Présence des années 1870-1871 en 1940 dans les revues universitaires de l’Allemagne nazie
p. 209-221
Texte intégral
1On a souvent souligné dans la bibliographie1 que Pétain était un homme du xixe siècle. Il puise nombre de ses peurs dans ce siècle d’instabilité institutionnelle en France. On peut ainsi penser que la crainte de connaître une nouvelle Commune a joué chez le président du Conseil de 1940 dans sa demande d’armistice et la conviction « qu’il faut cesser le combat2 ». C’est l’avis de son cadet Charles de Gaulle, exprimé au moins dans ses Mémoires de guerre :
« Ce vieux soldat, qui avait revêtu le harnois au lendemain de 1870, était porté à ne considérer la lutte que comme une nouvelle guerre franco-allemande. Vaincus dans la première, nous avions gagné la deuxième, celle de 1914-1918, avec des alliés sans doute, mais qui jouaient un rôle secondaire. Nous perdions maintenant la troisième. C’était cruel, mais régulier. Après Sedan et la chute de Paris, il n’était que d’en finir, traiter et, le cas échéant, écraser la Commune, comme dans les mêmes circonstances, Thiers l’avait fait jadis3. »
2Du côté allemand, Hitler peut, lui-aussi, apparaître comme un homme du xixe siècle dans la mesure où il est nourri de l’aventure que constitue l’unité allemande en 1870-1871. C’est ce qui ressort d’un passage de Mein Kampf, parfois relevé par ses biographes4. Hitler y affirme5 que c’est chez son père, mort en 1903, qu’il a découvert et lu avec passion un ouvrage sur la guerre de 1870-1871. C’est elle, en grande partie, qui l’a fait se détourner de son pays natal. Il a intégré le récit de la guerre entre la France et les États allemands, la proclamation de l’Empire allemand à Versailles, et les faits relatifs à la Commune.
3Ainsi, le souvenir de 1870-1871 est présent en 1940, avec la prise en compte des risques que cela comporte (difficultés des combats mettant aux prises les armées avec la population, révolte de Paris, problèmes d’organisation des élections, lieu d’installation du gouvernement français, etc.). Ces faits posent particulièrement question pour les responsables de l’Allemagne nazie, arrivés plus vite qu’ils ne croyaient à l’occupation d’une grande partie de la France.
4Ce souvenir pourrait être mesuré à l’aune de l’enseignement dans les écoles et établissements secondaires qui, dans les deux pays, laissent une grande place à l’histoire contemporaine. Cependant, ce type de recherche aurait des limites. En effet, il est difficile de savoir quels sont les manuels (allemands ou autrichiens) utilisés réellement pour la formation de l’écolier puis du collégien Hitler, lui qui a déménagé quatre fois et connu presque autant d’établissements scolaires On en est réduit à quelques expectatives, confirmées par l’historiographie : la guerre de 1870-1871 est célébrée en Allemagne et en Autriche dans la formation des écoliers, mais avec des degrés divers selon le pays et les époques, comme les années 1871-1918 ou 1918-19406. Par ailleurs, comme pour d’autres, il est difficile de mesurer l’impact réel de la formation reçue par les maîtres. Hitler se présente ainsi lui-même comme un autodidacte (il ne parvient pas au lycée), formé par ses nombreuses lectures, dont la certitude des sources est d’ailleurs sujette à caution7. On en est réduit à citer, une fois encore, son livre-programme, qui est aussi partiellement un livre de souvenirs sélectifs. Ainsi donc, de telles sources, déjà difficiles à manier pour un personnage central (Hitler), apparaissent comme fragiles pour une étude plus large. Une étude d’ensemble reste à mener sur le souvenir de la guerre de 1870-1871 et de l’unité allemande dans l’enseignement en Allemagne et en Autriche à ces périodes.
5Notre étude a pour ambition de contribuer à mieux comprendre ce qu’il reste de 1870-1871 en Allemagne en 1940. Il serait difficile de saisir, par un tel exercice, une seule pensée allemande. Les écrits sont assez divers et dans un état aussi protéiforme ou plutôt polycratique que peut l’être le Troisième Reich8. Mais nombre de responsables militaires ou du parti nazi font part de leur expérience dans la France occupée d’après 1940 en l’évoquant dans des écrits présentés comme scientifiques. C’est pourquoi nous avons fait une étude des publications universitaires parues en Allemagne nazie de 1940 à 1945. Elles peuvent être considérées comme partie intégrante de la doctrine nazie, mais sont plus intéressantes que l’œuvre de propagande (journaux radio, affiches). En effet, les auteurs qui y publient sont à la fois des universitaires – ou au moins diplômés de l’université – et développent davantage leur pensée, qui vise toujours à justifier les choix. Or, la situation de 1940 peut faire songer à celle de 1870-1871 par certains aspects et l’expérience être reprise comme justification.
6Notre étude ne se borne pas à voir comment est transmis le souvenir de 1870-1871 ; elle montre les transferts culturels, dans la continuité des travaux de Michael Werner, entre la France et l’Allemagne. Les souvenirs des deux pays s’interpénètrent et se nourrissent réciproquement. Il en est ainsi lorsqu’en 1940, l’entrée des Allemands à Paris devrait pouvoir rappeler non pas 1914, mais 1871 ; lorsque l’armistice de 1940 renvoie non pas seulement à celui de 1918, mais plutôt à un autre armistice, celui de 1871 ; lorsqu’un chef provisoire fait commencer un nouveau régime en 1940 comme en 1871, etc.
