisait alors de Platon et des « socratiques », autour de Panétius de Rhodes. L’un des meilleurs témoignages sur ce moment de théorisation du sermo est le De officiis, où sermo, dont le sens est nettement plus abstrait, devient l’une des catégories de l’oratio (I, 132 et suiv.), la parole humaine en général ; il est alors opposé à contentio, « parole de débat ». Cette fois, oratio a le sens de parole générique, tandis que le terme contentio est lié à l’ἀγών et sermo au loisir amical et à la conversation philosophique.

    L’héritage du stoïcisme moyen Pratique sociale de la conversation et point de vue éthique

    14On sait que Cicéron doit beaucoup, pour l’écriture du De officiis, au stoïcisme moyen de Panétius de Rhodes, auteur d’un Περὶ καθήκοντος au iie siècle av. J.-C. Il gravitait dans l’orbite de Scipion, souhaitant développer un discours philosophique qui pût être entendu de l’élite politique. Il développa dès lors, pour reprendre l’expression de François Prost, « un stoïcisme d’attention » et « d’écoute » avec ses interlocuteurs36, et eut recours, loin de la sécheresse des démonstrations stoïciennes des scholarques qui l’avaient précédé, à une langue marquée par la douceur et la clarté, même s’il s’agit encore d’un stoïcisme de combat37. C’est à ce moment-là que dut être élaborée cette notion de parole de conversation que définit ici Cicéron et qui n’était d’ailleurs pas étrangère non plus à Démétrios38.

    15Cicéron indique donc qu’il est légitime de postuler l’existence de règles pour la conversation :

    Quamquam quae uerborum sententiarumque praecepta sunt, eadem ad sermonem pertinebunt (Off. I, 132)
    D’ailleurs, puisqu’il existe des préceptes concernant les mots et les idées, les règles d’éloquence vaudront aussi pour la conversation39.

    16Et d’ajouter ensuite que la parole de conversation se développe dans des contextes privés (banquets ou entretiens philosophiques), par opposition à la contentio, parole de débat liée aux assemblées et aux tribunaux40 ; elle privilégie certains sujets ou thèmes (affaires privées, domesticis negotiis, affaires politiques, de re publica, thèmes culturels ou philosophiques, de artium studio atque doctrina, I, 135) et, contrairement à l’éloquence publique, qui peut avoir recours à trois styles, elle dispose pour sa part de deux modes : le mode iocosus et le mode grauis. Varron, dans la même perspective que Cicéron, précise, suivant le témoignage d’Aulu-Gelle, que :

    Sermones igitur id temporis habendos censet non super rebus anxiis aut tortuosis, sed iucundos atque inuitabiles et cum quadam inlecebra et uoluptate utiles, ex quibus ingenium nostrum uenustius fiat et amoenius. Quod profecto […] eueniet, si de id genus rebus ad communem uitae usum pertinentibus confabulemur, de quibus in foro atque in negotii sagendis loqui non est otium. (Aulu-Gelle, XIII, 11)
    [Varron] pense que l’on doit choisir au moment d’un festin des sujets de conversation non embrouillés et propres à inquiéter, mais agréables, attachants, pleins de charme et agréablement utiles ; en un mot, de ces conversations qui ornent notre esprit et lui donnent plus de grâce. Pour obtenir ce résultat […], notre conversation devra rouler sur des sujets appartenant au domaine de la vie ordinaire, et dont on n’a pas le loisir de s’occuper au forum ou dans l’agitation des affaires.

    17Pour Cicéron, inspiré par la philanthropia de Panétius, la conversation est caractérisée surtout par une esthétique et une éthique de la douceur : douceur de la voix (clara et suauis), qui signale l’urbanitas des individus41 et leur supériorité sociale, mais aussi douceur du ton, du style (lenis minimeque pertinax, Off. I, 134). De ce fait, elle se définit aussi par une importance accordée à l’écoute42 et plus largement au respect de l’interlocuteur43 (diligere et uereri) : à cet égard, le monologue ininterrompu44 ou l’éloge de soi sont à proscrire45, même si les dialogues littéraires de Cicéron ont tendance à préférer à la méthode ou à la « forme socratique », avec son alternance resserrée de questions et de réponses, l’oratio perpetua, c’est-à-dire un type de tour de parole où les locuteurs ne sont pas interrompus et ont le temps de développer leur pensée46. Enfin, de manière plus globale, la parole de conversation se caractérise par un sens de l’aptum et du decorum ; le sens de l’adaptation aux circonstances et au sujet apparaît comme essentiel : uideat in primis, quibus de rebus loquatur : si seriis, seueritatem adhibeat, si iocosis, leporem (Off. I, 134). C’est la parole de l’ingenium par excellence.

    La parole de conversation et ses modèles littéraires : où l’on retrouve le dialogue et la figure de Socrate

    18Mais le point le plus intéressant pour nous dans ce passage du De officiis est que ce sermo, au sens de « parole de conversation », a pour modèle le sermo socraticus. De fait, Socrate47 et les « socratiques » sont pour Cicéron la référence de cette parole de la douceur et de la conciliation :

    Sit ergo hic sermo, in quo Socratici maxime excellunt, lenis minimeque pertinax, insit in eo lepos. (Off. I, 134)
    Que cette conversation soit comme celle des socratiques, qui la pratiquent à merveille : douce, absolument pas agressive, qu’il y ait en elle du charme.

    19Autrement dit, le dialogue littéraire est donné comme la représentation textuelle par excellence de ce sermo. Derrière les socratiques, sans doute faut-il voir tout autant Xénophon que Platon. En effet, on sait que Xénophon, pour ainsi dire réhabilité, était apprécié au iie siècle par Démétrios et par les cercles influencés par le stoïcisme moyen, et il n’est pas indifférent qu’il ait justement été l’auteur préféré de Scipion (Cicéron, Tusc. II, 62).

