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    Plan détaillé Texte intégral Visions poétiques, regards de voyageurs Réduire l’indétermination La dynamique des réseaux Le contrôle des marges Notes de bas de page Auteur

    Mer et désert de l’Antiquité à nos jours

    Ce livre est recensé par

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    Table des matières

    Introduction. De l’île déserte aux îles du désert

    Gaëlle Tallet

    p. 13-24

    Texte intégral Visions poétiques, regards de voyageurs Réduire l’indétermination La dynamique des réseaux Le contrôle des marges Notes de bas de page Auteur

    Texte intégral

    « Ce qui est désert, c’est l’océan tout autour. »
    Gilles Deleuze, L’île déserte et autres textes. Textes et entretiens 1953-1974, Paris, Éditions de Minuit, 2002, p. 14.

    1Les auteurs anciens se sont volontiers livrés à un rapprochement entre deux espaces, la mer et le désert, et entre deux objets géographiques, l’île et l’oasis, qui entrent a priori assez rarement en relation mutuelle. Hérodote, au livre III des Histoires, décrit les oasis du désert Libyque d’Égypte comme des « îles des Bienheureux1 » et évoque à cette occasion la fameuse tempête de sable qui ensevelit les soldats de Cambyse partis de la Grande Oasis, au sud, les empêchant d’arriver à bon port à Siwa. Cette analogie a pu donner lieu par la suite à des développements plus ou moins heureux, comme ceux d’Olympiodore de Thèbes cherchant à démontrer, sur la base de considérations géologiques, que les oasis du désert Libyque étaient véritablement d’anciennes îles ensevelies sous les sables2.

    2Cette comparaison est omniprésente dans la littérature, et en particulier dans la prose et la poésie des voyageurs qui parcourent ces espaces, mais également dans les débats géostratégiques et la littérature militaire.

    3C’est donc à un questionnement des fondements et de la validité, au moins heuristique, de cette démarche que nous nous sommes livrés et auquel nous invitons le lecteur. Les contributions retenues ici sont le résultat de plusieurs rencontres menées au sein de l’axe « Environnements, Territoires, Circulations » de l’équipe d’accueil bi-site des universités de Limoges et Poitiers, le CRIHAM (EA 4270), sous la forme d’un colloque international qui s’est tenu à Limoges du 7 au 9 novembre 2013 et d’un séminaire qui nous a réunis à Poitiers au cours de l’année 2013/2014. Nous avons cherché à faire se rencontrer des pratiques historiographiques aussi diverses que l’archéologie, l’histoire des migrations, l’histoire de l’environnement, l’histoire des sciences, la géohistoire ou l’histoire des représentations afin d’approfondir un rapprochement qui laissait présager des discussions riches et de nouvelles perspectives de recherche.

    Visions poétiques, regards de voyageurs

    4Les poèmes d’un Théodore Monod traversant le Sahara, étudiés dans ce volume par Emmanuel Nantet, apparaissent comme autant d’odes à une mer dont il ne s’est jamais complètement éloigné. La méharée est toujours vécue comme une traversée, un cabotage d’oasis en oasis, dont la menace de naufrage est rendue perceptible par les vestiges visibles des caravanes échouées. La littérature de voyage abonde en comparaisons des espaces désertiques et maritimes, et des havres et refuges qu’offrent au voyageur épuisé ports insulaires ou caravaniers, quand ce ne sont pas les déhanchements du chameau qui causent au touriste méhariste un semblant de mal de mer. Les récits de voyages comparés de deux marins confrontés respectivement à l’Océan et au Sahara, Samuel de Champlain et René Caillié, révèlent, dans la contribution de Thierry Sauzeau, une même manière de nommer l’environnement et les obstacles et d’appréhender des espaces encore à explorer, ce qu’Alain Corbin nomme les « territoires du vide », en se fondant littéralement dans ces paysages. Ellen Morris s’est essayée avec profit à lister les différentes caractéristiques qui, de la préhistoire à nos jours, ont pu favoriser ce rapprochement dans l’imaginaire des voyageurs et des étrangers aux oasis : l’éloignement et la difficulté du voyage ; la dangerosité supposée de leurs habitants et les opportunités qu’elles offrent aux fugitifs, fraudeurs et pirates en tous genres ; leur usage comme lieux de relégation, qui en fait des « îles du diable » en puissance, et tout au contraire, leur perception parfois comme des lieux paradisiaques ; enfin, le caractère exotique de leur faune, de leur flore et autres bizarreries naturelles qu’on y rencontre, autant de points qui contribuent à la perception des oasis comme des îles3.

    5La pertinence de la comparaison récurrente entre mer et désert est toutefois questionnée. Ainsi, Emmanuel Nantet se demande si l’on peut chercher, chez Monod, au-delà de la métaphore, un véritable modèle interprétatif permettant de lire le désert par le détour par l’océan. Sur le plan théorique, Ellen Morris explore la question de l’apport qui pourrait être celui de la « théorie insulaire » à l’étude des oasis, et propose de penser cette analogie à la lumière de la notion d’affordance, c’est-à-dire en abordant les paysages sous l’angle des opportunités, des possibilités qu’ils offrent4. On retrouve là le cœur des réflexions de Gilles Deleuze dans les pages qu’il a consacrées à l’île déserte telle qu’elle apparaît dans les Robinsonnades de Daniel Defoe, Jean Giraudoux et Michel Tournier5. L’île déserte, et l’île en général, par définition isolée, séparée de ce qui l’entoure, n’est pas de nature géographique chez Deleuze, mais de nature imaginaire et mythologique, elle est le lieu d’une réflexion sur la relation de l’homme à son milieu. Chez Defoe, Robinson tente d’imposer son « pli », son mode de vie bourgeois à l’île : « tout est tiré du bateau, rien n’est inventé6 », tandis que chez Tournier, sa rencontre avec Vendredi va l’amener à interagir pleinement avec le milieu, à devenir avec l’île. Ces pages sur l’île déserte pourraient s’appliquer sans aucune modification à l’oasis, tant cet objet géographique apparaît comme le fruit d’une interaction intime entre l’homme et son environnement, comme nous l’ont montré Jean-Paul Bravard et Romain Garcier7, et tant sa perception dépend des projections du voyageur ou du résident.