7Nous avons dépouillé quelque 17 revues publiées en Allemagne de 1933 à 1945 en recherchant ce qui a trait à la France, particulièrement pour la période de 1940 à 1944, en sciences politiques, relations internationales ou géopolitique9, droit public et droit international public, et droit militaire10. Il s’agit de revues reprises en main par le nouveau régime en 1933 ou qui ont été créées à cette période. Les revues historiques ont été écartées comme n’offrant pas une analyse contemporaine pour 1940 des faits s’étant déroulés en 1870-187111. Dans ces publications, 54 articles évoquent la France à titre principal ou secondaire, en particulier son évolution depuis 1940 (le régime de Vichy) ou une autre époque, dans des articles et encarts. Parmi ces éléments sélectionnés, 17 évoquent clairement la période 1870-1871 et 10 de façon plus diffuse la fin du xixe siècle en France12.
8Cette source principale a été, le cas échéant, comparée à des sources archivistiques. Elle essaie le plus souvent de donner en 1940 une justification aux faits commis à cette époque par l’Allemagne nazie, sous couvert d’analyse universitaire. Dans ce cadre, les références utilisées, les faits cités sont importants pour savoir ce que dit 1940 de 1870-1871. Que reste-t-il de l’expérience de la guerre de 1870-1871 dans la doctrine universitaire de 1940 venant justifier les actes de l’occupant nazi ? Pour le comprendre, nous nous sommes intéressés à trois thèmes : la Commune et les combattants français en 1870-1871 ; l’élection d’une assemblée en 1871 devant ratifier les conditions de paix ; l’établissement d’un gouvernement français en 1871, son siège et son rôle constitutionnel.
Présence de la Commune et des combattants français de 1870-1871 en 1940
9Dans les revues consultées, le souvenir de la Commune, en tant que telle, n’est quasiment pas présent. Cela pourrait paraître surprenant car il semble que la peur d’une révolte parisienne ait été forte chez Hitler en 1940, imposant le positionnement de troupes dans la capitale13. Selon Goebbels, Hitler jugeait possible, le 6 juin 1940, une révolution en France14. Mais dans les revues publiées de façon postérieure aux faits de juin 1940, il n’y a ni mention de la Commune de 1871 ni allusion au danger d’une révolte parisienne. Il faut souligner que ces articles sont publiés après la chute de Paris et que la capitale française ne s’est pas soulevée. Comment faire un parallèle alors que les Allemands n’ont pas été aux prises directement avec la Commune en 1871 et que Paris est déclarée ville ouverte en 194015 ? La peur de la Commune est en réalité celle de la peur du civil en armes et ce qui reste très présent de 1870-1871 est surtout la peur du franc-tireur16. Celui-ci apparaît comme un traumatisme pour les armées allemandes. En 1941, Walter Schätzel écrit : « Presque à chaque grande guerre la question du franc-tireur est renouvelée », citant la période napoléonienne pendant laquelle elle a joué un « grand rôle » ; il poursuit : « nous avions à combattre en 1870 dans une guerre de franc-tireur menée par les Français, en 1914 dans une guerre populaire illégale menée par les Belges17 ». Au-delà de ces différents précédents historiques, c’est bien en 1870-1871 que la question des francs-tireurs génère une réponse si forte18.
10C’est par une loi du 29 août 1870, souligne Schätzel, qu’il est décidé par le gouvernement français que « sont considérés comme faisant partie de la garde nationale les citoyens qui se portent spontanément à la défense du territoire avec l’arme dont ils peuvent disposer et en prenant un des signes distinctifs de cette garde qui les couvre de la garantie reconnue aux corps militaires constitués19 ». En citant cet article 3 de la loi, Schätzel souligne les difficultés d’identification des hommes en armes pour les troupes allemandes coalisées20. Cet épisode renforce l’idée, très ancrée chez les juristes allemands que, une fois pris, de tels combattants ne peuvent être considérés comme des prisonniers de guerre21. Alphons Waltzog écrit la même année un commentaire de l’article 10 de la convention allemande d’armistice sur ce même thème22. Rudolf Thierfelder évoque quant à lui la répression des francs-tireurs dans les territoires occupés par l’Allemagne en 1870-1873, ce qui ne reste pas sans écho en 1940, alors même que l’occupation de la France vaincue en juin n’est pas évoquée23. La répression contre la population s’attaquant aux parachutistes et troupes allemandes aéroportées en 1940 est même évoquée par comparaison avec celle des francs-tireurs de 1870-187124.
11La doctrine allemande de 1940 condamne l’utilisation des francs-tireurs et recommande de ne pas les considérer comme des militaires en armes, protégés par les textes internationaux. Conjurer une telle menace par des mesures radicales (l’exécution des francs-tireurs capturés) peut apparaître comme l’héritage, en partie, de l’expérience de 1870-1871. Une instruction (Führer-Erlass) donnée dès avant le déclenchement des opérations actives sur le front ouest, le 9 mai 1940, vise les comportements hostiles de la population dont le sabotage et en premier lieu la Freischärlerei25. Le poids de ce phénomène est visible dans la convention d’armistice franco-allemande du 22 juin 1940 :
« Le gouvernement français empêchera également les membres des forces armées françaises de quitter le territoire français et veillera à ce que ni des armes ni des équipements quelconques, ni navires, avions, etc., ne soient transférés en Angleterre ou à l’étranger. Le gouvernement français interdira aux ressortissants français de combattre contre l’Allemagne au service d’États avec lesquels l’Allemagne se trouve encore en guerre. Les ressortissants français qui ne se conformeraient pas à cette prescription seront traités par les troupes allemandes comme francs-tireurs26. »
12Le parallèle entre 1870-1871 et 1940 est saisissant à la lecture de la description par Schätzel du franc-tireur27 : veste d’ouvrier, rares éléments d’uniforme (képi, signe ou écharpe distinctive), pas de chef hiérarchique, mais une large initiative laissée pour des actions isolées. Ce portrait du franc-tireur à combattre et éliminer en 1940 ressemble à s’y méprendre au portrait de bien des combattants français de 1870-1871, tels que l’on peut en voir dans l’iconographie allemande.
