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    Plan détaillé Texte intégral Le socle d’un imaginaire commémoratif : penser l’histoire et célébrer la « glorieuse défaite » de l’année terrible 1870 La Grande Guerre : roman national et mobilisations, des mémoires de Valmy au 11 novembre L’imaginaire commémoratif de Vichy. Ruptures, continuités et ambivalences : 1940 à l’aune de 1914 Notes de bas de page Auteur

    La France en guerre

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    Table des matières

    « Années terribles » et politiques festives

    Ruptures et continuités dans la construction d’un imaginaire national (de la mémoire de l’an II à 1940)

    Rémi Dalisson

    p. 303-315

    Texte intégral Le socle d’un imaginaire commémoratif : penser l’histoire et célébrer la « glorieuse défaite » de l’année terrible 1870 Le traumatisme fondateur et la question du mythe résistant fondateur Images et mémoires d’un imaginaire revanchard La Grande Guerre : roman national et mobilisations, des mémoires de Valmy au 11 novembre Célébrer un élan vital et une histoire victorieuse Le 11 novembre : quel roman national ? L’imaginaire commémoratif de Vichy. Ruptures, continuités et ambivalences : 1940 à l’aune de 1914 1939-1940 : l’imaginaire républicain face à « l’étrange défaite » Instrumentalisation et ambivalence des fêtes de guerre vichystes Notes de bas de page Auteur

    Texte intégral

    1Les nations en général et la nation française en particulier ont toujours eu besoin, surtout à partir de la fin du xviiie siècle ; de créer un « imaginaire national1 ». Il s’agit d’un « kit identitaire » au sens d’Anne-Marie Thiesse2, avec ses ancêtres bien identifiés, ses constructions de mythes fondateurs, la fabrication d’une langue nationale, le folklore et la culture de masse qui permettent la diffusion d’un modèle national, notamment par l’école. Ces marqueurs ont non seulement besoin de vecteurs, mais aussi d’incarnations faciles à populariser et à comprendre.

    2En France, depuis 1790, ce sont les fêtes nationales qui jouent ce double rôle de vecteur et d’incarnation de l’imaginaire national d’un pays émancipé de son passé d’Ancien Régime3. Mais à partir du xixe siècle, dans cette politique festive et civique, c’est la mémoire de guerre qui devient centrale. En effet, à partir de 1870, la mémoire commémorative se fonde sur celle des guerres, perdues comme gagnées. Ces représentations festives des conflits doivent incarner de manière polysémique, par l’image comme par le texte et les pratiques, la permanence et les valeurs d’une nation qui se pense porteuse d’un destin hors du commun digne d’éclairer le monde.

    3Les années terribles en sont la plus parfaire illustration. Qu’elles soient objet de célébrations (1870-1871, 1914-1915), substrat de commémorations revanchardes et mobilisatrices (1814-1815, 1792-1793) ou instrumentalisation de la mémoire des dates précédentes (1939-1940), elles doivent façonner un imaginaire et une mémoire nationale aux vertus mobilisatrices et civiques évidentes, éléments clé de la construction d’un roman national fait de nombreuses continuités (notamment avec le mythe structurant de Valmy et celui de l’héroïsme du poilu) dont les traces sont encore prégnantes de nos jours.

    Le socle d’un imaginaire commémoratif : penser l’histoire et célébrer la « glorieuse défaite » de l’année terrible 1870

    4La défaite militaire contre les Prussiens, qui illustre la seconde année terrible, et la victoire de la République en septembre 1870 d’abord, puis en 1875 et surtout en 18774 scellent une alliance nouvelle entre le régime de Marianne, la mystique de la revanche et la volonté de fonder une identité nationale républicaine par tous les moyens, fêtes et commémorations civiques comprises.

    Le traumatisme fondateur et la question du mythe résistant fondateur

    5Dès la proclamation de la République, les républicains qui appartiennent à une génération formée dans l’opposition à l’Empire, se proclament les meilleurs défenseurs de la patrie républicaine, dans la droite ligne de leurs ancêtres de 1792, bien plus que de ceux de 1848. Il n’est qu’à songer aux mots de la proclamation de Gambetta annonçant à l’Hôtel de Ville le rétablissement du régime né de Valmy, dans un texte truffé de références à 1792 et au sursaut de l’automne dont Valmy fut l’acmé. « Français ! Le Peuple a devancé la Chambre, qui hésitait. Pour sauver la Patrie en danger, il a demandé la République. Il a mis ses représentants non au pouvoir, mais au péril. La République a vaincu l’invasion en 1792, la République est proclamée. La Révolution est faite au nom du droit, du salut public. Citoyens, veillez sur la Cité qui vous est confiée ; demain vous serez, avec l’armée, les vengeurs de la Patrie5 ! »

    6Mais imposer ces références est complexe dans un pays peu républicanisé, hormis dans les grandes villes, et où les campagnes restent durablement marquées par les « levées en masses » républicaines. Il importe alors de choisir le corpus symbolique propre à mobiliser les populations. Et en ce sens Valmy marque le point ultime des références révolutionnaires6 utilisées par les nouveaux dirigeants du pays. La Terreur, sans même parler de la « Grande Terreur » qui début en 1793, est bien entendu éclipsée par la symbolique du sursaut national victorieux qui sauve la « Grande Nation ». C’est ainsi que le mythe de Valmy, né au tournant du siècle, se développe sous le règne du fils de « Philippe Égalité7 ». Le tableau de Vernet, peintre orléaniste, en est le meilleur symbole dès 1826 au point d’inspirer celui de 1835 peint par Mauzaisse, accroché au musée de Versailles et « dédié à toutes les gloires de France8 ». Mais il faut tenir compte de l’action culturelle de Napoléon III qui, en matière d’histoire, fait beaucoup pour la naissance d’un « roman national » intégrant les grandes dates républicaines. Il s’intéresse ainsi à l’Antiquité9, aux Gaulois et à la figure de Vercingétorix, futur héros fondateur du roman national de la Troisième République, tout en autorisant les fouilles à Alise-Sainte-Reine, prélude à l’inauguration de la statue de 1865.