    6L’oasis, comme l’île, est avant tout perçue dans le contraste qu’elle forme avec le désert ou la mer qui l’entoure. De ce fait, ces espaces sont ce que Christian Décobert a appelé, dans un article sur la perception du désert Libyque chez les géographes arabes, un « espace-prétexte », le lieu de projections et d’attentes8. De la même manière, dans son étude sur les oasis d’Égypte à travers les sources antiques, Guy Wagner insiste sur les visions contrastées qu’offrent les Anciens de ces paysages, entre exaltation de découvrir des lieux ombragés, riches en eau, à la fertilité exceptionnelle chez les auteurs classiques, et sentiment d’emprisonnement, d’insalubrité et de mort chez les auteurs chrétiens relégués loin de la vallée du Nil et d’Alexandrie9 – ce qu’Ellen Morris appelle « le continent ».

    7Au-delà d’un inventaire des convergences des représentations, notre ambition a donc été d’interroger la pertinence du rapprochement et d’en apprécier la fécondité sur le plan méthodologique et conceptuel. Notre démarche n’est pas inédite, et de nombreux historiens ont privilégié une approche croisée des deux espaces : ainsi, Fernand Braudel, lorsqu’il évoque la Méditerranée, consacre-t-il de brillantes pages au désert, en particulier dans un chapitre intitulé « le Sahara, l’autre visage de la Méditerranée10 ». Dans la même veine, Peregrine Horden et Nicholas Purcell affirment et conceptualisent ce rapprochement, annonçant d’ailleurs comme suite à leur vaste étude sur la Méditerranée antique et médiévale, The Corrupting Sea, un deuxième volume portant notamment sur les espaces désertiques, et intitulé Liquid Continents11. C’est pour cette raison que nous avons été heureux d’accueillir lors du colloque de Limoges l’intervention de Nicholas Purcell, au cours de laquelle il est revenu sur la pertinence historique de cette analogie et sur la créativité qu’elle peut susciter chez l’historien12. C’est cette créativité – la dimension heuristique de la comparaison – que nous avons souhaité explorer dans une perspective pluridisciplinaire, de manière à voir émerger de nouvelles questions, de nouvelles approches, de nouveaux modèles.

    Réduire l’indétermination

    8Depuis leur marginalité même, mers et déserts interrogent les centres dont ils sont censément éloignés : l’île questionne le continent, comme l’oasis questionne les surfaces irriguées. En réponse aux réflexions de Jean-Paul Bravard et Romain Garcier, qui évoquèrent pour nous l’émergence des espaces oasiens du Sahara, nés de la disparition progressive de la savane lors de la phase d’aridification amorcée à la fin de l’holocène humide13 et prolongeant la grande oasis de verdure qu’est la vallée du Nil, Philippe Pelletier évoque la fragile démarcation entre l’île et le continent – tout est question d’échelle, mais aussi d’accessibilité – et interroge l’indétermination de la mer au travers des dénominations retenues chez les Anciens, grecs et romains, mais également chinois et japonais. Si les oasis apparaissent comme autant de vestiges d’une savane, permettant aux populations qui y trouvent refuge d’entrer en connexion ou de rejoindre des étendues plus vastes, comme la Vallée du Nil, les îles sont perçues essentiellement, dans une culture insulaire comme la culture japonaise, comme un moyen de passage, un lien avec le continent par-delà les mers incertaines. Car, en dépit de leur marginalité, ces espaces sont traversés. Les dynamiques de peuplement, qu’il s’agisse des grandes migrations vers les oasis sahariennes au cours de la Préhistoire14 et durant les époques historiques, ou du peuplement par capillarité des îles égéennes15 ou mélanésiennes, suggèrent également une approche comparative et appellent des convergences dans le vécu et l’identité de ces populations.

    9Le rapprochement entre mer et désert réside donc avant tout dans l’indétermination qui caractérise a priori ces espaces de marge, et dans le désir de les franchir et de se les approprier. L’un et l’autre sont perçus comme des « zones grises et incontrôlées », des espaces ouverts à l’apparente uniformité, dont les frontières ne sont pas perceptibles16. Ils relèvent de la marginalité, de la périphérie, comme le rappelle Robin Ségalas dans son inventaire des appréhensions antiques des océans et des déserts. De même, les érudits musulmans ou chrétiens représenteront longtemps les océans et les déserts aux marges du monde connu, comme sur la carte d’El-Idrisi, réalisée pour le roi de Sicile Roger II, en 1154. C’est en effet la question centrale de la représentation d’un espace marginal, mal connu, qui se pose aux géographes arabes, pris, comme l’explique Jean-Charles Ducène, entre une démarche « géométrique », de fixation de l’espace, et une approche pragmatique, expérimentale, qui se fonde sur des outils et techniques communs, en mer et au désert : astrolabe, navigation grâce aux étoiles, mesure de l’espace en journées de navigation ou de marche17. Des problèmes pratiques sont de fait communs aux deux navigations, comme celui de l’approvisionnement en eau potable : le transport de réserves d’eau, le stockage de jarres enterrées comme il en a été mis au jour par les travaux de Frank Förster sur la piste antique d’Abou Ballas, entre l’oasis de Dakhla et le Gilf Kebir18, le recours à des animaux sobres comme le dromadaire dans les caravanes trouvent un écho dans les techniques de récupération des eaux de rosée mis en place lors des navigations au long court : toisons pendues aux agrès pour recueillir la rosée, vases de cuir ou de terre plongés dans la vague19. La question de la domestication du « chameau » dans le Sahara ancien, abordée par Damien Agut-Labordère, permet d’entrevoir l’espace désertique à hauteur de caravanier : véritable révolution, l’introduction du dromadaire a raccourci considérablement les distances, telles qu’elles pouvaient être appréhendées à pied, avec des caravanes d’ânes, créant une sorte d’anamorphose du rapport au désert. Bien plus, l’outil ne s’est pas limité à une pure dimension technologique, en ce qu’il a permis de nouvelles formes d’interactions entre des « populations chamelières », mobiles, expertes dans un élevage extrêmement complexe, et des populations oasiennes sédentaires, qui découvrirent à cette occasion un nouvel animal de bât.