13Dans ces représentations, la posture héroïque des soldats allemands attaqués, qui peuvent à peine se défendre, est accentuée par le fait qu’ils appartiennent à la poste militaire et qu’ils sont surpris par des francs-tireurs largement identifiables à des civils en armes. La protection des civils en 1940 est évoquée par référence à celle garantie en 1870, notamment par la proclamation de « l’empereur Guillaume » du 11 août 187028 : « Je mène la guerre contre les soldats français et pas contre les citoyens français. C’est pourquoi ceux-là continueront à jouir de la sécurité de leurs biens et de leur personne, aussi longtemps qu’ils n’auront pas perdu eux-mêmes le droit d’être sous Ma protection, par des actions hostiles contre les troupes allemandes29. »
L’élection d’une assemblée en 1871
14C’est une promesse allemande faite à la France, présentée comme une libéralité laissée par un vainqueur à un vaincu. Il ressort des termes de l’article 2 de l’armistice du 28 janvier : « L’armistice ainsi convenu a pour but de permettre au gouvernement de la défense nationale de convoquer une Assemblée librement élue qui se prononcera sur le point de savoir si la guerre doit être continuée, ou à quelles conditions la paix doit être faite. Toutes les facilités doivent être données par les commandants des armées allemandes pour l’élection et la réunion des députés qui la composeront30. » Une telle disposition n’est pas prévue par l’armistice de 1940. Néanmoins, le vote de la loi du 10 juillet 1940 attribuant les pleins pouvoirs à Pétain prévoit que le nouveau chef de l’État a autorisation de rédiger une nouvelle constitution qui devra « être ratifiée par la nation et appliquée par les Assemblées qu’elle aura créées31 ». Il n’y en a pas eu au cours de l’année, pas plus que pendant toute la guerre. Au-delà des difficultés qu’une élection pourrait poser et du caractère non démocratique de l’Allemagne nazie et du régime de Vichy, on peut se demander ce qui a joué dans cette absence. Un des facteurs explicatifs est-il le souvenir de l’élection de l’année 1871 : une élection sous occupation partielle ?
15A priori, tout ne s’oppose pas à ce que des élections soient organisées dans un pays occupé ; dans la France vaincue, une Assemblée nationale est élue le 8 février 1871 alors qu’une grande partie du territoire est occupée par les troupes allemandes. L’occupation par l’Allemagne nazie n’a pas empêché des élections législatives de se tenir au Danemark en 1943, à l’issue du délai prévu par la Constitution du pays pour la législature : quatre ans. Dans cette nouvelle assemblée qui succède à celle de 1939, l’équilibre des forces n’est pas fondamentalement bouleversé32. Pour le Danemark, la structure d’occupation, selon la production universitaire nazie, doit s’accommoder du maintien des autorités d’un pays que l’armée allemande annonce vouloir protéger d’une invasion par les troupes alliées. C’est une occupatio pacifica, ainsi que le valide un auteur danois, Erik Brüel, qui étend la formule à celle des îles Féroé et à celle de l’Islande par les Anglais ; en revanche, il propose de qualifier d’occupatio bellica33 l’occupation allemande de la Norvège, de la Hollande, de la Belgique, du Luxembourg et de la plus grande partie de la France34.
16Si une élection était impossible dans les territoires occupés par les armées allemandes avant l’armistice du 28 janvier 1871 et alors que se poursuivaient les combats, il en est tout autrement à la signature de celui-ci. L’élection en 1871 s’est parfaitement déroulée, « avec le large concours de la force occupante35 », car elle n’a pas lieu en période d’occupation de guerre et qu’elle est prévue par l’armistice.
17Il en va tout autrement en 1940 selon Hans Kuprian qui estime que la France est, après l’armistice du 22 juin, dans un état intermédiaire36, comme en 1871, après l’interruption de ce que les Allemands appellent alors la guerre de libération37. Or, les conditions de l’occupation ont changé. Désormais, en 1940, celle-ci est soumise à l’application des règles internationales conventionnellement adoptées entre les pays, dont la France et l’Allemagne, à la Conférence de Bruxelles en 1874, mais surtout aux Conventions de La Haye en 1899 et 1907. Ces textes ne s’appliquent pas, seuls, à la situation intermédiaire de la France en 1940. Le texte de l’armistice s’applique également, mais il ne comporte pas d’obligation de convocation des élections. L’occupant n’est donc pas tenu d’aider à l’organisation d’une élection, si l’armistice ne le prévoit pas ou éventuellement un accord entre les deux pays38. Werner Best n’évoque pas expressément l’occupation de 1870 pour analyser celle de 194039, mais ses vues sont comparables : pour lui, ce n’est pas la convention de La Haye, en ses articles 32 à 56 qui s’applique principalement, mais la convention du 22 juin.