    20Ainsi, l’association entre sermo et dialogue philosophique permet-elle au sermo d’accéder au rang de parole théorisée, tandis que le dialogue des socratiques est désormais perçu sous un jour différent. Le De officiis permet à Cicéron de développer une idée qui affleurait déjà chez Démétrios de Phalère, qu’on sait lié au substrat philosophique du stoïcisme moyen, à savoir que le dialogue ne se définit pas seulement par les propriétés stylistiques du type de prose qu’il représente, mais aussi par la nature de la parole dans laquelle il se déploie, la parole de conversation, par opposition à celle de débat. Aux σωκρατικοὶ λόγοι d’Aristote répond désormais, pour définir le dialogue littéraire, dans une perspective éthique, le sermo des socratici, parole du lien et d’humanitas, même si, en réalité, la contentio n’est jamais tout à fait absente des dialogues philsophiques, ce dont Cicéron semble avoir conscience48. Les Satires d’Horace, qui se présentent comme des sermones, confirment ces deux visions complémentaires (stylistique et éthique) du dialogue compris comme sermo, tout en brouillant les pistes (ou en suggérant d’autres).

    Des sermones en vers (et contre tout) : le dialogue ou les frontières de la prose chez Horace

    21La question des références au dialogue dans les Satires, qu’Horace appelle lui-même sermones, se comprend avant tout en termes de positionnement d’un genre mineur par rapport à d’autres institutions littéraires, parmi lesquelles, outre les dialogues, figurent le théâtre et l’épopée. Les Satires ne sont pas à proprement parler des dialogues, même si le livre II adopte clairement la « forme dialogue » et si l’interlocution y est centrale (le livre I étant nettement plus monologal, même s’il manifeste déjà une hétérogénéité discursive certaine). Elles ne cessent cependant de s’y référer.

    Les « papiers socratiques », le « connais-toi » et le poète

    22On sait que, dans l’Épître aux Pisons, les premiers textes conseillés aux jeunes auteurs, avant de se lancer dans l’écriture, sont les chartae socraticae (v. 310), les « papiers socratiques ». L’expression est étonnante et donne une dimension très littéraire au genre du dialogue, qui est résolument du côté de l’écrit. Pour savoir écrire, encore faut-il avoir quelque chose à dire. Socrate n’est ici pas vraiment l’exemplum de la parole de douceur, comme dans le De officiis, mais il se rapproche davantage d’un autre aspect de la figure qu’il représente, souligné par le Scipion de la République : il est celui qui s’est intéressé à la vie des hommes (uita hominum) plutôt qu’aux phénomènes célestes49. Il est ainsi, chez Horace, associé à la matière (res) que le poète doit aborder et à sa connaissance de l’humanité, c’est-à-dire des devoirs et des rôles de chacun – une variation romaine, en fin de compte, sur le thème du « connais-toi » (v. 312-316) :

    Rem tibi Socraticae poterunt ostendere chartae,
    Verbaque prouisam rem non inuita sequentur.
    Qui didicit, patriae quid debeat et quid amicis,
    quo sit amore parens, quo frater amandus et hospes,
    quod sit conscripti, quod iudicis officium, quae
    partes in bellum missi ducis, ille profecto
    reddere personae scit conuenientia cuique.
    Les papiers socratiques pourront te montrer la matière, et les mots suivront sans retenue la matière qui a été vue d’abord. Celui qui connaît ses devoirs envers sa patrie et ses amis, qui sait de quel amour il doit aimer son frère, son hôte, quel est le devoir d’un sénateur, celui d’un juge, quel est le rôle d’un général envoyé à la guerre, cet homme-là, sans aucun doute, sait rendre à chaque personnage les traits qui lui conviennent.

    23Dans les Satires, si Socrate n’est jamais mentionné explicitement50, le thème du « connais-toi », entendu comme connaissance du rôle qu’il faut savoir jouer dans l’existence, est à plusieurs reprises évoqué de manière allusive. Significativement, la satire I, 3 débute par un portrait du chanteur Tigellius qui, justement, s’ignore : modèle d’ineptum (il chante quand on ne lui demande rien et, au contraire, se tait si on le sollicite, v. 1-3), il est surtout un modèle de variation et d’inégalité à soi-même (nil fuit umquam/ sic impar sibi, v. 18-19). Un inconnu interpelle alors le poète sur ses propres défauts, à quoi Horace répond qu’il en connaît la mesure, et qu’il ne saurait dire, comme Maenius (v. 23) : egomet mi ignosco, « pour ma part, je veux m’ignorer moi-même ». C’est, de manière générale, et dès la première satire, toute l’humanité qui a tendance à ne pas se connaître, à désirer vivre les vies qui ne sont pas les siennes, à vouloir jouer des rôles (personae) qui ne sont pas les siens.

    Où l’on retrouve les dialogues de Platon, modèles du dialogue de bon ton

    24Le lien entre le genre du dialogue et la parole de la conversation de bon ton, tel qu’il apparaît dans le De officiis, n’a pas pour autant disparu chez Horace. Dans la satire 3 du livre II, lorsque Damasippe vient rendre visite au poète venu se retirer dans son domaine de Sabine au cours des Saturnales, le premier des ouvrages qu’il trouve sur la table de travail d’Horace est un dialogue de Platon (Sat. II, 3, 11). La liste se poursuit ensuite avec une pièce de Ménandre, puis avec le poète Eupolis et Archiloque. L’ordre de ces références doit être interprété du point de vue de la poétique des Satires, puisqu’il n’est pas chronologique. Platon et Ménandre, comme le souligne Bénédicte Delignon51, représentent la parole de conversation, celle de la douceur et de la conciliation, tandis qu’Eupolis et Archiloque sont des auteurs du franc-parler. Ces références situent le discours horatien sur le genre des Satires dans une stratégie de l’ambiguïté entre deux types de parole qu’a priori tout sépare.