    10L’appréhension de cet espace, mer ou désert, sa circonscription par la connaissance et son franchissement, relèvent donc à la fois du défi technologique, scientifique et humain. La réduction de ces espaces s’appuie sur la mise en place de réseaux et sur l’insertion de l’île ou de l’oasis dans des archipels, qui sont autant de jalons de peuplement, de migrations et de mobilités. Les deux espaces sont donc avant tout « odologiques », et s’appréhendent à travers des routes, des itinéraires, des circuits20, mettant en contact des populations fixées et des populations mobiles, sédentaires et nomades, le nomadisme impliquant, contrairement au fantasme répandu, beaucoup de règles et de codes. La perspective anthropologique sur l’oasis, adoptée par Vincent Battesti, vient ainsi compléter la géographie de l’île et de l’archipel développée par Philippe Pelletier : la nature historique de l’oasis, façonnée par l’homme, y est explorée dans ses deux dimensions fondamentales, agricole (avec en particulier une réflexion sur la domestication botanique de l’espace oasien) et marchande, dans une perspective socio-économique.

    La dynamique des réseaux

    11Au travers de ces espaces, mer et désert, se tissent donc des réseaux, dans ce qu’on a pu appeler, dans le cadre méditerranéen, la « connectivité21 » : des micro-régions interconnectées entre elles, formant autant de jalons d’un vaste réseau de mobilités, contribuent à définir ces espaces et à les saturer d’échanges. Dès l’Antiquité, des routes s’appuient sur des oasis et des cités aux « portes du désert », sur des îles et des ports littoraux, que l’on développe en les investissant de fonctions religieuses, commerciales et militaires.

    12Si la connectivité, concept développé par Horden et Purcell dans leur approche de l’espace méditerranéen antique et médiéval semble un modèle tout à fait pertinent dans le cas oasien comme dans l’espace insulaire et maritime, et est au cœur de la survie même des sociétés qui les habitent, il s’agit d’en explorer les modalités différenciées.

    13Un premier élément de rupture pourrait apparaître ici dans la problématique des transports, les transports par voie de mer et par voie de terre imposant des contraintes très différentes. La connectivité oasienne est en effet soumise à des obstacles qui semblent en premier lieu plus prégnants, par exemple en matière de transport de pondéreux. L’exemple des circuits de diffusion de la céramique par voie de terre et par voie de mer, évoqué lors du colloque de Limoges par des contributions croisées de Pascale Ballet et Séverine Lemaître, est éloquent. Ainsi, il apparaît clair que la céramique sigillée africaine, attestée par exemple dans l’oasis de Dakhla à l’époque romaine, n’a pu y être convoyée par voie de terre depuis la Tunisie mais a bien plus vraisemblablement emprunté la route maritime reliant la Tunisie à Ostie puis Ostie à Alexandrie, avant de remonter le Nil et de finir sa course sur le tronçon caravanier plus limité et praticable reliant la Vallée à Dakhla. Des denrées légères, non périssables, au prix de vente suffisamment élevé pour absorber les coûts du transport terrestre, étaient donc privilégiées. L’étude par Marie Phliponeau de l’impact du commerce d’un produit phare du transport caravanier, le coton, qui présente les qualités essentielles énoncées, sur le réseau subsaharien, met en évidence la part importante jouée par la connectivité dans la réduction de l’indétermination de l’espace désertique ; la connectivité cotonnière unifie véritablement la zone subsaharienne, s’articulant et se renforçant avec des facteurs culturels, comme dans le cas présent la diffusion de l’Islam.

    14Toutefois, la limite énoncée doit être nuancée : la mer aussi a ses contraintes, notamment météorologiques, et par exemple, en dépit des progrès de la navigation, le régime des moussons pouvait rendre plus avantageuse la voie de terre dans le cas des caravanes transportant l’encens depuis le sud de l’Arabie jusqu’à Gaza : les caravanes pouvaient partir dès le début de l’automne, tandis que les navires devaient attendre la mousson, et les premières pouvaient espérer parvenir à Gaza avant que les navires n’aient pu même quitter le sud de l’Arabie. Arrivés les premiers sur les marchés, les commerçants amortissaient ainsi les frais élevés du transport terrestre. Tout est donc affaire de conjoncture, d’objectifs recherchés, de rapport entre les coûts et les profits espérés, et de temps imparti, même si les contraintes naturelles demeurent.

    15La contribution d’Andrew Wilson s’attache à une comparaison méticuleuse entre le commerce caravanier, tel qu’il peut être étudié dans le Sahara d’époque romaine, et en particulier dans le Fezzan, et le commerce maritime : tirant profit des vertus heuristiques de la comparaison, Wilson appréhende les échanges au Sahara d’une manière novatrice, en évaluation la « navigation » au désert à l’aune des navigations hauturières et du cabotage, et en appréhendant les oasis comme de véritables emporia du désert, disposant de places d’échanges, de structures d’accueil et d’entrepôts.

    16Les réflexions que nous avons menées avaient pour objectif la définition d’un modèle de développement de ces espaces qui tienne compte des différents aspects de leur nécessaire connectivité : peut-on envisager un modèle économique spécifiquement oasien/insulaire et quelles limites doit-on lui apporter ? C’est ce à quoi s’est attelé Vincent Battesti, reprenant le concept de connectivité en lui apportant des nuances oasiennes : son étude du façonnement de l’agrobiodiversité à Siwa par sa vocation de lieu d’échanges, conduisant les paysans de l’oasis à produire deux variétés distinctes de dattes, dont une plus particulièrement pour l’exportation, pose de manière stimulante la question de l’articulation entre les routes caravanières et le terroir oasien. Il contribue également à complexifier notre approche de la connectivité oasienne, en reprenant et en nuançant le cliché bien répandu du Bédouin lié intrinsèquement au commerce. Roland Étienne, de son côté, s’attelle à une discussion et à un éclairage nouveau du concept de connectivité dans le cadre des Cyclades antiques. Il met en évidence le déséquilibre fondamental qui est au cœur de la vie dans les îles, dépendantes des importations, parfois sur de longues distances, et souvent contraintes à pratiquer des transhumances entre îles voisines, un déséquilibre qui constitue selon lui un rouage essentiel de la connectivité. L’économie de rente, soulignée précédemment, est fortement nuancée, au profit d’une insistance sur l’impossible prospérité des Cyclades. Le réseau lui-même peut en effet s’appuyer sur des îles qui sont désertes ou se désertifient, prenant en quelque sorte le pas sur l’exploitation des îles elles-mêmes. Dans les faits, en gommant les frontières entre les communautés insulaires, le réseau contribue à accroître l’indétermination fondamentale de l’espace maritime : il génère des économies prédatrices, fondées sur le brigandage et la piraterie.