18Tout cela peut paraître du domaine de l’« argutie juridique40 » ; ce discours allemand sur la France, en particulier de 1870-1871, en apprend en réalité beaucoup sur la politique nazie et son souvenir de « l’année terrible ». Ainsi, les revues universitaires ont d’autres arguments pour s’opposer à une élection en France en vue d’un règlement de la paix. Ils prennent volontiers pour référence le souvenir de 1870-1871. On souligne par exemple qu’un appui populaire à la nouvelle politique de Vichy n’est pas évident. Walter Mallmann, qui est alors sous les drapeaux, écrit en septembre 1941 un petit article sur la réforme constitutionnelle en France41. Il souligne combien elle est en rupture avec l’esprit des institutions de la République de la fin du xixe siècle mais, à la fin de son étude, s’interroge sur les forces sur lesquelles s’appuie le régime nouveau. Il doute qu’une majorité suive Pétain au-delà du rôle pour lequel il est reconnu en France : soit selon lui un « refuge » et une garantie d’« ordre ». Pour Mallmann, il n’y a pas de vichysme. Hans Spanner, à la fin de l’occupation, en 1944, estime que l’on ne peut appliquer une politique donnée dans un contexte différent. Il vise l’occupation allemande aux Pays-Bas et ne cite pas 1870-187142. Mais sa conclusion va aussi dans le sens d’une impossibilité d’organiser une élection en France.
19De plus, les revues allemandes évoquent une autre raison. L’élection est prévue dans la convention d’armistice du 22 juin 1940, comme dans celle de 1871 en vue de ratifier le traité de paix. Or, la perspective d’un tel traité entre la France et l’Allemagne n’est pas étudiée sérieusement après 1940 dans les revues allemandes. Négocier un traité de paix, c’est traiter d’égal à égal, comme le montre l’iconographie allemande des événements de 1871 : vainqueurs et vaincus à la même table, contrairement à l’armistice qui place le vainqueur en position dominante. Il s’agit de laisser la France dans l’état de défaite et donc d’infériorité chronique qu’elle a par rapport à l’Allemagne. Werner Best43 écrit en 1942 un article sur le destin de la France pendant l’année 1940. Il cite sans le nommer un texte du comte Arthur de Gobineau, l’auteur du Discours sur l’inégalité des races, s’appliquant à l’année 1870. Le but est de montrer comment la « dégringolade » de 1870 s’applique presque sans en changer une ligne à 1940. La décadence française a commencé bien avant 1939. Tout se passe comme si, pour Werner Best, 1914-1918 était effacé et que la France, décadente, n’avait que ce qu’elle méritait en 1870 comme en 194044. Dans la doctrine allemande, la victoire de l’Allemagne, corps sain, contre la France, corps affaibli et abâtardi45, est naturelle46. Mais à la fin de son article, Best vise surtout les conséquences de 1789, dont il appelle les Français à se détacher. Dans le même état d’esprit, Goebbels écrit dans son journal le 16 juin 1940, pour démentir toute paix séparée signée trop tôt avec la France : « La France doit d’abord être à terre, ensuite nous parlerons de paix47. »
20La doctrine allemande rejette la perspective d’une élection pour une autre raison : l’Allemagne a combattu la France, qui l’a amenée à subir le traité de Versailles. La victoire de 1940 doit surtout effacer ce dernier. La France, ennemie de trois guerres, apparaît avec la défaite comme un leader déchu du camp des démocraties parlementaires auquel l’Allemagne oppose un nouveau leadership48.
L’établissement du gouvernement français en 1871 à Versailles et le projet de l’y installer en 1940
21En juillet 1940, le gouvernement de juin laisse la place à un gouvernement dirigé par Pétain, doté des pleins pouvoirs constitutionnels et chef de l’exécutif. Le parallèle avec 1870-1871 est saisissant. On passe en effet d’un gouvernement de Défense nationale49 à la désignation de Thiers comme « chef de l’exécutif », sans trancher sur la forme constitutionnelle future. En 1940, le gouvernement de Vichy établit de nouvelles institutions, tandis qu’en 1870, la République a été proclamée le 4 septembre et qu’il faut attendre 1875 pour que soient adoptées les lois constitutionnelles. En quoi l’analyse de 1940 par les revues universitaires peut-elle se fonder sur l’expérience de 1870-1871 ?