    7Sur ce socle, il est facile pour les républicains opportunistes de s’appuyer sur d’autres mythes nationaux, bien utiles après la défaite de 1870-1871, comme Valmy ou le soldat de l’an II. En outre, l’école républicaine en pleine construction, mais aussi des historiens républicains militants tels Henri Martin et surtout Jules Michelet font de Valmy un moment résumant un peuple tout entier uni dans la République dressée contre l’ennemi que l’on terrasse. Les mots de Michelet sont éloquents : « Sur toute cette jeune armée planait quelque chose, comme une lueur héroïque, où le roi ne comprit rien. Cette lueur était la Foi. Et cette joyeuse armée qui d’en haut le regardait, c’était déjà l’armée de la République10. » Dès la fin du siècle cette bataille/symbole civique unifiant fait immédiatement son entrée dans les manuels d’histoire scolaires, des plus généralistes comme le Petit Lavisse qui explique que « nos jeunes soldats furent courageux et furent victorieux parce qu’ils aimaient de tout leur cœur la France notre patrie – sous-entendu républicaine11 » aux plus spécialisés comme Les bottes de Valmy, ouvrage richement illustré publié en 1900 à la Librairie d’éducation de la jeunesse.

    8La victoire de Valmy devient la référence suprême et l’incarnation de la défense de la République qu’une grande part de l’action culturelle du pouvoir s’acharne à imposer dans le cœur et les esprits des petits Français, notamment par la fête nationale qui doit acculturer à la « juste revanche », comme on disait alors. Le traumatisme de l’année terrible destructrice 1870-1871 sera alors lavé par la gloire de l’année terrible fondatrice, 1792.

    Images et mémoires d’un imaginaire revanchard

    9L’usage commémoratif et civique de cette première « année terrible » commence tôt et se poursuit sans interruption jusqu’à la Grande Guerre. C’est d’abord à travers les « fêtes de la revanche12 » que furent les inaugurations de monuments aux morts en mémoire de 1870 que la mystique de Valmy se développe dans les fêtes républicaines. Dès 1871 (travaux du monument au Mans) et sans relâche, bien au contraire, jusqu’au début de la Grande Guerre (12 juillet 1914, inauguration de Carcassonne), les fêtes d’inaugurations se multiplient dans tout le pays, y compris fort loin des zones de combats dès 1876. Dans un contexte d’exaltation nationaliste, notamment au moment de l’affaire Dreyfus et dans les dix années précédant l’année 1914, ces « fêtes de la revanche » selon le préfet de Seine-et-Marne s’appuient sur un discours bien rodé. Il met en avant la légitimité de la reconquête des Provinces perdues et sa réalisation inéluctable, grâce à la République rénovée, appuyée sur « l’arme de la nation » ou la « nation en arme » grâce à la toute nouvelle conscription de 1872 révisée en 1889, bien dans le prolongement des soldats de l’an II et des victoires de Valmy, Jemmapes et Fleurus. Les monuments alors érigés13 tout autant que les discours en portent les traces : les édifices ont des noms évocateurs tels « la Revanche » (Vic-en-Bigorre), « le Devoir » (Verdun), ou des slogans clairs (« leur défaite est une victoire » à Héricourt). De même les pratiques commémoratives avec les défilés des sociétés républicaines (dont celles d’anciens combattants) aux noms suggestifs (« Vercingétorix », « la Patrie en armes », « la Gauloise »), les chants (La résurrection du drapeau, Le chant du départ, La Marseillaise) et plus encore les discours.

    10Ils évoquent souvent 1792-1793 et la mystique de l’an II comme à Ceaucé : « nous n’oublierons jamais la patrie des Marceau, Kellermann et Hoche » ou « la glorieuse révolution de nos pères et à leurs victoires14 » à Melun. Les toasts sont à l’avenant comme les discours d’enseignants ou les pièces de théâtre, les médailles (création de la Médaille commémorative de la guerre de 1870-1871 en… 1911), les diplômes voire les feux d’artifice avec leurs transparents patriotiques.

    11Enfin, comme un couronnement, les fêtes nationales de l’année 1892 sont toutes, y compris le 14 juillet, centrées sur la nécessité de la revanche, au nom d’un sursaut comparable à celui de l’année terrible de Valmy. Le 22 septembre 1892 est donc consacré fête nationale sous le nom de Centenaire de la proclamation de la République et de Valmy. Selon les mots du préfet de l’Yonne, il s’agit ce jour-là de montrer que « la République [celle de 1892] est fille de la première [donc de Valmy] ». Le maire de Coulommiers présente le 22 septembre comme le « jour de la proclamation de la République la plus glorieuse puisque [comme aujourd’hui] la force est au service droit [slogan utilisé souvent pour justifier par avance la Revanche]15 ». Ce jour-là les défilés, y compris de bataillons scolaires, furent nombreux et les discours tous plus enflammés les uns que les autres. Ils démontrent que le régime procède de l’année terrible de 1792, date symbolique qui, bien insérée dans les programmes et les livres scolaires, rend la reprise de l’Alsace-Moselle inévitable, ce qui légitimera la Troisième République comme Valmy avait légitimé la Première. Dans le même registre, le 14 juillet 1883 voit l’inauguration de la statue due à Léopold Morice à Paris, sur la place de la République, dont l’un des bas-reliefs, véritable leçon d’histoire déambulatoire et populaire appelé « 20 septembre 1792 : la victoire de Valmy », est alors le plus commenté16.

    La Grande Guerre : roman national et mobilisations, des mémoires de Valmy au 11 novembre

    12Le début de la Grande Guerre sonne l’heure de la revanche, au nom des soldats de l’an II (et de la première année terrible que fut 1792-1793), mais aussi, de manière plus subliminale, de l’humiliation de 1814-1815, seconde année terrible. Il s’agit alors de scander la mémoire de ces deux années terribles pour venger l’humiliation de la troisième année terrible, 1870-1871. Au patriotisme républicain s’ajoute à présent, comme le fondement de 14-18 même, la volonté de relégitimer ou de républicaniser la geste impériale (via les batailles héroïques et emblématiques, même en cas de défaite, de Iéna, Leipzig et Waterloo) intégrée au roman national lavissien17 que le 11 novembre sacralisera dès 1922.