    17À partir du moment toutefois où l’on conçoit le développement des îles et des oasis comme conditionné à leur mise en réseau, fut-il de micro-régions entre elles et pas nécessairement d’immenses empires, on perçoit l’importance cruciale du contrôle de ces zones a priori « grises », pour reprendre l’expression d’Olivier Pliez : ce sont en fait tout sauf des zones grises, mais des espaces détenteurs de ressources propres, parfois de véritables niches écologiques et donc économiques, dont le contrôle justifie le franchissement, l’appropriation par la connaissance et par des moyens matériels souvent conséquents, et la coopération entre différents acteurs – au-delà des frontières culturelles et nationales et au-delà de la dichotomie entre institutions et États d’une part, acteurs privés de l’autre. Qu’on songe par exemple au modèle des Trading Diasporas d’Abner Cohen, élaboré dans le cadre des pratiques des commerçants hausas en contexte yoruba22, qu’on peut appliquer avec profit au contexte des associations dans le commerce maritime grec à l’époque hellénistique, associations qui procurent à leurs membres des structures d’accueil et d’information dans un cadre transnational, dépassant le cadre ethnique23 : des communautés de marchands qui, bien que dispersés spatialement, forment une nation distincte à la fois de la société d’origine et des sociétés d’accueil où ils sont installés et jouent un rôle de « médiateurs culturels ». Le partage d’un certain nombre de valeurs et de croyances, qu’il s’agisse de l’islam chez les Hausas ou dans les communautés étudiées par Marie Phliponeau, ou de références cultuelles communes aux réseaux des cités marchandes de l’époque hellénistique, sert de support à l’élaboration d’une confiance mutuelle et renforce les solidarités au sein du réseau24. D’autres formes institutionnalisées d’encadrement des flux, caravaniers et maritimes, sont abordées par Luc Chantre au travers d’une étude sur le pèlerinage à La Mecque, par voie de mer et par voie de terre, au xixe siècle. Il met en évidence l’implication cruciale des consulats français dans l’organisation des flux de pèlerins et leur hébergement, allant jusqu’à parler de « pèlerinage consulaire » : la préférence de ces institutions pour la voie maritime est étudiée et confrontée à la concurrence avec un autre type de maillage, développé par les confréries religieuses, au premier rang desquelles la Sanûsiyya, puissante confrérie saharienne redoutée des services français.

    Le contrôle des marges

    18Comme le laissent entrevoir la plupart des contributions de ce volume, ces espaces marginaux s’avèrent stratégiques, sur le plan politique et sur le plan économique, et ce précisément du fait de leur position frontalière. Ils apparaissent comme des enjeux fondamentaux de contrôle, pour des États à proprement parler ou des institutions : contrôle de l’accès aux ressources souvent minérales et minières, qu’il s’agisse d’îles comme Paros ou Thasos dans l’antiquité grecque25, du sel et de l’or au cœur du Sahel26 ou des oasis du désert Libyque riches en alun27 ; contrôle des flux et des circulations ; contrôle des marges et affirmation des frontières, et par ricochet renforcement des centres.

    19C’est pourquoi la comparaison entre mer et désert est récurrente dans les approches militaires et géopolitiques de ces espaces de marge : ainsi lorsqu’à Bir Hackeim, en 1942, le lieutenant P. Messmer des Forces françaises Libres compare les expéditions menées par ses hommes dans le no man’s land à une « petite guerre de course », et déjà durant l’Ancien Empire égyptien, lorsque les responsables des expéditions dans le désert Libyque portaient un titre naval, ỉmy-ỉrty cpr wỉȝ, que l’on traduit en général par « amiral28 ». Lors des séminaires qui nous ont réunis, nous avons eu la chance d’écouter la présentation, malheureusement inédite, du Capitaine de Vaisseau Christophe Lucas, à la tête des avions de la patrouille maritime engagés dans l’opération Serval, qui s’est plié à notre commande en explicitant l’apport de son expérience de marin dans une opération menée au désert. Jean de Préneuf et Dominique Guillaumin, en dialogue avec cette intervention, explorent en profondeur l’influence du milieu sur les principes géostratégiques et reprennent le parallèle dégagé déjà par T. E. Lawrence entre le Sea Control, l’Air Control et ce qu’on pourrait appeler un Desert Control, en les confrontant aux différentes opérations engagées sur ce principe depuis la Première Guerre Mondiale. Face à la fluidité, à la mobilité de ces espaces, se pose la question de l’échelle, qui les amène d’ailleurs à rapprocher le désert des mers étroites plutôt que de la haute mer ; se pose également le problème de l’hétérogénéité du milieu désertique, qui s’apparente à un espace semi-fluide. La comparaison entre les deux types d’opérations et de dynamiques, si elle est nuancée, permet toutefois de dégager des convergences stratégiques.

    20En définitive, la problématique sous-jacente est celle de l’appropriation et de la colonisation, avec les résistances que cela suppose. La tendance des colonisateurs consiste à considérer la mer ou le désert comme des espaces vierges ou vides, soit en considérant l’espace découvert comme tout à fait vide, soit en affirmant que ses habitants n’existent pas – physiquement ou sur le terrain spirituel comme l’illustre la controverse de Valladolid – et ce, tant que leurs habitants ne leur opposent pas de résistance (militaire, culturelle, économique) sérieuse. Y compris lorsque la réalité d’une population locale plus ou moins organisée et résistante au modèle importé existe, le regard dominant développe une dimension de domestication, de quadrillage et de maîtrise de l’espace, dont le pèlerinage de La Mecque, le monopole italien de la route de la soie ou l’apprentissage du désert par les troupes coloniales de l’Empire français peuvent rendre compte. La problématique de la captation par les États des réseaux structurant ces espaces et des flux qui leur sont propres va de pair avec les politiques de police des mers et des déserts, contre des populations présentées comme pirates, mais qui ne sont souvent que d’autres usagers de ces espaces.