22La doctrine allemande pointe du doigt la dissolution de l’assemblée et le renforcement par la concentration extrême du pouvoir exécutif. Dans un « rapport » du 1er mars 1941, Arnold Heining estime que, sous l’effet de ces deux phénomènes, le titre de « chef de l’État » est devenu une réalité50. Il ne cite pas explicitement les événements de 1870-1871, mais souligne la rupture avec la tradition parlementaire en France qui s’était établie, ou plutôt rétablie, en 1870-1871. Il estime qu’il y a une rupture avec la fin du xixe siècle en France, la Troisième République et son parlementarisme. De son côté, Reinhard Höhn trouve que la France a perdu son rôle de leader du camp des démocraties mais, pour lui, la rupture se fait davantage avec 1789 qu’avec le régime de la Troisième République : il ne cite donc guère 187051. Sur un registre comparable, Heining affirme lui aussi que c’est plutôt 1789 qui connaît une défaite et que le 22 juin 1940 est un tournant dans la conception française de la nation52. Pour autant, si Heining relève bien la concentration des pouvoirs qui a été opérée53, l’enthousiasme à l’égard du nouveau régime n’est guère perceptible dans ces présentations qui se veulent scientifiques. Goebbels souligne dans le même sens qu’il ne goûte guère la réforme constitutionnelle en France54. Peut-être la doctrine nazie ne voit-elle pas de rupture avec la Troisième République de 1870, car sa fondation – fragile à cette date, il est vrai – n’est guère citée. Analysant la période qui suit 1870-1871, Carl Schmitt est peu intéressé par la France, car ses écrits de guerre recherchent une visée plus haute, selon lui : analyser l’évolution du Völkerrecht, dans lequel le constitutionnel s’est jeté. Ainsi, les articles de 1939-1940 ne l’évoquent que peu, ne mentionnant pas la guerre franco-allemande de 1870-187155. Il n’en est plus de même dans « Reich und Raum », où il estime que la « terrible déconfiture » de 1870-1871 n’a pas empêché la France de se relever. Il semble regretter que Bismarck ait laissé la France construire un empire colonial56. Fritz Berber pense que jamais la situation militaire n’a été si défavorable à la France, comparativement à 1814 ou 1871 et qu’il ne faut plus la laisser perturber la « paix en Europe57 ».
23La dernière question – le siège du gouvernement – apparaît anecdotique, voire dérisoire après tous ces points majeurs. L’article 3 du texte de la convention d’armistice du 22 juin 1940 affirme en son alinéa 2 : « Le gouvernement français est libre de choisir son siège dans le territoire non occupé ou, s’il le désire, de le transférer même à Paris. Dans ce dernier cas, le gouvernement allemand s’engage à accorder toutes les facilités nécessaires au gouvernement et à ses services administratifs centraux afin qu’il soit en mesure d’administrer de Paris les territoires occupés et non occupés. » Encore une fois, on ne peut que penser à 1870-1871 : le gouvernement français ne sera pas confiné à Versailles comme en 1871, mais pourra reprendre sa place à Paris, et même à Versailles, d’ailleurs. Les auteurs allemands du texte de l’armistice de 1940 se réfèrent de façon implicite à 1871. Il s’agit pour l’occupant, grand seigneur, d’éviter une partition comme l’a connue la France entre Versaillais et Communards, et de garantir l’unité du pays.
24L’installation du gouvernement à Versailles, un temps envisagée du côté français, n’a jamais eu lieu en raison de blocages. Tout était pourtant prévu. Du côté français, on prépare les bâtiments, veillant à ce qu’ils soient équipés de matériel de bureau, comme de chauffage et d’éclairage58. Du côté allemand, une carte des bâtiments et lieux à libérer, soit une espèce d’enclave française dans les territoires occupés de la zone nord, est dressée pour Versailles59, puis pour Versailles et la partie de Paris concernée, avec l’établissement d’un corridor entre les deux60. Sont aussi prévus la surveillance des zones-frontières, comme le retour de troupes françaises pour garantir la garde gouvernementale dans ce périmètre. Les autorités d’occupation ne craignent pas une « Commune » parisienne, mais envisagent une résistance passive et réfléchissent aux conditions de sécurité des installations gouvernementales61. Le projet prévoyait que des bâtiments et même une partie de Paris et de Versailles soient libérés de toute présence de troupes allemandes62. Ainsi enclavées, si les communications postales et téléphoniques pouvaient s’en trouver facilitées, elles pouvaient tout aussi bien être brutalement coupées.
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25Finalement, après la crise du 13 décembre, à savoir l’éviction de Laval par Pétain et son rétablissement suite à une intervention allemande, les événements semblent mettre fin aux préparatifs. Par télégramme, la commission allemande informe les autorités militaires d’occupation le 14 décembre 1940 que le général Doyen de la délégation française auprès d’elle a eu ces mots : « l’affaire ne peut plus concerner la commission d’armistice ». Le 19 décembre, c’est le secrétaire d’État Woermann qui demande de renoncer à ce déménagement. Il ne faut pas surestimer l’affaire du 13 décembre dans cette décision. Dès le 3 décembre 1940, en effet, Hitler lui-même avait refusé ce déménagement63, arguant du fait que la lutte contre l’Angleterre n’était toujours pas terminée. Comme l’écrit Robert O. Paxton, la France, dès le début décembre, a cessé d’intéresser l’Allemagne64.
26Dans les revues allemandes de cette époque, la question du déménagement est écartée. La raison en a déjà été donnée : il ne faut pas redonner à la France, comme en 1870-1871, un statut international, la mettant à égalité, de façon symbolique au moins, avec le vainqueur. Grewe, juste après l’armistice, écrit que celui-ci n’en est pas un au sens du droit international, mais s’apparente à une « capitulation65 ». Berber estime que la situation de faiblesse de la France en 1940 doit être la base durable des relations franco-allemandes66. Dans ces conditions, célébrer en 1940 la victoire allemande de 1870-1871, comme le jeune Hitler s’était enthousiasmé à l’égard du Deuxième Reich allemand, ce serait comparer l’une et l’autre des victoires, 1870 et 1940. Or, la victoire du Troisième Reich, dans les revues étudiées, est incomparable : c’est celle d’un pays qui a déjà fait son unité, alors qu’en 1870, l’unité restait à faire ou qu’elle était incomplète. La victoire nazie de 1940 ne peut souffrir de rapprochement ; elle est le fait d’un « incomparable commandant en chef67 ». De même, le portrait de Bismarck n’est pas magnifié dans les revues étudiées68. Célébrer 1870, c’est en définitive effacer avant tout la honteuse défaite de 1918, comme un accident, un phénomène malheureux dans l’histoire des relations franco-allemandes.