    Célébrer un élan vital et une histoire victorieuse

    13Dès août 1914, les choses sont claires quand Henri Desgranges proclame fièrement à la une de L’Auto : « Quand votre crosse sera sur leur poitrine […] enfoncez sans pitié ! Il faut en finir avec ces imbéciles malfaisants qui depuis 44 ans nous empêchent de vivre et d’être heureux. […] Nous avons eu la première manche à Iéna, ils ont eu la seconde à Sedan, à nous la belle18 ! »

    14Le conflit se résume donc à un face-à-face avec l’Allemagne, sur le modèle sportif alors en plein essor à travers la presse et la « sportivisation » des activités physiques de mieux en mieux organisées autour de compétitions officielles19. Si la référence à l’année terrible de Sedan ne surprend guère, car elle est le moteur évident de la revanche, surtout pour l’école et les cadres militaires qui y croient jusqu’au bout comme l’a montré Nicolas Mariot20, si elle se suffit à elle-même tant elle est présente dans les cœurs et dans les esprits par sa proximité (une génération), la référence à Iéna est plus originale. Elle est la première pierre du triptyque qui fonde la revanche. Car ce sont bien toutes les humiliations du siècle subies par la France que la Grande Guerre, comme on l’appelle dès 1915, doit laver. La victoire de Iéna renvoie en effet à la défaite de Leipzig, la « Bataille des nations », véritable prélude à l’année terrible 1814-1815 et à la campagne de France.

    15Faire la liaison entre les trois années terribles, même par ce détour raconté par Desgranges, est aussi une manière de parachever la républicanisation de Napoléon (que l’école a bien entamée de son côté) au nom de la défense de la patrie et des trois couleurs. C’est l’armée de conscription qui fédère la Nation et la République, comme en l’an II, une armée héritière de celle de l’Empire et de la « garde qui meurt mais ne se rend pas21 ».

    16Dès lors, dans les tranchées comme à l’arrière, surtout, la continuité entre les trois années terribles est réaffirmée au nom de la défense du sol sacré de la patrie envahie par les Allemands (Leipzig, Sedan) et leurs alliés (Waterloo, campagne de France) qui menacent partout et toujours (Valmy et par extension Fleurus). Bien entendu, dans cet ensemble, c’est le mythe de Valmy et de l’an II qui est le plus usité car le plus populaire et le plus martelé dans les médias et les écoles depuis quarante ans.

    17Toute une iconographie populaire et enfantine en témoigne, et d’abord les unes de journaux : ainsi Le Petit Journal de mai 1915 qui est le plus explicite22 avec le sous-titre « comme à Valmy » où l’on trouve des drapeaux impériaux. Le numéro d’avril de la même année montre « le cauchemar de Germania » en mélangeant les mêmes références historiques et militaires. Ce sont aussi des cartes postales23 innombrables pour l’arrière et les enfants (voire pour les marraines de guerre) avec en arrière fond dans le ciel Le rêve de Detaille24 qui mêle souvenirs républicains et grandeur militaire impériale et est objet d’un culte scolaire et patriotique dès son achèvement. Ces titres, ces images et ces cartes sont innombrables, surtout en 1915 quand le choc de la « nouvelle guerre » est tel, avec notamment les tranchées, mais aussi l’internationalisation et la guerre industrielle, et si inattendu que tous les moyens de propagande culturelle sont mobilisés. Ainsi la destruction de Reims et les dégâts subis par la cathédrale au mois de février posent la question du mythe structurant de Jeanne d’Arc (qui appartient au récit national lavissien depuis que Michelet l’a républicanisé) et de son instrumentalisation pour « barbariser » l’ennemi allemand25.

    18Le témoignage le plus éloquent de la continuité entre les années terribles 1792-1793, réactivées par 1870-1871, est le deuxième numéro du journal Le Barbare du 1er novembre 1914, quand le pays commémore les premiers morts de la guerre, en cet automne de sidération face aux grands massacres et juste après le soulagement dû au « miracle de la Marne26 ». Cet hebdomadaire à la courte existence montre un poilu de 1914, héritier direct du moblot de 1870, serrant la main d’un soldat de l’an II avec cette fois une référence non plus à Valmy, mais bien à 1793, donc à la levée en masse (février 1793) et à la victoire de Fleurus. Mais dans l’imaginaire d’alors, c’est bien Valmy que représente le soldat de l’an II avec tous ses attributs révolutionnaires. Le sous-titre est on ne peut plus explicite qui voit ce dernier féliciter le poilu, digne héritier et de ses victoires et de son courage, en ces termes : « Bravo ! mon vieux, tu défends bien ce que j’ai gagné avec tant de peine autrefois27 ! »

    19Cette continuité mythologique entre les années terribles sur fond de roman national édifiant est reprise dans quelques (rares) journaux de tranchées28. Ainsi L’Anti-cafard devient-il rapidement Poilus et Marie-Louise, évidente référence aux armées impériales. De son côté Le Flambeau de 1918 exhibe en couverture la continuité entre les grognards napoléoniens et les poilus. Dès la fin de la guerre, la question commémorative devient l’occasion de tenter de clore ce chapitre des trois années douloureuses passées (1792-1793 ; 1814-1815 ; 1870-1871) à l’aune de la nouvelle année terrible que fut 1914-1915. Cette dernière cristallise alors le triptyque des dates funestes dans le sang, la mort et la boue.

    Le 11 novembre : quel roman national ?

    20La question du rapport au passé et du roman national après les hécatombes est bien résumée par les débats entourant la célébration de l’anniversaire du 11 novembre. Tout dans ce cas illustre les hésitations de la mémoire nationale et la fonction, dans ce récit unifiant, des quatre années terribles qui nous occupent. Dans ces débats qui durent plus de quatre ans, la question de la mémoire de l’année terrible est posée par Clemenceau, le jour même de l’Armistice, devant les parlementaires : « comme disaient nos pères : salut à l’Alsace-Lorraine enfin retrouvée29 ». Une tension extrême sépare les deux blocs qui veulent commémorer la victoire. D’un côté, l’État entend le faire au nom de la revanche et des valeurs de la République glorieuse, donc de l’année terrible et de toutes les précédentes qui la fondent.