    21Ce contrôle ne passe pas nécessairement pas une approche militaire ou policière et peut mobiliser des structures intermédiaires. La contribution d’Olaf Kaper sur la politique égyptienne de constructions de temples à l’époque des dynasties saïte et perse (viie-ive siècles av. J.-C.), marquées par une forte colonisation des espaces oasiens du désert Libyque, met en évidence les corps intermédiaires, véritables financeurs d’un front pionnier oasien, que furent les temples traditionnels. Ces institutions puissantes, prospères, ont servi à la fois de pourvoyeuses de fonds et de marqueurs de la conquête des espaces de marges avec un programme d’édification de sanctuaires, en particulier dans l’oasis de Dakhla. Conscients de la nature particulière de ces espaces, ces institutions ont su associer, de manière inédite en Égypte, le panthéon de la Vallée du Nil, avec l’omniprésence du dieu thébain Amon, et les dieux du désert, avec une forme très particulière, valorisée, du dieu Seth, le traditionnel fauteur de troubles du panthéon égyptien : perturbateur, meurtrier du dieu Osiris, associé au chaos et à la terre rouge, le désert, il est un dieu central du panthéon oasien, où il apparaît sous un jour civilisateur, contrôleur des sources et des systèmes d’irrigation.

    22Une autre perspective et une autre forme de pragmatisme sont abordées dans un dialogue entre les contributions de Gaëlle Tallet et de Thierry Sauzeau : la première part d’un constat « papyrologique », à savoir l’existence de douanes associées au « port » (limen) de Memphis, mais situées systématiquement au contact des zones désertiques et de l’aboutissement des pistes caravanières du désert Libyque. Ce rapprochement étonnant et en apparence paradoxal permet d’entrevoir la gestion pragmatique de l’Empire romain de ses zones de frontière : grâce à un système de hub des pistes du désert, articulé à des ports fluviaux, les flux caravaniers sont captés par les puissances publiques, tout en déléguant à des acteurs privés, rompus aux usages du désert, l’activité de prélèvement. Ainsi, la frontière politique se distingue de la frontière douanière, et les ressources du désert, objet d’un véritable empilement de taxes, sont captées, rendant en définitive le percepteur plus redoutable que les éventuels brigands. Cette accumulation de taxes dans les lieux de passage obligé que constituent les oasis et les ports – on retrouve la théorie des affordances présentée par Ellen Morris – apparaît de manière éclatante dans la contribution de Thierry Sauzeau sur le complexe fiscal d’Ancien Régime, tel qu’il se présente dans les ports de Saintonge, objets d’une enquête fiscale du Commissaire Chardon en 1783. Ce dossier est intéressant à bien des égards. D’abord, parce qu’il traduit un véritable retournement de l’attitude de l’État et des élites françaises à l’égard du littoral et de ses ressources au milieu du xviiie siècle – jusque-là lié à l’activité des petites gens, sauniers, marins des barques de pêche. Ensuite parce que les règlements et taxations sont détaillés et analysés par le commissaire, et qu’y transparaissent, comme dans le dossier des douanes du désert, la crainte de la piraterie, les contournements des grandes institutions étatiques, et l’étranglement de la petite pêche locale, pressurée par une accumulation de prélèvements qui épargnent les plus grosses infrastructures et les navires de gros tonnage voyageant au long court. Là encore, l’enrichissement personnel des percepteurs, les abus des fermiers sont tempérés tant bien que mal par un État qui recherche l’équilibre entre la captation optimisée des flux maritimes et une intervention directe réduite pragmatiquement au minimum.

    23Les États, qui recherchent le contrôle de ces espaces, s’exposent par là même à des résistances, et à des négociations et des renoncements. De ces réalités négociées les menaces sans cesse ressurgies de piraterie et de raids, comme aujourd’hui en mer Rouge ou dans le Sahara, sont des exemples criants. Même si, on l’a vu, les pirates ne sont pas toujours ceux que l’on croit, la crainte est récurrente. Elle se fonde pour partie sur des fantasmes et sur l’incapacité des États d’assujettir complètement à un ordre imposé de l’extérieur les flux de mobilités, de commerce, qui maillent ces espaces. Elle est également liée des réalités géographiques et climatiques, porteuses de déséquilibres, qui rendent ces régions mouvantes. Ainsi Bernard Nantet, dans son essai d’appréhension du/des Sahel·s place-t-il au premier plan, dans son tableau d’un monde potentiellement en conflit permanent, les fluctuations climatiques et l’aridité, qui imposent une articulation délicate, en termes de temporalité, des activités nomades et sédentaires. Sans doute la fragilité des littoraux et des espaces insulaires, tout autant soumis à l’impact des variations climatiques, pose-t-il le même type de difficultés : ainsi de ces îles désertées, à chèvres et à pirates, évoquées par Roland Étienne. Ces facteurs d’instabilité sont renforcés par le riche potentiel économique des lisières, des littoraux, où fleurissent les comptoirs commerciaux, où se concentrent les échanges, les richesses et les conflits. Où entrent en contact les marges et les centres.

    Notes de bas de page

    1 Hdt. 3.26.

    2 Cité par Photius, FHG 4.33.

    3 Voir également Morris E., « Insularity and Island Identity in the Oases bordering Egypt’s Great Sand Sea », in Hawass z. et Ikram S. (dir.), In Thebes and Beyond : Studies in Honor of Kent Weeks, Le Caire, Supreme Council of Antiquities Press, 2010, p. 129-144.

    4 Sur ces théories, qui s’intègrent dans le Spatial Turn, voir également les travaux de Lussault M., L’homme spatial. La construction sociale de l’espace humain, Paris, Le Seuil, 2007 ; Berque A., La mésologie, pourquoi et pour quoi faire ?, Paris, Presses universitaires de Paris Ouest, 2014.