    25Si le Socrate des dialogues devient figure du savoir sur l’humanité, Platon reste le modèle de la parole de conversation. Quant au lien qui associe le dialogue-sermo à la prose, il est réaffirmé par le poète, malgré le choix de l’hexamètre dans ses Satires – une manière de brouiller les pistes.

    Horace et le « prosaïque »

    26Adopter le genre de la satire, suivant l’héritage lucilien52, impliquait un recours au mètre poétique, en particulier l’hexamètre. On comprend ainsi pourquoi l’espace épique est si souvent investi par les Satires d’Horace, souvent à des fins parodiques53. Mais, en qualifiant ses Satires de sermones (Ep. I, 4, 1 et Ep. II, 2, 59-60), Horace poussait aussi ses poèmes du côté du dialogue, l’un des principaux genres représentatifs de la prose, comme on l’a vu plus haut54. La satire 4 (v. 39-61) du premier livre est explicite à ce sujet : le mètre ne fait pas la poésie et écrire comme Horace, en étant particulièrement proche de la langue de conversation (si qui scribat uti nos/ sermoni propiora), ce n’est pas faire de la poésie. Le vrai poète, conformément à une conception qui apparut peut-être au iie siècle av. J.-C., autour du stoïcisme moyen55, est celui qui a de l’ingenium, dont l’esprit est particulièrement divin (mens diuinior) et qui s’apprête à chanter de grands actes (os/ magna sonaturum). Il est pourvu d’un acer spiritus, d’un « souffle mordant » et de uis, de « puissance » (I, 4, 43). Les vers de Lucilius et les siens ne sont que des sermones : l’ordre des mots n’est pas essentiel, le mètre ne véhicule aucune puissance. La langue des Satires est celle qu’inspire la Musa pedestris (II, 6, 17), à laquelle fait écho la figure du promeneur, récurrente : outre le voyage à Brindes (I, 5), qui met en scène un voyageur empêtré dans les difficultés, on trouve aussi cette figure du promeneur sur les remparts qui dominent les jardins de Mécène (I, 8, 15 : aggere in aprico spatiari) ou celle de celui qui, s’en allant au forum, se fait alpaguer par un fâcheux qui veut absolument être de ses amis (I, 9), ou celle encore du fils d’affranchi, qui, plus libre qu’un sénateur, peut aller où bon lui semble (I, 6, 110 et suiv. : Quacumque libido est, / incedo solus). Comme la marche du promeneur, le sermo horatien se donne pour une langue volontiers concrète, faite de détours, de variations, de digressions. Il prend pour référence la langue du dialogue et, comme lui, se reconnaît dans la prose56.

    Conclusions

    27Les références d’Horace au genre du dialogue et au langage de la conversation servent bien entendu un projet poétique qui situe la satire entre le sermo de bon ton des dialogues de Platon et des pièces de Ménandre et les attaques nominatives du franc-parler de Lucilius ou des poètes de l’archaia. B. Delignon a montré, comme on l’a dit, le bénéfice qu’Horace tire de ce positionnement ambigu, en relation avec une définition nouvelle de la libertas qui ne peut plus, avec Octavien, être celle du franc-parler d’un Lucilius ou d’un Catulle. Mais elles permettent également de suivre l’itinéraire des théories associées au genre du dialogue.

    28Horace réaffirme tout d’abord le lien entre sermo et prose, qui avait été mis en place chez les rhéteurs, faisant du dialogue l’un des grands représentants de la prose, d’un point de vue essentiellement stylistique. Mais ce n’est pas tant la χάρις que met en valeur et que recherche le poète, inspiré par sa Muse qui marche, que la libertas, constitutive tout à la fois du genre de la satire et de la parole de conversation.

    29Horace confirme aussi que le genre du dialogue est perçu à Rome, d’un point de vue éthique, comme un modèle de parole de conversation : conciliante et charmante. Socrate, avec le stoïcisme moyen, qui appréciait Xénophon, était devenu le modèle de cette parole. Chez Horace, Platon en est aussi un représentant, aux côtés de Ménandre. Aux σωκρατικοὶ λόγοι d’Aristote s’est donc substitué un sermo socraticus, voire platonicus, représentation littéraire de la conversation de bon ton. Les nombreux loquaces des satires, trop bavards, incapables de parler d’autre chose que d’eux, de prendre garde à l’aptum, sont autant de contre-modèles de cette parole idéale, à commencer par Damasippe (Sat. II, 3), venu imposer, non sans agressivité, son savoir stoïcien tout frais au poète, de loisir dans sa villa.

    30Mais Cicéron et Horace associent la figure de Socrate au dialogue dans une autre perspective encore : le dialogue, dans l’Épître aux Pisons et, de manière discrète dans les Satires, se définit aussi comme un sermo socraticus – « miroir de la vie », écriture de la connaissance de soi et des hommes, suivant une vision de Socrate qu’on entrevoit déjà dans la République de Cicéron. À peine mentionné dans la Poétique d’Aristote, le dialogue devient alors à Rome le « premier » genre, le genre-source, et Socrate, le patron des écrivains, quel que soit le genre pratiqué, dans le domaine de la prose ou de la poésie.