Notes de bas de page
1 Vergez-Chaignon Bénédicte, dans son Pétain, Perrin, 2014, évoque l’enfance de celui qui est né en 1856 et a été élevé par un grand-oncle ayant combattu à Arcole.
2 Discours radiophonique du 17 juin 1940.
3 Gaulle Charles de, Mémoires de guerre, t. 1 : L’Appel, Paris, Plon, 1954, p. 79.
4 Voir Toland John, Adolf Hitler, Paris, Pygmalion, 1978, p. 33. Le souvenir de 1870-1871 semble être essentiellement celui d’une guerre. Le jeune Hitler se passionne pour les conflits armés. Mais, nul doute que ce passionné de l’histoire allemande voit dans 1870-1871 une étape de l’unité allemande. L’enquête de Joachim Fest sur la jeunesse d’Hitler montre un jeune garçon nationaliste et prompt à « comprendre le vrai sens de l’histoire », cité dans Fest Joachim, Hitler, jeunesse et conquête du pouvoir, Paris, Gallimard, 1973, p. 9.
5 Hitler Adolf, Mon combat, Paris, NEL, 1934, p. 7.
6 Par exemple, Friedrich Heer écrit que « les Autrichiens ayant gardé foi en l’Allemagne sont pourtant exclus des honneurs et des cérémonies du Reich allemand. Pour modèle des combats futurs, on célèbre la guerre franco-allemande de 1870-1871 grâce à laquelle a pu renaître le Reich ». Heer Friedrich, Autopsie d’Adolf Hitler, Paris, Stock, 1971, p. 21.
7 De sa période de formation, avant la Grande Guerre, censée être riche en lectures, Lionel Richard estime que rien ne prouve que l’homme ait lu autant qu’il le prétend. Aucune fiche de bibliothèque n’a par exemple été retrouvée. Richard Lionel, Malheureux le pays qui a besoin d’un héros, la fabrication d’Adolf Hitler, Paris, Autrement, 2014, p. 14. Ryback Timothy W. estime que c’est dans les années 1920 que le soldat revenu du front s’intéressa à l’histoire militaire de la Prusse, de la France, etc. Son ouvrage, Dans la bibliothèque privée d’Hitler, Paris, Le Cherche Midi, 2009, s’appuie sur les propos d’Hermann Esser, vieux compagnon des premiers temps du nazisme, cf. p. 259. Enfin, les immenses fonds de celui qui devient un chef de parti important puis le chancelier et chef suprême du pays apparaissent à certains comme des bibliothèques d’apparat. Pour Hans Beilhack, « les livres brochés n’ont pas été coupés et ne trahissent aucun signe de lecture ». Voir son article du 9 novembre 1946 de la Süddeutsche Zeitung, « La bibliothèque d’un dilettante. Un aperçu de la bibliothèque privée d’Herr Hitler », cité dans Ryback Timothy W., Dans la bibliothèque privée d’Hitler, op. cit., p. 360.
8 Selon le mot « polycratie » utilisé par Broszat Martin, L’État hitlérien : l’origine et l’évolution des structures du Troisième Reich, Paris, Fayard, 1986.
9 Pour ce qui est des revues de géopolitique, très remaniées à l’époque, on lira l’ouvrage de Korinman Michel, Quand l’Allemagne pensait le monde, grandeur et décadence d’une géopolitique, Paris, Fayard, 1990. L’auteur souligne le silence dans lequel est tombée la Zeitschrift für Geopolitik, p. 316.
10 Reich, Volksordnung, Lebensraum, la revue des SS, mais aussi la Zeitschrift für Völkerrecht, le recueil intitulé Archiv für Öffentliches Recht, la Zeitschrift für ausländisches Recht und Völkerrecht, la Zeitschrift der Akademie für deutsches Recht, le Monatshefte für auswärtige Politik, Deutsche Rechtswissenschaft, la Zeitschrift für Wehrrecht, la Zeitschrift für die gesamte Strafrechtswissenschaft, la Europäische Revue, la Deutsches Recht, le Reichsverwaltungsblatt, la revue Deutsche Verwaltung, la revue Der Gemeindetag, la Zeitschrift für öffentliches Recht, la Zeitschrift für ausländisches öffentliches Recht und Völkerrecht, la publication Die Friedenswarte.
11 Nous avons écarté les revues historiques qui ne s’intéressaient pas à l’histoire immédiate, comme on le dit aujourd’hui, ou les revues de propagande de grand public.
12 Soit respectivement 32 % et 50 % des 54 articles relevés.
13 Voir Lottman Herbert R., La chute de Paris, 14 juin 1940, Paris, Belfond, 1992.
14 Goebbels Joseph, Journal, 1939-1942, Paris, Tallandier, 2009, p. 152.
15 Par exemple, Ernst Schmitz n’évoque pas l’expérience de 1870-1871 dans son article intitulé « Die„ offene Stad“im geltenden Kriegsrecht », Deutsches Recht, décembre 1940, cahier 51-52, p. 2195-2197. Il se réfère aux règles et expériences depuis la déclaration de Bruxelles de 1874, pour évoquer notamment la situation de Paris, ville ouverte en 1940.