    5 Deleuze G., L’île déserte et autres textes. Textes et entretiens 1953-1974, Paris, Éditions de Minuit, 2002. Je renvoie ici au très bel article consacré à ce texte par le géographe Olivier Labussière, et remercie Romain Garcier de me l’avoir fait découvrir : Labussière O., « Optimisation, organisation de l’espace et pensée de l’émergence. La piste esthétique chez Gilles Deleuze », Communication au colloque Géopoint 2008. Optimisation de l’espace géographique et satisfactions sociétales, 2010, 8 p.

    6 Deleuze G., op. cit., p. 15.

    7 Leur communication n’est pas publiée ici, car la teneur de leurs réflexions était déjà pleinement développée dans un autre volume, auquel on se référera avec profit : Garcier R. et Bravard J.-P., « Qu’est-ce qu’une oasis ? Réflexions géographiques sur un objet-limite », in Tallet G. et zivie-Coche Ch. (dir.), Le myrte et la rose, Mélanges offerts à Françoise Dunand par ses élèves, collègues et amis II, CENiM 9, Montpellier, université Paul Valéry, 2014, p. 305-323.

    8 Décobert Ch., « Un espace-prétexte : les oasis d’Égypte vues par les géographes arabes », Studia Islamica 55, 1982, p. 95-114.

    9 Wagner G., Les oasis d’Égypte à l’époque grecque, romaine et byzantine, Bibliothèque d’Étude 100, Le Caire, Institut français d’Archéologie orientale, 1987, p. 113-120.

    10 Braudel F., La Méditerranée et l’espace méditerranéen à l’époque de Philippe II, I. La part du milieu, Paris, Le Livre de Poche, 19909 (édition originale : 1949), p. 205-227.

    11 Horden P. et Purcell N., The Corrupting Sea : a Study of Mediterranean History, Oxford, Wiley-Blackwell, 2000, p. 4.

    12 Cette intervention, qui n’a malheureusement pas pu être publiée dans ces actes, était intitulée : « Seas of water and of sand – reflections on a problematic historical analogy. »

    13 Outre l’article évoqué de Bravard et Garcier, nous renvoyons aux travaux pionniers de Rudolf Kuper et des chercheurs du projet ACACIA, développé à Cologne : Kröpelin S. et Kuper R., « Holocene Climate Change and Settlement in the Eastern Sahara », Geographische Rundschau 59/4, 2007, p. 22-29 ; id., « Climate-Controlled Holocene Occupation in the Sahara : Motor of Africa’s Evolution », Science 313/5788, 2006, p. 803-807 ; Kröpelin S., Cocquyt C., Russell J. M., Suchodoletz H. et Engstrom D. R., « Climate-Driven Ecosystem Succession in the Sahara : the Past 6000 Years », Science 320/5877, 2008, p. 765-768.

    14 Kuper R., « Routes and Roots in Egypt’s Western Desert », in Friedman R., Egypt and Nubia : Gifts of the Desert, Londres, British Museum Press, 2002, p. 1-12 ; id., « After 5000 BC : The Libyan Desert in transition », Comptes Rendus Palevol 5 (1-2, Janvier-Février), 2006, p. 409-419 ; Kröpelin S. et Kuper R., « More Corridors to Africa », CRIPEL 26, 2006-2007, p. 219-229 ; parmi les nombreuses contributions du volume, voir en particulier Riemer H., « Lessons in Landscape Learning : the dawn of long distance travel and navigation in Egypt’s Western Desert from prehistoric to Old Kingdom times », in Förster F. et Riemer H. (dir.), Desert Road Archaeology, Africa Praehistorica 27, Cologne, Heinrich Barth Institut, 2013, p. 77-106.

    15 Knapp A. B., « Insularity and Identity in the Prehistoric Mediterranean », in Antoniadou S. et Pace A. (dir.), Mediterranean Crossroads, Athènes-Oxford, Pierides Foundation, 2007, p. 79-94.

    16 Voir sur ce concept les remarques d’Armelle Choplin et Olivier Pliez sur le Sahara : Choplin A. et Pliez O., « Introduction », in id. (dir.), Sahara et Sahel, territoires pluriels, Mappemonde, Dossier spécial 103, 2011 ; id., « Un Sahara, des Sahara-s. Lumières sur un espace déclaré “zone grise” », 2013 [http://geoconfluences.ens-lyon.fr/actualites/eclairage/un-sahara-des-sahara-s] ; Brachet J., « Sahel et Sahara : ni incontrôlables, ni incontrôlés », Dossier du CERI 07/2013 [www.sciencespo.fr/ceri/fr/ content/dossiersduceri/sahel-et-sahara-ni-incontrolables-ni-incontroles?d02].

    17 Il faudrait y ajouter les concepts de latitude et de longitude : Sobel D., Longitude. L’histoire vraie du génie solitaire qui résolut le plus grand problème scientifique de tous les temps, Paris, J.-C. Lattès, 1996.

    18 Förster F., « With Donkeys, Jars and Water Bags into the Libyan Desert : the Abu Ballas Trail in the Late Old Kingdom/First Intermediate Period », British Museum Studies in Ancient Egypt and Sudan 7, 2007, p. 1-39.

    19 Voir les remarques de Victor Bérard dans son étude sur l’Odyssée d’Homère : Bérard V., Les navigations d’Ulysse III, Paris, Armand Colin, 1929, p. 110-111.

    20 Sur la notion d’espace odologique : Janni P., La mappa e il periplo : cartografia antica e spazio odologico, Rome, Bretschneider, 1984, 2e partie ; Purves A., Space and Time in Ancient Greek Narrative, Cambridge, Cambridge University Press, 2010, p. 144-150. Voir également la contribution de Jean-Charles Ducène dans ce volume, p. 161-173.

    21 Horden et Purcell, op. cit.

    22 Cohen A., « Cultural Strategies in the Organization of Trading Diasporas », in Meillassoux C. (dir.), The Development of Indigenous Trade and Markets in West Africa : Studies Presented and Discussed at the Tenth International African Seminar at Fourah Bey College, Freetown, December 1969, Oxford, Oxford University Press, 1971, p. 266-281.