    Notes de bas de page

    1 Cette étude s’inscrit dans le cadre d’un groupe de travail rassemblant des spécialistes de champs disciplinaires complémentaires. Il s’est constitué en septembre 2009 à l’université Blaise-Pascal, au sein de la Maison des Sciences de l’Homme de Clermont-Ferrand, sur le dialogue comme genre autonome de l’Antiquité au xxie siècle. Il s’agit d’élaborer des outils d’analyse pour étudier, grâce à une démarche transversale, à l’épreuve de la diachronie, l’élaboration, la réception, l’imitation et la transformation de ce genre et de ses dispositifs, en faisant se rencontrer des spécialistes de disciplines, de périodes et de corpus différents (Centre de Recherches sur les Littératures et la Sociopoétique, EA 1002 : http://www.univ-bpclermont.fr/celis/spip.php?article335).

    2 Nous ne prenons pas en compte ici la correspondance de Cicéron ni les dialogues du même auteur, qui apportent évidemment de précieux éclairages sur la perception du genre et sur ses dispositifs.

    3 Fragment d’un dialogue d’Aristote, Sur les poètes (fragment 72 Rose).

    4 Aristote, Poet. 1, 1447b10.

    5 A. Ford, « The beginings of dialogue : Socratic discourses and fourth century prose », dans S. Goldhill (dir.), The End of Dialogue in Antiquity, Cambridge University Press, 2008, p. 29-44.

    6 S. Dubel, « Définir le dialogue antique comme mimésis, entre forme théâtrale et conversation : des sokratikoi logoi (Aristote) au style du dialogue (Ps-Démétrios) », dans F. Cooren, A. Létourneau et N. Bencherki (dir.), Representations in Dialogue, Dialogue in Representations, Proceedings of the 13th conference of the International Association for Dialogue Analysis, 26-30 avril 2011, université de Montréal, iada.online.series 1/11, p. 249- 264 : http://iada-web.org/download/representationsindialogue.pdf (publié en ligne au 30 août 2012).

    7 Ibid., p. 260.

    8 Voir les travaux de L. Rossetti, et en particulier, Le Dialogue socratique, Encre Marine/Les Belles Lettres, 2011.

    9 Sur le contenu et la forme de ces dialogues, on ne peut qu’en rester à des conjectures prudentes. On pourra éventuellement se référer aux travaux de W. Jaeger, Aristote : fondements pour une histoire de son évolution, tr. O. Sedeyn, l’Éclat, 1997, ainsi qu’à J. Bernays, Die Dialoge des Aristoteles im Verhältniss zu seinen übrigen Werken, Berlin, W. Hetz, 1863. Voir également le travail éclairant de M. Zanatta, Aristotele, I Dialoghi, Milan, BUR, coll. « Classici greci e latini », 2008 : la littérature dite exotérique d’Aristote ne se confond pas exactement, rappelle l’auteur, avec le corpus des dialogues dont on connaît bien la liste grâce au catalogue établi par Diogène Laërce.

    10 Sur cet hapax dans le traité lui-même comme dans la théorie antique plus largement, P. Chiron, Démétrios, Du style, Les Belles Lettres, CUF, 1993, p. xli. Dans ce qui suit, les citations du traité sont empruntées au même ouvrage.

    11 Du style 21 : « La période du dialogue [διαλογική] est une période encore plus lâche et plus simple que la période narrative ; elle se manifeste à peine en tant que période ».

    12 Voir en particulier les exemples donnés au ch. 205. Un pendant au style du dialogue, à l’intérieur du style simple, est le « style épistolaire » [ἐπιστολική], décrit aux ch. 223-235.

    13 J.-P. Aygon, « Le dialogue comme genre dans la rhétorique antique », Pallas, n° 60, 2002, p. 197-208.

    14 Voir P. Chiron, Démétrios, Du style, op. cit., p. xxxv-xxxvii.

    15 S. Dubel, « Définir le dialogue antique comme mimésis », op. cit., p. 258.

    16 S. Dubel, ibid.

    17 Voir J.-P. Aygon, op. cit., p. 200.

    18 Est-ce pour cela que le chronotope de la rencontre fortuite est si souvent privilégié dans les dialogues de Platon mais aussi à Rome, chez le juriste Brutus, chez Cicéron et chez Varron ? Pierre Chiron (« Le dialogue entre dialogue et rhétorique », Ktèma, n° 28, 2003, p. 161), rappelle l’importance pour Alcidamas (Sur les sophistes) de la parole improvisée, marquée par le sens de l’occasion, par opposition à l’usage isocratique du discours écrit à l’avance. Les arguments employés par Alcidamas se retrouvent en partie dans le Phèdre de Platon et légitiment finalement le recours à la pratique du dialogue.

    19 J.-P. Aygon, « Le dialogue comme genre », op. cit., p. 205.

    20 « Le dialogue est un discours où se mêlent questions et réponses sur un sujet philosophique ou politique, qui tient compte du caractère propre des personnages qui interviennent avec une expression ornée. Quant à la dialectique, c’est l’art du discours qui nous permet de réfuter ou d’établir une thèse au moyen des questions et des réponses que font les interlocuteurs » (Diogène Laërce, III, 48, tr. L. Brisson, dans l’éd. de M.-O. Goulet-Cazé, Livre de Poche, coll. « La Pochothèque », 1999).

    21 J.-P. Aygon, « Le dialogue comme genre », op. cit., p. 205.

    22 C’est la position adoptée, par exemple, par L. Pernot, « Un rendez-vous manqué », dans Rhétoriques de la covnersation = Rhetorica, n° 11, 1993, p. 421-434. Cette position est nuancée par P. Chiron (op. cit.).

    23 S. Dubel, « Introduction », dans S. Dubel et S. Gotteland (dir.), Formes et genres du dialogue antique, Bordeaux, Ausonius, p. 11-23, p. 17-18.