16 Cette terreur est si présente en 1871 que l’article 7 de l’armistice du 18 janvier commande : « tous les corps de francs-tireurs seront dissous par une ordonnance du gouvernement français ».
17 Schätzel Walter, « Freischärler », Zeitschrift für Wehrrecht, tome 5, cahier 5-6, 1941, p. 210.
18 Sur ce thème, on lira la thèse de Dirou Armel, Guerre totale et concept de partisan pendant la guerre de 1870-1871, Paris, Sorbonne, 2013.
19 On trouvera le texte intégral dans le Bulletin officiel du ministère de l’Intérieur, Paris, Dupont, 1870, p. 305.
20 Schätzel Walter, « Freischärler », op. cit., p. 215.
21 On s’appuie sur les écrits de Bluntschli ou encore de Heffter August-Wilhelm, Le droit international public de l’Europe, 1868, p. 234, cité par Walter Schätzel, op. cit., p. 214.
22 Waltzog Alfons, « Freischärler und Art. 10 Abs. III des Waffenstillstandsvertrages vom 22. Juni 1940 », Zeitschrift für Wehrrecht, tome 5, cahier 9, p. 447-451.
23 Thierfelder Rudolf, « Die Verwaltung der französischen Gebiete 1870-1873 », Reich, Volksordnung, Lebensraum, t. IV, 1943, p. 383.
24 Katzmer von, « Bekämpfung deutscher Fallschirmjäger und Luftlandetruppen durch die Feindliche Bevölkerung », Zeitschrift für Wehrrecht, tome 5, cahier 2-4, 1940, p. 175.
25 « Feindselige Handlungen der Landesbevölkerung (Freischärlerei, Sabotage, passiver Widerstand, politisch-demonstrative Arbeitsniederlegung) sind mit voller Schärfe zu unterdrücken », dans Erlass über die Verwaltung der besetzten Gebiete Frankreichs, Luxemburgs, Belgiens und Hollands, 9 mai 1940, AA, R 901 61132.
26 AN, AJ/40/1354, article 10, alinéa 2.
27 « Freischärler », op. cit., p. 231. Le passage est cité texto par Waltzog dans son article précité.
28 Il n’est pourtant proclamé empereur dans la galerie des glaces de Versailles que le 18 janvier 1871. Depuis 1861, Guillaume est roi de Prusse.
29 Waltzog Alfons, « Kombattanten oder Nichtkombattanten ? », Reich, Volksordnung, Lebensraum, t. IV, 1943, p. 350.
30 Pour en savoir plus sur la guerre et ses conséquences, voir l’ouvrage de Roth François, La guerre de 1870, Paris, Fayard, 1990.
31 Cité et souligné par Paxton Robert O., La France de Vichy, Paris, Seuil, 1999, p. 74.
32 Duverger Maurice, Constitutions et documents politiques, Paris, PUF, 1971, p. 598-599.
33 L’occupatio bellica serait une occupation militaire d’un territoire faisant suite à une guerre, comme l’occupation d’une partie du territoire de la France en 1870-1871, par exemple.
34 Brüel Erik, « Militärische Besetzung », Zeitschrift für öffentliches Recht, t. XXI, année 1941, p. 145-165.
35 Thierfelder Rudolf, « Die Verwaltung der besetzten Gebiete 1870-1873 », Reich, Volkordnung, Lebensraum, t. IV, 1943, p. 406.
36 Bölling évoque une occupation « particulière » dans son article intitulé « Die deutsche Okkupationshoheit in Nord und Westeuropa », Reichsverwaltungsblatt, cahier 36, 1940, p. 442. En ce sens, on lira également l’article de Grewe Wilhelm G., « Der Status der Nichtkriegführung », Zeitschrift der Akademie für deutsches Recht, cahier 13, 1er juillet 1940, p. 206-207.
37 Kuprian Hermann, « Die deutsche Verwaltung in den während des Weltkrieges 14-18 besetzten Gebieten », Reich, Volkordnung, Lebensraum, t. 3, 1942, p. 356.
38 Ibid.
39 Best Werner, « Die deutsche Militärverwaltung in Frankreich », Reich, Volksordnung, Lebensraum, t. 1, 1941, p. 29-76.
40 C’est l’expression utilisée à juste titre pour les vaines discussions ayant été engagées dans la commission allemande d’armistice, mais qui pour l’analyse du souvenir allemand est plus importante. Paxton Robert O., La France de Vichy, op. cit., p. 104.
41 Mallman W., « Zur französischen Verfassungsreform », Zeitschrift der Akademie für Deutsches Recht, cahier 13, 1er juillet 1940, p. 270-272.
42 Spanner Hans, « Fragen der Verwaltung besetzter Gebiete », Archiv für Öffentliches Recht, t. 73, 1944, p. 96-114.
43 Voir la magistrale biographie de Herbert Ulrich, Werner Best, Paris, Tallandier, 2010.
44 Best Werner, « Frankreich Schicksal im Jahre… », Reich, Volksordnung, Lebensraum, t. 2, 1942, p. 307-338.
45 « La France est présentée par la propagande nazie comme décadente, enjuivée, vernegert, verweichlicht, efféminée », comme l’écrit Cheval René dans « Cent Ans d’affectivité franco-allemande ou l’ère des stéréotypes », Revue d’Allemagne, Paris, Armand Colin, t. IV, n° 3, juillet-septembre 1972, p. 613.