    23 Voir par exemple Maillot S., « La formalisation des réseaux de mobilité méditerranéens. Remarques sur les associations à l’époque hellénistique », in Capdetrey L. et zurbach J. (dir.), Mobilités grecques : Mouvements, réseaux, contacts en Méditerranée, de l’époque archaïque à l’époque hellénistique, Bordeaux, Ausonius, 2012, p. 235-259.

    24 Voir toutefois les nuances apportées par Markovits C., « Des “diasporas commerçantes” aux circulations marchandes : à propos d’un texte d’Abner Cohen », Tracés. Revue de Sciences humaines [En ligne], 23 | 2012, mis en ligne le 19 novembre 2014, consulté le 23 novembre 2016.

    25 Sur les carrières de marbre dans le monde grec : Marbres helléniques. De la carrière au chef-d’œuvre, Bruxelles, Crédit communal, 1987 ; sur les mines : Healy J. F., Mining and Metallurgy in the Greek and Roman World, Londres, Thames and Hudson, 1978 ; Domergue C., Les mines antiques. La production des métaux aux époques grecque et romaine, Paris, A. et J. Picard, 2008.

    26 Voir la contribution de Bernard Nantet dans ce volume, p. 331-343.

    27 Picon M., Vichy M. et Ballet P., « L’alun des oasis occidentales d’Égypte. Recherches sur le terrain et recherches en laboratoire », in Borgard Ph., Brun J.-P. et Picon M. (dir.), L’alun de Méditerranée, Collection du Centre Jean Bérard 23, Naples/Aix-en-Provence, Publications du Centre Jean Bérard, 2005, p. 43-58.

    28 Voir Valloggia M., « Les amiraux de l’oasis de Dakhleh », in Geus F. et Thill F., Mélanges offerts à Jean Vercoutter, Paris, Éditions Recherche sur les Civilisations, 1985, p. 355-364.

    Auteur

    • Gaëlle Tallet
      Maître de conférences en histoire grecque à l’université de Limoges. Elle dirige la mission archéologique française d’El-Deir dans l’oasis de Kharga en Égypte. Ses travaux portent sur l’économie oasienne et la résilience de ces sociétés face aux changements et aux crises climatiques. Elle travaille plus particulièrement sur la structuration des communautés rurales et sur l’implication des institutions civiles et religieuses dans la mise en valeur, voire la colonisation de ces espaces de marges.
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    1 Hdt. 3.26.

    2 Cité par Photius, FHG 4.33.

    3 Voir également Morris E., « Insularity and Island Identity in the Oases bordering Egypt’s Great Sand Sea », in Hawass z. et Ikram S. (dir.), In Thebes and Beyond : Studies in Honor of Kent Weeks, Le Caire, Supreme Council of Antiquities Press, 2010, p. 129-144.

    4 Sur ces théories, qui s’intègrent dans le Spatial Turn, voir également les travaux de Lussault M., L’homme spatial. La construction sociale de l’espace humain, Paris, Le Seuil, 2007 ; Berque A., La mésologie, pourquoi et pour quoi faire ?, Paris, Presses universitaires de Paris Ouest, 2014.

    5 Deleuze G., L’île déserte et autres textes. Textes et entretiens 1953-1974, Paris, Éditions de Minuit, 2002. Je renvoie ici au très bel article consacré à ce texte par le géographe Olivier Labussière, et remercie Romain Garcier de me l’avoir fait découvrir : Labussière O., « Optimisation, organisation de l’espace et pensée de l’émergence. La piste esthétique chez Gilles Deleuze », Communication au colloque Géopoint 2008. Optimisation de l’espace géographique et satisfactions sociétales, 2010, 8 p.

    6 Deleuze G., op. cit., p. 15.

    7 Leur communication n’est pas publiée ici, car la teneur de leurs réflexions était déjà pleinement développée dans un autre volume, auquel on se référera avec profit : Garcier R. et Bravard J.-P., « Qu’est-ce qu’une oasis ? Réflexions géographiques sur un objet-limite », in Tallet G. et zivie-Coche Ch. (dir.), Le myrte et la rose, Mélanges offerts à Françoise Dunand par ses élèves, collègues et amis II, CENiM 9, Montpellier, université Paul Valéry, 2014, p. 305-323.

    8 Décobert Ch., « Un espace-prétexte : les oasis d’Égypte vues par les géographes arabes », Studia Islamica 55, 1982, p. 95-114.

    9 Wagner G., Les oasis d’Égypte à l’époque grecque, romaine et byzantine, Bibliothèque d’Étude 100, Le Caire, Institut français d’Archéologie orientale, 1987, p. 113-120.

    10 Braudel F., La Méditerranée et l’espace méditerranéen à l’époque de Philippe II, I. La part du milieu, Paris, Le Livre de Poche, 19909 (édition originale : 1949), p. 205-227.

    11 Horden P. et Purcell N., The Corrupting Sea : a Study of Mediterranean History, Oxford, Wiley-Blackwell, 2000, p. 4.

    12 Cette intervention, qui n’a malheureusement pas pu être publiée dans ces actes, était intitulée : « Seas of water and of sand – reflections on a problematic historical analogy. »

    13 Outre l’article évoqué de Bravard et Garcier, nous renvoyons aux travaux pionniers de Rudolf Kuper et des chercheurs du projet ACACIA, développé à Cologne : Kröpelin S. et Kuper R., « Holocene Climate Change and Settlement in the Eastern Sahara », Geographische Rundschau 59/4, 2007, p. 22-29 ; id., « Climate-Controlled Holocene Occupation in the Sahara : Motor of Africa’s Evolution », Science 313/5788, 2006, p. 803-807 ; Kröpelin S., Cocquyt C., Russell J. M., Suchodoletz H. et Engstrom D. R., « Climate-Driven Ecosystem Succession in the Sahara : the Past 6000 Years », Science 320/5877, 2008, p. 765-768.