    24 Voir S. Dubel, « Définir le dialogue antique comme mimésis », op. cit., p. 267.

    25 J.-P. Aygon, « Le dialogue comme genre », op. cit., p. 201.

    26 Ibid., p. 201.

    27 On retrouve également chez Quintilien les trois styles de la prose théorisés par les rhéteurs grecs. L’auteur de l’Institution oratoire énumère ainsi les auteurs grecs dont la lecture peut être profitable : les poètes, bien entendu, mais aussi les philosophes (auteurs de dialogues), les historiens et les orateurs (IO, X, 1, De copia uerborum, 73-131).

    28 Pour une étude de sermo en latin et de ses emplois, voir les analyses de L. Gavoille, « Lettre et sermo », dans E. Gavoille et L. Nadjo (dir.), Epistulae antiquae III, Paris-Louvain, Peeters, 2004, p. 33-52.

    29 L. Gavoille, « Lettre et sermo », op. cit., p. 37.

    30 C. Kerbrat-Orecchioni, Les interactions verbales, t. I, Armand Colin, p. 197.

    31 L. Gavoille, « Lettre et sermo », op. cit., p. 41.

    32 L. Gavoille, Oratio ou la parole persuasive, Louvain-Paris-Dudley, Peeters, coll. « Bibliothèque d’Études Classiques », 2008, p. 227-228.

    33 Rhétorique à Hérennius, III, 23 : sermo est oratio remissa et finitima cottidianae locutioni.

    34 Voir J.-P. Aygon, « Le dialogue comme genre », op. cit., p. 201 notamment, et supra.

    35 W. M. Short, « Mercury in the Middle : The Many Meanings of (Medius) Sermo in Latin », The Classical Journal, n° 108/2, 2013, p. 189-217.

    36 F. Prost, « La psychologie de Panétius : réflexions sur l’évolution du stoïcisme à Rome et la valeur du témoignage de Cicéron », REL, n° 79, 2001, p. 37-53.

    37 Voir Cic. Fin. IV, 79.

    38 Par exemple, le modèle de sociabilité qui se dégage de la réflexion sur la lettre, liée au λαλεῖν, la conversation, chez Ps.-Démétrios, avait sans doute subi l’influence du substrat culturel dominé par les idées du stoïcisme moyen, celui de Panétius de Rhodes, plus que celui de Posidonius. Voir P. Chiron, Un rhéteur méconnu, Démétrios (Ps.-Démétrios de Phalère). Essai sur les mutations de la théorie du style à l’époque hellénistique, Vrin, coll. « Textes et Traditions » n° 2, 2001, p. 341 notamment.

    39 Sur le problème des théories de la conversation à la fin de la République, voir C. Lévy, « La conversation à Rome à la fin de la République : des pratiques sans théorie ? », Rhetorica, n° 11, 1993, p. 399-420.

    40 Sermo in circulis, disputationibus, congressionibus familiarum uersetur, sequatur etiam conuiuia (ibid.).

    41 Voir le De oratore (III, 42) où Cicéron rappelle que la suauitas du sermo est huius […] urbis maxime propria.

    42 L’échange conversationnel apparaît largement dans les dialogues de Cicéron comme un art de l’écoute. On pense à Crassus qui, au début du livre II, refuse de parler le premier, même pour faire plaisir à Catulus et à César Strabon, pourtant venus tout exprès l’écouter, et enjoint les nouveaux venus à se faire auditeurs d’Antoine. Sur l’organisation des tours de parole dans les dialogues de Cicéron, voir par exemple E. Becker, Technik und Szenerie des ciceronischen Dialogs, Osnabrück, Obermeyer, 1938, p. 11-23 (à propos des formules de politesse). Voir, sur la ratio socratica chez Cicéron, R. Gorman, The Socratic Method in the Dialogues of Cicero, Stuttgart, Palingenesia, 2005.

    43 Cicéron, Off. I, 136 : maxime […] curandum est, ut deos, quibuscum sermonem conferemus, et uereri et diligere uideamur. Voir aussi Cornelius Nepos, Vie d’Atticus, 15, 2. Sur l’importance de la mise en scène des rituels de politesse dans les dialogues de Cicéron, voir, à propos en particulier du De oratore, J.-P. De Giorgio, « Defining dialogue in ancient Rome. Cicero’s De oratore, drama and the notion of everyday conversation », dans F. Cooren et A. Létourneau (dir.), Language and dialogue. Dialogue and representation, vol. 2, n° 1, Amsterdam/Philadelphia, J. Benjamins publishing Company, 2012, p. 105-121.

    44 L’art de l’écoute et du partage des tours de parole est merveilleusement résumé dans une tirade de Plaute, Mil. 643 et suiv.

    45 Cicéron, Off. I, 137. Voir aussi Cicéron, Lael. 98, qui proscrit également l’image du miles gloriosus dans la conversation.

    46 Voir sur ce point les remarques de C. Auvray-Assayas, « Réécrire Platon ? Les enjeux du dialogue chez Cicéron », dans F. Cossutta et M. Narcy (dir.), La Forme dialogue chez Platon, évolution et réception, Grenoble, Jérôme Millon, 2001, p. 237-255.

    47 Sur l’image de Socrate dans le monde romain, voir M. Lucciano, « Socrate paradigme des penseurs romains », dans Camenulae, n° 2, juin 2008, article en ligne (http://www.paris-sorbonne.fr/IMG/pdf/Lucciano.pdf.).

    48 Sur la souplesse de cette opposition entre sermo et contentio, voir C. Lévy, « La conversation à Rome à la fin de la République », op. cit.

    49 Cette conception de Socrate délaissant les cosmologies et les recherches sur la nature pour s’occuper de la « vie des hommes » est développée dans la République, I, 10, 15. Voir sur cette question, P. Vesperini, La philosophia et ses pratiques d’Ennius à Cicéron, Rome, EFR, BEFAR n° 348, 2013, p. 454 et suiv. Voir également Tusc. V, 4.