    21De l’autre côté, les anciens combattants veulent certes célébrer, mais sans ostentation et uniquement les « copains30 » morts au front (Allemands compris), en insistant sur le dégoût de la guerre. L’hommage à Gambetta (donc à 1870-1871) la veille du 14 juillet 1919, le passage sous l’Arc de Triomphe (hommage napoléonien) le jour même avec le cénotaphe orné des mots « Aux morts pour la Patrie » (double renvoi à 1792-1793, mais aussi à Hugo, représentant des mémoires napoléonienne et surtout revancharde de l’après-Sedan), l’illustrent bien. Tout comme le débat de 1920 sur le jumelage des anniversaires de la Troisième République et du 11 novembre. Que Gambetta aille finalement au Panthéon est la victoire de la mémoire de 1870-1871, alors que l’installation du poilu inconnu sous l’Arc de triomphe est celle de la mémoire napoléonnienne, donc de 1814-1815. Quant à la sacralisation du mort pour la patrie, c’est celle de 1792 et de Valmy revue par Fleurus, avec en outre le mythe qui perdure encore de la « flamme du Soldat inconnu31 ».

    22Une fois créé, le 11 novembre devient à la fois « la victoire et le triomphe du droit et de la France » (selon le ministre de l’Intérieur Maurice Maunoury) et « l’affirmation que la France reste fidèle à sa grande tradition républicaine, née en 1792 » (comme le déclare le ministre de l’Instruction publique Léon Bérard), une « manifestation républicaine et patriotique32 » selon le préfet de Seine-et-Marne et une commémoration originale. Malgré cela, elle devient également celle des anciens combattants et de la détestation de la guerre, la dernière comme les précédentes, ce qui inclut les années terribles. Elle devient la pédagogie civique d’un roman national renouvelé, teinté de pacifisme au nom même de ces années terribles : « vous les petits, vous serez studieux à l’école, vous apprendrez que dans l’Histoire de France les plus belles années ont été celles usées par les guerres, les peuples […] travaillent à la paix33 ».

    23Les pratiques reflètent cette ambivalence : en 1928, il y a deux cérémonies le 11 novembre à Melun, l’une au monument de 1870 pour marquer la continuité glorieuse avec les années terribles précédentes qui ont fait triompher le droit et la République. Puis une seconde se tient au monument de la Grande Guerre, incarnation terrible de l’année terrible 1914-1915, surtout dans la région, sans exalter autre chose que la fraternité des morts et l’espoir qu’elle soit la « der des der ». Le déroulé des cérémonies est tout aussi double : les remises de couronnes, les toasts, les discours et jusqu’au rituel spécifique de la minute de silence ou des sonneries. Même l’école et le roman républicain scolaire sont contaminés par cette relecture pacifiste, quand le Petit Lavisse de 1921 ne fait plus guère référence à l’année terrible 1870-1871 ou à la revanche, mais espère que « 14-18 soit la dernière des guerres » et affirme que l’héroïsme des soldats allemands était l’égal de celui des poilus, chose impensable avant la Grande Guerre !

    L’imaginaire commémoratif de Vichy. Ruptures, continuités et ambivalences : 1940 à l’aune de 1914

    24La question rebondit de manière brutale et imprévue vingt ans après les dernières cartouches tirées sur le champ de bataille et après vingt ans de pédagogie civique par la fête nationale et la commémoration du 11 novembre.

    1939-1940 : l’imaginaire républicain face à « l’étrange défaite »

    25En l’espace des six semaines de la « bataille de France », l’armée est vaincue et l’armistice signé le 22 juin 1940. Dès lors, le nouveau pouvoir du « vainqueur de Verdun » en quête de légitimité va utiliser toutes les ressources de l’action culturelle34 pour s’imposer dans une opinion marquée par près de soixante-dix ans de culture républicaine. Pour cela, comme sous le régime précédent, mais dans une logique opposée, les fêtes nationales (et locales) et l’instrumentalisation du « récit national » sont des outils efficaces.

    26Par l’image et par le son, mais aussi par l’école et par la presse, toutes choses qui se retrouvent lors des diverses fêtes publiques, le régime tente immédiatement de relire le récit national républicain35 et toutes ses références historiques. Car, s’il est persuadé de l’importance des fêtes nationales en France, d’autant que son chef en a beaucoup usé36, le nouveau pouvoir doit d’abord tenir un discours cohérent qui mobilise en faveur du régime et donc célébrer la mythique Grande Guerre.

    27Pour cela, il faut rapidement héroïser le soldat de 1939-1940, lâchement abandonné par les élites républicaines, enjuivées et franc-maçonnes. Il doit représenter, par son martyre en cette année de débâcle, les valeurs du régime et sa revanche sur le passé républicain des droits de l’homme. Mais bâtir un nouveau mythe fondateur et identitaire ne peut s’improviser et pour cette génération marquée par l’école républicaine qui constitue le public des fêtes nationales, le plus aisé est de retourner les mythes républicains37, de les réécrire sans les supprimer.

    28Dès lors, le soldat de 39-40 devient une métaphore de la France tout entière. Comme elle/il est trahi et comme elle/il est abandonné car la nation a tourné le dos à ses héros fondateurs et à leur sacrifice. Ces héros, que le roman national lavisssien avait annexés et républicanisés, sont principalement Jeanne D’Arc, métaphore anglophobe et chrétienne de Pétain38, Napoléon Ier, héros de l’année terrible 1814-1815 et des mémoires de 1870-1871 comme de 1914-1915, mais aussi des guerriers valeureux qui préfigurent ceux de la Marne. Ces deux figures guerrières renvoient aux sursauts résistants de la nation, qui reste tricolore en zone sud, ceux de l’an II comme des autres guerres de 1870 et de 1914, même si elles opposaient alors la France à celle qui est devenue son nouveau partenaire, l’Allemagne, à laquelle se substituent les « Anglo-Saxons enjuivés ». Le soldat de 1939-1940, s’il retrouve la flamme de l’an II et l’héritage de 1914, sera comme ses devanciers un héros mais à présent dans un « État français » rénové, replié sur ses valeurs du racinement39 qui se substituent à celles des droits de l’homme républicains. L’année terrible 1939-1940 peut donc s’appuyer sur les mythes du sauveur (Jeanne d’Arc, mais aussi Vercingétorix), du résistant (Napoléon Ier) et du peuple (moblot de 1870 comme poilu de 14), car ils démontrent par l’absurde la « vitalité » nationale qui sera sauvée et réécrite par Vichy.