    14 Kuper R., « Routes and Roots in Egypt’s Western Desert », in Friedman R., Egypt and Nubia : Gifts of the Desert, Londres, British Museum Press, 2002, p. 1-12 ; id., « After 5000 BC : The Libyan Desert in transition », Comptes Rendus Palevol 5 (1-2, Janvier-Février), 2006, p. 409-419 ; Kröpelin S. et Kuper R., « More Corridors to Africa », CRIPEL 26, 2006-2007, p. 219-229 ; parmi les nombreuses contributions du volume, voir en particulier Riemer H., « Lessons in Landscape Learning : the dawn of long distance travel and navigation in Egypt’s Western Desert from prehistoric to Old Kingdom times », in Förster F. et Riemer H. (dir.), Desert Road Archaeology, Africa Praehistorica 27, Cologne, Heinrich Barth Institut, 2013, p. 77-106.

    15 Knapp A. B., « Insularity and Identity in the Prehistoric Mediterranean », in Antoniadou S. et Pace A. (dir.), Mediterranean Crossroads, Athènes-Oxford, Pierides Foundation, 2007, p. 79-94.

    16 Voir sur ce concept les remarques d’Armelle Choplin et Olivier Pliez sur le Sahara : Choplin A. et Pliez O., « Introduction », in id. (dir.), Sahara et Sahel, territoires pluriels, Mappemonde, Dossier spécial 103, 2011 ; id., « Un Sahara, des Sahara-s. Lumières sur un espace déclaré “zone grise” », 2013 [http://geoconfluences.ens-lyon.fr/actualites/eclairage/un-sahara-des-sahara-s] ; Brachet J., « Sahel et Sahara : ni incontrôlables, ni incontrôlés », Dossier du CERI 07/2013 [www.sciencespo.fr/ceri/fr/ content/dossiersduceri/sahel-et-sahara-ni-incontrolables-ni-incontroles?d02].

    17 Il faudrait y ajouter les concepts de latitude et de longitude : Sobel D., Longitude. L’histoire vraie du génie solitaire qui résolut le plus grand problème scientifique de tous les temps, Paris, J.-C. Lattès, 1996.

    18 Förster F., « With Donkeys, Jars and Water Bags into the Libyan Desert : the Abu Ballas Trail in the Late Old Kingdom/First Intermediate Period », British Museum Studies in Ancient Egypt and Sudan 7, 2007, p. 1-39.

    19 Voir les remarques de Victor Bérard dans son étude sur l’Odyssée d’Homère : Bérard V., Les navigations d’Ulysse III, Paris, Armand Colin, 1929, p. 110-111.

    20 Sur la notion d’espace odologique : Janni P., La mappa e il periplo : cartografia antica e spazio odologico, Rome, Bretschneider, 1984, 2e partie ; Purves A., Space and Time in Ancient Greek Narrative, Cambridge, Cambridge University Press, 2010, p. 144-150. Voir également la contribution de Jean-Charles Ducène dans ce volume, p. 161-173.

    21 Horden et Purcell, op. cit.

    22 Cohen A., « Cultural Strategies in the Organization of Trading Diasporas », in Meillassoux C. (dir.), The Development of Indigenous Trade and Markets in West Africa : Studies Presented and Discussed at the Tenth International African Seminar at Fourah Bey College, Freetown, December 1969, Oxford, Oxford University Press, 1971, p. 266-281.

    23 Voir par exemple Maillot S., « La formalisation des réseaux de mobilité méditerranéens. Remarques sur les associations à l’époque hellénistique », in Capdetrey L. et zurbach J. (dir.), Mobilités grecques : Mouvements, réseaux, contacts en Méditerranée, de l’époque archaïque à l’époque hellénistique, Bordeaux, Ausonius, 2012, p. 235-259.

    24 Voir toutefois les nuances apportées par Markovits C., « Des “diasporas commerçantes” aux circulations marchandes : à propos d’un texte d’Abner Cohen », Tracés. Revue de Sciences humaines [En ligne], 23 | 2012, mis en ligne le 19 novembre 2014, consulté le 23 novembre 2016.

    25 Sur les carrières de marbre dans le monde grec : Marbres helléniques. De la carrière au chef-d’œuvre, Bruxelles, Crédit communal, 1987 ; sur les mines : Healy J. F., Mining and Metallurgy in the Greek and Roman World, Londres, Thames and Hudson, 1978 ; Domergue C., Les mines antiques. La production des métaux aux époques grecque et romaine, Paris, A. et J. Picard, 2008.

    26 Voir la contribution de Bernard Nantet dans ce volume, p. 331-343.

    27 Picon M., Vichy M. et Ballet P., « L’alun des oasis occidentales d’Égypte. Recherches sur le terrain et recherches en laboratoire », in Borgard Ph., Brun J.-P. et Picon M. (dir.), L’alun de Méditerranée, Collection du Centre Jean Bérard 23, Naples/Aix-en-Provence, Publications du Centre Jean Bérard, 2005, p. 43-58.

    28 Voir Valloggia M., « Les amiraux de l’oasis de Dakhleh », in Geus F. et Thill F., Mélanges offerts à Jean Vercoutter, Paris, Éditions Recherche sur les Civilisations, 1985, p. 355-364.

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    Tallet, G. (2018). Introduction. De l’île déserte aux îles du désert. In T. Sauzeau & G. Tallet (éds.), Mer et désert de l’Antiquité à nos jours. Rennes: Presses universitaires de Rennes. https://doi.org/10.4000/books.pur.173221
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    Tallet, Gaëlle. « Introduction. De l’île déserte aux îles du désert ». Mer et désert de l’Antiquité à nos jours, édité par Thierry Sauzeau et Gaëlle Tallet, Presses universitaires de Rennes, 2018, https://doi.org/10.4000/books.pur.173221.

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    Sauzeau, T., & Tallet, G. (éds.). (2018). Mer et désert de l’Antiquité à nos jours. Rennes: Presses universitaires de Rennes. https://doi.org/10.4000/books.pur.173191
    Sauzeau, Thierry, et Gaëlle Tallet, éd. Mer et désert de l’Antiquité à nos jours. Rennes: Presses universitaires de Rennes, 2018. doi:10.4000/books.pur.173191.
    Sauzeau, Thierry, et Gaëlle Tallet, éditeurs. Mer et désert de l’Antiquité à nos jours. Presses universitaires de Rennes, 2018, https://doi.org/10.4000/books.pur.173191.
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