    50 Voir néanmoins la théorie séduisante de W. S. Anderson, « The Roman Socrates : Horace and his Satires », dans Essays on Roman Satire, Princeton University Press, 1982 (1963).

    51 B. Delignon, Les Satires d’Horace et la comédie gréco-latine : une poétique de l’ambiguïté, Louvain-Paris-Dudley, Peeters, 2006, p. 328.

    52 L’héritage est ambigu, comme le suggère la satire 10.

    53 Voir par exemple l’analyse de R. Glinatsis « La satire I, 7 d’Horace : une “créature étrange” ? », Vita Latina, n° 187-188, p. 128-142, 2013, à propos de la satire 7 et de la référence à Homère p. 134 et suiv.

    54 Il est entendu que les sermones renvoient aussi à la diatribe (Voir B. Delignon, Les Satires d’Horace et la comédie gréco-latine, op. cit., p. 329 et suiv.). Nous ne pouvons aborder cette question dans le cadre de cet article.

    55 Voir A. Rouveret, Histoire et imaginaire de la peinture antique (ve siècle av. J.-C.-ier siècle apr. J.-C.), Rome, EFR, BEFAR N° 274, 1989, p. 342-345.

    56 Sur le rapport entre la prose et les figures du sol et de la marche, voir ici-même les articles de J.-P. Guez et D. Kasprzyk.

    Auteur

    • Jean-Pierre De Giorgio
      Maître de conférences en langue et littérature latines depuis 2006, en détachement depuis septembre 2015, membre du CELIS et du programme Dialogos. Ses travaux portent essentiellement sur la variété des formes de l’écriture de soi à Rome (L’Écriture de soi à Rome : autour de la correspondance de Cicéron, Bruxelles, Latomus, 2015) et sur le dialogue et ses théories dans le monde romain. Il a dirigé le programme Dialogos-MSH-CELIS de 2012 à 2015 à Clermont-Ferrand, co-dirigé la publication d’un ouvrage sur les lieux du dialogue et de la conversation (à paraître en 2016 aux PUBP). Il est l’auteur de plusieurs articles sur le dialogue romain et prépare, en collaboration avec Anne-Marie Favreau, un volume sur les textes appelés « diatribes » et sur leur rapport au genre du dialogue (à paraître à l’automne 2016 aux éd. Lambert-Lucas, dans la collection « Le discours philosophique », dirigée par Frédéric Cossutta). Il prépare un mémoire d’habilitation (HDR) portant sur le dialogue et ses théories à Rome.
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    1 Cette étude s’inscrit dans le cadre d’un groupe de travail rassemblant des spécialistes de champs disciplinaires complémentaires. Il s’est constitué en septembre 2009 à l’université Blaise-Pascal, au sein de la Maison des Sciences de l’Homme de Clermont-Ferrand, sur le dialogue comme genre autonome de l’Antiquité au xxie siècle. Il s’agit d’élaborer des outils d’analyse pour étudier, grâce à une démarche transversale, à l’épreuve de la diachronie, l’élaboration, la réception, l’imitation et la transformation de ce genre et de ses dispositifs, en faisant se rencontrer des spécialistes de disciplines, de périodes et de corpus différents (Centre de Recherches sur les Littératures et la Sociopoétique, EA 1002 : http://www.univ-bpclermont.fr/celis/spip.php?article335).

    2 Nous ne prenons pas en compte ici la correspondance de Cicéron ni les dialogues du même auteur, qui apportent évidemment de précieux éclairages sur la perception du genre et sur ses dispositifs.

    3 Fragment d’un dialogue d’Aristote, Sur les poètes (fragment 72 Rose).

    4 Aristote, Poet. 1, 1447b10.

    5 A. Ford, « The beginings of dialogue : Socratic discourses and fourth century prose », dans S. Goldhill (dir.), The End of Dialogue in Antiquity, Cambridge University Press, 2008, p. 29-44.

    6 S. Dubel, « Définir le dialogue antique comme mimésis, entre forme théâtrale et conversation : des sokratikoi logoi (Aristote) au style du dialogue (Ps-Démétrios) », dans F. Cooren, A. Létourneau et N. Bencherki (dir.), Representations in Dialogue, Dialogue in Representations, Proceedings of the 13th conference of the International Association for Dialogue Analysis, 26-30 avril 2011, université de Montréal, iada.online.series 1/11, p. 249- 264 : http://iada-web.org/download/representationsindialogue.pdf (publié en ligne au 30 août 2012).

    7 Ibid., p. 260.

    8 Voir les travaux de L. Rossetti, et en particulier, Le Dialogue socratique, Encre Marine/Les Belles Lettres, 2011.

    9 Sur le contenu et la forme de ces dialogues, on ne peut qu’en rester à des conjectures prudentes. On pourra éventuellement se référer aux travaux de W. Jaeger, Aristote : fondements pour une histoire de son évolution, tr. O. Sedeyn, l’Éclat, 1997, ainsi qu’à J. Bernays, Die Dialoge des Aristoteles im Verhältniss zu seinen übrigen Werken, Berlin, W. Hetz, 1863. Voir également le travail éclairant de M. Zanatta, Aristotele, I Dialoghi, Milan, BUR, coll. « Classici greci e latini », 2008 : la littérature dite exotérique d’Aristote ne se confond pas exactement, rappelle l’auteur, avec le corpus des dialogues dont on connaît bien la liste grâce au catalogue établi par Diogène Laërce.

    10 Sur cet hapax dans le traité lui-même comme dans la théorie antique plus largement, P. Chiron, Démétrios, Du style, Les Belles Lettres, CUF, 1993, p. xli. Dans ce qui suit, les citations du traité sont empruntées au même ouvrage.

    11 Du style 21 : « La période du dialogue [διαλογική] est une période encore plus lâche et plus simple que la période narrative ; elle se manifeste à peine en tant que période ».