    29Le dernier obstacle à cette relecture est l’épisode révolutionnaire largement mythifié par la République (le « bloc » de Clemenceau) et qui reste la clé des représentations mentales historiques des Français. Pour éliminer cet obstacle, la politique commémorative va une fois encore se révéler précieuse.

    Instrumentalisation et ambivalence des fêtes de guerre vichystes

    30Vichy n’entend donc pas supprimer les fêtes républicaines dont il sait la popularité et l’utilité propagandiste. Il se contente de les réécrire40 pour la zone sud comme la zone nord. Seules les pratiques diffèrent entre les deux régions : c’est la discrétion qui règne au Nord surveillé par les envahisseurs, sans drapeaux ni Marseillaise. Au Sud, les choses se passent comme avant, du moins jusqu’en novembre 1942.

    31Devant les demandes populaires qui affluent dès juin 1940, le régime de Pétain conserve ainsi le 14 juillet et le 11 novembre, les deux fêtes fondatrices de la République qu’il interprète à sa manière. Il perpétue bien entendu la troisième fête républicaine, celle de Jeanne d’Arc, chaque 8-10 mai. Ces trois célébrations forment un tout qui conforte la nouvelle image de l’année terrible que veut donner Vichy. Ainsi les deux premières sont-elles rebaptisées : la première « cérémonie en hommage aux Français morts pour la Patrie » ou « Jour de deuil de la Patrie et du recueillement », et la seconde « Cérémonie en l’honneur des morts de 14-18 et 39-40 ». Par la commémoration du 11 novembre à laquelle l’Église est pleinement associée (le 11 est parfois célébré le 1er-2 novembre en signe de religiosité), il s’agit bien de faire le lien entre les années terribles de la Grande Guerre et de 39-40, lien dont le point commun est la figure du sauveur : Pétain. Comme le dit ministre de l’Intérieur en 1941 : « les glorieux morts de la dernière campagne sont dignes, par leur héroïsme, de leurs glorieux devanciers de 14-1841 ».

    32Quant au 14 juillet, il inverse les figures du roman national républicain, et donc les précédentes années terribles. Ainsi la séquence 1789-1794 est-elle érigée en un repoussoir symbolisé par le 14 juillet, « hideux jour de soulèvement » selon le très barrésien Franck Funck-Bentano, et la période rend encore plus remarquable le sacrifice des soldats de l’an II qui sont morts pour la Patrie… avant d’être trahis par la très satanique Terreur. Le 14 juillet symbolise le repoussoir révolutionnaire qui a leurré les héros de l’an II. Quant à l’interprétation des années terribles suivantes, 1814-1815 voit les idéaux (notamment anglophobes) de Napoléon Ier trahis par la République alliée aux « judéo-maçonniques », et 1870-1871 devient un ressassement du sacrifice inutile et des morts trahis puisqu’il mène à la République, ce que tous les préfets demandent aux maires de rappeler lors de la commémoration de chaque 14 juillet rénové.

    33Bien évidemment, les soldats de 1914-1915 et de toute la Grande Guerre par extension incarnent la valeur suprême du régime (qui célèbre en parallèle la Légion française des combattants-LFC). Ils sont convoqués à toutes les fêtes du régime42, et elles sont nombreuses, pour prouver les vertus de la race gauloise et la permanence de la terre gorgée du sang des ancêtres. La fête de la création de la LFC chaque fin août est placée sous l’égide de Vercingétorix et des anciens de 14-18, associés de facto à la LFC, le « meilleur instrument de la Révolution nationale » selon les paroles de son chef, Pétain.

    34Enfin, plus troublant, la scénographie des fêtes du maréchal43, essentiellement en zone sud, emprunte beaucoup aux usages d’avant-guerre, avec les mêmes acteurs, y compris laïques, et les mêmes mises en scène (monuments aux morts, places), démontrant que les continuités en matière culturelle sont nombreuses avec la République, comme le prouve la réutilisation des années terribles d’antan. Mais l’utilisation par les Résistants44 de ces mêmes dates, de ces mêmes références et images, notamment dans les tracts qu’elle largue lors de ses « contre-fêtes » – dont la principale est « l’anniversaire de Valmy et de la future victoire » –, prouve également les terribles ambivalences du régime et le succès de ses célébrations si syncrétiques.

    *

    35C’est bien la continuité qui l’emporte dans l’instrumentalisation des « années terribles » à travers les fêtes publiques. Pendant près de deux siècles, les mêmes mythes dont le plus constant est sans conteste Valmy45, les mêmes dates sont utilisées pour rassembler les Français, les souder en cas de guerre (1914-1918, 1939-1940), ou les mobiliser devant un péril imminent (entre-deux-guerres) ou pour la revanche (1870-1914). Pour cela les fêtes publiques sont d’une redoutable efficacité, grâce à leur mise en scène et à leur popularité remontant à 1789, et constituent un excellent complément de l’école républicaine : du reste, les premières expériences d’instrumentalisation festive d’une année terrible coïncident avec la construction scolaire et commémorative46 de la France républicaine, dans les années 1875-1914.

    36À partir de ce moment, et jusqu’au régime de Vichy compris qui conserve les héros du roman national républicain en les relisant, chaque gouvernement fait de références systématiques aux années terribles l’un des moyens de mobilisation civique et festive qui reste fort efficace. À travers ces continuités (Vichy n’étant qu’une rupture relative), les figures et les lieux de ces années terribles montrent toute leur plasticité et leur polysémie, comme l’illustrent les cas de Napoléon Ier (le continuateur de la Révolution et le guerrier pour Vichy) et de Jeanne d’Arc (« la sainte de la patrie » de Michelet et l’inspiratrice de Pétain qui sauve la France), deux héros qui conviennent aux républicains et à la Résistance, tout autant qu’aux nationalistes de droite, maurassiens puis vichystes voire nazis, y compris pendant la guerre.