46 Cette idée se retrouve chez les pangermanistes qui veulent en 1914 faire la « preuve par la guerre » de la supériorité allemande. Le démenti – très relatif d’ailleurs vu la contestation de la responsabilité allemande dans sa propre défaite de 1918 – imposé par les armes en 1914-1918 est oublié. Voir Korinman Michel, Deutschland über Alles. Le pangermanisme, 1890-1945, Paris, Fayard, 1999, p. 239 et suiv.
47 Il est soutenu en cela par Hitler, précise Goebbels rapportant une conversation téléphonique du 15 juin 1940. Goebbels Joseph, Journal, 1939-1942, op. cit., p. 153.
48 Voir en ce sens Schmitt Carl, « Reich und Raum. Elemente eines neuen Völkerrechts », Zeitschrift der Akademie für deutsches Recht, cahier 13, 1er juillet 1940, p. 201-203.
49 Dirigé par le général Trochu.
50 Heining Arnold, « Die Verwaltungsgesetzgebung der Regierung Pétain », Reich, Volksordnung, Lebensraum, t. 1, p. 341.
51 Dans la revue Deutsche Verwaltung, Reinhard Höhn publie trois articles successifs : « Deutschland und das Verwaltungsrecht des westlichen Demokratien (Frankreich und England) », cahier 3, 10 février 1940, p. 33-37 ; « Frankreichs Demokratie und ihr geistiger Zusammenbruch », cahier 13-14, 15 juillet 1940, p. 193-197 ; « Frankreichs Demokratische Mission in Europa und ihr Ende », cahier 21, 10 novembre 1940, p. 325-331.
52 Heining Arnold, « Das Schicksal der französischen Nationideologie », Deutsches Recht, cahier 25, 22 juin 1940.
53 Heining Arnold, « Die Verwaltungsgesetzgebung der Regierung Pétain », Reich, Volksordnung, Lebensraum, t. 1, 1941, p. 337-360 ; Heining Arnold, « Die Grundzüge des„ État Français“ », Deutsche Verwaltung, cahier 9, 1941, p. 170-174.
54 Le ministre de la propagande parle des « filous » de Vichy qui essaient de faire croire à un tournant autoritaire pour le régime. Goebbels Joseph, Journal, 1939-1942, op. cit., p. 173-176.
55 « Die Auflösung der europäische Ordnung im„ International Law“(1890-1939) », Deutsche Rechtswissenschaft, t. 5, 1940, p. 267-278 ; voir encore l’article intitulé « Grossraum gegen Universalismus », intégré dans l’ouvrage Völkerrechtliche Grossraumordnung, mais initialement publié dans la Zeitschrift der Akademie für deutsches Recht, cahier 10, 15 mai 1939, p. 333-337.
56 Schmitt Carl, « Reich und Raum. Elemente eines neuen Völkerrechts », Zeitschrift der Akademie für Deutsches Recht, cahier 13, 1er juillet 1940, op. cit., p. 203.
57 Berber Fritz, « Der Sieg über Frankreich », Monatshefte für Auswärtige Politik, sept. 1940, p. 475-481.
58 Cela est particulièrement vrai pour les bâtiments devant servir à Versailles, pour lesquels les documents de la Réunion des monuments nationaux (RMN) donnent des informations. Archives de Charenton, MAP/80/1/4.
59 AN, AJ/40/539.
60 AN, AJ/40/1226.
61 AN, AJ/40/539.
62 AN, AJ/40/1367.
63 AJ/40/1367. Télégramme du grand quartier général du 4 décembre à la commission allemande d’armistice.
64 Paxton Robert O., La France de Vichy, op. cit., p. 140.
65 Grewe Wilhelm G., « Völkerrechtliche Umschau », Monatshefte für Auswärtige Politik, sept. 1940, p. 689.
66 Berber Fritz, « Der Sieg über Frankreich », op. cit., p. 475-481.
67 Selon l’expression de Richard Lionel, Malheureux le pays qui a besoin d’un héros. La fabrication d’Adolf Hitler, Paris, Autrement, 2014, p. 202.
68 Dans le même sens, on lira le passage consacré à l’évolution de la perception de Bismarck par les Allemands dans l’ouvrage de Ezran Maurice, Bismarck, démon ou génie, Paris, L’Harmattan, 1994, p. 248-249. L’explication qui en est donnée est qu’après l’avènement du nazisme, l’image de Guillaume II étant rejetée, l’Allemagne se cherche un héros historique. Rappeler la mémoire de Bismarck serait revenu à réhabiliter une catégorie aristocratique à laquelle les nazis sont hostiles.
Auteur
-
Clément Millon
Juriste et historien de formation, enseigne dans plusieurs institutions supérieures d’enseignement. Il est intervenu à la faculté de droit Lille 2, à l’université libre de Bruxelles, à la Skema Business School de Lille, à l’ICES de la Roche-sur-Yon et à la FLD de Lille et Issy-les-Moulineaux. Sa thèse en histoire du droit, codirigée par M. Stolleis et S. Dauchy, est dotée du prix de la faculté de Lille 2 et a été sélectionnée pour être publiée aux Éditions Dalloz (Occupation allemande et justice française. Les droits de la puissance occupante sur la justice judiciaire, 1940-1944, Paris, Dalloz, NBT, 2011).
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