    12 Voir en particulier les exemples donnés au ch. 205. Un pendant au style du dialogue, à l’intérieur du style simple, est le « style épistolaire » [ἐπιστολική], décrit aux ch. 223-235.

    13 J.-P. Aygon, « Le dialogue comme genre dans la rhétorique antique », Pallas, n° 60, 2002, p. 197-208.

    14 Voir P. Chiron, Démétrios, Du style, op. cit., p. xxxv-xxxvii.

    15 S. Dubel, « Définir le dialogue antique comme mimésis », op. cit., p. 258.

    16 S. Dubel, ibid.

    17 Voir J.-P. Aygon, op. cit., p. 200.

    18 Est-ce pour cela que le chronotope de la rencontre fortuite est si souvent privilégié dans les dialogues de Platon mais aussi à Rome, chez le juriste Brutus, chez Cicéron et chez Varron ? Pierre Chiron (« Le dialogue entre dialogue et rhétorique », Ktèma, n° 28, 2003, p. 161), rappelle l’importance pour Alcidamas (Sur les sophistes) de la parole improvisée, marquée par le sens de l’occasion, par opposition à l’usage isocratique du discours écrit à l’avance. Les arguments employés par Alcidamas se retrouvent en partie dans le Phèdre de Platon et légitiment finalement le recours à la pratique du dialogue.

    19 J.-P. Aygon, « Le dialogue comme genre », op. cit., p. 205.

    20 « Le dialogue est un discours où se mêlent questions et réponses sur un sujet philosophique ou politique, qui tient compte du caractère propre des personnages qui interviennent avec une expression ornée. Quant à la dialectique, c’est l’art du discours qui nous permet de réfuter ou d’établir une thèse au moyen des questions et des réponses que font les interlocuteurs » (Diogène Laërce, III, 48, tr. L. Brisson, dans l’éd. de M.-O. Goulet-Cazé, Livre de Poche, coll. « La Pochothèque », 1999).

    21 J.-P. Aygon, « Le dialogue comme genre », op. cit., p. 205.

    22 C’est la position adoptée, par exemple, par L. Pernot, « Un rendez-vous manqué », dans Rhétoriques de la covnersation = Rhetorica, n° 11, 1993, p. 421-434. Cette position est nuancée par P. Chiron (op. cit.).

    23 S. Dubel, « Introduction », dans S. Dubel et S. Gotteland (dir.), Formes et genres du dialogue antique, Bordeaux, Ausonius, p. 11-23, p. 17-18.

    24 Voir S. Dubel, « Définir le dialogue antique comme mimésis », op. cit., p. 267.

    25 J.-P. Aygon, « Le dialogue comme genre », op. cit., p. 201.

    26 Ibid., p. 201.

    27 On retrouve également chez Quintilien les trois styles de la prose théorisés par les rhéteurs grecs. L’auteur de l’Institution oratoire énumère ainsi les auteurs grecs dont la lecture peut être profitable : les poètes, bien entendu, mais aussi les philosophes (auteurs de dialogues), les historiens et les orateurs (IO, X, 1, De copia uerborum, 73-131).

    28 Pour une étude de sermo en latin et de ses emplois, voir les analyses de L. Gavoille, « Lettre et sermo », dans E. Gavoille et L. Nadjo (dir.), Epistulae antiquae III, Paris-Louvain, Peeters, 2004, p. 33-52.

    29 L. Gavoille, « Lettre et sermo », op. cit., p. 37.

    30 C. Kerbrat-Orecchioni, Les interactions verbales, t. I, Armand Colin, p. 197.

    31 L. Gavoille, « Lettre et sermo », op. cit., p. 41.

    32 L. Gavoille, Oratio ou la parole persuasive, Louvain-Paris-Dudley, Peeters, coll. « Bibliothèque d’Études Classiques », 2008, p. 227-228.

    33 Rhétorique à Hérennius, III, 23 : sermo est oratio remissa et finitima cottidianae locutioni.

    34 Voir J.-P. Aygon, « Le dialogue comme genre », op. cit., p. 201 notamment, et supra.

    35 W. M. Short, « Mercury in the Middle : The Many Meanings of (Medius) Sermo in Latin », The Classical Journal, n° 108/2, 2013, p. 189-217.

    36 F. Prost, « La psychologie de Panétius : réflexions sur l’évolution du stoïcisme à Rome et la valeur du témoignage de Cicéron », REL, n° 79, 2001, p. 37-53.

    37 Voir Cic. Fin. IV, 79.

    38 Par exemple, le modèle de sociabilité qui se dégage de la réflexion sur la lettre, liée au λαλεῖν, la conversation, chez Ps.-Démétrios, avait sans doute subi l’influence du substrat culturel dominé par les idées du stoïcisme moyen, celui de Panétius de Rhodes, plus que celui de Posidonius. Voir P. Chiron, Un rhéteur méconnu, Démétrios (Ps.-Démétrios de Phalère). Essai sur les mutations de la théorie du style à l’époque hellénistique, Vrin, coll. « Textes et Traditions » n° 2, 2001, p. 341 notamment.

    39 Sur le problème des théories de la conversation à la fin de la République, voir C. Lévy, « La conversation à Rome à la fin de la République : des pratiques sans théorie ? », Rhetorica, n° 11, 1993, p. 399-420.