    37Ces instrumentalisations des années terribles contribuent également à écrire le roman national républicain qui devient quasi-identitaire et reste un invariant de l’imaginaire national. Il est à cet égard frappant de constater que le thème du roman national revienne dans le débat politique47, en pleine campagne électorale de 2016. Cela montre, à l’évidence, une sorte de nostalgie bien française, fondée entre autres sur des dates emblématiques, dans une Europe et dans un monde travaillés par des pulsions identitaires parfois régressives.

    Notes de bas de page

    1 Anderson Bénédict, L’imaginaire national : réflexions sur l’origine et l’essor du nationalisme, Paris, La Découverte, 1996.

    2 Thiesse Anne-Marie, La création des identités nationales, Paris, Seuil, 1999.

    3 Voir Dalisson Rémi, Célébrer la nation. Histoire des fêtes nationales en France de 1789 à nos jours, Paris, Nouveau Monde, 2018, et Ihl Olivier, La fête républicaine, Paris, Gallimard, 1995.

    4 1875 : lois constitutionnelles instaurant la République ; 1877 : victoires électorales des républicains après l’épisode Mac Mahon.

    5 [http://www.assemblee-nationale.fr/histoire/7ef.asp] (consulté le 25 septembre 2016). C’est l’auteur qui souligne.

    6 Bergès Louis, Valmy, le mythe de la république, Paris, Privat, 2001.

    7 Qui, outre Valmy, participe aussi le 6 novembre 1792 à la victoire tout aussi décisive de Jemmapes en tant que lieutenant général de l’armée républicaine.

    8 Le musée est inauguré en 1837 et c’est Louis Philippe en personne qui en définit la fonction avec ces mots.

    9 Il publie en 1866 une Histoire de Jules César. C’est aussi sous l’Empire que Chassériau peint La défense des gaules en 1855. Voir Nicolet Claude, « Napoléon III et l’histoire romaine », dans Tomei Maria Antonietta (dir.), Scavi francesi sul Palatino. Le indagini di Piero Rosa per Napoleone III (1861-1870), Rome, 1999, p. 9-11.

    10 Michelet Jules, Histoire de la Révolution française, Paris, Chamerot, 1847. Henri Martin, historien très républicain et fort nationaliste, publie dès 1833 une Histoire de France populaire qui évoque lui aussi cette fameuse victoire. C’est l’auteur qui souligne.

    11 Petit Lavisse, Paris, Colin, édition de 1890.

    12 Dalisson Rémi, Les Fêtes, les guerres et la mémoire, Paris, CNRS Éditions, 2013, chapitre 1.

    13 Voir Agulhon Maurice, « La statuomanie et l’histoire », Ethnologie française, nouvelle série, t. 8, n° 2/3, Pour une anthropologie de l’art (1978), p. 145-172.

    14 Rapport du sous-préfet au préfet, AD Seine-et-Marne, M 6198.

    15 Première citation : Archives municipales de Coulommiers 1 J 6 ; seconde citation Archives départementales de Seine-et-Marne, M 4162.

    16 [www.histoires-de-paris.fr/statue-republique/net] [www.paris1900.lartnouveau.com/paris10/place_de_la_republique/statues.html/] (consultés le 15 septembre 2016).

    17 Voir Nora Pierre, « Lavisse instituteur national », dans Nora Pierre (dir.), Les lieux de mémoire, t. 1 : « La République », Paris, Gallimard, 1997 (1986), p. 239-275.

    18 Desgranges Henri, L’Auto, 3 août 1914, BnF GR FOLV 816. C’est l’auteur qui souligne.

    19 Ulmann Jacques, De la gymnastique aux sports modernes, Paris, Vrin, 1975.

    20 Mariot Nicolas, Tous unis dans la tranchée ?, Paris, Seuil, 2015.

    21 La célèbre phrase qui aurait été prononcée par le général Cambronne à Waterloo le 21 juin 1815, selon Le Moniteur, devient l’objet d’un culte scolaire et iconographique pendant la Troisième République. Il propage le mythe des années terribles 1814-1815 et celui de l’héroïsme « naturel » du soldat du peuple, le grognard, bien utile au moment de la bataille de la Marne.

    22 [http://cent.ans.free.fr/pj1915/pj127316051915.htm/] (consulté le 25 septembre 2016).

    23 Voir l’excellent ouvrage de Brouland Pierre et Doizy Guillaume, Les cartes postales de la Grande Guerre, Paris, Hugo Images, 2013.

    24 Voir Lopez Jean, « À quoi rêvent les soldats français », Guerre et Histoire, n° 17, février 2014, p. 5-6.

    25 Le Naour Jean-Yves, « Cochons d’Allemands ! La représentation de l’ennemi dans la caricature de guerre (1914-1918) », dans Bacot Paul et al. (dir.), L’animal en politique, Paris, L’Harmattan, 2003, p. 231-244. Voir aussi [http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/cb327099893/].

    26 Le Naour Jean-Yves, 1914 : la grande illusion, Paris, Perrin, 2012.

    27 Dessin de Ricardo Florès dont le titre est « 1793-1914 ».

    28 [http://www.gallica.bnf.fr/html/und/histoire/journaux-de-tranchees].

    29 [https://www.senat.fr/evenement/archives/clemenceau/discours1.html] (consulté le 18 juillet 2016). C’est l’auteur qui souligne.

    30 Lafon Alexandre, La camaraderie au front, Paris, A. Colin, 2015.

    31 Jagielski Jean-François, Le soldat inconnu. Invention et postérité d’un symbole, Paris, Imago, 2005.

    32 Pour les trois citations, Dalisson Rémi, 11 novembre, du souvenir à la mémoire, Paris, Armand Colin, 2013, p. 49-51.

    33 Proclamation des « Mutilés de Béthune », 11 novembre 1927, dans Prost Antoine, Les anciens combattants, Paris, Julliard, 1975, p. 110-112.

    34 Balmand Pascal, « Politiques et pratiques culturelles dans la France de Vichy », Vingtième Siècle. Revue d’histoire, 1988, vol. 18, n° 1, p. 135-137.

    35 Handourtzel Rémy, L’école sous Vichy, Paris, Noésis, 1997.

    36 Voir Servent Pierre, Le mythe Pétain, Paris, CNRS Éditions, 2014.

    37 Noiriel Gérard, Les origines républicaines de Vichy, Paris, Fayard, 2013.

    38 Voir par exemple Krumeich Gerd, Jeanne d’Arc à travers l’histoire, Paris, Albin Michel, 1993.

    39 Barrès Maurice, Mes Cahiers, t. 9, Paris, Plon, 1911, p. 319.

    40 Dalisson Rémi, Les fêtes du Maréchal. Propagande festive et imaginaire national dans la France de Vichy, Paris, Tallandier, 2008.

    41 Télégramme aux préfets, transmis aux maires, 10 novembre 1941, AN F 60-476.

    42 Cointet Jean-Paul, La Légion française des combattants, Albin Michel, Paris, 1995, et Panicacci Jean-Louis, « Une section modèle ? La Légion des Alpes-Maritimes », Annales du Midi, 2004, vol. 116, n° 245, p. 91-110.

    43 Dalisson Rémi, Les fêtes du maréchal, op. cit.

    44 Greff Jean-Pierre et Wlassikov Michel, Signes de collaboration et de Résistance, Paris, Autrement, 2002.

    45 Meyer Élise, Apogée et naufrage d’un mythe républicain : les représentations de Valmy (1892-1992), mémoire de master 2 sous la dir. de C. Sorrel, université Lyon 2, 2013. D’autre part, Champ d’honneur, une bande dessinée due à Thierry Gloris, Emiliano Zarcone et Dimitri Fogolin, est parue chez Delcourt en 2016 sur cette victoire-mythe.

    46 Ainsi la célébration très « républicainement correcte » de tous les anniversaires républicains ou considérés comme tels (5 mai 1789, prise de la Bastille, fondation de la République, Valmy), mais aussi de ses héros (funérailles de Hugo, de Ferry, de Gambetta, de Bert puis de Jaurès…) le prouve.

    47 [http://www.liberation.fr/france/2016/09/25/precision-de-sarkozy-nos-ancetres-sont-aussi-harkis-ou-senegalais_1509982/] (consulté le 26 septembre 2016).

    Auteur

    • Rémi Dalisson
      Élève de Maurice Agulhon et Pascal Ory, professeur des universités en histoire contemporaine à l’université/ESPE de Rouen. Il étudie les politiques symboliques et commémoratives, les rapports entre histoire et mémoire, les mémoires de guerres contemporaines, y compris coloniales (Les guerres et la mémoire au CNRS) et l’histoire de l’école publique. Il travaille également sur tous les lieux de sociabilité aux xixe et xxe siècles, la formation des enseignants et la laïcité. Membre du GrHis à Rouen et de l’ADHC, il est associé à Paris I et vient de publier Vichy, une histoire si française (UPPR) et Guerre d’Algérie, l’impossible commémoration chez Armand Colin. Il a publié une douzaine d’ouvrage sur ces divers sujets et participé à autant de collectifs.
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    1 Anderson Bénédict, L’imaginaire national : réflexions sur l’origine et l’essor du nationalisme, Paris, La Découverte, 1996.

    2 Thiesse Anne-Marie, La création des identités nationales, Paris, Seuil, 1999.

    3 Voir Dalisson Rémi, Célébrer la nation. Histoire des fêtes nationales en France de 1789 à nos jours, Paris, Nouveau Monde, 2018, et Ihl Olivier, La fête républicaine, Paris, Gallimard, 1995.

    4 1875 : lois constitutionnelles instaurant la République ; 1877 : victoires électorales des républicains après l’épisode Mac Mahon.

    5 [http://www.assemblee-nationale.fr/histoire/7ef.asp] (consulté le 25 septembre 2016). C’est l’auteur qui souligne.

    6 Bergès Louis, Valmy, le mythe de la république, Paris, Privat, 2001.

    7 Qui, outre Valmy, participe aussi le 6 novembre 1792 à la victoire tout aussi décisive de Jemmapes en tant que lieutenant général de l’armée républicaine.

    8 Le musée est inauguré en 1837 et c’est Louis Philippe en personne qui en définit la fonction avec ces mots.

    9 Il publie en 1866 une Histoire de Jules César. C’est aussi sous l’Empire que Chassériau peint La défense des gaules en 1855. Voir Nicolet Claude, « Napoléon III et l’histoire romaine », dans Tomei Maria Antonietta (dir.), Scavi francesi sul Palatino. Le indagini di Piero Rosa per Napoleone III (1861-1870), Rome, 1999, p. 9-11.

    10 Michelet Jules, Histoire de la Révolution française, Paris, Chamerot, 1847. Henri Martin, historien très républicain et fort nationaliste, publie dès 1833 une Histoire de France populaire qui évoque lui aussi cette fameuse victoire. C’est l’auteur qui souligne.

    11 Petit Lavisse, Paris, Colin, édition de 1890.

    12 Dalisson Rémi, Les Fêtes, les guerres et la mémoire, Paris, CNRS Éditions, 2013, chapitre 1.

    13 Voir Agulhon Maurice, « La statuomanie et l’histoire », Ethnologie française, nouvelle série, t. 8, n° 2/3, Pour une anthropologie de l’art (1978), p. 145-172.

    14 Rapport du sous-préfet au préfet, AD Seine-et-Marne, M 6198.

    15 Première citation : Archives municipales de Coulommiers 1 J 6 ; seconde citation Archives départementales de Seine-et-Marne, M 4162.

    16 [www.histoires-de-paris.fr/statue-republique/net] [www.paris1900.lartnouveau.com/paris10/place_de_la_republique/statues.html/] (consultés le 15 septembre 2016).

    17 Voir Nora Pierre, « Lavisse instituteur national », dans Nora Pierre (dir.), Les lieux de mémoire, t. 1 : « La République », Paris, Gallimard, 1997 (1986), p. 239-275.