    40 Sermo in circulis, disputationibus, congressionibus familiarum uersetur, sequatur etiam conuiuia (ibid.).

    41 Voir le De oratore (III, 42) où Cicéron rappelle que la suauitas du sermo est huius […] urbis maxime propria.

    42 L’échange conversationnel apparaît largement dans les dialogues de Cicéron comme un art de l’écoute. On pense à Crassus qui, au début du livre II, refuse de parler le premier, même pour faire plaisir à Catulus et à César Strabon, pourtant venus tout exprès l’écouter, et enjoint les nouveaux venus à se faire auditeurs d’Antoine. Sur l’organisation des tours de parole dans les dialogues de Cicéron, voir par exemple E. Becker, Technik und Szenerie des ciceronischen Dialogs, Osnabrück, Obermeyer, 1938, p. 11-23 (à propos des formules de politesse). Voir, sur la ratio socratica chez Cicéron, R. Gorman, The Socratic Method in the Dialogues of Cicero, Stuttgart, Palingenesia, 2005.

    43 Cicéron, Off. I, 136 : maxime […] curandum est, ut deos, quibuscum sermonem conferemus, et uereri et diligere uideamur. Voir aussi Cornelius Nepos, Vie d’Atticus, 15, 2. Sur l’importance de la mise en scène des rituels de politesse dans les dialogues de Cicéron, voir, à propos en particulier du De oratore, J.-P. De Giorgio, « Defining dialogue in ancient Rome. Cicero’s De oratore, drama and the notion of everyday conversation », dans F. Cooren et A. Létourneau (dir.), Language and dialogue. Dialogue and representation, vol. 2, n° 1, Amsterdam/Philadelphia, J. Benjamins publishing Company, 2012, p. 105-121.

    44 L’art de l’écoute et du partage des tours de parole est merveilleusement résumé dans une tirade de Plaute, Mil. 643 et suiv.

    45 Cicéron, Off. I, 137. Voir aussi Cicéron, Lael. 98, qui proscrit également l’image du miles gloriosus dans la conversation.

    46 Voir sur ce point les remarques de C. Auvray-Assayas, « Réécrire Platon ? Les enjeux du dialogue chez Cicéron », dans F. Cossutta et M. Narcy (dir.), La Forme dialogue chez Platon, évolution et réception, Grenoble, Jérôme Millon, 2001, p. 237-255.

    47 Sur l’image de Socrate dans le monde romain, voir M. Lucciano, « Socrate paradigme des penseurs romains », dans Camenulae, n° 2, juin 2008, article en ligne (http://www.paris-sorbonne.fr/IMG/pdf/Lucciano.pdf.).

    48 Sur la souplesse de cette opposition entre sermo et contentio, voir C. Lévy, « La conversation à Rome à la fin de la République », op. cit.

    49 Cette conception de Socrate délaissant les cosmologies et les recherches sur la nature pour s’occuper de la « vie des hommes » est développée dans la République, I, 10, 15. Voir sur cette question, P. Vesperini, La philosophia et ses pratiques d’Ennius à Cicéron, Rome, EFR, BEFAR n° 348, 2013, p. 454 et suiv. Voir également Tusc. V, 4.

    50 Voir néanmoins la théorie séduisante de W. S. Anderson, « The Roman Socrates : Horace and his Satires », dans Essays on Roman Satire, Princeton University Press, 1982 (1963).

    51 B. Delignon, Les Satires d’Horace et la comédie gréco-latine : une poétique de l’ambiguïté, Louvain-Paris-Dudley, Peeters, 2006, p. 328.

    52 L’héritage est ambigu, comme le suggère la satire 10.

    53 Voir par exemple l’analyse de R. Glinatsis « La satire I, 7 d’Horace : une “créature étrange” ? », Vita Latina, n° 187-188, p. 128-142, 2013, à propos de la satire 7 et de la référence à Homère p. 134 et suiv.

    54 Il est entendu que les sermones renvoient aussi à la diatribe (Voir B. Delignon, Les Satires d’Horace et la comédie gréco-latine, op. cit., p. 329 et suiv.). Nous ne pouvons aborder cette question dans le cadre de cet article.

    55 Voir A. Rouveret, Histoire et imaginaire de la peinture antique (ve siècle av. J.-C.-ier siècle apr. J.-C.), Rome, EFR, BEFAR N° 274, 1989, p. 342-345.

    56 Sur le rapport entre la prose et les figures du sol et de la marche, voir ici-même les articles de J.-P. Guez et D. Kasprzyk.

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    De Giorgio, J.-P. (2016). Le dialogue littéraire est-il soluble dans la prose ? (Sermo, définition du dialogue et frontières de la prose à Rome, chez Cicéron et Horace). In J.-P. Guez & D. Kasprzyk (éds.), Penser la prose dans le monde gréco-romain. Rennes: Presses universitaires de Rennes. https://doi.org/10.4000/books.pur.176779
    De Giorgio, Jean-Pierre. « Le dialogue littéraire est-il soluble dans la prose ? (Sermo, définition du dialogue et frontières de la prose à Rome, chez Cicéron et Horace) ». In Penser la prose dans le monde gréco-romain, édité par Jean-Philippe Guez et Dimitri Kasprzyk. Rennes: Presses universitaires de Rennes, 2016. doi:10.4000/books.pur.176779.
    De Giorgio, Jean-Pierre. « Le dialogue littéraire est-il soluble dans la prose ? (Sermo, définition du dialogue et frontières de la prose à Rome, chez Cicéron et Horace) ». Penser la prose dans le monde gréco-romain, édité par Jean-Philippe Guez et Dimitri Kasprzyk, Presses universitaires de Rennes, 2016, https://doi.org/10.4000/books.pur.176779.

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    Guez, J.-P., & Kasprzyk, D. (éds.). (2016). Penser la prose dans le monde gréco-romain. Rennes: Presses universitaires de Rennes. https://doi.org/10.4000/books.pur.176709
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    Guez, Jean-Philippe, et Dimitri Kasprzyk, éditeurs. Penser la prose dans le monde gréco-romain. Presses universitaires de Rennes, 2016, https://doi.org/10.4000/books.pur.176709.
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