    18 Desgranges Henri, L’Auto, 3 août 1914, BnF GR FOLV 816. C’est l’auteur qui souligne.

    19 Ulmann Jacques, De la gymnastique aux sports modernes, Paris, Vrin, 1975.

    20 Mariot Nicolas, Tous unis dans la tranchée ?, Paris, Seuil, 2015.

    21 La célèbre phrase qui aurait été prononcée par le général Cambronne à Waterloo le 21 juin 1815, selon Le Moniteur, devient l’objet d’un culte scolaire et iconographique pendant la Troisième République. Il propage le mythe des années terribles 1814-1815 et celui de l’héroïsme « naturel » du soldat du peuple, le grognard, bien utile au moment de la bataille de la Marne.

    22 [http://cent.ans.free.fr/pj1915/pj127316051915.htm/] (consulté le 25 septembre 2016).

    23 Voir l’excellent ouvrage de Brouland Pierre et Doizy Guillaume, Les cartes postales de la Grande Guerre, Paris, Hugo Images, 2013.

    24 Voir Lopez Jean, « À quoi rêvent les soldats français », Guerre et Histoire, n° 17, février 2014, p. 5-6.

    25 Le Naour Jean-Yves, « Cochons d’Allemands ! La représentation de l’ennemi dans la caricature de guerre (1914-1918) », dans Bacot Paul et al. (dir.), L’animal en politique, Paris, L’Harmattan, 2003, p. 231-244. Voir aussi [http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/cb327099893/].

    26 Le Naour Jean-Yves, 1914 : la grande illusion, Paris, Perrin, 2012.

    27 Dessin de Ricardo Florès dont le titre est « 1793-1914 ».

    28 [http://www.gallica.bnf.fr/html/und/histoire/journaux-de-tranchees].

    29 [https://www.senat.fr/evenement/archives/clemenceau/discours1.html] (consulté le 18 juillet 2016). C’est l’auteur qui souligne.

    30 Lafon Alexandre, La camaraderie au front, Paris, A. Colin, 2015.

    31 Jagielski Jean-François, Le soldat inconnu. Invention et postérité d’un symbole, Paris, Imago, 2005.

    32 Pour les trois citations, Dalisson Rémi, 11 novembre, du souvenir à la mémoire, Paris, Armand Colin, 2013, p. 49-51.

    33 Proclamation des « Mutilés de Béthune », 11 novembre 1927, dans Prost Antoine, Les anciens combattants, Paris, Julliard, 1975, p. 110-112.

    34 Balmand Pascal, « Politiques et pratiques culturelles dans la France de Vichy », Vingtième Siècle. Revue d’histoire, 1988, vol. 18, n° 1, p. 135-137.

    35 Handourtzel Rémy, L’école sous Vichy, Paris, Noésis, 1997.

    36 Voir Servent Pierre, Le mythe Pétain, Paris, CNRS Éditions, 2014.

    37 Noiriel Gérard, Les origines républicaines de Vichy, Paris, Fayard, 2013.

    38 Voir par exemple Krumeich Gerd, Jeanne d’Arc à travers l’histoire, Paris, Albin Michel, 1993.

    39 Barrès Maurice, Mes Cahiers, t. 9, Paris, Plon, 1911, p. 319.

    40 Dalisson Rémi, Les fêtes du Maréchal. Propagande festive et imaginaire national dans la France de Vichy, Paris, Tallandier, 2008.

    41 Télégramme aux préfets, transmis aux maires, 10 novembre 1941, AN F 60-476.

    42 Cointet Jean-Paul, La Légion française des combattants, Albin Michel, Paris, 1995, et Panicacci Jean-Louis, « Une section modèle ? La Légion des Alpes-Maritimes », Annales du Midi, 2004, vol. 116, n° 245, p. 91-110.

    43 Dalisson Rémi, Les fêtes du maréchal, op. cit.

    44 Greff Jean-Pierre et Wlassikov Michel, Signes de collaboration et de Résistance, Paris, Autrement, 2002.

    45 Meyer Élise, Apogée et naufrage d’un mythe républicain : les représentations de Valmy (1892-1992), mémoire de master 2 sous la dir. de C. Sorrel, université Lyon 2, 2013. D’autre part, Champ d’honneur, une bande dessinée due à Thierry Gloris, Emiliano Zarcone et Dimitri Fogolin, est parue chez Delcourt en 2016 sur cette victoire-mythe.

    46 Ainsi la célébration très « républicainement correcte » de tous les anniversaires républicains ou considérés comme tels (5 mai 1789, prise de la Bastille, fondation de la République, Valmy), mais aussi de ses héros (funérailles de Hugo, de Ferry, de Gambetta, de Bert puis de Jaurès…) le prouve.

    47 [http://www.liberation.fr/france/2016/09/25/precision-de-sarkozy-nos-ancetres-sont-aussi-harkis-ou-senegalais_1509982/] (consulté le 26 septembre 2016).

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    Dalisson, R. (2018). « Années terribles » et politiques festives. In J.-C. Caron & N. Ponsard (éds.), La France en guerre. Rennes: Presses universitaires de Rennes. https://doi.org/10.4000/books.pur.170438
    Dalisson, Rémi. « “Années terribles” et politiques festives ». In La France en guerre, édité par Jean-Claude Caron et Nathalie Ponsard. Rennes: Presses universitaires de Rennes, 2018. doi:10.4000/books.pur.170438.
    Dalisson, Rémi. « “Années terribles” et politiques festives ». La France en guerre, édité par Jean-Claude Caron et Nathalie Ponsard, Presses universitaires de Rennes, 2018, https://doi.org/10.4000/books.pur.170438.

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    Caron, J.-C., & Ponsard, N. (éds.). (2018). La France en guerre. Rennes: Presses universitaires de Rennes. https://doi.org/10.4000/books.pur.170263
    Caron, Jean-Claude, et Nathalie Ponsard, éd. La France en guerre. Rennes: Presses universitaires de Rennes, 2018. doi:10.4000/books.pur.170263.
    Caron, Jean-Claude, et Nathalie Ponsard, éditeurs. La France en guerre. Presses universitaires de Rennes, 2018, https://doi.org/10.4000/books.pur.170263.
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